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		<title>Le monstre Preciado</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Paul B. Preciado</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture de &#171; Je suis un monstre qui vous parle &#187; de Paul B. Preciado&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton63.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 novembre 2019, au Palais des Congr&#232;s de Paris, le philosophe transf&#233;ministe Paul B. Preciado &#233;tait invit&#233; &#224; intervenir &#224; la 49e Journ&#233;e de l'&#201;cole de la Cause freudienne, dont le th&#232;me &#233;tait consacr&#233; aux &#171; Femmes en psychanalyse &#187;, &#224; propos de sa transition de genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous pouvez lire, par ailleurs, un autre r&#233;cit de transition et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y fustige le r&#244;le que la psychanalyse joue dans la reconduction du binarisme sexuel et de genre en tant que norme. Mais il s'adresse tant &#224; la psychanalyse en tant que discipline, qu'aux psychanalystes en tant que corps vivants. Dans la salle (plus de 3000 personnes), des rires g&#234;n&#233;s, des applaudissements exag&#233;r&#233;s, des interpellations insultantes et du silence interrogateur. Cela produit un petit soubresaut dans le monde m&#233;connu de la psychanalyse, suscitant d&#233;bats, approbations et d&#233;saccords profonds au sein de la corporation. Afin de sortir cette intervention du Palais des Congr&#232;s, Preciado choisit de la publier dans sa version compl&#232;te, car seule une petite partie a pu &#234;tre prononc&#233;e dans le temps court qui lui &#233;tait imparti. Ce livre, intitul&#233; &lt;i&gt;Je suis un monstre qui vous parle&lt;/i&gt;, vient de para&#238;tre en librairie et nous vous en proposons une lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains disent que nous vivons une &#233;poque confuse, trouble, que nous manquons de rep&#232;res, et de p&#232;res, et de m&#232;res. Pourtant, c'est tr&#232;s clair, nous n'errons pas en rond dans la nuit, mais dans un jour bombard&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Front Monstrueux Insurrectionnel, &lt;i&gt;Comment on a giletjaun&#233; la marche des fiert&#233;s&lt;/i&gt;, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est bien &#233;videmment pas la premi&#232;re fois que la psychanalyse est prise &#224; partie par les n&#233;cessit&#233;s de nouvelles subjectivit&#233;s d'une &#233;poque. En 1972, Guy Hocquenghem d&#233;montrait dans &lt;i&gt;Le D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; la fonction r&#233;pressive de la psychanalyse vis-&#224;-vis de la cat&#233;gorie &#171; homosexuelle &#187; qu'elle a elle-m&#234;me particip&#233; &#224; produire. Dans les ann&#233;es 1980, Jacques Derrida et Sarah Kofman ont ouvert la voie &#224; une d&#233;construction des paradigmes qui fondent la psychanalyse. Ou encore Gayle Rubin qui appelait &#224; jeter les bases d'une th&#233;orie radicale de la sexualit&#233; en reprenant &#224; son compte les pens&#233;es psychanalytiques de Freud, de Lacan et celles structuralistes de Levi-Strauss. Ou encore la critique du &#171; familialisme &#187;, cette obsession pour le mythe &#339;dipien qui nous renvoie au tableau papa-maman, par Deleuze et Guattari avec &lt;i&gt;L'Anti-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Oedipe&lt;/i&gt;. Mais nous en sommes toujours l&#224;, en plein 21e si&#232;cle, &#224; nous d&#233;battre avec ces fichues cat&#233;gories duelles tant&#244;t lib&#233;ratrices (lorsqu'elles sont &lt;i&gt;reconnues&lt;/i&gt;) tant&#244;t ge&#244;li&#232;res (lorsqu'elles sont &lt;i&gt;incorpor&#233;es&lt;/i&gt;). Quelles sont ces cat&#233;gories duelles ? : masculin/f&#233;minin, homme/femme, h&#233;t&#233;rosexuel/homosexuel, passivit&#233;/activit&#233;, normal/pathologique, vivant/inanim&#233;, etc. Preciado entend d&#233;construire ces binarismes mystificateurs en faisant appara&#238;tre spectaculairement leurs monstruosit&#233;s r&#233;tives : &#171; Derri&#232;re les masques de la f&#233;minit&#233; et de la masculinit&#233; dominantes, derri&#232;re l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; normative, se cachent en fait de multiples formes de r&#233;sistance et de d&#233;viance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intervention est un &lt;i&gt;show&lt;/i&gt; et Paul B. Preciado ne s'en cache pas. Un &lt;i&gt;show&lt;/i&gt; moderne ayant lieu une premi&#232;re fois au Palais des Congr&#232;s, une deuxi&#232;me fois sur youtube gr&#226;ce &#224; des captations bricol&#233;es via smartphone et une troisi&#232;me fois face &#224; nous avec ce livre. Debout dans l'ar&#232;ne, &#233;cout&#233;, jug&#233;, applaudi, le monstre en cage cherche &#224; &lt;i&gt;montrer&lt;/i&gt; les barreaux de sa cage. De quoi est-elle faite ? En quel nom ? Avec quelles cons&#233;quences ? Un spectacle public de la monstruosit&#233; n&#233;cessaire pour mettre &#224; jour les mani&#232;res dont une identit&#233; (une cage) camoufle sa propre &lt;i&gt;structure&lt;/i&gt;. C'est bien tout l'art d'un &#233;difice que de cacher ses fondations. N'oublions pas que Preciado a consacr&#233; sa th&#232;se de doctorat &#224; l'architecture de la maison Playboy (&lt;i&gt;Pornotopie : Playboy et l'invention de la sexualit&#233; multim&#233;dia) &lt;/i&gt;afin d'interroger la mise en spectacle de la domesticit&#233;, c'est-&#224;-dire de la vie priv&#233;e qui s'expose publiquement. Un show donc, pour parler de sa transition d'une cage subie &#224; une cage &lt;i&gt;choisie&lt;/i&gt;, un spectacle qui commence avec la politesse de rigueur (non d&#233;nu&#233;e de sous-entendue) : &#171; J'ai l'honneur de me pr&#233;senter devant l'Acad&#233;mie pour vous faire un rapport sur ma vie d'homme trans &#187;. Il y explique qu'en transitionnant il fit de l'abandon de la f&#233;minit&#233; &#171; une strat&#233;gie fondamentale du f&#233;minisme &#187;, mais il ne voulait pas non plus devenir &#171; un homme comme les autres hommes &#187;. C'est ainsi que l'accent est port&#233; sur le d&#233;placement op&#233;r&#233; par la transition plut&#244;t que sur le point d'arriv&#233;e. Le &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; plut&#244;t que le &lt;i&gt;quoi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;40&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L184xH274/proxy-image-1a4a5.jpg?1765908709' width='184' height='274' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;El cuerpo lesbiano&#034; de Monique Wittig
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Il n'y a pas d'identit&#233; plus scl&#233;ros&#233;e, plus rigide que votre identit&#233; invisible &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;placement, le voyage, le mobile, sont des notions que Preciado (comme Deleuze et Guattari) cherche &#224; opposer au dispositif rigide de la diff&#233;rence sexuelle. Il d&#233;ploie tout un &#233;ventail de mots associ&#233;s au d&#233;placement : issue, porte de sortie, &#233;chapp&#233;e, fugitif, transfuge, talons en feu, tunnel, &#233;clipse, destituer, d&#233;coloniser, transition. Preciado reproche aux psychanalystes de ne pas suffisamment remettre en cause &#171; cette grande architecture politique que nous appelons la diff&#233;rence sexuelle &#187;. Pour illustrer son propros, il d&#233;crit d'abord sa subjectivation de femme lesbienne vivant &#224; New York puis ce qui l'am&#232;ne &#224; choisir de se subjectiver en tant qu'homme-trans. Il raconte notamment cette &#171; sc&#232;ne &#187;, un fameux jour de l'ann&#233;e 1987, o&#249; il tombe sur un exemplaire du livre de Monique Wittig, &lt;i&gt;Le corps lesbien&lt;/i&gt;, dans une librairie. &#171; En l'achetant, j'ai essay&#233; de cacher autant que possible la couverture au vendeur, incapable d'assumer la honte que repr&#233;sentait, en 1987, vouloir acqu&#233;rir un livre dont le titre &#233;tait &lt;i&gt;Le Corps lesbien&lt;/i&gt;. Et je me souviens que le libraire m'a regard&#233; avec m&#233;pris, mais aussi avec soulagement, car il avait enfin r&#233;ussi &#224; se d&#233;barrasser d'un ouvrage qui, comme s'il s'agissait d'un r&#233;cipient perfor&#233; duquel suintait un liquide infect, souillait ses &#233;tag&#232;res. Cela m'a co&#251;t&#233; 280 pesetas. Sa vraie valeur pour moi est incalculable. &#187;. C'est un moment de l'intervention o&#249; quelque chose comme une parole est en train de s'ouvrir, car en exposant ce qui est d&#233;j&#224; expos&#233; (le mot lesbien qui devient corps), cette parole ne va pas seulement chercher dans une int&#233;riorit&#233; profonde ce qui refuse d'appara&#238;tre, mais ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;, dans la lumi&#232;re, et produisant cette petite honte qui se distille en quiconque le regarde (autant Preciado que le libraire). Et on imagine tout le cheminement qu'il aura fallu, les pratiques de d&#233;viances, de chemins de traverse, pour en arriver l&#224; devant un parterre de 3500 psychanalystes. Et on pourrait se demander ce qu'a bien pu devenir ce libraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un paradoxe dans ce livre et Preciado ne s'en d&#233;fausse pas, mais il ne le pousse peut-&#234;tre pas jusqu'au bout. La psychanalyse est une pratique auquel ont recours les personnes les plus favoris&#233;es &#233;conomiquement et culturellement. Paul B. Preciado admet lui-m&#234;me qu'il a suivi une th&#233;rapie pendant dix-sept ann&#233;es. Cette discipline poss&#232;de donc des outils d'analyses qui peuvent aider &#224; emprunter ces chemins de traverse, mais &#233;galement &#224; exposer les r&#233;sultats comme en t&#233;moignent ses chroniques pour le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; par exemple. Il en appelle donc &#224; une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; psychanalyse qui tienne compte du changement de paradigme qui s'est op&#233;r&#233; dans notre soci&#233;t&#233; (et en lui). Les corps subalternes sont l&#224;, visibles, expos&#233;s, manifest&#233;s depuis plusieurs d&#233;cennies, et il s'agirait pour les psychanalystes de tenir compte de ces nouvelles apparitions paradigmatiques qu'on feint de ne pas voir. Mais ici, c'est peut-&#234;tre la notion de &lt;i&gt;paradigme&lt;/i&gt; qui est comme un caillou dans la chaussure. Preciado en donne cette d&#233;finition : &#171; Les paradigmes sont des univers de discours, dans lesquels r&#232;gnent une certaine coh&#233;rence, une certaine paix s&#233;miotico-technique, un certain accord. Mais ce ne sont pas des mondes de signification immuable. &#187; Cet accord, cette paix, agissent en vertu d'un ordre du monde, mais n'&#233;tant pas immuables, ils sont constamment menac&#233;s. Aussi, un changement de paradigme veut certes dire que les lignes bougent, qu'on passe tant&#244;t du UN au Multiple, mais s'il y a bien un fait qui ne change pas, c'est qu'il y aura toujours des choses mises dans l'ombre de ce nouvel &#233;clairage. Quel serait le r&#244;le de cette nouvelle obscurit&#233; si le paradigme de la fin de la diff&#233;rence sexuelle &#233;tait pleinement assum&#233; dans notre soci&#233;t&#233; ? Ne fonctionnerait-elle pas comme le refoul&#233; de cette &lt;i&gt;cage choisie &lt;/i&gt; ? C'est comme si le paradigme que propose de suivre Preciado &#233;tait celui de mondes multiples &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; d'un univers clos et que nous serons toujours bien en peine de voir l'au-del&#224; de la cl&#244;ture de l'univers. Persiste donc une limite infranchissable qui demande encore &#224; &#234;tre explor&#233;e. S'il est impossible, comme le sugg&#232;re Preciado, de se d&#233;barrasser r&#233;ellement de l'id&#233;e de cage, que l'on peut seulement agir avec plus ou moins de libert&#233; au sein de nos identit&#233;s, est-ce qu'on ne pourrait pas y voir ici l'&#233;laboration d'un nouveau mythe ? A savoir l'abandon d'une libert&#233; absolue.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, le choix de sa propre cage n'est qu'une rationnalisation op&#233;r&#233;e par le mythe d'une impossible libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps, Paul B. Preciado semble aussi esquisser un autre projet : le monstre. Apparaissant de-ci de-l&#224; dans le livre, le monstre semble pointer le bout de son nez quand les mots manquent pour d&#233;crire une situation totalement anarchique o&#249; nous pourrions &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; &#234;tre, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; devenir. Le &#171; monstre du divan &#187; serait cette part d'ombre folle en nous qui inqui&#232;te, qui ne prend pas peur quand un paradigme s'&#233;croule et qui esp&#232;re qu'aucun autre ne prendra la rel&#232;ve. En psychanalyse, ce qui r&#233;siste ainsi &#224; la production de sens et de v&#233;rit&#233; claire s'appelle la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrata,&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L500xH764/jesuisunmonstrequivousparle.cleaned-ea695.jpg?1765908709' width='500' height='764' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.grasset.fr/livres/je-suis-un-monstre-qui-vous-parle-9782246825562&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je suis un monstre qui vous parle&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Paul B. Preciado, Grasset, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous pouvez lire, par ailleurs, un autre r&#233;cit de transition et des questions que cela implique, cet article de Andrea Long Chu que nous avons fait para&#238;tre le mois dernier : &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Le-rose-Et-un-joyeux-nouveau-vagin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Rose. Et un joyeux nouveau vagin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#201;chographie d'une faiblesse</title>
		<link>https://trounoir.org/Echographie-d-une-faiblesse</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TrouNoir</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Genre</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Identit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Dans cette addition de &#171; je &#187; incapables de former un &#171; nous &#187;, la faiblesse devient une ressource politique et l'&#234;tre victime un statut social port&#233; en &#233;tendard. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Genre-+" rel="tag"&gt;Genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Luttes-+" rel="tag"&gt;Luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Identite-+" rel="tag"&gt;Identit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton59.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma libert&#233; commence l&#224; o&#249; s'arr&#234;te celle des autres&lt;/i&gt;, un des principaux pr&#233;ceptes du lib&#233;ralisme politique, serait tout &#224; fait compatible avec les politiques de l'identit&#233;. En effet, tout consid&#233;rer sous l'angle d'identit&#233;s oppress&#233;es serait consid&#233;rer que la faiblesse est cet &#233;tat o&#249; &lt;i&gt;les autres empi&#232;tent sur ma propre libert&#233; d'agir&lt;/i&gt;, et qu'il s'agit, pour r&#233;parer les cons&#233;quences de cette domination de se lib&#233;rer, et plus pr&#233;cis&#233;ment de &lt;i&gt;se lib&#233;rer de cet empi&#232;tement&lt;/i&gt;. Ainsi, ce texte d&#233;fend radicalement l'id&#233;e que les politiques de l'identit&#233; portent en elles cette logique lib&#233;rale de &lt;i&gt;non-empi&#233;tement&lt;/i&gt; des uns sur les autres, ce qui, en renvoyant chacun &#224; ses propres choix et &#224; son espace &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt;, emp&#234;che toute possibilit&#233; d'organisation collective et l'&#233;mergence d'un v&#233;ritable commun. C'est donc une forte prise de position politique dans les probl&#233;matiques qui traversent les luttes f&#233;ministes et queers actuelles, et qui cherche &#224; critiquer l'&#233;loge paradoxal de la faiblesse qui agite parfois les mondes militants ou universitaires (qui peuvent se voir comme des redresseurs de tort de la libert&#233; individuelle bafou&#233;e) et appelle les groupes minoritaires &#224; essayer de chercher les moyens pratiques d'augmenter leur puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Paru initialement dans &lt;a href=&#034;https://expansive.info/IMG/pdf/hl-21.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le num&#233;ro 21 de la revue &lt;i&gt;Harz Labour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le remords ne prouve pas le crime, il prouve seulement une &#226;me facile &#224; subjuguer &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Marquis de Sade&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Justine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[|* * *|]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse est cet &#233;tat que chacune a d&#233;sagr&#233;ablement exp&#233;riment&#233; &#224; un moment ou &#224; un autre de sa vie. Elle est cette fatigue qui peut pousser &#224; baiser, parce que c'est plus facile qu'argumenter pour dire non, elle est cette r&#233;signation ponctuelle qui fait ignorer la main au cul dans un bar, elle est dans toutes ces situations o&#249; le r&#233;el renvoie brutalement chaque femme &#224; sa condition de corps mis &#224; disposition. Mais au-del&#224; des v&#233;cus singuliers, la faiblesse est le produit de la diff&#233;renciation sexu&#233;e et est construite comme une propri&#233;t&#233; intrins&#232;quement f&#233;minine. Justifi&#233;e anatomiquement par la b&#233;ance du sexe f&#233;minin par les m&#233;decins, renforc&#233;e politiquement par l'id&#233;e d'un &#233;tat de minorit&#233; des femmes, elle vient l&#233;gitimer l'ensemble du fonctionnement patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse f&#233;minine est l'ensemble de la caract&#233;risation du f&#233;minin : s'appuyant sur l'id&#233;e d'une fragilit&#233; biologique et sociale, d'une incons&#233;quence toute f&#233;minine, elle est ce qui fait des femmes des petites choses fragiles qu'il s'agit de prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est par cons&#233;quent au c&#339;ur du r&#233;gime politique h&#233;t&#233;rosexuel : en imposant l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; de prot&#233;ger les femmes d'elles-m&#234;mes, en les renvoyant au biologique et &#224; leurs fonctions reproductrices, elle pose la d&#233;pendance au(x) pouvoir(s) charg&#233;(s) de les prendre en charge et les cantonne &#224; la sph&#232;re domestique. L'id&#233;e de faiblesse, en ce qu'elle suppose une incapacit&#233; au gouvernement de soi, appelle &#224; la r&#233;gulation des comportements. Elle est la mise &#224; disposition des corps f&#233;minins &#224; la puissance masculine car lorsqu'il s'agit de prot&#233;ger, il s'agit &#233;galement de dompter. Pour le r&#233;sumer bri&#232;vement, la faiblesse f&#233;minine est ce qui d&#233;poss&#232;de les femmes de leurs vies et les rend gouvernables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Loin d'&#234;tre un principe d'&#233;galit&#233; ou de r&#233;ciprocit&#233; entre les sexes, l'h&#233;t&#233;rosexisme est un syst&#232;me de pens&#233;e qui, par la conjugalit&#233; m&#234;me, et par la maternit&#233;, confirme la domination masculine dans les rapports de sexe. Il entretient les femmes dans l'id&#233;e que leur louable et g&#233;n&#233;reuse douceur les destine naturellement au service de l'homme et de la famille et, parall&#232;lement, conforte les hommes dans le sentiment que la femme leur est naturellement due, selon l'ordre des choses, et en raison aussi de leur &#171; vaillance &#187;, obscure conviction qui justifie confus&#233;ment et a priori les agressions et harc&#232;lements sexuels de toutes sortes, perp&#233;tr&#233;s parfois en toute qui&#233;tude et m&#234;me, &#233;trangement, dans un esprit de relative l&#233;gitimit&#233; qui donne &#224; croire &#224; une forme extr&#234;me de cynisme, l&#224; o&#249; il faudrait voir peut-&#234;tre une sorte de na&#239;vet&#233; paradoxale, bien entendu intol&#233;rable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louis-Georges Tin&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'h&#233;t&#233;rosexisme ? Pr&#233;cisions sur un mot important&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s d'adaptation infinies du lib&#233;ralisme lui permettent d'int&#233;grer simultan&#233;ment h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et f&#233;minisme dans les techniques de gouvernementalit&#233;. La faiblesse, en ce qu'elle offre une prise sur la vie nue, permet donc de prot&#233;ger, r&#233;primer et r&#233;guler. Or, la faiblesse se constitue en force politique &#224; pr&#233;tention h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique performative que nous appelons politique de la faiblesse est l'expression d'un certain f&#233;minisme lib&#233;ral, dont nous savons pertinemment qu'il n'est ni le seul, ni majoritaire. Dans la multitude h&#233;t&#233;rog&#232;ne, des individus aux identit&#233;s singuli&#232;res et aux oppressions sp&#233;cifiques se regroupent et se d&#233;chirent, s'allient et se ha&#239;ssent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette addition de &#171; je &#187; incapables de former un &#171; nous &#187;, la faiblesse devient une ressource politique et l'&#234;tre victime un statut social port&#233; en &#233;tendard. Toute la force de la faiblesse, toutes ses possibilit&#233;s d'h&#233;g&#233;monie en microcosme militant &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par d&#233;finition, le statut minoritaire, pens&#233; &#224; partir de la faiblesse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, reposent sur les tentatives de renvoyer toute prise de position politique d&#233;viante &#224; une violence inflig&#233;e et insupportable. &#171; Tu me fais violence &#187; et &#171; je me sens mal &#187; &#233;touffent toute potentialit&#233; conflictuelle et f&#233;conde. Et dans un espace o&#249; la l&#233;gitimit&#233; politique repose sur l'identit&#233;, toute voix dissonante est n&#233;cessairement celle de l'ennemi, de l'oppresseur, syst&#233;matiquement singulier puisque tout est toujours une question d'individu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[|* * *|]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La politique de la faiblesse, en ce qu'elle est un produit du lib&#233;ralisme, est une politique du ressenti individuel. &lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, se concentrer sur l'individu en le d&#233;sincarnant de tout lien n'a rien de tr&#232;s original, c'est le c&#339;ur du lib&#233;ralisme. Par ailleurs, l'imaginaire lib&#233;ral de l'individu entrepreneur de lui-m&#234;me se retrouve en plein dans le rapport que la politique de la faiblesse entretient avec l'identit&#233;. L&#224; o&#249; les luttes f&#233;ministes et LGBT pr&#233;c&#233;dentes, dans toutes leurs diversit&#233;s, ont pens&#233; les cat&#233;gories politiques (femmes, hommes, lesbiennes, gays, trans, etc) comme des produits des rapports sociaux, comme cat&#233;gories d'explication et de luttes, la politique de la faiblesse pr&#244;ne l'auto-d&#233;finition. Les identit&#233;s politiques, dans les luttes f&#233;ministes au sens large, peuvent &#234;tre le lieu de la rencontre entre des personnes aux v&#233;cus communs et peuvent repr&#233;senter ce par quoi il est possible de se rapporter &#224; une lutte. Il ne s'agit pas de nier ce que les identit&#233;s politiques peuvent porter en terme de subversion de la norme, ce qu'elles ont permis et permettent encore dans la construction de communaut&#233;s d'accueil pour les personnes marginalis&#233;es en raison de leurs identit&#233;s de genre et sexuelle. Toutefois le corollaire de la d&#233;finition identitaire peut &#234;tre l'enfermement dans des luttes sp&#233;cifiques relevant plus de l'am&#233;nagement des rapports existant que de la remise en cause d'un cadre normatif, politique et &#233;conomique global. Il n'en reste pas moins que ces identit&#233;s se construisent par rapport au r&#233;el et &#224; partir de l'&#234;tre. Alors que dans la politique de la faiblesse, l'individu n'est plus homme / femme / gay / trans / lesbienne / bi / non-binaire, mais &#171; il se sent &#187;. Si nous laissons les exemples les plus caricaturaux aux conservateurs et aux re&#769;actionnaires qui n'ont rien d'autre pour tenter de le&#769;gitimer leur critique du fe&#769;minisme, on ne peut que constater que cette politique du ressenti individuel est simultane&#769;ment le re&#769;sultat et une des causes de la faiblesse des luttes. Elle en est le re&#769;sultat, car quand les luttes n'ont plus la force de proposer un commun partage&#769;, il devient difficile de se sentir lie&#769; a&#768; une puissance collective, et ne subsiste plus que l'individu, tristement seul face a&#768; lui-me&#770;me et a&#768; un monde de&#769;sole&#769;. Quand la possibilite&#769; de se rattacher a&#768; un &#171; nous &#187; palpable aux incarnations concre&#768;tes s'effrite, le libe&#769;ralisme offre des identite&#769;s d'autant plus confortables qu'elles sont re&#769;duites a&#768; leur expression minimum et a&#768; leur abstraction maximum. Peu importe que nos pratiques soient he&#769;te&#769;rosexuelles, il suffirait de se sentir pansexuel pour rejoindre la communaute&#769; des opprime&#769;&#183;es, rompre l'isolement qui nous caracte&#769;rise et se sentir a&#768; nouveau lie&#769; a&#768; quelque chose, fut-il concre&#768;tement inexistant. Mais ces identite&#769;s de&#769;sincarne&#769;es deviennent la cause de la faiblesse des luttes lorsque l'expression de soi en devient la fin et le moyen. S'il est e&#769;vident que les luttes se doivent d'e&#770;tre re&#769;ellement plus inclusives, cela ne peut se faire qu'in situ et non en the&#769;orie. Casser les codes de l'AG pour penser une fluidite&#769; de la parole est un impe&#769;ratif. Le faire par un ensemble de re&#768;gles qui viennent alourdir un dispositif qui l'est suffisamment tendrait a&#768; produire l'effet inverse, en excluant quiconque n'en mai&#770;trise pas les codes. D'autant plus quand est pose&#769; en pre&#769;alable le pre&#769;suppose&#769; de ve&#769;rite&#769; absolue de toute parole domine&#769;e. Ce qui, dans un mouvement ou&#768; l'identite&#769; n'est pas pense&#769;e a&#768; partir du re&#769;el, mais du ressenti, tend a&#768; engendrer, de fait, un surinvestissement du ressenti malheureux, afin d'acque&#769;rir une le&#769;gitimite&#769; a&#768; parler.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La cate&#769;gorie de sexe est une cate&#769;gorie politique qui fonde la socie&#769;te&#769; en tant qu'he&#769;te&#769;rosexuelle. En cela, elle n'est pas une affaire d'e&#770;tre mais de relations (car les &#171; femmes &#187; et les &#171; hommes &#187; sont le re&#769;sultat de relations). La cate&#769;gorie de sexe est la cate&#769;gorie qui e&#769;tablit comme &#171; naturelle &#187; la relation qui est la base de la socie&#769;te&#769; (he&#769;te&#769;rosexuelle) et a&#768; travers laquelle la moitie&#769; de la population &#8212; les femmes &#8212; sont &#171; he&#769;te&#769;rosexualise&#769;es &#187; (la fabrication des femmes est semblable a&#768; la fabrication des eunuques, a&#768; l'e&#769;levage des esclaves et des animaux) et soumises a&#768; une e&#769;conomie he&#769;te&#769;rosexuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique Wittig&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La pense&#769;e straight&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[|* * *|]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La politique de la faiblesse se construit sur un paradoxe fondamental : revendiquant une logique guerrie&#768;re contre les oppresseurs, l'identite&#769; politique ne se constitue pourtant qu'en ne&#769;gatif, par ce qu'autrui a fait. Dans ce rapport dialectique, seules deux figures peuvent exister : celle de l'opprime&#769;, ici les femmes et celle de l'oppresseur, les hommes. Or, la&#768; ou&#768; le fe&#769;minisme mate&#769;rialiste a au moins le me&#769;rite de poser la contradiction en termes collectifs (la classe des hommes vs celle des femmes) et d'envisager la re&#769;solution sous un prisme structuraliste, la politique de la faiblesse pose le proble&#768;me en termes individuels. Tout cela ne serait qu'anecdotique si cette pre&#769;tention he&#769;ge&#769;monique ne tendait a&#768; nous enfermer dans une re&#769;-essentialisation des identite&#769;s politiques, qui s'affirme comme le nouveau mode de discrimination de l'ennemi. Ainsi, toutes celles qui refusent de se ranger dans la cate&#769;gorie opprime&#769;e sont syste&#769;matiquement renvoye&#769;es a&#768; l'oppresseur, au masculin. Dans cette perspective, le discours fe&#769;minin part ne&#769;cessairement d'une position de victime et ne peut s'exprimer que dans le ressenti, l'affect, le sensible, le singulier et le sentimental. Il y aurait donc une seule manie&#768;re le&#769;gitime d'e&#770;tre femme, qui se de&#769;finirait a&#768; partir de l'impuissance. Or, le geste fondateur de Simone de Beauvoir, ce qui en fait toute la puissance, est bien d'affirmer qu'e&#770;tre femme n'est pas une essence mais se construit dans l'existence, avec les possibilite&#769;s de subversion que cela offre. Logiquement, si toute transgression a&#768; la norme porte&#769;e par la politique de la faiblesse est conc&#807;ue comme une rupture avec le fe&#769;minin, la cate&#769;gorie &#171; femme &#187; ne peut que se re&#769;duire a&#768; son expression la plus pauvre et la plus triste, celle de victime du patriarcat. Par conse&#769;quent, nous cesserions donc d'e&#770;tre des femmes de&#768;s que nous refusons de nous de&#769;finir a&#768; partir d'un statut de victime, qui ne pourrait que signifier le constat de notre de&#769;faite par ce que cela laisse comme prise sur nos vies. Lorsque nous choisissons notre puissance collective comme point de de&#769;part, et non notre faiblesse, nous cherchons a&#768; nous extraire du rapport dialectique au masculin, et nous affirmons alors notre inde&#769;pendance. Cette affirmation d'inde&#769;pendance, si elle ne nous extrait pas pour autant des rapports genre&#769;s, est la condition de possibilite&#769; d'un rapport a&#768; la lutte qui ne soit pas une re&#769;action perpe&#769;tuelle aux agressions subies, mais au contraire l'affirmation de nos volonte&#769;s. S'il ne s'agit pas de contester qu'en re&#769;gime politique he&#769;te&#769;rosexuel, la position fe&#769;minine est tout sauf enviable, il s'agit de refuser de nous y laisser enfermer. Et si, dans ce re&#769;gime politique pre&#769;cis, et non dans un absolu qui n'existe pas, il parai&#770;t difficile de totalement de&#769;serter la cate&#769;gorie &#171; femmes &#187;, ne serait-ce que parce qu'elle produit des effets concrets sur nos vies, il s'agit au moins de ne pas l'essentialiser. Lorsque Wittig affirme que &#171; les lesbiennes ne sont pas des femmes &#187;, elle pre&#769;cise que c'est en ce qu'elles se soustraient a&#768; la norme he&#769;te&#769;rosexuelle. Par conse&#769;quent, ce qui peut e&#770;tre un point de de&#769;part (une position subalterne et la le&#769;gitime re&#769;volte face a&#768; des rapports de pouvoir s'exerc&#807;ant sur nos vies) ne peut ni e&#770;tre un point d'arrive&#769;e, ni se re&#769;soudre par un simple renversement de la norme, fonde&#769;s sur la morale du ressentiment. Or, c'est bien ce qui se produit lorsqu'on de&#769;finit l'ami et l'ennemi dans un essentialisme binaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La re&#769;volte des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-me&#770;me devient cre&#769;ateur et enfante des valeurs : le ressentiment de ces e&#770;tres, a&#768; qui la vraie re&#769;action, celle de l'action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire. [...] Ce renversement du coup d'&#339;il appre&#769;ciateur &#8212; ce point de vue ne&#769;cessairement inspire&#769; du monde exte&#769;rieur au lieu de reposer sur soi-me&#770;me &#8212; appartient en propre au ressentiment : la morale des esclaves a toujours et avant tout besoin, pour prendre naissance, d'un monde oppose&#769; et exte&#769;rieur : il lui faut, pour parler physiologiquement, des stimulants exte&#769;rieurs pour agir ; son action est foncie&#768;rement une re&#769;action. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Friedrich Nietzsche&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La ge&#769;ne&#769;alogie de la morale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[|* * *|]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La morale du ressentiment se noue dans la dialectique du mai&#770;tre et de l'esclave. En effet, de&#768;s le moment ou&#768; nous construisons notre position sociale subalterne comme identite&#769; politique, nous nous de&#769;finissons toujours a&#768; partir d'autrui, et a&#768; partir de ce qu'autrui nous fait. Comme il ne peut y avoir de mai&#770;tre sans esclave, pour exister, la figure de l'opprime&#769; a besoin de l'oppresseur. Et par conse&#769;quent, il ne peut y avoir d'oppresseur s'il n'a d'opprime&#769; sur lequel exercer son oppression. Or, si d'un co&#770;te&#769; la politique de la faiblesse n'envisage comme seule ligne de fuite que la re&#769;solution classique de la contradiction dialectique ou&#768; l'esclave prend la place du mai&#770;tre ; d'un autre co&#770;te&#769;, elle tend paradoxalement a&#768; figer les figures de la victime et du bourreau en les extrayant de tout rapport d'oppression. Dans nos luttes, cela s'incarne dans une morale affaiblissante ou&#768; tout ce qui est exprime&#769; a&#768; partir d'une position minoritaire tente de s'imposer, en dehors de toute incarnation concre&#768;te, comme ve&#769;rite&#769; et comme norme absolues. La figure du &#171; domine&#769; &#187; devient ainsi celle de l'innocence originelle, e&#769;talon de mesure du Bien et du Mal, de&#769;posse&#769;de&#769;e de toute responsabilite&#769; dans ce qui se joue, au nom de la culpabilite&#769; du dominant. Quiconque parle a&#768; partir de son ressenti se doit d'e&#770;tre entendu, quitte a&#768; mettre en pe&#769;ril toute potentialite&#769; collective. E&#769;videmment que le racisme, le sexisme, l'homophobie, la transphobie ne devraient plus avoir de place dans les luttes, e&#769;videmment qu'ils doivent e&#770;tre visibilise&#769;s pour que nous puissions avoir prise sur les processus. Pour autant, la recherche constante du plus petit de&#769;nominateur commun, trop souvent sans lien avec le re&#769;el, re&#769;duite a&#768; des de&#769;clarations d'intention ou a&#768; un concours de virtuosite&#769; dans la mai&#770;trise des codes militants, tend a&#768; produire plus d'exclusion que d'inclusion en freinant toute possibilite&#769; de rencontre ou d'e&#769;laboration commune. S'il est essentiel de remettre en cause les logiques de nos milieux et ce qu'elles peuvent avoir d'excluant, cela ne doit pas paralyser toute possibilite&#769; d'action. Or, c'est ce qui se produit de&#768;s l'instant ou&#768; on conside&#768;re que le ressenti individuel doit donner la mesure a&#768; l'envie collective et que toute posture un peu ferme ou e&#769;labore&#769;e, ne s'appuyant pas sur un &#171; je suis victime &#187;, est d'une violence insupportable. D'autant plus, qu'en cas de de&#769;saccord, il n'y a pas vraiment d'autre perspective que le concours de &#171; qui a la plus grosse oppression &#187;, ce qui est non seulement d'une me&#769;diocrite&#769; affligeante, mais met en concurrence des ve&#769;cus singuliers au lieu d'offrir une perspective commune. L'e&#769;galitarisme par la faiblesse et la fragilite&#769;, la mise en sce&#768;ne d'identite&#769;s individuelles qui s'entrechoquent dans un espace de luttes, s'opposent factuellement a&#768; une politique active de la construction de liens qui ne soient pas base&#769;s sur la pitie&#769;, et nous empe&#770;chent de prendre re&#769;ellement soin les uns des autres. La reconnaissance de la douleur d'autrui n'est pas un geste politique en soi, il est au mieux un pre&#769;alable a&#768; un geste qui ne soit pas de&#769;sincarne&#769; du re&#769;el. Se satisfaire de son ro&#770;le d'allie&#769; attendant bravement les instructions est une de&#769;possession politique totale, et plus merdique encore, une de&#769;responsabilisation absolue. Il sera toujours facile pour un mec d'apprendre les codes du discours non-oppressif, de mettre publiquement en sce&#768;ne sa de&#769;construction, de se taire en AG et de soutenir les propositions porte&#769;es par des meufs. Obe&#769;ir a&#768; la morale, suivre les re&#768;gles, participer a&#768; la reproduction de la norme, me&#770;me si cela s'ope&#768;re dans un renversement normatif, tout c&#807;a n'a rien de tre&#768;s subversif et ne vient rien bouleverser, si ce n'est vaguement des postures singulie&#768;res. Aussi paradoxal que cela puisse parai&#770;tre, sous pre&#769;texte d'e&#770;tre inclusif, e&#769;galitaire, et de ne faire violence a&#768; aucun ressenti, la re&#769;pertoriation des comportements &#171; proble&#769;matiques &#187; et la focalisation sur des normes, le plus souvent langagie&#768;res, a, la plupart du temps, pour seul effet d'ope&#769;rer une distinction entre ceux qui savent et ceux qui &#171; ne sont pas de&#769;construits &#187;, et in fine de rejeter hors de certains milieux militants ceux qui n'en mai&#770;trisent pas les codes. La de&#769;construction individuelle a, en plus de permettre d'occuper une place en montrant qu'on mai&#770;trise les codes d'un milieu, ceci de tre&#768;s pratique qu'elle n'oblige en rien a&#768; se confronter a&#768; l'action politique. Faire la liste de ses &#171; privile&#768;ges &#187; n'est en aucun cas une action sur quoi que ce soit, elle ne met en jeu que soi-me&#770;me... face a&#768; soi-me&#770;me. Et face a&#768; l'alte&#769;rite&#769;, elle ne peut relever que d'une ope&#769;ration de communication, une manie&#768;re de se vendre similaire a&#768; l'e&#769;tablissement d'une liste de compe&#769;tences sur un CV. Comme l'individu moderne va soigner son moi, son c&#807;a et son surmoi en culpabilisant sur le divan du psy, le militant 2.0 s'offre sa propre introspection en se de&#769;construisant devant son ordinateur. Cela permet par ailleurs de se laver les mains de toute prise en charge collective des questions de sexisme au nom de la priorite&#769; &#171; aux premie&#768;res concerne&#769;es &#187;. C'est me&#770;me parfaitement compatible avec le fait d'e&#770;tre un connard en prive&#769;, mais c&#807;a permet d'e&#770;tre un connard conscient d'e&#770;tre un connard. Il ne s'agit donc pas de pleurer sur une suppose&#769;e perte de pouvoir des hommes, qui pourrait nous re&#769;jouir, mais nous ne pouvons ni de&#769;sirer, ni nous satisfaire que notre seule perspective politique soit l'inversion de la norme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; C'est a&#768; ce point, pre&#769;cise&#769;ment, que se re&#769;ve&#768;le toute la complexite&#769; du brouillage entre ami.e.s et ennemi.e.s, a&#768; laquelle le fe&#769;minisme se retrouve sans cesse confronte&#769;. Une re&#769;elle transformation ne viendra pas de l'adoption d'un code de comportements irre&#769;prochables, mais bien de l'attention toujours renouvele&#769;e a&#768; l'autre et aux signes qu'il ou elle envoie, a&#768; la circulation du pouvoir, a&#768; la complexite&#769; et la profondeur des relations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premiers pas sur une corde raide&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[|* * *|]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus que cette inversion toute discursive des normes se fait surtout performative lorsqu'elle impose au groupe des formes &#171; inclusives &#187; de re&#768;glements inte&#769;rieurs, et une re&#769;gulation d'autant plus forte des comportements qu'elle se veut incontestable. Quiconque a ve&#769;cu une occupation re&#769;cente de fac a de fortes chances d'avoir e&#769;te&#769; confronte&#769;, au mieux dans un espace de&#769;termine&#769;, au pire dans tous les espaces occupe&#769;s, a&#768; la liste des comportements proscrits dans le lieu. Au nom du &lt;i&gt;safe, &lt;/i&gt;c'est a&#768; dire litte&#769;ralement, de la se&#769;curite&#769;. Et c'est peut-e&#770;tre l'un des points les plus insupportables de la politique de la faiblesse, qui tente de concilier simultane&#769;ment un discours s'appuyant sur une position de domine&#769;e qui ne&#769;cessiterait un agencement spe&#769;cifique et une logique pseudo-guerrie&#768;re contre la classe des hommes. Sa traduction concre&#768;te s'accomplissant trop souvent dans des mesures se&#769;curitaires, suite logique de la perspective dialectique, nous ne pouvons que constater que c'est ici que se rejoignent, de manie&#768;re criante, libe&#769;ralisme et politique de la faiblesse. Cre&#769;er sans cesse de nouvelles cate&#769;gories toujours plus e&#769;troites, resserrer a&#768; l'infini le quadrillage, proscrire les comportements de&#769;viants, re&#769;guler chaque geste, re&#769;affirmer de manie&#768;re coercitive de nouvelles normes, tel est le propre des formes de pouvoir libe&#769;rales que la politique de la faiblesse vient re&#769;investir sous couvert de subversion. Corollaire de l'injonction libe&#769;rale au bonheur, le bien-e&#770;tre devient la finalite&#769; des luttes, sans que ne soient jamais pense&#769;s les bouleversements positifs qui s'ope&#768;rent lorsqu'on ose se mettre en jeu dans le collectif. Le cocon confortable de l'espace safe tue de fait l'expression de nos de&#769;sirs collectifs, leurs de&#769;veloppements et leurs affirmations politiques. Les nouvelles formes de police viennent rappeler a&#768; l'ordre quiconque tente de briser la routine de luttes fades et sans saveur, norme&#769;es, codifie&#769;es, qui ne viennent que de&#769;placer dans d'autres espaces la grisaille du quotidien. Elles viennent recre&#769;er les prisons normatives que nous nous attachons a&#768; attaquer sans cesse. Paradoxalement, alors que les espaces de luttes pourraient e&#770;tre ceux de nos rencontres sur des bases volontaires et non subies (comme a&#768; l'e&#769;cole ou au travail), les polices du comportement oppressif tendent a&#768; recre&#769;er les institutions qui nous enferment ordinairement. A&#768; ne s'attacher qu'aux micro-agressions, a&#768; traquer chaque mot de&#769;viant, on annihile la fluidite&#769; d'une re&#769;action en contexte, et proportionne&#769;e a&#768; la gravite&#769; des faits. Tant que tous les actes seront mis sur le me&#770;me plan, que chaque propos sexiste sera traite&#769; comme une agression sexuelle, nous ne pourrons agir ni sur l'un, ni sur l'autre. En outre, s'il est illusoire de croire que la norme et la coercition pourront re&#769;guler tous les comportements, cela ne peut en aucun cas e&#770;tre de&#769;sirable. Partir de soi pour rencontrer l'autre dans le cadre des luttes, ce n'est pas lui imposer nos re&#768;gles, mais au contraire, accepter de s'engager, de laisser une part de soi dans la relation qui se noue. Au carcan e&#769;touffant du &lt;i&gt;safe, &lt;/i&gt;nous ne pouvons qu'opposer le frisson collectif qui s'exprime lorsque nous osons ensemble affirmer nos volonte&#769;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la saveur de chacune de nos victoires, celle du lieu arrache&#769; a&#768; sa fonctionnalite&#769; premie&#768;re pour devenir un espace d'expe&#769;rimentation, celle de la force des marches de nuits non mixtes permettant d'affirmer une pre&#769;sence dans des espaces qui nous e&#769;taient refuse&#769;s, celle d'une complicite&#769; de fait dans le danger partage&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la joie intense qui nous saisit lorsque nous nous laissons happer par l'envie commune, au lieu de sans cesse tenter de la dompter au nom de la morale. S'affranchir des codes moraux, accepter de s'abandonner a&#768; la situation, penser nos re&#769;actions en contexte et non dans un absolu the&#769;orique vide de toute signification, c'est se laisser la possibilite&#769; d'agir de manie&#768;re concerte&#769;e, et d'autant plus forte qu'elle est en prise avec le re&#769;el.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Souvent, l'approche lie&#769;e a&#768; l'identite&#769; et au style de vie est se&#769;duisante car elle cre&#769;e l'impression d'e&#770;tre engage&#769;e dans une pratique. Cependant, au sein de n'importe quel mouvement politique qui vise a&#768; transformer radicalement la socie&#769;te&#769;, la pratique ne peut pas uniquement se re&#769;sumer a&#768; cre&#769;er des espaces au sein desquels des personnes suppose&#769;es radicales expe&#769;rimenteraient la se&#769;curite&#769; et le soutien. Le mouvement fe&#769;ministe pour mettre fin a&#768; l'oppression sexiste engage activement ses participant-e-s dans un combat re&#769;volutionnaire. Et un combat, c'est rarement safe et agre&#769;able. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bell Hooks&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Ne suis-je pas une femme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par d&#233;finition, le statut minoritaire, pens&#233; &#224; partir de la faiblesse, condamne &#224; la rester socialement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La police comme symbole de la masculinit&#233; en crise</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#192; travers une analyse des discours et sur fond de crise, nous montrerons comment se construit une masculinit&#233; raciste et misogyne allant de la police jusqu'aux incels.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton64.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le v&#233;ritable mensonge n'est pas celui que l'on fait aux autres, mais celui que l'on se fait &#224; soi-m&#234;me. C'est la fa&#231;on dont nous pi&#233;tinons quotidiennement nos propres perceptions. Si bien que tant qu'il ne sera pas question de v&#233;rit&#233;, il ne sera question de rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maintenant du Comit&#233; invisible p.11 &#233;ditions la fabrique 2017&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; ce que Nicole Belloubet essaya d'enterrer par ses d&#233;clarations assurant qu'il n'existait pas de comparaison possible entre l'affaire George Floyd et celle d'Adama Traor&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25 mai 2020 &#224; Minneapolis (Minnesota, &#201;tats-Unis) George Floyd est interpell&#233; par quatre policiers, plaqu&#233; au sol et immobilis&#233; violemment, l'un des policiers exer&#231;ant une pression du genou sur son cou pendant neuf minutes. Son agonie et son d&#233;c&#232;s sont film&#233;s par des passants. Il d&#233;clare &#224; plusieurs reprises qu'il ne peut plus respirer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette sc&#232;ne se r&#233;p&#232;te tristement et la liste est longue. Adama Traor&#233; et C&#233;dric Chouviat sont d&#233;c&#233;d&#233;s r&#233;cemment dans des circonstances analogues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les commentateurs fran&#231;ais de la mort de George Floyd n'ont cess&#233; de rappeler &#224; quel point les &#201;tats-Unis et la France &#233;taient des pays diff&#233;rents, avec une soci&#233;t&#233; et une histoire diff&#233;rente. Soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces diff&#233;rences ne dissimulent pas le fait qu'il s'agit ici d'une unique situation politique. La &#171; bavure &#187; n'est pas un fait isol&#233; ou une exception, mais ce qui caract&#233;rise le fonctionnement routinier de la police. Est-il encore possible de nier que les &#233;v&#232;nements que nous venons de citer sont ins&#233;parables de l'affaire des policiers de Rouen ou des r&#233;v&#233;lations du site d'information streetpress.com concernant l'existence de groupes Facebook de milliers de membres, tous, issus des forces de l'ordre (policiers et gendarmes) et dont les messages et commentaires sont racistes et sexistes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette actualit&#233; funeste a pour m&#233;rite de mettre en lumi&#232;re certains aspects syst&#233;miques de l'institution polici&#232;re. Le racisme, la misogynie et le supr&#233;macisme blanc sont des &#233;l&#233;ments communs aux diff&#233;rentes forces de police occidentale. Et parce qu'elle est une institution qui pour fonctionner doit b&#233;n&#233;ficier de la confiance de tout un chacun et jouir d'une r&#233;putation d'exemplarit&#233; et d'impartialit&#233;, la police est dor&#233;navant expos&#233;e comme une institution en crise. C'est en analysant ses formes de discours (&#233;crits et oraux) que l'on comprendra que non seulement il ne s'agit pas de situations &#233;parses contenant des similitudes, mais qu'il s'agit bel et bien d'une m&#234;me situation se prolongeant &#224; l'infini, mais par ailleurs que la crise dont nous parlons est une crise de la masculinit&#233; dont la police est le symbole. D&#232;s qu'il s'agit de regarder d'un peu plus pr&#232;s les id&#233;es, les repr&#233;sentations et le rapport au monde des policiers, c'est &#224; chaque fois la dimension politique de la sexualit&#233; qui fait irruption dans le discours, le policier &#233;tant par excellence le garant de l'ordre symbolique masculin. Or, nous le verrons, ces discours ne sont pas r&#233;actifs. Ils sont construits, repr&#233;sentent des tendances et sont structur&#233;s par des id&#233;es politiques. Ils ont &#233;galement une histoire et des anc&#234;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre &#233;tude de cette crise de la masculinit&#233; aura pour ambition de contribuer au formidable mouvement mondial contre le racisme et les crimes de la police dont Black Lives Matters s'est fait le relais, poursuivi en France par des collectifs comme Justice pour Adama. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUESTION DE GENRE : LA MISOGYNIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 2019. Alex, un policier noir de 43 ans, en poste &#224; l'unit&#233; d'assistance administrative et judiciaire (UAAJ) de Rouen constate, sur le t&#233;l&#233;phone d'un coll&#232;gue, que son nom est cit&#233; dans les messages d'un groupe WhatsApp compos&#233; d'une dizaine de policiers. En y regardant de plus pr&#232;s, il prend la mesure du racisme et de la misogynie des propos qui sont end&#233;miques au sein de ce groupe. Le t&#233;moignage d'Alex est &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=HDrvPpxR_1g&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accessible ici&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours des policiers &#224; propos des femmes suit un sch&#233;ma pr&#233;cis. D'abord, il s'agit d'une plainte. Chaque individu se plaignant des femmes. Femmes, toujours mentionn&#233;es au pluriel et toujours anonymes. Leur discours trahit une terrible envie de reconnaissance et une haine envers les femmes de ne pas percevoir leurs valeurs. Derri&#232;re les critiques, derri&#232;re le racisme plane cette question qui r&#233;sonne en chacun de ses hommes : pourquoi pas moi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s, pour ce qui est des filles comme tu disais qui aiment bien les b&#226;tards, parce qu'en fait, pour elles, c'est des mecs qui repr&#233;sentent la s&#233;curit&#233;, tu vois, elles se sentent en s&#233;curit&#233; avec des gros b&#226;tards comme &#231;a, parce que les mecs comme toi et moi qui sont trop gentils tu vois, qui ne sont pas des connards ou des cassos, elles les croient beaucoup trop faibles &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parlant de ses &#233;changes avec ses coll&#232;gues f&#233;minines, un des policiers avance que si les femmes de son unit&#233; prenaient connaissance de ses opinions politiques, plus aucune ne lui tournerait autour. Le policier se reprend et finit par dire : &lt;i&gt;&#171; ne m'adresserait plus la parole &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc comprendre que chaque interaction avec une femme est per&#231;ue comme un rapport sensuel en puissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; T&#244;t ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement &#233;conomique ils ne sauront pas les prot&#233;ger par exemple &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En second lieu, il s'agit pour ces hommes de retrouver leur puissance perdue, leur masculinit&#233;. D'un c&#244;t&#233;, le besoin vital d'amoindrir les femmes, d'en faire des &#234;tres &#224; prot&#233;ger, mais aussi &#224; encadrer de par leur irrationalit&#233;. De l'autre, l'exaltation du groupe des hommes passant par le partage de pratiques communes, ici l'achat ill&#233;gal d'armes &#224; feu, phallus retrouv&#233;, puissance reconquise. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Moi par exemple, je suis un mec qu'elles trouvent beaucoup trop faible et beaucoup trop gentil. M&#233;fie-toi de l'eau qui dort. Parce que moi, j'ai des armes par contre. Donc, avec des armes, je serais capable de pouvoir d&#233;fendre, la d&#233;fendre mieux que le gros b&#226;tard qu'elle &#224; choisi. Mieux que son singe &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre trait marquant de ces propos concerne l'irruption du sexuel dans le champ social d&#232;s l'apparition d'une femme. Le rapport d&#233;sir/haine exprim&#233; dans les propos virils vient doubler le discours sur le f&#233;minin, l'&#234;tre &#224; prot&#233;ger devient l'&#234;tre faible et vil. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; &#192; la limite, ya que des p&#233;tasses comme X qui peuvent encore survivre parce que suivant quelle bite elles vont sucer, elles survivront. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve ce m&#234;me discours doubl&#233; lors de l'unique moment ou la cat&#233;gorie &#171; les femmes &#187; acquiert une coloration politique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Ya les f&#233;ministes, tu sais pas sur quelle fesse elles dansent ces grosses putes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les policiers parlent toujours des femmes, des choix des femmes ou du comportement des femmes, c'est que s'exprime en eux, l'impossibilit&#233; d'un rapport &#233;panoui avec celles-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sir qui transpire partout de ses discours haineux vient s'&#233;craser sur le mur de la repr&#233;sentation sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'ils sont &#171; trop gentils &#187;, ces hommes vivent leurs relations avec les femmes sous le poids du m&#233;pris ou du d&#233;faut de reconnaissance de celles-ci. Eux, les hommes bien, les gardiens des valeurs et du respect passent au second plan, m&#226;les b&#234;ta, sous-hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
''Le subalterne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si la subalternit&#233; &#233;tait assum&#233;e, alors elle pourrait ouvrir &#224; des rapports (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , c'est celui que ceux qui sont compt&#233;s, qui ont leur place dans la soci&#233;t&#233;, ne calculent pas. La subalternit&#233; sexuelle, c'est le fait de ne pas &#8220;compter&#8221; pour les autres, sous l'angle de la sexualit&#233; &#8212; de ne jamais &#234;tre calcul&#233; quand la sexualit&#233; est en jeu dans les relations humaines''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ordo sexualis &#8212; R&#233;flexions sur l'ordre [et le d&#233;sordre] sexuel. Alain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INCELS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les discours et attitudes des policiers dont il est question trouvent un &#233;cho particuli&#232;rement troublant dans les communaut&#233;s incels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Incels pour c&#233;libataires involontaires d&#233;signe des communaut&#233;s en ligne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La construction de ce genre de discours se retrouve partout en occident, particuli&#232;rement sur les r&#233;seaux sociaux. Les r&#233;seaux sociaux permettent un en-dehors qui se superpose &#224; la r&#233;alit&#233;. Alors que les policiers sont en service, ils vivent un en-dehors paradoxal, sans filtre, total.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plainte contre l'injustice de ne pas avoir acc&#232;s aux femmes, d'&#234;tre rejet&#233;s par celles-ci au profit d'hommes jug&#233;s inf&#233;rieurs, besoin d'affirmation de sa virilit&#233; contre la &#171; faiblesse &#187; des femmes, tels sont les fondements de ces communaut&#233;s virtuelles r&#233;unissant des dizaines de milliers d'hommes. Non seulement leurs id&#233;es &#224; propos des femmes sont identiques, mais en outre l'articulation des id&#233;es, les constructions grammaticales, les expressions se confondent de mani&#232;re terrifiante. Preuve d'une crise de la masculinit&#233; et de ses repr&#233;sentations. Crise profonde. Crise occidentale. Crise dont la visibilit&#233; se manifeste au travers de ses &#233;l&#233;ments les plus clivants. Le Southern Poverty Law Center, qui surveille les id&#233;ologies haineuses aux &#201;tats-Unis, vient d'ajouter des groupes de &#171; supr&#233;maciste masculin &#187;, dont les Incels, dans sa cartographie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elliot Rodger, &#233;tudiant californien m&#233;tis issu d'une famille bourgeoise d'Hollywood, se fit tristement conna&#238;tre par l'assassinat de cinq personnes. Il en blessa quatorze autres avant de se donner la mort. Dans le r&#233;cit posthume de sa vie, &lt;i&gt;My Twisted World : the story of Elliot Rodger&lt;/i&gt;, celui-ci expose son mal-&#234;tre et sa solitude provoqu&#233;s par le rejet des femmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Comment un gar&#231;on noir, inf&#233;rieur et laid pouvait-il avoir une fille blanche et pas moi ? Je suis beau et je suis &#224; moiti&#233; blanc moi-m&#234;me. Je descends de l'aristocratie britannique. Il descend d'esclaves. Je le m&#233;rite plus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il n'y avait plus aucun int&#233;r&#234;t &#224; ma vie. Je n'allais jamais perdre ma virginit&#233;. Je n'allais jamais avoir de petite amie. Parce que les filles sont repouss&#233;es par mon apparence, je n'allais jamais avoir d'enfants et transmettre mes g&#232;nes. La seule fa&#231;on dont j'aurais pu &#234;tre assez digne de belles filles, c'est si je devenais riche &#224; un jeune &#226;ge, et la foi en cette possibilit&#233; s'&#233;tait &#233;vanouie. Il n'y avait plus d'espoir. Je n'aurais jamais de relation sexuelle, jamais d'amour, jamais d'enfants. Je ne serai jamais un cr&#233;ateur, mais je pourrais &#234;tre un destructeur. La vie a &#233;t&#233; cruelle avec moi. L'esp&#232;ce humaine m'a rejet&#233; toute ma vie, malgr&#233; le fait que je sois un gentleman id&#233;al et magnifique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le mal ultime derri&#232;re la sexualit&#233; est la femelle humaine. Elles sont les principales instigatrices du sexe. Elles contr&#244;lent quels hommes l'obtiennent et lesquels n'y ont pas droit. Les femmes sont des cr&#233;atures imparfaites. Elles pensent comme des b&#234;tes et en v&#233;rit&#233;, elles sont des b&#234;tes. Les femmes sont incapables d'avoir une morale ou de penser rationnellement. Elles sont compl&#232;tement contr&#244;l&#233;es par leurs &#233;motions d&#233;prav&#233;es et leurs impulsions sexuelles viles. Pour cette raison, les hommes qui exp&#233;rimentent les plaisirs du sexe et le privil&#232;ge de se reproduire sont les hommes qui attirent sexuellement les femmes&#8230; des hommes stupides, d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s et odieux. J'ai observ&#233; cela toute ma vie. La plus belle des femmes choisit de s'accoupler avec le plus brutal des hommes, au lieu de magnifiques messieurs comme moi. Les femmes ne devraient pas avoir le droit de choisir avec qui s'accoupler et se reproduire. Cette d&#233;cision devrait &#234;tre prise par des hommes intelligents et rationnels. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous exposons ici ces longs extraits, car Elliot Rodger est devenu une ic&#244;ne de nombreux incels, et son discours est embl&#233;matique de la misogynie contemporaine cherchant &#224; colmater les escarres de la masculinit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le soulignent brillamment Alain Naze et Alain Brossat dans &lt;i&gt;Ordo Sexualis&lt;/i&gt;, le f&#233;tichisme du &#171; choix individuel &#187;, le fait d'&#234;tre choisi comme partenaire par une femme, de sortir du lot, d'&#234;tre &#233;lu, repose largement sur un mensonge. C'est d'ailleurs pour cette raison que les hommes dont il est question ici con&#231;oivent le f&#233;minin uniquement au pluriel. &lt;i&gt;&#171; Les femmes ne me comprennent pas &#187;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&#171; Les femmes ne m'ont pas choisi &#187;&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; &#171; Pourquoi n'ai-je pas &#233;t&#233; choisi ? &#187;&lt;/i&gt;. Le choix serait ainsi une sorte de code secret entre V&#201;NUS et MARS. Or, on voit bien comment l'&#233;nonc&#233; du choix individuel va se mettre &#224; &#171; fuir en flots saum&#226;tres lorsque le sujet individuel qui &#233;nonce ses pr&#233;f&#233;rences, le fera dans des formes comme : &#8220;Moi, je ne coucherai(s) jamais avec un Arabe !&#8221; ou, aussi bien, inversement : &#171; Moi, je ne baise qu'avec des Noirs, jeunes de pr&#233;f&#233;rence ! &#187;, etc. Que les choses s'&#233;noncent ou se pratiquent dans l'horizon d'une cat&#233;gorisation implicite ou explicite des partenaires sexuels &#233;ventuels, dans des termes positifs (le d&#233;sirable) ou n&#233;gatifs (le non d&#233;sirable) &#8212; c'est chaque fois la dimension politique de la sexualit&#233; qui revient au galop&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ordo sexualis &#8212; R&#233;flexions sur l'ordre [et le d&#233;sordre] sexuel. Alain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DISCRIMINATION SOCIALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit question des hommes &#171; gentils &#187; ou &#171; protecteurs &#187; de la police de Rouen ou de l'arch&#233;type du gentleman affirm&#233; par Elliot Rodger contre les Chads&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un chad est un homme consid&#233;r&#233; comme un prince charmant. Il suscite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la question sociale, celles des statuts des symboles et des valeurs, prend une importance particuli&#232;re. Car la volont&#233; de r&#233;tablir l'ordre, la volont&#233; de retrouver la place symbolique de l'homme, s'exprime non seulement par la misogynie, mais &#233;galement par la domination de ses hommes sur d'autres par leurs statuts, leurs emplois, leur naissance ou leur prestige. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Moi, je vous le dis, c'est officiel, avec ce que je viens d'entendre, c'est une pute &#224; n&#232;gre. C'est m&#234;me s&#251;r. Le probl&#232;me, c'est que de la part d'une fille de prof, &#224; la limite, je comprends, pour moi c'&#233;tait logique. Mais son p&#232;re est CRS putain &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, le prestige et le respect associ&#233; &#224; une fonction, &#224; une fonction &#171; de la maison &#187;, &#224; une fonction famili&#232;re, sont plac&#233;s au-dessus des rapports humains entretenus avec la femme dont il est question. Le sous-texte de cet extrait est &#233;videmment celui qui consiste &#224; dire que les professeurs, en plus de ne faire que discourir en opposition au policier qui est garant de l'action, ne sont que des agents du d&#233;sordre, des gauchistes qui entretiennent les id&#233;es re&#231;ues et la mauvaise image de la police. Le glissement vers le registre politique permet de marquer une rupture symbolique dans le r&#244;le des professions respectives. Pour les policiers, la fonction de &#171; gardien &#187;, de &#171; protecteur &#187; de l'ordre social et de ses valeurs est incompatible avec des fonctions et des m&#233;tiers qui favoriseraient la dissidence, l'esprit critique ou le d&#233;sordre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La fonction de &#171; protection &#187; dans la police est particuli&#232;rement importante, c'est elle qui r&#233;alise l'op&#233;ration m&#233;tonymique par laquelle le policier devient l'homme en g&#233;n&#233;ral. Prot&#233;ger prend un sens double ici. Prot&#233;ger physiquement devient prot&#233;ger financi&#232;rement. Le salaire jouant comme crit&#232;re de virilit&#233;, de fiabilit&#233;, de constance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; T&#244;t ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement &#233;conomique, ils ne sauront pas les prot&#233;ger par exemple &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Ce que ces putes n'ont pas compris, c'est que &#231;a a beau &#234;tre des racailles, des cassos&#8230; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot &#171; cassos &#187; est charni&#232;re puisque sans d&#233;finition pr&#233;cise, il permet de d&#233;finir deux camps irr&#233;conciliables. Celui des hommes &#171; bien &#187;, des bons p&#232;res, des bons agents. Avec des valeurs, une stabilit&#233; et un r&#244;le social. Et de l'autre, celui des gens de peu de moyens b&#233;n&#233;ficiant d'aides pour r&#233;ussir &#224; vivre, cachant en r&#233;alit&#233; p&#234;le-m&#234;le les banlieusards, les pauvres, les non-blancs, les marginaux et tout ce que la gauche extra-parlementaire compte de militants et d'irr&#233;ductibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le discr&#233;dit li&#233; aux moyens financiers est une mani&#232;re d'affirmer une masculinit&#233; contre une autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle de l'honn&#234;te salaire, contre celle du trafic ill&#233;gal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 juin dernier, &lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;StreetPress&lt;/a&gt; publiait une enqu&#234;te de Ronan Ma&#235;l r&#233;v&#233;lant que des milliers de fonctionnaires de police (plus de 8000 membres) partageaient des messages et des montages racistes et sexiste au sein d'un groupe Facebook priv&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite de la publication d'un article sur ce groupe s'intitulant : &#8220;Assa Traor&#233; (Justice pour Adama) lance un appel &#224; soutenir Cam&#233;lia Jordana sur les r&#233;seaux sociaux&#8221;, un d&#233;ferlement de propos haineux est imm&#233;diatement venu le commenter. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Cela doit &#234;tre dur financi&#232;rement&#8230; maintenant que son fr&#232;re &#224; rejoint le commun des mortels, elle ne peut plus jouir des recettes du trafic de stup&#233;fiants de ce dernier&#8230; ah mince &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Elle le fait gerber avec sa t&#234;te de raclure et ses id&#233;es de Cassos &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours des policiers op&#232;re une marginalisation voire une pathologisation de la condition sociale. C'est l'homme sain, le g&#233;niteur, le p&#232;re qui s&#233;pare le bon grain de l'ivraie, l'avenir (de ceux qui le m&#233;ritent) du parasitisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;RACISME &#8212; SUPREMACISME BLANC&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La binarit&#233; du monde qui s'exprime entre deux types d'hommes, les bons et les mauvais, trouve sa cl&#233; de vo&#251;te dans le racisme (dans le choix des mots, des injures, des oppositions) et le supr&#233;macisme blanc (en ce qui concerne l'id&#233;ologie, largement construite et v&#233;hicul&#233;e par l'extr&#234;me droite). C'est ainsi que l'id&#233;e d'une guerre civile raciale imminente semble une &#233;vidence partag&#233;e pour les policiers de Rouen : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Moi, ce qui m'&#233;tonne le plus, ce sont les pompiers qui essaient d'&#233;teindre un feu et les fils de putes de la gauche de merde les en emp&#234;chent. Non, balle dans la t&#234;te en fait, parce que t'es une merde. T'es une merde de gauche, tu m&#233;rites de mourir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Donc, vivement la guerre civile, vivement l'effondrement. Et moi je pense qu'il n'y a pas que la diversit&#233; qui va prendre cher, je pense que la gauche aussi, il va vraiment falloir &#233;liminer ces fils de putes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il reste quelques ann&#233;es avant l'effondrement, de toute fa&#231;on la guerre raciale est in&#233;vitable, &#231;a, c'est clair et net. C'est juste une question de temps &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'attends qu'une chose, c'est que tous ces gens cr&#232;vent. Voil&#224;, je n'ai plus envie de sauver les gens. Je me dis que tous ces gens doivent crever. &#199;a r&#233;g&#233;n&#233;rera l'esp&#232;ce humaine et surtout la race blanche. Voil&#224;, quand les gonzesses s'offrent &#224; des n&#232;gres ou &#224; des bougnoules je m'en bas les couilles si apr&#232;s elles se font d&#233;monter la gueule, buter, tout ce que tu veux. T'as voulu la couleur ? Maintenant il faut que tu paies la redevance &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le racisme est central dans les constructions mentales qui s'expriment ici. Les policiers utilisent le crit&#232;re racial pour s&#233;parer deux types d'hommes. L'&#233;tranger, l'immigr&#233;, le racis&#233;, le color&#233; et ainsi de suite se retrouvent magn&#233;tiser dans un arch&#233;type masculin qui incarne tous les probl&#232;mes sociaux dans les rapports entre les hommes et les femmes. Qui incarne &#233;galement tous les probl&#232;mes sociaux dans le rapport des hommes &#224; la France. &lt;br class='autobr' /&gt;
La forme m&#234;me des &#233;changes vient accentuer le ph&#233;nom&#232;ne. Ainsi, l&lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/1591288577-milliers-policiers-echangent-messages-racistes-groupe-facebook-racisme-violences-sexisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;'article de StreetPress&lt;/a&gt; sur les &#233;changes racistes de la police expose des commentaires &#224; propos du rassemblement contre les violences polici&#232;res, organis&#233; par Assa Traor&#233; le 2 juin &#224; Paris :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Paris ? J'ai un doute qu'on soit encore en France. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est noir de monde ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Non, c'est noir de merde ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est un peu comme le naufrage d'un p&#233;trolier ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Les KFC vont se gaver ce soir&#8230;... &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupe Facebook dont il est question ici fonctionne en relayant puis commentant des articles d'actualit&#233; mettant en jeu une dimension de s&#233;curit&#233; publique. Or, ce qui est permis par un tel fonctionnement, est la superposition, sur la r&#233;alit&#233; de chacun, d'un discours et d'une mani&#232;re de penser permise uniquement par son absence de mat&#233;rialit&#233; et son anonymat (les groupes sont priv&#233;s, et personne n'affronte le regard des autres dans ces &#233;changes. La dimension sociale qui consiste &#224; assumer un discours est ici soustraite). De ce fait, le racisme qui pourtant est central dans le fa&#231;onnage sensible du monde tel qu'expos&#233; dans nos exemples est simplement per&#231;u comme un choix individuel et priv&#233; n'affectant pas sa vie sociale. Les &#233;vidences sensibles interf&#232;rent dans les choix individuels, quand ils ne les pr&#233;d&#233;terminent pas. La masculinit&#233; en crise dont nous traitons, avance des &#233;l&#233;ments qui ont trait &#224; l'ethnicit&#233;, au genre, &#224; la condition sociale, aux caract&#233;ristiques physiques ou &#224; la religion pour former une grille de lecture intelligible du monde dans lequel chaque m&#226;le serait au centre et d&#233;barrass&#233; de la concurrence dont la virilit&#233; ou les attributs &#233;taient purs injustice. Toutefois, la crise de la masculinit&#233; n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. C'est une r&#233;currence qui poss&#232;de une histoire et dont l'exploration sommaire permettra de mieux appr&#233;hender le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MASCULINIT&#201; EN CRISE : L'HOMME DE LA D&#201;COLONISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le vice a tenu sans doute encore plus de place que le p&#233;trole dans ce qui s'est termin&#233; par la capitulation d'&#201;vian.&#8221; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par ces mots que le pamphl&#233;taire Andr&#233; Figueras d&#233;crivit la crise que traversait la France au d&#233;but des ann&#233;es 60. Apr&#232;s la guerre, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise fut transform&#233;e de fond en comble : la France qui &#233;tait encore un pays catholique fonci&#232;rement rural et imp&#233;rialiste se mua en un pays urbanis&#233;, pleinement industrialis&#233; et priv&#233; de ses colonies. Les Fran&#231;ais eurent tendance &#224; d&#233;crire ces changements intervenus dans leur mode de vie en termes de &#8220;brutale transformation&#8221;. La rapidit&#233; avec laquelle fut men&#233;e l'entreprise atteste que ces &#233;l&#233;ments, sans lesquels n'e&#251;t pu s'effectuer la modernisation, firent irruption, avec toute la force, l'excitation, la violence et l'horreur de l'authentique nouveaut&#233;. Dans &lt;i&gt;Rouler plus vite, laver plus blanc, modernisation de la France et d&#233;colonisation au tournant des ann&#233;es 60&lt;/i&gt;, Kristin Ross soutien qu'une &#233;tude approfondie du discours produit &#224; l'&#233;poque montre qu'en fait, l'adjectif &#8220;nouveau&#8221; fut le plus fr&#233;quemment accol&#233; &#224; un autre terme : celui d'homme. Au cours de cette d&#233;cennie, l'apparition de l'&#8220;homme nouveau&#8221; et l'&#233;mergence d'une nouvelle conception de la subjectivit&#233; masculine ou virile furent proclam&#233;es, c&#233;l&#233;br&#233;es, analys&#233;es et d&#233;battues de toutes parts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kristin Ross. Rouler plus vite laver plus blanc. Modernisation de la France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'extr&#234;me droite joua un r&#244;le d&#233;cisif dans ces d&#233;bats. Apr&#232;s 1962, elle imposa un discours dialectique dans lequel le ciblage de la masculinit&#233; des Arabes &#233;tait d&#233;crit comme d&#233;viante. Des expressions telles que &#8220;app&#233;tits masculins brutaux&#8221;, &#8220;hypervirilit&#233; aberrante&#8221; ou &#8220;besoins sexuels incontr&#244;lables&#8221; provoquaient &#224; la fois la haine contre des hommes repr&#233;sentant une menace (menace guerri&#232;re, mais &#233;galement menace pour l'int&#233;grit&#233; de la France m&#233;tropolitaine et pour les femmes fran&#231;aises), mais &#233;galement la jalousie face a la puissance de la virilit&#233; alg&#233;rienne. D'autre part, l'eff&#233;minement d&#233;cadent du Fran&#231;ais l'avait rendu incapable de se battre. Il &#233;tait symboliquement l'&#233;mascul&#233;. Todd Shepard, dans le premier chapitre de &lt;i&gt;M&#226;le d&#233;colonisation&lt;/i&gt; intitul&#233; : &lt;i&gt;L'extr&#234;me droite et le renouveau de l'orientalisme sexuel dans la France de l'apr&#232;s-d&#233;colonisation&lt;/i&gt;, souligne que la circulation permanente d'images et de r&#233;cits d'&#233;masculations, de violences sexuelles ou de mutilations g&#233;nitales cens&#233;es avoir &#233;t&#233; subies par l'arm&#233;e fran&#231;aise d&#233;stabilisa les Fran&#231;ais dans leur regard sur la masculinit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, la principale tactique adopt&#233;e par les auteurs et militants d'extr&#234;me droite consista &#224; mettre en sc&#232;ne la guerre d'Alg&#233;rie comme th&#233;&#226;tre d'une guerre de la virilit&#233;. En outre, comme le souligne l'historien Kevin Passmore, la France, dans ces discours, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme corrompue, assimil&#233;e &#224; une &#8220;putain&#8221; livr&#233;e &#224; la luxure, aux pulsions et aux fantasmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, Todd Shepard souligne que pour l'extr&#234;me droite, la lib&#233;ration sexuelle &#233;tait le dernier p&#233;ril en date &#224; venir menacer la race blanche. Un article de la revue extr&#233;miste R&#233;volution europ&#233;enne, en 1965, montre &#224; quel point, dans ce milieu, l'inqui&#233;tude r&#233;gnait : &#8220;&lt;i&gt;Homosexualit&#233;, &#233;rotisme : il s'agit l&#224; d'une arme utilis&#233;e contre les peuples blancs&lt;/i&gt;&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Kristin Ross montre que le tournant des ann&#233;es 60 ne peut &#234;tre appr&#233;hend&#233; qu'en maintenant le parall&#232;le entre deux histoires, celle de la modernisation et celle de la d&#233;colonisation. Celles d'un pays dominant/domin&#233;, exploitant des populations coloniales au moment m&#234;me o&#249; il se trouve amen&#233; &#224; collaborer ou fusionner avec le capitalisme am&#233;ricain. Le colonialisme ext&#233;rieur se convertit alors en &#8220;colonisation de la vie quotidienne&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toujours sur fond de crise que viennent se greffer et se d&#233;velopper des antagonismes comme la masculinit&#233; que nous examinons aujourd'hui. Les discours d'extr&#234;me droite fa&#231;onnent des repr&#233;sentations du masculin, opposant le Fran&#231;ais et l'Alg&#233;rien &#224; un moment o&#249; les arch&#233;types du masculin &#233;taient en mutation. La crise ne provoque pas un vide ou un chaos dont b&#233;n&#233;ficiaient par opportunisme les &#233;l&#233;ments extr&#234;mes. Au contraire, c'est la production d'un discours qui va venir traduire le r&#233;el, qualifiant celui-ci de crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notre exemple sur la construction discursive de la masculinit&#233; par l'extr&#234;me droite dans les ann&#233;es 60 nous am&#232;ne &#224; percevoir la masculinit&#233; comme une somme de discours, de concepts, de perceptions qui &#233;chappent &#224; la r&#233;alit&#233; sociale et affective des individus. En ce sens, elle se rapproche d'une id&#233;ologie puisqu'elle vient travailler le r&#233;el, la vie des gens, les liens tout en leur &#233;tant ext&#233;rieur. En un sens, la police en est un certain reflet. Dans &lt;i&gt;La naissance de la police moderne&lt;/i&gt;, Paolo Napoli relate la mani&#232;re dont cette institution est construite hors de la r&#232;gle commune, de la communaut&#233; et du droit :&lt;i&gt; &#8220;la police, &#224; ses d&#233;buts, n'est pas une entit&#233; juridique, mais un pouvoir de fait. Si son histoire est aussi celle de sa progressive inclusion dans le monde du droit, sa matrice, elle, est li&#233;e aux pratiques concr&#232;tes de la communaut&#233; dans laquelle elle a vu le jour, pr&#233;c&#233;dant toute forme d'&#233;laboration savante. Aucune lecture sociale, institutionnelle ou historico-juridique ne peut ignorer cette naissance ambigu&#235; de la police, qui la situe dans un espace indiff&#233;renci&#233; entre le droit et le fait. En ce sens, on peut parler d'une institution-limite : ni tout &#224; fait dans, ni tout &#224; fait hors du p&#233;rim&#232;tre du droit.&#8221; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie masculine trouve un terrain fertile pour son &#233;panouissement dans les crises. Elle trouve sa source dans des &#233;l&#233;ments et facteurs de cat&#233;gorisation. Il suffit de porter son regard sur les applications de rencontres amoureuses. Ce qui est per&#231;u et v&#233;cu comme un choix individuel d'&#233;lire une personne est en r&#233;alit&#233; le fruit d'un syst&#232;me de cat&#233;gories dont la fonction est uniquement discriminatoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les policiers, sur Facebook, se d&#233;fendent des attaques qui leur sont port&#233;es en invoquant l'humour pour qualifier leurs propos, ils repoussent le racisme hors de leur vie expliquant qu'ils connaissent bien le racisme en raison de leur fonction et qu'il ne s'agit pas de cela ici. Chaque individu choisit de se pr&#233;senter comme tel. R&#233;alit&#233; cruelle, il est incontestable que les cat&#233;gories discriminantes formant le racisme d&#233;terminent compl&#232;tement la vie sociale de ces policiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comprendre les d&#233;terminations qui sont &#224; la base de nos discours, tel est l'enjeu politique. Et seule la ma&#238;trise de ceux-ci peut permettre une affirmation, une construction qui s'oppose pan par pan &#224; la virilit&#233; de la police, pi&#232;ce ma&#238;tresse de l'&#233;chiquier symbolique de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;DIVA pour trounoir.org&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt; du Comit&#233; invisible p.11 &#233;ditions la fabrique 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si la subalternit&#233; &#233;tait assum&#233;e, alors elle pourrait ouvrir &#224; des rapports construits sous de nouvelles augures, brisant les cha&#238;nes des cat&#233;gories. Bien &#233;videmment il n'en est rien, la subalternit&#233; est refoul&#233;e. Les m&#226;les b&#234;ta ha&#239;ssent et r&#234;vent d'&#234;tre des m&#226;les alpha. Conjurant leurs conditions, ils s'accrochent &#224; ce qui devrait leur &#234;tre d&#251;, &#224; un droit-de-nature, &#224; un fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ordo sexualis &#8212; R&#233;flexions sur l'ordre [et le d&#233;sordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze &#233;ditions eterotopia france/rhizome 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Incels pour c&#233;libataires involontaires d&#233;signe des communaut&#233;s en ligne misogynes dont les membres se d&#233;finissent comme &#233;tant incapables de trouver un partenaire amoureux ou sexuel, &#233;tat qu'ils d&#233;crivent comme c&#233;libat involontaire ou inceldom. Ceux qui se proclament incels sont presque exclusivement de sexe masculin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ordo sexualis &#8212; R&#233;flexions sur l'ordre [et le d&#233;sordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze &#233;ditions eterotopia france/rhizome 2019 chapitre 4 : D'un pr&#233;tendu droit de baiser&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un chad est un homme consid&#233;r&#233; comme un prince charmant. Il suscite l'attention et les faveurs sexuelles des femmes. Ses attributs sont ceux de la beaut&#233; et de la virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kristin Ross. Rouler plus vite laver plus blanc. Modernisation de la France et d&#233;colonisation au tournant des ann&#233;es 60. &#201;ditions Flammarion, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ceci n'est pas une femme : La Jeune fille, le Trou noir et la Mort</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#171; Et c'est ainsi, tout le temps nues en public, d&#233;form&#233;es et d&#233;formables, qu'on est visible. &#187; Un texte de P&#233;rola Milman&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminin-+" rel="tag"&gt;F&#233;minin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Perola-Milman-+" rel="tag"&gt;P&#233;rola Milman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton65.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Katie Bouman, la femme derri&#232;re la premi&#232;re image r&#233;alis&#233;e d'un trou noir. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette phrase peu anodine fit les titres de l'actualit&#233; en avril 2019. La physicienne et directrice de recherches du CNRS P&#233;rola Milman nous a livr&#233; cet article qui interroge &#224; la fois la place des femmes dans le monde scientifique et notre besoin de faire-image de ce qui n'en poss&#232;de pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;ambule&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une fin d'apr&#232;s-midi, en sortant pour une course, je croise au coin de la rue une copine, voisine de quartier, biologiste au CNRS. Apr&#232;s avoir parl&#233; de nos enfants, copains de classe, nous avons vite bascul&#233; au sujet boulot, ayant toutes les deux le m&#234;me employeur et le m&#234;me m&#233;tier : chercheuses. Seule diff&#233;rence : je fais de la Physique. On discute souvent de la course infernale que nous menons contre le temps, avec un ton qui m&#233;lange complainte - pour toutes les difficult&#233;s, surtout bureaucratiques et id&#233;ologiques, qui ne font qu'augmenter avec le passage du temps et des gouvernements - et la fiert&#233; qui va avec - pour notre acharnement - et c'est bien le mot - qui nous procure ce que nous finissons par voir comme quelques r&#233;sultats positifs. Les difficult&#233;s se traduisent, entre autres, dans son cas, par des heures de sommeil perdues. Et puis dans le mien, par des journ&#233;es remplies &#224; la minute pr&#232;s, suivies avec une discipline parfois exag&#233;r&#233;e au quotidien. Nous listons donc l'une &#224; l'autre nos derni&#232;res p&#233;rip&#233;ties pour chercher tant bien que mal &#224; harmoniser un travail scientifique bien fait - donc &#224; l'&#233;chelle temporelle longue -, relativement productif - histoire de pouvoir avancer un peu dans la carri&#232;re -, l'encadrement d'&#233;tudiants, les t&#226;ches administratives, les demandes de subvention pour nos projets, nos enfants respectifs et puis pour pouvoir nous informer sur le monde, participer &#224; des manifestations politiques et culturelles, enfin : toute cette vie qui nous passionne. De fil en aiguille, en nous racontant nos respectives frustrations et petites r&#233;compenses dans chacune des activit&#233;s mentionn&#233;es et dans tant d'autres, nous finissons par nous demander - moi &#224; elle, elle &#224; moi - presque en unisson : &#8220;mais as-tu vu le dernier journal du CNRS ?&#8221;. Et nous &#233;clatons de rire, ensemble ! Oui, nous l'avions vu, toutes les deux. Et c'est pour &#231;a qu'on se sentait particuli&#232;rement comme des merdes ces jours-l&#224;. Le dernier num&#233;ro du journal nous a livr&#233; un portrait. Un portrait de femme. D'une femme qui existe, vraiment. Une femme que l'on appelait &#8220; le boss&#8221;, au journal. Une femme couverte de prix, musicienne presque pro, m&#232;re de six enfants, mince, souriante, et qui disait &#8220;que son statut de femme n'a jamais &#233;t&#233; un handicap&#8221; et &#8220;faire de la recherche n'est pas plus ais&#233; pour les gar&#231;ons que pour les filles&#8221;. Une personne remarquable, sans l'ombre d'un doute. Et en voyant cette personne fabuleuse, brillante, ma copine et moi, nous nous sommes vues toute de suite briller, nous aussi. Mais ce qui brillait, ce qui se mettait en &#233;vidence, c'&#233;taient nos incapacit&#233;s. Nos trous. Nos trous, bien que noirs, ils brillaient fort. Effectivement, ce portrait a confirm&#233; que notre impression de passer la vie &#224; ramer - et pire : &#224; ramer sans direction - n'&#233;tait peut-&#234;tre pas qu'une impression. On n'avait pas de prix, on avait chacune un nombre d'enfants qui se compte sur les doigts d'une ch&#232;vre - d'une seule patte. -, on n'&#233;tait pas des boss&#8230;et on ne faisait pas de la musique - on peinait m&#234;me pour avoir le temps d'en &#233;couter, d'ailleurs. On &#233;tait de compl&#232;tes incapables. Mais ce n'est pas grave, dirait-on. Peut &#234;tre dans une prochaine vie&#8230;et puis il y a bien de la place pour tous dans celle-ci, on n'a pas &#224; s'inqui&#233;ter. Certains naissent pour &#234;tre des palmiers, d'autres des buissons, comme dirait mon grand-p&#232;re. Et les plus m&#233;chants nous accuseraient m&#234;me d'&#234;tre jalouses, alors que finalement, la fameuse &#8220;boss', ne nous faisait pas vraiment envie : ce &#224; quoi nous pensions ce n'&#233;tait pas &#224; elle, c'&#233;tait tout simplement &#224; nous m&#234;mes. A nos propres incapacit&#233;s en tant que femmes scientifiques ch&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Antoine Petit, le pr&#233;sident de notre belle institution, habill&#233; en naturaliste, a donn&#233; des noms &#224; tout &#231;a : nous n'avons probablement pas &#233;t&#233; &#8220;s&#233;lectionn&#233;es&#8221; dans le syst&#232;me comp&#233;titif qu'est la recherche. Nous sommes probablement celles que le pr&#233;sident Macron appelle &#8220;les mauvais&#8221;. Mais on a de la chance, on peut encore continuer &#224; bosser et &#224; faire nos petites courses dans notre vie m&#233;diocre de quartier. Nous faisons encore partie de cette g&#233;n&#233;ration de chercheurs, de chercheuses qui, bien qu'incapables de se faire visibles dans les longueurs d'onde qui ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es par le pouvoir politique et scientifique actuels, ont encore le privil&#232;ge d'&#234;tre des simples fonctionnaires. Mais &#231;a changera. Et bient&#244;t, en croisant un chercheur dans la rue, on lui demandera, comme il est devenu normal de demander aux artistes : mais vous &#234;tes chercheur ? Comment &#231;a se fait qu'on n'ait jamais entendu parler de vous, alors ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Paulina&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Invisibles ? Non, les femmes ne sont pas invisibles. Cela aurait &#233;t&#233; une b&#233;n&#233;diction, d'&#234;tre invisible ! Qui n'aurait pas aim&#233;, &#234;tre invisible ? De pouvoir &#234;tre invisible ? Car qui dit invisible, dit aussi : libre. Libre de vivre, de vivre sans avoir tout le temps peur, cette peur insupportable d'&#234;tre jug&#233;e, d'&#234;tre remarqu&#233;e, de ne pas faire la bonne chose, de ne pas plaire&#8230; Cette peur m'a toujours terrifi&#233;e, et bien qu'apr&#232;s 45 ann&#233;es sur terre j'aie r&#233;ussi &#224; m'en d&#233;barrasser un peu, je n'arrive pas &#224; l'emp&#234;cher de revenir de temps en temps, par coups de ressac. Et sans me pr&#233;venir. Etre invisible &#8212; quel bonheur ! &#8212; serait de vivre sans la crainte d'&#234;tre regard&#233;e de travers, sans cette pr&#233;occupation excessive de ce que penseront les autres quand on parle, ou bien de ce qu'on parle. Ne pas h&#233;siter de longs instants avant d'ouvrir la bouche, cette petite bouche, d'o&#249; sort un souffle de voix fine, ridicule, incertaine, oscillante, tremblante, souvent b&#233;gayante, trop basse &#8212; &#8220;parlez plus fort, on vous entend pas !&#8221;. Etre invisible serait de ne pas avoir cette peur r&#233;currente de conduire une discussion riche et anim&#233;e parmi des gens &#8220;qui se comprennent entre eux&#8221; aux profondeurs des silences embarrassants pendant lesquels les autres &#233;changent des regards. Quelle r&#234;ve serait d'&#234;tre s&#251;re, convaincue &#8212; au point de ne plus y penser &#8212; de ne pas &#234;tre not&#233;e, de faire tout simplement partie du paysage, du normal, de ce qui est naturel. Etre &#224; l'aise, &#224; l'aise partout. Et puis se sentir travers&#233;e par les fils d'un tissu &#8212; des fils invisibles &#8212; qui nous unirait aux autres et nous conduirait avec eux sans que l'on n'ait &#224; rien faire. A rien penser. Quel r&#233;gal serait-ce de ne pas &#234;tre dans cet &#233;ternel d&#233;calage avec des codes myst&#233;rieux desquels on est naturellement exclue ou bien, de force, incluse. Visibles, toujours not&#233;es, remarqu&#233;es, aper&#231;ues, visibles, toujours visibles, non seulement visibles comme, par cette visibilit&#233;, mises &#224; nu. G&#234;n&#233;es. Pas &#224; l'aise. Non, les femmes ne sont pas invisibles. Tout comme dans ces r&#234;ves o&#249; l'on se retrouve, on ne sait pas bien comment, en pyjama &#224; l'&#233;cole et tout le monde nous regarde sans que l'on puisse faire quelque chose. C'est un r&#234;ve que n'ont que ceux qui sont bien visibles. Et les femmes le sont. Visibles pourtant sourdes. Sourdes, muettes et aveugles ; d&#233;pourvues de tout sens qui les connecte au monde ext&#233;rieur, au reste du monde visible : ce qu'elles voient, ce qu'elles entendent, ce qu'elles disent, ne vaut pas grande chose. Et &#231;a compte peu. Mais on a besoin d'elles. Et c'est pour cela qu'elles restent visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire de visibilit&#233; n'est pas celle de la chercheuse qui est un &#8220;boss&#8221;, bien qu'elle y soit li&#233;e. C'est plut&#244;t l'histoire de Paulina Solas, dans la pi&#232;ce &lt;i&gt;La Jeune Fille et la Mort &lt;/i&gt;de Ariel Dorfman. Dans cette pi&#232;ce (&#224; distinguer, car diff&#233;rente en des points essentiels, du film homonyme qu'elle a inspir&#233;e, dirig&#233; par Roman Polanski) la parole de Paulina est mise en doute par son propre mari lorsqu'elle reconna&#238;t son tortionnaire et violeur &#224; travers uniquement le son de sa voix et son odeur. Puisqu'elle a subi des s&#233;vices ayant les yeux band&#233;s, toute reconnaissance visuelle &#233;tait impossible. Mais sans la preuve de la vision, l'accus&#233; s'esquive, &#233;videment, et n'avoue pas ses crimes. Pas vu, pas pris. Et puis on sait bien que l'on ne peut pas se fier &#224; notre nez et &#224; notre oreille apr&#232;s tant de temps, surtout lorsqu'il s'agit d'une bonne femme sans doute &#224; la raison tourment&#233;e, envahie par des troubles d&#251;s aux traumas et &#224; sa difficult&#233; &#224; g&#233;rer ses sentiments. Mais Paulina, sans voir, a bien &#233;t&#233; vue, non seulement vue comme touch&#233;e, viol&#233;e, battue, massacr&#233;e et oblig&#233;e d'&#233;couter Schubert en m&#234;me temps, mais son &#8220;voir' &#224; elle, ce qu'elle t&#233;moigne de son v&#233;cu, ne vaut pas. Paulina n'avait rien d'une invisible. Mais quand on la voit, on voit une folle, et sa parole n'est pas cr&#233;dible. Elle est donc muette. Et on ne croit pas &#224; ses oreilles. Sourde. Paulina ne peut pas appeler un violeur un violeur, ne peut pas appeler un chat un chat. Pourtant, sa chatte en a bien &#233;t&#233; une pour le tortionnaire. Et elle &#233;tait bien visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi, tout le temps nues en public, d&#233;form&#233;es et d&#233;formables, qu'on est visible. Que nous sommes ces petits &#234;tres doutant de nous m&#234;mes - ces &#234;tres qui veulent tout le temps se corriger, qui veulent tout le temps s'effacer, devenir invisibles - et qui sont convaincus qu'ils ne doivent utiliser leurs sens que pour se dresser, pour se tromper eux-m&#234;mes, pour ressembler et pour ob&#233;ir. Ou bien pour devenir visibles tels que l'on veut les voir. On leur bande les yeux en d&#233;viant leur regard vers la famille, vers leur corps, vers le regard des hommes. Et plus r&#233;cemment, vers la somme de tout cela couronn&#233; du chapeau de la r&#233;ussite. Vers la visibilit&#233; selon un certain regard, comp&#233;titif. Visibilit&#233; de femme forte, de femme exceptionnelle, de femme exemple, de &#8220;malgr&#233; femme&#8221;. Mais cette visibilit&#233; rend aussi visibles, et de plus en plus visibles, celles qui voient briller en elles m&#234;mes - &#233;clair&#233;es par ce que l'on veut faire d'exemplaire - ce qu'elles ne sont pas. C'est de leur fait. Ainsi, elles seront de plus en plus g&#234;n&#233;es, de plus en plus &#233;cart&#233;es, de plus en plus timides, de plus en plus visibles, mais sans vue, sans regard, sans parole, sans oreilles. Ce n'est m&#234;me pas de leur faute. C'est la s&#233;lection naturelle : il n'y a que quelques longueurs d'onde qui sont visibles. C'est comme &#231;a. Elles sont comme Paulina.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L474xH292/katiebouman-f3e79.jpg?1765908709' width='474' height='292' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Trous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Til&#239;ng !&lt;/i&gt; Nouveau message WhatsApp. Ma soeur me demande : &#8220;t'as vu &#231;a ?&#8221; suivi d'un article intitul&#233; : &#8220;La femme responsable de la premi&#232;re image d'un trou noir&#8221;. Oui, j'avais vu &#8220;&#231;a&#8221; ; mais je lui ai quand m&#234;me demand&#233;, avec un brin de provocation : &#8220;tu parles du trou noir ou de la nana ?&#8221;. &#8220;Des deux !&#8221;, elle m'a r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Katherine L. Bouman, ou Katie Bouman, pourrait quasiment se dispenser de toute pr&#233;sentation aujourd'hui. Son nom et son visage ont fait le tour du monde depuis que la premi&#232;re image d'un trou noir a &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e au public, en Avril 2019. A l'&#233;poque ing&#233;nieure informatique au MIT, Bouman a fait partie du groupe d'environ 200 chercheurs qui ont contribu&#233; au projet menant &#224; cet exploit, comme elle-m&#234;me explique depuis que sa photo montrant ses mains cachant le sourire devant la vision de &#8220;l'anneau&#8221; a &#233;t&#233; partag&#233;e &#224; partir d'un &lt;i&gt;tweet&lt;/i&gt; provenant du MIT. Le MIT participe au consortium mondial EHT (Event Horizon Telescope), et l'&#233;quipe de l'institution am&#233;ricaine a contribu&#233; au d&#233;veloppement d'un algorithme pour traiter une quantit&#233; inimaginable de donn&#233;es venant de nombreux d&#233;tecteurs dispos&#233;s sur Terre pour reconstituer l'image du trou noir. Trou noir &#224; qui, en plus, on pr&#234;te des couleurs artificielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant au bureau j'ai retrouv&#233;, &#233;mu, mon coll&#232;gue : &#8220;cette photo, elle est tellement touchante, tellement spontan&#233;e, on dirait&#8230;on dirait une gamine&#8221;. Oui, Katie faisait un tabac. Et en plus, elle est jeune&#8230;et pudique ! Regarde comme elle cache son sourire&#8230; Dire qu'on a rien &#224; foutre de sa photo ne sonne pas bien. Mais enfin, qu'est-ce qu'elle cache avec ses mains ? Je ne sais pas, mais elle fait vraiment sage. Bien que, quelques semaines apr&#232;s, sur twitter :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/katie_bouman2.jpg?1731403023' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224; elle montre ses belles jambes et ne cache que son genou. Sexy. On voit bien que les chercheuses en Sciences dures peuvent aussi porter une jupe devant de vieux messieurs enferm&#233;s dans leur costard. Une femme est une femme, alors ! Et on doit le voir ! Elle a le droit d'&#234;tre &#8220;elle m&#234;me&#8221;, n'est-ce pas ? Ce n'est pas parce qu'elle est chercheuse qu'elle devrait s'habiller comme un sac, enfin. Moi aussi, je me suis d&#233;j&#224; habill&#233;e, par exemple, en &lt;i&gt;femme-qui-s'habille-en-femme-pour-montrer-que-les-femmes-chercheuses-peuvent-elles-aussi-&#234;tre-des-femmes-fatales-f&#233;minines-tout-en-&#233;tant-des-super-chercheuses-mais-qu'elles-ne-sont-pas-l&#224;-&#224;-cause-de-leur-fa&#231;on-de-s'habiller-non !-elles-le-sont-parce-qu'elles-le-m&#233;ritent-vraiment-pour-de-vrai-et-leur-fa&#231;on-de-s'habiller-n'est-pas-non-plus-pour-montrer-qu'elles-sont-des-femmes-mais-c'est-parce-qu'elles-aiment-vraiment-s'habiller-comme-&#231;a-et-en-r&#233;alit&#233;-elles-n'ont-m&#234;me-pas-pens&#233;-&#224;-tout-&#231;a&lt;/i&gt;. Parce que peut-&#234;tre que oui, elles sont des femmes fatales en plus d'&#234;tre de super chercheuses ? Ou non ? Ou elles font femmes fatales pour montrer que l'on peut l'&#234;tre et &#234;tre aussi chercheuse ? La question persiste&#8230;elle peut para&#238;tre d&#233;risoire mais croyez-moi : on se torture avec &#231;a. Comment m'habiller dans une conf&#233;rence de physique est un sujet qui m'a longtemps pris la t&#234;te : sexy ou pas sexy ? Pute ou pas pute ? Chic ou pas chic ? Moderne ou pas moderne ? Dans des environnements masculins &#224; 90 % c'est tout notre avenir et notre prog&#233;niture qui est en jeu, si on a l'&#226;ge de Katie. Selon une &#233;tude de 1999 compatible avec l'intuition de quiconque a des amis chercheurs, 45 % des femmes physiciennes ont des maris physiciens, contre 6 % d'hommes physiciens mari&#233;s &#224; des physiciennes. Et puis la bonne tenue peut aider &#224; trouver une place &#224; la table des grands pontes au &lt;i&gt;conference dinner&lt;/i&gt;. Mais je dois &#234;tre trop conservatrice car sur la photo, plus que Katie, c'est le vieux monsieur qui attire mon attention : suis-je la seule &#224; voir couler un fil de bave de sa bouche ouverte d'o&#249; sortent ses longues dents de loup ? On dirait une mise en sc&#232;ne du petit chaperon rouge, sc&#232;ne de la for&#234;t (o&#249; on se demande toujours pourquoi le loup n'a pas mang&#233; d'un coup le chaperon ?). Mais laissons Katie tranquille. Laissons les femmes-boss tranquilles. Elles ne sont que des femmes sages, sages comme une image, comme une image de femmes pour les hommes, par les hommes. Elles ne sont, finalement, que comme une image d'hommes : comme eux, elles ont besoin des autres femmes, de celles qui affirment l'&#233;chec sur lequel rebondit leur gloire. Gr&#226;ce aux autres femmes, les autres chercheuses, les mauvaises, elles peuvent dire qu'elles sont femmes, devenant ainsi (on veut leur faire croire) presque meilleures que les hommes. Et c'est bien s&#251;r les hommes qui le disent et qui le pensent. Et les autres femmes, qu'elles leur fassent r&#233;v&#233;rence. Et r&#234;vent, d'un jour, ou bien dans une autre vie, devenir, peut-&#234;tre, comme elles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire des femmes et leur trou noir invisible rendu visible ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Avec une toute autre approche que celle du tweet du MIT qui montre le trou &#224; c&#244;t&#233; de Katie, Chappatte a &#233;galement c&#233;l&#233;br&#233; la premi&#232;re vision d'un trou noir dans sa caricature au Canard Encha&#238;n&#233; du 17 avril 2019, et il a pris un autre angle pour parler de visibilit&#233; f&#233;minine. L'auteur met c&#244;te-&#224;-c&#244;te une autre femme et l'anneau, un autre anneau et le trou, un autre trou noir et l'anneau qui brille, d&#233;sormais visible. Cette fois-ci, la l&#233;gende &#233;nonce : &#8220;L'origine du monde version 2019&#8221; et, en dessous, le dessin du tableau peint par Courbet en 1886 et celui du trou noir M87*.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L460xH375/origine_-54b50.png?1765908709' width='460' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Chappatte, Le Canard Encha&#238;n&#233;. Source : Le Canard encha&#238;n&#233; du 17/04/2019
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; physique, Chappatte fait probablement r&#233;f&#233;rence aux th&#233;ories qui associent le Big Bang, &#8220;grande explosion&#8221; donnant origine &#224; l'Univers connu, &#224; un processus inverse &#224; la formation d'un trou noir. A l'origine de notre Univers il y en aurait un autre, qui apr&#232;s avoir &#8220;collaps&#233;&#8221; en trou noir, aurait explos&#233;, ce dernier &#233;tant donc &#224; l'&#8220;origine du monde&#8221;. C&#244;t&#233; trou&#8230;eh bien, c&#244;t&#233; trou, le trou montr&#233; par Chappatte remplace celui de Kate sur le twitter - le trou bouche b&#233;e bien cach&#233;e - par le sexe d'une femme. D'une femme anonyme, d'une femme incompl&#232;te, d'une femme brillamment&#8230;invisible. On peut m&#234;me emprunter les mots de Yehuda Salfati, lorsqu'il pense l'acte de circoncision, pour ensuite le mettre en parall&#232;le avec toute transformation : &lt;i&gt;rendre perfectible, c'est &#224; dire encore plus sensible &#224; la notion d'infinitude, passe par un acte de retranchement. Aussi &#233;trange que cela paraisse, achever n'est pas rajouter, mais retirer. &lt;/i&gt;Et d'un vagin ouvert on a retir&#233; le visage, certaines parties du corps&#8230;on retire le visible, ce qui peut &#234;tre de trop et, &#233;trangement, on se regarde. C'est d'ailleurs tr&#232;s dr&#244;le de se pr&#234;ter &#224; l'int&#233;ressant exercice de passer quelques minutes dans la salle du Mus&#233;e d'Orsay o&#249; est affich&#233; le tableau. On peut y voir d&#233;filer timidement les admirateurs et admiratrices, certains feintant l'indiff&#233;rence - comme certains peuvent le faire en rencontrant en chair et en os un artiste connu - d'autres simulant maladroitement intimit&#233;, essayant de refouler de fa&#231;on inhabile l'attraction qu'exerce le tableau. Il y a encore ceux qui simulent un r&#233;el int&#233;r&#234;t et amour &#224; l'art et prennent un air grave et studieux prostr&#233;s devant le tableau, dans une bataille interne pour bien cacher des signes d'all&#232;chement par une apparente observation pr&#233;tendue purement technique et profonde du tableau. C'est vrai que le tableau prime par ses d&#233;tails, et - sans chercher les raisons, qu'elles soient sociales, personnelles, traumatiques, sexuelles - il est en effet difficile de le regarder longtemps sans que l'envie de le sentir, de le toucher, de le l&#233;cher, ne s'accapare de nous. Il excite. Mais rares sont ceux qui s'y plongent et se montrent &#224; l'aise devant ce qui reste encore inconnu de la plupart&#8230;Femme sans femme, telle est la femme de Courbet. Couper est aussi occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo de Katie est l'exact oppos&#233;. Si finalement bouche et vagin ne sont pas si diff&#233;rents, l'image d'un visage sans vagin finit par &#234;tre l'oppos&#233; de celle d'un vagin sans visage. Le dessin de Chappatte met &#224; c&#244;t&#233; d'un trou noir exactement le contraire - en forme, en fond, en image - de ce que montre la photo tweet&#233;e : deux bouts oppos&#233;s d'une femme, visage/ vagin, d'en haut/d'en bas, identit&#233;/anonymat, origine/finalit&#233;, r&#233;clusion/r&#233;ussite, instant/dur&#233;e, cach&#233;/exhib&#233;&#8230;et tant d'autres oppositions. Voir la photo et le twitter nous rassure. C'est bien comme &#231;a qu'on la veut, cette femme. Elle nous guide. Elle passe des messages. A la place o&#249; on l'a mise, visible comme on veut, par le bout dont on veut. Timide, chaste, ou bien mod&#233;r&#233;ment sexy, pour plaire aux vieux messieurs sans leur faire trop peur. Et pas toute ouverte comme &#231;a. Et puis dans la foul&#233;e, son institution, le MIT, profite pour nous transmettre, lui aussi, un petit message : &#8220;regardez, les femmes peuvent aussi &#234;tre projet&#233;es comme des images, comme des h&#233;ros associ&#233;s aux d&#233;couvertes scientifiques. Et nous, au MIT, nous faisons &#231;a ! Nous mettons les femmes en avant ! Nous les valorisons ! Accessoirement, rappelez-vous de nous quand vous vous rappellerez de cette image, le consortium est mondial, mais le MIT est le plus cool. Pour votre sant&#233; mangez au moins 5 fruits et l&#233;gumes par jour. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et la fin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le trou noir occupe ainsi bien sa place : singulier entre les extr&#234;mes - qu'ils soient physiques, anatomiques, artistiques, temporels, et ainsi de suite - il y a le trou noir. Entre le visible et l'invisible. Horizon infini du genre. Il nous rappelle que l'on voit ce qu'on veut voir, que notre regard peut &#234;tre d&#233;tourn&#233;e, guid&#233;e, ou bien appropri&#233; : et ne voir que l'image de l'image. Rappelons-nous qu&#8216;une partie du travail de reconstitution de l'image de l'anneau passe par le fait de lui attribuer des couleurs dans le spectre du visible qui ne correspondent pas &#224; la longueur d'onde qu'il &#233;met. Ses vraies couleurs ont &#233;t&#233; adapt&#233;es &#224; nos yeux&#8230;mais que l'on le rende visible ou pas, m&#234;me sans que l'on ne le voie, il existe. Peut exister. Existera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;rola Milman&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;P&#233;rola Milman est physicienne et directrice de recherches au CNRS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; P.-H. Salfati, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le D&#233;voilement du Messie&lt;/i&gt;, &#233;diteurs : Fran&#231;ois Meyronnis et Yannick Haenel, Editions Multiple (2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; K. Popper, &lt;i&gt;Logique de la d&#233;couverte scientifique&lt;/i&gt;, Payot, Paris (1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; B. Morizot et E. Zhong-Mengual, &lt;i&gt;Esth&#233;tique de la Rencontre&lt;/i&gt;, l'Enigme de l'Art Contemporain, Ed. Seuil (2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nathalie Heinich, &#8220;&lt;i&gt;De la visibilit&#233;. Excellence et singularit&#233; en r&#233;gime m&#233;diatique&lt;/i&gt;&#8221;, Paris, Gallimard, &#171; Biblioth&#232;que des Sciences humaines &#187; (2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A. Dorfman, &lt;i&gt;La Jeune Fille et la Mort&lt;/i&gt;, Actes Sud-Papiers, (1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S. Bourcier, &lt;i&gt;Homo Inc.Orporated&lt;/i&gt;, le Triangle et la Licorne qui P&#232;te, Cambourakis (2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.wired.com/story/the-problem-with-rich-people-funding-science/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.wired.com/story/the-problem-with-rich-people-funding-science/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Qu'est-ce qu'un bon chercheur ?&#8221;, Programme Grain &#224; Moudre par Antoine Genton et Julie Gacon, avec Antoine Petit, St&#233;phane Beaud et Chlo&#233; Deligne, &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre-dete/du-grain-a-moudre-dete-emission-du-jeudi-11-juillet-2019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre-dete/du-grain-a-moudre-dete-emission-du-jeudi-11-juillet-2019&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Interview du 26/11/2019 avec Antoine Petit, Les Echos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre-Michel Menger, &#8220;Qu'est-ce que le talent ?&#8221;, &lt;i&gt;Cours au Coll&#232;ge de France&lt;/i&gt; (2017-2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M. Foucault, &#8220;Pouvoir et savoir&#8221;, &lt;i&gt;Dits et &#201;crits II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. Quarto (2001 [1994]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://blogs.scientificamerican.com/observations/whats-lost-when-research-is-driven-primarily-by-funding/?mc_cid=c8fba35f63&amp;mc_eid=86ded704a6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://blogs.scientificamerican.com/observations/whats-lost-when-research-is-driven-primarily-by-funding/?mc_cid=c8fba35f63&amp;mc_eid=86ded704a6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://journals.aps.org/prl/edannounce/10.1103/PhysRevLett.122.230001&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.aps.org/prl/edannounce/10.1103/PhysRevLett.122.230001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Emma, &lt;i&gt;Des princes pas si charmants et autres illusions &#224; dissiper ensemble&lt;/i&gt;, Massot Editions (2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elena Ferrante, &lt;i&gt;L'amie prodigieuse&lt;/i&gt;, livres 1 &#224; 4, Gallimard (2011).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Stonewall que vous connaissez est un mythe. Et ce n'est pas un probl&#232;me !</title>
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		<dc:date>2020-06-27T22:26:09Z</dc:date>
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		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>Stonewall</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Raconter sa propre histoire est un cadeau, mais cela signifie que vous devez composer avec les histoires des autres &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Police-+" rel="tag"&gt;Police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-International-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Luttes-+" rel="tag"&gt;Luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Stonewall-+" rel="tag"&gt;Stonewall&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton56.png?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par contraste, nous publions cet article du New York Times qui pourfend les mythes et inexactitudes &#224; propos des &#233;meutes de Stonewall tout en essayant de pr&#233;server la force transmise jusqu'&#224; aujourd'hui de cet imaginaire politique. L'analyse donne de pr&#233;cieux &#233;l&#233;ments sur notre rapport &#224; la v&#233;rit&#233; et aux symboles et permet de prendre un peu de hauteur concernant les conflits politiques inop&#233;rants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Shane O' Neill&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/vVcdrLpcN1Y&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://youtu.be/vVcdrLpcN1Y&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;tudiant en histoire LGBT pendant plus de deux d&#233;cennies. OK &#171; &#233;tudiant en histoire LGBT &#187; est une sorte de formulation fantaisiste pour un jeune introverti de 14 ans essayant de comprendre en secret les usages des bars cuir et le code foulard (les bandanas de couleurs &#233;taient utilis&#233;s par certains hommes gays pour signifier leurs int&#233;r&#234;ts sexuels particuliers) sur les sites de GeoCities. Mais chemin faisant, j'ai r&#233;ussi &#224; absorber une compr&#233;hension d&#233;cente de l'histoire gay aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le 50e anniversaire de Stonewall, j'ai fait une vid&#233;o : &#171; Qui a jet&#233; la premi&#232;re brique &#224; Stonewall ? &#187; Alerte spoiler : personne ne sait avec certitude qui l'a lanc&#233; ni m&#234;me s'il s'agit vraiment d'une brique. Mais j'ai voulu essayer de savoir pourquoi la premi&#232;re brique &#233;tait rest&#233;e un mythe si populaire. Ceux d'entre vous qui ne passent pas des heures &#224; bavarder au t&#233;l&#233;phone et &#224; discuter des concurrents de RuPaul Drag Race pourraient ne pas savoir &#224; quel point les m&#232;mes de la premi&#232;re brique sont devenus omnipr&#233;sents dans certaines communaut&#233;s virtuelles queers. Ils se r&#233;partissent en trois cat&#233;gories : les tentatives s&#233;rieuses d'honorer les g&#233;ants du mouvement LGBTQ (&#171; Marsha P. Johnson a jet&#233; la premi&#232;re brique &#224; Stonewall &#187;), l'ironie du culte de la diva (&#171; Madonna a jet&#233; la premi&#232;re brique &#224; Stonewall &#187;) et la mise-en-boite satirique des c&#233;l&#233;brit&#233;s h&#233;t&#233;ros qui surestiment leur main tendue pour &#234;tre alli&#233;s des queers (&#171; Nick Jonas a jet&#233; la premi&#232;re brique &#224; Stonewall &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
J'adore les m&#232;mes idiots de la premi&#232;re brique &#8212; mon pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; ce jour &#233;tant que Toadette de Mario Kart a jet&#233; la premi&#232;re brique &#8212; mais ceux, sinc&#232;res qui ont cr&#233;dit&#233; Sylvia Rivera ou Marsha P. Johnson d'avoir incit&#233; au soul&#232;vement de Stonewall m'a fait faire une pause. L'impact de Mme Rivera et de Mme Johnson sur les mouvements trans et gay ne doit pas &#234;tre m&#233;sestim&#233;, mais il ne faut pas beaucoup de fouilles pour apprendre qu'elles n'ont pas d&#233;clench&#233; la r&#233;volte de Stonewall.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne devrait surprendre personne qu'internet puisse diffuser de la d&#233;sinformation, mais pourquoi ce fantasme particulier de Stonewall a-t-il pris une telle importance dans l'imagination queer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le savoir, j'ai interview&#233; des personnes qui ont particip&#233; au soul&#232;vement de Stonewall, des historiens qui ont consacr&#233; des ann&#233;es &#224; &#233;tudier l'histoire du mouvement LGBTQ et des &#233;crivains queers contemporains. Il s'av&#232;re que ce n'&#233;tait pas seulement la question de qui a lanc&#233; la premi&#232;re brique : apparemment, personne n'arrive &#224; s'entendre sur presque tout en ce qui concerne Stonewall. A-t-on jet&#233; une brique, un pav&#233; ou des pierres ? L'atmosph&#232;re dans la rue &#233;tait-elle amusante et festive ou lourde et violente ? Les patrons du Stonewall Inn pleuraient-ils la mort de Judy Garland cette nuit-l&#224; ? Personne n'a pu parvenir &#224; un consensus sur ces questions et sur bien d'autres. En un sens, j'ai &#233;t&#233; confort&#233; par les d&#233;saccords des g&#233;n&#233;rations LGBTQ pr&#233;c&#233;dentes. Durant le tournage de la vid&#233;o, je me suis retrouv&#233; plus d'une fois &#224; penser : &#171; Vous voyez ? La g&#233;n&#233;ration Y n'a pas invent&#233; les querelles intestines ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais j'ai aussi commenc&#233; &#224; voir ces d&#233;saccords comme fondamentaux dans cette histoire. Lorsque j'ai interview&#233; Mark Segal, qui &#233;tait pr&#233;sent plusieurs nuits durant aux manifestations de Stonewall et qui &#233;tait l'un des premiers membres du Gay Liberation Front, il d&#233;crivit le GLF comme &#224; la fois &#171; l'organisation la plus dysfonctionnelle qui ait jamais exist&#233; dans la communaut&#233; LGBT &#187; et &#171; litt&#233;ralement pourquoi nous avons tout ce que nous avons aujourd'hui &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, le GLF qui &#233;tait la premi&#232;re organisation activiste queer form&#233;e apr&#232;s Stonewall a discut&#233; de tout &#8212; sa structure, son objectif, son leadership, sa mission et ainsi de suite. Mon anecdote pr&#233;f&#233;r&#233;e &#233;tait un d&#233;saccord quant &#224; savoir si la barbe masculine &#233;tait une insulte machiste aux femmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le GLF a &#233;galement pr&#233;par&#233; le terrain pour l'un des mouvements de d&#233;fense des droits civiques les plus r&#233;ussis aux &#201;tats-Unis. Moins d'un an apr&#232;s les &#233;meutes de Stonewall, le GLF organisa simultan&#233;ment dans trois villes, trois marches des fiert&#233;s gays &#8212; avant m&#234;me que le concept de &#171; gay pride parade &#187; n'ait exist&#233;. Ils ont ensuite cr&#233;&#233; le premier centre communautaire LGBTQ et la premi&#232;re organisation pour les jeunes homosexuels et, d'apr&#232;s ce qu'on m'a dit, ils n'ont jamais cess&#233; de d&#233;battre. Et cela a &#233;t&#233; une r&#233;v&#233;lation pour moi &#8212; un d&#233;saccord n'&#233;tait pas synonyme d'inefficacit&#233;. Il y a beaucoup d'inqui&#233;tude sur les d&#233;saccords dans ma communaut&#233;. J'entends des choses comme : &#171; Nous ne pouvons rien faire parce que nous ne faisons que discuter &#187; ou &#171; On s'entre-d&#233;vore au lieu de nous regrouper &#187;. La production de cette vid&#233;o et la r&#233;alisation de ces interviews m'ont rappel&#233; que s&#233;parer le d&#233;saccord de l'efficacit&#233; est une fausse opposition. Certes, les d&#233;bats du GLF se d&#233;roulaient face-&#224;-face alors que les d&#233;saccords dans ma communaut&#233; sont largement att&#233;nu&#233;s par les algorithmes et les plateformes des r&#233;seaux sociaux &#8212; et donc finalement contr&#244;l&#233; par l'argent et le capital. Mais apr&#232;s avoir parl&#233; avec de nombreux a&#238;n&#233;s LGBTQ, je me m&#233;fie plus des r&#233;seaux sociaux que des d&#233;saccords eux-m&#234;mes. Cinquante ans apr&#232;s Stonewall, nous d&#233;battons toujours sur ce qui s'est pass&#233; cette nuit-l&#224;. Et c'est bien l&#224; le probl&#232;me : les &#233;v&#232;nements de Stonewall &#233;taient, &#224; la base, &#224; propos de gens se r&#233;appropriant leurs r&#233;cits face &#224; ceux qui les qualifiaient de malades, de pitoyables, voire comme &#233;tant priv&#233;s d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconter sa propre histoire est un don, mais cela signifie que vous devez composer avec les histoires des autres, et je suppose que cela peut signifier se disputer, peut-&#234;tre pendant 50 ans d'affil&#233;e. Et c'est OK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traduit de l'am&#233;ricain par Tati-Gabrielle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#233;meutes de Stonewall PARTIE 2 - Diaporama</title>
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		<dc:subject>Reportage</dc:subject>
		<dc:subject>Stonewall</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Photos comment&#233;es des &#233;meutes de Stonewall.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Reportage-+" rel="tag"&gt;Reportage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Stonewall-+" rel="tag"&gt;Stonewall&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton51.jpg?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;677&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/01.jpg?1731402989' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;STONEWALL INN
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le Stonewall Inn est un bar situ&#233; &#224; Greenwich Village dans la ville de New York. Il a servi de refuge dans les ann&#233;es 1960 &#224; la communaut&#233; gay, lesbienne et transgenre de la ville. Aux premi&#232;res heures du 28 juin 1969, la police de New York (NYPD) effectue une descente au Stonewall avec un mandat d'arr&#234;t. Elle brutalise les clients et arr&#234;te des gens pour la vente d'alcool de contrebande et autres infractions (incluant des d&#233;lits et trop de d&#233;sordre). D'autres policiers arrivent en renfort. La foule laisse &#233;clater sa col&#232;re apr&#232;s que la police ait brutalis&#233; une femme v&#234;tue de v&#234;tements masculins qui s'&#233;tait plainte que ses menottes &#233;taient trop serr&#233;es.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;353&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/02.jpg?1731402989' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;LE CONTROLE DE LA MAFIA
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; l'&#233;poque, la plupart des bars et clubs gays de New York &#233;taient contr&#244;l&#233;s par la mafia qui payait des officiers corrompus pour regarder ailleurs et qui pratiquait l'extorsion sur sa riche client&#232;le homosexuelle par la menace de l'outing. Ici, des manifestants sont rassembl&#233;s devant un bar gay de New York, Christopher's End.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;418&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/03.jpg?1731402990' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;LES &#201;MEUTES
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; l'aube du 28 juin 1969, la police effectue une descente surprise au Stonewall Inn. Arm&#233;s d'un mandat, les policiers malmen&#232;rent et arr&#234;t&#232;rent des employ&#233;s et des clients au motif de vente ill&#233;gale d'alcool et de trouble &#224; l'ordre public. L'&#233;meute &#233;clata apr&#232;s l'arriv&#233;e de renforts lorsque qu'une femme, &#224; l'apparence masculine re&#231;ut des coups apr&#232;s s'&#234;tre plaint que ses menottes &#233;taient trop serr&#233;es.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;573&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/04.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/04.jpg?1731402990' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;LES D&#201;G&#194;TS
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Les gens ont commenc&#233; &#224; narguer les officiers en criant &#171; Pigs ! &#187; (porcs) et &#171; Copper ! &#187; (cuivre) et en leur jetant des cents suivis de bouteilles de verre. Certains ont crev&#233; les pneus des voitures de police. Alors que la foule grandissait, les officiers du NYPD se sont repli&#233;s dans le Stonewall Inn, se barricadant &#224; l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains &#233;meutiers ont utilis&#233; un parcm&#232;tre comme b&#233;lier pour d&#233;foncer la porte ; d'autres ont jet&#233; des bouteilles de bi&#232;re, des ordures, des objets, ou ont improvis&#233; la fabrication des cocktails molotov.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;552&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/05.jpg?1731402990' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;LES PIONNI&#200;RES DE STONEWALL
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; l'&#233;poque, les comportements homosexuels &#233;taient ill&#233;gaux dans tous les &#201;tats sauf l'Illinois, et les bars et restaurants pouvaient &#234;tre ferm&#233;s pour avoir des employ&#233;s gays ou servir des clients gays. Deux femmes transgenres de couleur, Marsha P.Johnson et Sylvia Rivera (&#224; l'extr&#234;me gauche) auraient r&#233;sist&#233; &#224; leurs arrestations et figurent parmi celles qui ont jet&#233; des bouteilles de verre (des briques, des pierres) sur la police. Cette photo date d'un rassemblement de 1973 pour les droits des homosexuels &#224; New York.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;251&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/06.jpg?1731402990' width='500' height='606' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;MARSHA
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Marsha P. Jhonson &#233;tait une femme transgenre noire et une militante r&#233;volutionnaire des droits LGBTQ. Elle a ensuite cr&#233;&#233; le Street Transvestite Action Revolutionaries un groupe engag&#233; dans l'aide aux jeunes transgenres sans-abri de New York.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;386&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/07.jpg?1731402991' width='500' height='349' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;SILVIA
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sylvia Rivera &#233;tait une drag queen latino-am&#233;ricaine devenue l'une des activistes gay et transgenre les plus radicales des ann&#233;es 1960 et 1970. Silvia &#233;tait connue pour sa participation aux &#233;meutes de Stonewall puis comme co-fondatrice du Gay Liberation Front et pour sa participation &#224; la cr&#233;ation de l'organisation politique STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;359&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/08.jpg?1731402991' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;MATTACHINE SOCIETY
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Apr&#232;s les &#233;meutes de Stonewall, un message a &#233;t&#233; peint &#224; l'ext&#233;rieur du bar : &#171; Nous, homosexuels, plaidons avec nos amis pour maintenir une conduite apais&#233;e et tranquille dans les rues de Greenwich Village &#187;. Ce tag a &#233;t&#233; &#233;crit par la Mattachine Society, premi&#232;re organisation d&#233;di&#233;e &#224; la lutte pour les droits des homosexuels.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;369&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/09.jpg?1731402992' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;TRAITEMENT M&#201;DIATIQUE DES &#201;MEUTES
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; propos des &#233;v&#233;nements, le New York Daily News recourut &#224; des insultes homophobes en titrant : &#171; Homo Nest Raided, Queen Bees Are Stinging Mad &#187; (descente dans un nid d'homo, les reines butineuses piquent comme des folles). L'article de journal est encadr&#233; et suspendu pr&#232;s de l'entr&#233;e du Stonewall Inn encore aujourd'hui.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;350&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/10-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/10-2.jpg?1731402992' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;COMMUNAUT&#201; LGBT
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Apr&#232;s les &#233;meutes, un groupe non identifi&#233; de jeunes fait la f&#234;te &#224; l'ext&#233;rieur du Stonewall Inn. Le bar a rouvert la nuit apr&#232;s les &#233;meutes, mais sans servir d'alcool. De plus en plus de gens venus en soutien se sont rassembl&#233;s devant le bar, scandant des slogans comme &#171; le pouvoir gay &#187; et &#171; nous vaincrons &#187;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;363&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-2.jpg?1731402994' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;MILITANTISME
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Au cours des nuits suivantes, les militants homosexuels ont continu&#233; &#224; se rassembler pr&#232;s du Stonewall Inn, profitant de ces moments pour diffuser des informations et construire la communaut&#233; du mouvement des droits des homosexuels. Le Front de lib&#233;ration gay a &#233;t&#233; form&#233; dans les ann&#233;es qui ont suivi les &#233;meutes. Manifestation &#224; Times Square 1969
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;149&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/12-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/12-2.jpg?1731402994' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;POWER TO THE PEOPLE
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Ici, Sylvia Rivera (avant) et Arthur Bell sont vus lors d'une manifestation pour la lib&#233;ration gay, Universit&#233; de New York 1970
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;128&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/13-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/13-2.jpg?1731402995' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;GAY LIBERATION FRONT
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Marsha P.Johnson est vue lors d'une manifestation du Gay Liberation Front &#224; l'h&#244;tel de ville de New York.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;443&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/14-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/14-2.jpg?1731402995' width='500' height='330' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;SE SOUVENIR DE STONEWALL
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une grande foule c&#233;l&#232;bre le 2e anniversaire des &#233;meutes de Stonewall &#224; Greenwich Village en 1971. Cinquante ans apr&#232;s les &#233;meutes, le NYPD a pr&#233;sent&#233; des excuses officielles le 6 juin 2019, d&#233;clarant que la police de l'&#233;poque appliquait des lois discriminatoires. &#171; Les actions men&#233;es par la police &#233;taient clairement et simplement mauvaises &#187;, a d&#233;clar&#233; le commissaire de police du NYPD, James P. O'Neill.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#233;meutes de Stonewall PARTIE 1 - Histoire et &#233;v&#232;nements</title>
		<link>https://trounoir.org/Les-emeutes-de-Stonewall-2</link>
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		<dc:date>2020-06-27T22:25:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Stonewall</dc:subject>
		<dc:subject>Droits LGBTQI+</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;PARTIE 1 - R&#233;cit et Timeline.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-Numero-SIX-Juin-2020-" rel="directory"&gt;SIX &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Stonewall-+" rel="tag"&gt;Stonewall&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Droits-LGBTQI-+" rel="tag"&gt;Droits LGBTQI+&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton50.jpg?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce premier article paru sur History.com nous raconte avec pr&#233;cision et d&#233;tails les &#233;meutes de Stonewall. Il est une bonne synth&#232;se du discours officiel et militant des &#233;v&#233;nements. Sa triple approche par le r&#233;cit, la chronologie et le diaporama permet une immersion ouvrant &#224; l'imaginaire que d&#233;ploie encore Stonewall aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru le 31 mai 2017&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le site &lt;a href=&#034;https://www.history.com/topics/gay-rights/the-stonewall-riots&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.history.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes de Stonewall, &#233;galement appel&#233;es soul&#232;vement de Stonewall, ont commenc&#233; aux premi&#232;res heures du 28 juin 1969, lorsque la police de New York effectue une descente au Stonewall Inn, un club gay situ&#233; dans &lt;i&gt;Greenwich Village&lt;/i&gt; &#224; New York. Le raid d&#233;clencha une &#233;meute form&#233;e par des clients du bar et des gens du quartier alors que la police sortait violemment les employ&#233;s et les habitu&#233;s de l'int&#233;rieur, conduisant &#224; six jours de protestations et de violents affrontements avec les forces de l'ordre &#224; l'ext&#233;rieur du bar sur &lt;i&gt;Christopher Street&lt;/i&gt;, dans les rues voisine et &#224; proximit&#233; de &lt;i&gt;Christopher Park&lt;/i&gt;. Les &#233;meutes de Stonewall ont servi de catalyseur au mouvement des droits des homosexuels aux &#201;tats-Unis et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Raid constants dans les bars gays&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1960 et les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes n'&#233;taient pas des p&#233;riodes bienveillantes pour les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) am&#233;ricains. Par exemple, la d&#233;monstration d'un rapport homosexuel &#233;tait parfaitement ill&#233;gale &#224; New York.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour de telles raisons que les personnes LGBT affluaient vers les bars et clubs gays, lieux de refuge o&#249; ils purent s'exprimer ouvertement et socialiser sans souci. Cependant, la &lt;i&gt;New York State Liquor Authority&lt;/i&gt; se mit &#224; p&#233;naliser et &#224; ordonner des fermetures d'&#233;tablissements qui servaient de l'alcool &#224; des personnes LGBT connues ou soup&#231;onn&#233;es, arguant que le simple rassemblement d'homosexuels &#233;tait un trouble &#224; l'ordre public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce aux efforts des militants, ces r&#233;glementations furent annul&#233;es en 1966 et les clients LGBT purent d&#233;sormais se voir servir de l'alcool. Mais faire preuve d'un &#171; comportement gay &#187; en public (se tenir la main, s'embrasser ou danser avec une personne du m&#234;me sexe) &#233;tait toujours ill&#233;gal, de sorte que le harc&#232;lement policier des bars gays se poursuivait et de nombreux bars fonctionnaient toujours sans licence d'alcool &#8212; en partie parce qu'ils appartenaient &#224; la Mafia.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stonewall Inn&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat du crime a tir&#233; profit de la restauration d'une client&#232;le gay r&#233;prouv&#233;e, et au milieu des ann&#233;es 1960, la famille criminelle Genovese contr&#244;lait la plupart des bars gays de &lt;i&gt;Greenwich Village&lt;/i&gt;. En 1966, ils ont achet&#233; le Stonewall Inn (un bar h&#233;t&#233;ro et un restaurant), l'ont r&#233;nov&#233; &#224; bon march&#233; et l'ont rouvert l'ann&#233;e suivante en tant que bar gay.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Stonewall Inn &#233;tait enregistr&#233; comme un type priv&#233; de &#171; bar &#224; bouteilles &#187;, qui ne n&#233;cessitait pas de permis d'alcool parce que les clients &#233;taient cens&#233;s apporter leur propre alcool. Les participants au club devaient signer leur nom dans un registre &#224; l'entr&#233;e pour maintenir la fausse exclusivit&#233; du club. La famille Genovese a soudoy&#233; le sixi&#232;me commissariat de police de New York pour qu'ils ignorent les activit&#233;s qui se d&#233;roulaient au sein du club.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans ing&#233;rence de la police, la famille du crime pouvait r&#233;duire les co&#251;ts comme elle l'entendait : le club n'avait pas de sortie de secours, pas d'eau courante derri&#232;re le bar pour laver les verres, pas de toilettes propres qui ne d&#233;bordaient pas r&#233;guli&#232;rement et pas de boissons app&#233;tissantes qui n'&#233;taient pas dilu&#233;es au-del&#224; de toute reconnaissance. De plus, la mafia aurait fait du chantage aux clients les plus riches du club qui voulaient garder leur sexualit&#233; secr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, le Stonewall Inn est rapidement devenu une importante institution de &lt;i&gt;Greenwich Village&lt;/i&gt;. C'&#233;tait grand et relativement bon march&#233; pour y entrer. Il a accueilli les drag queens, qui ont re&#231;u un accueil amer dans d'autres bars et clubs gays. C'&#233;tait une maison de nuit pour de nombreux fugueurs et jeunes homosexuels sans abri, qui mendiaient ou volaient &#224; l'&#233;talage pour payer les frais d'entr&#233;e. Et c'&#233;tait l'un des rares &#8212; sinon le seul &#8212; bars gays qui permettait de danser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les descentes &#233;taient encore une r&#233;alit&#233;, mais les flics corrompus avertissaient g&#233;n&#233;ralement les bars g&#233;r&#233;s par la mafia avant qu'ils ne se produisent, permettant aux propri&#233;taires de cacher l'alcool (vendu sans permis d'alcool) et de cacher leurs autres activit&#233;s ill&#233;gales. En fait, le NYPD avait pris d'assaut le Stonewall Inn quelques jours seulement avant la descente qui d&#233;clencha les &#233;meutes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;meutes de Stonewall commencent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la police fit une descente dans le Stonewall Inn le matin du 28 juin, cela a &#233;t&#233; une surprise &#8212; le bar n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;venu cette fois-ci. Arm&#233;s d'un mandat, les policiers sont entr&#232;rent dans le club, brutalis&#232;rent des clients et, trouvant de l'alcool ill&#233;gal, arr&#234;t&#232;rent 13 personnes, y compris des employ&#233;s et des personnes violant la loi de l'&#201;tat sur le travestissement (les polici&#232;res emmenaient des clients soup&#231;onn&#233;s de travestissement dans les toilettes pour v&#233;rifier leur sexe). Marre du harc&#232;lement policier constant et de la discrimination sociale, les clients en col&#232;re et les gens du quartier rest&#232;rent devant le bar plut&#244;t que de se disperser, s'agitant de plus en plus &#224; mesure que les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulaient et que les gens &#233;taient malmen&#233;s violemment. &#192; un moment donn&#233;, un officier a frapp&#233; une lesbienne sur la t&#234;te alors qu'il la for&#231;ait dans le panier &#224; salade &#8212; elle a cri&#233; aux spectateurs d'agir, incitant la foule &#224; commencer &#224; jeter des sous, des bouteilles, des pav&#233;s et d'autres objets sur la police. En quelques minutes, une v&#233;ritable &#233;meute impliquant des centaines de personnes a commenc&#233;. La police, quelques prisonniers et un journaliste du &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt; se sont barricad&#233;s dans le bar, que la foule a tent&#233; d'incendier apr&#232;s avoir forc&#233; la barricade &#224; plusieurs reprises. Les pompiers et une escouade anti&#233;meute ont finalement r&#233;ussi &#224; &#233;teindre les flammes, &#224; secourir ceux qui se trouvaient &#224; l'int&#233;rieur du Stonewall et &#224; disperser la foule. Mais les manifestations, impliquant parfois des milliers de personnes, se sont poursuivies dans le quartier pendant cinq jours de plus, laissant &#233;clater leur col&#232;re apr&#232;s que le &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt; ait publi&#233; son compte rendu des &#233;meutes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'h&#233;ritage de Stonewall&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien que le soul&#232;vement de Stonewall ne soit pas &#224; l'origine du mouvement des droits des homosexuels, il a &#233;t&#233; une force de galvanisation pour l'activisme politique LGBT, conduisant &#224; de nombreuses organisations de d&#233;fense des droits des homosexuels, y compris le &lt;i&gt;Gay Liberation Front&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Human Rights Campaign&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;GLAAD&lt;/i&gt; (anciennement &lt;i&gt;Gay and Lesbian Alliance Against Defamation&lt;/i&gt;) et &lt;i&gt;PFLAG&lt;/i&gt; (anciennement Parents, familles et amis des lesbiennes et des gais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, le pr&#233;sident Barack Obama a d&#233;sign&#233; le site des &#233;meutes &#8212; Stonewall Inn, &lt;i&gt;Christopher Park&lt;/i&gt;, et les rues et trottoirs environnants &#8212; monument national en reconnaissance de la contribution de ces &#233;v&#233;nements aux droits des homosexuels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/st1.cleaned.jpg?1731403033' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE 2 LA CHRONOLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;24 juin 1969 : la police arr&#234;te des employ&#233;s du Stonewall et confisque de l'alcool&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi pr&#233;c&#233;dant le d&#233;but des &#233;meutes, la police mena une descente en soir&#233;e sur le Stonewall Inn, arr&#234;tant certains de ses employ&#233;s et confisquant sa r&#233;serve ill&#233;gale d'alcool. Comme pour de nombreux raids similaires, la police ciblait les d&#233;bits de boisson qui n'avaient pas de licence d'alcool appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce raid, le NYPD avait pr&#233;vu un deuxi&#232;me raid pour le vendredi suivant, qui, esp&#233;rait-il, fermerait d&#233;finitivement le bar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;27-28 juin 1969 : Devant le Stonewall, la col&#232;re de la foule &#233;clate contre la police apr&#232;s l'arrestation et la brutale de clients&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, un vendredi soir inhabituellement chaud, le Stonewall &#233;tait plein &#224; craquer lorsque des policiers en civil sont entr&#233;s dans le bar. En plus des employ&#233;s du bar, ils ont &#233;galement pris pour cible des drag queens et d'autres clients travestis avant de les arr&#234;ter. &#192; New York, se faire passer pour une personne de sexe oppos&#233; &#233;tait un crime.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/st3.cleaned.jpg?1731403033' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres officiers du NYPD arriv&#232;rent &#224; pied, rejoints par trois voitures de patrouille. Pendant ce temps, les clients du bar, qui avaient &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s, ont rejoint la foule de badauds qui se formait &#224; l'ext&#233;rieur du Stonewall. Un fourgon de police, commun&#233;ment appel&#233; &#034;wagon &#224; paddy&#034; est arriv&#233; et la police a commenc&#233; &#224; charger des employ&#233;s du Stonewall et des travestis &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#244;t le matin du 28 juin 1969 : des femmes transgenres r&#233;sistent &#224; l'arrestation. Des bouteilles sont jet&#233;es sur la police&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas d'exactitude sur ce qui a d&#233;clench&#233; les &#233;meutes, mais selon les t&#233;moignages, la foule laissa &#233;clater sa col&#232;re apr&#232;s que la police ait brutalis&#233; une femme d'allure masculine (certains pensent que la femme &#233;tait la militante lesbienne Storm&#233; DeLarverie) qui s'&#233;tait plainte que ses menottes &#233;taient trop serr&#233;es. Les gens ont commenc&#233; &#224; narguer les officiers en criant &#034;Pigs !&#034; et &#034;Cooper&#034; et en leur jetant des cents suivis de bouteilles ; certains dans la foule crev&#232;rent les pneus des v&#233;hicules de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon David Carter, historien et auteur de Stonewall : les &#233;meutes qui ont d&#233;clench&#233; la r&#233;volution gay, la &#171; hi&#233;rarchie de la r&#233;sistance &#187; dans les &#233;meutes a commenc&#233; avec les enfants de la rue, ces jeunes homosexuels qui consid&#233;raient le Stonewall comme le seul endroit o&#249; ils &#233;taient un peu chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux femmes transgenres de couleur, Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera, auraient respectivement r&#233;sist&#233; &#224; l'arrestation et jet&#233; la premi&#232;re bouteille (ou brique ou pierre) sur les flics. Bien que Johnson ait d&#233;clar&#233; plus tard dans une interview en 1987 avec l'historien &#201;ric Marcus qu'elle n'&#233;tait pas encore arriv&#233;e lorsqu'&#233;clata le soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de qui a fait quoi n'est pas pr&#233;cise - en partie parce qu'il s'agit d'un temps d'avant l'&#232;re des smartphones et que la documentation des &#233;v&#233;nements de la nuit &#233;tait minimale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/003.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/003.jpg?1731402988' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#232;s de 4 heures du matin le 28 juin 1969 : la police se replie et se barricade &#224; l'int&#233;rieur du Stonewall&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le panier &#224; salade et les voitures d'escouade partaient pour d&#233;poser les prisonniers dans le sixi&#232;me arrondissement voisin, la foule croissante for&#231;a le groupe de la police de New York &#224; fuir &#224; l'int&#233;rieur du Stonewall et &#224; se barricader &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;meutiers utilis&#232;rent un parcm&#232;tre comme b&#233;lier pour enfoncer la porte ; d'autres jet&#232;rent des bouteilles de bi&#232;re, des ordures et d'autres objets, ou fabriqu&#232;rent des cocktails molotov improvis&#233;s avec des bouteilles, des allumettes et des briquets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sir&#232;nes ont annonc&#233; l'arriv&#233;e de nouveaux policiers, ainsi que des escadrons de la Tactical Patrol Force (TPF), la police anti&#233;meute de la ville. Alors que les officiers casqu&#233;s marchaient en formation dans Christopher Street, les manifestants ont d&#233;jou&#233; leur strat&#233;gie en s'enfuyant, puis en contournant les petits blocs du quartier pour remonter derri&#232;re les officiers, les prenant &#224; revers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, peu apr&#232;s 4 heures du matin, les choses se sont calm&#233;es. &#201;tonnamment, personne n'est d&#233;c&#233;d&#233; ou n'a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233; la premi&#232;re nuit des &#233;meutes, bien que quelques policiers aient signal&#233; des blessures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;28-29 juin : Le Stonewall rouvre, les soutiens se rassemblent. La police attaque et disperse la foule &#224; coup de gaz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ait &#233;t&#233; endommag&#233; par les flics, le Stonewall Inn a rouvert le lendemain (m&#234;me s'il ne servait pas d'alcool). De plus en plus de soutiens se sont pr&#233;sent&#233;s, scandant des slogans comme &#171; le pouvoir gay &#187; et &#171; nous vaincrons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, la police a &#233;t&#233; appel&#233;e pour r&#233;tablir l'ordre, y compris un groupe encore plus important d'officiers des TPF, qui ont tabass&#233; des personnes et gaz&#233; la foule. La situation s'est poursuivi jusqu'aux petites heures du matin, lorsque la foule s'est dispers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/st2.cleaned.jpg?1731403033' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29 juin-1er juillet 1969 : Le Stonewall devient le point de rassemblement des militants LGBT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des nuits suivantes, des militants homosexuels ont continu&#233; de se rassembler pr&#232;s du Stonewall, profitant de ce moment pour informer et construire une solidarit&#233; qui permettrait bient&#244;t l'&#233;panouissement du mouvement pour le droit des homosexuels. Bien que les policiers soient &#233;galement revenus, l'ambiance &#233;tait moins conflictuelle, des escarmouches isol&#233;es rempla&#231;ant les &#233;meutes &#224; grande &#233;chelle du week-end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 juillet 1969 : des militants gays protestent contre la couverture d'un journal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; la couverture des &#233;meutes par le journal &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt;, qui faisait r&#233;f&#233;rence aux &#171; forces de la tantouzerie &#187;, des manifestants envahirent les bureaux de la r&#233;daction. Certains appelaient &#224; br&#251;ler le b&#226;timent. Lorsque la police repoussa les assaillants, les &#233;meutes recommenc&#232;rent, mais sans durer, se terminant vers minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;New York Daily News&lt;/i&gt; a &#233;galement eu recours &#224; des insultes homophobes dans sa couverture d&#233;taill&#233;e, titrant : &#171; Homo Nest Raided, Queen Bees Are Stinging Mad. &#187; (Raid de la police dans un nid homo, les reines des abeilles sont follement piquantes). Pendant ce temps, le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; &#233;crivit avec parcimonie sur l'ensemble de l'&#233;v&#233;nement, imprimant un court article &#224; la page 22 du 30 juin intitul&#233; &#171; Police Again Rout&#171; Village &#187;Youths &#187; (la police encore en d&#233;roule dans le quartier des jeunes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impact durable des &#233;meutes de Stonewall&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/001.jpg?1731402989' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec Stonewall, l'esprit de la r&#233;bellion des ann&#233;es 60 s'est propag&#233; aux personnes LGBT &#224; New York et au-del&#224;, qui pour la premi&#232;re fois ont ressenti une force d'appartenance &#224; ce qui allait devenir la communaut&#233;. Bien que le mouvement pour les droits des homosexuels n'ait pas commenc&#233; &#224; Stonewall, le soul&#232;vement a marqu&#233; un tournant. Les organisations &#171; homophiles &#187; ant&#233;rieures comme la &lt;i&gt;Mattachine Society&lt;/i&gt; ont c&#233;d&#233; la place &#224; des groupes plus radicaux comme le &lt;i&gt;Gay Liberation Front&lt;/i&gt; (GLF) et la &lt;i&gt;Gay Activists Alliance&lt;/i&gt; ( GAA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;28 juin 1970 : le premier d&#233;fil&#233; de la Gay Pride part de Stonewall&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion du premier anniversaire de la descente de police au Stonewall Inn, des militants gays de New York organis&#232;rent la marche de lib&#233;ration de &lt;i&gt;Christopher Street&lt;/i&gt; pour cl&#244;turer la premi&#232;re semaine de la fiert&#233; gay de la ville. Alors que plusieurs centaines de personnes commenc&#232;rent &#224; monter sur la 6e Avenue en direction de &lt;i&gt;Central Park&lt;/i&gt;, des soutiens de la marche se sont joints &#224; eux. Le cort&#232;ge s'est finalement &#233;tendu sur une quinzaine de p&#226;t&#233;s de maisons, englobant des milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233;s par l'exemple de New York, des militants dans d'autres villes, dont Los Angeles, San Francisco, Boston et Chicago, organis&#232;rent &#224; leur tour des c&#233;l&#233;brations de la fiert&#233; gay la m&#234;me ann&#233;e. La fr&#233;n&#233;sie de l'activisme n&#233; cette premi&#232;re nuit &#224; Stonewall finit par alimenter les mouvements des droits des homosexuels au Canada, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, en Australie et en Nouvelle-Z&#233;lande, entre autres pays, devenant une force durable qui perdurerait pendant le prochain demi-si&#232;cle ... et au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traduit de l'am&#233;ricain par Tati-Gabrielle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Introduction au dossier Stonewall </title>
		<link>https://trounoir.org/Introduction-au-dossier-Stonewall</link>
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		<dc:date>2020-06-27T22:25:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Stonewall</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes les contemporains de Stonewall et non pas ses h&#233;ritiers&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui 28 juin 2020, nous c&#233;l&#233;brons l'anniversaire des &#233;meutes de Stonewall. Son cinquante-et-uni&#232;me anniversaire pour &#234;tre pr&#233;cis. Il est de ces &#233;v&#232;nements, dont la date et le symbole sont connus dans le monde entier. Il est un de ces &#233;v&#232;nements dont la puissance originale persiste dans le temps. C'est d'ailleurs en hommage que TROU NOIR publie chacun de ses num&#233;ros le 28 du mois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette date deviendra un moment cl&#233; dans l'activisme LGBT am&#233;ricain au point d'en faire la date annuelle de ses manifestations : les Lesbian &amp; Gay Pride. Comme tous les &#233;v&#232;nements, son histoire a beaucoup &#233;t&#233; racont&#233;e, de bien des mani&#232;res et avec nombre de variations. Des mythes ont vu le jour, des gestes ou des personnes ont &#233;t&#233; h&#233;ro&#239;s&#233;s et une histoire officielle s'est impos&#233;e &#224; la post&#233;rit&#233;. Et pour cause, la ville de New York, &#224; l'unanimit&#233;, d&#233;signa le Stonewall Inn comme monument de la ville (premier monument honor&#233; pour son r&#244;le dans la lutte pour les droits des homosexuels). Le pr&#233;sident Obama annoncera l'ann&#233;e suivante la classification de la zone des &#233;meutes en monument national du patrimoine am&#233;ricain (la zone en question comprend le parc Christopher et le bloc de la rue Christopher bordant le parc, qui se trouve juste en face de la Stonewall Inn). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette reconnaissance inscrite dans le marbre, dans l'Histoire, prend &#233;galement la forme d'un rouage dans la titanesque machine de l'&#233;conomie et du tourisme homosexuel. Il suffit de penser &#224; la place des &#233;meutes de Stonewall dans le 4e arrondissement de Paris (le Marais) pour percevoir l'ambigu&#239;t&#233; d'un &#233;v&#232;nement entr&#233; dans l'Histoire. Comme le veut la grande tradition des vainqueurs, la man&#339;uvre consiste &#224; prendre le contr&#244;le symbolique des mouvements en les c&#233;l&#233;brant dans un premier temps &lt;i&gt;pour ce qu'ils ne sont pas&lt;/i&gt;, afin de mieux les enterrer le moment venu. D'une &#233;meute violente contre la police, contre la brutalit&#233; polici&#232;re, les tabassages, les humiliations homophobes et transphobes syst&#233;matiques, on est pass&#233; &#224; une lutte pour les droits civiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; le travail de sape de l'Histoire sur les &#233;meutes de Stonewall, celles-ci restent une matrice fondamentale dans l'imaginaire des luttes LGBTQI+ et nous mettons en lumi&#232;re deux points qui nous semblent importants pour continuer &#224; construire cet &#233;v&#232;nement pass&#233; d'o&#249; nous puisons force et inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre temps d&#233;tient une affinit&#233; avec de tels &#233;v&#232;nements. Les &#233;meutes font partie du paysage politique. Elles sont r&#233;guli&#232;res et diffuses et constituent les diff&#233;rents moments des s&#233;quences insurrectionnelles qui &#233;maillent notre monde. En France, elles sont une constante depuis 2016. Citons p&#234;le-m&#234;le le mouvement contre la loi travail, dont la fameuse journ&#233;e aux abords de l'h&#244;pital Necker, les actes des gilets jaunes dont le m&#233;morable 16 mars 2019, le moment des tentatives d'expulsions de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes en mars 2018, les &#233;meutes de f&#233;vrier 2017 &#224; la suite du viol de Th&#233;o par la police ou ces derniers jours les &#233;meutes partout dans le monde contre les crimes racistes de la police. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et parce qu'elle incarne la remise en question du monopole de la violence l&#233;gitime de la police, elle est inassimilable par l'&#201;tat, elle en est m&#234;me une op&#233;ration de destitution en acte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier &#233;l&#233;ment &#224; souligner est le suivant : nous ne sommes pas quittes de la violence qui s'exerce sur nous. Or, quel que soit l'angle par lequel les &#233;meutes de Stonewall sont r&#233;appropri&#233;es, le caract&#232;re violent et guerrier de l'&#233;v&#232;nement ne s'efface jamais compl&#232;tement. Et cela, parce que toute personne trans, toute femme, tout queer, tout gay ou toute lesbienne a d&#233;j&#224; fait l'exp&#233;rience de cette violence l&#233;gitime (qu'il s'agisse de la police effective ou de celle existant en chacun). Et ce, ind&#233;pendamment de son propre rapport &#224; la violence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mythes de Stonewall sont comparables &#224; des verres grossissants : un &#233;l&#233;ment devient central au d&#233;triment de tout ce qui l'environne qui reste flou. Le fameux m&#232;me : &#171; qui a lanc&#233; la premi&#232;re pierre ? &#187; en est un exemple flamboyant. Or, et c'est le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment que nous voulons soulever, c'est un quartier qui se r&#233;volte, pas une communaut&#233;. Ce sont les clients du Stonewall Inn aussi bien que les gens peuplant les environs qui cristallis&#232;rent ces affrontements. Et il n'existe pas de s&#233;paration substantielle entre les deux. Prostitu&#233;es et gigolos avec leurs michetons, f&#234;tards, musiciens, travestis, &#233;tudiants&#8230; La liste est longue et n'a pas tant d'importance. C'est dans Greenwitch Village que se situent les &#233;tablissements ouvertement homosexuels depuis les ann&#233;es 20, que la beat-g&#233;n&#233;ration trouva refuge dans les ann&#233;es 50 ou que l'underground musical s'&#233;tablit dans les ann&#233;es 60. C'est un monde de nuit, de f&#234;te, de sexualit&#233;, de marginalit&#233;, d'ill&#233;galit&#233; et de violence. Une cour des Miracles moderne. C'est la circulation entre tous les &#233;l&#233;ments que nous venons de citer, formant un monde opaque et dense, qui est invisibilis&#233; dans le r&#233;cit de Stonewall. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;meutes de Stonewall n'&#233;taient pas des &#233;meutes homosexuelles ou transgenres comme on l'entend souvent par raccourci. Car alors il se serait agi d'une lutte revendicative, construite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;meutes &#233;taient le fruit d'un petit monde nocturne de Greenwitch Village qui comportait beaucoup d'homosexuels et de transsexuels. Nous tenons &#224; cette distinction, car elle met en lumi&#232;re l'aspect &#233;minemment politique de l'&#233;v&#232;nement qui tente d'&#234;tre &#233;teint. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;meutes n'&#233;taient pas un moment de lutte sociale c'est-&#224;-dire de cat&#233;gories ou d'identit&#233;s particuli&#232;res, mais une bataille dans la guerre des mondes. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'am&#233;nagement urbain, la police, l'&#201;tat, la gentrification, la cybern&#233;tique, le progr&#232;s, les institutions, le n&#233;o-lib&#233;ralisme ne sont que les noms des diff&#233;rentes facettes d'un Ordre qui r&#232;gne par la marchandise, cette sinistre mise en &#233;quivalence de tous les corps et de toutes les choses en tant que marchandise avant de se voir attribuer un prix ou une valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre se livre contre la totalit&#233; &#233;touffante du monde de la marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et toutes les personnes consid&#233;r&#233;es comme inint&#233;grables, comme n&#233;gligeables, les sans valeur, les vies nues, tous les fragments de marginalit&#233;, d'originalit&#233; se verront &#233;cras&#233;s, c'est-&#224;-dire priv&#233;s de leur monde. En attaquant leurs foyers, leurs liens, leurs rues, leurs apparences et m&#234;me leurs amours, on d&#233;truit les gens de l'int&#233;rieur (la descente au Stonewall Inn &#233;tait une attaque contre un bar, contre des pratiques ill&#233;gales autour de l'alcool, contre les homosexuels, les travestis, les personnes trans, une attaque contre la marginalit&#233;, contre la f&#234;te et contre un quartier o&#249; la police n'est pas ma&#238;tresse des lieux). &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce qui mine le plus les forces de l'Ordre qui nous font face, c'est tout ce qui &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; arriver, et qui mettrait &#224; mal le maillage des normes et des dispositifs. Nous sommes partout pr&#233;sents, sous la forme d'un &lt;i&gt;risque permanent&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi nous sommes les contemporains de Stonewall et non pas des h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Source image : Cort&#232;ge de t&#234;te du Front Monstrueux Insurrectionnel &#224; la Marche des fiert&#233;s de Bordeaux en 2019&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sarah Hegazi : Un an apr&#232;s la controverse sur le drapeau arc-en-ciel</title>
		<link>https://trounoir.org/Un-an-apres-la-controverse-sur-le-drapeau-arc-en-ciel</link>
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		<dc:date>2020-06-16T14:29:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;gypte</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas oubli&#233; l'injustice qui a creus&#233; un trou noir dans l'&#226;me et l'a laiss&#233;e saigner - un trou que les m&#233;decins n'ont pas encore pu gu&#233;rir. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte de Sarah Hegazi&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Egypte-+" rel="tag"&gt;&#201;gypte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton61.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='56' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2017, le d&#233;ploiement du drapeau arc-en-ciel pendant un concert de Mashrou Leila au Caire a suscit&#233; en opposition une grande op&#233;ration r&#233;pressive en &#201;gypte contre les personnes LGBT+. Sarah Hegazi et Ahmed Alaa, accus&#233;s d'avoir brandi ce drapeau, furent arr&#234;t&#233;s, emprisonn&#233;s et tortur&#233;s par le r&#233;gime pendant trois mois. Sarah Hegazi s'est donn&#233; la mort le 14 juin 2020 apr&#232;s avoir tent&#233; de surmonter en vain ce traumatisme en se r&#233;fugiant au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte poignant de Sarah Hegazi, elle raconte sa d&#233;tention et les cons&#233;quences dans sa vie intime et politique de la brutalit&#233; qu'elle a subie. Publi&#233; originellement en arabe en septembre 2018, le site Mada Masr en donne depuis quelques jours &lt;a href=&#034;https://madamasr.com/en/2020/06/15/opinion/u/a-year-after-the-rainbow-flag-controversy/?fbclid=IwAR2SNm_csEakX6B--fTqn6v42L5xQPcLKaOii_BpmiBgNi4RZTLSFn1_iCY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa traduction anglaise&lt;/a&gt;. A notre tour, nous en proposons une traduction fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour information, &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/events/3093875100670639/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un rassemblement devant l'ambassade d'&#201;gypte est pr&#233;vu le dimanche 21 juin &#224; 12H&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les islamistes et l'&#201;tat rivalisent d'extr&#233;misme, d'ignorance et de haine, tout comme ils le font dans la violence et le mal. Les islamistes punissent ceux qui en diff&#232;rent par la mort, et le r&#233;gime au pouvoir punit ceux qui en diff&#232;rent par la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourrait &#234;tre d&#233;crit comme une course &#224; la religiosit&#233;. Je parle de religion non seulement comme un ensemble de pratiques, mais aussi comme d'un sentiment de fiert&#233; et de sup&#233;riorit&#233; qui provient simplement de l'appartenance &#224; une certaine religion ou de l'accomplissement de certains rituels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime utilise ses outils - tels que les m&#233;dias et les mosqu&#233;es - pour dire &#224; la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne, qui est consid&#233;r&#233;e comme 'religieuse par nature' : Nous aussi, nous prot&#233;geons la religion et la moralit&#233; sociale, il n'y a donc pas besoin pour les islamistes de rivaliser avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, et le r&#233;gime au pouvoir en particulier, est puritain. Alors que j'&#233;tais arr&#234;t&#233;e chez moi, devant ma famille, un officier m'a interrog&#233; sur ma religion, pourquoi j'avais enlev&#233; le voile et si j'&#233;tais vierge ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'officier m'a band&#233; les yeux dans la voiture qui m'a emmen&#233; dans un endroit que je ne connaissais pas. J'ai &#233;t&#233; conduite dans un escalier ne sachant pas o&#249; cela m'emm&#232;nerait. Juste le son d'une voix d'homme disant 'Emmenez-la &#224; al basha', une odeur d&#233;go&#251;tante, et les bruits de gens g&#233;missant de douleur. J'&#233;tais assise sur une chaise, les mains li&#233;es et un morceau de tissu dans la bouche pour des raisons que je ne pouvais pas comprendre. Je n'ai vu personne et personne ne m'a parl&#233;. Peu de temps apr&#232;s, mon corps a convuls&#233;, et j'ai perdu connaissance je ne sais combien de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait de l'&#233;lectricit&#233;. J'ai &#233;t&#233; tortur&#233;e avec de l'&#233;lectricit&#233;. Ils ont menac&#233; de nuire &#224; ma m&#232;re si j'en parlais &#224; quelqu'un - ma m&#232;re qui est d&#233;c&#233;d&#233;e plus tard, apr&#232;s mon d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'&#233;lectrocuter n'&#233;tait pas suffisant. Les hommes du poste de police de Sayeda Zeinab ont &#233;galement incit&#233; les femmes d&#233;tenues &#224; m'agresser sexuellement, physiquement et verbalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La torture ne s'est pas arr&#234;t&#233;e l&#224;. Elle s'est poursuivie &#224; la prison pour femmes de Qanater, o&#249; j'ai &#233;t&#233; maintenue &#224; l'isolement pendant des jours et des jours, avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233;e dans une cellule avec deux autres femmes, avec qui il m'&#233;tait interdit de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a emp&#234;ch&#233; de marcher au soleil durant tout mon temps en prison. J'ai perdu la capacit&#233; d'&#233;tablir un contact visuel avec les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogatoire qui a eu lieu au parquet de la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#233;tait une d&#233;monstration d'ignorance. Mon interrogateur m'a demand&#233; de fournir des preuves que l'Organisation Mondiale de la Sant&#233; ne consid&#232;re pas l'homosexualit&#233; comme une maladie. Mon avocat Mohamed Fouad a effectivement contact&#233; l'OMS, qui a produit un m&#233;mo d&#233;clarant que l'homosexualit&#233; n'est pas une maladie. Mon avocate Hoda Nasrallah a contact&#233; les Nations Unies, qui ont &#233;galement produit une note de service indiquant que le respect de la pr&#233;f&#233;rence sexuelle est consid&#233;r&#233; comme un droit humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahmed Alaa et moi avons discut&#233; de tout cela au parquet de la s&#233;curit&#233; d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions de mon interrogateur &#233;taient na&#239;ves - il m'a demand&#233; si le communisme &#233;tait la m&#234;me chose que l'homosexualit&#233;. Il m'a demand&#233;, sarcastique, ce qui emp&#234;chait les homosexuels d'avoir des relations sexuelles avec des enfants et des animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne savait pas que les relations sexuelles avec des enfants sont un crime et que les relations sexuelles avec des animaux sont &#233;galement un crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas surprenant que sa pens&#233;e soit si limit&#233;e. Il consid&#232;re probablement Mohamed Shaarawy comme un grand cheikh, Mostafa Mahmoud un fin juriste. Il pense probablement que le monde conspire contre l'Egypte et que l'homosexualit&#233; est une religion &#224; laquelle nous invitons les gens. Il n'a aucune autre source de r&#233;flexion que sa famille, ses religieux, son &#233;cole et ses m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu peur de tout le monde. M&#234;me apr&#232;s ma lib&#233;ration, j'avais toujours peur de tout le monde, de ma famille, de mes amis et de la rue. La peur a pris le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; frapp&#233;e par une d&#233;pression s&#233;v&#232;re et un trouble de stress post-traumatique, et j'ai d&#233;velopp&#233; de graves crises d'anxi&#233;t&#233; et de panique. Ceux-ci ont &#233;t&#233; trait&#233;s par ECT, ce qui m'a caus&#233; des probl&#232;mes de m&#233;moire. Ensuite, j'ai d&#251; quitter le pays de peur d'&#234;tre &#224; nouveau arr&#234;t&#233;e. Pendant mon exil, j'ai perdu ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint une autre s&#233;rie de traitements ECT, cette fois &#224; Toronto, et deux tentatives de suicide. J'ai b&#233;gay&#233; quand j'ai parl&#233; - j'&#233;tais terroris&#233;e. Je n'ai pas pu quitter ma chambre. Ma m&#233;moire s'est encore d&#233;t&#233;rior&#233;e. J'ai &#233;vit&#233; de parler de prison, &#233;vit&#233; les rassemblements, &#233;vit&#233; d'appara&#238;tre dans les m&#233;dias, parce que je perdrais facilement le focus et me sentirais perdue, submerg&#233;e par un d&#233;sir de silence. C'&#233;tait en m&#234;me temps une perte d'espoir dans le traitement, une perte d'espoir que je pouvais gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la violence qui m'a &#233;t&#233; inflig&#233;e par l'&#201;tat, avec la b&#233;n&#233;diction d'une soci&#233;t&#233; &#171; intrins&#232;quement religieuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de diff&#233;rence entre un extr&#233;miste religieux barbu qui veut vous tuer parce qu'il croit qu'il se classe plus haut aux yeux de son dieu, et est donc charg&#233; de tuer toute personne diff&#233;rente de lui, et un homme non barbu et bien habill&#233; avec un nouveau t&#233;l&#233;phone et une voiture de luxe qui croit qu'il se classe plus haut aux yeux de son dieu, et est donc charg&#233; de torturer et d'emprisonner et d'inciter contre toute personne diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui diff&#232;re, celui qui n'est pas un h&#233;t&#233;rosexuel musulman sunnite masculin qui soutient le r&#233;gime au pouvoir est consid&#233;r&#233; comme pers&#233;cut&#233;, intouchable ou mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; a applaudi le r&#233;gime en m'arr&#234;tant, moi et Ahmed Alaa, le jeune homme qui a tout perdu pour avoir lev&#233; le drapeau arc-en-ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fr&#232;res musulmans, les salafistes et les extr&#233;mistes ont finalement trouv&#233; un accord avec les pouvoirs en place : ils se sont mis d'accord sur nous. Ils se sont mis d'accord sur la violence, la haine, les pr&#233;jug&#233;s et la pers&#233;cution. Ce sont peut-&#234;tre les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons trouv&#233; de main secourable que dans la soci&#233;t&#233; civile, qui a fait son travail malgr&#233; les restrictions oppressives de l'&#201;tat &#224; leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'oublierai jamais l'&#233;quipe de d&#233;fense : Mostafa Fouad, Hoda Nasrallah, Amro Mohamed, Ahmed Othman, Doaa Mostafa, Ramadan Mohamed, Hazem Salah Eldin, Mostafa Mahmoud, Hanafiy Mohamed et autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les efforts de la soci&#233;t&#233; civile, m&#234;me apr&#232;s ma lib&#233;ration, ne peuvent &#234;tre expliqu&#233;s ni appr&#233;ci&#233;s avec des mots sur papier, mais ce sont tout ce que j'ai. Je demande donc le pardon des avocats et du reste de la soci&#233;t&#233; civile pour mon incapacit&#233; &#224; exprimer ma gratitude, sauf avec des remerciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s le concert de Mashrou 'Leila, et apr&#232;s que les musiciens aient &#233;t&#233; interdits de revenir en &#201;gypte, apr&#232;s une campagne de s&#233;curit&#233; d'un an contre les homosexuels, un an apr&#232;s avoir annonc&#233; ma diff&#233;rence - &#171; Oui, je suis homosexuelle &#187; - j'ai pas oubli&#233; mes ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas oubli&#233; l'injustice qui a creus&#233; un trou noir dans l'&#226;me et l'a laiss&#233;e saigner - un trou que les m&#233;decins n'ont pas encore pu gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sarah Hegazi, septembre 2018.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://madamasr.com/en/2020/06/15/opinion/u/a-year-after-the-rainbow-flag-controversy/?fbclid=IwAR2SNm_csEakX6B--fTqn6v42L5xQPcLKaOii_BpmiBgNi4RZTLSFn1_iCY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire la version anglaise&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sarah2.jpg?1731403031' width='500' height='281' alt='' /&gt;
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