Ce que cette chanson de Britney Spears nous apprend sur le travail

GET TO WORK, BITCH !

publié en 28 Mars 2020, dans le numéro TROIS

Ce texte a pour but de montrer Britney Spears sous son jour le plus vrai : celui d’une star révolutionnaire. Dans cette analyse de sa chanson Work Bitch, et de ses enseignements sur la réelle nature du travail, nous pourrons voir en toute logique en quoi elle sera la dernière des divas, celle par qui tout s’est effondré.

You want a hot body ? You want a Bugatti ?
Tu veux un corps sexy ? Tu veux une Bugatti ?

You want a Maserati ? You better work bitch
Tu veux une Maserati ? Faut que tu travailles, bitch

You want a Lamborghini ? Sippin martinis ?
Tu veux une Lamborghini ? Siroter des martinis ?

Look hot in a bikini ? You better work bitch
Avoir l’air sexy en bikini ? Faut que tu travailles, bitch

You wanna live fancy ? Live in a big mansion ?
Tu veux vivre dans l’opulence ? Vivre dans un manoir ?

Party in France ?
Faire la fête en France ?

You better work bitch, you better work bitch
Faut que tu travailles, bitch, Faut que tu travailles, bitch !

You better work bitch, you better work bitch
Faut que tu travailles, bitch, Faut que tu travailles, bitch !

Now get to work bitch !
Maintenant va travailler bitch !


Now get to work bitch !

Maintenant va travailler bitch !

You want a hot body ? You want a Bugatti ?

« Il va de soi que l’économie politique ne considère le prolétaire, c’est-à-dire celui qui, sans capital ni rente foncière, vit uniquement du travail, d’un travail unilatéral et abstrait, que comme ouvrier. Elle peut donc établir en principe que l’ouvrier, tel un cheval doit gagner assez pour pouvoir travailler. Elle ne le considère pas dans le temps où il ne travaille pas, en tant qu’homme, mais elle en laisse le soin à la justice criminelle, aux médecins, à la religion, aux tableaux statistiques, à la politique et à la charité publique. » Marx, Manuscrits de 1844

Je m’explique et c’est assez simple. Ce que nous entendons comme travail de manière courante, c’est le travail salarié. C’est-à-dire quand vous travaillez contre de l’argent. Dans cette définition, tout ce qui n’est pas rétribué ne peut être appelé un travail. Cette conception a été la cible des critiques féministes du travail : les femmes au foyer qui s’occupent du ménage, du repassage, et de préparer le dîner pour leur famille, sont en fait des travailleuses. En effet, sans leur travail, l’économie ne pourrait pas bien fonctionner. Donc cela met en évidence le fait qu’il y a du travail gratuit. On peut aller plus loin : ce travail gratuit va au-delà du simple bénévolat ou de la situation de la femme au foyer. Les temps de trajet pour aller au travail, c’est du travail gratuit. Se vêtir, être présentable, être à l’heure, c’est du travail gratuit. Certaines critiques féministes diront même qu’il y a un travail du genre : se maquiller, s’épiler, faire attention à son poids, à ses cheveux, etc. et cela pour ressembler à une « vraie » femme, une femme socialement acceptable. Toutes celles et ceux qui ont déjà cherché du travail le savent : c’est un travail avant le travail. Certaines critiques animalistes ou écologistes vont même encore plus loin : la nature est au travail. Des animaux aux processus agricoles, en passant par les forêts, tout cela fournit un travail gratuit, qui ne recevra pour compensation qu’une crise écologique majeure.

Ce que met en évidence Britney en mettant sur le même plan corps sexy (a hot body) et posséder une Bugatti, c’est que le travail est un concept problématique. En effet, dans une définition du travail qui n’est plus le travail salarié, c’est-à-dire celui qui est légitimement considéré comme du travail, on est bien en peine de voir où commence et où termine le travail. En disant que le travail du corps qui permet d’être sexy est bien un travail, au même titre que le travail salarié qui permet de gagner de l’argent et de s’acheter des biens, Britney le confirme : il y a du travail bien au-delà du simple travail salarié. En tant que pop-star elle ne peut que trop bien le savoir : avoir un corps parfait, soigner en permanence son apparence ou être désirable sont autant de travails gratuits qui sont les conditions sine qua non pour être rémunéré, alors que son « vrai » travail rémunérateur est censé être celui de chanteuse.

Ainsi puisque le fait de rémunérer quelqu’un pour son travail est le fruit d’une décision, alors cela fait qu’aucun travail n’est légitime (et donc salarié) en soi. La ligne de partage entre travail salarié et travail gratuit n’a donc rien de naturel, et est plutôt fixée par la société. Si l’ensemble de la société et son économie fonctionnent grâce à l’ensemble du travail effectué, qu’il soit rémunéré ou non, Britney met ainsi au jour le fait, presque malgré elle, que l’économie fonctionne grâce au vol des fruits du travail gratuit, c’est-à-dire grâce au vol des fruits de la plus grande partie du travail effectué par tout le monde. Les stratégies des entreprises et de l’État pour baisser les coûts (cost-killing) et ainsi augmenter la plus-value consistent bien dans l’augmentation de la part de travail gratuit. Considérer les individus comme des petites entreprises, qui est un des credos de l’économie actuelle, signifie faire toujours plus porter le poids de la gestion administrative, ou du renouvellement de l’outil de travail, par exemple, sur les épaules des travailleurs. Ainsi, un livreur à vélo doit prendre en charge lui-même l’entretien de son vélo, de sa santé, n’a aucune protection en cas d’accident ; le statut d’auto-entrepreneur en France a permis ce pacte de dupe qui en échange de bien plus de travail gratuit, promettait un peu plus d’autonomie. On le voit également dans le désengagement de l’État dans les affaires dites « sociales ». Les principales aides qui existent pour les plus pauvres et les plus marginaux sont des associations qui fonctionnent quasi-totalement grâce au travail gratuit. On voit même maintenant le SAMU social (le 115) renvoyer vers des squats, à savoir des organisations qui, en plus de fonctionner grâce au travail gratuit, sont considérées comme totalement illégales et illégitimes.

Aussi, ce qu’implique le caractère légitime du travail salarié par rapport au travail gratuit est qu’il s’agit pour les entreprises et l’État de ne considérer les individus que sur leur temps de travail salarié et légitime : le reste du temps, c’est l’affaire de la police/justice ou de l’administration, ou en tout cas, ça ne mérite pas vraiment que l’on s’y intéresse. Ainsi, considérer la hiérarchisation de la société non plus comme distribuée par le montant des salaires, mais bien par la partition entre travail légitime ou non, à savoir salarié ou non, nous montre qu’il y a tout un pan du monde du travail dont nous ignorons l’existence.

Souffrir et sourire

« L’homme est la mesure de toutes choses » Protagoras

« L’homme affirme en Dieu ce qu’il nie en lui-même. »Ludwig Feuerbach

Tripalium est un mot latin qui désigne un dispositif de torture utilisé à l’époque romaine. Il s’agit de trois morceaux de bois disposés en étoile, et où le sujet est attaché, prêt à être torturé. C’est l’origine étymologique du mot travail. Bien que les mots ne signifient plus la même chose, le travail a gardé un peu du sens de son lointain ancêtre. En effet, le travail est toujours connoté au sens d’effort, de douleur que l’on est prête à ressentir en l’échange d’un résultat. C’est bien ce que montre Britney : en adoptant une esthétique BDSM soft dans son clip, pratique qui met au centre l’exploration de la douleur et des relations de domination, elle met bien en lumière ce lien. C’est donc bien ce que donne le corps qui est au travail, un peu de son énergie, un peu d’usure de ses muscles, de ses articulations, un peu de fatigue de son cerveau, etc. Dans cette conception du travail, le travailleur perd un peu de lui-même, se donne. On voit bien le lien entre travail et douleur physique. Tout travail est usure du corps. Il est d’ailleurs significatif que les anglophones disent to workout pour désigner le fait de faire de l’exercice physique.

On remarque que dans son clip, tout a l’air simple : la chorégraphie très physique qui semble exécutée facilement, les images s’enchaînent de manière fluide, Britney et les autres danseurs semblent tout à fait assurés dans leurs mouvements et leurs positions comme si cela leur était naturel. Mais pourtant, Britney nous le rappelle, encore une fois presque malgré elle, que tout ça n’est qu’un gigantesque mensonge : partout il n’y a que travail et corps qui s’usent. Il n’y a qu’à penser aux heures passées à travailler les chorégraphies, aux heures passées à apprendre à danser, aux personnes qui ont sélectionné les danseuses ; les acteurs qui ont dû passer des castings, à toutes les personnes qui s’occupaient du maquillage, des coiffures, de la lumière, des costumes, sûrement faits de matières qui viennent de l’autre bout du monde, qui ont dû être acheminées pour être transformées à la bonne taille ; l’électricité vient d’un travail du charbon ou du nucléaire autour desquels travaillent des milliers de personnes ; cette fameuse Bugatti qui tourne grâce au pétrole récolté probablement au Venezuela ou dans le Moyen-Orient par le travail accumulé d’énormément de personnes ; jusqu’aux ordinateurs utilisés pour monter et diffuser le clip, composés de nombreux métaux rares, très sûrement extraits grâce au travail de milliers et de milliers de personnes en Chine.

Il n’y a ni grâce naturelle, nous dit Britney, ni talent tombé du ciel : il n’y a que du travail accumulé et des corps qui s’usent.

Or c’est bien cela le fétichisme : se mettre à adorer quelque chose en lui attribuant des qualités divines, en omettant volontairement ou non tout le travail qui l’a réellement constitué. L’un des phénomènes les plus éclairants à ce sujet est celui du culte du cargo qui eu lieu en Mélanésie (regroupement d’îles situées au Nord-Est de l’Australie, dans l’océan Pacifique) pendant la colonisation occidentale de la fin du XIXe au XXe siècle. En effet, voyant arriver des cargos entiers chargés de marchandises, sans rien savoir du travail qui avait permis de les fabriquer, se mirent à adorer les bateaux comme de véritables divinités.

Britney nous le rappelle donc, presque malgré elle, que l’homme (ou plutôt son corps) est à la mesure de toute chose, et que de ce fait toute idole, que ce soit la divinité chrétienne ou mélanésienne, la diva de la pop ou de la politique, le patron-star des nouvelles technologies ou le grand écrivain rebelle n’ont rien de magique, et qu’ils sont plutôt le fruit du travail corporel humain, et simplement humain, constitué dans son immense majorité de travail gratuit. De ce fait elle nous rappelle également l’interdépendance qu’ont les humains entre eux : il est strictement impossible de vivre une vie complètement coupée du travail des autres. Ainsi, aussi loin que l’on cherche, il n’y a que du travail, produit par des corps qui s’usent ; ainsi, aussi loin que l’on cherche, il n’y a pas de magie ou d’idoles qui ne soient du travail humain placé dans le ciel.

Tout travail est récompensé

« Le capitalisme est, à bien des égards, un système absurde : les salariés y ont perdu la propriété du résultat de leur travail et la possibilité de mener une vie active hors de la subordination. Quant aux capitalistes, ils se trouvent enchaînés à un processus sans fin et insatiable, totalement abstrait et dissocié de la satisfaction de besoins de consommation, seraient-ils de luxe. Pour ces deux genres de protagonistes, l’insertion dans le processus capitalistique manque singulièrement de justifications. » Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Tel, p. 40

La grande question est alors : pourquoi travailler ? Pourquoi perdre un peu de soi, dépenser de l’énergie, pour avoir de la douleur ? Spontanément nous répondrons : pour récolter les fruits de son travail. Faire du sport, construire sa maison, faire pousser des légumes, sont du travail dont les fruits nous paraissent évidents. Les fruits ne sont jamais de l’argent, ils sont la transformation de quelque chose : son corps, son potager, des morceaux de bois, etc. Cependant, il y a un cas où nous ne jouissons pas des fruits de notre travail : c’est le cas du travail salarié. Les fruits de notre travail sont récupérés par quelqu’un d’autre, en l’échange d’une certaine somme d’argent. Mais la question qu’il faut se poser maintenant est : comment est fixé le salaire ?

Britney semble colporter une des plus grandes promesses mensongères qui existe en Occident : celui de la méritocratie. En effet, des responsables politiques, philosophes et autres grands pontes y colportent sans arrêt l’idée, ou plutôt l’idéal, d’une société dont l’organisation hiérarchique aurait comme critère celui du mérite. Il y a dans leur conception un peu nébuleuse du mérite, à la fois l’idée que les méritants sont ceux qui ont le plus travaillé, et l’idée qu’ils sont ceux qui ont effectué le travail le plus utile socialement. Il n’y a, en effet, pas de spectacle plus amusant qu’un grand patron qui a hérité de l’entreprise de papa, et qui explique sans sourciller qu’il est là grâce à son simple mérite. Il est tout aussi risible de voir le très solennel respect que portent certaines personnes qui gagnent bien leur vie à l’égard des éboueurs ou des caissiers, des sortes de héros du petit peuple, qui ont le mérite de faire un boulot de merde très mal payé, tout en étant très utile au bon fonctionnement de l’économie.

Tour à tour dans les discours, selon qu’on soit de droite ou de gauche, la méritocratie est pleinement déjà-là, et cela veut dire que les pauvres et les riches ont chacun bien mérité leur condition, ou simplement un idéal qu’il faudra faire advenir, avec des histoires d’égalité des chances (comprendre : des chances d’appartenir aux plus hautes sphères de la société), ou de discrimination positive.

Pourtant la réalité est bien différente : il n’y a aucun lien entre la place dans la hiérarchie de la société et le mérite de chacun (que ce soit en termes de quantité de travail, ou d’utilité sociale du travail), et, même si on le désirait vraiment, la méritocratie réelle ne serait possible qu’au prix d’une transformation radicale de la société qui n’irait pas dans le sens de ceux qui la professent. Il nous faut plutôt voir que c’est la possession d’argent qui fixe en grande partie la hiérarchie dans notre société et nous voyons bien qu’il n’y a absolument aucun lien entre mérite et argent, et de ce fait entre mérite et salaire. Il y a bien des acharnés du travail qui restent pauvres toute leur vie, et des oisifs qui sont très riches ; il y a des gens qui font un travail extrêmement utile socialement (les agriculteurs par exemple sans qui aucun richissime patron ne pourrait se nourrir) et qui vivent dans la plus grande misère, et des gens complètement inutiles aux autres et qui vivent dans l’abondance totale (nous pouvons même affirmer que les riches sont socialement inutiles, et ont quelque chose de l’ordre du parasite).

Toute cette histoire de mérite semble être une bonne manière de mettre tout le monde au travail. En effet, promettre à tout pauvre qu’il pourra un jour devenir riche grâce à ses efforts acharnés au travail à de quoi faire rêver. Faire miroiter une vie facile passée à bord d’une Lamborghini (You want a Lamborghini) et à faire des fêtes en France (party in France), et tout cela grâce à la richesse récoltée par le travail acharné de n’importe qui de suffisamment méritant, semble être, en Occident, une idéologie bien partagée à la fois par les gouvernements, les chefs d’entreprises et les publicitaires. Nul complot des puissants à voir là-dedans, mais plutôt une manière de justifier et légitimer aux yeux de tout le monde et à leurs propres yeux leur place dans la société.

Boltanski et Chiapello nous décrivent bien cette contradiction essentielle qu’il y a dans le capitalisme : d’un côté des travailleurs qui se font déposséder du fruit de leur travail et acceptent des conditions de vie misérables, et de l’autre des capitalistes qui cherchent à tout prix à s’enrichir, au-delà de toute considération pour une quelconque idée de justice, de bien commun ou de morale. Cette contradiction donne naissance à ce qu’ils appellent un esprit du capitalisme, qui est « l’idéologie qui justifie l’engagement dans le capitalisme » (p.41), autrement dit qui répond à la question : qu’est-ce qui fait travailler les pauvres ? Qu’est-ce qui leur donnerait envie de participer à ce pacte de dupe ? Il nous semble que cette idée que la méritocratie est déjà en acte dans la société, et qu’il suffit de se mettre au boulot pour monter dans sa hiérarchie en est un très puissant moteur.

Pourquoi alors Britney diffuserait-elle, elle aussi, cette idée mensongère ? Nous ne le pensons pas. Il semble plutôt que Britney se moque. De la même manière que les drag queen mettent en évidence l’inexistence de la vraie femme en essayant de pousser le plus loin possible les exigences contradictoires de la féminité, le clip est une caricature tous azimuts du concept de méritocratie, en ayant constamment recours à l’hyperbole. En effet, d’une part il décrit de manière extrêmement exagérée le mode de vie de ceux qui ont accès au meilleur, vanté à la fois par la publicité et la pornographie, où l’on côtoie des voitures qui sont exagérément des voitures, des femmes qui sont exagérément des femmes, où l’on danse avec son corps parfait dans le désert, ou sur l’eau bleue-lagon peuplée de requins, et où l’on s’amuse ostensiblement avec ses amis riches, jeunes, et avec des corps d’acteurs pornos. D’autre part, elle se moque de cette idée de travail méritoire colporté par les puissants : Britney crie comme eux de se mettre au travail, en nous promettant un mode de vie d’aisance, toute en mettant ensuite un coup de fouet qui semble exagérément fort. Elle campe là une sorte de Margaret Thatcher en latex, qui nous fait saliver avec sa carotte/godemiché néolibérale dorée, ses grandes promesses d’autonomie et d’épanouissement personnel, et en même temps, nous frappe par-derrière avec son martinet austéritaire. Get to work bitch !

La dernière des idoles

Ainsi la mise en scène hyperexagérée fait exploser toute tentative de prendre à tout jamais au sérieux l’idée méritocrate. Une fois que la fumée s’est dissipée, que le stroboscope s’est éteint, on se sent comme au sortir d’un songe qui a trop duré ; il n’y avait en fait que des êtres rabougris et ridicules qui déplaçaient des vases, dont nous regardions les ombres avec intérêt. Le décalage entre le discours et la réalité est tellement énorme que l’on a simplement envie de rire. Il n’y a plus qu’à remercier Britney pour cette prise de conscience : les promesses de cette vie éthérée bleue-lagon, de ces corps ultra-pornos ultra-bright, de ces bijoux et amis dorés, mais en toc, sont d’un ridicule consommé, de même que ceux qui la font miroiter : des sortes de personnages sadiques, toujours à vanter n’importe quoi pourvu que l’on se mette au travail, toujours à la recherche de quelque pauvre âme à fesser.

Cette comédie a trop duré, nous dit Britney. Il y a à tirer le frein d’urgence. Elle nous a montré qu’il n’y avait partout que de la mise au travail des corps, et en majorité du travail gratuit, essentiel au bon fonctionnement de la société, et pourtant qui n’est jamais ni reconnu ni rétribué. Elle nous a fait voir que toute idole était un fétiche qui masquait tout le travail et l’usure de corps qui l’avaient fait naître. Elle nous a montré par l’hyperbole que la promesse d’une société hiérarchisée en fonction du mérite, et donc que chacun était rétribué en fonction de son mérite personnel, était un mensonge tellement gros qu’il en devenait amusant.

En vérité, Britney est en colère : elle veut que cette folie s’arrête ! Plus aucun prolétaire ne sera fouetté impunément ! La peur doit changer de camp ! Ni Britney, ni ses camarades n’écouteront plus les divas austéritaires, les drag queens de la finance, les icônes pop et néolibérales, non plus que les cost-killer body-buildés, les patrons-gourous au sourire ultra-bright ou les politiciens cinglés avides de fric. Elle et ses copines ne se laisseront plus faire !

Après elle, ni Aya Nakamura, ni Bernie Sanders, ni nouvelle diva encore inconnue. Britney Spears sera la dernière des idoles. Elle nous a dit de ne plus écouter aucune idole, car toute diva à la fonction de cacher le rapt, et le travail gratuit sur lequel fonctionne l’économie, et de ce fait ne fait que prolonger le fonctionnement macabre de la société. Ces derniers mots seront : N’écoutez pas les idoles. Après quoi nous ne l’entendrons plus.

Et ensuite ? Il s’agira de commencer à vivre sa vie non plus à travers les idoles, mais de partir de son environnement le plus proche. Ne plus vivre à travers les fictions de Liberté, d’État, de Société, d’Amour, de Mérite, de Travail, de Révolution, de Richesse, etc. Ne plus espérer. Ne plus fantasmer une utopie qui ne viendra jamais, un paradis qui se mériterait. Et ne jamais oublier Britney, la dernière des divas, par qui tout s’est effondré. Elle dansait si bien entre les requins.

Emma R.

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