<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://trounoir.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TROU NOIR</title>
	<link>https://trounoir.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://trounoir.org/spip.php?page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Contruire la justice depuis un processus collectif</title>
		<link>https://trounoir.org/Contruire-la-justice-depuis-un-processus-collectif</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Contruire-la-justice-depuis-un-processus-collectif</guid>
		<dc:date>2026-07-08T15:33:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;sentation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est nous qui &#233;tions en charge de la col&#232;re, ce sont nos corps qui &#233;taient affect&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2026-50-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-justice-287-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Presentation-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;sentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/film.jpg?1782291585' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du livre &#171; La col&#232;re nous appartient &#187; par des autrices du collectif GARE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bordeaux le 18 mai 2026 au Caf&#233; Fantoche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour introduire cette rencontre, pouvez-vous vous pr&#233;senter et nous expliquer pourquoi ce livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La gen&#232;se du bouquin na&#238;t il y a 5 ans. Au cours de l'&#233;t&#233; 2021, on est plusieurs &#224; participer &#224; des rencontres f&#233;ministes qui ont lieu chaque ann&#233;e. Lors de ces rencontres, une discussion traitait de la gestion des violences et des conflits dans nos groupes militants. C'&#233;tait une p&#233;riode durant laquelle beaucoup de ces groupes avaient &#233;t&#233; confront&#233;s aux VSS . Il est apparu que toutes les personnes pr&#233;sentes avaient particip&#233;, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; des groupes de suivi. Ce qui a &#233;t&#233; mis en lumi&#232;re par les personnes r&#233;unies pour surpasser ces &#233;preuves et trouver des solutions est le partage des r&#233;cits et exp&#233;riences de nos ami&#183;es. Au-del&#224; des quelques brochures qu'on a tous et toutes brass&#233;es, parce qu'il n'y en avait pas tant que &#231;a &#224; l'&#233;poque, on se rend compte qu'on est nombreuses &#224; vivre les m&#234;mes choses ou des situations proches. Cette discussion nous a mises sur la piste afin de trouver un moyen de partager ces r&#233;cits. En fait, beaucoup de personnes prennent en charge par elleux-m&#234;mes, en dehors de l'institution judiciaire, les conflits et les violences. On est donc all&#233;es chercher ces r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'&#233;tais &#233;galement pr&#233;sente lors de cette discussion. Apr&#232;s &#231;a, on s'est mises &#224; faire une sorte d'enqu&#234;te en allant chercher des t&#233;moignages, bien qu'on ne soit pas des personnes form&#233;es aux pratiques de justices extra-judiciaires. Au moment o&#249; on commence cette enqu&#234;te, on n'a pas de formation, mais &#224; diff&#233;rents niveaux, on a accompagn&#233; ou &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; des violences sexistes et sexuelles. Nous parlons donc depuis cet endroit-l&#224;, celui de l'expression et de la passation de t&#233;moignages. On est all&#233;es chercher, par la suite, des personnes qui sont form&#233;es ou pratiquent de mani&#232;re plus r&#233;guli&#232;re, voire professionnelle, pour r&#233;diger les focales sur des notions qui traversent les pratiques de justices extra-judiciaires. On a fait un travail de collecte, et on a beaucoup discut&#233; et r&#233;fl&#233;chi. Cette enqu&#234;te est ensuite devenue un livre parce que les membres de Trou Noir nous l'ont propos&#233;. Nous avons &#233;galement re&#231;u l'aide d'un camarade, tant dans la mise en page du questionnaire qui nous a servi &#224; mener les entretiens, que dans la mise en page du livre lui-m&#234;me. On a &#233;t&#233; accompagn&#233;es par des personnes qui ont fait de la relecture, par toutes les personnes qui nous ont fait confiance en nous confiant leurs paroles sur des histoires tr&#232;s remuantes, douloureuses, souvent gal&#232;res &#224; raconter. &#201;videmment, les r&#233;cits sont anonymis&#233;s le plus possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce titre : &#171; la col&#232;re ? &#187; Et si on affirme qu'elle &#171; nous appartient &#187;, alors qui nous en a d&#233;poss&#233;d&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La meilleure r&#233;ponse est de lire un petit passage extrait d'un entretien qui a inspir&#233; le titre du livre et qui lui donne un peu son sens. Pour contextualiser bri&#232;vement, les deux personnes dont il est question ont fait partie d'un groupe de suivi pour prendre en charge un auteur de violence faisant partie du m&#234;me collectif. Certaines d'entre elleux ont &#233;t&#233; les victimes. Elles racontent ce parcours sem&#233; de beaucoup d'interrogations entre la proximit&#233; qu'ielles partagent et la distance qui est impos&#233;e par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LOUVE : On a demand&#233; &#224; nos amis et camarades hommes de respecter la d&#233;cision de ne pas faire de call-out, mais aussi de prendre des nouvelles de Harry r&#233;guli&#232;rement et de ne pas l'ostraciser. On ne voulait pas que ce soient les meufs qui s'en chargent. On voulait que nos camarades masculins s'occupent de l'aspect relationnel avec Harry. Certains ont refus&#233; de garder un lien avec lui, au nom de la gravit&#233; des actes commis. &#199;a a distendu nos liens, il y a des gens avec qui on est moins proche depuis. &lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : On avait clairement pos&#233; que s'il y avait de la col&#232;re, c'&#233;tait &#224; nous de l'avoir, mais pas &#224; eux. C'est nous qui &#233;tions en charge de la col&#232;re, ce sont nos corps qui &#233;taient affect&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet extrait, les personnes essaient de dire que dans le geste de prise en charge de conflits et de violences, tu choisis ce que tu fais de ta col&#232;re. Tu ne la d&#233;l&#232;gues pas, ni &#224; une institution ni &#224; une personne inconnue. Je crois que c'est un des principes qui nous tenait fort &#224; c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La col&#232;re est un affect qui est parfois d&#233;valoris&#233;, notamment par un certain type de justice qui pr&#233;tend &#234;tre impartiale, qui impose une distante avec les faits, etc. C'&#233;tait important de mettre ce sentiment dans le titre. Ce sentiment est accapar&#233; par les repr&#233;sentants du patriarcat avec des st&#233;r&#233;otypes de protection, de d&#233;fense de l'honneur, et dans des rapports qui ne sont pas forc&#233;ment ceux de la modernit&#233; lib&#233;rale qu'on conna&#238;t. Cette col&#232;re devrait &#234;tre r&#233;appropri&#233;e par les personnes qui sont victimes ou plus largement les personnes qui sont expos&#233;es &#224; &#234;tre des victimes de violences sexistes et sexuelles. C'est-&#224;-dire celleux qui ne sont pas des hommes cis. Dans l'extrait qui vient d'&#234;tre lu, le vol de la col&#232;re est le fait de leurs camarades hommes. Dans une analyse plus th&#233;orique, nous avons trouv&#233; chez Nils Christie, un anthropologue critique du droit p&#233;nal, une conception de la justice p&#233;nale comme un vol fait par l'institution qui s'accapare la gestion de la violence et qui prive les communaut&#233;s d'une sorte d'occasion d'interrogation-transformation de leurs normes et de leur fa&#231;on de fonctionner. C'est une des r&#233;flexions qui est assez fondatrice de toute la pens&#233;e critique de la justice p&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui correspond ce &#171; nous &#187; dont vous parlez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est le &#171; nous &#187; des personnes qui ont v&#233;cu des violences ou des personnes qui sont expos&#233;es, vuln&#233;rabilis&#233;es, menac&#233;es par ces violences sexistes et sexuelles. C'est le &#171; nous &#187; des victimes du patriarcat ou des personnes qui se battent contre le patriarcat. C'est le &#171; nous &#187; du f&#233;minisme et ensuite c'est le &#171; nous &#187; de la communaut&#233;. &#192; l'inverse de l'institution qui viendrait monopoliser une gestion des conflits et des violences en d&#233;poss&#233;dant les individu&#183;es, les collectifs et les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On se demandait si vous aviez votre propre d&#233;finition de la justice p&#233;nale ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Un des trucs qui &#233;tait super chouette dans le travail autour du livre, c'&#233;tait d'aller solliciter des personnes pour qu'elles &#233;crivent des textes th&#233;oriques que l'on a appel&#233; &#171; focales &#187;. Notamment celui qui est sans doute le plus compliqu&#233;, mais c'est le seul, et qui aborde &#171; la fonction tiers &#187;. La personne qui a &#233;crit ce texte fait une esp&#232;ce de comparaison un peu terme &#224; terme entre la justice p&#233;nale et la socianalyse, mais qui s'&#233;tend &#224; d'autres pratiques. La mani&#232;re d'analyser la justice p&#233;nale est assez pr&#233;cise et du coup, nous parle. Elle vient redire avec d'autres mots ce qu'on disait l&#224;, c'est-&#224;-dire comment la justice p&#233;nale monopolise la r&#233;ponse faite aux situations de violence ou de conflit. Ce que le texte ne dit pas, et que l'on peut rajouter, c'est que ce monopole de la gestion du conflit va avec le monopole de la violence l&#233;gitime, et du coup d'une capacit&#233; de coercition que n'ont pas les pratiques de justice extra-judiciaires dont on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On aimerait rester encore un peu dans le champ des d&#233;finitions pour aborder les m&#233;thodes de justice r&#233;paratrice et transformatrice. Vous avez d&#233;j&#224; mentionn&#233; la socianalyse, mais il est aussi question de m&#233;diation relationnelle. Pourriez-vous nous raconter d'o&#249; viennent et comment fonctionnent ces m&#233;thodes qui s'inscrivent en dehors du cadre p&#233;nal et en quoi se distinguent-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je me permets de r&#233;pondre parce que c'est moi qui ai &#233;crit cette focale. Entre la justice r&#233;paratrice et la justice transformatrice, c'est souvent gal&#232;re de s'y rep&#233;rer. Ce sont des mots qui se ressemblent et des contenus qui se ressemblent &#233;galement. La plus ancienne, la justice r&#233;paratrice, appara&#238;t dans les ann&#233;es 70. Toutes les deux sont des traditions anglo-saxonnes et principalement d'Am&#233;rique du Nord. Toutes les deux s'appuient sur une double critique, &#224; la fois celle de sp&#233;cialistes du droit et celles &#233;manant de pratiques communautaires de certain&#183;es autochtones. Ces pratiques sont extra-judiciaires, elles sont men&#233;es par des communaut&#233;s qui soit n'ont pas la culture de la justice p&#233;nale, soit ne peuvent pas y recourir parce qu'elles sont marginalis&#233;es dans les soci&#233;t&#233;s comme des communaut&#233;s noires, des communaut&#233;s de travailleurs et travailleuses informelles, etc. Ces communaut&#233;s se mettent &#224; d&#233;ployer des pratiques pour g&#233;rer les violences sans avoir &#224; appeler la police. La justice r&#233;paratrice cherche donc &#224; r&#233;parer les violences plut&#244;t qu'&#224; punir les coupables. Cependant, elle se met progressivement &#224; &#234;tre int&#233;gr&#233;e &#224; l'institution judiciaire. La justice transformatrice va na&#238;tre un peu en r&#233;ponse &#224; cette int&#233;gration. &#192; la fois dans une forme de continuit&#233; : ce qui est important dans la justice, ce n'est pas de punir les coupables, mais de r&#233;pondre aux besoins des victimes. C'est l'aspect commun de ces deux traditions qui me semble vraiment fondamental. Par contre, elle va critiquer la justice r&#233;paratrice, consid&#233;rant qu'elle n'est pas assez r&#233;solument extra-p&#233;nale. La justice r&#233;paratrice s'int&#232;gre &#224; l'institution judiciaire alors que la justice transformatrice est abolitionniste, c'est-&#224;-dire qu'elle vise l'abolition des institutions judiciaires et polici&#232;res. Celle-ci ne vise pas exclusivement &#224; r&#233;parer la victime, mais implique &#233;galement de transformer les communaut&#233;s et les collectifs o&#249; ont eu lieu les violences pour ne pas qu'elles se reproduisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le livre est construit autour de 9 t&#233;moignages qui racontent diff&#233;rentes situations de violences et donc de prises en charge. Pouvez-vous nous expliquer comment ces t&#233;moignages ont &#233;t&#233; choisis ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Nous avons choisi 9 r&#233;cits parmi le double d'entretiens que l'on a men&#233;s. J'en profite pour faire honneur &#224; tous les r&#233;cits qui n'apparaissent pas dans cet ouvrage. On les a choisis pour leur clart&#233; et pour leur diversit&#233;. &#201;tant nous-m&#234;mes issues d'un milieu politique particulier, nous avons souhait&#233; aller chercher des r&#233;cits au-del&#224; de notre entourage. Nous avons donc cherch&#233; une diversit&#233; tant dans les personnes qui racontent que sur les m&#233;thodes employ&#233;es, que les personnes aient mis en place un protocole elles-m&#234;mes ou qu'elles aient demand&#233; &#224; un professionnel d'intervenir. Je dois avouer que certains textes qui nous tenaient beaucoup &#224; c&#339;ur n'apparaissent pas dans le livre. Aller chercher ces r&#233;cits soul&#232;ve des questions : entre l'envie de livrer ces r&#233;cits et la peur du mal de ce que cela pourrait provoquer. On a donc choisi ces r&#233;cits pour leur diversit&#233;, mais &#233;galement en faisant attention &#224; ce que la publication pourrait d&#233;voiler. Dans ce processus de rassembler des t&#233;moignages, on a beaucoup gal&#233;r&#233; sur la question : qu'est-ce que tous ces r&#233;cits ont en commun ? On l'a beaucoup nomm&#233; par la n&#233;gative, c'est-&#224;-dire le choix des personnes de r&#233;gler les questions de violences entre elleux plut&#244;t que d'aller vers le syst&#232;me judiciaire classique. C'est vraiment &#224; force de discussions et d'&#233;laborations qu'on a commenc&#233; &#224; entamer le chemin qu'on propose qui est celui de d&#233;finir le champ de la justice extra-p&#233;nale. M&#234;me si ces termes sont rarement utilis&#233;s, ce qui est exprim&#233;, c'est la volont&#233; que les choses changent, la recherche d'un apaisement, une mani&#232;re de r&#233;gler le probl&#232;me ou de le prendre en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les personnes qui font face &#224; ces conflits n'ont pas fait le choix de faire appel &#224; la justice p&#233;nale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a des raisons tr&#232;s vari&#233;es &#224; cela. La premi&#232;re, que nous partagions avant m&#234;me d'avoir commenc&#233; notre enqu&#234;te, est politique. Cette id&#233;ologie commune estime que la justice p&#233;nale joue un r&#244;le dans la reproduction des in&#233;galit&#233;s et des hi&#233;rarchies sociales. Un des gestes du livre est d'aller au-del&#224; de ces raisons politiques, car beaucoup de personnes font sans la justice p&#233;nale. C'est ce que nous avons voulu explorer. Dans un des r&#233;cits, c'est le m&#233;diateur qui parle et non la personne concern&#233;e et celui-ci raconte &#224; travers son exp&#233;rience que les gens ne parlent pas de justice, mais plut&#244;t de r&#233;paration, parfois de reconnaissance et aussi d'envie de passer &#224; autre chose. Le mot &#171; justice &#187; ne fait pas sens pour elleux. La justice, c'est quand tu te fais voler ton sac dans la rue. Par contre, ce n'est pas le cas quand ta m&#232;re te cogne, quand t'es un b&#233;b&#233; tu vas voir les gens qui sont li&#233;s. C'est la formule qu'il utilise. Nous l'avons formul&#233; diff&#233;remment en constatant que quand il y a de l'amour et de la haine qui sont intriqu&#233;s &#224; ce point-l&#224;, le dispositif judiciaire victime-coupable-juge ne fonctionne pas. Il devient inop&#233;rant. C'est aussi le cas lorsque la justice r&#233;clame d'apporter la preuve de ce qui s'est pass&#233;. Lors des agressions sexuelles et des viols, il est difficile d'apporter des preuves mat&#233;rielles. Parfois les faits remontent &#224; longtemps, mais surtout, il y a peu de diff&#233;rences mat&#233;rielles entre un rapport sexuel consenti et un viol. La question n'est pas de renoncer aux &#233;l&#233;ments mat&#233;riels lors d'un proc&#232;s, mais de constater que ce dispositif ne convient pas pour traiter de violences sexistes et sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans un autre r&#233;cit, &#171; les cercles du secret &#187;, une des raisons de ne pas se tourner vers la justice p&#233;nale consiste &#224; refuser ou tenter d'&#233;chapper au r&#244;le dans lequel on essaie de les enfermer. Ce r&#244;le est celui de la victime. Recourir &#224; la justice institutionnelle c'est aussi accepter ce d&#233;coupage des r&#244;les coupable-victime-juge. Il est &#233;galement question de refuser que cette histoire soit divulgu&#233;e sur la place publique. Elles font toute une liste de leurs raisons. Et &#224; aucun moment la question d'aller voir la justice ne les traverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Ces arguments nous ont beaucoup pos&#233; question et nous en avons discut&#233; longuement. C'est aussi pour cette raison qu'on a demand&#233; &#224; une personne d'&#233;crire un texte sur la figure de la victime. C'est une notion &#224; la fois importante et probl&#233;matique, car notre rapport &#224; elle est compliqu&#233; et complex&#233;. Il y a donc une focale qui essaie d'explorer pourquoi c'est si dur de s'identifier &#224; la victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; travers toutes ces possibilit&#233;s de prise en charge des violences, l'objectif est-il toujours de &#171; faire justice &#187; ? Est-ce quelque chose que vous avez retrouv&#233; dans les r&#233;cits collect&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Le probl&#232;me avec cette question c'est que &#171; faire justice &#187; on ne sait pas trop ce que &#231;a veut dire et c'est un probl&#232;me r&#233;current. Je pense aussi que l'on n'a pas forc&#233;ment la m&#234;me r&#233;ponse. Pour ma part, j'aurais tendance &#224; dire &#171; oui &#187;, en comprenant l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187; comme une mani&#232;re de r&#233;&#233;quilibrer un rapport de force qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;s&#233;quilibr&#233; par l'usage d'une forme de violence. J'y inclus des r&#233;ponses qui habituellement peuvent sembler loin de ce qu'on appelle la justice comme certaines formes de vengeance. Je pense que r&#233;&#233;quilibrer ces rapports de force participe &#224; l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187;. En revanche, si on d&#233;finit le fait de &#171; faire justice &#187; comme capacit&#233; de nommer des normes et des limites collectives, alors je pense que des r&#233;ponses qui ne comprennent pas la transformation de la communaut&#233; ou celles de groupes ne peuvent pas correspondre &#224; l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une question difficile &#224; laquelle on a essay&#233; de r&#233;pondre par notre enqu&#234;te en recueillant des exp&#233;riences et en donnant la parole &#224; des personnes. Analyser ce que peut vouloir dire &#171; faire justice &#187; en dehors d'un appareil judiciaire p&#233;nal est un travail en cours d'&#233;laboration. Un aspect de cette enqu&#234;te qui nous a beaucoup enthousiasm&#233;es est l'exploration d'un champ en pleine &#233;bullition : nous avons m&#234;l&#233; des pratiques comme la socianalyse, la justice transformatrice, la justice r&#233;paratrice, et toutes les personnes qui bricolent dans leurs coins sans mettre de mots sur ce qu'ils et elles font. La prise en charge des violences peut vouloir dire beaucoup de choses. Il peut y avoir une fa&#231;on de prendre en charge les violences qui est th&#233;rapeutique. Et cette n&#233;cessit&#233; n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose que &#171; faire justice &#187;. Ensuite, effectivement, je pense que les questions de vengeance et de justice se recoupent &#224; des endroits, et se distinguent quand m&#234;me &#224; d'autres. Dans la vengeance, il y a aussi l'id&#233;e de faire du mal &#224; la personne qui t'a fait du mal, sans forc&#233;ment pr&#233;tendre &#224; &#171; faire justice &#187;. Je pense que c'est un travail compliqu&#233; et conceptuel que nous n'avons pas fait pour de bonnes raisons. Il ne peut pas &#234;tre fait tant que les pratiques de justice extra-p&#233;nales ne sont pas davantage d&#233;ploy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On souhaitait encha&#238;ner avec des questions sur les exemples pr&#233;sent&#233;s dans le livre. Dans le r&#233;cit &#171; Dialogue sur l'enfance &#187;, un m&#233;diateur raconte la relation entre une m&#232;re et sa fille qui ne sont plus en lien. La fille avait subi des violences de la part de sa m&#232;re durant l'enfance et l'adolescence. La fille souhaitait entrer en contact avec sa m&#232;re. Elle venait d'avoir un enfant et estimait qu'il devait conna&#238;tre sa grand-m&#232;re. La fille contacte donc un m&#233;diateur, qui utilise la m&#233;diation relationnelle, pour pr&#233;parer la possibilit&#233; de retrouver du lien avec sa m&#232;re. On s'est interrog&#233; sur l'outil qu'est la m&#233;diation et sur sa fonction pacificatrice. La m&#233;diation peut-elle questionner les syst&#232;mes qui permettent la reproduction des violences ou m&#234;me emp&#234;cher la remise en cause de ces violences ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Ce r&#233;cit parle d'un type de m&#233;diation sp&#233;cifique qui est la m&#233;diation relationnelle. On a essay&#233;, avec une focale sur la m&#233;diation, d'explorer les diff&#233;rents types de m&#233;diations, de la m&#233;diation p&#233;nale &#224; d'autres types de m&#233;diation plus lib&#233;rale. C'est un terme assez chaotique. Il recouvre beaucoup de choses diff&#233;rentes. D'ailleurs, nous n'avons trouv&#233; personne qui se sentait capable d'&#233;crire l&#224;-dessus. On a donc une focale sur la m&#233;diation relationnelle. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il y a des formes de m&#233;diation qui effectivement ont une fonction pacificatrice. Je pense notamment &#224; la m&#233;diation p&#233;nale. C'est une m&#233;diation mise en place pour d&#233;sengorger les tribunaux. Elle permet de passer des accords avec les accus&#233;s qui s'y retrouvent en obtenant des peines plus l&#233;g&#232;res que si elles avaient &#233;t&#233; prononc&#233;es devant un tribunal. Dans notre exemple de m&#233;diation relationnelle, le m&#233;diateur explique que l'objectif n'est pas de r&#233;concilier les gens. D'ailleurs, &#224; l'issue des processus, il arrive souvent que la rencontre entre les deux partis n'ait pas lieu ou que la rencontre permette de couper le lien en cessant d'&#234;tre hant&#233; par celui-ci. Dans la situation du r&#233;cit, la fille souhaite que son enfant ait un lien avec sa grand-m&#232;re. On comprend que cet argument est une sorte de pr&#233;texte qui disparait rapidement et permet de travailler sur son pass&#233;. Il y a deux rencontres entre la m&#232;re et la fille et c'est tout. Il s'agit d'abord de faire quelque chose de cette violence qui a eu lieu, d'en parler d'une mani&#232;re ou d'une autre, et non pas de renouer le lien et r&#233;concilier les gens. Dans cet exemple, la m&#233;diation n'est pas une forme de pacification. Je crois que cela d&#233;pend du type de m&#233;diation. Par contre, je peux dire qu'un point aveugle des modes de m&#233;diation que je connais est de toujours penser le dialogue comme interpersonnel sans replacer celui-ci dans les relations structurelles qui le coordonnent. Quand bien m&#234;me &#231;a parle d'argent, de conditions de travail ou de tout ce qui vient structurer les vies individuelles. Il existe d'autres m&#233;thodologies qui viennent faire travailler le collectif qui porte indirectement une responsabilit&#233; dans les violences ou les conflits. Dans un autre r&#233;cit qui s'intitule : &#171; couper la maison en deux &#187;, il est question de 5 personnes qui vivent ensemble dans une maison et qui n'arrivent plus &#224; cohabiter. Des voisins se portent volontaires pour former un groupe de m&#233;diation et accompagner ces personnes dans le fait de ne plus habiter ensemble. Le r&#233;cit met en lumi&#232;re un certain &#233;puisement des personnes impliqu&#233;es dans la m&#233;diation. Elles souffrent d'un manque de consid&#233;ration et se sentent beaucoup trop sollicit&#233;es dans leur travail de tiers. On s'est demand&#233; dans ce cas, si la m&#233;diation ne venait pas rajouter une nouvelle couche de conflit ? Mais aussi comment faire avec le besoin de reconnaissance des personnes tierces impliqu&#233;es dans la gestion de conflits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'ai l'impression de conna&#238;tre beaucoup d'histoires dans lesquelles une personne, qui n'est pas vraiment une personne tierce, intervient et rajoute une couche de douleur de conflit ou de complexit&#233;. Je dis : &#171; pas vraiment tierce &#187;, car dans nombre de milieux et groupes militants, l'intervention ext&#233;rieure, voire professionnelle, est tr&#232;s rare. Le r&#233;cit &#171; Couper la maison en deux &#187; en est un bon exemple. Les personnes qui interviennent font partie d'un collectif tr&#232;s &#233;largi avec les personnes en conflit. Ce qui va beaucoup leur peser, et l&#224;, &#231;a fait mal &#224; notre part anarchiste, c'est un besoin de reconnaissance tr&#232;s fort. C'est-&#224;-dire que c'est un travail ingrat. Finalement, la m&#233;diation au sein de groupe n'est jamais reconnue. Elle est souvent excessivement genr&#233;e et les personnes qui assumant ce r&#244;le sont des personnes sexis&#233;es. Donc c'est un travail dur. Par contraste, on a beaucoup &#233;t&#233; touch&#233; par l'humilit&#233; du m&#233;diateur de &#171; Dialogue sur l'enfance &#187; qui lui est un m&#233;diateur professionnel. Il met en avant le fait qu'au final, sa part de responsabilit&#233; sur le bien-&#234;tre des gens, sur la mani&#232;re de traiter un mal ou d'avancer dans une situation est minime, car il se retire de cette place-l&#224;. Il n'exprime pas son besoin de reconnaissance, quelle que soit la place qu'a pu avoir la m&#233;diation dans la vie des gens. Et donc je disais que notre part anarchiste allait &#234;tre heurt&#233;e dans la mesure ou il faut bien constater que la r&#233;mun&#233;ration et le fait que cette m&#233;diation soit un travail, d&#233;place la question de la reconnaissance et donc aussi de l'implication individuelle. C'est-&#224;-dire qu'il est tr&#232;s dur de trouver le sens d'aller faire de la m&#233;diation en &#233;tant r&#233;ellement ext&#233;rieur et dans ce cas l'argent devient un moyen, un symbole, ou que sais-je. Mais, on s'est dit que &#231;a touchait vraiment du doigt quelque chose dans la compr&#233;hension du r&#244;le de m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'en profite pour dire que c'est le seul r&#233;cit du livre dans lequel il n'est pas question de violence sexuelle. Il s'agit d'un conflit de personnes qui cohabitent et qui n'arrivent pas &#224; se s&#233;parer tout en se supportant plus. C'est d'ailleurs un des &#233;l&#233;ments du livre qui vient complexifier la d&#233;finition de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je me permets d'intervenir en rapport avec ce qui vient d'&#234;tre dit sur la m&#233;diation sans sp&#233;cificit&#233; de VSS. J'ai fait l'exp&#233;rience, pour mon int&#233;r&#234;t et celui d'autres, de la m&#233;diation. Je suis intervenue sur de gros conflits de voisinage dans mon immeuble o&#249; j'encaissais des nuisances sonores. J'ai mis un chapeau sur mon c&#244;t&#233; victime, sur ma col&#232;re et je suis intervenue. Et je ne me suis pas reconnue, car habituellement, je suis quelqu'un de col&#233;rique. Mais j'ai jou&#233; profil bas, dans mon int&#233;r&#234;t et il y a eu un r&#233;sultat, tout s'est apais&#233;. Plus jeune, j'aurais fonc&#233; dans le tas, mais j'ai ressenti qu'il fallait faire autrement. Et &#231;a a march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 2 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je souhaiterais revenir sur le terme de conflit qui est beaucoup employ&#233;. Quand est-il en cas de VSS, peut-on encore parler de conflit ? Cela n'efface-t-il pas une certaine forme de rapport structurel ou hi&#233;rarchique ? A priori, dans un conflit comme celui dont il &#233;tait question, cela me semble juste alors qu'&#224; d'autres moments je me pose la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour rebondir sur votre histoire, je dirais qu'il s'agit de faire quelque chose de sa col&#232;re plut&#244;t que de la mettre sous le chapeau. Je crois que c'est ce que l'on essaie d'exprimer. &#192; travers toutes ces histoires, il ne s'agit pas de brimer ou supprimer son ressenti, que l'on soit victime ou partie prenante, mais de savoir comment l'&#233;couter et peut-&#234;tre la transformer en autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour moi, la col&#232;re est une &#233;motion qui peut me d&#233;passer et m'emp&#234;cher d'agir de fa&#231;on saine et r&#233;fl&#233;chie. Dans ma situation, j'&#233;tais au-del&#224; de la col&#232;re, je n'en avais plus tellement j'&#233;tais &#233;puis&#233;e. J'ai cherch&#233; les moyens de toucher les personnes, et c'est transformateur. Mais je n'ai pas parl&#233; de moi. J'ai apais&#233; un conflit qui se passait chez mes voisins sans parler de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Conflit et violence sont r&#233;guli&#232;rement distingu&#233;s. Le bouquin de Sarah Schulman qui s'intitule &#171; Le conflit n'est pas une agression &#187; essaie justement de dire qu'on ne peut pas tout m&#233;langer. Un conflit oppose deux parties d'une puissance relativement &#233;gale. Et entre ces parties, il peut y avoir une m&#233;diation au sens classique du terme. Par contre, il y a d'autres situations o&#249; la violence produit d'un c&#244;t&#233; une victime et de l'autre un auteur de violence, m&#234;me si ce n'est pas des qualifications fixes ou essentialisantes. Il n'y a pas d'&#233;galit&#233; entre les parties et on ne la traite pas avec les m&#234;mes outils. Par exemple, les personnes qui pratiquent la socianalyse r&#233;fl&#233;chissent en ce moment &#224; la mani&#232;re d'adapter leurs outils &#224; des situations o&#249; justement il y a des victimes et des auteurs de violence alors m&#234;me que leurs outils sont faits pour traiter des conflits et g&#233;rer des situations o&#249; il y a des torts multiples et r&#233;partis parmi les membres d'un collectif, d'un groupe ou d'une soci&#233;t&#233;. Il y a tout de m&#234;me une porosit&#233; entre conflit et violence. Il y a des situations avec des torts des deux c&#244;t&#233;s, mais avec un geste qui a clairement d&#233;pass&#233; une limite claire. Dans le bouquin, il y a cette situation qui est clairement un conflit. Il n'y a pas eu de graves violences commises et il y a clairement des torts des deux c&#244;t&#233;s. Dans les autres situations pr&#233;sent&#233;es, il est question de violences, de mani&#232;re assez identifiable. Avec des personnes qui en ont v&#233;cu, et des personnes qui en ont commis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 3 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pourquoi avez-vous choisi de mettre ce r&#233;cit en lien avec l'id&#233;e de justice ? La notion de justice telle qu'on l'entend de mani&#232;re commune impliquerait la possibilit&#233; de formes de r&#233;paration ou la transformation d'une situation d&#233;s&#233;quilibr&#233;e. Pourquoi ce r&#233;cit entre-t-il dans le champ de la justice extra-p&#233;nale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#192; mon sens, ce r&#233;cit entre enti&#232;rement dans le champ de la justice extra-p&#233;nale. Il y a la tentative de r&#233;&#233;quilibrer un rapport de force qui a &#233;t&#233; l&#233;s&#233; des deux c&#244;t&#233;s. Si on a choisi de mettre en avant ce r&#233;cit, c'est pour aller contre une certaine intuition qui impliquerait d'assimiler une m&#233;thode &#224; un type de conflit ou &#224; un type d'agression. Nous nous sommes demand&#233; : est-ce qu'on ne peut pas utiliser des m&#233;thodes similaires &#224; partir du moment o&#249; tu prends en compte les influences sociales d'un syst&#232;me &#233;crasant, tel le patriarcat, dans une situation ? La r&#233;solution de conflit peut tout &#224; fait passer par des m&#233;thodes qui sont assez similaires. &#199;a nous importait de faire r&#233;aliser que les questions de justice et d'apaisement n'intervenaient pas uniquement dans le cadre des violences sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans ce conflit, les voisins et les voisines ont pu dire que si la situation continuait de la sorte, ils se seraient frapp&#233;s, ou se seraient attaqu&#233;s &#224; coup de couteau. Ce voisinage a d&#233;cid&#233; qu'il fallait intervenir. C'est typiquement une situation qui ne peut pas continuer comme au quotidien. La situation r&#233;clame l'intervention d'un tiers, d'un groupe, du social. C'est la raison pour laquelle on a choisi ce r&#233;cit et j'aurais aim&#233; en avoir d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 4 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'ai une question qui rebondit un peu sur les questions pr&#233;c&#233;dentes. Je crois savoir que dans la m&#233;diation dans la justice p&#233;nale n'est pas possible &#224; partir du moment o&#249; il y a agression enfin o&#249; il y a violence. Qu'en est-il de la m&#233;diation relationnelle et des m&#233;diateurices que vous avez rencontr&#233;.es ? Dans un des r&#233;cits, il y a le cas d'une m&#232;re qui a &#233;t&#233; violente, comment la m&#233;diation se positionne-t-elle par rapport &#224; &#231;a ? Quelles sont les limites pos&#233;es par les m&#233;diateurices pour rendre une m&#233;diation possible ou non selon les d&#233;s&#233;quilibres de rapports de force ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est vraiment une question importante en ce moment en France. La tradition fran&#231;aise impliquant un &#233;tat super centralis&#233; explique en partie le retard dans les pratiques de m&#233;diations contrairement &#224; d'autres pays plus lib&#233;raux comme les &#201;tats-Unis ou le Canada. Effectivement, la voie l&#233;gale implique de d&#233;noncer tous faits de violence. Cela implique, par exemple, que toute personne travaillant dans des foyers pour femmes battues devrait officiellement d&#233;noncer ces femmes m&#234;me si elles ne veulent pas porter plainte. C'est totalement antif&#233;ministe et stupide et de fait, ces d&#233;nonciations n'ont pas lieu. Cette loi n'est pas respect&#233;e par tous les travailleurs et travailleuses du social. Les personnes qui pratiquent la justice r&#233;paratrice en France n'assument pas toujours, mais expliquent pratiquer, un peu sous le manteau, des m&#233;diations pour des personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas porter plainte, ou qui se sont fait d&#233;bouter de la justice p&#233;nale. Cela reste un fait minoritaire. Alors qu'en Belgique ou en Suisse, les gens pratiquent la m&#233;diation l&#233;galement. C'est un aspect tordu de la loi fran&#231;aise qui implique l'id&#233;e de monopole dans la justice. Celle-ci engage &#224; d&#233;noncer les violences pour que la justice p&#233;nale s'en empare. Et l&#224;, je pense qu'il y a un truc qui est en train de bouger. Plusieurs collectifs assument de dire : on va traiter des violences et non, on ne va pas aller d&#233;noncer &#224; la justice p&#233;nale. Beaucoup de gens ne veulent pas porter plainte. D'ailleurs, les chiffres sont d&#233;lirants : 75% des victimes de viol ne peuvent pas, ne veulent pas ou ne portent pas plainte. Cela signifie que 75% des victimes de viol n'ont pas de r&#233;ponse sauf le p&#233;nal et qu'elles ne veulent pas y aller. Il y a donc un probl&#232;me. Je pense qu'il y a des &#233;volutions l&#233;gales &#224; construire pour les gens qui s'occupent de ce genre de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je crois que c'est un crit&#232;re central, dans la pratique de la m&#233;diation relationnelle, de placer au centre la s&#233;curit&#233; et la possibilit&#233; du dialogue entre les deux parties concern&#233;es. Dans le r&#233;cit dont il est question, on le voit assez bien. Le m&#233;diateur d&#233;roule les &#233;l&#233;ments bout par bout, y compris la s&#233;curit&#233; &#233;motionnelle. Il demande par exemple : qu'est-ce que tu ne voudrais pas entendre ? Qu'est-ce qu'il ne faudrait pas qu'elle dise ? Qu'est-ce que tu veux absolument entendre ? Il y a, tout du long, une mani&#232;re de baliser et le m&#233;diateur ne laisse pas la rencontre avoir lieu si la s&#233;curit&#233; et la possibilit&#233; de dialogue des personnes ne sont pas assur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 5 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'aimerais savoir ce qui a pu se passer apr&#232;s la prise en charge et comment les collectifs s'en sont trouv&#233; transform&#233;s. Je viens moi-m&#234;me d'un collectif qui a g&#233;r&#233; une histoire de harc&#232;lement en son sein. Il y a eu beaucoup de r&#233;percussions n&#233;gatives, mais aussi positives comme la mise en place d'une commission de lutte contre les violences avec la formation des personnes &#224; l'&#233;coute active. Je serais curieuse de savoir dans les histoires que vous avez entendues comment les interventions ont transform&#233; les collectifs positivement ou n&#233;gativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Nous sommes en 2026 et nous avons arr&#234;t&#233; de recueillir des r&#233;cits il y a deux ans. Les situations les plus anciennes datent d'il y a 10 ans, c'est le maximum de recul que l'on a pu recueillir sur une situation. Cela permet de se rendre compte que les choses changent beaucoup. Les gens ne disent pas la m&#234;me chose, 2 ans, 5 ans ou 10 ans apr&#232;s. Dans un r&#233;cit dont nous n'avons pas encore parl&#233;, l'intervention a &#171; fonctionn&#233; &#187;. Les personnes actives dans l'intervention et qui racontent ce r&#233;cit sont assez satisfaites de ce qu'elles ont fait. C'est une histoire tristement banale d'agressions commises par le membre d'un collectif qui organise des f&#234;tes et des concerts. Au fur et &#224; mesure, les d&#233;nonciations s'accumulent. Un processus est donc mis en place avec 4 personnes qui en ont vraiment la charge. En fait, tout le groupe, sous forme d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, est tenu au courant. Il en r&#233;sulte un changement dans la mani&#232;re d'organiser les soir&#233;es ainsi que la r&#233;daction d'une charte. Ils ont &#233;t&#233; un peu modifi&#233;s par cette histoire, &#224; une &#233;chelle assez humble. Je pense que l'on a tous et toutes vu des changements dans les mani&#232;res d'organiser les f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a un r&#233;cit qui n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et dont je vais lire la fin. Sa conclusion est &#224; moiti&#233; satisfaisante comme c'est souvent le cas, mais au moins il donne des pistes. Le r&#233;cit se passe dans un bar associatif, &#224; la campagne. Dans ce lieu, les personnes essaient de composer entre des sensibilit&#233;s au f&#233;minisme et un rapport aux agressions sexuelles qui s'av&#232;re &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent des un.es aux autres. &#199;a relate la mani&#232;re de l&#233;gif&#233;rer ensemble &#224; partir d'un commun qui est de vivre dans le m&#234;me village, et non pas depuis un groupe sensiblement constitu&#233; autour de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; GARE : &#192; part Thomas, quels sont les effets, d'apr&#232;s vous, de ces lettres, avertissements ou exclusions, sur les autres usagers du Croco ?&lt;br class='autobr' /&gt;
SOPHIE : Il y a beaucoup de personnes qui viennent au Croco et qui peuvent avoir un comportement violent. Beaucoup de personnes ont re&#231;u des lettres. Je pense que les mecs violents commencent &#224; capter qu'on ne se laisse pas faire. Avec les femmes qui fr&#233;quentent le lieu, &#231;a passe principalement par des discussions informelles : &#171; &#199;a fait longtemps que je sais que le lieu n'est pas safe. C'est chouette qu'il y ait des mesures qui soient mises en place. &#199;a me rassure de savoir que, m&#234;me si le Croco ne peut pas nous prot&#233;ger d'eux, il y a une volont&#233; de faire les choses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre action n'est pas une forme de sensibilisation, la plupart des agresseurs ne captent m&#234;me pas. &#192; part certains avec qui on peut avoir des discussions pouss&#233;es, en g&#233;n&#233;ral &#231;a leur passe au-dessus. C'est plut&#244;t les choses mises en place qui sont chouettes pour les potentielles victimes de ces gestes et pour le public. Du reste, il y a d'autres id&#233;es &#224; mettre en place, comme faire de l'affichage au bar directement.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait le maximum pour qu'il y ait un bon environnement, mais on ne peut pas faire des dingueries avec les dix soixantenaires qui draguent les meufs en leur claquant le cul. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 6 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pouvez-vous nous dire un mot sur l'anonymisation des r&#233;cits ? Est-ce un choix ? Est-ce aussi un frein qui entra&#238;ne des limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une d&#233;marche que l'on a syst&#233;matiquement propos&#233;e et c'est &#233;vident que sans ce dispositif personne n'aurait rien racont&#233;. Ce type de d&#233;marche implique pour les personnes de s'exposer et d'exposer une situation. Il y a &#233;galement la question du l&#233;galisme puisque normalement tu n'es pas cens&#233; recourir &#224; ces m&#233;thodes. Les gens livrent des histoires et des ressentis qui sont tr&#232;s intimes impliquant d'autres personnes. C'&#233;tait vraiment impossible de faire sans l'anonymisation. &#199;a n'a pas toujours &#233;t&#233; simple, car anonymiser signifie changer les lieux, les noms, mais aussi les d&#233;tails qui font qu'on peut reconna&#238;tre une histoire. Et parfois, cela peut enlever toute la chair de l'histoire. Nous avons donc fait des choix d'arbitrage, pas toujours simples, un peu de reconstitution et parfois des transformations et des substitutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 7 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a une sorte de lien entre ce rapport au r&#233;cit et le droit &#224; la parole. Dans votre livre, il y a un article sur la victime, sur le statut de victime qui dit qu'&#234;tre victime c'est hyper compliqu&#233; parce que soit tu dis que t'es victime et du coup ta parole est d&#233;cr&#233;dibilis&#233;e, soit tu parles, mais du coup tu caches le fait que t'es victime. Ou encore, tu ne peux pas trop parce que t'as pas acc&#232;s &#224; la parole. Au d&#233;but, vous avez dit que l'on avait besoin de r&#233;cits. Que c'&#233;tait ce qui vous a le plus aid&#233; et donn&#233; l'envie de faire ce livre. Est-ce que vous avez l'impression que ce livre peut aider &#224; faire bouger les choses sur le rapport &#224; la parole des victimes ? Ou pas du tout ? Je pense qu'il y a un lien avec l'anonymat. Quelle peut &#234;tre la place de la parole des victimes l&#224;-dedans et qu'est-ce que &#231;a change dans le fait de pouvoir assumer qu'&#224; la fois t'es victime et &#224; la fois tu prends la parole et t'as des choses &#224; dire l&#224;-dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Merci pour cette question. Je trouve &#231;a important, c'&#233;tait tr&#232;s &#233;mouvant de recueillir ses paroles et de les relire. On a nag&#233; dans les violences sexuelles pendant des mois pour faire ce bouquin aussi pour dire ce pi&#232;ge. Car dans tous les cas t'as tort, soit t'es trop faible, soit t'as trop ouvert ta gueule soit tu l'as trop ferm&#233;e. La victime est une figure pi&#233;geuse. L'id&#233;e principale de notre travail &#233;tant de diffuser des exp&#233;riences avec l'id&#233;e de ne plus repartir &#224; z&#233;ro, parce que c'est douloureux c'est gal&#232;re, c'est hyper intime, et surtout, c'est dur d'en parler. Donc minimalement, diffuser des exp&#233;riences et montrer que c'est possible, que &#231;a existe. Donner la parole aux victimes n'&#233;tait pas le geste premier parce qu'il n'y a pas que des victimes qui parlent. Il y a aussi beaucoup des personnes accompagnatrices m&#234;me si, on le r&#233;p&#232;te parce que &#231;a nous semble vraiment central, leur r&#244;le n'est pas de faire &#224; la place des personnes, il est d'accompagner les personnes dans leurs recherches de volont&#233;, de d&#233;sir, de force dans une situation o&#249; elles en ont &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;es. Du coup, je ne sais pas ce que cela peut produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'esp&#232;re que &#231;a peut avoir un petit effet, celui de sortir de la morale. Je pense que c'est ce que fait le texte sur la figure de la victime. Sortir d'un rapport moraliste &#224; ce que devrait &#234;tre une victime. Si tu es une victime, alors tu dois &#234;tre comme &#231;a, tu dois r&#233;agir comme &#231;a, ou tu dois faire &#231;a ou dire &#231;a. C'est &#233;galement ce que l'on peut lire dans tous les entretiens, c'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises r&#233;actions. Il y a m&#234;me des gens qui font des trucs qui peuvent para&#238;tre tr&#232;s chelous au fur et &#224; mesure du livre comme garder certaines proximit&#233;s avec leurs agresseurs. Ces paradoxes-l&#224; nous ont travers&#233;s et notre d&#233;marche consiste &#224; ne pas poser de jugement moral. Et je veux mettre en avant l'importance de ne pas le faire. L'important est justement d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute. Comment est-ce que tu peux te r&#233;parer ? Qu'est-ce qui peut te faire avancer, en te d&#233;tachant d'une quelconque morale qui dicterait la bonne mani&#232;re d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je n'ai pas du tout envie avec ce livre d'opposer &#224; l'injonction de porter plainte, l'injonction de faire par soi-m&#234;me, parce que ce serait mieux d'&#234;tre autonome. Dans les deux cas, c'est trop chiant. Ce qui nous parait probl&#233;matique, c'est qu'apr&#232;s avoir v&#233;cu quelque chose de douloureux, qu'apr&#232;s avoir v&#233;cu des violences, et avoir &#233;t&#233; ni&#233;es dans ta volont&#233; propre, dans ton d&#233;sir, les choses continuent ainsi parce que la mani&#232;re dont tu es cens&#233; r&#233;pondre &#224; cette situation t'est dict&#233;e de l'ext&#233;rieur. C'est la raison pour laquelle on a multipli&#233; les m&#233;thodes et les situations. Plus on multiplie les possibilit&#233;s de r&#233;pondre &#224; des situations de violence, plus on rend possible le fait de se r&#233;approprier sa capacit&#233; d'agir dans une situation o&#249; on se l'ait fait d&#233;glinguer. Peut-&#234;tre un dernier &#233;l&#233;ment sur la question de la parole, je ne dis pas qu'il faille toujours r&#233;pondre par la parole, parfois ce sont des gestes qui peuvent r&#233;pondre. C'est tout de m&#234;me &#233;tonnant le pouvoir de parler dans ces histoires-l&#224;, alors m&#234;me qu'on aurait parfois envie que de mettre de grandes torgnoles. Dans plusieurs histoires, on devine le c&#244;t&#233; inconscient du pouvoir de reconnaissance de la justice p&#233;nale. C'est une sc&#232;ne sur laquelle il y a quelqu'un d'ext&#233;rieur que tu ne connais pas, entend ce que tu as v&#233;cu, que ce n'est pas dans ta t&#234;te et que tu n'es pas folle. La parole a beaucoup de pouvoir, c'est assez frappant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 8 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Est-ce que tous les r&#233;cits que vous avez recueillis s'inscrivaient dans des formes de communaut&#233; ou de collectif &#233;tablis ? Parce que la question de la reconnaissance et celle de tes sentiments &#224; l'issue d'une m&#233;diation &#224; avoir avec un entourage dans lequel cette pratique est reconnue. Je me demandais si pour certaines personnes, cela suffisait que la m&#233;diation ait lieu ? Et comment cela pouvait-il se passer pour des personnes qui ne font pas partie de collectifs ? Cela peut-il suffire que la m&#233;diation ait lieu, avec un travail tr&#232;s individuel, sans doute assez psychologique aussi ? &#192; des endroits. Quand tu es m&#233;diateurice relationnel tu fais un peu de tout. Comment cela peut-il se passer pour des personnes qui ne font pas partie de communaut&#233;s ou de collectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je pense que &#231;a tape vraiment au bon endroit comme question. Il faut une forme d'ext&#233;riorit&#233;, et la premi&#232;re d'entre elles est souvent le psy ou la m&#233;diateurice. C'est une premi&#232;re forme d'ext&#233;riorit&#233;. Dans une des focales, l'autrice participe au dispositif mis en place par les &#233;glises de France pour traiter les violences sexuelles en leur sein. Ce dispositif s'appelle la commission reconnaissance et r&#233;paration. Le r&#233;sultat est tr&#232;s variable. Il y a des personnes qui en sortent encore plus en col&#232;re, d'autres qui vont vraiment mieux. Il faut savoir que tr&#232;s souvent les pr&#234;tres ou diff&#233;rents responsables religieux en question sont morts. Il y a un traitement de la violence qui est fait, mais rien par rapport au coupable. Mais il y a la reconnaissance de la communaut&#233;. Il y a de la reconnaissance au travers du boulot des personnes qui viennent, qui &#233;coutent. Des personnes viennent raconter leur v&#233;cu parfois 3, 4, 5, 6 fois, et avoir des gens qui valident d'une mani&#232;re ou d'une autre ton r&#233;cit, permet une reconnaissance, quelque chose de th&#233;rapeutique. C'est un deuxi&#232;me ou un troisi&#232;me niveau de reconnaissance qui n'est pas toujours possible quand il n'y a pas de communaut&#233;. Dans le livre, il y a notamment cette histoire de m&#233;diation relationnelle ou la reconnaissance, qui vient en fait de la m&#232;re. C'est &#224; la m&#232;re que la reconnaissance est demand&#233;e. Dans le r&#233;cit du village, il y a les usager.es et les g&#233;rant.es du bar. Il y a des communaut&#233;s assez vari&#233;es. Il y a m&#234;me une histoire de call-out dans laquelle la reconnaissance est apport&#233;e par les journaux et le public au sens tr&#232;s classique du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Au vu de mes exp&#233;riences diverses, la reconnaissance par le social n'a pas eu d'importance. L'important a &#233;t&#233; de retrouver ma capacit&#233; d'agir lorsque j'ai eu tr&#232;s peur et que l'on ne m'oblige pas &#224; me d&#233;finir comme victime. Ce qui me redonne confiance, c'est de pouvoir agir par moi-m&#234;me sans tiers quel qu'il soit m&#234;me un m&#233;diateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a deux histoires dans le recueil ou les personnes disent la m&#234;me chose que toi. Il s'agit de situations ou les victimes ont pris en charge tout le processus, et parfois &#231;a donne le vertige tant la charge qu'elles se mettent sur les &#233;paules est lourde. Je pense qu'effectivement, cela leur permet de trouver une capacit&#233; d'agir dans la situation. Mais il y a aussi des fois o&#249; les personnes disent qu'elles ne vont pas en plus se coltiner le boulot, &#231;a n'est pas faisable, on ne le veut pas et on ne le peut pas. Les tiers sont aussi l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 9 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je voudrais partager une petite r&#233;flexion par rapport aux formations des cercles restauratifs qui existent sur Bordeaux. J'ai trouv&#233; formidable qu'il y ait un film qui parle de la justice restauratrice ( Je verrai toujours vos visages). Sauf que c'est en France, ce qui signifie que ce qui est montr&#233; a lieu apr&#232;s le traitement par la justice p&#233;nale. &#192; Rio, il existe des pratiques de ce type, mais sans recours &#224; la justice. Les gens s'en occupent eux-m&#234;mes, c'est entre leurs mains. Et trouvent des solutions y compris pour des cas tr&#232;s graves comme une m&#232;re et le meurtrier de son fils, ou le meurtre d'un noir par un flic avec un racisme institutionnel. Ceux qui participent sont pr&#234;ts &#224; assumer, le poids n'est pas sur les &#233;paules de la personne qui est m&#233;diatrice. Quand les gens ont trouv&#233; une solution qui leur convient et qui convient aussi &#224; la communaut&#233;, car il y a des gens qui repr&#233;sentent la communaut&#233; ou le quartier, c'est du soutien mutuel qui se construit et qui est utilis&#233; par une personne ou part une autre. Tout le monde peut prendre ce r&#244;le de soutien pour que la parole sorte, les col&#232;res&#8230; Tout est l&#233;gitime. C'est &#224; chaque personne de nommer ce qui se vit et o&#249; se situe le probl&#232;me, et je trouve &#231;a extraordinaire. Je me demandais si vous aviez crois&#233; cette justice restauratrice de Rio qui n'est effectivement pas transformatrice ? C'est-&#224;-dire qu'elle ne cherche pas forc&#233;ment &#224; changer le syst&#232;me autour. &#199;a me semble assez puissant, mais en France, on n'a pas montr&#233; que c'&#233;tait possible sans la justice. C'est assez frustrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une pratique qui devient de plus en plus r&#233;guli&#232;re. Il y a des cercles qui se voient assez souvent et on observe que ce sont des pratiques qui se r&#233;pandent. D'abord dans certains milieux militants et alternatifs, mais pas que. J'ai l'impression qu'il y a une tendance qui cherche &#224; se d&#233;tacher des institutions judiciaires classiques, plut&#244;t par souci &#233;conomique. Car la justice co&#251;te cher. Cela permet donc des exp&#233;rimentations. Je pense notamment &#224; la m&#233;diation familiale. Comme vous venez de le souligner dans la diff&#233;rence entre la France et Rio, j'ai l'impression que ces m&#233;thodes sont associ&#233;es &#224; des actes de faible gravit&#233; ou &#224; des conflits. Comme la m&#233;diation de voisinage dans certains quartiers. J'ai en t&#234;te un exemple qui n'est ni fran&#231;ais, ni tr&#232;s actuel. C'est un film que l'on diffuse demain et qui s'intitule &#171; Hollow Water &#187;. Celui-ci relate une pratique de cercle restauratif au sein d'une communaut&#233; autochtone du Canada. Ils ont construit tout un syst&#232;me de cercle de discussion depuis la communaut&#233;. Cette pratique est mise en place pour essayer de briser le r&#233;gime de violence qui s'est institu&#233; dans leur communaut&#233;. Ce r&#233;gime est fait de maltraitance &#224; l'int&#233;rieur des familles, d'incestes, d'agressions sexuelles, de viols, etc. Cette pratique intervient &#224; l'endroit o&#249; la justice p&#233;nale n'apporte pas de r&#233;ponse &#224; leur communaut&#233;. Ce n'est donc pas la gravit&#233; de l'acte qui va d&#233;finir si l'on doit ou non passer par le syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 10 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je reviens sur ce dont tu parlais &#224; propos de Hollow Water. Dans la volont&#233; de ne pas recourir &#224; la justice p&#233;nale, il y a le rapport &#224; l'exclusion. Dans cette communaut&#233;, les personnes savent que s'ils laissaient un des leurs au p&#233;nal, c'est qu'il va aller vivre seul. Il y a donc cette question de l'exclusion et je me demande, au vu des diverses situations que vous avez crois&#233;es, s'il y a des tendances qui se dessinent autour de l'exclusion par rapport au commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour r&#233;pondre, on ne s'est pas dit que des gens reprendraient le flambeau, mais &#233;videmment au-del&#224; des histoires que l'on pr&#233;sente, il faut en raconter d'autres. Je pense que c'est vraiment important de publier des r&#233;cits et de les faire circuler. C'est un effort de devoir raconter des trucs qui ont &#233;t&#233; p&#233;nibles, mais &#231;a a vraiment de la valeur. J'ai l'impression qu'une partie du travail cherchant &#224; faire face &#224; des violences ou des agressions s'est construit sur les limites de l'exclusion comme r&#233;ponse. On conna&#238;t les arguments qui affirment que la personne va recommencer ailleurs, ou que celle-ci peut se retrouver extr&#234;mement pr&#233;caris&#233;e avec des cons&#233;quences tr&#232;s graves. L'exclusion peut &#233;galement &#234;tre une sorte de peine sans limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans nos r&#233;cits, l'exclusion appara&#238;t. Elle appara&#238;t de deux mani&#232;res. La premi&#232;re, qui revient plusieurs fois, est une auto-exclusion des auteurs qui accompagne un besoin de distance des personnes heurt&#233;es. Et ce retrait a lieu qu'il y ait un groupe de suivi ou non. Ce n'est pas juste une fuite de ce qui se passe. On pourrait l'analyser de mille mani&#232;res selon les histoires, y voir une auto-punition parfois. J'ajouterai que &#231;a vient beaucoup des personnes dont le tort caus&#233; est reconnu par la communaut&#233;. L'autre forme que prend l'exclusion est celle de la menace. La reconnaissance d'un tort, la mise en place d'un groupe de suivi, ce n'est pas aussi simple que &#231;a. C'est comme le f&#233;minisme en g&#233;n&#233;ral, c'est une affaire de rapports de force qui s'appliquent. L'exclusion, au m&#234;me titre que le call-out, est un outil coercitif. Mais c'est une menace consciente de la part de la communaut&#233;. Soit tu travailles, tu avances, tu te plies &#224; ces r&#232;gles, soit tu vas nous quitter. Et cela vient donner tout son sens au fait de bien vouloir se mettre au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 11 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour t&#233;moigner &#224; propos de mon collectif, la prise en charge s'est faite, car la personne n'a jamais voulu reconna&#238;tre les faits. Il y a eu tout un travail effectu&#233; et la personne a &#233;t&#233; entendue. Il y avait quand m&#234;me 8 personnes concern&#233;es par ce harc&#232;lement. Et quand la personne n'a pas envie de se mettre au travail justement, pour r&#233;int&#233;grer le collectif et que la priorit&#233; va &#224; la protection des victimes, et bien le collectif explose. Enfin, on n'utilisait pas le mot victime pour parler de nous. Je pense que &#231;a fait partie des choses qui sont de l'ordre de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce moment touche &#224; sa fin. Il y a un extrait du bouquin qui nous a pas mal parl&#233;. Donc sans forc&#233;ment poser la question qu'il y a autour, on propose de lire l'extrait et se laisser l&#224;-dessus. Il s'agit du r&#233;cit &#171; les cercles du secret &#187; qui a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. C'est un groupe de suivi qui se met en place suite &#224; la d&#233;couverte de viols et de violences conjugales commis par un des membres du collectif. Le suivi est centr&#233; sur l'auteur dans une volont&#233; de transformation de ses comportements et les personnes qui sont impliqu&#233;es dans le suivi sont des femmes qui sont tr&#232;s proches de l'auteur et dont certaines sont des victimes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LOUVE : Le point de pression qu'on avait vis-&#224;-vis de Harry, c'&#233;tait sa peur d'&#234;tre un monstre aux yeux de toutes ses connaissances, notamment du milieu qu'on fr&#233;quentait. &#199;a le faisait vraiment vriller. &lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : (&#8230;) Pour moi, tant que l'autre se voit comme un monstre et que les autres le regardent aussi comme un monstre, il peut continuer &#224; agir comme un monstre.&lt;br class='autobr' /&gt;
COLLECTIF GARE : Tu peux d&#233;velopper ?&lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : C'est une mani&#232;re de se d&#233;douaner de se dire : &#171; je suis un monstre &#187; et de fondre en larmes. Si l'autre te voit comme un monstre, &#231;a vient alimenter ta culpabilit&#233;. Et la culpabilit&#233; permet justement de continuer &#224; faire ce que tu fais sans prendre tes responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
LOUVE : Comme tu t'auto-punis, tu peux retomber dans les m&#234;mes m&#233;canismes et ce n'est pas forc&#233;ment transformateur, ce n'est pas ce qui va te pousser &#224; un changement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La col&#232;re nous appartient</title>
		<link>https://trounoir.org/La-colere-nous-appartient</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/La-colere-nous-appartient</guid>
		<dc:date>2026-07-08T15:33:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>collectif GARE</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour faire face aux violences, inventons de nouvelles fa&#231;ons de faire justice&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2026-50-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recit-+" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-justice-287-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-collectif-GARE-+" rel="tag"&gt;collectif GARE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/image_couverture.jpg?1776193123' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 18 avril 2026 paraissait le livre &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/la-colere-nous-appartient/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;La col&#232;re nous appartient&#034;&lt;/a&gt; aux &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions trounoir&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage est un recueil de neuf t&#233;moignages qui traitent d'exp&#233;riences de justice extrap&#233;nale ou communautaire, c'est-&#224;-dire dans lesquelles les personnes ont pris en charge des situations de violence sans recourir &#224; l'institution judiciaire, soit par elles-m&#234;mes, soit avec l'aide de tiers ext&#233;rieurs au conflit. Ces r&#233;cits sont accompagn&#233;s de huit courts textes r&#233;flexifs sur des notions transversales, appel&#233;es &#171; focales &#187;, qui permettent de naviguer dans le vocabulaire de la justice transformatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La col&#232;re nous appartient&#034; est le r&#233;sultat du travail du collectif GARE. Celui-ci rassemble des f&#233;ministes issues de l'autonomie politique.Elles tiennent des cantines, enseignent, diffusent de l'information militante, &#233;l&#232;vent des enfants, s'occupent de lieux communautaires, font de la m&#233;diation. Pour ce recueil, elles ont collect&#233; et mis en forme des r&#233;cits, puis ont sollicit&#233; des praticiennes et des chercheuses pour des &#233;clairages th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;sentons ici, le premier r&#233;cit du recueil dans lequel une personne viol&#233;e reprend la main sur sa situation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PREUVE DU CONTRAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, il n'y a ni les mots ni les ressources pour permettre &#224; celle qui raconte ici son histoire de la comprendre. Au fur et &#224; mesure, elle prend conscience du chantage &#224; la sexualit&#233; qu'elle a v&#233;cu pendant une longue relation de couple, ainsi que d'autres violences. Ce r&#233;cit qui s'&#233;tend sur dix ans raconte un parcours de vie, qui passe par des deuils, des coups de gueule et surtout de solides liens d'amiti&#233;, mais aussi une p&#233;riode de transformation sociale au cours de laquelle lois et mentalit&#233;s changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les termes de viol conjugal pos&#233;s, que faire ? La tentative de r&#233;paration entreprise par la narratrice nous semble assez in&#233;dite. Elle prend de grands risques en se confrontant de nouveau &#224; l'homme qui l'a viol&#233;e, et elle en a bien conscience, puisqu'elle se demande si elle n'est pas &#171; compl&#232;tement tar&#233;e &#187;. Pourtant, &#224; l'issue de ce parcours, quelque chose semble s'&#234;tre &#171; remis &#224; sa place &#187; pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit nous a touch&#233;es parce qu'il venait bousculer nos &#233;vidences, en m&#234;me temps qu'il faisait &#233;cho &#224; des exp&#233;riences de vie tristement courantes &#8211; beaucoup de violences sexuelles ont lieu dans le cadre du couple, et mettent souvent des ann&#233;es avant de trouver les mots pour &#234;tre dites. Gr&#226;ce &#224; l'attention bienveillante de ses ami&#183;es, gr&#226;ce aussi &#224; la formation qu'elle a suivie, la narratrice se sent suffisamment en s&#233;curit&#233; pour se faire confiance et tenter une forme de r&#233;paration qu'aucun manuel de justice alternative ne pourrait conseiller. Cette histoire nous rappelle que si les savoirs &#233;tablis sont indispensables, les personnes concern&#233;es restent les seules v&#233;ritables expertes de leur v&#233;cu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une relation de lyc&#233;en&#183;nes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette histoire commence au lyc&#233;e. Tr&#232;s vite, je rencontre celleux qui deviendront les copain&#183;es pour tr&#232;s longtemps. Dans ce groupe, il y a Francis et nous tombons amoureux&#183;ses. Je pars alors vivre dans la grosse coloc o&#249; tous habitaient. On &#233;tait sept. J'&#233;tais avec six gars, dont Francis. Nous avions une relation amoureuse de lyc&#233;en&#183;nes, c'&#233;tait tr&#232;s&#8230; lyc&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'&#233;tait en 2004 et &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait contre l'amour, il ne fallait pas &#234;tre amoureuse. Et en m&#234;me temps, nous &#233;tions amoureux&#183;ses, donc comment faire avec &#231;a ? Il fallait se d&#233;merder avec ses sentiments, faire semblant ou faire comme si &#231;a n'existait pas. Le mouvement #MeToo n'&#233;tait pas encore pass&#233; par l&#224; et je refusais le f&#233;minisme parce que j'estimais que je n'&#233;tais pas une victime. Je n'&#233;tais pas victime de violence, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s le lyc&#233;e, on s'est revu&#183;es chez les parents d'un de nos amis avec toute la bande. Un des potes m'a dit que Francis avait eu une autre histoire. On s'est engueul&#233;&#183;es, j'ai essay&#233; de le frapper, c'&#233;tait n'importe quoi. Cet &#233;t&#233;-l&#224;, il y a eu de grosses sc&#232;nes d'engueulades. On ne tapait pas l'un&#183;e sur l'autre mais les objets prenaient, il y avait des sc&#232;nes de furie, de part et d'autre. &#192; mes yeux, c'&#233;tait assez &#233;quitable mais comme j'&#233;tais une meuf qui exprimait de la violence, c'&#233;tait moi la personne violente de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Viol conjugal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ensuite je suis partie &#224; Nantes, o&#249; je suis tomb&#233;e amoureuse d'un autre gars. Il &#233;tait en relation polyamoureuse &#8211; pas dans le sens p&#233;joratif o&#249; les gens font n'importe quoi en pr&#233;textant que c'est du polyamour &#8211; c'&#233;tait une relation assez saine. Francis est venu me voir et on s'est remis&#183;es ensemble mais &#224; distance car il vivait dans les Alpes. C'est moi qui me d&#233;pla&#231;ais toujours pour le rejoindre, parce que &#231;a lui allait que je sois avec quelqu'un d'autre mais pas devant lui. En r&#233;alit&#233;, &#231;a ne lui allait pas du tout, sauf qu'&#224; l'&#233;poque, t'&#233;tais pas un vrai si tu disais que t'acceptais pas ce type de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la mesure o&#249; c'est moi qui imposais une autre relation, je devais payer quelque chose. D'abord avec ces allers-retours, puis rapidement, je me suis mise &#224; le faire sexuellement. J'achetais la paix avec du sexe.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette ann&#233;e-l&#224;, plusieurs personnes de mon entourage sont mortes de mani&#232;re assez violente. &#199;a remuait des choses en moi. Je continuais de faire des allers-retours, mais &#231;a devenait de plus en plus difficile. C'&#233;tait vraiment &#224; chier comme relation. Et cet achat de paix par le sexe s'est amplifi&#233;. Clairement, j'avais pas envie et il le voyait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette relation a dur&#233; une dizaine d'ann&#233;es, avec des pauses au cours desquelles on ne se voyait plus. Puis on se retrouvait. Au d&#233;but de notre relation, alors qu'on s'engueulait tout le temps, on s'&#233;tait promis de ne pas se s&#233;parer sans avoir pass&#233; une nuit enti&#232;re &#224; en parler. Voil&#224;, j'avais 20 ans, on a trouv&#233; que c'&#233;tait intelligent, et franchement vu les trucs d&#233;biles qu'on faisait, c'&#233;tait pas pire. L'id&#233;e c'&#233;tait d'en parler, d'y r&#233;fl&#233;chir, d'arr&#234;ter de prendre cette d&#233;cision toutes les cinq minutes. J'ai longtemps pens&#233; que cela marquait quelque chose d'assez stable et de plut&#244;t cool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sauf que ce con m'a largu&#233;e par t&#233;l&#233;phone un soir de Nouvel An. J'&#233;tais paum&#233;e dans une zone industrielle et il me dit qu'il voulait qu'on se s&#233;pare. J'ai r&#233;pondu que j'&#233;tais d'accord, mais qu'il fallait qu'on se voie, et si ce n'&#233;tait pas une nuit, ce serait une journ&#233;e. Il fallait qu'on se voie, c'&#233;tait le contrat. Et ce n'est jamais arriv&#233;. Je me sentais donc encore li&#233;e &#224; lui, m&#234;me si je savais tr&#232;s bien qu'on n'&#233;tait plus ensemble et qu'il y avait m&#234;me de l'animosit&#233;. Je me disais que nous n'avions pas &#233;t&#233; correct&#183;es l'un&#183;e envers l'autre et que les choses n'&#233;taient pas r&#233;gl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trouver les mots&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Et puis il y a eu le mouvement #Metoo. Je me rappelle qu'une loi pass&#233;e dans ces ann&#233;es-l&#224; disait qu'un&#183;e mineur&#183;e de 15 ans ou moins ne pouvait pas consentir &#224; un rapport sexuel avec une personne de je ne sais plus quel &#226;ge, que c'&#233;tait du viol. Cela m'avait un gros choc. Je me rendais compte que certaines relations que j'avais eues n'&#233;taient pas normales. Je les avais mal v&#233;cues, sans pouvoir les nommer. Et l&#224;, c'&#233;tait la loi ! La loi prenait ma d&#233;fense, plus que mes potes. C'&#233;tait quelque chose, de me r&#233;aliser &#231;a. J'ai commencer &#224; repenser &#224; des relations et des &#233;v&#233;nements tout en essayant de n&#233;gocier avec mes psys :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'est bien pass&#233; quelque chose, mais je n'ai pas vraiment dit non&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi est claire, c'est du viol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne voulais pas &#234;tre une victime, car cela voulait dire porter ce costume et ne plus jamais pouvoir en sortir. J'avais d&#233;j&#224; vu ce m&#233;canisme au coll&#232;ge, o&#249; une fille qui avait &#233;t&#233; viol&#233;e subissait une peine suppl&#233;mentaire de la part des autres gars. C'&#233;tait d&#233;gueulasse. Moi je voulais pas &#231;a. Bon, entre-temps j'avais quand m&#234;me percut&#233; des choses au niveau du f&#233;minisme, j'en &#233;tais plus &#224; dire simplement &#034;je veux pas&#034;, mais je voulais quand m&#234;me garder mon histoire pour moi. J'ai commenc&#233; &#224; la partager avec des copines tr&#232;s proches, et avec mes psys, mais toujours avec une certaine crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lors d'une discussion avec ma meilleure amie Zahra &#8211; on se conna&#238;t depuis nos 12 ans et on est toujours tr&#232;s proches &#8211; celle-ci m'a dit : &#171; Oui, Clara, tu t'es fait violer &#224; 12 ans, c'est s&#251;r. C'est peut-&#234;tre arriv&#233; avant, mais cette fois-l&#224;, tu m'en as parl&#233; et je m'en souviens. &#187; Je me suis souvenue avoir regrett&#233; de lui raconter tout &#231;a. J'avais peur que &#231;a reste, puisque je l'avais d&#233;pos&#233; quelque part. On n'en avait jamais reparl&#233; depuis ; je pensais que c'&#233;tait peut-&#234;tre oubli&#233;. C'est elle qui en &#233;tait gardienne et qui me l'a redonn&#233; &#224; ce moment-l&#224;. Bien que je sache parfaitement ce que j'avais v&#233;cu, &#231;'a &#233;t&#233; un choc &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au temps du lyc&#233;e, les mots n'existaient pas. On a reparl&#233; d'autres situations qu'on avait v&#233;cu Zahra et moi. Je l'ai vue les vivre et elle m'a vue les vivre. Mais nous n'avions pas les mots. Parfois on essayait de s'en prot&#233;ger l'une l'autre, de faire diversion quand on voyait tel type s'approcher de notre copine, mais on n'a jamais nomm&#233; ces situations comme des abus, des relous, du harc&#232;lement, du viol. Ces situations, on les faisait dispara&#238;tre en nous. Cela para&#238;t fou mais &#224; l'&#233;poque, on faisait comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De l&#224;, j'en suis venue &#224; requestionner ma relation avec Francis et je me suis rendu compte de tout ce qui n'allait pas y compris dans le rapport au groupe. La position de groupe consistait &#224; dire que c'&#233;tait chiant que les tensions entre deux personnes emp&#234;chent de se voir toustes ensemble. Tant que la situation n'est pas expliqu&#233;e, &#233;videmment, elle n'est pas comprise, les gens me disaient &#171; vous &#234;tes s&#233;par&#233;&#183;es, c'est bon, tourne la page et &#231;a ira &#187;, et je r&#233;pondais que c'&#233;tait plus qu'une s&#233;paration. J'avais beaucoup de mal &#224; en parler, parce que c'&#233;tait aussi leur pote, parce que j'avais le sentiment d'avoir aussi fait de la merde, et de r&#233;veiller le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce que je voulais, en fait ? J'en savais rien. Je n'avais pas envie de le voir, et lui non plus. J'ai tout de m&#234;me r&#233;ussi &#224; exprimer les raisons pour lesquelles je ne voulais pas le voir. Si ce n'&#233;tait pas du viol, c'&#233;tait de l'abus, ou des formes d'agressions. J'avais mis des mots, sans que je me souvienne clairement lesquels. J'ai d&#251; parler de viol pour faire comprendre la situation au groupe qui me reprochait de faire des mani&#232;res. J&#233;r&#233;my, un copain, avait confront&#233; Francis avant un moment o&#249; on devait se retrouver toustes ensemble et o&#249; il n'&#233;tait finalement pas venu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retrouvailles et attention collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quelques mois plus tard, J&#233;r&#233;my &#8211; qui &#233;tait diab&#233;tique &#8211; est tomb&#233; gravement malade. Francis voulait venir le voir sauf que j'habitais chez J&#233;r&#233;my, &#231;a faisait vraiment beaucoup pour moi. J'avais pass&#233; toute la semaine &#224; l'h&#244;pital avec lui, j'&#233;tais dans un sale &#233;tat et Francis devait arriver le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce soir-l&#224;, &#224; table, j'ai pos&#233; que c'&#233;tait trop pour moi et que j'allais me barrer. J'ai dit : &#171; Je ne vais pas accueillir &#224; bras ouverts le gars qui m'a le plus viol&#233;e dans ma vie. &#187; &#199;a a pos&#233; un truc fort. Je ne l'avais jamais dit dans une discussion, mais uniquement dans des &#233;changes intimes, &#224; deux. Cela devenait public en quelque sorte. J'avais une g&#234;ne terrible en pensant qu'iels allaient devoir faire quelque chose. Je ne voulais pas leur imposer de r&#233;pondre. C'&#233;tait dur pour moi d'en parler jusqu'&#224; ce moment o&#249; c'est sorti comme &#231;a, brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Finalement, je suis rest&#233;e l&#224;, et on s'est crois&#233;&#183;es dans la maison. Il m'a parl&#233; sans s'arr&#234;ter pendant trois quarts d'heure. J'avais envie de partir, je le r&#233;p&#233;tais, et il n'entendait pas. Il me racontait le d&#233;c&#232;s de sa s&#339;ur que j'aimais bien. J'&#233;tais en panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entre le moment o&#249; J&#233;r&#233;my avait un peu secou&#233; Francis, et l'appel des m&#233;decins nous informant que J&#233;r&#233;my n'allait pas s'en sortir, mes ami&#183;es m'avaient demand&#233; si je voulais qu'iels fassent quelque chose, sans pression. Je ne savais pas et &#231;a m'allait tr&#232;s bien. Parce que j'aurais peut-&#234;tre pris une d&#233;cision &#224; laquelle j'aurais d&#251; me tenir sans en avoir envie. Chacun&#183;e de mes ami&#183;es est venu&#183;e me voir quand on a su que Francis allait venir. Toustes sont venu&#183;es me demander comment j'allais et si j'avais des besoins ou des demandes. Je ne voulais pas qu'iels lui interdisent de venir, parce qu'il ne savait pas encore qu'il &#233;tait accus&#233;. Je ne voulais pas emp&#234;cher la relation de Francis et J&#233;r&#233;my.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque Francis &#233;tait pr&#233;sent, tout le monde faisait gaffe, c'&#233;tait hyper cool. Iels n'ont pas demand&#233; une seule fois, juste pour se d&#233;barrasser du probl&#232;me, mais chaque fois, iels venaient me voir pour me demander : &#171; Est-ce que &#231;a va ? Est-ce que tu sais o&#249; il dort, est-ce que tu veux savoir o&#249; il dort ? Est-ce que tu veux qu'il dorme ailleurs ? &#187; Tout &#233;tait check&#233;. Et quand je ne savais pas, la r&#233;ponse &#233;tait : &#171; Est-ce que tu t'en fous ? Est-ce que tu veux attendre ? Tu pr&#233;f&#232;res qu'on prenne la d&#233;cision ? &#187; C'&#233;tait exactement ce que je voulais. Des attentions de base, des choses simples. Personne ne m'a dit : &#171; Je ne te crois pas. &#187; J'avais l'impression de pouvoir cohabiter avec Francis en &#233;tant entour&#233;&#183;es par d'autres gens et en ayant toustes les deux du soutien. Il y avait des liens d'attachement de tous les c&#244;t&#233;s dans notre groupe, j'&#233;tais donc assez tranquille. Je ne sais pas s'iels ont parl&#233; avec Francis, mais dans la mesure o&#249; je n'ai pas voulu le savoir, iels ne m'ont pas fait de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai pu &#233;galement en parler avec d'autres personnes qui ne connaissaient pas Francis, cela m'a permis un autre type de regard, ce qui m'a fait du bien. Et personne ne s'est empar&#233; de mon histoire. Il n'y a jamais eu de discours du type : &#171; Ah, mais il faut faire ceci ou cela. &#187; Avant d'en parler, je me sentais seule, mais l&#224; je ne l'&#233;tais pas, pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Francis est venu deux fois, &#224; quelques mois d'intervalle. La deuxi&#232;me fois dans l'unit&#233; de soins palliatifs. Il est arriv&#233; un soir o&#249; je dormais encore &#224; l'h&#244;pital avec J&#233;r&#233;my. C'&#233;tait ma derni&#232;re nuit avec lui. Lorsqu'il est entr&#233; dans la chambre, j'allais bien, toustes les copain&#183;es &#233;taient l&#224;. Il y avait du monde en permanence, et ce soir-l&#224;, toustes les ami&#183;es du lyc&#233;e &#233;taient r&#233;uni&#183;es. La situation est tendue : personne n'a choisi d'&#234;tre l&#224;, mais on veut toustes y &#234;tre. Et &#231;a va bien se passer parce que ce n'est pas pour nous qu'on est l&#224;. En arrivant, il m'envoie une vieille pique et je lui renvoie un menhir. Il ferme sa gueule et s'excuse. J'hallucine de sa r&#233;action, et les autres aussi. Je me dis que &#231;a va le faire. C'&#233;tait dans la chambre de J&#233;r&#233;my et on a fait notre sketch de vieux couple merdique, mais &#231;a a pos&#233; quelque chose. Et j'ai pu le faire parce que tout le monde &#233;tait au courant. S'il l'ouvrait, il se faisait tomber dessus par chacune des personnes pr&#233;sentes. J'&#233;tais forte de tout &#231;a et je savais que certains en avaient parl&#233; avec lui avant son arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est difficile de l'expliquer mais &#231;a me faisait du bien de le voir autrement que ce type d&#233;gueulasse et m&#233;chant que je m'&#233;tais construit. Je n'aurais pas eu cette relation avec lui s'il n'avait &#233;t&#233; que &#231;a. Il me faisait rire quand il faisait ceci, ou il &#233;tait trop mignon quand il faisait cela. En fait je n'avais pas &#233;t&#233; amoureuse d'un monstre. Il redevenait une personne, c'&#233;tait &#233;trange et agr&#233;able, en m&#234;me temps, &#231;a me faisait peur. Par contre, le contact physique &#233;tait impossible. On se prenait toustes dans les bras, mais lorsqu'il m'approchait, j'avais le sentiment d'&#234;tre coinc&#233;e, j'avais de l'appr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; chaque moment collectif &#224; l'h&#244;pital, il y avait toujours quelqu'un&#183;e qui arrivait, ou qui cherchait mon regard pour s'enqu&#233;rir de ce que je ressentais : &#171; Est-ce que &#231;a va ? C'est bon pour toi qu'il soit l&#224; ? Tu veux qu'on aille faire un tour ? &#187; Cette attention permanente, c'&#233;tait un truc de fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le soir suivant, j'ai d&#233;cid&#233; de passer &#224; l'appartement o&#249; Francis &#233;tait log&#233; avec d'autres ami&#183;es. Dans l'id&#233;e de d&#233;samorcer une phobie. Je souhaitais vivre un moment cool, et dans le cas contraire, je n'avais qu'&#224; traverser la rue pour &#234;tre dans mon lit. On a &#233;cout&#233; de la musique, et au moment o&#249; je me suis dit que c'&#233;tait cool, je suis partie. Ce qui m'a amus&#233; aussi, c'est que Francis avait un c&#244;t&#233; beauf, c'&#233;tait un vrai clich&#233; ! Et cette mani&#232;re d'&#234;tre, chouchou, elle passait plus. M&#234;me les gars soufflaient &#224; ses vannes ou ne r&#233;agissaient plus. Il rigolait tout seul et se tapait vraiment la honte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;paration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il est revenu pour les fun&#233;railles. Sa venue ne m'a pas perturb&#233;e, je me disais m&#234;me qu'il faudrait qu'on parle &#224; un moment, sans le planifier vraiment. Il y avait la question des discours pour la c&#233;r&#233;monie. J'&#233;tais bloqu&#233;e et je n'arrivais pas &#224; &#233;crire, alors que lui avait &#233;crit quelque chose mais il ne pouvait pas le lire. Je lui ai propos&#233; de le lire pour lui, &#224; condition de pouvoir le lire avant. &#199;a aurait bien fait marrer J&#233;r&#233;my, que ce soit moi qui lise son texte. De l&#224;, j'ai r&#233;ussi &#224; &#233;crire le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je faisais des tentatives. Et j'ai pu les faire parce que j'&#233;tais entour&#233;e. J'avais le sentiment d'avoir le champ libre, comme si tout ce que je faisais, tout ce que je disais &#224; Francis devant les autres g&#233;n&#233;rait de l'attention. Si cette id&#233;e de lecture de texte avait &#233;t&#233; une connerie, trois personnes m'auraient dit qu'il ne fallait pas le faire. Et j'ai moi-m&#234;me pos&#233; la question : &#171; T'en penses quoi que je lise son texte ? &#187; Toutes ces interactions &#233;taient minimes, mais me donnaient progressivement de la force. J'avais le droit d'&#234;tre sympa et que &#231;a se passe bien. Je n'&#233;tais pas oblig&#233;e d'&#234;tre m&#233;chante, de l'engueuler ou de ne pas vouloir lui parler. Faire la gueule, c'est quelque chose que je sais faire et qui me fait souvent du bien, mais &#224; ce moment-l&#224; ce n'&#233;tait plus assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'avais besoin de pouvoir essayer, non pas de reconstruire, mais de faire ce que j'avais envie de faire, en &#233;tant prot&#233;g&#233;e par le groupe. Je le ressentais, sans en &#234;tre pleinement consciente. C'est a posteriori que j'ai compris ce qui me rendait forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lors des fun&#233;railles, j'ai lu le texte. Le matin m&#234;me je lui ai lanc&#233; : &#171; Il faudra qu'on parle &#187;, et il a acquiesc&#233;. Plus tard, au moment, du repas, il me lance que c'est maintenant ou jamais, parce qu'apr&#232;s il aura trop bu. Et l&#224;, j'h&#233;site. Vraiment, maintenant ? En m&#234;me temps, plus tard j'en aurais peut-&#234;tre plus l'occasion, et puis toustes mes potes &#233;taient l&#224;, pour le r&#233;cup&#233;rer lui aussi. Pour moi c'&#233;tait important. Je n'ai pas pens&#233; sur le coup au moment difficile que vivaient d&#233;j&#224; les potes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On part donc discuter. Une copine m'intercepte et me demande si je suis s&#251;re de vouloir le faire maintenant. Touch&#233;e, je lui r&#233;ponds que j'y ai r&#233;fl&#233;chi et que &#231;a va aller. Quelques m&#232;tres plus loin un autre copain a fait la m&#234;me chose. Ce n'&#233;tait pas intrusif, c'&#233;tait mignon et rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On s'est assis&#183;es sur un banc, et j'ai eu beaucoup de difficult&#233;s &#224; m'exprimer. Alors que je prenais beaucoup de pr&#233;cautions, lui me tannait, me pressait de parler. Au bout d'un moment, j'ai r&#233;agi : &#171; Tu vas me laisser prendre tout le temps dont j'ai besoin. Ce n'est pas une chose facile &#224; dire pour moi et ce n'est pas une chose facile &#224; entendre pour toi.Donc si je mets dix minutes &#224; sortir ma putain de phrase, eh ben je vais mettre dix minutes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis revenue sur notre relation et tous les moments o&#249; ce qui se passait n'allait pas. Je suis rest&#233;e floue. Il m'a r&#233;pondu : &#171; Oui, je me doutais bien &#187;, puis il s'est mis &#224; n&#233;gocier : &#171; Pourquoi t'as pas dit non ? &#187;, &#171; Pourquoi tu t'es laiss&#233;e faire&#8230; &#187; Alors que je commen&#231;ais &#224; r&#233;pondre, j'ai l&#226;ch&#233; d'un coup : &#171; Tu es en train de demander &#224; la meuf qui s'est fait violer pourquoi elle avait une jupe ? C'est &#231;a que tu es en train de faire ? &#187; Il s'est imm&#233;diatement excus&#233;. C'est de cette mani&#232;re que le mot viol est sorti, sur une phrase qui m'a &#233;chapp&#233;e. J'ai &#233;t&#233; surprise qu'il comprenne. Je ne sais pas si &#224; sa place j'en aurais &#233;t&#233; capable. Je me demande parfois ce que cela me ferait si on me disait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne voulais pas sp&#233;cialement des excuses. Je voulais dire ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Avant ce moment, j'aurais &#233;t&#233; incapable de dire ce que je voulais. Des excuses ? je n'en voulais pas. L'important, c'&#233;tait qu'il ne n&#233;gocie pas. Qu'il se taise, qu'il pige. Pas grand chose, mais cette remarque et sa r&#233;action, c'&#233;tait ce qu'il me fallait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a eu notre discussion et on s'est serr&#233; la main ! C'&#233;tait super d&#233;bile, on &#233;tait mort&#183;es de rire, et en m&#234;me temps c'&#233;tait des choses s&#233;rieuses : maintenant, on &#233;tait vraiment s&#233;par&#233;&#183;es. J'&#233;tais sinc&#232;re et je crois que lui aussi. Les choses sont claires pour l'essentiel, nos vies sont bord&#233;liques, mais l&#224; on avait remis un truc d'&#233;querre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s cette s&#233;paration formelle, c'est devenu un ex. Mes ex, je m'entends bien avec eux. Ce sont des relations belles et fortes. Il n'y avait qu'avec lui que la situation &#233;tait difficile. Et l&#224; c'est redevenu une personne, quelqu'un avec qui je pouvais avoir une relation, comme si quelque chose &#233;tait r&#233;par&#233;. Le lien revenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est qu'&#224; ce moment-l&#224; que j'ai r&#233;alis&#233; qu'il y avait peut-&#234;tre de l'attirance. Je me suis demand&#233; si je n'&#233;tais pas compl&#232;tement folle. Avec la formation en m&#233;diation que j'avais suivie, j'imaginais la m&#233;diatrice en face de moi m'entendre dire : &#171; C'est l&#224; que j'ai eu envie de recoucher avec lui ! &#187; L'imaginer m'a permis de me demander si cela me mettait en danger et si je me sentais en s&#233;curit&#233;. J'ai compris que c'&#233;tait le meilleur moment pour explorer cette possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je me suis quand m&#234;me dit que j'&#233;tais compl&#232;tement tar&#233;e. Puis je lui ai propos&#233; qu'on couche ensemble. Il m'a regard&#233;, et je lui ai dit &#034;Oh, &#231;a va, cette fois je suis consentante ! &#187;. Int&#233;rieurement, je me disais t'es une reine, Clara, de lui faire cette vanne ! Il ne pouvait que rire, un peu g&#234;n&#233;. J'&#233;tais tr&#232;s contente. J'ai racont&#233; ce moment-l&#224; &#224; tout le monde, j'avais l'impression d'&#234;tre en pleine possession de mes moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a pass&#233; toute la nuit &#224; danser, chanter et faire nos hommages &#224; J&#233;r&#233;my. On faisait des choses normales que j'avais oubli&#233;es apr&#232;s l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e. Je me disais que &#231;a pourrait &#234;tre marrant de passer la nuit avec lui. Et je me demandais quel serait mon &#233;tat d'esprit le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les copain&#183;es ont commenc&#233; &#224; capter qu'il y avait un jeu, d'autant que je racontais ma blague du consentement. Iels nous ont vu partir ensemble. Nous sommes arriv&#233;&#183;es chez moi et je me sentais en s&#233;curit&#233; sachant que la maison &#233;tait ouverte et servait de pied-&#224;-terre aux ami&#183;es. C'&#233;tait un peu bizarre, mais s&#233;curisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a commenc&#233; &#224; s'embrasser, puis nous avons couch&#233; ensemble. C'&#233;tait nul, et du coup c'&#233;tait super. &#199;a m'a confirm&#233; que les relations sexuelles que nous avions &#224; l'&#233;poque se passaient comme &#231;a. Je n'&#233;tais pas folle. Il ne me for&#231;ait pas, il ne pouvait plus, mais il y avait toujours ces moments o&#249; il ne demandait pas vraiment. Et je n'en avais rien &#224; foutre. J'&#233;tais s&#251;re de tout ce qu'il s'&#233;tait pass&#233;, de ce que j'avais v&#233;cu. J'en doutais parfois. Tout &#231;a &#233;tait vrai, et je l'ai rev&#233;cu de mani&#232;re l&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne sais pas si ce moment &#233;tait vraiment sexuel &#224; mes yeux. C'&#233;tait tr&#232;s curieux. C'&#233;tait comme une discussion que tu comprends une fois arriv&#233;e au bout. Puis les potes ont d&#233;boul&#233; et nous ont vu&#183;es. On m'a demand&#233; si &#231;a allait. C'&#233;tait vraiment chouette, car iels ne me jugeaient pas. Toustes sont repass&#233;&#183;es le lendemain matin me demander comment &#231;a allait. Iels sont aussi all&#233;s voir Francis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain Francis n'&#233;tait vraiment pas bien. De mon c&#244;t&#233;, sans &#234;tre compatissante, je comprenais. Je lui ai souhait&#233; bonne chance et bon travail, je lui ai &#233;galement dit de faire attention &#224; lui. Je n'avais plus du tout d'animosit&#233;. Ce n'est plus un monstre et plus un probl&#232;me pour moi. J'esp&#232;re que lui aussi &#231;a va, mais je ne prendrai pas de ses nouvelles. Certaines choses sont remises &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Epilogue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : As-tu pens&#233; &#224; porter plainte ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La question ne se posait pas. Mes potes m'ont crue et &#231;a me va tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Ou &#224; demander &#224; tes potes une intervention, une m&#233;diation ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne voulais pas que le groupe exclue Francis. Je souhaitais plut&#244;t que mes potes intelligent&#183;es discutent avec leur ami qui faisait de la merde. Qu'iels lui expliquent tout ce qui n'allait pas. Je ne voulais pas qu'il soit isol&#233; des gens en qui j'ai confiance, &#231;a aurait pu ouvrir la voie &#224; une victimisation, et au fait qu'il ne se remette pas en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Tu as ressenti un besoin de vengeance, ou de lui demander des compensations ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les moments o&#249; j'ai vraiment eu de la haine, c'&#233;tait avant de r&#233;aliser pour les viols. J'avais besoin qu'on me d&#233;fende, c'&#233;tait donc important que les potes sachent. Je voulais qu'il percute. Je voulais de la reconnaissance et je l'ai eue, bien plus vite que je ne le pensais. Je n'ai pas demand&#233; plus. Lorsque j'y repense, je me sens bien par rapport &#224; &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai plut&#244;t peur pour lui. Il a aussi perdu quelqu'un de tr&#232;s cher, et en plus je lui ai dit &#231;a. Il se d&#233;brouille, il va voir un psy et il a des potes. Je leur demande parfois des nouvelles, sans jamais m'adresser &#224; lui directement. Je ne me surinvestis pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : En as-tu parl&#233; avec sa copine actuelle ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249; il y a un certain passif avec sa copine actuelle, je pr&#233;f&#232;re ne pas intervenir dans leur vie. Je trouve difficile de s'en occuper, je n'ai pas envie de cette prise en charge. Le fait d'en parler avec nos ami&#183;es commun&#183;es cr&#233;e de la porosit&#233;, donc si elle veut prendre contact avec moi pour en parler, je le ferais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Quelle place tu donnes &#224; la formation en m&#233;diation que tu as faite, dans ton histoire ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans cette formation en m&#233;diation relationnelle et sans lien avec la notion de justice r&#233;paratrice, &#231;a ne se serait pas du tout pass&#233; comme &#231;a. Il y avait beaucoup de liens avec la formation que j'avais suivie trois mois avant les &#233;v&#233;nements, sauf que cette fois-ci, j'&#233;tais &#224; une double place. C'est la raison pour laquelle je me pr&#233;occupais aussi de son c&#244;t&#233;. J'ai pu voir en formation que les auteurs ne se rendent pas toujours compte de leurs comportements. C'est la m&#233;diatrice qui permet de g&#233;rer le choc. Pour que la personne soit non seulement en s&#233;curit&#233; mais en capacit&#233; de comprendre ce qu'elle a fait.&lt;br class='autobr' /&gt; Personnellement, les protocoles m'ont servi &#224; v&#233;rifier diff&#233;rents aspects de ma situation et &#224; me sentir en s&#233;curit&#233;. Je n'avais pas voulu m'engager dans une m&#233;diation formelle, avec des entretiens. Je ne voulais pas que ce soit g&#233;r&#233; par quelqu'un&#183;e d'autre. Mais &#231;a veut dire que cette formation peut aussi servir &#224; diffuser un savoir pour un usage direct, par toustes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trou Noir a besoin de vous !</title>
		<link>https://trounoir.org/Trou-Noir-a-besoin-de-vous-397</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Trou-Noir-a-besoin-de-vous-397</guid>
		<dc:date>2026-07-07T16:15:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En pleine crise du monde du livre, Trou Noir s'accroche pour ne pas dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2026-50-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-A-Propos-+" rel="tag"&gt;&#192; Propos&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/bann_livrestn.png?1784183708' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaers lecteur&#183;ices de Trou Noir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous l'avez peut-&#234;tre d&#233;j&#224; lu : depuis plusieurs mois, Makassar, le distributeur d'un grand nombre de maisons d'&#233;dition ind&#233;pendantes et politiques, traverse une crise sans pr&#233;c&#233;dent. D&#233;sormais incapable d'assurer ses missions de diffusion et de r&#233;gler les importantes sommes dues aux &#233;diteur&#183;ices, il laisse aujourd'hui Trou Noir, comme des dizaines de maisons amies et de travailleur&#183;euses du livre, dans une situation financi&#232;re et structurelle extr&#234;mement critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de six ans, Trou Noir s'attache &#224; produire, traduire et diffuser des th&#233;ories critiques et politiques consacr&#233;es aux mutations contemporaines du capitalisme, en les articulant aux questions de dissidence sexuelle, d'exp&#233;riences queer et de luttes minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage au format papier nous a permis, ces derni&#232;res ann&#233;es, de publier six num&#233;ros de revue en r&#233;mun&#233;rant chaque auteur&#183;ice &#224; la mesure de nos moyens, de lancer nos premiers ouvrages de po&#233;sie et de th&#233;orie politique. Ainsi que de pr&#233;parer la parution de deux romans pour la rentr&#233;e 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/colere_noirceur.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/colere_noirceur.png?1784185004' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est l'ensemble de cette aventure &#233;ditoriale qui est directement menac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tentons actuellement de r&#233;soudre cette situation, avec Hobo, notre diffuseur, afin de pouvoir le plus vite possible retourner en librairie. Il parait impossible de d&#233;-corr&#233;ler cette situation sp&#233;cifique d'une crise plus g&#233;n&#233;rale affectant toute la chaine &#233;ditoriale. R&#233;duction des subventions, des points de vente, hausse des loyers de librairie, pr&#233;carisation des travailleur.euses du livre (impression, &#233;dition, distribution) au b&#233;n&#233;fice de grandes entreprises qui assument de concentrer tous les pouvoirs comme Hachette ou Editis, imposant en cons&#233;quence de plus en plus leur monopole, leurs id&#233;es ou leur mod&#232;le de production et de diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte &#233;conomique et politique alarmant, les structures LGBTQI ind&#233;pendantes sont durement touch&#233;es. Les r&#233;centes interpellations des Mots &#224; la Bouche &#224; Paris et de la Librairie L'Affranchie &#224; Lille nous rappellent la difficult&#233; comme l'urgence de maintenir des contre-mod&#232;les, des espaces faisant vivre les cultures minoris&#233;es, des initiatives incarnant un autre rapport au livre, des pens&#233;es, des modes de production, d'&#233;criture susceptibles de lutter contre les formes culturelles les plus individualistes, homog&#233;n&#233;isantes, discriminantes ou digestibles de nos vies par le r&#233;alisme capitaliste et ses multiples avatars politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi pour nous l'occasion de rappeler ce qu'est Trou Noir. Notre &#233;quipe est compos&#233;e de quatre personnes, toutes enti&#232;rement b&#233;n&#233;voles. Cette dimension amateure n'est pas seulement une contrainte : elle constitue un choix politique. Elle nous offre une libert&#233; de ton, de forme et de contenu que les imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; rendent souvent impossible. &#202;tre amateur&#183;ice, c'est revendiquer le droit d'occuper une place qui ne nous &#233;tait pas destin&#233;e ; c'est permettre &#224; celles et ceux qui ne sont pas des professionnel&#183;les du livre d'&#233;crire, de traduire, de publier et de fabriquer collectivement d'autres formes de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, nous avons besoin de sortir notre tr&#233;sorerie du rouge. Nos pertes s'&#233;levant &#224; plus de 15.000 &#8364;, nous n'avons plus les moyens de continuer &#224; &#233;diter, &#224; imprimer nos nouveaut&#233;s de la rentr&#233;e, &#224; faire un nouveau tirage des livres &#233;puis&#233;s, ni &#224; r&#233;gler les droits de nos auteur&#183;ices ou &#224; r&#233;mun&#233;rer les graphistes et relecteur&#183;ices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous souhaitez nous aider directement, le moyen le plus efficace est de &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commander nos livres en vente directe sur notre site,&lt;/a&gt; d'offrir un num&#233;ro de la revue ou un ouvrage autour de vous, ou encore de venir nous rencontrer et acheter nos publications lorsque nous tenons un stand sur un festival. Chaque commande pass&#233;e cet &#233;t&#233; constitue un soutien imm&#233;diat. Elle nous permettra de sortir notre tr&#233;sorerie du rouge, de poursuivre l'aventure Trou Noir et de relancer notre programme &#233;ditorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.trounoireditions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; soutenir trou noir en commandant des livres ! &lt;&lt;&lt;&lt;&lt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/coeur_fecal.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/coeur_fecal.png?1784184471' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Brutalit&#233;s polici&#232;res &#224; la marche trans de San Francisco</title>
		<link>https://trounoir.org/Brutalites-policieres-a-la-marche-trans-de-San-Francisco</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Brutalites-policieres-a-la-marche-trans-de-San-Francisco</guid>
		<dc:date>2026-06-29T07:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Police</dc:subject>
		<dc:subject>Transphobie</dc:subject>
		<dc:subject>Pride radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Keith Hennessy</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; On a fini par r&#233;ussir &#224; faire reculer les flics, et ils sont partis. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2026-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Actualite-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Police-+" rel="tag"&gt;Police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transphobie-+" rel="tag"&gt;Transphobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pride-radicale-+" rel="tag"&gt;Pride radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Keith-Hennessy-+" rel="tag"&gt;Keith Hennessy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/comptons-cafeteria-riot-courtesy-of-screaming-queens.jpg?1782718514' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En juin 2026, &#224; San Francisco, la police a charg&#233; la Marche Trans &#8212; l&#224; m&#234;me o&#249;, soixante ans plus t&#244;t, l'&#233;meute de Compton's avait allum&#233; les premi&#232;res braises de la lib&#233;ration queer. R&#233;cit, par l'artiste et activiste Keith Hennessy, d'une violence d'&#201;tat qui se rejoue, et de la solidarit&#233; trans qui lui tient t&#234;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Image extraite de &lt;i&gt;Screaming Queens&lt;/i&gt;, un documentaire r&#233;alis&#233; par Susan Stryker et Victor Silverman sur les &#233;meutes de Compton's Cafeteria. (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=G-WASW9dRBU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour le visionner, cliquer ici&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je traduis ci-dessous &lt;a href=&#034;https://substack.com/@keithhennessy/note/c-283916067&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un billet&lt;/a&gt; post&#233; hier par un ami, l'artiste et activiste Keith Hennessy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contexte :&lt;/strong&gt; en juin 2026, &#224; San Francisco, la police a attaqu&#233; la Marche Trans, un &#233;v&#233;nement qui comm&#233;more les &#233;meutes de Compton's Cafeteria de 1966, l'une des premi&#232;res r&#233;voltes &#224; avoir souffl&#233;, trois ans avant Stonewall, sur les braises de la lib&#233;ration queer. La sc&#232;ne, d&#233;crite ci-dessous, ne se comprend qu'&#224; l'&#233;chelle de la s&#233;quence ouverte depuis la premi&#232;re campagne de Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis, qui a fait de l'offensive antitrans l'un de ses gestes de ralliements. Depuis sa seconde investiture en janvier 2025, le d&#233;cret 14168 (&#171; Defending Women from Gender Ideology Extremism &#187; [d&#233;fendre les femmes contre l'extr&#233;misme de l'id&#233;ologie du genre]) a notamment impos&#233; &#224; l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral de ne reconna&#238;tre que deux sexes, fix&#233;s &#171; d&#232;s la conception &#187;, et de remplacer partout &#171; genre &#187; par &#171; sexe &#187; &#8212; effa&#231;ant la mention du genre des passeports, des bases de donn&#233;es et des financements publics. Huit jours plus tard, un autre d&#233;cret s'attaquait &#224; l'acc&#232;s aux soins de transition pour les moins de 19 ans ; un troisi&#232;me r&#233;activait l'exclusion des personnes trans de l'arm&#233;e. Un observatoire m&#233;diatique queer (glaad.org) recense aujourd'hui pas moins de 240 attaques, en actes ou en discours, contre les personnes LGBTQ depuis le retour de Trump au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
On aurait tort de n'y voir qu'une obsession transphobe. Dans la bouche et dans les actes de ces dirigeants, l'attaque des vies trans sert de cheval de Troie pour une attaque sur les vies de toustes. Attaqu&#233;s les premiers parce qu'arriv&#233;s les derniers, les droits des personnes trans sont remis en cause pour permettre ensuite d'ouvrir la voie &#224; des offensives qui visent les migrantxs, les pauvres, et l'acc&#232;s de toustes au soin.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette m&#233;canique &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale qui vient alimenter ce qui s'est pass&#233; cette semaine &#224; San Francisco, et qu'il faut apprendre, encore et encore, &#224; d&#233;jouer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Keith Hennessy :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et donc me voil&#224; &#224; la Marche Trans, un &#233;v&#233;nement annuel ici &#224; San Francisco : des milliers de personnes se joignant &#224; une parade-festival qui honore et comm&#233;more une r&#233;volte trans/queer survenue en 1966 contre le harc&#232;lement et les violences polici&#232;res. L'&#233;meute de la caf&#233;t&#233;ria Compton's est l'une des premi&#232;res r&#233;voltes &#224; avoir ouvert la voie &#224; un mouvement radical de lib&#233;ration gay&#8230; mais voil&#224; que soudain, ici &#224; San Francisco, en 2026, soixante ans plus tard, les flics ont violemment attaqu&#233; la marche, s'en prenant &#224; de jeunes personnes queers et trans, les jetant &#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques minutes : 20 &#224; 30 voitures de police, toutes sir&#232;nes hurlantes, des flics &#233;cumant de rage qui nous gueulaient dessus, matraque &#224; la main, pr&#234;ts &#224; frapper, bousculant violemment les personnes queers sur leur passage. Plusieurs d'entre eux pointaient des fusils &#224; lacrymo sur la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cri&#233; en retour, on a fait ce qu'on a pu pour se prot&#233;ger les unxs les autres, et on a tent&#233; de tenir la rue, tandis que beaucoup d'entre nous, venuxs f&#234;ter et c&#233;l&#233;brer les vies trans, se retrouvaient violemment jet&#233;xs &#224; terre, arr&#234;t&#233;xs et entass&#233;xs dans des fourgons de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fini par r&#233;ussir &#224; faire reculer les flics, et ils sont partis ; certainxs d'entre nous sont all&#233;xs soutenir les amixs qui avaient &#233;t&#233; embarqu&#233;xs, pendant que les autres restaient, secou&#233;xs mais unixs. Apr&#232;s quoi on a pu voir l'incroyable performance de danse a&#233;rienne de BodyStor. Sous le choc &#233;motionnel de voir se d&#233;ployer la violence anti-trans &#8212; et de voir s'y opposer l'&#233;clat, la cr&#233;ativit&#233; et la solidarit&#233; trans &#8212; certainxs ont r&#233;ussi &#224; se r&#233;jouir, &#224; pleurer, &#224; respirer de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;c&#339;urante ironie, dans tout &#231;a : l'un des rares endroits des &#201;tats-Unis &#224; demeurer &#224; peu pr&#232;s prot&#233;g&#233; des violences anti-trans orchestr&#233;es &#224; l'&#233;chelle nationale redevient un lieu o&#249; les flics nous tabassent en pleine rue &#8212; &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; nos anc&#234;tres queers et queens avaient fini par r&#233;ussir &#224; s'organiser contre le harc&#232;lement policier. La caf&#233;t&#233;ria Compton's avait longtemps &#233;t&#233; un refuge pour les personnes trans, queers, drag, gays et leurs amixs, avant que les flics n'y mettent un terme. Et l'&#233;meute de Compton's, suivie trois ans plus tard par celle de Stonewall &#224; New York, avait fourni son sol au mouvement lgbtq+ et &#224; ses prolongements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les m&#233;dias r&#233;p&#232;tent &#224; l'envi le r&#233;cit policier selon lequel une foule aurait attaqu&#233; la police &#8212; alors que, manifestement, c'est l'inverse qui s'est produit. Les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes reprennent le mensonge selon lequel deux flics auraient &#233;t&#233; bless&#233;s (c'est faux), mais ne s'interrogent pas sur la violence injustifi&#233;e que les flics ont exerc&#233;e sur beaucoup d'entre nous. Ce genre d'&#171; information &#187;, qui nous somme de ne pas croire ce que nous avons vu ni ce que rapportent les t&#233;moignages, remonte &#224; bien plus loin que Compton's et les ann&#233;es 1960. Quiconque s'est fait tabasser par les flics sait qu'iel finira accus&#233;x de les avoir attaqu&#233;s. Mais les trois derni&#232;res ann&#233;es de meurtres de masse perp&#233;tr&#233;s par les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l contre le peuple palestinien ont appris aux jeunesses queers et militantes qu'on ne peut pas se fier &#224; leurs r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gratitude &#224; toutes les personnes trans et queers, partout ; &#224; nos adelphes trans, dans toutes les cultures, depuis l'aube des temps ; et aux personnes trans de demain, qui continueront de danser, de chanter, de se battre et de prendre soin du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Keith Hennessy&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par E.B.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fascisme, civilisation et enr&#244;lement des sexualit&#233;s LGBT</title>
		<link>https://trounoir.org/Fascisme-civilisation-et-enrolement-des-sexualites-LGBT</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Fascisme-civilisation-et-enrolement-des-sexualites-LGBT</guid>
		<dc:date>2026-02-13T13:17:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>Homosexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement homosexuel</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>homonationalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment les configurations sexuelles participent-elles activement &#224; la l&#233;gitimation de l'agenda guerrier contemporain ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Quentin-Dubois-+" rel="tag"&gt;Quentin Dubois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homosexualite-+" rel="tag"&gt;Homosexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-anticapitalisme-+" rel="tag"&gt;anticapitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-mouvement-homosexuel-+" rel="tag"&gt;mouvement homosexuel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-fascisme-+" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-imperialisme-+" rel="tag"&gt;imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-homonationalisme-+" rel="tag"&gt;homonationalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/index.jpg?1770985439' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette intervention a eu lieu dans le cadre de l'&#233;v&#233;nement anti-imp&#233;rialiste &lt;a href=&#034;https://qgdecolonial.fr/contre-le-feminisme-liberal-et-civilisationnel-une-reponse-feministe-a-lagenda-guerrier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Contre le f&#233;minisme lib&#233;ral et civilisationnel. Une r&#233;ponse f&#233;ministe et d&#233;coloniale &#224; l'agenda guerrier &#187;&lt;/a&gt; organis&#233; par Paroles d'Honneur/QG D&#233;colonial les 7 et 8 f&#233;vrier 2026 &#224; la Dynamo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;v&#233;nement qui a r&#233;uni pas loin d'une trentaine d'interventions, dont celles d'Angela Davis, Rima Hassan, Fran&#231;oise Verg&#232;s, Sara Farris, Louisa Yousfi ou encore Lola Olufemi, chacune cultivant son propre site d'&#233;nonciation &#224; partir duquel l'analyse d&#233;coloniale se noue aux strat&#233;gies anti-imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ici l'intervention de Quentin Dubois, membre de Trou Noir. Il y avance l'id&#233;e qu'il faut distinguer deux moments qui fonctionnent de concert : l'institutionnalisation qui ab&#234;tit les homosexuels et LGBT en les d&#233;tachant de leurs pratiques et en les rebranchant sur des politiques r&#233;pressives &#224; l'encontre des populations non blanches en m&#233;tropole. De l'autre, l'universalisation de l'identit&#233; homosexuelle occidentale, impos&#233;e aux pays du Sud. C'est le moment imp&#233;rialiste proprement dit. Il faut d&#232;s lors tenir ensemble le rapport LGBT aux guerres imp&#233;rialistes (sur un mode de participation active et non de simple instrumentalisation) et aux attaques islamophobes au sein des m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : A gay contingent in an anti&#8211;Vietnam War protest, 1971. (Diana Davies / New York Public Library)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Le pr&#233;sent texte n'a pas &#233;t&#233; modifi&#233; : il conserve donc la forme militante de la conf&#233;rence pour laquelle il a &#233;t&#233; pens&#233;. Nul doute que les adorateurs baveux de la nuance y trouveront malgr&#233; tout ce que ce cadre &#233;nonciatif implique de sp&#233;cifique les motifs d'une indignation qui leur sert de souffle vital]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de ce constat : si les sexualit&#233;s LGBT sont aujourd'hui gouvernables, c'est parce qu'elles ont abandonn&#233; ce qui faisait leur puissance politique &#8211; la trahison. Rejouer la carte de la sempiternelle instrumentalisation ici ne nous &#233;clairera gu&#232;re : les mouvements LGBT ont accept&#233; de payer ch&#232;rement l'inclusion. Mais l'on ne pourrait comprendre cette histoire en recourant &#224; la seule injonction ext&#233;rieure : non, ils ont particip&#233; activement au projet civilisationnel que jadis ils avaient appris &#224; abhorrer. Oubli que leur existence subverse n'&#233;tait tenable qu'&#224; condition de ne jamais se confondre avec l'ordre qui les g&#233;rait, les classait, les surveillait. Il faut alors le dire : le probl&#232;me n'est pas l'instrumentalisation, il est celui du d&#233;sir d'&lt;i&gt;en faire partie &lt;/i&gt;&#8211; de l'inclusion elle-m&#234;me. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;sir qui rend aujourd'hui les sexualit&#233;s LGBT administrables depuis qu'elles ont renonc&#233; &#224; cette possibilit&#233; toujours ouverte de la trahison. Parce qu'elles ont accept&#233; de devenir des sujets civilis&#233;s, lisibles, prot&#233;g&#233;s &#8211; et ainsi, mobilisables. Ce renoncement n'a pas &#233;t&#233; impos&#233;. Il a &#233;t&#233; d&#233;sir&#233;. Et c'est de l&#224; qu'il faut repartir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La proph&#233;tie de Guy Hocquenghem : l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux saisir ce diagnostic, tentons de partir d'une sc&#232;ne bien particuli&#232;re, &#233;labor&#233;e d&#232;s la moiti&#233; des ann&#233;es 70 et que le militant homosexuel r&#233;volutionnaire, Guy Hocquenghem, annonce sur un mode funeste. C'est ce qu'il nomme l'&lt;i&gt;institutionnalisation de l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Elle s'effectue sur deux points, indissociables, qui me paraissent se rejouer &#224; nouveau, d&#233;plac&#233;s, amplifi&#233;s, reconfigur&#233;s dans les coordonn&#233;es contemporaines de l'imp&#233;rialisme. &lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;Une homosexualit&#233; &#171; blanche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici comment Hocquenghem en parle : &#171; Un st&#233;r&#233;otype d'homosexuel d'&#201;tat, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est par cette formule que Guy Hocquenghem saisit le basculement en cours de l'homosexualit&#233;. Le passage irr&#233;versible des anciens pervers aux agents de la normativit&#233;, int&#233;gr&#233;s, rassur&#233;s, administrables. Cette int&#233;gration a eu un co&#251;t : l'abandon de nos amiti&#233;s et des solidarit&#233;s des marges de la modernit&#233; civilisationnelle et de la bonne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hocquenghem, l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; ne se joue pas d'abord dans la pr&#233;sence visible au sein des institutions &#8211; dans une sorte de &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233; des fonctionnaires d&#233;sirants &#8211; mais dans la &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; &#224; la formulation de nouveaux discours r&#233;pressifs. On ne peut pas comprendre qu'actuellement le Rassemblement national soit le premier parti chez les gays et les lesbiennes blanches, cela est incompr&#233;hensible si l'on ne reconstruit pas la g&#233;n&#233;alogie de cette red&#233;finition de l'intervention juridique &#224; partir du site des sexualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre sc&#232;ne primordiale pour comprendre l'&#233;laboration du f&#233;monationalisme par la gauche social-d&#233;mocrate et radicale des ann&#233;es 70 : l'affaire dite Brigitte et le proc&#232;s pour viol d'un jeune &#201;gyptien, Youri Eshak, proc&#232;s qui secoue la gauche radicale en 1977. Guy Hocquenghem, comme nombreux de ses contemporains, r&#233;agit &#224; ce proc&#232;s. Mais il le fait sur un mode qui me para&#238;t &#234;tre bien plus singulier &#8211; et en ce sens beaucoup plus pol&#233;mique &#8212; : d'une part, il insiste sur le fait que ce &#171; premier &#187; proc&#232;s pour viol est tenu contre un jeune arabe, et que d'autre part on voit se constituer face &#224; Youri Eshak &lt;i&gt;&#224; la fois &lt;/i&gt;l'appareil judiciaire et&lt;i&gt; en partie civile&lt;/i&gt; le mouvement f&#233;ministe (MLF et cons&#339;urs). En effet, le mouvement f&#233;ministe r&#233;clama un passage des violeurs en Assises et non plus en Correctionnelle. Ce qui est cibl&#233; ici est la red&#233;finition de l'intervention juridique par le mouvement f&#233;ministe fran&#231;ais, et une participation des minorit&#233;s sexuelles &#224; une transformation des modes d'action du contr&#244;le social. Car, comme le souligne Hocquenghem, les revendications f&#233;ministes et homosexuelles ont formul&#233; un discours d'action sociale plut&#244;t que de punition. Et Hocquenghem de proph&#233;tiser :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et d'ailleurs le probl&#232;me n'est pas tant de &lt;i&gt;recourir&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble police-justice (ce qui peut arriver &#224; tout un chacun un jour). Il surgit quand, syst&#233;matiquement, &#224; l'avance, avec obstination et d&#233;cision, on remplace, on se substitue, on compl&#232;te, on s'arme de la r&#233;pression d'&#201;tat au nom d'un intangible principe. Et l&#224; o&#249; je rigole, c'est quand je vois des p&#233;d&#233;s, enthousiasm&#233;s par l'exemple, &#233;crire, &#224; l'avance, que eux aussi, d&#232;s qu'ils le pourront, feront syst&#233;matiquement appel &#224; la loi. Et t&#226;cheront, pourquoi pas, comme les femmes s'opposant &#224; la correctionnalisation, de renforcer l'arsenal r&#233;pressif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Hocquenghem, &#171; V-I-O-L &#187;, La d&#233;rive homosexuelle, op. cit., p. 136-137.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hocquenghem voit plus loin que ses contemporains : le probl&#232;me n'est pas de savoir s'il est moralement bon ou mauvais d'envoyer des hommes non blancs en prison &#8211; c'est une impasse du f&#233;minisme gauchiste &#8211; mais &lt;i&gt;pourquoi le devenir m&#234;me du f&#233;minisme et des mouvements homosexuels&lt;/i&gt; passe par l&#224; : pourquoi l'institutionnalisation de ces combats m&#232;ne structurellement &#224; une reformulation des discours civilisationnels par le biais de l'intervention juridique et du contr&#244;le social. Ce qui est pressenti l&#224; par Hocquenghem, c'est que les mots d'ordre anti-punitifs de la gauche radicale se transforment en modes d'action punitifs qui sont aujourd'hui au c&#339;ur m&#234;me de nos soci&#233;t&#233;s de surveillance : s&#233;curit&#233;, ordre, protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux sc&#232;nes m'apparaissent constitutives d'un n&#339;ud complexe, difficile &#224; d&#233;faire, dans lequel nous sommes pris et que l'on peut entendre par ce &lt;i&gt;civilisationnel. &lt;/i&gt;Qu'est-ce qui &#233;tait senti par Hocquenghem en train d'advenir, ce devenir r&#233;pressif du f&#233;minisme et de l'homosexualit&#233; qui lui apparaissait comme une &#233;vidence, quarante ans avant que cette &#233;vidence ne s'impose &#224; nous comme un fait d&#233;sormais accompli. Et ce qui nous int&#233;resse dans la situation pr&#233;sente, soit la &lt;i&gt;mobilisation &lt;/i&gt;des subjectivit&#233;s LGBT dans le projet civilisationnel et guerrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Epuration des modes d'ordre ou la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Niaiserie Rose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; est souvent pens&#233;e comme une simple reconnaissance, un chouia tardive, d'une injustice historique que furent la psychiatrisation et la criminalisation. Or, ce processus institutionnel doit &#234;tre compris comme une transformation radicale et profonde : loin d'avoir r&#233;par&#233; une injustice, il a avant tout produit une vuln&#233;rabilit&#233; politique sp&#233;cifique, structurante et durable. A partir de ce moment, l'&#201;tat et ses institutions se sont impos&#233;s comme les seuls capables de r&#233;pondre aux enjeux d&#233;sirants. Ce d&#233;placement est d&#233;cisif : les angoisses existentielles &#8211; violence, rejet, pr&#233;carit&#233; &#8211; ne sont plus prises en charge par des pratiques collectives, des formes de solidarit&#233; minoritaires, des r&#233;seaux de cultures mais par le seul appareil institutionnel qui reformule imm&#233;diatement ces angoisses dans son propre langage. Ce langage est celui du droit, de la s&#233;curit&#233;, de la protection, du cadrage moral. L'institution n'a pas r&#233;pondu directement &#224; ces angoisses : elle les a &lt;i&gt;recod&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre cette op&#233;ration de recodage et en faire le diagnostic plus profond, il faut accorder une attention centrale aux mots d'ordre. L'histoire de l'homosexualit&#233; et du queer est travers&#233;e de mots d'ordre puissants &#8211; &#171; be gay do crimes &#187;, &#171; notre trou du cul est r&#233;volutionnaire &#187;, &#171; lesbiennes et p&#233;d&#233;s, arr&#234;tons de raser les murs &#187;, &#171; nous sommes un fl&#233;au social &#187; etc. Ces &#233;nonc&#233;s ne demandaient rien &#224; l'&#201;tat, mais ils portaient une menace directe contre l'ordre sexuel, moral et social. De sorte que l'institutionnalisation a op&#233;r&#233; une &lt;i&gt;&#233;puration massive&lt;/i&gt; de ces mots d'ordre, au nom de la respectabilit&#233;, les transformant en de simples slogans figurant sur des affiches, des tasses et des magnets de frigo, des slogans peu extraordinaires mais bien pauvres : &#171; sois fier de qui tu es &#187;, &#171; aime-toi toi-m&#234;me &#187;, &#171; l'amour est universel &#187;. La cons&#233;quence politique rel&#232;ve de ce que j'appellerais la &lt;i&gt;Niaiserie Rose &lt;/i&gt; : une incapacit&#233; &#224; s&#233;cr&#233;ter des mots d'ordre antagonistes et &#224; produire des &lt;i&gt;prises&lt;/i&gt; politiques &#224; partir de nos existences, nos revendications et luttes. C'est un r&#233;gime de b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons bien : &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt;, parce qu'elle est &#233;puration des revendications politiques au profit des abstractions les plus plates, les plus faussement inspir&#233;es, les plus d&#233;sincarn&#233;es de la modernit&#233; civilisationnelle : l'homosexualit&#233; comme amour entre deux &#234;tres, la beaut&#233; de l'amour, etc. On a assist&#233; &#224; la transformation du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; en une r&#233;v&#233;lation de soi-m&#234;me, de son &#171; vrai soi int&#233;rieur &#187;, d'une profonde singularit&#233; log&#233;e au fond de soi qui attend d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; (par une &#233;mission t&#233;l&#233;, par des v&#234;tements Adidas, par un matcha lat&#233; dans une main et un totebag Bio c'Bon dans l'autre, toutes ces expressions z&#233;l&#233;es du management des d&#233;sirs). A l'heure actuelle, la question s'impose : les LGBT sont-ils encore capables de produire des mots d'ordre politiques s&#233;rieux ? Cette mani&#232;re de poser la question de l'impuissance politique m&#232;ne &#224; explorer au contraire l'impossibilit&#233; actuelle de produire autre chose que du marketing politique. Voil&#224; deux tensions actuelles autour des mots d'ordre : le passage des mots d'ordre r&#233;volutionnaires vers, d'un c&#244;t&#233;, des slogans niais d'acceptation de soi et de l'autre, celle qui nous int&#233;resse, vers une participation active &#224; la reformulation des discours civilisationnels. L'institutionnalisation homosexuelle a produit sur le plan des mots d'ordre ce double effet : &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;puration&lt;/i&gt;. Les mouvements LGBT semblent d&#233;sormais incapables de parler autrement que dans un cadre r&#233;f&#233;rentiel qui n'est pas le leur : nos anciens mots d'ordre (&#171; arr&#234;tons de raser les murs &#187;) sont remplac&#233;s par des slogans (&#171; sois fier de qui tu es &#187;) et de nouveaux mots d'ordre nous sont impos&#233;s. De sorte que les discours LGBT sont d&#233;sormais attendus, pr&#233;visibles, extorqu&#233;s. Nous avons perdu la capacit&#233; de produire nos propres cadres d'&#233;nonciation : nous sommes d&#233;sormais des &#234;tres &lt;i&gt;ensorcel&#233;s &lt;/i&gt;par les abstractions civilisationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la respectabilit&#233; LGBT est devenue une modalit&#233; de participation au projet racial et colonial. Je voudrais ici d&#233;placer la question : non pas en revenant une fois de plus sur la critique du &lt;i&gt;pinkwashing&lt;/i&gt; ou de l'homonationalisme en tant que tels &#8211; ces derniers sont souvent entendus et pr&#233;sent&#233;s comme des instrumentalisations de l'extr&#234;me droite des sexualit&#233;s LGBT &#224; des fins racistes et islamophobes &#8211; mais en interrogeant la mani&#232;re donc ces critiques ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es dans les mouvements f&#233;ministes et LGBT, y compris les plus &#171; mainstream &#187;. En effet, on parle souvent d'&lt;i&gt;instrumentalisation.&lt;/i&gt; Mais cette explication est insuffisante si elle ne pose pas une autre question, plus d&#233;rangeante : qu'est-ce qui emp&#234;che que l'analyse anti-imp&#233;rialiste soit pleinement reprise par les mouvements LGBT si ce n'est pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re dont ils la prennent en charge ? Autrement dit, le probl&#232;me ne r&#233;side pas dans l'absence de lucidit&#233; que dans la forme m&#234;me que prend cette lucidit&#233;. Le probl&#232;me n'est plus celui d'une absence de critique des op&#233;rations racistes sur les sexualit&#233;s LGBT, cela est int&#233;gr&#233; maintenant dans la plupart des organisations. Le probl&#232;me est d&#233;sormais celui du mode pr&#233;cis sur lequel la critique est reprise : ce mode qui dig&#232;re et neutralise a un nom, c'est l'&lt;i&gt;intersectionnalit&#233; lib&#233;rale&lt;/i&gt;. Ce mode de reprise est indissociable de son ancrage institutionnel, d&#233;j&#224; perceptible dans la proph&#233;tie de Hocquenghem : une technique d'ajustement des pr&#233;suppos&#233;s civilisationnels, capable de les faire entrer en contact avec les &#233;nonc&#233;s politiques pour en annuler toute puissance transformatrice. Les conflits s'y dissolvent, les tensions s'y aplatissent, et l'ordre imp&#233;rial en sort non seulement pr&#233;serv&#233;, mais reconsolid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de poser la question &#224; partir de l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; permet d'&#233;viter une explication aujourd'hui tr&#232;s r&#233;pandue et pourtant insuffisante : celle qui consiste &#224; dire que, &lt;i&gt;compte tenu &lt;/i&gt;de la conjoncture r&#233;actionnaire, tout ce qui s'y trouve serait contamin&#233; de fait par cette conjoncture m&#234;me. Cette solution &#233;l&#233;gante a un d&#233;faut majeur : elle ne probl&#233;matise pas la conjoncture, elle produit de l'innocence &#224; la cha&#238;ne. Face aux politiques et groupes islamophobes et racistes comme N&#233;m&#233;sis ou Eros, elle permet de dire : &#171; Ce ne sont pas de &#8216;vraies' f&#233;ministes, ce ne sont pas de &#8216;vrai.es' LGBT &#187;. Et tout le monde d'&#226;nonner : &#171; Oui ce n'est pas &#231;a le &#8216;vrai' f&#233;minisme, ce n'est pas &#231;a le &#8216;vrai' mouvement LGBT &#187;. C'est l&#224; une paresse de la pens&#233;e qui &#233;vite soigneusement de poser la question centrale de la &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; des minorit&#233;s sexuelles aux r&#233;gimes guerriers de la modernit&#233; coloniale. En effet, la situation actuelle n'est pas le produit d'une alt&#233;ration r&#233;cente ni d'une instrumentalisation. Elle est le r&#233;sultat d'une longue histoire de participation rendue possible par la construction d'une innocence. Le &lt;i&gt;pinkwashing&lt;/i&gt; n'est pas une simple instrumentalisation ext&#233;rieure aux mouvements LGBT, par exemple par Isra&#235;l, il est rendu possible par la participation active de certains de ses segments, en particulier homosexuels et lesbiens (mais pas que), aux appareils de pouvoir &#8211; dont la gen&#232;se se trouve notamment au Parti socialiste et ses antennes la&#239;cardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous le savons, l'homonationalisme est &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt;. C'est la gauche institutionnelle qui l'a produit, et son acteur principal : le Parti socialiste. Et ses homos et lesbiennes de compagnie. Il a fallu cette participation, et surtout l'innocence qu'elle produisait, pour que les lois islamophobes puissent &#234;tre pos&#233;es comme des lois progressistes, protectrices, d'enjeu civilisationnel : c'est parce qu'il y avait cette innocence de la gauche morale que les lois islamophobes ont pu &#234;tre adopt&#233;es, ne l'oublions jamais. Il a fallu des figures capables d'incarner cette innocence, de la porter sans jamais la fissurer. Une figure comme Caroline Fourest est ici embl&#233;matique : combattante lesbienne &#8211; je ne souillerai pas ici le nom des Amazones &#8211; infatigable de l'obscurantisme, anim&#233;e par les hautes valeurs r&#233;publicaines, toujours du c&#244;t&#233; du Bien. Cette figure n'est pas un accident : elle est un op&#233;rateur central de la narration civilisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; le f&#233;minisme et les LGBT &#233;tatiques, arrim&#233;s &#224; l'appareil institutionnel, au droit et &#224; la gestion s&#233;curitaire des corps non blancs &#8211; de la femme voil&#233;e &#224; l'homme arabe mena&#231;ant. De l'autre, des sph&#232;res militantes traditionnelles qui se sont partiellement d&#233;plac&#233;es par rapport &#224; ce f&#233;minisme d'&#201;tat mais qui ont conserv&#233; une m&#234;me narration progressiste &#8211; articul&#233;e &#224; une intersectionnalit&#233; lib&#233;rale. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que la gauche radicale blanche en pr&#233;tendant se d&#233;marquer des politiques port&#233;es ou h&#233;rit&#233;es du Parti Socialiste, conserve les m&#234;mes abstractions, les m&#234;mes cat&#233;gories morales, les m&#234;mes &#233;vidences civilisationnelles. D&#232;s lors, comment ces configurations participent-elles activement &#224; la l&#233;gitimation de l'agenda guerrier contemporain ? Et plus encore : par quels d&#233;sirs le rendent-elles possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le mariage des abstractions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit, cette &lt;i&gt;Niaiserie Rose&lt;/i&gt; a produit un discours &#233;th&#233;r&#233; qui affaiblit radicalement les &#233;nonc&#233;s politiques, r&#233;duisant les pratiques sexuelles &#224; un amour abstrait ais&#233;ment recodable dans le langage &#233;tatique : la reconnaissance institutionnelle de cet amour deviendrait la garantie d'une d&#233;mocratie saine, moderne, civilis&#233;e. Le mariage pour tous, pr&#233;sent&#233; pendant une dizaine d'ann&#233;es comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; bataille &#224; mener puis &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;victoire d&#233;finitive une fois qu'il fut adopt&#233;, est la triste preuve de ce que nous perdons lorsque nous sommes d&#233;poss&#233;d&#233;s de nos mots d'ordre : il a ent&#233;rin&#233; des ruptures, des alliances et des solidarit&#233;s quotidiennes, exclu les personnes trans, renforc&#233; les normes familialistes et servi de crit&#232;re civilisationnel pour juger les autres soci&#233;t&#233;s. Le mariage comme bataille contre la droite catholique a &#233;t&#233; &#233;rig&#233; en bataille universelle par le Parti Socialiste. Ce droit, r&#233;clam&#233; par la bourgeoisie sexuelle, a &#233;t&#233; avant tout une fragmentation des revendications collectives et des alliances au profit de l'individualisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant l'ouverture du droit au mariage qui rendait d&#232;s lors l'adoption (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : c'est une &#233;vidence de dire que les LGBT pr&#233;caires et non blancs n'ont ni les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts ni les m&#234;mes urgences que ceux et celles de la bourgeoisie &#8211; je rappelle que nous sommes dans le d&#233;but des ann&#233;es 2010, soit au moment de la loi&#178; sur le voile. Le mariage pour tous, surinvesti au d&#233;triment d'autres luttes &#8211; particuli&#232;rement les luttes trans &#8211; a laiss&#233; ces derni&#232;res avec peu de d&#233;fense communautaire face aux attaques fascistes, minist&#233;rielles et psychiatriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mariage est devenu lui-m&#234;me l'id&#233;e du combat civilisationnel, un argument pour la bonne intervention dans les pays du Sud : non seulement, &lt;i&gt;ils &lt;/i&gt;jettent des homosexuels des toits, mais &lt;i&gt;en plus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; ne permettent pas le mariage. Voil&#224; une raison d'intervenir, &lt;i&gt;au nom de tous les homosexuels et de toutes les lesbiennes du monde entier&lt;/i&gt;. Les discours sur le sort des femmes et des homosexuels &#171; ailleurs &#187; &#8211; en Iran, &#224; Gaza, sous tel ou tel r&#233;gime &#8211; fonctionnent comme des abstractions d&#233;-situ&#233;es (qui sont ces &#171; ils &#187; et &#171; les homosexuels &#187; dans &#171; &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; jettent &lt;i&gt;les homosexuels&lt;/i&gt; des toits &#187; ?). C'est-&#224;-dire que ce r&#233;seau d'abstractions justifie et excite l'intervention, par la distinction entre celles et ceux qui doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;es (les femmes et les homosexuels) de ceux qui doivent &#234;tre d&#233;truits (les hommes arabes). Et cela, la gauche &lt;i&gt;y croit fermement &lt;/i&gt; : elle croit fermement qu'elle fait la guerre au nom des droits universels. Cette gauche socialiste qui s'indigne de la pr&#233;sence d'une jeune femme voil&#233;e et d'un drapeau palestinien sur l'affiche de la marche des fiert&#233;s 2025, et ne trouve rien &#224; redire des drapeaux LGBT brandis sur Gaza d&#233;truite par les soldats isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; des droits universels abstraits prolonge cette fabrication politique de l'innocence. C'est cette innocence qui fonde la complicit&#233; structurelle du f&#233;minisme et des mouvements LGBT dominants dans le recodage islamophobe et raciste de leurs propres discours. Lorsque l'auteur Edouard Louis, malgr&#233; son antipunitivisme revendiqu&#233; et martel&#233;, en vient &#224; affirmer qu'il doit porter plainte contre son agresseur pr&#233;sum&#233;, Riadh B., qu'une sorte de haute n&#233;cessit&#233; l'y oblige, il r&#233;v&#232;le involontairement ce qu'est devenu le progressisme des sexualit&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ira m&#234;me jusqu'&#224; recourir &#224; Primo Levi pour comparer la d&#233;cision de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les grandes abstractions morales apparaissent alors dans ce qu'elles sont : une justification de l'appareil r&#233;pressif tout en produisant un sentiment d'innocence dans son recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La trahison face &#224; la promesse lib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors rappeler ceci : la &lt;i&gt;trahison&lt;/i&gt; aurait pu &#234;tre au c&#339;ur de la politique homosexuelle, virtuellement. Genet en a fait la condition m&#234;me de sa d&#233;sidentification &#224; la civilisation occidentale. Il faut reprendre, &#224; titre de projet, cette trahison, dans une certaine n&#233;gativit&#233; radicale : &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; ce que le progressisme a fait de nous, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; l'ensorcellement institutionnel. Ce que l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; a produit, avant toute chose, c'est une confusion structurante des d&#233;bats contemporains : une confusion entre le d&#233;sir homosexuel comme ensemble de pratiques, de cultures, de formes de vie et l'homosexualit&#233; comme identit&#233;. Or cette identit&#233; n'est pas neutre, elle constitue un r&#233;gime particulier d'appauvrissement du tissu d'exp&#233;riences homosexuelles, de ses attachements, de ses formes d'existences minoritaires. L'identit&#233;, par l'institution, homog&#233;n&#233;ise, elle simplifie, elle rend comparable. Elle inscrit l'homosexualit&#233; dans un r&#233;cit civilisationnel qui permet &#224; la fois de l'universaliser sous sa forme occidentale de l'identit&#233; et de se la r&#233;server comme preuve de l'exceptionnalisme d&#233;mocratique. Ce double mouvement est d&#233;cisif. D'un c&#244;t&#233;, on postule une homophobie archa&#239;que, enracin&#233;e presque naturelle, du c&#244;t&#233; des pays du Sud &#8211; homophobie &#233;ternelle et irr&#233;m&#233;diable, seule une destruction des structures des pays du Sud permettraient d'y mettre un terme. De l'autre, une homophobie occidentale, pr&#233;sent&#233;e comme superficielle (et non r&#233;siduelle) que l'on pourrait d&#233;sactiver &#224; coups de p&#233;dagogie rose, de campagnes de sensibilisation, de totebags arc-en-ciel. Cette opposition est un mensonge massif. Car le champ politique occidental, celui-l&#224; m&#234;me qui se pr&#233;sente aujourd'hui comme protecteur des minorit&#233;s sexuelles, a d&#233;port&#233; et extermin&#233; les homosexuels des classes populaires, aux c&#244;t&#233;s des Juifs et des Roms et des Voyageurs. Cette histoire n'est pas accidentelle, nous le savons, mais elle est activement refoul&#233;e par les institutions. Cette mani&#232;re de poser une diff&#233;rence de nature entre l'Occident et les &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; mondes garantit &#224; l'Occident l'exclusive du jugement moral, et plus encore son identification &#224; l'Humanit&#233; elle-m&#234;me &#8211; quand bien m&#234;me ses pratiques g&#233;nocidaires historiques et contemporaines ne s'y identifient en rien. C'est dans cette logique que se constitue ce que Joseph Massad a nomm&#233; l'imp&#233;rialisme sexuel : l'exportation d'une identit&#233; homosexuelle occidentale, abstraite, juridicis&#233;e, impos&#233;e comme norme universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse lib&#233;rale n'a ni tenu ses engagements ni contenu la violence qu'elle pr&#233;tendait conjurer. Cette promesse se r&#233;v&#232;le aujourd'hui aussi fragile que le verre dont elle avait hier l'&#233;clat. F&#233;ministes et LGBT n'ont plus l'innocence pour refuge car se posent &#224; nouveau, avec un caract&#232;re d'urgence : soit nous d&#233;sactivons les abstractions qui alimentent les politiques racistes, islamophobes et imp&#233;rialistes, soit nous acceptons la perte d&#233;finitive d'une dignit&#233; que nous avons brad&#233;e au nom de l'inclusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici comment Hocquenghem en parle : &#171; Un st&#233;r&#233;otype d'homosexuel d'&#201;tat, int&#233;gr&#233; &#224; l'&#201;tat, model&#233; par l'&#201;tat et proche de lui par les go&#251;ts, rassur&#233; d'ailleurs par la pr&#233;sence au pouvoir de tel ou tel sous-ministre lui-m&#234;me homosexuel sans faute honte (on n'est plus sous la IVe et l'homosexualit&#233; n'est plus un secret &#224; ballets bleus) remplace progressivement la diversit&#233; baroque des styles homosexuels traditionnels. Viendra enfin le temps o&#249; l'homosexuel ne sera plus qu'un touriste du sexe, un gentil membre du Club m&#233;diterran&#233;e qui a &#233;t&#233; un peu plus loin que les autres, &#224; l'horizon de plaisir un peu plus &#233;largi que la moyenne de ses contemporains. &#187; (G. Hocquenghem, &#171; Tout le monde ne peut pas mourir dans son lit &#187;, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, p. 131.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Hocquenghem, &#171; V-I-O-L &#187;, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; op. cit., &lt;/i&gt;p. 136-137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant l'ouverture du droit au mariage qui rendait d&#232;s lors l'adoption accessible aux couples mari&#233;s, des lesbiennes et des homosexuels avaient des enfants dans des configurations plus collectives, souvent entre eux et elles, impliquant des r&#233;seaux d'entraide et de proximit&#233; qui n'avaient rien &#224; voir avec la passivit&#233; individuelle de la demande &#224; l'institution d'accorder quelque chose. Le gain individuel du droit a d&#233;truit ces formes collectives, tout en imposant des mod&#232;les normatifs. Je renvoie aux travaux de Sam Bourcier, particuli&#232;rement &lt;i&gt;Homo Inc.orporated&lt;/i&gt; pour cette analyse de l'entr&#233;e des couples LG dans la sph&#232;re de la reproduction par le mariage ainsi que sa red&#233;finition (r&#233;ductrice) par le droit. Mais j'ajouterais &#224; cette r&#233;flexion que le travail reproductif est en grande partie externalis&#233; &#224; des femmes non blanches qui permettent &#224; ce que ces nouveaux mod&#232;les de r&#233;ussite sociale du couple lesbien ou gay qui-a-un-enfant-et-qui-travaille, puisse effectivement exp&#233;rimenter cette nouvelle &#171; libert&#233; &#187; conquise. Pour le dire encore autrement : ces nouvelles modalit&#233;s de l'int&#233;gration rose reposent sur une division racialis&#233;e du travail qui en demeure la condition silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ira m&#234;me jusqu'&#224; recourir &#224; Primo Levi pour &lt;i&gt;comparer &lt;/i&gt;la d&#233;cision de la cour au rejet des r&#233;cits et des t&#233;moignages des rescap&#233;s des camps ; cette convocation ne fait que r&#233;v&#233;ler le recours cynique &#224; une logique de la Victime qui ne peut &#234;tre contredite sans que tremble tout l'&#233;difice humaniste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'astronaute, la discipline et le d&#233;raillement</title>
		<link>https://trounoir.org/L-astronaute-la-discipline-et-le-deraillement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/L-astronaute-la-discipline-et-le-deraillement</guid>
		<dc:date>2026-01-31T16:07:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Eli Rafanell</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Finalement, la r&#233;alit&#233; rattrape l'id&#233;alit&#233; du circuit ferm&#233; de la station. Les accidents sont partout, la boucle s'ouvre, les fluides et les d&#233;chets envahissent les espaces de travail. Le corps revient, sale et triomphant.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2023-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2023&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Corps-+" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-architecture-258-+" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Eli-Rafanell-+" rel="tag"&gt;Eli Rafanell&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/claire_gitton.png?1731403055' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel est le corps de l'astronaute ? Et quel est son lien avec la sexualit&#233;, ou m&#234;me l'amour ? Ces questions sont tout sauf anodines et farfelues. En analysant la discipline des corps des astronautes, les exigences de la NASA &#224; leur encontre, mais aussi l'architecture des vaisseaux spatiaux, c'est tout notre monde qui se comprend et expose ses obsessions. Formidablement sourc&#233; et riche en t&#233;moignages, cet article d'Eli Rafanell nous montre &#233;galement comment - m&#234;me dans l'espace aseptis&#233; de la conqu&#234;te spatiale - le corps trouve des mani&#232;res de r&#233;sister et ne se laisse pas domestiquer passivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'astronaute, la discipline et le d&#233;raillement &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour devenir un ange il faut &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;faire de la natation &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;il faut aimer son p&#232;re. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour devenir un ange il faut &#234;tre fort &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;en karaok&#233;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;quand on est un ange ce qu'on pr&#233;f&#232;re &#224; la t&#233;l&#233; c'est la pub &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;on arrive &#224; voir dans les yeux des cam&#233;ras &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;et on se souvient de tous les visages de tout &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;on n'a pas besoin de mot de passe&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#234;tre un ange c'est &#234;tre ami &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;avec tous les ordinateurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Thomas Pesquet aime tout le monde toutes les choses &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tous les animaux &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il parle&lt;/i&gt;&lt;i&gt; avec les poussins morts dans les machines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il aime &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;faire du crawl &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;jour de gr&#226;ce &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;nage papillon.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploration de l'espace a toujours &#233;t&#233; la traduction d'une logique de conqu&#234;te. Elle fut d'abord le terrain d'une comp&#233;tition f&#233;roce entre les &#201;tats-Unis et l'URSS pendant la guerre froide, un moyen pour deux puissances d'affirmer leur pouvoir. LUNA 2, la premi&#232;re sonde spatiale envoy&#233;e dans l'atmosph&#232;re explosa sur la lune en laissant autour d'elle une centaine de petits drapeaux en acier marqu&#233;s du signe communiste de la faucille et du marteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;poque o&#249; la vie sur terre se fait de plus en plus fragile d&#251; &#224; des si&#232;cles de destruction par une &#233;conomie qui se pr&#233;tend sans limites, quitter l'&#233;coum&#232;ne pour vivre sur Mars ou sur la Lune est aujourd'hui envisag&#233; comme une solution de fuite. Fuir une terre d&#233;sol&#233;e, aux ressources &#233;puis&#233;es et conqu&#233;rir d'autres plan&#232;tes est un r&#234;ve qui pourrait para&#238;tre na&#239;f mais dans lequel ont investi de grandes puissances. Des milliardaires tels que Richard Branson, Jeff Bezos et Elon Musk, dans leur m&#233;galomanie, ont redonn&#233; de l'&#233;lan &#224; la conqu&#234;te spatiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Romain Thomas (2021), &#171; Ces fonds qui misent sur la conqu&#234;te de l'espace &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, jusqu'ici port&#233;e surtout par la NASA ou l'Agence spatiale europ&#233;enne (ESA). Mais au-del&#224; d'&#234;tre une conqu&#234;te de l'espace ou la conqu&#234;te imp&#233;rialiste d'un &#233;tat-nation sur le monde, la conqu&#234;te spatiale est avant tout une conqu&#234;te sur le corps de l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son essai &lt;i&gt;Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvia Federici, Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps, Editions Divergences, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , Silvia Federici analyse les m&#233;canismes par lesquels le capitalisme a progressivement transform&#233; et soumis les corps afin de les rendre disponibles comme forces de travail, &#224; travers un long processus de disciplinarisation. Ce processus s'est manifest&#233; de mani&#232;re particuli&#232;rement explicite et violente &#224; travers les dispositifs de domination mis en &#339;uvre par les entreprises coloniales, lesquels se sont traduits par des exterminations, la pr&#233;dation syst&#233;matique des ressources et des destructions environnementales massives, mais &#233;galement par l'objectivation et la d&#233;shumanisation des corps des personnes colonis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disciplinarisation des corps peut &#233;galement s'op&#233;rer de mani&#232;re plus diffuse et insidieuse. Dans son ouvrage &lt;i&gt;The Book of sleep&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haytham el Wardany, The Book of sleep, Editions Seagull Books London Ltd, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , &#233;crit pendant les &#233;meutes de 2013 contre le pr&#233;sident &#233;gyptien Mohammed Morsi, Haytham el Wardany analyse comment nous n'arrivons plus &#224; trouver le sommeil. Port&#233; dans le flux incessant de vies tourn&#233;es essentiellement vers des logiques de productivit&#233;, les cas d'insomnies se multiplient, et les nuits se passent pour beaucoup les yeux grands ouverts. Ces insomnies sont la traduction d'une impossibilit&#233; &#224; quitter un &#233;tat productif, &#224; laisser aller son corps &#224; une activit&#233; qui emp&#234;che absolument le travail ou la consommation, et qui n&#233;cessite l'abandon de soi. Pour l'&#233;crivain, le sommeil devient alors non pas une position de passivit&#233;, mais un acte de r&#233;sistance. Celui qui dort ne produit pas, celui qui dort n'est pas en comp&#233;tition avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son chapitre &#171; Revisiter les mormons dans l'espace avec George Caffentzis &#187; de l'ouvrage &#233;voqu&#233;, Silvia Federici analyse la condition d'astronaute comme l'apog&#233;e du corps transform&#233; en force de travail &#224; travers une discipline totale, &#224; des buts de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'astronaute est surentra&#238;n&#233;. Sur terre, il suit une formation d'athl&#232;te, et passe quotidiennement de longues heures &#224; simuler ses futures missions dans les espaces clos de piscines cens&#233;es reproduire l'apesanteur. Sa vie est enti&#232;rement d&#233;di&#233;e &#224; son travail. Il ne peut commettre le moindre &#233;cart car il est constamment &#233;valu&#233; et examin&#233;. Mais au-del&#224; de ses performances physiques et intellectuelles, c'est aussi le caract&#232;re de l'astronaute qui est incessamment test&#233; : &#224; travers des tests de personnalit&#233;, on v&#233;rifie qu'il est prudent, flexible, mais aussi, surtout, toujours dispos&#233; &#224; ob&#233;ir aux ordres. Car un des pires sc&#233;narios possibles pour une agence spatiale pourrait &#234;tre une variante de celui-ci : un astronaute se r&#233;veille de mauvaise humeur. Il regarde son petit d&#233;jeuner et sa nourriture lyophilis&#233;e le d&#233;go&#251;te. Ses coll&#232;gues lui adressent la parole, et il est incapable de leur r&#233;pondre car ils ne les supporte plus. Il devient mutique, repense &#224; sa vie sur terre. Dans une d&#233;compensation psychotique, il s'attache &#224; son lit et refuse d'en sortir pendant plusieurs jours, agressant quiconque voulant le convaincre de retourner au travail. Il se met en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut un individu qui puisse endurer longtemps l'isolement social et la privation sensorielle sans se d&#233;traquer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvia Federici, opus.cit, p. 122.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais les tests de personnalit&#233; ne suffisent pas. Pour analyser plus en profondeur les caract&#232;res des astronautes, et plus largement les r&#233;actions humaines face &#224; l'isolement et la privation de sensation, des programmes d'exp&#233;rimentations ont &#233;t&#233; mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de ces programmes ont &#233;t&#233; rendus publics, mais toujours &#224; travers le biais d'une forme de mise en sc&#232;ne, comme celle d'un show de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;. Ce fut la strat&#233;gie de &#171; The case for regeneration &#187;, un programme diffus&#233; &#224; la t&#233;l&#233; am&#233;ricaine entre 1960 et 1966, cr&#233;&#233; en partenariat avec la NASA et des entreprises &#233;nerg&#233;tiques. Les vid&#233;os prises &#224; l'issue de ce show ont servi &#224; la fois d'outil de surveillance, d'analyse et de propagande pour la NASA. On pouvait y voir quatre hommes, film&#233;s en continu et enferm&#233;s pendant des p&#233;riodes de quatre mois ou plus dans le &lt;i&gt;living-pod,&lt;/i&gt; un habitat terrestre sph&#233;rique en acier cens&#233; reproduire les conditions de vie dans un vaisseau spatial. Accompagn&#233;s par des m&#233;decins, des nutritionnistes, des ing&#233;nieurs chimiques, des microbiologistes et des architectes, les quatre hommes devaient r&#233;-apprendre &#224; manger, uriner et d&#233;f&#233;quer dans cet univers claustrophobique, con&#231;u pour r&#233;pondre uniquement aux besoins primaires de ces habitants et r&#233;approvisionn&#233; tous les quatre mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, le programme Hi-Seas a &#233;t&#233; une des nombreuses exp&#233;rimentations de confinement pour &#233;tudier la vie hors de la plan&#232;te Terre. Le programme s'est d&#233;roul&#233; sur des p&#233;riodes de quatre &#224; douze mois entre 2013 et 2024, pendant le quel des groupes de six personnes ont successivement subi un isolement complet dans un d&#244;me de 93 m&#232;tres carr&#233;s cens&#233; reproduire l'environnement de la vie sur Mars ou sur la Lune. Dans ce but, leur habitat sph&#233;rique a &#233;t&#233; install&#233; &#224; 2400 m&#232;tres d'altitude sur le volcan de Mauna Loa &#224; Hawa&#239;. Cette mission fut la plus longue exp&#233;rience d'isolement organis&#233;e par la NASA, avec pour l'objectif explicite d'&#233;tudier la coh&#233;sion et l'&#233;volution psychologique des participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort de ces recherches, c'est l'&#233;trange disparition de la question de l'amour et de la sexualit&#233;. Aucune &#233;tude sur ce sujet n'a &#233;t&#233; &#224; ce jour rendue publique par les grandes agences spatiales, comme si l'&#233;ventualit&#233; m&#234;me de relations amoureuses ou sexuelles entre astronautes &#233;tait totalement inenvisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;sint&#233;ressement n'est pas partag&#233; par le site pornographique le plus utilis&#233; au monde, &lt;i&gt;Pornhub&lt;/i&gt;. Ce g&#233;ant de l'industrie pour adulte avait pour ambition de filmer ce que n'avait jamais montr&#233; dans le reality show &#171; The case for regeneration &#187; en mettant en place en 2015 une cagnotte publique pour financer le premier film pornographique dans l'espace. Dans la vid&#233;o de pr&#233;sentation du projet post&#233;e en ligne par &lt;i&gt;Pornhub&lt;/i&gt;, l'actrice Eva Lovia s'exclame : &#171; C'est l'incroyable opportunit&#233; de faire l'histoire &#224; travers deux jobs de r&#234;ve en m&#234;me temps : pornstar et astronaute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Pornhub Team, 2015, &#171; Sexploration &#187;, Indiegogo. Pornhub Space Program (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#233;clarant vouloir non seulement changer le visage de l'industrie du film pour adulte mais &#233;galement contribuer aux avanc&#233;es scientifiques en documentant la possibilit&#233; d'un rapport sexuel dans l'espace, la cagnotte qui visait les 3,4 millions de dollars pour couvrir les co&#251;ts de la r&#233;alisation du film n'a malheureusement r&#233;colt&#233; que 236 093 dollars. La sexualit&#233; dans l'espace restera donc pour l'instant dans les oubliettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des raisons de ce puritanisme de la part des agences spatiales concernant les questions amoureuses et sexuelles se justifie par le devoir pour les astronautes de n'avoir entre eux que des relations professionnelles &#224; tous les &#233;gards. Car dans le dispositif de rationalisation des relations humaines mis en place par les agences spatiales entre les astronautes, l'amour et la sexualit&#233;, aussi bien que des &#233;motions telles que la col&#232;re et toute autre pulsion passionnelle, repr&#233;sentent un danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvia Federici soutient que les passions repr&#233;sentent une menace pour les agences spatiales dans la mesure o&#249; le d&#233;sir constitue une forme de libert&#233; incontr&#244;lable, susceptible de perturber la discipline des corps et leur transformation en forces de travail. &#171; Peut-on se permettre d'&#234;tre excit&#233; ou de se sentir seul dans l'espace ? Peut-on se permettre d'&#234;tre jaloux ou de vivre une rupture conjugale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvia Federici, op.cit, p. 124.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187;. Certainement pas. Les astronautes doivent donc &#234;tre des &#234;tres &#171; purs &#187;, ne succombant jamais &#224; des &#233;lans de d&#233;sirs ou de col&#232;res, ob&#233;issant parfaitement aux ordres. Pour cela, les agences spatiales ne peuvent pas se permettre de transformer la personnalit&#233; de ses travailleurs, mais ils doivent s&#233;lectionner des &#234;tres qui portent pr&#233;alablement &lt;i&gt;en eux&lt;/i&gt; cette discipline&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et ce d&#233;tachement des d&#233;sirs sexuels&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique pourquoi, parmi les astronautes de la NASA, les mormons sont si nombreux : on suppose qu'ils ont d&#233;j&#224; incorpor&#233; l'ob&#233;issance, la discipline et la condamnation du d&#233;sir &#224; travers un mode de vie tr&#232;s strict. Dans son essai, Silvia Federici rapporte les paroles de Wally Schirra, astronaute de la NASA en 1968 : &#171; Je me sentais en apesanteur, je ne sais pas, tellement de choses &#224; la fois... Un sentiment de fiert&#233;, de saine solitude, de dignit&#233;, l'impression d'&#234;tre lib&#233;r&#233; de tout ce qui est sale, collant. On se sent &#224; l'aise, on a plein d'&#233;nergie, une envie pressante de faire les choses, une telle capacit&#233; &#224; les faire. Et on travaille bien, oui, on pense bien, on se d&#233;place correctement, pas de sueur, pas de difficult&#233;s, comme si la mal&#233;diction biblique '&#224; la sueur de nos fronts et dans la peine' &#233;tait effac&#233;e, comme si on renaissait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvia Federici, op.cit., 127.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce t&#233;moignage on pourrait ajouter celui de Don Lind, pilote de r&#233;serve en 1973 : &#171; La premi&#232;re fois que j'ai eu enfin une minute pour juste m'arr&#234;ter et regarder la terre, la beaut&#233; absolue de la sc&#232;ne m'a fait monter les larmes aux yeux. Dans l'apesanteur, les larmes ne roulent pas silencieusement sur tes joues. Elles restent sur tes globes oculaires, et deviennent de plus en plus grosses jusqu'&#224; ce que tu te sentes comme un poisson regardant &#224; travers la surface d'un aquarium. Maintenant, essaie d'imaginer ce que c'&#233;tait pour moi d'avoir cette sc&#232;ne devant mes yeux, pendant que des douzaines de fragments des &#233;critures surgissaient dans mon esprit. 'Les cieux proclament la gloire de Dieu', Psaume 19. 'Si vous avez vu les cieux, vous avez vu Dieu agissant dans toute sa majest&#233; et sa puissance'. Je suis s&#251;r que tu peux imaginer combien je me suis senti proche du P&#232;re dans les cieux pendant que je regardais ses cr&#233;ations magnifiques. J'ai &#233;t&#233; vraiment &#233;mu par une prise de conscience accrue de ce qu'il a fait pour nous en tant que Cr&#233;ateur de notre terre. Ce fut l'une des exp&#233;riences les plus &#233;mouvantes de ma vie. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience qui m'est tr&#232;s ch&#232;re est d'avoir fait le sacrement en orbite. Nous &#233;tions dans l'espace pendant une semaine compl&#232;te, donc bien s&#251;r, nous &#233;tions l&#224;-haut un dimanche. Notre &#233;v&#234;que m'avait donn&#233; la permission de tenir mon propre service. C'&#233;tait un peu inhabituel. Vous, pr&#234;tres dans l'auditoire, pourriez vous demander ce que ce serait d'essayer de s'agenouiller en apesanteur &#8211; et bien vous ne pouvez pas vous emp&#234;cher de vous endormir. Pour plus d'intimit&#233;, j'ai tenu mon service dans ma station de sommeil, qui ressemble un peu au wagon d'un train de nuit. Je me suis agenouill&#233; sur ce que vous pensez &#234;tre le plafond et j'ai appuy&#233; mes &#233;paules contre mon sac de couchage pour ne pas flotter. C'&#233;tait une exp&#233;rience tr&#232;s sp&#233;ciale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Danielle B.Wagner (2017), &#171; LDS Astronaut's shares what it's like taking the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Bookmark&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les astronautes doivent donc &#234;tre des &#234;tres asc&#233;tiques, qui ne portent en eux ni col&#232;re ni d&#233;sir, et dont le corps surentra&#238;n&#233; doit fonctionner parfaitement et s'accorder &#224; l'environnement du vaisseau spatial, qui est &#224; la fois architecture et appareil. Quels sont alors les proc&#233;d&#233;s spatiaux mis en place pour que le corps s'accorde &#224; la machine ? Comment le corps devient lui-m&#234;me &lt;i&gt;machine,&lt;/i&gt; un objet fabriqu&#233; qui transforme l'&#233;nergie en travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le manifeste &lt;i&gt;Comment quitter la terre ? &lt;/i&gt;Jill Gasparina, Christophe Kihm et Anne-Lyse Renon analysent l'habitabilit&#233; des vaisseaux spatiaux, dont l'environnement s'&#233;tend &#224; travers des objets technologiques. Les auteurs rel&#232;vent que pour concevoir le gant de l'astronaute, six caract&#233;ristiques de bases ont &#233;t&#233; &#233;tablies. Amplitude du mouvement, force, tactilit&#233;, dext&#233;rit&#233;, fatigue et confort. Le port des gants n'accompagne pas seulement les actions de la main du cosmonaute, il implique &#233;galement de nouvelles gestualit&#233;s. L'&#233;paisseur du gant, en emp&#234;chant le ressenti par le toucher, contraint &#224; d&#233;velopper des syst&#232;mes de substitutions sensorielles. &#171; Le projet RoboGlove, d&#233;velopp&#233; par l'entreprise su&#233;doise Bioservo en 2016, associe quant &#224; lui un gant contenant des capteurs et un exosquelette robotis&#233; venant amplifier et pr&#233;ciser les mouvements capt&#233;s sur les mains &#224; l'int&#233;rieur de l'enveloppe gant&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, Comment quitter la terre ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. M&#234;me les sensations sont transform&#233;es et m&#233;diatis&#233;es par la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;diation entre corps, sensation et technologie est &#233;vidente &#224; travers l'objet du scaphandre. La combinaison de l'astronaute constitue en elle-m&#234;me une enceinte, un habitat qui le s&#233;pare de l'espace et qui pourtant lui permet d'y survivre. C'est &#224; travers cette isolation que l'astronaute peut &#233;voluer dans cet environnement. L'isolation devient condition d'habitabilit&#233;. La combinaison actuelle am&#233;ricaine p&#232;se 127 kg, et est compos&#233;e d'un &#171; syst&#232;me multicouches complexe, hautement technologique et pressuris&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, Ibidem, p. 19.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cet habitat hyper individuel permet d'assister le corps de l'astronaute, d'accompagner ses actions en le prot&#233;geant des radiations et en cr&#233;ant un environnement artificiel au sein duquel il peut respirer. Les combinaisons ne sont pas seulement des enveloppes, elles sont un syst&#232;me qui fait fusionner corps et technologie. On assiste alors &#224; une paradoxale fusion par l'isolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de micro-gravit&#233; imposent de nombreux am&#233;nagements au sein du vaisseau, organis&#233;s par un r&#233;seau d'incitations et de contraintes optimisant chaque geste et chaque posture. En l'absence de condition atmosph&#233;rique, le simple fait de se tenir &#171; debout &#187; et immobile dans une certaine direction est difficilement r&#233;alisable. En cons&#233;quence, l'environnement du vaisseau spatial est un univers complexe de techniques pour immobiliser le corps de l'astronaute et &#233;viter qu'il ne flotte dans tous les sens. Ainsi, les lits, qui sont sur la terre de simples &#233;tendues plates et plus ou moins molles, deviennent dans l'espace des dispositifs qui s'apparentaient pendant longtemps &#224; d'horribles camisoles. Dormir dans le vaisseau n&#233;cessitait par exemple dans la station &lt;i&gt;Skylab&lt;/i&gt; (1973-1979) la mise en place quotidienne d'une installation compliqu&#233;e, faite de b&#226;ches en plastique, de ceintures et d'accroches multiples et diverses. Le lit de l'astronaute est alors nomm&#233; &#171; the sleep restraint frame&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, Architecture for Astronauts, An Activity-based (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, litt&#233;ralement &#171; le cadre de retenue du sommeil &#187;. L'astronaute doit s'allonger verticalement le long du mur dans l'objet complexe qui lui sert de lit, et dormir en quelque sorte &lt;i&gt;debout&lt;/i&gt;, le sommeil enfin domestiqu&#233;. D'ailleurs, les astronautes t&#233;moignent ne pas dormir beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gene Cernan, astronaute &#224; bord de la station &lt;i&gt;Apollo 17&lt;/i&gt; (1972), s'exclame &#224; propos du sommeil &#171; what a waste of time&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, ibidem page 99.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans la station spatiale &lt;i&gt;Salyut 7&lt;/i&gt; (1982-1991) l'astronaute Valentin Lebedev affirme ne presque jamais avoir dormi pendant sa mission, et Mikhailovich Grechko, qui travaillait dans la station spatiale &lt;i&gt;Salyut 6&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;7&lt;/i&gt; d&#233;clare ne pas aimer manger ou dormir dans l'espace, car il est trop occup&#233; par ses exp&#233;riences d'ing&#233;nierie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit p. 101.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Citons enfin Gerard Thiele, astronaute &#224; l'ESA, qui affirme que le commandant et le pilote de son vaisseau pr&#233;f&#232;rent somnoler dans la station de contr&#244;le plut&#244;t que dans leur lit, pour pouvoir agir imm&#233;diatement si un ordre leur est donn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit p. 116.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'astronaute id&#233;al est un homme qui ne dort jamais, toujours absorb&#233; par son travail, toujours r&#233;actif et pr&#234;t &#224; ob&#233;ir aux instructions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela que l'espace est enti&#232;rement programm&#233;, balis&#233;, strictement intentionnel : pour pouvoir marcher ou se d&#233;placer dans une certaine direction, des grilles en aluminium sont incorpor&#233;es aux murs ou aux plafonds. Gr&#226;ce &#224; des cales pr&#233;sentes sous les chaussures des astronautes, ceux-ci peuvent s'embo&#238;ter aux prises offertes par les grilles et se d&#233;placer en se fixant &#224; ces supports. &#171; Sangles en tissus, arceaux, repose-pieds, poign&#233;es, mains courantes... ces syst&#232;mes de retenues (&lt;i&gt;restraint system&lt;/i&gt;) ponctuent les habitats spatiaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, op.cit, p. 33.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce sont des objets qui sont &#224; la fois des contraintes et des permissions. Ils permettent de faciliter les mouvements de l'astronaute, tout en d&#233;terminant un parcours et une certaine mani&#232;re de se d&#233;placer. Par la m&#233;diation des objets technologiques qui l'enveloppent et qui accompagnent ses mouvements, son corps devient machine et fait corps avec la capsule du vaisseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un facteur fait intrusion entre cette fusion du corps et de la machine, et c'est la question de la production de d&#233;chets. Comment faire en sorte de perdre le moins possible d'&#233;nergie, de r&#233;-utiliser le maximum des d&#233;chets produits dans un environnement qui doit fonctionner dans un &#233;tat d'auto-suffisance optimale et dans un r&#233;gime d'autarcie ? La notion m&#234;me de d&#233;chet doit dispara&#238;tre, id&#233;alement int&#233;gr&#233; dans un cycle d'absorption et de production, d'o&#249; rien ne s'&#233;chappe et rien ne p&#233;n&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son essai &lt;i&gt;The architecture of closed worlds&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lydia Kallipoliti, The architecture of closed worlds, Lars M&#252;ller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; Lydia Kallipoliti questionne le lien entre les capsules spatiales, les sous-marins et les tours de bureaux, qui ont en commun d'&#234;tre des espaces ferm&#233;s, con&#231;us comme des lieux autonomes, qu'il faut purifier de tout ce qui pourrait y faire intrusion. Elle fait la supposition que recycler les d&#233;chets en argent est un des constituants factuels de la production capitaliste. La capacit&#233; de l'&#233;conomie &#224; cr&#233;er des bulles de march&#233;s sur les ruines environnementales en est une preuve, comme en atteste l'&#233;change lucratif d'&#233;missions de cr&#233;dit de dioxyde de carbone entre pays dans les termes du protocole de Kyoto. Dans un monde o&#249; tout doit &#234;tre valoris&#233; dans le sens &#233;conomique du terme, rien ne doit se perdre, tout doit participer &#224; une cha&#238;ne ininterrompue de production et de rendement. C'est en cela que l'&#233;conomie circulaire, si populaire dans les th&#233;ories de gestion &#233;cologique actuelles, ne rompt pas avec des principes capitalistes. C'est un syst&#232;me &#233;conomique &#224; travers lequel les d&#233;chets sont encore une fois valoris&#233;s en tant que productions, sur lesquels on peut encore capitaliser. Rien ne doit se perdre, aucune faille, aucun accident qui viendrait rompre la circularit&#233; n'est envisageable. Rien ne peut ni ne doit faire partie &lt;i&gt;d'un dehors&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de fonctionnement du vaisseau spatial s'est progressivement impos&#233; dans l'imaginaire occidental. Il refl&#232;te une r&#233;alit&#233; contemporaine qui structure notre quotidien : un monde centr&#233; sur l'homme, pourtant soumis &#224; des contraintes et &#224; des incitations diffuses, autour duquel gravite un flux incessant de productions et de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centralit&#233; des humains oui, mais pas n'importe lesquels. Pendant les missions &lt;i&gt;Slylab&lt;/i&gt; entreprises par la NASA, il est devenu &#233;vident qu'il fallait prendre en compte la microgravit&#233; pour concevoir les stations spatiales. Car la faiblesse des forces gravitationnelles entra&#238;ne une perte de calcium, des changements au niveau du squelette, une perte de la masse musculaire, des complications au niveau de l'oreille interne, et plus g&#233;n&#233;ralement des difficult&#233;s &#224; se d&#233;placer ou &#224; s'immobiliser. En 1975, une analyse des positions en micro-gravit&#233; est donc amorc&#233;e, et il en ressort une position qu'on juge id&#233;ale pour le corps humain dans ce type d'environnement, apr&#232;s des tests sur les corps de trois hommes am&#233;ricains. Un graphique a &#233;t&#233; produit &#224; l'issue de ces &#233;tudes, qui servira comme base pour le design de l'architecture des vaisseaux spatiaux, une sorte de modulor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Modulor est une notion architecturale mise au point par Le Corbusier &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cosmique qui fut utilis&#233; jusqu'en 2010&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit., p. 18.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les corps de trois hommes am&#233;ricains ont donc &#233;t&#233; la mesure, le centre, la base de plus de 45 ans de construction spatiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de rappeler une &#233;vidence : sur terre et dans l'espace, cette centralit&#233; de l'homme s'est construite au d&#233;triment d'&#234;tres non-humains. Pour permettre la conqu&#234;te de l'espace, de nombreux animaux ont servi de cobayes. Avant qu'un homme foule la lune, le premier astronaute eut un visage de chien. La&#239;ka, une chienne russe, fut lanc&#233;e en 1957 &#224; bord du vaisseau sovi&#233;tique &lt;i&gt;Spoutnik 2&lt;/i&gt;. Elle est morte quelques heures apr&#232;s son d&#233;collage, d&#233;shydrat&#233;e et br&#251;l&#233;e par les radiations, seule parmi les &#233;toiles. Pr&#232;s de 20 ans sont pass&#233;s avant que soient d&#233;clar&#233;es les vrais circonstances de sa mort, le gouvernement russe ne voulant pas ternir la narration h&#233;ro&#239;que du premier &#234;tre vivant envoy&#233; dans l'espace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sarah Bourgade (2021), &#171; Des animaux dans l'espace : un nouveau domaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#226;mes de singes, souris, chats et rats errent aujourd'hui dans le cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; il y a des formes de vie, il y a forc&#233;ment des improvisations, des d&#233;bordements. M&#234;me dans l'environnement contraignant et absolument r&#233;gl&#233; du vaisseau, les astronautes se r&#233;approprient parfois leur espace, et d&#233;rogent &#224; la planification spatiale du quotidien. Qu'on observe par exemple le simple acte de dormir. Nombreux sont les t&#233;moignages d'astronautes qui modifient l'usage ou la position de leur lit. Dans l'ouvrage de Sandra H&#228;uspik-Meusburguer, &lt;i&gt;Architecture for astronauts&lt;/i&gt;, l'auteure &#233;tudie notamment l'&#233;volution des espaces de sommeil dans la conception des vaisseaux spatiaux et la mani&#232;re dont les astronautes y dorment. On d&#233;couvre au fil des pages de nombreux d&#233;tournements : dans la station &lt;i&gt;Skylab&lt;/i&gt; de 1974, certains dorment &#224; l'envers pour garder de l'air dans leurs narines. L'astronaute Weitz ne dormait pas lui, dans le quartier avec les autres, mais dans le d&#244;me avant du vaisseau. Il d&#233;clare &#233;galement avoir des difficult&#233;s &#224; dormir suspendu contre le mur. Il pr&#233;f&#233;rait alors d&#233;tacher son lit de la paroi et le d&#233;placer dans le grand espace qui servait &#224; la fois de salle &#224; vivre et d'espace de travail. Dans cet endroit, il attachait alors son lit horizontalement au mur. Jerry Linenger, astronaute &#224; bord des missions &lt;i&gt;Discovery&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Atlantis&lt;/i&gt; d&#233;place son lit pour pouvoir dormir face &#224; un ventilateur afin de respirer de l'oxyg&#232;ne plus frais pendant qu'il dort. Jean Pierre Haigner&#233;, astronaute de l'ESA, d&#233;clare avoir chang&#233; son lit de place pour pouvoir &#234;tre face &#224; une fen&#234;tre et pouvoir observer la terre. Reinhold Ewald, qui a vol&#233; &#224; bord du vaisseau &lt;i&gt;Soyouz-TM25, &lt;/i&gt;dormait dans la pi&#232;ce du vaisseau avec les plus lourds &#233;quipements technologiques, qui opposent une barri&#232;re plus &#233;paisse que les parois du reste du vaisseau aux radiations pr&#233;sentes dans l'espace.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il dormait en accrochant son sac de couchage aux cordes utilis&#233;es par ses coll&#232;gues pour se d&#233;placer dans la station, immobilisant avec plus de stabilit&#233; son sac de couchage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de modifier leur position de sommeil ou l'emplacement de leur lit, certains personnalisent l'espace de la station. Dans les vaisseaux de &lt;i&gt;Salyut&lt;/i&gt;, il arrive que les astronautes attachent aux murs des photos de ceux et celles qu'ils aiment pr&#232;s de leurs lits, affirmant leur personnalit&#233; dans l'espace qui leur &#233;tait d&#233;di&#233; pour dormir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit. p. 116.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le besoin de faire d'un lieu son &lt;i&gt;chez-soi&lt;/i&gt; persiste m&#234;me au creux aseptis&#233; de la station spatiale. Lebedev, astronaute &#224; bord de &lt;i&gt;Salyut 7&lt;/i&gt; aimait prendre soin de ses orchid&#233;es, qu'il cultivait dans la station. Il d&#233;clarait qu'elles &#233;taient essentielles &#224; la vie dans l'espace, le plongeant dans un &#233;tat de contemplation et de d&#233;contraction. Ryumin appuie ses propos en affirmant que les plantes &#224; bord du vaisseau ne sont pas seulement utiles pour les exp&#233;riences scientifiques, mais &#233;galement pour apaiser l'&#233;quipage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B.J Bluth, Martha Helpie, Soviet Space Stations as analogs, 2nd, &#233;dit&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que notre analyse s'&#233;mancipe de celle de Silvia Federici, peut-&#234;tre par une certaine forme d'optimisme : l'humain ne peut jamais &#234;tre totalement soumis &#224; la discipline du travail, surgissent toujours des formes d'improvisation, de d&#233;bordement, sinon de r&#233;sistance. M&#234;me dans l'espace du vaisseau spatial, rien ne peut &#234;tre totalement pr&#233;visible, et parfois malgr&#233; m&#234;me la volont&#233; de l'astronaute. Entra&#238;n&#233; &#224; devenir un &#234;tre purifi&#233;, l&#233;ger, d&#233;nu&#233; de toute salet&#233; et de tout d&#233;sir, le corps de l'astronaute est pourtant bien un corps : imparfait et suant, incontr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neil Armstrong d&#233;clarait que les odeurs corporelles &#233;taient un gros probl&#232;me dans les stations spatiales. C'est un t&#233;moignage que l'on retrouve souvent en lisant les r&#233;cits des premiers astronautes, d&#251; &#224; la conception encore imparfaite des vaisseaux : &#224; la fin d'une mission, une odeur d'excr&#233;ments et d'urine en pourrissait l'air. Aujourd'hui, des ventilateurs permettent d'absorber constamment les mauvaises odeurs, mais un parfum rance de transpiration continue toujours d'envahir les espaces de travail. Et parfois, le syst&#232;me de contr&#244;le thermique tombe en panne, car rien n'est indestructible, et alors de lourds relents de moisissure envahissent la station. Valentin Lebedev t&#233;moigne qu'&#224; la fin d'une mission, la station n'est que d&#233;sordre et salet&#233;. Les &#233;quipements d&#233;bordent de partout, les objets errent al&#233;atoirement, les passages sont bouch&#233;s. Le probl&#232;me est que dans l'espace tout flotte : &#171; poussi&#232;re, morceaux de d&#233;chets, miettes de nourriture, gouttes de jus, caf&#233; et th&#233;. Tout finit suspendu dans la station, avec la plus grande partie incrust&#233;e sur les grilles d'admission des ventilateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lebedev Valentin, Diary of a cosmonaut &#8211; 211 days in Spaces, United States (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des astronautes affirment que pendant leur mission certains se lavent et d'autres non. Valery Ryumin se plaignait que les pr&#233;parations pour utiliser une douche en micro gravit&#233; occupait la moiti&#233; d'une journ&#233;e, ce qui expliquait que certains pr&#233;f&#232;rent s'en passer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit., p. 143.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jerry Linenger d&#233;clare dans son autobiographie avoir pass&#233; quant &#224; lui cinq mois sans se laver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jerry Linenger, Off the planet, surviving five perilous months aboard the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Il y aurait donc malgr&#233; tout, des astronautes sales et paresseux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, la r&#233;alit&#233; rattrape l'id&#233;alit&#233; du circuit ferm&#233; de la station. Les accidents sont partout, les fluides et les d&#233;chets envahissent les espaces de travail. Le corps r&#233;-&#233;merge, sale et triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici nous n'avons &#233;voqu&#233; que des incidents qui &#233;mergent dans l'int&#233;riorit&#233; du vaisseau, mais parfois c'est l'ext&#233;riorit&#233; qui fait effraction dans cet espace suppos&#233;ment opaque : les satellites et la recherche spatiale (dans une moindre mesure), g&#233;n&#232;rent boulons, fragments de ferrailles, carcasses de satellites qui cr&#233;ent un encombrement de l'orbite terrestre par une saturation de d&#233;bris. &#171; Selon l'ESA, on recense aujourd'hui plus de 36 000 objets de plus de dix centim&#232;tres en orbite, 1 millions entre 1 et 10 centim&#232;tres, et quelque 150 millions de fragments inf&#233;rieurs au centim&#232;tre, pour une masse totale de 9500 tonnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Pesquet, Etienne Klein, Eloges du d&#233;passement, &#233;dition Flammarion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En plus des micro-m&#233;t&#233;orites, ces d&#233;bris constituent une menace pour l'opacit&#233; du vaisseau, puisqu'&#224; la vitesse orbitale, un fragment de quelques millim&#232;tres peut percer ses parois. En 1964, c'est la foudre qui frappa la fus&#233;e Apollo 12 peu de temps apr&#232;s son d&#233;collage : le fantasme de fermeture totale, autant du vaisseau spatial ou comme m&#233;taphore du monde tel que certains voudraient nous le faire vivre aujourd'hui reste une utopie. Le corps et le vivant refont surface, ind&#233;termin&#233;s, impr&#233;visibles, le circuit d&#233;raille, les accidents s'insinuent dans le r&#233;seau et le d&#233;font sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisa Marie Nowak &#233;tait la figure id&#233;ale de l'astronaute. N&#233;e &#224; Rockville dans le Maryland, elle &#233;tait passionn&#233;e depuis ses six ans par l'histoire de la conqu&#234;te spatiale, &#233;merveill&#233;e par la vision des alunissages d'Apollo &#224; la t&#233;l&#233;vision. Ancienne pilote et capitaine de la Navy, elle avait ensuite int&#233;gr&#233; la NASA. Apr&#232;s avoir pass&#233; avec succ&#232;s les tests de personnalit&#233; et les durs entra&#238;nements, elle d&#233;colle pour la premi&#232;re fois dans l'espace le 4 juillet 2006, jour de la f&#234;te nationale am&#233;ricaine. Pendant sa mission de treize jours &#224; bord du vaisseau spatial Discovery, elle tombe follement amoureuse de son coll&#232;gue astronaute William Anthony Oefelein. D&#233;couvrant plus tard qu'il entretient une relation avec l'ing&#233;nieure de l'arm&#233;e de l'air am&#233;ricaine Colleen Shipman, elle d&#233;cide &#224; son retour sur terre de traquer cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 5 f&#233;vrier 2007, elle conduit les 1400 km qui s&#233;parent Houston de l'a&#233;roport d'Orlando pour intercepter l'ing&#233;nieure qui atterrissait l&#224;-bas d'un voyage en avion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corine Lesnes (2007), &#171; Une astronaute de la NASA accus&#233;e d'avoir voulu tuer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle porte des couches pour adultes afin de ne pas avoir &#224; interrompre son trajet, une pratique inspir&#233;e du port de couches par les astronautes pour les m&#234;mes raisons lors du d&#233;collage d'un vaisseau spatial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'a&#233;roport, elle traque Collen Shipman. Elle est &#233;quip&#233;e d'un fusil &#224; air comprim&#233;, d'un couteau, d'un spray de poivre incapacitant, de gants en caoutchouc, d'un maillet et de liens en plastique. Pour se camoufler, elle porte une perruque noire et des lunettes de soleil, raison pour laquelle Colleen Shipman ne tarde pas &#224; remarquer sa pr&#233;sence d&#233;tonante. Elle parvient pourtant &#224; la suivre jusque dans le parking souterrain de l'a&#233;roport, et s'introduit de force dans la voiture de l'ing&#233;nieure en la mena&#231;ant et l'attaquant avec du gaz lacrymog&#232;ne. Mais l'ing&#233;nieure r&#233;ussit &#224; prendre la fuite et appelle la police, apr&#232;s quoi Lisa Marie Nowak est rapidement ma&#238;tris&#233;e par les forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;e contre une caution de 25 000 dollars, l'astronaute condamn&#233;e pour tentative de meurtre s'en est sortie avec le port obligatoire d'un bracelet &#233;lectronique et l'interdiction de s'approcher de Collen Shipman. Ce fut la premi&#232;re astronaute qui fut limog&#233;e par la NASA, suivie ensuite par William Anthony Oefelein quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a retrouv&#233; dans la voiture de Lisa Marie Nowak des lettres d'amour adress&#233;e &#224; William Anthony Oefelein, ainsi qu'un disque dur contenant des photographies de sc&#232;nes de bondage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Associated Press (2007), &#171; Disk with bondage photos found in Nowak's car &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'astronaute &#233;choue &#224; devenir machine, il ne peut se r&#233;duire &#224; une pure et simple force de travail. Instruments d&#233;fectueux, les astronautes s'effondrent lorsqu'ils &#233;mergent de leur vaisseau et remarchent pour la premi&#232;re fois sur terre apr&#232;s une longue mission, car l'apesanteur et les radiations d&#233;truisent leur sang, leur chair, leurs os. Leurs corps s'&#233;chappent, s'autod&#233;truisent, leurs corps salissent et aiment. Et avec eux la logique circulaire du vaisseau explose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pilogue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1987 d&#233;bute la construction de Biosph&#232;re II, un vaste d&#244;me de m&#233;tal et de verre cens&#233; reproduire un syst&#232;me &#233;cologique artificiel clos dans le d&#233;sert de l'Arizona. Le projet &#233;merge &#224; l'initiative d'un groupe d'amis issus du mouvement hippie et est financ&#233; par un p&#233;trolier texan. Un des objectifs de Biosph&#232;re II est de sp&#233;culer sur la possibilit&#233; de futurs habitats martiens. Dans l'univers clos du d&#244;me ont &#233;t&#233; refabriqu&#233;s une for&#234;t tropicale, un mar&#233;cage, un oc&#233;an ainsi qu'un espace r&#233;serv&#233; &#224; l'agriculture et des appartements priv&#233;s pour les habitants. Ont &#233;galement &#233;t&#233; introduit une vari&#233;t&#233; des animaux et des insectes qui vivent normalement dans ces milieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de Biosph&#232;re II impliquait que les participants acceptent de vivre dans cette structure en autarcie totale, bien que leur exp&#233;rience fut fortement m&#233;diatis&#233;e. Le d&#244;me fut occup&#233; sur deux p&#233;riodes. La premi&#232;re d&#233;bute en 1991 et dure deux ans. D'abord prometteuse, l'exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le apr&#232;s quelques mois chaotique. Le niveau d'oxyg&#232;ne pr&#233;sent dans la biosph&#232;re diminue tellement que les habitants ne peuvent plus marcher sans s'effondrer. Leurs rapports se tendent, les disputes se multiplient. Les bact&#233;ries se propagent d&#233;mesur&#233;ment &#224; l'int&#233;rieur de l'espace ferm&#233; de la biosph&#232;re, pourrissant le sol et l'air. De nombreux animaux meurent &#224; cause de cet air vici&#233;, tandis que la for&#234;t tropicale s'&#233;tend. Les cafards et les nuisibles se multiplient, envahissant les espaces priv&#233;s des habitants. Pour sauver la mission, il fut finalement n&#233;cessaire d'introduire de l'oxyg&#232;ne dans l'atmosph&#232;re du d&#244;me, rendant son autonomie seulement th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me occupation de Biosph&#232;re II d&#233;bute en 1994 pour une dur&#233;e de 10 mois. L'exp&#233;rience s'effondre apr&#232;s que deux des sept habitants d&#233;cident le 4 avril &#224; 3 heures du matin de saboter le d&#244;me en d&#233;truisant une de ses parois et de s'enfuir dans le d&#233;sert de l'Arizona&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Alix (2009), &#171; Mal de l'air dans la biosph&#232;re &#187;, Lib&#233;ration, 14 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quittant pour toujours la solitude de sa structure de verre et d'acier et son atmosph&#232;re vici&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Romain Thomas (2021), &#171; Ces fonds qui misent sur la conqu&#234;te de l'espace &#187;, Le Monde, 6 Avril :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/argent/article/2021/12/06/ces-fonds-qui-misent-sur-la-conquete-de-l-espace_6104857_1657007.html#:~:text=Elon%20Musk%2C%20Jeff%20Bezos%2C%20Richard,la%20conqu&#234;te%20de%20l'espace.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ces fonds qui misent sur la conqu&#234;te de l'espace (lemonde.fr)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silvia Federici, &lt;i&gt;Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt;, Editions Divergences, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haytham el Wardany, &lt;i&gt;The Book of sleep&lt;/i&gt;, Editions Seagull Books London Ltd, Londres, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silvia Federici, &lt;i&gt;opus.cit&lt;/i&gt;, p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;The Pornhub Team, 2015, &#171; Sexploration &#187;, Indiegogo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.indiegogo.com/projects/pornhub-space-program-sexploration#/&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Indiegogo&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pornhub Space Program - SEXPLORATION&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silvia Federici, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silvia Federici, op.cit., 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Danielle B.Wagner (2017), &#171; LDS Astronaut's shares what it's like taking the sacrament in space &#187;, LDS Living, 7 juillet, (traduction personnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ldsliving.com/lds-astronaut-shares-what-its-like-taking-the-sacrament-in-space/s/83295&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LDS Astronaut Shares What It's Like Taking the Sacrament in Space - LDS Living&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, &lt;i&gt;Comment quitter la terre ?&lt;/i&gt; &#201;dition HEAD-Publishing dans la collection Manifestes, Gen&#232;ve, 2020, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, &lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, &lt;i&gt;Architecture for Astronauts, An Activity-based Approach,&lt;/i&gt; &#201;ditions Springer, Wien NewYork, Allemagne, 2011, p. 102&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, &lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt; page 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon, op.cit, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lydia Kallipoliti, &lt;i&gt;The architecture of closed worlds&lt;/i&gt;, Lars M&#252;ller Publishers, Z&#252;rich, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Modulor est une notion architecturale mise au point par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Corbusier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Corbusier&lt;/a&gt; &#224; partir de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/1943&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1943&lt;/a&gt;. Il est d&#233;fini par une silhouette humaine standardis&#233;e servant &#224; concevoir la structure et la taille des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Unit&#233;_d'habitation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;unit&#233;s d'habitation&lt;/a&gt; dessin&#233;es par l'architecte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit., p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sarah Bourgade (2021), &#171; Des animaux dans l'espace : un nouveau domaine d'exp&#233;riences depuis 1950 &#187;, Acad&#233;mie de Clermont-Ferrand, 8 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://mediascol.ac-clermont.fr/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay/2021/12/08/des-animaux-dans-lespace-un-nouveau-domaine-dexperiences-depuis-1950/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des animaux dans l'espace : un nouveau domaine d'exp&#233;riences depuis 1950 (ac-clermont.fr)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit. p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B.J Bluth, Martha Helpie, &lt;i&gt;Soviet Space Stations as analogs, 2nd,&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#233;dit&#233; par la NASA en 1986 &#224; Washington, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lebedev Valentin, &lt;i&gt;Diary of a cosmonaut &#8211; 211 days in Spaces,&lt;/i&gt; United States and Canada : Bantam Air &amp; Spaces Series, volume 4, Virginie, 1990, p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra H&#228;uplik-Meusburger, op.cit., p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jerry Linenger, &lt;i&gt;Off the planet, surviving five perilous months aboard the space station MIR, &lt;/i&gt;Editions McGraw-Hill, USA, 2000, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Pesquet, Etienne Klein,&lt;i&gt; Eloges du d&#233;passement&lt;/i&gt;, &#233;dition Flammarion, Paris, 2025, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corine Lesnes (2007), &#171; Une astronaute de la NASA accus&#233;e d'avoir voulu tuer une rivale &#187;, Le Monde, 7 F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2007/02/07/une-astronaute-de-la-nasa-accusee-d-avoir-voulu-tuer-une-rivale_864540_3222.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une astronaute de la NASA accus&#233;e d'avoir voulu tuer une rivale (lemonde.fr)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Associated Press (2007), &#171; Disk with bondage photos found in Nowak's car &#187;, CTV News, 10 April.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ctvnews.ca/disk-with-bondage-photos-found-in-nowak-s-car-1.236770&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;CTV News&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disk with bondage photos found in Nowak's car&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Alix (2009), &#171; Mal de l'air dans la biosph&#232;re &#187;, Lib&#233;ration, 14 ao&#251;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/culture/2009/08/14/mal-de-l-air-dans-la-biosphere_575915/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mal de l'air dans la Biosph&#232;re &#8211; Lib&#233;ration (liberation.fr)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La normalit&#233; va craquer</title>
		<link>https://trounoir.org/La-normalite-va-craquer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/La-normalite-va-craquer</guid>
		<dc:date>2026-01-11T22:50:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>
		<dc:subject>homonationalisme</dc:subject>
		<dc:subject>normalit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De quoi la r&#233;publicanisme LGBT est-il le nom ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mickael-Tempete-+" rel="tag"&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-homonationalisme-+" rel="tag"&gt;homonationalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-normalite-+" rel="tag"&gt;normalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/flux_dev_in_the_style_of_francis_bacon_a_haunting_and_twisted__0.jpg?1766163967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article tente de cerner les implications et les cons&#233;quences politiques des discours r&#233;publicanistes LGBT en p&#233;riode de durcissement s&#233;curitaire. Au c&#339;ur de son analyse, se trouvent le collectif Fiert&#233;s Citoyennes, sorte d'&#233;manation LGBT du Printemps R&#233;publicain, mais aussi Caroline Fourest, le macronisme et la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agira moins ici de montrer en quoi leurs id&#233;es sont trompeuses &#8211; car elles le sont &#8211; mais de comprendre ce que cela dit de la normalit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est issu de la partie varia de &lt;i&gt;Trou Noir #4 Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre&lt;/i&gt;, vous pouvez &lt;a href='https://trounoir.org/Trou Noir #4 Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre'&gt;commander le num&#233;ro sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Relevant leurs jupes de mensonge, &lt;br class='autobr' /&gt;
les grosses molles r&#233;publiques &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;signent comme des puits de v&#233;rit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
au fond des for&#234;ts publiques &lt;br class='autobr' /&gt;
leurs trous &#224; virginit&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
puis disent : tiens prends mon pouvoir public. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles parlent &#224; ceux dont le sang est poussi&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
la verge, un tire-bouchon philanthropique &lt;br class='autobr' /&gt;
et les couilles, deux pauvres lampions &lt;br class='autobr' /&gt;
ramass&#233;s dans les poubelles du lib&#233;ralisme, &lt;br class='autobr' /&gt;
un lendemain de quatorze juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Crevel, &lt;i&gt;La R&#233;publique des Professeurs&lt;/i&gt;, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Dans la grande messe de normalisation des conduites, voil&#224; qu'entre en sc&#232;ne les r&#233;publicanistes LGBT, une bande de CSP+ drap&#233;e dans l'universalisme occidental, cette vieille lune dont la lumi&#232;re blafarde &#233;claire surtout les couloirs des minist&#232;res et les visages des &#233;ditorialistes de salon. Une association en particulier, Fiert&#233;s Citoyennes (FC), a retenu mon attention. N&#233;e des &#233;mois num&#233;riques et des indignations t&#233;l&#233;vis&#233;es, elle n'a rien invent&#233;. Elle recycle, &#224; la mani&#232;re de ses a&#238;n&#233;s du Printemps R&#233;publicain, la vieille rh&#233;torique de la majorit&#233; silencieuse flou&#233;e par des minorit&#233;s trop bruyantes, hyst&#233;riques, id&#233;ologiques. Son Dieu ? La R&#233;publique fa&#231;on De Gaulle au pays des Alg&#233;riens. Ses pri&#232;res favorites ? Le tweet cynique, la tribune outr&#233;e, la table ronde entre amis. Tout se passe comme si Caroline Fourest, celle qui a d&#233;blay&#233; le chemin, &#233;tait en passe de devenir un mod&#232;le d'&#233;mancipation homosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'association trouve son origine dans la r&#233;action &#224; un triste fait divers survenu le 30 septembre 2021 : Yanis, 17 ans, subit insultes et tabassages par deux autres jeunes eux aussi mineurs dans un parc de Montgeron en Essonne, en raison de son orientation sexuelle suppos&#233;e. Ce r&#233;cit, qui aurait pu stagner longtemps dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, a &#233;t&#233; rendu viral par la circulation d'une vid&#233;o de l'agression sur les r&#233;seaux sociaux et par le t&#233;moignage de la victime &#224; l'&#233;mission de Cyril Hanouna sur C8. Arnaud Abel, responsable financier au minist&#232;re de la Justice et actuel pr&#233;sident de FC, trouve alors scandaleux que des militants de gauche rappellent qu'il ne faut pas succomber &#224; une lecture islamophobe de cette affaire o&#249; les coupables sont racis&#233;s. Il publie un tweet pour appeler celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce militantisme qu'il nomme &#171; intersectionnel &#187; et &#224; cr&#233;er un groupe. La rh&#233;torique est en place, il s'agit d'opposer les repr&#233;sentants des associations LGBT+ &#224; une suppos&#233;e &#171; majorit&#233; silencieuse &#187; qui ne se sent pas repr&#233;sent&#233;e par elles. C'est ici que na&#238;t Fiert&#233;s Citoyennes : dans la matrice r&#233;active et &#233;motionnelle des r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#192; cet &#233;gard, Arnaud Abel d&#233;finit ce qui va servir de paradigme au r&#233;publicanisme LGBT : la gauche radicale nie l'&#171; homophobie end&#233;mique &#187; qui s&#233;virait dans &#171; les banlieues et au-del&#224; &#187;. S'ils restent encore des scientifiques hygi&#233;nistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Les hygi&#233;nistes &#233;taient un courant de la m&#233;decine du XIXe si&#232;cle qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils appr&#233;cieront certainement la formule &#233;pid&#233;miologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le 27 octobre 2023 &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; publie une tribune de FC sous le titre &#171; LGBT pro-Hamas : autant dire &#034;les dindes votent pour No&#235;l&#034; &#187; dans laquelle le collectif s'en prend ouvertement aux prises de position en faveur du peuple palestinien par le militantisme queer radical. Ils les qualifient de &#171; chicken for KFC &#187;, les comparant ainsi &#224; du b&#233;tail atteint du syndrome de Stockholm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Quelques mois plus tard, ils organisent une journ&#233;e de tables rondes autour de la th&#233;matique &#171; Universalisme et militantisme LGBT+ &#187; dans la Mairie du 3e arrondissement de Paris. &#201;taient convi&#233;s pour y participer : Norah Bussigny (pigiste au Point et autrice des Nouveaux Inquisiteurs), Fr&#233;d&#233;ric Martel (France Culture), Marie Cau (ex-mairesse), Thomas Vampouille (T&#234;tu), Olivier Klein (DILCRAH), Ir&#232;ne Th&#233;ry (sociologue proche du PS), Val&#233;rie Kokoszka (&#171; philosophe &#187; &#171; universaliste &#187;), Jean-Marc Berthon (Ambassadeur aux droits LGBT). Ainsi que des membres de FC : Arnaud Abel, Alexis Buixan, Victor Galarraga-Oropeza et Matthieu Gatipon-Bachette. Pendant une demi-journ&#233;e les diff&#233;rent&#183;es participant&#183;es ont pu s'exprimer largement sur les &#171; d&#233;rives &#187; de l'extr&#234;me-gauche et sur son &#171; antis&#233;mitisme latent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le tableau &#233;tait tout &#224; fait charmant, dans ce d&#233;cor de moulures patin&#233;es or et de grands lustres, le public d'une trentaine de personnes &#224; tout casser (dont quelques membres du Printemps R&#233;publicain de Sciences Po Paris) pouvait notamment &#233;couter le d&#233;bat intitul&#233; &#171; La lutte pour les droits LGBT est-elle soluble dans l'universalisme ? &#187;. C'est Norah Bussigny, la &lt;i&gt;bestie &lt;/i&gt; de FC, qui mod&#232;re et introduit ; elle commence par une d&#233;finition du Larousse de l'intersectionnalit&#233;, elle parle de la Marche des fiert&#233;s de Lyon (Fiert&#233;s en lutte) et du &#171; probl&#232;me &#187; de la non-mixit&#233; choisie ainsi que de l'exclusion de l'association des flics LGBT (FLAG). Elle aborde ensuite le rassemblement &#171; Riposte trans &#187; du 5 mai 2024 contre l'offensive transphobe, et ne manque pas de souligner que deux orgas &#224; la t&#234;te de cet &#233;v&#233;nement (R&#233;volution Permanente et du Pain et des Roses) sont &#171; accus&#233;es d'antis&#233;mitisme &#187;, bien entendu sans apporter de preuves, comme &#231;a, &#224; la l&#233;g&#232;re, avec le m&#234;me prosa&#239;sme d'un serveur qui d&#233;taillerait un menu dans un restaurant &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Et l&#224;, c'est le clash. Enfin, on va pouvoir un peu se marrer. Un militant d'Act Up l'interrompt bruyamment pour lui demander des preuves. Et il s'entend dire, par une voix un peu nerveuse : &#171; Est-ce que vous pouvez sortir ? Vous d&#233;rangez tout le monde. Sortez ! &#187;. Victor, un des membres de FC, &#233;ructe et menace d'aller chercher la s&#233;curit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a finira par se calmer, apr&#232;s que les darons de FC aient intim&#233; l'ordre de parler sur un autre ton, non sans une pointe de sarcasme et d'infantilisation. S'en suit une bonne heure de discours contre le militantisme queer, les indig&#233;nistes et certaines figures de la th&#233;orie queer fran&#231;aise comme Sam Bourcier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Marie Cau, la premi&#232;re maire de France &#224; se d&#233;clarer trans, r&#233;agit &#224; l'usage de l'intersectionnalit&#233; par les groupes militants d'extr&#234;me gauche : &#171; Le probl&#232;me c'est que comme l'extr&#234;me gauche se d&#233;veloppe, &#231;a stimule l'extr&#234;me droite, et vice-versa. (&#8230;) Nous sommes devenus la cible de tout le monde y compris dans le conflit isra&#233;lo-palestinien. Qu'est-ce qu'on vient foutre l&#224;-dedans ?! (rires dans la salle). Cette politisation marxiste pour remettre en cause notre syst&#232;me de valeurs universalistes, de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de fraternit&#233;. Moi je ne veux pas changer le syst&#232;me, je veux l'am&#233;liorer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Alexis Buixan, le juriste de FC, d&#233;clare &#224; propos du rassemblement Riposte trans : &#171; Dans ce genre de manifestation, il y a un discours tr&#232;s anti-&#201;tat, anti-gouvernement, et je pense que c'est parce que&#8230; alors c'est une hypoth&#232;se que je soumets au d&#233;bat... Je crois que dans la culture militante LGBT il n'y pas eu de mue culturelle. On n'est un peu rest&#233; &#224; l'&#233;poque d'Act up. C'est frapp&#233; d'une sorte d'anti-juridisme, d'anti-&#233;tatisme, d'anti-pouvoir. Et d'ailleurs c'est tr&#232;s symptomatique, ceux qui pensent le militantisme d'un point de vue acad&#233;mique sont surtout Sam Bourcier et Geoffroy de Lagasnerie qui sont inspir&#233;s d'une lecture bourdieusienne et foucaldienne, avec une critique de l'&#201;tat qui est forc&#233;ment dominant, qui n'&#233;mancipe jamais, qui met les gens en prison, que le droit c'est l'&#339;uvre des dominants. (&#8230;) Alors que les Am&#233;ricains, &#231;a fait tr&#232;s longtemps qu'ils ont compris que pour d&#233;fendre les droits et les libert&#233;s c'&#233;tait par le Juge, par le Droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Dans une tribune publi&#233;e dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Alexis Buixan, &#171; La dissolution ne r&#233;soudra en rien la d&#233;t&#233;rioration des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Alexis Buixan r&#233;agit &#224; la dissolution parlementaire par Macron. Il regrette l'incapacit&#233; du parlementarisme fran&#231;ais &#224; composer avec un gouvernement d&#233;pourvu de majorit&#233; absolue : &#171; les m&#339;urs parlementaires doivent s'adapter &#224; la formule gouvernementale, fusse-t-elle atypique &#187;. Apr&#232;s avoir accus&#233; la France Insoumise d'avoir offert une caisse de r&#233;sonance dans l'Assembl&#233;e nationale &#224; la violence qui traverse la soci&#233;t&#233;, il propose de prendre le Parlement danois comme id&#233;al politique symbolique. En effet, le Danemark, monarchie constitutionnelle organis&#233;e sous la forme d'un r&#233;gime parlementaire, est r&#233;guli&#232;rement pris comme mod&#232;le de d&#233;mocratie lib&#233;rale aboutie en maintenant un &#233;quilibre parfait entre l'&#201;tat, l'autorit&#233; de la loi et la responsabilit&#233; politique des gouvernants. Ce r&#234;ve d'ordre par la stabilit&#233; politique est celui d'un parti mod&#233;r&#233; unique en paix avec ses extr&#234;mes qui r&#232;gle les tensions communautaires du pays par une forme de consensus. Mais un consensus contre qui ? Ainsi au Danemark, pays qui repose sur une tradition protestante de responsabilit&#233; collective, le consensus en mati&#232;re de politique migratoire est d'avoir adopt&#233; une des politiques les plus restrictives et brutales dans l'Union europ&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Cela consiste &#224; limiter le regroupement familial, r&#233;duire les aides (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le conformisme et l'homog&#233;n&#233;isation des consciences qui transforment le peuple en une vaste classe moyenne indiff&#233;renci&#233;e et docile sont les &#233;l&#233;ments constitutifs d'une politique que le r&#233;publicanisme LGBT prend pour mod&#232;le. C'est pourquoi FC adh&#232;re compl&#232;tement aux r&#233;formes r&#233;centes de la la&#239;cit&#233; dont le but est d'int&#233;rioriser individuellement cette r&#232;gle qui incombe &#224; l'&#201;tat ; il y va d'un durcissement des institutions &#224; travers l'incorporation des valeurs r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Il y aurait &#233;norm&#233;ment de choses &#224; dire sur cette table ronde, mais je me contenterai de finir avec ces propos de Fr&#233;d&#233;ric Martel car ils sont symptomatiques de cette s&#233;curisation de la normalit&#233; dont je voudrais parler, le trait commun &#224; tous les participants de ces tables rondes, la d&#233;fense d'une position capitaliste de l'homosexualit&#233;, ou en tout cas qui associe la normalit&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; &#233;conomique et physique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris dans mon parcours politique, &#231;a va peut-&#234;tre vous choquer que je vous dise &#231;a, que le militant gay ce serait forc&#233;ment quelqu'un de gauche, ce que je suis, et qu'un gay &#231;a doit &#234;tre dans l'agit prop, actupien, dans la critique de la soci&#233;t&#233;, et bien c'est pas vrai. Il y a &#231;a, et c'est tr&#232;s bien. Il se trouve qu'il y a beaucoup de gays de droite, il y en a &#233;galement au Rassemblement National. Il faut parfois sortir de l'id&#233;e que le militantisme &#231;a doit &#234;tre de gauche, que c'est forc&#233;ment de remettre en cause l'ordre bourgeois, l'ordre moral, la famille. Ma g&#233;n&#233;ration a prouv&#233; que les gays voulaient la famille. Est-ce qu'ils veulent un autre type de famille ? Certains oui, d'autres non. Il y en a m&#234;me qui veulent acheter leur frigo, en commun en payant des traites. M&#234;me chose pour la police, FLAG moi je ne les connais pas trop, je les aime plus ou moins, enfin quand j'ai &#233;t&#233; victime de discrimination, de violence, je suis all&#233; au commissariat de police, c'est la police qui m'a prot&#233;g&#233;, enfin prot&#233;g&#233;&#8230; en tout cas qui a re&#231;u ma plainte. Quand on est maltrait&#233; en tant que juif, que musulman, que catholique, qu'une mosqu&#233;e ou qu'une synagogue est br&#251;l&#233;e, c'est la police qui nous prot&#232;ge. Donc emp&#234;cher des gens de FLAG d'une association LGBT &#231;a n'a pas beaucoup de sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/frigogo.jpg?1768060195' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;La s&#233;curit&#233; selon Fr&#233;d&#233;ric Martel.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;14. Cette nouvelle normalisation est une mutation de celle d&#233;fendue par le Parti socialiste &#224; la fin des ann&#233;es 1990 et au d&#233;but des ann&#233;es 2000, l'&#232;re de Caroline Fourest &#224; la pr&#233;sidence du Centre LGBT de Paris, des logos pixelis&#233;s aux couleurs de l'arc-en-ciel, de la fiert&#233; dans toutes les bouches, fiert&#233; d'&#234;tre parvenus &#224; prouver leur valeur et leur respectabilit&#233;. C'est durant cette p&#233;riode que le mouvement LGBT s'institutionnalisa &#224; grande vitesse en incorporant les notions d'universalisme et de R&#233;publique dans leurs discours. Ces notions avaient permis de quitter les rives de la subversion fa&#231;on Act Up pour s'engager dans la voie du r&#233;formisme fa&#231;on Parti socialiste. Ce ne sont pas seulement les contenus de ces discours qui vont se normaliser, mais aussi les mani&#232;res de parler et de s'adresser &#224; un public : les militant&#183;es en col&#232;re et violent&#183;es doivent laisser leur place &#224; des communicants aguerris aux m&#233;dias et aux politicien&#183;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001, l'&#232;re de l'innocence du mouvement LGBT allait d&#233;finitivement prendre fin, au moment o&#249; cet universalisme tant d&#233;fendu devenait en France le principal &#171; bouclier &#187; contre le fondamentalisme islamique. Ce discours immunitaire contre &#171; tous les fascismes &#187; pouvait enfin quitter ses petits laboratoires de la gauche associative pour devenir majoritaire dans le discours m&#233;diatique. Le parcours de Caroline Fourest&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Pour un portrait plus approfondi du cheminement politique de Caroline (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a fait qu'impulser et suivre cette tendance qui d&#233;bouchera plus tard sur la formation de Fiert&#233;s Citoyennes. Certes, elle ne fait pas partie de cette association, mais, comme on le verra, tout concorde en termes de discours id&#233;ologique sur l'universalisme et le r&#233;publicanisme ; pour eux l'ennemi c'est l'int&#233;grisme, l'instrumentalisation du politique &#224; des fins liberticides, antir&#233;publicaines et antila&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Cette la&#239;cit&#233; en question est celle revue et corrig&#233;e en 2003 lors des d&#233;bats sur la loi interdisant le port des signes religieux ostensibles dans les &#233;tablissements scolaires (et surtout le voile islamique). Cette loi a produit une rupture fondamentale dans la normalit&#233; r&#233;publicaine, celle-ci n'est plus seulement un devoir qui incombe &#224; l'&#201;tat, mais &#224; l'ensemble des citoyen&#183;nes fran&#231;ais&#183;es ; et quiconque d&#233;rogera &#224; cette r&#232;gle sera per&#231;u &lt;i&gt;en m&#234;me temps &lt;/i&gt; en victime et en militant&#183;e de l'int&#233;grisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Aujourd'hui, une nouvelle g&#233;n&#233;ration, plus jeune, plus queer, plus woke aussi, a pris le relais des institutions LGBT apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de morne mobilisation. C'est en r&#233;action &#224; cette prise du pouvoir, ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis, une r&#233;action &#224; l'impossibilit&#233; de faire partager des principes de souverainet&#233; culturelle aux domin&#233;&#183;es, que FC sort sa petite matraque en plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Dans leur tribune fondatrice, FC pr&#233;sente sa mission : &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits des personnes LGBTI et la lutte contre les discriminations et les violences dont ces derni&#232;res sont victimes &#187;. Voil&#224;, c'est &#224; peu pr&#232;s ce qu'on met tous dans nos dossiers de subvention pour obtenir du fric et de l'attention. Cette lutte s'inscrivant &#171; dans le cadre de l'universalisme r&#233;publicain et des principes de la&#239;cit&#233;, d'&#233;galit&#233; et de solidarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ils estiment que &#171; s'en prendre aux personnes LGBT en raison de leur orientation amoureuse, sexuelle ou de genre, c'est s'en prendre aux valeurs de la R&#233;publique &#187;. C'est le principe fondamental du droit fran&#231;ais : pour qu'une personne victime de violence soit reconnue en tant que telle, il faut que par elle la R&#233;publique se sente attaqu&#233;e. Autrement dit, il y a toujours deux victimes, sinon aucune : l'individu et la R&#233;publique. Leur cadre est celui de l'int&#233;gration de chaque individu LGBT+ &#224; ce signifiant flottant qu'est le &#171; pacte r&#233;publicain &#187;. Dans ce cadre, toutes les formes de communaut&#233; doivent se soumettre &#224; une communaut&#233; plus grande et plus g&#233;n&#233;reuse que toutes les autres : la R&#233;publique, madame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. FC ne serait rien sans cette vieille lune lib&#233;rale post Seconde Guerre mondiale, devenue le fond de commerce de l'association Homosexualit&#233; et Socialisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Voir Hugo Bouvard, &#171; Homosexuel&#183;le&#183;s et socialistes. Constitution d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1990, arguant que l'extr&#234;me gauche radicale et l'extr&#234;me droite fasciste sont les deux faces de la m&#234;me pi&#232;ce, et que le seul bouclier contre la haine c'est l'unit&#233; derri&#232;re un front r&#233;publicain universaliste. FC se contente aujourd'hui de reprendre cette m&#234;me rh&#233;torique &#224; la faveur d'un contexte d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus militaris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Comme le Printemps R&#233;publicain, les attentats du 13-Novembre et de Charlie Hebdo sont sa matrice. La d&#233;cennie qui s'ouvre a largement pu s'appuyer sur la fen&#234;tre ouverte par l'ambiance parano&#239;aque des plans Vigipirate, la surveillance de tous par tous, le flicage des intentions, l'incorporation des valeurs r&#233;publicaines, le retour de l'hypoth&#232;se r&#233;pressive et l'enclenchement d'une islamophobie d'&#201;tat sous couvert de la lutte contre le terrorisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. En r&#233;alit&#233;, Fiert&#233;s Citoyennes, n'est que le sympt&#244;me anecdotique et pitoyable d'un malaise plus profond et plus grave au sein du militantisme LGBT mainstream : son incapacit&#233; &#224; se constituer comme une communaut&#233; politique affrontant la fascisation de la soci&#233;t&#233;. Certes, il n'y a rien de nouveau &#224; ce que des homos &#233;pousent le conformisme national, en revanche, la normalisation gay est en train de franchir une nouvelle &#233;tape : plus brutale et plus s&#233;curitaire mais aussi plus illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. La petite bourgeoisie gay militante des ann&#233;es 1990 est donc de retour, moins nombreuse certes, mais plus brutale dans son discours. Dans leur tribune fondatrice, ils identifient pr&#233;cis&#233;ment deux menaces qui planent sur le progressisme LGBT : &#171; l'expression de la haine anti-LGBT qui malheureusement perdure et, en miroir, la radicalisation d'une minorit&#233; issue de cette vaste communaut&#233;, s&#233;duite par les id&#233;ologies identitaires et victimaires qui s'opposent &#224; notre mod&#232;le r&#233;publicain. &#187; La rh&#233;torique de la majorit&#233; silencieuse soucieuse d'ordre et de statu quo subissant les pressions d'un petit groupe d'agitateurs est pos&#233;e. Cet argument n'est pas politiquement innocent, il est r&#233;guli&#232;rement brandi par les pr&#233;sidents ou gouvernements fran&#231;ais pour s'en prendre aux diff&#233;rents mouvements sociaux : De Gaulle face &#224; la r&#233;volte de Mai 68, Dominique de Villepin face au mouvement &#233;tudiant contre le CPE, Nicolas Sarkozy face &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Guyane et aux Antilles fran&#231;aises en 2009. Bref, un argument-rapace pour exprimer l'opinion que la majorit&#233; du pays est favorable aux id&#233;es d'ordre, de s&#233;curit&#233;, de propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; et pour que cette &#171; majorit&#233; &#187; obtienne un label de l&#233;gitimit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Tout en s'inscrivant dans une tendance lib&#233;rale en termes de m&#339;urs, ils estiment qu'une chose est d'&#233;changer des id&#233;es librement, et une autre est d'imposer des id&#233;ologies per&#231;ues comme militantes ou dogmatiques. Vous vous souvenez du temps o&#249; Bertrand Delano&#235; &#233;tait l'&#233;g&#233;rie gay du Parti socialiste ? O&#249; Didier Eribon souhaitait en &#234;tre la figure intellectuelle, mais qu'on a eu Ir&#232;ne Th&#233;ry &#224; la place ? Homosexualit&#233; et Socialisme tentait aussi de pacifier les marges militantes au sein de l'Inter LGBT et de les orienter vers une politique r&#233;formiste. C'&#233;tait d&#233;j&#224; violent de normalit&#233; &#224; l'&#233;poque, mais c'&#233;tait &#231;a les d&#233;buts du r&#233;publicanisme LGBT, une promesse ouverte par la gauche capitaliste, qui a inclus des associations comme FLAG, Gay Lib et L'Autre Cercle dans la danse lib&#233;rale LGBT. Assez naturellement, les entreprises telles que Mastercard, Airbus ou La Mie C&#226;line ont pr&#233;tendu participer &#224; la &#171; lutte &#187; en sponsorisant les Marches des fiert&#233;s. Roselyne Bachelot, ministre dans les gouvernements de Fillon, Raffarin et Castex, est m&#234;me devenue une des &#233;g&#233;ries des droitards homosexuels, &#224; telle point qu'elle en nourrit les pr&#233;ceptes de nos &#171; rentiers des Lumi&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Expression formul&#233;e par Isabelle Stengers dans Au temps des catastrophes. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui dans leur charte entendent d&#233;fendre,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;un militantisme qui a pour ambition principale de construire et d'avancer sur un &lt;i&gt;chemin commun &lt;/i&gt; (je souligne) et, pour paraphraser la conclusion du discours de Roselyne Bachelot du 7 novembre 1998, lors du vote du PACS, pour que chacune et chacun puisse occuper toute la place qu'il ou elle m&#233;rite au sein de cette communaut&#233; qui se situe au-dessus de toutes les autres : la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;25. Leur grille de lecture peut tenir en un hashtag : #TenailleIdentitaire. Ils expliquent la mont&#233;e en puissance des extr&#234;mes droites comme une pure r&#233;action aux passions identitaires du militantisme queer radical et de l'Islam radical. Cette expression est un legs de Laurent Bouvet et Gilles Clavreul, cofondateurs du Printemps R&#233;publicain. On nage dans l'abstraction la plus totale et la plus absurde, mais on commence alors &#224; comprendre qu'il s'agit de la poursuite de l'antimarxisme du 20&#232;me si&#232;cle. Voil&#224; comment il faudrait comprendre que la majorit&#233; des attaques de FC se portent contre l'extr&#234;me gauche radicale plut&#244;t que contre l'extr&#234;me droite : la premi&#232;re serait la raison d'exister de la seconde, et qu'en combattant la premi&#232;re (marxiste) on mettrait fin &#224; la seconde (fasciste). L'insistance, dans leur vocabulaire, de r&#233;f&#233;rences &#224; la folie ou l'all&#233;geance, trahit un d&#233;ni de reconnaissance d'agentivit&#233; et d'autonomie politique aux groupes militants d'extr&#234;me gauche et anarchistes. En l'esp&#232;ce, le discours r&#233;publicaniste LGBT est une normativit&#233; pr&#233;datrice socialis&#233;e, en chasse de tout ce qui perturbe l'id&#233;al lib&#233;ral, il n'a aucun souci de v&#233;rit&#233; (les approximations et les amalgames sont m&#234;me appr&#233;ci&#233;s), seuls les r&#233;sultats comptent. Leur &lt;i&gt;bestie&lt;/i&gt; Nora Bussigny en fait sa m&#233;thode de &#034;journalisme&#034;, essentiellement bas&#233;e sur du ressenti et une empathie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Le monde n'est pour eux qu'un vaste tissu nerveux o&#249; les politiques &#171; extr&#233;mistes &#187; s'&#233;lectrisent les unes les autres. Pendant ce temps, les partis politiques qui ont d&#233;j&#224; eu acc&#232;s au pouvoir (PS, R&#233;publicains, Renaissance) et qui arment les guerres en cours n'auraient qu'un r&#244;le superflu dans le renforcement du fascisme. Cette d&#233;politisation a pour but de rendre illisibles les r&#244;les de la colonisation et des rapports de classe dans les &#233;v&#233;nements actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Cet id&#233;al lib&#233;ral qu'ils d&#233;fendent ne saurait &#234;tre soutenu que par la consolidation d'un bloc central &#224; la t&#234;te du pays. Ce bloc est essentiellement constitu&#233;, non seulement d'une figure souveraine (le pr&#233;sident omnipotent), mais aussi et surtout, c'est ce qui fait la caract&#233;ristique de nos militants de la raison, de personnalit&#233;s qui tournent autour du pouvoir. Ainsi, dans une corrida, si le matador concentre &#224; lui seul toute l'aura de puissance divine en achevant le taureau, ce sont bien les &lt;i&gt;peones&lt;/i&gt;, les toreros subalternes, qui plantent les premi&#232;res banderilles dans l'animal et qui le pr&#233;parent &#224; l'an&#233;antissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. En r&#233;alit&#233;, il ne s'agit pas vraiment d'une nouvelle normalit&#233;, mais d'une nouvelle phase historique de celle-ci : nous entrons dans la phase s&#233;curitaire de la normalit&#233; homosexuelle, o&#249; on permet aux domin&#233;s de devenir des dominants. Elle n'est pas nouvelle dans la mesure o&#249; les bases &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans le discours progressiste des ann&#233;es 1990-2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;On pourrait m&#234;me remonter plus loin, au club Arcadie d'Andr&#233; Baudry &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais la phase s&#233;curitaire de la normalisation apporte une modification cruciale dans son objectif politique : il ne s'agit plus seulement de normaliser l'Autre, mais de l'effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Comme tout pays occidental qui se respecte, pour partir en guerre il faut faire reposer sur l'Autre l'ouverture des hostilit&#233;s. Parce que la la&#239;cit&#233; et la R&#233;publique sont attaqu&#233;es, il faut constituer une d&#233;fense strat&#233;gique en r&#233;armant id&#233;ologiquement ces id&#233;aux fran&#231;ais et en musclant la loi qui les encadre. Plus pr&#233;cis&#233;ment, FC pr&#233;conise de brandir la la&#239;cit&#233; comme rempart (arme d&#233;fensive) face &#224; l'&#171; obscurantisme &#187; qui gangr&#232;nerait notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. &#171; Chicken 4 KFC &#187;, animalisation des militants, tout ce vocabulaire &#233;voque la dimension industrielle du g&#233;nocide. &#192; l'abattoir, les animaux sont compartiment&#233;s en masse, &#233;voluant dans un espace fl&#233;ch&#233; et unidirectionnel, et cette image mentale permet d'assouvir par le rire l'&#233;ventualit&#233; d'un abattage en s&#233;rie de ces militants. La logique exterminatrice impr&#232;gne ce langage et par ce langage cynique impose une marque visible sur la chair dissidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Ils se revendiquent &#171; militants de la raison &#187; et pour eux la chair dissidente est folle, forceuse, contre-nature, fanatique, aveugl&#233;e par ses passions, et il faut la marquer du sceau de l'animalit&#233;, la rejeter en dehors de l'humanit&#233;. Dans un climat de fascisation des conduites, cette marque est tenace, elle fabrique des cibles, mais puisque c'est fait avec &#171; humour &#187;, &#231;a passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Une chose &#224; prendre en compte, c'est justement le genre &#171; humoristique &#187; de la m&#233;taphore, un humour cynique &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d&#233;nu&#233; d'autod&#233;rision, qui s'ancre dans la tradition des caricatures naus&#233;abondes, une dilution de la col&#232;re dans les eaux ti&#232;des du conformisme. C'est d'ailleurs dans leur tribune pour Charlie Hebdo publi&#233;e dans &lt;i&gt;T&#234;tu&lt;/i&gt; que FC s'adresse &#224; la commu pour marquer un hommage aux &#171; 12 compatriotes intelligents, talentueux et courageux &#187; de la r&#233;daction de Charlie Hebdo vis&#233;e par l'attentat. Ils justifient cet hommage en soulignant l'identit&#233; de geste entre les existences LGBT+ et l'humour critique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous, personnes LGBT+, savons aussi, tout comme les victimes de Charlie Hebdo, que la possibilit&#233; et la capacit&#233; de rire, notamment de nous-m&#234;mes, de parler avec franchise et de d&#233;fier les bigots de tous horizons (y compris ceux et celles au sein de notre propre communaut&#233;) ont toujours &#233;t&#233; et resteront parmi les armes les plus efficaces et les plus honorables contre la tyrannie de la paresse intellectuelle, la fossilisation politique et la s&#233;cheresse morale. Car rien ne d&#233;range davantage les fanatiques (je souligne) que l'humour critique, libertaire et d&#233;sacralisateur. Rien ne les effraie autant que la la&#239;cit&#233;, cette barri&#232;re qui prot&#232;ge la libert&#233; de chacun face &#224; toutes les formes d'oppression religieuse ou id&#233;ologique, et qui garantit que personne ne puisse imposer &#224; autrui une vision du monde fond&#233;e sur des dogmes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Fiert&#233;s Citoyennes, &#171; &#171; Charlie Hebdo &#187; : Nous, personnes LGBT+, savons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;33. Si je souligne ici l'usage du terme fanatique, c'est qu'il s'inscrit dans la rh&#233;torique d'une tradition contre-r&#233;volutionnaire, quand bien m&#234;me pr&#233;tend-elle &#234;tre la digne h&#233;riti&#232;re de l'esprit des Lumi&#232;res de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Pour l'instant leur rapport &#224; la R&#233;volution se r&#233;sume &#224; un montage photo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une rh&#233;torique qui cherche &#224; offrir la sch&#233;matisation suivante comme grille de lecture de la crise politique : la raison contre l'irrationnel, l'humanisme contre le sectarisme, l'universalisme contre le dogmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1500x500.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1500x500.jpg?1766166598' width='500' height='167' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Bandeau de la page X de Fiert&#233;s Citoyennes.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;34. On nous enferme dans le langage qu'ils transforment en nasse s&#233;mantique. Cette capture ne peut d&#233;boucher que sur un seul objectif : d&#233;truire les liens qui nous unissent &#224; l'histoire et &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. C'est une pens&#233;e fondamentalement rudimentaire, qui rejette la complexit&#233; pour proposer une autoroute lib&#233;rale en lieu et place de toute alternative politique. L'attaque uniforme contre les extr&#234;mes est une d&#233;fense du conservatisme centriste en tant que seul parti rationnel, en tant que parti unique. Pour cela, il a besoin de rendre la lecture des d&#233;bats contemporains la plus simpliste possible, c'est une attaque en r&#232;gle contre l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. L'universalisme dont ils se r&#233;clament ne peut l'&#234;tre que parce qu'il comporte en son c&#339;ur un &#233;l&#233;ment destructeur et d'expansion, de pr&#233;dation et de conqu&#234;te. Ils parviennent &#224; se tailler une place dans l'espace m&#233;diatique gr&#226;ce &#224; une logique de colonisation des luttes sociales. En cela, ils ont appris &#224; tirer profit de la guerre imp&#233;rialiste contre la Palestine. Isra&#235;l est leur contexte d'&#233;nonciation politique et collaborent au narratif sioniste selon lequel le 7-Octobre serait une guerre d&#233;clench&#233;e par le Hamas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;En r&#233;ponse &#224; un tweet de Rima Hassan sur les enfants palestiniens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme le sugg&#232;re Hussein Omar, la doctrine s&#233;curitaire interpr&#232;te cette guerre comme ce qui est &#224; m&#234;me de &#171; sauver le projet universel de civilisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Hussein Omar, &#171; Homo Zion &#187;, infra, p. 277.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Il leur faut imposer dans le d&#233;bat le paradoxe suivant : l'&#233;mancipation (individuelle) ne saurait advenir sans une id&#233;e de soumission (&#224; la R&#233;publique). Par cons&#233;quent, ils n'h&#233;siteront pas &#224; utiliser les Arabes et la Palestine contre nous (et inversement), &#224; agiter le spectre des homosexuels jet&#233;s du haut d'un immeuble par Daesh, &#224; nier l'existence de l'islamophobie, &#224; nous dresser contre les Juif&#183;ves et contre les femmes. Ils &#233;laborent une politique extr&#234;me-centriste qui donnent du cr&#233;dit &#224; la restauration du corps politique fasciste fran&#231;ais. C'est une alliance abstraite qui se retrouve sur des lois concr&#232;tes visant &#224; prot&#233;ger la France : Loi confortant le respect des principes de la R&#233;publique, Loi Attal contre le port de l'abaya &#224; l'&#233;cole, loi la&#239;cit&#233; de 2004. Un langage commun entre les droites se peaufine &#224; l'ombre du soleil d&#233;mocratique. L'expression &#171; chickens for KFC &#187; appliqu&#233;e au militantisme queer radical est d'ailleurs en vogue dans la propagande fasciste, du collectif homonationaliste &#201;ros &#224; Benyamin Netanyahou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Je reconnais aux &#171; militants de la raison &#187; qu'ils ne sont pas d'extr&#234;me-droite mais d'extr&#234;me centre, et c'est tout &#224; l'honneur d'avoir bien appris &#224; pond&#233;rer leur propos, &#224; se tailler une juste place dans un monde aussi radical, &#224; ne pas succomber &#224; leurs pulsions, &#224; se tenir droit dans leurs bottes r&#233;publicaines. Entendez le bruit sourd que &#231;a fait. &#199;a doit faire du bien de pratiquer un antifascisme raisonnable, un antifascisme de porcelaine contre l'extr&#234;me-droite-la-vraie-de-vraie. &#199;a nous sort le service &#224; th&#233; et la petite cuill&#232;re en argent pendant que les dirigeants politiques, financiers et m&#233;diatiques du monde se r&#233;concilient par le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Finalement Fiert&#233;s Citoyennes ne fait que reproduire le principe premier de la contre-r&#233;volution : d&#233;l&#233;gitimer des conduites politiques qui op&#232;rent des alliances inattendues en leur arrachant le caract&#232;re politique. En lieu et place du politique, ils nous affectent &#224; l'irrationalit&#233;, &#224; l'instinct ou au culte. Pour autant, notre r&#233;flexe ne devrait pas &#234;tre de nous d&#233;barrasser de l'irrationalit&#233; car celle-ci est et a toujours &#233;t&#233; la condition d'une politique de la lib&#233;ration &#8211; il faut bien cette &#171; folie &#187; pour avoir l'audace de changer la vie. Il faut bien ce surcro&#238;t de fid&#233;lit&#233; &#224; une id&#233;e pour affronter ce qui veut notre disparition. La rationalit&#233; qu'ils nous proposent est un calcul de petits ma&#238;tres, ils ont le z&#232;le &#233;motionnel des contr&#244;leurs de la RATP et les moyens de trolls m&#233;diatiques. Purs produits de la normalisation gay, plus personne ne cro&#238;t &#224; leur chim&#232;re, mais c'est pas grave, au bord du gouffre, autant tenter de n&#233;gocier sa future place de kapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. On n'a pas suffisamment dit que la normalisation LGBT est une normalisation avec le capital, avec l'ordre, avec le statu quo, avec l'ontologie blanche, avec l'imp&#233;rialisme hard et soft. Elle ne rel&#232;ve pas donc seulement d'une morale, mais aussi d'une m&#233;taphysique occidentale angoiss&#233;e de perdre de sa splendeur : une majorit&#233; silencieuse. Il s'agit alors bien de normalit&#233; &#171; dans le sens d'une conformit&#233; totale avec tout ce que nous savons de notre civilisation, de son esprit directeur, de ses priorit&#233;s, de sa vision immanente du monde &#8211; et des moyens appropri&#233;s de poursuivre le bonheur humain en m&#234;me temps qu'une soci&#233;t&#233; parfaite &#187; (Adorno).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Les promesses de la normalisation n'ont pas eu lieu, malgr&#233; le Mariage pour tous et l'homophilie d'&#201;tat, les paniques anti-homosexuelles et anti-trans demeurent des outils de domination politique. M&#234;me le gay cis blanc bourgeois le plus arrim&#233; au pouvoir et les acquis du n&#233;olib&#233;ralisme en termes de management de la diversit&#233; sont susceptibles de dispara&#238;tre en un claquement de doigts. Expuls&#233;e par le r&#233;el, la normalit&#233; n'est donc pas (oh surprise) une chose solide et stable ; elle permet certes des accommodations temporaires facilitant la vie quotidienne, mais elle n'est pas, en tant que telle, un projet d'&#233;mancipation. Plus personne ne cro&#238;t aux b&#233;n&#233;fices de la normalit&#233;, mais on cro&#238;t &#224; ses fantasmes de s&#233;curisation. Et puisque nous sommes tous en danger, c'est le moment ou jamais pour eux de sortir l'artillerie lourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Nous opposons &#224; leur dressage des m&#339;urs politiques, la tradition des opprim&#233;s, la m&#233;moire discontinue, fragmentaire, douloureuse de celles et ceux qui ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s par le cours de l'histoire. Nous devons faire &#233;clater la continuit&#233; historique qui d&#233;termine le pass&#233; comme une suite de progr&#232;s, rendre pr&#233;sentes les r&#233;voltes qui ont r&#233;prim&#233;es et qui doivent encore trouver leur accomplissement. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas aujourd'hui laisser la communaut&#233; musulmane seule face &#224; la menace fasciste, comme d'autres avant nous, avaient abandonn&#233; les Juifs. Nous tiendrons tout ensemble avec les disparit&#233;s et les d&#233;saccords de la gauche radicale pour former la r&#233;sistance aux puissances fascistes et imp&#233;rialistes. Il y a une chanson catalane que j'aime amoureusement, &lt;i&gt;L'estaca&lt;/i&gt;, compos&#233;e sous la dictature de Franco, qui montre la voie d'un autre universalisme, r&#233;volutionnaire celui-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous tirons tous, il tombera&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a ne peut pas durer comme &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut qu'il tombe, tombe, tombe&lt;br class='autobr' /&gt;
Vois-tu, comme il penche d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je tire fort, il doit bouger&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si tu tires &#224; mes c&#244;t&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;r qu'il tombe, tombe, tombe&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous aurons la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;43. L'architecture de leur normalit&#233; est un bunker en bord de mer qui r&#233;siste &#224; l'&#233;rosion, on y range des armes et des soldats, on y planque sa parano&#239;a blanche pour que personne ne la voie, on y cultive secr&#232;tement son petit fascisme int&#233;rieur. Comme les bunkers, la normalit&#233; balise un espace s&#233;curis&#233; des conduites dans un grand brassage du militaire et du civil. Elle flotte sur un sol qui n'est plus un socle &#224; son &#233;quilibre, mais une &#233;tendue mouvante et al&#233;atoire. M&#234;me affaiss&#233;e, enfouie sous nos pieds, elle tient. Eux, ils n'appellent pas &#231;a &lt;i&gt;bunker&lt;/i&gt; mais &#171; valeurs communes &#187;. &#199;a les prot&#232;ge des survivances archa&#239;ques, ind&#233;sirables chez soi, donc &#224; &#233;liminer chez les autres. La voil&#224; la rationalit&#233; technocratique LGBT dans toute sa splendeur, faisant la guerre &#224; son peuple, et sacrifiant ses marges. &#199;a se range derri&#232;re les CRS et &#231;a leur d&#233;l&#232;gue l'usage de la brutalit&#233; r&#233;publicaine. &#199;a en fait des images, balanc&#233;es dans les circuits d'information, pour attester de l'imminence du danger. Mais la normalit&#233; va craquer et les chim&#232;res qu'elle charrie seront diss&#233;min&#233;es &#224; l'&#233;tat de science-fiction. &#199;a ne peut pas tenir dans le r&#233;el, alors &#231;a tient avec le divertissement de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-4/&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/couverturetn4_une.jpg?1768057360' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Les hygi&#233;nistes &#233;taient un courant de la m&#233;decine du XIXe si&#232;cle qui entendait normer, surveiller et discipliner les corps au nom du bien collectif. Cela permit d'apposer une lecture &#171; biologique &#187; sur des probl&#232;mes historiques et politiques. La notion de &#171; fl&#233;au social &#187; attribu&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais aussi bien &#224; l'alcoolisme qu'&#224; l'homosexualit&#233;, trouve ses fondements dans les th&#233;ories hygi&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Alexis Buixan, &#171; La dissolution ne r&#233;soudra en rien la d&#233;t&#233;rioration des m&#339;urs parlementaires &#187;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 25/06/2024, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Cela consiste &#224; limiter le regroupement familial, r&#233;duire les aides sociales aux nouveaux arrivants, imposer des conditions &#233;conomiques et des tests de langue et de &#171; valeurs danoises &#187; d'un niveau tr&#232;s difficile pour obtenir la citoyennet&#233;, appliquer des sanctions p&#233;nales plus lourdes pour certains d&#233;lits dans les quartiers d'immigration, et confisquer les biens des r&#233;fugi&#233;s pour financer leur s&#233;jour (loi tr&#232;s controvers&#233;e de 2016). Ces mesures ont &#233;t&#233; adopt&#233;es par les sociaux-d&#233;mocrates, les centristes et les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Pour un portrait plus approfondi du cheminement politique de Caroline Fourest, voir Mathieu Magnaudeix, &#171; Les croisades de Caroline Fourest &#187;, Revue du Crieur, 6 (1), 74-89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Voir Hugo Bouvard, &#171; Homosexuel&#183;le&#183;s et socialistes. Constitution d'un p&#244;le &#233;lectoral-partisan et institutionnalisation du mouvement gai et lesbien dans les ann&#233;es 1980 et 1990 &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, 128 (4), 33-58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Expression formul&#233;e par Isabelle Stengers dans &lt;i&gt;Au temps des catastrophes. R&#233;sister &#224; la barbarie qui vient&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2009, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;On pourrait m&#234;me remonter plus loin, au club Arcadie d'Andr&#233; Baudry &#224; partir des ann&#233;es 1950 ; ou dans les colonnes de la revue &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; des ann&#233;es 1980 o&#249; on pouvait lire quelques articles &#224; la gloire de Tsahal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Fiert&#233;s Citoyennes, &#171; &#171; Charlie Hebdo &#187; : Nous, personnes LGBT+, savons que le rire est une arme contre la tyrannie &#187;, &lt;i&gt;T&#234;tu&lt;/i&gt;, 7 janvier 2025, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Pour l'instant leur rapport &#224; la R&#233;volution se r&#233;sume &#224; un montage photo de Nicky Doll dans le tableau de Courbet, &lt;i&gt;La Libert&#233; guidant le peuple&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;En r&#233;ponse &#224; un tweet de Rima Hassan sur les enfants palestiniens bombard&#233;s par l'arm&#233;e isra&#233;lienne, Arnaud Abel trouve judicieux de r&#233;pondre : &#171; Les enfants palestiniens sont les victimes d'une guerre d&#233;clench&#233;e par le Hamas. Ils ont donc &#233;t&#233; assassin&#233;s par le Hamas. &#187; Et lors de la marche f&#233;ministe du 8 mars 2025, apr&#232;s un selfie aux c&#244;t&#233;s du collectif imp&#233;rialiste Nous Vivrons, il souffle sur les braises de l'antis&#233;mitisme en d&#233;clarant : &#171; La R&#233;publique confisqu&#233;e, &lt;i&gt;les femmes juives&lt;/i&gt; (je souligne) et leurs alli&#233;s sont parqu&#233;s dans une petite rue adjacente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Hussein Omar, &#171; Homo Zion &#187;, &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;, p. 277.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paris perverti : la Carte du m&#233;tropolitendre</title>
		<link>https://trounoir.org/Paris-perverti-la-Carte-du-metropolitendre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Paris-perverti-la-Carte-du-metropolitendre</guid>
		<dc:date>2026-01-11T22:50:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>Recherches</dc:subject>
		<dc:subject>Drague</dc:subject>
		<dc:subject>Nagy Makhlouf</dc:subject>
		<dc:subject>Val Bovey</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est d'une carte au tr&#233;sor dont il s'agit, celle de la dissidence sexuelle, avec pour cadre la ville de Paris.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recherches-+" rel="tag"&gt;Recherches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Drague-+" rel="tag"&gt;Drague&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Nagy-Makhlouf-+" rel="tag"&gt;Nagy Makhlouf&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Val-Bovey-+" rel="tag"&gt;Val Bovey&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4.jpg?1768055922' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est d'une carte au tr&#233;sor dont il s'agit, celle de la dissidence sexuelle, avec pour cadre la ville de Paris. Chaque arr&#234;t sera l'&#233;vocation d'un lieu, d'une personnalit&#233;, ou d'un &#233;v&#233;nement, les lignes directes succ&#232;deront aux fulgurances de passages secrets, abolissant le temps pour faire vivre d'autres proximit&#233;s. Nagy et Val, les dernier&#183;es arpenteur&#183;es de cette carte fabuleuse nous en livrent les d&#233;tails, rappelant que l'histoire de la dissidence sexuelle ne s'&#233;crit qu'au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est issu de &lt;i&gt;Trou Noir #3 Enjeux historiques et conflits m&#233;moriels des sexualit&#233;s dissidentes&lt;/i&gt;, vous pouvez &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le commander sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1971, le FHAR (Front d'action homosexuel r&#233;volutionnaire) publie le &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; dans lequel se trouve &#171; Pour une conception homosexuelle du monde &#187;. Cette conception tient &#224; la possibilit&#233; de vivre, d'aimer et d'habiter autrement qu'en suivant les pratiques du r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel et bourgeois. Plus r&#233;cemment, en 2013, Patrick Cardon des &#233;ditions Gaykitschcamp republiait ce &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt; dans l'optique d'une &#171; politique vivante de la m&#233;moire &#187;, c'est-&#224;-dire pour que cette archive puisse servir aux mouvements queers contemporains qui cherchent &#224; s'affranchir des normes vectrices de domination &#8212; notamment des politiques identitaires. En 2017, Alain Naze tentait de renouer avec l'h&#233;ritage de la lutte homosexuelle des ann&#233;es 1970 en &#233;crivant son &lt;i&gt;Manifeste contre la normalisation gay&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, nous voulons contribuer &#224; cette politique en pr&#233;sentant, pour la premi&#232;re fois depuis sa parution originale en 1979, une archive des d&#233;buts de la revue &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : la Carte du m&#233;tropolitendre, qui substitue aux stations de m&#233;tro parisiennes des r&#233;f&#233;rences &#224; la culture gaie et lesbienne du temps. C'est par le hasard lors d'une recherche au centre Maurice Chalumeau pour les Sciences des Sexualit&#233;s (CMCSS) de Gen&#232;ve que nous l'avons d&#233;couverte. Elle se trouve au croisement de nos deux recherches : d'une part, une recherche litt&#233;raire sur des t&#233;moignages de r&#233;ception d'&#339;uvres gaies et lesbiennes de la Belle &#201;poque, d'autre part une recherche architecturale sur la production des normes du genre, de la famille, et de leurs alternatives. &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; est fond&#233; en 1979 par Jean Le Bitoux (historien de la d&#233;portation homosexuelle) autour de plusieurs personnalit&#233;s du militantisme dont, entre autres Frank Arnal (qui reprendra la direction autour de 1981), Jean-Pierre Joecker (qui co-fondera la revue &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt; la m&#234;me ann&#233;e) et Gilles Barbedette (qui &#233;crira &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbedette Gilles et Carassou Michel, Paris gay 1925, Paris : Presses de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Michel Foucault est &#233;galement partie prenante de la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : en soufflant le nom jeu de mot sur le danger d'&#234;tre ouvertement gay &#224; l'&#233;poque &#8212; et en &#233;crivant un article dans le premier num&#233;ro, il fait partie d'un de ceux qui permettront de prot&#233;ger la revue de la censure dans le contexte hostile de pr&#233;-l&#233;galisation de l'homosexualit&#233; (seulement en 1981). Son soutien &#8212; ainsi que celui d'autres intellectuels &#8212; &#233;pargnera peut &#234;tre au &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; le triste sort de &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt; (Bel Air&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous donnons dans l'article le nouveau toponyme en italique et le nom de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), dont les quelques num&#233;ros publi&#233;s en 1978 avant sa censure rec&#232;lent notamment les &#233;crits de Guy Hocquenghem, Ren&#233; Sch&#233;rer et d'autres qui se retrouveront collaborateur&#183;rice&#183;s des revues ult&#233;rieures. &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt; fait l'&#233;tat d'un constat : &#171; De toute fa&#231;on, la vie p&#233;d&#233;e n'est pas tr&#232;s gaie &#224; Paris. Elle est h&#233;t&#233;rosexualis&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Rues de la rue Dutot &#187;, Gaie Presse, n&#176;2, &#233;t&#233; 1978.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pour lutter contre cette normalisation que la presse homosexuelle militante &#233;merge en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SORTIR DU TEMPS LIN&#201;AIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Carte du m&#233;tropolitendre propose un remplacement de tous les toponymes officiels du m&#233;tro parisien par d'autres issus d'un imaginaire homosexuel du monde. Elle reprend le mod&#232;le de la Carte de Tendre popularis&#233;e au 17e si&#232;cle par Madeleine de Scud&#233;ry. Avec cette contre-cartographie du m&#233;tro parisien et de l'historiographie dominante qu'elle exprime, l'auteur, un certain Pierre Aguillon, remplace une culture militaire, monarchique, catholique et h&#233;t&#233;robourgeoise par une culture gaie. Or, une culture, pour Guillaume Dustan, c'est &#171; des m&#339;urs, des pratiques, de la sociabilit&#233; humaine avec des gestes et des mots &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dustan Guillaume, &#338;uvres, Clerc Thomas (&#233;d.), Paris : POL, 2021, p. 195.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aguillon renverse la carte du m&#233;tropolitain en l'affranchissant de ses normes morales ; il pervertit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pervertir : Du latin pervertere (&#171; renverser, mettre sens dessus dessous &#187;) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le plan de la ville, qui devient un r&#233;pertoire de pratiques amoureuses, affectives et amicales, li&#233;es &#224; un r&#233;seau indissociable de personnes, d'&#339;uvres et d'espaces communs qui font salon. La carte du m&#233;tropolitendre est une invitation &#224; un voyage parisien dans la dissidence sexuelle. Elle met sur un m&#234;me plan le Paris perverti de 1979 &#8212; lieux, presse militante, &#339;uvres, auteurices, pratiques &#8212; avec les strates qui le pr&#233;c&#232;dent et le rendent possible. Elle rend proche dans l'espace ce qui est loin dans le temps. C'est une carte &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; au sens qu'en donne Elisabeth Lebovici : une &#171; sortie du temps lin&#233;aire h&#233;t&#233;ropatriarcal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historienne de l'art, a &#233;crit Ce que le sida m'a fait, Dijon : Les presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par le cruising, le clubbing, le cin&#233;ma, c'est un r&#233;pertoire de sorties possibles des espaces-temps de la domination. &#192; chaque couple social ma&#238;tre/esclave, homme/femme, baiseur/bais&#233;, correspond un autre couple espace/temps : le matin du m&#233;tro-boulot, le soir du travail reproductif f&#233;minin et non r&#233;mun&#233;r&#233;, la nuit de la reproduction de la force de travail pour encha&#238;ner sur la journ&#233;e suivante. Sortir &#224; Paris en suivant la carte du m&#233;tropolitendre, c'est d&#233;sidentifier chacun de ces couples, contrer un mod&#232;le reproductif du temps, et vivre un temps sans aucune utilit&#233; sociale, un temps o&#249; chacun des r&#244;les d'une relation de pouvoir est instable et r&#233;versible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une conception homosexuelle du monde, &#171; Lesbiennes et p&#233;d&#233;s arr&#234;tons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/IMG/jpg/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4-2.jpg?1768055963' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JE LUTTE CE SOIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;codant la carte, nous avons d&#233;couvert un ensemble de clubs et de cin&#233;mas li&#233;s &#224; l'histoire des luttes homosexuelles. Sur la rive gauche se trouvait le &lt;i&gt;Manhattan&lt;/i&gt; (Maubert-Mutualit&#233;) au 8 de la rue des Anglais : la premi&#232;re bo&#238;te gay de Paris. En 1977, dans la backroom du sous-sol du bar, sur la base d'une loi qui sanctionnait &#171; l'outrage public &#224; la pudeur [consistant] en un acte impudique ou contre-nature avec un individu de m&#234;me sexe &#187;, la police interpelle des hommes qui baisaient. Un proc&#232;s se d&#233;roule l'ann&#233;e suivante et les pr&#233;venus refusent pour la premi&#232;re fois de faire acte de contrition, c'est-&#224;-dire d'exprimer des regrets. Michel Foucault, Gilles Deleuze, Guy Hocquenghem et Marguerite Duras signent un texte, tandis que le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; et le Comit&#233; d'urgence antir&#233;pression homosexuelle (CUARH) se mobilisent. L'&#233;v&#233;nement participe &#224; m&#233;diatiser les discriminations dont souffrent alors les homosexuels avant la l&#233;galisation de 1982&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chemin Ariane, &#171; Le proc&#232;s des &#171; backrooms &#187; du club Le Manhattan, moment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur la rive gauche, se trouvaient aussi les cin&#233;mas de la &lt;i&gt;Pagode&lt;/i&gt; (Saint- Fran&#231;ois Xavier) et du &lt;i&gt;Dragon &lt;/i&gt; (Mabillon). En 1978, le premier voit le GLH-PQ (Groupe : de Lib&#233;ration Homosexuelle, de Lib&#233;ration Homosexuel, ou des Lesbiennes et Homosexuels, section Politique et Quotidien) organiser la quinzaine du cin&#233;ma homosexuel. Ce groupe est issu du FHAR, fond&#233; en 1971 et disparu &#224; partir de 1974 lorsque la police lui interdit l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts. Le GLH se divise en trois sections en 1975 ; Jean le Bitoux fonde l'un d'entre eux. &#192; la Pagode, le ministre de la culture de l'&#233;poque fait interdire la projection d'une dizaine de films gay, tandis qu'un groupuscule d'extr&#234;me droite, Jeune Nation, y vient agresser les spectateurs. &#192; l'instar du Manhattan, ce conflit visibilise les GLH. Quant au cin&#233;ma du 24 de la rue du Dragon, il est devenu, en 1978, le Dragon Club Vid&#233;o Gay ; il ferme en 1986. Sur la rive droite, selon Mathieu Lindon, Foucault avait l'habitude d'aller &#171; lever des hommes malades &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lindon Mathieu, Ce qu'aimer veut dire, Paris, Gallimard, 2011.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au &lt;i&gt;Keller&lt;/i&gt; (Ledru-Rollin), &#171; le mythique sexe club fetichiste gay de Paris depuis plus de 45 ans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keller, , consult&#233; le 1er mars 2024.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sp&#233;cialis&#233; dans le fist ; une pratique famili&#232;re du philosophe qui fr&#233;quenta probablement le club des Catacombes &#224; San Francisco, ce &#171; temple du trou du cul &#187; de San Francisco avec Gayle Rubin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rubin Gayle S., &#171; The Catacombs : A Temple of the Butthole &#187;, in 9. The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; remplace Grands Boulevards, un haut lieu de la culture nocturne gay tout juste inaugur&#233; en 1978 et fr&#233;quent&#233; par le dandy Jacques de Bascher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce personnage, amant de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent, a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un personnage qui ne militait pas mais menait un mode de vie d&#233;di&#233; au beau et au plaisir ; et la &lt;i&gt;Viande en Sueur&lt;/i&gt; (Wagram), un club &#224; l'emplacement du bal de la salle Wagram, haut lieu de la vie nocturne gay au&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but du 20e si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Imperturbables, malgr&#233; les injures graveleuses des gigolettes p&#226;m&#233;es au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En renommant les arr&#234;ts o&#249; l'on sort par la r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire du Paris perverti, la carte invite &#224; &#171; remonter l'&#233;v&#233;nement, &#224; s'installer en lui comme dans un devenir, &#224; rajeunir et &#224; vieillir en lui tout &#224; la fois &#187; comme l'&#233;crit Renate Lorenz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorenz Renate, Art queer : une th&#233;orie freak, Alfonsi Isabelle (&#233;d.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'arr&#234;t Tuileries porte d&#233;sormais le nom d'&lt;i&gt;&#201;ternel Retour&lt;/i&gt;, c'est parce que ce concept de Nietzsche permet de nommer le temps non lin&#233;aire : par notre m&#233;moire, nous sommes affect&#233;ees&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous utilisons un f&#233;minin g&#233;n&#233;rique.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par ce qui n'est plus pr&#233;sent et nous nous exposons &#224; ce qui n'est pas encore l&#224;. C'est selon cette condition que Nietzsche d&#233;finit le pr&#233;sent : il s'agit du moment de collision entre pass&#233; et avenir en tant qu'ils affectent la m&#233;moire. Toutes les possibilit&#233;s passe&#769;es pe&#768;sent sur ce que l'avenir peut &#234;tre, et r&#233;ciproquement. C'est ce temps boucl&#233; que Nietzsche nomme par &#233;ternel retour. On retourne aux Tuileries pour cruiser ; on&lt;br class='autobr' /&gt;
y va comme on y allait sous l'Ancien R&#233;gime ; on y va hant&#233;&#183;e par celleux qui nous y ont pr&#233;c&#233;d&#233;&#183;e&#183;s et qui l'ont racont&#233;. La carte inscrit le parc dans un r&#233;seau d'autres lieux &#8212; on se &lt;i&gt;Tourne et Retourne&lt;/i&gt; aux jardins du Trocad&#233;ro, l&#224; o&#249; Dustan raconte cruiser pour la premi&#232;re fois ; au &lt;i&gt;Temple d'Amour&lt;/i&gt; des Buttes-Chaumont, la carte dit &#171; les bosquets [qui] s'agitent &#224; certains moments de la nuit d'une fr&#233;n&#233;sie attirante &#187; ; comme dans le Pier 52 du New York des ann&#233;es 1970, on a la &lt;i&gt;Frousse des Docks&lt;/i&gt; sur les quais de Bercy, comme l'&#233;crit Aguillon : &#171; Prestige de l'uniforme, amour de l'ombre et du danger dans les entrep&#244;ts continuellement d&#233;fonc&#233;s ; &#187; ou encore sur l'&#238;le aux Cygnes pr&#232;s des quais de Bir Hakeim : le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; rebaptise l'arr&#234;t en &lt;i&gt;Branloir&lt;/i&gt;. Enfin, en face de l'&#238;le, au coeur du 16e arrondissement, &lt;i&gt;Kitchenets&lt;/i&gt; remplace Ranelagh : pendant la R&#233;volution, le parc est fr&#233;quent&#233; par les muscadins, ces jeunes hommes excentriques, affect&#233;s, parfum&#233;s au musc &#8212; et royalistes comme&lt;i&gt; les Mignons&lt;/i&gt; (Corentin Celton) &lt;i&gt;d'Henri III &lt;/i&gt; (George V), &lt;i&gt;Monsieur&lt;/i&gt; (Porte de Versailles), le fr&#232;re gay de Louis XIV, et &lt;i&gt;Cambac&#232;res&lt;/i&gt; (Duroc), homme d'&#201;tat sous Napol&#233;on et la Restauration, passionn&#233; de raffinement, cible de campagnes calomnieuses, et sujet d'un portrait de &lt;i&gt;Jean-Louis Bory &lt;/i&gt; (Rue du Bac), &#233;crivain qui a lutt&#233; pour les droits des homosexuels dans les ann&#233;es 1970 et fait un coming-out public litt&#233;raire dans &lt;i&gt;Ma moiti&#233; d'orange&lt;/i&gt; en 1973 ; il participe &#224; &lt;i&gt;Arcadie&lt;/i&gt; (Ch&#226;teau d'Eau ; voir le paragraphe Connivences), puis au FHAR o&#249; il &#233;crit avec Guy Hocquenghem &lt;i&gt;Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bory Jean-Louis et Hocquenghem Guy, Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ? Ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et enfin au GLH.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES PRATIQUES DE RUELLES AUX PRATIQUES DE RUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais voyager dans Paris perverti ne passe pas uniquement par l'espace de la ville &#8212; la carte nous donne &#224; voir la ville souterraine, un r&#233;seau de r&#233;f&#233;rences cach&#233;es aux yeux de la culture dominante ; elle nous invite &#224; monter dans le m&#233;tro comme dans un salon roulant puisqu'en perdant sa fonctionnalit&#233; premi&#232;re le m&#233;tro est lui aussi perverti : &#171; il devient un grand salon souterrain o&#249; l'on pourrait causer, mollement vautr&#233;s dans les fauteuils personnalis&#233;s des rames de l'an 2000. C'est un salon mobile. Il ne nous reste plus qu'&#224; imaginer des tapisseries accroch&#233;es aux vo&#251;tes, des peaux soyeuses le long des quais, des wagons pleins de boiseries qui racontent des histoires de voyages, des bars exotiques dans les stations de correspondance et nous transformerons le m&#233;tropolitain en m&#233;tropolitendre. &#187; L'imaginaire du salon, comme un ensemble de pratiques de connivence et de complicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard l'article de Dubois Quentin, &#171; De l'intime au complice : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, traverse les communaut&#233;s dissidentes. C'&#233;tait le cas de la &lt;i&gt;Carte du Tendre&lt;/i&gt;, que le M&#233;tropolitendre actualise. Issue du salon de Mlle de Scud&#233;ry, &#233;crivaine de romans qui mod&#233;lisent l'art de la conversation, la carte a probablement &#233;t&#233; con&#231;ue dans une ruelle. Le terme d&#233;signe sous l'Ancien R&#233;gime une &#171; alc&#244;ve attenante au lit, chambre &#224; coucher de certaines dames de qualit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;, consult&#233; le 8.02.2024.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par sa distance temporelle, cette r&#233;f&#233;rence nous place d'embl&#233;e hors des normes oppressantes de la pudeur : sous l'Ancien R&#233;gime, la conversation avait lieu dans ce qu'on consid&#232;re maintenant comme l'espace le plus intime, un lieu de proximit&#233; &#8212; de promiscuit&#233;, un terme cher &#224; la morale bourgeoise du 19e si&#232;cle en mati&#232;re de sexualit&#233;. Le nouveau syst&#232;me savoir-pouvoir de cette &#233;poque aboutit &#224; la privatisation du salon et de la chambre &#224; &lt;i&gt;coucher&lt;/i&gt;, autour duquel se cr&#233;e un r&#233;seau serr&#233; de surveillance. L'espace pourtant &#171; satur&#233; de sexualit&#233;s multiples, fragmentaires, et mobiles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault Michel, Histoire de la sexualit&#233;. 1 : La volont&#233; de savoir, 2014, p.63&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la famille doit &#234;tre soigneusement encadr&#233; et r&#233;duit la sexualit&#233; (h&#233;t&#233;rosexuelle, conjugale, monogame) &#224; l'espace confin&#233; de la chambre &#224; coucher. Carte de &lt;i&gt;Tendre&lt;/i&gt; : &#171; une exp&#233;rimentation non pas balis&#233;e, mais ouverte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dubois, art.cit.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon Quentin Dubois ; surtout une mani&#232;re nouvelle de cartographier des sentiments et des pratiques amoureuses utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONNIVENCES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'image du salon appelle &#224; la &lt;i&gt;Connivence&lt;/i&gt;, qui se substitue au principe politique unificateur de &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme appara&#238;t d'ailleurs sous l'Ancien R&#233;gime et a une &#233;tymologie qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le terme &#233;volue ensuite pour d&#233;signer ce qu'il d&#233;signe en fran&#231;ais moderne : une entente secr&#232;te, un accord tacite. La culture des salons de l'Ancien R&#233;gime jusqu'au d&#233;but du 20e si&#232;cle est travers&#233;e par cette notion ; elle produit des formes de conversation, des objets d'art et des r&#233;cits qui ont pour particularit&#233; d'&#234;tre imm&#233;diatement adress&#233;s &#224; une communaut&#233; (politique, identitaire, de pratiques, culturelle) particuli&#232;re, laquelle sera seule &#224; m&#234;me de saisir les enjeux implicites d'un message. Dans cette ann&#233;e f&#233;conde de 1979 ouvrent plusieurs &#171; salons &#187;, puisque le Gai Pied na&#238;t de mani&#232;re concomitante &#224; d'autres revues gaies et lesbiennes. La revue Masques (Ch&#226;teau-Rouge) est fond&#233;e par l'ex-militant de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR) Jean-Pierre Joecker, avec Alain Lecoultre et Jean-Marie Combettes. &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, aux fortes orientations culturelles se d&#233;finissant comme un &#171; lieu [...] o&#249; pourraient se confronter les exp&#233;riences et les r&#233;flexions &#187;, nous revoyons appara&#238;tre ici le th&#232;me du salon &#8212; un salon mixte, cette fois-ci, puisque Suzette Robichon, qui fondera ensuite avec Mich&#232;le Causse la revue lesbienne &lt;i&gt;Vlasta&lt;/i&gt;, fera partie du projet initial. Dans les ann&#233;es 70 fleurissent aussi ici ou l&#224; des presses homosexuelles &#233;trang&#232;res qui pourraient faire figure d'inspiration ou de mod&#232;le pour le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : le Lampiao, arr&#234;t Argentine, &#233;tait un journal homosexuel br&#233;silien fond&#233; en 1978, tandis que &lt;i&gt;Gay News&lt;/i&gt; (Bonne Nouvelle) a &#233;t&#233; fond&#233; en 1972 au Royaume-Uni. La carte mentionne &#233;galement une revue plus ancienne, &lt;i&gt;Arcadie&lt;/i&gt; (Ch&#226;teau D'Eau), revue du premier groupe &#171; homophile &#187; militant en France, fond&#233; en 1954 par Andr&#233; Baudry. Son emplacement sur la carte signale son local, l'un des seuls endroits o&#249; les personnes de m&#234;me sexe pouvaient danser ensemble dans les ann&#233;es 1950-1960. L'une des origines les plus anciennes d'une forme de militantisme homosexuel a lieu &#224; la Belle &#201;poque s'incarne dans la revue &lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; mise au jour par Patrick Cardon et Nicole G. Albert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Nicole G. et Cardon Patrick, Akademos : revue mensuelle d'art libre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fond&#233;e en 1909 par le baron Jacques Aderswald-Fersen, elle constitue un grand r&#233;seau d'intellectuel&#183;le&#183;s queer qui ont tous et toutes collabor&#233; &#224; cette revue : parmi les personnes les plus connues, Colette, Georges Eekhoud et Ren&#233;e Vivien. La revue appara&#238;t &#224; un moment crucial o&#249; diff&#233;rents scandales (le proc&#232;s d'Oscar Wilde en 1895, celui du fondateur d'&lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt; en 1903, entre autres) am&#232;nent diff&#233;rent&#183;e&#183;s &#233;crivain&#183;e&#183;s &#224; collaborer afin de d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts communs, m&#234;me de mani&#232;re voil&#233;e, et &#224; s'engager pour l&#233;gitimer les amours queer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosenfeld Michael, &#171; Les r&#233;seaux queer d'Akademos : Absences et pr&#233;sences &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette digression sur &lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt; nous m&#232;ne l&#224; o&#249; se trouvent les fant&#244;mes, celleux qui rendent la vie possible : les &#233;crivain&#183;e&#183;s qui peuplent la carte du M&#233;tropolitendre en substituant leur modes de vie et leurs &#233;crits &#224; l'imaginaire h&#233;t&#233;robourgeois chiant de la toponymie parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ALLUMER DES PHARES-FANT&#212;MES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, et dans une moindre mesure le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, feront la part belle dans leurs premi&#232;res ann&#233;es aux &#171; gays savoirs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui sera ensuite &#233;tendu &#224; un ouvrage collectif. Voir Mauri&#232;s Patrick (dir.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage de Nietzsche, qui ne consistent pas uniquement en l'exhumation de figures litt&#233;raires m&#233;connues. Marcel Proust et Andr&#233; Gide &#233;taient d&#233;j&#224; des &#233;crivains reconnus du canon litt&#233;raire h&#233;t&#233;rosexuel officiel. Il s'agit de mettre en lumi&#232;re la connivence entre ces &#233;crivains et leur public. En litt&#233;rature sp&#233;cifiquement, la connivence est un &#171; dispositif, une strat&#233;gie &#187; qui t&#233;moigne d'une communication &#171; secr&#232;te &#187; des auteur&#183;rice&#183;s &#224; un public vis&#233;, qui repose sur &#171; l'existence r&#233;elle, postul&#233;e, ou fantasm&#233;e, d'un tiers-exclu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bayle Ariane et alii, art.cit., p.15.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notion tr&#232;s utile pour parler de la transmission d'oeuvres &#224; th&#233;matique homosexuelle : la formation d'un argot, d'un vocabulaire et de codes de conduites propres &#224; la culture homosexuelle du 19e si&#232;cle se traduit ensuite dans des oeuvres qui vont s'offrir &#224; une double-lecture, celle des h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le&#183;s, forc&#233;ment partielle, et celle des homosexuel&#183;le&#183;s, qui comprendra les sous-entendus tacites et go&#251;tera au plaisir du d&#233;codage de ces &#233;crits. C'est le cas par exemple de &lt;i&gt;Sodome et Gomorrhe&lt;/i&gt; (Courcelles et Monceau, d'ailleurs aussi un lieu de salons fr&#233;quent&#233;s par Proust) de l'un et du &lt;i&gt;Corydon&lt;/i&gt; (Etienne Marcel) de l'autre. Marcel Proust travaille directement dans son texte cette notion de connivence, puisqu'il met en valeur &#171; le c&#244;t&#233; subculturel de l'homosexualit&#233; &#187; &#8212; qu'il nomme franc-ma&#231;onnerie &#8212; et il s'attache en fait &#224; montrer que l'homosexualit&#233; est partout, m&#234;me o&#249; l'on ne croirait pas la trouver &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbedette et Carassou, op.cit.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit donc pour Proust comme pour l'auteur de la &lt;i&gt;Carte&lt;/i&gt; de mettre en discours les premi&#232;res subjectivit&#233;s homosexuelles dans le champ culturel. &lt;i&gt;Le Corydon&lt;/i&gt;, quatre dialogues socratiques sur l'homosexualit&#233; masculine publi&#233;s par Gide, est un autre exemple de connivence litt&#233;raire : la premi&#232;re publication se fait de mani&#232;re tr&#232;s confidentielle en 1912, puis est r&#233;&#233;dit&#233;e par l'auteur en 1924 suite &#224; la parution proustienne. On conna&#238;t bien le couple mythique &lt;i&gt;Paul et Arthur&lt;/i&gt; (Place Monge) ; l'appel final de &lt;i&gt;Hombres&lt;/i&gt;, recueil de po&#233;sies porno publi&#233;es de mani&#232;re posthume et tr&#232;s confidentielle en 1904, se cl&#244;t sur un appel &#224; arr&#234;ter d'&#233;crire pour retourner baiser que l'on pourra qualifier de dustanien, a posteriori : &#171; Consolez-moi de ces m&#233;saventures / Reposez-moi de ces litt&#233;ratures, / Toi, gosse pantinois, branlonsnous en argot./ Vous, gars des champs, patoisez-moi l'&#233;cot, / Des pines au cul et des plumes qu'on taille [...] Ne m&#233;taphorons pas, foutons /Pelotons-nous bien les roustons / Rin&#231;ons nos glands, faisons ripailles / Et de foutre et de merde et de fesses et de cuisses. &#187; Plus tard dans le si&#232;cle, la carte trace aussi un r&#233;seau autour de Jean Genet (&lt;i&gt;Cayenne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Notre-dame-des-fleurs&lt;/i&gt;) qui dit face &#224; Robert Poulet en 1956 : &#171; Le p&#233;d&#233;raste [...] s'oppose &#224; la marche du monde, se refuse &#224; entrer dans le syst&#232;me en vue duquel le monde entier est organis&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genet Jean, Fouillez l'ordure, entretien r&#233;alis&#233; par Robert Poulet, 19 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conscience de la d&#233;viance des &#171; p&#233;d&#233;rastes &#187; est ce qui va faire de l'oeuvre de Genet le repaire des for&#231;ats de &lt;i&gt;Cayenne&lt;/i&gt; (arr&#234;t Rue des Boulet) et des marginaux en tout genre. Mais Genet a &#233;t&#233; en cela pr&#233;c&#233;d&#233; par un roman beaucoup moins connu, &lt;i&gt;J&#233;sus-la-Caille&lt;/i&gt;, de Francis Carco, qui raconte le quotidien d'un travailleur du sexe dans les rues de Paris, en 1914, et sera ensuite rejoint par William Burroughs, dont l'univers de son roman &lt;i&gt;Havre des saints&lt;/i&gt; traduit en 1977 (Caumartin) est m&#226;tin&#233; de jeunes gar&#231;ons errant dans des milieux interlopes. Cette th&#233;matique court d'ailleurs dans un courant de la litt&#233;rature gaie, que ce soit chez Verlaine, qui c&#233;l&#232;bre les jeunes hommes des mauvais quartiers qu'il &#171; go&#251;te en habits de travail, cotte et veste. Ils ne sentent pas l'ambre et fleurent de sant&#233; &#187;, ajoute-t-il, ou chez son contemporain &lt;i&gt;Jean Lorrain&lt;/i&gt; (Michel-Ange Auteuil), star &#233;crivain, journaliste et dandy de ann&#233;es 1890 qui confie &#224; son ami Charles Buet : &#171; J'ai un grand penchant pour les voyous, lutteurs, forains, gar&#231;ons bouchers et autres marlous ordinaires et extraordinaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorrain Jean, Correspondances, Palacio Jean de (&#233;d.), Paris : H. Champion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce motif litt&#233;raire du lien entre l'homosexualit&#233; et le crime remonte &#233;galement &#224; Balzac, comme le t&#233;moigne &lt;i&gt;Vautrin&lt;/i&gt; (Vavin). Ce personnage r&#233;current de la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt;, criminel et membre notoire du &#171; troisi&#232;me sexe &#187;, est l'un des points d'origine de la repr&#233;sentation de l'homosexualit&#233; en litt&#233;rature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le directeur, apr&#232;s avoir montr&#233; toute la prison, les pr&#233;aux, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le personnage de Vautrin est devenu c&#233;l&#232;bre par son jeune amant, Lucien de Rumbempr&#233; qui devient un type&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oscar Wilde aurait d'ailleurs dit dans la Revue des deux mondes : &#171; Le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : comme le signale Michael Lucey, un &#171; Rubempr&#233; &#187;, c'est un jeune homme d&#233;sireux d'&#234;tre entretenu financi&#232;rement par un homme plus &#226;g&#233; contre des relations sexuelles, un travailleur du sexe, ce qui ne l'emp&#234;che pas de chercher activement des relations sexuelles avec des femmes. Vautrin, le seul personnage que l'on d&#233;signera explicitement comme homosexuel dans la Com&#233;die humaine, aura une grande post&#233;rit&#233;. Robert de Montesquiou &#233;crit &#224; Proust en 1921 : &#171; Vautrin est &#224; la mode &#187;. La r&#233;f&#233;rence &#224; Vautrin &#233;tait donc une mani&#232;re cod&#233;e de faire communaut&#233; et &#233;galement les premiers pas vers un &#233;largissement du champ litt&#233;raire &#224; &#171; l'immense espace de l'&lt;i&gt;inversion&lt;/i&gt; &#187; (autrement dit l'homosexualit&#233;), comme le dit encore Robert de &lt;i&gt;Montesquiou &lt;/i&gt; (Reuilly-Diderot), inspirateur du mythique &lt;i&gt;Charlus&lt;/i&gt; de Proust, en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE POSTURES D'AUTEURICE &#192; UN MILITANTISME DU &#171; MODE DE VIE &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On aura d&#233;j&#224; remarqu&#233; la grande majorit&#233; de figures gaies, c'est-&#224;-dire d'hommes, cit&#233;s dans la carte du M&#233;tropolitendre. La mixit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; le fort (ni le projet) du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, mais les po&#233;tesses Ren&#233;e Vivien et Sappho sont mentionn&#233;es. Ren&#233;e Vivien a d'ailleurs traduit Sappho en 1903, et derri&#232;re elle se dresse l'ombre du salon de Natalie Barney, au 20 rue Jacob, qui est un lieu de sociabilit&#233; lesbienne et un v&#233;ritable lieu de formation intellectuelle et sexuelle pour beaucoup d'autrices de sa g&#233;n&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Lowry, &#171; Natalie Barney's Salon : A Crucible for Sapphic Sisterhoods (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui unit d&#232;s lors tous ces auteur&#183;rice&#183;s, c'est que leur nom convoque, en tant que signifiant, tout un mode de vie, voire m&#234;me une &lt;i&gt;vie exemplaire&lt;/i&gt; dans laquelle leur homosexualit&#233; se traduit par un regard litt&#233;raire particulier sur le monde. Les &#233;crivain&#183;e&#183;s contemporain&#183;e&#183;s mentionn&#233;&#183;e&#183;s par la carte, comme Christiane Rochefort et son utopie sexuelle &lt;i&gt;Le jardin &#233;tincelant&lt;/i&gt; (1972), &lt;i&gt;les Loukoums&lt;/i&gt; de Yves Navarre (1973) ou les &lt;i&gt;Petits m&#233;tiers&lt;/i&gt; de Tony Duvert (1978) poursuivent, hors d'un r&#233;gime de connivence forc&#233;e par la censure, la mise en valeur des sexualit&#233;s non-h&#233;g&#233;moniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il importe toutefois de faire attention &#224; un point douteux, voire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pro&#233;minence de figures d'auteur&#183;rice&#183;s homosexuel&#183;le&#183;s dans la Carte du M&#233;tropolitendre exprime le besoin de se cr&#233;er une g&#233;n&#233;alogie, mais qui ne soit pas une mus&#233;ification &#8212; un canon sans Panth&#233;on : l'accent est mis, dans les articles de &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, pas uniquement sur leurs textes mais bien sur les personnes, &#224; l'intersection vite brouill&#233;e entre leur posture et leur vie priv&#233;e. La pr&#233;sence massive d'auteur&#183;rice&#183;s du 19e si&#232;cle n'est pas anodine ; les &#233;crivain&#183;e&#183;s commencent &#224; construire &#224; cette &#233;poque des sc&#233;nographies auctoriales, concept que Judith Lyon-Caen d&#233;finit comme &#171; un r&#233;pertoire collectif de sc&#233;narios, d'images de soi, de mani&#232;res d'&#234;tre, de se montrer et de se raconter &#224; partir desquels chaque auteur se singularise, construit des r&#244;les, s'invente une posture singuli&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyon-Caen Judith, La griffe du temps : ce que l'histoire peut dire de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224; des postures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meizoz J&#233;r&#244;me, &#171; Ce que l'on fait dire au silence : posture, ethos, image (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il s'agit de consid&#233;rer l'auteurice comme transmettant un ethos particulier, qui peut mener &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un mode de vie particulier qui implique une r&#233;flexion sur que faire de sa libert&#233;, le &#171; souci de soi &#187; foucaldien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault Michel, &#171; L'&#233;thique du souci de soi comme pratique de la libert&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette vision de l'&#233;crivain&#183;e comme un &#234;tre de chair et d'os, qui &#233;crit et qui baise, loin de la Mort de l'Auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; l'article fondateur du courant structuraliste en litt&#233;rature, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, permet de cr&#233;er un rapport d'intimit&#233;, de complicit&#233;, de communaut&#233; avec ces derniers, &#233;pingl&#233;s sur la carte de Paris comme autant de phares-fant&#244;mes pour ouvrir une voie trouble, celle de la d&#233;rive. Comme dira un des sp&#233;cialistes de Colette &#224; Julia Kristeva : &#171; Je ne souhaite pas de Panth&#233;on pour Colette, parce que je ne connais pas de monument plus froid, plus glacial que le Panth&#233;on &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kristeva Julia (dir.), Notre Colette, Presses universitaires de Rennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#233;moire que transmet cette carte, qui peut &#234;tre lue comme une archive du pass&#233; et un appel &#224; construire le futur, fonctionne &#224; l'inverse : sur des m&#233;caniques de connivence et de complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;HABITER LA CARTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre tour, nous pouvons nous installer dans la carte et compl&#233;ter ses cat&#233;gories. La carte de 1979 pr&#233;sente un groupe d'arr&#234;ts sur les maladies contagieuses &#8212; &lt;i&gt;V&#233;n&#233;riennes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Contagion&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Blennorragie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sarcope&lt;/i&gt; &#8212; qui, de toute &#233;vidence aujourd'hui, serait enrichie par la m&#233;moire du sida, de ses victimes, et des ann&#233;es militantes. Des personnages cl&#233;s de la conception homosexuelle du monde de 1979 &#8212; Hocquenghem, Foucault, Guibert &#8212; y succombent et emportent avec eux leurs modes de vie complices, que ce soit dans des salons informels &#8212; l'appartement de Foucault rue de Vaugirard racont&#233; par Mathieu Lindon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lindon, op.cit.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; ou dans des clubs qui ferment en nombre pendant les ann&#233;es 1980, comme dans l'ancien quartier gay de la rue Sainte-Anne o&#249;, aujourd'hui, les traces de l'&#233;poque semblent presque inexistantes. Par ailleurs, la disparition du gay Paris de 1979 se double de l'effacement des alternatives politiques &#224; partir du tournant de la rigueur de 1983 et de l'effondrement du bloc sovi&#233;tique en 1991. C'est dans ce contexte qu'en cette m&#234;me ann&#233;e 1983, alors que le militantisme traverse une crise g&#233;n&#233;rale, les r&#233;dacteurs d'origine du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; quittent la revue : Jean le Bitoux raconte comment, &#224; partir de 1982, elle &#171; abandonne son projet social &#187;, se vide de son contenu politique, et devient un hebdomadaire &#171; consum&#233;riste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Le Bitoux, Le gu&#234;pier des ann&#233;es Gai Pied, 2F#federation=archive.wikiwix.c&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En exhumant cette archive avec un regard contemporain, en invoquant ses phares-fant&#244;mes, en la partageant avec la revue &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt; qui s'inscrit dans la continuit&#233; de la presse militante contre la normalisation gaie, nous n'avons pas voulu faire de ce pass&#233; le &#171; fossoyeur du pr&#233;sent &#187;. Comme l'&#233;crit Nietzsche, nous ne donnons &#224; voir cette histoire que pour donner la force &#171; qui permet de se d&#233;velopper hors de soi-m&#234;me, d'une fa&#231;on qui vous est propre, de transformer et d'incorporer les choses du pass&#233;, de gu&#233;rir et de cicatriser des blessures, de remplacer ce qui est perdu, de refaire par soi-m&#234;me des formes bris&#233;es &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche Friedrich, Seconde consid&#233;ration inactuelle (trad. Henri Albert), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Val Bovey est doctorant* en litt&#233;rature moderne &#224; l'universit&#233; de B&#226;le et membre de la revue f&#233;ministe queer suisse &lt;i&gt;Mets tes palmes&lt;/i&gt;, et travaille sur les expressions et la r&#233;ception des sexualit&#233;s non-h&#233;t&#233;ronorm&#233;es dans la litt&#233;rature fran&#231;aise du 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nagy Makhlouf est doctorant en architecture &#224; l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, il travaille sur les relations entre id&#233;ologie, pouvoir et production de l'espace. Ses derni&#232;res recherches ont port&#233; sur une histoire politique de la banlieue pavillonnaire am&#233;ricaine. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-3/&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9791094512388.jpg?1768056255' width='500' height='829' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbedette Gilles et Carassou Michel, &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925, Paris : Presses de la Renaissance, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous donnons dans l'article le nouveau toponyme en italique et le nom de station auquel il correspond entre parenth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Rues de la rue Dutot &#187;, &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt;, n&#176;2, &#233;t&#233; 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dustan Guillaume, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Clerc Thomas (&#233;d.), Paris : POL, 2021, p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pervertir : Du latin &lt;i&gt;pervertere&lt;/i&gt; (&#171; renverser, mettre sens dessus dessous &#187;) ; pervers : Qui est sexuellement &#171; hors des normes admises.&#171; Dans son sens psychiatrique : toute pulsion qui implique un d&#233;tournement du but normal &#8212; h&#233;t&#233;rosexuel &#8212; des pulsions, comprenant l'homosexualit&#233; mais &#233;galement le f&#233;tichisme, le sadisme, le masochisme, et des pulsions plac&#233;es sur le m&#234;me plan au tournant du 20e si&#232;cle : n&#233;crophilie, bestialit&#233;, etc. Il s'agit ici de retourner le stigmate et d'en faire quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose de producteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Historienne de l'art, a &#233;crit &lt;i&gt;Ce que le sida m'a fait&lt;/i&gt;, Dijon : Les presses du r&#233;el, 2017. Phrase entendue dans l'enregistrement d'une rencontre au Loud and Proud Festival &#224; la Ga&#238;t&#233; Lyrique de Paris, en juillet 2017, disponible ici : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iwYuAaZebSk&amp;ab_channel=Ga%C3%AEt%C3%A-9Lyrique&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=iwY...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une conception homosexuelle du monde, &#171; Lesbiennes et p&#233;d&#233;s arr&#234;tons de raser les murs &#187; Extrait du &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; du FHAR, en ligne : &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, n&#176;15, 28 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chemin Ariane, &#171; Le proc&#232;s des &#171; backrooms &#187; du club Le Manhattan, moment symbolique dans l'histoire des luttes homosexuelles &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 4 ao&#251;t 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lindon Mathieu, &lt;i&gt;Ce qu'aimer veut dire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keller, &lt;a href=&#034;https://www.lekeller-h.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lekeller-h.com/&lt;/a&gt;, consult&#233; le 1er mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rubin Gayle S., &#171; The Catacombs : A Temple of the Butthole &#187;, in 9. &lt;i&gt;The Catacombs : A Temple of the Butthole&lt;/i&gt;, Duke University Press, 2011, p. 224240, DOI : 10.1515/9780822394068-011. Pour la traduction fran&#231;aise, voir Rubin Gayle S., &lt;i&gt;Surveiller et jouir : anthropologie politique du sexe&lt;/i&gt;, Mesli Rostom (trad.), Paris : EPEL, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce personnage, amant de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent, a &#233;t&#233; explor&#233; par Marie Ottavi dans &lt;i&gt;Jacques de Bascher &#8212; Dandy de l'ombre&lt;/i&gt; (Paris : S&#233;guier, 2017), et par une exposition de K&#233;vin Blinderman, Pierre-Alexandre Matteos et Charles Teyssou &#224; la Kunsthalle de Berne en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Imperturbables, malgr&#233; les injures graveleuses des gigolettes p&#226;m&#233;es au cou de leurs hommes, la plupart dansaient entre eux. La mari&#233;e valsait avec un gaucho des pampas : la nourrice Tarjel s'alanguissait sur l'&#233;paule d'un marlou ; le zouave Tour Eiffel et la Puce, la Muse et la Th&#233;i&#232;re tortillaient &#233;perdument des hanches. Toutes ces figures fr&#233;n&#233;tiques, d&#233;moniaques et fard&#233;es, tournoyaient en secouant au bruit des cuivres les grelots de leurs ricanements, les hoquets de leur joie, de leur stupre, de leur inf&#226;me et d&#233;bordante ivresse. &#201;troitement serr&#233;s, les yeux dans les yeux, jambes contre jambes, avec une audace visant &#224; l'effet, maints couples du m&#234;me sexe &#8212; du troisi&#232;me ! &#8212; valsaient, attentifs &#224; la gr&#226;ce du rythme et &#224; la cadence de la mesure, s'abandonnant au plaisir &#233;quivoque de danser entre hommes, publiquement. &#187; (Tir&#233; de Barbedette Gilles et Carassou Michel, &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925, op.cit, cit&#233; p.20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorenz Renate, &lt;i&gt;Art queer : une th&#233;orie freak&lt;/i&gt;, Alfonsi Isabelle (&#233;d.), Bortolotti Marie-Mathilde (trad.), Paris : B42, 2018, pp. 117-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous utilisons un f&#233;minin g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bory Jean-Louis et Hocquenghem Guy, &lt;i&gt;Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ? Ces hommes que l'on dit homosexuels&lt;/i&gt;, Paris : Calmann-L&#233;vy, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard l'article de Dubois Quentin, &#171; De l'intime au complice : les g&#233;ographies perverses &#187;, &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/De-l-intime-au-complice-les-geographies-perverses&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://trounoir.org/De-l-intime-au...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cnrtl.fr/definition/ruelle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cnrtl.fr/definition/ruelle&lt;/a&gt;, consult&#233; le 8.02.2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault Michel, &lt;i&gt;Histoire de la sexualit&#233;. 1 : La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, 2014, p.63&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dubois, &lt;i&gt;art.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme appara&#238;t d'ailleurs sous l'Ancien R&#233;gime et a une &#233;tymologie qui marque son ambivalence : &lt;i&gt;conivere&lt;/i&gt;, en bas latin, veut d'abord dire &#171; fermer les yeux &#187; ; son premier sens est donc celui d'une complicit&#233; morale n&#233;gative : il s'agit de faire l'impasse sur la faute de quelqu'un. Elle est souvent d&#233;nonc&#233;e comme mena&#231;ant l'exercice de la Couronne. Voir l'introduction de Bayle Ariane et &lt;i&gt;alii&lt;/i&gt;, &#171; La connivence, une notion op&#233;ratoire pour l'analyse litt&#233;raire &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du GADGES&lt;/i&gt;, 2015, p. 536.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Nicole G. et Cardon Patrick, &lt;i&gt;Akademos : revue mensuelle d'art libre et de critique la premi&#232;re revue homosexuelle fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 1909 &lt;i&gt;mode d'emploi&lt;/i&gt;, Montpellier : GKC-Question de&lt;br class='autobr' /&gt;
genre, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosenfeld Michael, &#171; Les r&#233;seaux queer d'Akademos : Absences et pr&#233;sences &#187;, &lt;i&gt;Sextant&lt;/i&gt;, n&#176; 40, 2023, DOI : 10.4000/sextant. 2379.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui sera ensuite &#233;tendu &#224; un ouvrage collectif. Voir Mauri&#232;s Patrick (dir.), &lt;i&gt;Les gays savoirs&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard-Promeneur : Centre G. Pompidou, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bayle Ariane et &lt;i&gt;alii, art.cit&lt;/i&gt;., p.15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbedette et Carassou, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Genet Jean, &lt;i&gt;Fouillez l'ordure&lt;/i&gt;, entretien r&#233;alis&#233; par Robert Poulet, 19 avril 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorrain Jean, &lt;i&gt;Correspondances&lt;/i&gt;, Palacio Jean de (&#233;d.), Paris : H. Champion, 2006, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le directeur, apr&#232;s avoir montr&#233; toute la prison, les pr&#233;aux, les ateliers, les cachots etc., d&#233;signa du doigt un local, en faisant un geste de d&#233;go&#251;t :
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne m&#232;ne pas l&#224; votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Hao ! fit Lord Durham, et qu'est-ce ?
&lt;br /&gt;&#8212; C'est le troisi&#232;me sexe, milord. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de Honor&#233; de Balzac, &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des courtisanes&lt;/i&gt;. Cit&#233; par Murat Laure, &lt;i&gt;La loi du genre : une histoire culturelle du troisi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, Paris : Fayard, 2006, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oscar Wilde aurait d'ailleurs dit dans la &lt;i&gt;Revue des deux mondes&lt;/i&gt; : &#171; Le plus grand chagrin de ma vie ? La mort de Lucien de Rubempr&#233; dans &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des courtisanes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Lowry, &#171; Natalie Barney's Salon : A Crucible for Sapphic Sisterhoods and Creative Networks &#187;, &lt;i&gt;Sextant&lt;/i&gt;, n&#176; 40, 2023, DOI : 10.4000/sextant.2693.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il importe toutefois de faire attention &#224; un point douteux, voire douloureux, de cette p&#233;riode : si Andr&#233; Gide, et plus tard Tony Duvert, par exemple, s'afficheront en tant qu'homosexuels, il le feront aussi en pratiquant ce qu'ils appellent la &#171; p&#233;d&#233;rastie &#187; au sens o&#249; on l'entend p&#233;dophilie ou p&#233;docriminalit&#233; &#8212; dans un contexte historique o&#249; on instrumentalisait &#233;galement cette accusation afin d'emp&#234;cher des relations consentantes entre personnes majeures sexuellement et du m&#234;me sexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyon-Caen Judith, &lt;i&gt;La griffe du temps : ce que l'histoire peut dire de la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 2019, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meizoz J&#233;r&#244;me, &#171; Ce que l'on fait dire au silence : posture, ethos, image d'auteur &#187;, &lt;i&gt;Argumentation et analyse du discours&lt;/i&gt;, n&#176; 3, 2009, DOI : 10.4000/aad.667.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault Michel, &#171; L'&#233;thique du souci de soi comme pratique de la libert&#233; &#187;, entretien avec H. Becker, R. Fornet-Betancourt, A. Gomez-M&#252;ller, 20 janvier 1984, &lt;i&gt;Concordia. Revista internacional de filosofia&lt;/i&gt;, n&#176; 6, juillet-d&#233;cembre 1984, pp. 99-116. En ligne : &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/MFoucault212.html#:~:text=L'%C3%AAthos%&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/MFoucault212.html#:~:text=L'%C3%AAthos%&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
20implique%20aussi%20un,avoir%20des%20rapports%20d'amiti%C3%A9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; l'article fondateur du courant structuraliste en litt&#233;rature, &#171; La mort de l'auteur &#187; publi&#233; par Roland Barthes &#8212; lui aussi gay, mais du genre plut&#244;t discret &#8212; en 1968, qui vise &#224; effacer totalement le concept d'intention d'auteurice dans le texte litt&#233;raire. Le texte est consid&#233;r&#233; comme une totalit&#233; close par rapport au monde et &#224; saon cr&#233;ateurice. Foucault souscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
lui aussi &#224; une telle approche lorsqu'il appelle &#224; la dissolution de l'humain dans les derni&#232;res lignes de l'&lt;i&gt;Arch&#233;ologie du savoir&lt;/i&gt;. Cependant, afin de pouvoir perdre son visage, il faut d'abord&lt;br class='autobr' /&gt;
en avoir un (voir &#224; cet &#233;gard la critique de Norman Ajari sur Foucault) : on voit ici une tension entre l'effacement (historique, mais aussi physique) des auteurices minoritaires et l'approche&lt;br class='autobr' /&gt;
structuraliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kristeva Julia (dir.), &lt;i&gt;Notre Colette&lt;/i&gt;, Presses universitaires de&lt;br class='autobr' /&gt;
Rennes, 2004, DOI : 10.4000/books.pur.29585, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lindon, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Le Bitoux, Le gu&#234;pier des ann&#233;es Gai Pied,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.france.qrd.org%2Fmedia%2Fgai%2520pied%&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.france.qrd.org%2Fmedia%2Fgai%2520pied%&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2F#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url, consult&#233; le 2 mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche Friedrich, &lt;i&gt;Seconde consid&#233;ration inactuelle&lt;/i&gt; (trad. Henri Albert), Les &#201;chos du Maquis, 2011, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le monstre au cabinet</title>
		<link>https://trounoir.org/Le-monstre-au-cabinet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Le-monstre-au-cabinet</guid>
		<dc:date>2026-01-11T22:50:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Anus</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>Paul B. Preciado</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand le Monstre fait effraction dans le dispositif du cabinet de psychanalyse ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Anus-+" rel="tag"&gt;Anus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Monstre-+" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Paul-B-Preciado-+" rel="tag"&gt;Paul B. Preciado&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Fiction-+" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Quentin-Dubois-+" rel="tag"&gt;Quentin Dubois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-transfeminisme-+" rel="tag"&gt;transf&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Idees-+" rel="tag"&gt;Id&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/tabac_anus.jpg?1766409542' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte dramatise la rencontre loup&#233;e entre la figure du Monstre (Preciado) et celle de l'Homoanalyste (&lt;i&gt;Queer Psychanalyse&lt;/i&gt;). Il s'agit, par les voies de la fiction (Bataille, Klossowski), de poser les probl&#232;mes propres &#224; leur pens&#233;e : ainsi du c&#244;t&#233; de l'Homoanalyste, la question de l'absence de l'anus dans l'enti&#232;re de la r&#233;flexion de l'ouvrage de Fabrice Bourlez : dans son entreprise de destabulisation du phallus, l'Homoanalyste n'entrevoit pas une seule seconde la force de rupture et de destruction de l'anus (pourtant elle-m&#234;me d&#233;j&#224; soulign&#233;e par Lacan dans l'analyse de la psychose). L'Homoanalyste a forclos son anus, il est un corps qui se r&#234;ve sans trou. Du c&#244;t&#233; du Monstre, toute la question de la contra-sexualit&#233; est celle du passage du r&#233;gime social phallique (contrat social) &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; anale (contra-sexualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le premier num&#233;ro de la revue papier de Trou Noir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle on peut convaincre sans raisonner est fort ancienne quoique toujours camoufl&#233;e sous les &#233;pais opuscules des Philosophes. Elle est ancienne parce qu'elle prit une certaine consistance chez ceux qui ont fait de la d&#233;bauche un guide bien plus fiable et que l'on ne per&#231;oit dans le langage homosexuel plus qu'en demi-teinte. Mais cette virulence, qui est celle du phantasme, se signe dans le soubassement d&#233;sirant qui &#233;chappe &#224; toute communication d'un langage et d'une conscience &#233;purante ; ce qui pointe &#224; de l'incommunicable, v&#233;ritable chemin que le d&#233;sir sodomistique a employ&#233; et dans lequel il s'est longtemps lanc&#233; de toutes ses forces. Cette perversion, car il faut bien la nommer, est tout enti&#232;re barbare, c'est-&#224;-dire f&#233;roce et d&#233;licieuse ; elle est le t&#233;moin de l'incommunicable dans le volte-face cach&#233; au civilisationnel qui l'a produite tandis qu'elle en vicie les fondements qui s'y trouvent comme une b&#234;te cach&#233;e sous terre se gave des racines d'une plante malade que les bestiaires botaniques ont baptis&#233;e : &lt;i&gt;Civitas Occidentalis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut un heureux hasard &#8211; mais ancr&#233; dans la n&#233;cessit&#233; d'un geste calcul&#233;, y entendre complot&#233; &#8211; pour qu'un jour, un h&#233;ritier de la barbarie pousse la porte du cabinet d'un analyste. Il est entr&#233; dans le b&#226;timent, a travers&#233; la salle d'attente vide &#8211; quelques cro&#251;tes mani&#233;ristes au mur que l'on rencontre souvent malgr&#233; soi ou bien dans les cabinets des psychanalystes lacaniens ou bien dans les appartements d'homosexuels parisiens. Et il se fait que l'un est dans l'autre sans disjonction : le cabinet d'un lacanien homosexuel. C'est l'assurance sur la face et le vice dans les membres qu'il p&#233;n&#232;tre dans la pi&#232;ce o&#249; l'attend l'analyste. Notre h&#233;ros s'appelle Monstre et c'est ainsi qu'il se pr&#233;sente &#224; l'analyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste lui fait signe de s'asseoir sur le divan, le monstre s'ex&#233;cute &#224; demi en se tenant droit sur le bord, &#224; peine une fesse dessus. Car il faut dire que le monstre, quoi qu'empli d'un sombre dessein &#8211; et que je puis d&#233;j&#224; vous dire bien sombre tant de l'analyste il en laissera une carcasse &#8211;, se m&#233;fie ; et c'est l&#224; une m&#233;fiance &#233;vidente lorsque l'on se tient face &#224; un corps lisse, c'est-&#224;-dire d&#233;pourvu d'anus, et face &#224; une t&#234;te bien remplie de signes math&#233;matiques, c'est-&#224;-dire sans la perception accrue de cet anus. Disons encore que l'analyste n'inspire aucun d&#233;sir au monstre ; et ce dernier n'en &#233;prouve lui-m&#234;me pas le moindre si ce n'est de faire d&#233;border depuis son bas fond la perversion la plus sacr&#233;e. Car si ces deux ont fini de la sorte, an&#233;antis, c'est qu'une nature s&#339;ur se devine pour l'un et l'autre. L'une attend d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;e, l'autre est la menace p&#233;n&#233;trante qui l'effectue dans ce geste commercial superbe qu'est la complicit&#233; de deux pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre se met &#224; parler. Et cependant qu'il entreprend son discours, des crispations premi&#232;res saisissent l'analyste. Elles ne sont l&#224;, que l'on s'en rassure, que toutes banales en contrepoint des horreurs qui le viendront saisir avant la fin de s&#233;ance, dans ce long r&#226;le pareil &#224; celui des b&#234;tes presque crev&#233;es. Le monstre commence &#224; parler, donc, dans un langage qui peut para&#238;tre confus &#224; ceux qui n'entendent que par le r&#233;seau des arguments ossifi&#233;s de la raison. Mais je vous le rends comme je le puis, du plus profond de mon mien d&#233;sir, et dans la plus grande rationalit&#233; qui me castre souvent l'esprit, celle qu'un psychanalyste pourrait entendre, comme une&lt;i&gt; th&#233;orie des quatre discours &lt;/i&gt; mais qui ne suit l&#224; aucun ordre logique tant le phantasme ne se laisse pas enserrer dans des simplifications formelles. C'est l'histoire de la b&#233;ance, dit-il, les quatre discours de la monstruosit&#233;. N'importe qui essaierait d'y raisonner, dirait du monstre qu'il distingue des &#234;tres quatre positions dont chacune entretient un rapport pr&#233;cis, d'&#233;lection ou de refus, &#224; la Chose et &#224; la Notion, c'est-&#224;-dire &#224; l'anus comme trou qui avale les solides et l'anus comme principe actif de destruction. Et c'est par l'&#233;talage d'une histoire de ces diff&#233;rents monstres c&#233;l&#233;brant et la destruction et l'absorption que s'&#233;tablit le discours du monstre. Une sorte de &lt;i&gt;L&#233;gende dor&#233;e&lt;/i&gt; retourn&#233;e sur elle-m&#234;me, le s&#233;ant au-dessus, puisqu'il s'agit d'y faire place, non &#224; la saintet&#233;, mais &#224; des infamants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est le discours de la Chose exhib&#233;e avec une force et une passion qu'aucun peuple ne vit depuis ; c'&#233;tait la d&#233;liaison de l'empereur H&#233;liogabale. Le Monstre raconte &#224; rebours comment H&#233;liogabale, des latrines de sperme a fini dans un berceau de merde. Encore adolescent, ce pr&#234;tre du soleil s'&#233;tait donn&#233; tant &#224; ses m&#232;res qu'aux soldats plus &#226;g&#233;s de sa garde rapproch&#233;e. Ce fut la conspiration des m&#232;res, pleines de ranc&#339;ur &#224; l'encontre de Rome et de sa lign&#233;e d'empereurs m&#233;diocres, sans l'&#233;paisseur du vice, qui avait fait du jeune H&#233;liogabale le candidat &#224; la t&#234;te de la Ville. Apr&#232;s avoir d&#233;fait les troupes ennemies et les aspirants au pouvoir, Heliogabale fut l&#233;gitimement d&#233;sign&#233; empereur et quitta sa Syrie natale dans un long cort&#232;ge priapique qui prit fin aux portes de Rome. Le monstre marque l'insistance : dans cette profession de foi, H&#233;liogabale avait exig&#233; que le char se retourn&#226;t devant la Ville romaine ; et le jeune homme d'&#233;carter ses deux fesses pour s'assurer que l'&#233;paisse forteresse, avec tout ce qu'elle comprend de soldats, de nobles et de cochers, le p&#233;n&#233;tr&#226;t jusqu'aux entrailles sombres. Le drame historique a &#233;t&#233; de n'avoir pas laiss&#233; assez de temps &#224; cet empereur pour amener sur terre la fusion de la Chose et de la Notion par son anus de glouton ; et l'on a pu faire grand cas de ses m&#339;urs monstrueuses mais rarement de la grandeur de son projet d'&#233;tablir l'ordre nouveau de la perversion. Il a fini &#233;gorg&#233; et d&#233;pec&#233; dans les latrines de son jardin. Les historiens ne mentionnent nullement la gorge tranch&#233;e mais je tiens pour s&#251;r qu'on a sanctionn&#233; sa bouche de suceur par un tel supplice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste, stup&#233;faction dissimul&#233;e face &#224; cet &#233;trange patient, hoche lentement la t&#234;te aux longues descriptions que ne manque pas de fournir le monstre de cette profession de foi d'H&#233;liogabale. Du bruit des sabots des b&#339;ufs au cliquetis des corps forniquant sur le char, des couleurs chaudes des &#233;pices qui recouvrent le corps de l'empereur et des encens qu'on a pris soin de faire diffuser dans la foule, rien n'est omis et l'on y reconna&#238;t l&#224; le souci du d&#233;tail qui a &#233;t&#233; celui des &#233;crivains romains. L'analyste se tr&#233;mousse et c'est l&#224; comme si quelque chose &#224; peine commence de monter en lui, en tapotant au fondement ; c'est qu'il ne parvient m&#234;me plus &#224; &#233;crire en ligne droite, sa main semble choisir l'&#233;criture en diagonale, quelques mots comme s'il ne peut &#224; pr&#233;sent plus penser que par la bande. D&#233;j&#224; son corps se d&#233;plie, lui qui a &#233;t&#233; si longtemps comme crucifi&#233; sur lui-m&#234;me. Je crois que l'on peut dire que c'est le moment o&#249; la notion lui est apparue une contrainte &#224; la poursuite de son entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une cons&#233;quence &#233;vidente de la vie glorieuse d'H&#233;liogabale et qui ne rencontrerait aucune excitation dans son bas fond &#224; l'&#233;coute attentive de celle-l&#224; serait un &#234;tre d&#233;finitivement perdu, &#224; savoir un civilis&#233;. On trouve dans l'histoire de cet empereur mille fois triomphants des soldats romains et qui a r&#233;ussi le grand &#339;uvre de recruter dans la monstruosit&#233; plus de la moiti&#233; de la cour et de la ville, le mode d'emploi de toute anarchie. Car le monstre voit en l'analyste les m&#234;mes murs et les m&#234;mes r&#233;sistances que ceux de la ville romaine et il faut faire de son discours, sans le cort&#232;ge des arguments, la tentative d'une destruction. L'analyste n'a de toute &#233;vidence pas encore entendu le projet &#8211; il ne le comprendra que plus avant, c'est-&#224;-dire &#224; quatre pattes. Mais d&#233;j&#224; des forces s'agitent en lui et murmurent comme des petits d&#233;mons qu'ils vont poindre hors de lui ; bient&#244;t l'exhibition de leur pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut du phantasme dire avec certitude que ceci : il y a en nous des g&#233;nies, c'est-&#224;-dire des forces barbares qui ne demandent qu'&#224; se pr&#233;cipiter hors de l'enveloppe et au-dedans de l'autre comme autant qu'il peut nous remplir. Car c'est bien ce que le Monstre doit nous rappeler dans l'oubli progressif du phantasme : nous sommes tout entiers pris dans la destruction et c'est parce qu'elle est le principe premier infligeant des f&#234;lures, que la jouissance est possible. Il ne s'agit pas ici d'op&#233;rer dans l'abstrait, soit de convaincre par le langage rationnel, mais de suivre la d&#233;sorganisation du corps pour en trouver ce principe grav&#233; sur le frontispice de la demeure des monstres : toute surface de ton corps jouit dans l'exc&#232;s. Et ce n'est que lorsque la bouche ne sert plus &#224; manger, le phallus &#224; reproduire, les mains &#224; tailler des outils et l'anus &#224; chier, que le corps sans parcelle appara&#238;t : et la bouche suce, le phallus inonde &#224; tire-larigot, les mains branlent et se d&#233;couvrent bourrelles, et l'anus est le r&#233;ceptacle de tout cela, comme une immense jarre de vin, comme la Chose qui maintient encore du sacr&#233; dans ce bas monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors de tout l'espace du dicible, de toute op&#233;ration rationnelle, &lt;i&gt;hors de la connaissance donc&lt;/i&gt;, s'&#233;chauffent l'incommunicable et son cort&#232;ge d'impulsions que nous peinons &#224; rendre par la notion ; tout au plus, on les peut saisir par le complot des &#226;mes monstrueuses : celles qui, d&#232;s l'enfance frapp&#233;es du tort, calculent le coup &#224; faire et s'y jettent &#224; la fureur. Non pas pour l'amour du r&#233;sultat &#8211; une dissolution des esprits et une destruction des tissus musculaires trop bien organis&#233;s, mais pour l'amour du processus lui-m&#234;me qui y conduit et ainsi bien nomm&#233; : monstruosit&#233;. La connaissance n'advient qu'avec le r&#233;sultat du processus de la raison, et cherche &#224; &#233;tablir des constantes qui se pourront r&#233;p&#233;ter comme deux masses dans une physique des collisions ; il faut dire que la monstruosit&#233; est une non-connaissance qui atteste des singularit&#233;s si radicales que la collision devient une bagarre des chairs dont ne sortent plus des organismes mais des boules nerveuses incapables de se r&#233;organiser. Une physique de l'accident g&#233;n&#233;ral du &lt;i&gt;supp&#244;t&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre poursuit sa confuse description des vies noires. Le deuxi&#232;me discours a trouv&#233; son expression dans le corps m&#234;me d'un homme honn&#234;te &#8211; un pr&#233;sident de chambre ! &#8211; devenu une somme de nerfs qui s'ajoutent sans cesse, impossible &#224; quantifier. C'est le discours o&#249; la Chose se r&#233;alise tout enti&#232;re, c'est-&#224;-dire que le corps est un immense anus, et juste cela, et qu'il re&#231;oit les lumi&#232;res du soleil divin ; et il d&#233;lire dans cette &#233;nergie chaleureuse. C'est le discours du Pr&#233;sident Schreber. Le monstre sort de sa mallette des notes, &#233;claircit sa voix et lit, avec une telle aisance qu'il semble le faire de t&#234;te, comme si, ayant pass&#233; la nuit enti&#232;re dans un bureau faiblement &#233;clair&#233;, il les avait r&#233;p&#233;t&#233;es plus d'une dizaine de fois. Il dit qu'elles appartiennent &#224; un pr&#233;sident viennois et qu'il les a re&#231;ues en mains propres d'un m&#233;decin. On y lit : &lt;i&gt;M&#233;moires d'un n&#233;vropathe ou comment je me fis enculer par les rayons solaires de Dieu, fut gros de ses &#339;uvres et en devint son &#233;pouse assum&#233;e. Traduit depuis la langue des oiseaux.&lt;/i&gt; Il souligne comme une sorte de mise en garde la mal&#233;diction que subissent ceux dont tout le corps semble perdre les organes, c'est-&#224;-dire se d&#233;sorganise en une immense masse de nerfs qui s'excitent mutuellement &#224; mesure que Dieu s'y enfonce. C'est un terrible sort que d'&#234;tre encul&#233; par l'&#201;ternel et je ne le souhaite &#224; personne tant la nervosit&#233; produite par l'excitation confine au d&#233;lire et imprime une dette interminable, bien pire que la marque de Ca&#239;n. L'analyste ne parvient gu&#232;re &#224; dissimuler son embarras ; s'il a d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233; le cas de cette bougresse de Schr&#233;ber, la lecture que lui en fait le monstre rompt avec tout le commentaire s&#233;rieux de l'&#201;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perversion ne peut se d&#233;gager qu'en empruntant l'autre voie, obscure et irrationnelle, que les sodomites &#233;prouvent &#224; chaque bouff&#233;e d'air. Car les homosexuels apprennent &#224; parler deux fois ; et sous le langage de la raison qui leur permet de communiquer aux civilis&#233;s, se musse la langue des oiseaux ; l'incommunicable nervosit&#233; des monstres. Disons encore que la perversion est l'arri&#232;re-sc&#232;ne du langage et seul l'&#233;talage des l&#233;gendes anales peut la rendre perceptible dans l'exigence qu'elle nous impose quotidiennement, sa contrainte dans les gestes irrationnels ; elle est le lupanar qui offusque l'Histoire &#224; mesure qu'elle trouve de nouveaux candidats &#224; sa monstruosit&#233;. Et elle les trouve en faisant forniquer cochers et empereurs, pr&#234;tres du soleil et soldats, pr&#233;sident nerveux et Dieu lui-m&#234;me, dans une fusion qu'on a pu dire anarchie. Pour le monstre, c'est assur&#233;ment l&#224; l'honneur le plus grand que d'&#234;tre choisi par un h&#233;ritier de cette perversion. Il y choisit sans quelque raisonnement pr&#233;alable possible, hors de l'entendement ou dans les marges absolues de ce dernier, des &#234;tres d&#233;j&#224; marqu&#233;s par la lourdeur immorale et aptes &#224; la d&#233;velopper dans le bas creux des autres. Notre analyste en porte les stigmates heureux ; il a &#233;t&#233; greff&#233; &#224; la perversion, fondu en elle, d&#232;s les premi&#232;res chaleurs de l'enfance, entendons &#224; la premi&#232;re bite du voisinage qu'il a suc&#233;e. Depuis le d&#233;but, il est de cette chose rare comme d'une aristocratie barbare parmi les civilis&#233;s : non l'innocent, non le coupable mais le candidat. Candidat &#224; la monstruosit&#233; int&#233;grale, il consent ; et les r&#233;sistances ne sont point celles de son d&#233;sir, qui est de toute mani&#232;re entach&#233; par le d&#233;rangement originel, mais des remparts tout entiers moraux c'est-&#224;-dire nuls et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces deux discours o&#249; il manque l'unit&#233; de la Chose et de la Notion, respectivement &#224; partir de la Notion englobante pour le premier et &#224; partir de la Chose &#233;talante pour le deuxi&#232;me, succ&#232;de le troisi&#232;me discours o&#249; les deux manquent. C'est le terrible discours de la forclusion et on l'appelle, pour des raisons &#233;videntes, le discours de l'Analyste en ce que ce dernier n'a jamais cru bon de parler de son anus puisque, l&#224; est l'abomination, il n'en a pas : la Chose y est absente et la Notion forclose. Car c'est bien de la sorte qu'en psychanalyse on nomme le rejet primordial de la notion mais la confondant avec le phallus, on ne fait que se rendre aveugle &#224; son sens v&#233;ritable qui est celui d'une cl&#244;ture du corps et d'une fermeture des sens : anus bouch&#233;, corps pas-trou&#233;, &lt;i&gt;lalangue &lt;/i&gt; qui ne peut briser les r&#233;sistances de mon orifice quand ta bouche s'y colle. C'est l&#224;, sans aucune h&#233;sitation, le discours le plus terrible puisqu'il est celui des corps civilis&#233;s qui se r&#234;vent surfaces lisses. Le monstre ne sort aucun livre, ni aucune note ; c'est que c'est face &#224; lui que se tient celui qui a forclos. Ainsi, l'analyste pressent qu'il est en question, de lui. Et de son corps sans trou et tout entier droit comme un T, un phallus renvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre lui affirme que toute clinique est clinique de l'anus ; et que c'est l&#224; une op&#233;ration inutile que d'arrimer le sujet aux incestueux &#339;dipiens &#8211; qui sont l&#224; de minables incestes puisque dans leur famille, il n'y a que les femmes qui se soient fait baiser et jamais les anus des boiteux n'ont connu comme le jeune H&#233;liogabale la p&#233;n&#233;tration de leur chair. Une &#233;trange orthop&#233;die anale est d&#233;taill&#233;e par le monstre qui d&#233;signe sa victime par le sobriquet d'anal lisse &#8211; il faut le noter, pour notre monstre, l'imagination vicieuse pallie la finesse de l'esprit ou peut-&#234;tre se moque-t-il par l&#224; des disciples de Lacan. Mais nous pouvons de l&#224; dire que c'est le projet qui s'affirme et qui prend maintenant consistance dans la petite salle de cabinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu n'as pas d'anus, voici ta honte ! Les non-trou&#233;s errent ! &#187; &#192; ces mots, l'analyste se retourne comme si la main invisible de toute la lign&#233;e qu'il vient d'entendre le saisit et place, face &#233;cras&#233;e, sur le bureau. Le monstre s'approche, abaisse le pantalon qui s'est pliss&#233; dans l'excitation et commence &#224; d&#233;crire ce qu'il y voit avec la minutie des m&#233;decins qui s'&#233;taient autrefois occup&#233;s d'une fistule royale, la t&#234;te dans le s&#233;ant du Bourbon. &#192; la l&#233;g&#232;re diff&#233;rence que le monstre ne voit rien ; le corps est, hors pilosit&#233;, lisse ; il n'y a aucune trace de la chose ou du moins il y a un petit et minuscule trou, &#224; peine plus large qu'une t&#234;te d'&#233;pingle. Le monstre ouvre sa mallette et en sort un &#233;norme gode, dont on ne sait s'il est plus long qu'un bras ou plus large qu'une cuisse, ainsi qu'un carnet vierge, mais tout pr&#234;t &#224; recueillir les observations de ce corps insolite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait glisser ce gode du haut du dos vers le bas, du cou jusqu'au coude. Il se faufile comme une couleuvre devant le torse, fait un retour inattendu sur ce que les Anciens ont appel&#233; le plexus solaire mais o&#249; de toute &#233;vidence les rayons n'ont eu aucune entr&#233;e sodomistique. Ce corps contient une curieuse sortie mais qui ne se fond nullement avec l'entr&#233;e de telle sorte que son trou est ferm&#233; &#224; tout corps &#233;tranger tandis qu'il s'ouvre par intermittence pour rejeter. C'est l&#224; le trou civilis&#233;, c'est-&#224;-dire clos et &#224; la cl&#244;ture d&#233;limit&#233;e, furieusement hostile au dehors. Le contrat social du cul de celui qui a dit : &#171; Ceci est mien et quiconque voudra s'en approcher, c'est-&#224;-dire m'enculer, sera hors la loi, brigand, pervers ! &#187;. Il appartient au monstre de le contraindre avec la d&#233;licieuse barbarie dont il est l'h&#233;ritier, de l'ouvrir de toute sa circonf&#233;rence. Et cependant qu'il a les yeux face &#224; la curieuse citadelle de chair, il y d&#233;c&#232;le une petite f&#234;lure qui l'intrigue au plus haut point. Il saisit son carnet et &#233;crit : th&#233;orie du maillon charnel le plus faible. C'est par l&#224; qu'il pourra introduire, en toute s&#251;ret&#233; et avec des chances de r&#233;ussite optimales &#8211; le calcul est rapide quoique trop savant pour &#234;tre ici d&#233;crit &#8211;, l'&#233;pais gode qu'il a d&#233;pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; de lui, non loin de sa main droite occup&#233;e &#224; &#233;crire tandis que la gauche d&#233;gage une fesse pour l'examen de la f&#234;le et l'auscultation du tapage de la race maudite qui attend derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste n'a d'autre choix que de poser ses yeux sur l'objet du supplice. Il est de facture m&#233;diocre, point de fantaisie inutile. &#192; mille lieux de la pompe baroque qu'il appr&#233;cie. En ce gode, tour &#224; tour b&#226;ton et carotte, il y a l'heureuse conviction &#224; venir. Dans le carnet que remplit fr&#233;n&#233;tiquement le monstre et dans lequel il a repr&#233;sent&#233; le gode, on peut distinguer le titre : &lt;i&gt;Trait&#233; d'&#233;conomie contra-sexuelle&lt;/i&gt;. C'est que maintenant le monstre est &#233;conomiste et d&#233;taille le commerce des fluides, les points o&#249; ils se coupent puis se reconnectent avant que de se recouper. Le monstre prend &#224; nouveau la parole et explique qu'il a saisi avec grande clart&#233; toute la fable de l'&#233;conomie et ses myst&#232;res. Que face &#224; lui, c'est l'anus privatis&#233;, la premi&#232;re cl&#244;ture pos&#233;e par le civilis&#233;. Pour le monstre, la chose est nette : il faut tirer son anus &#224; son terme, jusqu'&#224; l'extr&#234;me limite immanente du capital. Cet &#233;conomiste r&#233;p&#232;te : &#171; Production, absorption, r&#233;tention, proc&#232;s anal. &#187; La monnaie vivante est l'&#233;talon v&#233;ritable, la mesure de toute chose et du commerce &#224; venir. Le f&#233;calome marchand d&#233;couvert. &lt;i&gt;L&#224; o&#249; &#231;a sent la merde, &#231;a sent l'argent. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands trait&#233;s d'&#233;conomie sont homosexuels, c'est-&#224;-dire monstrueux : il y a celui qui a voulu &#233;prouver l'&#233;conomie dans une profession de foi p&#233;d&#233;rastique en se faisant enculer par la citadelle qui s'offrait &#224; lui, ou encore celui qui a cherch&#233; dans le d&#233;lire des nerfs les croisements mon&#233;taires, et dans les d&#233;penses somptuaires la fin de la dette &#224; Dieu. Ce qui est certain, c'est que nous avons h&#233;rit&#233; de leur vie et de leurs &#233;crits, non des mod&#232;les d'action, mais des exemples du succubat &#224; r&#233;aliser ici et maintenant sur terre. Le monstre devant l'anus de l'analyste qui se gonfle de plus en plus de sang et qui semble exhorter &#224; l'enculade poursuit l'&#233;criture de son trait&#233; d'&#233;conomie &#224; une main &#8211; l'autre toujours occup&#233;e &#224; &#233;carter la fesse droite pour que rien n'&#233;chappe &#224; son &#339;il d'&#233;conomiste du cul. La d&#233;couverte du mouvement sacr&#233; de l'anus livre la connaissance de la civilisation comme une d&#233;couverte des forces impulsionnelles qui s'y dissimulaient et qui maintenant s'exhibent, c'est-&#224;-dire contraignent &#224; l'appara&#238;tre depuis la b&#233;ance d'o&#249; sort le flux &#233;conomique. Ce qu'un psychanalyste viennois a pu r&#233;sumer par l'&#233;quation argent = merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage rationnel, c'est-&#224;-dire celui de l'&#233;conomie mercantiliste et des Philosophes, a produit un anus clos et imp&#233;n&#233;trable ; une repr&#233;sentation du st&#233;rile et de l'improductif &#8211; c'est l&#224; un jugement exp&#233;ditif et injuste car l'anus, &#224; la diff&#233;rence de la bite, ne produit aucun gadget inutile, enfants compris. C'est une &#233;conomie des fluides sans l'&#233;conomie des solides du langage et je mets au d&#233;fi quiconque d'y revendiquer quoi que ce soit comme sa propri&#233;t&#233; permanente et de dire : &#171; Voici ta dette ! &#187;. Seul le d&#233;sir homosexuel peut encore rendre compte des contours du phantasme dans la fermeture du monde et que le Monstre d&#233;couvre devant le reflux anal de son captif : toute &#233;conomie politique est avant tout une &#233;conomie libidinale, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie de sperme et de merde, dont le centre est un grand soleil qui nous &#233;chauffe de son &#233;nergie. Qui n'a pas d'anus, de r&#233;ceptacle au rayonnement solaire, est condamn&#233; &#224; errer dans ce vaste th&#233;&#226;tre de la duperie qu'est le monde civilisationnel. Le monstre le tient pour vrai face &#224; l'analyste et on en comprend d'autant mieux la m&#233;fiance qui a &#233;t&#233; la sienne lorsqu'il est entr&#233; dans le cabinet : car comment peut-on croire quelqu'un qui n'a pas d'anus ? En tout cas, moi, je me m&#233;fie de ceux qui n'ont ni la notion ni la chose et qui forclosent le lieu du combat des forces obscures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tonnerait que le monstre &#233;conomiste p&#251;t encore trouver quelque force &#224; cette exploration : c'est que l'on d&#233;couvre des forces obscures inemploy&#233;es lorsque l'on touche aux limites du monde. Mais dans cette contra-sexualit&#233;, c'est &#224; l'id&#233;e de la destruction &#224; produire qu'il faut imputer toute vigueur ; destruction non pas des parois de la citadelle, encore moins de toute cette chair, mais de l'obsession civilis&#233;e d'un corps sans trou. Il n'y a qu'un mot d'ordre anal, et c'est la complicit&#233;. Monstrueuse complicit&#233; qui s'exhibe quand la b&#233;ance est atteinte. C'est l&#224; le quatri&#232;me discours, discours de fusion de la Notion et de la Chose dans une unit&#233; d&#233;sormais ouverte. On le nomme discours de l'Apocalypse ou de monstruosit&#233; int&#233;grale en ce que s'instaure contre la civilisation morale la puissance d&#233;li&#233;e des forces impulsionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que cette petite f&#234;lure devient boursouflure &#224; mesure que les doigts du monstre effectuent des va-et-vient avec son stylo le long des remparts rouges ; de m&#234;me que les soupirs de l'analyste vont croissant, et ressemblent &#224; pr&#233;sent &#224; des anh&#233;lations d'une grosse b&#234;te. Le trait&#233; du monstre se remplit de nombreuses pages, qu'il laisse tomber une par une dans sa fr&#233;n&#233;sie. Le scribe a d&#233;j&#224; de quoi publier au moins deux tomes d'&#233;conomie (tome I, 456 pages, reproduction illicite et usage strictement limit&#233; au public, ISBN pas encore connu, tome II en cours). Dans le cabinet, o&#249; l'on ne distingue plus que des feuilles volantes tous les vingtaines de secondes, l'aboutissement semble proche au grand dam de l'analyste quoi qu'il faudrait pr&#233;ciser qu'il est empli de joie et d'excitation comme en t&#233;moigne le bourrelet rose en train de na&#238;tre de son fondement. C'est l&#224; le drame du phantasme pour quiconque c&#232;de sur son d&#233;sir et d&#233;couvre de nombreuses forces qui conspirent contre votre esprit. Le monstre poursuit son enqu&#234;te ; adonc maintenant l'issue semble b&#226;iller et prend les allures d'une b&#233;ance que notre analyste conna&#238;t fort bien, du moins de son expertise de praticien ; s'entr'ouvre encore alors qu'on imagine la chose impossible &#8211; je nomme cela n&#233;potisme de l'anus que de s'ouvrir sans cesse &#224; ceux qu'on reconna&#238;t comme ses complices et de leur assurer une place au fond de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste est couch&#233; sur le ventre et semble invoquer non plus des math&#232;mes, non plus des signifiants mais des g&#233;nies barbares que sa science ignore ; la citadelle n'est plus et la ville tout enti&#232;re d&#233;j&#224; absorb&#233;e dans cet ab&#238;me de nerfs. Il provoque le monstre qui se saisit &#224; pr&#233;sent de l'&#233;pais gode mais sans nul doute je crois pouvoir dire, dans cet amas de feuilles, que c'est l'analyste lui-m&#234;me qui l'a empoign&#233; et introduit dans son cul. Corps d&#233;sublim&#233;. L'analyste n'est plus. Il se fait &#224; la fois empereur encul&#233;, &#233;pouse de Dieu, assassin du moi, Sodome en feu. Mais analyste, certainement plus. Car il est tout &#224; la fois ces choses et rien de fixe en m&#234;me temps. S'imprime sur lui le mouvement anal qui n'est pas celui de la sublimation, d'un mouvement vertical qui monte et qui descend. Et c'est bien sur lui que le mouvement s'imprime tant il est devenu un corps sans organe, sans int&#233;riorit&#233; organis&#233;e, et pure surface d'entrechocs et d'accidents : il est mouvement de r&#233;ception totale de l'&#233;tranger et mouvement d'expulsion des images sacro-saintes de la morale. Mais il n'y a aucune innocence &#224; retrouver ni &#224; recomposer ; car le trait&#233; indique qu'il faut apprendre &#224; se faire un anus. Et plus encore apprendre &#224; tirer son anus &#224; son terme. Ce sont l&#224; deux choses identiques puisqu'il signe le terme de tout quand il se fait &#8211; encore que la t&#226;che la plus d&#233;licate soit celle de creuser le trou. Par la pudeur qui est la mienne depuis le d&#233;but de cette histoire, je ne dirai rien de l'extr&#234;me ardeur d'un anus vorace et du mouvement d'une extr&#234;me violence qui est venu lui saccager le dedans. Tout au plus qu'une fois que cette sc&#232;ne s'&#233;tait termin&#233;e, quand quelque fluide laiteux avait inond&#233; le bureau et la moquette du cabinet, il n'y avait plus d'analyste mais deux monstres. Voil&#224; l'aboutissement ; et de tous ces discours on en trouve une formidable synth&#232;se comme une jet&#233;e hors de soi : l'&#233;conomie monstrueuse du succubat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns, plus sages que nous, avaient pu nommer &lt;i&gt;myroblyte &lt;/i&gt; ce moment suivant la mort d'un saint homme cependant que se d&#233;gageait du suintement de la carcasse intacte une d&#233;licate senteur de myrrhe. C'&#233;tait l&#224; pour s&#251;r le t&#233;moignage miraculeux de l'innocence et on les disait morts en odeur de saintet&#233;. Mais ces pieux nez n'auraient aucunement rencontr&#233; dans le cabinet les aromates attendus, ni les parfums amers des r&#233;sines ; &#224; dire vrai on n'y inhale que des miasmes de foutre et de merde que la sueur du corps &#224; l'anus nouveau exacerbe. Ici la myroblyte est invers&#233;e. Le monstre sort, l'&#339;uvre &#233;tant faite c'est-&#224;-dire une inf&#226;me bougresse engendr&#233;e &#8211; voil&#224; le paiement de la s&#233;ance, une monnaie presque morte. L'analyste se redresse et, titubant comme un animal &#233;puis&#233; de sa course, se jette sur son divan. Il expire dans un certain apaisement en odeur de monstruosit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;l&#233;ments d'une politique non h&#233;ro&#239;que</title>
		<link>https://trounoir.org/Elements-d-une-politique-non-heroique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Elements-d-une-politique-non-heroique</guid>
		<dc:date>2025-09-26T07:34:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Mariage</dc:subject>
		<dc:subject>Droits LGBTQI+</dc:subject>
		<dc:subject>Antisocial</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
		<dc:subject>Dialogue</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>Lorenzo Bernini</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour une ontologie perverse du n&#233;o-fascisme contemporain.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2025-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2025&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mariage-+" rel="tag"&gt;Mariage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Droits-LGBTQI-+" rel="tag"&gt;Droits LGBTQI+&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Antisocial-+" rel="tag"&gt;Antisocial&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Queer-+" rel="tag"&gt;Queer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Dialogue-+" rel="tag"&gt;Dialogue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Quentin-Dubois-+" rel="tag"&gt;Quentin Dubois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lorenzo-Bernini-+" rel="tag"&gt;Lorenzo Bernini&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/couverturephilosophiesqueer.webp?1756456945' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A la suite de la parution en fran&#231;ais de&lt;a href=&#034;https://www.eterotopiafrance.com/catalogue/philosophies-queer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; Philosophies Queer&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Eterotopia (2024)&lt;/a&gt;, s'est engag&#233; entre Lorenzo Bernini et Quentin Dubois un dialogue autour, d'une part, de la situation politique actuelle en France et en Italie, des investissements fascistes mais aussi, en r&#233;ponse, des tentatives de r&#233;articuler les demandes de droits et de protection avec un projet r&#233;volutionnaire ; et, d'autre part, les mani&#232;res d'h&#233;riter de ce qui a &#233;t&#233; nomm&#233; &#171; queer antisocial &#187;, amalgame de pratiques et de th&#233;ories h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui revendiquent la n&#233;gativit&#233; comme moteur politique. Paru dans le nouveau num&#233;ro &lt;i&gt;Pulsions fascistes&lt;/i&gt;, ce dialogue s'intitule &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une politique non h&#233;ro&#239;que. Pour une ontologie perverse du n&#233;o-fascisme contemporain&lt;/i&gt;. Trou Noir remercie Lorenzo Bernini pour sa participation patiente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; Dans ton ouvrage, tu d&#233;tailles et ouvres le champ d'une philosophie queer &#224; partir d'une &#171; ontologie de l'actualit&#233; &#187; &#8211; l'expression est de Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On la trouve dans sa le&#231;on du 5 janvier 1983 de son cours au Coll&#232;ge de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tu soulignes son apparente contradiction en ce que l'ontologie devrait marquer un mouvement arr&#234;t&#233;, une certaine fixit&#233;. Or pour toi, c'est toute l'importance du geste critique que de faire intervenir l'actualit&#233; : la philosophie queer s'inscrirait dans ce geste critique des institutions actuelles. Peux-tu dans un premier temps nous parler de ce geste de lier par la critique l'actualit&#233; &#224; un &lt;i&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt; et les pratiques qui y sont li&#233;es ? En partant de cette le&#231;on de Foucault, d'une ontologie de l'actualit&#233; &#224; partir de nous-m&#234;mes, comment peut-on comprendre ce nous-m&#234;mes et comment &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; nous-m&#234;mes se trouve amplifi&#233; par la critique de l'identit&#233; queer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini :&lt;/strong&gt; Nous aurions tort de consid&#233;rer les mesures ex&#233;cutives du Trump r&#233;&#233;lu contre les personnes trans et non binaires comme les caprices d'un autocrate : elles sont plut&#244;t le r&#233;sultat d'un processus historique de longue dur&#233;e, qui implique les &#201;tats-Unis, l'Europe, le monde entier. Depuis les ann&#233;es 1990, une r&#233;action f&#233;roce est en cours contre les acquis des mouvements LGBTQIA+, qui prend &#233;galement la forme de la campagne des droites contre ce qu'on appelle la th&#233;orie/id&#233;ologie du genre. Dans cette campagne, les savoirs f&#233;ministes et queer sont diabolis&#233;s, d&#233;crits comme des id&#233;ologies dangereuses visant &#224; effacer la diff&#233;rence entre hommes et femmes et &#224; imposer l'homosexualisation et la transsexualisation de l'enfance &#224; travers on ne sait quels programmes &#233;ducatifs. En r&#233;ponse &#224; ces absurdit&#233;s, j'insiste sur le fait que les th&#233;ories queer sont des philosophies critiques, c'est-&#224;-dire l'exact contraire de ce que Marx nous a appris &#224; appeler &#171; id&#233;ologie &#187;. L'id&#233;ologie est en effet une mystification de la r&#233;alit&#233; visant &#224; faire appara&#238;tre comme naturel ce qui est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sultat de rapports de pouvoir historiques. Alors que les th&#233;ories queer critiquent cette repr&#233;sentation id&#233;ologique de la r&#233;alit&#233; qui attribue le caract&#232;re de naturel &#224; la seule h&#233;t&#233;rocisualit&#233; reproductive, qui rel&#232;gue toutes les autres expressions de la sexualit&#233; au r&#244;le pervers de contre-nature, de pathologique, d'ill&#233;gal, qui impose le pouvoir de l'h&#233;t&#233;rocissexualit&#233; reproductive sur celles qui sont consid&#233;r&#233;es comme des expressions minoritaires de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ontologie de l'actualit&#233; &#187; est l'une des mani&#232;res dont Foucault, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, a d&#233;fini sa fa&#231;on de faire de la philosophie critique : c'est une formule en soi paradoxale car ontologie signifie &#171; discours sur l'&#234;tre &#187;, et traditionnellement, depuis Parm&#233;nide, l'&#234;tre est d&#233;fini par la philosophie comme ce qui est immuable et &#233;ternel, et non comme ce qui est en acte et donc devient. Faire de la critique signifie plut&#244;t reconna&#238;tre que le philosophe/la philosophe n'est pas un &#234;tre surhumain qui peut observer l'&#234;tre dans son &#233;ternit&#233;, comme s'il/elle pouvait adopter le point de vue de Dieu, mais est un &#234;tre humain comme les autres, qui saisit de la r&#233;alit&#233; ce qu'il/elle peut, &#224; partir de son positionnement particulier dans l'espace et le temps, de la tradition &#224; laquelle il/elle appartient, du moment historique dans lequel il/elle se trouve - et qui participe au mouvement de l'histoire avec sa pratique th&#233;orique. Le philosophe/la philosophe critique n'affirme donc pas de v&#233;rit&#233;s absolues sur la permanence de l'&#234;tre, mais remet en question les v&#233;rit&#233;s que ceux/celles qui d&#233;tiennent le pouvoir professent sur l'&#234;tre pour maintenir leur propre pouvoir, et ce faisant contribue &#224; la cr&#233;ation de l'&#234;tre dans un sens nouveau, ouvrant de nouvelles possibilit&#233;s &#224; la praxis, sans pr&#233;tendre les gouverner : il/elle agit sur l'&#234;tre, en somme, l'actualise. Jamais seul.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault soutient que l'ontologie de l'actualit&#233; est aussi toujours une ontologie de nous-m&#234;mes, une interrogation non pas sur ce que nous sommes, mais sur la fa&#231;on dont nous sommes devenu.e.s ce que nous sommes, et sur ce que nous pouvons faire de nous : non pas un exercice d'identit&#233;, donc, mais de d&#233;sidentification. Une fa&#231;on de pr&#233;senter les th&#233;ories queer &#224; partir de l'h&#233;ritage de Foucault peut donc &#234;tre de les d&#233;crire comme des savoirs &#233;labor&#233;s par les sujets sexuels minoritaires pour remettre en question les normes qui, dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, les ont d&#233;finis comme minoritaires en justifiant leur r&#233;pression et leur discrimination - et en &#233;laborant collectivement de nouvelles fa&#231;ons d'&#234;tre, en se transformant. &#192; partir du XIXe si&#232;cle, ceux que nous appelons aujourd'hui les mouvements LGBTQIA+ ont remis en question les conceptions pathologisantes et criminalisantes que la m&#233;decine, le droit, les &#233;tudes sociales modernes avaient &#233;labor&#233;es sur les minorit&#233;s sexuelles, obtenant de nombreuses victoires qui ont &#233;t&#233; des conqu&#234;tes de libert&#233;, et non des impositions id&#233;ologiques. Nous vivons aujourd'hui une p&#233;riode de r&#233;action, o&#249; les droites dont Trump est l'expression voudraient restaurer cette conception id&#233;ologique selon laquelle, par nature, il n'existerait que deux sexes et deux genres d&#233;finis par leur attraction r&#233;ciproque. Les th&#233;ories queer ne r&#233;pondent pas que deux sexes et deux genres n'existent pas, mais que l'&#234;tre du sexe e du genre n'est pas stable, qu'il est ouvert au changement &#8211; que plut&#244;t que deux sexes et de genres, il peut en exister une infinit&#233;. Et les th&#233;ories queer dite antisociales auxquelles cette revue est consacr&#233;e, ajoutent &#224; cela qu'aucun de ces sexes et genres n'est naturel, car comme l'enseigne Freud, ce n'est pas la naturalit&#233;, mais la perversion qui est le caract&#232;re universel de la sexualit&#233; humaine. Il n'est donc pas n&#233;cessaire d'une intervention &#233;ducative diabolique pour pervertir la jeunesse : elle s'en charge tr&#232;s bien toute seule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Ton livre montre que la philosophie queer est avant tout une affaire de montages r&#233;ussis : que ce soit par rapport &#224; la psychanalyse freudienne et lacanienne &#8211; le freudo-marxisme de Marcuse ou de Mieli ; le queer dit antisocial de Bersani avec Foucault et le Freud de&lt;i&gt; Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, Edelman avec Lacan rencontrant Fanon et Baldwin ; le constructionnisme de Butler proc&#233;dant &#224; des lectures fortes de la &#171; French Theory &#187;. Quel est l'int&#233;r&#234;t pour toi de saisir tous ces&lt;br class='manualbr' /&gt;montages dans la th&#233;orie critique ? Est-ce que tu consid&#232;res le geste critique comme une mani&#232;re de multiplier les perspectives sur le dispositif de la sexualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini :&lt;/strong&gt; Ce qui a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais est un de mes livres de nature introductive, que j'ai &#233;crit en m'adressant, comme &#224; des lectrices et lecteurs id&#233;aux, &#224; des &#233;tudiants/&#233;tudiantes ou &#224; des activistes qui souhaitent se faire une id&#233;e de ce domaine d&#233;sormais vaste de savoir que sont les th&#233;ories queer. Il &#233;tait n&#233;cessaire d'adopter une perspective interpr&#233;tative pour se mouvoir parmi une quantit&#233; &#233;norme de textes, et mon choix (explicitement d&#233;clar&#233; comme un choix, et donc comme un acte arbitraire et certainement contestable) a &#233;t&#233; de pr&#233;senter les th&#233;ories queer comme des philosophies politiques critiques. Je ne voulais en aucun cas sacrifier la complexit&#233; &#224; la vulgarisation, d'autant plus que la campagne anti-genre se charge d&#233;j&#224; de simplifier de mani&#232;re mystificatrice et disqualifiante les philosophies f&#233;ministes et queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre compte du caract&#232;re non id&#233;ologique, et m&#234;me critique, des th&#233;ories queer, j'ai donc cherch&#233; &#224; la fois &#224; retracer leur histoire et &#224; les reconstruire comme un vaste d&#233;bat entre des positions diff&#233;rentes et en d&#233;saccord, que j'ai appel&#233; freudo-marxisme r&#233;volutionnaire (Marcuse, Mieli), constructivisme radical (Butler, Foucault, Preciado, un certain Fanon) et th&#233;ories antisociales (Bersani, Edelman, de Lauretis, un autre Fanon). De nombreux autres auteurs et autrices sont cit&#233;s dans le texte, ramen&#233;s &#224; ces trois paradigmes qui sont certainement insuffisants pour contenir toute la richesse des th&#233;ories queer (dans d'autres de mes livres, par exemple, je trouve des &#233;l&#233;ments de th&#233;orie antisociale m&#234;me chez Foucault et Mieli), mais en m&#234;me temps, ils en rendent compte, faisant comprendre que la complexit&#233; de la sexualit&#233; emp&#234;che de la dire d'une seule mani&#232;re. Que le sexe soit une &#233;nigme changeante, qui appara&#238;t de diff&#233;rentes mani&#232;res selon la fa&#231;on dont on l'interroge. Le freudo-marxisme consid&#232;re le sexe surtout comme un d&#233;sir refoul&#233; &#224; lib&#233;rer, le constructivisme le probl&#233;matise comme une construction identitaire issue d'un appareil compliqu&#233; de normalisation, les th&#233;ories queer antisociales reviennent &#224; Freud pour mettre en &#233;vidence combien la pulsion sexuelle &#233;chappe toujours non seulement &#224; l'emprise r&#233;pressive ou normalisante du pouvoir, mais aussi au discours politique des th&#233;ories queer pr&#233;c&#233;dentes qui veulent faire du sexe un levier pour la libert&#233; du sujet qui, au contraire, est toujours assujetti &#224; la pulsion sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a raison ? Quel paradigme dit la v&#233;rit&#233; du sexe ? Aucun : mais chacun d'eux nous donne des outils pour penser, pour agir politiquement, pour faire face au caract&#232;re tragique (jamais r&#233;solu) de nos existences. Nous avons besoin de ces trois mod&#232;les interpr&#233;tatifs, et de bien d'autres, pour faire face &#224; un pr&#233;sent o&#249; le march&#233; profite abondamment de la transgression et de la jouissance, un puritanisme assimilateur croissant cr&#233;e des fractures internes aux communaut&#233;s LGBTQIA+, et une droite autoritaire et r&#233;pressive monte au pouvoir, utilisant la force perturbatrice du sexuel pour diaboliser non seulement les personnes LGBTQIA+, mais aussi les personnes racialis&#233;es (&#224; travers les mythes du migrant violeur et de la migrante dissolue &#224; disposition de l'homme blanc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; Je pense qu'il y a quelque chose &lt;i&gt;en plus&lt;/i&gt; que la th&#233;orie dite antisociale apporte et qu'une th&#233;orie critique ne peut pas pleinement saisir, cette dimension pr&#233;cise qui est celle que j'appellerais d'un &lt;i&gt;r&#233;investissement de la menace&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Q. Dubois, &#171; Homosexualit&#233; et civilisation : perspectives vitalistes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Et c'est effectivement l&#224; que le geste critique de d&#233;mystification &#8211; qui n&#233;cessite des jeux d'aller-retour interpr&#233;tatifs &#8211; s'arr&#234;te. Ces &#233;l&#233;ments antisociaux, pour reprendre l'expression de Mieli &lt;i&gt;d'&#233;l&#233;ments&lt;/i&gt;, n&#233;cessitent autre chose que l'interpr&#233;tation pour avoir une expression plus ample. C'est cette menace qui est recherch&#233;e par Bersani &#8211; celle que Hocquenghem a pos&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 70 &#8211; et que des politiques r&#233;volutionnaires ont sans cesse r&#233;investie. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que le geste critique, en restant dans une sorte de pi&#232;ge interpr&#233;tatif &#8211; des illusions &#224; combattre, des interpr&#233;tations &#224; remplacer &#8211; risque de s'enfermer dans une certaine redondance qui est celle du discours du &lt;i&gt;rassurant&lt;/i&gt; en lieu et place de celui de la &lt;i&gt;menace&lt;/i&gt;. La d&#233;mystification devient alors un &#171; N'ayez pas peur des trans*, iels... &#187;, un certain ang&#233;lisme qui a pour effet de d&#233;poss&#233;der les trans* et les queer d'une puissance politique. C'est quelque chose &#224; tenir, dans le discours publique et dans un pourparler avec la soci&#233;t&#233; civile ; mais cela ne nous m&#232;ne pas &#224; de la politique cr&#233;atrice. Je crains que ce geste critique, en ne se formulant qu'&#224; partir d'une recherche de garantie, celle d'une discussion autour des droits, n'enferme notre &#233;nonciation politique dans des coordonn&#233;es qui nous sont externes. C'est comme si nous continuions &#224; nous d&#233;battre dans le dispositif de la sexualit&#233; et &#224; accepter les discours de l'int&#233;gration qui ne peut &#234;tre qu'un &#171; lyrique pauvre du disparate sexuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, Histoire de la sexualit&#233;, t. 1 : La volont&#233; de savoir, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or une v&#233;ritable pratique de l'autonomie politique a besoin de la menace et de la r&#233;investir : c'est l&#224; que peut se brancher la multiplication des pratiques (perverses) de plaisir et les strat&#233;gies de genre(s) sans leur recodage par des discours juridiques et m&#233;dicaux. Comment saturer l'espace public par nos propres artificialit&#233;s sexuelles plut&#244;t que d'&#234;tre en position de d&#233;pendance par rapport aux discours que les institutions (droit, m&#233;decine&#8230;) tiennent sur nous ? D&#233;mystifier, est-ce que ce ne serait pas l&#224; poursuivre quelque chose comme une v&#233;rit&#233; du sexe :&lt;i&gt; nous, nous savons ce qu'est&lt;/i&gt; le genre, le sexe. Alors qu'une &#171; politique de la v&#233;rit&#233; &#187;, pour reprendre l'expression de Foucault, aurait besoin de quelque chose comme d'une ouverture permanente &#224; l'ind&#233;termination. C'est ici qu'un autre crit&#232;re du politique intervient, que Deleuze et Guattari avaient bien per&#231;u, celui de l'&lt;i&gt;exp&#233;rimentation&lt;/i&gt;. Nous avons besoin de comprendre l'ind&#233;termination &#224; partir de l'exp&#233;rimentation &#8211; un droit &#224; l'exp&#233;rimentation &#8211; avec ce qu'il a de tout sauf de rassurant &#8211; y compris pour les personnes qui s'embarquent dans des exp&#233;rimentations de genre(s), des exp&#233;rimentations situ&#233;es et encorpor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ton &lt;i&gt;Apocalissi queer : &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Elementi di teoria antisociale&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;Queer Apocalypse : Elements of Antisocial Theory&lt;/i&gt;] en 2013, tu cherches &#224; tenir l'analyse du futurisme reproductif d'Edelman avec une certaine possibilit&#233; du politique qui pourrait s'effacer chez ce dernier. Est-ce que la figure du zombie, que tu &#233;labores &#224; partir d'une lecture crois&#233;e avec le film &lt;i&gt;Otto &lt;/i&gt;de Bruce Labruce, ne cherche pas elle aussi &#224; reprendre le jeu libre de le menace et de l'ind&#233;termination dans les politiques queer ? Je crois que tu effectues l&#224; un pas suppl&#233;mentaire par rapport au geste critique en assumant une politique non-h&#233;ro&#239;que du queer : non pas d&#233;mystifier (traquer les illusions) ni interpr&#233;ter, mais laisser la place aux exp&#233;rimentations &#8211; le caract&#232;re ouvert ou ind&#233;termin&#233; de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/51mvzg_2j3l__sl1173_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/51mvzg_2j3l__sl1173_.jpg?1756457231' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;Dans mon interpr&#233;tation, la philosophie critique est toujours mena&#231;ante en soi, car elle remet en question l'ordre &#233;tabli. Socrate a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort par Ath&#232;nes pr&#233;cis&#233;ment parce que le tribunal populaire de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; a d&#233;cr&#233;t&#233; que sa pratique philosophique &#8211; qui consistait &#224; poser des questions sur la d&#233;finition des choses, et non &#224; fournir des solutions &#8211; corrompait les esprits des jeunes, minant leur foi en les dieux et leur ob&#233;issance aux institutions de la cit&#233;. En d'autres termes, parce qu'il reconnaissait - &#224; mon avis, &#224; juste titre - que Socrate exer&#231;ait une forme dangereuse de mauvaise &#233;ducation. C'est en cela, &#224; mon avis, que consiste la critique. D&#233;mystifier ne signifie pas affirmer des v&#233;rit&#233;s alternatives d&#233;finitives, mais au contraire instiller le doute sur la permanence, voire sur l'existence m&#234;me, de la v&#233;rit&#233;. (Je ne parle naturellement pas des v&#233;rit&#233;s de fait, mais de celles de valeur). Je ne vois donc aucun lien n&#233;cessaire entre la critique et une politique identitaire de revendication de droits, d'assimilation ou d'int&#233;gration. Il me semble plut&#244;t que le sujet critique se place n&#233;cessairement dans la posture d'exp&#233;rimentation transformative dont parlent non seulement Deleuze et Guattari, mais aussi Foucault lorsqu'il d&#233;finit sa pratique philosophique comme &#171; ontologie de l'actualit&#233; &#187; : remettre en question les v&#233;rit&#233;s que le dispositif savoir-pouvoir impose sur les identit&#233;s sexuelles, par exemple, conduit &#224; une d&#233;sidentification qui ouvre &#224; la possibilit&#233; de devenir autre. Cela semble tr&#232;s abstrait, dit comme &#231;a, mais c'est exactement ce qu'ont fait ceux que nous appelons aujourd'hui les mouvements LGBTQIA+, comme je le disais pr&#233;c&#233;demment. Ils ont remis en question les d&#233;finitions pathologisantes et criminalisantes que la psychiatrie avait donn&#233;es aux minorit&#233;s sexuelles, ils ont ouvert la possibilit&#233; de se dire autrement, de se faire autrement : non seulement homosexuel&#183;le&#183;s et transsexuel&#183;le&#183;s, mais lesbiennes et gays, transgenres, genderqueer, genderfluid, trans*, personnes non binaires... Penser que l'histoire s'arr&#234;te l&#224;, penser que ces &#233;tiquettes &#233;puisent la v&#233;rit&#233; des formes d'identit&#233;s sexuelles possibles et que la reconnaissance juridique de ces identit&#233;s est l'objectif ultime d'une politique de lib&#233;ration sexuelle, n'a rien &#224; voir avec la philosophie critique telle que je l'entends, qui a bien peu de rassurant. La critique ne sait pas ce que sont le genre et le sexe, elle sait plut&#244;t qu'elle ne le sait pas, et soup&#231;onne chaque fois que celles et ceux qui pr&#233;tendent le savoir le font pour d&#233;fendre leurs privil&#232;ges. Ce que j'appr&#233;cie le plus dans les th&#233;ories queer antisociales, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'elles reprennent de Freud le soup&#231;on que la relation entre le sexe et la civilisation, entre le sexe et la politique, puisse &#234;tre insoluble - qu'il n'y ait pas de fin &#224; l'histoire de la sexualit&#233;, car il est possible qu'il y ait toujours quelque chose qui cloche entre le sujet sexuel et le sujet social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e me semble unir le constructivisme de Foucault et Butler au freudo-marxisme de Mieli : que le sexe soit une dimension de l'humain totalement politisable, et que l'action politique puisse r&#233;soudre la relation entre le sexe et la soci&#233;t&#233;. Si l'Hocquenghem du&lt;i&gt; D&#233;sir homosexuel &lt;/i&gt; peut d&#233;j&#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un th&#233;oricien antisocial, c'est parce qu'il reconna&#238;t le caract&#232;re insoluble, en un sens tragique, de cette relation. Dans la pens&#233;e d'Edelman, cependant, cette conscience tragique se traduit par une invitation, adress&#233;e &#224; une &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; mal d&#233;finie (les th&#233;ories queer ? les mouvements queer ? les sujets queer ?), &#224; incarner l'impossibilit&#233; de cette relation, &#224; repr&#233;senter dans la sph&#232;re publique le caract&#232;re n&#233;gatif (et donc irrepr&#233;sentable) du sexuel. Il n'y a rien de cr&#233;atif, ni de transformatif dans cette invitation paradoxale - il n'y a que la prescription de l'insistance du sujet sexuel dans la jouissance de la pulsion sexuelle entendue comme pulsion de mort, dans une position mena&#231;ante certes, mais aussi impolitique. Ma pens&#233;e n'a pas d'intentions prescriptives, elle reste critique, justement. Je n'ai aucune intention de dire &#224; la &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; (quoi qu'elle soit) ce qu'elle doit faire. En tant qu'intellectuel, je ne crois pas que mon r&#244;le soit d'&#233;laborer des programmes politiques ou impolitiques, et je laisse &#224; la praxis des mouvements (auxquels je participe en tant qu'activiste) l'&#233;laboration de leurs propres revendications, qui ne peuvent qu'&#234;tre li&#233;es aux diff&#233;rents contextes historiques - et le contexte actuel, je le r&#233;p&#232;te, est celui o&#249; celles et ceux qui sont menac&#233;&#183;e&#183;s par une droite r&#233;actionnaire, c'est nous (aussi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas non plus sociologue des mouvements, mais ce que j'ai observ&#233; dans les mouvements LGBTQIA+ ces derni&#232;res ann&#233;es est une forte tendance &#224; la juridification, une forte aspiration &#224; occuper le centre du social, &#224; assumer le r&#244;le d'un souverain l&#233;gislateur qui promulgue de nouvelles r&#232;gles (de comportement, de langage...) et &#233;tablit de nouvelles sanctions (on pense &#224; la pratique du call out sur les r&#233;seaux sociaux). Face &#224; ces tendances, la conscience du caract&#232;re pervers, n&#233;gatif, tragique du sexuel qui nous concerne tou&#183;te&#183;s, comme le soutiennent les th&#233;ories antisociales, me semble pouvoir fonctionner comme un antidote. Dans mon livre Apocalissi queer, les zombies gays fragiles, hallucin&#233;s, ironiques et &#233;rotiques des films de Bruce LaBruce, non seulement Jey Crisfar dans&lt;i&gt; Otto &lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; or, Up with Dead People &lt;/i&gt; mais aussi Fran&#231;ois Sagat dans &lt;i&gt;L.A. Zombie&lt;/i&gt;, deviennent &#224; cet &#233;gard des figures exemplaires : tout en incarnant la n&#233;gativit&#233; de la pulsion sexuelle (la pulsion sexuelle comme pulsion de mort), ils ne se r&#233;signent pas &#224; une asocialit&#233; impolitique. Ils ne cherchent pas non plus l'assimilation ou l'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; des vivant&#183;e&#183;s, et encore moins aspirent &#224; un r&#244;le de l&#233;gislateur. Au contraire, ils exp&#233;rimentent de nouvelles formes de jouissance (le sexe zombie est tr&#232;s cr&#233;atif, chacun&#183;e peut cr&#233;er de nouveaux orifices &#224; coups de morsures...), de nouvelles formes de (non)vie, qui restent obstin&#233;ment marginales, ou plut&#244;t interstitielles : ils laissent le centre du social aux autres, et pourtant n'abandonnent pas la formation de communaut&#233;s autonomes mais &#233;ph&#233;m&#232;res, fond&#233;es non sur l'identit&#233;, mais sur la d&#233;sidentification &#224; laquelle m&#232;ne le sexe. En ce sens, je crois qu'ils peuvent en effet &#234;tre associ&#233;s &#224; ce que tu appelles, avec Deleuze et Guattari, l'exp&#233;rimentation. Ils restent certainement des figures mena&#231;antes, dont l'existence-limite repr&#233;sente une critique &#224; une soci&#233;t&#233; &#224; laquelle ils ne veulent pas pleinement appartenir. J'aime beaucoup la d&#233;finition de &#171; politique queer non h&#233;ro&#239;que &#187;, et je la trouve pertinente. Merci !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L265xH375/l.a__zombie-c0342.jpg?1765743644' width='265' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Ce que tu dis sur l'asocialit&#233; impolitique me para&#238;t peut-&#234;tre devoir commencer par un travail de d&#233;prise et de reprise de l'antisocialit&#233; &#224; l'aune de la situation actuelle &#8211; que se passe-t-il quand on prend ce queer antisocial &#224; partir de et avec d'autres coordonn&#233;es que celles du sexuel ou de celles du jeu entre civilisation et r&#233;pression ? Ce soup&#231;on &#224; l'encontre de la civilisation, que porte l'homosexuel affirme sa finitude &#8211; on se rappelle de Hocquenghem disant que le groupe anulaire ou homosexuel &#171; sait que la civilisation est mortelle, elle seule &#187;. Que se passe-t-il si l'on tente de r&#233;activer cette proposition oppositionnelle &#224; la civilisation dans ce qui se produit ici et maintenant, ce qui s'impose comme n&#233;cessit&#233; de penser. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que cette mani&#232;re d'&#233;noncer l'antisocial par la finitude de l'espace de la civilisation, soit par le &lt;i&gt;contre-civilisationnel,&lt;/i&gt; doit maintenant, s'il veut garder une pertinence et une &#233;paisseur politiques et th&#233;oriques, le faire &#224; partir de la &lt;i&gt;catastrophe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend parfois dire que la pens&#233;e antisociale serait une sorte de romantisme de la jouissance pure &#8211; hormis ce portrait grossier d'adolescents aux cheveux gras qui n'est pas sans me d&#233;plaire comme figure, c'est la r&#233;affirmation d'une certaine injonction &#171; grandissez ! Il faut bien que... &#187;. Et je crois que c'est l&#224; une confusion notable entre quelque chose comme la r&#233;silience, un &#171; il faut bien que &#187;, et la responsabilit&#233; qui se formule plut&#244;t dans un &#171; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; devons nous rendre capable de r&#233;pondre &#187;. C'est comme &#231;a que je reprendrais ta proposition militante. Le reproche formul&#233; &#224; l'encontre de Lee Edelman n'est pas simplement une totale intellectualisation (cf. les critiques du groupe Baedan) mais bien de croire que la pens&#233;e antisociale est pensable en dehors d'un horizon qui est celui de l'&#233;mancipation, ou plut&#244;t que l'ici et maintenant de l'antisocial (non pas en opposition &#224; mais se distinguant de l'advenir queer) implique n&#233;cessairement une praxis mais aussi une capacit&#233; de r&#233;pondre &#8211; ou une responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ceux qui en h&#233;riteront. Le queer antisocial pourrait &#234;tre situ&#233; dans une t&#226;che double : d'une part dans sa confrontation avec l'utopisme et les promesses d'un apaisement, il cherche &#224; maintenir ouverts les possibles depuis une situation conflictuelle &#8211; par une certaine n&#233;gativit&#233; du d&#233;sir, dont tu parles, qui r&#233;siste &#224; toute totalisation comme r&#233;solution des conflits ; d'autre part, il cherche non pas &#224; limiter mais &#224; fermer l'expansion civilisationnelle, cette mani&#232;re d'&#233;tendre sans cesse sa limite mortif&#232;re. Maintenir ouvert &#8211; ce qui n'est pas la m&#234;me chose qu'ouvrir &#8211; les futurs mais fermer ce qui se d&#233;ploie de mani&#232;re mortif&#232;re et qui condamne &#224; un avenir appauvri, ce sont deux gestes qui apparaissent compl&#233;mentaires une fois qu'on les prend &#224; partir de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#224; partir de l&#224; te poser une autre question, si tu me permets de l'entrecouper &#224; ce propos sur la catastrophe : qui est celle de la &lt;i&gt;figuration,&lt;/i&gt; et du processus de production de la figure du zombie. Notamment sur les d&#233;centrements que cette derni&#232;re propose par rapport &#224; une habitude du champ queer d'&#233;noncer (ou de contourner) la n&#233;gativit&#233; politique. Pour le dire un peu brutalement, nous en avons soup&#233; des figures : chaque d&#233;cennie, la pens&#233;e f&#233;ministe et/ou queer produit sa figure : le cyborg, la sorci&#232;re, lae mutant.e. Mais il n'y avait pas vraiment de figure pour cette n&#233;gativit&#233; d&#233;sirante, hormis dans la figure antisociale du criminel. Ce sur quoi ce travail de figuration, dont nous h&#233;ritons, insiste sur le m&#233;lange et l'ambigu&#239;t&#233;, les fronti&#232;res mouvantes que l'on ne peut habiter sans s'engager dans de la d&#233;sidentification. Une tension : le zombie est &#224; la fois ce que notre science fiction nous sert comme figure &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt;la fin-du-monde-&#224;-venir (la catastrophe ou ce que tu nommes l'Apocalypse) et ce qui est &lt;i&gt;d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;, ici et maintenant, dans la d&#233;socialisation. La figure du zombie est int&#233;ressante pour une th&#233;orie antisociale parce qu'elle est une figure du pr&#233;sent qui nous tient &#224; une analyse de l'ici et maintenant, comme le pose la th&#233;orie antisociale. C'est une mani&#232;re de garder la distance antisociale vis-&#224;-vis de l'advenir queer et de conf&#233;rer au zombie comme figuration une t&#226;che qui est celle de d&#233;sactiver la fin du monde ou de la faire reculer &#8211; ce qui n'est pas la m&#234;me chose, j'en conviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette figuration participe aux nouvelles syntaxes du politique et en puisant dans l'ambigu&#239;t&#233; de figures &#224; la fois monstrueuses et porteuses d'espoir, r&#233;habilite par l&#224; une force de l'imagination politique. Mais l'&#233;laboration des figures doit se montrer tr&#232;s prudente pour deux raisons principales, il me semble. La premi&#232;re concernerait la tendance &#224;&lt;i&gt; aplatir&lt;/i&gt; les subjectivit&#233;s en jeu. Ce geste sp&#233;culatif de la figuration est susceptible de fongibilit&#233;, de c&#233;der un peu facilement &#224; une mise en &#233;quivalence si l'on va trop vite dans le processus d'&#233;laboration. Avec comme aboutissement un monnayage institutionnel des subjectivit&#233;s &#8211; les centres d'art raffolent de ces figures, ils multiplient les expositions autour d'elles et produisent une r&#233;currence de la figure qui ne participe plus &#224; une sortie de l'impuissance politique. La m&#233;fiance doit &#234;tre tourn&#233;e vers les proclamations joyeuses du type &#171; Nous sommes toustes des cyborg ! Nous sommes toustes des zombies ! &#187; car ces proclamations ont toujours le risque de dissimuler les logiques capitalistes et de racialisation en cours, et de s'enfermer dans du slogan &#8211; la &lt;i&gt;totebag-isation &lt;/i&gt;de nos discours &#224; laquelle n'&#233;chappe pas Bruce LaBruce dans son dernier film, &lt;i&gt;The Visitor&lt;/i&gt;, o&#249; s'encha&#238;nent &#224; l'&#233;cran des mots d'ordre r&#233;volutionnaires queer qui finissent en t-shirts et autres &lt;i&gt;merch &lt;/i&gt;(&#171; The revolution is my boyfriend &#187;, &#171; Join the new sexual order &#187;, &#171; Sexual anarchy &#187;, &#8230;). Ce faisant, les figurations peuvent encourir le risque de laisser vuln&#233;rables des modes de subjectivation (virtuels ou en cours) &#224; des op&#233;rations de capture institutionnelle et/ou capitalistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me r&#233;ticence &#224; l'encontre de la figuration concernerait l'&lt;i&gt;illisibilit&#233;&lt;/i&gt; des pratiques groupes sociaux. Je pense ici au travail anthropologique de Jean et John Comaroff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Comaroff et John Comaroff, &#171; Nation &#171; alien &#187; : Zombies, migrants et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'ouvre sur cette redondance de la figure du zombie dans les pays du Nord &#224; partir d'une certaine id&#233;e du travail ali&#233;nant et de leur analyse des travailleurs d&#233;socialis&#233;s en Afrique du Sud. Ce que je veux dire par l&#224;, en parlant de l'anthropologie de Comaroff, c'est que nos figurations ne sont pas innocentes et qu'elles &lt;i&gt;existent d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;. Si un queer antisocial se veut non-h&#233;ro&#239;que mais responsable dans ses productions &#8211; qui assume pleinement ses gestes et peut en rendre des comptes (&lt;i&gt;accoutanbility&lt;/i&gt;) &#8211; alors il ne doit pas s'enfermer dans une id&#233;e r&#233;duite de ce que serait l'ici et maintenant, c'est-&#224;-dire de ne le penser que dans le champ occidental et qu'&#224; partir de lui. On retrouve cette m&#233;fiance chez Achille Mbembe dans son livre&lt;i&gt; De la postcolonie&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; l'encontre des mani&#232;res occidentales de penser l'imagination africaine et les cons&#233;quences de le faire innocemment, notamment dans le cadre des &#233;conomies occultes des anthropologues Comaroff et de leurs analyses de l'Afrique du Sud par l'entremise de la figure du zombie : la dangerosit&#233; de la figuration du zombie s'inscrit pour autant dans un geste d'exclusion des Africains de nombreuses possibilit&#233;s d'action ou d'agentivit&#233; : les diff&#233;rentes luttes sociales et les pratiques de r&#233;sistance produites contre le capitalisme et la division internationale du travail, sont n&#233;glig&#233;es dans leur rationalit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elles deviennent illisibles de par la figure &lt;i&gt;exceptionnelle&lt;/i&gt; du zombie et d'une &#171; &#233;conomie occulte &#187; o&#249; elle s'exercerait. Dans ce cas, l'espace m&#233;taphorique que la figure ouvre r&#233;duit l'autonomie des groupes sociaux, leur cr&#233;ativit&#233; et toute une &#233;nergie vitale impliqu&#233;e dans les pratiques de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait un petit pas de c&#244;t&#233; par rapport &#224; la proposition exp&#233;rimentale que nous mentionnons : comment &#233;viter qu'une catastrophe soit trop f&#233;tichis&#233;e au point de n&#233;gliger les luttes vivantes et concr&#232;tes ? C'est aussi la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre qu'il s'agit l&#224; d'une &#233;laboration complexe parce que cette figuration draine avec elle une certaine id&#233;e de &lt;i&gt;monstruosit&#233; sociale &lt;/i&gt;qui a des effets d&#233;sastreux dans la n&#233;gation de l'agentivit&#233; de l'exp&#233;rience politique des pays du Sud global. C'est pourquoi je prendrais ici beaucoup de prudence : comment cette figure du zombie pourrait bien &#224; la fois tenir lieu d'une menace contre le champ civilisationnel et en m&#234;me temps donner &#224; sentir la menace de zombification du champ social et d&#233;sirant et une certaine forme de d&#233;socialisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le zombie pourrait-il &#234;tre &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; moment conceptuel de cette rencontre entre th&#233;orie queer antisociale et th&#233;orie d&#233;coloniale ? Je dis bien&lt;i&gt; un&lt;/i&gt; et non &lt;i&gt;le&lt;/i&gt;, pour ne pas r&#233;p&#233;ter ce geste de chercher dans les figures le&lt;i&gt; nec plus ultra&lt;/i&gt; de r&#233;demption de nos ratages th&#233;oriques et d'un eurocentrisme pesant. Le zombie, figure d'une meute, permet de se d&#233;centrer d'une certaine individualit&#233; qu'incarnerait le tra&#238;tre ou le voyou de l'antisocial, ouvrant l&#224; peut-&#234;tre &#224; une reprise du &lt;i&gt;groupe anulaire&lt;/i&gt; de Hocquenghem qui proclame la finitude de la civilisation. Il agit comme une mani&#232;re de tenir l'antisocialit&#233; et les effets de d&#233;socialisation produits par le capitalisme. Reste &#224; voir comment cette figure peut &#234;tre une nouvelle strat&#233;gie subjective qui d&#233;ploie des prises sur le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;Je ne sais pas s'il existe quelque chose comme &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &#171; pens&#233;e antisociale &#187;, ou plut&#244;t, pour &#234;tre plus pr&#233;cis : pour moi, il n'existe rien de tel qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &#171; pens&#233;e antisociale &#187;. &#171; Antisocial &#187; est une &#233;tiquette qui a &#233;t&#233; accol&#233;e &#224; la th&#233;orisation d'Edelman sur la pulsion sexuelle comme pulsion de mort apr&#232;s la publication de No Future en 2004, ce qui m'a permis (ainsi qu'&#224; d'autres) de relire sous un jour diff&#233;rent toute une constellation d'auteurs, parmi lesquels Bersani et Hocquenghem, et ensuite de d&#233;velopper des r&#233;flexions ult&#233;rieures sur le caract&#232;re jamais r&#233;solu de la relation entre le sexe et la politique. Mais attribuer une unit&#233; &#224; cette constellation, faire de la pens&#233;e antisociale une th&#233;orie coh&#233;rente, voire une id&#233;ologie, serait &#224; mon avis une erreur. Ce que je peux faire, c'est r&#233;pondre sur l'usage que je fais du concept de pulsion sexuelle &#233;labor&#233; par Freud, retravaill&#233; par Laplanche et Lacan, puis encore par Bersani et Edelman &#8211; et je l'ai d&#233;j&#224; fait. J'en fais un usage critique, je l'emploie comme un antidote aux tendances &#224; la juridicisation et &#224; l'assimilation de certains mouvements LGBTQIA+, &#224; leur anxi&#233;t&#233; d'occuper la place centrale du social qui, &#224; mon avis, ne s'av&#232;re pas si confortable pour les sujets queer entendus comme sujets sexuels. Et j'en fais un usage descriptif et heuristique : il me permet de tenter d'expliquer pourquoi on nous hait tant, et pourquoi nous aussi nous ha&#239;ssons les autres quand nous projetons sur elles et eux ces aspects abjects et n&#233;gatifs du sexuel qu'il vaudrait mieux reconna&#238;tre en nous, en prenant du recul par rapport &#224; nos angoisses de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, tu interpr&#232;tes la th&#233;orie antisociale d'une mani&#232;re diff&#233;rente, mais &#224; un adolescent gay aux cheveux gras qui se fait harceler, qui peut-&#234;tre m&#234;me songe au suicide, je dirais : ne donne pas ce pouvoir aux brutes ; ne t'&#233;puise pas &#224; vouloir plaire &#224; tout le monde ; m&#234;me les personnes populaires, quand elles sont sous les projecteurs, doivent cacher une partie d'elles-m&#234;mes ; tu trouveras ta communaut&#233; d'affections, tu la construiras avec d'autres, tu ne dois pas co&#239;ncider avec la soci&#233;t&#233; enti&#232;re (ce qui n'existe pas), et ne t'illusionne pas, m&#234;me cette communaut&#233;, quand tu la trouveras, sera conflictuelle. &#199;a te d&#233;&#231;oit ? Et nous l'avons tou&#183;te&#183;s senti ! Je ne suis pas contre la civilit&#233;, ni contre les institutions : nous avons besoin les un&#183;e&#183;s et des autres. Nous avons besoin d'une culture du respect, d'une &#233;cole qui prot&#232;ge cet adolescent gay aux cheveux gras du harc&#232;lement. Nous en avons besoin en particulier aujourd'hui, en ces temps difficiles o&#249; la r&#233;action contre les droits si durement conquis ces derni&#232;res d&#233;cennies par les mouvements LGBTQIA+ est devenue l'un des ciments id&#233;ologiques d'un populisme antid&#233;mocratique et illib&#233;ral que, comme je l'explique dans Il sessuale politico et aussi dans Gender (qui sera prochainement traduit en fran&#231;ais par Eterotopia France), je d&#233;finis &#8211; avec Umberto Eco &#8211; n&#233;o-fasciste. Mais en m&#234;me temps, nous devons maintenir la conscience que m&#234;me la valeur de la civilit&#233;, si elle est absolutis&#233;e, peut devenir fasciste &#8211; et nous pouvons &#234;tre celleux que la civilit&#233; fasciste a besoin d'&#233;liminer pour s'&#233;difier, ou bien celleux dispos&#233;&#183;e&#183;s &#224; marchander un poste central dans la civilit&#233; fasciste et &#224; &#233;liminer d'autres personnes &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si j'utilise &#171; apocalypse &#187;, plus pr&#233;cis&#233;ment &#171; apocalypses &#187; au pluriel, plut&#244;t que &#171; catastrophe &#187;. La pulsion sexuelle &#224; chacune de ses apparitions est une apocalypse de la subjectivit&#233;, une &#233;clipse de la souverainet&#233; que le sujet s'illusionne de pouvoir exercer sur soi-m&#234;me, une r&#233;v&#233;lation (apocalypse veut dire &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;) du caract&#232;re inconsistant de l'individualit&#233; : nous ne sommes pas des individus ma&#238;tres de nous-m&#234;mes, mais des &#234;tres assujettis &#224; la compulsion de r&#233;p&#233;tition du sexuel, ce qui nous fait perdre le contr&#244;le et nous reconduit chaque fois &#224; une position masochiste, d'exposition &#224; l'autre, ce qui nous r&#233;v&#232;le chaque fois le trou de sens (le trou noir) sur lequel nous nous obstinons &#224; &#233;difier nos sens &#233;ph&#233;m&#232;res. Le sexe est une exp&#233;rience qui r&#233;v&#232;le notre impuissance, notre inconsistance, que nous avons aujourd'hui de plus en plus tendance &#224; refuser. Mais le sexe n'est pas la fin de tout, si la pulsion sexuelle conduit chaque fois &#224; la mort du moi civilis&#233;, ensuite ce moi du sexuel le plus souvent r&#233;&#233;merge &#8211; en tentant d'ordinaire de dissimuler sa mort dans la jouissance sexuelle, qui ne pourra pas tout civiliser. Voici, le zombie est au contraire une figure contradictoire qui r&#233;ussit &#224; tenir ensemble la vie et la mort, qui tra&#238;ne dans le monde des vivant&#183;e&#183;s sa propre n&#233;gativit&#233;, comme une menace (&#231;a, au moins, &#231;a va te plaire !), qui ne refuse pas sa propre inconsistance, qui accepte de mani&#232;re anti-h&#233;ro&#239;que, comme tu l'as dit, sa propre impuissance, sa propre inconsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela vaut en particulier pour les zombies gays de Bruce LaBruce, qui arrivent apr&#232;s une longue histoire de resignifications cin&#233;matographiques de la figure du zombie. Dans &lt;i&gt;Apocalissi queer&lt;/i&gt;, je reconstruis cette histoire, qui comme tu l'as bien rappel&#233; commence avec les mythes vaudous o&#249; le zombie est un &#171; &#224; peine mort &#187; dont un mage r&#233;ussit &#224; contr&#244;ler la volont&#233; &#8211; o&#249; le zombie est une m&#233;taphore de l'esclavage du peuple Noir. La figure du zombie contient donc en effet une critique radicale du capitalisme et du colonialisme, elle nous rappelle comment le capitalisme a &#233;t&#233; rendu possible par le colonialisme, et s'est &#233;difi&#233; non seulement &#224; travers l'exploitation du travail salari&#233;, mais aussi &#224; travers l'exploitation du travail gratuit des personnes r&#233;duites en esclavage dans les plantations (et des femmes dans les familles). &lt;i&gt;The Night of the Living Dead &lt;/i&gt; de Romero (1968) est entre autres le premier film dans lequel un acteur Noir, Duane Jones, est protagoniste, et n'interpr&#232;te pas un r&#244;le &#171; ethnique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le zombie a &#233;t&#233; resignifi&#233; dans de nombreuses directions diff&#233;rentes, devenant &#224; partir de &lt;i&gt;Dawn of the Dead&lt;/i&gt; (1978) du m&#234;me Romero une m&#233;taphore de la soci&#233;t&#233; de consommation de masse, et &#233;tant ensuite utilis&#233; comme symbole de nombreuses formes de panique sociale &#8211; parmi lesquelles la crise du sida. Les zombies de Bruce LaBruce arrivent apr&#232;s tout cela, et sont des m&#233;ta-zombies qui conservent une conscience d'eux-m&#234;mes, qui menacent certes la civilisation, mais ne renoncent pas &#224; la recherche de relations et de communaut&#233;s qui puissent les accueillir, au moins pour un temps. De la figure du zombie, j'appr&#233;cie beaucoup aussi l'ironie, qui &#8211; comme le th&#233;orise Paul de Man &#8211; est ce registre rh&#233;torique o&#249; la signification est perturb&#233;e, o&#249; la communication s'enraye, parce que sont v&#233;hicul&#233;s des contenus auto-contradictoires (dit-on s&#233;rieusement, ou plaisante-t-on ? Fait-on semblant de plaisanter, ou de dire s&#233;rieusement ? Et si l'on feignait de feindre ?). Le zombie nous rappelle alors notre ambivalence, notre besoin de communaut&#233; qui coexiste avec notre antisocialit&#233;, notre insociable sociabilit&#233;, dirait Kant &#8211; et le caract&#232;re tragique, insoluble de cette condition. Le zombie nous conduit &#224; une posture d&#233;pressive et &#224; une lecture r&#233;paratrice de nous-m&#234;mes, en montrant qu'on peut paradoxalement coexister avec la pulsion de mort qui nous consume, avec la n&#233;gativit&#233; qui nous perturbe, sans la projeter parano&#239;aquement sur l'autre, sur l'ennemi pour s'en d&#233;fendre &#8211; j'utilise ici Melanie Klein et Eve Kosofsky Sedgwick. Tu as raison, cependant : comme toute figure, le zombie risque d'&#234;tre &lt;i&gt;fashionis&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;investi par la production capitaliste de valeur. Ou mieux, ce n'est pas un risque, mais une r&#233;alit&#233;. Et en effet, des films de s&#233;rie B et &#224; petit budget de Romero, le zombie est depuis devenu aussi protagoniste de films du grand cin&#233;ma, financ&#233;s par les g&#233;ants de la production. Le capitalisme exploite tout, c'est sa nature. Depuis un certain temps d&#233;j&#224;, il r&#233;ussit &#224; faire du profit m&#234;me sur sa propre crise, m&#234;me sur sa propre critique, outre sur la transgression sexuelle. Mais cela ne peut pas nous emp&#234;cher d'exercer &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; critique, non pas d'un dehors du capitalisme qui aujourd'hui n'existe pas, mais de l'int&#233;rieur. En ce sens, Il me semble int&#233;ressant que celui qui interpr&#232;te&lt;i&gt; L.A. Zombie&lt;/i&gt; soit une star du porno comme Fran&#231;ois Sagat, avec sa beaut&#233; st&#233;r&#233;otyp&#233;e de l'imaginaire mainstream, avec ses muscles hypertrophi&#233;s model&#233;s par la salle de sport et aussi par d'autre choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Dans &#171; &lt;a href=&#034;https://read.dukeupress.edu/critical-times/article/3/3/358/170823/Merde-Alors-A-Neo-Fascist-Daddy-Is-Marching-on&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; &lt;i&gt;Merde alors ! &lt;/i&gt;A Neo-Fascist Daddy Is Marching On Brussels &#187;&lt;/a&gt; (2020), tu pars de l'Italie comme d'un &#171; &lt;i&gt;laboratoire r&#233;ussi &lt;/i&gt;pour les exp&#233;rimentations politiques &#187; [as a successful laboratory for political experiments] et tu parcours la g&#233;n&#233;alogie du fascisme, de Mussolini &#224; Berlusconi, pour saisir dans le pr&#233;sent les m&#233;tamorphoses affectives et symboliques de la domination, et en particulier la reconfiguration de la masculinit&#233; paternelle comme r&#233;gime de pouvoir. Et tu l'analyses en produisant une figure, celle du &lt;i&gt;daddy n&#233;ofasciste, &lt;/i&gt;que vient incarner Matteo Salvini. Cette figure prolonge ton travail sur le zombie : un paternalisme spectral et ambigu, o&#249; l'ordre et la s&#233;curit&#233; s'insinuent dans les langages du&lt;i&gt; good dad&lt;/i&gt;, &#224; la diff&#233;rence de ce que tu nommes la &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;masculinit&#233; psychotique frontale&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;in-your-face psychotic masculinity&lt;/i&gt;] de Mussolini. Tu analyses donc comment s'&#233;rotise tout un paternalisme dans les logiques n&#233;olib&#233;rales. Pour cela, les cat&#233;gories de l'&#233;conomie libidinale &#8211; que tu prends par la psychanalyse &#8211; sont pr&#233;cieuses. C'est dans cet entrelacs que tu fais dialoguer la politique de l'abjection (Butler) avec les traits structurants du fascisme, pour penser comment l'identit&#233; nationale s'intensifie pr&#233;cis&#233;ment par la d&#233;signation d'un reste : les personnes non-h&#233;t&#233;rosexuelles, non-blanches, non-nationales. Tu repars du texte fameux d'Umberto Eco, &lt;i&gt;Reconna&#238;tre le fascisme &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;Il fascismo eterno&lt;/i&gt;]&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(1995), dans lequel Eco &#224; partir de son exp&#233;rience personnelle du fascisme italien, &#233;tablit un &lt;i&gt;fascisme &#233;ternel&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Ur-Fascism&lt;/i&gt;) et diff&#233;rents &#171; crit&#232;res &#187; (ou des&lt;i&gt; arch&#233;types&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;pour reconna&#238;tre quelque chose comme un &lt;i&gt;basculement. &lt;/i&gt;Tu reprends certains de ces crit&#232;res, les plus manifestes, mais ce qui t'int&#233;resse c'est ce qu'il y a &lt;i&gt;de plus&lt;/i&gt; dans la situation actuelle : ce sont les mutations pr&#233;sentes, la capacit&#233; du fascisme &#224; se recomposer. Cela vient d&#233;sactiver une certaine mani&#232;re de coller le discours sur le fascisme &#224; une forme &#233;ternelle, comme celle d'Eco, mais aussi de ne pas tomber dans ce qu'Alberto Toscano a nomm&#233; le &#171; spectre de l'analogie &#187; dans son &lt;i&gt;Fascisme tardif&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Toscano, Fascisme tardif. G&#233;n&#233;alogie des extr&#234;mes droites contemporaines, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, qui consiste &#224; recourir &#224; l'analogie pour penser le fascisme &#8211; o&#249; l'analogie devient grille de lecture universelle au lieu d'&#234;tre instrument critique situ&#233;. Ce fascisme, tu soulignes comment il est le lieu de reconfiguration et de recomposition : par la rencontre du n&#233;o-management et de l'entreprise &#8211; le &lt;i&gt;populisme entrepreneurial &lt;/i&gt;de Berlusconi qui va anticiper celui de Trump et ouvrir la voie &#224; Salvini&lt;i&gt;&#8211;&lt;/i&gt; et la recomposition du familialisme. En gros : comment le paternalisme agonisant vient reprendre une certaine vitalit&#233; (mais une demi-vie !) avec le n&#233;olib&#233;ralisme. C'est ce que tu nommes le &lt;i&gt;neo-fascist daddy &lt;/i&gt;de Salvini&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Un paternalisme doux et protecteur, qui n'est pas rep&#233;rable dans le &lt;i&gt;duce &lt;/i&gt;mais qui en &lt;i&gt;r&#233;active &lt;/i&gt;des arch&#233;types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tu t'attaches surtout &#224; souligner, par l'&lt;i&gt;abjection&lt;/i&gt; sur un certain &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;, un inassimilable par le champ civilisationnel : les populations non blanches, subalternes et/ou queer. Et voil&#224; que nous retombons sur la discussion de la menace comme un point d'intensification politique ! Penser ensemble le n&#233;olib&#233;ralisme et le fascisme, dans le cadre d'une &#233;conomie libidinale, a plusieurs effets analytiques : d'une part mettre en avant la figure motrice qu'est l'entrepreneur capitaliste et la n&#233;cessit&#233; pour lui d'&#233;tendre les pouvoirs r&#233;pressifs et des g&#233;n&#233;rer des m&#233;thodes coercitives qui d&#233;t&#233;riorent le champ social et ses m&#233;diations (syndicats, organisations, etc) et r&#233;organisent les investissements libidinaux ; d'autre part cela nous r&#233;v&#232;le que le n&#233;olib&#233;ralisme est d&#233;pendant&lt;i&gt; &lt;/i&gt;des r&#233;cits civilisationnels de la sup&#233;riorit&#233; raciale &#8211; l'Am&#233;rique trumpienne para&#238;t &#233;vidente dans cette rencontre entre l'entrepreneur &lt;i&gt;successful&lt;/i&gt;, la crypto et l'&#201;tat racial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as parl&#233; plus t&#244;t de l'antisocial et de son usage de l'antisocial comme d'un &lt;i&gt;antidote&lt;/i&gt; &#224; la normalisation, pens&#233;e comme assimilation et juridicisation. L'assimilation a aussi un autre versant, c'est l'insistance du geste de simplification du progr&#232;s : de l'exp&#233;rience, des modes de subjectivation, des mani&#232;res de d&#233;sirer, bref de tout un tas de perspectives. Elle implique une unification des perspectives et de se brancher sur un monorythme &#8211; une histoire lin&#233;aire du progr&#232;s. Mais comment pourrons-nous reprendre une lutte antifasciste si nous le faisons au nom du progr&#232;s qui a &lt;i&gt;empoisonn&#233; &lt;/i&gt;nos discours ? Alors m&#234;me que ces &#171; nouveaux &#187; fascismes se r&#233;pandent maintenant au nom d'un progr&#232;s civilisationnel &#8211; face &#224; une barbarie qui sera dite islamique. Et c'est ici que je voudrais reprendre ta proposition pharmacologique &#8211; l'antisocial comme antidote &#8211; mais, si tu me le permets, la tordre un petit peu par l'entremise d'un concept que tu ne mobilises peu ou pas de mani&#232;re centrale dans ton travail et qui est celui de &lt;i&gt;d&#233;sidentification&lt;/i&gt;. Dire : nous devons nous d&#233;sidentifier de cette mani&#232;re de s'&#233;noncer dans le progressisme &#8211; ce n&#339;ud identificatoire entre civilisation et progr&#232;s. Houria Bouteldja souligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'une certaine mani&#232;re, je constate que le &#171; camp du progr&#232;s &#187; est souvent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le processus d'&lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt; des &#171; minorit&#233;s &#187; dans ce qu'elle nomme le pacte racial et imp&#233;rialiste : comment des luttes (f&#233;ministes, LGBT blanches) sont captur&#233;es dans l'argumentation du progressisme occidental. Et ici il nous faudrait embrasser une certaine honn&#234;tet&#233; analytique : l'islamophobie actuelle, son extension quasi int&#233;grale &#224; toutes les sph&#232;res de la vie quotidienne et institutionnelle, a &#233;t&#233; rendue possible par la gauche progressiste. Si le discours islamophobe &#233;tait rest&#233; une obsession des cercles de l'extr&#234;me droite, il n'aurait pas trouv&#233; son expression politique et l&#233;gislative actuelle : il lui a fallu les atours de l'ang&#233;lisme de la gauche. Sans cela, sans cette innocence de la gauche socialiste, la partition aurait &#233;t&#233; tout autre &#8211; la composition f&#233;mo/homonationaliste ne se serait pas faite &#224; partir du progressisme &#171; de gauche &#187; ni des valeurs de l'universalisme r&#233;publicain. Cette gauche morale qui a oppos&#233; assez rapidement un nous occidental ang&#233;lique &#224; une barbarie mena&#231;ante, le formulant avec une vulgarit&#233; dont nous ne sommes pas revenu.es : la minijupe &lt;i&gt;ou &lt;/i&gt;le hijab, la libert&#233; sexuelle &lt;i&gt;ou &lt;/i&gt;le harc&#232;lement de rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense ici aux nombreuses campagnes d'associations f&#233;ministes contre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que l'extr&#234;me droite a pu maintenant r&#233;investir ais&#233;ment en un &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt;le hijab, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; la pr&#233;sence de jeunes filles voil&#233;es &#224; l'&#233;cole, dans les institutions,&lt;i&gt; contre &lt;/i&gt;la pr&#233;sence des hommes non blancs dans la rue, sur les places publiques, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; les discours antiracistes dans les &#233;coles, les universit&#233;s, les syndicats. Ce sont d&#233;sormais les coordonn&#233;es dans lesquelles la question du progressisme s'&#233;nonce &#8211; c'est-&#224;-dire dans un racisme acquis, l'&#233;vidence d'une menace barbare, un espace public &#224; d&#233;fendre par tous les moyens r&#233;pressifs et s&#233;curitaires possibles, etc.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Les r&#233;centes pol&#233;miques en France autour de l'affiche de la Pride 2025 par l'inter-LGBT &#8211; qui n'est pas vraiment connue pour sa radicalit&#233; politique &#8211; t&#233;moignent de ces investissements fascistes et de toute une narration civilisationnelle par l'entremise des sexualit&#233;s LGBT &#8211; &#224; condition que ces derni&#232;res soient blanches et assimilables : le scandale tient de la pr&#233;sence d'une femme voil&#233;e sur l'affiche, d'un totebag&lt;i&gt; rappelant&lt;/i&gt; le drapeau palestinien et d'un fasciste &#233;trangl&#233;. Le script r&#233;actionnaire est pitoyable : les queer, tomb&#233;.es dans les griffes de la barbarie, &#233;tranglent un homme blanc h&#233;t&#233;rosexuel &#8211; et qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me un p&#232;re de famille ! Il n'en fallait pas moins pour que les anciennes antennes LGB(T) de la gauche issue de ce socialisme (la bande &#224; Caroline Fourest) s'en emparent et jouent la partition de l'islamo-gauchisme et de la menace de la barbarie musulmane, qui op&#233;rerait cette fois-ci &lt;i&gt;au sein de &#171; nos &#187; luttes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment dans lequel nous sommes nous oblige &#224; reconfigurer nos alliances. Non seulement sur le plan des coalitions explicites (&lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;soutenons&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;soutient&lt;/i&gt; dans l'espace parlementaire), mais aussi sur le plan des mots d'ordre &#8211; ces op&#233;rateurs collectifs d'&#233;nonciation qui branchent une lutte &#224; d'autres luttes, cette transversalit&#233; que cherchait Hocquenghem dans le &lt;i&gt;D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; mais aussi la mani&#232;re de faire tenir un mot d'ordre radical (l'abolition de la famille, la destruction des moi civilis&#233;s,&#8230;) de mani&#232;re coh&#233;rente avec une situation, c'est-&#224;-dire de lui donner une consistance strat&#233;gique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille en est l'exemple d'&#233;lection puisqu'elle constitue aussi un lieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exemple du mariage homosexuel en France me para&#238;t assez &#233;loquent d'un moment o&#249; nous avons fait montre d'une clairvoyance politique : la part du mouvement queer qui s'y opposait par refus de la normalisation, s'est &lt;i&gt;imm&#233;diatement &lt;/i&gt;mobilis&#233;e dans la rue contre les attaques des forces fascistes. Elle a alors pris part aux manifestations&lt;i&gt; pour&lt;/i&gt; le mariage au nom d'un front commun tactique &#8211; et en le faisant, a &lt;i&gt;d&#233;figur&#233;&lt;/i&gt; le mot d'ordre des manifestations : non plus &#171; pour &#187; le mariage mais contre l'offensive r&#233;actionnaire. Ceux qui ne soutenaient pas le mariage homosexuel par anti-assimilationnisme l'ont soutenu &lt;i&gt;dans la rue &lt;/i&gt;parce que les forces fascistes se mobilisaient contre ce mariage. C'&#233;tait l&#224; une mani&#232;re de rejouer quelque chose comme une strat&#233;gie du refus dans la situation concr&#232;te et d'op&#233;rer une mutation du mot d'ordre commun que m&#234;me les m&#233;dias mainstream ont per&#231;ue &#8211; les reportages t&#233;l&#233;s devenaient des micros-trottoirs qui donnaient la parole aux anti-mariage que pour qu'ils expriment leurs peurs civilisationnelles (la &#171; d&#233;cadence &#187;), les tournaient m&#234;me en d&#233;rision, pendant qu'en face les discours LGBT niais et nagu&#232;re omnipr&#233;sents sur la beaut&#233; de l'amour entre deux hommes ou deux femmes se trouvaient contrebalanc&#233;s par la d&#233;signation d'un ennemi commun qui &#233;tait cette frange catholique r&#233;actionnaire fran&#231;aise et son influence dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocquenghem et Wittig ont tous deux pens&#233; une &lt;i&gt;strat&#233;gie de la d&#233;sidentification &lt;/i&gt; : l'un avec l'homosexualit&#233;, l'autre avec la Femme. Mais la particularit&#233; de leur geste, c'est de le faire en revendiquant l'&lt;i&gt;ind&#233;termination &lt;/i&gt; : ainsi le sujet lesbien, on serait bien en peine de le d&#233;terminer clairement et avec l'assurance des f&#233;ministes essentialistes de l'&#233;poque &#224; l'encontre du &#171; f&#233;minin &#187; (&#224; partir de la maternit&#233;, de la grossesse, etc.). Pour Hocquenghem, on est dans ces branchements fous et al&#233;atoires &#8211; mais aussi plus solitaires que l'Amazonat. Cela a produit deux attitudes : une attitude contractualiste dont va h&#233;riter tout le queer lesbien, et une attitude dite antisociale (va pour le mot d'antih&#233;ro&#239;que !) de Hocquenghem qui se fixe non pas dans l'&#233;laboration collective mais dans la d&#233;sidentification au champ civilisationnel. Et pr&#233;cisons que ce qui est int&#233;ressant dans une telle strat&#233;gie de la d&#233;sidentification &#8211; comme un &lt;i&gt;refus&lt;/i&gt; &#8211; c'est qu'elle implique une &lt;i&gt;resignification &#8211;&lt;/i&gt; comme une &lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt;. En disant tout cela, homonationalisme, politiques islamophobes, assimilation et vote &#224; droite, etc., nous touchons grosso modo &#224; la participation pleine et consciente aux r&#233;gimes destructifs de &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; imp&#233;rialisme. Ce dernier doit &#234;tre vis&#233; par l'antidote &#171; antisocial &#187;. Mais ce geste de finitude contre-civilisationnelle qui implique un processus de d&#233;sidentification des r&#233;gimes de la modernit&#233; progressiste &#8211; me rappelle le v&#339;u de Hocquenghem, celui de &lt;i&gt;se d&#233;faire de l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Un &#233;nonc&#233; qui me semble pouvoir &#234;tre relu (de mani&#232;re perverse) comme un d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire. Si on prend l'antisocial &#224; partir du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire et non comme un &#233;nonc&#233; d&#233;faitard : puisqu'il ne s'agit pas d'une fin en soi mais d'une transformation collective &#8211; une reconversion subjective de l'&#233;nergie collective comme le fut l'&#233;nonc&#233; l&#233;niniste qui permettrait d'&#233;chapper &#224; la solitude politique de l'homosexuel hocquenghemien. A condition d'entendre ce d&#233;faitisme comme un processus pratique de d&#233;sidentification de ce que le progressisme (le civilisationnel) a g&#233;n&#233;r&#233; en nous, a fait de nous : des civilis&#233;s. Alors r&#233;sonnent encore les mots d'Artaud dans son &lt;i&gt;Heliogabale&lt;/i&gt; : &#171; Celui-l&#224; est lui-m&#234;me un Barbare, c'est-&#224;-dire un Europ&#233;en &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;En r&#233;alit&#233;, dans notre conversation, j'ai d&#233;j&#224; utilis&#233; &#224; plusieurs reprises le terme de &#171; d&#233;sidentification &#187;, qui pour moi est un aboutissement de l'ontologie foucaldienne de l'actualit&#233;, entendue comme une ontologie de nous-m&#234;mes. J'ai &#233;galement associ&#233; la figure du zombie &#224; un processus de d&#233;sidentification qui, partant de la reconnaissance de sa propre n&#233;gativit&#233;, de sa part abjecte, soustrait le sujet singulier &#224; toute identification collective. Il y a toujours quelque chose de nous qui &#233;chappe &#224; l'identification collective, &#224; la subsomption de notre singularit&#233; dans une communaut&#233;, et l'un des noms que nous pouvons donner &#224; ce quelque chose est &#171; sexuel &#187; : en promouvant la reconnaissance de ce sexuel qui perturbe nos identit&#233;s, les th&#233;ories antisociales constituent en ce sens un antidote face &#224; certaines inqui&#233;tantes tendances identitaires de la politique contemporaine. Se d&#233;sidentifier des appels &#224; l'unit&#233; nationale des droites, mais aussi des rh&#233;toriques qui voudraient faire des droits LGBTQIA+ le symbole de la sup&#233;riorit&#233; du progressisme lib&#233;ral occidental sur la religion islamique et sur le reste du monde, sont des pratiques n&#233;cessaires si nous voulons r&#233;sister aux pulsions fascistes du pr&#233;sent. Il est &#233;galement n&#233;cessaire de se d&#233;sidentifier des mod&#232;les normatifs de ce que signifie &#234;tre gay, lesbienne, trans ou non-binaire, ainsi que de l'appartenance &#224; un mouvement LGBTQIA+ qui exprime parfois des positions d'orthodoxie et de rigidit&#233;, issues d'une conception de ce m&#234;me mouvement comme somme d'identit&#233;s porteuses d'int&#233;r&#234;ts d&#233;j&#224; donn&#233;s, comme si ces int&#233;r&#234;ts &#233;taient inh&#233;rents &#224; ces identit&#233;s. Dans le moment n&#233;ofasciste de la politique mondiale, comme tu l'as rappel&#233;, nous avons besoin de construire des alliances : et construire des alliances est un processus difficile, qui exige de renoncer &#224; une part de soi pour rencontrer l'autre, et en m&#234;me temps de reconna&#238;tre ce qui, malgr&#233; les diff&#233;rences, nous relie &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/6850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/6850.jpg?1756457123' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les arch&#233;types fascistes identifi&#233;s par Umberto Eco dans sa c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence sur le fascisme &#233;ternel, prononc&#233;e en 1995, un an apr&#232;s la premi&#232;re &#233;lection de Berlusconi en Italie, l'appel &#224; l'unit&#233; monolithique d'un peuple qui se reconna&#238;t dans un chef se conjugue au culte de l'identit&#233; nationale, au rejet de la pens&#233;e critique qui menace cette unit&#233;, et &#224; l'expulsion de tout ce qui, par rapport &#224; cette identit&#233;, se pr&#233;sente comme alt&#233;rit&#233;. La construction de l'unit&#233; fasciste du peuple implique donc ce processus que Butler, reprenant Kristeva, appelle &lt;i&gt;abjection&#8239;&lt;/i&gt; : le processus par lequel les autres deviennent les repr&#233;sentant&#183;e&#183;s d'une pulsion anale inacceptable pour un corps social unifi&#233; qui veut se croire pur &#8211; en d'autres termes, le processus par lequel les autres deviennent de la merde &#224; expulser au nom de la puret&#233; du corps collectif, dans un processus psycho-politique qui produit un plaisir anal non reconnu comme tel. La puret&#233; du corps social se construit aujourd'hui aussi &#224; travers ce qu'Edelman appelle le &#171; fascism of the baby's face &#187;, mobilisant ainsi le f&#233;tiche d'un enfant (h&#233;t&#233;rocisgenre et blanc, enfant de la nation) &#224; d&#233;fendre contre les spectres du remplacement ethnique (l'invasion de migrant&#183;e&#183;s noir&#183;e&#183;s, arabes, musulman&#183;e&#183;s qui feraient des enfants que les Europ&#233;en&#183;ne&#183;s ou les Am&#233;ricain&#183;e&#183;s blanc&#183;he&#183;s chr&#233;tien&#183;ne&#183;s ne font plus), et contre les spectres du genre (la pr&#233;tendue id&#233;ologie qui pervertirait la saine h&#233;t&#233;rosexualit&#233; des enfants et des adolescent&#183;e&#183;s). Quand j'ai &#233;crit &#171; Merde alors ! A Neo-Fascist Daddy Is Marching On Brussels &#187;, qui est ensuite devenu le prologue de &lt;i&gt;Il sessuale politico. Freud con Marx, Fanon, Foucault&lt;/i&gt; (2019, traduction anglaise &lt;i&gt;The Sexual/Political : Freud with Marx, Fanon, Foucault&lt;/i&gt;, 2023), les rh&#233;toriques de Salvini en Italie constituaient un excellent exemple pour comprendre l'actualisation de ces arch&#233;types n&#233;ofascistes dans le discours politique contemporain. Salvini parlait alors &#8211; et parle encore souvent &#8211; ainsi qu'il le dit lui-m&#234;me, &#171; en tant que papa &#187;, se posant comme repr&#233;sentant d'un peuple de parents de pure race italienne engag&#233;&#183;e&#183;s dans la d&#233;fense de leurs enfants blanc&#183;he&#183;s. Giorgia Meloni fait de m&#234;me lorsqu'elle revendique &#234;tre &#171; femme, m&#232;re, chr&#233;tienne et italienne &#187;. Donald Trump agit aussi dans ce sens : son d&#233;cret ex&#233;cutif imposant l&#233;galement l'existence de seulement deux sexes et abolissant la notion de genre &#8211; autrement dit, l'effacement des personnes intersexes, trans et non-binaires de la nation am&#233;ricaine &#8211; se pr&#233;sente comme une d&#233;fense des femmes et des enfants contre l'id&#233;ologie du genre. De m&#234;me, de nouveaux&#183;elles chef&#183;fe&#183;s d'extr&#234;me droite &#224; travers le monde, y compris Alice Weidel, pr&#233;sidente d'Alternative f&#252;r Deutschland en Allemagne, adoptent cette posture. En 2017, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; out&#233;e, elle a r&#233;agi en affirmant qu'il n'y avait aucune contradiction entre son homosexualit&#233; et son r&#244;le de dirigeante d'un parti d'extr&#234;me droite, parce qu'en tant que lesbienne et m&#232;re, elle r&#233;clame un &#201;tat allemand fort pour la d&#233;fendre, elle, sa femme et leurs enfants contre l'homophobie et le sexisme des migrant&#183;e&#183;s musulman&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affiche de la Marche des Fiert&#233;s 2025 de l'inter-LGBT voulait certainement &#234;tre une r&#233;ponse &#224; tout cela, en appelant &#224; cette alliance entre sujets minoris&#233;&#183;e&#183;s que toi et moi appelons de nos v&#339;ux. Les pol&#233;miques qui ont suivi sont assur&#233;ment une &#233;ni&#232;me d&#233;monstration du climat droitier actuel. J'esp&#232;re ne pas &#234;tre mal compris si je dis que, moi aussi, j'ai &#233;t&#233; quelque peu perplexe face &#224; cette image qui assemble des figures charg&#233;es de fortes connotations identitaires (la femme &#226;g&#233;e, la femme musulmane voil&#233;e, l'hijra indienne arborant une cocarde trans, peut-&#234;tre un&#183;e &#233;cologiste v&#233;gane, un homosexuel s&#233;ropositif...) et des symboles de toute nature (des drapeaux palestiniens, hongrois, bulgares, &#224; la langue des signes, en passant par des embl&#232;mes &#233;cologistes, etc.), en excluant forc&#233;ment certain&#183;e&#183;s, et en unissant toutes ces identit&#233;s et symboles uniquement &#224; travers le geste d'&#233;trangler un f&#233;tiche du n&#233;ofascisme, qui est un homme blanc. &#192; c&#244;t&#233; de cela, ton &#233;vocation du l&#233;ninisme &#8211; et donc du marxisme &#8211; associ&#233;e, de mani&#232;re contradictoire, au d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire d'Hocquenghem, me semble bien plus prometteuse : l'id&#233;e d'un projet politique commun qui ne soit pas la somme de particularit&#233;s identitaires, et en m&#234;me temps, la reconnaissance de l'&#233;chec d'un tel projet. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, dans &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Jacques Derrida d&#233;non&#231;ait le fait que la chute du mur de Berlin, le d&#233;mant&#232;lement de l'URSS, la fin de la guerre froide et le d&#233;clin du socialisme avaient &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;s par l'Occident de fa&#231;on euphorique, maniaque, comme le triomphe du capitalisme sur le communisme &#8211; sans jamais faire le deuil de la perte de cet horizon de valeurs fond&#233; sur la solidarit&#233; et l'&#233;galit&#233;, qui, en Russie, avait certes pris la forme d'un r&#233;gime totalitaire ; sans comprendre que cette perte impliquait un risque r&#233;el de crise de la d&#233;mocratie en Occident. Trente-cinq ans plus tard, nous en prenons pleinement conscience &#8211; et l'Italie est un observatoire privil&#233;gi&#233; pour cela : l'&#233;lection du tycoon Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis en 2017, puis &#224; nouveau en 2025, a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par l'&#233;lection de Berlusconi &#224; la t&#234;te du gouvernement italien en 1994, puis en 2001 et en 2008. Cette &#233;lection a imm&#233;diatement entra&#238;n&#233; la normalisation du fascisme (Berlusconi l'appelait ainsi lui-m&#234;me, faisant r&#233;f&#233;rence au fait qu'il &#233;tait soutenu par l'extr&#234;me droite, pour la premi&#232;re fois au gouvernement dans l'histoire de l'Italie r&#233;publicaine), menant aujourd'hui &#224; un gouvernement dont le premier parti est l'h&#233;ritier de cette extr&#234;me droite qui avait soutenu Berlusconi. Le processus historique d'&#233;rosion de la d&#233;mocratie en Occident a en r&#233;alit&#233; commenc&#233; juste apr&#232;s la victoire de la d&#233;mocratie sur le fascisme, &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale : mais jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, il a &#233;t&#233; frein&#233; par la force que l'existence de l'URSS conf&#233;rait &#224; la gauche dans le monde entier. Ce processus historique &#8211; comme tu l'as d&#233;j&#224; mis en &#233;vidence &#8211; consiste en la subordination progressive et totale de la politique aux logiques concurrentielles de l'&#233;conomie d'entreprise, qui porte le nom de &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. L'&#233;rosion de la d&#233;mocratie constitutionnelle, institu&#233;e apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale comme compromis entre d&#233;mocratie, lib&#233;ralisme classique et socialisme, d&#233;rive donc du n&#233;olib&#233;ralisme. Et c'est de ce n&#233;olib&#233;ralisme que d&#233;coule aussi le remplacement, en politique comme dans la soci&#233;t&#233;, de la conception constitutionnelle de la libert&#233; &#8211; entendue comme composition de droits humains, civils, politiques et sociaux &#8211; par une conception simpliste de la libert&#233; comme facult&#233; de faire tout ce que l'on veut, de n&#233;gocier tout ce que l'on veut, d'acheter tout ce que l'on veut, &#224; condition d'en avoir le fric pour le faire : sans &#233;quilibre, sans r&#232;gles, sans limites &#8211; une conception dont Trump et Musk sont aujourd'hui, aux &#201;tats-Unis, les porte-parole incontestables, tout comme Berlusconi l'a &#233;t&#233; en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Freud, le travail du deuil est ce travail psychique qui nous permet de survivre &#224; la douleur de la perte, en laissant aller ce qui a &#233;t&#233; perdu et en reconstruisant une nouvelle identit&#233; de nous-m&#234;mes, sans cet objet (un travail de d&#233;sidentification, en somme, qui est suivi d'une r&#233;identification n&#233;cessaire &#224; la survie psychique). Si ce travail n'est pas accompli, il est impossible d'avancer : on reste fig&#233;&#183;e dans la m&#233;lancolie &#8212; ce sentiment qui, comme le soutient Mark Fisher, est la marque du temps n&#233;olib&#233;ral. Un temps inerte, sans avenir, dans lequel on est pi&#233;g&#233;&#183;e dans un pr&#233;sent insupportable, sans alternative. Derrida, reprenant Freud, affirme &#233;galement que les objets perdus, si le deuil n'est pas accompli, reviennent sous forme spectrale. Or, comme le constatait Lacan d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, les soci&#233;t&#233;s n&#233;olib&#233;rales ne sont plus des soci&#233;t&#233;s r&#233;pressives. Ce sont des soci&#233;t&#233;s o&#249; &#8212; sous l'effet combin&#233; de la r&#233;volution sexuelle et du march&#233; &#8212; l'imp&#233;ratif r&#233;pressif de la tradition s'est invers&#233; en un imp&#233;ratif de jouissance : Fais ce que tu veux ! D&#233;passe toutes les limites ! Transgresse toutes les r&#232;gles ! Jouis comme il te pla&#238;t ! Pourvu que tu aies le fric pour le faire&#8230; Mais m&#234;me cette inversion, de la r&#233;pression &#224; la jouissance, s'accompagne d'un deuil non &#233;labor&#233;. Le p&#232;re autoritaire des soci&#233;t&#233;s r&#233;pressives traditionnelles, le p&#232;re &#339;dipien du limite symbolique, de la castration, comme diraient Freud et Lacan, a laiss&#233; une place vide. Et alors, en l'absence d'un nouveau principe organisateur pour le remplacer, dans des moments de d&#233;sorientation et de crise comme celui que traversent les &#201;tats-Unis et l'Europe, ce p&#232;re patriarcal revient sous forme spectrale &#8212; et caricaturale. En Italie, cela s'est d&#233;j&#224; produit avec Berlusconi, je le r&#233;p&#232;te, que les jeunes femmes du bunga-bunga appelaient significativement &#171; papi &#187;. Cela se reproduit dans les discours &#171; de papa &#187; de Salvini. Et dans l'incarnation non pas de l'autorit&#233;, mais de l'autoritarisme, dans une femme, Giorgia Meloni, qui revendique d'&#234;tre m&#232;re et &#224; la fois se fait appeler &#171; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; pr&#233;sident &#187;, au masculin. Aux &#201;tats-Unis, cela s'est produit, et se produit encore, avec l'&#233;lection de Trump. Cette m&#233;lancolie pour la dictature patriarcale est nourrie par l'&#233;rosion des valeurs politiques op&#233;r&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme, par la r&#233;duction de la libert&#233; &#224; une capacit&#233; d'achat, par la rupture du lien social &#224; travers une jouissance mise &#224; profit qui efface tout sens moral. Elle conduit &#224; confier le pouvoir d'une superpuissance qui, jusqu'&#224; hier, se pr&#233;sentait comme bastion des valeurs de l'Occident, &#224; un p&#232;re obsc&#232;ne, autoritaire, cynique et narcissique, qui se croit au-dessus de tout en vertu de sa richesse, qui traite la sph&#232;re politique comme celle des affaires, qui d&#233;clare &#224; CNN qu'il n'est pas s&#251;r de devoir respecter la Constitution, qui se vantait autrefois d'&#171; attraper les femmes par la chatte &#187;, et qui aujourd'hui se vante que des dirigeant&#183;e&#183;s &#233;tranger&#183;&#232;re&#183;s et des magnat&#183;e&#183;s d'internet lui &#171; l&#232;chent le cul &#187;. L'Occident n'existe plus. Le n&#233;olib&#233;ralisme, lui, existe toujours, et, trente-cinq ans apr&#232;s la chute de l'URSS, il n'a plus besoin de la d&#233;mocratie telle que nous l'avons connue jusqu'ici. L'histoire, cependant, ne se r&#233;p&#232;te pas. Alberto Toscano a raison : la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale actuelle n'est pas la soci&#233;t&#233; disciplinaire du d&#233;but du XXe si&#232;cle, la soci&#233;t&#233; de la jouissance pr&#233;sente n'est pas la soci&#233;t&#233; r&#233;pressive de la tradition, et donc le n&#233;ofascisme technoploutocratique de Trump et de Musk n'est pas le fascisme historique de Mussolini et d'Hitler. C'est pourquoi, aujourd'hui, Musk peut soutenir sur X la campagne &#233;lectorale d'une cheffe nationaliste et n&#233;ofasciste ouvertement lesbienne comme Alice Weidel &#8212; dans un entrelacement identitaire qui aurait &#233;t&#233; impensable il y a ancore quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aussi, nous, penseur&#183;euses queer, nous, militant&#183;es queer, devons faire attention &#224; ne pas nous laisser hanter par les fant&#244;mes du pass&#233;. Et nous aussi, nous avons nos deuils &#224; faire &#8211; cinquante-six ans apr&#232;s la r&#233;volte de Stonewall. Moi, en tout cas, j'en ai un. La naissance des mouvements de lib&#233;ration LGBTQIA+ s'est produite dans l'effervescence politique de l'apr&#232;s-68, dont les pens&#233;es d'Hocquenghem et de Wittig sont elles aussi le fruit. Avec les mouvements des femmes, des personnes noires, des &#233;tudiant&#183;es antiautoritaires qui soutenaient la d&#233;colonisation et s'opposaient &#224; la guerre du Vietnam, nos mouvements ne r&#233;clamaient pas alors l'inclusion dans un monde injuste : ils voulaient la libert&#233; avec la justice et la paix, ils voulaient transformer ce monde, ils voulaient la r&#233;volution anticapitaliste autant que la r&#233;volution sexuelle. Puis la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme, dans sa phase lib&#233;rale, nous a aussi concern&#233;&#183;es. La r&#233;volution anticapitaliste a &#233;chou&#233;. Les grands partis communistes d'Occident sont pass&#233;s de forces antisyst&#232;me &#224; garants de l'ordre n&#233;olib&#233;ral : certes, ils ont soutenu certaines de nos revendications, mais ils ont aussi particip&#233; au d&#233;mant&#232;lement du droit du travail et de l'&#201;tat social. Ils ont ainsi ouvert un vide de repr&#233;sentation, partiellement combl&#233; par les populismes de droite. La r&#233;volution sexuelle, en revanche, a remport&#233; une victoire &#8211; mais elle a &#233;t&#233; mise &#224; profit dans l'industrie du plaisir consum&#233;riste. M&#234;me la conception de la libert&#233; dans nos communaut&#233;s s'est en grande partie transform&#233;e, pour &#234;tre red&#233;finie dans les termes exclusifs d'une libert&#233; individualiste : celle de faire carri&#232;re dans tous les m&#233;tiers, y compris dans l'arm&#233;e ; celle d'avoir des quotas dans les postes de pouvoir ; celle de pouvoir se marier et avoir des enfants ; celle de pouvoir s'autod&#233;terminer ; celle des droits civils, autrement dit des droits priv&#233;s, des droits identitaires, des droits atomis&#233;s &#8211; le droit de faire, nous aussi, tout ce que nous voulons sur le march&#233; libre, tant que nous avons le fric de le faire&#8230; On ne retournera pas en arri&#232;re. Le deuil des ann&#233;es 1970 doit &#234;tre fait : l'horizon r&#233;volutionnaire qui a servi de toile de fond &#224; Stonewall ne se rouvrira pas. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas possible d'en ouvrir d'autres. Une chose est s&#251;re : si nous voulons &#234;tre &#224; la hauteur des d&#233;fis du pr&#233;sent, l'identitarisme et l'individualisme qui nous ont permis de remporter des victoires aussi importantes que pr&#233;caires au cours des derni&#232;res d&#233;cennies ne nous suffisent plus. La d&#233;fense des seuls droits civils d&#233;j&#224; obtenus ne suffit plus non plus. &#192; l'&#232;re de l'intelligence artificielle, nous avons besoin d'intelligence politique &#8211; et l'intelligence politique exige autocritique et imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les th&#233;ories et les mouvements transf&#233;ministes et queer, la critique de la d&#233;rive n&#233;olib&#233;rale des mouvements LGBTQIA+ a commenc&#233; depuis longtemps : avec les concepts d'homonormativit&#233; et de pinkwashing, avec les concepts d'homonationalisme et de f&#233;monationalisme, avec le concept d'intersectionnalit&#233; (tous concepts bien pr&#233;sents dans tes paroles). Mais la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme illib&#233;ral, du n&#233;olib&#233;ralisme n&#233;ofasciste, rend urgente la n&#233;cessit&#233; d'aller au-del&#224; de la critique pour repenser nos agendas. Pas &#224; la baisse cependant, mais &#224; la hausse. Permets-moi, &#224; ce stade, d'abandonner le r&#244;le de philosophe critique, et de parler de mani&#232;re plus na&#239;ve, comme activiste. Si c'est le moment de recoudre les anciennes alliances qui se sont rompues, l&#224; o&#249; c'est encore possible, et d'en tisser de nouvelles, nous devons &#234;tre capables de le faire au nom des droits individuels, bien s&#251;r &#8212; ceux-ci ne sont pas &#224; jeter &#8212; mais aussi au nom de la solidarit&#233; sociale, du droit au travail et &#224; la sant&#233;, du droit &#224; la survie de la plan&#232;te. Et au nom non seulement du droit, mais aussi d'une &#233;thique renouvel&#233;e, qui n'exprime aucune nostalgie pour les principes ordonnateurs verticaux du pass&#233;, pour les p&#232;res phalliques et castrateurs &#224; la Lacan que le f&#233;minisme et les th&#233;ories queer ont largement d&#233;tr&#244;n&#233;s. Apr&#232;s la crise du SIDA et apr&#232;s le 11 septembre, Butler a fait de la vuln&#233;rabilit&#233; humaine commune une ressource pour fonder une nouvelle &#233;thique horizontale, anim&#233;e par l'interd&#233;pendance des sujets. Avant Butler, et parall&#232;lement &#224; Butler, une large r&#233;flexion f&#233;ministe s'est d&#233;velopp&#233;e autour du concept de care, qui est revenu au centre du d&#233;bat philosophique apr&#232;s le d&#233;clenchement de la pand&#233;mie de Covid. Aussi, la reconnaissance de la n&#233;gativit&#233; du sexuel qui nous rassemble, &#224; mon avis, peut &#234;tre une ressource &#233;thique paradoxale pour la construction d'alliances. Le sexe nous excite &#233;norm&#233;ment, mais il nous perturbe aussi, il nous d&#233;go&#251;te m&#234;me un peu. Mais il nous concerne toutes et tous (y compris les personnes asexuelles, qui se masturbent), et donc nous sommes tous un peu d&#233;go&#251;tants. Le point est que l'abjection pr&#233;sente en moi et en l'autre ne fait pas de moi, comme elle ne fait pas de l'autre, un &#234;tre abject. Cette conscience me semble un bon point de d&#233;part, sinon pour nous plaire et nous aimer, du moins pour nous supporter mutuellement m&#234;me quand nous ne nous appr&#233;cions pas, afin de construire un monde commun dont aucune&#183;aucun ne soit plus expuls&#233;&#183;e comme une d&#233;jection du corps politique : car la merde de ce corps politique, qui ne pourra jamais &#234;tre totalement accueillante pour toutes et tous, c'est exactement d&#233;j&#224; nous toutes et tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps tragiques, nous devons aussi &#234;tre capables de d&#233;fier la logique binaire ami/ennemi du r&#233;alisme politique, en imaginant un nouveau pacifisme internationaliste, sans nous laisser manipuler par des agendas de guerre &#233;tablis par les puissants du monde, par des logiques d'opposition que nous n'avons pas choisies, par des fronti&#232;res g&#233;ographiques et des identit&#233;s historico-culturelles qui nous s&#233;parent par pur hasard. Face au cynisme du n&#233;olib&#233;ralisme n&#233;ofasciste actuel, nous, personnes f&#233;ministes, transf&#233;ministes, personnes queer, mais pas seules, devons redevenir capables d'imaginer d'autres mondes, d'autres modes de vie, d'autres fa&#231;ons de faire famille et d'amiti&#233;, sans nous contenter de ce que nous avons su imaginer jusqu'ici. Nous devons participer &#224; la reconstruction d'une gauche globale d&#233;mocratique radicale, en somme, d'une gauche non seulement antiautoritaire, mais aussi antin&#233;olib&#233;rale. Si nous ne voulons pas &#234;tre effac&#233;&#183;es, ou si nous ne voulons pas, en alternative, nous r&#233;signer &#224; un destin homonationaliste de complicit&#233; avec les nouveaux fascismes, en ce sens, vraiment, nous n'avons pas d'alternative. Dans la dystopie du pr&#233;sent, l'utopie devient n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On la trouve dans sa le&#231;on du 5 janvier 1983 de son cours au Coll&#232;ge de France [&lt;i&gt;Le gouvernement de soi et des autres, &lt;/i&gt;t.1, Le&#231;on du 5 janvier 1983] publi&#233;e en partie dans le deuxi&#232;me volume des &lt;i&gt;Dits et &#201;crits, &lt;/i&gt;t.IV, 351, sous le titre fameux de &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Q. Dubois, &#171; Homosexualit&#233; et civilisation : perspectives vitalistes &#224; partir de l'anus &#187;, Trou Noir [En ligne] : &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Homosexualite-et-civilisation-perspectives-vitalistes-a-partir-de-l-anus&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://trounoir.org/?Homosexualite-et-civilisation-perspectives-vitalistes-a-partir-de-l-anus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Foucault, Histoire de la sexualit&#233;, t. 1 : La volont&#233; de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Comaroff et John Comaroff, &#171; Nation &#171; alien &#187; : Zombies, migrants et capitalisme mill&#233;naire &#187;, &lt;i&gt;Socio-anthropologie&lt;/i&gt;, 34, 2016, 133-155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Toscano, &lt;i&gt;Fascisme tardif. G&#233;n&#233;alogie des extr&#234;mes droites contemporaines&lt;/i&gt;, Bordeaux, La Temp&#234;te, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'une certaine mani&#232;re, je constate que le &#171; camp du progr&#232;s &#187; est souvent celui qui joue le jeu du pacte racial. Pour moi, le progressisme tel qu'il s'est r&#233;alis&#233; est plus le fruit d'une n&#233;gociation avec le pouvoir plut&#244;t qu'une rupture, et il est tout contenu dans le fameux compromis historique entre le capital et le travail, mais il se d&#233;cline aussi sous sa forme f&#233;ministe, LGBT. Pour le dire autrement, c'est la forme que prend l'int&#233;gration continue des Blancs minoritaires dans l'&#201;tat racial (les ouvriers, les femmes, les minorit&#233;s sexuelles). C'est le contrat tacite qui reconduit et prolonge la blanchit&#233;. Les luttes progressistes dont je ne nie pas la l&#233;gitimit&#233; se font (consciemment ou pas) dans le cadre du pacte racial/ imp&#233;rialiste, et lorsqu'elles obtiennent des victoires (ce qui est de plus en plus rare), la contrepartie, c'est la d&#233;fense du mod&#232;le civilisationnel blanc. Bref, chaque victoire du camp progressiste obtenue dans le cadre du compromis avec la bourgeoise est un pl&#233;biscite de la blanchit&#233;. C'est pourquoi les populations qui b&#233;n&#233;ficient des luttes progressistes se droitisent tendanciellement, que ce soit les ouvriers, les employ&#233;s, les femmes ou les homosexuels. Il ne faut pas y voir une contradiction, mais une pente naturelle, puisque tous ces avantages sont obtenus dans le cadre g&#233;n&#233;ral du syst&#232;me capitaliste et ont pour pendant l'europ&#233;isme et l'imp&#233;rialisme. Seuls ceux qui gardent un cap internationaliste ont des chances d'&#233;chapper &#224; la fatalit&#233; int&#233;grationniste du pacte racial consolid&#233; dans l'&#201;tat racial int&#233;gral. &#187; (H. Bouteldja, A. Brossat, &lt;i&gt;Clarifications&lt;/i&gt;, Bruxelles, M&#233;t&#233;ores, 2025, p. 108-109).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense ici aux nombreuses campagnes d'associations f&#233;ministes contre le harc&#232;lement de rue qui prenaient comme cadres les banlieues du 93 ou encore le reportage &#171; Femme de la rue &#187; de Sofie Peeters, r&#233;alis&#233; dans le quartier populaire Anneessens &#224; Bruxelles et largement diffus&#233;. Il avait conduit l'&#233;chevin Pierre Close (Parti Socialiste) &#224; annoncer une loi pr&#233;voyant d'une amende le &#171; harc&#232;lement de rue &#187;. La r&#233;alisatrice avait par ailleurs r&#233;pondu &#224; la cha&#238;ne flamande VRT que &#171; 9 fois sur 10, ces insultes sont prof&#233;r&#233;es par un allochtone &#187;. (D'ailleurs, que dire de ce dispositif de la &#171; cam&#233;ra cach&#233;e &#187; qui rajoute au d&#233;voilement d'une menace tapie au sein de notre civilisation ?)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La famille en est l'exemple d'&#233;lection puisqu'elle constitue aussi un lieu non seulement de repos et de repli face aux attaques racistes de l'&#201;tat, mais aussi elle est le point de d&#233;part de nombreux foyers de r&#233;sistance qui grossissent &#8211; le comit&#233; Adama, les enfants de Mantes-la-Jolie, Justice pour Nahel, Justice pour Sorour (Bruxelles), ce ne sont pas les partis ni les organisations traditionnelles qui ont port&#233; ces combats mais des familles. Ce que nous &#8211; le nous queer blanc &#8211; appelons &#171; abolition de la famille &#187; ne trouve aucune raison d'&#234;tre dans une grammaire politique tierce si elle se formule comme l'abolition de ce qui fait tenir principalement les luttes politiques non blanches.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
