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		<title>Quand l'&#233;conomie devient le cri agonisant des eug&#233;nistes - Entretien avec JUDITH BUTLER</title>
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		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Judith Butler</dc:subject>
		<dc:subject>Soin</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans cet entretien, la philosophe am&#233;ricaine affirme que nous vivons dans un temps particulier d'attention aux autres, id&#233;al pour cr&#233;er des r&#233;seaux de soutien. Elle avance que cet affect est l'un des d&#233;fis du 21e si&#232;cle.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton49.jpg?1731403048' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre paru en 2015 &#171; Bodies in Alliance and the Politics of the Street &#187; ( il s'agit en fait du chapitre 2 de l'ouvrage : Notes toward a performative theory of assembly, Harvard University Press, 2015), la philosophe am&#233;ricaine Judith Butler affirme que les discussions &#224; propos d'expressions telles que &#171; nous &#187;, &#171; le peuple &#187;, devraient int&#233;grer la complexit&#233; culturelle et id&#233;ologique du tissu social qui compose une nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette publication, elle note ses observations sur la pr&#233;carit&#233; de la population - Quand les corps pris dans des situations intersectionnelles entre genre, race et classe, &#233;prouvent la sensation croissante d'&#234;tre jetables. Butler soutient que la division de ce sentiment de pr&#233;carit&#233; n'est pas &#233;quitablement r&#233;partie au sein de nos soci&#233;t&#233;s. Certains corps semblent clairement valoir plus que d'autres aux yeux du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se tournant vers les manifestations publiques, le livre d&#233;fend que les corps assembl&#233;s dans la rue sont un cri d&#233;mocratique dans lesquels &#034;nous, le peuple&#034; avons construit une forme pour porter nos revendications politiques &#224; travers des pratiques non violentes, mais performatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier dernier, en pleine crise pand&#233;mique, Butler a publi&#233; sa derni&#232;re production th&#233;orique, &#171; La force de la non-violence &#187;, dans laquelle elle imagine une nouvelle m&#233;thode de coexistence sociale, qu'elle appelle &#171; l'&#233;galit&#233; radicale &#187;, o&#249; aucune vie ne peut valoir plus qu'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Butler est une philosophe post-structuraliste, l'une des principaux th&#233;oriciens des questions contemporaines du f&#233;minisme, de la th&#233;orie queer, de la philosophie politique et &#233;thique. Elle enseigne la rh&#233;torique et la litt&#233;rature compar&#233;e de l'universit&#233; de Berkeley en Californie. Depuis 2006, Butler est &#233;galement professeur de philosophie &#224; l'European Graduate School (EGS) en Suisse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;entretien r&#233;alis&#233; par Juan Dominguez e Rafael Zen, illustration Luciana Siebert&lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; dans Le monde diplomatique brazil le 13 mai 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
source : &lt;a href=&#034;https://diplomatique.org.br/quando-a-economia-se-torna-o-berro-agonizante-dos-eugenistas/?fbclid=IwAR2qbX3PDJc5K9Z7oTp9kuwy4UOpSXoP7bpX1-3dxmjXPHOY0OBpeow1adA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre dernier livre, La Force de la non-violence (2020), place le concept d'interd&#233;pendance comme base de l'&#233;galit&#233; sociale et politique. En d'autres termes, nous avons des obligations envers l'autre, ind&#233;pendamment de la fa&#231;on dont l'autre se pr&#233;sente. Le livre &#233;voque des fant&#244;mes culturels, des traditions qui justifieraient l'existence d'une hi&#233;rarchie de pratiques violentes exerc&#233;es contre les vies marginales. Vous avez d&#233;j&#224; &#233;crit sur les vies marginalis&#233;es dans &#034;Bodies in Alliance and the Politics of the Street&#034;. Dans ce texte, les manifestations publiques ont assur&#233; le r&#244;le important de rassembler les corps dans la rue pour protester en faveur de leurs droits, en mettant le discours politique en action. Maintenant, quand tous ces corps sont forc&#233;s de rester &#224; la maison, n'est-ce pas le moment id&#233;al pour repenser les pratiques non violentes de communication sur les plates-formes num&#233;riques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt; : Nous pourrions analyser des pratiques telles que le doxxing (recherche et transmission de donn&#233;es priv&#233;es sur un individu ou une organisation) et le trolling (perturber le discours rationnel pour d&#233;stabiliser le raisonnement logique, souvent par le biais de la cyberintimidation), affectant particuli&#232;rement les femmes et les autres minorit&#233;s &#224; ce moment-l&#224; (confinement). Cependant, je me demande s'il ne serait pas plus important d'examiner les politiques sociales dont l'application voue &#224; la mort les populations marginalis&#233;es, en particulier les communaut&#233;s autochtones et les populations carc&#233;rales, &#233;galement celles qui, &#224; la suite de politiques publiques racistes , n'ont jamais b&#233;n&#233;fici&#233; de soins de sant&#233; ad&#233;quats. Apr&#232;s tout, le taux de mortalit&#233; aux &#201;tats-Unis est aujourd'hui directement li&#233; &#224; la pauvret&#233; et &#224; la privation de leurs droits des populations noires. Lorsque nous parlons de ceux qui ont des &#171; ant&#233;c&#233;dents de complication m&#233;dicale &#187;, nous faisons g&#233;n&#233;ralement r&#233;f&#233;rence &#224; ceux qui n'ont jamais re&#231;u l'aide et le diagnostic dont ils avaient besoin et qu'ils devaient certainement m&#233;riter. Et ce n'est l&#224; qu'un des effets morbides du capitalisme de march&#233;. Nous devrions profiter de ce moment pour r&#233;fl&#233;chir pratiquement aux syst&#232;mes de sant&#233; et de soin universels et &#224; leur relation avec un socialisme mondial qui &#233;clairerait la fa&#231;on dont nous sommes tous interd&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pensant aux manifestations publiques et aux vies pr&#233;caires, ces temps nouveaux nous ont montr&#233; que pour certains corps, le t&#233;l&#233;travail et la quarantaine sont autoris&#233;s, tandis que d'autres corps sont astreints &#224; travailler pour que chacun puisse prendre son caf&#233; fra&#238;chement moulu et manger des bagels. D'autres encore ont &#233;t&#233; imm&#233;diatement somm&#233;s de quitter leurs entreprises afin d'&#233;viter le crash de l'&#233;conomie - tout sauf l'&#233;conomie. Revenons donc &#224; une question qui semble importante et qui traverse l'ensemble de votre travail : lorsque nous atteignons de tels moments, quels sont les humains qui comptent en tant qu'humains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt; : Nous devons dire clairement que tous les humains ont une valeur &#233;gale. Et pourtant, la plupart de nos id&#233;es sur ce qu'est l'&#234;tre humain impliquent des structures radicalement in&#233;galitaires parce que certaines personnes deviennent plus &#171; humaines &#187; ou &#171; pr&#233;cieuses &#187; aux yeux du march&#233; et de l'&#201;tat.Nous ne savons toujours pas &#224; quoi ressemblerait l'humain si nous imaginons que nous avons tous la m&#234;me valeur.Ce serait une nouvelle image de l'humain, une nouvelle id&#233;e et un nouvel horizon. Lorsque nous entendons que la &#171; sant&#233; &#187; de l'&#233;conomie est plus importante que la &#171; sant&#233; &#187; des travailleurs, des personnes &#226;g&#233;es et des plus pauvres, nous sommes invit&#233;s &#224; d&#233;valuer l'humain pour que l'&#233;conomie r&#232;gne au-dessus de lui. Maintenant, si &#171; sant&#233; &#233;conomique &#187; signifie exposer le travailleur &#224; la maladie et &#224; la mort, alors nous nous tournons vers la productivit&#233; et le profit, pas vers &#171; l'&#233;conomie &#187;. La brutalit&#233; du capitalisme appara&#238;t clairement, sans aucune pudeur : l'employ&#233; doit aller travailler pour pouvoir vivre, mais son lieu de travail est l'endroit o&#249; sa vie est mise en danger. Marx l'a d&#233;j&#224; dit au milieu du XIXe si&#232;cle et, chose effrayante, cette pens&#233;e s'applique encore &#224; notre r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En f&#233;vrier, vous avez d&#233;clar&#233; au journal le New Yorker que &#034;la plupart des personnes &#233;duqu&#233;es dans les traditions de l'individualisme lib&#233;ral se per&#231;oivent comme des cr&#233;atures radicalement s&#233;par&#233;es les unes des autres&#034;. Nous voici, trois mois plus tard, compl&#232;tement aveugles &#224; ce nouveau moment ou &#224; ce Nouveau Monde que les gens semblent id&#233;aliser. Nous ne pouvons pas nier qu'il y a un brouhaha optimiste sur l'&#233;galit&#233; de classe, la chute du n&#233;olib&#233;ralisme ou m&#234;me une nouvelle conscience pour les masses - c'est pr&#233;sent partout dans les m&#233;dias. Ce choc suffira-t-il &#224; surmonter les barri&#232;res de notre individualisme ? Est-ce un vrai sentiment ou un sympt&#244;me de notre engourdissement collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt; : Peut-&#234;tre n'avons-nous pas encore d&#233;cid&#233; entre le choc caus&#233; par la prise de conscience qu'il existe une interd&#233;pendance mondiale en tant que fait inh&#233;rent &#224; notre existence sur la plan&#232;te, et une logique qui nous ram&#232;nerait &#224; nos fronti&#232;res et identit&#233;s, &#224; la logique du march&#233; et l'individualisme. Ce qui est clair, c'est que ce doute fait partie de notre d&#233;fi contemporain. Cela d&#233;pend de notre capacit&#233; &#224; nous voir comme des cr&#233;atures poreuses, en &#233;change constant avec les environnements &#224; travers lesquels nous transitons, cohabitant avec toutes les autres formes de vie. Et pourtant, les fantasmes d'autosuffisance sont toujours les vestiges de notre culture masculine, et les fantasmes d'autosuffisance nationale sont des formes faibles (mais attrayantes) d'id&#233;ologie. Il serait sans doute d&#233;cisif de nous comprendre comme &#233;tant mis au d&#233;fi (appel&#233;s &#224; l'action) par un virus afin de devenir une communaut&#233; mondiale, pas une communaut&#233; qui n'est qu'un effet de la mondialisation. Nous avons maintenant la possibilit&#233; de cr&#233;er de nouvelles formes de solidarit&#233; bas&#233;es sur l'id&#233;e que notre vie est une cha&#238;ne de relations interd&#233;pendantes. L'individu et la nation devront &#234;tre repens&#233;s &#224; travers cette nouvelle perspective.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/pjimage-2.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/pjimage-2.cleaned.jpg?1731403029' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet &#233;change nous semble &#233;galement favorable pour discuter du concept plus large d'intersectionnalit&#233;. Que nous dit-il sur les diff&#233;rences entre classe, race et genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt; : L'intersectionnalit&#233; (cat&#233;gorie th&#233;orique qui concentre de multiples syst&#232;mes d'oppression sur un m&#234;me sujet, particuli&#232;rement en articulant les notions de race, genre et classe) nous permet de voir ceux qui sont disproportionnellement affect&#233;s par le virus, ceux qui sont disproportionnellement non prot&#233;g&#233;s et expos&#233;s. C'est parce que ceux dont la mort est la plus probable sont tendanciellement des pauvres, indig&#232;nes, gens de races marginalis&#233;es, ceux qui n'ont pas le privil&#232;ge de b&#233;n&#233;ficier d'une assurance maladie. Des femmes qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;es d'exercer certaines fonctions, qui acceptent le travail domestique sans salaire, qui sont maltrait&#233;es chez elles - toutes ces communaut&#233;s sont en grand danger.Ainsi, ce que l'intersection nous permet de voir, c'est qu'une menace de maladie et de mort augmente au sein des populations qui accumulent les cat&#233;gories de discrimination, les corps qui ne peuvent pas choisir &#224; quelle minorit&#233; ils appartiennent parce qu'ils sont &#224; l'intersection de plusieurs minorit&#233;s avec la m&#234;me intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la situation actuelle, les gens se rencontrent depuis l'int&#233;rieur de leur domicile gr&#226;ce &#224; l'utilisation des technologies de communication. Dans ce sc&#233;nario, comment s'articulent l'individuel et le collectif lorsqu'il s'agit de conflit politique et identitaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler &lt;/strong&gt; : Les gens sont plus int&#233;ress&#233;s que jamais par ce qui est &#233;crit et post&#233;, nous sommes donc connect&#233;s en tant qu'&#233;crivains et lecteurs en ce moment, et le travail artistique qui &#233;tait auparavant r&#233;serv&#233; aux espaces culturels devient soudainement accessible &#224; diff&#233;rents publics. C'est peut-&#234;tre un moment de r&#233;flexion. Chaque mouvement social a besoin de temps pour r&#233;fl&#233;chir o&#249; il a &#233;t&#233; et o&#249; il doit aller. C'est aussi un temps de soins, de prise en charge d'un individu par un autre, mais aussi de cr&#233;ation de r&#233;seaux de soins impliquant des personnes aidant ceux qui ont besoin d'une assistance m&#233;dicale, de nourriture, d'un abri, d'une repr&#233;sentation l&#233;gale. Aucun de ces besoins n'a &#233;t&#233; satisfait collectivement, et tous ces d&#233;fis sont encore n&#233;cessaires dans les conditions actuelles. Je me rends compte que les gens se rassemblent toujours en communaut&#233;s sur Internet et que nous continuons de former des groupes pour aider les autres, en planifiant des gr&#232;ves collectives de location, des gr&#232;ves des frais de scolarit&#233; universitaires se traduisant par des actions efficaces. Les manifestations ont toujours repos&#233; sur des liens tiss&#233;s en dehors des moments de rue. Ou plut&#244;t, les manifestations se produisent lorsque les gens incarnent leurs revendications. Nous ne pouvons pas simplement d&#233;sarticuler le corps et le r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce moment, le n&#233;ofascisme qui a &#233;lu Trump et Bolsonaro proteste contre les mesures d'isolement social, alors m&#234;me que l'exp&#233;rience de pays comme les &#201;tats-Unis nous montre &#224; quel point la pand&#233;mie peut &#234;tre mortelle. Comment nier qu'il existe une volont&#233; d'exterminer les corps marginaux en utilisant le virus comme d&#233;clencheur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler &lt;/strong&gt; : En r&#233;fl&#233;chissant &#224; la fa&#231;on dont Trump et Bolsonaro sont favorables &#224; l'ouverture de l'&#233;conomie, m&#234;me si cela signifie une augmentation des d&#233;c&#232;s de populations vuln&#233;rables, nous comprenons que ces dirigeants politiques se rendent compte que ces &#171; communaut&#233;s vuln&#233;rables &#187; sont les plus susceptibles de subir les cons&#233;quences de l'effondrement de la sant&#233;, et ne voient aucun probl&#232;me &#224; cela. Ils n'imaginent pas que leurs travailleurs les plus jeunes et les plus productifs mourront. Mais beaucoup d'entre eux peuvent contracter le virus et devenir une source de transmission lorsqu'ils rentrent chez eux. Ils ne comprennent peut-&#234;tre pas la gravit&#233; de la situation, mais il se peut aussi qu'ils soient dispos&#233;s &#224; laisser des corps mourir au profit de l'&#233;conomie. Bolsonaro semble croire au darwinisme social o&#249; seuls les plus forts survivent et o&#249; seuls les plus forts m&#233;ritent de survivre. Il s'imagine m&#234;me immunis&#233; contre le virus - sa derni&#232;re forme d'extravagance narcissique. Le narcissisme de Trump diff&#232;re de celui de Bolsonaro en ce que son seul exploit est de comptabiliser des votes dans son esprit. Et il ne gagnera pas les prochaines &#233;lections si l'&#233;conomie est faible. &#034;C'est l'&#233;conomie !&#034; devient maintenant le cri angoiss&#233; des nouveaux eug&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la prise position de l'extr&#234;me droite demandant le retour au travail, et ce en ayant n&#233;glig&#233; la participation de l'&#201;tat &#224; l'effort contre la crise, peut-elle &#234;tre li&#233;e &#224; l'id&#233;e d'une identit&#233;, voire &#224; une division entre masculinit&#233; et f&#233;minit&#233; ? Est-il possible de penser que le n&#233;olib&#233;ralisme se d&#233;ploie toujours dans des relations structurelles de genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Butler &lt;/strong&gt; : Je ne me consid&#232;re pas comme un th&#233;oricien du n&#233;olib&#233;ralisme et je suis consciente de la complexit&#233; de ce d&#233;bat. Je dirais qu'&#224; l'heure actuelle, il existe une structure &#233;conomique dans laquelle un nombre croissant de personnes se trouvent dans des conditions limites de survie, expos&#233;es &#224; la mort, accumulant diff&#233;rentes sortes de pr&#233;carit&#233;. Il existe peu de restrictions sur les soci&#233;t&#233;s milliardaires qui accumulent des richesses, d&#233;passant le pouvoir &#233;conomique de la plupart des pays. Nous avons laiss&#233; cette in&#233;galit&#233; &#233;conomique prendre forme et nous voyons maintenant &#224; travers les graphiques combien la vie des plus vuln&#233;rables est facilement abandonn&#233;e et d&#233;truite. Mon pari est que les versions inalt&#233;rables de masculinit&#233; et de f&#233;minit&#233; seront renouvel&#233;es sous le r&#232;gne lib&#233;ral, mais que le n&#233;olib&#233;ralisme n'est pas en mesure de produire de nouvelles formes de genre radicalement diff&#233;rentes. En demandant aux gens de rester &#224; la maison, les dirigeants supposent que les maisons ont une capacit&#233; de soins, que la division genr&#233;e du travail fonctionne, que les femmes - m&#234;me si elles sont toujours employ&#233;es et travaillent &#224; domicile - assumeront &#233;galement les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et prendront soin des enfants. Certaines maisons ne sont pas faites de familles traditionnelles, certaines personnes vivent seules, d'autres vivent dans des refuges avec des inconnus. Et les femmes sont profond&#233;ment touch&#233;es par la violence sexiste lorsqu'elles sont emp&#234;ch&#233;es de chercher de l'aide &#224; l'ext&#233;rieur. Nous devons donc garder &#224; l'esprit que le genre est en cours de red&#233;finition par le confinement, afin que nous fassions tout notre possible pour maintenir vivant les courants d'affection, les communaut&#233;s, les alliances queers et la solidarit&#233; en ligne jusqu'&#224; ce que nous puissions, une fois de plus, montrer notre nombre dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit du br&#233;silien par Tati-Gabrielle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O Fantasma</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;d&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Toutes ces attirances repouss&#233;es, tous ces d&#233;sirs qui mac&#232;rent, cette sexualit&#233; qui r&#233;clame, toutes ces petites id&#233;es imp&#233;rieuses, &#224; un moment, il va leur laisser quartier libre, il va quitter son manteau d'homme, d'homme moral, il va se laisser devenir chien, animal.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton54.jpg?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'aune du XXI&#176; si&#232;cle, &lt;i&gt;O Fantasma&lt;/i&gt;, film p&#233;d&#233; qui a du chien, r&#233;alis&#233; au Portugal par Jo&#227;o Pedro Rodrigues, devenu culte pour qui est adepte des profondeurs, suscite encore et toujours la fi&#232;vre vingt ans apr&#232;s sa sortie. L'argument du film ? Un jeune homme qui travaille comme &#233;boueur &#224; Lisbonne, Sergio, erre la nuit &#224; la recherche de partenaires sexuels. Un jeune homme aper&#231;u par hasard l'attire, mais ce dernier n'est pas int&#233;ress&#233;. Ce rejet exacerbe encore plus le d&#233;sir de Sergio&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le calme inamovible de Lisbonne, et de ses banlieues min&#233;rales, la vie quotidienne se reproduit. La rue est une rue, les maisons, des maisons, et leurs habitants sont des habitants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque chose bien install&#233;e dans son &#234;tre, les limites bien distribu&#233;es. Donc, jusque l&#224;, tout va bien. Ou bof, justement. Cette reproduction permanente, physique, engendre des d&#233;chets. Il y a les &#233;boueurs, la nuit, qui &#244;tent les rebuts. Pour que la ville soit propre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ballets des camions-poubelles, qui &#233;mettent de faibles lumi&#232;res presque dansantes dans l'obscurit&#233; des assoupis, il y a notre homme, un jeune homme. On le voit, par exemple, enlever des encombrants dans l'une de ces maisons, et y remarquer un beau gosse qui y vit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout pourrait &#234;tre simple, ou, au moins, dig&#233;rable. Tu vis quelque part, tu travailles, tu rencontres, aussi, parce qu'il y a du nouveau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais non. Ce n'est pas &lt;i&gt;simple&lt;/i&gt;. Dans la machinerie int&#233;rieure, dans les replis du dedans, des pistons improbables lib&#232;rent des vapeurs inconnues, des trucs crissent et p&#232;tent, des rouages se d&#233;traquent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains ignorent, ou r&#233;parent. Pas notre homme. &#199;a n'a pas l'air, pour lui, de se d&#233;canter simplement, de faire son petit travail d'assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'une des premi&#232;res sc&#232;nes, on le voit, avec peut-&#234;tre sa petite amie, ou quelque chose du genre : &#231;a s'approche, &#231;a recule, &#231;a se met par terre, &#231;a aboie, &#231;a se repousse. Il faut dire que notre homme se dirige, clairement, vers le chien. Pas &#171; chien &#187; comme on dirait dans une insulte, non. &#171; Chien &#187;, &#231;a a tout l'air d'&#234;tre un mot fort pour lui, qui a de la valeur, qui a de la gueule. C'est plut&#244;t comme quand on dit &#171; avoir du chien &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je dis qu'en lui, &#231;a ne fait pas son petit travail d'assimilation, &#231;a n'est pas dit, dans le film. Ce n'est pas un film qui dit, du tout ; c'est un film qui montre, c'est un film dont vous &#234;tes le t&#233;moin, pas le confident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;dale des affaires trop courantes, et des moins courantes, qui mettent la pression, du type &#171; son amie sort avec son patron &#187;, notre jeune homme a l'air de bouillir &#224; petit feu, ses r&#234;ves ont l'air de fermenter. Peut-&#234;tre qu'il a un sens aigu de la r&#233;alit&#233;, peut-&#234;tre au contraire que c'est sa vie int&#233;rieure qui le d&#233;borde, qui ne se canalise pas. Il devient de plus en plus un chien. Il fouille dans les poubelles. Il croise un flic attach&#233; dans une voiture, il le masturbe. Il parle de moins en moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces attirances repouss&#233;es, toutes ces pulsions retenues, tous ces d&#233;sirs qui mac&#232;rent, cette sexualit&#233; qui r&#233;clame, toutes ces petites id&#233;es imp&#233;rieuses, &#224; un moment, il va leur laisser quartier libre, il va quitter son manteau d'homme, d'homme moral, de bon citoyen, il va se laisser devenir chien, animal. &#199;a y est, c'est parti, il d&#233;sendosse les coutumes, les v&#234;tements. Il kidnappe le beau gosse, qu'il a &#233;pi&#233; plusieurs fois. Il est v&#234;tu d'une combinaison de cuir, totale, des pieds &#224; la t&#234;te. Il renifle, il court, il se jette, il sillonne la d&#233;chetterie &#8211; lieu du travail silencieux -, il rampe, bave, il est un chien, il est un sexe qui bande, turgescent, nerveux. Il boit les flaques de la d&#233;chetterie, il vomit. Il est un monstre. Apr&#232;s cette nuit, et cette matin&#233;e, d' abandon du moi, de d&#233;couverte du &#231;a, il s'endort entre deux machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;clin qui se fait jour en lui, salut et damnation se c&#244;toient. C'est quoi, du monstrueux, vraiment, je veux dire, pas juste une aberration impensable, pas juste extraordinaire, mais o&#249; justement l'extraordinaire se joint &#224; l'ordinaire, prend vraiment pied ? Le monstre, on le voit avec ses parties disparates, avec ses disproportions. Et parfois, les &#233;l&#233;ments incoh&#233;rents se nuisent entre eux, et parfois, les diverses parties parviennent &#224; concorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs mani&#232;res de concevoir l'imaginaire : selon l'une d'entre elles, c'est la strate interm&#233;diaire, o&#249; le spirituel rencontre le mat&#233;riel, c'est la zone de contact, o&#249; ce qu'abrite l'esprit trouve son occasion, cette occasion le transformant tout &#224; fait. Il y a lieu de pr&#233;f&#233;rer cet usage-l&#224; de l'imaginaire, &#224; celui qui en fait l'en-dehors de la r&#233;alit&#233;. Tout comme il y aurait, potentiellement, deux grandes formes de cin&#233;ma : celui qui parvient &#224; dire quelque chose, de la r&#233;alit&#233;, et celui qui embarque, parfaitement ailleurs, par la fiction. Mais il y a aussi la zone de contact. O&#249; le r&#234;ve n'est pas tellement &#224; l'&#233;cart, o&#249;, plut&#244;t, il frappe &#224; la porte de la r&#233;alit&#233;, l'air de dire : t'avises pas de m'oublier, o&#249; je reviens &#224; la charge. O&#249; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, d&#233;crite sans son &#233;paisseur imaginaire, a toujours l'air de manquer quelque chose, de devenir froide et scell&#233;e comme du b&#233;ton. Mais le b&#233;ton recouvre quelque chose. Et le monstre n'est pas si loin, qui nous rappelle que toute unit&#233; est fond&#233;e artificiellement, pr&#233;lev&#233;e sur le magma, &#233;tablie contre&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le bordel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et, du coup, qu'est-ce que &#231;a fait, de renouer avec lui ? C'est une question complexe. C'est que c'est &#233;patant, de s'autoriser &#224; devenir quelque chose, &#224; ce point-l&#224;. De ne pas retenir, contenir, refouler, de ne pas faire venir de petit m&#233;canicien dans le d&#233;traquement de sa machinerie intime. Oh, comme la machine est bien huil&#233;e, parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce film, &lt;i&gt;O Fantasma&lt;/i&gt;, apporte des &#233;l&#233;ments &#233;tonnants, &#224; cet &#233;gard. &#199;a va un peu plus loin qu'une simple partition d&#233;sir/fantasme/travail de censure/lib&#233;ration. Prenons, par exemple, la police : soit l'organe de punition, ou encore, l'irruption possible de l'ascendant d'une force brute, &#224; m&#234;me de d&#233;signer comme coupable, et de punir, d'intervenir. &#199;a peut rendre civique, &#231;a peut s'esquiver, &#231;a peut s'affronter. Qu'en est-il ici ? On assiste compl&#232;tement &#224; autre chose : notre homme a un rapport charnel avec un flic, attach&#233; et ballonn&#233; dans une voiture. L'interpr&#233;tation ici est peut-&#234;tre un peu tir&#233;e par les cheveux, mais &#231;a m'&#233;voque une sorte de troisi&#232;me voie, pas juste affirmation, ou censure, mais autre chose, d&#233;passement dialectique. Si l'on consid&#232;re ici la force d'inertie de la vie quotidienne, la force d'&#233;crasement de la vie contemporaine, celle de notre homme, le flic en appara&#238;t comme le garant muscl&#233;, oppressif. Et l&#224;, que se passe-t-il ? Il se passe qu'une rencontre charnelle est possible avec ton ennemi m&#234;me, qu'on peut oser aller plus loin, dans les sph&#232;res obscures, du d&#233;passement. C'est un peu ce qu'il se passe dans un autre film r&#233;cent, rang&#233; lui aussi dans la section LGBT, &lt;i&gt;Der Samura&#239;&lt;/i&gt;, de Till Kleinert (2014), qui, d'un autre genre pourtant, a quelques points communs. Dans une banlieue r&#233;sidentielle, un jeune homme flic enqu&#234;te sur des loups qui font des ravages. Une s&#233;rie d'indices d&#233;pos&#233;s sur son chemin le conduisent &#224; un grand homme blond en robe blanche, qui commet un bordel notoire dans ces banlieues l&#233;thargiques de la province allemande, ainsi que quelques meurtres, dans le but d'attirer notre jeune policier &#8211; car il sait que leur union, paradoxale, est une occasion unique, extraordinaire. Et que cette poursuite scandaleuse serait la seule &#224; m&#234;me de produire une mutation qui d&#233;logerait le bel agent de police de son ind&#233;crottable morale citoyenne, et de parvenir, dans leur rencontre, &#224; une transformation mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutation, c'est aussi ce qui arrive au h&#233;ros de &lt;i&gt;O Fantasma&lt;/i&gt; (ce qui signifie d'ailleurs non pas Le Fantasme, mais Le Fant&#244;me). En est-il bien, notre homme, en est-il ragaillardi ? Pas vraiment, non, plut&#244;t pas du tout. Il se tra&#238;ne, il boit de l'eau qui a croupi dans des batteries de bagnole, et en d&#233;gueule tant qu'il peut. Il a aussi commis de l'irr&#233;parable. Il en est beau, mais il en est laid. Peut-&#234;tre que s'enthousiasmer des monstres, du monstre en nous qui danse parfois, &#231;a a clairement ses limites ; il y a l&#224; comme une forme de g&#226;chis, on ne va pas se r&#233;jouir de quelqu'un qui se d&#233;truit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, d'avoir zigouill&#233; les rives qui enserrent le fleuve, qui le tiennent captif, on est face &#224; &#231;a comme &#224; un raz-de-mar&#233;e : on le salue dans sa splendeur, dans sa puissance de d&#233;vastation des odieux &#233;difices en b&#233;ton, dans sa majest&#233; de catastrophe naturelle, qui emporte, dans ses flots ravageurs, les absurdes cit&#233;s d'une civilisation m&#233;diocre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L. Von Zouten&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;O Fantasma Trailer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;By day, brooding, lonely Sergio (Ricardo Meneses) works as a trash collector in the streets of Lisbon. By night, he embarks on an increasingly intense odyssey of random, anonymous sexual encounters. Before long, he becomes fixated on a hot, young stranger and begins to retreat further and further into his dark dream life, blurring the lines between fantasy and reality, love and obsession. Joao Pedro Rodrigues directs.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript13285395869ee989308bb98.19482335&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzU3MzI4OTYwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NTczMjg5NjAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O Fantasma&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Portugal, 2000, 87 mn.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;alisation : Jo&#227;o Pedro Rodrigues&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Avec : Ricardo Meneses, Beatriz Torcato, Andr&#233; Barbosa, Eurico Vieira&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jouir avec ou sans entrave. Ce que le BDSM peut nous apprendre</title>
		<link>https://trounoir.org/Jouir-avec-ou-sans-entrave-Ce-que-le-BDSM-peut-nous-apprendre</link>
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		<dc:date>2020-05-28T07:48:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>BDSM</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le BDSM pour mieux comprendre les nuances entre consentement, volont&#233;, d&#233;sir, et plaisir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-CINQ-" rel="directory"&gt;CINQ&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-sexualite-+" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-BDSM-+" rel="tag"&gt;BDSM&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton58.jpg?1731403050' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mot d'ordre &#034;jouir sans entrave&#034; &#233;tant le symbole de ce que devrait &#234;tre une lib&#233;ration sexuelle, l'approche du BDSM permet de mieux appr&#233;hender le r&#244;le de l'obstacle, de la limite dans la jouissance sexuelle. Souvent caricatur&#233;e, la sexualit&#233; BDSM est pourtant une de celles qui a le plus cherch&#233; &#224; se dire et &#224; se r&#233;fl&#233;chir. Ce texte entend replacer le r&#244;le de l'ouverture &#224; l'autre et de la responsabilit&#233; dans les rapports de pouvoir qui sous-tendent nos sexualit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a paru une premi&#232;re fois dans la revue &lt;i&gt;Harz-Labour&lt;/i&gt; dont vous pouvez &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Harz-Labour-Coronavirus-et-confinement-112587080374397/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;suivre ici leur s&#233;rie d'article &#034;Coronavirus et confinement&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le BDSM (Bondage, Domination / Discipline, Soumission / Sadisme, Masochisme) est encore pour beaucoup de personnes un sujet de blagues voire de moqueries, l'int&#233;r&#234;t pour les pratiques et discours qui y sont li&#233;s semble aller augmentant d'ann&#233;e en ann&#233;e. R&#233;cemment, c'est le community manager de Decathlon qui indiquait sur twitter que les ventes de cravaches avaient explos&#233; suite &#224; la sortie du film 50 nuances plus sombres&#8230; Certes, pour nombre des adeptes qui souhaitent politiser la pratique ou tout simplement porter un discours &#224; son sujet, la relation montr&#233;e dans &lt;i&gt;50 nuances de Grey &lt;/i&gt;et sa suite a bien plus &#224; voir avec le patriarcat et la soci&#233;t&#233; bourgeoise qu'avec une quelconque subversion des normes. Aussi, dans la plupart des articles de presse, lorsque le sujet du BDSM est &#233;voqu&#233;, c'est aussit&#244;t pour distinguer les pratiques consid&#233;r&#233;es comme hard de celles dites soft, et renvoyer toute activit&#233; au divertissement, &#224; la volont&#233; de pimenter ou faire durer sa relation de couple (h&#233;t&#233;rosexuel, toujours), comme on part en week-end &#224; la campagne ou d&#233;cide de faire un troisi&#232;me enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour qui souhaite r&#233;fl&#233;chir aux rapports de pouvoir qui traversent les relations et se questionner sur la possibilit&#233; de leur visibilisation, de leur subversion ou de leur retournement, le BDSM semble &#234;tre un bon outil. Dans ces relations, plut&#244;t que de nier l'existence du pouvoir qui nous traverse et nous produit, le but est d'oeuvrer &#224; sa circulation, &#224; son d&#233;tournement ou &#224; son retournement, et d'en tirer plaisir. Certes, nous connaissons les discours de ceux qui affirment que les adeptes du BDSM seraient, malgr&#233; certaines transgressions, extr&#234;mement respectueux de la dichotomie domination / soumission. Pourtant, le fait de tirer plaisir des pratiques de domination et de soumission, souvent li&#233; &#224; la conscience du caract&#232;re arbitraire de cette pantomime, constitue un trouble dans les rapports de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la r&#233;duction du BDSM aux pratiques de domination et de soumission par ses d&#233;tracteurs montre une certaine m&#233;conaissance. Si la hi&#233;rarchie est, dans le BDSM, parfois l'enjeu de la relation, dans d'autres cas, il s'agit de chercher le plaisir dans l'&#233;galit&#233;, ou de se concentrer sur les rapports de force. Par exemple, des personnes pratiquent le S / M sans qu'une personne ne domine l'autre, par int&#233;r&#234;t pour les jeux d'impact et les diff&#233;rentes formes de douleur. Dans d'autres relations, &#224; l'intersection du bondage et du S/M, les protagonistes s'accordent sur le fait d'arr&#234;ter le jeu d&#232;s que l'un des deux aura pris le dessus sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le fait que l'agencement &#171; BDSM &#187; s'est substitu&#233; au &#171; sadomasochisme &#187; invent&#233; par les psychiatres et m&#233;decins hygi&#233;nistes, puis repris par Freud ne d&#233;note pas seulement une volont&#233; d'inclure le plus de pratiques et de personnes possibles dans l'acronyme, mais marque aussi une remise en cause des grilles de lectures psychiatriques et psychanalytiques du &#171; sadomasochisme &#187;. La prise de distance vis-a-vis de la pathologisation du ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; progressive, et l'une des &#233;tapes fut la remise en cause du faux doublon &#171; sado-masochisme &#187;, que Deleuze d&#233;signa comme un &lt;i&gt;&#171; monstre s&#233;miologique &#187;&lt;/i&gt;. Puisque le psychiatre Richard von Krafft-Ebing avait, dans son &#233;tude des &#171; perversions sexuelles &#187;, forg&#233; les termes de &#171; sadisme &#187; et de &#171; masochisme &#187; &#224; partir des &#233;crits de Sade et Sacher- Masoch, et que Freud avait consid&#233;r&#233; le masochisme comme un sadisme invers&#233;, Deleuze relut les &#339;uvres des deux romanciers, pour constater que sadisme et masochisme ne sont ni des oppos&#233;s ni des compl&#233;ments, mais des d&#233;sirs distincts, agenc&#233;s diff&#233;remment. Si le sadisme est le plaisir &#224; infliger une douleur, le masochisme n'est pas (seulement) le plaisir &#224; souffrir, mais, pour Deleuze lisant Sacher-Masoch, &lt;i&gt;&#171; doit &#234;tre d&#233;fini par ses caract&#232;res formels, non pas par un contenu soi-disant dolorig&#232;ne. Or, de tous les caract&#232;res formels il n'y en a pas de plus important que le contrat. &#187; &lt;/i&gt;Ainsi, &lt;i&gt;&#171; le masochisme ne peut pas se s&#233;parer du contrat, mais en m&#234;me temps qu'il le projette sur la femme dominante, il le pousse &#224; l'extr&#234;me, en d&#233;monte les rouages et, peut-&#234;tre, le tourne en d&#233;rision &#187;&lt;/i&gt;. Cette analyse, d&#233;velopp&#233;e dans une &#233;tude s'opposant &#224; la psychiatrie et contredisant certaines conceptions de la psychanalyse sans rejetter totalement cette discipline, sera partiellement suivie par Lacan, confirmant que &lt;i&gt;&#171; le sadisme et le masochisme sont deux voies strictement distinctes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongeant cette r&#233;flexion en s'int&#233;ressant aux pratiques contemporaines plut&#244;t qu'aux &#339;uvres de Sade et Sacher-Masoch, tout en s'&#233;mancipant des cat&#233;gories psychiatriques et des r&#233;flexions psychanalytiques &#224; propos des &#171; perversions &#187; (ce que Deleuze fera aussi dans &lt;i&gt;L'Anti-OEdipe&lt;/i&gt;, quelques ann&#233;es apr&#232;s son &#233;tude sur Sacher-Masoch), Foucault pourra insister sur la dimension ludique des relations S/M, et sur la n&#233;cessit&#233; de ne pas les r&#233;duire aux pulsion sadiques et masochistes : &lt;i&gt;&#171; Je ne pense pas que ce mouvement de pratiques sexuelles ait quoi que ce soit &#224; voir avec la mise au jour ou la d&#233;couverte de tendances sado-masochistes profond&#233;ment enfouies dans notre inconscient. Je pense que le S / M est beaucoup plus que cela ; c'est la cr&#233;ation r&#233;elle de nouvelles possibilit&#233;s de plaisir, que l'on n'avait pas imagin&#233;es auparavant. L'id&#233;e que le S / M est li&#233; &#224; une violence profonde, que sa pratique est un moyen de lib&#233;rer cette violence, de donner libre cours &#224; l'agression est une id&#233;e stupide.(...) Je pense que nous avons l&#224; une sorte de cr&#233;ation, d'entreprise cr&#233;atrice, dont l'une des principales caract&#233;ristiques est ce que j'appelle la d&#233;sexualisation du plaisir. L'id&#233;e que le plaisir physique provient toujours du plaisir sexuel et l'id&#233;e que le plaisir sexuel est la base de tous les plaisirs possibles, cela, je pense, c'est vraiment quelque &lt;/i&gt;&lt;i&gt;chose de faux. Ce que les pratiques S / M nous montrent, c'est que nous pouvons produire du plaisir &#224; partir d'objets tr&#232;s &#233;tranges, en utilisant certaines parties bizarres de notre corps, dans des situations tr&#232;s inhabituelles, etc. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrons cela par un exemple. Une fiction, dont la coh&#233;rence est par nature factice, ou peut-&#234;tre un r&#233;cit issu d'un souvenir, reconstruit, recompos&#233;, et dont on aurait expurg&#233; des &#233;l&#233;ments qui ne servaient pas notre propos. Un exemple, un r&#233;cit, donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est au sol, un jeune homme &#233;tendu. Il est fier que sa soumission plaise &#224; son amie. Elle lui a fait d&#233;crire la position dans laquelle il se trouvait. Il a &#233;norm&#233;ment appr&#233;ci&#233; cette attention, lui qui sait, gr&#226;ce &#224; Lacan, que jouir c'est se voir vu en train de jouir. Puis elle l'a gifl&#233;, pour son plaisir &#224; elle. Elle lui a ordonn&#233; de la remercier. Il l'a fait. Sinc&#232;rement. Il a aim&#233; &#234;tre humili&#233; par elle, le faire parcequ'elle le lui ordonnait. Lorsqu'elle a d&#233;cid&#233; de le frapper, elle lui a demand&#233; d'&#233;valuer la douleur, sur une &#233;chelle de un &#224; huit. Puis, dans le but, croit-il, ne pas d&#233;passer ses limites, elle lui a demand&#233; jusqu'o&#249; il souhaitait qu'elle aille. Il aurait pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas avoir &#224; faire cette &#233;valuation. Il le lui dira. Elle r&#233;pondra qu'elle ne lui a pas pos&#233; cette question par peur d'aller trop loin, mais pour savoir ce qu'il ressentait, &#233;valuer la situation : &lt;/i&gt;&#171; Si je ne te posais pas de questions, je ne saurais pas ce que tu ressens, et j'aurais donc moins de contr&#244;le sur ce que je fais et sur ce que tu vis. &#187; &lt;i&gt;Il est incapable de dire quel niveau de douleur il souhaite atteindre. Cela confirme qu'il n'aime pas cette douleur en tant que telle, et sa partenaire trouve cela tr&#232;s satisfant. Il aime l'agencement, le contexte, l'intensit&#233; de ce rapport, la relation cr&#233;&#233;e par cette attention de l'un &#224; l'autre. Il est au sol, donc, et elle s'approche. Il sait ce qui l'attend, pour son plus grand plaisir. Elle l'avait pr&#233;venu : &lt;/i&gt;&#171; si c'est le d&#233;lire des mes partenaires, je peux pratiquer la violence, la vraie, les coups de pieds qui continuent de pleuvoir, m&#234;me &#224; terre. &#187; &lt;i&gt;Il a consenti : &lt;/i&gt;&#171; je peux m'y pr&#233;parer, et je pourrai probablement l'encaisser, appr&#233;cier de sentir ce pouvoir sur moi, et trouver ma satisfaction dans ce l&#226;cher prise. &#187; &lt;i&gt;Elle lui donne un coup, dans la jambe, puis un autre, dans le ventre. &lt;/i&gt;&#171; Ah, je vois que tu n'aimes pas &#231;a, tu &#233;tais pr&#233;venu&#8230; &#187;, &lt;i&gt;semble-t-elle jubiler &#8212; c'est du moins ce qu'il comprend, ou ce qu'il souhaite imaginer &#224; ce moment &#8212;, avant de lui porter un autre coup de pied. Il avait pr&#233;cis&#233; qu'en dehors des pratiques qu'il citait explicitement comme hors des limites qu'il avait fix&#233;es, le fait qu'il n'aime pas un acte ne devait pas &#234;tre une barri&#232;re. Elle a parfaitement compris o&#249; il voulait en venir. Il aime cette finesse, et s'abandonne au plaisir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de ce r&#233;cit illustre les nuances entre consentement, volont&#233;, d&#233;sir, et plaisir. Le jeune homme a consenti pr&#233;alablement &#224; ces actes. Si sa partenaire lui avait demand&#233; une seconde avant de lui ass&#233;ner tel ou tel coup s'il ressentait la volont&#233; de se prendre un coup de pied ou de poing, il n'aurait su que r&#233;pondre. Il ressent par contre au plus fort de lui m&#234;me le d&#233;sir de cet agencement, de ce lien, dont ce coup de pied est un des &#233;l&#233;ments, et m&#234;me un &#233;l&#233;ment qui le renforce. Il re&#231;oit ce coup parcequ'elle a d&#233;cid&#233; de le lui donner, qu'elle y prend plaisir, et qu'il aime qu'elle exerce ce pouvoir sur lui. C'est cet agencement, et sa verbalisation par la jeune femme, qui permet au jeune homme d'aimer ce qu'il n'aime pas, et m&#234;me d'aimer parce qu'il n'aime pas, de jouir du fait que cela lui est impos&#233; par celle &#224; qui il permet d'exercer un pouvoir sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de tirer plaisir du pouvoir exerc&#233; sur son corps peut &#234;tre une satisfaction en tant que tel et intensifier le plaisir. D'une autre mani&#232;re, trouver plaisir dans l'humiliation peut renforcer celle-ci, et donc d&#233;cupler le plaisir. Au del&#224; de la r&#233;flexion sur leurs propres relations, ou des d&#233;marches introspectives quant &#224; leurs sentiments et sensations, le BDSM permet &#224; nombre de ses pratiquants une distance critique vis-a-vis des rapports de pouvoir, en les visbilisant, les caricaturant, ce qui &#233;quivaut &#224; les renvoyer &#224; leur caract&#232;re arbitraire. Il en est de m&#234;me &#224; propos du corps. En donnant un caract&#232;re ludique &#224; la douleur, en &#233;rotisant des parties du corps qui ne le sont que rarement, on en vient &#224; remettre en cause la fiction selon laquelle le plaisir sexuel d&#233;coulerait m&#233;caniquement des propri&#233;t&#233;s des organes g&#233;nitaux, quand il est accomplissement du d&#233;sir, c'est &#224; dire d&#233;ploiement d'un agencement. Les actes cit&#233;s dans le r&#233;cit sont appr&#233;ci&#233;s en relation avec ceux commis avant et apr&#232;s, li&#233;s &#224; certaines responsabilit&#233;s. Les responsabilit&#233;s impliqu&#233;es par le fait d'exercer un pouvoir correspondent &#224; deux des acceptions du terme. D'une part, les responsabilit&#233;s &#233;thiques. Nous pouvons mentionner, entre autres, respecter les limites de son ou sa partenaire, maintenir les possibilit&#233;s de dire &#171; non &#187; &#224; telle ou telle pratique, et, si cela est souhait&#233;, d'arr&#234;ter en cours de sc&#233;ance. Que l'on formalise ou non l'attention port&#233;e &#224; celui ou celle &#224; qui l'on vient de faire vivre une exp&#233;rience intense, et possiblement d&#233;routante, cette attention &#224; la relation et &#224; l'autre est souvent une n&#233;cessit&#233;, et elle donne parfois sens &#224; l'exp&#233;rience. Nous en venons l&#224; au second sens de la responsabilit&#233;, tel que le terme est parfois entendu en psychanalyse : m&#233;taboliser un &#233;v&#233;nement, donner sens &#224; une exp&#233;rience &#224; l'int&#233;rieur d'un v&#233;cu. Cela se fait souvent en lien avec l'autre. Le comportement de celle qui se soucie de son partenaire apr&#232;s ce moment est l'exact oppos&#233; de celui de qui, par exemple, un soir qu'elle n'a pas envie d'avoir un rapport sexuel, demande &#224; sa copine si elle est s&#251;re de ne pas vouloir faire un effort, et, en &#233;change, lui promet de la laisser choisir le film qu'ils regarderont ensemble ensuite. Ouverture &#224; l'autre et responsabilit&#233; dans le premier cas, &#233;gocentrisme et n&#233;gation de l'autre dans le second. Le BDSM nous apprend, entre autres choses, que le sens n'est pas un symbole, ni localis&#233; dans un espace-temps, mais la mani&#232;re dont les mots, les actes et les &#234;tres sont reli&#233;s entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte paru dans &lt;a href=&#034;https://expansive.info/IMG/pdf/hl-21.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Harz-Labour n&#176;21&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Harz-Labour est une revue cr&#233;&#233;e en 2015, distribu&#233;e en Bretagne au gr&#233; des luttes et de l'actualit&#233;, que &#231;a soit celle de la ZAD, des mouvements sociaux, etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Homosexualit&#233;s au Vietnam</title>
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		<description>&lt;p&gt;Fin avril 2013, le vice-ministre de la justice du r&#233;gime communiste autoritaire vietnamien d&#233;clarait : &#034;Les personnes de m&#234;me sexe ont le droit de vivre, de s'aimer, de trouver le bonheur et de se marier&#034;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton47.jpg?1731403048' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'il y a encore une vingtaine d'ann&#233;es l'homosexualit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un &#171; fl&#233;au social &#187; et contraire &#224; l'esprit du Vietnam, on assiste aujourd'hui &#224; une fulgurante &#233;volution tant par la tol&#233;rance et l'acceptation qu'elle suscite que par la politique pro-LGBT du r&#233;gime communiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2018, un &#233;v&#233;nement important avait lieu dans les cin&#233;mas vietnamiens. Il s'agissait de la projection du film documentaire &lt;i&gt;Finding Phong&lt;/i&gt; (&#224; la recherche de Phong). &#201;v&#233;nement important &#224; double titre. Le documentaire revient sur le parcours d'une femme transgenre, et suit sa transition dans son environnement familial. L'accueil fut si positif dans les m&#233;dias et une partie du gouvernement que le temps de projection fut prolong&#233; d'une semaine et que les censeurs autoris&#232;rent les sc&#232;nes de nu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet exemple indique bien que la transsexualit&#233; n'est plus ni&#233;e et sort de la marginalit&#233;. En novembre 2015, une loi a &#233;t&#233; adopt&#233;e pour permettre aux personnes effectuant un changement de sexe d'obtenir des papiers d'identit&#233; refl&#233;tant leur nouveau sexe. Une seconde loi est en pr&#233;paration qui garantirait un soutien m&#233;dical aux personnes d&#233;sirant proc&#233;der &#224; un changement de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les autorit&#233;s vietnamiennes ne consid&#232;rent plus les questions LGBT comme trop sensibles ou politiquement dangereuses. Mais remontons un peu le temps pour comprendre ce changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90, un couple de femmes de V&#297;nh Long soutire l&#233;galement son mariage en soulignant que la loi n'interdit pas explicitement les unions de m&#234;me sexe. L'annonce du mariage d&#233;clencha un scandale national. En r&#233;action, le gouvernement promulgua l'interdiction du mariage de m&#234;me sexe (cette interdiction a &#233;t&#233; lev&#233;e depuis). La police fit irruption dans la c&#233;r&#233;monie pour forcer le couple lesbien &#224; signer une d&#233;claration stipulant qu'elles ne vivraient jamais ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'audace politique de ce mariage fait valeur d'exception dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les mariages &#171; familiaux &#187; homosexuels sont emp&#234;ch&#233;s par la police et passible d'amendes. (En 2013, les autorit&#233;s communistes supprim&#232;rent les amendes en cas de c&#233;l&#233;bration d'une union homosexuelle.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux &#233;tapes dans un mariage vietnamien : un mariage &#171; familial &#187; et un mariage civil, enregistr&#233; par le gouvernement. Il y a cinq ans encore, il &#233;tait ill&#233;gal de faire un mariage &#171; familial &#187; gay, la police intervenait pour emp&#234;cher la c&#233;r&#233;monie. Maintenant, ce n'est toujours pas l&#233;gal, mais ce n'est plus ill&#233;gal non plus. Il existe une forme de tol&#233;rance et on assiste &#224; de nombreux mariages &#171; familiaux &#187; gays et lesbiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une affaire semblable eut lieu en mai 2012. Un couple d'hommes originaire de H&#224; Ti&#234;n organisa son mariage traditionnel et public. Celui-ci fut stopp&#233; par les autorit&#233;s locales. Cet &#233;v&#233;nement largement m&#233;diatis&#233; suscita des d&#233;bats, preuve que la soci&#233;t&#233; vietnamienne &#233;tait en train de changer. Deux mois plus tard, le ministre vietnamien de la Justice, H&#224; H&#249;ng C&#432;&#7901;ng, annon&#231;ait que le gouvernement envisageait une l&#233;galisation du mariage homosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d&#233;fil&#233; de la fiert&#233; gaie de Hano&#239; date de 2011. Depuis lors, le cort&#232;ge s'est institu&#233; et chaque ann&#233;e, ses rangs grossissent avec le soutien d'associations et organisations toujours plus nombreuses : comme ICS (Information connecting and sharing) qui est une organisation de soutien des personnes LGBT au Vietnam ou le PFLAG dont le but est de favoriser l'acceptation des personnes LGBT par leur entourage et de r&#233;gler les probl&#232;mes de violence rencontr&#233;s par les membres LGBT au sein de leurs familles. Ces organisations s'emploient &#224; visibiliser et faire entendre la voix des personnes LGBT et &#224; prot&#233;ger leurs droits. Notons &#233;galement les marches Vi&#234;t-Pride &#224; H&#244; Chi Minh-Ville ou le projet QueerZone de Hano&#239;. En quelques ann&#233;es, les initiatives se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, l'homosexualit&#233; existe au Vietnam comme dans tous les pays de la sous-r&#233;gion de l'Asie du Sud-Est. Toutefois, elle ne correspond pas &#224; ce qu'est l'homosexualit&#233; en Occident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis la nuit des temps, homosexuels et transsexuels trouvent une fonction sociale en tant que m&#233;diums ou chamans, accomplissant des rituels et des danses (bien que tout chaman ne soit pas homosexuel).&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; la d&#233;rision des colonialistes et l'interdiction des communistes, ils sont toujours v&#233;n&#233;r&#233;s dans de nombreuses zones rurales et sont de plus en plus c&#233;l&#233;br&#233;s comme une expression unique de la culture vietnamienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; est r&#233;gie par des normes strictes et repose sur une distinction rigoureuse entre homme et femme. Les r&#244;les et statuts sociaux &#233;tant le fruit de cette s&#233;paration des genres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a longtemps &#233;t&#233; dit que l'homosexualit&#233; n'existait pas dans la soci&#233;t&#233; traditionnelle par la voix du confucianisme. Pilier de la tradition. Cette doctrine pr&#233;voit que le destin d'un homme est de se reproduire et fonder une famille. C'est-&#224;-dire avoir une existence digne pour respecter et honorer la volont&#233; de ses anc&#234;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la r&#233;volution communiste, l'&#233;tau social s'est encore resserr&#233; interdisant les relations hors mariage. Celles-ci &#233;tant jug&#233;es immorales, le r&#233;gime appliquait sa politique de redressement visant &#224; &#233;liminer les &#171; fl&#233;aux sociaux &#187; en envoyant les homosexuels dans des camps de r&#233;&#233;ducation. &lt;br class='autobr' /&gt;
De nos jours, l'homosexualit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme un style de vie import&#233; de l'Occident, mais pas r&#233;ellement comme une orientation sexuelle ayant une v&#233;ritable importance au regard de la culture traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure la plus connue de l'homosexuel au Vietnam est celle du jeune homme androgyne ou eff&#233;min&#233; qui est d&#233;sign&#233; par l'expression&lt;i&gt; lai c&#225;i&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Lai c&#225;i&lt;/i&gt; signifie &#171; p&#233;n&#233;tr&#233; par l'esprit femelle &#187; ou &#171; personne qui est &#224; la fois femme et homme &#187;. Cela explique pourquoi l'homosexualit&#233; est parfois consid&#233;r&#233;e comme une maladie mentale ou une infirmit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rencontre aussi l'expression&lt;i&gt; &#225;i nam &#225;i n&#7919;&lt;/i&gt; &#171; qui aime &#224; la fois les gar&#231;ons et les filles &#187;. De nos jours, le mot le plus couramment utilis&#233; pour d&#233;signer les homosexuels, plus particuli&#232;rement dans la presse, est un n&#233;ologisme fond&#233; sur la notion occidentale de l'homosexualit&#233; : &lt;i&gt;&#273;&#244;ng t&#237;nh luy&#7877;n &#225;i&lt;/i&gt;. L'expression semble avoir son origine dans une expression plus ancienne &lt;i&gt;ng&#432;&#7901;i loan d&#226;m &#273;&#244;ng gi&#7899;i&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; personne qui a commis l'inceste avec une autre personne du m&#234;me sexe &#187;. Cette derni&#232;re expression se passe de commentaire sur l'aspect moral de l'homosexualit&#233; dans la culture vietnamienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'argot vietnamien, une personne eff&#233;min&#233;e est appel&#233;e &lt;i&gt;b&#243;ng lai c&#225;i&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;b&#243;ng&lt;/i&gt;. B&#243;ng signifie homosexuel, mais aussi ombre, &#226;me ou esprit (&lt;i&gt;b&#243;ng vi&#225;&lt;/i&gt;), et chaman ou m&#233;dium (&lt;i&gt;b&#224; b&#243;ng, &#273;&#244;ng bong&lt;/i&gt;). Au Vietnam, comme dans d'autres soci&#233;t&#233;s traditionnelles, les homosexuels sont souvent des &#171; chamanes &#187; ou des &#171; m&#233;diums &#187;, et d&#233;sign&#233;s par les m&#234;mes mots. Les homosexuels, et en particulier les transsexuels, &#233;taient autrefois pr&#233;pos&#233;s, dans des temples particuliers, au culte des esprits (&lt;i&gt;h&#7857;u b&#243;ng&lt;/i&gt;). &#192; l'heure actuelle, on constate un renouveau de cette pratique religieuse au Vietnam et dans quelques communaut&#233;s &#224; l'&#233;tranger. Dans la r&#233;gion de Hano&#239;, il existe plusieurs temples ou les gens viennent faire des offrandes pour l'ex&#233;cution d'une danse sp&#233;ciale en l'honneur des esprits. Les homosexuels peuvent s'y exprimer et acqu&#233;rir, en m&#234;me temps qu'un statut social et religieux, un moyen de subsistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mod&#232;le homosexuel traditionnel fit place au tournant du si&#232;cle avec l'&#233;poque coloniale &#224; un nouveau mod&#232;le inspir&#233; des avant-gardes litt&#233;raires. On pr&#233;sentait les homosexuels m&#226;les comme des &#234;tres asexu&#233;s, privil&#233;giant leur potentiel &#233;motif, leur sensibilit&#233; et l'id&#233;alisation du sentiment d'amiti&#233; et de l'amour pur. On pourrait citer &#224; cet &#233;gard le couple c&#233;l&#232;bre que form&#232;rent les deux po&#232;tes Xu&#226;n Di&#7879;u et C&#249; Huy C&#7853;n. En 1985, &#224; la mort de Xu&#226;n Di&#7879;u, C&#249; Huy C&#7853;n &#233;crivit un po&#232;me intitul&#233; &lt;i&gt;R&#233;miniscences d'un couple&lt;/i&gt; dans lequel il &#233;voquait franchement leur vie et leur amiti&#233; secr&#232;tes. Les marques coloniales se retrouvent &#233;galement dans la langue : &lt;i&gt;p&#234; &#273;&#234;&lt;/i&gt; (p&#233;d&#233;raste en fran&#231;ais). Ce mot est couramment utilis&#233; dans un langage argotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier effet de l'invisibilisation traditionnelle de l'homosexualit&#233; fut la propagation de l'&#233;pid&#233;mie du VIH. En effet, lorsque celui-ci s'est rependu au Vietnam dans les ann&#233;es 90, le gouvernement a obstin&#233;ment ignor&#233; le risque pour les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des professionnels du sexe interrog&#233; dans les rues de H&#244; Chi Minh-Ville par Marie-&#200;ve Blanc en 2005 n'imaginaient pas la possibilit&#233; de devenir malade. Les messages de la campagne de pr&#233;vention du sida ne ciblaient pas les homosexuels. Selon la croyance populaire, les maladies v&#233;n&#233;riennes sont plus souvent associ&#233;es au corps f&#233;minin. Les organes g&#233;nitaux masculins, et plus particuli&#232;rement le p&#233;nis, sont consid&#233;r&#233;s comme ferm&#233;s et n'offrent de ce fait aucune ouverture au virus. Les corps f&#233;minins sont consid&#233;r&#233;s comme humides et froids, et de nombreuses maladies ont, croit-on, pour origine un exc&#232;s de froid ou d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; partir de 2006 que le gouvernement promulgue une l&#233;gislation pour prot&#233;ger des discriminations les personnes infect&#233;es par le VIH et pour soigner gratuitement les malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire sociale du Vietnam s'est construite sous des r&#232;gnes rigides et autoritaires successifs. Le confucianisme, le colonialisme et le communisme ont construit, par superposition, le cadre et la nature des relations sociales. Ce quadrillage est tel qu'il s'exerce jusque dans la langue (interdisant certains mots, emp&#234;chant la cr&#233;ation de certains autres). Un contr&#244;le et une censure parfois qualifi&#233;e de lexicocide. Dans le pass&#233;, le manque de langage pr&#233;cis rendait difficiles les discussions &#224; propos de sexualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, il ne serait pas exact de consid&#233;rer qu'une homosexualit&#233; &#171; naturelle &#187;, traditionnelle, aurait &#233;t&#233; brim&#233;e, attaqu&#233;e et qu'aujourd'hui elle pourrait enfin s'&#233;panouir. Comme on a d&#233;j&#224; pu le comprendre, la nature du lien entre deux hommes ou deux femmes ne peut se comprendre que par la mani&#232;re dont elle existe dans le champ social et la mani&#232;re dont elle est per&#231;ue par celles et ceux qui la vivent. En effet, et c'est d'autant plus vrai pour les hommes, car la soci&#233;t&#233; vietnamienne est patriarcale, les rapports sexuels entre hommes se caract&#233;risent par une propension des hommes &#224; entretenir des rapports sexuels dits homosexuels sans pour autant se qualifier comme tel. Les pratiques sexuelles homo&#233;rotiques peuvent subsister apr&#232;s le mariage sans constituer pour autant un basculement de l'identit&#233; ou une mise en cause de la masculinit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homosexualit&#233; au Vietnam ne peut pas se comprendre avec les outils conceptuels qui permettent d'appr&#233;hender l'homosexualit&#233; en Occident. C'est depuis ce point que l'on peut essayer de comprendre pourquoi le pouvoir communiste a assoupli ses lois au point d'&#234;tre qualifi&#233; de pro-LGBT.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vietnam n'abrite pas en son sein de fort mouvement religieux anti-LGBT comme c'est le cas en Malaisie. On peut donc essayer de comprendre cette orientation par deux vecteurs principaux. Le premier est d'ordre moral. Les sp&#233;cificit&#233;s sociales, le respect de l'ordre et des convenances fait que pour une part, l'homosexualit&#233; reste un ph&#233;nom&#232;ne non identitaire, discret qui s'ins&#232;re dans la tradition sociale. D'autre part, le tourisme et particuli&#232;rement le tourisme LGBT est un curseur international de respect et de qualit&#233; de vie. Le label &lt;i&gt;gay-friendly&lt;/i&gt; est un signe reconnu dans le monde entier. Aussi, le fait de ne plus interdire les mariages gays &#171; familiaux &#187; (d'une certaine jeunesse dans les grands centres urbains) participe &#224; dynamiser l'attractivit&#233; du Vietnam dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIVA&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Et voil&#224; pourquoi votre fille est muette</title>
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		<dc:subject>[Avant-Hier]</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tract de rupture d'avec le Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire. 1971&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton38.jpg?1731403048' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous proposons &#224; la lecture, en accompagnemant d'un entretien avec Lola Miesseroff, le tract de rupture d'avec le Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire. L'entretien vient expliquer comment certaines questions politiques s'actualisent aujourd'hui dans le m&#234;me bouillonnement m&#234;lant &#233;tudiants, vie collective, actions politiques et exp&#233;rimentation amoureuse. Ce tract r&#233;sonne encore vivement, d&#233;non&#231;ant l'accaparement de la parole par les petits chefs et les assembl&#233;es politiques devenues sc&#232;nes de th&#233;&#226;tre. Il pose enfin la question de la lib&#233;ration et assume son parti-pris dans une certaine d&#233;finition de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;mancipation des homosexuels ne sera pas l'&#339;uvre des seuls homosexuels. Le probl&#232;me de l'homosexualit&#233; n'est qu'un aspect partiel du probl&#232;me g&#233;n&#233;ral des rapports, qui ne sera r&#233;solu que dans la transparence totale entre les individus, but et moyen de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins s'affirme la n&#233;cessit&#233; d'une organisation des homosexuels : c'est de la conscience de leur oppression sp&#233;cifique que peut na&#238;tre leur conscience de l'oppression g&#233;n&#233;rale des rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base sp&#233;cialis&#233;e du FHAR a r&#233;uni des individus de tous bords au sein d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale volontairement sans forme. Le refus d'une structuration visible a amen&#233; une bureaucratie occulte qui fait de l'AG un lieu de spectacle et de r&#233;pression. Des petits chefs gauchistes et des artistes se passent continuellement la parole, excluant toute autre forme de participation que l'applaudissement ou l'exhibition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits chefs gauchistes professionnels se retirent entre eux pour lire le courrier, le censurer avant de le communiquer &#224; TOUT. Les m&#234;mes d&#233;tiennent et cachent on ne sait quel fichier. Ils organisent le parcage (bien consenti d'ailleurs) sur le campus ghetto de Tours ou la pelouse-corral de Revilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes organisent de leur c&#244;t&#233; le parcage sur les lieux de leurs exploits : th&#233;&#226;tres, galerie de peinture. Comme la fonction d'artiste offre &#224; l'homosexuel la possibilit&#233; d'une int&#233;gration glorieuse, il produit, dans le cadre de cette fonction, une marchandise &#224; consommer passivement, substitut au manque &#224; vivre. Et l'on voit d'aucuns d&#233;dicacer des livres, inviter le FHAR au th&#233;&#226;tre pour y filtrer les entr&#233;es et emp&#234;cher tout scandale (soutien aux Japonais en col&#232;re qui d&#233;fendent leur soja), convier &#224; des mondanit&#233;s picturales et crier &#224; la provocation polici&#232;re d&#232;s que nous y inscrivons notre m&#233;pris (&#171; LES PD SONT DES VANDALES &#187;, sur un tableau, rue Gu&#233;n&#233;gaud), et m&#234;me signer sereinement &#171; Le FHAR &#187; des chansons ineptes. La b&#234;tise atteint son comble avec le projet d'une chorale. &#192; quand les majorettes du FHAR ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi man&#339;uvr&#233;e, l'AG ne d&#233;bat que des faux probl&#232;mes et masque les vrais. On se distribue des satisf&#233;cits pour n'importe quelles actions, m&#234;me les plus d&#233;risoires. On projette des actions en sp&#233;culant avant tout sur la publicit&#233; qu'elles peuvent apporter. &#192; quand le spot de t&#233;l&#233; et la banderole &#171; FHAR &#187; tra&#238;n&#233;e par un avion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'ose plus parler (par peur de scission) de r&#233;volution, de p&#233;d&#233;rastie, de racisme esth&#233;tique (latent au FHAR), du probl&#232;me des bo&#238;tes (si l'on en parle plus, c'est [qu'on] continue &#224; y aller tristement draguer), des rapports de prestige vestimentaire, des rapports de consommation (dans la drague et la partouze syst&#233;matis&#233;es), des couples (comme s'il n'y en avait pas au FHAR !), de la naissance d'un racisme vis-&#224;-vis des h&#233;t&#233;ro-sexuels (comme s'il n'existait pas de bi-sexuels au FHAR !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons fait un texte, c'est pour &#233;viter le pi&#232;ge de la parole truqu&#233;e et de son faux rapport dans le spectacle de l'AG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FHAR, en tant que structure de rencontre, laissait esp&#233;rer la cr&#233;ation de nouveaux rapports, condition d'une intervention r&#233;elle sur la vie. Ces rapports ne se trouvent pas dans les commissions (r&#233;union de sp&#233;cialistes o&#249; l'on s'emmerde). On peut les attendre des comit&#233;s de quartiers qui, de par leur implantation, ont la possibilit&#233; de supprimer la s&#233;paration entre les moments de militantisme et le reste de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FHAR, parce qu'il est une organisation sp&#233;cialis&#233;e, se manifeste comme un ghetto et cr&#233;ateur de ghettos. On se propose de rencontrer vite, hors du ghetto FHAR, ceux qui en souffrent d&#233;j&#224; et qui d&#233;sirent le d&#233;passement du FHAR par lui-m&#234;me, en exigeant que soit pos&#233; le probl&#232;me total des rapports et que soit entreprise sa r&#233;solution qui ne pourra &#234;tre que r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe P.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Roland S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques D.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lola M.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques D.&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick D.&lt;br class='autobr' /&gt;
Karine G.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lola, une fille &#224; p&#233;d&#233;s r&#233;volutionnaire</title>
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		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
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		<dc:subject>Bordeaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Lola Miesseroff&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton45.jpg?1731403048' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien est le fruit de notre premi&#232;re rencontre avec Lola Miesseroff en mai 2018. Quelques mois auparavant, sortait en librairie son &lt;a href=&#034;https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/voyage-en-outre-gauche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voyage en outre-gauche, Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68&lt;/a&gt; aux &#233;ditions Libertalia. On y trouve le r&#233;cit de ces bandes r&#233;volutionnaires de 68, de leurs liens avec le mouvement &#233;tudiant, avec la sexualit&#233;, avec la destruction des cat&#233;gories, avec le combat contre les ali&#233;nations pour se lib&#233;rer toujours plus, avec des exp&#233;rimentations collectives&#8230; Et Lola pratique le pass&#233; pour arpenter le pr&#233;sent : &#171; transmettre, mais pas faire la le&#231;on &#187;. Les Assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, la masculinit&#233; et la f&#233;minit&#233;, le poids des normes sociales, les affinit&#233;s politiques sont autant d'&#233;l&#233;ments qui d'une &#233;poque &#224; l'autre continuent &#224; former des questions, tant sur les mani&#232;res de s'organiser que sur le front qu'il s'agit de construire contre le vieux monde. C'est l&#224; que Lola place au centre la libert&#233; et l'amiti&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve ci-apr&#232;s anecdotes et fragments de vie r&#233;volutionnaire de notre fille &#224; p&#233;d&#233;s qui seront d&#233;peint avec ce bouillonnement qui la caract&#233;rise, dans son livre &lt;a href=&#034;https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/fille-a-pedes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fille &#224; p&#233;d&#233;s&lt;/a&gt; paru l'ann&#233;e suivante aux &#233;ditions Libertalia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre discussion actualise les enjeux politiques de la sexualit&#233; exp&#233;riment&#233;s par Lola et les siens depuis leur prime jeunesse. Elle nous livre par sa parole et par des extraits de ses &#233;crits, ses impressions sur le FHAR et les luttes de l'&#233;poque qu'elle a travers&#233;e et r&#233;affirme la primaut&#233; d'une construction politique radicale, d'une position. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous conseillons la lecture de l'entretien r&#233;alis&#233; avec son amie &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?ON-LES-AURA&#034;&gt;H&#233;l&#232;ne Hazera&lt;/a&gt; paru dans le 1er num&#233;ro de TROU NOIR.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; Bordeaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Bordeaux &#233;tait alors un p&#244;le de la &#171; contre-culture &#187; et des pr&#233;mices de la &#171; r&#233;volution sexuelle &#187;. Avec la cr&#233;ation en 1965 du festival Sigma, &#171; creuset de la cr&#233;ation avant-gardiste &#187; qui &#171; &#233;lectrisa Bordeaux pendant pr&#232;s de trois d&#233;cennies &#187;, et notamment la participation fulgurante, en 1967, du Living Theatre : &#171; Sigma c'est le signe math&#233;matique de la somme, &#231;a se voulait la somme de tous les arts. Il n'y avait rien de comparable dans les autres villes. Il y avait le Living Theatre, Xenakis, la musique &#233;lectronique, des peintres, un peu de tout. Il n'y avait pas de rapport direct avec les AG, mais tout le monde y allait. &#199;a faisait partie de la culture locale, donc &#231;a a jou&#233; un r&#244;le. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'universit&#233;, on n'&#233;tait pas en reste puisqu'un professeur de sociologie mao&#239;ste (!) organisait dans ses cours &#171; des groupes non directifs de la parole, sur lesquels s'est greff&#233;e une sexualit&#233; non directive &#187;, &#171; la sexualit&#233; en/ou de groupe est &#224; l'ordre du jour &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/mai-1968---barricades-a-bordeaux.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/mai-1968---barricades-a-bordeaux.cleaned.jpg?1731403025' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : On aimerait, pour commencer, que tu nous racontes ce que tu as v&#233;cu ici, &#224; Bordeaux : l'ambiance politique, les &#233;v&#232;nements, la ville&#8230; Le contraste doit &#234;tre saisissant avec aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Bordeaux, j'y suis venu un peu par hasard. J'avais connu des copains &#224; Avignon en 1968 et 1969 que j'ai retrouv&#233;s ici. &#192; l'&#233;poque, Bordeaux m'est apparue comme une tr&#232;s petite ville. Il y avait deux ou trois endroits o&#249; les gens se retrouvaient. Autour de la place Pey Berland, il y avait des caf&#233;s : le Pey-Berland, le New York et un truc qui s'appelait la Brasserie des Arts. Il y avait Saint-Michel, le quartier anar o&#249; les parents d'une de nos copines avaient un restaurant. Il y avait &#171; tout un milieu et une solide tradition anars &#187;, &#171; o&#249; les anarchistes espagnols r&#233;fugi&#233;s avaient fait souche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem page 102&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y avait un local rue du Muguet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il y avait un cin&#233;-club ; il y avait aussi, le festival Sigma. Quand je compare Bordeaux avec les autres villes o&#249; les &#233;tudiants radicaux ont pris, Bordeaux &#233;tait tr&#232;s dans la culture. Il y avait Pierre Molinier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Molinier, n&#233; le 13 avril 1900 &#224; Agen et mort le 3 mars 1976 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et tous ceux qui le suivaient. Tu avais Bouyxou qui n'a jamais particip&#233; au tract &#171; &lt;a href=&#034;http://juralibertaire.over-blog.com/article-19920905.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cr&#232;ve salope&lt;/a&gt; &#187; des Vandalistes contrairement &#224; ce que l'on raconte. Il s'en est vant&#233;, mais il n'y &#233;tait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;En 1967 donc, quelques jeunes gens en rupture de ban s'ennuyaient ferme &#224; Bordeaux, r&#234;vant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d'en d&#233;coudre avec ces &#171; Chartrons &#187; qui monopolisaient les meilleurs vins, class&#233;s d&#232;s 1855 et vendus &#224; des prix prohibitifs. On n'avait pas vu d'&#233;meutes depuis la Fronde&#8230; C'est dans ce ciel gris&#226;tre &#8212; et qui, &#224; certains, devait para&#238;tre serein &#8212; qu'&#233;clata le 31 mars 1968 un tract sign&#233; d'un Comit&#233; de salut public des Vandalistes jusqu'alors inconnu : cette feuille &#233;tait un tissu d'injures adress&#233;es &#224; toutes les autorit&#233;s (parents, professeurs, flics et curetons) et &#224; tous les impuissants (&#233;tudiants en particulier). Ce fut le d&#233;but de l'affolement chez les fils &#224; bourgeois des quartiers prot&#233;g&#233;s qui fr&#233;quentaient l'universit&#233;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Et puis j'ai d&#233;couvert cette bande qui avait sign&#233; ce fameux tract &lt;i&gt;Comit&#233; de Salut public des Vandalistes&lt;/i&gt; et qui &#233;tait en fait un r&#233;seau. Dans ce r&#233;seau de gens, on trouvait des marginaux, certains faisaient des &#233;tudes, d'autres &#233;taient des prolos complets. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les relations entre les gens, les plus proches de l'Internationale Situationniste ne connaissaient pas grand-chose du monde ouvrier. En revanche, le fameux groupe de voyous qui les avaient rejoints avait constitu&#233; le groupe &lt;i&gt;Octobre&lt;/i&gt;. Claire Auzias, qui a travaill&#233; sur les voyous de Mai 68&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Auzias Trimards, &#171; P&#232;gre &#187; et mauvais gar&#231;ons de Mai 68, Atelier de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a fait un excellent livre l&#224;-dessus et continue &#224; travailler sur le sujet. Quand le mouvement de mai 68 s'est arr&#234;t&#233; et que les enfants sages sont partis en vacances, eux sont all&#233;s s'entra&#238;ner. C'est un &#233;pisode que m&#234;me moi je ne connaissais pas. &#192; Bordeaux il n'y avait pas, comme &#224; Nantes, de fortes liaisons avec les ouvriers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait des gens tr&#232;s bizarres &#224; Bordeaux, des gens vraiment extraordinaires. Il y avait un mec que j'aimais bien. Il s'appelait Alexis Cassagne, c'&#233;tait un prolo, il s'&#233;tait fait casser la gueule pour avoir manifest&#233; en r&#233;clamant la retraite &#224; 30 ans. Une nuit, il s'est jet&#233; ou il est tomb&#233; du pont de la Garonne on ne le saura jamais. Enfin, Bordeaux &#233;tait peupl&#233; de toutes sortes de gens &#233;tranges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour du caf&#233; Le Pey-berland, il y avait toute une animation avec des c&#244;t&#233;s un peu beatniks, des gens plus avanc&#233;s, des anars, cette bande cryptosituationniste dont je parlais, et puis toute sorte de gens, des artistes, etc. Le Pey-Berland &#233;tait un endroit magique, extraordinaire, et il &#233;tait tenu par un vieux couple tr&#232;s convenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Que vous appeliez Papa et Maman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Oui, tout le monde les appelait comme &#231;a. Un copain m'a racont&#233; une histoire r&#233;cemment. Un voyou qui sortait de taule &#233;tait au Pey-berland quand Maman lui dit : &#171; &#233;coute, je dois aller faire une course est-ce que tu veux bien garder le bar ? &#187;. Elle lui disait vraiment quelque chose &#224; ce moment-l&#224;. Elle &#233;tait en train de lui dire : &#171; Oui, je sais que tu as fait de la taule, je sais que tu es un voleur, je te donne ma confiance et je veux te le montrer &#187;. D'o&#249; cette femme sortait &#231;a ? D'o&#249; sortait-elle cette sensibilit&#233; de mettre un taulard, un voyou, derri&#232;re son comptoir pour lui montrer qu'elle pensait que c'&#233;tait un mec bien et qu'elle n'en avait rien &#224; foutre du reste ? C'&#233;tait unique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la m&#234;me &#233;poque, il y avait &#224; Bordeaux celui que l'on nommait le d&#233;serteur, un mec qui avait refus&#233; d'aller &#224; l'arm&#233;e et d&#233;non&#231;ait la guerre men&#233;e par la France au Tchad. Il s'appelait Martinez, je m'en souviens encore. Il arrivait dans des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales o&#249; il prenait la parole et les flics le cherchaient partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour &lt;/strong&gt; : Et apr&#232;s ses interventions, il se cachait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff &lt;/strong&gt; : &#199;a devait &#234;tre en 1970-71. Il rentrait dans son trou et les flics ne le trouvaient jamais. Au point que la police nous pistait tous, y compris moi d'ailleurs. Comme je venais souvent faire des enqu&#234;tes &#224; Bordeaux, ma bo&#238;te me payait un h&#244;tel. Il y a une nuit o&#249; je ne suis pas rentr&#233;e et l'h&#244;telier m'avait attendue toute la nuit pour fermer sa boutique. Et on commence &#224; s'engueuler, il est violent et il me dit : &#171; De toute fa&#231;on, quand on est surveill&#233;e par la police&#8230; &#187;. A cette &#233;poque, les h&#244;tels devaient donner &#224; la police des fiches de renseignement que chaque client remplissait. Les flics devaient imaginer que j'&#233;tais une envoy&#233;e sp&#233;ciale de je ne sais quoi, alors que je venais pour bosser. Ils &#233;taient assez cons et ils surveillaient tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pratique du tas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Toutes sortes de jonctions s'op&#233;raient dans une grande fluidit&#233; et nous commen&#231;&#226;mes bient&#244;t &#224; faire l'amour en groupe de fa&#231;on spontan&#233;e. Dans ce que nous appelions &#171; le tas &#187;, tout &#233;tait possible, c'&#233;tait sensuel, c'&#233;tait tendre et aussi tr&#232;s joyeux. On ne d&#233;cr&#233;tait ni n'organisait un &#8220;tas&#8221; si ce n'est au dernier moment, quand il nous fallait trouver un lit ou une chambre plus larges pour nous &#233;battre collectivement.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lola miesseroff Fille &#224; p&#233;d&#233;s libertalia 2019 page76-77&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Dans ton livre, tu racontes quelque chose qui a suscit&#233; beaucoup de curiosit&#233; de notre part, c'est la pratique du tas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Dans notre cas, il y avait des pratiques homosexuelles ce qui n'&#233;tait pas le cas d'autres gens qui pratiquaient des tas comme ceux de la fac de Bordeaux. Et ce qui est incroyable et que je n'explique pas, c'est qu'en parall&#232;le &#224; Marseille on appelait &#231;a aussi des tas. Quelqu'un a d&#251; rapporter &#231;a, &#224; moins qu'ils nous l'aient piqu&#233; &#224; nous, on ne le saura jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Mais alors qu'est-ce qui diff&#233;renciait la pratique du &#171; tas &#187; d'une orgie ou d'une partouze ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff &lt;/strong&gt; : Nous, on faisait plus que &#231;a et, surtout, on ne le faisait pas de mani&#232;re syst&#233;matique. &#199;a se d&#233;cr&#233;tait sur le moment. C'&#233;tait la recherche de la transgression, du plaisir, mais du plaisir que l'on obtenait en transgressant ce qui nous &#233;tait interdit. Tout est s&#233;rieux de nos jours alors que nous, on n'arr&#234;tait pas de d&#233;conner. Je me rappelle d'un tas, qui a &#233;t&#233; d&#233;cisif dans ma vie puisqu'il a g&#233;n&#233;r&#233; une histoire d'amour &#224; r&#233;p&#233;titions pendant de tr&#232;s longues ann&#233;es. On s'est retrouv&#233;s &#224; Marseille dans une chambre avec un grand lit. On avait d&#233;cid&#233; de tous y aller ensemble. Et mon meilleur pote, Christian, avait trouv&#233; un gar&#231;on dans le tas &#224; qui il faisait croire que j'&#233;tais sa s&#339;ur ce qui mettait le gars dans un incroyable &#233;tat d'excitation. Et puis, &#224; la fin de la nuit, je me suis retrouv&#233;e avec un copain qui, &#224; ce moment-l&#224;, &#233;tait avec un gar&#231;on. Au petit matin, nous n'&#233;tions plus que quatre dans le lit : Christian et son mec, moi et ce gar&#231;on avec qui on est toujours amis. Quand son fils m'a dit : &#171; Tu l'as rencontr&#233; o&#249;, mon p&#232;re ? &#187;, je n'ai pas os&#233; le lui dire. Il faut aussi dire que tout &#231;a se passait dans des r&#233;seaux amicaux, sans doute un peu excluants. Tout le monde n'y &#233;tait pas admis, c'&#233;tait comme un vase clos un peu &#233;largi. Mais, pour nous, c'&#233;tait aussi un acte politique. On ne le disait pas au moment o&#249; on le faisait, mais toute notre vie &#233;tait orient&#233;e par la pens&#233;e que la R&#233;volution allait avoir lieu demain. Tout &#231;a se passe dans la foul&#233;e de 68. La r&#233;volution arrivait, donc il fallait la pr&#233;parer. On &#233;tait tout le temps en train de faire quelque chose. &#199;a pouvait &#234;tre sexuel, participer &#224; un mouvement, faire un scandale dans la rue ou ouvrir des caisses au supermarch&#233;&#8230; Jouer les petites terreurs, quoi. On poursuivait l'id&#233;e d'une insurrection totale, on &#233;tait tout le temps sur la br&#232;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
On habitait ensemble, mais il ne fallait pas dire en communaut&#233;. La communaut&#233;, c'est la communaut&#233; de la mis&#232;re. Quand les gens disaient qu'ils habitaient en communaut&#233; nous on r&#233;pondait : &#171; Non, &#231;a n'existe pas &#187;. On vivait en groupe parce qu'on pensait que c'&#233;tait la meilleure fa&#231;on pour &#234;tre actifs. &#192; Paris, on habitait en groupe dans un trois pi&#232;ces, &#224; la fin on &#233;tait douze ou quinze dedans. Il y avait deux pi&#232;ces pour dormir ou autre chose, et une pi&#232;ce r&#233;serv&#233;e aux gens qui voulaient causer. &#201;videmment on avait des lits collectifs donc tu peux imaginer ce qui s'y passait. Et &#231;a a dur&#233; un moment puisque, quand on est entr&#233;s au FHAR, &#231;a a continu&#233; dans un autre appart collectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le nom que le petit groupe se donna dans la foul&#233;e annon&#231;ait d&#233;j&#224; qu'il ne s'agissait pas d'un mouvement de lib&#233;ration des homosexuels, mais d'un front r&#233;volutionnaire anim&#233; par des homosexuels. Parfait pour Jojo, Christian et les autres qui n'entendaient pas se d&#233;finir par leur orientation sexuelle, mais comme des &#8220;r&#233;volutionnaires&#8221; qui avaient, comme les femmes, une r&#233;pression sp&#233;cifique de plus &#224; combattre plus activement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem page 89&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/fhar.cleaned.jpg?1731403015' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Le FHAR c'est arriv&#233; comment pour toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Avec tout ce petit monde, on &#233;tait d&#233;j&#224; dans de grandes discussions. Mon ami Christian, qui &#233;tait tr&#232;s jeune, &#233;tait &#233;nerv&#233; de ne pas pouvoir coucher avec une fille. On pouvait discuter de &#231;a pensant des heures. Il avait retrouv&#233; une sc&#232;ne initiale de blocage sur les filles qui n'expliquait pas son attirance pour les gar&#231;ons, mais qui expliquait son blocage sur les filles. Le p&#232;re de la petite voisine avec laquelle ils s'amusaient lorsqu'il avait 5 ans avait menac&#233; de la lui couper et de le pendre par les oreilles. On avait d&#233;piaut&#233; tout &#231;a entre nous et puis, un jour, tout d'un coup, quelqu'un arrive et dit : &#171; Y'a Christian et Laure qui sont en train d'essayer de baiser &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde chuchote, on attend, on se dit : &#171; Putain, il va y arriver &#187;. C'&#233;tait l'enjeu, il avait dit : &#171; Je sais que j'aime les gar&#231;ons, mais si je ne peux pas du tout coucher avec une fille, je ne suis m&#234;me pas s&#251;r que j'aime les gar&#231;ons. Si c'est qu'un blocage, &#231;a ne m'int&#233;resse pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et alors ils arrivent tous les deux, &#233;croul&#233;s de rire, et ils &#233;taient vachement contents. Et Christian, entre deux camionneurs, il pouvait lui arriver de rencontrer une fille, m&#234;me si c'est rest&#233; tr&#232;s occasionnel. On &#233;tait dans cette probl&#233;matique-l&#224; et on n'a jamais &#233;t&#233; dans des groupes exclusivement d&#233;clar&#233;s homos. C'&#233;tait toujours un m&#233;lange de gens. &#192; Aix, on &#233;tait d&#233;j&#224; dans des provocs assez redoutables, les r&#233;actions violentes ne s'appelaient pas encore homophobie mais on se faisait casser la gueule et on tapait aussi. Nous &#233;tions tr&#232;s sensibilis&#233;s &#224; toutes ces questions. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a &#233;t&#233; au M.L.F.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement de lib&#233;ration des femmes.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; une fois avec les copines, les gar&#231;ons nous attendaient au bistrot d'en face. Et puis on apprend l'existence du FHAR, je sais plus comment, peut-&#234;tre par Alain Pacadis qui tra&#238;nait beaucoup &#224; la maison. Pacadis &#233;tait vraiment un dr&#244;le de personnage, il est devenu ensuite le prince des nuits parisiennes et faisait les chroniques du nightclubbing dans Lib&#233;ration. Le FHAR se r&#233;unissait encore dans un local protestant avant que la premi&#232;re AG ne se tienne aux Beaux-Arts. On a tout de suite plong&#233; dans cette histoire-l&#224;, &#231;a nous convenait vachement bien parce que ce n'&#233;tait pas un front de lib&#233;ration homosexuelle mais un front de lutte contre les discriminations et surtout un front de lutte et d'action r&#233;volutionnaires. On y a connu plein de gens. L'appartement o&#249; nous habitions &#224; ce moment-l&#224; est devenu le si&#232;ge d'une des commissions du FHAR, la commission du 4e, celle du Marais qui n'&#233;tait pas du tout le quartier qu'il est aujourd'hui. C'est l&#224; que j'ai rencontr&#233; H&#233;l&#232;ne Hazera qui avait encore l'apparence d'un gar&#231;on. Cet appartement est rest&#233; un lieu de rencontre et d'organisation m&#234;me quand on a quitt&#233; le FHAR un peu plus tard, avec un tract de rupture titre : &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Et-voila-pourquoi-votre-fille-est-muette&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et voil&#224; pourquoi votre fille est muette&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au FHAR, on &#233;tait bien, il y avait plein de discussions, Il se passait plein de choses, c'&#233;tait festif, il y avait des comit&#233;s de quartiers. Le comit&#233; d'action du quartier &#233;tait tout &#224; fait int&#233;ressant. Et puis dans les AG on voit appara&#238;tre les tactiques bureaucratiques comme de d&#233;cider des trucs avant d'arriver &#224; l'AG. &#199;a commen&#231;ait &#224; nous mettre en col&#232;re. L&#224;-dessus, on annonce en AG que le FHAR est invit&#233; dans une galerie d'art pour un vernissage. Mon copain Jacques, tr&#232;s remont&#233;, y va avec d'autres et commence &#224; graffiter sur les tableaux : &#171; Les p&#233;d&#233;s sont des vandales &#187;. Quelle ind&#233;cence de nous inviter &#224; un vernissage ! Le FHAR est devenu quoi ? Une officine de relations publiques mondaines pour milieux artistiques ? On n'&#233;tait pas contents du tout. Il y avait un Bordelais dans le groupe, un mec que j'aimais beaucoup, il s'appelait Jacques Dansette. Avec lui, un jour, on a d&#233;roul&#233; des kilom&#232;tres de papier-cul rose sur l'AG pour dire : &#171; C'est tout ce que &#231;a vaut le FHAR ! &#187;. M&#234;me on y a aussi rencontr&#233; des gens qui, comme nous, s'opposaient &#224; cette bureaucratisation et qui ont form&#233; par la suite les Gazolines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe informel au sein du FHAR, les gazolines se signalent par leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me apr&#232;s qu'on ait quitt&#233; le FHAR, la maison &#233;tait encore un centre, il y avait toujours les cl&#233;s sur la porte, c'&#233;tait aussi un grand baisodrome. Et un grand droguodrome si je puis dire. Tout le monde passait et &#231;a a &#233;t&#233; tout un moment d'activit&#233;s qui n'&#233;tait pas forcement centr&#233;es sur la cause homosexuelle. &#199;a a dur&#233; pour moi &#224; peu pr&#232;s jusqu'&#224; l'enterrement de Pierre Overney. Les Gazolines y ont fait les pleureuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Overney, militant mao&#239;ste, est abattu par Jean-Antoine Tramoni, agent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : C'&#233;tait une sacr&#233;e provoc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Nous &#233;tions avec elles, mon compagnon portait un pantalon rose, il &#233;tait maquill&#233; comme une ch&#226;sse. C'&#233;tait dr&#244;le, mais dr&#244;le&#8230; Daniel Gu&#233;rin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, n&#233; en 1904 dans le 17e arrondissement de Paris et mort en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'en est indign&#233; vertueusement. M&#234;me si Overney &#233;tait un mao&#239;ste, on regrettait qu'il soit mort. Ce qui s'est pass&#233; au FHAR &#233;tait toujours multiforme, il y avait toutes sortes de choses. Un truc que nous avons un peu rat&#233;, c'est le &lt;a href=&#034;https://blastemeor.noblogs.org/le-fleau-social/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fl&#233;au Social&lt;/a&gt;, la revue d'Alain Fleig. J'ai demand&#233; &#224; H&#233;l&#232;ne Hazera pourquoi on n'aimait pas Alain Fleig, elle m'a r&#233;pondu : &#171; c'est parce qu'il faisait partie des petits chefs &#187;. Alors que ce qu'il a fait &#233;tait tr&#232;s honorable, on trouvait &#231;a tr&#232;s bien. Mais on ne fr&#233;quentait pas ces gens que l'on pensait &#234;tre des bureaucrates. C'est un peu dommage. Il y a des occasions manqu&#233;es parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour &lt;/strong&gt; : Existait-il des tendances au sein du FHAR, des groupes, des sensibilit&#233;s politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Pas tant, on &#233;tait pourtant tr&#232;s nombreux &#224; l'&#233;poque. Je ne sais m&#234;me plus combien. Il y avait de moins en moins de filles, elles avaient foutu le camp. On faisait partie, ma copine et moi, des derni&#232;res filles. J'ai quand m&#234;me ramen&#233; quelques femmes, mais la plupart des filles du FHAR &#233;taient parties dans des histoires du genre des Gouines Rouges pour qui &#234;tre homo devait &#234;tre &#171; un choix politique &#187;. On &#233;tait dr&#244;lement loin de la sexualit&#233; libre et multiple que nous revendiquions. Donc il y avait beaucoup de gar&#231;ons et des petits chefs gauchistes maos et trotskos comme Laurent Dispot, qui un jour m'a avou&#233; carr&#233;ment qu'il &#233;tait toujours mao. Je m'&#233;tais f&#226;ch&#233;e avec lui s&#233;rieusement. Il m'avait dit : &#171; Mais tu sais moi, je suis rest&#233; mao&#239;ste &#187;. Comme ce connard de philosophe, Badiou. C'est dr&#244;le parce qu'il y a toujours eu aussi la mondanit&#233; qui guettait, avec ses histoires de galeries d'art et de milieux artistiques, ce qui allait &#234;tre la p&#233;riode Palace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Palace incarne admirablement l'&#233;poque de transition entre les ann&#233;es 70 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l&#224; j'ai tr&#232;s vite d&#233;croch&#233;. Chacun a un peu pris sa route. H&#233;l&#232;ne par exemple, a commenc&#233; &#224; prendre des hormones. Je m'&#233;tais demand&#233; pourquoi elle avait &#233;t&#233; au tapin pendant un moment. Elle avait pos&#233; candidature &#224; l'IDHEC (aujourd'hui la FEMIS), elle avait &#233;t&#233; admise, et quand ils ont d&#233;couvert qu'elle &#233;tait en transition, tout d'un coup, &#231;a n'allait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Ils lui ont refus&#233; l'IDHEC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Elle s'est fait ensuite quelques temps de tapin avant d'&#234;tre embauch&#233;e &#224; Lib&#233;ration comme chroniqueuse t&#233;l&#233;vision. Bel exemple de changement de situation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arriv&#233;e du sida&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut imaginer la t&#234;te des soignants de l'Institut Tarnier en voyant d&#233;barquer une dizaine de jeunes hommes et femmes aux relations sexuelles interconnect&#233;es de diverses fa&#231;ons et ayant tous, en cons&#233;quence, contract&#233; la m&#234;me maladie v&#233;n&#233;rienne. Depuis, nous avions acquis quelques ann&#233;es et perdu un peu de notre fantaisie, ce qui fait que l'arriv&#233;e du sida et de la capote obligatoire nous prit vraiment de court. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, il fallut bien se faire aux nouvelles contraintes que cette salet&#233; de virus imposait. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lola miesseroff Fille &#224; p&#233;d&#233;s libertalia 2019 page 103&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : La p&#233;riode Palace dont tu parlais, c'&#233;tait le d&#233;but de la d&#233;cennie du vide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Il y avait ind&#233;niablement une d&#233;crue par rapport &#224; la R&#233;volution. Puis par-dessus tout, il y a eu le sida. &#199;a a chang&#233; la donne. Parce que ce qui nous permettait d'&#234;tre si libres sexuellement&#8230; s'est arr&#234;t&#233;. Il y avait un peu de MST qui circulaient, mais ce n'&#233;tait pas ph&#233;nom&#233;nal. Il y avait la gale entre autres. Je ne l'ai jamais eu, j'ai eu une chance folle. On vivait en groupe, on faisait attention aux serviettes, aux affaires, mais il y avait toujours des gens qui venaient se laver &#224; la maison. Mais il n'y avait pas le sida. L'arriv&#233;e du sida a &#233;t&#233; un coup&#8230; c'est indescriptible. On en a perdu des gens. Des gar&#231;ons et des filles. Parce qu'il y avait &#224; la fois la sexualit&#233; dont l'homosexualit&#233; qui a &#233;t&#233; mise en avant, mais aussi les usagers de drogue, particuli&#232;rement de l'h&#233;ro&#239;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem page 106-107&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : En fait, la stigmatisation de toutes les populations consid&#233;r&#233;es comme marginale, voire n&#233;gligeables : les drogu&#233;s, les putes, les homos&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Il y avait beaucoup d'homos bourgeois qui n'&#233;taient pas de ces marginaux. Il faut se rappeler d'un petit d&#233;tail, c'est qu'avant le FHAR, il y avait Arcadie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Arcadie : sens et enjeux de &#171; l'homophilie &#187; en France, 1954-1982 de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Vous en avez entendu parler ? Arcadie &#233;tait un endroit tr&#232;s honorable. On parlait d'homophilie et il n'y avait que des gar&#231;ons. Ren&#233; Lefeuvre des &#233;ditions Spartacus, allait &#224; Arcadie. Et moi un jour je l'engueule et lui dis : &#171; Mais &#231;a ne va pas ! Qu'est-ce tu vas foutre &#224; Arcadie ? &#187; Ren&#233; me r&#233;pond, en larmes : &#171; Mais tu ne te rends pas compte, c'est la premi&#232;re fois de ma vie que je peux danser avec un gar&#231;on, que je peux tenir la main d'un homme. Il n'y a qu'&#224; Arcadie que je peux faire &#231;a &#187;. Je l'ai fait pleurer. On me l'a rappel&#233; apr&#232;s, j'en ai eu honte, c'&#233;tait un vieux monsieur et j'&#233;tais quand m&#234;me une peste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : Dans ton livre tu expliques qu'il ne s'agissait pas de porter des revendications sp&#233;cifiques pour les homos ou pour les lesbiennes. Tu dis simplement : &#171; je voulais lib&#233;rer les sexualit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : Peut-&#234;tre parce que j'ai une histoire singuli&#232;re par rapport &#224; tout &#231;a, j'ai toujours pens&#233; que c'&#233;tait la seule chose &#224; faire. Et &#231;a n'emp&#234;che pas de lutter par ailleurs pour des droits. M&#234;me dans le travail, il faut se battre pour le bout de gras, bien s&#251;r. Tu ne peux pas &#233;chapper &#224; des luttes conjoncturelles o&#249; tu vas te battre pour d&#233;fendre tes droits. J'ai toujours pens&#233; qu'il n'y avait pas de raison que tout le monde ne s'en m&#234;le pas, de ces luttes-l&#224;. Je veux bien que chacun prenne ses luttes en main, mais on est quand m&#234;me solidaires. C'est vrai que c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Est-ce qu'il faut se d&#233;finir ? C'est &#231;a la question. On pourrait tr&#232;s bien s'appeler le groupe orchid&#233;e ou je ne sais quoi et apr&#232;s tu fais une plate-forme o&#249; tu peux expliquer tes positions. Au FHAR, ce qui nous convenait, c'est d'abord que c'&#233;tait une initiative mixte. Et mixte &#224; tous les niveaux. L'id&#233;e d'appartenir &#224; je ne sais quoi, ce n'est pas l'&#233;mancipation. L'&#233;mancipation de l'humanit&#233; passe par l'&#233;mancipation de l'ali&#233;nation et de l'exploitation et de tout ce que &#231;a entra&#238;ne. S'il n'y avait pas la division du travail, la question ne se poserait pas. L'homosexualit&#233; en tant que cat&#233;gorie &#224; r&#233;primer est une invention relativement moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, mais &#233;videmment &#231;a d&#233;pend des milieux, il y a une admission sociale de l'homosexualit&#233;. C'est plus facile. N&#233;anmoins, il existe un plafond de verre qui est presque identique &#224; celui des femmes, sauf dans certains milieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : L'homosexualit&#233; est plus accept&#233;e si n&#233;anmoins elle ne casse pas la norme du masculin et du f&#233;minin. P&#233;d&#233; et prolo &#231;a ne passe toujours pas. Pas que &#231;a ne passe pas dans ces milieux-l&#224;, mais chez les homos, entre nous, on ne peut que constater qu'il existe un d&#233;sir d'ascension sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Miesseroff&lt;/strong&gt; : La mondanit&#233; qui peut &#234;tre mise en route dans tous les milieux, les gar&#231;ons autour de nous n'y &#233;chappent pas. Le milieu homosexuel a toujours &#233;t&#233; un ascenseur social. C'est un milieu o&#249; l'on s'&#233;duque et l'&#233;ducation est un ascenseur social. Le milieu homo a toujours rassembl&#233;, c'est un milieu interclassiste. M&#234;me s'il y en avait de plus bourgeois que d'autres, j'ai rencontr&#233; beaucoup de gens qui venaient de milieux prolos dans des bo&#238;tes de gar&#231;ons. C'est un ascenseur social possible, comme celui des beaux gosses et des belles filles, de ceux qui ont la beaut&#233; ou le charisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;et maintenant ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quant au &#8220;communautarisme&#8221; gay, pour aussi peu r&#233;volutionnaire qu'il puisse &#234;tre en lui-m&#234;me, on ne peut n&#233;anmoins oublier qu'il s'est construit en r&#233;action tant &#224; la r&#233;pression qu'aux cons&#233;quences de l'&#233;pid&#233;mie du sida, et ce n'est pas la fr&#233;quence des agressions homophobes et des meurtres de transgenres un peu partout dans le monde qui va conduire &#224; le remettre en cause, c'est le moins que l'on puisse dire. Les luttes de d&#233;fenses sont donc plus que jamais n&#233;cessaires, mais les luttes pour les droits ne devraient, selon moi, repr&#233;senter qu'une &#233;tape, ou plut&#244;t qu'une partie de la lutte contre toutes les oppressions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lola miesseroff, Fille &#224; p&#233;d&#233;s, libertalia, 2019 page 138&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Wintour&lt;/strong&gt; : L'&#233;poque que tu racontes nous semble tellement moins corset&#233;e qu'aujourd'hui. Tant au niveau politique qu'au niveau sexuel. Dans l'un comme dans l'autre, on est astreint &#224; se d&#233;finir pour pouvoir exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola Mieserroff &lt;/strong&gt; : Il ne faut pas magnifier non plus cette &#233;poque. C'&#233;taient des belles aventures, mais c'&#233;tait li&#233; &#224; un contexte social donn&#233;, d'avant la grosse crise. Vous &#234;tes n&#233;s trop tard dans un monde trop vieux. Mais je fais de la transmission et l'id&#233;e c'est de transmettre &#224; ceux que &#231;a int&#233;resse, pas de faire la le&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devoir se d&#233;finir, &#231;a me fait chier. On est dans une &#233;poque d'identitarisme et de cat&#233;gorisations, d'une qu&#234;te vraiment &#233;nervante, comme s'il fallait toujours avoir une identit&#233;. Se d&#233;finir par rapport &#224; son identit&#233; de soi-disant race, genre, orientation sexuelle. &#192; partir du moment o&#249; tu commences &#224; faire de l'identit&#233; une cat&#233;gorie publiquement identifi&#233;e, qui en plus a vocation de critique sur d'autres identit&#233;s, tu es oblig&#233; d'adopter un code et &#231;a ne m'emballe pas beaucoup. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pareil dans les luttes pour vous, j'imagine. Ce n'est pas les &#233;tudiants qui sont les plus int&#233;ressants, c'est les franges les plus radicales qu'il faut rencontrer. Parce que queer ou homo, la lutte pour l'&#233;mancipation passe par l'exp&#233;rience politique. Le fait que dans votre groupe il y ait une majorit&#233; d'homos ce n'est pas un d&#233;tail, mais l'essentiel c'est d'avoir des positions politiques vachement claires et votre sexualit&#233; ne fait rien &#224; l'affaire. Mais il y a les affinit&#233;s, il faut aussi avoir des affinit&#233;s avec les gens qu'on rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution est plus que jamais n&#233;cessaire, mais son horizon semble s'&#234;tre tr&#232;s &#233;loign&#233;. Je suis hors de toute probl&#233;matique espoir/d&#233;sespoir quand je dis &#231;a. Mais il y a une chose que je sais, c'est que les &#233;v&#232;nements historiques explosent, &#233;clatent alors que personne ne s'y attend, ou que tr&#232;s peu de gens s'y attendent. On a parfois un peu d'intuition en se disant qu'il va se passer quelque chose, mais on ne peut pas deviner quelle va &#234;tre sa dimension. Pour moi, il n'est jamais impossible qu'il y ait des &#233;v&#232;nements historiques extr&#234;mement importants dans nos pays. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/thumbnail_img_0667.cleaned.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/thumbnail_img_0667.cleaned.jpg?1731403034' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/fille-a-pedes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fille &#224; p&#233;d&#233;s&lt;/a&gt; de Lola Miesseroff&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/voyage-en-outre-gauche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voyage en outre gauche&lt;/a&gt; de Lola Miesseroff&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1769&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Homo, Question sociale et question sexuelle de 1864 &#224; nos jours&lt;/a&gt; de Gilles Dauv&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola Miesseroff libertalia 2018 page 103-104&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem page 102&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.atheneelibertaire.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.atheneelibertaire.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Molinier, n&#233; le 13 avril 1900 &#224; Agen et mort le 3 mars 1976 &#224; Bordeaux, est un photographe, un peintre et un po&#232;te fran&#231;ais. Il est surtout connu pour ses tableaux &#233;rotiques et pour ses photomontages, mises en sc&#232;ne de son propre corps et autoportraits travestis, o&#249; s'expriment son culte de l'androgynie et son f&#233;tichisme des jambes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola Miesseroff libertalia 2018 page 106-107-108&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Auzias Trimards, &#171; P&#232;gre &#187; et mauvais gar&#231;ons de Mai 68, Atelier de Cr&#233;ation libertaire, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;lola miesseroff Fille &#224; p&#233;d&#233;s libertalia 2019 page76-77&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem page 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mouvement de lib&#233;ration des femmes. &lt;a href=&#034;http://8mars.info/tag/mlf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://8mars.info/tag/mlf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe informel au sein du FHAR, les gazolines se signalent par leurs provocations et leurs jeux sur le genre. Rempart autoproclam&#233; contre les gauchistes et la bureaucratisation des assembl&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir l'entretien avec Helene Hazera &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?ON-LES-AURA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://trounoir.org/?ON-LES-AURA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Overney, militant mao&#239;ste, est abattu par Jean-Antoine Tramoni, agent de s&#233;curit&#233; de Renault, le 25 f&#233;vrier 1972 &#224; 14 h 30, devant les grilles de l'avenue &#201;mile-Zola, alors qu'il cherchait &#224; entrer dans l'usine avec un groupe de militants. Le samedi 4 mars 1972, jour de ses obs&#232;ques, une grande manifestation rassemble 200 000 personnes, dans un cort&#232;ge de 7 km. Le meurtre de Pierre Overney a &#233;t&#233; veng&#233; par celui de Jean-Antoine Tramoni en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, n&#233; en 1904 dans le 17e arrondissement de Paris et mort en 1988 &#224; Suresnes, est un &#233;crivain r&#233;volutionnaire fran&#231;ais, anticolonialiste, militant de l'&#233;mancipation homosexuelle, th&#233;oricien du communisme libertaire et historien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Palace incarne admirablement l'&#233;poque de transition entre les ann&#233;es 70 et les ann&#233;es 80. D'une homosexualit&#233; politique radicale, on est pass&#233; &#224; une homosexualit&#233; disjointe du politique. Fric, drogue et paillettes, c'est le d&#233;but de la d&#233;cennie du vide. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://paris70.free.fr/palace.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://paris70.free.fr/palace.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;lola miesseroff Fille &#224; p&#233;d&#233;s libertalia 2019 page 103&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem page 106-107&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Arcadie : sens et enjeux de &#171; l'homophilie &#187; en France, 1954-1982 de Julian Jack paru dans la revue d'histoire moderne&amp;contemporaine 2006/4 (n&#176;53-54) pages 150 &#224; 174&lt;br class='autobr' /&gt;
Du m&#234;me auteur : Arcadie, La vie homosexuelle en France, de l'apr&#232;s-guerre &#224; la d&#233;p&#233;nalisation, 2009, &#233;ditions autrement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;lola miesseroff, Fille &#224; p&#233;d&#233;s, libertalia, 2019 page 138&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voyage en outre-gauche Paroles de francs-tireurs des ann&#233;es 68 Lola Miesseroff libertalia 2018 page 278&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bagatelles pour un Crachat</title>
		<link>https://trounoir.org/Bagatelles-pour-un-Crachat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Bagatelles-pour-un-Crachat</guid>
		<dc:date>2020-05-28T07:48:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;d&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Genet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cracher est une d&#233;charge, un soulagement, m&#234;me si c'est d&#233;licatement violent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-CINQ-" rel="directory"&gt;CINQ&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Manifeste-+" rel="tag"&gt;Manifeste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-sexualite-+" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Coronavirus-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Monstre-+" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pede-+" rel="tag"&gt;P&#233;d&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jean-Genet-+" rel="tag"&gt;Jean Genet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton57.png?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Crachat : Substance normale (salive) ou pathologique (s&#233;cr&#233;tions muqueuses purulentes ou h&#233;morragiques) rejet&#233;e par la bouche, en provenance des voies respiratoires ou a&#233;rodigestives (bouche, pharynx). [Dictionnaire Larousse]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre deux coups de salive, Schborn l&#224;-bas, de si bonne heure, mordait &#224; belles dents sa tranche de pain. Rien de tel que m&#226;cher longuement la mie pour qu'il vous monte &#224; la bouche assez de salive pour pr&#233;tendre &#224; tous les concours de cette nature. Le samedi, c'&#233;tait le jour des glandes. Je me levais de bon matin. &#187; (Louis Calaferte, &lt;i&gt;Requiem des innocents&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Amorce&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Crachat se pr&#233;sente &#224; nous sous deux versants : un versant n&#233;gatif et un versant positif. Le n&#233;gatif est porteur de maladies contagieuses, de d&#233;jection de ce qui est hostile, &#233;tranger, n&#233;faste, est un ruisseau de peste et de covid-19. Le positif conjure le mauvais sort, d&#233;ploie de la puissance, est un voile de pudeur qui ne demande qu'&#224; &#234;tre perc&#233;. Tant&#244;t le crachat est r&#233;prim&#233; par la loi ; tant&#244;t il est cens&#233; nous porter chance. Avec le crachat ainsi expos&#233; en deux versants, on peut enfin chercher &#224; mettre &#224; mal cette binarit&#233; qui camoufle mal les r&#232;gles selon lesquelles nous pourrions dire que tel &#234;tre est civilis&#233;, tel autre est barbare. Ce qui a suscit&#233; ce texte est un fait divers survenu dans l'apr&#232;s-midi pluvieux du jeudi 30 avril &#224; Paris : croisant par hasard dans la rue le pol&#233;miste d'extr&#234;me-droite &#201;ric Zemmour, un homme d&#233;cide de se filmer en train de le poursuivre et l'insulter et se vanter de lui avoir crach&#233; un mollard, la vid&#233;o est ensuite diffus&#233;e sur internet. Il ne s'agira pas ici de commenter cette incartade, mais d'entrer les m&#233;andres du crachat, ce qu'il raconte de nos d&#233;sirs, de nos violences et de nos consid&#233;rations sur le Bien et le Mal, et ce qu'il d&#233;crit de nos passions humaines : la r&#233;volte, la d&#233;sapprobation, l'excitation sexuelle, l'insulte et la promesse. Car l'apparition d'un seul mot (crachat) ne suffit pas &#224; rendre compte du d&#233;roulement de sa signification ; il nous faut tenir compte d'un contexte et de ses modalit&#233;s d'&#233;nonciation. Promis, jur&#233;, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer. Serment ponctu&#233; d'un &#233;norme crachat lanc&#233; sur le trottoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier projectile : Les couleurs de la civilisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En France, c'est par un d&#233;cret pris en 1942 (sous le gouvernement de Vichy, n'est-ce pas) puis modifi&#233; en 1992 que le Crachat est interdit : &#171; Il est interdit &#224; toute personne de cracher ailleurs que dans des crachoirs dispos&#233;s &#224; cet effet &#187;. Les crachoirs sont devenus d&#233;suets de nos jours, mais le geste de cracher a donc &#233;t&#233; banni de ces r&#232;gles de &#171; savoir-vivre &#224; la fran&#231;aise &#187; si pr&#233;cieuses. Nous encourons aujourd'hui une amende de 135 euros si nous sommes pris en flagrant d&#233;lit de cracher dans la rue. C'est avec les travaux de Pasteur &#224; la fin XIX&#176; si&#232;cle que le glaviot commen&#231;ait &#224; avoir mauvaise r&#233;putation, accus&#233; d'&#234;tre un facteur de propagation de maladies (le d&#233;cret de 1942 fut une mesure sanitaire contre une recrudescence de tuberculose &#224; cette &#233;poque). Une analyse de la couleur du mucus &#8211; liquide que le corps s&#233;cr&#232;te pour lubrifier certains organes comme la bouche &#8211; peut nous renseigner de notre &#233;tat de sant&#233;, il peut &#234;tre jaune, vert, bleu, brun, rouge, gris ou rose, et nous dira si on est atteint d'un rhume ou d'une d&#233;ficience de globules blancs. Le crachat peut constituer une v&#233;ritable bombe bact&#233;riologique, que l'on songe aux angoisses autour de nos fluides oraux pendant la pand&#233;mie du covid-19, certains furent accus&#233;s d'acte de terrorisme pour avoir crach&#233; volontairement sur une personne. Et combien de personnes de tout bord se sont empress&#233;es d'apporter leur soutien &#224; Zemmour apr&#232;s s'&#234;tre fait cracher dessus ? Dixit Caroline Fourest : &#171; C'est PARCE QUE je ne partage en rien les vues d'#EricZemmour que je trouve inacceptable qu'on essaie de l'intimider en l'agressant. J'esp&#232;re que nous serons nombreux parmi ses adversaires &#224; d&#233;fendre sa libert&#233; d'exprimer des choses qui ne nous plaisent pas. &#187; Ces &#234;tres civilis&#233;s si prompts &#224; se positionner dans un &#171; juste milieu &#187; o&#249; le d&#233;bat d&#233;mocratique sans fin fait sa loi, avec des arguments du niveau &#171; c'est celui qui dit qui est &#187; ou d'esp&#233;rer un retour &#224; l'envoyeur, c'est-&#224;-dire une punition judiciaire garante de l'ordre r&#233;publicain fran&#231;ais &#224; l'encontre du cracheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est dans le folklore et la superstition que le crachat retrouve ses gr&#226;ces. Les conqu&#233;rants mongols qui crachaient par terre pour s'assurer la possession d'un territoire. Au Ier si&#232;cle de notre &#232;re, les femmes crachaient sur leur nourrisson pour le prot&#233;ger du mauvais &#339;il. Dans l'Antiquit&#233; on croyait fermement &#224; l'efficacit&#233; m&#233;dicinale de la salive, les anciens &#233;taient persuad&#233;s que le corps de l'homme referme en lui-m&#234;me les rem&#232;des n&#233;cessaires &#224; sa gu&#233;rison. Lorsque les sorciers renon&#231;aient au diable, ils crachaient trois fois par terre assurant que, d&#232;s ce moment, l'esprit malin n'avait plus aucun pouvoir sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Schborn voyait le monde comme une enceinte immense et populeuse o&#249; les plus t&#233;m&#233;raires livraient combat, poitrines nues, jambes raidies, bien accroch&#233;es au sol, dans la position des concours de salive. Le vainqueur &#233;tait le ma&#238;tre. Celui qui crachait le plus haut de tous &#233;tait par&#233; contre la vie. Une fois pour toutes. Il s'&#233;tait forg&#233; une image &#233;trange et f&#233;erique de la vie. De la vie des lopes. Les lopes, c'&#233;taient les gens de la ville &#187;. (Louis Calaferte, &lt;i&gt;Requiem des innocents&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me projectile : Le poids de la blessure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'histoire de ce gar&#231;on de 11 ans, disons Socrata, qui se faisait cracher dessus tous les jours par un autre gar&#231;on de son &#226;ge, disons Goldorak, dans le bus scolaire qui les ram&#232;ne &#224; la maison. Tous les jours des gamins se font cracher &#224; la gueule par un autre qui fait figure de chef de bande, c'est d'ailleurs par la gr&#226;ce de son crachat qu'il devient chef de bande tandis que ses sujets rient, crachent aussi, mais visent &#224; c&#244;t&#233; (&#231;a tombe juste &#224; c&#244;t&#233; de la chaussure). Socrata ne bronchait pas car ses d&#233;fenses &#233;taient ridicules et alimentaient davantage le geyser. Vous &#234;tes-vous d&#233;j&#224; l&#233;ch&#233; les blessures ? Les chiens se l&#232;chent instinctivement lorsqu'ils ont une plaie ouverte. Leur salive contient plusieurs substances antimicrobiennes qui permettent d'acc&#233;l&#233;rer la gu&#233;rison. Alors quand on croit que se faire l&#233;cher par un chien c'est d&#233;gueulasse, ce n'est rien de moins que le civilis&#233; en vous qui se r&#233;veille. Se l&#233;cher les blessures permet la gu&#233;rison. Ainsi malgr&#233; l'humiliation int&#233;rioris&#233;e, pour la surmonter, Socrata se mit &#224; d&#233;sirer Goldorak. Certains s'empressent de dire que c'est le syndrome de Stockholm&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fait-divers &#224; l'origine du nom du syndrome de Stockholm (source (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Socrata disait qu'il &#233;tait un chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un crachat, &#231;a se pr&#233;pare. On va chercher au plus loin de l'&#339;sophage la consistance la plus dense, on lui fait faire des ronds dans la bouche comme on fa&#231;onne un chewing-gum, on fait claquer la langue pour l'expulser, en cloche ou en tir direct, choisir la lenteur ou la vitesse, et l'observer retomber de tout son poids sur une surface dure. Goldorak &#233;tait un as du crachat et Socrata son plus fid&#232;le receveur. Quand Goldorak descendait du bus, Socrata le regardait traverser la route pour rejoindre sa maison, il l'imaginait s'allonger sur son lit et... (r&#234;ve censur&#233;). La rumeur courait dans le coll&#232;ge que Goldorak &#233;tait battu par son p&#232;re, mais comme tout le monde craignait les foudres de Goldorak, le secret se disait en cachette. Depuis cette histoire, ordinaire dans la vie de jeunes petits p&#233;d&#233;s, Socrata aimait les crachats, les cracheurs et les crach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/poison.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/poison.png?1731403093' width='500' height='378' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Image extraite du film &#034;Poison&#034; de Todd Haynes
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me projectile : La consistance de l'abjection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cracher est une d&#233;charge, un soulagement, m&#234;me si c'est d&#233;licatement violent. La litt&#233;rature de Jean Genet est exemplaire &#224; ce sujet. Il s'agit moins, avec Genet, de trouver une r&#233;ponse politique (militante) &#224; l'injure et &#224; l'humiliation qu'une reconfiguration (mythique) de la socialit&#233; par le positionnement du corps. Il n'y a pas de recherche de sym&#233;trie dans la sexualit&#233; chez Genet, la sexualit&#233; par excellence se fait soit par derri&#232;re (et non dans un face-&#224;-face unifi&#233; et reproducteur) ou &#224; genoux aux pieds de l'aim&#233;, les yeux vers le ciel. La g&#233;om&#233;trie des corps gen&#233;tiens est belle par sa disproportionnalit&#233; (monstrueuse) et son impossible r&#233;duction au sexe comme pratique du d&#233;veloppement personnel. La &lt;i&gt;d&#233;gradation&lt;/i&gt; volontaire du Moi est son asc&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bave du crapaud n'atteindrait pas la blanche colombe ? &#171; Stilitano &#233;tait grand et fort. Il marchait d'un pas &#224; la fois souple et lourd, vif et lent, onduleux. Il &#233;tait leste. Une grande partie de sa puissance sur moi &#8211; et sur les filles du Barrio Chino &#8211; r&#233;sidait dans ce crachat que Stilitano faisait aller d'une joue dans l'autre, et qu'il &#233;tirait quelquefois comme un voile devant sa bouche. Mais o&#249; prend-il ce crachat, me disais-je, d'o&#249; le fait-il remonter, si lourd et blanc ? Jamais les miens n'auront l'onctuosit&#233; ni la couleur du sien. Ils ne seront qu'une verrerie fil&#233;e, transparente et fragile. &#187; (&lt;i&gt;Journal du voleur&lt;/i&gt;). Ainsi le Moi se d&#233;verse sur le monde en &#233;branlant ses limites au lieu de les renfoncer : partout des fluides corporels, salive, sperme et merde, se dispersent en s&#233;rie &#233;jaculatoire. Avec Genet, la honte &#8211; que la culture h&#233;t&#233;rosexiste cherche &#224; installer chez les p&#233;d&#233;s &#8211; n'est pas une situation dont on doit s'affranchir en &#171; s'empressant de vivre selon les normes de la culture dominante &#187; (Leo Bersani), mais en refusant d'accorder au Moi tout syst&#232;me de valeur. Pour le dire autrement et avec la g&#233;om&#233;trie des corps : le corps p&#233;d&#233; n'a pas &#224; se hisser &#224; hauteur du corps &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; pour conjurer les blessures qui lui sont impos&#233;es. Le refus de reconna&#238;tre toute valeur &#224; l'existence est le pivot pour la construction d'une subjectivit&#233; p&#233;d&#233;e lib&#233;r&#233;e. Telle est la politique abjecte de Jean Genet. &#192; l'exclusion (sociale), &#224; l'enferment (carc&#233;ral), &#224; la marginalisation (politique) et &#224; l'isolement (sexuel), Genet r&#233;pond en prenant la voie ascendante de l'abjection. &#171; Je les voyais, les jambes &#233;cart&#233;es, se ramener en arri&#232;re comme le tireur qui bande l'arc, et faire un l&#233;ger mouvement en avant tandis que le jet giclait. J'&#233;tais atteint &#224; la face et je fus bient&#244;t visqueux plus qu'une t&#234;te de n&#339;uds sous la d&#233;charge. Je fus alors rev&#234;tu d'une gravit&#233; tr&#232;s haute. Je n'&#233;tais plus la femme adult&#232;re qu'on lapide, j'&#233;tais un objet qui sert &#224; un rite amoureux. Je d&#233;sirais qu'ils crachassent davantage et de plus &#233;paisses viscosit&#233;s. &#187; (&lt;i&gt;Miracle de la rose&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dynamique gen&#233;tienne du d&#233;sir repose sur cette mati&#232;re consistante qu'est le mollard (mais aussi la merde, le foutre, le vomi, la sueur, le lubrifiant). Le visqueux n'a pas de structure stable, il permet un d&#233;placement constant des rapports de force, et en m&#234;me temps, il est moins libre qu'une eau fluide qui s'&#233;coule sans retenue. Le visqueux permet au contraire de maintenir ensemble deux corps asym&#233;triques, il est &#224; la fois le lubrifiant et le collant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pivot&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toujours, vous pourrez m'aborder, o&#249; que je sois. Je tendrais ma main et ma poitrine pour vous y serrer. Si j'ai la nourriture, je vous nourrirai, si j'ai l'argent, je vous le donnerai et, en plus, mon amiti&#233; et mon c&#339;ur. Et ma peau si vous en avez besoin. Je sais d'o&#249; je viens. Je n'ai pas reni&#233; ma race. Je sais que l&#224;-bas la vie &#233;tait pareille &#224; la terre, noire, sale. Qu'elle ne pardonnait pas. Ni le bien ni le mal. Je sais que tout y &#233;tait sujet &#224; ordure et &#224; d&#233;sesp&#233;rance. Je sais qu'on n'empoigne pas le malheur, qu'on ne lui fracasse pas la t&#234;te. &#187; (Louis Calaferte, &lt;i&gt;Requiem des innocents&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que faire du besoin de cracher ? Les jeunes crachent sur le trottoir aux arr&#234;ts de bus, l'autre crache &#224; la gueule du flic en manifestation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Et parmi les cat&#233;gories socio-professionnelles les plus glaviott&#233;es au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, encore un autre crache dans la bouche de son amant. Il y a ce t&#233;ton luisant, cette aisselle l&#233;ch&#233;e et ce sexe enduit d'amour. Un sentiment oc&#233;anique s'empare de celui ou celle qui r&#234;ve la nuit d'&#234;tre recouvert de salive. Le chien l&#232;che les blessures de son ma&#238;tre tandis que les escargots d&#233;chargent leur bave pour se tra&#238;ner sur des lames de rasoir. Cette boursouflure d'extr&#234;me-droite se fait cracher dessus dans la rue, gagne en sympathie aupr&#232;s des d&#233;mocrates et son cracheur est tra&#238;n&#233; en justice. Si seulement on pouvait cracher une bonne fois pour toutes ce qu'on a sur le c&#339;ur ! On veut un rapport &#224; l'avenir qui d&#233;passe la dualit&#233; entre contemplation des blessures du pass&#233; et expectoration violente du pr&#233;sent. On crache quand les arguments ne suffisent plus. On crache trois fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrata&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;16 mai 2020, c'est moi le printemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Leo Bersani, &lt;i&gt;Sexth&#233;tique&lt;/i&gt;, EPEL, 2011.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Louis Calaferte, &lt;i&gt;Requiem des innocents&lt;/i&gt;, Folio, 2001.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean Genet, &lt;i&gt;Journal du voleur&lt;/i&gt;, 2007.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean Genet, &lt;i&gt;Miracle de la rose&lt;/i&gt;, Folio, 2011.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Camille de Mensignac, &lt;i&gt;Recherches ethnographiques sur la salive et le crachat&lt;/i&gt;, Belin, 1892.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Martin Monestier, &lt;i&gt;Le crachat. Beaut&#233;s, techniques et bizarreries des mollards, glaviots et autres gluaux&lt;/i&gt;, Le Cherche Midi, 2005.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; et les tweets dispensables de Caroline Fourest.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fait-divers &#224; l'origine du nom du syndrome de Stockholm (source wikipedia) : Le 23 ao&#251;t 1973, un &#233;vad&#233; de prison, Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage dans l'agence de &lt;i&gt;Kreditbanken&lt;/i&gt; du quartier de Norrmalmstorg &#224; Stockholm, &#224; une heure o&#249; la succursale vient d'ouvrir et n'a pas encore de clients. Lorsqu'il tire une rafale de mitraillette en l'air, des dizaines d'employ&#233;s s'enfuient ou se jettent au sol. L'intervention des forces de l'ordre l'incite &#224; se retrancher dans la banque o&#249; il rel&#226;che le personnel, ne prenant en otage que quatre personnes. Il demande aux n&#233;gociateurs 3 millions de couronnes, des armes, un gilet pare-balles et un avion pour s'enfuir, et obtient la lib&#233;ration de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui peut le rejoindre. Les deux hommes et leurs otages se retranchent dans la chambre forte de la banque. Curieusement, pendant les six jours de n&#233;gociation, les employ&#233;s font confiance &#224; leurs ravisseurs et se m&#233;fient des forces de l'ordre. Le 25 ao&#251;t, un policier prend l'initiative de fermer la porte de la salle des coffres. Les six personnes sont prises au pi&#232;ge. Malgr&#233; le cloisonnement, otages et ravisseurs finissent par d&#233;velopper un sentiment mutuel d'estime et de sympathie. La police perce des trous dans le plafond de la chambre forte et fait usage de gaz anesth&#233;siants, ce qui permet leur lib&#233;ration le 28 ao&#251;t. Les forces de l'ordre assistent &#224; des sc&#232;nes surr&#233;alistes au moment de cette lib&#233;ration. Les employ&#233;s refusent d'&#234;tre secourus. Kristin, l'une des otages, st&#233;nographe dans la banque, exige que les deux criminels passent devant, de peur qu'ils soient abattus par la police. Avant de sortir de la chambre forte, criminels et otages se prennent dans les bras et se disent au revoir chaleureusement. Apr&#232;s leur arrestation, les victimes refusent de t&#233;moigner &#224; charge, se cotisent pour assurer les frais de la d&#233;fense des deux hommes et vont leur rendre visite en prison. Sur les quatre otages, deux quitteront leur emploi par la suite, l'une devenant infirmi&#232;re, l'autre assistante sociale. La pr&#233;tendue relation amoureuse entre Jan Erik Olsson et Kristin Enmark n'est cependant qu'une l&#233;gende urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Et parmi les cat&#233;gories socio-professionnelles les plus glaviott&#233;es au monde, il faut mettre en t&#234;te les forces de l'ordre. Gendarmes, CRS, PJ, brigades anti-criminelles&#8230; Tout corps de police confondus, ce sont ceux qui se font le plus cracher dessus en France : 20.000 crachats sont enregistr&#233;s chaque ann&#233;e. Ils doivent recevoir le triple dans la r&#233;alit&#233;. &#187; ( Martin Monestier, &lt;i&gt;Le crachat. Beaut&#233;s, techniques et bizarreries des mollards, glaviots et autres gluaux&lt;/i&gt;, Le Cherche Midi, 2005)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le potentat sexuel (par Achille Mbembe)</title>
		<link>https://trounoir.org/Le-potentat-sexuel-par-Achille-Mbembe</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>Phallus</dc:subject>
		<dc:subject>Anus</dc:subject>
		<dc:subject>Homophobie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de la sodomie, de la fellation et autres privaut&#233;s postcoloniales.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-CINQ-" rel="directory"&gt;CINQ&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homophobie-+" rel="tag"&gt;Homophobie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton55.jpg?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas certain que les raisons pour lesquelles la plupart des Africains &#233;prouvent tant d'horreur et de d&#233;go&#251;t &#224; l'&#233;gard des pratiques homosexuelles soient tr&#232;s plausibles. Les organes utilis&#233;s pour l'accouplement homosexuel seraient-ils, &#224; eux seuls, &#224; l'origine de tant d'effroi ? Difficile d'y croire. Apr&#232;s tout, certains P&#232;res de l'&#201;glise n'affirmaient-ils pas que les composantes anatomiques du co&#239;t h&#233;t&#233;rosexuel, &#224; savoir la verge et le vagin, brillent tout autant sinon par leur abjection morale potentielle, du moins par leur hideur physique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article de Achille Mbembe, intellectuel camerounais, Professeur d'histoire et de science politique &#224; l'universit&#233; du Witwatersrand, Johannesbourg, Afrique du Sud. Ce texte sur l'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; publi&#233; en janvier 2006 dans le quotidien camerounais 'Le Messager'.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Co&#239;t et lubricit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois arguments sont g&#233;n&#233;ralement mis en avant par ceux des Africains pour qui, sympt&#244;me de la d&#233;pravation absolue, l'homosexualit&#233; est une pratique que l'on ne peut que souffrir et condamner. D'une part, l'acte homosexuel serait, &#224; leurs yeux, l'exemple m&#234;me du &#171; pouvoir du d&#233;mon &#187; et du geste contre-nature &#8211; le fait, r&#233;pugnant &#224; la droite raison, d'appliquer les parties g&#233;nitales &#224; un vase autre que le vase naturel. Question de contenant, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les m&#234;mes affirment que du point de vue de la morale, l'homosexualit&#233; constituerait la structure perverse et transgressive par excellence &#8211; celle qui, par le biais de l'acte charnel, efface la distinction entre l'humain et l'animal. Vile et immonde, l'acte homosexuel ne serait rien d'autre qu'un accouplement bestial contraire &#224; la perp&#233;tuation de la vie et de l'esp&#232;ce. Au m&#234;me titre que la gourmandise et autres p&#233;ch&#233;s du m&#234;me genre, il serait une source de lubricit&#233; et un indice de l'&lt;i&gt;immoderata carnis petulantia&lt;/i&gt; &#8211; la p&#233;tulance immod&#233;r&#233;e de la chair. Enfin &#8211; argument d'inauthenticit&#233; &#8211; l'on nous explique que l'homosexualit&#233; serait une tradition inconnue dans l'Afrique pr&#233;coloniale, et qui n'aurait &#233;t&#233; introduite sur le continent qu'&#224; la faveur de l'expansion europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la base de telles affirmations se trouvent trois pr&#233;suppos&#233;s centraux. Le premier, c'est l'id&#233;e tr&#232;s phallocratique mais partag&#233;e aussi bien par les hommes que par les femmes et selon laquelle, en &#233;tat d'apoplexie ou non, le membre viril, toujours preux et gaillard, serait le symbole naturel de la gen&#232;se de toute vie et de tout pouvoir. Tel &#233;tant le cas, il n'y aurait de sexualit&#233; l&#233;gitime que celle qui, toujours, sait faire bon usage du capital s&#233;minal. Tout ordonn&#233; aux t&#226;ches de reproduction, un tel capital ne saurait &#234;tre dilapid&#233; dans des plaisirs &#224; pure perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient, ensuite, la croyance selon laquelle le co&#239;t licite ne se d&#233;roulerait que dans l'organe f&#233;minin, l'&#233;jaculation hors du vagin (onanisme) &#233;tant la marque m&#234;me de la souillure et de l'impuret&#233;, et le go&#251;t exclusif des gar&#231;ons celle d'une obsc&#232;ne luxure. Cons&#233;quence logique de ce principe fort patriarcal, la vulve n'aurait pour fonction principale que de d&#233;livrer, en succion continue et le plus harmonieusement possible, le phallus de sa semence, de le vider le plus totalement possible, et, ce faisant, d'&#234;tre le r&#233;ceptacle o&#249; la semence doit &#234;tre r&#233;pandue et conserv&#233;e. Domine, enfin, le sentiment que toute autre pratique co&#239;tale serait une profanation de la chair et un abus abominable des organes g&#233;nitaux. Tel est, affirme-ton, le cas lorsque l'acte sexuel consiste non plus &#224; mettre en contact imm&#233;diat les organes du go&#251;t entre eux (la vulve et le p&#233;nis en particulier), mais plut&#244;t avec les orifices et autres voies d'excr&#233;tion (la bouche et l'anus notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons : de tels points de vue, qui accordent une place &#233;minente &#224; la verge dans les proc&#233;dures de symbolisation de la vie, du pouvoir et du plaisir, sont largement partag&#233;s par tous les homophobes africains, hommes et femmes. En accordant tant de poids au travail du phallus, ils n&#233;gligent les pratiques homosexuelles f&#233;minines pourtant de plus en plus r&#233;pandues. En outre, de tels points de vue ne sont pas seulement en d&#233;calage par rapport aux pratiques sexuelles actuellement en cours dans les villes africaines. Ils reposent &#233;galement sur une lecture tr&#232;s contestable de l'histoire africaine de la sexualit&#233; et de ses significations politiques contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La machine-&#224;-jouir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fait, tout discours cr&#233;dible sur l'homosexualit&#233; africaine doit commencer par la critique d'une culture du pouvoir et d'un r&#233;gime des plaisirs qu'il nous faut appeler, provisoirement, le potentat sexuel. Le potentat sexuel est une structure du pouvoir et un imaginaire de la vie, du corps et des plaisirs qui accorde une place pr&#233;pond&#233;rante &#224; un signifiant unique : le phallus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on ne saurait en effet nier qu'aussi bien avant, pendant, qu'apr&#232;s la colonisation, le pouvoir en Afrique a toujours cherch&#233; &#224; rev&#234;tir le visage de la virilit&#233;. Sa mise en forme, sa mise en &#339;uvre et sa mise en sens se sont largement op&#233;r&#233;es sur le mode d'une &#233;rection infinie. La communaut&#233; politique s'est toujours voulue, avant tout, l'&#233;quivalent d'une soci&#233;t&#233; des hommes ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, de vieillards. Son effigie a toujours &#233;t&#233; la verge en &#233;rection. On peut d'ailleurs dire que l'ensemble de sa vie psychique s'est toujours organis&#233; autour de l'&#233;v&#233;nement qu'est le gonflement de l'organe viril. Au demeurant, c'est ce qu'a si bien su exprimer le roman africain postcolonial, comme l'indiquent, par exemple, les &#339;uvres d'un Sony Labou Tansi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit au Gabon, au Cameroun, en C&#244;te d'Ivoire, au Togo ou au Congo, le processus de turgescence fait, aujourd'hui encore, partie des rituels majeurs du potentat postcolonial. Il est en effet v&#233;cu comme le moment au cours duquel le potentat redouble sa taille et se projette lui-m&#234;me au-del&#224; de ses limites. Lors de cette pouss&#233;e vers les extr&#234;mes, il se d&#233;multiplie et produit un double fantasmatique dont la fonction est d'effacer la distinction entre la puissance r&#233;elle et la puissance fictive. Dans les jeux de pouvoir et de subordination, le phallus peut jouer, &#224; partir de ce moment, une fonction spectrale. Mais en cherchant &#224; d&#233;passer ses propres contours, la verge du pouvoir expose, par la force des choses, sa nudit&#233; et ses limites et, en les exposant, expose le potentat lui-m&#234;me et proclame, de mani&#232;re paradoxale, sa vuln&#233;rabilit&#233; dans l'acte m&#234;me par lequel il pr&#233;tend manifester sa toute-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas que le primat accord&#233; au phallus. Le potentat sexuel repose, par ailleurs, sur une doctrine de la jouissance. Au demeurant, le pouvoir postcolonial en particulier s'imagine litt&#233;ralement comme une machine-&#224;-jouir. Ici, &#234;tre souverain, c'est pouvoir jouir absolument, sans retenue ni entrave. Pour les &#233;lites dirigeantes de maints pays africains en effet, un pont relie le plaisir de manger (la politique du ventre) &#224; la jouissance que procure la fellation. D'o&#249; la position signifiante qu'occupent l'acte sexuel et les m&#233;taphores de la copulation dans l'imaginaire et les pratiques du commandement. &#192; titre d'exemple, la sexualit&#233; de l'autocrate fonctionne selon le principe de la d&#233;voration et de l'avalement des femmes, &#224; commencer par les vierges qu'il d&#233;flore all&#232;grement, et les jeunes filles qu'il ne cesse, &#233;ventuellement, d'ajouter &#224; son harem. Entre-temps, banquiers, bureaucrates, soldats, policiers, ma&#238;tres d'&#233;coles, voire &#233;v&#234;ques, pr&#234;tres, pasteurs et marabouts s'en vont, partout, se vidangeant, &#233;liminant le trop-plein et semant au gr&#233; du vent. Langage grivois et copulation sont en effet le caprice favori des &#233;lites et gens de pouvoir, comme d'autres s'adonnent aux jeux, &#224; la chasse ou aux plaisirs de l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est donc le phallus qui est au travail. C'est lui qui parle, ordonne et agit. C'est la raison pour laquelle, dans maints pays africains, la lutte politique rev&#234;t, presque toujours, les allures d'une lutte sexuelle et vice-versa. Il faut donc chaque fois revenir &#224; la verge du potentat si l'on veut comprendre la vie psychique du pouvoir et les m&#233;canismes de subordination en postcolonie. Adepte du viol goulu et affirmation brutale de la puissance v&#233;nale, la verge est quant &#224; elle un furieux organe, nerveux, facilement excitable et port&#233; vers la boulimie. Tel est en particulier le cas lorsque le potentat, &#224; commencer par l'autocrate, s'acharne sur les femmes de ses collaborateurs et sujets, ou encore, dans le cadre des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, loges ma&#231;onniques et congr&#233;gations rosicruciennes, se laisse presser par toutes sortes de gar&#231;ons (ses subordonn&#233;s y compris), brouillant au passage toute distinction entre homo- et h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le potentat en effet, fellation, v&#233;nalit&#233; et corruption sont suppos&#233;es ouvrir les &#233;cluses de la vie. L'homosexualit&#233; telle que pratiqu&#233;e parmi les &#233;lites appara&#238;t, dans ce cadre, comme un rituel pa&#239;en, au m&#234;me titre que la g&#233;omancie et autres c&#233;r&#233;monies ancestrales dont la fonction est d'accro&#238;tre le pouvoir occulte. Dans les pays de la for&#234;t pass&#233;s au christianisme comme en r&#233;gion musulmane, l'autocrate, cramponn&#233; &#224; ses sujets, r&#232;gne donc sur des gens pr&#234;ts &#224; s'abandonner &#224; sa violence. La particularit&#233; de cette violence est d'&#234;tre &#224; la fois physique et libidinale. Press&#233;es par la logique de la survie, &#233;lite et pi&#233;taille doivent l&#233;cher le potentat sur toute la longueur de sa verge, augmentant ainsi sa congestion et son relief. Ils doivent le mordiller de leurs petites dents, lui pomper les couilles, aspirer la peau de ses testicules, les soulever dans leurs mains en faisant glisser la pointe de leur langue sous eux. Peu importe si, en poussant son phallus au fond de leur gorge, le potentat postcolonial manque toujours de peu de les &#233;trangler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Refoulement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir si l'homosexualit&#233; a exist&#233; en Afrique avant l'expansion coloniale. Ce que l'on n'a pas suffisamment soulign&#233;, c'est le fait que les traditions patriarcales du pouvoir en Afrique sont fond&#233;es sur un refoulement originaire : celui de la relation homosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que dans la pratique cette relation ait pris plusieurs formes, c'est la relation par l'anus qui, ici, est vis&#233;e par les pratiques de refoulement. En effet, dans l'univers symbolique de maintes soci&#233;t&#233;s africaines pr&#233;coloniales, l'anus &#233;tait, contrairement aux fesses dont on chantait volontiers la beaut&#233;, l'&#233;minence et les courbures, consid&#233;r&#233; comme un objet d'aversion et de souillure. Il repr&#233;sentait le principe m&#234;me de l'anarchie du corps et le z&#233;nith de l'intimit&#233; et du secret. Symbole par excellence de l'univers de la d&#233;f&#233;cation et de l'excr&#233;ment, il &#233;tait, de tous les organes, le &#171; tout autre &#187; par &#233;lection. On sait par ailleurs que dans l'&#233;conomie symbolique de ces soci&#233;t&#233;s, le &#171; tout autre &#187;, surtout lorsqu'il se confondait avec le &#171; tout intime &#187;, repr&#233;sentait &#233;galement l'une des figures de la puissance occulte. Pour le reste, l'homosexualit&#233; existait bel et bien et &#233;tait souvent, sur le plan politique, l'apanage des puissants. Elle fonctionnait aussi, parfois, comme un rituel de subordination &#224; plus fort que soi et &#233;tait pr&#233;sente dans les liturgies sacr&#233;es. Ajoutons, &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, l'existence dans les contes et les mythes, de cr&#233;atures &#224; double sexe ; ou encore, dans les luttes sociales et politiques, la pratique ancestrale qui consiste &#224; d&#233;pouiller l'ennemi de tout ce qui constitue les embl&#232;mes de la virilit&#233; et &#224; les consommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le refus proclam&#233; de la soumission homosexuelle &#224; un autre homme ne signifie gu&#232;re l'absence d'envie, de la part des hommes et des femmes, d'acqu&#233;rir et de s'approprier le p&#233;nis id&#233;al et id&#233;alis&#233;. Dans les faits, l'avilissement et le d&#233;go&#251;t dont l'analit&#233; fait l'objet dans le discours public vont de pair avec son apparition r&#233;currente sur la sc&#232;ne du sympt&#244;me, sous la forme de fantasmes divers. Il n'y a qu'&#224; voir, &#224; cet &#233;gard, les fonctions qu'elle joue dans les fantasmes de permutation des r&#244;les masculins et f&#233;minins, ou encore dans l'envie &#8211; &#233;prouv&#233;e par la plupart des hommes et courante dans les techniques politiques d'assujettissement &#8211; de se servir d'autres hommes comme d'autant de femmes subissant l'accouplement et vivant leur domination sur le mode de la consommation du co&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution silencieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Finalement, si la carte sexuelle du continent appara&#238;t aujourd'hui brouill&#233;e, c'est en tr&#232;s grande partie parce que le dernier quart du XXe si&#232;cle africain aura &#233;t&#233; marqu&#233; par une r&#233;volution sexuelle silencieuse, malheureusement peu document&#233;e. L'on ne s'en rend compte que maintenant : celle-ci aura radicalement transform&#233; &#8211; et pour de bon &#8211; la mani&#232;re dont de nombreux Africains imaginent leur rapport au d&#233;sir, au corps, au sexe et au plaisir. Cette r&#233;volution sexuelle a eu lieu dans un contexte caract&#233;ris&#233; par une ouverture sans pr&#233;c&#233;dent des soci&#233;t&#233;s africaines sur le monde. &#192; titre d'exemple, il n'y a pas, aujourd'hui, une seule ville africaine o&#249; des adolescents ne s'initient &#224; la sexualit&#233; par le biais de vid&#233;os pornographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement le fait que le phallus, en tant que signifiant central du pouvoir et apanage de la domination masculine, a subi de profondes remises en question. Les formes de cette contestation &#8211; qui se poursuit au demeurant &#8211; varient d'un pays &#224; l'autre. Dans certaines soci&#233;t&#233;s, celle-ci a pris la forme d'une instabilit&#233; maritale et d'une circulation des femmes relativement chronique. Dans d'autres, elle se traduit par une aggravation des conflits entre hommes et femmes. Partout, les hommes les plus pauvres ont l'impression d'&#234;tre d&#233;masculinis&#233;s. Le statut de &#171; chef de famille &#187;, g&#233;n&#233;ralement tenu par les hommes, a subi un d&#233;classement parmi les cat&#233;gories les plus d&#233;munies de la population, notamment l&#224; o&#249; le pouvoir de nourrir ne peut plus &#234;tre pleinement exerc&#233; faute de moyens. Ici et l&#224;, on a assist&#233; &#224; des paniques urbaines au centre desquelles se trouvait la peur de la castration. Dans la cartographie culturelle de la fin du XX&#176; si&#232;cle africain, on se retrouve donc confront&#233; &#224; une dynamique phallique qui, plus qu'auparavant, est un champ de mobilit&#233;s multiples. Les crises successives du dernier quart du XX&#176; si&#232;cle ont affect&#233; de diverses mani&#232;res les rapports entre hommes et femmes, puis entre hommes et enfants. Dans certains cas, elles ont contribu&#233; &#224; creuser les in&#233;galit&#233;s d&#233;j&#224; existantes entre les sexes. Dans d'autres, elles ont entra&#238;n&#233; de profondes modifications des termes g&#233;n&#233;raux dans lesquels s'exprimaient, et la domination masculine, et la f&#233;minit&#233;. Il en a r&#233;sult&#233; une mont&#233;e de la brutalit&#233; dans les relations entre hommes et femmes. Parall&#232;lement, des formes de sexualit&#233; auparavant r&#233;prim&#233;es petit &#224; petit &#233;mergent dans le champ public. Le r&#233;pertoire des jouissances sexuelles s'est notablement &#233;largi. Les pratiques de fellation &#8211; bouche ouverte sur le phallus, excitation de la surface du gland, promenade sans &#226;pret&#233; des doigts qui font vibrer la rondeur des bourses, compression circulaire de la hampe et ainsi de suite &#8211; d&#233;sormais prolif&#232;rent. Le langage de la sexualit&#233; s'est lui aussi fortement enrichi. Parmi les jeunes, mille expressions ont vu le jour, les unes toujours plus prosa&#239;ques que les autres : &#171; gouglouter le seigneur &#187;, &#171; brouter la tige &#187;, &#171; arracher le copeau &#187;, &#171; aspirer le glandulaire &#187;, &#171; bobiner le bolet &#187;, &#171; biberonner la bistoune &#187;, &#171; se faire m&#226;chouiller le bricolet &#187;, &#171; gloutonner le membre &#187;, &#171; tutoyer le joufflu &#187;, &#171; t&#233;tiner le gland &#187;. Chez les vieillards se multiplient les recours &#224; des plantes et des racines dont la propri&#233;t&#233;, pr&#233;tend-on, est de tonifier la verge de l'homme et de permettre la multiplication et la fr&#233;n&#233;sie du co&#239;t. Une tr&#232;s grande partie du discours social tourne autour de la th&#233;matique de la force phallique d&#233;clinante. Toutes sortes d'adjuvants sont d&#233;sormais int&#233;gr&#233;s dans la liturgie de l'accouplement, qu'il s'agisse des gicl&#233;es d'encens, d'oignons bien frais, des couillons de b&#234;tes sauvages ou d'&#233;corces et racines transform&#233;es en poudre suppos&#233;e revigorer les parties g&#233;nitales, provoquer la luxure, augmenter la semence en la rendant prolifique, exciter la lubricit&#233;, voire ressusciter les couilles des vieillards. Dans un continent ravag&#233; par la guerre, l'on a vu des pratiques de manducation se multiplier. Nombreux sont les enfants soldats qui, ayant tu&#233; un ennemi, entreprennent d&#233;sormais d'&#233;masculer ce dernier en lui &#244;tant son p&#233;nis et en le consommant &#8211; histoire de s'approprier, jusque dans la mort, sa puissance suppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces transformations ont lieu alors que par ailleurs, l'&#233;pid&#233;mie du SIDA touche des proportions chaque fois plus &#233;lev&#233;es de la population. &#192; travers le SIDA, sexe et mort d&#233;sormais se rejoignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Achille Mbembe&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 2006&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La photo illustrant cet article est un photogramme du film &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Initi%C3%A9s_(film,_2017)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Initi&#233;s&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Inxeba&lt;/i&gt;) de John Trengove sorti en France en 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Tricks au Grand Remplacement : politique et homosexualit&#233; chez Renaud Camus</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment comprendre les affirmations sexuelles de Renaud Camus qui appelait &#224; un Nouveau Monde gay &#224; l'aune de sa th&#233;orie politique ?&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton48.jpg?1731403048' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Expliquant volontiers qu'il n'a pas eu plusieurs vies distinctes comme beaucoup d'autres, Renaud Camus parle de continuit&#233;, de coh&#233;rence lorsqu'il aborde son parcours, son histoire, son &#339;uvre. Son ma&#238;tre-mot est &#171; unit&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; unit&#233; &#187;, dont il se r&#233;clame, est mise &#224; l'&#233;preuve du r&#233;cit public de son personnage. D'un c&#244;t&#233; un jeune &#233;crivain qui entreprend de banaliser les rapports homosexuels au travers de son exp&#233;rience &#224; l'&#233;poque o&#249; elle est encore taboue et consid&#233;r&#233;e comme pathologique. On peut ainsi lire sur la quatri&#232;me de couverture de &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; paru en 1979 : &#171; Ce livre essaie de dire la sexualit&#233;, en l'occurrence l'&lt;i&gt;homo&lt;/i&gt;sexualit&#233; comme si ce combat-l&#224; &#233;tait d&#233;j&#224; gagn&#233;, et r&#233;solus les probl&#232;mes que pose un tel projet : tranquillement. &#187; Certains diront qu'il &#233;tait le leader d'une g&#233;n&#233;ration. Une g&#233;n&#233;ration d'homosexuels qui ne cherchent pas l'acceptation &#8212; car accepter, c'est encore s&#233;gr&#233;guer &#8212; mais qui vivent sans que leur sexualit&#233; ne soit &lt;i&gt;un probl&#232;me&lt;/i&gt;. En 1984, lors d'une table ronde t&#233;l&#233;vis&#233;e Renaud Camus prenait la parole en ces termes : &#171; Les premiers mots que vous avez prononc&#233;s, c'est : le probl&#232;me homosexuel. Et je ne m'oppose nullement &#224; vous, mais je dois dire que c'est une expression qui pardonnez-moi, n'est plus admissible. C'est comme de parler du probl&#232;me juif. C'est totalement inadmissible. Le probl&#232;me, ce n'est pas la jud&#233;it&#233;, ce n'est pas non plus l'homosexualit&#233;, l'homosexualit&#233; en soi n'est nullement un probl&#232;me. Le probl&#232;me, c'est ce que l'on a appel&#233; d'un mot tr&#232;s malheureux, mais qui devra faire l'affaire encore ce soir, c'est l'homophobie. C'est le racisme anti-homosexuel. La violence anti-homosexuelle. Le m&#233;pris &#224; l'&#233;gard des homosexuels &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, Renaud Camus, vieil aristocrate isol&#233;, entour&#233; d'&#339;uvres d'art dans son ch&#226;teau du XIVe si&#232;cle, est un th&#233;oricien d'extr&#234;me droite d'influence internationale. Pi&#232;ce ma&#238;tresse de sa pens&#233;e, le Remplacisme Global est cette th&#233;orie visant &#224; r&#233;v&#233;ler l'&#233;vincement d&#233;mographique des &#171; fran&#231;ais de souche &#187;, des &#171; indig&#232;nes fran&#231;ais &#187; par des peuples non europ&#233;ens, ext&#233;rieurs, allog&#232;nes, issus du continent africain. Ce &#171; remplacement &#187; s'effectuerait suivant un processus d'immigration de &#171; peuplement &#187; avec la b&#233;n&#233;diction d'un pouvoir qui le favorise et en tire profit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les groupuscules identitaires ou pour le terroriste Brenton Tarrant, auteur de l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Z&#233;lande, le Grand Remplacement est une v&#233;rit&#233; incontestable et Renaud Camus un mentor, une muse. On peut ainsi lire sur son compte twitter : &#171; Le XXe si&#232;cle aura connu deux g&#233;nocides majeurs, dont le second d&#233;borde nettement sur le XXIe : le g&#233;nocide raciste, la Destruction des Juifs d'Europe, &#224; la fin de la premi&#232;re moiti&#233; ; puis le g&#233;nocide antiraciste, la Destruction des Europ&#233;ens d'Europe, &#224; la fin de la seconde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'y a pas d'Islam, il n'y a pas de zones de non-droit, il n'y a pas de quartiers &#8212; il y a un Occupant cruel et conqu&#233;rant auquel un peuple et un pays sont livr&#233;s par une ignoble camarilla de gestionnaires comptables choisis par des machines. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'y a pas de reconstruction possible de cette nation sans le d&#233;part de l'Occupant, qui montre et d&#233;montre avec emphase tous les jours, ces temps-ci, qu'il appartient &#224; d'autres peuples, d'autres races, d'autres cultures, d'autres civilisations, totalement incompr&#233;hensibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux personnages Renaud Camus, il y a ce que les m&#233;dias ont appel&#233; : l'affaire Camus. Dans son journal de l'ann&#233;e 1994 paru en 2000 sous le titre&lt;i&gt; La campagne de France&lt;/i&gt;, Renaud Camus s'en prend &#224; une &#233;mission radio de FranceCulture &#224; vocation g&#233;n&#233;raliste, qu'il estime surinvesti de journalistes juifs ; incapables selon lui de repr&#233;senter la culture fran&#231;aise. S'ensuit alors une exclusion progressive de la presse, de maisons d'&#233;dition, des cercles litt&#233;raires et culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas expliquer Renaud Camus, nous n'en avons pas la pr&#233;tention. C'est pourquoi le r&#233;cit qui cherche &#224; &#171; expliquer &#187; son parcours n'a que peu de valeur. Comme si &#224; coups de causes et de cons&#233;quences, nous pouvions arriver &#224; &#171; comprendre &#187; comment on passe de l'un &#224; l'autre, c'est-&#224;-dire deux natures d'homme &#224; priori antagonistes. C'est cet a priori que nous allons interroger dans le texte qui suit. En scrutant cette notion d'unit&#233;, ch&#232;re &#224; Renaud Camus. Nous chercherons d'une part dans ses id&#233;es, son imaginaire, sa constellation de pens&#233;es et d'autre part dans la vie du personnage la g&#233;n&#233;alogie de ses th&#233;ories. Existe-t-il un lien entre le tricks et le grand remplacement ? Comment comprendre les affirmations sexuelles de Renaud Camus appelant &#224; un Nouveau Monde gay &#224; l'aune de sa th&#233;orie politique ? Le tricks de Renaud Camus a contribu&#233; &#224; construire un rapport &#224; la sexualit&#233; qui est encore en vigueur aujourd'hui. Nous essaierons de comprendre comment puis nous chercherons &#224; soulever les ambigu&#239;t&#233;s que ce rapport &#224; la sexualit&#233; entretient avec le politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE L'HOMOSEXUALIT&#201; NOIRE &#192; L'HOMOSEXUALIT&#201; BLANCHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;En arri&#232;re-fond, le Front Homosexuel d'Actions R&#233;volutionnaires marque le d&#233;but de la d&#233;cennie en exposant l'homosexualit&#233; &#224; la vue de tous. D&#233;sormais, la sexualit&#233; devenait une affaire politique et sociale. Il entreprit une critique g&#233;n&#233;rale de la domination et de ses formes : institutions, couple, famille, &#201;tat, travail et h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Cette critique totale, allant du lit &#224; l'usine, semblait pouvoir remettre en question l'int&#233;gralit&#233; du monde capitaliste occidental. Le mouvement ne dure pas, mais infuse ses id&#233;es tout au long de la d&#233;cennie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le FHAR avait pos&#233; publiquement et avec fracas la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-l&#224; m&#234;me qui verra s'&#233;panouir Renaud Camus. Jeune &#233;crivain, il c&#244;toie l'&#233;lite culturelle de son temps dans une forme-de-vie m&#234;lant f&#234;tes, sexe et &#233;rudition. Le contexte sexuel et politique de la naissance du personnage nous semble d&#233;terminant pour saisir les contrastes entre les diff&#233;rentes conceptions de l'homosexualit&#233; qui s'y affrontent. La ville de Paris est le th&#233;&#226;tre d'une sexualit&#233; en mutation et dont Renaud Camus baptisera le protagoniste du nom d'achrien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les enjeux concernant l'homosexualit&#233; &#233;taient de nature politique. Homosexualit&#233; noire ou homosexualit&#233; blanche (d'apr&#232;s une formule de Guy Hocquenghem), chacune pr&#233;tendait aiguiller la signification des comportements sociaux et sexuels de la population homosexuelle. C'est-&#224;-dire construire une coh&#233;rence entre la vie sociale et la vie sexuelle. C'est une &#233;poque importante o&#249; se form&#232;rent les imaginaires sexuels dont nous sommes encore les h&#233;ritiers. Non pas que ces deux conceptions aient &#233;t&#233; construites comme le sont des positions politiques, elles sont plut&#244;t de nature &#224; traduire les impressions, les changements, et les rapports au monde d'une g&#233;n&#233;ration d'homosexuels. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 marquent les derni&#232;res heures de l'homosexualit&#233; sous l'influence maligne de l'astre Genet (avant la grande marche forc&#233;e des ann&#233;es 80 acceptation &#8212; ghetto&#239;sation &#8212; int&#233;gration &#8211; tol&#233;rance). C'est en exposant pleinement l'arch&#233;ologie de l'homosexualit&#233; comme l'a pratiqu&#233; le FHAR, c'est-&#224;-dire comme cat&#233;gorie de la d&#233;linquance puis de la pathologie, que le stigmate peut se retourner en force. Ce qui &#233;tait un secret priv&#233;, parfois tr&#232;s lourd, se transforme en mode de vie. Toutefois, l'homosexualit&#233; est encore un risque. Les lieux de dragues peuvent cacher des guets-apens, des rencontres qui tournent mal. Le risque de ne pas savoir sur qui l'on va tomber et que l'on prend malgr&#233; tout. Ces lieux brassent des gens tr&#232;s diff&#233;rents. Il existe toute une cartographie informelle des pissoti&#232;res, des plus chics aux plus populaires. C'est aussi la rencontre, dans ces lieux de dragues, avec les Arabes. Rencontres &#244; combien fantasm&#233;es par les p&#233;d&#233;s r&#233;volutionnaires y percevant une liaison politique d'un genre nouveau. Ainsi, on peut lire dans la grande&lt;br class='autobr' /&gt;
encyclop&#233;die des homosexualit&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il est tr&#232;s facile, pour un Occidental, jeune ou vieux, d'avoir des rapports homosexuels avec les &#171; Arabes &#187;, et c'est l&#224; le fait fondamental. Il est plus facile de draguer un &#171; Arabe &#187;, &#224; Paris, ou en province, &#224; Bruxelles, &#224; Amsterdam, que de draguer un Europ&#233;en. Presque tous les jeunes arabes sont pr&#234;ts &#224; coucher avec des hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les rapports d'amiti&#233; entre les homosexuels europ&#233;ens et leurs partenaires &#171; arabes &#187; sont g&#233;n&#233;ralement plus satisfaisants, plus positifs, qu'avec d'autres p&#233;d&#233;s europ&#233;ens, qui font souvent partie d'un milieu compl&#232;tement pourri, qui vivent assez souvent leur homosexualit&#233; de mani&#232;re &#171; pathologique &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'amour avec les Arabes, c'est la rencontre de deux mis&#232;res sexuelles. Deux mis&#232;res qui se branchent l'une sur l'autre&#8230; C'est aussi ma mis&#232;re sexuelle. Parce que j'ai besoin de trouver un mec tout de suite. On est oblig&#233; parce que l'on est dans une situation pourrie&#8230; Et quelquefois je me dis : dans quelle situation, bon Dieu, on est oblig&#233; de se foutre pour jouir ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois milliards de pervers, La Grande Encyclop&#233;die des Homosexualit&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#233;d&#233;s r&#233;volutionnaires voyaient dans ces rapports avec les Arabes une alliance objective de cat&#233;gories rejet&#233;es. Depuis la guerre d'Alg&#233;rie, l'homme arabe jouit d'une r&#233;putation faite de m&#339;urs d&#233;brid&#233;es et inqui&#233;tantes. L'homosexuel ne trouve nulle part la trame lui permettant de prendre pleinement part &#224; l'Histoire. C'est donc naturellement que cette liaison prend racine dans des conceptions tr&#232;s politiques de la sexualit&#233; : celle qui met &#224; mal le sujet et l'identit&#233;. Devenir autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va passer de l'ombre &#224; la lumi&#232;re, c'est en premier lieu le d&#233;cor. Fr&#233;d&#233;ric Martel dira &#224; propos de la fin de la d&#233;cennie que les noctambules y vivent leurs soir&#233;es les plus dr&#244;les, les discoth&#232;ques homosexuelles se multiplient avec la musique de m&#234;me nom (disco), les radios libres apparaissent avec leurs &#233;missions gaies, bient&#244;t les minitels roses. Un march&#233; sexuel se met en place et accompagne l'&#233;mancipation homosexuelle. D&#233;j&#224;, une communaut&#233; homosexuelle appara&#238;t, non pas comme reflet d'une minorit&#233; gaie identitaire ou politique, mais comme simple communaut&#233; de d&#233;sir : le sexe est communalis&#233;. Cette &#233;volution est essentielle puisqu'elle va permettre au mouvement homosexuel d'exister et de devenir r&#233;alit&#233; concr&#232;te lorsqu'il entre sur le march&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Martel, Le rose et le noir les homosexuels en France depuis 1968, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bars et les boites de nuit homosexuelles deviennent des lieux de rencontres et de consommation du sexe. Les &lt;i&gt;backrooms&lt;/i&gt; deviennent inh&#233;rents aux lieux gays. Les client&#232;les s'homog&#233;n&#233;isent socialement suivant les lieux. Alain Fleig &#233;crira qu'il &#233;tait question de la soumission de la libido &#224; la loi de la valeur. Formule qui r&#233;sume tout. C'est le d&#233;but de la &#171; ghetto&#239;sation &#187; homosexuelle qui correspond aussi &#224; son investissement par l'&#233;conomie qui structure la sociabilit&#233; homosexuelle en fonction du niveau de vie. Des lieux gays pour chaque classe sociale. La ghetto&#239;sation se per&#231;oit aussi au travers d'une certaine esth&#233;tisation : celles des styles tr&#232;s marqu&#233;s, particuli&#232;rement l'homme viril et moustachu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses &lt;i&gt;Notes Achriennes&lt;/i&gt; de 1982 Renaud Camus cite les paroles de son mentor Roland Barthes, prononc&#233;es dix ans auparavant &#224; propos de ce &#171; continent noir &#187; cher &#224; Guy Hocquenghem : &#8220;La d&#233;licatesse du jeu sexuel, c'est l&#224; une id&#233;e tr&#232;s importante et tout &#224; fait inconnue, me semble-t-il, de l'Occident. La raison en est simple. En occident, la sexualit&#233; ne se pr&#234;te tr&#232;s pauvrement qu'&#224; un langage de transgression ; mais faire de la sexualit&#233; un champ de transgression c'est encore la tenir prisonni&#232;re d'un binaire (&lt;i&gt;pour/contre&lt;/i&gt;), d'un paradigme, d'un sens. Penser la sexualit&#233; comme un continent noir, c'est encore la soumettre au sens (&lt;i&gt;blanc/noir&lt;/i&gt;) (&#8230;) Voyez encore les pays arabes. On y transgresse ais&#233;ment certaines r&#232;gles de la &#8220;bonne&#8221; sexualit&#233; par une pratique assez facile de l'homosexualit&#233; (&#8230;) Mais cette transgression reste implacablement soumise &#224; un r&#233;gime du sens strict : l'homosexualit&#233;, pratique transgressive, reproduit alors imm&#233;diatement en elle le paradigme le plus pur qu'on puisse imaginer, celui de l'actif/passif, du poss&#233;dant/poss&#233;d&#233;, du niqueur/niqu&#233;, du tapeur/tap&#233; (&#8230;) dans ces pays, toute pratique qui d&#233;borde l'alternative, la brouille ou simplement la retarde est d'un m&#234;me mouvement &lt;i&gt;interdite&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;inintelligible&lt;/i&gt;&#8221;. Camus reviendra &#224; plusieurs reprise sur cette civilisation &#171; m&#233;diterran&#233;enne &#187;, obs&#233;d&#233;e par les r&#244;les sexuels rigoureusement constitu&#233;s et donc hostile &#224; sa conception de l'homosexualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Travers&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1978, il raconte la cr&#233;ation du n&#233;ologisme achrien. Fa&#231;onn&#233; par un jeu de m&#233;thode et de mots, il d&#233;signera les individus sexuellement attir&#233;s par leur propre sexe, et tout ce qui se rapporte &#224; eux. Sa chronique dans le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; s'intitulera : &lt;i&gt;chroniques achriennes&lt;/i&gt;. Renaud Camus construit son Nouveau Monde gay, peupl&#233; d'archriens, par le rejet les r&#244;les sexu&#233;s (rejet de la f&#233;minit&#233; affirm&#233;, rejet de la folle) et des r&#244;les sexuels (pour lui l'esprit m&#233;diterran&#233;en est celui ou pr&#233;vaut le couple actif-passif, d'un c&#244;t&#233; la force, l'initiative, de l'autre la faiblesse et la soumission). Mais jamais Renaud Camus ne l'explicitera, jamais il n'en fera une th&#233;orie. Aussi l'archien ne laissera tout simplement aucune place &#224; ce qui n'est pas exactement comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TRICKS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tricks sera l'&#339;uvre-programme de Renaud Camus. Le biais par lequel s'affirmera un monde archrien et en filigrane une critique de l'homosexualit&#233; noire. Autour de la question de l'homme arabe se cristalliseront deux discours : homosexualit&#233; blanche contre homosexualit&#233; noire, Guy Hocquenghem contre Renaud Camus.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renaud Camus publie &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; en 1979, devenant imm&#233;diatement l'argument et le symbole de ce Nouveau Monde homosexuel. Celui-ci raconte ses rencontres sexuelles de l'ann&#233;e 1978. Chacune des 45 entr&#233;es est class&#233;e par ordre chronologique et d&#233;signe par le nom, le pr&#233;nom ou un descriptif physique l'amant dont il sera question. Chaque entr&#233;e relate &#224; la premi&#232;re personne le contexte de la rencontre (un bar ou une boite de nuit) l'approche, les regards, les discussions, le chemin du retour et bien &#233;videmment, le sexe. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi du tricks c'est d'abord la rencontre. &#199;a ne peut &#234;tre que le premier &#233;pisode. Puisque les personnages se pr&#233;sentent d'embl&#233;e comme des r&#233;cits, l'&#234;tre se pr&#233;sente comme r&#233;cit. C'est-&#224;-dire qui est-il ? D'o&#249; vient-il ? S'il le dit. S'il r&#233;pond aux questions, si question il y a &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vid&#233;o de Renaud Camus - L'atelier d'&#233;criture. Interview de Pascale Bouh&#233;nic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Roland Barthes, pr&#233;fa&#231;ant le livre de son ami, y voit la fin de la politique gay et un &#226;ge nouveau de la sexualit&#233; gay. C'est ainsi qu'il ach&#232;ve sa pr&#233;face : &#171; trick, c'est la rencontre qui n'a lieu qu'une fois : mieux qu'une drague, moins qu'un amour : une intensit&#233;, qui passe, sans regret. D&#232;s lors, pour moi, trick devient la m&#233;taphore de beaucoup d'aventures, et qui ne sont pas sexuelle : rencontre d'un regard, d'une id&#233;e, d'une image, compagnonnage &#233;ph&#233;m&#232;re et fort, qui accepte de se d&#233;nouer l&#233;g&#232;rement, bont&#233; infid&#232;le : une fa&#231;on de ne pas s'empoisser dans le d&#233;sir, sans cependant l'esquiver : une sagesse en somme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux &#233;l&#233;ments du livre sont particuli&#232;rement marquants puisque chacun d'eux est r&#233;curant ou essentiel. Le premier est le type d'homme qui se construit derri&#232;re chacun des tricks. Les hommes se ressemblent tous. Plut&#244;t virils et moustachus, les amants sont le reflet des go&#251;ts particuliers de l'auteur. En ce sens, on comprend bien qu'il existe un lien fort entre les go&#251;ts particuliers, individuels, cens&#233;s &#234;tre l'expression d'un moi, d'une originalit&#233; et le st&#233;r&#233;otype de l'homosexuel qui caract&#233;rise cette &#233;poque. L'image de l'homosexuel qui se d&#233;gage du livre est celle d'un homme non eff&#233;min&#233; et dont la sexualit&#233; est simplement une pratique. Une pratique qui n'est pas assujettie &#224; une repr&#233;sentation ou une identit&#233;. Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment est celui de l'auteur. Le &#171; je &#187;. Habituellement, les r&#233;cits &#224; la premi&#232;re personne incarnent l'individualit&#233; de l'auteur, sa singularit&#233;. Une marque forte qui permet au moi d'exister en contraste du monde. Parce qu'il met en sc&#232;ne ses aventures avec des hommes qui lui ressemblent, cette marque s'efface graduellement &#224; la lecture jusqu'&#224; se retourner et devenir finalement impersonnelle. Laissant ainsi la place du r&#233;cit au lecteur, c'est lui qui devient &#171; je &#187;. En ce sens, il n'est pas &#233;tonnant que le livre ai &#233;t&#233; un succ&#232;s puisqu'en racontant le tricks, et en le racontant &#224; la premi&#232;re personne il permet &#224; tout un chacun de vivre le tricks &#224; son tour. Retenons ici que ce lien original avec le lecteur est rendu possible, uniquement si l'on partage avec lui un certain nombre d'&#233;l&#233;ments sociaux et culturels pour ne pas dire un certain code. On comprend donc que &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; est avant tout un succ&#232;s parisien et branch&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Todds Shepard, dans &lt;i&gt;M&#226;le d&#233;colonisation&lt;/i&gt;, raconte comment &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; est un rouage de l'affrontement politique autour de la question homosexuelle. D'un c&#244;t&#233;, une recherche de transgression, un risque. Guy Hocquenghem &#233;tait p&#233;d&#233; plut&#244;t que fran&#231;ais. Partageant volontiers avec les Alg&#233;riens plaisirs et rejet social (absences de reconnaissance et de consid&#233;ration sociale), il faisait justement de ce lien &#233;rotique, un lien politique. Le risque de l'alt&#233;rit&#233; radicale jusqu'&#224; s'oublier soi-m&#234;me et devenir autre. De l'autre, un amour du m&#234;me physiquement et psychologiquement. Un d&#233;passement du mal &#234;tre homosexuel et des r&#244;les sexuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Ce que montre cette dispute entre Hocquenghem et Camus &#224; la fin des ann&#233;es 70 est que l'obsession arabe que l'un et l'autre partageaient provenait des d&#233;bats lib&#233;rationnistes gays et, plus g&#233;n&#233;ralement, des d&#233;bats fran&#231;ais pendant toute la r&#233;volution sexuelle. Depuis, cependant, une des deux versions de cet int&#233;r&#234;t a gard&#233; de son l'influence. Avec Tricks, Camus contribua &#224; un effacement plus g&#233;n&#233;ral de la question arabe parmi les consid&#233;rations sur l'avenir de la politique gay. Sa foi dans la primaut&#233; de la similitude &#8212; primaut&#233; des hommes virils et sexuellement polyvalents avec des hommes identiques, primaut&#233; des &#171; blancs autochtones &#187; &#8212; et sa conviction qu'une communaut&#233; compos&#233;e d'images en miroir doit maintenir les gens consid&#233;r&#233;s comme diff&#233;rents (ou qui cherchent la diff&#233;rence) en dehors d'elle ont pr&#233;par&#233; le terrain &#224; la r&#233;invention d'un pass&#233; gay conventionnel faisant de &#171; la sortie du placard &#187; la seule r&#233;ponse politique possible. C'&#233;tait enterrer le discours anticolonial des lib&#233;rationnistes homosexuels du FHAR, notamment de Hocquenghem, et son rejet absolu d'une &#8220;homosexualit&#233; enfin blanche, dans tous les sens du terme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renaud Camus &#233;tait le h&#233;raut de cette version blanche de la politique gay. On taxait aussi de r&#233;actionnaires ceux qui choisissaient de ne pas lier les plaisirs ou le soulagement qu'ils trouvaient dans l'acte sexuel &#224; une identit&#233; sexuelle sp&#233;cifique. Le besoin de d&#233;finir une identit&#233; homosexuelle publique &#233;tait un projet politique. Comme l'histoire de la r&#233;volution sexuelle le r&#233;v&#232;le, une r&#233;ponse &#224; une histoire sp&#233;cifique. Pourtant, il est difficile de le reconna&#238;tre. Au lieu de cela, un sch&#233;ma &#233;volutionnaire se faisait jour, d'apr&#232;s lequel le &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; &#233;tait indissociable de la marche in&#233;vitable du progr&#232;s. Le passage sous silence du r&#244;le de l'&#8220;Arabe&#8221; dans la constitution de l'identit&#233; gay moderne en France participe de ce projet r&#233;actionnaire&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Todd Shepard, M&#226;le d&#233;colonisation &#034;L'homme arabe&#034; et la France, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HOMOSEXUEL ET L'&#201;CRIVAIN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Confronter l'homme au personnage, c'est montrer comment les nuances, les silences, les non-dits sont autant d'&#233;l&#233;ments au service d'un imaginaire. C'est aussi le moyen de percevoir le travail de cet imaginaire sur le r&#233;el. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renaud Camus est un homme de son temps. &#192; l'aise avec son identit&#233; homosexuelle, il appelle &#224; la vivre &#171; tranquillement &#187; c'est-&#224;-dire dans sa banalit&#233; et sa simplicit&#233;. Or, si cette nouvelle g&#233;n&#233;ration est sans doute la premi&#232;re &#224; &#171; normaliser &#187; l'homosexualit&#233;, elle r&#233;v&#232;le aussi que celle-ci a chang&#233; de sens. La g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente &#233;tait celle o&#249; l'homosexualit&#233; &#233;tait enlac&#233;e avec le politique, avec l'agitation sociale, avec le prol&#233;tariat maghr&#233;bin. L'homosexualit&#233; de Camus est celle qui a quitt&#233; les rivages du politique, qui n'y trouve plus son sens ou son esprit de liaison. Il faut donc comprendre le tricks comme une affaire priv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a beaucoup parl&#233;, avec Foucault, de la construction r&#233;cente de l'homosexualit&#233; entendue comme une cr&#233;ation institutionnelle r&#233;sultant du discours psychiatrique du XIXe si&#232;cle. Nous disons aujourd'hui que c'est ici que se situe l'aboutissement de ce long processus. L'ach&#232;vement de l'homosexualit&#233; est son ind&#233;pendance, son autonomie, sa capacit&#233; d'isolement d'avec les autres champs essentiels qui caract&#233;risent la vie de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquant cette s&#233;paration, c'est-&#224;-dire la fosse entre son personnage d'&#233;crivain et son &#171; je &#187; quotidien il dira : &#8220;Tr&#232;s souvent je me trouve dans des situations sociales ou j'ai plut&#244;t tendance &#224; d&#233;courager les gens d'aller voir ce que j'&#233;cris en particulier dans des situations de tricks. Qu'est-ce que j'avais &#233;crit jusqu'&#224; pr&#233;sent ? J'avais &#233;crit Passage par exemple ou collaborer au premier volume de Travers. Les gar&#231;ons que je rencontrai je m'en serais fait des ennemis mortels en leur disant : &#171; va voir, je t'en prie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vid&#233;o de Renaud Camus - L'atelier d'&#233;criture. Interview de Pascale Bouh&#233;nic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors, je leur dis : &#8220;Oui, c'est un peu genre nouveau roman&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait tr&#232;s tr&#232;s dissuasif dans la plupart des cas. On &#233;tait tranquille apr&#232;s &#231;a, ils n'allaient pas y voir de trop pr&#232;s.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors m&#234;me que le livre &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; colle puissamment ensemble l'exp&#233;rience sexuelle originale du &#171; je &#187; avec le monde (c'est-&#224;-dire ici le lectorat, l'objet livre, l'auteur), alors m&#234;me que l'&#233;criture promettait la fin de la s&#233;paration, de la honte ou du secret, on s'aper&#231;oit que l'on a sens doute mal regard&#233;, mal compris. Parce qu'il n'est pas astreint au sens, le tricks est une succession d'espace clos, d'espaces priv&#233;s qui se succ&#232;dent : la boite, le petit coin de buisson, la gar&#231;onni&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc tout naturellement que Renaud Camus peut d&#233;clarer d'un air malicieux : &#171; Je suis pour l'Ordre, moi, madame. Pour un ordre moral en particulier. Non, non vive l'Ordre. Tout art, j'en suis absolument persuad&#233;, &#231;a m'amuse parce que &#231;a met toujours tout le monde hors de soi, je suis absolument persuad&#233; que tout art, que toute &#339;uvre est une victoire de l'Ordre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;claration ram&#232;ne &#224; notre point de commencement : &#171; Je crois que ma vie est coh&#233;rente &#187;. Derri&#232;re cette notion d'ordre, nous constatons que Renaud Camus navigue sans peine entre la morale, la politique et la litt&#233;rature. Ce qui rend d'autant plus difficile &#224; comprendre cette suspension de la sexualit&#233;. &#171; L'obsession sexuelle m'a sauv&#233; de l'obsession mondaine &#187;, disait-il &#224; la fin des ann&#233;es 90 et bien qu'omnipr&#233;sente, la dimension sexuelle semble toujours comme &#224;-c&#244;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce stade, il faut comprendre que l'homosexualit&#233; dont Renaud Camus se fait le chantre n'est ni en continuit&#233; des ann&#233;es 70 ni en r&#233;action. Elle est simplement autre. Entendons, comme Massimo Pr&#233;aro nous l'apprend qu'il n'existe pas de continuit&#233; historique ou de progr&#232;s dans l'histoire de l'homosexualit&#233;. Il existe seulement des moments, des s&#233;quences historiques pendant lesquelles l'homosexualit&#233; se politise, cr&#233;ant ses &#233;nonc&#233;s propres, avec des enjeux sp&#233;cifiques et un rapport aux luttes pass&#233;es choisies. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camus ne s'inscrit ni dans un aspect historique de l'homosexualit&#233; (c'est-&#224;-dire politique), ni dans un son aspect social (car priv&#233;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, il est vain de remonter le temps de l'histoire de l'homosexualit&#233; en esp&#233;rant trouver des &#233;l&#233;ments susceptibles d'expliquer sa proposition. L'achrien de Renaud Camus est homme de son temps, n&#233; sous les augures de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE GRAND REMPLACEMENT &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C'est &#224; partir des ann&#233;es 2000, vingt ans apr&#232;s Tricks que Renaud Camus commence &#224; d&#233;ployer ses id&#233;es politiques et &#224; les vivre pleinement. &#171; J'ai surtout une conception tr&#232;s imp&#233;rialiste, tr&#232;s envahissante, tout-englobante de la litt&#233;rature, comme &#233;tant v&#233;ritablement un mode de la pr&#233;sence, une fa&#231;on, et parmi les plus hautes, d'habiter la terre, et d'habiter le temps &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien donn&#233; par Renaud Camus &#224; la revue Genesis. Propos recueillis en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; je &#187; de l'&#233;crivain va laisser la place au &#171; Je &#187; de l'auteur. Renaud Camus ne raconte plus des chemins ou des fragments, il explique le monde. Il ne met plus en sc&#232;ne des &#234;tres-r&#233;cits, il explique l'histoire, la g&#233;opolitique, l'ontologie. Pour introduire au grand remplacement, je propose donc deux citations &#224; mettre en miroir entre celle de l'&#233;crivain et celle de l'auteur. Voici la premi&#232;re : &#8220;J'ai bien eu quelques exp&#233;riences sexuelles avec des Arabes ou des Levantins ; plusieurs excellentes (mais alors avec des Arabes tr&#232;s occidentalis&#233;s, g&#233;n&#233;ralement) ; la plupart d&#233;sastreuses. Je n'ai aucune vocation de moukh&#232;re, et me faire enculer en quarante-cinq secondes par une bite imbranlable au son de &#8220;T'aime &#231;a, hein, t'aime &#231;a ?&#8221; (qu'j't'inique ?) n'est pas mon id&#233;al. Non, je n'aime pas &#231;a ; mais je n'ai jamais eu le courage de le reconna&#238;tre&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Renaud Camus, Notes achriennes, 1982 &#233;ditions hachette P.O.L pages 29-30&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et voici la seconde : &#171; La France peut int&#233;grer des hommes, elle peut int&#233;grer des femmes, elle peut int&#233;grer des familles qui le d&#233;sirent ardemment : elle ne peut pas int&#233;grer des peuples, et moins encore des peuples qui ne le d&#233;sirent pas du tout. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disours de Renaud Camus &#224; Baix, octobre 2017&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Voil&#224; comment Camus passe du &#171; je &#187; au monde. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Parti socialiste jusqu'aux ann&#233;es 80, l'&#233;crivain Camus est une personnalit&#233; du monde litt&#233;raire et culturel : il re&#231;oit des prix, participe &#224; des &#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es, tiens des chroniques. &#8220;L'intelligentsia gay dicte les modes. Elle est &#224; l'avant-garde des id&#233;es, des courants et des m&#339;urs. Se marier, beaucoup n'y pensent m&#234;me pas. L'union maritale est au contraire v&#233;cue comme un stigmate bourgeois. Dans les milieux ais&#233;s, quand on sort du placard, ce n'est pas pour se ranger. (&#8230;) La famille, les contrats, la fiscalit&#233;, tout &#231;a va &#224; l'encontre de l'esprit libertaire qui anime la communaut&#233; homosexuelle intellectuelle, artistique et fortun&#233;e&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie Ottavi, Jacques de Bascher dandy de l'ombre, 2017, &#233;ditions S&#233;guier&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans compt&#233; l'esprit vieille France qui rode parmi les fr&#233;quentations de Renaud Camus. L'homosexuel camusien est le muscadin des ann&#233;es 80. Influenceur principal des discussions en lignes portant sur la &#171; remigration &#187; surpassant m&#234;me Donald Trump, il va devenir un th&#233;oricien d'extr&#234;me droite des plus influent. Lui qui &#224; longtemps jou&#233; avec la bathmologie, avec les d&#233;viations et les chemins de traverse, avec la nuance des significations, le voil&#224; qui &#233;volue vers une &#233;criture politique : &#171; Depuis un certain temps, ne m'int&#233;ressent plus que les formes homomorphes &#224; la pens&#233;e, si je puis dire, celles qui ne sont pas des formes gratuites, mais qui r&#233;pondent vraiment &#224; un besoin de v&#233;rit&#233;, d'expression, de fid&#233;lit&#233; &#224; la sensation ou &#224; l'exp&#233;rience intellectuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien donn&#233; par Renaud Camus &#224; la revue Genesis. Propos recueillis en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il se d&#233;fendra de faire de la politique qui, et ce sont ces mots, n'est pas l'affaire d'un &#233;crivain. Il cr&#233;e pourtant un Parti de l'In-nocence pour promouvoir ses th&#233;ories politiques dont le grand remplacement occupe aujourd'hui la cl&#233; de vo&#251;te. Pour lui, la nocence (la nuisance) est l'instrument d'une arm&#233;e unique, incarn&#233; par l'Islam, venu remplacer l'Europ&#233;en d'Europe, c'est-&#224;-dire lui voler sa place. Affirmant que c'est le syst&#232;me qui est aujourd'hui au centre et plus l'humain, il explique que les autorit&#233;s &#171; remplacistes &#187; ont besoin de perp&#233;tuels nouveaux consommateurs. Le Petit Remplacement ou le remplacement de la culture lettr&#233;e bourgeoise par la petite bourgeoisie plan&#233;taire ouvra la voie au Grand Remplacement, la substitution &#233;thique, celle d'un peuple par un autre. On peut lire en quatri&#232;me de couverture du Petit Remplacement : &#171; Le Petit Remplacement c'est le changement de culture. Le Grand Remplacement c'est le changement de civilisation. Le Petit Remplacement c'est le changement d'histoire. Le Grand Remplacement c'est le changement de peuple. Le Petit Remplacement c'est le changement de sens. Le Grand Remplacement c'est le changement de sang. Le Grand Remplacement n'est rendu possible que par le Petit. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Passionn&#233; d'&#233;tymologie, de g&#233;n&#233;alogie, de topologie, amoureux des embl&#232;mes et des drapeaux, Renaud Camus est nostalgique d'un monde qu'il n'a pas connu et sans doute jamais exist&#233;. Un imaginaire litt&#233;raire compos&#233; de castes sociales, dans lequel les &#233;lites culturelles seraient les garantes d'un ordre moral et social. Consid&#233;rant d&#233;sormais la culture comme dilu&#233;e, d&#233;natur&#233;e par la mondialisation, Renaud Camus explique que le remplacement est un effet du capitalisme et de l'&#233;conomie : &#171; &lt;i&gt;Remplacer&lt;/i&gt;, tel est le geste central des soci&#233;t&#233;s postmodernes et peut-&#234;tre bient&#244;t post-humaines, transhumaines. Tout est rempla&#231;able et remplac&#233; : Venise par son double &#224; Las Vegas, Paris par son double &#224; P&#233;kin, Versailles par EuroDisney, la pierre par le syporex ou le parpaing, les lauzes par la t&#244;le ondul&#233;e, le bois par le plastique, la ville et la campagne par la banlieue universelle, la terre par le ciment et le goudron, les bords de mer par le b&#233;ton, la montagne par les stations de sport d'hiver, les chemins par les sentiers de randonn&#233;e, la nature par les &lt;i&gt;am&#233;nagements en vue de retomb&#233;es &#233;conomiques&lt;/i&gt;, l'exercice par le sport, le sport par les Jeux olympiques, les Jeux olympiques par les affaires, les affaires par la corruption, la comp&#233;tition par le dopage, la litt&#233;rature par le journalisme, le journalisme par l'info, le vrai par le faux, l'original par la reproduction, le &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; par le &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt;, le nom par le pr&#233;nom, le nom et le pr&#233;nom par le &lt;i&gt;pseudo&lt;/i&gt;, le c&#339;ur par le c&#339;ur artificiel, toutes les parties du corps humain par des pi&#232;ces de rechange, l'histoire par l'id&#233;ologie, le destin des nations par la politique, la politique par l'&#233;conomie, l'&#233;conomie par la finance, le regard par la sociologie, le chagrin par les statistiques, le monde r&#233;el par le site touristique, les habitants par les touristes, les indig&#232;nes par les allog&#232;nes, les Europ&#233;ens par les Africains, les m&#232;res par les m&#232;res porteuses, les hommes par les femmes, les femmes par les poup&#233;es gonflables, les hommes et les femmes par les robots, les peuples par les peuples, l'humanit&#233; par la posthumanit&#233;, l'humanisme par le transhumanisme, l'homme par la Mati&#232;re Humaine Indiff&#233;renci&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disours de Renaud Camus &#224; Baix, octobre 2017&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tissus d'impressions, d'anachronismes et de dictons populaires, les th&#233;ories politiques de Renaud Camus incarnent &#224; merveille la m&#233;fiance extr&#234;me envers la modernit&#233;. Il rejette le monde globalis&#233; et pose le retour &#224; la tradition comme unique moyen de ne pas sombrer. Cette tradition fantasm&#233;e, sans accroche historique, lui permet de recoudre les b&#233;ances que la perte de sens g&#233;n&#233;ral continu de causer. Son monde est imaginaire. Son monde est une fiction. Paradoxal pour un auteur qui a volontiers soulign&#233; les liens de la fiction avec le mensonge. Lui pour qui &#233;crire=vivre, pour qui le &#171; je &#187; est un garant de v&#233;rit&#233;, pour qui &#233;crire est le geste de ce qui ne peut pas &#234;tre dit, le voici d&#233;fendant un ordonnancement du monde qui tient du genre de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;O&#249; donc situer cette unit&#233; dont se r&#233;clame Renaud Camus ? Cette unit&#233; caract&#233;ris&#233;e par une vie d'&#233;criture ? Nous la situons dans la mis&#232;re de sens du pr&#233;sent qui par effet de compensation fait entrer notre auteur dans le genre de l'utopie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt;, qui a plu pour son r&#233;alisme, en est un exemple flamboyant. Tout ce qui est racont&#233; ressemble &#224; la r&#233;alit&#233; : lieux, rues, dialogues&#8230; et pourtant rien n'est moins faux. &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; est une mise en r&#233;seaux d'espaces clos d&#233;di&#233;s &#224; la masculinit&#233;, l'&#233;rotisme et la f&#234;te. Ces espaces sont plac&#233;s en enfilade, du bar jusqu'au lit. Cet univers est peupl&#233; de cr&#233;atures masculines, charpent&#233;es et viriles, moustachues et poilues dont les attributs physiques viennent effacer les d&#233;tails jusqu'&#224; l'oubli des pr&#233;noms. Les hommes sont mis en s&#233;rie dans un environnement ou ils sont eux-m&#234;mes produits et consommateurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;poque de &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; est celle ou s'impose le n&#233;o-lib&#233;ralisme, particuli&#232;rement visible par l'investissement des milieux homosexuels par l'&#233;conomie. Renaud Camus et c'est un d&#233;tail amusant, contribue &#224; construire le nouvel homme gay dont la sexualit&#233; disjointe du politique prend naturellement place dans le priv&#233;. Et cet homme mis en s&#233;rie par ses attributs, l'homme du regard furtif, l'homme du coin de la rue, qu'est-il hormis une publicit&#233;, c'est-&#224;-dire l'homosexuel accompli du XXIe si&#232;cle. Or, ce XXIe si&#232;cle, il l'a en horreur. L'obsolescence et la superficialit&#233; qui le caract&#233;rise, il les conjure par une th&#233;orie capable de tout expliquer. C'est l&#224; le second versant de son utopie. La jubilation se dissimule &#224; peine dans les &#233;crits de celui qui dispense la bonne parole, qui l&#232;ve le voile. Une th&#233;orie ou chaque chose trouve une place, un sens, un but. C'est la force du conspirationnisme que d'aller jusqu'&#224; int&#233;grer dans sa th&#233;orie, les critiques formul&#233;s &#224; son encontre. Mais l&#224;, l'utopie n'est pas cloisonn&#233;e dans un monde sp&#233;cial. Elle se superpose au monde et ne pense plus avec un &#171; je &#187;, mais avec les peuples, les races, les classes, les genres&#8230; C'est un d&#233;lire du monde qui cherche &#224; recoudre le vide dont nous parlions par une apocalypse biblique, avec ses destructions ou d&#233;placements de populations, sa r&#233;demption, sa terre promise. Utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POST-SCRIPTUM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Renaud Camus nous int&#233;resse, c'est qu'en partie sa conception d'un Nouveau Monde gay a gagn&#233;. Et nous en sommes encore les h&#233;ritiers aujourd'hui. L'id&#233;al qui se traduisait il y a quarante ans par l'expression &#171; monter &#224; Paris &#187;, c'est-&#224;-dire se donner la possibilit&#233; pour un homosexuel provincial de vivre sans contrainte sa sexualit&#233;, se retrouve aujourd'hui partout sur papier glac&#233; torse nu et souriant. Dans les deux cas, l'id&#233;al n'est qu'un autre nom pour qualifier la modernit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de l'homosexualit&#233; des ann&#233;es 80 &#224; nos jours pourrait se comprendre comme une longue travers&#233;e du d&#233;sert &#224; la recherche du politique. C'est la premi&#232;re t&#226;che qui nous incombe :&lt;br class='autobr' /&gt;
placer le politique au centre de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connecter la sexualit&#233; &#224; l'histoire, le priv&#233; au collectif, l'individuel &#224; l'&#233;v&#232;nement, c'est se rendre capable de son propre r&#233;cit, et de le partager. C'est irrigu&#233; &#224; nouveau de sens les liens ass&#233;ch&#233;s dans le d&#233;sert. Et cette lutte contre la s&#233;paration est une dimension essentielle pour que les pi&#232;ges id&#233;ologiques puissent enfin &#234;tre d&#233;jou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tati-Gabrielle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le FHAR avait pos&#233; publiquement et avec fracas la question de l'homosexualit&#233;. Et il paraissait somme toute logique que la question soit d'abord politique, puisque d'un c&#244;t&#233;, &#171; la question de l'homosexualit&#233; faisait partie de celles qui ne se posent pas tant que ceux qui sont concern&#233;s ne l'ont pas pos&#233;e. Elle est marginale, essentiellement marginale m&#234;me, puisque parfaitement &#233;trang&#232;re aux masses &#187; (Guy Hocquenghem, Le d&#233;sir homosexuel, 1972, &#201;ditions universitaires). De l'autre, elle s'inscrivait dans l'action r&#233;volutionnaire : les luttes politiques, les comit&#233;s de quartiers, le militantisme aux prises avec le Parti Communiste et les gauchistes comme lors de la manifestation du 1er mai 1971. Lors de cette journ&#233;e, des homosexuels radicaux, accompagn&#233;s de membres du MLF, d&#233;filent aux c&#244;t&#233;s des syndicats sous une vaste banderole appelant &#224; mettre &#171; A bas la dictature des &#8220;normaux&#8221; ! &#187; (Voir le Rapport contre la normalit&#233; du FHAR).&lt;br class='autobr' /&gt;
Guy Hocquenghem en fera la synth&#232;se en ces termes : &#171; Il faut se d&#233;cider &#224; renoncer aux r&#234;ves de r&#233;conciliation entre les d&#233;tenteurs officiels de la r&#233;volution et l'expression du d&#233;sir. Il est impossible d'obtenir du d&#233;sir qu'il s'int&#232;gre dans le cadre d'une r&#233;volution d&#233;j&#224; lourde du pass&#233; historique du &#171; mouvement ouvrier &#187;. Aussi faut-il faire d&#233;couler l'exigence r&#233;volutionnaire du mouvement m&#234;me du d&#233;sir ; ce n'est pas seulement d'un nouveau mod&#232;le r&#233;volutionnaire dont il est besoin, mais d'une remise en question des contenus attach&#233;s traditionnellement au terme de r&#233;volution, en particulier l'id&#233;e de prise du pouvoir &#187; (Guy Hocquenghem, Le d&#233;sir homosexuel, 1972, &#201;ditions universitaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'individuel, le personnel, le priv&#233; commen&#231;ait &#224; se rendre visible, &#224; s'affirmer : &#171; Le personnel est politique &#187;. Le groupe, les bandes, les tendances du FHAR firent irruption sur la sc&#232;ne des luttes traditionnelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois ann&#233;es d'exp&#233;rimentations du FHAR irrigueront la d&#233;cennie. Sa critique g&#233;n&#233;rale de la domination, allant du lit &#224; l'usine, en passant par les institutions, le couple, la famille, le travail, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'&#201;tat trouvera une forme de limite, voire de contradiction en son sein. En effet, certains du FHAR, dont Guy Hocquenghem, affirmeront la limite de la critique face &#224; l'expression du d&#233;sir, particuli&#232;rement celle des rapports de pouvoir dans la sexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; S'il s'agit de d&#233;clencher les &#233;nergies du groupe, il faut affirmer toutes les puissances du d&#233;sir, avec ce qu'elles ont de profond&#233;ment immoral et anti-militant : jeu excitant des rapports de force, &#171; passion de dominer &#187;, s&#233;duction sexuelle et drague infatigable, go&#251;t des masques et de la dissimulation. Mais il est clair que rien dans cette effervescence sauvage, ne contribue &#224; l'harmonie du groupe, et le serment constitutif se disloque sous l'effet des forces centrifuges du d&#233;sir &#187; (Fran&#231;ois Fourquet, L'id&#233;al historique revue Recherches n&#176;14, 1969, &#201;ditions CERFI)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trois milliards de pervers, La Grande Encyclop&#233;die des Homosexualit&#233;s, r&#233;&#233;dition de la publication saisie en 1973, 2015 &#233;ditions Acratie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Martel, Le rose et le noir &lt;i&gt;les homosexuels en France depuis 1968&lt;/i&gt;, 1996 &#233;ditions du Seuil&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vid&#233;o de Renaud Camus - L'atelier d'&#233;criture. Interview de Pascale Bouh&#233;nic pour le Centre Georges Pompidou 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Todd Shepard, M&#226;le d&#233;colonisation &#034;L'homme arabe&#034; et la France, de l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne &#224; la r&#233;volution iranienne, 2017, &#233;ditions Payot et Rivages&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vid&#233;o de Renaud Camus - L'atelier d'&#233;criture. Interview de Pascale Bouh&#233;nic pour le Centre Georges Pompidou, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien donn&#233; par Renaud Camus &#224; la revue Genesis. Propos recueillis en d&#233;cembre 1999 par Gilles Alvarez&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Renaud Camus, Notes achriennes, 1982 &#233;ditions hachette P.O.L pages 29-30&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Disours de Renaud Camus &#224; Baix, octobre 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie Ottavi, Jacques de Bascher dandy de l'ombre, 2017, &#233;ditions S&#233;guier&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien donn&#233; par Renaud Camus &#224; la revue Genesis. Propos recueillis en d&#233;cembre 1999 par Gilles Alvarez&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Disours de Renaud Camus &#224; Baix, octobre 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le rose. Et un joyeux nouveau vagin</title>
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		<dc:subject>Andrea Long Chu</dc:subject>
		<dc:subject>Andrea Long Chu </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Andrea Long Chu parle Marche des Femmes, bonnets roses, chirurgie du bas et musique pop, et r&#233;fl&#233;chit aux difficiles impasses du signifiant &#171; pussy/chatte &#187; dans la lutte f&#233;ministe.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton53.jpg?1731403049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; Le rose &#187; (un article paru en 2019 dans le magazine new-yorkais &lt;i&gt;n+1&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Long Chu, &#171; The Pink &#187;, n+one, Issue 34, Spring 2019 ; Merci &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), Andrea Long Chu parle Marche des Femmes, bonnets roses, chirurgie du bas et musique pop, et r&#233;fl&#233;chit aux difficiles impasses du signifiant &#171; pussy/chatte &#187; dans la lutte f&#233;ministe. Qui sont, au juste, les sujettes de la lutte f&#233;ministe, quand celles-ci sont sans cesse conduites &#224; embrasser d'autres solidarit&#233;s, trans*f&#233;ministes, d&#233;coloniales, anti-racistes, handi ou encore pro-sexes ? Le signifiant &#171; vagin &#187; et les tensions qu'il suscite permet &#224; Andrea Long Chu de poser la question d'un autre signifiant glissant : le signifiant &#171; femme &#187; ou &#171; femelle &#187; et son incapacit&#233; &#224; d&#233;signer le sujet collectif du f&#233;minisme. &#171; Tout se passe comme si, &#233;crit Chu, ayant assimil&#233; la coupable impossibilit&#233; de parler au nom de toutes les femmes, le f&#233;minisme s'&#233;tait r&#233;sign&#233; &#224; jouer le r&#244;le modestement vertueux de ma&#238;tresse de maison pour les causes des autres. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En bonne disciple de Valerie Solanas (l'anti-h&#233;ro&#239;ne du f&#233;minisme radical &#224; laquelle on doit le &lt;i&gt;SCUM Manifesto&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Manifeste des Rebuts&lt;/i&gt;), Andrea Long Chu n'&#233;crit pas n&#233;cessairement les choses parce qu'elles sont vraies, &#171; mais parce qu'elle peut les &#233;crire &#187;, c'est-&#224;-dire pour en tester les effets sur elle-m&#234;me et ses lectrices. C'est ainsi qu'elle lit l'appel de Solanas &#171; &#224; renverser le gouvernement, achever l'automation compl&#232;te, &#233;liminer le syst&#232;me mon&#233;taire et supprimer le sexe masculin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valerie Solanas, SCUM Manifesto, auto-publi&#233; &#224; New York en 1967 ; traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : maintenant que nous avons entendu cet appel, comment sommes-nous conduites &#224; nous positionner ? La m&#234;me chose peut se dire du texte qui suit o&#249; se m&#234;lent t&#233;moignages &#224; la premi&#232;re personne, critique culturelle et une fine dose de dialectique : c'est une opportunit&#233; pour faire face, peut-&#234;tre, &#224; quelques unes de nos propres contradictions int&#233;rieures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma chatte avait deux ans quand j'ai eu la mienne. Elle m'avait m&#234;me pr&#233;c&#233;d&#233; sur ce plan-l&#224; (la chirurgie du bas) en se faisant op&#233;rer quelques vingt-et-un mois avant moi, apparemment. Quand je l'ai trouv&#233;e, dans un refuge pour animaux pr&#232;s du b&#226;timent des Nations Unies &#224; Manhattan, j'avais d&#233;j&#224; plus ou moins abandonn&#233; les recherches. J'avais pass&#233; trois jours &#224; braver les pluies froides de janvier, munie de ma caisse &#224; chat achet&#233;e sur Amazon Prime ; trois jours o&#249; j'&#233;tais rentr&#233;e &#224; la maison bredouille et tremp&#233;e. Ce n'est pas si facile de mettre la main sur une chatte. Les chats se reproduisent au printemps et en &#233;t&#233;, donc adopter un chaton en plein hiver ce n'est pas une mince affaire. Mais le quatri&#232;me jour, en me rendant dans mon cinqui&#232;me refuge, j'ai finalement rencontr&#233; cette petite cr&#233;ature, marbr&#233;e d'argent et &#226;g&#233;e d'&#224; peine trois mois, tout juste sortie de chez le v&#233;t&#233;rinaire. Elle s'est accroch&#233;e &#224; moi comme on s'accroche &#224; un arbre ou &#224; un espoir. On m'a dit que c'&#233;tait un m&#226;le, mais j'avais d&#233;j&#224; entendu &#231;a. Elle a trembl&#233; sur tout le chemin du retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver aussi quand j'ai eu ma chatte. Intentionnellement, les semaines qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'op&#233;ration &#233;taient dans le flou. J'avais recolor&#233; mes cheveux gris-m&#233;tal en gris-argent l&#233;g&#232;rement violac&#233;. Je peinais stupidement &#224; finir le manuscrit de mon premier livre, que je jetai dans les mains de mon &#233;ditrice comme on vide son frigo des restes d'un plat qui commencent d&#233;j&#224; &#224; moisir et tout en sachant qu'on n'en aurait jamais mang&#233; de toute fa&#231;on. J'avais achet&#233; de nouvelles lunettes. Et fait un tour chez le dentiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier tatouage &#233;tait une vulve aux formes g&#233;om&#233;tris&#233;es : sur mon avant-bras. Une amie me tenait la main. Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que ce tatouage &#233;tait douloureux, de cette sorte de douleur qui, bien qu'on puisse la pr&#233;voir, vous prend tout de m&#234;me par surprise. Toute douleur corporelle commence avec le choc que provoque l'audace de l'intrusion physique, une sorte d'&#233;tonnement face &#224; l'insinuation franchement incroyable que je ne suis pas, contrairement &#224; ce que je pensais encore une seconde auparavant, le centre de l'univers. J'ai appris ma le&#231;on fa&#231;on &#233;lectrique : pendant un an, une &#233;pilation de la zone pubienne, o&#249; chaque follicule &#233;tait cibl&#233; par de petites piques tr&#232;s pr&#233;cises, &#224; peine de la taille d'un cheveu. Apr&#232;s des mois de lutte, ma douleur et moi sommes arriv&#233;es &#224; une forme de r&#233;conciliation, nous reconnaissant mutuellement l'une &#224; l'autre un certain droit &#224; la pr&#233;sence sous une clause tacite de non-interf&#233;rence, comme deux ex s'&#233;changeant un bref hochement de t&#234;te quand elles se croisent en soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, j'en &#233;tais &#224; collectionner les douleurs, je les &#233;pinglais au tableau de li&#232;ge de mon cerveau comme autant de petits insectes, inscrivant consciencieusement sous chacune d'elles leurs noms sur de menues &#233;tiquettes. Ainsi rassembl&#233;es, j'avais dans l'espoir que ce catalogue de douleurs pourrait rendre compte d'une m&#233;tamorphose plus profonde que le simple r&#233;arrangement de chairs que j'allais subir. Dans la vaginoplastie, le p&#233;nis n'est pas excis&#233;, mais d&#233;licatement ouvert et invagin&#233; &#8212; pensez &#224; une mangue qu'on couperait en deux. Le scrotum, une fois ses locataires expuls&#233;s, sert &#224; ourler les parois vaginales et &#224; former les l&#232;vres. J'ai scrupuleusement d&#233;taill&#233; par le menu les angoisses qui m'attendaient au tournant : les complications, la possibilit&#233; de se r&#233;veiller en pleine op&#233;ration. Mais vraiment, pour l'essentiel, je voulais &#234;tre coup&#233;e, je voulais qu'on me coupe en deux comme la femme des tours de magie. Je n'avais pas peur que le degr&#233; de changement soit catastrophique. J'avais peur qu'il ne le soit pas assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille de l'op&#233;ration, j'ai donn&#233; une petite f&#234;te au deuxi&#232;me &#233;tage d'un pub &#224; Brooklyn. J'avais pass&#233; des semaines &#224; chercher une nouvelle robe. &#171; Mademoiselle Andrea Long Chu vous invite &#224; vous joindre &#224; elle et &#224; ses amies pour c&#233;l&#233;brer les fun&#233;railles de sa bite &#187;, disaient les faire-part. Les v&#234;tements de deuil &#233;taient pr&#233;conis&#233;s. Quand je suis arriv&#233;e, j'ai d&#233;couvert qu'une des invit&#233;es avait d&#233;valis&#233; la boutique de farce-et-attrapes du coin et dress&#233; un mur de ballons sur lesquels on pouvait lire &#171; Happy New Vagina &#187; [Joyeux Nouveau Vagin]. Les ballons se tenaient l&#224;, couleur aluminium sur fond de mur de brique, le H l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;, comme indign&#233; du r&#244;le qui lui avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;. Ce soir-l&#224;, nous nous sommes engag&#233;es dans des rituels fun&#233;raires. &#171; Toutes mes condol&#233;ances &#187;, m'a-t-on volontiers r&#233;p&#233;t&#233;, faisant une moue moqueusement empathique. L'une de mes amies m'a offert une paire de sous-v&#234;tements &#233;rotiques ; une autre, une banane coup&#233;e en deux. &#192; la fin de la soir&#233;e, une autre m'a pr&#233;sent&#233; un g&#226;teau-annonce-du-sexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : les objets ou &#233;v&#233;nements gender reveal sont des dispositifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'elle m'a invit&#233; &#224; couper. Le g&#226;teau &#233;tait rose. Tout allait se passer pour le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La situation du vagin dans les politiques f&#233;ministes aujourd'hui est, au mieux, touffue&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Neuf heures plus tard, je trottinais maladroitement dans un couloir au bras d'une infirmi&#232;re du bloc op&#233;ratoire, mes chaussures recouvertes de leurs capotes hygi&#233;niques se coin&#231;ant dans les angles du carrelage. Je ne sais pas pourquoi, mais nous &#233;tions press&#233;es. Je ne pouvais rien voir sans mes lunettes &#8212; on m'avait dit de les laisser dans la chambre &#8212; donc l'infirmi&#232;re avait saisi mon bras et courrait droit devant elle comme une joueuse de football am&#233;ricain en me serrant contre son torse. Faisant ainsi notre petit jogging pr&#233;-op&#233;ratoire, nous discutions. Elle me dit qu'elle avait r&#233;cemment fait une chirurgie laser aux yeux pour se d&#233;barrasser de ses lentilles. &#171; C'est plus pratique pour mon travail &#187;, me dit-elle. &#171; Ma famille s'inqui&#233;tait des risques, mais c'est ce que je voulais. &#187; Et puis nous y &#233;tions : une large porte munie d'un hublot, comme si nous &#233;tions des soldates ren&#233;gates qui nous appr&#234;tions &#224; monter &#224; bord d'un sous-marin. &#192; l'int&#233;rieur, on aurait dit un d&#233;cor de cin&#233;ma, probablement parce que les seules salles op&#233;ratoires que j'avais jamais vues &#233;taient dans des films ou &#224; la t&#233;l&#233;. On m'a attach&#233;e &#224; la table. Des personnes en blouse blanche s'activaient autour de moi, v&#233;rifiant ceci, consultant cela. L'une d'entre elles a dit : &#171; on se croirait &#224; un arr&#234;t au stand, comme en Formule 1 &#187;. Dans l'analogie, c'&#233;tait moi la voiture. Quelqu'un s'est approch&#233; pour piquer une de mes veines. &#171; On m'a dit que j'avais de bonnes veines &#187;, me suis-je vant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que quand l'anesth&#233;siste vous dit de compter &#224; rebours &#224; partir de 10, 9, 8&#8230;, personne ne d&#233;passe 9. Je ne me rappelle pas avoir commenc&#233; &#224; compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas facile d'expliquer pourquoi je voulais un vagin. Il y avait les soucis techniques : dissimuler mon p&#233;nis entre mes jambes n'&#233;tait vraiment pas pratique, et je devais souvent reproduire l'op&#233;ration &#224; chaque changement de posture. Le sexe, aussi, &#233;tait un facteur important. Avoir des relations sexuelles avec le corps qui &#233;tait le mien, c'&#233;tait un peu comme essayer d'&#233;crire sur un tableau noir avec un citron &#8211; et c'&#233;tait vrai m&#234;me avant que la plus simple excitation &#233;rotique commence &#224; devenir douloureuse. On m'a dit qu'il s'agissait d'une atrophie li&#233;e aux bloqueurs anti-testost&#233;rone. Cela para&#238;t &#233;vident : ton corps coupe le gaz si tu arr&#234;tes de payer les factures. Mais l'explication la plus simple tenait au fait que j'esp&#233;rais qu'en ayant un vagin, je me sentirais davantage &#234;tre une femme. Malheureusement, cette explication s'av&#232;re &#234;tre aussi la plus compliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation du vagin dans les politiques f&#233;ministes aujourd'hui est, au mieux, touffue. Pas besoin sur ce point de remonter plus loin dans le temps qu'au moment de la Marche des Femmes sur Washington, en janvier 2017, un jour apr&#232;s l'inauguration [de Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis]. Deux mois avant la marche, inspir&#233;es par les d&#233;clarations du nouveau pr&#233;sident-&#233;lu se vantant de pouvoir attraper les femmes &#171; par la chatte &#187;, deux tricoteuses amatrices, Krista Suh et Jayna Zweiman avaient publi&#233; un patron de tricot qui s'est rapidement r&#233;pandu sur les r&#233;seaux sociaux : ce patron permettait de tricoter un simple bonnet rectangulaire qui, une fois plac&#233; sur la t&#234;te, munissait sa porteuse d'oreilles de chat. Zweiman affirme que le rose a &#233;t&#233; adopt&#233; de mani&#232;re ironique, en raison de sa connotation &#171; girly &#187; et frivole. En quelques jours, le bonnet-chatte [&lt;i&gt;pussyhat&lt;/i&gt;] est devenu l'uniforme officieux de la Marche des Femmes ; des photos vues du ciel de l'&#233;v&#233;nement, la plus grande manifestation &#233;ph&#233;m&#232;re qu'ait connue le pays au cours de son histoire, donnent &#224; voir une mer de petits points roses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques adress&#233;es au bonnet-chatte en sont venues &#224; &#234;tre domin&#233;es par deux slogans : 1/ toutes les chattes ne sont pas roses et 2/ toutes les femmes n'ont pas de chatte. La premi&#232;re objection, qui revient &#224; une accusation de racisme, s'appuie sur une confusion tr&#232;s largement partag&#233;e mais rarement consciente des diff&#233;rents sens du mot argotique &lt;i&gt;chatte&lt;/i&gt;, qui peut soit se r&#233;f&#233;rer au vagin, c'est-&#224;-dire le canal musculaire par lequel les mammif&#232;res donnent naissance ; soit &#224; la vulve, qui inclut les organes g&#233;nitaux externes (l&#232;vres, clitoris, vestibule vulvaire, et m&#234;me le mont du pubis) ; soit aux deux en m&#234;me temps. Ajoutez &#224; cela le fait que le mot &lt;i&gt;vagin&lt;/i&gt; est parfois employ&#233; pour d&#233;noter la vulve, et tout fout le camp. Les vulves tendent, certes, &#224; refl&#233;ter la couleur de peau, puisqu'elles sont de teintes plus fonc&#233;es ; les vagins, cependant, sont tous et toujours roses, aussi s&#251;rement que le sang est toujours rouge. (C'est d'ailleurs aussi le cas du vestibule, ce petit foyer cach&#233; que vous ou votre partenaire d&#233;couvrez quand vous s&#233;parez les petites l&#232;vres.) Ceci n'&#233;tant pas dit pour d&#233;douaner la Marche des Femmes de son absence de mixit&#233; raciale, au contraire. Mais quant au bonnet-chatte lui-m&#234;me, tout ce qui s'est finalement dit sur la difficile coalition des luttes, sur la repr&#233;sentation, sur le f&#233;minisme et sa relation tumultueuse avec le racisme aurait pu facilement &#234;tre &#233;vacu&#233; avec un simple miroir de poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde objection &#8212; selon laquelle toutes les femmes n'ont pas de vagin &#8212; est plus difficile &#224; &#233;vacuer. D'un c&#244;t&#233;, elle a l'avantage certain d'&#234;tre vraie : il est vrai que &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les femmes n'ont pas de vagin ; tout autant qu'il est vrai que &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les vagins ne sont pas de femmes. Cela dit, le bonnet-chatte est tout de m&#234;me assez loin d'&#234;tre une repr&#233;sentation artistique des organes g&#233;nitaux femelles. C'est juste un morceau de costume, dont la suggestion la plus litt&#233;rale ne consiste pas &#224; dire que les porteuses du bonnet sont n&#233;cessairement des femmes, mais plut&#244;t : des chattes (ou des chats). Ceci assurant le fait que la relation entre le bonnet et l'organe sexuel &#233;tait, au bas mot, figurative : de l'ordre du jeu de mots s&#233;miotico-visuel, le bonnet-chatte permettait aux manifestantes un &#233;cart, &#224; peu de frais, par rapport aux normes de la d&#233;cence bourgeoise. Ce n'est pas exactement comme si on avait demand&#233; aux participantes de soulever leurs jupes pour pouvoir entrer dans la Marche des Femmes. La vraie question soulev&#233;e par le bonnet-chatte n'&#233;tait pas de savoir si les femmes pouvaient &#234;tre r&#233;duites &#224; un muscle &#233;lastique (id&#233;e risible que personne n'a jamais vraiment consid&#233;r&#233;e), mais de savoir si l'on pouvait d&#233;cemment confier &#224; l'image r&#233;fract&#233;e d'un vagin le r&#244;le de symbole politique pour un mouvement f&#233;ministe qui s'est, depuis longtemps, largement d&#233;ni&#233; la possibilit&#233; de se doter de symbolisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne remets pas en cause le fait que certaines femmes transgenres aient pu se sentir ali&#233;n&#233;es par ces bonnets. Mais il y a aussi celles qui, comme moi, ne se sont pas senties ali&#233;n&#233;es. En r&#233;alit&#233;, les femmes trans avaient toute une vari&#233;t&#233; d'opinions concernant le bonnet-chatte. Certaines d'entre nous avaient m&#234;me &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; opinions. Et cependant, de nombreuses femmes cis semblent avoir trouv&#233; une curieuse satisfaction politique &#224; pouvoir projeter sur les femmes trans leurs propres sentiments ambivalents concernant le bonnet-chatte (sans parler de leurs chattes-chattes) au nom de la solidarit&#233;. En s'assurant les unes les autres que le vagin n'avait pas sa place dans les trafics m&#233;taphoriques du f&#233;minisme, ces femmes s'arrogeaient en r&#233;alit&#233; l'organe en question. Apr&#232;s tout, le bonnet-chatte ne pouvait &#234;tre traduit en justice devant les juges de l'essentialisme que si l'on avait d&#233;cid&#233; par avance que la seule relation possible au vagin consistait &#224; en avoir un. &#171; Toutes les femmes n'ont pas de vagin &#187;, semblaient dire nos soutiens, &#171; &lt;i&gt;mais nous oui&lt;/i&gt;. &#187; Au pire, cette forme de raisonnement servait de couverture aux m&#234;mes obsessions transphobes qui tournent autour des organes g&#233;nitaux des femmes trans ; de sorte que, d'une certaine mani&#232;re, sous couvert d'inclusivit&#233;, les femmes cis se donnaient donc &#224; elles-m&#234;mes le r&#244;le de nous rappeler &#224; nos bites. Au mieux, nos d&#233;fenseures pr&#233;supposaient, avec une ignorance remarquable, que les femmes trans ne pouvaient tout simplement pas &#234;tre int&#233;ress&#233;es par un imaginaire vaginal &#8211; comme si notre int&#233;grit&#233; psychique fondamentale ne pouvait reposer, comme &lt;i&gt;celle de tout&#183;e &#224; chacun&#183;e&lt;/i&gt;, sur l'identification avec des choses qu'au sens le plus plein du terme nous ne poss&#233;dons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je m'emballe. Quelle importance ? Les bonnets-chattes &#233;taient stupides et mignons et avaient l'air d'avoir &#233;t&#233; tricot&#233;s par ta m&#232;re. Pour quelques-unes, c'&#233;tait r&#233;dhibitoire ; pour les autres, &#231;a en faisait un point de convergence &#8212; surtout pour ces quelques femmes blanches qui vivent dans les banlieues chic et chez qui la d&#233;faite d'Hillary Clinton avait &#233;veill&#233; une conscience f&#233;ministe. De ce point de vue, les bonnets-chattes en sont venus &#224; signaler une sorte de jeunesse distincte de l'&#226;ge biologique : une jeunesse politique, dont les traits caract&#233;ristiques tiennent essentiellement &#224; une sorte de pu&#233;rilit&#233; rh&#233;torique embarrassante. Le v&#233;ritable probl&#232;me soulev&#233; par les bonnets-chattes c'est qu'ils donnaient &#224; voir, avec la touchante na&#239;vet&#233; qu'ont les tard venues sur le champ de bataille politique, la promesse d'une cat&#233;gorie universelle pour les femmes, &#224; laquelle le f&#233;minisme avait depuis longtemps jur&#233; de renoncer. Il n'est peut-&#234;tre pas exag&#233;r&#233; d'imaginer que les f&#233;ministes qui se sont le plus oppos&#233;es au bonnet-chatte l'ont justement fait parce qu'elles voyaient dans l'insouciance de celles qui l'avaient adopt&#233; une version comme rajeunie et plus sympathique d'elles-m&#234;mes, tout sous le charme que ces tard venues &#233;taient de leurs nouvelles amours avec la conscience politique, dont elles n'avaient pas encore appris &#224; contenir les ambitions. On a g&#233;n&#233;ralement honte de ce dont on a &#233;t&#233; fi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant mon op&#233;ration, j'ai fait un r&#234;ve o&#249; j'&#233;tais un personnage dans un jeu vid&#233;o. Comme il arrive parfois dans les jeux vid&#233;o, je mourrais. &#192; ma r&#233;surrection, j'avais un nouveau visage, le visage d'une autre femme. &#192; mon r&#233;veil, je me suis blottie dans les bras de ma compagne. En larmes, je r&#233;alisais que tout ce que je n'avais jamais voulu, c'&#233;tait de ne plus &#234;tre capable de me reconna&#238;tre moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;veill&#233;e dans la salle de convalescence l&#233;g&#232;rement d&#233;lirante. L'anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale se dissipait lentement &#224; la mani&#232;re d'un vers parasite qu'on aurait eu du mal &#224; convaincre de sortir de son h&#244;te. La douleur &#233;tait intense et vive, comme si j'avais eu envie de pisser depuis une semaine sans pouvoir me soulager. Deux tubes en caoutchouc s'&#233;chappaient de mon pelvis enti&#232;rement couvert de pansements. Je finis par retrouver suffisamment mes esprits pour comprendre que l'un d'eux &#233;tait un cath&#233;ter qui avait pour fonction de drainer l'urine de ma vessie, et l'autre un &#171; aspirateur &#224; blessure &#187; dont la fonction &#233;tait de tirer de mon corps un fluide rouge-sang et des morceaux de quelque chose plus sombre. Moi, probablement. Mais quant &#224; ce qui dormait au-dessous de ces pansements, personne n'aurait pu dire de quoi il retournait. Aucun organe g&#233;nital ne semblait y avoir plus sa place qu'un autre &#8212; et aurait tout aussi bien pu s'y cacher un nouveau membre, ou le visage de la plus belle femme du monde.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; implacable de l'op&#233;ration tient &#224; ce que ce sont exactement toutes les m&#234;mes terminaisons nerveuses qui sont r&#233;employ&#233;es comme les pi&#232;ces d&#233;mantel&#233;es d'un vieux bateau.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins m'avaient assur&#233; qu'apr&#232;s l'op&#233;ration je n'aurais pas faim, en raison du fait que l'anesth&#233;sie donne la naus&#233;e &#224; une patiente sur trois, donc bien s&#251;r j'&#233;tais affam&#233;e. Tr&#233;pignant comme une enfant, je commen&#231;ai &#224; r&#233;clamer de la nourriture. L'infirmi&#232;re, g&#233;n&#233;reuse, m'a donn&#233; un cracker, que j'ai d&#233;vor&#233; avec une joie enfantine, en laissant le bl&#233; sec du g&#226;teau se transformer en bouillie dans ma bouche. Bient&#244;t, un petit parlement de blouses blanches me rendait visite, qui s'assurait aupr&#232;s de l'infirmi&#232;re que j'&#233;tais bien maintenue &#224; un r&#233;gime strictement liquide. Elle a confirm&#233; sans h&#233;siter. &#171; Merci de n'avoir rien dit &#187;, m'a-t-elle chuchot&#233; apr&#232;s que les blouses blanches sont parties. Maintenant, nous avions toutes les deux un secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233;e &#224; l'h&#244;pital encore cinq jours. Ma petite amie dormait sur le canap&#233; dans ma chambre. Je m'effor&#231;ais de regarder des &#233;missions culinaires sur Netflix, mais les morceaux de viande scintillants commen&#231;aient &#224; trop me rappeler la maison. Au troisi&#232;me jour, je r&#233;ussis &#224; chanceler hors de mon lit et &#224; m'installer sur une chaise. J'eus imm&#233;diatement la naus&#233;e et vomis athl&#233;tiquement dans la premi&#232;re poubelle &#224; ma port&#233;e en y lan&#231;ant un jet parfaitement parabolique. Des amies sont venues avec des fleurs et des potins. L'une d'elles m'a amen&#233; une guirlande de vulves en papier qu'elle avait elle-m&#234;me confectionn&#233;e. Une autre m'a offert un bonnet-chatte. Le dernier jour, la chirurgienne est venue, pleine d'entrain, d&#233;couvrir les r&#233;sultats de son op&#233;ration, et retirer un long ruban de gaze ensanglant&#233;e de mon vagin, comme une magicienne tire des mouchoirs de sa poche. Le canal enfin lib&#233;r&#233; de ses tubes et autres d&#233;bris, elle se saisit d'un long cylindre vert-m&#233;tal ray&#233; de cercles blancs, auquel elle administra une bonne lamp&#233;e de lubrifiant et qu'elle m'enfon&#231;a comme on enfonce la pompe dans une voiture &#224; la station essence. Il s'agissait d'un dilatateur m&#233;dical, un parmi trois godemichets rigides en polyur&#233;thane de tailles diff&#233;rentes. C'&#233;tait maman ourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit-l&#224;, dans mon lit, chez moi, ce sont des pleurs qui sont venus. Ou plus exactement, des lamentations, &#224; la mani&#232;re des m&#232;res qui lamentent les morts dans les vieux manuscrits. Ma voix, que j'avais entra&#238;n&#233;e depuis bien des ann&#233;es &#224; se placer plus haut et &#224; s'adoucir, s'&#233;paissit ; &#224; un moment, elle se brisa, comme les eaux d'une femme se brisent, et quelque chose de bas, de rauque, et plein de jambes, me remonta la gorge et sortit de ma bouche. La v&#233;rit&#233;, c'&#233;tait que je ne me sentais pas davantage &#234;tre une femme. Je me sentais exactement la m&#234;me. La beaut&#233; implacable de l'op&#233;ration tient &#224; ce que ce sont exactement toutes les m&#234;mes terminaisons nerveuses qui sont r&#233;employ&#233;es comme les pi&#232;ces d&#233;mantel&#233;es d'un vieux bateau. Cela voulait dire que ma vulve &#233;tait bien vivante, pleine de sensation, mais cela voulait aussi dire que ces sensations &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment ces m&#234;mes sensations que j'avais cherch&#233;es &#224; chasser &#224; coup de bistouri. Le bateau serait toujours celui de Th&#233;s&#233;e, peu importe le nombre de pi&#232;ces que je changerais. Je suppose que j'aurais d&#251; le savoir avant l'op&#233;ration. Et bien s&#251;r, je le savais, intellectuellement. Tu te tiens sur la plage et tu regardes l'oasis au loin, de l'autre c&#244;t&#233; de l'eau ; tu nages, tu es sur l'oasis : &#224; nouveau tu te mets debout, et tu regardes de l'autre c&#244;t&#233;. Tu as chang&#233; de point de vue, mais ta position est toujours la m&#234;me. Tu es toujours Ici, o&#249; que ce soit. La mar&#233;e va et vient, mais la distance, comme telle &#8212; voil&#224; ce que tu ne peux pas franchir &#224; la nage. L&#224;, dans la distance, il n'y a que la noyade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, Ovide raconte l'histoire d'Alcyone, reine de Trachis. Lorsqu'elle d&#233;couvre le cadavre de son mari noy&#233; dans les d&#233;combres d'un naufrage, elle tente de se suicider en se jetant dans la mer. Pris de piti&#233;, les dieux les transforment tous deux en martins-p&#234;cheurs &#8212; aussi surnomm&#233;s alcyons, en l'honneur d'Alcyone. Devenus oiseaux, ils sont ainsi r&#233;unis. Un vieil homme s'&#233;merveille de leur amour, et regarde le couple planer au-dessus des eaux. Il s'agit d'une fin heureuse, je suppose. Et cependant, j'h&#233;site lorsque je me mets du point de vue d'Alcyone. Ovide dit qu'elle essaye de se saisir du corps de son aim&#233; dans ses bras &#224; mesure qu'ils se transforment en ailes. Avec son nouveau bec, elle entrouvre les l&#232;vres de son amant, convaincue qu'elle peut encore l'embrasser. Quelle sorte d'oiseau est-elle donc, elle qui ne sait rien d'autre qu'&#234;tre humaine ? Qu'est-ce que cela veut dire pour elle que d'&#234;tre capable de voler si elle reste incapable de croire qu'elle y arrive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme n'est jamais parvenu &#224; assurer aux femmes le statut d'authentique sujet collectif, du moins pas au sens o&#249; la tradition intellectuelle marxiste esp&#233;rait le faire avec le prol&#233;tariat. Au contraire, on pourrait m&#234;me d&#233;finir le f&#233;minisme contemporain par son &lt;i&gt;refus&lt;/i&gt; de consid&#233;rer la femme comme cat&#233;gorie politique, puisqu'il consid&#232;re que cette cat&#233;gorie est historiquement complice de la supr&#233;matie blanche, du binarisme de genre, et des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des classes dominantes, voire du patriarcat lui-m&#234;me. La cons&#233;quence, c'est que le f&#233;minisme se trouve dans la position peu enviable politiquement de devoir affirmer sa propre impossibilit&#233;. Pour soutenir les femmes, les f&#233;ministes doivent r&#233;fr&#233;ner toute tentation d'affirmer quoi que ce soit de positif qui les concerne. Ce qui en r&#233;sulte, c'est une sorte de th&#233;ologie n&#233;gative enti&#232;rement d&#233;di&#233;e &#224; effacer les images peintes d'une d&#233;esse dont le go&#251;t pour l'auto-invisibilisation ne nous laisse gu&#232;re de temples o&#249; pratiquer nos cultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des solutions les plus simples face &#224; ce paradoxe a consist&#233; &#224; discr&#232;tement changer la signification du mot &lt;i&gt;f&#233;minisme&lt;/i&gt;. Dans la culture populaire, et en particulier sur internet, &lt;i&gt;f&#233;minisme&lt;/i&gt; en est venu &#224; jouer le r&#244;le de signifiant pour ce que la juriste Janet Halley appelle le convergentisme : la croyance que les projets de justice sociale ont pour devoir moral de converger, comme autant de lignes qui, si on les &#233;tire &#224; l'infini, finissent par se rejoindre. Alors que le f&#233;minisme d&#233;signait il y a peu un &#233;l&#233;ment parmi d'autres du programme de justice universelle, il le couvre &#224; pr&#233;sent dans son int&#233;gralit&#233; &#8212; d'o&#249; les Principes d'Unit&#233; mis en avant par exemple sur le site web de la Marche des Femmes, qui appellent notamment &#224; d&#233;fendre les droits des migrantes, le revenu universel et la propret&#233; de l'air aux c&#244;t&#233;s de r&#233;clamations plus classiques, telles que la libert&#233; reproductrice et la fin des violences sexuelles. &#171; &#199;a n'est pas du f&#233;minisme si &#231;a n'est pas intersectionnel &#187;, a notamment tweet&#233; Ariana Grande en mars 2019, en &#233;cho au fameux post de la blogueuse Flavia Dzodan en 2011 qui d&#233;clarait : &#171; soit mon f&#233;minisme est intersectionnel, soit c'est de la merde. &#187; Certaines variations populaires sur ce th&#232;me incluent &#224; pr&#233;sent la formule &#171; si ton f&#233;minisme n'inclut pas &lt;i&gt;x&lt;/i&gt;, alors ce n'est pas du f&#233;minisme &#187;, o&#249; &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; peut signifier : les femmes trans, les femmes de couleur, les femmes grosses, les travailleureuses du sexe, les personnes non-binaires, ou n'importe quelle combinaison de ces groupes et d'autres. L'id&#233;e n'est pas que les f&#233;ministes, d&#233;sireuses de justice, devraient aussi s'impliquer dans l'antiracisme, l'anti-imp&#233;rialisme et tout le reste ; l'id&#233;e, c'est plut&#244;t que le f&#233;minisme, &lt;i&gt;par d&#233;finition&lt;/i&gt;, consiste &#224; s'impliquer dans des causes extraf&#233;ministes sans lesquelles il n'est pas f&#233;ministe du tout. Voil&#224; qui est &#233;trange. Tout se passe comme si, ayant assimil&#233; la coupable impossibilit&#233; de parler au nom de toutes les femmes, le f&#233;minisme s'&#233;tait r&#233;sign&#233; &#224; jouer le r&#244;le modestement vertueux de ma&#238;tresse de maison pour les causes des autres, causes qui, quant &#224; elles, auraient r&#233;ussi &#224; g&#233;n&#233;rer des discours politiques convaincants &#8211; et alors m&#234;me que la plupart de ces causes impliquent des femmes, m&#234;me si elles n'y sont pas consid&#233;r&#233;es &lt;i&gt;en tant que &lt;/i&gt;femmes. Dans cette configuration, le f&#233;minisme d&#233;crit non pas un projet politique concret mais l'imp&#233;ratif moral de s'engager en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, une f&#233;ministe est &lt;i&gt;quelqu'un de bien&lt;/i&gt;. Et si &#231;a sonne comme un clich&#233;, tant mieux. La conviction qu'il est &#224; la fois possible et d&#233;sirable d'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; f&#233;ministe, au sens ontologiquement &#233;pais du verbe &#234;tre, ne conna&#238;t aucune comparaison dans les discours politiques de gauche, et de fait, toute une industrie m&#233;diatique s'est d&#233;velopp&#233;e pour nous y guider et nous en instruire : comme &lt;i&gt;Marie Claire&lt;/i&gt; apprenait &#224; ses lectrices comment &#234;tre &#224; la fois de bonnes cuisini&#232;res et de bonnes d&#233;coratrices d'int&#233;rieur, de m&#234;me aujourd'hui&lt;i&gt; Causette&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; Ell&lt;/i&gt;e donnent des conseils pour devenir une bonne f&#233;ministe tout en s'habillant le matin. L'ironie, c'est que le f&#233;minisme, ayant introduit il y a quelque cinquante ans l'id&#233;e radicale que la vie intime aussi est politique, se retrouve aujourd'hui &#224; devoir assurer la t&#226;che laborieuse de faire de la politique un accessoire indispensable de la vie intime de chacune. D'o&#249; l'usage des pronoms possessifs : &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; f&#233;minisme, &lt;i&gt;ton &lt;/i&gt;f&#233;minisme. Il est facile, et assez improductif, d'interpr&#233;ter cette &#233;volution comme une simple r&#233;cup&#233;ration n&#233;olib&#233;rale ou commerciale. Des slogans comme ceux de Dzodan, ind&#233;pendamment de leur intention originale, ne sont pas populaires parce qu'ils sont vrais (m&#234;me s'ils peuvent l'&#234;tre), mais parce que leur r&#233;p&#233;tition sur les r&#233;seaux sociaux donne &#224; certaines personnes un sentiment d'appartenance, d'utilit&#233; et d'importance qui leur permet de combler le foss&#233; de plus en plus b&#233;ant qui s&#233;pare leurs vies quotidiennes individuelles et le grand r&#233;cit de l'universalit&#233; politique. Voil&#224; comment op&#232;re l'imagination politique f&#233;ministe ; et il serait inutile, stupidement romantique, et impossible de vouloir op&#233;rer en dehors de sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Telle est la substance de toute politique dot&#233;e d'un trou &#8212; un universel rose et invisible sauf quand la peau s'&#233;carte et s'ouvre, aveugl&#233;ment, &#224; ses propres risques, ou au soleil, ou &#224; la langue de quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que je veux dire, ce n'est pas que le d&#233;sir d'universel est politiquement d&#233;fendable, mais plus simplement que le d&#233;sir d'universel est synonyme de d&#233;sir politique. Or, par un malheureux tournant du sort, le f&#233;minisme est &#224; la fois devenu le nom f&#233;tiche de ce d&#233;sir et la forme politique qui s'interdit de le prononcer. En effet, on pourrait donner pour d&#233;finition minimale de la f&#233;ministe qu'elle est une personne qui, tout en affirmant que les femmes ne constitueront jamais une classe politique, esp&#232;re secr&#232;tement que cela finira par arriver un jour. Peut-on vraiment en vouloir &#224; la &#171; Marche des Femmes &#187; d'avoir cherch&#233; un symbole de la f&#233;minit&#233; universelle, si les symboles sont tout ce qui nous reste ? Avant la marche, le compte Twitter du journal gratuit publi&#233; par le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Express&lt;/i&gt;, tweetait une illustration de la foule &#224; venir : lui &#233;tait donn&#233;, vue de haut, une forme de cercle accompagn&#233;e d'une grande fl&#232;che. &#192; l'&#233;vidence, il s'agissait l&#224; du mauvais symbole de genre &#8212; une gaffe qu'on aurait &#233;minemment pu &#233;viter et dont on ne peut mesurer le ridicule qu'en envisageant le nombre d'&#233;diteurices par lesquels l'image a probablement &#233;t&#233; approuv&#233;e. Mais le faux-pas n'&#233;tait pas si facile &#224; rep&#233;rer. L'illustration n'est-elle pas maquill&#233;e d'un beau rose-p&#234;che ? La symbolique masculine n'est-elle pas rat&#233;e, la fl&#232;che ressemblant moins &#224; un symbole du dieu Mars qu'au logo de la campagne Clinton ? En fait, si le faux-pas a pu si facilement &#233;chapper &#224; l'appareil de v&#233;rification du journal, c'est sans doute &#224; mettre sur le compte du fait que les &#233;diteurices, consciemment ou pas, s'imaginaient que les femmes ont un tel besoin de disposer d'un symbole politique &#8211; n'importe lequel &#8211; que les d&#233;tails de ce symbole importaient peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 2018, Janelle Mon&#225;e sort le clip &#171; Pynk &#187;, le troisi&#232;me single de son album &lt;i&gt;Dirty Computer&lt;/i&gt;. C'est un succ&#232;s. On y voit Mon&#225;e danser dans de magnifiques pantalons en forme de vagin. Et les paroles comme les gestes font sans cesse allusion au cunnilingus et &#224; la masturbation. (L'actrice Tessa Thompson, qu'on suppose depuis longtemps &#234;tre l'amante de la chanteuse, est tr&#232;s pr&#233;sente &#224; l'&#233;cran.) On a c&#233;l&#233;br&#233; Mon&#225;e pour son inclusivit&#233; &#8212; certaines danseuses ne portaient pas de pantalons-chatte &#8212;et pourtant, aucun doute possible sur le fait qu'elle aussi &#233;tait &#224; la recherche de l'universel rose-bonbon. &#171; Rose&#8230; comme au-dedans de ton&#8230; &#187; Ainsi commencent les paroles du clip, qui nous laisse en suspens jusqu'au moment o&#249; &#171; &#8230; b&#233;b&#233; &#187; nous d&#233;livre du suspense. Malgr&#233; toute la franchise visuelle du clip, &#171; Pynk &#187; est un titre qui nous parle surtout de cachettes : toutes les choses roses auxquelles la chanteuse fait allusion &#8212; pas seulement la chatte de son amante, mais aussi sa longue, son cerveau, la peau sous ses ongles &#8212; sont partiellement cach&#233;es par la chair, la k&#233;ratine, ou les os. &#171; Tout au dedans, nous sommes toutes roses &#187; r&#233;p&#232;te Mon&#225;e, et bien s&#251;r, elle voit juste. En anglais, le mot pour rose, &lt;i&gt;pink&lt;/i&gt;, d&#233;signe aussi une fleur : les &#339;illets, qui se disent&lt;i&gt; carnations&lt;/i&gt;, du latin&lt;i&gt; caro&lt;/i&gt;, pour &#171; morceau de chair &#187;. Au total, &#171; Pynk &#187; aura sugg&#233;r&#233; &#224; nouveau ce que le bonnet-chatte avait prouv&#233;, ne serait-ce que par accident, dans la controverse qu'il a suscit&#233;e : on ne peut atteindre l'universel qu'en tranchant dans les chairs. Telle est la substance de toute politique dot&#233;e d'un trou &#8212; un universel rose et invisible sauf quand la peau s'&#233;carte et s'ouvre, aveugl&#233;ment, &#224; ses propres risques, ou au soleil, ou &#224; la langue de quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes me racontent des tas d'histoires. Elles me disent qu'aucune femme ne se sent bien dans sa peau ; qu'aucune d'entre elles n'est particuli&#232;rement dou&#233;e pour se mettre du maquillage ; que c'est tr&#232;s dur pour les femmes de trouver des v&#234;tements qui conviennent aux formes sp&#233;cifiques de leurs corps ; que tous les seins pendent un peu de travers ; que les hormones sont toujours un peu hors de contr&#244;le ; que toutes les femmes se jalousent les unes les autres. Elles me disent que le sexe fait mal ; que les orgasmes n'ont rien de particulier ; que tout le monde &#233;tait laid au lyc&#233;e ; que les adolescentes n'ont pas le genre de soir&#233;es pyjamas que les films hollywoodiens mettent en sc&#232;ne, et que quand elles se retrouvent entre elles, elles ne se peignent pas les ongles des doigts de pieds, et que m&#234;me quand elles s'y essayent, le vernis &#224; ongles colle sur les draps. Elles me disent qu'il n'y a pas d'exp&#233;rience universelle de la f&#233;minit&#233;, sinon peut-&#234;tre le fait qu'il n'y a pas une femme qui se sente vraiment femme ; elles me disent qu'en fait, &#234;tre une femme ne correspond pour elles &#224; aucune exp&#233;rience particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que, quand elles me racontent cela, elles pensent faire preuve de g&#233;n&#233;rosit&#233;. Ce n'est pas le cas, mais bon : que voulez-vous attendre d'autre de la g&#233;n&#233;rosit&#233; ? Bien s&#251;r, on pourrait dire qu'il y a l&#224; en germe un processus de prise de conscience f&#233;ministe : des femmes qui disent &#224; d'autres femmes que personne n'est normal et que personne n'arrive &#224; l'&#234;tre. Mais mes amies ne savent pas la cruaut&#233; des confidences qu'elles me font, l'ironie &#224; double tranchant de ce que cela implique : &#224; savoir, l'id&#233;e que quiconque se croyant &#234;tre une femme ne peut que se tromper. Elles ne savent pas la douleur qu'on &#233;prouve quand on comprend que du seul fait d'&#234;tre vis&#233;, l'objet du d&#233;sir devient inaccessible et se brise en mille morceaux. Il y a une vieille histoire : celle de deux femmes qui se pr&#233;sentent au Roi Salomon et qui disent toutes deux &#234;tre la m&#232;re du m&#234;me nourrisson. Quand ce dernier propose de couper l'enfant en deux, la premi&#232;re femme accepte, mais la seconde, la vraie m&#232;re, se met &#224; supplier Salomon de remettre l'enfant &#224; la premi&#232;re. Elle pr&#233;f&#232;re perdre la chose aim&#233;e plut&#244;t que de la voir p&#233;rir. Je suis cette deuxi&#232;me femme. Et sans doute je ne pourrai jamais &#234;tre qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes cis en veulent aux femmes trans d'envier leur position, peut-&#234;tre parce qu'elles peuvent &#224; peine imaginer que ce qu'elles poss&#232;dent puisse &#234;tre enviable. Nous avons ceci, au moins, en commun : nous sommes deux types de femmes, avec deux mani&#232;res bien &#224; nous de nous d&#233;tester, enferm&#233;es dans des pi&#232;ces &#224; peine s&#233;par&#233;es par un mur contre lequel nous pressons chacune nos oreilles pour &#233;couter ce qui se passe dans l'autre pi&#232;ce, effray&#233;es par la pr&#233;sence de nos rivales mais simultan&#233;ment terrifi&#233;es &#224; l'id&#233;e qu'il pourrait n'y avoir personne. De mon c&#244;t&#233;, cousine, voil&#224; ce que je peux te dire : je ne veux pas ce que tu as, je veux la mani&#232;re bien &#224; toi que tu as de ne pas l'avoir. Je n'envie pas ta pl&#233;nitude ; j'envie ton vide. Et maintenant, j'ai le trou qui le prouve. Je donnerais tout ce que j'ai pour me d&#233;tester de la mani&#232;re dont tu te d&#233;testes, dans l'espoir que ce soit une mani&#232;re un peu diff&#233;rente de celle que j'ai de me d&#233;tester &#8212; ce qui, bon, n'est pas garanti. Le probl&#232;me, avec les vagins, c'est qu'on n'y voit pas tr&#232;s clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea Long Chu&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Emma-Rose Big&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Andrea Long Chu est &#233;crivaine et critique. Elle a fait des &#233;tudes de litt&#233;rature &#224; Duke et &#224; New York University, o&#249; elle est actuellement doctorante en litt&#233;rature compar&#233;e. Son essai &#171; On liking women &#187; a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme le point de d&#233;part de la &#171; deuxi&#232;me vague &#187; des &#233;tudes transf&#233;ministes (Sandy Stone). Ses &#233;crits sont publi&#233;s dans n+1, Boston Review, The New York Times, New York, Artforum, Bookforum, Chronicle of Higher Education, Affidavit, 4Columns, differences, Women and Performance, TSQ, Journal of Speculative Philosophy, et ailleurs. Son premier livre, Females, sur Valerie Solanas et la f&#233;minit&#233; comme suicide politique (&#171; Tout le monde est femelle, et tout le monde d&#233;teste &#231;a. &#187;), vient de para&#238;tre chez Verso Books. Elle vit &#224; Brooklyn avec sa compagne et leur chatte. Son second pr&#233;nom est vraiment Long.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration :&lt;br class='autobr' /&gt;
Katherine Bernhardt, &lt;i&gt;Fruit Salad Basket&lt;/i&gt;. 2016, acrylic and spray paint on canvas. 96 &#215; 120&#034;. Courtesy of the Artist and CANADA, New York.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Long Chu, &#171; The Pink &#187;, &lt;i&gt;n+one&lt;/i&gt;, Issue 34, Spring 2019 ; &lt;a href=&#034;https://nplusonemag.com/issue-34/politics/the-pink/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nplusonemag.com/issue-34/politics/the-pink/&lt;/a&gt; Merci &#224; Andrea Long Chu de nous avoir autoris&#233;es &#224; traduire sur son texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valerie Solanas, &lt;i&gt;SCUM Manifesto&lt;/i&gt;, auto-publi&#233; &#224; New York en 1967 ; traduction fran&#231;aise disponible sur infokiosques : &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/article.php3?id_article=4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/article.php3?id_article=4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : les objets ou &#233;v&#233;nements &lt;i&gt;gender reveal&lt;/i&gt; sont des dispositifs spectaculaires impliquant la r&#233;v&#233;lation publique de ballons, de pigments, voire de feux d'artifice, color&#233;s de &#171; rose &#187; (c'est un vagin !) ou de &#171; bleu &#187; (c'est un p&#233;nis !) cens&#233;s indiquer le &#171; genre &#187; (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) de l'enfant &lt;i&gt;in utero &lt;/i&gt;&#224; la famille et aux proches.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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