TROU NOIR

Voyage dans la dissidence sexuelle

Le 28 de chaque mois

Et voilà pourquoi votre fille est muette

Nous proposons à la lecture, en accompagnemant d’un entretien avec Lola Miesseroff, le tract de rupture d’avec le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. L’entretien vient expliquer comment certaines questions politiques s’actualisent aujourd’hui dans le même bouillonnement mêlant étudiants, vie collective, actions politiques et expérimentation amoureuse. Ce tract résonne encore vivement, dénonçant l’accaparement de la parole par les petits chefs et les assemblées politiques devenues scènes de théâtre. Il pose enfin la question de la libération et assume son parti-pris dans une certaine définition de la révolution.

L’émancipation des homosexuels ne sera pas l’œuvre des seuls homosexuels. Le problème de l’homosexualité n’est qu’un aspect partiel du problème général des rapports, qui ne sera résolu que dans la transparence totale entre les individus, but et moyen de la révolution.
Néanmoins s’affirme la nécessité d’une organisation des homosexuels : c’est de la conscience de leur oppression spécifique que peut naître leur conscience de l’oppression générale des rapports.

La base spécialisée du FHAR a réuni des individus de tous bords au sein d’une assemblée générale volontairement sans forme. Le refus d’une structuration visible a amené une bureaucratie occulte qui fait de l’AG un lieu de spectacle et de répression. Des petits chefs gauchistes et des artistes se passent continuellement la parole, excluant toute autre forme de participation que l’applaudissement ou l’exhibition.

Les petits chefs gauchistes professionnels se retirent entre eux pour lire le courrier, le censurer avant de le communiquer à TOUT. Les mêmes détiennent et cachent on ne sait quel fichier. Ils organisent le parcage (bien consenti d’ailleurs) sur le campus ghetto de Tours ou la pelouse-corral de Revilly.

Les artistes organisent de leur côté le parcage sur les lieux de leurs exploits : théâtres, galerie de peinture. Comme la fonction d’artiste offre à l’homosexuel la possibilité d’une intégration glorieuse, il produit, dans le cadre de cette fonction, une marchandise à consommer passivement, substitut au manque à vivre. Et l’on voit d’aucuns dédicacer des livres, inviter le FHAR au théâtre pour y filtrer les entrées et empêcher tout scandale (soutien aux Japonais en colère qui défendent leur soja), convier à des mondanités picturales et crier à la provocation policière dès que nous y inscrivons notre mépris (« LES PD SONT DES VANDALES », sur un tableau, rue Guénégaud), et même signer sereinement « Le FHAR » des chansons ineptes. La bêtise atteint son comble avec le projet d’une chorale. À quand les majorettes du FHAR ?

Ainsi manœuvrée, l’AG ne débat que des faux problèmes et masque les vrais. On se distribue des satisfécits pour n’importe quelles actions, même les plus dérisoires. On projette des actions en spéculant avant tout sur la publicité qu’elles peuvent apporter. À quand le spot de télé et la banderole « FHAR » traînée par un avion ?

On n’ose plus parler (par peur de scission) de révolution, de pédérastie, de racisme esthétique (latent au FHAR), du problème des boîtes (si l’on en parle plus, c’est [qu’on] continue à y aller tristement draguer), des rapports de prestige vestimentaire, des rapports de consommation (dans la drague et la partouze systématisées), des couples (comme s’il n’y en avait pas au FHAR !), de la naissance d’un racisme vis-à-vis des hétéro-sexuels (comme s’il n’existait pas de bi-sexuels au FHAR !).

Si nous avons fait un texte, c’est pour éviter le piège de la parole truquée et de son faux rapport dans le spectacle de l’AG.

Le FHAR, en tant que structure de rencontre, laissait espérer la création de nouveaux rapports, condition d’une intervention réelle sur la vie. Ces rapports ne se trouvent pas dans les commissions (réunion de spécialistes où l’on s’emmerde). On peut les attendre des comités de quartiers qui, de par leur implantation, ont la possibilité de supprimer la séparation entre les moments de militantisme et le reste de la vie quotidienne.

Le FHAR, parce qu’il est une organisation spécialisée, se manifeste comme un ghetto et créateur de ghettos. On se propose de rencontrer vite, hors du ghetto FHAR, ceux qui en souffrent déjà et qui désirent le dépassement du FHAR par lui-même, en exigeant que soit posé le problème total des rapports et que soit entreprise sa résolution qui ne pourra être que révolutionnaire.

Philippe P.
Jean S.
Roland S.
Jacques D.
Lola M.
Jacques D.
Patrick D.
Karine G.

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