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Voyage dans la dissidence sexuelle

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Brutalités policières à la marche trans de San Francisco

En juin 2026, à San Francisco, la police a chargé la Marche Trans — là même où, soixante ans plus tôt, l’émeute de Compton’s avait allumé les premières braises de la libération queer. Récit, par l’artiste et activiste Keith Hennessy, d’une violence d’État qui se rejoue, et de la solidarité trans qui lui tient tête.

Image extraite de Screaming Queens, un documentaire réalisé par Susan Stryker et Victor Silverman sur les émeutes de Compton’s Cafeteria. (Pour le visionner, cliquer ici.)


Je traduis ci-dessous un billet posté hier par un ami, l’artiste et activiste Keith Hennessy.

Le contexte : en juin 2026, à San Francisco, la police a attaqué la Marche Trans, un événement qui commémore les émeutes de Compton’s Cafeteria de 1966, l’une des premières révoltes à avoir soufflé, trois ans avant Stonewall, sur les braises de la libération queer. La scène, décrite ci-dessous, ne se comprend qu’à l’échelle de la séquence ouverte depuis la première campagne de Trump à la présidence des États-Unis, qui a fait de l’offensive antitrans l’un de ses gestes de ralliements. Depuis sa seconde investiture en janvier 2025, le décret 14168 (« Defending Women from Gender Ideology Extremism » [défendre les femmes contre l’extrémisme de l’idéologie du genre]) a notamment imposé à l’État fédéral de ne reconnaître que deux sexes, fixés « dès la conception », et de remplacer partout « genre » par « sexe » — effaçant la mention du genre des passeports, des bases de données et des financements publics. Huit jours plus tard, un autre décret s’attaquait à l’accès aux soins de transition pour les moins de 19 ans ; un troisième réactivait l’exclusion des personnes trans de l’armée. Un observatoire médiatique queer (glaad.org) recense aujourd’hui pas moins de 240 attaques, en actes ou en discours, contre les personnes LGBTQ depuis le retour de Trump au pouvoir.
On aurait tort de n’y voir qu’une obsession transphobe. Dans la bouche et dans les actes de ces dirigeants, l’attaque des vies trans sert de cheval de Troie pour une attaque sur les vies de toustes. Attaqués les premiers parce qu’arrivés les derniers, les droits des personnes trans sont remis en cause pour permettre ensuite d’ouvrir la voie à des offensives qui visent les migrantxs, les pauvres, et l’accès de toustes au soin.
C’est cette mécanique à l’échelle nationale et internationale qui vient alimenter ce qui s’est passé cette semaine à San Francisco, et qu’il faut apprendre, encore et encore, à déjouer.

Keith Hennessy :

« Et donc me voilà à la Marche Trans, un événement annuel ici à San Francisco : des milliers de personnes se joignant à une parade-festival qui honore et commémore une révolte trans/queer survenue en 1966 contre le harcèlement et les violences policières. L’émeute de la cafétéria Compton’s est l’une des premières révoltes à avoir ouvert la voie à un mouvement radical de libération gay… mais voilà que soudain, ici à San Francisco, en 2026, soixante ans plus tard, les flics ont violemment attaqué la marche, s’en prenant à de jeunes personnes queers et trans, les jetant à terre.

En quelques minutes : 20 à 30 voitures de police, toutes sirènes hurlantes, des flics écumant de rage qui nous gueulaient dessus, matraque à la main, prêts à frapper, bousculant violemment les personnes queers sur leur passage. Plusieurs d’entre eux pointaient des fusils à lacrymo sur la foule.

On a crié en retour, on a fait ce qu’on a pu pour se protéger les unxs les autres, et on a tenté de tenir la rue, tandis que beaucoup d’entre nous, venuxs fêter et célébrer les vies trans, se retrouvaient violemment jetéxs à terre, arrêtéxs et entasséxs dans des fourgons de police.

On a fini par réussir à faire reculer les flics, et ils sont partis ; certainxs d’entre nous sont alléxs soutenir les amixs qui avaient été embarquéxs, pendant que les autres restaient, secouéxs mais unixs. Après quoi on a pu voir l’incroyable performance de danse aérienne de BodyStor. Sous le choc émotionnel de voir se déployer la violence anti-trans — et de voir s’y opposer l’éclat, la créativité et la solidarité trans — certainxs ont réussi à se réjouir, à pleurer, à respirer de nouveau.

L’écœurante ironie, dans tout ça : l’un des rares endroits des États-Unis à demeurer à peu près protégé des violences anti-trans orchestrées à l’échelle nationale redevient un lieu où les flics nous tabassent en pleine rue — à l’endroit même où nos ancêtres queers et queens avaient fini par réussir à s’organiser contre le harcèlement policier. La cafétéria Compton’s avait longtemps été un refuge pour les personnes trans, queers, drag, gays et leurs amixs, avant que les flics n’y mettent un terme. Et l’émeute de Compton’s, suivie trois ans plus tard par celle de Stonewall à New York, avait fourni son sol au mouvement lgbtq+ et à ses prolongements.

Aujourd’hui, les médias répètent à l’envi le récit policier selon lequel une foule aurait attaqué la police — alors que, manifestement, c’est l’inverse qui s’est produit. Les médias généralistes reprennent le mensonge selon lequel deux flics auraient été blessés (c’est faux), mais ne s’interrogent pas sur la violence injustifiée que les flics ont exercée sur beaucoup d’entre nous. Ce genre d’« information », qui nous somme de ne pas croire ce que nous avons vu ni ce que rapportent les témoignages, remonte à bien plus loin que Compton’s et les années 1960. Quiconque s’est fait tabasser par les flics sait qu’iel finira accuséx de les avoir attaqués. Mais les trois dernières années de meurtres de masse perpétrés par les États-Unis et Israël contre le peuple palestinien ont appris aux jeunesses queers et militantes qu’on ne peut pas se fier à leurs récits.

Gratitude à toutes les personnes trans et queers, partout ; à nos adelphes trans, dans toutes les cultures, depuis l’aube des temps ; et aux personnes trans de demain, qui continueront de danser, de chanter, de se battre et de prendre soin du monde. »

Keith Hennessy
Traduit par E.B.

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