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		<title>Contruire la justice depuis un processus collectif</title>
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		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;sentation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est nous qui &#233;tions en charge de la col&#232;re, ce sont nos corps qui &#233;taient affect&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-justice-287-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Presentation-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;sentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/film.jpg?1782291585' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du livre &#171; La col&#232;re nous appartient &#187; par des autrices du collectif GARE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bordeaux le 18 mai 2026 au Caf&#233; Fantoche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour introduire cette rencontre, pouvez-vous vous pr&#233;senter et nous expliquer pourquoi ce livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La gen&#232;se du bouquin na&#238;t il y a 5 ans. Au cours de l'&#233;t&#233; 2021, on est plusieurs &#224; participer &#224; des rencontres f&#233;ministes qui ont lieu chaque ann&#233;e. Lors de ces rencontres, une discussion traitait de la gestion des violences et des conflits dans nos groupes militants. C'&#233;tait une p&#233;riode durant laquelle beaucoup de ces groupes avaient &#233;t&#233; confront&#233;s aux VSS . Il est apparu que toutes les personnes pr&#233;sentes avaient particip&#233;, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; des groupes de suivi. Ce qui a &#233;t&#233; mis en lumi&#232;re par les personnes r&#233;unies pour surpasser ces &#233;preuves et trouver des solutions est le partage des r&#233;cits et exp&#233;riences de nos ami&#183;es. Au-del&#224; des quelques brochures qu'on a tous et toutes brass&#233;es, parce qu'il n'y en avait pas tant que &#231;a &#224; l'&#233;poque, on se rend compte qu'on est nombreuses &#224; vivre les m&#234;mes choses ou des situations proches. Cette discussion nous a mises sur la piste afin de trouver un moyen de partager ces r&#233;cits. En fait, beaucoup de personnes prennent en charge par elleux-m&#234;mes, en dehors de l'institution judiciaire, les conflits et les violences. On est donc all&#233;es chercher ces r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'&#233;tais &#233;galement pr&#233;sente lors de cette discussion. Apr&#232;s &#231;a, on s'est mises &#224; faire une sorte d'enqu&#234;te en allant chercher des t&#233;moignages, bien qu'on ne soit pas des personnes form&#233;es aux pratiques de justices extra-judiciaires. Au moment o&#249; on commence cette enqu&#234;te, on n'a pas de formation, mais &#224; diff&#233;rents niveaux, on a accompagn&#233; ou &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; des violences sexistes et sexuelles. Nous parlons donc depuis cet endroit-l&#224;, celui de l'expression et de la passation de t&#233;moignages. On est all&#233;es chercher, par la suite, des personnes qui sont form&#233;es ou pratiquent de mani&#232;re plus r&#233;guli&#232;re, voire professionnelle, pour r&#233;diger les focales sur des notions qui traversent les pratiques de justices extra-judiciaires. On a fait un travail de collecte, et on a beaucoup discut&#233; et r&#233;fl&#233;chi. Cette enqu&#234;te est ensuite devenue un livre parce que les membres de Trou Noir nous l'ont propos&#233;. Nous avons &#233;galement re&#231;u l'aide d'un camarade, tant dans la mise en page du questionnaire qui nous a servi &#224; mener les entretiens, que dans la mise en page du livre lui-m&#234;me. On a &#233;t&#233; accompagn&#233;es par des personnes qui ont fait de la relecture, par toutes les personnes qui nous ont fait confiance en nous confiant leurs paroles sur des histoires tr&#232;s remuantes, douloureuses, souvent gal&#232;res &#224; raconter. &#201;videmment, les r&#233;cits sont anonymis&#233;s le plus possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce titre : &#171; la col&#232;re ? &#187; Et si on affirme qu'elle &#171; nous appartient &#187;, alors qui nous en a d&#233;poss&#233;d&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La meilleure r&#233;ponse est de lire un petit passage extrait d'un entretien qui a inspir&#233; le titre du livre et qui lui donne un peu son sens. Pour contextualiser bri&#232;vement, les deux personnes dont il est question ont fait partie d'un groupe de suivi pour prendre en charge un auteur de violence faisant partie du m&#234;me collectif. Certaines d'entre elleux ont &#233;t&#233; les victimes. Elles racontent ce parcours sem&#233; de beaucoup d'interrogations entre la proximit&#233; qu'ielles partagent et la distance qui est impos&#233;e par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LOUVE : On a demand&#233; &#224; nos amis et camarades hommes de respecter la d&#233;cision de ne pas faire de call-out, mais aussi de prendre des nouvelles de Harry r&#233;guli&#232;rement et de ne pas l'ostraciser. On ne voulait pas que ce soient les meufs qui s'en chargent. On voulait que nos camarades masculins s'occupent de l'aspect relationnel avec Harry. Certains ont refus&#233; de garder un lien avec lui, au nom de la gravit&#233; des actes commis. &#199;a a distendu nos liens, il y a des gens avec qui on est moins proche depuis. &lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : On avait clairement pos&#233; que s'il y avait de la col&#232;re, c'&#233;tait &#224; nous de l'avoir, mais pas &#224; eux. C'est nous qui &#233;tions en charge de la col&#232;re, ce sont nos corps qui &#233;taient affect&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet extrait, les personnes essaient de dire que dans le geste de prise en charge de conflits et de violences, tu choisis ce que tu fais de ta col&#232;re. Tu ne la d&#233;l&#232;gues pas, ni &#224; une institution ni &#224; une personne inconnue. Je crois que c'est un des principes qui nous tenait fort &#224; c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; La col&#232;re est un affect qui est parfois d&#233;valoris&#233;, notamment par un certain type de justice qui pr&#233;tend &#234;tre impartiale, qui impose une distante avec les faits, etc. C'&#233;tait important de mettre ce sentiment dans le titre. Ce sentiment est accapar&#233; par les repr&#233;sentants du patriarcat avec des st&#233;r&#233;otypes de protection, de d&#233;fense de l'honneur, et dans des rapports qui ne sont pas forc&#233;ment ceux de la modernit&#233; lib&#233;rale qu'on conna&#238;t. Cette col&#232;re devrait &#234;tre r&#233;appropri&#233;e par les personnes qui sont victimes ou plus largement les personnes qui sont expos&#233;es &#224; &#234;tre des victimes de violences sexistes et sexuelles. C'est-&#224;-dire celleux qui ne sont pas des hommes cis. Dans l'extrait qui vient d'&#234;tre lu, le vol de la col&#232;re est le fait de leurs camarades hommes. Dans une analyse plus th&#233;orique, nous avons trouv&#233; chez Nils Christie, un anthropologue critique du droit p&#233;nal, une conception de la justice p&#233;nale comme un vol fait par l'institution qui s'accapare la gestion de la violence et qui prive les communaut&#233;s d'une sorte d'occasion d'interrogation-transformation de leurs normes et de leur fa&#231;on de fonctionner. C'est une des r&#233;flexions qui est assez fondatrice de toute la pens&#233;e critique de la justice p&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui correspond ce &#171; nous &#187; dont vous parlez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est le &#171; nous &#187; des personnes qui ont v&#233;cu des violences ou des personnes qui sont expos&#233;es, vuln&#233;rabilis&#233;es, menac&#233;es par ces violences sexistes et sexuelles. C'est le &#171; nous &#187; des victimes du patriarcat ou des personnes qui se battent contre le patriarcat. C'est le &#171; nous &#187; du f&#233;minisme et ensuite c'est le &#171; nous &#187; de la communaut&#233;. &#192; l'inverse de l'institution qui viendrait monopoliser une gestion des conflits et des violences en d&#233;poss&#233;dant les individu&#183;es, les collectifs et les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On se demandait si vous aviez votre propre d&#233;finition de la justice p&#233;nale ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Un des trucs qui &#233;tait super chouette dans le travail autour du livre, c'&#233;tait d'aller solliciter des personnes pour qu'elles &#233;crivent des textes th&#233;oriques que l'on a appel&#233; &#171; focales &#187;. Notamment celui qui est sans doute le plus compliqu&#233;, mais c'est le seul, et qui aborde &#171; la fonction tiers &#187;. La personne qui a &#233;crit ce texte fait une esp&#232;ce de comparaison un peu terme &#224; terme entre la justice p&#233;nale et la socianalyse, mais qui s'&#233;tend &#224; d'autres pratiques. La mani&#232;re d'analyser la justice p&#233;nale est assez pr&#233;cise et du coup, nous parle. Elle vient redire avec d'autres mots ce qu'on disait l&#224;, c'est-&#224;-dire comment la justice p&#233;nale monopolise la r&#233;ponse faite aux situations de violence ou de conflit. Ce que le texte ne dit pas, et que l'on peut rajouter, c'est que ce monopole de la gestion du conflit va avec le monopole de la violence l&#233;gitime, et du coup d'une capacit&#233; de coercition que n'ont pas les pratiques de justice extra-judiciaires dont on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On aimerait rester encore un peu dans le champ des d&#233;finitions pour aborder les m&#233;thodes de justice r&#233;paratrice et transformatrice. Vous avez d&#233;j&#224; mentionn&#233; la socianalyse, mais il est aussi question de m&#233;diation relationnelle. Pourriez-vous nous raconter d'o&#249; viennent et comment fonctionnent ces m&#233;thodes qui s'inscrivent en dehors du cadre p&#233;nal et en quoi se distinguent-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je me permets de r&#233;pondre parce que c'est moi qui ai &#233;crit cette focale. Entre la justice r&#233;paratrice et la justice transformatrice, c'est souvent gal&#232;re de s'y rep&#233;rer. Ce sont des mots qui se ressemblent et des contenus qui se ressemblent &#233;galement. La plus ancienne, la justice r&#233;paratrice, appara&#238;t dans les ann&#233;es 70. Toutes les deux sont des traditions anglo-saxonnes et principalement d'Am&#233;rique du Nord. Toutes les deux s'appuient sur une double critique, &#224; la fois celle de sp&#233;cialistes du droit et celles &#233;manant de pratiques communautaires de certain&#183;es autochtones. Ces pratiques sont extra-judiciaires, elles sont men&#233;es par des communaut&#233;s qui soit n'ont pas la culture de la justice p&#233;nale, soit ne peuvent pas y recourir parce qu'elles sont marginalis&#233;es dans les soci&#233;t&#233;s comme des communaut&#233;s noires, des communaut&#233;s de travailleurs et travailleuses informelles, etc. Ces communaut&#233;s se mettent &#224; d&#233;ployer des pratiques pour g&#233;rer les violences sans avoir &#224; appeler la police. La justice r&#233;paratrice cherche donc &#224; r&#233;parer les violences plut&#244;t qu'&#224; punir les coupables. Cependant, elle se met progressivement &#224; &#234;tre int&#233;gr&#233;e &#224; l'institution judiciaire. La justice transformatrice va na&#238;tre un peu en r&#233;ponse &#224; cette int&#233;gration. &#192; la fois dans une forme de continuit&#233; : ce qui est important dans la justice, ce n'est pas de punir les coupables, mais de r&#233;pondre aux besoins des victimes. C'est l'aspect commun de ces deux traditions qui me semble vraiment fondamental. Par contre, elle va critiquer la justice r&#233;paratrice, consid&#233;rant qu'elle n'est pas assez r&#233;solument extra-p&#233;nale. La justice r&#233;paratrice s'int&#232;gre &#224; l'institution judiciaire alors que la justice transformatrice est abolitionniste, c'est-&#224;-dire qu'elle vise l'abolition des institutions judiciaires et polici&#232;res. Celle-ci ne vise pas exclusivement &#224; r&#233;parer la victime, mais implique &#233;galement de transformer les communaut&#233;s et les collectifs o&#249; ont eu lieu les violences pour ne pas qu'elles se reproduisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le livre est construit autour de 9 t&#233;moignages qui racontent diff&#233;rentes situations de violences et donc de prises en charge. Pouvez-vous nous expliquer comment ces t&#233;moignages ont &#233;t&#233; choisis ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Nous avons choisi 9 r&#233;cits parmi le double d'entretiens que l'on a men&#233;s. J'en profite pour faire honneur &#224; tous les r&#233;cits qui n'apparaissent pas dans cet ouvrage. On les a choisis pour leur clart&#233; et pour leur diversit&#233;. &#201;tant nous-m&#234;mes issues d'un milieu politique particulier, nous avons souhait&#233; aller chercher des r&#233;cits au-del&#224; de notre entourage. Nous avons donc cherch&#233; une diversit&#233; tant dans les personnes qui racontent que sur les m&#233;thodes employ&#233;es, que les personnes aient mis en place un protocole elles-m&#234;mes ou qu'elles aient demand&#233; &#224; un professionnel d'intervenir. Je dois avouer que certains textes qui nous tenaient beaucoup &#224; c&#339;ur n'apparaissent pas dans le livre. Aller chercher ces r&#233;cits soul&#232;ve des questions : entre l'envie de livrer ces r&#233;cits et la peur du mal de ce que cela pourrait provoquer. On a donc choisi ces r&#233;cits pour leur diversit&#233;, mais &#233;galement en faisant attention &#224; ce que la publication pourrait d&#233;voiler. Dans ce processus de rassembler des t&#233;moignages, on a beaucoup gal&#233;r&#233; sur la question : qu'est-ce que tous ces r&#233;cits ont en commun ? On l'a beaucoup nomm&#233; par la n&#233;gative, c'est-&#224;-dire le choix des personnes de r&#233;gler les questions de violences entre elleux plut&#244;t que d'aller vers le syst&#232;me judiciaire classique. C'est vraiment &#224; force de discussions et d'&#233;laborations qu'on a commenc&#233; &#224; entamer le chemin qu'on propose qui est celui de d&#233;finir le champ de la justice extra-p&#233;nale. M&#234;me si ces termes sont rarement utilis&#233;s, ce qui est exprim&#233;, c'est la volont&#233; que les choses changent, la recherche d'un apaisement, une mani&#232;re de r&#233;gler le probl&#232;me ou de le prendre en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les personnes qui font face &#224; ces conflits n'ont pas fait le choix de faire appel &#224; la justice p&#233;nale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a des raisons tr&#232;s vari&#233;es &#224; cela. La premi&#232;re, que nous partagions avant m&#234;me d'avoir commenc&#233; notre enqu&#234;te, est politique. Cette id&#233;ologie commune estime que la justice p&#233;nale joue un r&#244;le dans la reproduction des in&#233;galit&#233;s et des hi&#233;rarchies sociales. Un des gestes du livre est d'aller au-del&#224; de ces raisons politiques, car beaucoup de personnes font sans la justice p&#233;nale. C'est ce que nous avons voulu explorer. Dans un des r&#233;cits, c'est le m&#233;diateur qui parle et non la personne concern&#233;e et celui-ci raconte &#224; travers son exp&#233;rience que les gens ne parlent pas de justice, mais plut&#244;t de r&#233;paration, parfois de reconnaissance et aussi d'envie de passer &#224; autre chose. Le mot &#171; justice &#187; ne fait pas sens pour elleux. La justice, c'est quand tu te fais voler ton sac dans la rue. Par contre, ce n'est pas le cas quand ta m&#232;re te cogne, quand t'es un b&#233;b&#233; tu vas voir les gens qui sont li&#233;s. C'est la formule qu'il utilise. Nous l'avons formul&#233; diff&#233;remment en constatant que quand il y a de l'amour et de la haine qui sont intriqu&#233;s &#224; ce point-l&#224;, le dispositif judiciaire victime-coupable-juge ne fonctionne pas. Il devient inop&#233;rant. C'est aussi le cas lorsque la justice r&#233;clame d'apporter la preuve de ce qui s'est pass&#233;. Lors des agressions sexuelles et des viols, il est difficile d'apporter des preuves mat&#233;rielles. Parfois les faits remontent &#224; longtemps, mais surtout, il y a peu de diff&#233;rences mat&#233;rielles entre un rapport sexuel consenti et un viol. La question n'est pas de renoncer aux &#233;l&#233;ments mat&#233;riels lors d'un proc&#232;s, mais de constater que ce dispositif ne convient pas pour traiter de violences sexistes et sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans un autre r&#233;cit, &#171; les cercles du secret &#187;, une des raisons de ne pas se tourner vers la justice p&#233;nale consiste &#224; refuser ou tenter d'&#233;chapper au r&#244;le dans lequel on essaie de les enfermer. Ce r&#244;le est celui de la victime. Recourir &#224; la justice institutionnelle c'est aussi accepter ce d&#233;coupage des r&#244;les coupable-victime-juge. Il est &#233;galement question de refuser que cette histoire soit divulgu&#233;e sur la place publique. Elles font toute une liste de leurs raisons. Et &#224; aucun moment la question d'aller voir la justice ne les traverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Ces arguments nous ont beaucoup pos&#233; question et nous en avons discut&#233; longuement. C'est aussi pour cette raison qu'on a demand&#233; &#224; une personne d'&#233;crire un texte sur la figure de la victime. C'est une notion &#224; la fois importante et probl&#233;matique, car notre rapport &#224; elle est compliqu&#233; et complex&#233;. Il y a donc une focale qui essaie d'explorer pourquoi c'est si dur de s'identifier &#224; la victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; travers toutes ces possibilit&#233;s de prise en charge des violences, l'objectif est-il toujours de &#171; faire justice &#187; ? Est-ce quelque chose que vous avez retrouv&#233; dans les r&#233;cits collect&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Le probl&#232;me avec cette question c'est que &#171; faire justice &#187; on ne sait pas trop ce que &#231;a veut dire et c'est un probl&#232;me r&#233;current. Je pense aussi que l'on n'a pas forc&#233;ment la m&#234;me r&#233;ponse. Pour ma part, j'aurais tendance &#224; dire &#171; oui &#187;, en comprenant l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187; comme une mani&#232;re de r&#233;&#233;quilibrer un rapport de force qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;s&#233;quilibr&#233; par l'usage d'une forme de violence. J'y inclus des r&#233;ponses qui habituellement peuvent sembler loin de ce qu'on appelle la justice comme certaines formes de vengeance. Je pense que r&#233;&#233;quilibrer ces rapports de force participe &#224; l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187;. En revanche, si on d&#233;finit le fait de &#171; faire justice &#187; comme capacit&#233; de nommer des normes et des limites collectives, alors je pense que des r&#233;ponses qui ne comprennent pas la transformation de la communaut&#233; ou celles de groupes ne peuvent pas correspondre &#224; l'id&#233;e de &#171; faire justice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une question difficile &#224; laquelle on a essay&#233; de r&#233;pondre par notre enqu&#234;te en recueillant des exp&#233;riences et en donnant la parole &#224; des personnes. Analyser ce que peut vouloir dire &#171; faire justice &#187; en dehors d'un appareil judiciaire p&#233;nal est un travail en cours d'&#233;laboration. Un aspect de cette enqu&#234;te qui nous a beaucoup enthousiasm&#233;es est l'exploration d'un champ en pleine &#233;bullition : nous avons m&#234;l&#233; des pratiques comme la socianalyse, la justice transformatrice, la justice r&#233;paratrice, et toutes les personnes qui bricolent dans leurs coins sans mettre de mots sur ce qu'ils et elles font. La prise en charge des violences peut vouloir dire beaucoup de choses. Il peut y avoir une fa&#231;on de prendre en charge les violences qui est th&#233;rapeutique. Et cette n&#233;cessit&#233; n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose que &#171; faire justice &#187;. Ensuite, effectivement, je pense que les questions de vengeance et de justice se recoupent &#224; des endroits, et se distinguent quand m&#234;me &#224; d'autres. Dans la vengeance, il y a aussi l'id&#233;e de faire du mal &#224; la personne qui t'a fait du mal, sans forc&#233;ment pr&#233;tendre &#224; &#171; faire justice &#187;. Je pense que c'est un travail compliqu&#233; et conceptuel que nous n'avons pas fait pour de bonnes raisons. Il ne peut pas &#234;tre fait tant que les pratiques de justice extra-p&#233;nales ne sont pas davantage d&#233;ploy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On souhaitait encha&#238;ner avec des questions sur les exemples pr&#233;sent&#233;s dans le livre. Dans le r&#233;cit &#171; Dialogue sur l'enfance &#187;, un m&#233;diateur raconte la relation entre une m&#232;re et sa fille qui ne sont plus en lien. La fille avait subi des violences de la part de sa m&#232;re durant l'enfance et l'adolescence. La fille souhaitait entrer en contact avec sa m&#232;re. Elle venait d'avoir un enfant et estimait qu'il devait conna&#238;tre sa grand-m&#232;re. La fille contacte donc un m&#233;diateur, qui utilise la m&#233;diation relationnelle, pour pr&#233;parer la possibilit&#233; de retrouver du lien avec sa m&#232;re. On s'est interrog&#233; sur l'outil qu'est la m&#233;diation et sur sa fonction pacificatrice. La m&#233;diation peut-elle questionner les syst&#232;mes qui permettent la reproduction des violences ou m&#234;me emp&#234;cher la remise en cause de ces violences ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Ce r&#233;cit parle d'un type de m&#233;diation sp&#233;cifique qui est la m&#233;diation relationnelle. On a essay&#233;, avec une focale sur la m&#233;diation, d'explorer les diff&#233;rents types de m&#233;diations, de la m&#233;diation p&#233;nale &#224; d'autres types de m&#233;diation plus lib&#233;rale. C'est un terme assez chaotique. Il recouvre beaucoup de choses diff&#233;rentes. D'ailleurs, nous n'avons trouv&#233; personne qui se sentait capable d'&#233;crire l&#224;-dessus. On a donc une focale sur la m&#233;diation relationnelle. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il y a des formes de m&#233;diation qui effectivement ont une fonction pacificatrice. Je pense notamment &#224; la m&#233;diation p&#233;nale. C'est une m&#233;diation mise en place pour d&#233;sengorger les tribunaux. Elle permet de passer des accords avec les accus&#233;s qui s'y retrouvent en obtenant des peines plus l&#233;g&#232;res que si elles avaient &#233;t&#233; prononc&#233;es devant un tribunal. Dans notre exemple de m&#233;diation relationnelle, le m&#233;diateur explique que l'objectif n'est pas de r&#233;concilier les gens. D'ailleurs, &#224; l'issue des processus, il arrive souvent que la rencontre entre les deux partis n'ait pas lieu ou que la rencontre permette de couper le lien en cessant d'&#234;tre hant&#233; par celui-ci. Dans la situation du r&#233;cit, la fille souhaite que son enfant ait un lien avec sa grand-m&#232;re. On comprend que cet argument est une sorte de pr&#233;texte qui disparait rapidement et permet de travailler sur son pass&#233;. Il y a deux rencontres entre la m&#232;re et la fille et c'est tout. Il s'agit d'abord de faire quelque chose de cette violence qui a eu lieu, d'en parler d'une mani&#232;re ou d'une autre, et non pas de renouer le lien et r&#233;concilier les gens. Dans cet exemple, la m&#233;diation n'est pas une forme de pacification. Je crois que cela d&#233;pend du type de m&#233;diation. Par contre, je peux dire qu'un point aveugle des modes de m&#233;diation que je connais est de toujours penser le dialogue comme interpersonnel sans replacer celui-ci dans les relations structurelles qui le coordonnent. Quand bien m&#234;me &#231;a parle d'argent, de conditions de travail ou de tout ce qui vient structurer les vies individuelles. Il existe d'autres m&#233;thodologies qui viennent faire travailler le collectif qui porte indirectement une responsabilit&#233; dans les violences ou les conflits. Dans un autre r&#233;cit qui s'intitule : &#171; couper la maison en deux &#187;, il est question de 5 personnes qui vivent ensemble dans une maison et qui n'arrivent plus &#224; cohabiter. Des voisins se portent volontaires pour former un groupe de m&#233;diation et accompagner ces personnes dans le fait de ne plus habiter ensemble. Le r&#233;cit met en lumi&#232;re un certain &#233;puisement des personnes impliqu&#233;es dans la m&#233;diation. Elles souffrent d'un manque de consid&#233;ration et se sentent beaucoup trop sollicit&#233;es dans leur travail de tiers. On s'est demand&#233; dans ce cas, si la m&#233;diation ne venait pas rajouter une nouvelle couche de conflit ? Mais aussi comment faire avec le besoin de reconnaissance des personnes tierces impliqu&#233;es dans la gestion de conflits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'ai l'impression de conna&#238;tre beaucoup d'histoires dans lesquelles une personne, qui n'est pas vraiment une personne tierce, intervient et rajoute une couche de douleur de conflit ou de complexit&#233;. Je dis : &#171; pas vraiment tierce &#187;, car dans nombre de milieux et groupes militants, l'intervention ext&#233;rieure, voire professionnelle, est tr&#232;s rare. Le r&#233;cit &#171; Couper la maison en deux &#187; en est un bon exemple. Les personnes qui interviennent font partie d'un collectif tr&#232;s &#233;largi avec les personnes en conflit. Ce qui va beaucoup leur peser, et l&#224;, &#231;a fait mal &#224; notre part anarchiste, c'est un besoin de reconnaissance tr&#232;s fort. C'est-&#224;-dire que c'est un travail ingrat. Finalement, la m&#233;diation au sein de groupe n'est jamais reconnue. Elle est souvent excessivement genr&#233;e et les personnes qui assumant ce r&#244;le sont des personnes sexis&#233;es. Donc c'est un travail dur. Par contraste, on a beaucoup &#233;t&#233; touch&#233; par l'humilit&#233; du m&#233;diateur de &#171; Dialogue sur l'enfance &#187; qui lui est un m&#233;diateur professionnel. Il met en avant le fait qu'au final, sa part de responsabilit&#233; sur le bien-&#234;tre des gens, sur la mani&#232;re de traiter un mal ou d'avancer dans une situation est minime, car il se retire de cette place-l&#224;. Il n'exprime pas son besoin de reconnaissance, quelle que soit la place qu'a pu avoir la m&#233;diation dans la vie des gens. Et donc je disais que notre part anarchiste allait &#234;tre heurt&#233;e dans la mesure ou il faut bien constater que la r&#233;mun&#233;ration et le fait que cette m&#233;diation soit un travail, d&#233;place la question de la reconnaissance et donc aussi de l'implication individuelle. C'est-&#224;-dire qu'il est tr&#232;s dur de trouver le sens d'aller faire de la m&#233;diation en &#233;tant r&#233;ellement ext&#233;rieur et dans ce cas l'argent devient un moyen, un symbole, ou que sais-je. Mais, on s'est dit que &#231;a touchait vraiment du doigt quelque chose dans la compr&#233;hension du r&#244;le de m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'en profite pour dire que c'est le seul r&#233;cit du livre dans lequel il n'est pas question de violence sexuelle. Il s'agit d'un conflit de personnes qui cohabitent et qui n'arrivent pas &#224; se s&#233;parer tout en se supportant plus. C'est d'ailleurs un des &#233;l&#233;ments du livre qui vient complexifier la d&#233;finition de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je me permets d'intervenir en rapport avec ce qui vient d'&#234;tre dit sur la m&#233;diation sans sp&#233;cificit&#233; de VSS. J'ai fait l'exp&#233;rience, pour mon int&#233;r&#234;t et celui d'autres, de la m&#233;diation. Je suis intervenue sur de gros conflits de voisinage dans mon immeuble o&#249; j'encaissais des nuisances sonores. J'ai mis un chapeau sur mon c&#244;t&#233; victime, sur ma col&#232;re et je suis intervenue. Et je ne me suis pas reconnue, car habituellement, je suis quelqu'un de col&#233;rique. Mais j'ai jou&#233; profil bas, dans mon int&#233;r&#234;t et il y a eu un r&#233;sultat, tout s'est apais&#233;. Plus jeune, j'aurais fonc&#233; dans le tas, mais j'ai ressenti qu'il fallait faire autrement. Et &#231;a a march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 2 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je souhaiterais revenir sur le terme de conflit qui est beaucoup employ&#233;. Quand est-il en cas de VSS, peut-on encore parler de conflit ? Cela n'efface-t-il pas une certaine forme de rapport structurel ou hi&#233;rarchique ? A priori, dans un conflit comme celui dont il &#233;tait question, cela me semble juste alors qu'&#224; d'autres moments je me pose la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour rebondir sur votre histoire, je dirais qu'il s'agit de faire quelque chose de sa col&#232;re plut&#244;t que de la mettre sous le chapeau. Je crois que c'est ce que l'on essaie d'exprimer. &#192; travers toutes ces histoires, il ne s'agit pas de brimer ou supprimer son ressenti, que l'on soit victime ou partie prenante, mais de savoir comment l'&#233;couter et peut-&#234;tre la transformer en autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour moi, la col&#232;re est une &#233;motion qui peut me d&#233;passer et m'emp&#234;cher d'agir de fa&#231;on saine et r&#233;fl&#233;chie. Dans ma situation, j'&#233;tais au-del&#224; de la col&#232;re, je n'en avais plus tellement j'&#233;tais &#233;puis&#233;e. J'ai cherch&#233; les moyens de toucher les personnes, et c'est transformateur. Mais je n'ai pas parl&#233; de moi. J'ai apais&#233; un conflit qui se passait chez mes voisins sans parler de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Conflit et violence sont r&#233;guli&#232;rement distingu&#233;s. Le bouquin de Sarah Schulman qui s'intitule &#171; Le conflit n'est pas une agression &#187; essaie justement de dire qu'on ne peut pas tout m&#233;langer. Un conflit oppose deux parties d'une puissance relativement &#233;gale. Et entre ces parties, il peut y avoir une m&#233;diation au sens classique du terme. Par contre, il y a d'autres situations o&#249; la violence produit d'un c&#244;t&#233; une victime et de l'autre un auteur de violence, m&#234;me si ce n'est pas des qualifications fixes ou essentialisantes. Il n'y a pas d'&#233;galit&#233; entre les parties et on ne la traite pas avec les m&#234;mes outils. Par exemple, les personnes qui pratiquent la socianalyse r&#233;fl&#233;chissent en ce moment &#224; la mani&#232;re d'adapter leurs outils &#224; des situations o&#249; justement il y a des victimes et des auteurs de violence alors m&#234;me que leurs outils sont faits pour traiter des conflits et g&#233;rer des situations o&#249; il y a des torts multiples et r&#233;partis parmi les membres d'un collectif, d'un groupe ou d'une soci&#233;t&#233;. Il y a tout de m&#234;me une porosit&#233; entre conflit et violence. Il y a des situations avec des torts des deux c&#244;t&#233;s, mais avec un geste qui a clairement d&#233;pass&#233; une limite claire. Dans le bouquin, il y a cette situation qui est clairement un conflit. Il n'y a pas eu de graves violences commises et il y a clairement des torts des deux c&#244;t&#233;s. Dans les autres situations pr&#233;sent&#233;es, il est question de violences, de mani&#232;re assez identifiable. Avec des personnes qui en ont v&#233;cu, et des personnes qui en ont commis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 3 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pourquoi avez-vous choisi de mettre ce r&#233;cit en lien avec l'id&#233;e de justice ? La notion de justice telle qu'on l'entend de mani&#232;re commune impliquerait la possibilit&#233; de formes de r&#233;paration ou la transformation d'une situation d&#233;s&#233;quilibr&#233;e. Pourquoi ce r&#233;cit entre-t-il dans le champ de la justice extra-p&#233;nale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#192; mon sens, ce r&#233;cit entre enti&#232;rement dans le champ de la justice extra-p&#233;nale. Il y a la tentative de r&#233;&#233;quilibrer un rapport de force qui a &#233;t&#233; l&#233;s&#233; des deux c&#244;t&#233;s. Si on a choisi de mettre en avant ce r&#233;cit, c'est pour aller contre une certaine intuition qui impliquerait d'assimiler une m&#233;thode &#224; un type de conflit ou &#224; un type d'agression. Nous nous sommes demand&#233; : est-ce qu'on ne peut pas utiliser des m&#233;thodes similaires &#224; partir du moment o&#249; tu prends en compte les influences sociales d'un syst&#232;me &#233;crasant, tel le patriarcat, dans une situation ? La r&#233;solution de conflit peut tout &#224; fait passer par des m&#233;thodes qui sont assez similaires. &#199;a nous importait de faire r&#233;aliser que les questions de justice et d'apaisement n'intervenaient pas uniquement dans le cadre des violences sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans ce conflit, les voisins et les voisines ont pu dire que si la situation continuait de la sorte, ils se seraient frapp&#233;s, ou se seraient attaqu&#233;s &#224; coup de couteau. Ce voisinage a d&#233;cid&#233; qu'il fallait intervenir. C'est typiquement une situation qui ne peut pas continuer comme au quotidien. La situation r&#233;clame l'intervention d'un tiers, d'un groupe, du social. C'est la raison pour laquelle on a choisi ce r&#233;cit et j'aurais aim&#233; en avoir d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 4 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'ai une question qui rebondit un peu sur les questions pr&#233;c&#233;dentes. Je crois savoir que dans la m&#233;diation dans la justice p&#233;nale n'est pas possible &#224; partir du moment o&#249; il y a agression enfin o&#249; il y a violence. Qu'en est-il de la m&#233;diation relationnelle et des m&#233;diateurices que vous avez rencontr&#233;.es ? Dans un des r&#233;cits, il y a le cas d'une m&#232;re qui a &#233;t&#233; violente, comment la m&#233;diation se positionne-t-elle par rapport &#224; &#231;a ? Quelles sont les limites pos&#233;es par les m&#233;diateurices pour rendre une m&#233;diation possible ou non selon les d&#233;s&#233;quilibres de rapports de force ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est vraiment une question importante en ce moment en France. La tradition fran&#231;aise impliquant un &#233;tat super centralis&#233; explique en partie le retard dans les pratiques de m&#233;diations contrairement &#224; d'autres pays plus lib&#233;raux comme les &#201;tats-Unis ou le Canada. Effectivement, la voie l&#233;gale implique de d&#233;noncer tous faits de violence. Cela implique, par exemple, que toute personne travaillant dans des foyers pour femmes battues devrait officiellement d&#233;noncer ces femmes m&#234;me si elles ne veulent pas porter plainte. C'est totalement antif&#233;ministe et stupide et de fait, ces d&#233;nonciations n'ont pas lieu. Cette loi n'est pas respect&#233;e par tous les travailleurs et travailleuses du social. Les personnes qui pratiquent la justice r&#233;paratrice en France n'assument pas toujours, mais expliquent pratiquer, un peu sous le manteau, des m&#233;diations pour des personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas porter plainte, ou qui se sont fait d&#233;bouter de la justice p&#233;nale. Cela reste un fait minoritaire. Alors qu'en Belgique ou en Suisse, les gens pratiquent la m&#233;diation l&#233;galement. C'est un aspect tordu de la loi fran&#231;aise qui implique l'id&#233;e de monopole dans la justice. Celle-ci engage &#224; d&#233;noncer les violences pour que la justice p&#233;nale s'en empare. Et l&#224;, je pense qu'il y a un truc qui est en train de bouger. Plusieurs collectifs assument de dire : on va traiter des violences et non, on ne va pas aller d&#233;noncer &#224; la justice p&#233;nale. Beaucoup de gens ne veulent pas porter plainte. D'ailleurs, les chiffres sont d&#233;lirants : 75% des victimes de viol ne peuvent pas, ne veulent pas ou ne portent pas plainte. Cela signifie que 75% des victimes de viol n'ont pas de r&#233;ponse sauf le p&#233;nal et qu'elles ne veulent pas y aller. Il y a donc un probl&#232;me. Je pense qu'il y a des &#233;volutions l&#233;gales &#224; construire pour les gens qui s'occupent de ce genre de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je crois que c'est un crit&#232;re central, dans la pratique de la m&#233;diation relationnelle, de placer au centre la s&#233;curit&#233; et la possibilit&#233; du dialogue entre les deux parties concern&#233;es. Dans le r&#233;cit dont il est question, on le voit assez bien. Le m&#233;diateur d&#233;roule les &#233;l&#233;ments bout par bout, y compris la s&#233;curit&#233; &#233;motionnelle. Il demande par exemple : qu'est-ce que tu ne voudrais pas entendre ? Qu'est-ce qu'il ne faudrait pas qu'elle dise ? Qu'est-ce que tu veux absolument entendre ? Il y a, tout du long, une mani&#232;re de baliser et le m&#233;diateur ne laisse pas la rencontre avoir lieu si la s&#233;curit&#233; et la possibilit&#233; de dialogue des personnes ne sont pas assur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 5 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'aimerais savoir ce qui a pu se passer apr&#232;s la prise en charge et comment les collectifs s'en sont trouv&#233; transform&#233;s. Je viens moi-m&#234;me d'un collectif qui a g&#233;r&#233; une histoire de harc&#232;lement en son sein. Il y a eu beaucoup de r&#233;percussions n&#233;gatives, mais aussi positives comme la mise en place d'une commission de lutte contre les violences avec la formation des personnes &#224; l'&#233;coute active. Je serais curieuse de savoir dans les histoires que vous avez entendues comment les interventions ont transform&#233; les collectifs positivement ou n&#233;gativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Nous sommes en 2026 et nous avons arr&#234;t&#233; de recueillir des r&#233;cits il y a deux ans. Les situations les plus anciennes datent d'il y a 10 ans, c'est le maximum de recul que l'on a pu recueillir sur une situation. Cela permet de se rendre compte que les choses changent beaucoup. Les gens ne disent pas la m&#234;me chose, 2 ans, 5 ans ou 10 ans apr&#232;s. Dans un r&#233;cit dont nous n'avons pas encore parl&#233;, l'intervention a &#171; fonctionn&#233; &#187;. Les personnes actives dans l'intervention et qui racontent ce r&#233;cit sont assez satisfaites de ce qu'elles ont fait. C'est une histoire tristement banale d'agressions commises par le membre d'un collectif qui organise des f&#234;tes et des concerts. Au fur et &#224; mesure, les d&#233;nonciations s'accumulent. Un processus est donc mis en place avec 4 personnes qui en ont vraiment la charge. En fait, tout le groupe, sous forme d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, est tenu au courant. Il en r&#233;sulte un changement dans la mani&#232;re d'organiser les soir&#233;es ainsi que la r&#233;daction d'une charte. Ils ont &#233;t&#233; un peu modifi&#233;s par cette histoire, &#224; une &#233;chelle assez humble. Je pense que l'on a tous et toutes vu des changements dans les mani&#232;res d'organiser les f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a un r&#233;cit qui n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et dont je vais lire la fin. Sa conclusion est &#224; moiti&#233; satisfaisante comme c'est souvent le cas, mais au moins il donne des pistes. Le r&#233;cit se passe dans un bar associatif, &#224; la campagne. Dans ce lieu, les personnes essaient de composer entre des sensibilit&#233;s au f&#233;minisme et un rapport aux agressions sexuelles qui s'av&#232;re &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent des un.es aux autres. &#199;a relate la mani&#232;re de l&#233;gif&#233;rer ensemble &#224; partir d'un commun qui est de vivre dans le m&#234;me village, et non pas depuis un groupe sensiblement constitu&#233; autour de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; GARE : &#192; part Thomas, quels sont les effets, d'apr&#232;s vous, de ces lettres, avertissements ou exclusions, sur les autres usagers du Croco ?&lt;br class='autobr' /&gt;
SOPHIE : Il y a beaucoup de personnes qui viennent au Croco et qui peuvent avoir un comportement violent. Beaucoup de personnes ont re&#231;u des lettres. Je pense que les mecs violents commencent &#224; capter qu'on ne se laisse pas faire. Avec les femmes qui fr&#233;quentent le lieu, &#231;a passe principalement par des discussions informelles : &#171; &#199;a fait longtemps que je sais que le lieu n'est pas safe. C'est chouette qu'il y ait des mesures qui soient mises en place. &#199;a me rassure de savoir que, m&#234;me si le Croco ne peut pas nous prot&#233;ger d'eux, il y a une volont&#233; de faire les choses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre action n'est pas une forme de sensibilisation, la plupart des agresseurs ne captent m&#234;me pas. &#192; part certains avec qui on peut avoir des discussions pouss&#233;es, en g&#233;n&#233;ral &#231;a leur passe au-dessus. C'est plut&#244;t les choses mises en place qui sont chouettes pour les potentielles victimes de ces gestes et pour le public. Du reste, il y a d'autres id&#233;es &#224; mettre en place, comme faire de l'affichage au bar directement.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait le maximum pour qu'il y ait un bon environnement, mais on ne peut pas faire des dingueries avec les dix soixantenaires qui draguent les meufs en leur claquant le cul. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 6 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pouvez-vous nous dire un mot sur l'anonymisation des r&#233;cits ? Est-ce un choix ? Est-ce aussi un frein qui entra&#238;ne des limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une d&#233;marche que l'on a syst&#233;matiquement propos&#233;e et c'est &#233;vident que sans ce dispositif personne n'aurait rien racont&#233;. Ce type de d&#233;marche implique pour les personnes de s'exposer et d'exposer une situation. Il y a &#233;galement la question du l&#233;galisme puisque normalement tu n'es pas cens&#233; recourir &#224; ces m&#233;thodes. Les gens livrent des histoires et des ressentis qui sont tr&#232;s intimes impliquant d'autres personnes. C'&#233;tait vraiment impossible de faire sans l'anonymisation. &#199;a n'a pas toujours &#233;t&#233; simple, car anonymiser signifie changer les lieux, les noms, mais aussi les d&#233;tails qui font qu'on peut reconna&#238;tre une histoire. Et parfois, cela peut enlever toute la chair de l'histoire. Nous avons donc fait des choix d'arbitrage, pas toujours simples, un peu de reconstitution et parfois des transformations et des substitutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 7 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a une sorte de lien entre ce rapport au r&#233;cit et le droit &#224; la parole. Dans votre livre, il y a un article sur la victime, sur le statut de victime qui dit qu'&#234;tre victime c'est hyper compliqu&#233; parce que soit tu dis que t'es victime et du coup ta parole est d&#233;cr&#233;dibilis&#233;e, soit tu parles, mais du coup tu caches le fait que t'es victime. Ou encore, tu ne peux pas trop parce que t'as pas acc&#232;s &#224; la parole. Au d&#233;but, vous avez dit que l'on avait besoin de r&#233;cits. Que c'&#233;tait ce qui vous a le plus aid&#233; et donn&#233; l'envie de faire ce livre. Est-ce que vous avez l'impression que ce livre peut aider &#224; faire bouger les choses sur le rapport &#224; la parole des victimes ? Ou pas du tout ? Je pense qu'il y a un lien avec l'anonymat. Quelle peut &#234;tre la place de la parole des victimes l&#224;-dedans et qu'est-ce que &#231;a change dans le fait de pouvoir assumer qu'&#224; la fois t'es victime et &#224; la fois tu prends la parole et t'as des choses &#224; dire l&#224;-dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Merci pour cette question. Je trouve &#231;a important, c'&#233;tait tr&#232;s &#233;mouvant de recueillir ses paroles et de les relire. On a nag&#233; dans les violences sexuelles pendant des mois pour faire ce bouquin aussi pour dire ce pi&#232;ge. Car dans tous les cas t'as tort, soit t'es trop faible, soit t'as trop ouvert ta gueule soit tu l'as trop ferm&#233;e. La victime est une figure pi&#233;geuse. L'id&#233;e principale de notre travail &#233;tant de diffuser des exp&#233;riences avec l'id&#233;e de ne plus repartir &#224; z&#233;ro, parce que c'est douloureux c'est gal&#232;re, c'est hyper intime, et surtout, c'est dur d'en parler. Donc minimalement, diffuser des exp&#233;riences et montrer que c'est possible, que &#231;a existe. Donner la parole aux victimes n'&#233;tait pas le geste premier parce qu'il n'y a pas que des victimes qui parlent. Il y a aussi beaucoup des personnes accompagnatrices m&#234;me si, on le r&#233;p&#232;te parce que &#231;a nous semble vraiment central, leur r&#244;le n'est pas de faire &#224; la place des personnes, il est d'accompagner les personnes dans leurs recherches de volont&#233;, de d&#233;sir, de force dans une situation o&#249; elles en ont &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;es. Du coup, je ne sais pas ce que cela peut produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; J'esp&#232;re que &#231;a peut avoir un petit effet, celui de sortir de la morale. Je pense que c'est ce que fait le texte sur la figure de la victime. Sortir d'un rapport moraliste &#224; ce que devrait &#234;tre une victime. Si tu es une victime, alors tu dois &#234;tre comme &#231;a, tu dois r&#233;agir comme &#231;a, ou tu dois faire &#231;a ou dire &#231;a. C'est &#233;galement ce que l'on peut lire dans tous les entretiens, c'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises r&#233;actions. Il y a m&#234;me des gens qui font des trucs qui peuvent para&#238;tre tr&#232;s chelous au fur et &#224; mesure du livre comme garder certaines proximit&#233;s avec leurs agresseurs. Ces paradoxes-l&#224; nous ont travers&#233;s et notre d&#233;marche consiste &#224; ne pas poser de jugement moral. Et je veux mettre en avant l'importance de ne pas le faire. L'important est justement d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute. Comment est-ce que tu peux te r&#233;parer ? Qu'est-ce qui peut te faire avancer, en te d&#233;tachant d'une quelconque morale qui dicterait la bonne mani&#232;re d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je n'ai pas du tout envie avec ce livre d'opposer &#224; l'injonction de porter plainte, l'injonction de faire par soi-m&#234;me, parce que ce serait mieux d'&#234;tre autonome. Dans les deux cas, c'est trop chiant. Ce qui nous parait probl&#233;matique, c'est qu'apr&#232;s avoir v&#233;cu quelque chose de douloureux, qu'apr&#232;s avoir v&#233;cu des violences, et avoir &#233;t&#233; ni&#233;es dans ta volont&#233; propre, dans ton d&#233;sir, les choses continuent ainsi parce que la mani&#232;re dont tu es cens&#233; r&#233;pondre &#224; cette situation t'est dict&#233;e de l'ext&#233;rieur. C'est la raison pour laquelle on a multipli&#233; les m&#233;thodes et les situations. Plus on multiplie les possibilit&#233;s de r&#233;pondre &#224; des situations de violence, plus on rend possible le fait de se r&#233;approprier sa capacit&#233; d'agir dans une situation o&#249; on se l'ait fait d&#233;glinguer. Peut-&#234;tre un dernier &#233;l&#233;ment sur la question de la parole, je ne dis pas qu'il faille toujours r&#233;pondre par la parole, parfois ce sont des gestes qui peuvent r&#233;pondre. C'est tout de m&#234;me &#233;tonnant le pouvoir de parler dans ces histoires-l&#224;, alors m&#234;me qu'on aurait parfois envie que de mettre de grandes torgnoles. Dans plusieurs histoires, on devine le c&#244;t&#233; inconscient du pouvoir de reconnaissance de la justice p&#233;nale. C'est une sc&#232;ne sur laquelle il y a quelqu'un d'ext&#233;rieur que tu ne connais pas, entend ce que tu as v&#233;cu, que ce n'est pas dans ta t&#234;te et que tu n'es pas folle. La parole a beaucoup de pouvoir, c'est assez frappant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 8 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Est-ce que tous les r&#233;cits que vous avez recueillis s'inscrivaient dans des formes de communaut&#233; ou de collectif &#233;tablis ? Parce que la question de la reconnaissance et celle de tes sentiments &#224; l'issue d'une m&#233;diation &#224; avoir avec un entourage dans lequel cette pratique est reconnue. Je me demandais si pour certaines personnes, cela suffisait que la m&#233;diation ait lieu ? Et comment cela pouvait-il se passer pour des personnes qui ne font pas partie de collectifs ? Cela peut-il suffire que la m&#233;diation ait lieu, avec un travail tr&#232;s individuel, sans doute assez psychologique aussi ? &#192; des endroits. Quand tu es m&#233;diateurice relationnel tu fais un peu de tout. Comment cela peut-il se passer pour des personnes qui ne font pas partie de communaut&#233;s ou de collectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je pense que &#231;a tape vraiment au bon endroit comme question. Il faut une forme d'ext&#233;riorit&#233;, et la premi&#232;re d'entre elles est souvent le psy ou la m&#233;diateurice. C'est une premi&#232;re forme d'ext&#233;riorit&#233;. Dans une des focales, l'autrice participe au dispositif mis en place par les &#233;glises de France pour traiter les violences sexuelles en leur sein. Ce dispositif s'appelle la commission reconnaissance et r&#233;paration. Le r&#233;sultat est tr&#232;s variable. Il y a des personnes qui en sortent encore plus en col&#232;re, d'autres qui vont vraiment mieux. Il faut savoir que tr&#232;s souvent les pr&#234;tres ou diff&#233;rents responsables religieux en question sont morts. Il y a un traitement de la violence qui est fait, mais rien par rapport au coupable. Mais il y a la reconnaissance de la communaut&#233;. Il y a de la reconnaissance au travers du boulot des personnes qui viennent, qui &#233;coutent. Des personnes viennent raconter leur v&#233;cu parfois 3, 4, 5, 6 fois, et avoir des gens qui valident d'une mani&#232;re ou d'une autre ton r&#233;cit, permet une reconnaissance, quelque chose de th&#233;rapeutique. C'est un deuxi&#232;me ou un troisi&#232;me niveau de reconnaissance qui n'est pas toujours possible quand il n'y a pas de communaut&#233;. Dans le livre, il y a notamment cette histoire de m&#233;diation relationnelle ou la reconnaissance, qui vient en fait de la m&#232;re. C'est &#224; la m&#232;re que la reconnaissance est demand&#233;e. Dans le r&#233;cit du village, il y a les usager.es et les g&#233;rant.es du bar. Il y a des communaut&#233;s assez vari&#233;es. Il y a m&#234;me une histoire de call-out dans laquelle la reconnaissance est apport&#233;e par les journaux et le public au sens tr&#232;s classique du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 1 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Au vu de mes exp&#233;riences diverses, la reconnaissance par le social n'a pas eu d'importance. L'important a &#233;t&#233; de retrouver ma capacit&#233; d'agir lorsque j'ai eu tr&#232;s peur et que l'on ne m'oblige pas &#224; me d&#233;finir comme victime. Ce qui me redonne confiance, c'est de pouvoir agir par moi-m&#234;me sans tiers quel qu'il soit m&#234;me un m&#233;diateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il y a deux histoires dans le recueil ou les personnes disent la m&#234;me chose que toi. Il s'agit de situations ou les victimes ont pris en charge tout le processus, et parfois &#231;a donne le vertige tant la charge qu'elles se mettent sur les &#233;paules est lourde. Je pense qu'effectivement, cela leur permet de trouver une capacit&#233; d'agir dans la situation. Mais il y a aussi des fois o&#249; les personnes disent qu'elles ne vont pas en plus se coltiner le boulot, &#231;a n'est pas faisable, on ne le veut pas et on ne le peut pas. Les tiers sont aussi l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 9 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je voudrais partager une petite r&#233;flexion par rapport aux formations des cercles restauratifs qui existent sur Bordeaux. J'ai trouv&#233; formidable qu'il y ait un film qui parle de la justice restauratrice ( Je verrai toujours vos visages). Sauf que c'est en France, ce qui signifie que ce qui est montr&#233; a lieu apr&#232;s le traitement par la justice p&#233;nale. &#192; Rio, il existe des pratiques de ce type, mais sans recours &#224; la justice. Les gens s'en occupent eux-m&#234;mes, c'est entre leurs mains. Et trouvent des solutions y compris pour des cas tr&#232;s graves comme une m&#232;re et le meurtrier de son fils, ou le meurtre d'un noir par un flic avec un racisme institutionnel. Ceux qui participent sont pr&#234;ts &#224; assumer, le poids n'est pas sur les &#233;paules de la personne qui est m&#233;diatrice. Quand les gens ont trouv&#233; une solution qui leur convient et qui convient aussi &#224; la communaut&#233;, car il y a des gens qui repr&#233;sentent la communaut&#233; ou le quartier, c'est du soutien mutuel qui se construit et qui est utilis&#233; par une personne ou part une autre. Tout le monde peut prendre ce r&#244;le de soutien pour que la parole sorte, les col&#232;res&#8230; Tout est l&#233;gitime. C'est &#224; chaque personne de nommer ce qui se vit et o&#249; se situe le probl&#232;me, et je trouve &#231;a extraordinaire. Je me demandais si vous aviez crois&#233; cette justice restauratrice de Rio qui n'est effectivement pas transformatrice ? C'est-&#224;-dire qu'elle ne cherche pas forc&#233;ment &#224; changer le syst&#232;me autour. &#199;a me semble assez puissant, mais en France, on n'a pas montr&#233; que c'&#233;tait possible sans la justice. C'est assez frustrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; C'est une pratique qui devient de plus en plus r&#233;guli&#232;re. Il y a des cercles qui se voient assez souvent et on observe que ce sont des pratiques qui se r&#233;pandent. D'abord dans certains milieux militants et alternatifs, mais pas que. J'ai l'impression qu'il y a une tendance qui cherche &#224; se d&#233;tacher des institutions judiciaires classiques, plut&#244;t par souci &#233;conomique. Car la justice co&#251;te cher. Cela permet donc des exp&#233;rimentations. Je pense notamment &#224; la m&#233;diation familiale. Comme vous venez de le souligner dans la diff&#233;rence entre la France et Rio, j'ai l'impression que ces m&#233;thodes sont associ&#233;es &#224; des actes de faible gravit&#233; ou &#224; des conflits. Comme la m&#233;diation de voisinage dans certains quartiers. J'ai en t&#234;te un exemple qui n'est ni fran&#231;ais, ni tr&#232;s actuel. C'est un film que l'on diffuse demain et qui s'intitule &#171; Hollow Water &#187;. Celui-ci relate une pratique de cercle restauratif au sein d'une communaut&#233; autochtone du Canada. Ils ont construit tout un syst&#232;me de cercle de discussion depuis la communaut&#233;. Cette pratique est mise en place pour essayer de briser le r&#233;gime de violence qui s'est institu&#233; dans leur communaut&#233;. Ce r&#233;gime est fait de maltraitance &#224; l'int&#233;rieur des familles, d'incestes, d'agressions sexuelles, de viols, etc. Cette pratique intervient &#224; l'endroit o&#249; la justice p&#233;nale n'apporte pas de r&#233;ponse &#224; leur communaut&#233;. Ce n'est donc pas la gravit&#233; de l'acte qui va d&#233;finir si l'on doit ou non passer par le syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 10 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Je reviens sur ce dont tu parlais &#224; propos de Hollow Water. Dans la volont&#233; de ne pas recourir &#224; la justice p&#233;nale, il y a le rapport &#224; l'exclusion. Dans cette communaut&#233;, les personnes savent que s'ils laissaient un des leurs au p&#233;nal, c'est qu'il va aller vivre seul. Il y a donc cette question de l'exclusion et je me demande, au vu des diverses situations que vous avez crois&#233;es, s'il y a des tendances qui se dessinent autour de l'exclusion par rapport au commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Camille :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour r&#233;pondre, on ne s'est pas dit que des gens reprendraient le flambeau, mais &#233;videmment au-del&#224; des histoires que l'on pr&#233;sente, il faut en raconter d'autres. Je pense que c'est vraiment important de publier des r&#233;cits et de les faire circuler. C'est un effort de devoir raconter des trucs qui ont &#233;t&#233; p&#233;nibles, mais &#231;a a vraiment de la valeur. J'ai l'impression qu'une partie du travail cherchant &#224; faire face &#224; des violences ou des agressions s'est construit sur les limites de l'exclusion comme r&#233;ponse. On conna&#238;t les arguments qui affirment que la personne va recommencer ailleurs, ou que celle-ci peut se retrouver extr&#234;mement pr&#233;caris&#233;e avec des cons&#233;quences tr&#232;s graves. L'exclusion peut &#233;galement &#234;tre une sorte de peine sans limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lythe :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Dans nos r&#233;cits, l'exclusion appara&#238;t. Elle appara&#238;t de deux mani&#232;res. La premi&#232;re, qui revient plusieurs fois, est une auto-exclusion des auteurs qui accompagne un besoin de distance des personnes heurt&#233;es. Et ce retrait a lieu qu'il y ait un groupe de suivi ou non. Ce n'est pas juste une fuite de ce qui se passe. On pourrait l'analyser de mille mani&#232;res selon les histoires, y voir une auto-punition parfois. J'ajouterai que &#231;a vient beaucoup des personnes dont le tort caus&#233; est reconnu par la communaut&#233;. L'autre forme que prend l'exclusion est celle de la menace. La reconnaissance d'un tort, la mise en place d'un groupe de suivi, ce n'est pas aussi simple que &#231;a. C'est comme le f&#233;minisme en g&#233;n&#233;ral, c'est une affaire de rapports de force qui s'appliquent. L'exclusion, au m&#234;me titre que le call-out, est un outil coercitif. Mais c'est une menace consciente de la part de la communaut&#233;. Soit tu travailles, tu avances, tu te plies &#224; ces r&#232;gles, soit tu vas nous quitter. Et cela vient donner tout son sens au fait de bien vouloir se mettre au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Intervention 11 :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Pour t&#233;moigner &#224; propos de mon collectif, la prise en charge s'est faite, car la personne n'a jamais voulu reconna&#238;tre les faits. Il y a eu tout un travail effectu&#233; et la personne a &#233;t&#233; entendue. Il y avait quand m&#234;me 8 personnes concern&#233;es par ce harc&#232;lement. Et quand la personne n'a pas envie de se mettre au travail justement, pour r&#233;int&#233;grer le collectif et que la priorit&#233; va &#224; la protection des victimes, et bien le collectif explose. Enfin, on n'utilisait pas le mot victime pour parler de nous. Je pense que &#231;a fait partie des choses qui sont de l'ordre de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce moment touche &#224; sa fin. Il y a un extrait du bouquin qui nous a pas mal parl&#233;. Donc sans forc&#233;ment poser la question qu'il y a autour, on propose de lire l'extrait et se laisser l&#224;-dessus. Il s'agit du r&#233;cit &#171; les cercles du secret &#187; qui a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. C'est un groupe de suivi qui se met en place suite &#224; la d&#233;couverte de viols et de violences conjugales commis par un des membres du collectif. Le suivi est centr&#233; sur l'auteur dans une volont&#233; de transformation de ses comportements et les personnes qui sont impliqu&#233;es dans le suivi sont des femmes qui sont tr&#232;s proches de l'auteur et dont certaines sont des victimes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LOUVE : Le point de pression qu'on avait vis-&#224;-vis de Harry, c'&#233;tait sa peur d'&#234;tre un monstre aux yeux de toutes ses connaissances, notamment du milieu qu'on fr&#233;quentait. &#199;a le faisait vraiment vriller. &lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : (&#8230;) Pour moi, tant que l'autre se voit comme un monstre et que les autres le regardent aussi comme un monstre, il peut continuer &#224; agir comme un monstre.&lt;br class='autobr' /&gt;
COLLECTIF GARE : Tu peux d&#233;velopper ?&lt;br class='autobr' /&gt;
EVE : C'est une mani&#232;re de se d&#233;douaner de se dire : &#171; je suis un monstre &#187; et de fondre en larmes. Si l'autre te voit comme un monstre, &#231;a vient alimenter ta culpabilit&#233;. Et la culpabilit&#233; permet justement de continuer &#224; faire ce que tu fais sans prendre tes responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
LOUVE : Comme tu t'auto-punis, tu peux retomber dans les m&#234;mes m&#233;canismes et ce n'est pas forc&#233;ment transformateur, ce n'est pas ce qui va te pousser &#224; un changement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La col&#232;re nous appartient</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>collectif GARE</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour faire face aux violences, inventons de nouvelles fa&#231;ons de faire justice&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2026-50-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2026&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-justice-287-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-collectif-GARE-+" rel="tag"&gt;collectif GARE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/image_couverture.jpg?1776193123' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 18 avril 2026 paraissait le livre &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/la-colere-nous-appartient/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;La col&#232;re nous appartient&#034;&lt;/a&gt; aux &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions trounoir&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage est un recueil de neuf t&#233;moignages qui traitent d'exp&#233;riences de justice extrap&#233;nale ou communautaire, c'est-&#224;-dire dans lesquelles les personnes ont pris en charge des situations de violence sans recourir &#224; l'institution judiciaire, soit par elles-m&#234;mes, soit avec l'aide de tiers ext&#233;rieurs au conflit. Ces r&#233;cits sont accompagn&#233;s de huit courts textes r&#233;flexifs sur des notions transversales, appel&#233;es &#171; focales &#187;, qui permettent de naviguer dans le vocabulaire de la justice transformatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La col&#232;re nous appartient&#034; est le r&#233;sultat du travail du collectif GARE. Celui-ci rassemble des f&#233;ministes issues de l'autonomie politique.Elles tiennent des cantines, enseignent, diffusent de l'information militante, &#233;l&#232;vent des enfants, s'occupent de lieux communautaires, font de la m&#233;diation. Pour ce recueil, elles ont collect&#233; et mis en forme des r&#233;cits, puis ont sollicit&#233; des praticiennes et des chercheuses pour des &#233;clairages th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;sentons ici, le premier r&#233;cit du recueil dans lequel une personne viol&#233;e reprend la main sur sa situation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PREUVE DU CONTRAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, il n'y a ni les mots ni les ressources pour permettre &#224; celle qui raconte ici son histoire de la comprendre. Au fur et &#224; mesure, elle prend conscience du chantage &#224; la sexualit&#233; qu'elle a v&#233;cu pendant une longue relation de couple, ainsi que d'autres violences. Ce r&#233;cit qui s'&#233;tend sur dix ans raconte un parcours de vie, qui passe par des deuils, des coups de gueule et surtout de solides liens d'amiti&#233;, mais aussi une p&#233;riode de transformation sociale au cours de laquelle lois et mentalit&#233;s changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les termes de viol conjugal pos&#233;s, que faire ? La tentative de r&#233;paration entreprise par la narratrice nous semble assez in&#233;dite. Elle prend de grands risques en se confrontant de nouveau &#224; l'homme qui l'a viol&#233;e, et elle en a bien conscience, puisqu'elle se demande si elle n'est pas &#171; compl&#232;tement tar&#233;e &#187;. Pourtant, &#224; l'issue de ce parcours, quelque chose semble s'&#234;tre &#171; remis &#224; sa place &#187; pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit nous a touch&#233;es parce qu'il venait bousculer nos &#233;vidences, en m&#234;me temps qu'il faisait &#233;cho &#224; des exp&#233;riences de vie tristement courantes &#8211; beaucoup de violences sexuelles ont lieu dans le cadre du couple, et mettent souvent des ann&#233;es avant de trouver les mots pour &#234;tre dites. Gr&#226;ce &#224; l'attention bienveillante de ses ami&#183;es, gr&#226;ce aussi &#224; la formation qu'elle a suivie, la narratrice se sent suffisamment en s&#233;curit&#233; pour se faire confiance et tenter une forme de r&#233;paration qu'aucun manuel de justice alternative ne pourrait conseiller. Cette histoire nous rappelle que si les savoirs &#233;tablis sont indispensables, les personnes concern&#233;es restent les seules v&#233;ritables expertes de leur v&#233;cu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une relation de lyc&#233;en&#183;nes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette histoire commence au lyc&#233;e. Tr&#232;s vite, je rencontre celleux qui deviendront les copain&#183;es pour tr&#232;s longtemps. Dans ce groupe, il y a Francis et nous tombons amoureux&#183;ses. Je pars alors vivre dans la grosse coloc o&#249; tous habitaient. On &#233;tait sept. J'&#233;tais avec six gars, dont Francis. Nous avions une relation amoureuse de lyc&#233;en&#183;nes, c'&#233;tait tr&#232;s&#8230; lyc&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'&#233;tait en 2004 et &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait contre l'amour, il ne fallait pas &#234;tre amoureuse. Et en m&#234;me temps, nous &#233;tions amoureux&#183;ses, donc comment faire avec &#231;a ? Il fallait se d&#233;merder avec ses sentiments, faire semblant ou faire comme si &#231;a n'existait pas. Le mouvement #MeToo n'&#233;tait pas encore pass&#233; par l&#224; et je refusais le f&#233;minisme parce que j'estimais que je n'&#233;tais pas une victime. Je n'&#233;tais pas victime de violence, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s le lyc&#233;e, on s'est revu&#183;es chez les parents d'un de nos amis avec toute la bande. Un des potes m'a dit que Francis avait eu une autre histoire. On s'est engueul&#233;&#183;es, j'ai essay&#233; de le frapper, c'&#233;tait n'importe quoi. Cet &#233;t&#233;-l&#224;, il y a eu de grosses sc&#232;nes d'engueulades. On ne tapait pas l'un&#183;e sur l'autre mais les objets prenaient, il y avait des sc&#232;nes de furie, de part et d'autre. &#192; mes yeux, c'&#233;tait assez &#233;quitable mais comme j'&#233;tais une meuf qui exprimait de la violence, c'&#233;tait moi la personne violente de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Viol conjugal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ensuite je suis partie &#224; Nantes, o&#249; je suis tomb&#233;e amoureuse d'un autre gars. Il &#233;tait en relation polyamoureuse &#8211; pas dans le sens p&#233;joratif o&#249; les gens font n'importe quoi en pr&#233;textant que c'est du polyamour &#8211; c'&#233;tait une relation assez saine. Francis est venu me voir et on s'est remis&#183;es ensemble mais &#224; distance car il vivait dans les Alpes. C'est moi qui me d&#233;pla&#231;ais toujours pour le rejoindre, parce que &#231;a lui allait que je sois avec quelqu'un d'autre mais pas devant lui. En r&#233;alit&#233;, &#231;a ne lui allait pas du tout, sauf qu'&#224; l'&#233;poque, t'&#233;tais pas un vrai si tu disais que t'acceptais pas ce type de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la mesure o&#249; c'est moi qui imposais une autre relation, je devais payer quelque chose. D'abord avec ces allers-retours, puis rapidement, je me suis mise &#224; le faire sexuellement. J'achetais la paix avec du sexe.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette ann&#233;e-l&#224;, plusieurs personnes de mon entourage sont mortes de mani&#232;re assez violente. &#199;a remuait des choses en moi. Je continuais de faire des allers-retours, mais &#231;a devenait de plus en plus difficile. C'&#233;tait vraiment &#224; chier comme relation. Et cet achat de paix par le sexe s'est amplifi&#233;. Clairement, j'avais pas envie et il le voyait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette relation a dur&#233; une dizaine d'ann&#233;es, avec des pauses au cours desquelles on ne se voyait plus. Puis on se retrouvait. Au d&#233;but de notre relation, alors qu'on s'engueulait tout le temps, on s'&#233;tait promis de ne pas se s&#233;parer sans avoir pass&#233; une nuit enti&#232;re &#224; en parler. Voil&#224;, j'avais 20 ans, on a trouv&#233; que c'&#233;tait intelligent, et franchement vu les trucs d&#233;biles qu'on faisait, c'&#233;tait pas pire. L'id&#233;e c'&#233;tait d'en parler, d'y r&#233;fl&#233;chir, d'arr&#234;ter de prendre cette d&#233;cision toutes les cinq minutes. J'ai longtemps pens&#233; que cela marquait quelque chose d'assez stable et de plut&#244;t cool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sauf que ce con m'a largu&#233;e par t&#233;l&#233;phone un soir de Nouvel An. J'&#233;tais paum&#233;e dans une zone industrielle et il me dit qu'il voulait qu'on se s&#233;pare. J'ai r&#233;pondu que j'&#233;tais d'accord, mais qu'il fallait qu'on se voie, et si ce n'&#233;tait pas une nuit, ce serait une journ&#233;e. Il fallait qu'on se voie, c'&#233;tait le contrat. Et ce n'est jamais arriv&#233;. Je me sentais donc encore li&#233;e &#224; lui, m&#234;me si je savais tr&#232;s bien qu'on n'&#233;tait plus ensemble et qu'il y avait m&#234;me de l'animosit&#233;. Je me disais que nous n'avions pas &#233;t&#233; correct&#183;es l'un&#183;e envers l'autre et que les choses n'&#233;taient pas r&#233;gl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trouver les mots&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Et puis il y a eu le mouvement #Metoo. Je me rappelle qu'une loi pass&#233;e dans ces ann&#233;es-l&#224; disait qu'un&#183;e mineur&#183;e de 15 ans ou moins ne pouvait pas consentir &#224; un rapport sexuel avec une personne de je ne sais plus quel &#226;ge, que c'&#233;tait du viol. Cela m'avait un gros choc. Je me rendais compte que certaines relations que j'avais eues n'&#233;taient pas normales. Je les avais mal v&#233;cues, sans pouvoir les nommer. Et l&#224;, c'&#233;tait la loi ! La loi prenait ma d&#233;fense, plus que mes potes. C'&#233;tait quelque chose, de me r&#233;aliser &#231;a. J'ai commencer &#224; repenser &#224; des relations et des &#233;v&#233;nements tout en essayant de n&#233;gocier avec mes psys :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'est bien pass&#233; quelque chose, mais je n'ai pas vraiment dit non&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi est claire, c'est du viol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne voulais pas &#234;tre une victime, car cela voulait dire porter ce costume et ne plus jamais pouvoir en sortir. J'avais d&#233;j&#224; vu ce m&#233;canisme au coll&#232;ge, o&#249; une fille qui avait &#233;t&#233; viol&#233;e subissait une peine suppl&#233;mentaire de la part des autres gars. C'&#233;tait d&#233;gueulasse. Moi je voulais pas &#231;a. Bon, entre-temps j'avais quand m&#234;me percut&#233; des choses au niveau du f&#233;minisme, j'en &#233;tais plus &#224; dire simplement &#034;je veux pas&#034;, mais je voulais quand m&#234;me garder mon histoire pour moi. J'ai commenc&#233; &#224; la partager avec des copines tr&#232;s proches, et avec mes psys, mais toujours avec une certaine crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lors d'une discussion avec ma meilleure amie Zahra &#8211; on se conna&#238;t depuis nos 12 ans et on est toujours tr&#232;s proches &#8211; celle-ci m'a dit : &#171; Oui, Clara, tu t'es fait violer &#224; 12 ans, c'est s&#251;r. C'est peut-&#234;tre arriv&#233; avant, mais cette fois-l&#224;, tu m'en as parl&#233; et je m'en souviens. &#187; Je me suis souvenue avoir regrett&#233; de lui raconter tout &#231;a. J'avais peur que &#231;a reste, puisque je l'avais d&#233;pos&#233; quelque part. On n'en avait jamais reparl&#233; depuis ; je pensais que c'&#233;tait peut-&#234;tre oubli&#233;. C'est elle qui en &#233;tait gardienne et qui me l'a redonn&#233; &#224; ce moment-l&#224;. Bien que je sache parfaitement ce que j'avais v&#233;cu, &#231;'a &#233;t&#233; un choc &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au temps du lyc&#233;e, les mots n'existaient pas. On a reparl&#233; d'autres situations qu'on avait v&#233;cu Zahra et moi. Je l'ai vue les vivre et elle m'a vue les vivre. Mais nous n'avions pas les mots. Parfois on essayait de s'en prot&#233;ger l'une l'autre, de faire diversion quand on voyait tel type s'approcher de notre copine, mais on n'a jamais nomm&#233; ces situations comme des abus, des relous, du harc&#232;lement, du viol. Ces situations, on les faisait dispara&#238;tre en nous. Cela para&#238;t fou mais &#224; l'&#233;poque, on faisait comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De l&#224;, j'en suis venue &#224; requestionner ma relation avec Francis et je me suis rendu compte de tout ce qui n'allait pas y compris dans le rapport au groupe. La position de groupe consistait &#224; dire que c'&#233;tait chiant que les tensions entre deux personnes emp&#234;chent de se voir toustes ensemble. Tant que la situation n'est pas expliqu&#233;e, &#233;videmment, elle n'est pas comprise, les gens me disaient &#171; vous &#234;tes s&#233;par&#233;&#183;es, c'est bon, tourne la page et &#231;a ira &#187;, et je r&#233;pondais que c'&#233;tait plus qu'une s&#233;paration. J'avais beaucoup de mal &#224; en parler, parce que c'&#233;tait aussi leur pote, parce que j'avais le sentiment d'avoir aussi fait de la merde, et de r&#233;veiller le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce que je voulais, en fait ? J'en savais rien. Je n'avais pas envie de le voir, et lui non plus. J'ai tout de m&#234;me r&#233;ussi &#224; exprimer les raisons pour lesquelles je ne voulais pas le voir. Si ce n'&#233;tait pas du viol, c'&#233;tait de l'abus, ou des formes d'agressions. J'avais mis des mots, sans que je me souvienne clairement lesquels. J'ai d&#251; parler de viol pour faire comprendre la situation au groupe qui me reprochait de faire des mani&#232;res. J&#233;r&#233;my, un copain, avait confront&#233; Francis avant un moment o&#249; on devait se retrouver toustes ensemble et o&#249; il n'&#233;tait finalement pas venu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retrouvailles et attention collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quelques mois plus tard, J&#233;r&#233;my &#8211; qui &#233;tait diab&#233;tique &#8211; est tomb&#233; gravement malade. Francis voulait venir le voir sauf que j'habitais chez J&#233;r&#233;my, &#231;a faisait vraiment beaucoup pour moi. J'avais pass&#233; toute la semaine &#224; l'h&#244;pital avec lui, j'&#233;tais dans un sale &#233;tat et Francis devait arriver le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce soir-l&#224;, &#224; table, j'ai pos&#233; que c'&#233;tait trop pour moi et que j'allais me barrer. J'ai dit : &#171; Je ne vais pas accueillir &#224; bras ouverts le gars qui m'a le plus viol&#233;e dans ma vie. &#187; &#199;a a pos&#233; un truc fort. Je ne l'avais jamais dit dans une discussion, mais uniquement dans des &#233;changes intimes, &#224; deux. Cela devenait public en quelque sorte. J'avais une g&#234;ne terrible en pensant qu'iels allaient devoir faire quelque chose. Je ne voulais pas leur imposer de r&#233;pondre. C'&#233;tait dur pour moi d'en parler jusqu'&#224; ce moment o&#249; c'est sorti comme &#231;a, brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Finalement, je suis rest&#233;e l&#224;, et on s'est crois&#233;&#183;es dans la maison. Il m'a parl&#233; sans s'arr&#234;ter pendant trois quarts d'heure. J'avais envie de partir, je le r&#233;p&#233;tais, et il n'entendait pas. Il me racontait le d&#233;c&#232;s de sa s&#339;ur que j'aimais bien. J'&#233;tais en panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entre le moment o&#249; J&#233;r&#233;my avait un peu secou&#233; Francis, et l'appel des m&#233;decins nous informant que J&#233;r&#233;my n'allait pas s'en sortir, mes ami&#183;es m'avaient demand&#233; si je voulais qu'iels fassent quelque chose, sans pression. Je ne savais pas et &#231;a m'allait tr&#232;s bien. Parce que j'aurais peut-&#234;tre pris une d&#233;cision &#224; laquelle j'aurais d&#251; me tenir sans en avoir envie. Chacun&#183;e de mes ami&#183;es est venu&#183;e me voir quand on a su que Francis allait venir. Toustes sont venu&#183;es me demander comment j'allais et si j'avais des besoins ou des demandes. Je ne voulais pas qu'iels lui interdisent de venir, parce qu'il ne savait pas encore qu'il &#233;tait accus&#233;. Je ne voulais pas emp&#234;cher la relation de Francis et J&#233;r&#233;my.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque Francis &#233;tait pr&#233;sent, tout le monde faisait gaffe, c'&#233;tait hyper cool. Iels n'ont pas demand&#233; une seule fois, juste pour se d&#233;barrasser du probl&#232;me, mais chaque fois, iels venaient me voir pour me demander : &#171; Est-ce que &#231;a va ? Est-ce que tu sais o&#249; il dort, est-ce que tu veux savoir o&#249; il dort ? Est-ce que tu veux qu'il dorme ailleurs ? &#187; Tout &#233;tait check&#233;. Et quand je ne savais pas, la r&#233;ponse &#233;tait : &#171; Est-ce que tu t'en fous ? Est-ce que tu veux attendre ? Tu pr&#233;f&#232;res qu'on prenne la d&#233;cision ? &#187; C'&#233;tait exactement ce que je voulais. Des attentions de base, des choses simples. Personne ne m'a dit : &#171; Je ne te crois pas. &#187; J'avais l'impression de pouvoir cohabiter avec Francis en &#233;tant entour&#233;&#183;es par d'autres gens et en ayant toustes les deux du soutien. Il y avait des liens d'attachement de tous les c&#244;t&#233;s dans notre groupe, j'&#233;tais donc assez tranquille. Je ne sais pas s'iels ont parl&#233; avec Francis, mais dans la mesure o&#249; je n'ai pas voulu le savoir, iels ne m'ont pas fait de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai pu &#233;galement en parler avec d'autres personnes qui ne connaissaient pas Francis, cela m'a permis un autre type de regard, ce qui m'a fait du bien. Et personne ne s'est empar&#233; de mon histoire. Il n'y a jamais eu de discours du type : &#171; Ah, mais il faut faire ceci ou cela. &#187; Avant d'en parler, je me sentais seule, mais l&#224; je ne l'&#233;tais pas, pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Francis est venu deux fois, &#224; quelques mois d'intervalle. La deuxi&#232;me fois dans l'unit&#233; de soins palliatifs. Il est arriv&#233; un soir o&#249; je dormais encore &#224; l'h&#244;pital avec J&#233;r&#233;my. C'&#233;tait ma derni&#232;re nuit avec lui. Lorsqu'il est entr&#233; dans la chambre, j'allais bien, toustes les copain&#183;es &#233;taient l&#224;. Il y avait du monde en permanence, et ce soir-l&#224;, toustes les ami&#183;es du lyc&#233;e &#233;taient r&#233;uni&#183;es. La situation est tendue : personne n'a choisi d'&#234;tre l&#224;, mais on veut toustes y &#234;tre. Et &#231;a va bien se passer parce que ce n'est pas pour nous qu'on est l&#224;. En arrivant, il m'envoie une vieille pique et je lui renvoie un menhir. Il ferme sa gueule et s'excuse. J'hallucine de sa r&#233;action, et les autres aussi. Je me dis que &#231;a va le faire. C'&#233;tait dans la chambre de J&#233;r&#233;my et on a fait notre sketch de vieux couple merdique, mais &#231;a a pos&#233; quelque chose. Et j'ai pu le faire parce que tout le monde &#233;tait au courant. S'il l'ouvrait, il se faisait tomber dessus par chacune des personnes pr&#233;sentes. J'&#233;tais forte de tout &#231;a et je savais que certains en avaient parl&#233; avec lui avant son arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est difficile de l'expliquer mais &#231;a me faisait du bien de le voir autrement que ce type d&#233;gueulasse et m&#233;chant que je m'&#233;tais construit. Je n'aurais pas eu cette relation avec lui s'il n'avait &#233;t&#233; que &#231;a. Il me faisait rire quand il faisait ceci, ou il &#233;tait trop mignon quand il faisait cela. En fait je n'avais pas &#233;t&#233; amoureuse d'un monstre. Il redevenait une personne, c'&#233;tait &#233;trange et agr&#233;able, en m&#234;me temps, &#231;a me faisait peur. Par contre, le contact physique &#233;tait impossible. On se prenait toustes dans les bras, mais lorsqu'il m'approchait, j'avais le sentiment d'&#234;tre coinc&#233;e, j'avais de l'appr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; chaque moment collectif &#224; l'h&#244;pital, il y avait toujours quelqu'un&#183;e qui arrivait, ou qui cherchait mon regard pour s'enqu&#233;rir de ce que je ressentais : &#171; Est-ce que &#231;a va ? C'est bon pour toi qu'il soit l&#224; ? Tu veux qu'on aille faire un tour ? &#187; Cette attention permanente, c'&#233;tait un truc de fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le soir suivant, j'ai d&#233;cid&#233; de passer &#224; l'appartement o&#249; Francis &#233;tait log&#233; avec d'autres ami&#183;es. Dans l'id&#233;e de d&#233;samorcer une phobie. Je souhaitais vivre un moment cool, et dans le cas contraire, je n'avais qu'&#224; traverser la rue pour &#234;tre dans mon lit. On a &#233;cout&#233; de la musique, et au moment o&#249; je me suis dit que c'&#233;tait cool, je suis partie. Ce qui m'a amus&#233; aussi, c'est que Francis avait un c&#244;t&#233; beauf, c'&#233;tait un vrai clich&#233; ! Et cette mani&#232;re d'&#234;tre, chouchou, elle passait plus. M&#234;me les gars soufflaient &#224; ses vannes ou ne r&#233;agissaient plus. Il rigolait tout seul et se tapait vraiment la honte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;paration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il est revenu pour les fun&#233;railles. Sa venue ne m'a pas perturb&#233;e, je me disais m&#234;me qu'il faudrait qu'on parle &#224; un moment, sans le planifier vraiment. Il y avait la question des discours pour la c&#233;r&#233;monie. J'&#233;tais bloqu&#233;e et je n'arrivais pas &#224; &#233;crire, alors que lui avait &#233;crit quelque chose mais il ne pouvait pas le lire. Je lui ai propos&#233; de le lire pour lui, &#224; condition de pouvoir le lire avant. &#199;a aurait bien fait marrer J&#233;r&#233;my, que ce soit moi qui lise son texte. De l&#224;, j'ai r&#233;ussi &#224; &#233;crire le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je faisais des tentatives. Et j'ai pu les faire parce que j'&#233;tais entour&#233;e. J'avais le sentiment d'avoir le champ libre, comme si tout ce que je faisais, tout ce que je disais &#224; Francis devant les autres g&#233;n&#233;rait de l'attention. Si cette id&#233;e de lecture de texte avait &#233;t&#233; une connerie, trois personnes m'auraient dit qu'il ne fallait pas le faire. Et j'ai moi-m&#234;me pos&#233; la question : &#171; T'en penses quoi que je lise son texte ? &#187; Toutes ces interactions &#233;taient minimes, mais me donnaient progressivement de la force. J'avais le droit d'&#234;tre sympa et que &#231;a se passe bien. Je n'&#233;tais pas oblig&#233;e d'&#234;tre m&#233;chante, de l'engueuler ou de ne pas vouloir lui parler. Faire la gueule, c'est quelque chose que je sais faire et qui me fait souvent du bien, mais &#224; ce moment-l&#224; ce n'&#233;tait plus assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'avais besoin de pouvoir essayer, non pas de reconstruire, mais de faire ce que j'avais envie de faire, en &#233;tant prot&#233;g&#233;e par le groupe. Je le ressentais, sans en &#234;tre pleinement consciente. C'est a posteriori que j'ai compris ce qui me rendait forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lors des fun&#233;railles, j'ai lu le texte. Le matin m&#234;me je lui ai lanc&#233; : &#171; Il faudra qu'on parle &#187;, et il a acquiesc&#233;. Plus tard, au moment, du repas, il me lance que c'est maintenant ou jamais, parce qu'apr&#232;s il aura trop bu. Et l&#224;, j'h&#233;site. Vraiment, maintenant ? En m&#234;me temps, plus tard j'en aurais peut-&#234;tre plus l'occasion, et puis toustes mes potes &#233;taient l&#224;, pour le r&#233;cup&#233;rer lui aussi. Pour moi c'&#233;tait important. Je n'ai pas pens&#233; sur le coup au moment difficile que vivaient d&#233;j&#224; les potes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On part donc discuter. Une copine m'intercepte et me demande si je suis s&#251;re de vouloir le faire maintenant. Touch&#233;e, je lui r&#233;ponds que j'y ai r&#233;fl&#233;chi et que &#231;a va aller. Quelques m&#232;tres plus loin un autre copain a fait la m&#234;me chose. Ce n'&#233;tait pas intrusif, c'&#233;tait mignon et rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On s'est assis&#183;es sur un banc, et j'ai eu beaucoup de difficult&#233;s &#224; m'exprimer. Alors que je prenais beaucoup de pr&#233;cautions, lui me tannait, me pressait de parler. Au bout d'un moment, j'ai r&#233;agi : &#171; Tu vas me laisser prendre tout le temps dont j'ai besoin. Ce n'est pas une chose facile &#224; dire pour moi et ce n'est pas une chose facile &#224; entendre pour toi.Donc si je mets dix minutes &#224; sortir ma putain de phrase, eh ben je vais mettre dix minutes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis revenue sur notre relation et tous les moments o&#249; ce qui se passait n'allait pas. Je suis rest&#233;e floue. Il m'a r&#233;pondu : &#171; Oui, je me doutais bien &#187;, puis il s'est mis &#224; n&#233;gocier : &#171; Pourquoi t'as pas dit non ? &#187;, &#171; Pourquoi tu t'es laiss&#233;e faire&#8230; &#187; Alors que je commen&#231;ais &#224; r&#233;pondre, j'ai l&#226;ch&#233; d'un coup : &#171; Tu es en train de demander &#224; la meuf qui s'est fait violer pourquoi elle avait une jupe ? C'est &#231;a que tu es en train de faire ? &#187; Il s'est imm&#233;diatement excus&#233;. C'est de cette mani&#232;re que le mot viol est sorti, sur une phrase qui m'a &#233;chapp&#233;e. J'ai &#233;t&#233; surprise qu'il comprenne. Je ne sais pas si &#224; sa place j'en aurais &#233;t&#233; capable. Je me demande parfois ce que cela me ferait si on me disait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne voulais pas sp&#233;cialement des excuses. Je voulais dire ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Avant ce moment, j'aurais &#233;t&#233; incapable de dire ce que je voulais. Des excuses ? je n'en voulais pas. L'important, c'&#233;tait qu'il ne n&#233;gocie pas. Qu'il se taise, qu'il pige. Pas grand chose, mais cette remarque et sa r&#233;action, c'&#233;tait ce qu'il me fallait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a eu notre discussion et on s'est serr&#233; la main ! C'&#233;tait super d&#233;bile, on &#233;tait mort&#183;es de rire, et en m&#234;me temps c'&#233;tait des choses s&#233;rieuses : maintenant, on &#233;tait vraiment s&#233;par&#233;&#183;es. J'&#233;tais sinc&#232;re et je crois que lui aussi. Les choses sont claires pour l'essentiel, nos vies sont bord&#233;liques, mais l&#224; on avait remis un truc d'&#233;querre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s cette s&#233;paration formelle, c'est devenu un ex. Mes ex, je m'entends bien avec eux. Ce sont des relations belles et fortes. Il n'y avait qu'avec lui que la situation &#233;tait difficile. Et l&#224; c'est redevenu une personne, quelqu'un avec qui je pouvais avoir une relation, comme si quelque chose &#233;tait r&#233;par&#233;. Le lien revenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est qu'&#224; ce moment-l&#224; que j'ai r&#233;alis&#233; qu'il y avait peut-&#234;tre de l'attirance. Je me suis demand&#233; si je n'&#233;tais pas compl&#232;tement folle. Avec la formation en m&#233;diation que j'avais suivie, j'imaginais la m&#233;diatrice en face de moi m'entendre dire : &#171; C'est l&#224; que j'ai eu envie de recoucher avec lui ! &#187; L'imaginer m'a permis de me demander si cela me mettait en danger et si je me sentais en s&#233;curit&#233;. J'ai compris que c'&#233;tait le meilleur moment pour explorer cette possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je me suis quand m&#234;me dit que j'&#233;tais compl&#232;tement tar&#233;e. Puis je lui ai propos&#233; qu'on couche ensemble. Il m'a regard&#233;, et je lui ai dit &#034;Oh, &#231;a va, cette fois je suis consentante ! &#187;. Int&#233;rieurement, je me disais t'es une reine, Clara, de lui faire cette vanne ! Il ne pouvait que rire, un peu g&#234;n&#233;. J'&#233;tais tr&#232;s contente. J'ai racont&#233; ce moment-l&#224; &#224; tout le monde, j'avais l'impression d'&#234;tre en pleine possession de mes moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a pass&#233; toute la nuit &#224; danser, chanter et faire nos hommages &#224; J&#233;r&#233;my. On faisait des choses normales que j'avais oubli&#233;es apr&#232;s l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e. Je me disais que &#231;a pourrait &#234;tre marrant de passer la nuit avec lui. Et je me demandais quel serait mon &#233;tat d'esprit le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les copain&#183;es ont commenc&#233; &#224; capter qu'il y avait un jeu, d'autant que je racontais ma blague du consentement. Iels nous ont vu partir ensemble. Nous sommes arriv&#233;&#183;es chez moi et je me sentais en s&#233;curit&#233; sachant que la maison &#233;tait ouverte et servait de pied-&#224;-terre aux ami&#183;es. C'&#233;tait un peu bizarre, mais s&#233;curisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a commenc&#233; &#224; s'embrasser, puis nous avons couch&#233; ensemble. C'&#233;tait nul, et du coup c'&#233;tait super. &#199;a m'a confirm&#233; que les relations sexuelles que nous avions &#224; l'&#233;poque se passaient comme &#231;a. Je n'&#233;tais pas folle. Il ne me for&#231;ait pas, il ne pouvait plus, mais il y avait toujours ces moments o&#249; il ne demandait pas vraiment. Et je n'en avais rien &#224; foutre. J'&#233;tais s&#251;re de tout ce qu'il s'&#233;tait pass&#233;, de ce que j'avais v&#233;cu. J'en doutais parfois. Tout &#231;a &#233;tait vrai, et je l'ai rev&#233;cu de mani&#232;re l&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne sais pas si ce moment &#233;tait vraiment sexuel &#224; mes yeux. C'&#233;tait tr&#232;s curieux. C'&#233;tait comme une discussion que tu comprends une fois arriv&#233;e au bout. Puis les potes ont d&#233;boul&#233; et nous ont vu&#183;es. On m'a demand&#233; si &#231;a allait. C'&#233;tait vraiment chouette, car iels ne me jugeaient pas. Toustes sont repass&#233;&#183;es le lendemain matin me demander comment &#231;a allait. Iels sont aussi all&#233;s voir Francis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain Francis n'&#233;tait vraiment pas bien. De mon c&#244;t&#233;, sans &#234;tre compatissante, je comprenais. Je lui ai souhait&#233; bonne chance et bon travail, je lui ai &#233;galement dit de faire attention &#224; lui. Je n'avais plus du tout d'animosit&#233;. Ce n'est plus un monstre et plus un probl&#232;me pour moi. J'esp&#232;re que lui aussi &#231;a va, mais je ne prendrai pas de ses nouvelles. Certaines choses sont remises &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Epilogue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : As-tu pens&#233; &#224; porter plainte ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La question ne se posait pas. Mes potes m'ont crue et &#231;a me va tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Ou &#224; demander &#224; tes potes une intervention, une m&#233;diation ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne voulais pas que le groupe exclue Francis. Je souhaitais plut&#244;t que mes potes intelligent&#183;es discutent avec leur ami qui faisait de la merde. Qu'iels lui expliquent tout ce qui n'allait pas. Je ne voulais pas qu'il soit isol&#233; des gens en qui j'ai confiance, &#231;a aurait pu ouvrir la voie &#224; une victimisation, et au fait qu'il ne se remette pas en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Tu as ressenti un besoin de vengeance, ou de lui demander des compensations ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les moments o&#249; j'ai vraiment eu de la haine, c'&#233;tait avant de r&#233;aliser pour les viols. J'avais besoin qu'on me d&#233;fende, c'&#233;tait donc important que les potes sachent. Je voulais qu'il percute. Je voulais de la reconnaissance et je l'ai eue, bien plus vite que je ne le pensais. Je n'ai pas demand&#233; plus. Lorsque j'y repense, je me sens bien par rapport &#224; &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai plut&#244;t peur pour lui. Il a aussi perdu quelqu'un de tr&#232;s cher, et en plus je lui ai dit &#231;a. Il se d&#233;brouille, il va voir un psy et il a des potes. Je leur demande parfois des nouvelles, sans jamais m'adresser &#224; lui directement. Je ne me surinvestis pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : En as-tu parl&#233; avec sa copine actuelle ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249; il y a un certain passif avec sa copine actuelle, je pr&#233;f&#232;re ne pas intervenir dans leur vie. Je trouve difficile de s'en occuper, je n'ai pas envie de cette prise en charge. Le fait d'en parler avec nos ami&#183;es commun&#183;es cr&#233;e de la porosit&#233;, donc si elle veut prendre contact avec moi pour en parler, je le ferais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;GARE : Quelle place tu donnes &#224; la formation en m&#233;diation que tu as faite, dans ton histoire ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans cette formation en m&#233;diation relationnelle et sans lien avec la notion de justice r&#233;paratrice, &#231;a ne se serait pas du tout pass&#233; comme &#231;a. Il y avait beaucoup de liens avec la formation que j'avais suivie trois mois avant les &#233;v&#233;nements, sauf que cette fois-ci, j'&#233;tais &#224; une double place. C'est la raison pour laquelle je me pr&#233;occupais aussi de son c&#244;t&#233;. J'ai pu voir en formation que les auteurs ne se rendent pas toujours compte de leurs comportements. C'est la m&#233;diatrice qui permet de g&#233;rer le choc. Pour que la personne soit non seulement en s&#233;curit&#233; mais en capacit&#233; de comprendre ce qu'elle a fait.&lt;br class='autobr' /&gt; Personnellement, les protocoles m'ont servi &#224; v&#233;rifier diff&#233;rents aspects de ma situation et &#224; me sentir en s&#233;curit&#233;. Je n'avais pas voulu m'engager dans une m&#233;diation formelle, avec des entretiens. Je ne voulais pas que ce soit g&#233;r&#233; par quelqu'un&#183;e d'autre. Mais &#231;a veut dire que cette formation peut aussi servir &#224; diffuser un savoir pour un usage direct, par toustes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trou Noir a besoin de vous !</title>
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		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Chaers lecteur&#183;ices de Trou Noir, &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous l'avez peut-&#234;tre d&#233;j&#224; lu : depuis plusieurs mois, Makassar, le distributeur d'un grand nombre de maisons d'&#233;dition ind&#233;pendantes et politiques, traverse une crise sans pr&#233;c&#233;dent. D&#233;sormais incapable d'assurer ses missions de diffusion et de r&#233;gler les importantes sommes dues aux &#233;diteur&#183;ices, il laisse aujourd'hui Trou Noir, comme des dizaines de maisons amies et de travailleur&#183;euses du livre, dans une situation financi&#232;re et structurelle extr&#234;mement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2026-50-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2026&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/tn3_bann-2.jpg?1783525096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaers lecteur&#183;ices de Trou Noir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous l'avez peut-&#234;tre d&#233;j&#224; lu : depuis plusieurs mois, Makassar, le distributeur d'un grand nombre de maisons d'&#233;dition ind&#233;pendantes et politiques, traverse une crise sans pr&#233;c&#233;dent. D&#233;sormais incapable d'assurer ses missions de diffusion et de r&#233;gler les importantes sommes dues aux &#233;diteur&#183;ices, il laisse aujourd'hui Trou Noir, comme des dizaines de maisons amies et de travailleur&#183;euses du livre, dans une situation financi&#232;re et structurelle extr&#234;mement critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de six ans, Trou Noir s'attache &#224; produire, traduire et diffuser des th&#233;ories critiques et politiques consacr&#233;es aux mutations contemporaines du capitalisme, en les articulant aux questions de dissidence sexuelle, d'exp&#233;riences queer et de luttes minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage au format papier nous a permis, ces derni&#232;res ann&#233;es, de publier six num&#233;ros de revue en r&#233;mun&#233;rant chaque auteur&#183;ice &#224; la mesure de nos moyens, de lancer nos premiers ouvrages de po&#233;sie et de th&#233;orie politique&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/9782488041003_1_75.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9782488041003_1_75.jpg?1783440562' width='500' height='769' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/an.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/an.jpg?1783440538' width='500' height='772' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/image-couverture-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/image-couverture-1.jpg?1783440533' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que de pr&#233;parer la parution de deux romans pour la rentr&#233;e 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/couvprov2-933x1536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/couvprov2-933x1536.jpg?1783440523' width='500' height='823' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/cy_couverture_web-1053x1536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/cy_couverture_web-1053x1536.jpg?1783440518' width='500' height='729' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est l'ensemble de cette aventure &#233;ditoriale qui est directement menac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tentons actuellement de r&#233;soudre cette situation, avec Hobo, notre diffuseur, afin de pouvoir le plus vite possible retourner en librairie. Il parait impossible de d&#233;-corr&#233;ler cette situation sp&#233;cifique d'une crise plus g&#233;n&#233;rale affectant toute la chaine &#233;ditoriale. R&#233;duction des subventions, des points de vente, hausse des loyers de librairie, pr&#233;carisation des travailleur.euses du livre (impression, &#233;dition, distribution) au b&#233;n&#233;fice de grandes entreprises qui assument de concentrer tous les pouvoirs comme Hachette ou Editis, imposant en cons&#233;quence de plus en plus leur monopole, leurs id&#233;es ou leur mod&#232;le de production et de diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte &#233;conomique et politique alarmant, les structures LGBTQI ind&#233;pendantes sont durement touch&#233;es. Les r&#233;centes interpellations des Mots &#224; la Bouche, de la Librairie L'Affranchie nous rappellent la difficult&#233; comme l'urgence de maintenir des contre-mod&#232;les, des espaces faisant vivre les cultures minoris&#233;es, des initiatives incarnant un autre rapport au livre, des pens&#233;es, des modes de production, d'&#233;criture susceptibles de lutter contre les formes culturelles les plus individualistes, homog&#233;n&#233;isantes, discriminantes ou digestibles de nos vies par le r&#233;alisme capitaliste et ses multiples avatars politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi pour nous l'occasion de rappeler ce qu'est Trou Noir. Notre &#233;quipe est compos&#233;e de quatre personnes, toutes enti&#232;rement b&#233;n&#233;voles. Cette dimension amateure n'est pas seulement une contrainte : elle constitue un choix politique. Elle nous offre une libert&#233; de ton, de forme et de contenu que les imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; rendent souvent impossible. &#202;tre amateur&#183;ice, c'est revendiquer le droit d'occuper une place qui ne nous &#233;tait pas destin&#233;e ; c'est permettre &#224; celles et ceux qui ne sont pas des professionnel&#183;les du livre d'&#233;crire, de traduire, de publier et de fabriquer collectivement d'autres formes de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, nous avons besoin de sortir notre tr&#233;sorerie du rouge. Nos pertes s'&#233;levant &#224; plus de 15.000 &#8364;, nous n'avons plus les moyens de continuer &#224; &#233;diter, &#224; imprimer nos nouveaut&#233;s de la rentr&#233;e, &#224; faire un nouveau tirage des livres &#233;puis&#233;s, ni &#224; r&#233;gler les droits de nos auteurices ou &#224; r&#233;mun&#233;rer les graphistes et relecteur&#183;ices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous souhaitez nous aider directement, le moyen le plus efficace est de commander nos livres en vente directe sur &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notre site,&lt;/a&gt; d'offrir un num&#233;ro de la revue ou un ouvrage autour de vous, ou encore de venir nous rencontrer et acheter nos publications lorsque nous tenons un stand sur un festival. Chaque commande pass&#233;e cet &#233;t&#233; constitue un soutien imm&#233;diat. Elle nous permettra de sortir notre tr&#233;sorerie du rouge, de poursuivre l'aventure Trou Noir et de relancer notre programme &#233;ditorial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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