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		<title>Qu'est-ce qu'une vie vivable ?</title>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Judith Butler </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'occasion du festival aleph 2020 de l'UNAM (Universit&#233; nationale autonome du Mexique) ayant pour cadre &#171; les possibilit&#233;s de la vie : le covid 19 et ses effets &#187;, Judith Butler, astreinte &#224; r&#233;sidence, prononce via un dispositif de visioconf&#233;rence le 30 mai 2020, son discours &#171; Qu'est-ce qu'une vie vivable ? &#187;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton67.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre isolement respectif co&#239;ncide avec une nouvelle reconnaissance de notre interd&#233;pendance mondiale depuis le nouvel espace-temps de la pand&#233;mie. Le virus de notre &#233;poque nous montre que la communaut&#233; humaine subi partout la m&#234;me pr&#233;carit&#233;. Et dans ce m&#234;me temps, le renforcement des politiques nationales et n&#233;o-lib&#233;rales t&#233;moignent de la rapidit&#233; avec laquelle les dirigeants (des grandes entreprises ou des &#201;tats) trouvent les moyens de reproduire et de renforcer leurs pouvoirs. Judith Butler, philosophe et th&#233;oricienne am&#233;ricaine, dans son travail le plus r&#233;cent &lt;i&gt;The Force of Non-violence&lt;/i&gt;, appelle &#224; une toute nouvelle fa&#231;on pour les humains de vivre ensemble dans le monde, un monde qui appelle &#224; une &#171; &#233;galit&#233; radicale &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un monde habitable ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Que signifie vivre une vie vivable ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de deux questions diff&#233;rentes. La premi&#232;re parle d'abord de ce que le monde doit &#234;tre et de comment il peut &#234;tre habit&#233; par des &#234;tres humains et non humains. La seconde affirme une distinction entre une vie qui est vivable et une autre qui est invivable. Lorsque nous parlons du monde, nous sommes d&#233;j&#224; en train de parler de ce que c'est que l'habiter. Cela serait diff&#233;rent si nous parlions de terre. La terre persiste dans de nombreux endroits sans &#234;tre habit&#233;e par des humains, mais un monde est toujours un espace habit&#233;, un temps habit&#233;. Un monde est en quelque sorte une coordonn&#233;e spatiale et temporelle dans laquelle une vie est v&#233;cue. Si le monde est inhabitable, c'est que sa destruction a fait du chemin. Si une vie est invivable, c'est qu'alors les conditions de vivabilit&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;truites. La destruction de la terre par le changement climatique rend le monde inhabitable et nous rappelle qu'il y a des limites &#224; la pr&#233;sence humaine. Pour les humains, il existe de meilleurs chemins et de pires pour habiter le monde. Et parfois, le monde peut seulement survivre si des limites sont fix&#233;es &#224; l'impact de la pr&#233;sence humaine. &#192; l'heure des effets du changement climatique, des limites s'imposent &#224; l'homme pour un monde habitable. Une vie se r&#233;v&#232;le invivable si le monde n'est pas habitable. Ainsi, habiter un monde fait partie de ce qui rend une vie vivable. Si, en tant qu'&#234;tres humains, nous habitons la terre sans tenir compte de la biodiversit&#233;, sans arr&#234;ter le changement climatique et sans limiter les &#233;missions de gaz carbonique, alors nous fa&#231;onnons pour nous-m&#234;mes un monde inhabitable. Un monde peut ne pas correspondre &#224; la plan&#232;te Terre, mais si nous d&#233;truisons la Terre, nous d&#233;truisons &#233;galement nos mondes. Et si nous vivons nos vies humaines sans limites &#224; notre libert&#233;, alors nous jouissons de notre libert&#233; au d&#233;triment d'une vie vivable. Nous rendons nos propres vies invivables au nom de notre libert&#233;. Ou plut&#244;t, nous rendons notre monde inhabitable et nos vies invivables au nom d'une libert&#233; individuelle qui se valorise elle-m&#234;me par rapport &#224; toutes les autres valeurs et qui devient un instrument de destruction des liens sociaux et des mondes vivables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans la question de savoir si la pand&#233;mie est un effet direct ou indirect du changement climatique, je pense qu'il est important d'attirer l'attention sur le fait que nous vivons une situation de pand&#233;mie mondiale en plein changement climatique. Et cela signifie que notre relation &#224; l'air, &#224; l'eau, &#224; un toit et &#224; la nourriture, qui &#233;tait d&#233;j&#224; compromise par les conditions du changement climatique, se retrouve aggrav&#233;e par son inscription dans le contexte de la pand&#233;mie. Il s'agit de deux conditions diff&#233;rentes, mais qui se surd&#233;terminent et se trouvent condens&#233;s par la pand&#233;mie actuelle. D'une part, l'arr&#234;t des voyages et de l'activit&#233; &#233;conomique permet &#224; l'air et aux oc&#233;ans de se remettre d'une contamination prolong&#233;e par des toxines environnementales. Nous entrevoyons donc ce que pourrait &#234;tre la r&#233;g&#233;n&#233;ration ou la r&#233;paration de l'environnement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, avons-nous la moindre garantie qu'il puisse s'agir de quelque chose de plus que d'un moment &#233;ph&#233;m&#232;re ? Apr&#232;s tout, ce n'est pas par souci de l'environnement que les d&#233;placements et la production ont &#233;t&#233; r&#233;duits. Non, c'&#233;tait par crainte que les humains puissent contracter le virus lors de rassemblements et sur les lieux de travail. Ce sont donc les raisons centr&#233;es sur l'homme qui sont mises en avant. Rien &#224; propos de l'anthropoc&#232;ne n'a encore &#233;t&#233; contest&#233; et plus encore la pand&#233;mie &#233;claire la mani&#232;re dont le monde naturel pourrait se r&#233;g&#233;n&#233;rer si la production &#233;tait r&#233;duite, si les d&#233;placements &#233;taient restreints et si les &#233;missions de CO2 et l'empreinte carbone diminuaient. Je vous parle actuellement par visioconf&#233;rence, car je ne peux pas prendre l'avion pour Mexico. Mais peut-&#234;tre que cette exp&#233;rience me permet aussi de comprendre que si je voyageais moins, le monde naturel aurait plus de chances de se r&#233;parer. Pas seulement moi, mais tous ceux qui consid&#232;rent les voyages comme allant de soi ou qui ne peuvent pas vivre sans voyager ou qui croient impossible de s'adapter sans voyager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la le&#231;on indirectement tir&#233;e de la pand&#233;mie est que nous devons tous r&#233;duire notre empreinte carbone, alors il doit s'ensuivre que dans la p&#233;riode post-pand&#233;mique, nous devons calculer l'empreinte carbone afin d'assurer pour nous-m&#234;mes et pour les autres l'avenir d'un monde habitable. Bien s&#251;r, la question d'une vie vivable semble &#224; premi&#232;re vue &#234;tre une question &#233;troitement subjective. Dire qu'une vie est vivable, c'est dire que je peux la vivre et vraisemblablement que d'autres le peuvent aussi, que ma vie, entendue comme vie humaine, peut exister dans certaines conditions et que ces conditions s'appliquent aussi aux autres vies. Que les restrictions dans lesquelles je vis ne sont pas insupportables au point d'arr&#234;ter de croire que je puisse continuer avec cette vie. Bien s&#251;r, les humains ont des exp&#233;riences diff&#233;rentes, des limites de ce qui est vivable. Et le fait qu'un ensemble de restrictions soit ou non vivable d&#233;pend de la mani&#232;re dont on &#233;value les exigences de sa propre vie. La vivabilit&#233; est en fin de compte une exigence modeste. Par exemple, on ne se demande pas ce qui me rendra heureux ni quel type de vie serait l&#224; plus &#224; m&#234;me de satisfaire le plus justement mes d&#233;sirs. Chacun cherche plut&#244;t &#224; vivre de telle mani&#232;re que la vie elle-m&#234;me reste supportable, vivable. En d'autres termes, chacun cherche &#224; satisfaire ses exigences de la vie qui permettrait &#224; une vie de se poursuivre. Une autre fa&#231;on de le dire pourrait &#234;tre de savoir quelles sont les conditions de vie qui rendent possible le d&#233;sir de vivre, de continuer &#224; vivre. Car nous savons pertinemment que dans certaines conditions de restriction et d'incarc&#233;ration, d'occupation, de d&#233;tention, de torture, d'apatridie, on peut &#234;tre amen&#233; &#224; se poser la question de savoir si la vie vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue dans ces conditions. Et dans certains cas, le d&#233;sir m&#234;me de vivre peut &#234;tre an&#233;anti : les gens s'&#244;tent la vie ou se laissent mourir ou meurent sous le pouvoir des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie nous pose cette question d'une mani&#232;re diff&#233;rente, je pense, car les restrictions qui me sont impos&#233;es sont celles qui prot&#232;gent non seulement ma propre vie, mais aussi celle des autres. Les restrictions m'ont emp&#234;ch&#233; d'agir de certaines mani&#232;res, mais elles exposent aussi une vision du monde qu'on me demande d'accepter. Si elles pouvaient parler, elles me demanderaient de comprendre cette vie qui est la mienne comme &#233;tant li&#233;e &#224; d'autres vies. Et de consid&#233;rer le fait d'&#234;tre li&#233; les uns aux autres comme une caract&#233;ristique fondamentale de Qui je suis. En d'autres termes, je ne peux pas venir &#224; Mexico en raison des restrictions qui cherchent &#224; me prot&#233;ger d'un virus qui pourrait m'&#244;ter la vie, mais aussi &#224; m'emp&#234;cher de communiquer un virus dont j'ignore peut-&#234;tre &#234;tre porteuse et qui pourrait &#244;ter la vie &#224; d'autres personnes. En d'autres termes, on me demande de ne pas mourir et de ne pas mettre les autres en danger de maladie ou de mort. Et je dois d&#233;cider si je suis d'accord ou non avec cette demande. Pour comprendre les deux parties de cette demande, je dois me consid&#233;rer comme susceptible de transmettre le virus, mais aussi comme une personne qui peut &#234;tre infect&#233;e par le virus. Je suis un agent, mais je suis vuln&#233;rable et puissante et je suis expos&#233;e. Je suis capable de faire du mal et je suis semblable aux autres dans ma capacit&#233; &#224; &#234;tre bless&#233;e. Il est impossible d'&#233;chapper aux deux extr&#233;mit&#233;s de cette polarit&#233;. Il semble que je sois li&#233; aux autres par la perspective de commettre ou de subir un pr&#233;judice, et m&#234;me plus ma vie et leurs vies d&#233;pendent de la reconnaissance du fait que nos vies r&#233;sultent de la fa&#231;on dont chacun d'entre nous agit. Je suis peut-&#234;tre habitu&#233;e &#224; agir en mon nom propre et &#224; d&#233;cider si et comment la consid&#233;ration des autres entre en jeu. Mais dans le paradigme que j'esquisse pour vous aujourd'hui, je suis d&#233;j&#224; en relation avec vous et vous &#234;tes d&#233;j&#224; en relation avec moi bien avant que l'un ou l'autre d'entre nous ne commence &#224; examiner la meilleure fa&#231;on d'&#234;tre en relation avec l'autre. Nous partageons l'air et les surfaces, nous nous frottons les uns aux autres, nous sommes des &#233;trangers proches les uns des autres dans l'avion et le paquet que j'ai emball&#233; est peut-&#234;tre celui que vous allez ouvrir. R&#233;agir ou parfois agir comme si nos vies s&#233;par&#233;es passaient en premier et que nous d&#233;cidions apr&#232;s coup de nos structures sociales est une pr&#233;tention lib&#233;rale qui sous-tend une grande partie de la philosophie morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand et comment ma vie est-elle devenue intelligible en tant que vie s&#233;par&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions qui ont donn&#233; naissance &#224; ce genre d'imaginaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la nourriture, du sommeil et du logement n'a jamais &#233;t&#233; dissoci&#233;e de la question de ma vie, de sa vivabilit&#233;. Et ces dispositions devaient d&#233;j&#224; &#234;tre l&#224;, m&#234;me si elles &#233;taient minimes, pour que je commence &#224; imaginer un moi s&#233;par&#233;. Cette d&#233;pendance a &#233;t&#233; mise de c&#244;t&#233; sinon totalement ni&#233;e pour d&#233;cider que je suis un individu singulier ferm&#233; aux autres, s&#233;par&#233;, alors que toute individualisation est hant&#233;e par une d&#233;pendance que l'on imagine pouvoir &#234;tre surmont&#233;e. La pand&#233;mie nous ram&#232;ne aussi &#224; la maison : comment vivre sans toucher ou &#234;tre touch&#233;, sans un souffle partag&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vivable si ma vie, d&#232;s le d&#233;part, n'est qu'ambigu&#239;t&#233; concernant le domaine de l'interd&#233;pendance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interd&#233;pendance sociale est pr&#233;sente d&#232;s le commencement, avant toute r&#233;flexion sur la conduite morale. Les questions : Que dois-je faire ? Comment dois-je vivre cette vie ? pr&#233;supposent un moi et une vie qui pose ces questions par elle-m&#234;me et pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'&#339;il est toujours peupl&#233; et la vie toujours partag&#233;e, alors comment ces questions morales peuvent-elles changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore difficile d'&#233;branler la pr&#233;tention d'une vie individuelle infinie ; apr&#232;s tout, ce qui rend une vie vivable semble &#234;tre une question personnelle qui se rapporte &#224; cette vie et non &#224; une autre. Et pourtant, quand je demande ce qui rend une vie vivable, je sous-entends qu'il y a certaines conditions communes qui rendent la vie humaine vivable. Alors une partie, au moins, de ce qui rend ma propre vie vivable rend une autre vie positivement vivable et je ne peux pas dissocier compl&#232;tement la question de mon propre bien-&#234;tre avec celle du bien-&#234;tre des autres. Si la pand&#233;mie nous donne une grande le&#231;on sociale et &#233;thique c'est qu'il semble que ce qui rend une vie vivable peut &#234;tre une question que pose un groupement social ou un gouvernement ; c'est une question qui nous montre implicitement que la vie que nous vivons n'est jamais exclusivement la n&#244;tre ; que les conditions d'une vie vivable doivent &#234;tre assur&#233;es et pas seulement pour moi. Par exemple, ces conditions ne peuvent pas &#234;tre saisies par la cat&#233;gorie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le &#171; je &#187; que je suis est aussi dans une certaine mesure un &#171; nous &#187; &#224; travers la tension entre ces deux aspects qui tendent &#224; d&#233;finir la vie d'une personne. Si c'est cette vie qui est la mienne, qui semble &#234;tre la mienne, et que ma vie ne m'appartient jamais pleinement, si ma vie nomme une condition et une trajectoire qui est partag&#233;e alors ma vie est le lieu o&#249; je perds mon &#233;gocentrisme. En fait la proposition &#171; ma vie &#187; tend dans deux directions, simultan&#233;ment : cette vie singuli&#232;re et irrempla&#231;able, et cette vie collective et humaine partag&#233;e aussi bien avec des vies animales qu'avec divers syst&#232;mes et r&#233;seaux de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas que la pand&#233;mie soit une bonne chose parce qu'elle nous donne des le&#231;ons du genre de celles que nous devons apprendre ; je dis plut&#244;t que certaines conditions de vie et d'existence sont mises &#224; nu par la circulation du virus et que nous avons maintenant la possibilit&#233; de saisir nos relations avec la terre et avec les autres de mani&#232;re durable. Ceci, afin de nous comprendre moins comme des entit&#233;s s&#233;par&#233;es mues par l'int&#233;r&#234;t personnel que comme un ensemble complexe de liens dans un monde vivable plein de concurrents. La question de savoir si nous sommes en train de le faire ou non fait l'objet d'un d&#233;bat. Je ne pense pas que la pand&#233;mie ouvre un avenir utopique, mais je ne crois pas non plus qu'elle conduira &#224; une dystopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les termes de la lutte ont &#233;t&#233; d&#233;finis avec pr&#233;cision et que notre nouvel engagement collectif en faveur de l'&#233;galit&#233; sociale et &#233;conomique devrait d&#233;couler de ces nouvelles perspectives sur la mani&#232;re dont nous sommes li&#233;s les uns aux autres. Comme nous le savons, la pand&#233;mie se situe &#224; la fois dans le contexte du changement climatique et de la destruction de l'environnement, mais aussi dans le contexte d'une forme de capitalisme qui continue &#224; consid&#233;rer la vie des travailleurs comme dispensable. Pour certains d'entre nous, il existe une assurance maladie et des mesures de s&#233;curit&#233; et de protection sociales sur le lieu de travail ; mais pour la grande majorit&#233; des gens, il n'y a pas d'assurance maladie et l'effort pour obtenir des soins de sant&#233; est une lutte qui &#233;choue trop souvent. Ainsi, lorsque aux &#201;tats-Unis, nous demandons quelles sont les vies les plus menac&#233;s par la pand&#233;mie, nous constatons que ce sont les pauvres, la communaut&#233; noire, les migrants r&#233;cents, les personnes incarc&#233;r&#233;es et les personnes &#226;g&#233;es. A mesure que les entreprises rouvrent et que l'industrie red&#233;marre, il n'y a aucun moyen de prot&#233;ger contre le virus les travailleurs et les populations qui n'ont jamais eu acc&#232;s aux soins de sant&#233; ou qui ont &#233;t&#233; d&#233;savantag&#233;es par le racisme et par des maladies qui auraient pu &#234;tre trait&#233;es pr&#233;ventivement, les rendant plus vuln&#233;rables &#224; la maladie et &#224; la mort. Ceux qui pensent que la sant&#233; de l'&#233;conomie est plus importante que la sant&#233; de la population suivent une formule qui pr&#233;tend que le profit et la richesse sont finalement plus importants que la vie humaine. Ceux qui calculent les risques, qui savent que certains devront mourir concluent implicitement ou explicitement que des vies humaines seront sacrifi&#233;es pour l'&#233;conomie. On pourrait arguer que l'industrie et les entreprises doivent rester ouvertes pour le bien des travailleurs pauvres, mais si ce sont pr&#233;cis&#233;ment les travailleurs pauvres dont la vie sera sacrifi&#233;e sur le lieu de travail o&#249; les taux d'infection sont les plus &#233;lev&#233;s, alors nous avons une version actualis&#233;e de la conception de Marx du travail : nous ouvrons ou maintenons ouverte l'&#233;conomie afin de soutenir la vie des travailleurs pauvres, mais ce sont les travailleurs pauvres eux-m&#234;mes dont la vie est jug&#233;e n&#233;gligeable et dont le travail peut &#234;tre remplac&#233; par d'autres travailleurs. En d'autres termes, dans les conditions de pand&#233;mie, le travailleur va travailler pour vivre, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le travail qui pr&#233;cipite la mort des travailleurs. Le travailleur d&#233;couvre sa capacit&#233; &#224; &#234;tre dispensable et sa capacit&#233; &#224; &#234;tre remplac&#233;, car l'aide &#224; l'&#233;conomie est plus importante que la sant&#233; du travailleur. Ainsi, une vieille contradiction qui appartient au capitalisme prend une nouvelle forme dans les conditions de la pand&#233;mie, ce que nous pourrions appeler le capitalisme de la pand&#233;mie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous devons maintenant nous demander si nous voulons vivre dans un tel monde. Si un tel monde fait la distinction entre les vies qui valent la peine d'&#234;tre sauv&#233;es et les vies qui ne le valent pas, est-il vraiment un monde habitable ? Un monde dont les vies sont consid&#233;r&#233;es comme pr&#233;cieuse par rapport &#224; celles qui ne le sont pas. Ce qui pourrait appara&#238;tre comme une question abstraite de philosophie s'av&#232;re &#234;tre une question qui &#233;merge au c&#339;ur d'une urgence sociale et &#233;pid&#233;miologique. Pour que le monde soit habitable, il doit supporter non seulement les conditions de vie, mais aussi le d&#233;sir de vivre lui-m&#234;me. Et qui souhaite vivre dans un monde qui m&#233;prise ou qui se passe de la vie de chacun ? Vouloir vivre dans un tel monde, c'est s'engager dans la lutte contre ces conditions qui am&#232;nent &#224; la mort. On ne peut pas le faire seul, mais seulement &#224; travers une lutte ; une lutte faite de complicit&#233;s qui forme une nouvelle condition pour aimer et pour d&#233;sirer. Et pour qu'une vie soit vivable, elle doit &#234;tre une vie incarn&#233;e, capable d'habiter des espaces et cherchant &#224; organiser et &#224; faire avancer cette vie, non sa maladie, non sa mort. Et ces espaces comprennent la maison, l'abri, le lieu de travail, le magasin, la rue, le champ, la place publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les nouvelles recherches scientifiques sur les vaccins et les antiviraux commencent &#224; rendre compte de leurs progr&#232;s, le march&#233; est occup&#233; &#224; parier sur l'avenir de telle ou telle industrie pharmaceutique. Si un vaccin devient disponible, qui l'obtiendra en premier et combien co&#251;tera-il ? Sera-t-il distribu&#233; gratuitement et les plus n&#233;cessiteux seront-ils les premiers &#224; le recevoir ? La question de l'&#233;galit&#233; sociale se retrouve dans celle de la distribution de ces m&#233;dicaments et nous verrons si la collaboration mondiale triomphe du nationalisme et des int&#233;r&#234;ts du march&#233;. Nous devons lutter pour un monde dans lequel nous d&#233;fendons le droit d'aider, de prendre soin de l'&#233;tranger &#224; l'autre bout du monde avec autant de ferveur que nous le faisons pour notre voisin ou notre amant. Cela peut sembler d&#233;raisonnable, mais il est peut-&#234;tre temps de d&#233;manteler les pr&#233;jug&#233;s locaux et nationalistes qui impr&#232;gnent notre id&#233;e de ce qui est raisonnable. R&#233;cemment, le directeur de l'Organisation mondiale de la sant&#233;, Tedros Adhanom Ghebreyesus, &#224; d&#233;clar&#233;, je cite, &#171; qu'aucun d'entre nous ne peut accepter un monde dans lequel certaines personnes sont prot&#233;g&#233;es alors que d'autres ne le sont pas &#187;, et je cite il &#171; appelait &#224; la fin du nationalisme et &#224; la fin de la rationalit&#233; du march&#233; qui calculerait quelles vies valent plus que d'autres la peine d'&#234;tre sauv&#233;es &#187;. Si nous refusons ce choix, cela signifie que nous nous engagerons dans des formes globales de collaboration et de soutien qui visent &#224; assurer l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux soins de sant&#233; pour une vie vivable. Je n'ai pas exactement r&#233;pondu &#224; la question de savoir ce qui rend une vie vivable ou un monde habitable, mais le monde dans lequel nous vivons doit &#234;tre celui qui non seulement favorise notre propre vie, mais assure les conditions de vie de toutes les cr&#233;atures dont le d&#233;sir de vivre devrait &#234;tre &#233;galement honor&#233;. Refuser de faire ce choix de qui va vivre et qui va mourir, c'est se confronter au calcul du march&#233; qui nous obligerait &#224; faire ce choix. Seul un engagement global honore l'interd&#233;pendance mondiale dans laquelle nous vivons actuellement ; cette interd&#233;pendance peut sembler fatale, mais elle est en fin de compte la possibilit&#233; que nous avons de parvenir &#224; l'&#233;galit&#233; et de construire et maintenir un monde vivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traduction Tati-Gabrielle et Lucy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;unir ce que le capitalisme a s&#233;par&#233;</title>
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		<description>&lt;p&gt;Examen critique du projectile politique &lt;i&gt;Par del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt; de Silvia Federici.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton66.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelque temps, nous recevions la proposition de publier une critique de &lt;i&gt;Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt; de Silvia Federici. Son auteur, Cory Austin Knudson (on peut la lire &lt;a href=&#034;https://paris-luttes.info/par-dela-les-frontieres-du-corps-14114?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;) y &#233;num&#232;re ses d&#233;saccords et d&#233;veloppe un contre-argumentaire au cours duquel le texte de Silvia Federici passe au second plan. L'auteur de la critique s'acharne &#224; habiller Silvia Federici des oripeaux de l'ennemi, de l'ignorance et de l'intol&#233;rance. La critique politique devient acharnement personnel, inaudible et excessif. Nous avons ainsi fait le choix d'&#233;tudier de plus pr&#232;s ce petit livre qui suscitait tant de passion. L'article qui suit &#224; pour vocation de rappeler qu'un mouvement politique ne se construit pas en combattant son plus proche voisin, son alli&#233;e, son ami. Les manques, les approximations et les erreurs doivent &#234;tre confront&#233;s, discut&#233;s et d&#233;pass&#233;s. Toutefois, l'envie de faire table rase, de faire rupture est une facilit&#233; qui prend trop souvent le pas sur l'intelligence collective, nous vouant &#224; reproduire les erreurs de nos a&#238;n&#233;s. Silvia Federici est une camarade pr&#233;cieuse dont la pens&#233;e nous aide &#224; percevoir et construire un horizon victorieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Silvia Federici est de celles dont la boussole indique toujours le nord : la critique et la lutte contre le capitalisme. Son &#233;tude Caliban et la Sorci&#232;re, femmes, corps et accumulation primitive traitait avec pr&#233;cision et d&#233;tails des origines des diverses formes d'exploitation auxquelles ont &#233;t&#233; soumises les femmes tout au long du d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s capitalistes. Dans la tradition des opprim&#233;s, l'histoire est un enjeu politique majeur pour qui r&#233;fl&#233;chit aux le&#231;ons &#224; tirer du pass&#233;. C'est la main de Walter Benjamin que l'on sent sur son &#233;paule : &#171; Exprimer le pass&#233; en termes historiques ne signifie pas le reconna&#238;tre &#8220;tel qu'il a r&#233;ellement &#233;t&#233;&#8221;. Cela revient &#224; s'emparer d'un souvenir tel qu'il appara&#238;t en un &#233;clair &#224; l'instant d'un danger. La pr&#233;occupation du mat&#233;rialisme historique est de retenir une image du pass&#233; telle qu'elle s'installe &#224; l'improviste, pour le sujet historique, &#224; l'instant du danger. (&#8230;) Seul l'historiographe a le don d'allumer dans le pass&#233; l'&#233;tincelle d'espoir qui en est p&#233;n&#233;tr&#233;e : m&#234;me les morts ne seront pas en s&#233;curit&#233; face &#224; l'ennemi si celui-ci l'emporte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Sur le concept d'Histoire, th&#232;se VI. &#171; Exprimer le pass&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est en s'inscrivant dans cette conscience historique, celle des opprim&#233;s, des vaincus qu'elle puise sa force politique : &#171; refuser toute forme d'identification sociale et politique est un pas vers la d&#233;faite. C'est un d&#233;ni de solidarit&#233; envers les vivants et les morts, et revient &#224; fantasmer des &#234;tres sans histoire &#187;. Toutefois, la fl&#232;che &lt;i&gt;Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt; n'est pas une analyse historique ni un chemin de traverse arpentant le pass&#233; en qu&#234;te du pr&#233;sent.&lt;i&gt; Par del&#224; les fronti&#232;res du corps&lt;/i&gt; est une fl&#232;che ac&#233;r&#233;e qui vise le soleil. Elle ne d&#233;montre pas, mais va &#224; l'essentiel. Tout droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des neuf chapitres qui la composent pointe une question politique ayant les femmes comme sujet et comme enjeu. Ces courts projectiles se pr&#233;sentent comme autant de matrices construisant une perception de chaque probl&#233;matique, son horizon, ses lignes de front, ses exemples et parfois ses contradictions et ses faiblesses. Et chaque fois, il sera question du corps. Du corps des femmes labour&#233; par le capitalisme, du corps contraint, du corps forc&#233;, du corps format&#233;, du corps augment&#233;. Mais aussi du corps des colonis&#233;es, du corps trans, de la maternit&#233;. C'est par le corps, par la corpor&#233;it&#233;, par l'exp&#233;rience sensible que Silvia Federici renoue avec la cat&#233;gorie politique femme : &#171; Si on &#233;vacue cette cat&#233;gorie politico-analytique, alors le f&#233;minisme dispara&#238;t aussi, car l'&#233;mergence de mouvements de lutte est inconcevable sans une exp&#233;rience d'injustice et de violence partag&#233;e &#187;. N'ayant pas cess&#233; de donner nagu&#232;re, avec Caliban, mille et un exemples, et autant de fils nous liant &#224; l'histoire des femmes, la voici en armure, menant une guerre au capitalisme, affirmative et d&#233;cid&#233;e. Or sa cat&#233;gorie de femme n'est pas le fruit d'une essence mais celui d'une tradition de luttes, d'une appartenance sensible. &#171; Ce corps par del&#224; les fronti&#232;res de peaux est l'image d'un corps qui r&#233;unit ce que le capitalisme a s&#233;par&#233; &#187; voil&#224; son ambition pour comprendre les diff&#233;rences et d&#233;passer les dissensions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/federici_couv-aperc_uma_j-min.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/federici_couv-aperc_uma_j-min.jpg?1731403014' width='500' height='833' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE 1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Silvia Federici n'utilise pas la terminologie foucaldienne, pourtant cette premi&#232;re partie aurait pu s'intituler : Enjeux de la biopolitique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme &#171; biopolitique &#187; d&#233;signe la mani&#232;re dont le pouvoir tend &#224; se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, le corps est aujourd'hui le but et l'enjeu de toute politique, de tout discours. Or, l'histoire du capitalisme est celle de la &#171; red&#233;finition de ses qualit&#233;s et capacit&#233;s &#187;. &#171; L'un des principaux projets du capitalisme a &#233;t&#233; la transformation de nos corps en machine de travail &#187;. Comprendre ce que le capitalisme a fait au corps des femmes est un pr&#233;alable &#224; la compr&#233;hension de &#171; la guerre que le capitalisme a men&#233; contre les &#234;tres humains et la nature et ouvre &#224; l'&#233;laboration de strat&#233;gies capables de mettre fin &#224; une telle destruction &#187;. Aussi, le texte s'attache &#224; resituer le corps dans son contexte social et politique, travers&#233; de forces, parfois contradictoires, et qui pourtant nous constituent. D'o&#249; son assertion rejetant l'id&#233;e que les identit&#233;s sociales sont compl&#232;tement d&#233;finies par le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme des ann&#233;es 70 est &#224; cet &#233;gard une source intarissable d'inspiration et de puissance.&#171; Le f&#233;minisme a &#233;t&#233; une r&#233;volte contre le fait d'&#234;tre r&#233;duites au &#8220;corps&#8221;, &#224; une pr&#233;disposition cens&#233;ment inn&#233;e &#224; l'auto-sacrifice et aux soins des autres. Une large part des politiques f&#233;ministes s'est concentr&#233;e sur la lutte pour l'avortement, mais la r&#233;volte contre les normes f&#233;minines a &#233;t&#233; plus profonde &#187;. C'est par ce biais que Silvia Federici replace l'identit&#233; politique femme au c&#339;ur de la lutte contre le capitalisme. D'une part, &#171; les politiques du corps t&#233;moignaient d'une prise de conscience que nos exp&#233;riences les plus intimes, cens&#233;ment priv&#233;es, sont en r&#233;alit&#233; hautement politique, int&#233;ressant l'&#201;tat-nation, comme en t&#233;moigne historiquement le d&#233;veloppement de toute une l&#233;gislation pour les r&#233;guler. Nous ne pouvions donc revendiquer nos corps sans changer de conditions mat&#233;rielles d'existence &#187;. D'autre part, &#171; c'est le mouvement f&#233;ministe qui a d&#233;naturalis&#233; la f&#233;minit&#233; &#187; en luttant contre les normes et les repr&#233;sentations de la femme &#224; cette &#233;poque. &#171; Reprendre le contr&#244;le de notre sexualit&#233;, de nos corps, de notre reproduction devient une question politique centrale &#187;. Et cette question passe in&#233;luctablement par le changement de nos conditions mat&#233;rielles d'existences. D'o&#249; l'importance pour notre autrice de concevoir la maternit&#233; comme &#171; une d&#233;cision politique porteuse de valeurs &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Silvia Federici fait des femmes les h&#233;riti&#232;res du mouvement ouvrier dans la lutte contre le capitalisme. Sa vision g&#233;n&#233;rale, bien que parfois approximative, poss&#232;de ce grand avantage de rendre lisibles les forces en pr&#233;sence, la g&#233;n&#233;alogie des id&#233;es et l'histoire des luttes dans un monde satur&#233; d'informations contradictoires. En ce sens, ce livre est un petit manuel politique contribuant pleinement &#224; la guerre en cours contre le capitalisme. Mais il contribue pleinement aussi au mouvement f&#233;ministe non sans susciter beaucoup d'interrogations que nous aborderons dans la deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE 2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est la partie la plus complexe et la plus dangereuse. Dangereuse, car elle engage une critique radicale de la m&#233;decine, des technologies et du transhumanisme qui repr&#233;sentent aujourd'hui trois n&#339;uds capturant les questions politiques relatives au corps. Au risque de l'exc&#232;s ou de la caricature (qu'elle n'arrive pas toujours &#224; &#233;viter) Silvia Federici esquisse, &#224; partir d'exemples comme les mouvements de femmes des ann&#233;es 70, du Black Power ou d'Act Up, les lin&#233;aments d'une politique f&#233;ministe, d'un front contre le capitalisme et ses illusions mystificatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers d'une critique du concept de performance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son ouvrage le plus influent, Trouble dans le genre, Butler d&#233;fend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Silvia Federici cherche &#224; construire la possibilit&#233; d'une identit&#233; politique qui s'ancrerait dans la tradition des luttes f&#233;ministes tout en laissant suffisamment de place pour accueillir des changements et les orientations d'une nouvelle &#233;poque. Ses reproches sur les concepts de performance et de genre ne s'adressent pas &#224; Judith Butler en particulier, mais plut&#244;t aux f&#233;ministes, aux militantes et militants queer qui, en performant leur genre, en construisant une politique des identit&#233;s qui consid&#232;re les vieilles cat&#233;gories d'homme et de femme comme obsol&#232;tes, voire pires comme des proc&#233;d&#233;s d'exclusions et d'amoindrissement, abandonnent de fait la longue histoire fragmentaire des luttes et particuli&#232;rement la lutte des femmes. Derri&#232;re ces arguments, il y a la peur de voir se d&#233;velopper des luttes abstraites dans lesquelles le respect et l'&#233;panouissement viendraient remplacer les rapports de forces. Aussi, c'est sciemment que Silvia Federici revient toujours vers les conditions sociales d'existences, vers les &#233;preuves pratiques sans lesquelles il n'existe pas la possibilit&#233; de lutter : &#171; Le concept n&#233;glige le fait que le genre est le r&#233;sultat d'un long processus de disciplinarisation et que les &#8220;normes&#8221; sont le produit de l'organisation et de la division du travail, de la configuration diverse des march&#233;s du travail, de la structuration de la famille, de la sexualit&#233;, et du travail domestique. Dans toutes ces situations, ce qui est souvent appel&#233; &#8220;performance&#8221; gagnerait &#224; &#234;tre d&#233;fini comme coercition et exploitation &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son dernier argument critique &#224; propos des identit&#233;s perform&#233;es (mais aussi par effet de miroir, argument en faveur de l'identit&#233; politique femme ) concerne la capacit&#233; d'empowerment. &#171; Concevoir les identit&#233;s sociales de mani&#232;re unilat&#233;rale, c'est ignorer notre capacit&#233; &#224; les transformer, &#224; retourner nos stigmates en fiert&#233;, c'est reconna&#238;tre l'in&#233;vitabilit&#233; de la d&#233;faite, enfin, c'est ne voir le pouvoir que du c&#244;t&#233; du ma&#238;tre &#187;. Toutefois la t&#226;che s'annonce bien difficile. Le capitalisme irrigue les esprits d'injonctions &#224; la beaut&#233;, &#224; la plasticit&#233;, au style. C'est avec la plus grande des m&#233;fiances que Silvia Federici aborde la possibilit&#233; de transformation du corps. &#171; Et pour cause, des programmes de st&#233;rilisations forc&#233;es de masse et eug&#233;nistes &#224; l'invention de la lobotomie, de l'&#233;lectrochoc ou des drogues psychoactives, l'histoire de la m&#233;decine a toujours manifest&#233; la m&#234;me volont&#233; de contr&#244;le social et de reprogrammation des corps r&#233;fractaires afin de rendre les femmes plus dociles et plus productives &#187;. &#171; Concr&#232;tement, le &#171; soin du corps &#187; requiert de l'argent, du temps, un acc&#232;s &#224; des services et des ressources que la majorit&#233; ne peut se payer, en particulier quand on parle de chirurgie &#187;. C'est depuis cette m&#233;fiance envers la m&#233;decine que Silvia Federici aborde la question de la GPA (gestation pour autrui). &#171; L'id&#233;e que le capitalisme a transform&#233; le corps des femmes en machine &#224; produire la force de travail est un th&#232;me central de la litt&#233;rature f&#233;ministe depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70. Cependant, l'arriv&#233;e de la GPA est un tournant dans ce processus, car elle fait de la gestation une op&#233;ration purement m&#233;canique, un travail ali&#233;n&#233; pour une femme cens&#233;e &#234;tre compl&#232;tement d&#233;tach&#233;e &#233;motionnellement. C'est aussi un tournant en termes de marchandisation de la vie humaine, avec l'organisation d'un march&#233; d'enfants l&#233;gal, qui fait de l'enfant un bien qui peut &#234;tre c&#233;d&#233;, vendu, achet&#233; &#187;. Elle rappelle en outre l'aspect raciste et classiste d'une pratique presque exclusivement destin&#233; aux couples blancs, ais&#233;s et occidentaux. C'est l&#224; que se situe son rejet du droit de parentalit&#233;, per&#231;u comme pure hypocrisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de Silvia Federici du mouvement trans et intersexe disqualifie les anath&#232;mes prononc&#233;s &#224; son encontre. Toutefois, le lieu de sa ligne de front n'est pas le n&#244;tre. Sa vision du progr&#232;s en tant que cauchemar technologique est trop ambigu&#235;. En effet, sa critique l'oppose &#224; une adversit&#233; o&#249; se d&#233;battent p&#234;le-m&#234;le le d&#233;sir narcissique de beaut&#233; plastique, les manipulations ADN, les corps augment&#233;s (transhumanisme). La place de la chirurgie de r&#233;assignation sexuelle reste ambigu&#235;. Silvia Federici &#233;choue &#224; proposer une ligne politique suffisamment claire pour que ses critiques soient constructives. De m&#234;me, son argumentaire concernant la marchandisation de l'humain semble totalement d&#233;pass&#233;, les l&#233;gislations autour de la GPA venant essayer d'encadrer ce qui existe d&#233;j&#224; de fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces rat&#233;s sont &#224; mettre en balance avec la partie suivante. Revenant sur la mani&#232;re dont le capitalisme &#224; fa&#231;onn&#233; les &#234;tres vivants pour optimiser leur force de travail, Silvia Federici &#171; voit dans les identit&#233;s de genres androgynes, et la mont&#233;e du mouvement intersexe et trans une critique de la division sexuelle du travail &#187;, mais aussi du travail, comme &#233;l&#233;ment de formation des identit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE 3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Adapter l'homme au travail est un processus sans fin conduit par le capitalisme. &#171; Depuis sa phase primitive jusqu'&#224; nos jours, le capitalisme a proc&#233;d&#233; &#224; une mise au travail g&#233;n&#233;ral, travail pay&#233; ou non-pay&#233;, qui n&#233;cessitait de restructurer tout le processus de reproduction sociale, reconfigurant non seulement notre relation au travail, mais aussi notre conception de l'identit&#233;, de l'espace et du temps, et jusqu'&#224; notre vie sociale et sexuelle &#187;. Silvia Federici disqualifie la psychologie qu'elle consid&#232;re comme une science capitaliste. Une science dont l'objectif est de naturaliser les besoins du capitalisme. &#171; La psychologie ne peut pas continuer &#224; attribuer les pathologies provoqu&#233;es par le capitalisme &#224; une quelconque nature humaine ni &#224; produire des camisoles de force, en ignorant les violations de notre int&#233;grit&#233; physique que nous inflige le syst&#232;me &#233;conomique et politique dans lequel nous vivons &#187;. Cette partie est une boite &#224; outils permettant de ne pas succomber aux pi&#232;ges tendus par le capitalisme. En naturalisant ses principes, son id&#233;ologie, ses besoins, celui-ci parvient &#224; se dissimuler sous les mille et un masques de la nature, de la science, de la logique. Avec beaucoup d'humour, Silvia Federici d&#233;montre que l'id&#233;ologie progressiste-n&#233;olib&#233;rale et l'id&#233;ologie politico-religieuse des mormons ne sont que les deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce : &#171; le d&#233;bat entre cr&#233;ationnisme et &#233;volutionnisme n'&#233;tant qu'une querelle interne au capitalisme &#187;. Ces deux versants ont en commun l'abn&#233;gation et la soumission absolue des corps au travail. Mais comme nous allons le voir dans une quatri&#232;me partie, l'esprit de r&#233;volte ne peut venir que du corps lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE 4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire du capitalisme est aussi celle de la guerre contre le corps, cette partie choisit d'appuyer son propos sur &#171; les capacit&#233;s du corps, le corps comme terrain de r&#233;sistance, c'est-&#224;-dire le corps et ses pouvoirs &#8212; pouvoir d'agir, de se transformer, le corps comme limite &#224; l'exploitation &#187;. Car le corps, par ses besoins, ses d&#233;sirs, sa constitution ne peut pas tout. Le besoin de se nourrir, d'aimer, de dormir est un rempart, une limite &#224; l'exploitation capitaliste. &#171; Une des principales t&#226;ches sociales du capitalisme jusqu'&#224; nos jours a &#233;t&#233; de transformer notre &#233;nergie et notre pouvoir corporel en puissance de travail &#187;. &#171; En r&#233;alit&#233;, notre corps nous effraie, et nous ne l'&#233;coutons pas. Nous n'&#233;coutons pas ce qu'il veut, nous participons &#224; ses attaques avec tous les moyens que nous offre la m&#233;decine : radios, coloscopies, mammographies, qui sont des armes dans une longue bataille contre le corps &#187;. Silvia Federici condamne tout discours qui viendrait expliquer &#224; chacun, depuis un point de vue purement ext&#233;rieur, ce qu'il serait normal de ressentir. Elle ne condamne pas les outils, mais le discours de v&#233;rit&#233; impos&#233; par l'Ordre capitaliste. &#171; Aussi, elle s'attache, en contre-pied, &#224; faire l'&#233;loge de la danse, qui est pour elle, une pratique permettant une exploration et une invention des possibles du corps, ses facult&#233;s, son langage, son articulation avec les aspirations de notre &#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_242 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1441636820309.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1441636820309.jpg?1731402995' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de l'ouvrage &#224; l'usage des groupes militants place bien cet opuscule dans la cat&#233;gorie des manuels pratiques. Si ses approximations sont parfois g&#234;nantes, il est un contrepoison certain aux chants des sir&#232;nes n&#233;o-lib&#233;rales dissimul&#233;s parfois sous des apparences progressistes et sociales. Il rappelle &#233;galement ce qui devrait &#234;tre un principe politique pour les diff&#233;rentes positions queers et f&#233;ministes, &#224; savoir qu'il n'existe pas de lutte d'&#233;mancipation, de lib&#233;ration, d'identit&#233;s sauvages et rebelles qui ne soient anticapitaliste. Nous regrettons toutefois que la conclusion ne pr&#233;pare pas plus le terrain &#224; une rencontre avec les mouvements politiques issus des th&#233;ories de Judith Butler, du concept de performance et de la th&#233;orie queer, du mouvement trans et intersexe. Cette lacune est un enjeu politique fondamental, notre enjeu, qu'il s'agit de construire et de faire grandir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;DIVA&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, Sur le concept d'Histoire, th&#232;se VI.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Exprimer le pass&#233; en termes historiques ne signifie pas le reconna&#238;tre &#171; tel qu'il a r&#233;ellement &#233;t&#233; &#187;. Cela revient &#224; s'emparer d'un souvenir tel qu'il appara&#238;t en un &#233;clair &#224; l'instant d'un danger. La pr&#233;occupation du mat&#233;rialisme historique est de retenir une image du pass&#233; telle qu'elle s'installe &#224; l'improviste, pour le sujet historique, &#224; l'instant du danger. Le danger menace aussi bien la persistance de sa tradition que ceux qui en prennent r&#233;ception. Dans un cas comme dans l'autre, le risque est de passer pour l'instrument de la classe dominante. &#192; chaque &#233;poque, il faut tenter de refaire la conqu&#234;te de la tradition, contre le conformisme qui est en train de la neutraliser. Le Messie ne vient pas seulement en tant que r&#233;dempteur ; il vient en tant qu'il est celui qui surmonte l'Ant&#233;christ. Seul l'historiographe a le don d'allumer dans le pass&#233; l'&#233;tincelle d'espoir qui en est p&#233;n&#233;tr&#233;e : m&#234;me les morts ne seront pas en s&#233;curit&#233; face &#224; l'ennemi si celui-ci l'emporte. Or cet ennemi n'a pas arr&#234;t&#233; de l'emporter &#187;. L'histoire est toujours &#233;crite par les vainqueurs. Non seulement ils d&#233;vitalisent le rayonnement des &#233;v&#232;nements pass&#233;s, mais il contribue activement &#224; mettre en place une amn&#233;sie g&#233;n&#233;rale concernant les affinit&#233;s avec des courants historiques, des anc&#234;tres, des situations, des luttes. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &#171; biopolitique &#187; d&#233;signe la mani&#232;re dont le pouvoir tend &#224; se transformer, entre la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle et le d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, afin de gouverner non seulement les individus &#224; travers un certain nombre de proc&#233;d&#233;s disciplinaires, mais l'ensemble des vivants constitu&#233;s en population la biopolitique - &#224; travers des bio-pouvoirs locaux - s'occupera donc de la gestion de la sant&#233;, de l'hygi&#232;ne, de l'alimentation, de la sexualit&#233;, de la natalit&#233; etc., dans la mesure o&#249; ils sont devenus des enjeux politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de biopolitique implique une analyse historique du cadre de rationalit&#233; politique dans lequel elle appara&#238;t, c'est-&#224;-dire la naissance du lib&#233;ralisme. Par lib&#233;ralisme, il faut entendre un exercice du gouvernement qui non seulement tend &#224; maximiser ses effets tout en r&#233;duisant ses co&#251;ts, sur le mod&#232;le de la production industrielle, mais affirme qu'on risque toujours de trop gouverner. Alors que la &#171; raison d'&#201;tat &#187; avait cherch&#233; &#224; d&#233;velopper son pouvoir &#224; travers la&lt;br class='autobr' /&gt;
croissance de l'&#201;tat, &#171; la r&#233;flexion lib&#233;rale ne part pas de l'existence de l'&#201;tat, trouvant dans le gouvernement le moyen d'atteindre cette fin qu'il serait pour lui-m&#234;me ; mais de la soci&#233;t&#233; qui se trouve &#234;tre dans un rapport complexe d'ext&#233;riorit&#233; et d'int&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de l'&#201;tat &#187;. Ce nouveau type de gouvernementalit&#233;, qui n'est r&#233;ductible ni &#224; une analyse juridique, ni &#224; une lecture &#233;conomique (bien que l'une et l'autre y soient li&#233;es), se pr&#233;sente par cons&#233;quent comme une technologie du pouvoir qui se donne un nouvel objet la &#171; population &#187;. La population est un ensemble d'&#234;tres vivants et coexistants qui pr&#233;sentent des traits biologiques et pathologiques particuliers, et dont la vie-m&#234;me est susceptible d'&#234;tre contr&#244;l&#233;e afin d'assurer une meilleure gestion de la force de travail &#171; La d&#233;couverte de la population est, en m&#234;me temps que la d&#233;couverte de l'individu et du corps dressable, l'autre grand noyau technologique autour duquel les proc&#233;d&#233;s politiques de l'Occident se sont transform&#233;s. On a invent&#233; &#224; ce moment-l&#224; ce que j'appellerai, par opposition &#224; l'anatomo-politique que j'ai mentionn&#233;e &#224; l'instant, la bio-politique 2 &#187;. Alors que la discipline se donnait comme anatomo-politique des corps et s'appliquait essentiellement aux individus, la biopolitique repr&#233;sente donc cette grande &#171; m&#233;decine sociale &#187; qui s'applique &#224; la population afin d'en gouverner la vie la vie fait d&#233;sormais partie du champ du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition de la biopolitique de judith Revel extrait du Vocabulaire de Foucault paru aux &#233;ditions Ellipses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son ouvrage le plus influent, Trouble dans le genre, Butler d&#233;fend l'id&#233;e que la &#171; performance &#187; doit remplacer &#171; l'essence &#187; pour une appr&#233;hension plus juste de la nature des identit&#233;s. Ses apports &#224; la th&#233;orie du genre s'appuient ainsi sur la mise au jour du fait que les concepts sont tributaires du comportement, et que le comportement peut en g&#233;n&#233;ral s'entendre comme la performance de normes sociales bien &#233;tablies. Les r&#244;les que nos corps jouent sont enti&#232;rement inform&#233;s et r&#233;gl&#233;s par des r&#233;gimes discursifs disciplinaires qui &#224; leur tour, utilisent ces performances pour justifier le mod&#232;le &#233;tabli, tout en pr&#233;tendant nier la composante performative.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, la notion de performance est primordiale dans l'&#339;uvre de Butler, et lui permet de rendre compte du d&#233;veloppement des normes sociales ainsi que des efforts que nous mettons habituellement en &#339;uvre pour nous conformer &#224; de telles constructions. La performance peut &#233;galement prendre une valeur plus positive lorsqu'il s'agit de r&#233;fl&#233;chir sur la mani&#232;re dont les cat&#233;gories traditionnelles peuvent se r&#233;concilier avec leur instabilit&#233; intrins&#232;que. En philosophe d&#233;termin&#233;e &#224; d&#233;montrer que l'ambivalence et la pr&#233;carit&#233; sont plus propres &#224; t&#233;moigner de la nature v&#233;ritable des concepts et des identit&#233;s, il va sans dire que Judith Butler s'inscrit en porte-&#224;-faux contre les th&#233;ories traditionnelles qui tendent &#224; d&#233;finir clairement des r&#244;les en ce qui concerne la mani&#232;re dont le genre devrait &#234;tre jou&#233;, mais &#233;galement dont la pens&#233;e devrait &#234;tre structur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://tpp2014.com/judith-butler-performance-et-performativite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;&#226;tre, Performance, Philosophie Colloque 2014. Croisements et transferts dans la pens&#233;e anglo-am&#233;ricaine contemporaine&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Silvia Rivera : &#034;Pourquoi ne peut-on pas avoir la paix ?&#034;</title>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>[Avant-Hier]</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Stonewall</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans la continuit&#233; de notre dossier Stonewall, cet article propose une vid&#233;o et un entretien de SILVIA RIVERA, figure r&#233;volutionnaire embl&#233;matique du mouvement LGBTI am&#233;ricain.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-SEPT-" rel="directory"&gt;SEPT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-48-+" rel="tag"&gt;[Avant-Hier]&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transgenre-+" rel="tag"&gt;Transidentit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Stonewall-+" rel="tag"&gt;Stonewall&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton68.jpg?1731403051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fragments de vie, de luttes, de gestes h&#233;ro&#239;ques et de solidarit&#233; incroyable, les documents qui suivent ouvrent une porte secr&#232;te vers le pass&#233;, notre pass&#233;. A travers la vie de Silvia Rivera, c'est la construction d'un mouvement r&#233;volutionnaire que l'on per&#231;oit. La cr&#233;ation de STAR, les liens construits avec les Youngs Lords et les Black Panthers, la critique, d&#232;s le commencement, de la place confortable, int&#233;gr&#233;e et &#233;crasante de l'homme homosexuel blanc font de Silvia Rivera une ain&#233;e, un symbole dont le feu br&#251;le encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Silvia Rivera, New York, 1973&lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_286 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;330&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:480px;max-width:100%;padding-bottom:62.5%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-286&#034; data-id=&#034;2537730a93eb4a184c69868707d49dda&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L120xH90/J_t6NaDWv-cjd573-69814.jpg?1765772788&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;&#034; src=&#034;J_t6NaDWv-c&#034; /&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L120xH90/J_t6NaDWv-cjd573-69814-77a14.jpg?1765891493' width='120' height='90' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Silvia Rivera
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Christopher Street Liberation Day. New York. 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
Silvia Rivera vient parler au nom des personnes qui ne peuvent pas s'exprimer : les personnes transgenres peu entendues au sein du militantisme gay et les homosexuels incarc&#233;r&#233;s des deux sexes. Silvia Rivera appelle &#224; un empowerment gay, appelle &#224; la R&#233;volution.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript37423241169eefb101c46c1.35177062&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzU3MzI4OTYwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NTczMjg5NjAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Note de la r&#233;daction : &lt;i&gt;Cet entretien est issu du livre &#034;Street Transvestite Action Revolutionaries, survival, revolt, and queer antagonist struggle&#034;. Il est publi&#233; par &lt;a href='https://trounoir.org/untorellipress.noblogs.org'&gt;Untorelli Press&lt;/a&gt; qui est un groupe de production litt&#233;raire sp&#233;cialis&#233; dans la pens&#233;e critique insurrectionnelle des nihilistes, queers, anti-civilisations et anarchistes. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/maxresdefault.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/maxresdefault.jpg?1731403026' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai quitt&#233; la maison &#224; 10 ans en 1961.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je me suis retrouv&#233;e &#224; faire le tapin sur la 42e rue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;but des ann&#233;es 60 n'&#233;tait pas un moment favorable pour les drag queens, les gar&#231;ons eff&#233;min&#233;s et les gar&#231;ons qui portaient du maquillage comme nous le faisions. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;poque, nous &#233;tions tabass&#233;es par la police et par beaucoup de gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas vraiment assum&#233; d'&#234;tre une drag queen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les textes et entretiens datant de cette &#233;poque, la d&#233;signation drag (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avant la fin des ann&#233;es 60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les drag queens se faisaient arr&#234;t&#233;es, quel bordel on mettait !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens de la premi&#232;re fois que j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Je n'&#233;tais pas encore pleinement une drag queen. Je marchais dans la rue et les flics m'ont embarqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons toujours pens&#233; que la police &#233;tait le v&#233;ritable ennemi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous attendions pas &#224; &#234;tre mieux trait&#233;es que des animaux et c'est ainsi que nous &#233;tions trait&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions coinc&#233;es dans un enclos comme une bande de monstres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas &#233;t&#233; respect&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup d'entre nous ont &#233;t&#233; battues et viol&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'ai fini par aller en prison, pour 90 jours, ils ont essay&#233; de me violer.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai gentiment mordu la bite d'un type.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai tout travers&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1969, lors de la premi&#232;re soir&#233;e des &#233;meutes de Stonewall, la nuit &#233;tait lourde et tr&#232;s chaude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions dans le Stonewall et les lumi&#232;res se sont allum&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous sommes tous arr&#234;t&#233;s de danser.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police est entr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils avaient obtenu leur pot-de-vin plus t&#244;t dans la semaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'inspecteur Pine est venu &#8212; lui et sa brigade des m&#339;urs &#8212; pour d&#233;penser un peu plus l'argent du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons &#233;t&#233; conduits hors du bar et ils nous ont parqu&#233;s contre les fourgons de police. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les flics nous ont pouss&#233;s contre les grilles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens ont commenc&#233; &#224; jeter des pi&#232;ces de monnaie sur les flics. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis des bouteilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La brigade des m&#339;urs dut se barricader dans le Stonewall tellement ils &#233;taient effray&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ne pensaient pas que nous allions r&#233;agir de cette fa&#231;on. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que nous allions arr&#234;ter d'endurer toute cette merde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions tant fait pour d'autres mouvements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre heure &#233;tait venue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des homosexuels du Village tenaient la ligne de front : les sans-abri qui vivaient dans le parc de &lt;i&gt;Sheridan Square&lt;/i&gt;, &#224; l'ext&#233;rieur du bar, puis des drag queens derri&#232;re eux et tout le monde derri&#232;re nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lignes &#233;lectriques du Stonewall Inn furent coup&#233;es nous plongeant dans le noir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un journaliste du &lt;i&gt;One Village Voice&lt;/i&gt; &#233;tait dans le bar &#224; ce moment-l&#224; avec la police. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et selon les archives du &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt;, il re&#231;ut une arme de l'inspecteur Pine lui disant : &#171; Nous devons nous battre pour sortir de l&#224;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait apr&#232;s qu'un cocktail Molotov ait &#233;t&#233; lanc&#233; et que nous tentions de forcer la porte du bar avec un parc-m&#232;tre d&#233;racin&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils &#233;taient alors pr&#234;ts &#224; nous tirer dessus ce soir-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, la police anti&#233;meute est arriv&#233;e sur les lieux apr&#232;s 45 minutes. Beaucoup de gens oublient que pendant 45 minutes, nous les avons pris au pi&#232;ge &#224; l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions tous impliqu&#233;s dans les mouvements &#224; cette &#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde &#233;tait impliqu&#233; dans le mouvement des femmes, le mouvement pour la paix, le mouvement pour les droits civiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions tous des radicaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que c'est ce qui les a d&#233;clench&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous en avez assez d'&#234;tre toujours repouss&#233; plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/3w3o3updmfghhn6f4kahozgjyq.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/3w3o3updmfghhn6f4kahozgjyq.jpg?1731403001' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;STAR est n&#233; apr&#232;s un sit-in au &lt;i&gt;Weinstein Hall&lt;/i&gt; &#224; l'Universit&#233; de New York en 1970. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, nous avons eu une section &#224; New York, une &#224; Chicago, une en Californie et une en Angleterre.&lt;br class='autobr' /&gt;
STAR a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les homosexuels &#224; la rue, les sans-abri et pour toute personne ayant besoin d'aide &#224; ce moment-l&#224;. Marsha et moi avions toujours log&#233; des gens en catimini dans nos chambres d'h&#244;tel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marsha et moi avons d&#233;cid&#233; de trouver un immeuble. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons essay&#233; de nous tenir le plus loin possible de la Mafia et de son contr&#244;le des bars.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous trouv&#226;mes un b&#226;timent au 213 East 2nd Street. Marsha et moi venions de d&#233;cider, il &#233;tait temps de s'entraider et d'apporter notre aide &#224; nos autres enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons nourri et v&#234;tu des gens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons maintenu le b&#226;timent ouvert. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes sorties tapiner dans les rues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pay&#233; le loyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne voulions pas que les enfants sortent tapiner dans les rues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils seraient sortis pour aller chourer de la nourriture. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il y avait toujours de la nourriture &#224; la maison et tout le monde s'amusait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela a dur&#233; deux ou trois ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous sommes assis l&#224; &#224; se demander : pourquoi souffrons-nous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que nous &#233;tions tr&#232;s impliqu&#233;es dans les mouvements, nous nous sommes dites : pourquoi supportons-nous toujours le poids le plus lourd de cette merde ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, quand les Young Lords&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Young Lords qui deviendront plus tard la Young Lords Organization (YLO) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; arriv&#232;rent &#224; point nomm&#233; &#224; New York, j'&#233;tais d&#233;j&#224; dans GLF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Gay Liberation Front est le nom dans les ann&#233;es 1970, de plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une manifestation massive d&#233;buta dans l'&lt;i&gt;East Harlem&lt;/i&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1970. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une manifestation contre la r&#233;pression polici&#232;re et nous avons d&#233;cid&#233; de rejoindre la manif avec notre banderole du STAR.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sylvia_rivera.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sylvia_rivera.cleaned.jpg?1731403033' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res fois que la banderole du STAR &#233;tait d&#233;ploy&#233;e en public, o&#249; STAR &#233;tait pr&#233;sent en tant que groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin du meeting, je rencontrais certains des Yong Lords ce jour-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis devenue l'une d'entre eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois qu'ils avaient besoin d'aide, je r&#233;pondais toujours pr&#233;sente pour les Young Lords. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait juste le respect qu'ils nous donn&#232;rent en tant qu'&#234;tres humains. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils nous ont trait&#233;s avec &#233;norm&#233;ment de respect. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une sensation fabuleuse de faire individuellement partie des Young Lords en tant que drag queen, mais aussi que mon organisation STAR puisse prendre part aux Young Lords.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai rencontr&#233; le chef du Black Panther Party, Huey Newton, au Peoples' Revolutionary Convention &#224; Philadelphie en 1971. &lt;br class='autobr' /&gt;
Huey y d&#233;cida que nous faisions partie de la R&#233;volution, que nous &#233;tions des r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais une radicale, une r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis toujours une r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais fi&#232;re de faire la route et d'aider &#224; changer les lois et que sais-je encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais tr&#232;s fi&#232;re de faire cela et fi&#232;re de ce que je fais encore, quoi qu'il en co&#251;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, nous devons encore nous battre contre le gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons &#224; nouveau les affronter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils r&#233;duisent &lt;i&gt;Medicaid&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Medicaid est un programme cr&#233;&#233; aux &#201;tats-Unis qui a pour but de fournir une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et r&#233;duisent les aides pour acc&#233;der au traitement contre le SIDA. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent priver les femmes de l'aide sociale et les int&#233;grer &#224; un minuscule programme d'acc&#232;s &#224; l'emploi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils vont couper la SSI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supplemental Security Income (SSI) est un programme financ&#233; par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, ils s'en prennent aux bons alimentaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gens qui veulent toutes ces coupes sociales sont des gens qui font des millions&lt;br class='autobr' /&gt;
et des millions et des millions de dollars en tant que PDG. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi le gouvernement choisit-il de nous en priver ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'ils font, c'est nous appauvrir encore un peu plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ne peut-on pas avoir la paix ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis contente d'avoir particip&#233; aux &#233;meutes de Stonewall. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens, quand quelqu'un a jet&#233; un cocktail Molotov, avoir pens&#233; : &#171; Mon Dieu, la r&#233;volution est l&#224;. La r&#233;volution est finalement arriv&#233;e ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours cru qu'il nous faudrait rendre un jour les coups re&#231;us. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je savais simplement que nous voulions riposter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne savais pas que ce serait cette nuit-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis fi&#232;re d'avoir &#233;t&#233; pr&#233;sente cette nuit-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais rat&#233; ce moment, j'aurais &#233;t&#233; bless&#233;e parce que c'est &#224; ce moment-l&#224; que j'ai vu le monde changer pour moi et mes semblables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, nous avons encore un long chemin devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traduction Frank G.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sylvia-7-1994-from-holding-on-dreamers-visionaries-eccentrics-and-other-american-heroes-by-harvey-wang.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sylvia-7-1994-from-holding-on-dreamers-visionaries-eccentrics-and-other-american-heroes-by-harvey-wang.jpg?1731403033' width='500' height='502' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les textes et entretiens datant de cette &#233;poque, la d&#233;signation drag queen prend un sens proche de celui de transgenre. Bien que l'expression contienne l'id&#233;e de personnage, de jeu, celle-ci ne fait pas sp&#233;cialement r&#233;f&#233;rence &#224; la sc&#232;ne, comme ce sera le cas deux d&#233;cennies plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Young Lords qui deviendront plus tard la Young Lords Organization (YLO) &#224; Chicago, puis &#224; New York, en particulier dans le Spanish Harlem, le Young Lords Party (YLP), est un ancien groupe d'extr&#234;me gauche d&#233;fendant le nationalisme portoricain et les droits des Portoricains aux Etats-Unis. Inspir&#233;s par les Black Panthers, et les nationalistes portoricains, ils veulent remplacer l'&#201;tat capitaliste et raciste par des alternatives communautaires et politis&#233;es. Ainsi, ils d&#233;filent pour l'ind&#233;pendance de Porto Rico mais sont surtout tr&#232;s actifs dans les quartiers, o&#249; ils d&#233;veloppent des programmes, notamment autour de la sant&#233;. Pour eux, la r&#233;volution est aussi une transformation personnelle. Sous l'influence des femmes, qui font comprendre aux hommes qu'on ne peut &#234;tre r&#233;volutionnaire et machiste, les membres du parti travaillent ensemble &#224; se lib&#233;rer du sexisme, de l'homophobie et de leur propre racisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Gay Liberation Front est le nom dans les ann&#233;es 1970, de plusieurs groupes am&#233;ricains militant pour la lib&#233;ration homosexuelle ; le premier d'entre eux fut fond&#233; en 1969 &#224; New York par Craig Rodwell et Brenda Howard, imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;meutes de Stonewall, durant lesquels des heurts violents oppos&#232;rent policiers et manifestants gays. L'une des premi&#232;res actions du GLF fut l'organisation d'une marche en r&#233;ponse &#224; Stonewall, et pour demander la fin de la pers&#233;cution des homosexuels. Le combat politique du GLF est large et d&#233;passe la discrimination envers les homosexuels, puisqu'il d&#233;nonce le racisme et apporte son soutien aux Black Panters et aux diverses luttes d'&#233;mancipation dans le Tiers monde. Le GLF est anti-capitaliste, et remet en cause la structure du mod&#232;le familial et les r&#244;les traditionnels des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Medicaid est un programme cr&#233;&#233; aux &#201;tats-Unis qui a pour but de fournir une assurance maladie aux individus et aux familles &#224; faible revenu et ressource. Il est g&#233;r&#233; par les &#201;tats qui le subventionnent conjointement avec le gouvernement f&#233;d&#233;ral. Parmi les types de personnes qui sont susceptibles de b&#233;n&#233;ficier de ce programme, on retrouve : les parents &#224; faible revenu, les enfants, les personnes &#226;g&#233;es et les personnes handicap&#233;es. Medicaid est la plus importante aide financi&#232;re en mati&#232;re de services m&#233;dicaux ou li&#233;s &#224; la sant&#233; pour les personnes &#224; revenu limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supplemental Security Income (SSI) est un programme financ&#233; par les contribuables soumis &#224; conditions de ressources aux &#201;tats-Unis qui fournit des paiements en esp&#232;ces aux personnes r&#233;sidant aux &#201;tats-Unis qui ont cotis&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; sociale et sont &#233;ligibles &#224; la retraite. Le programme SSI a commenc&#233; ses activit&#233;s en 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;sentation de Henrik Olesen</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Archives</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Antisocial</dc:subject>
		<dc:subject>Adrien Malcor</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Adrien Malcor nous pr&#233;sente l'art antisocial de Henrik Olesen : o&#249; &#034;le n&#233;ocorps reste le corps de la dissidence gay&#034;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Antisocial-+" rel="tag"&gt;Antisocial&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Adrien-Malcor-+" rel="tag"&gt;Adrien Malcor&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton73.jpg?1731403051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#339;il d&#233;vorera l'&#339;il au point nul &#233;ternel &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Roger Gilbert-Lecomte)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation de Henrik Olesen&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'artiste dont il va &#234;tre question ici n'est pas un outsider du monde de l'art : ni un jeune marginal, ni un vieil oubli&#233;. N&#233; au Danemark en 1967, vivant aujourd'hui &#224; Berlin, Henrik Olesen a fait son chemin. Il a expos&#233; dans plusieurs des plus grands mus&#233;es du monde et son nom est r&#233;guli&#232;rement &#224; l'affiche d'expositions sur les questions homosexuelles &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve sur le site de la galerie Buchholz une chronologie des expositions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si je pense avoir &#224; le &#171; pr&#233;senter &#187; ici &#8211; aux lecteurs de &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt; &#8211;, c'est au vu : 1) du fr&#233;quent d&#233;sint&#233;r&#234;t, voire de la m&#233;fiance des milieux militants pour l'art actuel ; 2) de ce que je consid&#232;re comme un retard de la critique &#224; l'endroit d'une &#339;uvre dont la coh&#233;rence doit &#234;tre recherch&#233;e, d&#233;montr&#233;e et discut&#233;e ; 3) de la raret&#233; de cette &#339;uvre en France. Les Parisiens ont pu visiter il y a trois ans, galerie Chantal Crousel, une bonne exposition de l'artiste, mais qui n'a pas eu de suite &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai rendu compte de cette exposition sur le blog &#171; &#192; qui veut &#187; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;trospectives ont eu lieu &#224; B&#226;le et &#224; Malm&#246;, en 2011, puis &#224; Madrid, l'an dernier ; elles ne sont pas venues en France. Le centre Georges-Pompidou ne poss&#232;de qu'une &#339;uvre d&#233;j&#224; assez ancienne (2007) et, &#224; ce que je sais, ne la montre pas. &lt;i&gt;Some Faggy Gestures&lt;/i&gt;, le livre tir&#233; de l'&#171; atlas &#187; d'Olesen (&lt;i&gt;Some Gay-Lesbian Artists and/or Artists Relevant to Homo-social Culture Born Between c. 1300-1870&lt;/i&gt;), a &#233;t&#233; co&#233;dit&#233; en 2008 par les Presses du r&#233;el, en anglais ; il est aujourd'hui &#233;puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partirai de cet atlas, qui a marqu&#233; les esprits. On y voit, coll&#233;es sur panneaux noirs, quelques centaines de reproductions d'&#339;uvres et de documents montrant les gestes, postures, pratiques, images, signes, &#233;chos attest&#233;s ou suppos&#233;s d'une &#171; culture homosociale &#187; ant&#233;rieure &#224; la d&#233;finition m&#233;dicale de l'homosexualit&#233; (1871). Le projet &#233;tait ambitieux, et peu importe ici pourquoi je trouve la forme finale d&#233;cevante ; il suffit de constater que l'artiste n'a pas continu&#233; dans cette voie. Non seulement il a renonc&#233; &#224; produire de l'archive gay, mais son travail plastique ult&#233;rieur ne doit rien au mat&#233;riel iconographique accumul&#233; pour &lt;i&gt;Some Faggy Gestures&lt;/i&gt;. Juste apr&#232;s la fin du travail sur l'atlas (vers 2007), Olesen a inaugur&#233; une trajectoire qui, parce qu'elle a fait &#339;uvre (parce qu'elle a requalifi&#233; l'espace des objets), a montr&#233; les limites d'un art dit &#171; postconceptuel &#187; dont il &#233;tait jusque-l&#224; un repr&#233;sentant exemplaire. Deux personnages ont patronn&#233; cette bifurcation : le po&#232;te Antonin Artaud (1896-1948) &#8211; celui des derni&#232;res ann&#233;es, occup&#233; &#224; &#171; refaire corps &#187; &#8211; et le math&#233;maticien Alan Turing (1912-1954), pionnier g&#233;nial de l'informatique et homosexuel r&#233;prim&#233; par l'Angleterre de l'apr&#232;s-guerre. Entre 2007 et 2011, Olesen r&#233;alise un ensemble de travaux associant directement le &#171; corps sans organes &#187; du premier &#224; la &#171; machine universelle &#187; du second.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_276 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;317&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/01_mknifemrsfork.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/01_mknifemrsfork.jpg?1731402989' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt; (2009). De gauche &#224; droite : &lt;i&gt;Portrait of my Father &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Portrait of my Mother &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;The Museo Nacional Centro de Arte Reina Sof&#237;a Presents Mr. Knife &amp; Mrs. Fork &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Portrait of my Father Sleeping &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Sock &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Angle&lt;/i&gt;. Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'installation &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt;, con&#231;ue au Studio Voltaire (&#224; Londres) en 2009, marque sans doute le nouveau d&#233;part de Henrik Olesen. C'est en tout cas ce que sugg&#232;re la r&#233;cente r&#233;trospective madril&#232;ne, o&#249; elle occupe la premi&#232;re salle. &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork &lt;/i&gt;(titre pris chez l'&#233;crivain surr&#233;aliste homosexuel Ren&#233; Crevel (1900-1935)) met d'ailleurs en sc&#232;ne un d&#233;part : la fuite d'un personnage abstrait &#8211; l'enfant-angle &#8211; hors de la famille nucl&#233;aire, hors du &#171; triangle &#339;dipien &#187;. Le sc&#233;nario psychog&#233;om&#233;trique vient d'Antonin Artaud ; Olesen l'a trouv&#233; tout interpr&#233;t&#233; dans &lt;i&gt;L'Anti-&#338;dipe&lt;/i&gt; de Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari. L'id&#233;e plastique, elle, vient d'une frappante gravure reproduite dans &lt;i&gt;Surveiller et punir &lt;/i&gt;et qui illustrait l'un des premiers trait&#233;s fran&#231;ais d'orthop&#233;die au dix-huiti&#232;me si&#232;cle. Le r&#233;sultat est un f&#233;roce portrait de famille : les figures parentales, litt&#233;ralement r&#233;duites &#224; des tasseaux de bois dress&#233;s dans l'espace, sont comme les tuteurs abandonn&#233;s par l'enfant-branche tordu plac&#233; dans un angle de la salle d'exposition. Une suite de planches intitul&#233;e &lt;i&gt;Papa-Mama-Ich-Maschine&lt;/i&gt; a accompagn&#233; et en partie expliqu&#233; l'installation : &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt;, avec son &#171; livret &#187;, est un travail &#171; &lt;i&gt;apropos reproduction &lt;/i&gt; &#187;, &#224; propos de la reproduction sexuelle, de la g&#233;n&#233;ration biologique, &#224; laquelle il s'agit pour Olesen d'opposer un programme de &#171; &lt;i&gt;self-production&lt;/i&gt; &#187; machinique qui passe lui-m&#234;me par la reproduction technique (le texte est un montage de citations inscrites en surimpression sur les pages d'un grand quotidien britannique). L'&#171; autoproduction &#187; est une propri&#233;t&#233; du corps sans organes selon &lt;i&gt;L'Anti-&#338;dipe&lt;/i&gt; ; elle d&#233;signe chez Olesen la construction&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du corps-machine po&#233;tique. &lt;i&gt;Papa-Mama-Ich-Maschine &lt;/i&gt;est la lettre d'adieu de cet enfant-machine qu'est l'enfant-angle : un adieu aux parents et aux organes biologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grosse chaussette blanche, un peu anachronique, est pos&#233;e sur le sol au pied des figures-b&#226;tons. L'artiste aime les hommes, et il a toujours su diss&#233;miner, dans une &#339;uvre &#224; bien des &#233;gards abstraite, les images ou traces poignantes du d&#233;sordre postco&#239;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers travaux autour d'Alan Turing pr&#233;c&#232;dent de peu &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt;, et l'Anglais est rest&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui la figure cl&#233; d'une martyrologie artistique qui permet de compter Olesen parmi les artistes et po&#232;tes ayant &lt;i&gt;construit &lt;/i&gt;un &#171; mythe personnel &#187; en rupture avec les sch&#233;mas biographiques normatifs &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce qu'a montr&#233; Jean-Fran&#231;ois Chevrier dans l'exposition Formas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ajoute imm&#233;diatement que l'artiste ne se m&#233;fie pas seulement de la biographie, mais aussi d'une histoire patriarcale qui n'a retenu des formes de vie homosexuelles qu'une galerie de &#171; g&#233;nies victimis&#233;s &#187;, avec les effets subs&#233;quents d'h&#233;ro&#239;sation d&#233;sexualisante &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olesen d&#233;clare en 2009, &#224; propos de la vie de Turing : &#171; What interested me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Henrik Olesen pouvait faire avec Alan Turing ce qu'Antonin Artaud avait fait avec G&#233;rard de Nerval et Vincent Van Gogh, ces &#171; suicid&#233;s de la soci&#233;t&#233; &#187; : il pouvait se donner une autre g&#233;n&#233;alogie. Mais il fallait aussi inverser le &#171; processus de d&#233;sexualisation &#187; historique, il fallait sexualiser la martyrologie, c'est-&#224;-dire &#233;rotiser ce que l'artiste appelle la &#171; position &#187; de Turing, celle d'un &#171; serviteur de la soci&#233;t&#233; &#187; (&#171; &lt;i&gt;servant of society &lt;/i&gt; &#187;), au service en l'occurrence de l'arm&#233;e et du gouvernement britanniques. L'&#233;rotisme de la hi&#233;rarchie militaire vient alors colorer le martyre de Turing : &#171; &lt;i&gt;I AM, SIR, YOUR OBEDIENT SERVANT&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Some Illustrations to the Life of Alan Turing, 2008, reproduit dans How Do I (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;. Olesen est l'artiste qui, en reconsid&#233;rant la vie et l'&#339;uvre d'Alan Turing, a repens&#233; la martyrologie gay comme une &lt;i&gt;contre-g&#233;n&#233;alogie masochiste&lt;/i&gt;. Ce n'est pas une p&#233;tition de principe. Je vais essayer d'expliquer comment il a fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/04_howdoimakemyselfabody.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/04_howdoimakemyselfabody.jpg?1731402990' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Some Illustrations to the Life of Alan Turing&lt;/i&gt;, 2008. DR.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le geste, de fait, est complexe et rigoureux. Le titre g&#233;n&#233;rique des &#339;uvres sur Alan Turing est &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt;, en &#233;cho au chapitre de &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; Comment se faire un corps sans organes ? &#187; (Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, 1980). L'ensemble est un portrait multiple de Turing en fant&#244;me machinique : les superpositions photographiques disent la spectralit&#233; d'un &#234;tre de &#171; reproduction &#187; (technique). Or, &#171; &lt;i&gt;MACHINES ARE SLAVES &lt;/i&gt; &#187;. En bon deleuzien, Olesen a identifi&#233; la principale invention du math&#233;maticien, le mod&#232;le logique appel&#233; &#171; machine de Turing &#187;, &#224; la &#171; machine d&#233;sirante &#187; masochiste suppos&#233;e traverser tout &#171; serviteur de la soci&#233;t&#233; &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le geste d'Olesen boucle une boucle dans l'histoire intellectuelle. Deleuze (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La machine de Turing est en effet l'esclave parfait, l'esclave &#171; universel &#187;. L'artiste la pr&#233;sente comme &#171; un syst&#232;me virtuel, capable de simuler le comportement de n'importe quelle autre machine, y compris elle-m&#234;me. Elle n'existe r&#233;ellement que lorsqu'elle a une t&#226;che sp&#233;cifique &#224; accomplir, et alors elle n'est plus elle-m&#234;me, mais seulement ce qu'elle est en train de faire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Some Illustrations to the Life of Alan Turing, 2008, reproduit dans Henrik (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est le trope th&#233;orique de l'imitation-simulation qui a mis Olesen sur la voie d'une autre reproduction, machinique et masochiste. On va voir en quoi l'&#339;uvre de l'artiste est, comme le test de Turing, un &#171; jeu de l'imitation &#187; (&lt;i&gt;imitation game&lt;/i&gt;) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudra montrer comment l'&#233;quation pos&#233;e par Olesen entre autoproduction, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;170&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/05_themasterslavedialectic1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/05_themasterslavedialectic1.jpg?1731402991' width='500' height='304' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;The Master-Slave Dialectic&lt;/i&gt; (2011-2019). &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Untitled 3, 4&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;5&lt;/i&gt;. Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2008, Olesen fait tourner la machine de Turing dans l'histoire de l'art. En tant que machine d&#233;sirante, elle se voit raccord&#233;e aux petites machineries psychosexuelles des avant-gardes (celles notamment de Francis Picabia, auteur de &lt;i&gt;La Fille n&#233;e sans m&#232;re&lt;/i&gt;). En tant que machine de langage, en tant que &lt;i&gt;paper machine&lt;/i&gt;, elle d&#233;coupe et &#233;clate les mots en lettres qu'elle recombine en constellations anagrammatiques qui sont des analogons du n&#233;ocorps. Olesen replace le dernier Artaud dans l'histoire du po&#232;me spatialis&#233;, aupr&#232;s de Kurt Schwitters et de Guillaume Apollinaire. Il va plus loin : avec son portrait imaginaire de l'inventeur gay de l'ordinateur, il enr&#244;le le code informatique dans la &#171; tradition parall&#232;le des contre-codes subversifs &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187;, dans Some Faggy Gestures, Zurich, JRP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; produits par la&lt;i&gt; subculture&lt;/i&gt; gay pour d&#233;jouer interdictions, surveillances et r&#233;pressions (l'artiste prend l'exemple du &#171; code mouchoir &#187;, &lt;i&gt;Hanky Code&lt;/i&gt;). Et, l&#224; encore, ce n'est pas une id&#233;e en l'air ; la r&#234;verie cryptologique commande des associations pr&#233;cises qui prennent forme dans des objets. L'ensemble intitul&#233; &lt;i&gt;The Master-Slave Dialectic&lt;/i&gt;, en 2011, fait plus sp&#233;cifiquement du syst&#232;me binaire un code sadomasochiste : le &lt;i&gt;binary digit &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;bit&lt;/i&gt;) engramme la &#171; dialectique &#187; sexuelle du ma&#238;tre (le un) et de l'esclave (le z&#233;ro). Pour &lt;i&gt;The &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Master-Slave Dialectic&lt;/i&gt;, l'artiste colle sur des toiles des alignements discontinus de clous et de vis qui font comme de grandes lignes de code (&lt;i&gt;Untitled&lt;/i&gt;), et il place devant elles un grand M (la lettre M) en bois, de la taille d'un homme debout : une grande lettre bien camp&#233;e sur ses deux jambes. C'est bien s&#251;r l'initiale du mot &lt;i&gt;Master&lt;/i&gt;, et l'initiale est la lettre ma&#238;tresse dans un mot, celle qui marche en t&#234;te, celle qui reste quand on abr&#232;ge ou quand on forme un sigle. Repeinte en rouge pour la salle Turing de l'exposition de Madrid, elle ressemble &#224; une lettrine hypertrophi&#233;e qui serait sortie des pages de texte abstraites rest&#233;es au mur. Son titre, &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt;, invite m&#234;me &#224; rester dans le vocabulaire de l'enluminure pour parler de &lt;i&gt;lettre figur&#233;e&lt;/i&gt; &#8211; &#171; figur&#233;e &#187;, ici, par le seul agrandissement tridimensionnel. L'artiste avait utilis&#233; pour &lt;i&gt;Papa-Mama-Ich-Maschine &lt;/i&gt;les alphabets anthropomorphes de la Renaissance germanique. Le vieux mod&#232;le de l'&lt;i&gt;anatomie de la lettre&lt;/i&gt; est en fait venu m&#233;taphoriser la cryptographie gay, o&#249; les signes codent pour du corps. &#192; voir ce que l'artiste en fait, on se dit que l'histoire du &lt;i&gt;cruising&lt;/i&gt; lui a montr&#233; ce que le th&#233;&#226;tre balinais avait montr&#233; &#224; Artaud : &#171; de v&#233;ritables hi&#233;roglyphes qui vivent et se meuvent &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonin Artaud, &#171; Sur le th&#233;&#226;tre balinais &#187;, Le Th&#233;&#226;tre et son Double (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On peut d'ailleurs regarder les toiles &#224; clous comme des &#171; tableaux de chasse &#187;, des s&#233;ries de s&#233;ries d'amants-p&#233;nis. On peut aussi y voir des cha&#238;nes de production (&lt;i&gt;production lines&lt;/i&gt;) plac&#233;es sous l'&#339;il du contrema&#238;tre. Des versions ult&#233;rieures de la toile &#224; clous s'appellent &lt;i&gt;Produce&lt;/i&gt; (2017). La m&#233;taphore plastique n'a pas l'univocit&#233; du code.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;pilogue pas sur l'esprit de jeu et l'humour &#226;pre qui guident une telle approche. Faut-il qualifier cette approche de &#171; dialectique &#187;, en prenant au s&#233;rieux la r&#233;f&#233;rence &#224; la c&#233;l&#232;bre dissertation h&#233;g&#233;lienne sur la dialectique du ma&#238;tre et de l'esclave ? Je pourrais, en d&#233;veloppant les observations qui pr&#233;c&#232;dent, montrer qu'il y a chez Olesen un jeu proprement dialectique entre le &lt;i&gt;texte&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt;, mais ce serait aller trop loin et trop vite. Hegel identifiait la dialectique au &#171; travail du n&#233;gatif &#187;, et quiconque a seulement travers&#233; une exposition de Henrik Olesen a vu qu'il fait travailler le n&#233;gatif. Il y a une dimension logique, op&#233;ratoire. Comment se faire un corps sans organes ? Eh bien, en niant les organes, et la litanie d'Artaud revient constamment dans les objets et les titres de l'artiste : &#171; Pas de bouche / pas de langue / pas de dents / pas de larynx / pas d'&#339;sophage / pas d'estomac / pas de ventre / pas d'anus &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonin Artaud, cahier 374, novembre 1947, dans &#338;uvres, op. cit., p. 1581.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le corps-machine est en soi une premi&#232;re n&#233;gation de l'organe, remplac&#233; par la &lt;i&gt;pi&#232;ce&lt;/i&gt;. Entre 2008 et 2011, Olesen travaille beaucoup avec le mat&#233;riel de construction le plus commun : clous, vis, outils de bricolage, c&#226;bles, etc. Mais les objets sont &#233;pars &#8211; &lt;i&gt;bits and pieces&lt;/i&gt;, dirait-on en anglais &#8211; ou pris dans des constructions l&#226;ches, parfois dans des configurations s&#233;rielles ou tabulaires, jamais dans des assemblages figuratifs (les corps-b&#226;tons de &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt; sont une exception et en fait un cas limite). On peut aller jusqu'&#224; dire que l'artiste montre plut&#244;t des pi&#232;ces-organes sans corps. Mais il n'a jamais pr&#233;tendu &lt;i&gt;pr&#233;senter&lt;/i&gt; le corps-machine sans organes, au contraire. Il faut appliquer au n&#233;ocorps ce qu'Olesen dit de son portrait de Turing en spectre cyborg : c'est &#171; quelque chose que l'on ne pourra jamais voir, qu'il faudra garder en imagination &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E-mail de l'artiste &#224; Lars Bang Larsen, cit&#233; par L. Bang Larsen, &#171; On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'artiste est d&#233;licat ou rus&#233;, il peut &#233;noncer sous forme de r&#234;verie futuriste ce qu'il pr&#233;sente ailleurs comme une impossibilit&#233; politique. Le n&#233;ocorps reste le corps de la dissidence gay : il ne peut pas et ne doit pas &#234;tre figur&#233; ni dans les coordonn&#233;es &#171; normales &#187; (normatives) de l'espace &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt;, ni dans celles, normalis&#233;es, de l'espace minoritaire homologu&#233;, du &#171; site culturel ghetto&#239;s&#233; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends ici une formule employ&#233;e par l'artiste dans &#171; Pre Post : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;177&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/06_iwillnotgotowork.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/06_iwillnotgotowork.jpg?1731402991' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;I Will Not Go to Work Today. I Don't Think I Will Go Tomorrow &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Machine Assemblage I&lt;/i&gt;) (2010). Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour penser et mettre en &#339;uvre ce vide politique &#8211; en tant que cause et cons&#233;quence de l'invisibilit&#233; du n&#233;ocorps &#8211;, Olesen interpr&#232;te ce qu'Antonin Artaud avait nomm&#233; le &#171; principe des bo&#238;tes &#187;. La bo&#238;te est chez Artaud l'&#233;l&#233;ment de base de la construction du corps po&#233;tique, ou en tout cas le plus polyvalent : c'est une image &#224; la fois de l'organe (la bouche comme &#171; bo&#238;te &#224; clous &#187;, les poumons comme &#171; bo&#238;tes de souffle &#187;&#8230;), du corps vid&#233; de ses organes (&#171; squelette sans int&#233;rieur &#187;) et de la matrice artificielle au sein de laquelle se reconstruit ce corps, souvent associ&#233;e au tombeau ou au cercueil o&#249; se pr&#233;pare la r&#233;surrection. Artaud, pour se refaire un corps, empile des bo&#238;tes, embo&#238;te des blocs d'anatomie mythique. Chez Olesen, l'objet bo&#238;te repr&#233;sente aussi le contenant architectural et institutionnel de l'objet d'art, c'est-&#224;-dire la salle d'exposition et, par synecdoque, le mus&#233;e&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ou ses &#233;quivalents. R&#233;ciproquement, le lieu d'exposition est souvent pens&#233; par l'artiste comme une sorte de bo&#238;te optique, un parall&#233;l&#233;pip&#232;de rectangle dont les faces internes (les murs) seraient les surfaces de &lt;i&gt;projection &lt;/i&gt;de l'irrepr&#233;sentable corps-machine po&#233;tique. On pourrait parler d'une &#233;trange alliance entre Artaud et Marcel Duchamp, celui du &lt;i&gt;Grand Verre&lt;/i&gt; et des sp&#233;culations sur la quatri&#232;me dimension. En 2010, Olesen d&#233;monte son vieil ordinateur, puis son imprimante, pour en coller toutes les pi&#232;ces, soigneusement rang&#233;es par taille, sur des panneaux de plexiglas : &lt;i&gt;I Will Not Go to Work Today. I Don't Think I Will Go Tomorrow&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Machine Assemblage)&lt;/i&gt;. C'est une mise au point didactique sur l'&#233;quivalence entre organes et pi&#232;ces (ou &#233;l&#233;ments), mais aussi sur l'existence n&#233;gative du corps sans organes. Le sous-titre contradictoire &#8211; &#171; assemblage &#187; pour un d&#233;sassemblage &#8211; dit l'ambigu&#239;t&#233; d'une construction antifonctionnelle : la dissection du corps-machine le d&#233;barrasse de ses organes (et, avec eux, de ses imp&#233;ratifs productifs), mais ces pi&#232;ces sont aussi la seule preuve visible de l'op&#233;ration et les seuls mat&#233;riaux disponibles pour une construction plastique. Il faut acc&#233;l&#233;rer imaginairement l'op&#233;ration. Si l'assemblage adopte la forme bidimensionnelle et fig&#233;e de la planche anatomique ou du dessin technique, c'est qu'il a lieu au mur, ou comme mur, et que le mur est cette limite impos&#233;e &#224; l'explosion-dispersion d'un corps multidimensionnel car virtuel. Jacques Derrida avait parl&#233; &#224; propos d'Artaud d'une parole &#171; souffl&#233;e &#187;, &#224; la fois vol&#233;e (arrach&#233;e au corps et donc r&#233;ifi&#233;e), impos&#233;e (par un souffleur, un double) et projet&#233;e (prof&#233;r&#233;e, expector&#233;e). Moyennant un jeu de lettres, on pourrait parler pour Olesen d'un corps &lt;i&gt;exp(l)os&#233;&lt;/i&gt;, &#224; la fois explos&#233; et expos&#233; (ex-&lt;i&gt;pos&#233;&lt;/i&gt;, fig&#233;, class&#233;). Projection et r&#233;ification, construction et dispersion, autoproduction et reproduction, sont &#224; peu pr&#232;s toujours des couples dialectiques chez Olesen. La construction du n&#233;ocorps passe par le morcellement du corps, mais cette mise en &lt;i&gt;pi&#232;ces&lt;/i&gt; implique sa r&#233;ification. C'est sans doute, par rapport &#224; Artaud, un nouveau tour de vis de n&#233;gativit&#233;. Le po&#232;te a continuellement, quoique de diverses mani&#232;res, oppos&#233; le corps vivant de l'acteur &#224; l'&#339;uvre &#233;crite en tant qu'objet mort ; l'artiste surjoue au contraire la r&#233;ification, pour garder au corps po&#233;tique son ind&#233;termination morphologique et donc sa force de rupture utopique. La r&#233;ification est une stase. Rien ne bouge, g&#233;n&#233;ralement, dans une exposition d'Olesen : il n'y a ni vid&#233;o ni performance. Cette id&#233;e d'un th&#233;&#226;tre d'objets qui soit un th&#233;&#226;tre arr&#234;t&#233; ou suspendu (tr&#232;s nette dans &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt;) rapproche Olesen d'un autre tr&#232;s bon artiste du moment, Peter Friedl, qui, &#224; vrai dire, est bien plus ferme que lui sur les limites politiques de la performance en tant qu'autovalorisation du corps vivant-visible &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedl d&#233;clarait l'an dernier : &#171; Performance today makes me feel quite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle l'&#233;loigne peut-&#234;tre des exp&#233;riences gays ou queers de la sc&#232;ne. C'est &#224; v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, Olesen ne fait plus explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; Turing et amorce un virage qu'on peut dire psych&#233;d&#233;lique. La tabularit&#233; pseudo-industrielle se rel&#226;che, mais la logique projective est maintenue : la pi&#232;ce-organe plus ou moins readymade est simplement remplac&#233;e par la &lt;i&gt;feuille&lt;/i&gt; imprim&#233;e et coll&#233;e, plan sur plan, pour de nouvelles synth&#232;ses objet-image-texte. Les photographies de quartiers de viande coll&#233;es sur b&#226;ches, dans &lt;i&gt;St. George &amp; the Dragon&lt;/i&gt; (2016), ent&#233;rinent le principe des bo&#238;tes sous la forme la plus crue. L'&#233;quarrissage est une traduction anatomique directe de la projection g&#233;om&#233;trique : il y a analogie entre le quartier de viande (le corps d&#233;bit&#233;, ouvert et suspendu) et la surface photographique bidimensionnelle, elle-m&#234;me coll&#233;e sur un support plat, la b&#226;che, elle-m&#234;me appliqu&#233;e (&#171; accroch&#233;e &#187;) au mur. Les travaux inspir&#233;s de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, vers 2018, sont l'aboutissement de ce syst&#232;me. Les &lt;i&gt;Boxes &lt;/i&gt;de l'ensemble&lt;i&gt; Hey Panoptikon ! Hey Asymmetry !&lt;/i&gt;, fix&#233;es au mur et ouvertes sur la face avant, sont les mod&#232;les r&#233;duits de cellules panoptiques devenues machines hallucinog&#232;nes : leurs faces internes et externes sont les &#233;crans o&#249; se projettent et se diffractent les images. L'artiste s'est senti oblig&#233; de rappeler que ses nombreuses mises en abyme sont des &lt;i&gt;artefacts panoptiques&lt;/i&gt;, aux divers sens du mot &#171; artefact &#187;. On comprend pourquoi la complexit&#233; constructive, plus ou moins perdue au niveau des objets, doit pour lui &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e au niveau de l'espace r&#233;el de l'exposition. Olesen est &#224; son meilleur quand la pauvret&#233; voulue des assemblages &#8211; ou leur apparente nonchalance &#8211; sert directement la pr&#233;cision perspectiviste de l'accrochage. Le Danois a de multiples talents, c'est notamment un bon graphiste et un illustrateur inventif, mais c'est aussi et surtout un artiste qui sait alt&#233;rer un espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;trospective du mus&#233;e Reina Sof&#237;a &#8211; un ancien hospice, comme l'institution s'est alors plu &#224; le rappeler &#8211; a fort bien d&#233;ploy&#233; l'an dernier ce que je viens d'appeler un syst&#232;me. Il vaudrait mieux parler d'un &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; : corps second, artificiel, manifest&#233; dans un ensemble d'objets, mais aussi corpus de r&#233;f&#233;rences. Olesen articule des r&#233;f&#233;rences, il s'approprie l'art du pass&#233;, il ne cesse de citer po&#232;tes (dont beaucoup de Fran&#231;ais, ce qui n'a rien d'&#233;vident aujourd'hui) et penseurs (dont beaucoup de Fran&#231;ais, ce qui est banal aujourd'hui&#8230;). Il lui arrive de reproduire &#224; l'identique ou presque certaines &#339;uvres d'artistes entr&#233;s dans l'histoire de l'art du vingti&#232;me si&#232;cle (Man Ray, Sol LeWitt, Claes Oldenburg, Anthony Caro) ; ces r&#233;pliques ne sont pas de simples citations, ce sont ce que la tradition des beaux-arts appelait des &lt;i&gt;copies de ma&#238;tre&lt;/i&gt; &#8211; en fait, leur subversion sadomasochiste. Quand le ma&#238;tre n'est plus simplement l'artiste mod&#232;le mais le repr&#233;sentant abstrait d'un sadisme de structure, alors la copie n'est plus l'exercice de l'&#233;l&#232;ve ou du disciple, mais bien l'op&#233;ration d'une machine-esclave qui n'a pour elle que d'&#234;tre neuve, mobile et capable de m&#233;tamorphose infinie (de simulation &#171; universelle &#187;). L'artiste s'est demand&#233; un jour pourquoi et comment il a pu s'int&#233;resser autant au premier groupe surr&#233;aliste parisien, notoirement homophobe ; il revendique alors &#171; un point de vue [&lt;i&gt;vantage&lt;/i&gt;] situ&#233; quelque part entre la fascination et le d&#233;ni, et teint&#233; de masochisme &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos cit&#233;s par Nicholas Cullinan, &#171; 1000 Words : Henrik Olesen &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce ne sont pas l&#224; des tropismes personnels, ou pas seulement ; l'artiste d&#233;finit une position et en fait une po&#233;tique, celle qui a cristallis&#233; autour de la machine de Turing. Il ne s'agit plus, alors, d'injecter des r&#233;f&#233;rences gays SM (Tom of Finland) dans les romans-collages de Max Ernst, en une sorte de retour du refoul&#233; homo&#233;rotique (&lt;i&gt;Anthologie de l'amour sublime&lt;/i&gt;, 2003) ; il s'agit de poser que, pour un artiste gay, &lt;i&gt;c'est la r&#233;f&#233;rence elle-m&#234;me qui est masochiste&lt;/i&gt;, c'est l'inscription dans l'histoire de l'art canonique&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui est assimilable &#224; un acte de soumission masochiste. Or, comme on sait, le maso n'est pas celui qui s'avoue vaincu, bien au contraire. Et le d&#233;ni n'est pas de la l&#226;chet&#233; psychologique, c'est l'op&#233;ration perverse fondamentale, qui selon Freud clive le sujet sur le mode du &#171; je sais bien mais quand m&#234;me &#187; (que la m&#232;re n'a pas de p&#233;nis, dans le cas paradigmatique de la &lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt; f&#233;tichiste). Olesen sait-bien-mais-quand-m&#234;me que &#171; l'histoire est &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; &#187;. La libre f&#233;tichisation des &#339;uvres du pass&#233; est une strat&#233;gie de r&#233;appropriation qui doit pallier ce que l'artiste pense comme un d&#233;ficit ou un biais structurel de l'histoire de l'art homosexuel. Dans la lutte culturelle gay, le d&#233;ni de r&#233;alit&#233; est une condition du passage &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste semble rattacher ses travaux de copie &#224; son projet alterg&#233;n&#233;alogique : &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;It's&lt;/i&gt;]&lt;i&gt; like choosing what kind of people you belong to. This is very queer&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Helena Tatay, ibid., p. 5.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le point de vue masochiste complique &#224; coup s&#251;r la t&#226;che de l'enfant queer se recomposant une famille, mais c'est bien ce point de vue qui permet de faire co&#239;ncider le r&#233;seau associatif et le d&#233;ploiement spatial du corpus. Je vais essayer de donner un exemple un peu d&#233;velopp&#233; en repartant du grand M rouge, &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt;. Il y a deux ans, l'artiste en a fait une r&#233;plique transparente (en plexiglas) pour l'int&#233;grer &#224; l'ensemble &lt;i&gt;Hey Panoptikon ! Hey Asymmetry !. &lt;/i&gt;Il intitule cette nouvelle version &lt;i&gt;Referring to : The Master-Slave Dialectic !&lt;/i&gt;, en&lt;i&gt; &lt;/i&gt;r&#233;f&#233;rence &#224; l'ensemble de 2011. La transparence de l'objet dit donc &#224; la fois l'invisibilit&#233; du surveillant panoptique (ou la visibilit&#233; totale du surveill&#233;) et l'autoannulation mim&#233;tique de la machine-esclave d&#233;duite de Turing : on peut dire que &lt;i&gt;Referring to&#8230;&lt;/i&gt; s'efface, litt&#233;ralement, dans la r&#233;f&#233;rence &#224; son original, &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt;. &#192; Madrid, l'artiste place ce second M dans la derni&#232;re salle, face &#224; la fen&#234;tre qui donne sur la &#171; salle rouge &#187; de &lt;i&gt;St. George &amp; the Dragon&lt;/i&gt;, o&#249; le d&#233;cor grand-guignolesque des quartiers de viande entoure une r&#233;plique de &lt;i&gt;Early One Morning &lt;/i&gt;(1962), l'une des &lt;i&gt;master pieces&lt;/i&gt; &#8211; toute rouge &#8211; du sculpteur anglais Anthony Caro (&lt;i&gt;sir&lt;/i&gt; Anthony Caro, 1924-2013). Or &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt;, bien en amont (dans la salle Turing), a clairement &#233;t&#233; repeint pour annoncer cette salle rouge : le rouge est la couleur h&#233;raldique de saint Georges, dont un texte au mur rappelle qu'il est le saint patron de l'Angleterre et des machines de guerre &#8211; et &#224; ce double titre, doit-on deviner, le ma&#238;tre&lt;i&gt; &lt;/i&gt;symbolique d'Alan Turing. L'artiste a coll&#233; un portrait de George Harrison sur la copie du Caro, en double r&#233;f&#233;rence au saint guerrier et &#224; un personnage trouble de &lt;i&gt;Dhalgren&lt;/i&gt; (l'&lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt; de l'&#233;crivain de science-fiction gay Samuel R. Delany, paru en 1975) qui porte le m&#234;me nom que le guitariste des Beatles &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'artiste a illustr&#233; Dhalgren (After Dhalgren, 2015).&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelques vers de H&#246;lderlin sont l&#224;, coll&#233;s au sol sous les c&#233;l&#232;bres trois premiers vers de l'&lt;i&gt;Enfer&lt;/i&gt; de Dante, pour rappeler le fil rouge du &lt;i&gt;body of the master&lt;/i&gt; : &#171; Mon Ma&#238;tre et mon Seigneur ! / &#212; mon Guide ! / Pourquoi &#234;tre rest&#233; / si loin de moi ? / Et quand je t'ai cherch&#233; parmi les Anciens, / les h&#233;ros et les dieux, / pourquoi t'es-tu tenu &#224; l'&#233;cart ? / Et maintenant mon &#226;me est pleine de deuil&#8230; &#187; (&#171; L'Unique &#187;, 1826&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise, l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e, la traduction par Genevi&#232;ve Bianquis de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.) Comprendre : j'ai err&#233; parmi les grands &#233;crivains du pass&#233;, les t&#233;nors de la sculpture moderne, les saints et les stars, &#224; la recherche du corps unique et unifi&#233;, qui fait d&#233;faut, et ma d&#233;rive associative est comme le cercle infernal que je dessine autour de cette absence. C'est la machine masochiste qui parle ici, avec les mots de H&#246;lderlin : elle a trouv&#233; dans l'archive des crises du lyrisme romantique de quoi faire entendre l'appel de d&#233;tresse et de d&#233;sir qui accompagne ses op&#233;rations de copie. Le grand M transparent, &#224; la fen&#234;tre, figure l'adresse transcendante du po&#232;me, c'est-&#224;-dire qu'il la ram&#232;ne &#224; un dispositif de regard : l'&#339;il panoptique est bien celui d'un ma&#238;tre invisible, qui &#171; reste loin &#187;. &lt;i&gt;Referring to : The Master-Slave Dialectic !&lt;/i&gt; est donc un titre plus malin qu'il n'y para&#238;t. L'acte de la r&#233;f&#233;rence, ici inscrit, s'incarne dans l'espace actuel de l'exposition sous la forme d'un jeu de renvois perspectifs et/ou associatifs qui tous interpr&#232;tent l'asym&#233;trie du rapport ma&#238;tre-esclave. &lt;i&gt;The Body of the Master&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Referring to&#8230;&lt;/i&gt; &#233;taient &#224; Madrid comme deux bornes entre lesquelles couraient les lignes de force sadomasochistes du corpus. La plus directe de ces lignes passait par le d&#233;tournement &#233;rotico-mystique d'une image h&#233;ro&#239;co-mythique : le combat avec le dragon. Mais o&#249; est le chevalier et o&#249; est le monstre ? On ne d&#233;coupe pas figurativement &lt;i&gt;Early One Morning&lt;/i&gt; comme on a d&#233;coup&#233; physiquement les carcasses accroch&#233;es tout autour. Seule la l&#233;gende, aux deux sens du mot, induit l'id&#233;e d'un duel ; l'abstraction r&#233;siste au couteau de la vision claire et distincte (&lt;i&gt;partes extra partes&lt;/i&gt;), mais elle prend alors en charge une hybridation, une intrication anatomique, qui est d'ailleurs une vieille ficelle de l'&#233;rotisme graphique. Le corps-&#224;-corps figural ne peut &#234;tre qu'un point aveugle du r&#233;seau perspectif ; la dialectique spatialis&#233;e du ma&#238;tre et de l'esclave doit y d&#233;raper dans la monstruosit&#233;. Il faut comprendre ici que cette &#171; monstruation &#187; (Mehdi Belhaj Kacem) est, au m&#234;me titre que la copie, un &#233;v&#233;nement susceptible d'affecter l'unicit&#233; de &#171; l'unique &#187; (&lt;i&gt;der Einzige&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;the only one&lt;/i&gt;, qui n'est pas forc&#233;ment &lt;i&gt;the early one...&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;291&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/08_referringto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/08_referringto.jpg?1731402992' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Vue sur la derni&#232;re salle de l'exposition &lt;i&gt;Henrik Olesen&lt;/i&gt;, depuis la salle &lt;i&gt;St. George &amp; the Dragon&lt;/i&gt;. Au premier plan, derri&#232;re la fen&#234;tre (transparent) : &lt;i&gt;Referring to : The Master-Slave Dialectic !&lt;/i&gt; (2018). Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retenons ceci : copier les ma&#238;tres (les &#339;uvres des &#171; p&#232;res &#187;/pairs ou les signifiants du pouvoir) est une fa&#231;on de remplacer la g&#233;n&#233;alogie &#171; naturelle &#187; des influences artistiques par une traduction spatiale des rapports de pouvoir sexualis&#233;s. Le perspectivisme du corpus vise &#224; un affolement des jeux de position historiques, histoire de l'art comprise. Il est &#224; peu pr&#232;s aussi vain de recenser les influences &#171; stylistiques &#187; subies par l'artiste Olesen que d'affirmer l'originalit&#233; de son vocabulaire. Les emprunts ou clins d'&#339;il au minimalisme et au postminimalisme sont &#233;vidents, mais peu significatifs. Oui, par son travail de formalisation de l'anatomie, Olesen rappelle parfois Bruce Nauman. Certes, telles de ses bo&#238;tes font penser &#224; celles de Donald Judd, telles autres &#224; celles de Paul Thek, etc. Ce sont &#224; mon avis des fausses pistes, qui n&#233;gligent les ressources propres d'un artiste europ&#233;en. Par son tropisme litt&#233;raire, par son usage ironique de la g&#233;om&#233;trie aussi peut-&#234;tre, par sa noirceur hypercritique enfin, Henrik Olesen ne peut, je crois, &#234;tre affili&#233; qu'&#224; Marcel Broodthaers (1924-1976), artiste-po&#232;te, interpr&#232;te de Magritte et de Mallarm&#233; &#224; l'heure du Pop Art, et p&#232;re putatif de la &#171; critique institutionnelle &#187; en art. Il semble en effet qu'Olesen tente aujourd'hui de faire avec Artaud et Foucault ce que Broodthaers a fait hier avec Mallarm&#233; et Marx. Je veux dire que sa dialectique du n&#233;ocorps et de l'organe-objet rappelle celle du Livre et de la marchandise chez Broodthaers. Dans les deux cas, la pens&#233;e d'un po&#232;te est r&#233;activ&#233;e et dialectis&#233;e &#224; l'aune d'un diagnostic politique &#8211; r&#232;gne de la valeur marchande chez Broodthaers, extension du r&#233;gime de surveillance et d'assignation chez Olesen &#8211;, et une id&#233;e n&#233;gative (dialectique) de l'espace d'exposition vient porter la critique de l'espace public. Si la r&#233;ification est plus ambigu&#235; chez Olesen, c'est qu'il ne peut pas penser &#171; f&#233;tichisme de la marchandise &#187; sans penser m&#233;tamorphose et hybridation &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'artiste a coll&#233; dans sa No Mouth No Tongue Box de 2018 une photocopie sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inflexion correspond au tournant &#171; biopolitique &#187; (Foucault), qui a fait du corps le lieu d'exercice privil&#233;gi&#233; d'un pouvoir irr&#233;ductible &#224; la pure et simple &#171; ali&#233;nation &#187;. Ce n'est pas un hasard si Olesen, il y a deux ans, a d&#251; revenir &#224; Foucault pour faire le point sur le corps sans organes. L'artiste jouait depuis dix ans des correspondances entre les organes chosifi&#233;s d'une anatomie &lt;i&gt;constructive&lt;/i&gt;, avec leur rigidit&#233; m&#233;cano&#239;de, et les formes symboliques d'une g&#233;om&#233;trie &lt;i&gt;corrective&lt;/i&gt; (disciplinaire)&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Comme avant lui le Californien Mike Kelley (1954-2012), Olesen a voulu tirer les conclusions du constructivisme social pour le constructivisme artistique. Partant d'Artaud, il a envisag&#233; que la charpente du corps co&#239;ncide avec la structure m&#234;me du pouvoir : que la r&#232;gle qui frappe le corps masochiste lui donne aussi sa colonne vert&#233;brale (comme dans l'image coll&#233;e sur &lt;i&gt;The Discipline and Punish Box !&lt;/i&gt;, 2018) ; que l'angle droit qui permet la construction soit aussi l'estampille de la rationalit&#233; biopolitique (&lt;i&gt;Hey Geometry !&lt;/i&gt;, 2018). Le constat &#233;claire le chemin parcouru, qui est une sorte de fuite en avant hors de la figurabilit&#233;. Parce que le corps est construit par le pouvoir, la construction devait int&#233;grer son contraire. Une fois mise en place sa po&#233;tique postartaudienne, Olesen a oscill&#233; entre un d&#233;ploiement baroque (ou psych&#233;d&#233;lique) d'imagerie et une po&#233;tique plus froide et &#171; minimale &#187; du vide liminaire et de l'absence. Je note que ces derni&#232;res ann&#233;es, Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943), le po&#232;te mystique de &lt;i&gt;La Vie, la Mort, l'Amour, le Vide et le Vent&lt;/i&gt; (1933), a rel&#233;gu&#233; Artaud &#224; l'arri&#232;re-plan. Olesen avait besoin d'une id&#233;e moins satur&#233;e du vide, sans perdre en intensit&#233; visionnaire. On pourrait parler, finalement, d'une interpr&#233;tation mystique de la critique institutionnelle. Extase et objet redeviennent en tout cas les deux p&#244;les critiques de l'exp&#233;rience artistique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;126&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/11_thedisciplineandpunishbox.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/11_thedisciplineandpunishbox.jpg?1731402995' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;The Discipline &amp; Punish Box !&lt;/i&gt; (2018). Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette trajectoire, je l'ai dit, a &#233;t&#233; globalement mal comprise ou mal d&#233;crite. La plupart des commentateurs ont produit des gloses diversement inspir&#233;es qui, souvent par manque d'attention &#224; l'esprit de jeu ultrapr&#233;cis qui caract&#233;rise Olesen, finissent par &#233;mousser la pointe conceptuelle de l'&#339;uvre ; d'autres, plus sceptiques, reprochent &#224; l'artiste de s'enfoncer dans l'herm&#233;tisme et l'autor&#233;f&#233;rentialit&#233; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Pujan Karambeiji, &#171; No Windows but Doors : Henrik Olesen &#187;, Mousse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'artiste est en partie responsable de cet &#233;tat de fait : il ne prend plus beaucoup la parole. Il y a longtemps qu'il n'a pas donn&#233; un texte de combat du genre de &#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187; (la pr&#233;face de &lt;i&gt;Some Faggy Gestures&lt;/i&gt;), o&#249; il renvoyait dos &#224; dos les pr&#233;suppos&#233;s h&#233;t&#233;ronormatifs des artistes les plus avanc&#233;s des ann&#233;es 1960-1970 (Vito Acconci en t&#234;te) et les facilit&#233;s rh&#233;toriques d'une critique &lt;i&gt;gay-friendly&lt;/i&gt; qui n'a pas int&#233;gr&#233; la rigueur intellectuelle de l'art postduchampien. Un certain silence th&#233;orique, donc, depuis quelques ann&#233;es. De fait, en s'&#233;loignant des formes rep&#233;rables de la contre-information &#171; postconceptuelle &#187;, Olesen d&#233;sertait un champ du savoir-pouvoir. Ceux qui le lui reprochent ne veulent pas voir combien ce champ est d&#233;sormais balis&#233; par une grille socioth&#233;matique qui bride l'&#233;nergie psychique et l'invention plastique. Pour peu qu'on veuille bien penser avec les formes et suivre le d&#233;tail des r&#233;seaux associatifs, il appara&#238;t bien au contraire que l'&#339;uvre, depuis une dizaine d'ann&#233;es, a beaucoup gagn&#233; en clart&#233; logique, en complexit&#233; interne et en violence po&#233;tique. Aussi sa relative infortune critique est-elle une bonne illustration de la st&#233;rilit&#233; du d&#233;bat serpent-de-mer qui oppose formalistes &#171; bourgeois &#187; et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;antiformalistes &#171; engag&#233;s &#187;. Voil&#224; qu'un artiste rigoureux tire quelques formes &#233;nigmatiques d'un espace d'invisibilit&#233; sociale &#8211; d'un &#171; trou noir &#187; &#8211;, et on le voit tomber dans un trou critique. Je pense que la paresse intellectuelle se confond ici avec la peur de la po&#233;sie, mais je ne veux pas minimiser les effets de d&#233;sorientation historique, dont je ne peux moi-m&#234;me m'exempter. Il ne suffit certes pas de saluer la fa&#231;on dont Olesen a renou&#233; certains fils de l'art&lt;i&gt; &lt;/i&gt;moderne. Il suffit encore moins de montrer que son (anti)historicisme pervers rompt avec l'&#233;clectisme postmoderniste comme avec un continuitisme confiant du type &#171; vie des formes &#187; (Henri Focillon). On peut toujours inscrire Olesen dans une lign&#233;e artificialiste qui remonterait au dandysme baudelairien et r&#233;unirait Wilde, Jarry, Marinetti, Artaud et Warhol. Il y a une g&#233;n&#233;alogie de la pens&#233;e antig&#233;n&#233;alogique. Mais ces grands dandys formeraient-ils une sorte de club qu'Olesen le rejoindrait bien tard. Il est possible que le formidable devenir-machine d'Andy Warhol &#8211; ce parfait self-made-man &#8211; ait &#224; la fois accompli et &#233;puis&#233; la strat&#233;gie dandy : elle d&#233;bouchait avec le dernier Warhol sur la m&#233;diatisation acritique de soi. Olesen n'est pas un dandy, mais il relance la &lt;i&gt;machine homosexuelle de copie&lt;/i&gt; dont l'inventeur est peut-&#234;tre Lautr&#233;amont (avec les plagiats des &lt;i&gt;Chants de Maldoror&lt;/i&gt;) et que William S. Burroughs a utilis&#233;e pour tenter de retourner les mass media contre eux-m&#234;mes. Olesen est moins ambitieux &#8211; moins fou ? &#8211; que Burroughs, mais plus pr&#233;cis. En installant sa machine de copie dans les arts plastiques, il articule au moins deux difficiles questions : celle de l'interpr&#233;tation libertaire du sadomasochisme (de l'&#233;rotisation de l'autorit&#233;, &lt;i&gt;authority&lt;/i&gt;) et celle de la critique du syst&#232;me lib&#233;ral de l'art (de la valorisation d'une &#171; fonction auteur &#187;, &lt;i&gt;authorship&lt;/i&gt;). Si je dis vrai, Henrik Olesen confie &#224; l'art le r&#233;armement critique du mouvement gay apr&#232;s la lib&#233;ration sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;THE FIGURE OF THE SUFFERING SERVANT IS A TROUBLING INHERITANCE.&lt;/i&gt; &#187; L'artiste, aux prises avec la figure de Turing, a recopi&#233; la phrase dans Donna J. Haraway, qui r&#233;fl&#233;chissait alors sur l'avenir de &#171; l'humain dans un paysage posthumaniste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Donna J. Haraway, The Haraway Reader, op. cit., p. 3, o&#249; l'auteure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Haraway, le &lt;i&gt;suffering servant&lt;/i&gt; retrouve une valeur &#171; figurative &#187; et une force proph&#233;tique &#224; la faveur des crises de l'universalisme lib&#233;ral. Ces figurations novatrices n'en passent pas moins, selon elle, par des &#171; contrefa&#231;ons &#187; symboliques qui sont autant de &#171; traductions non innocentes &#187; de l'humanisme jud&#233;o-chr&#233;tien. Haraway commente le parcours et les discours de la militante afro-am&#233;ricaine Sojourner Truth, qui connut l'esclavage. Olesen, lui, pense &#224; la servitude volontaire d'Alan Turing, qui n'a pas t&#233;moign&#233; et ne s'est pas r&#233;volt&#233; (sinon par le suicide), mais qui a invent&#233; un nouveau corps, sa machine abstraite, en laquelle l'artiste a pu voir un &#233;quivalent posthumain, non figuratif et scriptural, de ce que Haraway appelle l'&#171; orateur extatique &#187; (&lt;i&gt;ecstatic speaker&lt;/i&gt;) &#8211; celui qui au c&#339;ur de la crise assume les contradictions et se fait l'agent d'une transvaluation. Si l'extase de la machine abstraite est masochiste, c'est d'abord qu'Olesen devait formaliser artistiquement la regrettable mais passionnante h&#233;t&#233;ronomie de la sexualit&#233;. Je rappelle que Freud avait r&#233;&#233;labor&#233; la notion de sadomasochisme pour rendre compte d'un jeu de place fantasmatique : le couple sadisme-masochisme montrait &#224; l'inventeur de la psychanalyse la dimension identificatoire, mim&#233;tique, de la sexualit&#233; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Sigmund Freud, Pulsions et destins des pulsions (1915), trad. Olivier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus tard, le SM codifi&#233; des gays avait sugg&#233;r&#233; &#224; Foucault l'utopie d'une r&#233;versibilit&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e et ludique des rapports de pouvoir. Il faut voir qu'Olesen ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; ces conceptions polaris&#233;es, qu'il a voulu approfondir l'identification victimale jusqu'&#224; traverser le miroir, non seulement du sujet, mais de l'humain. Il a r&#234;v&#233; sur l'intelligence artificielle ; il s'est int&#233;ress&#233; &#224; la sexualit&#233; animale &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'exposition The Comparison Species Manifesto (2014), qui repart de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et s'il attribue &#224; la machine un plaisir de souffrir, c'est sans doute moins par simple anthropomorphisme po&#233;tique qu'au nom d'un &#171; masochisme originaire &#187; qui peut venir r&#233;activer, surtout chez un artiste, l'id&#233;e assez dix-huiti&#232;me-si&#232;cle d'une sensibilit&#233; de la mati&#232;re. Car la virtualit&#233; de la machine n'a rien &#224; voir avec l'id&#233;alit&#233; du concept. Comme d'ailleurs une bonne part des premiers artistes conceptuels, Olesen travaille ostensiblement sur la &lt;i&gt;mati&#232;re&lt;/i&gt; imprim&#233;e (&lt;i&gt;printed matter&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire en l'occurrence qu'il travaille assez salement les documents (griffonne, fait des taches, laisse les traces de colle, etc.). J'ajoute qu'il se r&#233;f&#232;re volontiers au &#171; bas mat&#233;rialisme &#187; de Georges Bataille, &#224; forte composante mystique et masochiste : l'humain &#8211; la figure humaine &#8211; doit pour Bataille s'humilier extatiquement dans la mati&#232;re. Haraway est plus douce (et &#233;cologiste), mais travaille dans ce sillage. J'&#233;cris sans doute ici pour des lecteurs bien dispos&#233;s vis-&#224;-vis de la fantaisie postmoderne, de la mutagen&#232;se d&#233;constructionniste, mais je rappelle une chose importante : c'est &#224; l'art moderne qu'il revient d'abord d'avoir tent&#233; de rabaisser l'orgueil de l'Homme. Qui ne voit qu'il avait raison d'essayer ? Qui ne voit qu'il faut continuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8230; A TROUBLING INHERITANCE &lt;/i&gt; &#187; : tout se passe comme si Olesen entretenait le &#171; trouble &#187; masochiste en opposant l'une &#224; l'autre plusieurs id&#233;es de l'&#171; h&#233;ritage &#187; : l'h&#233;r&#233;dit&#233; g&#233;n&#233;tique, la filiation symbolique, l'influence artistique, la fid&#233;lit&#233; politique&#8230; Mais en quoi pr&#233;cis&#233;ment ce masochisme de la r&#233;f&#233;rence et de la copie d&#233;passe-t-il la posture victimale ? Faut-il y voir aussi une strat&#233;gie citationnelle &#224; la Judith Butler, c'est-&#224;-dire la r&#233;appropriation performative d'un poncif homophobe ? Je rappelle d'abord qu'en Europe au moins, l'influence, le fait d'avoir ou de subir une influence morale, &#233;tait encore il y a quelque cent cinquante ans une affaire &#171; homosociale &#187; : l'homosexualit&#233; d'avant l'&#171; invention &#187; de l'homosexualit&#233; n'&#233;tait pas une identit&#233;, c'&#233;tait le r&#233;sultat toujours craint d'une influence, d'une &#171; corruption &#187; interpersonnelle. La sexualisation de l'influence, chez Olesen, est donc une machine de guerre anti-identitaire qui vient de loin. La copie est le comble qui r&#233;v&#232;le l'op&#233;ration, en la pla&#231;ant r&#233;solument sur le terrain de l'art. Quand, en 1930, Mario Praz concluait sa grande somme sur le &#171; romantisme noir &#187; en opposant la vigueur &#171; barbare &#187; de Gabriele D'Annunzio au &#171; mim&#233;tisme passif &#187; d'Oscar Wilde, il s'appuyait sur des binarismes culturels durables &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Mario Praz, La Chair, la Mort et le Diable dans la litt&#233;rature du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De fait, la &#171; st&#233;rilit&#233; &#187; homosexuelle et ses palliatifs pr&#233;sum&#233;s &#8211; exc&#232;s parodiques, idol&#226;tries douteuses, mythomanies livresques, pr&#233;ciosit&#233;, mani&#233;risme, ou pur et simple plagiat &#8211; ont longtemps inqui&#233;t&#233; une critique plus ou moins ouvertement classiciste, viriliste et vitaliste (ou biologisante). Les choses sont bien plus embrouill&#233;es aujourd'hui, apr&#232;s que le parodisme postmoderniste a nivel&#233; les strat&#233;gies critiques de citation. Mais je garde l'hypoth&#232;se : en citant et copiant tous azimuts, Henrik Olesen ne &#171; performerait &#187; pas telle posture de genre ou telle injure de casseur de p&#233;d&#233;, mais bien les suppos&#233;es d&#233;bauches intertextuelles d'un art gay auquel on d&#233;nie toute pr&#233;tention au contre-canon. L'artiste citerait l'accusation de citationnisme, en somme, en chassant bien au-del&#224; des terres gays. Ce serait une contre-offensive n&#233;od&#233;cadente d&#233;glamouris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas trouv&#233; mention de cette possibilit&#233; m&#233;tacitationniste chez Butler, qui s'est peu frott&#233;e &#224; l'histoire de l'art. O&#249; ailleurs ? Je passe sur les &#226;neries r&#233;centes, d'inspiration plus ou moins deleuzienne, quant &#224; une suppos&#233;e &#171; postcritique &#187; masochiste opposable au &#171; sadisme critique &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je vise la &#171; pop'philosophie &#187; de Laurent de Sutter, qui me para&#238;t &#234;tre un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je suis pr&#234;t &#224; affirmer qu'Olesen est l'un des rares artistes qui aient vraiment fait quelque chose de Deleuze, de la philosophie deleuzienne du simulacre (entre diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition), mais je laisse &#224; d'autres le soin de le d&#233;montrer. Je mets simplement en garde contre l'&#233;vacuation moniste du n&#233;gatif. &#192; ma connaissance, les ponts n'ont pas encore &#233;t&#233; lanc&#233;s entre le corpus Olesen et ce qu'on a appel&#233; la &lt;i&gt;negative queer theory&lt;/i&gt; (Leo Bersani, Lee Edelman) : il va falloir le faire, histoire de tester la solidarit&#233; des enjeux sexuels, po&#233;tiques et politiques. Leo Bersani, ne l'oublions pas, est un litt&#233;raire ; il n'aurait pas pu d&#233;fendre son id&#233;e non relationnelle du sexe, son &#171; homo&#239;t&#233; &#187; postidentitaire, sans convoquer la charge antisociale de l'art&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'apprends in extremis que la derni&#232;re exposition de l'artiste (voir note (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai &#233;voqu&#233; Lautr&#233;amont ; il faut peut-&#234;tre remonter &#224; Sade, dans l'&#339;uvre duquel Annie Le Brun a vu l'action d'une &#171; machine r&#233;ductrice &#187; ath&#233;e, trop vite frein&#233;e et r&#233;cup&#233;r&#233;e par l'industrialisme humaniste du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Annie Le Brun, Soudain un bloc d'ab&#238;me, Sade, Paris, Jean-Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#234;me Annie Le Brun note quelque part qu'il y a quelque chose d'agressif dans la soumission p&#233;dagogique de Juliette. On sent cette agressivit&#233; dans la machine-esclave d'Olesen.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;100&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/00_pourtitre_inferno_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/00_pourtitre_inferno_-_copie.jpg?1731402989' width='500' height='247' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Inferno &lt;/i&gt; (2016). Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Psychiquement parlant, l'id&#233;e serait peut-&#234;tre d'acter le maintien, contre vents et mar&#233;es, des cultes phalliques, en consentant &#224; entrer comme par en dessous dans les t&#233;ratologies, dans les devenirs cyborgs, voire dans les &#171; m&#233;tamorphoses du Mal &#187; (Georg Trakl). Vers 2016, Olesen a creus&#233; son &#233;rotisme dystopique de toute la profondeur du th&#232;me infernal (&lt;i&gt;Inferno&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;St. George &amp; the Dragon&lt;/i&gt;). On pourra, au choix, &#233;voquer les liens tangentiels mais av&#233;r&#233;s entre satanisme et culture gay (pensons &#224; Kenneth Anger) ou diagnostiquer un retour de flamme introspectif et peccamineux &#8211; &#171; n&#233;vrose diabolique &#187; (Freud) ou herm&#233;tisme d&#233;moniaque (Kierkegaard) &#8211;, chez qui a trop sacrifi&#233; &#224; l'eud&#233;monisme de l'immanence. Je parlerais tout d'abord d'un certain esprit de suite dans l'analit&#233;. L'enfer est bien s&#251;r le grand paysage f&#233;cal, le lieu de toutes les pollutions, de tous les m&#233;langes. Le beau photomontage intitul&#233; &lt;i&gt;Inferno&lt;/i&gt;, assez typique du talent de l'artiste, montre comment il entend d&#233;sormais jouer sur les deux tableaux du &lt;i&gt;psych&#233;d&#233;lisme f&#233;cal&lt;/i&gt; (traitement mati&#233;riste, coloriste et kal&#233;idoscopique d'une imagerie stercoraire : &#233;gouts, d&#233;charges&#8230; avec boucs sataniques) et du &lt;i&gt;n&#233;gativisme anal &lt;/i&gt;(jeux sur la forme et la contre-forme, sur le noir et le blanc, sur la r&#233;serve ou le vide). Car il y a bien deux fonctions : c'est dans l'anus qu'op&#232;re imaginairement l'annihilation f&#233;cale des diff&#233;rences, mais c'est aussi par l'anus que le corps excr&#232;te, que l'un devient deux, que sont d&#233;limit&#233;s un dehors et un dedans. Artaud a refus&#233; cette division excr&#233;mentielle du corps, et avec elle la s&#233;paration de l'&#339;uvre et de la vie, la d&#233;rivation du corps-pens&#233;e vers la &#171; litt&#233;rature &#187;. Il hurle (expectore) qu'il ne veut pas chier ; il tente d'expulser tout ce qui menace l'int&#233;grit&#233; du corps avec la rage psychique d'un &#234;tre qui, analit&#233; psychotique oblige, voit cette expulsion m&#234;me emp&#234;ch&#233;e par le perp&#233;tuel renversement du dehors et du dedans, du contenu et du contenant. Le psychanalyste Guy Rosolato, qui a point&#233; la chose, parle d'une &#171; ambigu&#239;t&#233; de l'expulsion &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Guy Rosolato, &#171; L'expulsion &#187; (1976), dans La Relation d'inconnu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte qui en d&#233;coule conditionne la forge du corps unitaire &#224; une scatologie po&#233;tique : c'est le tout du corps qu'il faut finalement expulser (projeter) dans la r&#233;alit&#233;, mais l'anatomie imaginaire se resserre alors sur un trait axial comme durci par la r&#233;tention f&#233;cale &#8211; ce &#171; bois ano-phallique de fer &#187; dont Olesen multiplie les variations plastiques depuis 2009. L'artiste avait en r&#233;alit&#233; trouv&#233; dans l'ambigu&#239;t&#233; de l'expulsion de quoi t&#233;lescoper &#233;rotisme anal et critique institutionnelle. C'est ainsi, je crois, qu'il faut comprendre maintes interventions architecturales d'Olesen, de m&#234;me que le pot de Nutella plac&#233; dans la bo&#238;te-maquette de &lt;i&gt;Mr. Knife &amp; Mrs. Fork&lt;/i&gt; (un carton de Doritos annon&#231;ant une &#171; &lt;i&gt;chilli heatwave&lt;/i&gt; &#187;), ou encore la phrase de &lt;i&gt;Naked Lunch&lt;/i&gt; cit&#233;e &#224; la toute fin de &#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187; : &#171; &lt;i&gt;The way out is the way in. &lt;/i&gt; &#187; L'&#339;uvre entre alors en discussion avec la vaste anthropologie du tabou, de Georges Bataille &#224; Mary Douglas et au-del&#224;. L'avant-derni&#232;re exposition de l'artiste (&lt;i&gt;ab 22. Mai 2020&lt;/i&gt;, &#224; la galerie Buchholz de Cologne), qui montrait des tableaux inspir&#233;s de &lt;i&gt;L'Homme ouvert (L'Autopsie)&lt;/i&gt; (1928) de Jean Fautrier (1898-1964), confirme cette cl&#233; scatologique, en rouvrant une question surgie dans les ann&#233;es 1950 : l'&#171; informel &#187;. Le corps sans organes est pour Olesen un corps sans forme(s). Cette tentative picturale est surprenante, mais compr&#233;hensible si l'on rapporte les notions de non-forme et de mati&#232;re picturale au syst&#232;me projectif d&#233;crit plus haut. Je n'en dis pas plus, n'ayant pas vu l'exposition en question&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'exposition de Cologne, voir le site de la galerie Buchholz : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique anale/f&#233;cale du corpus &#233;claire surtout l'&#233;quation critique entre extase et r&#233;ification, &#224; moins que ce ne soit l'inverse. Artaud nous permet de concevoir l'excr&#233;tion comme une sorte d'analogon physiologique de la r&#233;ification, ou la r&#233;ification comme une sorte d'excr&#233;tion m&#233;taphysique : l'&#339;uvre est le d&#233;chet mort (statique) d'une vie toujours d&#233;j&#224; &#171; ex-statique &#187;. Mais l'&#233;vacuation d'un corps int&#233;gralement f&#233;calis&#233; est aussi une modalit&#233;, sinon une condition, de l'extase mystique. Alors qu'il purifiait &#224; son usage la logique soustractive du corps-machine sans organes, l'artiste tirait, pour ainsi dire, le &lt;i&gt;rien &lt;/i&gt;vers le &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt;, l'objet quotidien d&#233;risoire (le &#171; rien &#187;, du latin &lt;i&gt;res&lt;/i&gt;, &#171; chose &#187;) vers l'espace n&#233;gatif. &#192; vrai dire, ce mouvement traverse, dans diff&#233;rents sens, toute la modernit&#233; artistique. D&#232;s Mallarm&#233; et le cubisme, la dialectique proprement constructive de l'un et du multiple, de l'&#339;uvre unitaire et de ses &#233;l&#233;ments constitutifs, est hant&#233;e par le n&#233;gatif, avec son co&#251;t psychique en termes de destructivit&#233; et d'impersonnalit&#233;. Le jeune Mallarm&#233;, peu apr&#232;s sa &#171; crise de Tournon &#187;, faisait encore mine de s'en &#233;tonner : &#171; Je suis v&#233;ritablement d&#233;compos&#233;, et dire qu'il faut cela pour avoir une vue tr&#232;s une de l'Univers &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Mallarm&#233;, lettre &#224; Eug&#232;ne Lef&#233;bure du 27 mai 1867, dans &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187; Olesen ne cherche m&#234;me pas &#171; une vue tr&#232;s une de l'Univers &#187;, mais des perspectives invers&#233;es sur une soci&#233;t&#233; divis&#233;e par la &#171; longue crise de la d&#233;finition sexuelle moderne &#187; (Eve Kosofsky Sedgwick). Pour cela, il multiplie les plans de r&#233;alit&#233; susceptibles d'accueillir ou de relayer la n&#233;gation, en soumettant l'op&#233;ration logique &#224; un v&#233;ritable d&#233;mon de l'analogie. Alors, on l'a vu, les dualismes s'alignent ou s'embo&#238;tent : dualismes de la pr&#233;sence et de l'absence (la mystique), du visible et de l'invisible (le panoptique), du ma&#238;tre et de l'esclave (le SM), du plein et du vide (la plastique), du un et du z&#233;ro (le code informatique). Le cahier des charges &#171; conceptuel &#187; n'en sort pas indemne, mais se resserre aussi sur ce que Jean-Fran&#231;ois Chevrier appelle les &#171; aventures de la diff&#233;rence spatiale &#187;, &#224; savoir le jeu des partages d&#233;finitionnels et institutionnels qui organisent l'exp&#233;rience de l'espace &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Fran&#231;ois Chevrier, &#338;uvre et activit&#233;. La question de l'art, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est justement parce que l'art de la modernit&#233; &#233;prouve les limites du mus&#233;e &#8211; comme espace prot&#233;g&#233; et comme instance d'homologation &#8211; qu'il permet &#224; Olesen de poser une congruence entre sa pens&#233;e spatiale de l'extase et les apories des luttes gays ou queers &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en irait de la politique gay comme du drame artaudien selon Guy Rosolato (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est alors impossible de d&#233;cider si Olesen d&#233;crit une impasse ou s'il indique une issue : c'est une &#339;uvre &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;164&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/13_asyetuntitled.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/13_asyetuntitled.jpg?1731402995' width='500' height='268' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;As Yet Untitled 1, 3, 2&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;9&lt;/i&gt; (2018) ; &#224; droite, &lt;i&gt;Hand-painted Surfaces 4&lt;/i&gt; (2018). Vue d'exposition, Museo Reina Sof&#237;a, Madrid, 2019. &#169; Joaqu&#237;n Cort&#233;s / Rom&#225;n Lores.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots encore sur le n&#233;gatif. J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; des &lt;i&gt;Untitled &lt;/i&gt;de 2011 (les toiles &#224; clous) ; en 2018, la discr&#233;tisation des organes d&#233;bouche sur les &lt;i&gt;As Yet Untitled&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Sans titre encore&lt;/i&gt;), avec leur &#171; vide de verre &#187; (Roger Gilbert-Lecomte) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le vide de verre &#187; est le titre d'un po&#232;me de Roger Gilbert-Lecomte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce sont des bo&#238;tes transparentes pour des organes absents, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;&#224; la place&lt;/i&gt; des organes absents et &lt;i&gt;en vue&lt;/i&gt; des organes absents (du corps &#224; venir) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai d&#233;crit plus pr&#233;cis&#233;ment ces bo&#238;tes en 2016 (voir note 1).&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Henrik Olesen est un peu un artiste de science-fiction et il a parfois pr&#233;sent&#233; la &#171; projection du v&#233;ritable corps &#187; (Artaud) comme une projection temporelle, une &lt;i&gt;pr&#233;-vision&lt;/i&gt; futuriste. Mais il mentionne aussi les th&#232;ses de Lacan sur l'illusion du moi, de ce moi qui est corporel, qui ne peut qu'&lt;i&gt;anticiper &lt;/i&gt;sa coh&#233;sion dans l'unit&#233; sp&#233;culaire du corps (c'est le &#171; stade du miroir &#187;), avant que le sujet ne prenne consistance dans la nomination &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'artiste cite &#224; plusieurs reprises la phrase suivante, tir&#233;e en fait d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Olesen, dont l'exemple d'Artaud a fait une sorte d'anarchiste de la morphologie, compte bien sur le fait que la parfaite &lt;i&gt;ma&#238;trise&lt;/i&gt; sensori-motrice n'arrive jamais, qu'aucun centre de contr&#244;le fantasmatique ne vient r&#233;sorber une fois pour toutes le d&#233;sordre pulsionnel (le morcellement du corps), mais il doit aussi tenir le nom &#224; distance. &lt;i&gt;As Yet Untitled&lt;/i&gt; : il n'y a pas encore de titre parce qu'il n'y a pas encore de nom, parce que la nomination n'a pas encore fait consister un imaginaire morphologique dans l'espace h&#233;g&#233;monique de la filiation patronymique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'appuie ici sur les formulations de Judith Butler dans &#171; Le phallus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; pas encore &#187; est donc ambigu : il peut dire &#224; la fois l'attente du corps utopique et la tentative pour &lt;i&gt;repousser&lt;/i&gt; (ajourner) l'assignation unitaire, individualisante &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette ambigu&#239;t&#233; se r&#233;duit peut-&#234;tre si, comme Chevrier (Formes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or cette ambigu&#239;t&#233; recoupe celle du vide de verre. Les &lt;i&gt;As Yet Untitled&lt;/i&gt; sont contemporains des travaux autour de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; : si le corps est absent, s'il n'est &#171; pas encore &#187;, le pouvoir, lui, est, selon Michel Foucault, &#171; toujours d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, et partout, &#171; coextensif au corps social &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; Pouvoirs et strat&#233;gies &#187; (entretien avec Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est ce qui assure la production sociale des corps, &#224; laquelle l'artiste entend r&#233;sister. Comme Lars Bang Larsen le sugg&#232;re &#224; raison, il y a du Bartleby chez Olesen, il y a la r&#233;p&#233;tition d'un test sur la poursuite d'une gr&#232;ve m&#233;taphysique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lars Bang Larsen, &#171; On Striking and Body Making &#187;, dans How Do I Make (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est au corps que l'artiste fait dire &#171; &lt;i&gt;I will not go to work today. I don't think I will go tomorrow&lt;/i&gt; &#187;. On peut noter qu'Olesen travaille souvent par s&#233;ries, en num&#233;rotant les objets. C'est une pratique banale, mais qui tend &#224; marquer chez lui le caract&#232;re it&#233;ratif de cette n&#233;gation, de cette r&#233;tention absurde, qui dans les &lt;i&gt;As Yet Untitled&lt;/i&gt; se r&#233;sout formellement en une d&#233;clinaison ou modulation du vide, au sein duquel il faut probablement entendre la pulsation sourde, &lt;i&gt;automatique&lt;/i&gt;, de la pulsion de mort. Il y a une fausse unit&#233; qui &#233;clate dans le vide, et il y a une r&#233;cursion du z&#233;ro qui ne veut &#171; pas encore &#187; passer au un, comme le 666 de la B&#234;te s'obstine &#224; ne pas atteindre le divin 7. La vacance subjective pourrait seule d&#233;jouer la transparence panoptique, mais la jouissance masochiste, qui semble pouvoir donner acc&#232;s &#224; cette vacance (extatique, mystique), n&#233;cessite justement le regard du ma&#238;tre. Henrik Olesen pense et cr&#233;e dans ce paradoxe, auquel il semble vouloir donner une port&#233;e politique large. Nous sommes ramen&#233;s au clignotement subjectif sugg&#233;r&#233; par les toiles &#224; clous sans titre, &#224; la jouissance de qui, devant le corps du ma&#238;tre, n'est pas toujours un &#171; qui &#187;. L'artiste, en s'&#233;loignant d'Artaud et de Turing, a cherch&#233; d'autres mani&#232;res de planter le &#171; clou de la douleur &#187;, de passer ou de ne pas passer de z&#233;ro &#224; un et de un &#224; z&#233;ro, mais la coh&#233;rence du corpus semble encore tenir &#224; ce moteur paradoxal. Essayez d'affirmer la singularit&#233; vide, essayez toujours, semble nous dire l'artiste. Annulez-vous, nous dit-il en m&#234;me temps. Par la drogue, l'art ou la sodomie, &#224; votre guise, mais annulez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je conclus. J'ai bien conscience d'avoir expos&#233; les choses de l'int&#233;rieur d'un certain champ culturel, champ dont je reconnais volontiers &#8211; mais d&#233;plore &#8211; l'aspect &#233;sot&#233;rique. Je devais montrer qu'une puissante r&#234;verie sp&#233;culative guide l'art d'Olesen, qu'elle n'est pas r&#233;ductible &#224; la somme de ses nombreuses r&#233;f&#233;rences, et que seule une approche associative permet d'en suivre les d&#233;veloppements plastiques. Le reste n'est qu'hypoth&#232;se ; je n'ai &#233;videmment pas le fin mot &#233;thique et politique d'un tel cristal de n&#233;gativit&#233;. J'ignore surtout ce que des individus moins familiers d'art, ou des collectifs de lutte, pourraient d&#233;duire de ce corpus, de l'av&#232;nement de ce nouveau corps-machine po&#233;tique. Les obstacles sont plus faciles &#224; deviner. L'activiste suivra ses r&#233;flexes critiques et d&#233;noncera, au mieux, une r&#234;verie inoffensive car d&#233;sincarn&#233;e &#8211; l'activiste sait ce que peut le corps, n'est-ce pas ? &#8211;, au pire une version &lt;i&gt;arty&lt;/i&gt; de la fantasmagorie transhumaniste. Je ne dis pas qu'il aura tort, mais je me tourne d'abord vers celui dont l'exp&#233;rience du trou noir a aff&#251;t&#233; ce que le po&#232;te John Keats a appel&#233; la &#171; capacit&#233; n&#233;gative &#187;, la capacit&#233; &#224; se maintenir dans l'incertitude. Bien des questions restent ouvertes. Olesen semble tr&#232;s conscient du fait que l'autoproduction du corps n'est pas simplement une n&#233;cessit&#233; gay, mais aussi un corr&#233;lat de la subjectivation n&#233;olib&#233;rale, c'est-&#224;-dire de l'&#233;conomie psychique propre &#224; celui que Foucault appelle l'&#171; entrepreneur de lui-m&#234;me &#187;. Les affinit&#233;s entre l'id&#233;e de corps-machine et celle de &#171; capital humain &#187; sont d'ailleurs incontestables. Et apr&#232;s tout, l'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt; de l'individu est la premi&#232;re des promesses du lib&#233;ralisme politique. Pour ma part, je n'ai pas encore r&#233;ussi &#224; &#233;tablir si cette &#339;uvre permet vraiment de penser ces contradictions-l&#224; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai bien une piste : le go&#251;t de l'artiste pour les &#171; menus &#187;. Voir la liste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'artiste ou de moi, il y en a donc au moins un qui est politiquement timide. On le serait &#224; moins, mais ce n'est pas une raison pour se reposer sur ses acquis. Le poststructuralisme, sur lequel Olesen s'appuie parfois si pesamment, a beaucoup obscurci la critique de l'&#233;conomie politique, quand il n'a pas directement servi &#224; l&#233;gitimer les vastes machinations du capitalisme dit &#171; cognitif &#187; (ceci induisant peut-&#234;tre cela). On me dira que ce n'est pas le probl&#232;me d'un Henrik Olesen, je r&#233;pondrai qu'il faudrait que &#231;a le devienne. L'artiste &#233;voquait il y a quelques ann&#233;es &#171; le bruit n&#233;olib&#233;ral qui ne dispara&#238;t jamais &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E-mail de l'artiste &#224; Lars Bang Larsen, cit&#233; par L. Bang Larsen, &#171; On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; alors que ce bruit de fond vient, non pas de dispara&#238;tre, mais de changer brutalement de tonalit&#233;, il faut s'attendre &#224; ce que les signaux d'autoproduction s'alt&#232;rent en cons&#233;quence. Je veux dire que la crise &#233;conomique en cours va probablement exacerber les ambivalences de l'&lt;i&gt;autos&lt;/i&gt;. Car l'autonomie est &#224; la fois un d&#233;lire du sujet et une vis&#233;e normative de l'individu, &#224; la fois un pi&#232;ge de l'exploitation et une promesse de l'&#233;mancipation. Je ne digresse pas ; il faut vigoureusement rebattre les cartes et d&#233;compartimenter les r&#233;gions de la pens&#233;e. Henrik Olesen fraye des pistes, et j'estime que les gays communistes, entre autres, auront un jour &#224; prendre position sur une &#339;uvre qui compte parmi les plus fortes de ce d&#233;but de vingt-et-uni&#232;me si&#232;cle &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'entends pas, &#233;videmment, &#171; identifier &#187; un ou des groupes parmi les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Trop de militants jettent aujourd'hui le b&#233;b&#233; artistique avec l'eau du bain capitaliste. Quoi qu'en disent certains critiques, quoi que j'aie pu dire moi-m&#234;me, Henrik Olesen est rest&#233; un artiste conceptuel, c'est-&#224;-dire un artiste dont l'activit&#233;, en posant la question de l'art, appelle un d&#233;bat critique qui conteste les fronti&#232;res sans cesse consolid&#233;es par la reproduction culturelle. Susciter ce d&#233;bat, le pr&#233;parer du moins, &#233;tait le but de cette &#171; pr&#233;sentation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adrien Malcor.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve sur le site de la galerie Buchholz une chronologie des expositions de Henrik Olesen : &lt;a href=&#034;https://www.galeriebuchholz.de/artists/henrik-olesen/cv/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.galeriebuchholz.de/artists/henrik-olesen/cv/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai rendu compte de cette exposition sur le blog &#171; &#192; qui veut &#187; des &#233;ditions L'Arachn&#233;en : &lt;a href=&#034;http://www.editions-arachneen.fr/?p=5608&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.editions-arachneen.fr/?p=5608&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'a montr&#233; Jean-Fran&#231;ois Chevrier dans l'exposition &lt;i&gt;Formas biogr&#225;ficas. Construcci&#243;n y mitolog&#237;a individual&lt;/i&gt; au mus&#233;e Reina Sof&#237;a de Madrid (2013-2014, reprise en Carr&#233; d'art de N&#238;mes en 2015). Voir J.-F. Chevrier (avec la collaboration d'&#201;lia Pijollet), &lt;i&gt;Formes biographiques&lt;/i&gt;, Paris, Hazan / Carr&#233; d'art Mus&#233;e d'art contemporain de N&#238;mes, 2015 (sur Olesen, p. 209-221 et 223). Je montrerai ailleurs que la r&#233;trospective Olesen organis&#233;e quatre ans plus tard par le Reina Sof&#237;a fut un bon test monographique pour cette th&#232;se forte des &#171; formes biographiques &#187; (telles que bricol&#233;es &#224; l'ombre de l'id&#233;al constructif moderne). Je d&#233;crirai alors l'&#339;uvre que je ne fais ici que pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olesen d&#233;clare en 2009, &#224; propos de la vie de Turing : &#171; &lt;i&gt;What interested me very much about this story was the strange phenomenon that whenever we encounter homosexuals in history, it is mainly as suffering and victimized geniuses. It seems like certain kind of words and bodies are fetishized and turned into literal authenticity. Like Oscar Wilde and Quentin Crisp, for instance, would appear to be suffering outlaws within certain highly rigid classifications that are both disempowering and desexualizing. And this process of desexualization of homosexuality is a part of how history works, it seems like the only way for homosexuals to be included in patriarchal/heterosexual history writing.&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Future Bodies and Gendered Prophecy : Henrik Olesen&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mousse Magazine&lt;/i&gt;, no 18, avril-mai 2009, en ligne : &lt;a href=&#034;http://moussemagazine.it/henrik-olesen-luigi-fassi-2009/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://moussemagazine.it/henrik-olesen-luigi-fassi-2009/&lt;/a&gt;.) La th&#232;se est inspir&#233;e, parfois au mot pr&#232;s, de Donna J. Haraway (voir D. J. Haraway, &lt;i&gt;The Haraway Reader&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 2004, p. 3-4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Some Illustrations to the Life of Alan Turing&lt;/i&gt;, 2008, reproduit dans &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Henrik Olesen at Malm&#246; Konsthall and Museum f&#252;r Gegenwartskunst Basel, &lt;/i&gt;cat., Ostfildern, Hatje Cantz, 2011, p. 63-64, et dans &lt;i&gt;Henrik Olesen&lt;/i&gt;, cat., Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sof&#237;a, 2019, p. 124-127.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Toutes les citations &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt; en capitales sont tir&#233;es de &lt;i&gt;Some Illustrations&#8230;&lt;/i&gt; : ce sont les intertitres qui segmentent cette biographie illustr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le geste d'Olesen boucle une boucle dans l'histoire intellectuelle. Deleuze et Guattari d&#233;crivent en effet les machines d&#233;sirantes comme des &#171; machines abstraites &#187; ; ils avaient trouv&#233; cette notion chez le linguiste Noam Chomsky, qui s'&#233;tait lui-m&#234;me appuy&#233; sur la machine de Turing pour construire sa &#171; hi&#233;rarchie &#187; des grammaires formelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Some&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Illustrations to the Life of Alan Turing&lt;/i&gt;, 2008, reproduit dans &lt;i&gt;Henrik Olesen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 125. La machine de Turing, est-il &#233;crit juste avant, est &#171; universelle, pure fonction : &#224; la fois &#8220;le travail&#8221; et &#8220;ce qui travaille&#8221; [&lt;i&gt;both &#8220;the works&#8221; and &#8220;that it works&#8221;&lt;/i&gt;] dans toute computation &#187;. Je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudra montrer comment l'&#233;quation pos&#233;e par Olesen entre autoproduction, imitation et masochisme retrouve les bases psychosexuelles de la pens&#233;e de Turing lui-m&#234;me. Jean Lass&#232;gue a identifi&#233; le r&#244;le, dans l'&#339;uvre du savant, d'un &#171; fantasme de parth&#233;nogen&#232;se &#187; par &#171; sacrifice de la peau &#187;, qu'il rattache au fantasme de &#171; peau commune &#187; (&#224; la m&#232;re et &#224; l'enfant) d&#233;cel&#233; par Didier Anzieu dans de nombreux cas de masochisme sexuel. Voir J. Lass&#232;gue, &#171; Le test de Turing et l'&#233;nigme de la diff&#233;rence des sexes &#187;, dans Didier Anzieu (dir.), &lt;i&gt;Les Contenants de pens&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1993, p. 145-195, et &lt;i&gt;id.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Turing&lt;/i&gt;, Paris, Les Belles Lettres, coll. &#171; Figures du savoir &#187;, 1998, partie iv, &#171; La coh&#233;rence du projet de Turing. Du symbole au symbolique &#187;, p. 145-197 (sur la peau commune et la parth&#233;nogen&#232;se, p. 183 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187;, dans &lt;i&gt;Some Faggy Gestures&lt;/i&gt;, Zurich, JRP Ringier / Les Presses du r&#233;el, 2008, p. 13. Je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonin Artaud, &#171; Sur le th&#233;&#226;tre balinais &#187;, &lt;i&gt;Le Th&#233;&#226;tre et son Double&lt;/i&gt; (1938), repris dans &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, &#233;d. &#201;velyne Grossman, Paris, Gallimard, coll. &#171; Quarto &#187;, 2004, p. 540.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonin Artaud, cahier 374, novembre 1947, dans &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 1581.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E-mail de l'artiste &#224; Lars Bang Larsen, cit&#233; par L. Bang Larsen, &#171; On Striking and Body Making &#187;, dans &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&#8230;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 24. Je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends ici une formule employ&#233;e par l'artiste dans &#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187; (&lt;i&gt;Some Faggy Gestures&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedl d&#233;clarait l'an dernier : &#171; &lt;i&gt;Performance today makes me feel quite uncomfortable. Yes, I think it's a fashion, which has a lot to do&#8212;when there's nothing better to do&#8212;with the capitalization of the body and gestures of estrangement and alienation. Working with one's own body has become a kind of self-optimizing exercise, close to complicity with capitalist positivity. Performance has become the mainstream model of social behavior. Now everybody's performing, every chief executive expects you to perform. I don't understand why the art world&#8212;always so keen on &#8220;resistance&#8221;&#8212;has embraced this deformation so wholeheartedly.&lt;/i&gt; &#187; (Claire Tancons, &#171; Portrait of the Artist as a Dramatist : A Conversation with Peter Friedl &#187;, &lt;i&gt;E-flux Journal&lt;/i&gt;, no 103, octobre 2019 ; en ligne : &lt;a href=&#034;https://www.e-flux.com/journal/103/289590/portrait-of-the-artist-as-a-dramatist-a-conversation-with-peter-friedl/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.e-flux.com/journal/103/289590/portrait-of-the-artist-as-a-dramatist-a-conversation-with-peter-friedl/&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos cit&#233;s par Nicholas Cullinan, &#171; 1000 Words : Henrik Olesen &#187;, &lt;i&gt;Artforum&lt;/i&gt;, no 48, octobre 2009 ; repris par Helena Tatay, &#171; An Introduction to the Work of Henrik Olesen &#187;, dans &lt;i&gt;Henrik Olesen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15. Je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Helena Tatay, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'artiste a illustr&#233; &lt;i&gt;Dhalgren&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;After Dhalgren&lt;/i&gt;, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'utilise, l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e, la traduction par Genevi&#232;ve Bianquis de l'hymne &#171; Der Einzige &#187; (Friedrich H&#246;lderlin,&lt;i&gt; Po&#232;mes/&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Gedichte&lt;/i&gt;, Paris, Aubier/Montaigne, 1943, p. 403).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'artiste a coll&#233; dans sa &lt;i&gt;No Mouth No Tongue Box&lt;/i&gt; de 2018 une photocopie sur feuille A4 de l'entr&#233;e &#171; M&#233;tamorphose &#187; du &#171; Dictionnaire critique &#187; de la revue &lt;i&gt;Documents &lt;/i&gt;(1929-1931). Il y a encadr&#233; les lignes suivantes, de Michel Leiris : &#171; Je plains les hommes qui n'ont pas r&#234;v&#233;, au moins une fois dans leur vie, de se changer en l'un quelconque des divers objets qui les entourent : table, chaise, animal, tronc d'arbre, &lt;i&gt;feuille de papier&lt;/i&gt;. Ils n'ont aucun d&#233;sir de sortir de leur peau&#8230; &#187; (C'est moi qui souligne la mention justifiant le collage.) Les animateurs de &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;, Georges Bataille, Carl Einstein et Leiris, pari&#232;rent sur le ou les f&#233;tichismes pour r&#233;soudre ou intensifier ce qu'Andr&#233; Breton appela quelques ann&#233;es plus tard la &#171; crise de l'objet &#187;. Sur le r&#244;le de la peau dans le masochisme, qui pourrait &#233;clairer la pratique du collage chez Olesen, voir les indications donn&#233;es note 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Pujan Karambeiji, &#171; No Windows but Doors : Henrik Olesen &#187;, &lt;i&gt;Mousse Magazine&lt;/i&gt;, no 69, automne 2019 ; &lt;a href=&#034;http://moussemagazine.it/henrik-olesen-pujan-karambeigi-2019/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://moussemagazine.it/henrik-olesen-pujan-karambeigi-2019/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Donna J. Haraway, &lt;i&gt;The Haraway Reader&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 3, o&#249; l'auteure introduit &#224; son essai &#171; &lt;i&gt;Ecce Homo&lt;/i&gt;, Ain't (Ar'n't) I a Woman, and Inappropriate/d Others : The Human in a Post-Humanist Landscape &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 47-62).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Sigmund Freud, &lt;i&gt;Pulsions et destins des pulsions&lt;/i&gt; (1915), trad. Olivier Mannoni, Paris, Petite Biblioth&#232;que Payot, 2012. Je n'ignore pas que Deleuze a cherch&#233; d&#232;s 1967, avec son livre sur Leopold von Sacher-Masoch, &#224; briser cette unit&#233; sadomasochiste. Mais je n'ai pas trouv&#233; chez Olesen de r&#233;f&#233;rence &#224; cette lecture deleuzienne, ni d'ailleurs &#224; l'&#339;uvre de Sacher-Masoch.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'exposition &lt;i&gt;The Comparison Species Manifesto&lt;/i&gt; (2014), qui repart de la pens&#233;e de Donna J. Haraway, et auparavant le &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt; nomm&#233; &lt;i&gt;Lack of Information&lt;/i&gt; (2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Mario Praz, &lt;i&gt;La Chair, la Mort et le Diable dans la litt&#233;rature du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Le romantisme noir &lt;/i&gt; (1930, 2e &#233;d. 1966), trad. Constance Thompson Pasquali (1977), Paris, Gallimard, coll. &#171; Tel &#187;, 1999, p. 340. En France, l'&#233;laboration psychanalytique la plus pouss&#233;e de ce discours normatif est le fait de Janine Chasseguet-Smirgel, qui, sur la base de la th&#233;orie freudienne du pr&#233;g&#233;nital, distingue l'artiste cr&#233;ateur et l'esth&#232;te pervers id&#233;alisateur et fabricateur (&lt;i&gt;&#201;thique et esth&#233;tique de la perversion&lt;/i&gt;, Paris, Champ Vallon, 1984). Dans &#171; Pre Post : Speaking Backwards &#187;, Olesen appelle &#224; r&#233;examiner sans lunettes h&#233;t&#233;rovitalistes la carri&#232;re du peintre am&#233;ricain Washington Allison (1779-1843). J'ajoute qu'il faudrait aussi, si cela n'a pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait, relire sous l'angle homosexuel la dimension parodique et r&#233;f&#233;rentielle de l'&#339;uvre d'Alfred Jarry, auquel Olesen s'est int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je vise la &#171; pop'philosophie &#187; de Laurent de Sutter, qui me para&#238;t &#234;tre un bel exemple de dandysme attard&#233; et de snobisme d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'apprends &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; que la derni&#232;re exposition de l'artiste (voir note 29) contient un tableau intitul&#233; &lt;i&gt;Leo Bersani Fantasy&lt;/i&gt;. (Si ce grand nom de la pens&#233;e gay est apparu auparavant chez Olesen, cela m'a &#233;chapp&#233;.) Le tableau &#8211; un pastiche tr&#232;s sommaire ou d&#233;grad&#233; de Fautrier &#8211; porte les inscriptions suivantes : &#171; PLASTICITY/ LEO BERSANI ??? / THE ANTI-SOCIAL... &#187; Nous sommes visiblement invit&#233;s &#224; questionner la &lt;i&gt;fantasy&lt;/i&gt; suivante, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; commune &#224; l'artiste et &#224; l'auteur : celle d'une &#171; plasticit&#233; &#187; subjective fond&#233;e non pas sur la reconnaissance de l'alt&#233;rit&#233; mais sur une mat&#233;riologie extatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Annie Le Brun, &lt;i&gt;Soudain un bloc d'ab&#238;me, Sade&lt;/i&gt;, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1986, chap. vii, &#171; La m&#233;canique dans le boudoir &#187;, p. 235-270.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Guy Rosolato, &#171; L'expulsion &#187; (1976), dans &lt;i&gt;La Relation d'inconnu&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Connaissance de l'inconscient &#187;, 1978, p. 131-142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'exposition de Cologne, voir le site de la galerie Buchholz : &lt;a href=&#034;https://www.galeriebuchholz.de/exhibitions/henrik-olesen-koln-2020/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.galeriebuchholz.de/exhibitions/henrik-olesen-koln-2020/&lt;/a&gt;. Je pars voir la derni&#232;re exposition de l'artiste, &#224; Bruxelles, au moment o&#249; je dois terminer ce texte. Il semble qu'elle en confirme les th&#232;ses principales, sur la copie et la mystique. Voir le site de D&#233;pendance : &lt;a href=&#034;http://www.dependance.be/current/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dependance.be/current/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Mallarm&#233;, lettre &#224; Eug&#232;ne Lef&#233;bure du 27 mai 1867, dans &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, &#233;d. Bertrand Marchal, t. I, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, 1998, p. 720-721.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Fran&#231;ois Chevrier, &lt;i&gt;&#338;uvre et activit&#233;. La question de l'art&lt;/i&gt;, Paris, L'Arachn&#233;en, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il en irait de la politique gay comme du drame artaudien selon Guy Rosolato : &#171; Au moment de sortir on se retrouve dedans ; et inversement quand on est sur le point de rentrer, on passe au-dehors. &#187; (G. Rosolato, &#171; L'expulsion &#187;, dans &lt;i&gt;La Relation d'inconnu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 135.) &#192; rapprocher, par exemple, du rapide &#233;tat des lieux fait dans le texte de pr&#233;sentation de l'exposition &lt;i&gt;Oh Girl, It's a Boy !&lt;/i&gt; (Kunstverein de Munich, 2007), dont Henrik Olesen fut l'un des commissaires : &lt;a href=&#034;https://www.kunstverein-muenchen.de/en/program/exhibitions/past/2007/oh-girl-its-a-boy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.kunstverein-muenchen.de/en/program/exhibitions/past/2007/oh-girl-its-a-boy&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le vide de verre &#187; est le titre d'un po&#232;me de Roger Gilbert-Lecomte (repris dans &lt;i&gt;La Vie, l'Amour, la Mort, le Vide et le Vent et autres textes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Po&#233;sie &#187;, 2015, p. 83). Sur ce motif, voir aussi, par exemple, &#171; Chant de mort Cristal d'ouragan &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 97).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai d&#233;crit plus pr&#233;cis&#233;ment ces bo&#238;tes en 2016 (voir note 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'artiste cite &#224; plusieurs reprises la phrase suivante, tir&#233;e en fait d'un livre anglais d'introduction &#224; la lecture de Lacan : &#171; &lt;i&gt;The &lt;/i&gt;ego&lt;i&gt; is thus always an &lt;/i&gt;inauthentic agency&lt;i&gt;, functioning to conceal a disturbing lack of unity. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'appuie ici sur les formulations de Judith Butler dans &#171; Le phallus lesbien et l'imaginaire morphologique &#187;, &lt;i&gt;Ces corps qui comptent. De la mat&#233;rialit&#233; et des limites discursives du &#171; sexe &#187;&lt;/i&gt;, trad. Charlotte Nordmann, Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2018, p. 95-143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette ambigu&#239;t&#233; se r&#233;duit peut-&#234;tre si, comme Chevrier (&lt;i&gt;Formes biographiques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 207-212), on rapporte l'&#339;uvre d'Olesen &#224; l'id&#233;e chez Robert Musil d'&#171; amorphisme humain &#187;. Musil associe le &#171; dixi&#232;me caract&#232;re &#187; de l'homme &#224; &#171; l'imagination passive d'espaces non encore remplis &#187; ; il &#233;voque &#171; un espace invisible et vide dans lequel la r&#233;alit&#233; se dresse comme une petite ville de jeu de construction abandonn&#233;e par l'imagination &#187; (&lt;i&gt;L'Homme sans qualit&#233;s&lt;/i&gt; (1930), trad. Philippe Jaccottet, Paris, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, 2011, vol. I, p. 42-43). Les expositions r&#233;alis&#233;es par Olesen en 2018-2019, avec les &lt;i&gt;As Yet Untitled &lt;/i&gt;et les &lt;i&gt;Hand-painted Surfaces&lt;/i&gt;, illustrent parfaitement ces formules de Musil. Les r&#233;centes recherches du c&#244;t&#233; de l'Informel pictural (voir &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt; et note 29) confirment-elles l'axe &#171; amorphiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; Pouvoirs et strat&#233;gies &#187; (entretien avec Jacques Ranci&#232;re, 1977), dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, &#233;d. Daniel Defert et Fran&#231;ois Ewald, vol. II, Paris, Gallimard, coll. &#171; Quarto &#187;, 2001, p. 418-428, citations p. 424 et 425.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Lars Bang Larsen, &#171; On Striking and Body Making &#187;, dans &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;p. 14-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai bien une piste : le go&#251;t de l'artiste pour les &#171; menus &#187;. Voir la liste des &#171; quelques corps parmi lesquels choisir &#187;, dans &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt;, ou son travail de 2013 (expositions &lt;i&gt;Hysterical Men&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Walk&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;autour du sommaire de l'important num&#233;ro anthologique que la revue &lt;i&gt;Semiotext(e)&lt;/i&gt; consacra en 1981 &#224; la sexualit&#233; (&lt;i&gt;Polysexuality&lt;/i&gt;). Olesen n'est &#233;videmment pas le seul &#224; voir que la d&#233;fense lib&#233;rale du &#171; choix sexuel &#187; alimente le supermarch&#233; n&#233;olib&#233;ral des identit&#233;s, mais sa position &#8211; d'artiste &#8211; est l&#224; encore d'une int&#233;ressante ambigu&#239;t&#233;. Je l'&#233;tudierai dans un texte ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E-mail de l'artiste &#224; Lars Bang Larsen, cit&#233; par L. Bang Larsen, &#171; On Striking and Body Making &#187;, dans &lt;i&gt;How Do I Make Myself a Body ?&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 16. Je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'entends pas, &#233;videmment, &#171; identifier &#187; un ou des groupes parmi les franges anti-identitaires de la galaxie LGBT. Je m'adresse simplement &#224; ceux qui consid&#232;rent que la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle-bourgeoise n'a jamais v&#233;ritablement craint qu'une seule &#171; dissidence sexuelle &#187;, celle qui implique le prol&#233;tariat, et qu'aucune politique de visibilisation ne pourra jamais &#233;clairer le fond sexuel de la vie gay, &#224; savoir les pratiques non domestiques et transclasses. Je le fais parce que je suis curieux de voir comment les politiques du trou noir ou de l'angle mort vont d&#233;passer l'antimarxisme foucaldien, et parce que je pense qu'en effet les &#171; &#233;bauches de la sortie de la chambre &#187; (pour reprendre un intertitre d'&lt;i&gt;Igitur&lt;/i&gt; d&#233;tourn&#233; par Olesen) sont celles d'un contre-monde vivable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pornologie : le cuckolding </title>
		<link>https://trounoir.org/Pornologie-le-cuckolding</link>
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		<dc:date>2020-09-27T19:46:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une dyade dans la force &#224; l'assaut de la pornographie&lt;/p&gt;

-
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton69.jpg?1731403051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'aube commence &#224; poindre lorsque nous reprenons nos esprits. Revenant doucement au monde, notre engourdissement n'est pourtant qu'apparent. &#192; l'int&#233;rieur, le sang bouillonne, les id&#233;es sont fulgurantes. &#171; Faire quelque chose ensemble &#187; est le destin d'une telle rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un premier courriel &#233;nigmatique d'Astou Sow et Johann Kraus nous proposant des analyses sur la pornographie, nous voil&#224; maintenant &#224; discuter avec cette incroyable dyade de sexualit&#233;, de pornographie, d'images, de r&#233;f&#233;rences queers, de peaux, de couleurs, mati&#232;res et lumi&#232;res. De mises en sc&#232;ne aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en parlant porno, en s'explicitant leurs mani&#232;res d'arpenter les plateformes, en confrontant les choix de vid&#233;os avec les st&#233;r&#233;otypes de leurs fantasmes que la curiosit&#233; a pris des tournures d'enqu&#234;te. Et c'est avec cette m&#233;thode que nous parlerons toute la nuit durant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le porno nous a fourni toutes les images que nous voulions voir, au point que nous ne savons plus si nous les avons imagin&#233;es nous-m&#234;mes ou si c'est le porno qui les a fait na&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous convenons donc qu'ils s'attellent &#224; partager leurs r&#233;flexions et leurs id&#233;es sous la forme d'une chronique r&#233;guli&#232;re. &#192; chacune de leur publication seront associ&#233;s des outils destin&#233;s &#224; mieux comprendre le contenu des articles ou &#224; aller plus loin (bibliographie, lexique, r&#233;f&#233;rences&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier de leur constat est l'absence relative d'analyses pr&#233;cises sur l'image pornographique elle-m&#234;me. Le deuxi&#232;me est le r&#244;le du porno dans la construction des normes sexuelles. En effet, le porno est &#224; la fois un miroir de l'inconscient collectif, de la libido du social, et simultan&#233;ment une machine normative dont les actions sont g&#233;n&#233;r&#233;es par des &#233;tudes de march&#233; et des sch&#233;mas directeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le porno est un palliatif administr&#233; pour gu&#233;rir nos psychoses et soulager des refoulements issus de notre culture &#187;. Tel est le point de d&#233;part des pornologues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avertissement : Cet article contient des images &#224; caract&#232;re pornographique qui, bien que flout&#233;es, ne trompent pas leur monde.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CUCKOLDING&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph5dc9cb270cd05&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph5dc9cb270cd05&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La sc&#232;ne s'ouvre sur une femme blanche faisant une fellation &#224; un homme noir muni d'un &#233;norme sexe pendant que celui-ci lui murmure les sempiternelles phrases propres &#224; l'univers du porno : &#034;tu aimes &#231;a hein ?&#034; &#171; petite pute &#187; &#171; regarde comme elle suce bien &#187;, etc. Le genre de phrases prononc&#233;es comme dans un r&#234;ve, aussi absentes et automatiques que les gestes des acteurs. C'est le propre de la pornographie : le plaisir et les sentiments des personnages doivent pouvoir se r&#233;duire au langage corporel tel qu'il appara&#238;t &#224; la cam&#233;ra. Mais quelque chose se passe d'inhabituel, il y a comme un &#233;clair, quelque chose qui n'&#233;tait pas pr&#233;vu, et qui n'est pas encore si banal pour nous, consommateurs insatiables de &lt;a href=&#034;#nom_ancre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;gonzo&lt;/a&gt; : alors que les deux acteurs entament une bonne levrette, ils se font &#171; surprendre &#187; par un homme blanc qui sursaute (le jeu d'acteur laisse &#233;videmment &#224; d&#233;sirer). C'est le mari. Le visage d&#233;confit, il est petit, son dos est l&#233;g&#232;rement vo&#251;t&#233;, et il interroge sa femme sur ce qu'il se passe, comme si &#231;a n'&#233;tait pas &#233;vident. Elle se met alors &#224; lui expliquer qu'elle est en train de se faire prendre par un vrai homme, avec une grosse bite. Elle ordonne ensuite &#224; son mari de rester, et il lui ob&#233;ira sans discuter tout au long de la vid&#233;o. Le petit sexe du mari blanc sera finalement son mode d'int&#233;gration au &lt;a href=&#034;#threesome&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;threesome&lt;/a&gt; et il finira, malgr&#233; les moqueries de sa femme et de l'amant, par prendre du plaisir dans la soumission et dans la comparaison.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des vid&#233;os comme celle-ci, il y en a des centaines sur les plateformes de porno en ligne, toujours avec les m&#234;mes personnages : le mari tromp&#233;, sa femme et un amant. Nous voil&#224; face &#224; ce qui est pour nous, pornologues d&#233;butants, une nouveaut&#233; dans cet univers : le &lt;a href=&#034;#nom_cuckolding&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Et malgr&#233; toutes les variations possibles, ce qu'il y a d'&#233;tonnant, c'est la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes personnages, du m&#234;me sc&#233;nario, du m&#234;me langage corporel. Plus le spectacle est grossier, plus il est cens&#233; exciter l'&lt;a href=&#034;#utilisateur&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;utilisateur&lt;/a&gt; et lui donner envie de voir ce qui va se passer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra facilement que ce qui est mis en sc&#232;ne, c'est un imaginaire sexuel commun form&#233; de d&#233;sirs contradictoires jouant sur les normes, les contraintes, la domination des corps. C'est pourquoi, dans le cadre d'une d&#233;marche strictement analytique, le &lt;a href=&#034;#nom_cuckolding&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; fait bien mieux que l'&#339;uvre controvers&#233;e de Mapplethorpe, mieux que les mannequins noirs ou albinos de chez Vogue, mieux qu'une pub du Cr&#233;dit Mutuel montrant une famille exemplaire avec les cl&#233;s de leur maison et mieux qu'un livre de Franz Fanon : l'homme blanc se branle sur des vid&#233;os o&#249; il imagine sa femme baiser avec un homme blanc avec plus d'argent que lui, ou bien un homme noir avec une plus grosse bite. Du g&#233;nie. Voil&#224; ce qu'il reste de la famille traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation du genre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, ou candaulisme, en fran&#231;ais est une pratique consistant pour un homme mari&#233; &#224; regarder sa conjointe faire l'amour avec un autre homme. Attention : l'infid&#233;lit&#233;, th&#232;me si prolifique pour les pornographes, ne se r&#233;duit pas au &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;. On ne parlera pas ici d'une femme qui regarde son mari coucher avec sa secr&#233;taire ou avec une &#233;tudiante, ni d'un couple h&#233;t&#233;rosexuel s'accordant une petite curiosit&#233; &lt;i&gt;gay-friendly&lt;/i&gt;, ou encore d'un couple homosexuel dont l'un des partenaires assouvit son fantasme h&#233;t&#233;rosexuel sous les yeux de son amoureux(se)... Sur tous les forums, sur toutes les plateformes de&lt;i&gt; streaming &lt;/i&gt; et dans tous les studios de production, l'entr&#233;e &#171; &lt;i&gt; cuckolding &lt;/i&gt; &#187; correspond de mani&#232;re sp&#233;cifique &#224; la mise en sc&#232;ne de la tromperie d'une femme (&lt;i&gt;shared wife&lt;/i&gt;) en pr&#233;sence de son mari &lt;i&gt;(&lt;a href=&#034;#nom_cuckolding&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;cuck&lt;/a&gt; ou hubby&lt;/i&gt;), et comme on le constate d&#233;j&#224;, l'aspect marital a une grande importance dans cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/3.cleaned-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/3.cleaned-2.jpg?1731402999' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc d&#233;finir le &lt;i&gt;cuckolding &lt;/i&gt; comme une infid&#233;lit&#233; pour ainsi dire rituelle, encadr&#233;e et simul&#233;e. La pratique est loin d'&#234;tre une innovation, et la pornographie dans sa forme num&#233;rique actuelle est loin d'en avoir invent&#233; les personnages. Chaque fois, le mari partage sa femme et c'est toujours lui qui, en quelque sorte, d&#233;finit les termes et pose les limites. Mais c'est avant tout une cat&#233;gorie porno &#224; suspense : le mari doit-il surprendre les amants, ou doit-il participer au rendez-vous activement ? Est-il excit&#233; ou r&#233;volt&#233; ? Va-t-il se masturber ou claquer la porte pour finalement espionner ? Va-t-il participer aux &#233;bats ? Quelle est la couleur de peau de l'amant ? Quel est le point de vue de la cam&#233;ra, &lt;a href=&#034;#nom_ancre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;POV&lt;/a&gt;, webcam, cam&#233;ra HD ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans beaucoup de vid&#233;os de candaulisme, l'amant est noir. Dans ces vid&#233;os, comme dans d'autres cat&#233;gories pornographiques comme &#171; BBC &#187; (&lt;i&gt;Big Black Cock&lt;/i&gt;) ou &#171; interracial &#187; (vid&#233;os mettant en sc&#232;ne la plupart du temps un homme noir et une femme blanche) l'homme noir est hypersexualis&#233;, dot&#233; d'un sexe immense, toujours en &#233;rection. Il incarne l'image de l'alt&#233;rit&#233; et de la virilit&#233;. Nous verrons qu'il n'est pas anodin que cette position d'amant soit fr&#233;quemment tenue par un homme noir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du porno professionnel...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les studios de production, comme souvent, ont tendance &#224; r&#233;p&#233;ter le m&#234;me sc&#233;nario et nous permettent de bien cerner les diff&#233;rents personnages. Car oui, le cocu est un personnage : celui du quadrag&#233;naire mari&#233; un peu grassouillet, indolent, trop absorb&#233; par son travail et incapable de satisfaire son &#233;pouse. Il ma&#238;trise sa jalousie, mais son humiliation doit pouvoir se lire sur son visage. Les sc&#232;nes sont g&#233;n&#233;ralement tourn&#233;es dans la demeure du couple qui est assez luxueuse. Le r&#244;le assign&#233; au mari tromp&#233; est donc de rapporter l'argent &#224; la maison pendant que sa femme inconstante s'envoie en l'air apr&#232;s avoir fini de faire le m&#233;nage ou de s'occuper des enfants. Encore une fois, il n'y a pas besoin d'un bon jeu d'acteur pour la mise en situation, car l'artificialit&#233; est la condition d'entr&#233;e dans le domaine du fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la narration, les films pornographiques acqui&#232;rent une capacit&#233; &#224; &#233;tablir un discours plus perfectionn&#233; et plus profond que celui des &lt;a href=&#034;#nom_amateur&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;productions amateures&lt;/a&gt;. Le sc&#233;nario n'est qu'une articulation accessoire, presque ironique, un vulgaire support &#224; la masturbation. L'&#233;clairage et la qualit&#233; de la cam&#233;ra donnent une image en haute d&#233;finition qui permet une pr&#233;cision visuelle et un rendu &lt;i&gt;kitsch&lt;/i&gt; qui contribuent &#224; cr&#233;er une atmosph&#232;re onirique. En pornographie, le regard de l'&lt;a href=&#034;#utilisateur&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;utilisateur&lt;/a&gt; n'est ni critique ni esth&#233;tique, il est purement sexuel. C'est pourquoi les studios chercheront toujours la plus grande simplicit&#233; possible, pour les gros plans comme pour les dialogues.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/6.cleaned-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/6.cleaned-3.jpg?1731403005' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'acteur qu'on voit sur l'illustration ci-dessus se nomme Jimmy Broadway, star incontest&#233;e du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;. Il a tourn&#233; plus de 400 films dans ce r&#244;le. Ci-apr&#232;s, nous avons Marcelo, autre sp&#233;cialiste du genre dont nous avons crois&#233; la route sur toutes les plateformes. Ils concentrent &#224; eux deux tous les aspects du &lt;i&gt;cuck&lt;/i&gt;. Le premier est un p&#232;re de famille bien portant, ais&#233;. L'autre est un homme &#224; l'air na&#239;f ou b&#234;ta, au physique ingrat, plus esclave que le premier, bien que nos deux acteurs soient polyvalents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn2.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn2.cleaned.jpg?1731403029' width='500' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; aux productions amateur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a les films&lt;i&gt; gonzo&lt;/i&gt; &#224; la premi&#232;re personne dans lesquels de vrais couples pratiquent le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; avec l'ami du cameraman ou le cameraman lui-m&#234;me (bonjour Jacquie et Michel) et o&#249; l'utilisateur peut encore s'identifier au mari tromp&#233;. Et il y a les productions qu'on pourrait appeler domestiques, celles qui sont film&#233;es en POV dans une chambre d'h&#244;tel assez cheap, souvent par le mari qu'on peut occasionnellement voir se masturber. La cam&#233;ra bouge beaucoup plus, les&lt;i&gt; cuts&lt;/i&gt; sont moins nombreux, les plans g&#233;n&#233;ralement plus larges, l'&#233;clairage plus sombre. Un classique du genre consiste pour le mari &#224; filmer de derri&#232;re le missionnaire de sa femme et de l'amant. On a ainsi l'impression qu'il &#233;crase l'&#233;pouse de tout son poids. On ne voit plus le visage des protagonistes, mais seulement ce qui compte vraiment, c'est-&#224;-dire leur union au sens purement anatomique du terme : les jambes &#233;cart&#233;es de la femme et le sexe de l'inconnu qui vient la p&#233;n&#233;trer, ce qui est finalement la pr&#233;occupation principale du mari comme de l'utilisateur. Ce d&#233;pouillement visuel presque naturaliste n'aide pas &#224; l'identification des personnages, rouage pourtant essentiel des pratiques candaulistes. Le m&#233;canisme rel&#232;ve plus de la projection et de l'immersion dans une situation r&#233;aliste, que l'utilisateur r&#234;verait de voir se r&#233;aliser ou m&#234;me qu'il a d&#233;j&#224; v&#233;cue lui-m&#234;me (le candaulisme &#233;tant une pratique largement r&#233;pandue dans les milieux libertins).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le drame candauliste et l'esth&#233;tique du &lt;i&gt;threesome&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On a donc d'un c&#244;t&#233; des vid&#233;os amateur minimalistes qui mettent en sc&#232;ne la bestialit&#233; de la femme et de l'amant, et de l'autre le mat&#233;riel fourni par les studios &#224; gros budget qui mettent l'accent sur le sc&#233;nario et l'implication &#233;motionnelle des protagonistes. Cette sentimentalit&#233;, rare en pornographie, fait du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; une cat&#233;gorie &#224; part, plus c&#233;r&#233;brale que les autres, digne d'une trag&#233;die romantique type &lt;i&gt;Eyes Wide Shut&lt;/i&gt; mais en plus exp&#233;ditif. Ce n'est pas pour rien que certaines vid&#233;os de &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; mettent en avant les baisers &#233;chang&#233;s entre la femme et l'amant. Et dans le titre des vid&#233;os, les mots &#034;&lt;i&gt;bull&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;friend&lt;/i&gt;&#034; ou &#034;&lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;&#034;, rattach&#233;s &#224; l'amant, peuvent tr&#232;s bien &#234;tre remplac&#233;s par &#034;&lt;i&gt;lover&lt;/i&gt;&#034; : cela suppose que le mari assiste aux &#233;bats entre sa femme et l'amant r&#233;gulier duquel elle est amoureuse. On voit ici que le texte, qu'il soit introduit directement dans la vid&#233;o pour contextualiser l'action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou bien qu'il se r&#233;duise &#224; un titre, &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; un &lt;a href=&#034;#tag&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;tag&lt;/a&gt;, est un support essentiel &#224; l'excitation. Le titre peut changer radicalement la mani&#232;re de regarder la vid&#233;o. On prend la vid&#233;o d'une blonde faisant l'amour avec un noir : si elle s'appelle &#171; &lt;i&gt; blond shared wife taking BBC &lt;/i&gt; &#187; (&#171; femme partag&#233;e prenant BBC) ou &#171; &lt;i&gt;interracial couple having fun in hotel room&lt;/i&gt; &#187; (couple interracial s'amusant dans une chambre d'h&#244;tel), l'utilisateur ne s'y plongera pas de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pornographie, la mise en sc&#232;ne du plan &#224; trois suppose souvent une in&#233;galit&#233; dans les rapports : il y a toujours l'un des trois qui est captur&#233; par les deux autres en suscitant leur d&#233;sir. Cette in&#233;galit&#233; est due au r&#244;le assign&#233; aux protagonistes, &#224; leur orientation sexuelle ou &#224; la composition du plan &#224; trois : deux hommes h&#233;t&#233;ro avec une femme h&#233;t&#233;ro, un couple &lt;i&gt;gay&lt;/i&gt; avec un bi curieux, etc. Le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; est une certaine architecture du plan &#224; trois, qui ne se base pas vraiment sur l'orientation sexuelle, mais sur l'implication sentimentale des personnages : ce n'est pas la femme qui est au centre, mais bien le mari. &#201;trangement, le fait qu'il soit trahi fait de lui le centre &#233;motionnel et sexuel de la mise en sc&#232;ne. Il y a d'ailleurs un contraste saisissant dans le fait que le visage et les expressions du cocu sont souvent mis en &#233;vidence, parfois m&#234;me en gros plan (voir la photo de Jimmy Broadway), tandis que le visage de l'amant n'est pas scrut&#233;, au contraire de son &#233;rection infaillible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le ambigu du mari comme spectateur passif et agent masochiste actif provoque, parall&#232;lement, un va-et-vient dans le r&#233;cit entre d&#233;tachement &#233;motionnel et recontextualisation sc&#233;naristique. L'&#233;rotique candauliste fonctionne gr&#226;ce &#224; cette bipolarit&#233; entre parcellisation f&#233;tichiste des corps puis recr&#233;ation hyperbolique des termes initiaux que sont le d&#233;sir f&#233;minin, le couple au sens institutionnel du terme, et les affects du mari. Pour que la &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; candauliste fonctionne, il faut que la femme manifeste le plus de plaisir possible dans la tromperie simul&#233;e. On ne s'&#233;tonnera donc pas que l'excitation du spectateur provienne bien plus d'une satisfaction &#224; voir le destin inexorable d'un couple (c'est-&#224;-dire l'adult&#232;re) se r&#233;aliser, plut&#244;t que d'une volont&#233; d'&#234;tre surpris par des rebondissements dans le sc&#233;nario.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, le candaulisme est une pratique libertine courante qui d&#233;borde le cadre de la pornographie. Pas besoin de verser dans la psychologie de bas &#233;tages pour comprendre que le candaulisme s'articule autour de l'excitation procur&#233;e par le d&#233;sir de voir son partenaire assumer une sexualit&#233; extra-conjugale. Le but &#233;tant de se montrer attentif au d&#233;sir de l'autre, de d&#233;construire l'exclusivit&#233; sexuelle ou encore surmonter les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la jalousie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;305&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/gerome_-_king_candaules.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/gerome_-_king_candaules.cleaned.jpg?1731403017' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Gyges espionnant la femme du roi Candaule avec l'accord de celui-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reine l'aper&#231;oit, apprend leur accord et se sent trahie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ira voir Gyges et lui ordonnera de tuer son mari, ou bien de se faire ex&#233;cuter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dernier choisit de tuer Candaule, de s'emparer du tr&#244;ne avant d'&#233;pouser la reine.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; beaucoup de vid&#233;os de &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; amateur ne sont que les &lt;i&gt;sextapes&lt;/i&gt; fournies par des libertins qui se filment dans les chambres d'h&#244;tel ou dans les clubs, on peut dire que la pornographie est loin d'avoir invent&#233; la chose. Elle n'en fournit pas moins le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; tous les maris cherchant &#224; anticiper la trag&#233;die &#224; laquelle se confronte le couple au fil du temps. Le drame candauliste, c'est l'incapacit&#233; &#224; se figurer le d&#233;sir de l'autre. C'est le fait que la passion &#233;ph&#233;m&#232;re d'un mariage laisse n&#233;cessairement place &#224; une routine, &#224; cette atmosph&#232;re lourde pr&#233;figurant l'orage. Le mari met donc tout en place pour pr&#233;voir cet orage afin de le ma&#238;triser, de s'en pr&#233;munir. Sans succ&#232;s. Tout cela se retourne contre lui. La mise en sc&#232;ne de l'adult&#232;re ne peut qu'&#233;chouer &#224; neutraliser le d&#233;sir f&#233;minin pens&#233; comme fondamentalement &#233;tranger et impr&#233;visible. D'o&#249; la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes sc&#232;nes, de m&#234;mes tentatives. La sph&#232;re virtuelle et utopique de la pornographie, repr&#233;sentant les d&#233;sirs du mari blanc, se heurte &#224; la r&#233;alit&#233; de la non-correspondance entre son d&#233;sir et celui de l'autre, &#224; savoir la femme, les autres hommes, les &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#339;il du mari blanc tromp&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.xhamster.com/videos/hubby-sharing-beautiful-blonde-wife-with-lucky-blac-man-pt-1-11421987&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.xhamster.com/videos/hubby-sharing-beautiful-blonde-wife-with-lucky-blac-man-pt-1-11421987&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'invention de la photographie, on revendique le caract&#232;re objectif de l'image captur&#233;e : elle reproduit ce qui est per&#231;u par nos yeux &#224; l'identique. Il est pourtant &#233;vident que selon le point de vue du photographe ou du cameraman, l'image est toujours un discours qui tente de se dissimuler. Linda Williams montre que dans cette conqu&#234;te du d&#233;sir visible, nous sommes amen&#233;s &#224; &#171; confesser &#187; notre d&#233;sir et &#224; en exag&#233;rer la manifestation tout en l'alignant sur le d&#233;sir d'autrui. Dans sa &#171; fr&#233;n&#233;sie du visible &#187; (&#171; &lt;i&gt;frenzy of the visible&lt;/i&gt; &#187;) la pornographie d&#233;termine la visibilit&#233; comme le crit&#232;re de validation scientifique fondamental calibr&#233; sur le sexe et l'orgasme masculin (Williams 1999).&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, le sexe et l'orgasme de la femme sont pornographiquement invisibles. Le &lt;i&gt;male gaze&lt;/i&gt; (regard masculin) qui parcourt le corps de la femme et de l'homme noir dans la vid&#233;o ci-dessus, se frustre de ne pas &#234;tre en capacit&#233; de les an&#233;antir rien qu'en les regardant. Le regard du mari est celui d'une attraction-r&#233;pulsion, d'un amour doubl&#233; de haine. Il croit d&#233;tenir la preuve d'une dissociation entre une ext&#233;riorit&#233; pudique et une nature profond&#233;ment perverse, animale de la femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;ficit de masculinit&#233; du &lt;i&gt;cuck&lt;/i&gt; est donc largement compens&#233; par la cam&#233;ra qu'il tient entre les mains et dont la trajectoire est, par d&#233;finition, rectiligne. Le regard se substitue au phallus et se focalise syst&#233;matiquement sur le sexe de la femme p&#233;n&#233;tr&#233; par celui de l'amant. Ce dernier appara&#238;t d'ailleurs en tant qu'objet plut&#244;t qu'en tant que personnage : il se r&#233;duit presque &#224; la bite qu'il fait entrer &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt; l'&#233;pouse, et qui lui permet de la convertir &#224; la perversion que lui pr&#234;te le mari. Cette perversion, c'est celle d'une jouissance bestiale, &#233;pur&#233;e de tout sentiment. C'est donc peu &#233;tonnant en un sens, que l'amant qui animalise l'&#233;pouse du mari soit si fr&#233;quemment un homme noir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn5.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn5.cleaned.jpg?1731403029' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Ken Moody, photographi&#233; par Robert Mapplethorpe
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;&#171; Les femmes ont pendant des si&#232;cles servi aux hommes de miroirs, elles poss&#233;daient le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
magique et d&#233;licieux de r&#233;fl&#233;chir une image de l'homme deux fois plus grande que nature. Sans ce pouvoir la terre serait probablement encore mar&#233;cage et jungle. [&#8230;] Les miroirs peuvent avoir de multiples visages dans les soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es ; ils sont en tout cas indispensables &#224; qui veut agir avec violence ou h&#233;ro&#239;sme. &#187;&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/Virginia Woolf, Une Chambre &#224; soi/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En associant le corps de la femme &#224; un miroir donnant &#224; l'homme la fiert&#233; vaniteuse qui le conforte dans ses actes de domination, Viriginia Woolf formule d&#233;j&#224;, &#224; sa mani&#232;re, le concept du &lt;i&gt;male gaze&lt;/i&gt; issu des &lt;i&gt;Porn Studies&lt;/i&gt;. Et elle nous aide &#224; comprendre comment, paradoxalement, le mari tromp&#233; &#224; la virilit&#233; bafou&#233;e est le v&#233;ritable dominateur de la sc&#232;ne. Son regard de &#171; civilis&#233; &#187; vient se poser sur l'&#233;pouse et sur l'homme noir pour les transformer en b&#234;tes sauvages. Il peut ainsi justifier la domination qu'il cherche &#224; exercer sur eux. Par la vid&#233;o, il obtient une preuve r&#233;manente de leur immoralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#171; when you go black, you never go back &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn6.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/porn6.cleaned.jpg?1731403029' width='500' height='700' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;punch line&lt;/i&gt; de Lil Wayne issue de &#171; &lt;i&gt;Knock out&lt;/i&gt; &#187;, titre sorti en 2010, est devenu un dicton populaire sur les r&#233;seaux sociaux et les forums. Le rap est d'ailleurs un &#233;l&#233;ment parmi d'autres de la pop culture o&#249; les fantasmes concernant la sexualit&#233; des hommes noirs sont cultiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie du porno reproduit et diffuse largement ces m&#234;mes Clich&#233;s en les exag&#233;rant. Il est frappant de constater que, m&#234;me derri&#232;re la cam&#233;ra, la sexualit&#233; des hommes noirs est fantasm&#233;e par des hommes blancs h&#233;t&#233;rosexuels. Elle constitue &#233;galement pour eux un complexe. Aurora Snow, ancienne &lt;i&gt;Porn Star&lt;/i&gt; raconte qu'un de ses copains de l'&#233;poque lui avait interdit de tourner avec des hommes noirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[/You do black guys ?! It was more of an accusation than a question. I didn't see the issue ; that was just another aspect of my job. If I wanted to keep dating him, I'd have to give up banging the black guys at work. I laughed so hard when he offered up this ridiculous ultimatum. It wasn't black and white&#8212;it was sex work. And he was clearly OK with that component [...] Calling him out on the discrimination was offensive, he said. He preferred to call it an &#8220;insecurity&#8221;, claiming a deep dark fear of never measuring up./]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;(Snow 2017&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tu le fais avec des noirs ? C'&#233;tait plus une accusation qu'une question. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ).&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attraction-r&#233;pulsion &#233;prouv&#233;e par les hommes blancs pour le sexe des noirs provient du d&#233;sir pr&#233;sum&#233; qu'en ont femmes. Les hommes accordent aux femmes cette instabilit&#233; qui les terrifie et qui va forc&#233;ment aboutir &#224; l'adult&#232;re. Ils leur attribuent donc un attrait pour les gros sexes, pour les sexes &#171; exotiques &#187;. Dans cette optique, toutes les femmes sont des &#171; putes &#224; n&#232;gre &#187; potentielles. Misogynie et racisme, dont Elsa Dorlin a montr&#233; l'intrication historique (Dorlin 2009)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elsa Dorlin que c'est une de ces &#034;crises de la rationalit&#233; dominante&#034;, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont ici indissociables. La th&#233;orie du grand remplacement est une formulation politique de ce complexe sexuel : la crainte de voir l'humanit&#233; toute enti&#232;re se m&#233;tisser, la peur de se confondre dans l'alt&#233;rit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos voire l'article de Tati-Gabrielle &#171; De Tricks au Grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la fascination des blancs pour la sexualit&#233; des noirs se nourrit d'un ensemble d'intentions et de caract&#232;res qui leur sont pr&#234;t&#233;s : la violence, la fourberie, l'instabilit&#233; affective comme sexuelle, voire la nymphomanie. Finalement, le mari accuse l'&#233;pouse et son &lt;i&gt;bull&lt;/i&gt; noir de la m&#234;me perversion, une perversion dont il cherche &#224; se d&#233;tacher en tant qu'homme &#171; civilis&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous vous renvoyons ici au travail d'Elsa Dorlin sur la connivence entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#233;galement ce qu'a montr&#233; r&#233;cemment le podcast d'Ilham Maad qui compile des messages audios de policiers &#224; Rouen sur un groupe &lt;i&gt;whatsapp&lt;/i&gt; dont voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[/&#171; De toute fa&#231;on les gonzesses ne veulent pas de mecs bien donc tant pis. Elles prennent le dalleux n&#232;gre qui les saute et puis qui les l&#226;che apr&#232;s, une fois qu'il a trouv&#233; mieux. Tant pis, tant pis pour elles, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? &#187;/]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;podcast d'Ilham Maad&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1.cleaned-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1.cleaned-2.jpg?1731402992' width='500' height='631' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ces propos sont tenus par des policiers n'est &#233;videmment pas &#224; n&#233;gliger : la pornographie s'est toujours nourrie des personnages en uniformes, qu'ils soient flics, pompiers ou m&#233;decins. L'uniforme repr&#233;sente une masculinit&#233; exacerb&#233;e dont l'autorit&#233; supporte mal d'&#234;tre contest&#233;e. Les policiers sont ici les gardiens d'un ordre h&#233;t&#233;ronorm&#233; et blanc. Ils perp&#233;tuent le mythe de la virilit&#233; noire en tant que sauvage et d&#233;linquante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. tous les sc&#233;narios de films pornos o&#249; les hommes noirs sont habill&#233;s en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypersexualisation du corps du noir n'est pas une pure cr&#233;ation cynique de la pornographie, elle habite nos imaginaires sexuels. Pour certains, c'est la colonisation qui a construit ce &#171; monstrueux pr&#233;jug&#233; visant &#224; rabaisser les Noirs au rang de b&#234;tes, dot&#233;es &#224; la place du cerveau, d'un p&#233;nis &#034; d&#233;mesur&#233;ment long &#034; &#187; (Bil&#233; 2005). Nous pensons plut&#244;t que dans la rencontre avec l'Autre, l'int&#233;r&#234;t et la fascination se m&#234;lent au d&#233;go&#251;t et au rejet. La sexualit&#233; est un endroit o&#249; l'on ne distingue pas clairement ces dimensions, comme l'ont si bien dit Alain Naze et Alain Brossat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Il y a toujours, dans la sexualit&#233;, une dimension du jeu, une tentation de se d&#233;sassigner et de chercher des lignes de fuite ou des passages &#224; la limite.Qu'elle se pr&#233;sente sur le mode de la s&#233;duction, de la provocation, de l'incitation, de la perversion &#8211; elle est indissociable de la production d'un trouble, elle joue avec la d&#233;sorientation, le d&#233;doublement.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;(Brossat et Naze 2019)&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est apparemment contradictoire d'&#233;rotiser l'homme noir, d'en faire un objet de d&#233;sir et de fantasme, corps viril par excellence, et de dire qu'il est inf&#233;rieur et qu'il faut l'&#233;liminer comme c'est le cas des policiers de Rouen et des supr&#233;macistes blancs. L'animalisation du corps des noirs est une des solutions trouv&#233;es par la pens&#233;e coloniale &#224; la crise de la virilit&#233; de l'homme blanc. Mais dans le domaine de la sexualit&#233;, nous avons besoin d'un autre niveau d'analyse. Dans la sexualit&#233;, les affects se m&#233;langent. Beaucoup de choses excitantes peuvent &#234;tre cat&#233;goris&#233;es comme racistes ou misogynes, ce trouble faisant osciller les &#233;motions entre un plaisir coupable et une haine jalouse. Il n'y a pour nous aucune incoh&#233;rence &#224; d&#233;tester ce que l'on d&#233;sire et c'est particuli&#232;rement flagrant dans le &lt;i&gt;cuckolding &lt;/i&gt; : on parle bien d'un mari qui s'excite de ce dont il a le plus peur &#224; savoir : l'&#233;tranger, l'adult&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Cuckolding&lt;/i&gt; et bisexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce toujours le mari qui est tromp&#233; ? Pourquoi les vid&#233;os dans lesquelles l'homme trompe sa femme ne sont-elles pas consid&#233;r&#233;es, &#224; proprement parler, comme du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; ? Et surtout, pourquoi sont-elles presque toujours doubl&#233;es d'une bisexualit&#233; f&#233;minine ouvrant sur un plan &#224; trois o&#249; l'amante, le mari et la femme finissent r&#233;concili&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que dans le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, loin d'&#234;tre r&#233;concili&#233; avec l'amant ou avec sa femme, le mari est g&#233;n&#233;ralement domin&#233;, voire humili&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que dans la mythologie pornographique, il n'y a pas de femmes cocues. Le personnage du cocu, c'est toujours le p&#232;re de famille blanc dont le contrat de mariage vaut pour titre de propri&#233;t&#233;. Le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, c'est le mythe de la masculinit&#233; trahie, et les &lt;i&gt;cucks&lt;/i&gt;, pris ensemble, forment la grande confr&#233;rie des maris l&#233;gitimes, construite en opposition &#224; une gent f&#233;minine indigne de confiance. Du point de vue masochiste, il s'apparente &#224; un rituel conservateur, une m&#233;thode de gouvernement et d'ordonnancement du f&#233;minin par l'association des maris tromp&#233;s : il n'est concevable de &#171; pr&#234;ter &#187; sa femme que si on la poss&#232;de et qu'on d&#233;cide pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;&#192; la Renaissance, les hommes n'ont pas peur d'&#234;tre cocus : le cocuage parle du compagnonnage, c'est-&#224;-dire d'un univers satur&#233; de masculinit&#233;. (&#8230;) Les hommes cultivent la nostalgie d'une identit&#233; sexuelle plus favorable &#224; l'amiti&#233; entre hommes, telle qu'elle existait encore au Moyen-Age. Ceci dans un contexte de forte misogynie et de m&#233;pris du mariage &#8211; car le mariage est tout sauf un lien d'homme &#224; homme. Montaigne distingue les &#171; amiti&#233;s communes &#187;, accessibles &#224; tous et &#224; toutes, et la &#171; parfaite amiti&#233; &#187;, que seuls les hommes peuvent &#233;prouver.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;(Daumas 2008)&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en regardant les productions du &lt;a href=&#034;#porno&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;porno &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; renvoie incontestablement &#224; un d&#233;ficit de masculinit&#233;, et non &#224; la complicit&#233; entre hommes d&#233;crite par Maurice Daumas. Il y a certes encore la survivance d'une communaut&#233; d'hommes respectables, mais &#224; la diff&#233;rence des rites orgiaques ou du compagnonnage, le fait d'&#234;tre cocu se fait toujours au d&#233;triment de la masculinit&#233;, de l'&#233;rection, de la f&#233;condit&#233;. Dans les films pornos, le mari peut occasionnellement participer aux &#233;bats, mais toujours en manifestant une moindre capacit&#233; sexuelle. Le bon compagnon des &#339;uvres paillardes et du folklore semble avoir disparu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/5.cleaned-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/5.cleaned-2.jpg?1731403004' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, la bisexualit&#233; masculine est &#233;tonnamment fr&#233;quente dans le candaulisme. Elle semble &#234;tre v&#233;cue comme une exploration h&#233;t&#233;rosexuelle de l'homosexualit&#233;, d&#233;pourvue de sentiments amoureux et de r&#233;elle attirance physique au profit du seul phallus, f&#233;tiche myst&#233;rieux marquant une similarit&#233; entre le mari et celui qui aurait d&#251; rester un &#233;tranger, un inconnu. Il est important pour nous de ne pas d&#233;valoriser cette sp&#233;cificit&#233; du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, &#224; savoir un certain penchant pour la bisexualit&#233; masculine, et une affinit&#233; graphique avec les pratiques qui y sont rattach&#233;es. &#192; tout moment, m&#234;me en dehors des vid&#233;os bi, un impr&#233;vu peut venir troubler l'amant et le mari : la femme qui les fait se toucher, une caresse involontaire entre les deux hommes, un &#171; &lt;i&gt; friendly fire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;tag d&#233;signant les vid&#233;os dans lesquelles un homme re&#231;oit involontairement le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&#8230; Bien s&#251;r, le discours reste st&#233;r&#233;otyp&#233; et relativement pauvre. Mais le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; constitue l'un des rares points d'entr&#233;e sur une homosexualit&#233; masculine encore visuellement choquante pour nombre d'utilisateurs masculins h&#233;t&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La surench&#232;re :&lt;i&gt; femdom, cum clean up, gang bang&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques &lt;i&gt;femdom&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contraction de l'anglais feminine domination &#8211; domination f&#233;minine&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; font partie int&#233;grante du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; tel qu'il est produit dans les studios de production, un peu moins dans le porno amateur. Souvent, dans le &lt;i&gt;script&lt;/i&gt;, la femme parle au mari afin de lui dire &#224; quel point la bite de son amant est plus grosse et plus raide que la sienne et &#224; quel point elle s'ennuie avec lui d'habitude. Le mari est fr&#233;quemment forc&#233; de l&#233;cher les pieds de sa femme pendant l'acte, de sucer l'amant &#224; contrec&#339;ur, parfois en &lt;a href=&#034;#gorge&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&lt;i&gt;deep throat&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gorge profonde en anglais. C'est aussi le nom d'une cat&#233;gorie.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle peut cracher sur son mari, lui donner des petites gifles ou le forcer &#224; l&#233;cher l'anus de son amant alors qu'elle se fait prendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_275 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L481xH269/2.cleaned-2-a0b3e.jpg?1765891494' width='481' height='269' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On retrouvera, occasionnellement, toute la sophistication SM avec les costumes en cuir, les laisses, les menottes, les talons aiguilles pouvant &#234;tre &#233;cras&#233;s sur le torse du mari. On ne s'&#233;tonnera pas que l'amant ne soit presque jamais affubl&#233; de costumes ni ne fasse preuve de sadisme : les accessoires se concentrent sur le mari et sur l'&#233;pouse sadique, l'amant n'&#233;tant gu&#232;re plus qu'un accessoire. L&#224; encore, r&#233;duit &#224; la vigueur de son &#233;rection, il n'est jamais au centre de l'image. Il parle tr&#232;s peu, mais agit beaucoup, vecteur finalement assez neutre d'une vengeance de l'&#233;pouse contre le couple traditionnel v&#233;cu comme une instance coercitive contre laquelle on se r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; &lt;a href=&#034;#cum&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&lt;i&gt;cum clean up&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187; est un d&#233;nouement assez fr&#233;quent de ces vid&#233;os rugueuses : l'amant &#233;jacule et le cocu doit &#171; nettoyer &#187; l'orifice de sa femme avec la langue, que ce soit pour son propre plaisir ou parce qu'il y est forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;La souillure n'est jamais un ph&#233;nom&#232;ne isol&#233;. Elle n'existe que par rapport &#224; l'ordonnance syst&#233;matique des id&#233;es. (&#8230;) Les notions de pollution n'ont de sens que dans le contexte d'une structure totale de la pens&#233;e dont la cl&#233; de vo&#251;te, les limites, les marges et les cheminements internes sont li&#233;s les uns aux autres par les rites de s&#233;paration.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt; (Douglas et De Heusch 1971) : 61&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple est alors &#171; pollu&#233; &#187;, souill&#233; par un sperme &#233;tranger, pouss&#233; dans ses derniers retranchements moraux. C'est un d&#233;lire apocalyptique, une d&#233;mence momentan&#233;e qui n'est autre qu'un renversement exaltant de l'ordre des choses, et qui pr&#233;c&#232;de &#233;videmment la restitution d'une domination normale et habituelle du mari. Les limites (ici l'infid&#233;lit&#233; et l'humiliation) pos&#233;es par tout syst&#232;me de gouvernement ou ordonnancement du r&#233;el (ici le couple) ne sont donc pas seulement des actes r&#233;pr&#233;hensibles et dangereux. En effet, on peut avoir des limites, toujours selon Douglas, une utilisation b&#233;n&#233;fique au maintien et au renforcement du syst&#232;me en crise. L'id&#233;e de souillure n'est donc pas &#224; identifier &#224; celle de d&#233;chet pur, mais &#224; son recyclage par le syst&#232;me qui l'incorpore, capacit&#233; &#224; ma&#238;triser l'&#233;nergie cr&#233;atrice du d&#233;sordre. Le sperme de l'amant ing&#233;r&#233; par le mari est donc &#224; la fois une mise en sc&#232;ne de l'outrance, du pire, du cauchemar, de l'insurrection et du soul&#232;vement, et &#224; la fois leur neutralisation, la limite des limites, le recyclage des id&#233;es nouvelles, la conversion de l'alt&#233;rit&#233; au m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;i&gt; gang bang&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme d&#233;signant une pratique sexuelle : trois hommes minimum sur une seule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ultime surench&#232;re du &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, est ambivalent. Il prolonge le fantasme h&#233;t&#233;ro d'imaginer la femme comme une b&#234;te de sexe qui n'a de sentiments que pour son mari, et qui pourrait coucher avec n'importe qui d&#232;s lors qu'il s'agit de ses pulsions sexuelles. Cependant, il est &#233;galement possible de consid&#233;rer le&lt;i&gt; gang bang&lt;/i&gt; comme la surench&#232;re de la souffrance inflig&#233;e au mari. Le plaisir du masochiste r&#233;side dans une d&#233;n&#233;gation, un surpassement d'une r&#233;alit&#233; maladive faite de refoulements et de petites l&#226;chet&#233;s. Ce n'est pas pour rien que les hommes conservateurs &#171; sont plus susceptibles de fantasmer sur le fait de partager leur femme &#187;, selon le titre d'un article fort instructif du Washingtonpost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le podcast de Ilham Maad, les flics de Rouen se pr&#233;parent clairement &#224; entrer en guerre avec leurs fusils pour une question qui commence dans leur slip. D'o&#249; l'urgence de notre c&#244;t&#233;, &#224; accorder de l'importance aux questions sexuelles. Il nous para&#238;t important de ne pas se r&#233;fugier dans un d&#233;go&#251;t de principe qui rendrait toute analyse pornographique impossible. La pornographie n'est pas &#224; rel&#233;guer dans le domaine de la d&#233;viance ou de l'intime ; elle produit un discours politique et un imaginaire sexuel coercitifs plus puissant que n'importe quel corps de gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous avons trouv&#233; que le &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt; &#233;tait un bon panorama de ce qui se fait en pornographie de nos jours : outre les m&#233;thodes de tournage qui sont &#224; la fois les plus d&#233;pouill&#233;es et les plus actuelles, on lui associe une grande vari&#233;t&#233; de &lt;i&gt;tags&lt;/i&gt; comme &#171; BBC &#187;, &#171; amateur &#187;, &#171; bisex &#187;, &#171; SM &#187;, &#171; femdom &#187;&#8230; Il y en a pour tous les go&#251;ts. D'autant plus que les trois personnages qui composent toutes les vid&#233;os de ce genre, &#224; savoir le mari, l'&#233;pouse et l'&#233;tranger, permettent de mettre en lumi&#232;re les implications politiques et sexuelles des images diffus&#233;es par les plateformes de porno en ligne. Du pain b&#233;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ficelles que nous avons essay&#233; de d&#233;m&#234;ler nous ont exclusivement amen&#233;s sur le terrain d'une pornographie grand public, celle qui est disponible gratuitement sur les plateformes. Bien que ces repr&#233;sentations ont un r&#233;el impact sur la constitution des imaginaires sexuels, cela ne doit nous faire oublier qu'il existe d'autres pornographies et d'autres repr&#233;sentations possibles des corps et de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pornographie a une grande part de responsabilit&#233; dans l'&#233;laboration d'un discours hostile &#224; la sexualit&#233; et dans l'&#233;laboration des r&#244;les sexuels assign&#233;s aux individus en fonction de leur identit&#233; : couleur de peau, genre, orientation sexuelle, niveau de richesse, &#226;ge, etc. Mais la pornographie n'est que l'aspect le plus vulgaire et le plus minimal de normes diffuses et omnipr&#233;sentes, que ce soit dans les romances et les films d'action sur Netflix, les jeux Playmobile, les pubs de parfum sur les arr&#234;ts de bus, les chansons &#224; la radio ou encore les livres, qu'il s'agisse d'un roman de gare ou d'un chef-d'&#339;uvre classique. Y a-t-il une grande diff&#233;rence entre les codes visuels du porno et le discours que les conservateurs de droite continuent &#224; tenir sur le mariage, la fid&#233;lit&#233; ou l'ins&#233;curit&#233; ? Finalement, ce que nous croyons avoir d&#233;couvert gr&#226;ce au &lt;i&gt;cuckolding&lt;/i&gt;, notre culture et notre environnement nous l'ont toujours martel&#233; : seul l'amour compte, la sexualit&#233; n'est que d&#233;sordre et consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Astou Sow et Johann Kraus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Berlant, Lauren, et Michael Warner. 2018. &#171; Sexe en public &#187;. &lt;i&gt;Questions de communication n&#176; 33&lt;/i&gt;(1):111&#8209;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bil&#233;, Serge. 2005.&lt;i&gt; La l&#233;gende du sexe surdimensionn&#233; des noirs&lt;/i&gt;. Monaco, France : Le Serpent &#224; plumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat, Alain, et Alain Naze. 2019. &lt;i&gt;Ordo sexualis : r&#233;flexions sur l'ordre (et le d&#233;sordre) sexuel&lt;/i&gt;. Paris, France : Eterotopia France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daumas, Maurice. 2008. &#171; Les rites festifs du mythe du cocuage &#224; la Renaissance &#187;. &lt;i&gt;Cahiers de la M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt; (77):111&#8209;20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze, Gilles, et Leopold von Sacher-Masoch. 1967. &lt;i&gt;Pr&#233;sentation de Sacher-Masoch : le froid et le cruel&lt;/i&gt;. Paris, France : Les &#233;ditions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dorlin, Elsa. 2009.&lt;i&gt; La matrice de la race g&#233;n&#233;alogie sexuelle et coloniale de la Nation fran&#231;aise&lt;/i&gt;. &#233;dit&#233; par J. W. Scott. Paris : #0, la D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas, Mary, et Luc De Heusch. 1971. &lt;i&gt;De la souillure : essai sur les notions de pollution et de tabou&lt;/i&gt;. Paris, France : Fran&#231;ois Maspero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault, Michel. 1976.&lt;i&gt; Histoire de la sexualit&#233;&lt;/i&gt;. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goulemot, Jean. 1991. &lt;i&gt;Ces livres qu'on ne lit que d'une main : lecture et lecteurs de livres pornographiques au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;. Aix-en-Provence, France : Alin&#233;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart, Lynda. 2003.&lt;i&gt; La performance sadomasochiste : entre corps et chair&lt;/i&gt;. Paris, France : EPEL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irigaray, Luce. 1974. &lt;i&gt;Speculum : de l'autre femme&lt;/i&gt;. Paris, France : &#201;d. de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leportois, Daphn&#233;e. 2016. &#171; Le cuckolding n'est pas une pratique sexuelle si moderne que &#231;a &#187;. &lt;i&gt;Slate.fr&lt;/i&gt;. Consult&#233; 22 juillet 2020 (&lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/131219/cuckolding-pratique-sexuelle-moderne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.slate.fr/story/131219/cuckolding-pratique-sexuelle-moderne&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maingueneau, Dominique. 2007. &lt;i&gt;La litt&#233;rature pornographique&lt;/i&gt;. Paris, France : Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sigel, Lisa. 2015. &#171; Quand l'obsc&#233;nit&#233; tombe entre de mauvaises mains &#187;. P. 197&#8209;224 in &lt;i&gt;Cultures pornographiques : anthologie des porn studies&lt;/i&gt;. Paris, France : &#201;ditions Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Snow, Aurora. 2017. &#171; The Real Reason Female Porn Stars Don't Shoot with Black Guys &#187;. &lt;i&gt;The Daily Beast&lt;/i&gt;. Consult&#233; 22 juillet 2020 (&lt;a href=&#034;https://www.thedailybeast.com/the-real-reason-female-porn-stars-dont-shoot-with-black-guys&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.thedailybeast.com/the-real-reason-female-porn-stars-dont-shoot-with-black-guys&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#246;r&#246;s, Florian, &#233;d. 2015.&lt;i&gt; Cultures pornographiques : anthologie des porn studies&lt;/i&gt;. Paris, France : &#201;ditions Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Williams, Linda. 1999. &lt;i&gt;Hard core : power, pleasure, and the &#171; frenzy of the visible &#187;&lt;/i&gt;. Berkeley, Etats-Unis d'Am&#233;rique : University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PETIT LEXIQUE DU PORNOLOGUE D&#201;BUTANT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMATEUR&lt;/strong&gt; &lt;a id=&#034;amateur&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; &#224; mettre en opposition au porno produit par des studios &#224; gros budget, m&#234;me si la distinction peut &#234;tre floue. D&#233;signe les productions non-professionnelles, qu'elles soient domestiques ou produites par des &#233;quipes de tournage aux faibles moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CLOSE UP&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; gros plan &#187; en fran&#231;ais. Technique de tournage qui, &#224; elle seule, suffirait presque &#224; d&#233;cr&#233;ter qu'une vid&#233;o est pornographique. Toute la pornographie est construite autour du gros plan qui focalise le regard sur la g&#233;nitalit&#233; des acteurs et qui r&#233;duit la sexualit&#233; aux sexes et aux orifices. Le gros plan bloque le regard, il le verrouille en coupant le corps en plusieurs partie, un peu comme des carcasses d'animaux. Prenons les films &#233;rotiques, et m&#234;me les films ayant des images de sexe explicite comme L'empire des sens de Nagisa &#332;shima : comme le &lt;i&gt;close up&lt;/i&gt; y est moins pr&#233;sent, la nature du regard est plus esth&#233;tique que sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CREAMPIE&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; tarte &#224; la cr&#232;me &#187; en fran&#231;ais. D&#233;signe une &#233;jaculation interne, anale ou vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CUCKOLDING&lt;/strong&gt; &lt;a id=&#034;cuckolding&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; le fait de mettre en sc&#232;ne la tromperie d'une &#233;pouse en pr&#233;sence de son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CUMKISS&lt;/strong&gt; - &#171; baiser au sperme &#187; en fran&#231;ais. Explicite, donc. Il peut s'agir d'un homme h&#233;t&#233;ro embrassant sa partenaire apr&#232;s une &#233;jaculation buccale, mais le plus souvent, le cumkiss est une sp&#233;cialit&#233; du plan &#224; trois ou du cuckolding.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CUMSHOT&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; &#233;jaculation &#187; en fran&#231;ais. Linda Williams la nomme quant &#224; elle le &#171; &lt;i&gt;money shot&lt;/i&gt; &#187;, peut-&#234;tre pour la rapprocher du &#171; &lt;i&gt;money time&lt;/i&gt; &#187;, &#224; savoir le moment o&#249; tout se joue, qui rapporte le plus. Car il faut savoir qu'il s'agit l&#224; d'une v&#233;ritable structure narrative et visuelle du porno. Bien souvent, l'&#233;jaculation marque la fin de la vid&#233;o, et sa destination est l'un des crit&#232;res principaux pour la classification des vid&#233;os. Dans la bouche, sur le visage, dans le cheveux, sur les seins, dans un verre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CUM SWAPPING&lt;/strong&gt; &lt;a id=&#034;cum&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; Le fait de l&#233;cher le sperme qui sort de l'anus ou du vagin du ou de la partenaire. On a aussi le &#171; &lt;i&gt;cum clean up &lt;/i&gt; &#187; qui consiste pour le mari &#224; &#171; nettoyer &#187; le vagin ou l'anus de sa femme apr&#232;s que celle-ci l'ait tromp&#233; avec un bel &#233;talon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEEP THROAT&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;gorge&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &#171; gorge profonde &#187; en fran&#231;ais,. C'est aussi le titre d'un film de Damiano qui a fait entrer la pornographie dans la pop culture par son succ&#232;s. Plus tard, l'actrice Linda Lovelace ayant jou&#233; le r&#244;le principal accusera le r&#233;alisateur de viol, ce qui relancera les d&#233;bats sur les conditions de travail d&#233;plorables des actrices pornographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FACE SITTING&lt;/strong&gt; &#8211; Le fait de s'asseoir sur le visage de son partenaire pour s'y frotter all&#232;grement. Pratique rattach&#233;e &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GONZO&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;gonzo&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; C'est d&#233;sormais le genre pornographique le plus r&#233;pandu. Il consiste en une absence de sc&#233;nario, si ce n'est une phrase introductive ou un dialogue tr&#232;s court pour introduire les personnages. Souvent film&#233; en &lt;i&gt; &lt;strong&gt;POV&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire en premi&#232;re personne, mais pas n&#233;cessairement. Au d&#233;part, le terme d&#233;signait surtout les vid&#233;os amateur, crades, avec des acteurs pervers aux colliers de barbe inqui&#233;tants. Mais vu le succ&#232;s de ce format, m&#234;me les studios ont d&#251; s'adapter et il constitue d&#233;sormais la forme la plus r&#233;pandue de porno en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HQ&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;High Quality&lt;/i&gt;, &#171; HD &#187; en fran&#231;ais HD (Haute D&#233;finition). Enjeu important pour les plateformes de streaming que celui de la HQ puisque ce type de vid&#233;o est habituellement r&#233;serv&#233; aux utilisateurs premium. Toutefois, on en trouve beaucoup gratuitement m&#234;me si c'est souvent les m&#234;mes vid&#233;os qui reviennent. L'image est caract&#233;ris&#233;e par un sentimentalisme, un rendu finalement assez kitsch et des acteurs aux physiques de r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MMF&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Male, Male, Female&lt;/i&gt; (homme, femme, femme), utilis&#233; pour pr&#233;ciser la composition d'un&lt;i&gt; &lt;strong&gt;threesome&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; (plan &#224; trois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PORNO CHIC&lt;/strong&gt; &#8211; Porno g&#233;n&#233;ralement tourn&#233; en HD, souvent aseptis&#233;, bas&#233; sur l'affection et le respect mutuels des acteurs. Le &#171; porno f&#233;minin &#187; est une cat&#233;gorie courante du porno chic, qui semble supposer que le d&#233;sir f&#233;minin ne peut exister que dans une sexualit&#233; &#224; l'eau de rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PORNO MAINSTREAM&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;porno&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; Porno grand public, celui qui jouit de la plus grande diffusion, celui qui est consomm&#233; le plus massivement et celui qui a le plus d'influence sur l'imaginaire sexuel humain. D&#233;signe aussi bien les productions professionnelles, qu'amateur, h&#233;t&#233;rosexuelles ou homosexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POST PORN&lt;/strong&gt; &#8211; ou porno alternatif, ou porno militant. D&#233;finition compliqu&#233;e &#224; fournir car il d&#233;signe une grande pluralit&#233; d'approches et de pratiques, pouvant n&#233;anmoins se rejoindre dans le rejet de la sexualit&#233; telle que pr&#233;sent&#233;e par le &lt;strong&gt;porno &lt;i&gt;mainstream&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;. Il y a du post-porn lesbien, gay, queer, h&#233;t&#233;ro, trans, BDSM...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POV&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;pov&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; Point of View, qu'il faut traduire en fran&#231;ais par &#171; vid&#233;o &#224; premi&#232;re personne &#187;. M&#233;thode de tournage o&#249; l'acteur tient la cam&#233;ra. &#201;videmment, celui qui tient la cam&#233;ra est presque toujours un homme. Le POV est omnipr&#233;sent dans le porno h&#233;t&#233;ro, un peu moins dans le porno lesbien ou gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RIMJOB&lt;/strong&gt; &#8211; annulingus administr&#233; sp&#233;cifiquement &#224; un homme par une femme, g&#233;n&#233;ralement lors d'un handjob ou d'une fellation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TAG&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;tag&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; M&#233;thode d'agr&#233;gation des donn&#233;es pornographiques qui a succ&#233;d&#233; aux moteurs de recherche classique et au syst&#232;me surann&#233; des fameuses cat&#233;gories pornographiques. Les utilisateurs taguent les vid&#233;os qu'ils postent pour que les autres internautes puissent les retrouver en entrant les sp&#233;cificit&#233;s ainsi soulign&#233;es dans le moteur de recherche. Cette m&#233;thode d'agr&#233;gation des donn&#233;es a des cons&#233;quences directes sur la localisation des fantasmes de l'utilisateur et influence directement la production amateur qui cherchera &#224; produire des vid&#233;os en fonction des tags les plus recherch&#233;s et les plus fr&#233;quemment combin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;THREESOME&lt;/strong&gt; - &#171; plan &#224; trois &#187;, en fran&#231;ais.&lt;a id=&#034;threesome&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TUBE&lt;/strong&gt; &#8211; m&#233;thode d'agr&#233;gation des donn&#233;es consistant en un syst&#232;me de cha&#238;nes, entretenues par les utilisateurs eux-m&#234;mes. Le mot compose souvent t les noms des plateformes de porno en ligne. Cette forme de distribution num&#233;rique se caract&#233;rise par une forte centralisation des vid&#233;os sur le serveur, par la diversit&#233; des contenus propos&#233;s : cela peut-&#234;tre un studio &#224; gros budget comme un amateur ou un site de porno ind&#233;pendant qui vient poster un extrait de vid&#233;o pour faire sa promo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UTILISATEUR&lt;/strong&gt;&lt;a id=&#034;utilisateur&#034;&gt;&lt;/a&gt; &#8211; Nous utilisons ce mot pour d&#233;signer celle ou celui qui regarde un contenu pornographique. Nous avons choisi le terme &#171; utilisateur &#187; plut&#244;t que &#171; consommateur &#187; ou &#171; spectateur &#187;, afin de mettre en avant la nature proprement sexuelle du regard. La pornographie est un support &#224; la masturbation et non pas une &#339;uvre d'art, bien que ces crit&#232;res soient tr&#232;s relatifs aux &#233;poques du mat&#233;riel et/ou du visionnage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph5b7d65b5478a0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph5b7d65b5478a0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Tu le fais avec des noirs ? C'&#233;tait plus une accusation qu'une question. Je ne voyais pas le probl&#232;me ; c'&#233;tait juste un autre aspect de mon travail. Si je voulais continuer de le voir, je devais arr&#234;ter de coucher avec des mecs noirs au travail. J'ai ri si fort quand il m'a lanc&#233; cet ultimatum ridicule. Ce n'&#233;tait pas une question de noir ou blanc, c'&#233;tait une question de travail. Et l&#224;-dessus, il &#233;tait clairement OK avec &#231;a. Il disait que l'accuser de racisme &#233;tait offensant. Il pr&#233;f&#233;rait appeler &#231;a &#171; ins&#233;curit&#233; &#187;, en pr&#233;textant une peur de ne jamais &#234;tre &#224; la hauteur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elsa Dorlin que c'est une de ces &#034;crises de la rationalit&#233; dominante&#034;, une de ces incoh&#233;rences qui ont donn&#233; du fil &#224; retordre &#224; l'&#233;laboration d'une pens&#233;e sexiste et racialiste (Dorlin 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos voire l'article de Tati-Gabrielle &#171; De Tricks au Grand Remplacement : politique et homosexualit&#233; chez Renaud Camus &#187; sur le site trounoir.org qui montre bien la continuit&#233; entre sexualit&#233; et th&#233;orie politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous vous renvoyons ici au travail d'Elsa Dorlin sur la connivence entre misogynie et racisme. Dorlin, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. tous les sc&#233;narios de films pornos o&#249; les hommes noirs sont habill&#233;s en cambrioleurs, en surv&#234;tements, etc.. &lt;a href=&#034;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph59641238d45be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=ph59641238d45be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.xvideos.com/video53618121/elle_surprend_son_mari_en_train_de_baiser_avec_la_femme_de_chambre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.xvideos.com/video53618121/elle_surprend_son_mari_en_train_de_baiser_avec_la_femme_de_chambre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;tag&lt;/i&gt; d&#233;signant les vid&#233;os dans lesquelles un homme re&#231;oit involontairement le sperme d'un autre homme, g&#233;n&#233;ralement lors d'un plan &#224; trois&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contraction de l'anglais &lt;i&gt;feminine domination&lt;/i&gt; &#8211; domination f&#233;minine&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gorge profonde en anglais. C'est aussi le nom d'une cat&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Terme d&#233;signant une pratique sexuelle : trois hommes minimum sur une seule femme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.washingtonpost.com/outlook/2020/08/27/falwell-conservative-cuckold-fantasies/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.washingtonpost.com/outlook/2020/08/27/falwell-conservative-cuckold-fantasies/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gis&#232;le Halimi et le proc&#232;s Djamila Boupacha</title>
		<link>https://trounoir.org/Gisele-Halimi-et-le-proces-Djamila-Boupacha</link>
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		<dc:date>2020-09-27T19:46:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Viol</dc:subject>
		<dc:subject>Vanessa Codaccioni</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;(D&#233;)politisation du genre et des questions sexuelles dans un proc&#232;s politique en contexte colonial : le viol, le proc&#232;s et l'affaire Djamila Boupacha (1960-1962). &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Vanessa Codaccioni&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEPT-" rel="directory"&gt;SEPT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Viol-+" rel="tag"&gt;Viol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Vanessa-Codaccioni-+" rel="tag"&gt;Vanessa Codaccioni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton71.jpg?1731403051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gisele Halimi d&#233;c&#232;de le 28 juillet dernier &#224; Paris. Plut&#244;t que de brosser son portrait ou dresser la liste de ses nombreux engagements politiques, nous avons choisi de republier un texte de Vanessa Codaccioni &#224; propos de l'affaire Djamila Boupacha. En effet, ce texte explique les circonstances du proc&#232;s, mais &#233;galement sa m&#233;diatisation et la cr&#233;ation du comit&#233; &#034;Pour Djamila Boupacha&#034; par Gis&#232;le Halimi et Simone de Beauvoir. Le geste politique fondamental que r&#233;v&#232;le cette affaire est celui d'assumer un bras de fer avec une certaine France : la France coloniale, la France de la censure morale, la France des patriarches. En pleine guerre d'Alg&#233;rie, attaquer l'arm&#233;e pour sa pratique de la torture, d&#233;fendre des partisans de l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie (dont des membres du FLN), se battre pour &#233;viter la mort de sa cliente (mais &#233;galement contre la peine de mort), &#233;taient pour Gis&#232;le Halimi une vocation, une obligation. Le fil que tire ce proc&#232;s donne &#224; voir l'affrontement de mondes antagonistes trop souvent compris comme guerre id&#233;ologique. Se battre pour un monde d&#233;sirable, par sa pr&#233;sence, son corps et ses id&#233;es. Gis&#232;le halimi s'est toujours battue : au sein de sa famille pour obtenir son ind&#233;pendance, au sein d'une magistrature paternaliste et dans une soci&#233;t&#233; contrite de moralisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les enjeux du droit (entre contr&#244;le, normes et reconnaissance), de l'anticolonialisme et du f&#233;minisme sont, soixante ans plus tard, toujours aussi br&#251;lant. Puisse ce texte contribuer &#224; une meilleure perception de ces enjeux politiques tels qu'ils s'actualisent aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lien de c&#339;ur, une affection profonde qui a li&#233; Gis&#232;le Halimi et Djamila Boupacha, montrant que toute lutte n'est pas, en premier lieu, le fruit d'un d&#233;saccord, mais d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; que l'on fait grandir &#224; plusieurs, un monde habitable. Toute lutte tient &#224; &#231;a : il suffit d'une amiti&#233; pour abattre un empire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci &#224; Vanessa Codaccioni dont la pens&#233;e pr&#233;cieuse nous permet de mieux appr&#233;hender les enjeux politiques du pr&#233;sent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de Djamila Boupacha est le dernier grand proc&#232;s de la guerre d'Alg&#233;rie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article repose sur l'enqu&#234;te de terrain effectu&#233;e pour ma th&#232;se de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Arr&#234;t&#233;e dans la nuit du 10 au 11 f&#233;vrier 1960 avec son p&#232;re et son fr&#232;re, Djamila Boupacha est accus&#233;e d'avoir d&#233;pos&#233; un engin explosif &#224; la Brasserie de la Facult&#233; d'Alger en septembre 1959. La bombe, rep&#233;r&#233;e et d&#233;samorc&#233;e par les artificiers, n'a fait aucune victime. La jeune nationaliste compara&#238;t devant un juge d'instruction le 15 mars, avant d'&#234;tre inculp&#233;e d'association de malfaiteurs et de tentative d'homicide volontaire. Pour ce &#171; crime &#187;, la membre du Front de lib&#233;ration nationale (FLN) encourt la peine de mort. Mais, entre la date de son arrestation et sa comparution devant le juge, elle a &#233;t&#233; tortur&#233;e et viol&#233;e au centre de Hussein Dey, passant ainsi aux aveux. Intervient alors la jeune avocate Gis&#232;le Halimi qui rencontre sa cliente pour la premi&#232;re fois le 17 mai 1960 &#224; la prison de Barberousse. Alors que Djamila Boupacha relate les s&#233;vices corporels subis comme le supplice de l'&#233;lectricit&#233; et les br&#251;lures de cigarettes, elle finit par r&#233;v&#233;ler &#224; son avocate le viol que lui ont fait endurer les militaires en lui introduisant dans le vagin le manche d'une brosse &#224; dents puis le goulot d'une bouteille de bi&#232;re. D&#232;s lors, la strat&#233;gie de d&#233;fense mise en &#339;uvre par Gis&#232;le Halimi est de publiciser le viol de sa cliente, et ce dans un triple but : d&#233;montrer que ses aveux ont &#233;t&#233; extorqu&#233;s sous la torture et ainsi lui &#233;viter la condamnation &#224; mort, d&#233;noncer les violences physiques et sexuelles qu'elle a subies, et enfin faire punir les tortionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;c&#233;d&#233;e d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de la guerre par d'autres proc&#232;s coloniaux d'ampleur nationale, voire internationale, l'affaire Djamila Boupacha intervient dans un contexte plus favorable &#224; la d&#233;nonciation de la guerre et de la r&#233;pression politique. La disparition de Maurice Audin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Audin, communiste alg&#233;rien, est mort sous la torture en juin 1957.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout comme les nombreux cas de tortures et leur m&#233;diatisation, ont ouvert une fen&#234;tre &#171; d'opportunit&#233; discursive &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce concept renvoie &#224; l'ouverture des champs politique, m&#233;diatique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Koopmans, 1999 : 101) permettant la mise en accusation de l'&#201;tat colonial et la l&#233;gitimit&#233; de ses moyens d'actions. En outre, les cas de condamn&#233;es &#224; mort comme Jacqueline Guerroudj ou Djamila Bouhired&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Guerroudj et D. Bouhired sont deux des six femmes condamn&#233;es &#224; mort pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont r&#233;ussi &#224; imposer une lecture genr&#233;e des proc&#232;s politiques, exprim&#233;e dans la presse par la progressive reconnaissance de l'effectivit&#233; d'un militantisme f&#233;minin alg&#233;rien. Toutefois, si l'&#233;mergence de l'affaire Djamila Boupacha a &#233;t&#233; facilit&#233;e par des configurations de proc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'appelle &#171; configuration de proc&#232;s &#187; des proc&#233;dures qui se d&#233;roulent dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;existantes (proc&#232;s de la torture mettant en sc&#232;ne des nationalistes alg&#233;riens d&#233;fendus par des avocats anticolonialistes) et des mises en r&#233;cit d&#233;j&#224; instaur&#233;es (apparition sur la sc&#232;ne m&#233;diatique et dans les pr&#233;toires de figures f&#233;minines combattantes), cette affaire d&#233;tient la particularit&#233; d'&#234;tre le seul cas de viol m&#233;diatis&#233; de la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tentant de comprendre l'exceptionnalit&#233; de cet &#233;v&#233;nement judiciaire, on se demandera donc ici comment un proc&#232;s a pu, &#224; la faveur du travail de Gis&#232;le Halimi, devenir un proc&#232;s politique et s'inscrire en cela dans la s&#233;rie des &#171; grandes affaires &#187; de tortures de la guerre d'Alg&#233;rie. Mais il s'agira aussi de voir en quoi celui-ci innove par rapport aux autres proc&#232;s coloniaux de la p&#233;riode et d'observer plus pr&#233;cis&#233;ment la politisation in&#233;dite des questions sexuelles qui s'y fait jour. Pour autant comme nous le verrons, analyser le cas Djamila Boupacha comme un &#171; combat pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
cause des femmes &#187; comme l'&#233;crit l'historienne Lee Whitfield (1998) et donc comme une &#171; affaire sexuelle &#187; marqu&#233;e par le double registre du genre et de la sexualit&#233; (Fassin, 2002 : 23) ne va pas de soi. Delphine Naudier a bien montr&#233; comment cette mobilisation de femmes pour une femme devait &#234;tre comprise comme le premier jalon d'un militantisme f&#233;ministe encore balbutiant (Naudier, 2002 : 169). Reste &#224; savoir si la strat&#233;gie politico-judiciaire mise en &#339;uvre par Gis&#232;le Halimi peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une forme de &#171; &lt;i&gt;feminist lawyering&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de cause lawyering d&#233;signe les usages militants du droit qui sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce militantisme superposant d&#233;fense juridique d'un cas et d&#233;fense des droits des femmes. De plus, cette affaire, qui fut bien engag&#233;e contre des tortures et contre l'ensemble des modalit&#233;s de la r&#233;pression coloniale, pose la question de la place r&#233;elle des violences sexuelles dans le dispositif de la mobilisation. Elle incite alors &#224; interroger plus avant la prise en compte du viol comme s&#233;vice sp&#233;cifique, et plus particuli&#232;rement sa qualification/d&#233;finition dans les champs politique, m&#233;diatique et juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tentant de comprendre l'exceptionnalit&#233; de cet &#233;v&#233;nement judiciaire, on se demandera donc ici comment un proc&#232;s a pu, &#224; la faveur du travail de Gis&#232;le Halimi, devenir un proc&#232;s politique et s'inscrire en cela dans la s&#233;rie des &#171; grandes affaires &#187; de tortures de la guerre d'Alg&#233;rie. Mais il s'agira aussi de voir en quoi celui-ci innove par rapport aux autres proc&#232;s coloniaux de la p&#233;riode et d'observer plus pr&#233;cis&#233;ment la politisation in&#233;dite des questions sexuelles qui s'y fait jour. Pour autant comme nous le verrons, analyser le cas Djamila Boupacha comme un &#171; combat pour la cause des femmes &#187; comme l'&#233;crit l'historienne Lee Whitfield (1998) et donc comme une &#171; affaire sexuelle &#187; marqu&#233;e par le double registre du genre et de la sexualit&#233; (Fassin, 2002 : 23) ne va pas de soi. Delphine Naudier a bien montr&#233; comment cette mobilisation de femmes pour une femme devait &#234;tre comprise comme le premier jalon d'un militantisme f&#233;ministe encore balbutiant (Naudier, 2002 : 169). Reste &#224; savoir si la strat&#233;gie politico-judiciaire mise en &#339;uvre par Gis&#232;le Halimi peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une forme de &#171; feminist lawyering &#187; 6 , ce militantisme superposant d&#233;fense juridique d'un cas et d&#233;fense des droits des femmes. De plus, cette affaire, qui fut bien engag&#233;e contre des tortures et contre l'ensemble des modalit&#233;s de la r&#233;pression coloniale, pose la question de la place r&#233;elle des violences sexuelles dans le dispositif de la mobilisation. Elle incite alors &#224; interroger plus avant la prise en compte du viol comme s&#233;vice sp&#233;cifique, et plus particuli&#232;rement sa qualification/d&#233;finition dans les champs politique, m&#233;diatique et juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ces interrogations, articul&#233;es autour de la probl&#233;matique centrale de la politisation du genre dans le cadre d'un proc&#232;s colonial, nous reviendrons dans un premier temps sur la rencontre entre Gis&#232;le Halimi et sa cliente tant celle-ci permet de comprendre les conditions d'&#233;mergence du seul cas de viol m&#233;diatis&#233; de la guerre. Puis, par l'analyse du travail juridique et militant de l'avocate, seront particuli&#232;rement observ&#233;s les strat&#233;gies de publicisation de la cause de l'accus&#233;e et les r&#233;seaux mobilis&#233;s &#224; cet effet. Enfin, nous analyserons plus sp&#233;cifiquement les obstacles &#224; l'&#233;mergence d'une lecture sexuelle de l'&#233;v&#233;nement judiciaire &#224; travers laquelle cette forme de torture est lue et d&#233;nonc&#233;e non plus comme un acte de la r&#233;pression coloniale mais bien comme une violence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rencontre entre deux femmes marginales comme condition d'&#233;mergence de l'affaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les violences sexuelles furent une pratique courante pendant la guerre d'Alg&#233;rie, voire la &#171; torture de pr&#233;dilection inflig&#233;e aux femmes &#187; (Branche, 2002 : 127). R&#233;alis&#233;s parfois &#224; l'aide d'objets, souvent de bouteilles comme ce fut le cas pour Djamila, ces viols se d&#233;roulaient lors d'op&#233;rations militaires, de fouilles de femmes civiles ou lors d'interrogatoires des femmes de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale (ALN). Toutefois, alors que les s&#233;vices corporels &#233;taient en partie dicibles, tant de la part des tortionnaires qui les justifiaient pour lutter contre le terrorisme des &#171; fellaghas &#187;, que des victimes encourag&#233;es par les avocats anticolonialistes, le viol a fait l'objet d'un quadruple silence : celui des soldats/violeurs, celui de leurs sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques, celui des femmes/victimes et enfin celui des hommes alg&#233;riens qui, impuissants &#224; les prot&#233;ger, se sentent atteints dans leur honneur et leur autorit&#233; (Branche, 2002 : 129). Mais, pendant cette guerre s'ajoute aussi le silence des dirigeants nationalistes qui n'ont pas, contrairement &#224; d'autres conflits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce fut notamment le cas de la guerre civile d'Espagne o&#249; les franquistes ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;nonc&#233; syst&#233;matiquement ce type d'atrocit&#233;s pour stigmatiser l'ennemi. Ces multiples obstacles, franchis par la parole de l'accus&#233;e, nous permettent de comprendre l'exceptionnalit&#233; de cette affaire et d'en interroger l'&#233;mergence &#224; travers l'&#233;tude de la rencontre entre Gis&#232;le Halimi et sa cliente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire le viol, dans le cas de l'affaire Djamila Boupacha, est une n&#233;cessit&#233; car c'est la seule mani&#232;re de d&#233;montrer que les aveux, pass&#233;s sous la torture, n'ont aucune valeur juridique. Et, comme le souligne Gis&#232;le Halimi, Djamila fut la seule Alg&#233;rienne viol&#233;e qu'elle a d&#233;fendue &#224; accepter la publicisation des violences subies, les autres exigeant d'elle le secret. Lorsque nous interrogeons aujourd'hui l'avocate sur les raisons de cette r&#233;v&#233;lation mais aussi sur le choix de sa m&#233;diatisation, c'est par les liens &#233;motionnels cr&#233;&#233;s entre les deux femmes qu'elle explique cette exception :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Si l'on veut comprendre l'histoire Djamila Boupacha, il faut comprendre le lien qui s'est &#233;tabli entre nous deux. Moi, je crois qu'elle a &#233;t&#233; boulevers&#233;e de mon bouleversement. La premi&#232;re fois que je la vois, je vois les trous de cigarettes dans les seins, je vois dans le parloir de Barberousse &#224; Alger les traces de liens sur ses poignets, je vois qu'elle a une c&#244;te cass&#233;e, elle peut &#224; peine parler. J'ai d&#251; lui appara&#238;tre comme quelqu'un de tellement boulevers&#233;e que j'en devenais proche. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce lien se perp&#233;tue tout au long de la proc&#233;dure judiciaire, au gr&#233; des contacts entre les deux femmes et de l'engagement professionnel de l'avocate, mais aussi des relations qui se nouent entre les deux familles, celle de Djamila venant par exemple vivre chez Gis&#232;le Halimi au moment du proc&#232;s en m&#233;tropole. Cette dimension &#233;motionnelle est redoubl&#233;e par une unit&#233; de vue sur l'avenir de l'Alg&#233;rie, Gis&#232;le Halimi ayant affich&#233; dans et hors les pr&#233;toires son anticolonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, comprendre l'exceptionnalit&#233; de l'affaire n&#233;cessite de prendre en compte la trajectoire professionnelle et militante de Gis&#232;le Halimi qui, au moment de la guerre d'Alg&#233;rie, se sp&#233;cialise dans la cause anticoloniale. Lorsque d&#233;bute l'affaire Djamila Boupacha, Gis&#232;le Halimi a 33 ans. Avocate &#224; Tunis, puis inscrite au barreau de Paris en 1956, elle s'engage d&#232;s cette date pour d&#233;fendre les Alg&#233;rien&#183;ne&#183;s luttant pour l'ind&#233;pendance de leur pays. Du fait de son identit&#233; de femme et de ses pratiques professionnelles, elle se retrouve donc au moment du conflit dans une position doublement marginale : femme-avocate et avocate-militante de la cause des&lt;br class='autobr' /&gt;
colonis&#233;&#183;e&#183;s. En effet, rares furent les avocat&#183;e&#183;s qui particip&#232;rent au pont a&#233;rien entre Paris et Alger pour plaider des causes largement inaudibles et, bien souvent, perdues d'avance. Parmi ces professionnel&#183;le&#183;s de la justice se trouvent quelques avocates anticolonialistes qui parviennent &#224; faire co&#239;ncider carri&#232;re militante et professionnelle : les plus connues sont Ren&#233;e Plasson-Stibbe et Nicole Dreyfus, qui d&#233;fendirent en f&#233;vrier 1957, dans le cadre de la premi&#232;re affaire de &#171; terrorisme &#187; aveugle, les condamn&#233;es &#224; mort Baya Hocine et Djohar Akrour. Cependant, Gis&#232;le Halimi devient l'une des plus m&#233;diatis&#233;es car plaidant certains proc&#232;s retentissants comme celui de Bad&#232;che Ben Hamdi, lui aussi tortur&#233;, et pour lequel elle ne peut &#233;viter la condamnation &#224; mort, et surtout celui d'El Hallia en f&#233;vrier 1958 o&#249; quarante-quatre Alg&#233;riens sont accus&#233;s du massacre de trente-cinq Europ&#233;ens. Ces premiers proc&#232;s, lors desquels elle fut confront&#233;e aux attaques de la presse colonialiste et aux menaces de l'OAS, furent aussi ceux des premiers &#171; plaidoyers contre la torture &#187; (Halimi, 1988 : 177) et de la lutte contre les aveux extorqu&#233;s. Mais surtout, plaidant au sein du collectif d'avocats FLN connu pour ses positions en faveur de l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, ces proc&#232;s l'ancrent dans l'anticolonialisme. C'est donc bien l'avocate favorable &#224; l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne qui est contact&#233;e par le fr&#232;re de Djamila Boupacha, jeune nationaliste charg&#233;e au sein de l'ALN du transport des armes et de leur d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crite comme d&#233;sireuse de rompre avec l'enfermement des femmes musulmanes et l'emprise des &#171; fr&#232;res &#187; (Beauvoir et Halimi, 1962), Djamila Boupacha est une dactylographe de 22 ans qui appartient aux 2% de fidayates luttant pour l'ind&#233;pendance de leur pays. Ces femmes, pour qui l'espoir de l'ind&#233;pendance nationale se doublait souvent d'un espoir d'une ind&#233;pendance en tant que femmes (Bard, 2001 : 168), introduisent dans le combat une certaine &#233;galit&#233; homme/femme puisqu'elles manient les armes et c&#244;toient au quotidien des hommes de l'ALN. Leur action, qui s'inscrit ainsi dans &#171; le sillage des revendications f&#233;ministes &#187; (Sambron, 2007 : 6) et qui est exceptionnelle dans l'histoire alg&#233;rienne, est donc d'embl&#233;e caract&#233;ris&#233;e par la subversion de l'ordre &#233;tabli, et notamment par le franchissement de la fronti&#232;re traditionnelle entre l'espace public, r&#233;serv&#233; aux hommes, et l'espace priv&#233;, o&#249; sont confin&#233;es les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'affaire Boupacha est un cas judiciaire tout &#224; fait diff&#233;rent de ceux que l'avocate avait plaid&#233;s jusqu'alors. Si Gis&#232;le Halimi avait d&#233;j&#224; d&#233;fendu des femmes et avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; confront&#233;e aux exactions de l'arm&#233;e fran&#231;aise lors de pr&#233;c&#233;dents proc&#232;s coloniaux, elle n'avait jamais d&#233;fendu une jeune Alg&#233;rienne luttant pour l'ind&#233;pendance de son pays et acceptant la m&#233;diatisation des violences sexuelles subies. Ici, c'est donc bien cette configuration particuli&#232;re o&#249; chaque engagement de l'une rencontre les combats et les exp&#233;riences de l'autre (l'avocate et l'accus&#233;e, l'anticolonialiste et la combattante pour l'ind&#233;pendance de son pays, et enfin &#171; l'intellectuelle f&#233;ministe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le remarque Sylvie Chaperon, les intellectuelles qui, comme Gis&#232;le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la femme viol&#233;e), qui donne lieu &#224; la m&#233;diatisation de la seule affaire de viol de la guerre. Dans celle-ci, l'avocate peut mettre ses comp&#233;tences professionnelles au profit des deux causes qu'elle d&#233;crit aujourd'hui comme nourries depuis l'enfance : la cause anticoloniale et la cause des femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce r&#233;cit autobiographique se stabilise dans les ann&#233;es 1970 comme le montre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, Djamila Boupacha, elle repr&#233;sentait un peu toutes les causes que je d&#233;fendais &#224; la fois, nous dit-elle : l'int&#233;grit&#233; du corps de la femme, son respect, son ind&#233;pendance, son autonomie, son engagement politique, et la cause de l'anticolonialisme (...). Elle montrait comment le courage, l'endurance, l'engage- ment des femmes pouvait valoir et m&#234;me d&#233;passer celui des hommes dans des contextes difficiles, parce qu'elle &#233;tait musulmane, parce qu'elle &#233;tait croyante, parce qu'elle &#233;tait voil&#233;e, donc tout cela &#233;tait tr&#232;s important, mais aussi par le fait que les tortures qu'elle avait subies &#233;taient bien des tortures qui avaient pour but d'attaquer sa dignit&#233; de femme. Le viol n'&#233;tait pas la m&#234;me chose que les coups de b&#226;ton sur la plante des pieds. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Note de la p. 36.) Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait d'entretien r&#233;v&#232;le l'&#233;chelle de gravit&#233; des crimes construite par Gis&#232;le Halimi pour qui la violence sexuelle &#233;tait certes partie int&#233;grante de la panoplie des tortures inflig&#233;es aux nationalistes alg&#233;riens, mais qui n'en rev&#234;tait pas moins un caract&#232;re aggravant par sa sp&#233;cificit&#233;. Et c'est, bien s&#251;r, sur cette d&#233;nonciation des violences sexu&#233;es et sexuelles que l'avocate axe sa strat&#233;gie juridique et mobilise d'autres intellectuelles sur la base d'une solidarit&#233; f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la d&#233;fense politique &#224; la solidarit&#233; f&#233;minine des intellectuelles : le genre comme ressource dans le processus de politisation de l'&#233;v&#233;nement judiciaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle rencontre Djamila Boupacha, Gis&#232;le Halimi n'a qu'un seul objectif : &#233;viter &#224; sa cliente la peine capitale, prononc&#233;e deux &#224; trois cents fois pour les seules ann&#233;es 1955 et 1956 (Th&#233;nault, 2004 : 50). D&#232;s lors, d'avril 1960 &#224; avril 1962, elle m&#232;ne une activit&#233; juridique intense et quotidienne, v&#233;ritable &#171; guerre judiciaire &#187; (Verg&#232;s, 1968 : 184) &#224; l'encontre de la Justice et de l'Arm&#233;e. Dans un premier temps, au viol inflig&#233;e &#224; sa cliente, Gis&#232;le Halimi r&#233;pond par le d&#233;p&#244;t d'une plainte contre X en torture et s&#233;questration, seule possibilit&#233; juridique pour aboutir &#224; l'invalidation de ses aveux (Th&#233;nault et Branche, 2002 : 253). Puis, face aux diverses entraves au bon d&#233;roulement de la d&#233;fense (autorisations de s&#233;jour limit&#233;es, impossibilit&#233; de consulter les dossiers), elle demande le renvoi du proc&#232;s &#224; une date ult&#233;rieure, appliquant les pr&#233;ceptes de la &#171; bataille de proc&#233;dure &#187; (Benabdallah, 1961 : 53) pr&#233;conis&#233;e par les avocats anticolonialistes. Surtout, pour permettre la prise en compte de la nature sexuelle des tortures inflig&#233;es &#224; sa cliente et rompant en cela avec tous les autres proc&#232;s engag&#233;s depuis le d&#233;but du conflit, Gis&#232;le Halimi fait intervenir dans la proc&#233;dure un&#183;e nouvel&#183;le expert&#183;e, peu connu&#183;e des chroniques judiciaires et des d&#233;bats m&#233;diatiques : le/la gyn&#233;cologue. Sur sa requ&#234;te, cinq m&#233;decins sont d&#233;sign&#233;s le 21 juillet 1960 pour r&#233;aliser une contre-expertise m&#233;dicale : un dermatologue et quatre gyn&#233;cologues dont H&#233;l&#232;ne Michel-Wolfrom, &#233;galement psychosomaticienne, &#224; qui il est plus pr&#233;cis&#233;ment demand&#233; de r&#233;aliser un examen psychologique de la jeune femme dans le but de d&#233;terminer le traumatisme subi par les violences sexuelles et par la perte de virginit&#233;. Leur rapport final, dans lequel sont inscrites la possibilit&#233; et la vraisemblance du viol, est remis le 15 octobre 1960. &#171; Oui, Boupacha Djamila a pu subir l'introduction d'un goulot de bouteille dans le vagin &#187;, &#233;crivent-ils, les &#233;l&#233;ments en leur possession plaidant &#171; peut-&#234;tre en faveur d'une d&#233;floration traumatique &#187; (Beauvoir et Halimi, 1962 : 140). Enfin, devant le silence des tortionnaires et leur refus de fournir les photographies permettant d'identifier les coupables, Gis&#232;le Halimi d&#233;pose plainte contre le g&#233;n&#233;ral Ailleret, commandant sup&#233;rieur des forces arm&#233;es en Alg&#233;rie et Pierre Messmer, ministre des Arm&#233;es, et ce en application des articles 61 et 114 du Code de proc&#233;dure p&#233;nale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les deux hommes sont inculp&#233;s de &#171; forfaiture &#187;, d&#233;lit pr&#233;vu par l'article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; visant le recel de malfaiteurs et les actes attentatoires &#224; la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son c&#244;t&#233; inusuel et par l'importance des accus&#233;s dans la hi&#233;rarchie militaire, cette plainte entra&#238;ne de nombreux articles dans la presse et favorise la m&#233;diatisation du sort de sa cliente. Et c'est bien cette publicisation de l'affaire dans les journaux fran&#231;ais que recherche l'avocate, qui a en effet men&#233; parall&#232;lement &#224; cette strat&#233;gie juridique un combat militant hors du pr&#233;toire. Elle renoue ainsi avec la d&#233;fense politique dite &#171; classique &#187; qui fait du droit &#171; une arme politique &#187; au service d'une cause (Elbaz et Isra&#235;l, 2005 ; Isra&#235;l, 2009) et qui se caract&#233;rise ici par la superposition d'une d&#233;fense juridique et d'un engagement anticolonialiste, exprim&#233; en premier lieu par la d&#233;nonciation des tortures, la diffusion d'informations judiciaires et la publicisation du sort de l'accus&#233;e. Gis&#232;le Halimi multiplie alors les &#233;changes &#233;pistolaires (avec le pr&#233;sident de Gaulle ou Edmond Michelet, garde des sceaux) et rencontre de nombreuses personnalit&#233;s comme Daniel Mayer, pr&#233;sident de la Ligue des droits de l'homme, ou Pierre Vidal-Naquet du comit&#233; Maurice Audin. Elle saisit aussi la Commission de sauvegarde des droits et des libert&#233;s individuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autorit&#233; de contr&#244;le qui peut demander aux parquets des renseignements sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; laquelle elle demande &#171; &lt;i&gt;d'ouvrir une enqu&#234;te&lt;/i&gt; &#187; sur les circonstances dans lesquelles sa cliente, le p&#232;re et le fr&#232;re de celle-ci, ont &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;s. Elle rencontre enfin Fran&#231;ois Mauriac, catholique d&#233;j&#224; engag&#233; dans la cause anticolonialiste marocaine, et Simone de Beauvoir, qu'elle convainc d'&#233;crire un article dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, publi&#233; le 2 juin 1960 sous le titre &#171; Pour Djamila Boupacha &#187;. Dans ce dernier, l'intellectuelle relate la trag&#233;die de l'emprisonn&#233;e, et trace un parall&#232;le entre viol de la jeune femme, viol des droits de la d&#233;fense et viol des lois de la France.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le gouvernement atermoie, conclut-elle, c'est &#224; l'opinion de faire pression sur lui, d'exiger imp&#233;rieusement le renvoi du proc&#232;s de Djamila, l'aboutissement de l'enqu&#234;te qu'elle r&#233;clame, une s&#251;re protection pour sa famille et ses amis, et pour ses bourreaux les rigueurs de la loi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 2 juin 1960.&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette action commune entre Gis&#232;le Halimi et Simone de Beauvoir, et ce premier article, sign&#233; par l'auteure du&lt;i&gt; Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, sont le v&#233;ritable d&#233;clencheur du mouvement de solidarit&#233;, entra&#238;nant de multiples prises de position dans les journaux fran&#231;ais, mais surtout l'adh&#233;sion d'intellectuel&#183;le&#183;s au sein du comit&#233; de d&#233;fense cr&#233;&#233; pour la lib&#233;ration de Djamila Boupacha en juin 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant le mode d'organisation privil&#233;gi&#233; des d&#233;fenseurs des prisonnier&#183;e&#183;s politiques, le comit&#233; &#171; Pour Djamila Boupacha &#187; se veut mixte dans sa composition initiale, les hommes y &#233;tant d'ailleurs en plus grand nombre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pouvons citer parmi eux : Aim&#233; C&#233;saire, Michel Leiris, Daniel Mayer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce qui fait sa sp&#233;cificit&#233;, et ce, au moins depuis la Lib&#233;ration, est l'activisme particuli&#232;rement visible de ses intellectuelles dont l'engagement, &#224; l'inverse de leurs homologues masculins, ne se r&#233;duit pas au simplement p&#233;titionnement. Hormis Elsa Triolet, l'ancienne d&#233;port&#233;e Genevi&#232;ve de Gaulle et le D r Marie-Andr&#233;e Weill-Hall&#233;, &#224; l'origine du Mouvement pour le planning familial, toutes les autres ont en effet une activit&#233; soutenue oscillant entre participation aux conf&#233;rences de presse et r&#233;unions du comit&#233;, mais aussi visites plus ou moins officielles aux diverses personnalit&#233;s pouvant influer sur la proc&#233;dure judiciaire. C'est notamment le cas de Lucie Faure qui publie au moment de l'affaire &lt;i&gt;Les passions ind&#233;cises&lt;/i&gt; sur l'homosexualit&#233; masculine ; d'Anne Philipe, elle aussi &#233;crivaine qui vient d'&#233;crire pour Gallimard le r&#233;cit de sa relation avec son mari, le com&#233;dien G&#233;rard Philipe ; d'H&#233;l&#232;ne Parmelin, journaliste et critique d'art communiste ; de Bianca Lamblin, ancienne amante du couple Sartre/Beauvoir et secr&#233;taire du comit&#233; ; et enfin des anciennes compagnes de d&#233;portation Anise Postel-Vinay et Germaine Tillion, anthropologue tr&#232;s engag&#233;e dans la lutte anticoloniale. D'autres intellectuelles favorisent la publicisation du sort de la victime en r&#233;digeant des articles sur les violences sexuelles subies comme Fran&#231;oise Mallet-Joris, auteure de &lt;i&gt;Le Rempart des B&#233;guines&lt;/i&gt;, ouvrage &#224; &#171; scandale &#187; sur les amours lesbiennes (1951), qui publie &#171; Moral et Morale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France-Observateur, 9 novembre 1961.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans&lt;i&gt; France-Observateur&lt;/i&gt; ; ou Fran&#231;oise Sagan et Fran&#231;oise Giroud qui &#233;crivent respectivement &#171; La jeune fille et la grandeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Express, 16 juin 1960.&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; Sur une couverture blanche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Express, 5 f&#233;vrier 1962.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Ces &#233;crits sont toujours structur&#233;s par le m&#234;me sch&#232;me discursif : la description non euph&#233;mis&#233;e du viol (&#171; empalement d'une fille vierge sur une bouteille &#187; pour Fran&#231;oise Sagan par exemple), le r&#233;cit de la proc&#233;dure judiciaire et enfin la demande de punition des &#171; criminels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233;, qui na&#238;t principalement de l'engagement de deux femmes connues pour leurs positions anticonformistes ou &#171; irrespectueuses &#187;, Gis&#232;le Halimi et Simone de Beauvoir, peut &#234;tre situ&#233;, en fonction de sa composition, &#224; l'intersection des deux r&#233;seaux que chacune d'elles a mobilis&#233; : celui des anticolonialistes et celui des intellectuelles progressistes. Toutefois, comme nous l'avons soulign&#233; plus haut, son activit&#233; tient principalement au noyau initial d'intellectuelles &#171; expertes en questions&lt;br class='autobr' /&gt;
f&#233;minines &#187; (Chaperon, 2001), dont les caract&#233;ristiques communes sont nombreuses. N&#233;es dans les premi&#232;res d&#233;cennies du XX e si&#232;cle, la plupart ont connu la Seconde Guerre mondiale et/ou les affres de la d&#233;portation (Germaine Tillion, Genevi&#232;ve de Gaulle, Anise Postel-Vinay). Elles sont toutes hautement qualifi&#233;es &#8211; elles ont particip&#233; &#224; la f&#233;minisation (tr&#232;s relative) de l'universit&#233; &#8211; et sont, au moment de la guerre d'Alg&#233;rie, profond&#233;ment marqu&#233;es par la philosophie de l'engagement profess&#233;e par Sartre, et donc mues par la volont&#233; de s'engager dans des causes politiques contemporaines. Dans un contexte o&#249; &#233;merge la figure de l'intellectuelle (Naudier, 2004) dot&#233;e de nombreuses ressources (capital scolaire, culturel, symbolique), elles sont d'autant plus &#224; &#171; l'avant-garde &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Gis&#232;le Halimi.&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du mouvement qu'elles sont l&#233;gitimes &#224; intervenir, d&#233;j&#224; organis&#233;es dans les r&#233;seaux qui sont ceux des associations f&#233;minines de l'apr&#232;s-guerre et, en particulier, du Mouvement pour le planning familial (Simone de Beauvoir, Fran&#231;oise Giroud, Marie-Andr&#233;e Lagroua Weill-Hall&#233; sont membres du comit&#233; d'honneur, Gis&#232;le Halimi &#233;crit dans sa revue), et d&#233;j&#224; pr&#233;occup&#233;es par la question des femmes. Elles sont donc port&#233;es &#224; adopter une analyse genr&#233;e du proc&#232;s, lecture tr&#232;s minoritaire que l'on retrouve au c&#339;ur de l'ouvrage &#233;crit sur l'affaire : &lt;i&gt;Djamila Boupacha&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Djamila Boupacha&lt;/i&gt;, codirig&#233; par Gis&#232;le Halimi et Simone de Beauvoir qui en r&#233;dige l'introduction, est publi&#233; chez Gallimard en 1962. Cet ouvrage, de prime abord, pr&#233;sente bien les caract&#233;ristiques des factums ou m&#233;moires judiciaires dont le but est, depuis le XVIII e si&#232;cle, de m&#233;diatiser un proc&#232;s et de faire conna&#238;tre aux profanes le travail des professionnels de la justice (Maza, 1997 : 15). M&#234;lant argumentaire juridique, registres &#233;motionnel et politique, l'ouvrage fait ainsi &#233;cho &#224; &lt;i&gt;Pour Djamila Bouhired&lt;/i&gt;, co&#233;crit en 1957 par Jacques Verg&#232;s et l'&#233;crivain et journaliste Georges Arnaud, et dont l'objectif est tout autant d'obtenir la lib&#233;ration de l'accus&#233;e que de publiciser la cause politique pour laquelle elle fut arr&#234;t&#233;e. Toutefois, Gis&#232;le Halimi, rompant avec la d&#233;sindividualisation des cas pr&#244;n&#233;e par les avocats du collectif FLN, y introduit une nouvelle dimension : le r&#233;cit de sa relation privil&#233;gi&#233;e avec Djamila Boupacha, visible d&#232;s la description de leur premi&#232;re rencontre o&#249; sont &#233;voqu&#233;s les gestes &#233;chang&#233;s et les &#233;motions ressenties. Par le biais de cette politisation de l'intimit&#233;, elle r&#233;ussit &#224; dresser un portrait psychologique de sa cliente (renforc&#233; par le portrait de Picasso en couverture), qui, loin des images de la &#171; poseuse de bombe &#187;, est peinte sous les traits d'une jeune femme obs&#233;d&#233;e par la perte de sa virginit&#233; et vivant dans la peur de ne plus trouver d'&#233;poux. Cette insistance sur la virginit&#233; perdue, th&#232;me sur lequel la presse a peu insist&#233; et qui pourtant est au c&#339;ur de l'argumentaire juridique de Gis&#232;le Halimi, se retrouve tout au long de l'ouvrage, au gr&#233; des rapports gyn&#233;cologiques et psychologiques cit&#233;s. Ne jouant ni sur les euph&#233;mismes ni sur les p&#233;riphrases, elle y d&#233;crit le viol de mani&#232;re pr&#233;cise et d&#233;taill&#233;e, publiant &lt;i&gt;in extenso &lt;/i&gt; les rapports gyn&#233;cologiques dont elle souligne volontairement (notamment par l'utilisation de majuscules) certains passages. Enfin, au r&#233;cit du proc&#232;s et au &#171; nous &#187; de la relation avocate-cliente se superpose le &#171; je &#187; autobiographique de l'avocate auteure, dont l'exemple le plus pr&#233;gnant demeure les souvenirs de son enfance &#224; Tunis marqu&#233;e par les tabous et le puritanisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques semaines, Gis&#232;le Halimi r&#233;ussit donc &#224; faire du sort de sa cliente une grande cause et &#224; obtenir de r&#233;elles victoires judiciaires comme le dessaisissement du Tribunal militaire d'Alger au profit du Parquet de Caen et le transfert de Djamila en France, faits extr&#234;mement rares pendant le conflit. Hors du pr&#233;toire, elle devient militante de la cause de sa cliente et impulse l'&#233;mergence d'une action collective dans laquelle le droit et le genre jouent comme principales ressources. N&#233;anmoins, la g&#233;n&#233;ralisation du sort de la victime n&#233;cessaire &#224; l'&#233;largissement de la base du mouvement de solidarit&#233; entra&#238;ne progressivement une d&#233;politisation des questions sexuelles et une invisibilisation du viol, pourtant au c&#339;ur du travail juridique et militant des intellectuelles soutenant Djamila Boupacha.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Invisibilit&#233; du viol et d&#233;politisation du genre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe dans l'affaire Djamila Boupacha, c'est bien l'absence de concordance entre la visibilit&#233; du genre dans l'action collective, attest&#233;e par les d&#233;bats sur le militantisme f&#233;minin, le sexe de la victime et la dimension sexu&#233;e de la mobilisation, et la r&#233;alit&#233; d'une affaire coloniale se concr&#233;tisant non par le d&#233;p&#244;t d'une &#171; plainte pour viol &#187; mais bien par celui d'une plainte &#171; en torture et s&#233;questration &#187;. Cette absence de politisation de la dimension sexuelle de l'affaire, en d&#233;pit du travail juridique et militant de Gis&#232;le Halimi, doit &#234;tre analys&#233;e dans un premier temps au prisme de la triple contrainte que subit la sexualit&#233; dans les ann&#233;es 1960 : la contrainte procr&#233;atrice, celle de la norme h&#233;t&#233;rosexuelle et enfin celle de la violence,&lt;br class='autobr' /&gt;
le harc&#232;lement sexuel n'&#233;tant pas d&#233;nonc&#233;, le viol non r&#233;prim&#233; (Mossuz-Lavau, 1991 : 10). Et en effet, si Gis&#232;le Halimi n'a pas plaid&#233; une affaire de viol mais bien une affaire coloniale et si le terme g&#233;n&#233;rique de &#171; tortures &#187; a pu seul d&#233;finir les s&#233;vices endur&#233;s, c'est bien qu'existait une incapacit&#233; &#224; les dire juridiquement comme viol. Le droit international humanitaire, en vertu la 4 e Convention de Gen&#232;ve du 12 ao&#251;t 1949, fait du viol &#171; une atteinte &#224; l'honneur &#187; des femmes, impliquant d&#232;s lors une &#233;chelle de gravit&#233; des violences au sein de laquelle &#171; un viol serait un acte de moindre importance compar&#233; aux crimes de torture ou d'esclavage &#187; (Puechguirbal, 2007 : 56). Plus particuli&#232;rement en France, le viol ne b&#233;n&#233;ficie d'aucune d&#233;finition l&#233;gale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne sera proprement d&#233;fini en France qu'en 1980.&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et est ins&#233;r&#233; dans les actes &#171; d'attentat aux m&#339;urs &#187; au m&#234;me titre que tout autre attentat &#224; la pudeur avec violence. En 1956, le juriste Maurice Gar&#231;on donnait cette d&#233;finition jurisprudentielle du viol, celle d'un &#171; co&#239;t illicite avec une femme qu'on sait ne point consentir &#187;, impliquant notamment l'absence de prise en compte des viols commis avec des objets (Iacub, 2002 : 42). Les l&#233;gislations fran&#231;aises et internationales &#233;taient donc impropres &#224; juger de la nature sexu&#233;e des violences subies par les femmes, et emp&#234;chaient toute action juridique visant cette seule fin. Ainsi, si l'affaire Djamila Boupacha ne peut &#233;merger en tant &#171; qu'affaire sexuelle &#187;, c'est bien parce qu'elle ne s'inscrit pas dans un contexte de reformulation ou de remise en cause du droit p&#233;nal en ce qui concerne les d&#233;lits sexuels, mais plut&#244;t dans un contexte de perturbation du droit colonial o&#249; les seules r&#233;flexions men&#233;es alors par les intellectuel&#183;le&#183;s portent sur la justice politique et l'immixtion de l'arm&#233;e dans le domaine judiciaire. Et justement, alors que l'arm&#233;e, devant l'importance accrue du militantisme f&#233;minin pendant la guerre, d&#233;veloppe une r&#233;pression sexu&#233;e (Naudier, 2002 : 173), celle-ci ne se traduit pas dans les champs politique, intellectuel et m&#233;diatique par la reconnaissance d'une violence sp&#233;cifiquement dirig&#233;e contre les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'&#233;mergence de l'affaire, s'oppose au r&#233;cit de la jeune femme celui des partisans de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise dont l'objectif est de mettre en doute la moralit&#233; de l'accus&#233;e et de r&#233;v&#233;ler les m&#339;urs l&#233;g&#232;res qui auraient &#233;t&#233; les siennes avant le viol. Par exemple, au moment o&#249; sont vers&#233;es au dossier des photographies montrant Djamila avec des maquisards, la presse alg&#233;roise peut &#233;crire : &#171; Ces documents d&#233;montreront-ils que Boupacha, fille musulmane aux m&#339;urs aust&#232;res, recevait des hommes dans sa chambre ? Dans ce cas, que penser de sa plainte contre les militaires qui auraient abus&#233; d'elles ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;cho d'Alger et D&#233;p&#234;che quotidienne d'Alg&#233;rie du 18 juin 1960.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce discours, liant de fait militantisme f&#233;minin en faveur du nationalisme et m&#339;urs dissolues se retrouve aussi en France, comme en t&#233;moigne cet extrait d'entretien entre M. Patin, pr&#233;sident de la commission de sauvegarde des droits et des libert&#233;s individuelles, et les intellectuelles du comit&#233;, rappel&#233; par Simone de Beauvoir dans&lt;i&gt; La Force des choses &lt;/i&gt; (1963) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il encha&#238;na : &#034;Vous pr&#233;tendez qu'elle &#233;tait vierge. Mais enfin, on a des photos d'elle, prises dans sa chambre : elle est entre deux soldats de l'ALN, armes &#224; la main, et elle tient une mitraillette&#034;. Et alors ? Elle a toujours proclam&#233; qu'elle militait dans l'ALN ; &#231;a ne remet pas en cause sa virginit&#233;, avons-nous dit. &#034;Tout de m&#234;me, pour une jeune fille, c'est plut&#244;t scabreux&#034;, r&#233;pondit-il. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si ce type de rh&#233;torique propre aux affaires sexuelles, celle du possible &#171; consentement &#187; et de la &#171; provocation f&#233;minine &#187;, s'inscrit dans une strat&#233;gie de d&#233;cr&#233;dibilisation de l'accus&#233;e, il ne fait que refl&#233;ter la vision dominante de la femme/&#233;pouse destin&#233;e &#224; rester dans le cadre priv&#233; et assign&#233;e au r&#244;le de m&#232;re au foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la m&#233;diatisation du viol se heurte &#224; de nombreux obstacles dont la censure politico-morale demeure la plus importante. C'est ce dont t&#233;moigne l'intervention timide de Fran&#231;ois Mauriac qui, voulant tr&#232;s certainement la contourner, &#233;crit dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; : &#171; Qu'on n'attende pas de moi que je dise pourquoi la plaignante demande qu'un gyn&#233;cologue soit d&#233;sign&#233; comme expert &#187;, ou le double interdit frappant l'article de Simone de Beauvoir. En effet, lorsque cette derni&#232;re relate au&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt; les tortures inflig&#233;es &#224; Djamila, la r&#233;daction du journal lui demande de substituer le mot &#171; ventre &#187; &#224; celui de &#171; vagin &#187; et Hubert Beuve-M&#233;ry, particuli&#232;rement choqu&#233; par les termes &#171; Djamila &#233;tait vierge &#187;, lui demande de trouver une p&#233;riphrase. Simone de Beauvoir refuse, l'exemplaire du Monde est saisi &#224; Alger. Ces deux exemples montrent la difficult&#233; pour les acteurs d'imposer une grille de lecture sexuelle de ce cas judiciaire, la plupart des articles jouant sur un &#171; vocabulaire d'esquive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est emprunt&#233;e &#224; Audoin-Rouzeau (1995 : 85).&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et laissant l'interpr&#233;tation des &#233;v&#233;nements et leur qualification aux lecteurs ou se contentant de citer la plainte en torture. C'est aussi ce que nous confie aujourd'hui en entretien Gis&#232;le Halimi, revenant sur l'engagement diff&#233;renci&#233; des hommes et des femmes au sein du comit&#233; de d&#233;fense :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question du viol a &#233;t&#233; plus que taboue chez les intellectuels progressistes (...). M&#234;me les hommes qui &#233;taient dans notre comit&#233; reprenaient cela, mais pas tellement. C'&#233;tait les tortures, les tortures d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale (...). Ils trouvaient que &#231;a roman&#231;ait un peu l'histoire, ils ne voulaient pas en parler. (...) Je ne crois pas que le fait qu'elle ait &#233;t&#233; viol&#233;e ait &#233;t&#233; v&#233;cu comme par les femmes, par nous, comme quelque chose de sp&#233;cifique et d'abominable. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette version qui ferait de la lecture sexuelle de l'affaire une lecture proprement f&#233;minine et ces r&#233;cits d&#233;niant toute sp&#233;cificit&#233; genr&#233;e aux s&#233;vices subis par l'accus&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut tout de m&#234;me retrouver, dans certains articles de presse, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; montrent en r&#233;alit&#233; que l'interpr&#233;tation de l'&#233;v&#233;nement judiciaire est domin&#233;e par une lecture anticoloniale dont l'enjeu central n'est pas ici le viol d'une femme par un homme, le mot &#171; violeur &#187; n'&#233;tant d'ailleurs jamais employ&#233;, mais bien celle de l'oppression d'un peuple sur un autre. M&#234;me les intellectuelles du comit&#233; accusent bien des &#171; tortionnaires &#187; et inscrivent la victime dans le plus vaste ensemble de ses &#171; fr&#232;res &#187; tortur&#233;s. Et quand bien m&#234;me celles-ci ont &#233;t&#233; sensibilis&#233;es par le viol et l'ont bien d&#233;crit comme une r&#233;alit&#233; sexuelle, elles ont aussi, pour &#233;largir la base du mouvement de solidarit&#233;, fait entrer son cas dans le cadrage dominant impos&#233; par les anticolonialistes. Dans un contexte de surpolitisation du conflit et des questions coloniales, d'autres mises en r&#233;cit ne pouvaient &#233;merger sans &#234;tre rattach&#233;es &#224; la probl&#233;matique dominante de la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique aussi qu'en d&#233;pit de l'intersectionnalit&#233; des rapports de pouvoir qui fa&#231;onnent l'identit&#233; de l'accus&#233;e (Crenshaw, 1991), identit&#233; de genre (femme) et identit&#233; politico-raciale (alg&#233;rienne), c'est bien la condition &#171; d'&#234;tre colonis&#233; &#187; qui a &#233;t&#233; retenue dans le processus de politisation de l'&#233;v&#233;nement judiciaire. Gis&#232;le Halimi elle-m&#234;me, tout en axant sa strat&#233;gie juridique et discursive sur le caract&#232;re aggravant du viol dans le cas de Djamila Boupacha, n'a pas pu apporter une contribution au d&#233;bat sur la condition des femmes en temps de guerre. Dans un contexte o&#249; le f&#233;minisme est au &#171; creux de la vague &#187; (Chaperon, 1996) et ne repose pas sur une base militante suffisante, l'affaire, trop singuli&#232;re pour en g&#233;n&#233;raliser la port&#233;e, n'a pas permis de faire le lien entre cause des femmes et cause anticoloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Djamila Boupacha est la derni&#232;re &#171; terroriste &#187; dont le cas a &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233; &#224; &#234;tre lib&#233;r&#233;e de la prison de Rennes le 24 mai 1962, sans &#234;tre jug&#233;e ou condamn&#233;e, &#224; la faveur de l'amnistie prononc&#233;e par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Son proc&#232;s a donc pu, gr&#226;ce au travail juridique de son avocate et &#224; la mobilisation des anticolonialistes, s'inscrire dans la s&#233;rie des affaires de tortures de la guerre d'Alg&#233;rie et m&#234;me la clore. Pour autant, ce qui &#171; finit avec l'&#233;v&#233;nement &#187; (Bensa et Fassin, 2002 : 16) et avec le conflit de d&#233;colonisation, c'est aussi l'espoir de rompre avec l'impunit&#233; dont b&#233;n&#233;ficiaient les militaires fran&#231;ais. Les tortionnaires de Djamila Boupacha ne comparurent jamais devant le tribunal et ne furent jamais poursuivis pour les faits reproch&#233;s, l'amnistie entra&#238;nant l'abandon des poursuites et le non-lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'affaire, en raison de ce m&#234;me contexte sociopolitique et juridique, n'a pas inaugur&#233; une nouvelle s&#233;rie dont l'enjeu principal aurait &#233;t&#233; le viol, ni m&#234;me entra&#238;n&#233; une transformation des repr&#233;sentations et des pratiques. Et, si Gis&#232;le Halimi a tent&#233; d'imposer une lecture genr&#233;e du proc&#232;s en ins&#233;rant dans sa strat&#233;gie juridique la dimension sexu&#233;e et sexuelle des violences subies par sa cliente, l'affaire Djamila Boupacha ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une pr&#233;figuration du proc&#232;s d'Aix-en-Provence, premier &#171; proc&#232;s du viol &#187; (Vigarello, 1998, 249). Pourtant, l&#224; encore men&#233;e comme un &#171; proc&#232;s-tribune &#187; par Gis&#232;le Halimi, la d&#233;fense mise en &#339;uvre par l'avocate y fut tout autre, clairement orient&#233;e sur une remise en cause de la l&#233;gislation sur le viol et des rapports entre les sexes (Choisir la cause des femmes, 1978). Ce registre explicitement genr&#233;, d&#233;j&#224; mobilis&#233; au proc&#232;s de Bobigny en 1972 (Choisir la cause des femmes, 2006), s'inscrit dans le contexte de l'essor du Mouvement de lib&#233;ration des femmes, nouvelle vague de protestations f&#233;ministes centr&#233;es sur la politisation radicale des questions traditionnellement consid&#233;r&#233;es comme &#171; priv&#233;es &#187;, au premier rang desquelles figure la sexualit&#233;. Et c'est bien, nous semble-t-il, par une reconstruction/illusion r&#233;trospective, li&#233;e en partie &#224; l'engagement f&#233;ministe post&#233;rieur de Gis&#232;le Halimi et de Simone de Beauvoir, qui scelle effectivement en 1960 leur premi&#232;re collaboration avant &#171; Choisir la cause des femmes &#187;, que l'affaire Boupacha pourrait &#234;tre lue aujourd'hui comme s'inscrivant dans la s&#233;rie des &#171; affaires sexuelles &#187; plaid&#233;es par Gis&#232;le Halimi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vanessa Codaccioni.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vanessa Codaccioni est ma&#238;tresse de conf&#233;rences HDR au d&#233;partement de science politique de l'universit&#233; ParisVIII et membre du laboratoire CRESPPA-CSU. Sp&#233;cialiste de la justice p&#233;nale et de la r&#233;pression, elle est notamment l'auteure, &#224; CNRS &#201;ditions, de &lt;i&gt;Punir les opposants. PCF et proc&#232;s politiques 1947-1962&lt;/i&gt; (2013), &lt;i&gt;Justice d'exception. L'&#201;tat face aux crimes politiques et terroristes&lt;/i&gt; (2015), &lt;i&gt;La l&#233;gitime d&#233;fense. Homicides s&#233;curitaires, crimes racistes et violences polici&#232;res&lt;/i&gt;(2018), et aux &#233;ditions Textuel de &lt;i&gt;R&#233;pression. L'&#201;tat face aux contestations politiques&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Audoin-Rouzeau, St&#233;phane&lt;/strong&gt; (1995). &lt;i&gt;L'enfant de l'ennemi&lt;/i&gt;. Paris : Aubier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Bard, Christine&lt;/strong&gt; (2001). &lt;i&gt;Les femmes dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise au 20 e si&#232;cle&lt;/i&gt;. Paris : Armand Collin.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Benabdallah, Abdessamad&lt;/strong&gt; et al. (1961). &lt;i&gt;D&#233;fense politique&lt;/i&gt;. Paris : Fran&#231;ois Maspero.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Bensa, Alban et &#201;ric Fassin&lt;/strong&gt; (2002). &#171; Les sciences sociales face &#224; l'&#233;v&#233;nement &#187;. &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 38, 5-20.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Beauvoir, Simone de et Gis&#232;le Halimi&lt;/strong&gt; (1962).&lt;i&gt; Djamila Boupacha&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Beauvoir, Simone&lt;/strong&gt; de (1963). &lt;i&gt;La force des choses&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Branche, Rapha&#235;lle&lt;/strong&gt; (2002). &#171; Des viols pendant la guerre d'Alg&#233;rie &#187;. V&lt;i&gt;ingti&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, 75, 123-132.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Chaperon, Sylvie&lt;/strong&gt; (2001). &#171; Une g&#233;n&#233;ration d'intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir &#187;. &lt;i&gt;Clio&lt;/i&gt;, 13, 99-116.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Chaperon, Sylvie&lt;/strong&gt; (1996). &lt;i&gt;Le creux de la vague. Mouvements f&#233;minins et f&#233;minismes 1945-1970.&lt;/i&gt; Florence : Institut universitaire europ&#233;en. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Choisir la cause des femmes&lt;/strong&gt; (1978). &lt;i&gt;Viol : le proc&#232;s d'Aix-en-Provence : compte rendu int&#233;gral des d&#233;bats &lt;/i&gt; (Aix, Cour d'assises des Bouches-du-Rh&#244;ne, 2-3 mai 1978), pr&#233;face par Gis&#232;le Halimi, Le crime, Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Choisir la cause des femmes&lt;/strong&gt; (2006). &lt;i&gt;Le proc&#232;s de Bobigny&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Simone de Beauvoir, postface de Marie-Claire, l'inculp&#233;e de Bobigny, pr&#233;c&#233;d&#233; de D&#233;sob&#233;ir pour le droit d'avorter, avant-propos in&#233;dit de Gis&#232;le Halimi, Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Crenshaw, Kimberle&lt;/strong&gt; (1991). &#171; Mapping the Margins : Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color &#187;. &lt;i&gt;Standford Law Review&lt;/i&gt;, 6, 1241-1299.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;strong&gt;Maza, Sarah&lt;/strong&gt; (1997). &lt;i&gt;Vies priv&#233;es, affaires publiques : les causes c&#233;l&#232;bres de la France pr&#233;r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Paris : Fayard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Mossuz-Lavau, Janine&lt;/strong&gt; (1991). &lt;i&gt;Les lois de l'amour : les politiques de la sexualit&#233; en France de 1950 &#224; nos jours&lt;/i&gt;. Paris : Payot.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Naudier, Delphine&lt;/strong&gt; (2002). &#171; De l'affaire Boupacha &#224; la &#8249;cause des femmes &#187;. In &lt;strong&gt;Rose Marie Lagavre, Agathe Gestin, &#201;l&#233;onore L&#233;pinard et Genevi&#232;ve Pruvost&lt;/strong&gt; (&#201;ds), &lt;i&gt;Dissemblances. Jeux et enjeux du genre&lt;/i&gt; (pp. 167-179). Paris : L'Harmattan.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Naudier, Delphine &lt;/strong&gt; (2004). &#171; La reconnaissance sociale et litt&#233;raire des femmes &#233;crivains depuis les ann&#233;es cinquante &#187;. In &lt;strong&gt;Nicole Racine et Michel Trebitsch&lt;/strong&gt; (&#201;ds), &lt;i&gt;Intellectuelles : du genre en histoire des intellectuelles &lt;/i&gt; (pp. 191-208). Paris:Complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Puechguirbal, Nadine&lt;/strong&gt; (2007). &lt;i&gt;Le genre entre guerre et paix&lt;/i&gt;. Paris : Dalloz.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ripa, Yannick&lt;/strong&gt; (1997). &#171; Armes d'hommes contre femmes d&#233;sarm&#233;es : de la dimension sexu&#233;e de la violence dans la guerre civile espagnole &#187;. In &lt;strong&gt;C&#233;cile Dauphin et Arlette Farge &lt;/strong&gt; (&#201;ds), &lt;i&gt;De la violence des femmes&lt;/i&gt; (pp. 131-145). Paris : Albin Michel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Sambron, Diane&lt;/strong&gt; (2007). &lt;i&gt;Femmes musulmanes : guerre d'Alg&#233;rie, 1954-1962&lt;/i&gt;. Paris : Autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;nault, Sylvie et Rapha&#235;lle Branche &lt;/strong&gt; (2002). &#171; L'impossible proc&#232;s de la torture pendant la guerre d'Alg&#233;rie &#187;. In Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert (&#201;ds), &lt;i&gt;Justice, politique et R&#233;publique. De l'affaire Dreyfus &#224; la guerre d'Alg&#233;rie &lt;/i&gt; (pp. 243-260). Paris : &#201;ditions Complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;nault, Sylvie&lt;/strong&gt; (2004). &lt;i&gt;Une dr&#244;le de justice : les magistrats dans la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/i&gt; Paris : La D&#233;couverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Verg&#232;s, Jacques&lt;/strong&gt; (1968). &lt;i&gt;De la strat&#233;gie judiciaire&lt;/i&gt;. Paris : &#201;ditions de Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Vigarello, Georges &lt;/strong&gt; (1998). &lt;i&gt;Histoire du viol XVI e - XX e si&#232;cle&lt;/i&gt;. Paris : Seuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Whitfield, Lee&lt;/strong&gt; (1998). &#171; The French Military Under Female Fire : The Public Opinion Campaign and Justice in the Case of Djamila Boupacha, 1960-1962 &#187;. &lt;i&gt;Contemporary French Civilization&lt;/i&gt;, 1, 76-90.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article repose sur l'enqu&#234;te de terrain effectu&#233;e pour ma th&#232;se de doctorat portant sur &#171; La transformation des proc&#232;s en affaires en France (1947-1962) &#187;. Encore en cours, elle est r&#233;alis&#233;e &#224; l'Universit&#233; Paris 1-Sorbonne sous la direction de Fr&#233;d&#233;rique Matonti, que je remercie par ailleurs vivement pour les conseils et les lectures dont a pu b&#233;n&#233;ficier ce texte. Je remercie aussi tout particuli&#232;rement Gis&#232;le Halimi pour l'aide pr&#233;cieuse qu'elle a bien voulu m'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Audin, communiste alg&#233;rien, est mort sous&lt;br class='autobr' /&gt;
la torture en juin 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce concept renvoie &#224; l'ouverture des champs politique, m&#233;diatique et intellectuel &#224; une forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
discours jusqu'alors irrecevable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Guerroudj et D. Bouhired sont deux des six femmes condamn&#233;es &#224; mort pour des actes &#171; terroristes &#187; pendant le conflit, la premi&#232;re en juillet 1957, la seconde en d&#233;cembre 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'appelle &#171; configuration de proc&#232;s &#187; des proc&#233;dures qui se d&#233;roulent dans les m&#234;mes contextes sociopolitique et juridique, et qui sont d&#233;termin&#233;es par une unicit&#233; des acteurs et des publics concern&#233;s, des d&#233;lits jug&#233;s, et des causes d&#233;fendues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de cause lawyering d&#233;signe les usages militants du droit qui sont le fait de professionnel&#183;le&#183;s du droit (Isra&#235;l, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce fut notamment le cas de la guerre civile d'Espagne o&#249; les franquistes ont fait des viols l'illustration de &#171; l'inhumanit&#233; &#187; des r&#233;publicains alors qu'eux-m&#234;mes pratiquaient syst&#233;matiquement des viols &#224; vis&#233;es politiques et raciales (Ripa, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le remarque Sylvie Chaperon, les intellectuelles qui, comme Gis&#232;le Halimi, s'engagent dans les ann&#233;es 1950 sur la question des femmes peuvent &#234;tre qualifi&#233;es &#171; d'intellectuelles f&#233;ministes &#187; ou &#171; d'expertes en questions f&#233;minines &#187; (Chaperon, 2001 : 13).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce r&#233;cit autobiographique se stabilise dans les ann&#233;es 1970 comme le montre&lt;i&gt; La cause des femmes&lt;/i&gt; publi&#233; pour la premi&#232;re fois aux &#201;ditions Grasset&lt;br class='autobr' /&gt;
en 1973. Mais c'est plus pr&#233;cis&#233;ment dans&lt;i&gt; Le lait de l'oranger&lt;/i&gt; (1988) que l'auteure revient sur ce f&#233;minisme pr&#233;coce, d&#233;crivant d&#232;s la troisi&#232;me page sa &#171; gr&#232;ve de la faim &#187;, &#224; 10 ans, pour s'opposer &#171; aux obligations des filles de la maison, m&#233;nage, vaisselle, service des hommes de la famille &#187; (15).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Note de la p. 36.) Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les deux hommes sont inculp&#233;s de &#171; forfaiture &#187;, d&#233;lit pr&#233;vu par l'article 114 du Code p&#233;nal qui punit de la d&#233;gradation civique la forfaiture commise par tout fonctionnaire ayant attent&#233; &#224; la Constitution, &#224; la libert&#233; individuelle ou aux droits civiques d'un individu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autorit&#233; de contr&#244;le qui peut demander aux parquets des renseignements sur les affaires qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
lui signale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde, 2 juin 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pouvons citer parmi eux : Aim&#233; C&#233;saire, Michel Leiris, Daniel Mayer, Laurent Schwartz, Pierre Henri Teitgen, Gabriel Marcel, Maurice Merleau-Ponty, Vercors, Pierre Cot, Jacques Lacan&lt;br class='autobr' /&gt;
ou encore Jean-Paul Sartre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;France-Observateur, 9 novembre 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Express, 16 juin 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Express, 5 f&#233;vrier 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression est de Gis&#232;le Halimi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne sera proprement d&#233;fini en France qu'en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;cho d'Alger et D&#233;p&#234;che quotidienne d'Alg&#233;rie du 18 juin 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression est emprunt&#233;e &#224; Audoin-Rouzeau (1995 : 85).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Gis&#232;le Halimi, 9 juillet 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut tout de m&#234;me retrouver, dans certains articles de presse, une distinction entre les tortures subies et le viol (&#171; Tortur&#233;e puis viol&#233;e &#187;, &#233;crit par exemple Pierre Emmanuel dans &lt;i&gt;T&#233;moignage chr&#233;tien&lt;/i&gt; le 16 f&#233;vrier 1962) ou encore la mise en avant du caract&#232;re &#171; ind&#233;l&#233;bile &#187; du viol (Louis Houdeville, &#171; Djamila Boupacha et la justice &#187;, &lt;i&gt;Tribune socialiste&lt;/i&gt;, 18 novembre 1961).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lire Hocquenghem</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#171; Qu'aujourd'hui on ne trouve plus, &#224; gauche, une capacit&#233; &#224; questionner et &#224; refuser radicalement, l'&#233;cole, la psychiatrie, la prison, la famille, ne signifie certainement pas une avanc&#233;e, bien au contraire. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton72.jpg?1731403051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lire Hocquenghem&lt;/i&gt; est une r&#233;ponse baroque &#224; &#171; l'affaire Hocquenghem &#187; qui a agit&#233; le monde militant f&#233;ministe et homosexuel ces derni&#232;res semaines. Le texte &#233;voque beaucoup de sujets en tension : la figure du p&#233;dophile, la m&#233;moire militante, la lib&#233;ration sexuelle, l'enfant comme paratonnerre des d&#233;sirs frustr&#233;s des adultes, etc. ; et se pr&#233;sente comme un point de d&#233;part &#224; une s&#233;rie lectures de la pens&#233;e-Hocquenghem.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cycle Lire Hocquenghem :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/?Lire-Hocquenghem&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I - Ouverture de Co-ire&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Lire-Hocquenghem-II-L-Education-antisexuelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;II - L'Education antisexuelle&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 30 ao&#251;t 2020 &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ikPOnS-eA_4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les cam&#233;ras de RT France&lt;/a&gt; suivent Cassiop&#233;e, une militante du collectif f&#233;ministe Les Grenades. Son action : d&#233;verser du faux sang sur la plaque comm&#233;morative de Guy Hocquenghem appos&#233;e au bas d'un immeuble o&#249; il a v&#233;cu &#224; Paris. Hocquenhem se serait rendu coupable, selon elle, d'apologie de la p&#233;docriminalit&#233;. La Mairie prend son courage &#224; deux mains et enl&#232;ve la plaque compromettante en catimini quelques jours plus tard sans dire un mot. Le journaliste Amaury Brelet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amaury Brelet &#224; qui l'on doit d'autres articles publi&#233;s dans Valeurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est le premier &#224; relayer l'affaire dans le journal r&#233;actionnaire Valeurs Actuelles. Une op&#233;ration m&#233;diatique r&#233;ussie pour ces f&#233;ministes qui sont parvenues &#224; faire parler de Guy Hocquenghem au-del&#224; de son public habituel. Je ne m'attarderai pas sur les r&#233;cents enjeux de l'extr&#234;me-droite &#224; rendre la gauche coupable de la d&#233;cadence de notre si&#232;cle, pour cela je vous conseille la lecture de &#171; &lt;a href=&#034;http://solitudesintangibles.fr/pourquoi-les-theories-conspirationnistes-dextreme-droite-sont-elles-a-ce-point-obsedees-par-la-pedophilie-ali-breland/?fbclid=IwAR0TSULz6t4t6ckpZygalE6tReU3Ux6BXbtWccALfYchAS80v0S9VYgFJPE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi les th&#233;ories conspirationnistes d'extr&#234;me-droite sont-elles &#224; ce point obs&#233;d&#233;es par la p&#233;dophilie ?&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; ni sur &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/antoineidier/blog/060920/faut-il-bruler-hocquenghem?userid=ac0781c1-c62f-4985-9370-5e580e8dc5c8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le contexte historique&lt;/a&gt; rappelant que Guy Hocquenghem luttait dans les ann&#233;es 1970 pour l'abaissement de l'&#226;ge de la majorit&#233; sexuelle pour les relations homosexuelles fix&#233;e par le r&#233;gime de Vichy &#224; 18 ans (contre 15 ans pour les h&#233;t&#233;ros). Je traiterai davantage de la structure de pens&#233;e du syst&#232;me de l'enfance du dernier pol&#233;miste de gauche (aujourd'hui ils sont tous de droite), mort en 1988, qu'est ce cher Guy Hocquenghem.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;RETOUR &#192; LA POL&#201;MIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;bats actuels portant sur les d&#233;fenses latentes ou manifestes de la p&#233;dophilie par le militant homosexuel Guy Hocquenghem dans les ann&#233;es 1970, les confusions, les mensonges, les d&#233;nis et les id&#233;es lumineuses qu'ils transportent, ont le m&#233;rite, m&#234;me si Hocquenghem y perd des plumes, de rouvrir des plaies mal cicatris&#233;es du mouvement de lib&#233;ration sexuelle. Le collectif des Grenades l'accuse donc de complicit&#233; th&#233;orique avec la p&#233;docriminalit&#233; et de d&#233;fendre la pr&#233;dation p&#233;dophile dans ses textes, dans ses interviews et dans son militantisme visant &#224; abaisser l'&#226;ge de la majorit&#233; sexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans leur manifeste publi&#233; sur un blog M&#233;diapart, les Grenades affirment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a eu droit comme pi&#232;ces &#224; conviction des phrases extraites de leur contexte (historique et politique) mais aussi de leur structure argumentative (ce qui me semble le plus grave). Or pour lire Hocquenghem sur l'enfance il faut comprendre deux choses : la premi&#232;re, qui le distingue d'&#233;crivains &#233;voquant leur d&#233;sir pour les mineurs, est qu'il parle depuis sa position d'adolescent, en tant que sujet d&#233;sirant. Il a entretenu une relation amoureuse et charnelle avec son professeur de philosophie au lyc&#233;e, et c'est ainsi qu'il faut entendre cette phrase r&#233;guli&#232;rement exploit&#233;e &#224; tort contre lui : &lt;i&gt;&#171; Il y a des enfants qui adorent les vieillards, y compris sexuellement. &#187;&lt;/i&gt; ; la deuxi&#232;me chose c'est qu'il s'inscrit dans une fa&#231;on de vivre son homosexualit&#233; en fuyant la gloriole identitaire et &#224; l'encontre de toute int&#233;gration r&#233;publicaine. La premi&#232;re a pour cons&#233;quence d'ouvrir le d&#233;bat sur la possibilit&#233; ou non du consentement sexuel de l'enfant, la deuxi&#232;me de nous obliger &#224; rester aux aguets des ruses de la captation normative de nos d&#233;sirs. Ce qui l'int&#233;resse donc c'est l'&#233;nonciation d'un d&#233;sir &lt;i&gt;depuis&lt;/i&gt; le territoire de l'enfance et le syst&#232;me o&#249; ce d&#233;sir est &lt;i&gt;pris&lt;/i&gt; dans une reterritorialisation adulte. Nous arrivons au point crucial du conflit : que serait une lib&#233;ration sexuelle qui s'arr&#234;terait &#224; la fronti&#232;re qui s&#233;pare ces deux territoires ? Interroger la possibilit&#233; d'un continuum de d&#233;sir entre un enfant et un adulte, voil&#224; ce qui lui est reproch&#233; car pouvant entretenir ce que l'on appelle la &#171; culture du viol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TOUT LE MONDE VEUT SA PART D'ENFANT/CE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il s'agit d'enfant, tout le monde a son mot &#224; dire : les militant.e.s de tout poil, les f&#233;ministes, les journalistes, les parents, les universitaires, les psys et les p&#233;dopsychiatres, les avocat.e.s, les homos, les acharn&#233;.e.s de twitter et les politicien.ne.s flipp&#233;.e.s que &#231;a retombe un jour sur eux (merci la vague verte) ; c'est-&#224;-dire toutes celles et ceux qui esp&#232;rent d'une mani&#232;re ou d'une autre prendre en charge &#171; l'enfance &#187; de la mani&#232;re la &#171; plus juste qui soit &#187; selon ses propres crit&#232;res. Et c'est quand m&#234;me assez passionnant parce que nous sommes tous pass&#233;s par le &#171; sas &#187; de l'enfance et que nous pouvons enfin nous parler entre concern&#233;s ; l'enfance semble &#234;tre cette condition universelle que nous avons tous travers&#233;e. Mais nous en sommes aussi ressortis &#224; &#171; l'&#226;ge adulte &#187; avec nos diff&#233;rences de r&#233;ussites, de traumatismes, de fantasmes, d'ascensions sociales, d'exp&#233;rimentations amoureuses et sexuelles, d'interpr&#233;tations du monde, qui fondent aujourd'hui nos conflits politiques sur cette th&#233;ologie de la modernit&#233; : l'enfance. &#171; C'est toute la soci&#233;t&#233; qui se r&#233;clame pu&#233;ricultrice &#187; dira le psychanalyste Pontalis, &#171; (&#8230;) Aucune culture ne peut se passer d'un mythe des origines qui lui sert &#224; expliquer l'organisation de son monde. La n&#244;tre le chercherait-elle, ce mythe, dans l'enfant r&#233;el ? Ce n'est pas qu'elle c&#233;l&#232;bre, comme on le dit trop vite, le culte de l'enfant-roi car elle sait maltraiter les enfants, psychiquement et physiquement, comme une autre. Mais elle tend &#224; faire de l'enfant sa &lt;i&gt;cause&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Bertrand Pontalis, &#171; La chambre des enfants &#187;, article paru dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et concernant l'accentuation d'un pouvoir coercitif sur l'enfance nous devrions regarder de plus pr&#232;s le r&#244;le que prend aujourd'hui la Justice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant le r&#244;le de la Justice sur l'enfance, on peut noter l'Ordonnance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; depuis la cr&#233;ation r&#233;cente des prisons pour mineurs en 2002. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut dire qu'aujourd'hui la soci&#233;t&#233; a peur (ou s'ennuie c'est selon) car des lesbiennes osent fonder des familles sans P&#232;re, et des p&#233;d&#233;s des familles sans M&#232;re, d'autres ne veulent pas de marmots du tout, des drag queens font des lectures de contes pour enfants dans les biblioth&#232;ques municipales, les collectifs intersexes demandent l'arr&#234;t des mutilations g&#233;nitales pratiqu&#233;es sur les enfants, et des personnes trans demandent la reconnaissance des enfants trans. Et puis, dans cette m&#234;me p&#233;riode politique parano&#239;aque et confusionniste, un autre inqui&#233;teur r&#233;appara&#238;t au grand jour, le monstre d'une soci&#233;t&#233; par excellence qui met presque tout le monde d'accord sur son ignominie : le &#171; p&#233;dophile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu droit avec cette affaire des Grenades &#224; une succession d'articles abjects d&#233;nu&#233;s d'argument, se contentant de d&#233;ployer le mot 'p&#233;dophilie' par-ci par-l&#224; en le laissant fonctionner en roue libre dans l'imaginaire collectif (outre les Grenades, on peut citer l'ancien collaborateur de Michel Rocard et sociologue Fr&#233;d&#233;ric Martel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sociologue Fr&#233;d&#233;ric Martel, trop content de pouvoir encore une fois s'en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Il y a des mots comme &#231;a qui semblent se passer d'appareil critique et de mise en perspective, d'arguments, d'exemples et de mise en contexte politique et philosophique. Et le pire n'a maintenant plus qu'&#224; prendre sa place dans les mar&#233;cages des commentaires facebook. Qu'aujourd'hui on ne trouve plus, &#224; gauche, une capacit&#233; &#224; questionner et &#224; refuser radicalement, l'&#233;cole, la psychiatrie, la prison, la famille (et le dressage parental) ne signifie certainement pas une avanc&#233;e, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONTRE-PANTH&#201;ONADE ET M&#201;MOIRE DU CONFLIT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors, faut-il br&#251;ler le camarade Hocquenghem ou faut-il le sauver ? La question ne repose pas tant sur la n&#233;cessit&#233; ou la l&#233;gitimit&#233; d'attribuer une plaque comm&#233;morative au militant Guy Hocquenghem, que de s'interroger sur ce besoin partag&#233; par le plus grand nombre de glorifier des individualit&#233;s, des h&#233;ros et des h&#233;ro&#239;nes du militantisme, ou plut&#244;t de les s&#233;questrer dans une m&#233;moire lourde et vid&#233;e de sa substance subversive (une &#171; panth&#233;onade &#187; dirait Verlaine), au lieu d'actualiser les potentialit&#233;s fortes d'un moment politique qui a cherch&#233; &#224; tout r&#233;volutionner sur son passage, y compris les sujets sensibles. La r&#233;ponse est nette : la figure de Hocquenghem est r&#233;tive &#224; toute cons&#233;cration, ce n'est pas le collectif des Grenades qui lui a r&#233;gl&#233; son compte, c'est la fa&#231;on dont lui-m&#234;me s'est cr&#233;&#233; une position r&#233;solument irr&#233;cup&#233;rable car trop entach&#233;e par ses id&#233;es impures, n&#233;gatives et antisociales qu'il a toujours assum&#233;es. Et c'est une chance pour la pens&#233;e hocquenghemienne de s'&#234;tre rendu &#224; ce point inali&#233;nable/irr&#233;cup&#233;rable. Pour qui conna&#238;t le parcours politique et philosophique de Guy Hocquenghem pressentait d&#233;j&#224; qu'un tel moment aller finir par arriver. Cela fait d&#233;j&#224; un bout de temps que lorsque l'on mentionne Hocquenghem, ses livres les plus &#171; compromettants &#187; concernant l'enfance ont fini par &#234;tre soigneusement rang&#233;s dans l'espace refoul&#233; de nos &#233;tag&#232;res mentales, &#224; savoir : &lt;i&gt;Co-Ire, Album syst&#233;matique de l'enfance&lt;/i&gt; (co-&#233;crit avec Ren&#233; Sch&#233;rer), &lt;i&gt;Les petits gar&#231;ons&lt;/i&gt; (roman prenant position &#224; l'int&#233;rieur de l'Affaire du Coral), et plusieurs de ses articles parus dans Lib&#233;ration. Ces livres en question ont souvent &#233;t&#233; retir&#233;s des biblioth&#232;ques et les &#233;diteurs ont pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;viter de renouveler leurs tirages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#233;mique n'est pas nouvelle puisqu'elle eut d&#233;j&#224; lieu dans les ann&#233;es 1970. Maintenant il nous faut nous poser la question de savoir si nous pr&#233;parons le prochain refoulement collectif sur la p&#233;dophilie en traquant les monstres et en les enfermant loin de la soci&#233;t&#233; (m&#233;thode carc&#233;rale), ou si on reprend avec patience et sinc&#233;rit&#233; la difficile exploration/remise en question de ce que peut vouloir dire une sexualit&#233; de l'enfance. En 2001, la philosophe Genevi&#232;ve Fraisse (ancienne du MLF) exprimait ceci dans les colonnes de l'&lt;i&gt;Humanit&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Je dois dire, que nous avons, nous les f&#233;ministes, v&#233;cu d&#232;s le d&#233;but ce d&#233;bat de mani&#232;re contradictoire - c'est ce qui me rend peut-&#234;tre les choses plus faciles aujourd'hui. D'un c&#244;t&#233;, nous &#233;tions totalement actrices du mouvement d'&#233;mancipation et de lib&#233;ration sexuelle ; de l'autre, on se posait, naturellement, la question des limites : quelle lib&#233;ration laisser aux enfants vis-&#224;-vis de leur propre sexualit&#233;, que dire et que leur montrer de la n&#244;tre ? Nous nous sommes tous pos&#233; ces questions. Et nous vivions tr&#232;s mal le fait que des camarades - le courant de recherche autour de &lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt;, de Guy Hocquenghem - r&#233;pondent : 'Enfants et adultes peuvent avoir une sexualit&#233; en commun'. Ils ne disaient pas 'Emparons-nous de la sexualit&#233; des enfants', mais ils d&#233;fendaient la repr&#233;sentation d'une sexualit&#233; commune adulte-enfant. Or c'&#233;tait impossible &#224; admettre pour nous autres femmes, qui savions ce qu'une telle vision signifiait pour les petites filles... Il n'y avait donc pas, d&#232;s l'origine, une conception unique de la lib&#233;ration sexuelle, mais des points de vue diff&#233;rents, des tensions, &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me combat. C'est ce que j'appelle les contradictions de l'int&#233;rieur : &lt;i&gt;c'est parce qu'on &#233;tait toutes et tous d'accord pour d&#233;noncer les contraintes pesant sur la sexualit&#233;&lt;/i&gt; que ces tensions se manifestaient. &#187; Les relations de pouvoir propres &#224; une relation adulte-enfant ne doivent effectivement pas &#234;tre &#233;cart&#233;es au nom d'une lib&#233;ration de la sexualit&#233;, et le syst&#232;me de l'enfance qu'analysent Hocquenghem et Sch&#233;rer dans &lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt; peut nous aider, en partie, &#224; r&#233;fl&#233;chir leur articulation en posant simplement la question : quel imaginaire social &lt;i&gt;entoure&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;structure&lt;/i&gt; le monde de l'enfance ? Et &#224; partir de l&#224;, quelles entreprises de pr&#233;dation peuvent en d&#233;couler ? L'ambigu&#239;t&#233; f&#233;roce que &lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt; ajoute &#224; cette question, et qui rend si difficile le dialogue avec les mouvances f&#233;ministes et queer, c'est la recherche d'un continuum de d&#233;sir viable entre un enfant et un adulte. Le probl&#232;me dans le d&#233;bat actuel serait d'emp&#234;cher &#224; nouveau cette possibilit&#233; sans chercher &#224; en complexifier les termes. On ne peut pas se contenter de faire le proc&#232;s cinquante ans plus tard d'une conflictualit&#233; interne &#224; notre soci&#233;t&#233; que les mouvements homosexuels et f&#233;ministes de l'&#233;poque avaient choisi de faire remonter &#224; la surface. Il faut &#233;galement questionner ce que refoule et cache une soci&#233;t&#233; dont les recherches porno sur youporn sont en majorit&#233; &lt;i&gt;teen&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;beurette&lt;/i&gt;, mais qui montre toujours le p&#233;dophile comme un monstre &#224; abattre froidement et la femme arabe comme une amazone indompt&#233;e. Il faut bien s'y r&#233;soudre : les d&#233;sirs refoul&#233;s d'une soci&#233;t&#233; accouchent de monstres qui disent l'horrible v&#233;rit&#233; &#224; son propos. &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment p&#233;dophile fait du p&#233;dophile l'ennemi absolu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e-Hocquenghem n'est pas une simple abstraction qu'on peut repousser par un brassement d'air, d'o&#249; sa dangerosit&#233; toujours actuelle, elle poss&#232;de un corps textuel, o&#249; vie et &#233;criture ne sont pas s&#233;par&#233;es. Cette pens&#233;e n'est jamais achev&#233;e, toujours en commencement, elle cherche &#224; activer les sujets plut&#244;t qu'&#224; &#233;pouser les objets ; et elle porte la m&#233;moire d'un conflit qui n'a toujours pas fait face &#224; la b&#233;ance de son sujet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/coire3.jpg?1731403010' width='500' height='416' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Fabriquez-vous votre boussole passionnelle&#034; (Co-ire)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;OUVERTURE DE CO-IRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour amorcer une lecture d'Hocquenghem, j'ai choisi de me pencher sur la premi&#232;re partie de &lt;i&gt;Co-ire, Album syst&#233;matique de l'enfance&lt;/i&gt; &#233;crit avec Ren&#233; Sch&#233;rer en 1977 (ils r&#233;digeront plus tard ensemble l'&lt;i&gt;&#194;me atomique&lt;/i&gt;).&lt;i&gt; Co-ire&lt;/i&gt; est un livre con&#231;u de mani&#232;re prot&#233;iforme, prenant appui sur la litt&#233;rature de l'enfance et des contes, de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt; de Carlo Collodi &#224; &lt;i&gt;L'&#201;l&#232;ve&lt;/i&gt; de Henry James, puisant dans les bandes d'enfants d&#233;crites par Marx, s'organisant en chapitres, en pause et en lude, comme des th&#232;mes musicaux. Il s'ouvre par ces phrases liminaires : &#171; Ce livre est &#233;crit en marge du Syst&#232;me qui a cr&#233;&#233; l'enfance moderne, l'a d&#233;finie, compartiment&#233;e, et la maintient moins dans un &#233;tat de suj&#233;tion et de contrainte que de consentement et de torpeur. Mais loin de nous la pr&#233;tention de l'&#233;veiller ou de dicter quoi que ce soit. Notre projet n'est pas politique, &#224; peine th&#233;orique, essentiellement descriptif. Descriptif, non enqu&#234;teur. Et c'est pourquoi nous allons d'abord et par principe aux romanciers surtout qui ont le mieux parl&#233; de l'enfance, parce qu'ils n'ont pas eu le souci de l'expliquer ni de la guider. &#187; Essentiellement descriptif, donc, car ce qu'ils supposent &#234;tre le n&#339;ud du probl&#232;me de l'enfance est sa soumission constante &#224; une bienveillante surveillance &#233;ducative et familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re partie de &lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt; intitul&#233;e &#171; Le rapt &#187; d&#233;crit les fantasmes par lesquels l'enfance est cern&#233;e (et produite), et les strat&#233;gies qu'elle met en place pour les n&#233;gocier ou s'en affranchir. Nos auteurs d&#233;plient le fantasme propre &#224; l'enfance d'&#234;tre enlev&#233; (la rencontre d'un inconnu ou d'un animal, une fugue, l'espoir d'&#234;tre un enfant adopt&#233;, le vagabondage de hordes d'enfants, le suicide, etc.) Les deux figures principales qui exercent ce contr&#244;le sur l'enfance sont la Famille et l'&#201;cole. Et celle qui le pousse &#224; violer ces lois est la figure de l'&#201;tranger, le tiers intrus faisant sauter le th&#233;or&#232;me. Par exemple, lorsque Pinocchio est retenu dans sa fugue par le Grillon lui faisant la morale, le danger qui serait sa sentence exerce sur lui une irr&#233;sistible s&#233;duction : &#171; &#201;coute-moi, Pinocchio, reviens sur tes pas, dit le Grillon - Au contraire, je veux continuer - Il se fait tard - Je veux continuer - La nuit est sombre - Je veux continuer - La route est dangereuse - Je veux continuer &#187;. La fugue est pour Pinocchio le moyen par lequel quitter la condition d'enfant &#224; laquelle Gepetto le vouait, et l'attraction du pays &#233;tranger en est le moteur. &#171; Id&#233;e redoutable et attirante, toujours &#224; double face, hors d'un impossible partage. Car le rapt est, par l'enfant, redout&#233; autant que d&#233;sir&#233; ; il est d&#233;sir&#233; par la crainte m&#234;me qu'il inspire, par la d&#233;chirure qu'il implique dans la pr&#233;sence routini&#232;re, par l'irruption &#224; la fois de l'&#233;tranger et dans l'&#233;tranger. &#187; (&lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces m&#234;mes contes qui d&#233;crivent les fonctions s&#233;ductrices de la menace sont empreints de morale, et chaque fugue, chaque aventure, chaque r&#234;verie, se terminent imp&#233;rativement par un retour au foyer : le pantin de bois reviendra dans les bras de Gepetto. Hocquenghem et Sch&#233;rer conf&#232;rent &#224; l'enfance une conscience en propre, avec ses signes qui lui appartiennent et sa fa&#231;on de les interpr&#233;ter puis d'en faire usage, qui ne sont pas les m&#234;mes que ceux du monde adulte. Je prends bien la peine de distinguer ici l'enfant de l'&lt;i&gt;enfance&lt;/i&gt;, et l'adulte du &lt;i&gt;monde adulte &lt;/i&gt; : individualit&#233;s contre syst&#232;me. Bien s&#251;r, cela ne veut pas dire que l'on doit nier le moment historique qu'ils repr&#233;sentent dans l'apprentissage et la d&#233;cadence d'un corps et d'un langage. Nous naissons, vieillissons et mourrons. Mais en tant que syst&#232;me, l'enfance n'a pas de limite, elle poursuit son existence au-del&#224; du seuil qui lui a &#233;t&#233; fix&#233; par une loi. C'est-&#224;-dire que nous sommes toujours capables d'interpr&#233;ter le monde avec cette &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, une nouvelle de Henry James qu'affectionnait particuli&#232;rement Hocquenghem, l'enfance d&#233;crite est une enfance qui met &#224; jour les mises en sc&#232;ne du monde adulte. Le petit Morgan a tout compris de la com&#233;die de ses parents qui cherchent &#224; se d&#233;charger de lui sans en assumer les cons&#233;quences financi&#232;re ni morale. L'enfant le pressent, il sait, il en a honte. Il demande &#224; son pr&#233;cepteur Pemberton de l'emmener loin de sa famille dont il se sent humili&#233; : &#171; Emmenez-moi, emmenez-moi ! &#187; Mais Pemberton appartient au monde adulte o&#249; il sait quel accord tacite le lie aux autres adultes. Il se refuse &#224; tout enl&#232;vement. Le petit Morgan cherchera alors dans cette nouvelle &#224; &#233;tablir une strat&#233;gie lui permettant de r&#233;aliser son d&#233;sir le plus cher d'&#234;tre arrach&#233; &#224; sa famille. Pour Hocquenghem et Sch&#233;rer : &#171; Elle montre l'enfant levant les masques adultes, d&#233;voilant les pr&#233;suppos&#233;s des discours, pr&#233;parant lui-m&#234;me, en rompant les complicit&#233;s l&#226;ches et en s'en assurant de nouvelles, l'enl&#232;vement qui lui permettra enfin d'&#234;tre, parce que sa propre vie y est en jeu. &#187; Le petit Morgan d&#233;nonce non seulement l'entente tacite des adultes entre eux, mais r&#233;v&#232;le aussi que cet accord est dirig&#233; contre l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE SUJET IMPUR ET LA MAJORIT&#201; SILENCIEUSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte &#224; para&#238;tre d&#233;but 2021 intitul&#233; &lt;i&gt;Terreur anale&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul B. Preciado, Terreur anale, &#201;ditions Libertalia, &#224; para&#238;tre au premier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(&#224; l'origine une postface &#224; l'&#233;dition espagnole du &lt;i&gt;D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; de Hocquenghem), Paul B. Preciado propose un commentaire aux &#339;uvres de Guy Hocquenghem, de Ren&#233; Sch&#233;rer et du FHAR sur l'enfance : &#171; Pour Sch&#233;rer, Hocquenghem et les activistes du FHAR, le syst&#232;me &#233;ducatif est le dispositif par excellence qui produit l'enfant, &#224; travers une op&#233;ration politique singuli&#232;re : la d&#233;-sexualisation du corps infantile et la disqualification de ses affects. L'enfance n'est pas un stade pr&#233;-politique mais, au contraire, un moment dans lequel les appareils biopolitiques fonctionnent de mani&#232;re tr&#232;s despotique et silencieuse sur le corps. &#187; L'argument de Preciado dans la partie de son texte consacr&#233;e &#224; la politique du FHAR sur la sexualit&#233; de l'enfance consiste &#224; comprendre le d&#233;sir comme un &#171; artefact&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Artefact : quelque chose qui a &#233;t&#233; voulu et qui n'a plus besoin de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; construit culturellement &#187; model&#233; non seulement par la violence sociale, par des incitations et des r&#233;compenses, &#171; mais aussi par la peur et l'exclusion &#187;, d&#233;terminant ainsi le paradigme sur la sexualit&#233; occidentale fond&#233;e sur la domination des corps passifs (femmes, enfants, homosexuels). Pour expliciter son propos, il rappelle la fa&#231;on dont la sexualit&#233;, avant les ann&#233;es 1970 notamment, &#233;tait r&#233;prim&#233;e et/ou circonscrite d&#232;s le plus jeune &#226;ge (interdiction de la masturbation, de l'homosexualit&#233;, privatisation de l'anus), et lorsqu'il devait y avoir une d&#233;couverte de la sexualit&#233; elle devait &#234;tre essentiellement phallique, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;construite&lt;/i&gt; pour l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; bourgeoise, r&#233;pressions et incitations, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il avance &#233;galement un positionnement qui nous int&#233;resse dans la pol&#233;mique actuelle : &#171; La r&#233;volution anale est impure &#187;. Si l'&#233;ducation que l'enfant re&#231;oit s'&#233;chine &#224; d&#233;velopper un tabou sur le plaisir anal &#224; la faveur d'une sexualit&#233; g&#233;nitale reproductrice, condamnant de ce fait l'homosexualit&#233; et l'auto&#233;rotisme comme des d&#233;sirs &lt;i&gt;honteux&lt;/i&gt;, alors la r&#233;volution qui fut men&#233;e par les activistes du FHAR et Guy Hocquenghem se devaient de &lt;i&gt;passer par l'enfance&lt;/i&gt;, berceau de nos r&#233;pressions, mais aussi d'assumer les qualit&#233;s impures d'une sexualit&#233; qui doit se reconfigurer sans mod&#232;le et sans boussole. La r&#233;volution anale se pratique &#224; t&#226;tons, en mettant sur la table collective nos fantasmes les plus honteux, les moins assumables. C'&#233;tait clairement l'objectif du num&#233;ro de la revue Recherches, &lt;i&gt;Trois milliards de pervers&lt;/i&gt;, elle aussi accus&#233;e de propagande p&#233;dophile au moment de sa sortie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par ailleurs, une version avait en ligne revu le jour au d&#233;but des ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut apprendre &#224; &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt; nos fantasmes, &#224; bien dire ou &#224; mal dire, tant l'expression de ces d&#233;sirs homosexuels jusqu'ici enferm&#233;s dans les chambres &#224; coucher et les pissoti&#232;res cherchaient &#224; rejoindre les hypoth&#232;ses r&#233;volutionnaires qui fourmillaient dans l'apr&#232;s-Mai. On pourrait m&#234;me affirmer qu'ils ont eu le courage d'affirmer les d&#233;sirs d'une soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, en les prenant &#224; leur charge et en les redistribuant &#224; l'infini &#224; qui veut bien s'en ressaisir. Il fallait parler pour que le silence cesse de parler &#224; notre place, et on sait combien il est facile de se ranger derri&#232;re un pr&#233;tendu myst&#232;re de la sexualit&#233;, de se lover dans un placard confortable et rassurant. Malheureusement pour tout le monde, les p&#233;d&#233;s ont parl&#233;. Peu de f&#233;ministes ont compris cette d&#233;marche. Mais on peut au moins relever la recension faite par les Cahiers du Grif (revue f&#233;ministe fond&#233;e en 1973 par la philosophe Fran&#231;oise Collin) de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Trois milliards de pervers &lt;/i&gt; : &#171; Ce num&#233;ro, interdit en France, risque de troubler nos lectrices (et lecteurs) aux &#226;mes et aux regards sensibles, mais il contraint &#224; aborder les probl&#232;mes avec une franchise peu commune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du Phallus comme principe l&#233;gislateur associ&#233;e &#224; une pratique anale impure &#233;tait donc au fondement de cette tomb&#233;e en enfance des homosexuels dans les ann&#233;es 1970. C'est ainsi que l'on peut affirmer avec Preciado que : &#171; Il n'y a et il ne peut y avoir de pr&#233;tention &#224; purifier le sujet politique sans prendre le risque de la normalisation, de l'oppression et de la reproduction de nouvelles exclusions. Les activistes du FHAR affirmaient un &lt;i&gt;mauvais&lt;/i&gt; sujet politique, un sujet avec des failles, qu'aucune mani&#232;re d'&#234;tre n'est purement r&#233;volutionnaire. Une r&#233;volution pure (propre) a cess&#233; d'&#234;tre une r&#233;volution anale &#187;. Que ce soit dans le &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; ou dans &lt;i&gt;Trois milliards de pervers&lt;/i&gt;, les p&#233;d&#233;s du FHAR discutaient collectivement de leurs diff&#233;rents fantasmes (relations interg&#233;n&#233;rationnelles, f&#233;tichisations des Arabes, SM, etc.), ce qui leur a &#233;t&#233; beaucoup reproch&#233;. Mais ces discussions n'&#233;taient pas des vitrines politiques : elles comportaient toutes un sens de l'analyse et de l'autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance se pr&#233;sente &#224; nous comme une majorit&#233; silencieuse. &#171; (...)Et &#224; se maintenir aux aguets de la conscience des enfants on risque fort de n'entendre que les bruits de son propre dialogue int&#233;rieur &#187; (Pontalis). Hocquenghem et les mili/tantes du FHAR ont ouvert la voie &#224; une autre exploration de l'intimit&#233;, &#224; un autre type de circulation de la parole, on ne parle pas &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt;, une exploration qui n'&lt;i&gt;avoue&lt;/i&gt; pas mais qui &lt;i&gt;donne&lt;/i&gt; de la texture (un corps textuel) aux d&#233;sirs (impurs), juste de quoi s'agripper pour pouvoir se parler enfin franchement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/liregrif.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/liregrif.jpg?1731403025' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les Cahiers du GRIF, n&#176;4, 1974.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POSTLUDE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lire Hocquenghem signifie le lire dans son ensemble (ses &#339;uvres communiquent les unes entre les autres), lire ses influences philosophiques (pour &#233;tablir sa g&#233;n&#233;alogie discursive), et le lire entre les lignes car ce qui le passionne ce sont les angles morts de la pens&#233;e politique. L'&#233;criture-Hocquenghem agit en mouvement, elle n'a pas d'objet ni de finalit&#233;, elle fait confiance &#224; nos capacit&#233;s subjectives pour transformer le r&#233;el. Qu'est-ce que cela veut dire ? L'effectuation, par l'&#233;criture et par l'agir, d'une mise en jeu permanente de soi irr&#233;ductible &#224; toute d&#233;finition cat&#233;gorielle. Mieux qu'une lib&#233;ration (qui suppose toujours une oppression en contrepoint), une &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; comme &#171; ce qui se traduit en invention, &#233;v&#233;nement, sans mod&#232;le, et sans r&#233;f&#233;rence &#224; l'oppression ou &#224; l'oppresseur. &#187; (Hannah Arendt). Une pratique de libert&#233; qui n'accepte aucun retour au bercail, une errance politique qui ne retrouve pas son foyer, &lt;i&gt;se laisser appeler par ce qui a tendance &#224; &#234;tre &#233;cart&#233;&lt;/i&gt;, tendance masochiste certes, c'est l'h&#233;ritage insurrectionnel de Guy Hocquenghem &#224; la m&#233;moire homosexuelle (une pens&#233;e non pas &#171; &lt;i&gt;en tant que... &#187;&lt;/i&gt;, mais &#171; &lt;i&gt;&#224; partir de... &#187;&lt;/i&gt;) ; alors oui effectivement, nous sommes d'accord : pas de plaque comm&#233;morative en bas de l'immeuble o&#249; il a v&#233;cu, mais pourquoi pas sur une pissoti&#232;re, aux Tuileries ou jardin du Luxembourg, l&#224; o&#249; les choses ont commenc&#233; &#224; &#233;clater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Guy Hocquenghem et Ren&#233; Sch&#233;rer, &lt;i&gt;Co-ire, Album syst&#233;matique de l'enfance&lt;/i&gt;, revue &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, no 22, 1976.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Trois milliards de pevers : Grande encyclop&#233;die des homosexualit&#233;s&lt;/i&gt;, Acratie, 1973, 2015.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Paul B. Preciado, &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/catalogue/poche/paul-b-preciado-terreur-anale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Terreur anale&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#201;ditions Libertalia, &#224; para&#238;tre en 2021.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Jean-Bertrand Pontalis, &#171; &lt;i&gt;La chambre des enfants &#187;&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Nouvelle revue de psychanalyse&lt;/i&gt;, n&#176;19, 1979.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; FHAR, &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt;, GayKitschCamp, 1971, 2013.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Carlo Collodi, &lt;i&gt;Les aventures de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, Presses de la Cit&#233;, 1969.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Henry James, &lt;i&gt;L'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, &#201;ditions 10/18, 1999.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'autres article sur Guy Hocquenghem parus dans Trou Noir : &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Trop-tard-pour-la-peur-par-Guy-Hocquenghem&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trop tard pour la peur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amaury Brelet &#224; qui l'on doit d'autres articles publi&#233;s dans &lt;i&gt;Valeurs Actuelles&lt;/i&gt; de d&#233;fense d'&#201;ric Zemmour, d'Elon Musk ou d'attaques envers &#171; l'antiracisme d&#233;lirant et les pleurnicheries LGBT &#187;. Dans son article qui revient sur l'action des Grenades (le premier &#224; la relayer je le rappelle), il assume sans complexe le glissement cat&#233;goriel d'homosexuel &#224; p&#233;dophile : &#171; l'essayiste et journaliste de Lib&#233;ration fut l'un des plus fervents militants p&#233;dophiles de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans leur &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040820/vous-naurez-pas-la-paix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manifeste publi&#233; sur un blog M&#233;diapart&lt;/a&gt;, les Grenades affirment sans complexe que Guy Hocquenghem est &#171; l'un des pires apologistes de la p&#233;docriminalit&#233; que la France ait jamais compt&#233;s &#187;. On passe donc de la d&#233;fense de la p&#233;dophilie &#224; celle de la p&#233;docriminilit&#233;, en assumant que Hocquenghem d&#233;fendrait le viol sur personnes mineures. Ce texte est notamment co-sign&#233; et soutenu par la sociologue Christine Delphy et l'historienne Ludivine Bantigny.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Bertrand Pontalis, &#171; La chambre des enfants &#187;, article paru dans un num&#233;ro de la &lt;i&gt;Nouvelle revue de psychanalyse&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; l'enfance, paru en 1979. A noter les nombreuses r&#233;f&#233;rences &#224; la psychanalyse et &#224; la psychoth&#233;rapie institutionnelle qui pars&#232;ment &lt;i&gt;Co-ire&lt;/i&gt; : Jacques Lacan, Sigmund Freud, Jean Laplanche, M&#233;lanie Klein, Maud Mannoni et Fernand Deligny.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant le r&#244;le de la Justice sur l'enfance, on peut noter l'Ordonnance du 2 f&#233;vrier 1945 (d&#233;cid&#233;ment la &#171; Lib&#233;ration &#187;...) qui fait exister les premiers juges pour enfants dans le cadre p&#233;nal, puis celle du 23 d&#233;cembre 1958 (le retour de De Gaulle) en mati&#232;re civile. Et &#224; notre &#233;poque, cr&#233;&#233;es en 2002, les premiers &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM) sont ouverts. Aujourd'hui, certaines prisons pour enfants connaissent les m&#234;mes probl&#232;mes de surpopulation que les prisons pour adultes. Pour en savoir plus, cf. &lt;a href=&#034;https://oip.org/en-bref/existe-t-il-des-prisons-speciales-pour-mineurs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article de l'OIP&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&#034;https://oip.org/communique/letablissement-pour-mineurs-de-meyzieu-en-surchauffe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le sociologue Fr&#233;d&#233;ric Martel, trop content de pouvoir encore une fois s'en prendre &#224; ces excit&#233;es radicales du FHAR qu'il fait semblant de respecter, en faisant passer Hocquenghem en fin de vie pour un &lt;i&gt;barebackeur-d'extr&#234;me-droite-p&#233;dophile-antif&#233;ministe-antis&#233;mite-psychologiquement-instable&lt;/i&gt;. Dans une chronique qu'il a donn&#233; sur france culture suite &#224; l'affaire des Grenades il explique : &#171; Contrairement &#224; la plupart des militants gays, Guy Hocquenghem a donc poursuivi ce combat immoral de la sexualit&#233; des enfants de plus en plus seul, de plus en plus marginalis&#233;, dans les ann&#233;es 1980. Ce fut son erreur et la raison de la pol&#233;mique actuelle. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Je n'ai pas lu de meilleure r&#233;ponse que &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/tribune/1996/05/30/petites-prouesses-avec-des-morts-le-rose-et-le-noir_170270?fbclid=IwAR3mxIxS481lz9rw1i2_IgVaXeNR9a5g9Wrm8XvilwVhcTusois5fRjoPv4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celle que lui faisait d&#233;j&#224; H&#233;l&#232;ne Hazera en 1996&lt;/a&gt; : &#171; Faute de comprendre les ann&#233;es 70, Fr&#233;d&#233;ric Martel cherche des &#171; leaders &#187; au FHAR, par essence antiautoritaire. C'est ainsi que l'interview de Guy Hocquenghem en 1972 au Nouvel Observateur devient un acte fondateur, et Fr&#233;d&#233;ric Martel ne l&#226;che plus &#171; ce lutin boucl&#233; &#187; (je cite'), dans un rapport malsain de fascination-d&#233;molition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul B. Preciado, &lt;i&gt;Terreur anale&lt;/i&gt;, &#201;ditions Libertalia, &#224; para&#238;tre au premier semestre 2021. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce texte, il fait le choix audacieux d'affronter, et d'expliciter, la politisation de la sexualit&#233; infantile des ann&#233;es 1970 par le FHAR : &#171; La question de l'enfance et de la sexualit&#233; de l'enfance, centrale dans les textes de Hocquenghem et du FHAR, appara&#238;t comme un nouveau tabou dans les sciences sociales, y compris dans la critique queer contemporaine. Seuls quelques auteurs comme Steven Angelides ou Lee Edelman travaillent aujourd'hui sur la critique de la ''chronologie politique du corps'' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Artefact : quelque chose qui a &#233;t&#233; voulu et qui n'a plus besoin de cette volont&#233; pour &#234;tre ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par ailleurs, une version avait en ligne revu le jour au d&#233;but des ann&#233;es 2000 expurg&#233;e de sa partie sur la p&#233;dophilie. Voir &#224; ce propos, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-lignes1-2003-1-page-75.htm#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le texte de St&#233;phane Nadaud&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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