TROU NOIR

Voyage dans la dissidence sexuelle

« Pour un glorieux Jean Genet, cent mille pédérastes honteux »

Manifestations, barricades, émeutes, occupations… Mai 68 bat son plein. Les héritiers des révolutions passés, pari communiste, classe prolétarienne, sujet révolutionnaire, mouvement ouvrier ou conditions objectives se trouvent privés de leur rôle d’interlocuteur valable, de porte-parole. C’est la révolution de la révolution. Gilles Deleuze disait : « devenir révolutionnaire sans avenir de révolution ». La Sorbonne occupée est un des centres de la contestation, un foyer d’organisation. Tout y est débattu et notamment la tension entre la question du désir et celle de l’organisation politique. C’est dans ce contexte que Guy Chevalier avec l’aide d’un ami rédigea un texte court, affirmatif soulevant le problème de la condition homosexuelle à cette époque. Rédigé au café de l’Ecritoire place de la Sorbonne à la mi-mai, ce tract-manifeste est placardé sur les murs de l’occupation. Des huit affiches placardées, il n’en reste aucune dès le lendemain.
Le texte signé par « le Comité d’action pédérastique révolutionnaire » [1], lequel n’a aucune existence véritable, donnait un rendez-vous permanent à l’amphi Michelet. Et fut en outre distribué à l’Odéon et à la Sorbonne en plusieurs centaines d’exemplaires.
Pour illustrer le poids social et culturel que le texte cherchait à soulever, il suffit de se remémorer les commentaires de Philippe Sollers lorsque Guy Chevalier chercha à sensibiliser le comité étudiants-écrivains à la condition homosexuelle : « Mais comment, tu n’as pas lu Freud ? Il t’explique ton problème, qui n’est ni politique ni révolutionnaire, mais personnel ». Il ne subsiste aucun original du texte. Celui-ci nous est parvenu par Pierre Hahn, journaliste et membre d’Arcadie. Dans son texte : « Mai 68 : le Comité d’Action Pédérastique Révolutionnaire occupe la Sorbonne », Michael Sibalis précise que Pierre Hahn ne recopie pas un passage traitant les membres d’Arcadie de « vieilles marquises réac », car Hahn lui-même Arcadien s’était senti obligé de défendre ses camarades face aux vives critiques de Charpentier.

Nous souhaitons rappeler l’existence de ce texte, car il est un modèle de courage politique. Il eut, dans son contexte, la prétention de situer la question de l’homosexualité sur le terrain du politique. Ce faisant, il confronta les révolutionnaires de 68 et leur libération sociale et morale, celle du « jouir sans entraves » et de la révolution du désir avec leurs préjugés affairant à l’homosexualité (que celle-ci soit considérée comme une maladie ou comme une dégénérescence bourgeoise). Assumer ce texte et l’afficher, le distribuer, s’exposer soi-même aux yeux des autres, se mettre en jeu tel est le geste inaugural du politique. Et c’est à ce double titre qu’il est une source d’inspiration.

Émus et profondément bouleversés par la répression civile et policière qui s’exerce à l’endroit de toutes les minorités érotiques (homosexuels, voyeurs, maso., partouzes), le Comité d’Action Pédérastique Révolutionnaire dénonce la restriction des possibilités amoureuses qui sévit en Occident depuis l’avènement du judéo-christianisme. Les exemples de cette répression odieuse ne manquent pas ; vous les avez sous les yeux à chaque instant ; les inscriptions et les dessins dans les chiottes de la Sorbonne et autres ; les passages à tabac d’homosexuels par la police ou par des civils rétrogrades ; la mise en fiche policière, en général, l’attitude de soumission, les yeux de chiens battus, le genre rase-les-murs de l’homosexuel type ; les carrières brisées, l’isolement et la mise au secret qui sont le lot de toutes les minorités érotiques. Pour un glorieux Jean Genet, cent mille pédérastes honteux, condamnés au malheur.
Le C.A.P.R. lance un appel pour que vous, pédérastes, lesbiennes, etc..., preniez conscience de votre droit à exprimer en toute liberté vos options ou vos particularités amoureuses et à promouvoir par votre exemple une véritable libération sexuelle dont les prétendues majorités sexuelles ont tout autant besoin que nous. […]
(Un homme sur 20 est pd ; sur 4 milliards de la population mondiale, ça fait 200 millions de pd).

NON PAS L’AMOUR ET LA MORT. MAIS L’AMOUR ET LA LIBERTÉ.

[1A propos du mot « pédérastique » dans le nom du comité, Guy Chevalier évoquera les œuvres de Gide, de Pasolini et l’imaginaire érotique gréco-romain. Il évoquera également « les biquets », ces adolescents libérés sexuellement.

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