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		<title>Fascisme, civilisation et enr&#244;lement des sexualit&#233;s LGBT</title>
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		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>Homosexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement homosexuel</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
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		<dc:subject>homonationalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment les configurations sexuelles participent-elles activement &#224; la l&#233;gitimation de l'agenda guerrier contemporain ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-homonationalisme-+" rel="tag"&gt;homonationalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/index.jpg?1770985439' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette intervention a eu lieu dans le cadre de l'&#233;v&#233;nement anti-imp&#233;rialiste &lt;a href=&#034;https://qgdecolonial.fr/contre-le-feminisme-liberal-et-civilisationnel-une-reponse-feministe-a-lagenda-guerrier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Contre le f&#233;minisme lib&#233;ral et civilisationnel. Une r&#233;ponse f&#233;ministe et d&#233;coloniale &#224; l'agenda guerrier &#187;&lt;/a&gt; organis&#233; par Paroles d'Honneur/QG D&#233;colonial les 7 et 8 f&#233;vrier 2026 &#224; la Dynamo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;v&#233;nement qui a r&#233;uni pas loin d'une trentaine d'interventions, dont celles d'Angela Davis, Rima Hassan, Fran&#231;oise Verg&#232;s, Sara Farris, Louisa Yousfi ou encore Lola Olufemi, chacune cultivant son propre site d'&#233;nonciation &#224; partir duquel l'analyse d&#233;coloniale se noue aux strat&#233;gies anti-imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ici l'intervention de Quentin Dubois, membre de Trou Noir. Il y avance l'id&#233;e qu'il faut distinguer deux moments qui fonctionnent de concert : l'institutionnalisation qui ab&#234;tit les homosexuels et LGBT en les d&#233;tachant de leurs pratiques et en les rebranchant sur des politiques r&#233;pressives &#224; l'encontre des populations non blanches en m&#233;tropole. De l'autre, l'universalisation de l'identit&#233; homosexuelle occidentale, impos&#233;e aux pays du Sud. C'est le moment imp&#233;rialiste proprement dit. Il faut d&#232;s lors tenir ensemble le rapport LGBT aux guerres imp&#233;rialistes (sur un mode de participation active et non de simple instrumentalisation) et aux attaques islamophobes au sein des m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : A gay contingent in an anti&#8211;Vietnam War protest, 1971. (Diana Davies / New York Public Library)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Le pr&#233;sent texte n'a pas &#233;t&#233; modifi&#233; : il conserve donc la forme militante de la conf&#233;rence pour laquelle il a &#233;t&#233; pens&#233;. Nul doute que les adorateurs baveux de la nuance y trouveront malgr&#233; tout ce que ce cadre &#233;nonciatif implique de sp&#233;cifique les motifs d'une indignation qui leur sert de souffle vital]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de ce constat : si les sexualit&#233;s LGBT sont aujourd'hui gouvernables, c'est parce qu'elles ont abandonn&#233; ce qui faisait leur puissance politique &#8211; la trahison. Rejouer la carte de la sempiternelle instrumentalisation ici ne nous &#233;clairera gu&#232;re : les mouvements LGBT ont accept&#233; de payer ch&#232;rement l'inclusion. Mais l'on ne pourrait comprendre cette histoire en recourant &#224; la seule injonction ext&#233;rieure : non, ils ont particip&#233; activement au projet civilisationnel que jadis ils avaient appris &#224; abhorrer. Oubli que leur existence subverse n'&#233;tait tenable qu'&#224; condition de ne jamais se confondre avec l'ordre qui les g&#233;rait, les classait, les surveillait. Il faut alors le dire : le probl&#232;me n'est pas l'instrumentalisation, il est celui du d&#233;sir d'&lt;i&gt;en faire partie &lt;/i&gt;&#8211; de l'inclusion elle-m&#234;me. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;sir qui rend aujourd'hui les sexualit&#233;s LGBT administrables depuis qu'elles ont renonc&#233; &#224; cette possibilit&#233; toujours ouverte de la trahison. Parce qu'elles ont accept&#233; de devenir des sujets civilis&#233;s, lisibles, prot&#233;g&#233;s &#8211; et ainsi, mobilisables. Ce renoncement n'a pas &#233;t&#233; impos&#233;. Il a &#233;t&#233; d&#233;sir&#233;. Et c'est de l&#224; qu'il faut repartir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La proph&#233;tie de Guy Hocquenghem : l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux saisir ce diagnostic, tentons de partir d'une sc&#232;ne bien particuli&#232;re, &#233;labor&#233;e d&#232;s la moiti&#233; des ann&#233;es 70 et que le militant homosexuel r&#233;volutionnaire, Guy Hocquenghem, annonce sur un mode funeste. C'est ce qu'il nomme l'&lt;i&gt;institutionnalisation de l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Elle s'effectue sur deux points, indissociables, qui me paraissent se rejouer &#224; nouveau, d&#233;plac&#233;s, amplifi&#233;s, reconfigur&#233;s dans les coordonn&#233;es contemporaines de l'imp&#233;rialisme. &lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;Une homosexualit&#233; &#171; blanche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici comment Hocquenghem en parle : &#171; Un st&#233;r&#233;otype d'homosexuel d'&#201;tat, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est par cette formule que Guy Hocquenghem saisit le basculement en cours de l'homosexualit&#233;. Le passage irr&#233;versible des anciens pervers aux agents de la normativit&#233;, int&#233;gr&#233;s, rassur&#233;s, administrables. Cette int&#233;gration a eu un co&#251;t : l'abandon de nos amiti&#233;s et des solidarit&#233;s des marges de la modernit&#233; civilisationnelle et de la bonne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hocquenghem, l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; ne se joue pas d'abord dans la pr&#233;sence visible au sein des institutions &#8211; dans une sorte de &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233; des fonctionnaires d&#233;sirants &#8211; mais dans la &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; &#224; la formulation de nouveaux discours r&#233;pressifs. On ne peut pas comprendre qu'actuellement le Rassemblement national soit le premier parti chez les gays et les lesbiennes blanches, cela est incompr&#233;hensible si l'on ne reconstruit pas la g&#233;n&#233;alogie de cette red&#233;finition de l'intervention juridique &#224; partir du site des sexualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre sc&#232;ne primordiale pour comprendre l'&#233;laboration du f&#233;monationalisme par la gauche social-d&#233;mocrate et radicale des ann&#233;es 70 : l'affaire dite Brigitte et le proc&#232;s pour viol d'un jeune &#201;gyptien, Youri Eshak, proc&#232;s qui secoue la gauche radicale en 1977. Guy Hocquenghem, comme nombreux de ses contemporains, r&#233;agit &#224; ce proc&#232;s. Mais il le fait sur un mode qui me para&#238;t &#234;tre bien plus singulier &#8211; et en ce sens beaucoup plus pol&#233;mique &#8212; : d'une part, il insiste sur le fait que ce &#171; premier &#187; proc&#232;s pour viol est tenu contre un jeune arabe, et que d'autre part on voit se constituer face &#224; Youri Eshak &lt;i&gt;&#224; la fois &lt;/i&gt;l'appareil judiciaire et&lt;i&gt; en partie civile&lt;/i&gt; le mouvement f&#233;ministe (MLF et cons&#339;urs). En effet, le mouvement f&#233;ministe r&#233;clama un passage des violeurs en Assises et non plus en Correctionnelle. Ce qui est cibl&#233; ici est la red&#233;finition de l'intervention juridique par le mouvement f&#233;ministe fran&#231;ais, et une participation des minorit&#233;s sexuelles &#224; une transformation des modes d'action du contr&#244;le social. Car, comme le souligne Hocquenghem, les revendications f&#233;ministes et homosexuelles ont formul&#233; un discours d'action sociale plut&#244;t que de punition. Et Hocquenghem de proph&#233;tiser :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et d'ailleurs le probl&#232;me n'est pas tant de &lt;i&gt;recourir&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble police-justice (ce qui peut arriver &#224; tout un chacun un jour). Il surgit quand, syst&#233;matiquement, &#224; l'avance, avec obstination et d&#233;cision, on remplace, on se substitue, on compl&#232;te, on s'arme de la r&#233;pression d'&#201;tat au nom d'un intangible principe. Et l&#224; o&#249; je rigole, c'est quand je vois des p&#233;d&#233;s, enthousiasm&#233;s par l'exemple, &#233;crire, &#224; l'avance, que eux aussi, d&#232;s qu'ils le pourront, feront syst&#233;matiquement appel &#224; la loi. Et t&#226;cheront, pourquoi pas, comme les femmes s'opposant &#224; la correctionnalisation, de renforcer l'arsenal r&#233;pressif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Hocquenghem, &#171; V-I-O-L &#187;, La d&#233;rive homosexuelle, op. cit., p. 136-137.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hocquenghem voit plus loin que ses contemporains : le probl&#232;me n'est pas de savoir s'il est moralement bon ou mauvais d'envoyer des hommes non blancs en prison &#8211; c'est une impasse du f&#233;minisme gauchiste &#8211; mais &lt;i&gt;pourquoi le devenir m&#234;me du f&#233;minisme et des mouvements homosexuels&lt;/i&gt; passe par l&#224; : pourquoi l'institutionnalisation de ces combats m&#232;ne structurellement &#224; une reformulation des discours civilisationnels par le biais de l'intervention juridique et du contr&#244;le social. Ce qui est pressenti l&#224; par Hocquenghem, c'est que les mots d'ordre anti-punitifs de la gauche radicale se transforment en modes d'action punitifs qui sont aujourd'hui au c&#339;ur m&#234;me de nos soci&#233;t&#233;s de surveillance : s&#233;curit&#233;, ordre, protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux sc&#232;nes m'apparaissent constitutives d'un n&#339;ud complexe, difficile &#224; d&#233;faire, dans lequel nous sommes pris et que l'on peut entendre par ce &lt;i&gt;civilisationnel. &lt;/i&gt;Qu'est-ce qui &#233;tait senti par Hocquenghem en train d'advenir, ce devenir r&#233;pressif du f&#233;minisme et de l'homosexualit&#233; qui lui apparaissait comme une &#233;vidence, quarante ans avant que cette &#233;vidence ne s'impose &#224; nous comme un fait d&#233;sormais accompli. Et ce qui nous int&#233;resse dans la situation pr&#233;sente, soit la &lt;i&gt;mobilisation &lt;/i&gt;des subjectivit&#233;s LGBT dans le projet civilisationnel et guerrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Epuration des modes d'ordre ou la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Niaiserie Rose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; est souvent pens&#233;e comme une simple reconnaissance, un chouia tardive, d'une injustice historique que furent la psychiatrisation et la criminalisation. Or, ce processus institutionnel doit &#234;tre compris comme une transformation radicale et profonde : loin d'avoir r&#233;par&#233; une injustice, il a avant tout produit une vuln&#233;rabilit&#233; politique sp&#233;cifique, structurante et durable. A partir de ce moment, l'&#201;tat et ses institutions se sont impos&#233;s comme les seuls capables de r&#233;pondre aux enjeux d&#233;sirants. Ce d&#233;placement est d&#233;cisif : les angoisses existentielles &#8211; violence, rejet, pr&#233;carit&#233; &#8211; ne sont plus prises en charge par des pratiques collectives, des formes de solidarit&#233; minoritaires, des r&#233;seaux de cultures mais par le seul appareil institutionnel qui reformule imm&#233;diatement ces angoisses dans son propre langage. Ce langage est celui du droit, de la s&#233;curit&#233;, de la protection, du cadrage moral. L'institution n'a pas r&#233;pondu directement &#224; ces angoisses : elle les a &lt;i&gt;recod&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre cette op&#233;ration de recodage et en faire le diagnostic plus profond, il faut accorder une attention centrale aux mots d'ordre. L'histoire de l'homosexualit&#233; et du queer est travers&#233;e de mots d'ordre puissants &#8211; &#171; be gay do crimes &#187;, &#171; notre trou du cul est r&#233;volutionnaire &#187;, &#171; lesbiennes et p&#233;d&#233;s, arr&#234;tons de raser les murs &#187;, &#171; nous sommes un fl&#233;au social &#187; etc. Ces &#233;nonc&#233;s ne demandaient rien &#224; l'&#201;tat, mais ils portaient une menace directe contre l'ordre sexuel, moral et social. De sorte que l'institutionnalisation a op&#233;r&#233; une &lt;i&gt;&#233;puration massive&lt;/i&gt; de ces mots d'ordre, au nom de la respectabilit&#233;, les transformant en de simples slogans figurant sur des affiches, des tasses et des magnets de frigo, des slogans peu extraordinaires mais bien pauvres : &#171; sois fier de qui tu es &#187;, &#171; aime-toi toi-m&#234;me &#187;, &#171; l'amour est universel &#187;. La cons&#233;quence politique rel&#232;ve de ce que j'appellerais la &lt;i&gt;Niaiserie Rose &lt;/i&gt; : une incapacit&#233; &#224; s&#233;cr&#233;ter des mots d'ordre antagonistes et &#224; produire des &lt;i&gt;prises&lt;/i&gt; politiques &#224; partir de nos existences, nos revendications et luttes. C'est un r&#233;gime de b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons bien : &lt;i&gt;niaiserie&lt;/i&gt;, parce qu'elle est &#233;puration des revendications politiques au profit des abstractions les plus plates, les plus faussement inspir&#233;es, les plus d&#233;sincarn&#233;es de la modernit&#233; civilisationnelle : l'homosexualit&#233; comme amour entre deux &#234;tres, la beaut&#233; de l'amour, etc. On a assist&#233; &#224; la transformation du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; en une r&#233;v&#233;lation de soi-m&#234;me, de son &#171; vrai soi int&#233;rieur &#187;, d'une profonde singularit&#233; log&#233;e au fond de soi qui attend d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; (par une &#233;mission t&#233;l&#233;, par des v&#234;tements Adidas, par un matcha lat&#233; dans une main et un totebag Bio c'Bon dans l'autre, toutes ces expressions z&#233;l&#233;es du management des d&#233;sirs). A l'heure actuelle, la question s'impose : les LGBT sont-ils encore capables de produire des mots d'ordre politiques s&#233;rieux ? Cette mani&#232;re de poser la question de l'impuissance politique m&#232;ne &#224; explorer au contraire l'impossibilit&#233; actuelle de produire autre chose que du marketing politique. Voil&#224; deux tensions actuelles autour des mots d'ordre : le passage des mots d'ordre r&#233;volutionnaires vers, d'un c&#244;t&#233;, des slogans niais d'acceptation de soi et de l'autre, celle qui nous int&#233;resse, vers une participation active &#224; la reformulation des discours civilisationnels. L'institutionnalisation homosexuelle a produit sur le plan des mots d'ordre ce double effet : &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;puration&lt;/i&gt;. Les mouvements LGBT semblent d&#233;sormais incapables de parler autrement que dans un cadre r&#233;f&#233;rentiel qui n'est pas le leur : nos anciens mots d'ordre (&#171; arr&#234;tons de raser les murs &#187;) sont remplac&#233;s par des slogans (&#171; sois fier de qui tu es &#187;) et de nouveaux mots d'ordre nous sont impos&#233;s. De sorte que les discours LGBT sont d&#233;sormais attendus, pr&#233;visibles, extorqu&#233;s. Nous avons perdu la capacit&#233; de produire nos propres cadres d'&#233;nonciation : nous sommes d&#233;sormais des &#234;tres &lt;i&gt;ensorcel&#233;s &lt;/i&gt;par les abstractions civilisationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la respectabilit&#233; LGBT est devenue une modalit&#233; de participation au projet racial et colonial. Je voudrais ici d&#233;placer la question : non pas en revenant une fois de plus sur la critique du &lt;i&gt;pinkwashing&lt;/i&gt; ou de l'homonationalisme en tant que tels &#8211; ces derniers sont souvent entendus et pr&#233;sent&#233;s comme des instrumentalisations de l'extr&#234;me droite des sexualit&#233;s LGBT &#224; des fins racistes et islamophobes &#8211; mais en interrogeant la mani&#232;re donc ces critiques ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es dans les mouvements f&#233;ministes et LGBT, y compris les plus &#171; mainstream &#187;. En effet, on parle souvent d'&lt;i&gt;instrumentalisation.&lt;/i&gt; Mais cette explication est insuffisante si elle ne pose pas une autre question, plus d&#233;rangeante : qu'est-ce qui emp&#234;che que l'analyse anti-imp&#233;rialiste soit pleinement reprise par les mouvements LGBT si ce n'est pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re dont ils la prennent en charge ? Autrement dit, le probl&#232;me ne r&#233;side pas dans l'absence de lucidit&#233; que dans la forme m&#234;me que prend cette lucidit&#233;. Le probl&#232;me n'est plus celui d'une absence de critique des op&#233;rations racistes sur les sexualit&#233;s LGBT, cela est int&#233;gr&#233; maintenant dans la plupart des organisations. Le probl&#232;me est d&#233;sormais celui du mode pr&#233;cis sur lequel la critique est reprise : ce mode qui dig&#232;re et neutralise a un nom, c'est l'&lt;i&gt;intersectionnalit&#233; lib&#233;rale&lt;/i&gt;. Ce mode de reprise est indissociable de son ancrage institutionnel, d&#233;j&#224; perceptible dans la proph&#233;tie de Hocquenghem : une technique d'ajustement des pr&#233;suppos&#233;s civilisationnels, capable de les faire entrer en contact avec les &#233;nonc&#233;s politiques pour en annuler toute puissance transformatrice. Les conflits s'y dissolvent, les tensions s'y aplatissent, et l'ordre imp&#233;rial en sort non seulement pr&#233;serv&#233;, mais reconsolid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de poser la question &#224; partir de l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; permet d'&#233;viter une explication aujourd'hui tr&#232;s r&#233;pandue et pourtant insuffisante : celle qui consiste &#224; dire que, &lt;i&gt;compte tenu &lt;/i&gt;de la conjoncture r&#233;actionnaire, tout ce qui s'y trouve serait contamin&#233; de fait par cette conjoncture m&#234;me. Cette solution &#233;l&#233;gante a un d&#233;faut majeur : elle ne probl&#233;matise pas la conjoncture, elle produit de l'innocence &#224; la cha&#238;ne. Face aux politiques et groupes islamophobes et racistes comme N&#233;m&#233;sis ou Eros, elle permet de dire : &#171; Ce ne sont pas de &#8216;vraies' f&#233;ministes, ce ne sont pas de &#8216;vrai.es' LGBT &#187;. Et tout le monde d'&#226;nonner : &#171; Oui ce n'est pas &#231;a le &#8216;vrai' f&#233;minisme, ce n'est pas &#231;a le &#8216;vrai' mouvement LGBT &#187;. C'est l&#224; une paresse de la pens&#233;e qui &#233;vite soigneusement de poser la question centrale de la &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; des minorit&#233;s sexuelles aux r&#233;gimes guerriers de la modernit&#233; coloniale. En effet, la situation actuelle n'est pas le produit d'une alt&#233;ration r&#233;cente ni d'une instrumentalisation. Elle est le r&#233;sultat d'une longue histoire de participation rendue possible par la construction d'une innocence. Le &lt;i&gt;pinkwashing&lt;/i&gt; n'est pas une simple instrumentalisation ext&#233;rieure aux mouvements LGBT, par exemple par Isra&#235;l, il est rendu possible par la participation active de certains de ses segments, en particulier homosexuels et lesbiens (mais pas que), aux appareils de pouvoir &#8211; dont la gen&#232;se se trouve notamment au Parti socialiste et ses antennes la&#239;cardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous le savons, l'homonationalisme est &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt;. C'est la gauche institutionnelle qui l'a produit, et son acteur principal : le Parti socialiste. Et ses homos et lesbiennes de compagnie. Il a fallu cette participation, et surtout l'innocence qu'elle produisait, pour que les lois islamophobes puissent &#234;tre pos&#233;es comme des lois progressistes, protectrices, d'enjeu civilisationnel : c'est parce qu'il y avait cette innocence de la gauche morale que les lois islamophobes ont pu &#234;tre adopt&#233;es, ne l'oublions jamais. Il a fallu des figures capables d'incarner cette innocence, de la porter sans jamais la fissurer. Une figure comme Caroline Fourest est ici embl&#233;matique : combattante lesbienne &#8211; je ne souillerai pas ici le nom des Amazones &#8211; infatigable de l'obscurantisme, anim&#233;e par les hautes valeurs r&#233;publicaines, toujours du c&#244;t&#233; du Bien. Cette figure n'est pas un accident : elle est un op&#233;rateur central de la narration civilisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; le f&#233;minisme et les LGBT &#233;tatiques, arrim&#233;s &#224; l'appareil institutionnel, au droit et &#224; la gestion s&#233;curitaire des corps non blancs &#8211; de la femme voil&#233;e &#224; l'homme arabe mena&#231;ant. De l'autre, des sph&#232;res militantes traditionnelles qui se sont partiellement d&#233;plac&#233;es par rapport &#224; ce f&#233;minisme d'&#201;tat mais qui ont conserv&#233; une m&#234;me narration progressiste &#8211; articul&#233;e &#224; une intersectionnalit&#233; lib&#233;rale. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que la gauche radicale blanche en pr&#233;tendant se d&#233;marquer des politiques port&#233;es ou h&#233;rit&#233;es du Parti Socialiste, conserve les m&#234;mes abstractions, les m&#234;mes cat&#233;gories morales, les m&#234;mes &#233;vidences civilisationnelles. D&#232;s lors, comment ces configurations participent-elles activement &#224; la l&#233;gitimation de l'agenda guerrier contemporain ? Et plus encore : par quels d&#233;sirs le rendent-elles possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le mariage des abstractions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit, cette &lt;i&gt;Niaiserie Rose&lt;/i&gt; a produit un discours &#233;th&#233;r&#233; qui affaiblit radicalement les &#233;nonc&#233;s politiques, r&#233;duisant les pratiques sexuelles &#224; un amour abstrait ais&#233;ment recodable dans le langage &#233;tatique : la reconnaissance institutionnelle de cet amour deviendrait la garantie d'une d&#233;mocratie saine, moderne, civilis&#233;e. Le mariage pour tous, pr&#233;sent&#233; pendant une dizaine d'ann&#233;es comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; bataille &#224; mener puis &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;victoire d&#233;finitive une fois qu'il fut adopt&#233;, est la triste preuve de ce que nous perdons lorsque nous sommes d&#233;poss&#233;d&#233;s de nos mots d'ordre : il a ent&#233;rin&#233; des ruptures, des alliances et des solidarit&#233;s quotidiennes, exclu les personnes trans, renforc&#233; les normes familialistes et servi de crit&#232;re civilisationnel pour juger les autres soci&#233;t&#233;s. Le mariage comme bataille contre la droite catholique a &#233;t&#233; &#233;rig&#233; en bataille universelle par le Parti Socialiste. Ce droit, r&#233;clam&#233; par la bourgeoisie sexuelle, a &#233;t&#233; avant tout une fragmentation des revendications collectives et des alliances au profit de l'individualisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant l'ouverture du droit au mariage qui rendait d&#232;s lors l'adoption (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : c'est une &#233;vidence de dire que les LGBT pr&#233;caires et non blancs n'ont ni les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts ni les m&#234;mes urgences que ceux et celles de la bourgeoisie &#8211; je rappelle que nous sommes dans le d&#233;but des ann&#233;es 2010, soit au moment de la loi&#178; sur le voile. Le mariage pour tous, surinvesti au d&#233;triment d'autres luttes &#8211; particuli&#232;rement les luttes trans &#8211; a laiss&#233; ces derni&#232;res avec peu de d&#233;fense communautaire face aux attaques fascistes, minist&#233;rielles et psychiatriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mariage est devenu lui-m&#234;me l'id&#233;e du combat civilisationnel, un argument pour la bonne intervention dans les pays du Sud : non seulement, &lt;i&gt;ils &lt;/i&gt;jettent des homosexuels des toits, mais &lt;i&gt;en plus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; ne permettent pas le mariage. Voil&#224; une raison d'intervenir, &lt;i&gt;au nom de tous les homosexuels et de toutes les lesbiennes du monde entier&lt;/i&gt;. Les discours sur le sort des femmes et des homosexuels &#171; ailleurs &#187; &#8211; en Iran, &#224; Gaza, sous tel ou tel r&#233;gime &#8211; fonctionnent comme des abstractions d&#233;-situ&#233;es (qui sont ces &#171; ils &#187; et &#171; les homosexuels &#187; dans &#171; &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; jettent &lt;i&gt;les homosexuels&lt;/i&gt; des toits &#187; ?). C'est-&#224;-dire que ce r&#233;seau d'abstractions justifie et excite l'intervention, par la distinction entre celles et ceux qui doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;es (les femmes et les homosexuels) de ceux qui doivent &#234;tre d&#233;truits (les hommes arabes). Et cela, la gauche &lt;i&gt;y croit fermement &lt;/i&gt; : elle croit fermement qu'elle fait la guerre au nom des droits universels. Cette gauche socialiste qui s'indigne de la pr&#233;sence d'une jeune femme voil&#233;e et d'un drapeau palestinien sur l'affiche de la marche des fiert&#233;s 2025, et ne trouve rien &#224; redire des drapeaux LGBT brandis sur Gaza d&#233;truite par les soldats isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; des droits universels abstraits prolonge cette fabrication politique de l'innocence. C'est cette innocence qui fonde la complicit&#233; structurelle du f&#233;minisme et des mouvements LGBT dominants dans le recodage islamophobe et raciste de leurs propres discours. Lorsque l'auteur Edouard Louis, malgr&#233; son antipunitivisme revendiqu&#233; et martel&#233;, en vient &#224; affirmer qu'il doit porter plainte contre son agresseur pr&#233;sum&#233;, Riadh B., qu'une sorte de haute n&#233;cessit&#233; l'y oblige, il r&#233;v&#232;le involontairement ce qu'est devenu le progressisme des sexualit&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ira m&#234;me jusqu'&#224; recourir &#224; Primo Levi pour comparer la d&#233;cision de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les grandes abstractions morales apparaissent alors dans ce qu'elles sont : une justification de l'appareil r&#233;pressif tout en produisant un sentiment d'innocence dans son recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La trahison face &#224; la promesse lib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors rappeler ceci : la &lt;i&gt;trahison&lt;/i&gt; aurait pu &#234;tre au c&#339;ur de la politique homosexuelle, virtuellement. Genet en a fait la condition m&#234;me de sa d&#233;sidentification &#224; la civilisation occidentale. Il faut reprendre, &#224; titre de projet, cette trahison, dans une certaine n&#233;gativit&#233; radicale : &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; ce que le progressisme a fait de nous, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; l'ensorcellement institutionnel. Ce que l'institutionnalisation de l'homosexualit&#233; a produit, avant toute chose, c'est une confusion structurante des d&#233;bats contemporains : une confusion entre le d&#233;sir homosexuel comme ensemble de pratiques, de cultures, de formes de vie et l'homosexualit&#233; comme identit&#233;. Or cette identit&#233; n'est pas neutre, elle constitue un r&#233;gime particulier d'appauvrissement du tissu d'exp&#233;riences homosexuelles, de ses attachements, de ses formes d'existences minoritaires. L'identit&#233;, par l'institution, homog&#233;n&#233;ise, elle simplifie, elle rend comparable. Elle inscrit l'homosexualit&#233; dans un r&#233;cit civilisationnel qui permet &#224; la fois de l'universaliser sous sa forme occidentale de l'identit&#233; et de se la r&#233;server comme preuve de l'exceptionnalisme d&#233;mocratique. Ce double mouvement est d&#233;cisif. D'un c&#244;t&#233;, on postule une homophobie archa&#239;que, enracin&#233;e presque naturelle, du c&#244;t&#233; des pays du Sud &#8211; homophobie &#233;ternelle et irr&#233;m&#233;diable, seule une destruction des structures des pays du Sud permettraient d'y mettre un terme. De l'autre, une homophobie occidentale, pr&#233;sent&#233;e comme superficielle (et non r&#233;siduelle) que l'on pourrait d&#233;sactiver &#224; coups de p&#233;dagogie rose, de campagnes de sensibilisation, de totebags arc-en-ciel. Cette opposition est un mensonge massif. Car le champ politique occidental, celui-l&#224; m&#234;me qui se pr&#233;sente aujourd'hui comme protecteur des minorit&#233;s sexuelles, a d&#233;port&#233; et extermin&#233; les homosexuels des classes populaires, aux c&#244;t&#233;s des Juifs et des Roms et des Voyageurs. Cette histoire n'est pas accidentelle, nous le savons, mais elle est activement refoul&#233;e par les institutions. Cette mani&#232;re de poser une diff&#233;rence de nature entre l'Occident et les &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; mondes garantit &#224; l'Occident l'exclusive du jugement moral, et plus encore son identification &#224; l'Humanit&#233; elle-m&#234;me &#8211; quand bien m&#234;me ses pratiques g&#233;nocidaires historiques et contemporaines ne s'y identifient en rien. C'est dans cette logique que se constitue ce que Joseph Massad a nomm&#233; l'imp&#233;rialisme sexuel : l'exportation d'une identit&#233; homosexuelle occidentale, abstraite, juridicis&#233;e, impos&#233;e comme norme universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse lib&#233;rale n'a ni tenu ses engagements ni contenu la violence qu'elle pr&#233;tendait conjurer. Cette promesse se r&#233;v&#232;le aujourd'hui aussi fragile que le verre dont elle avait hier l'&#233;clat. F&#233;ministes et LGBT n'ont plus l'innocence pour refuge car se posent &#224; nouveau, avec un caract&#232;re d'urgence : soit nous d&#233;sactivons les abstractions qui alimentent les politiques racistes, islamophobes et imp&#233;rialistes, soit nous acceptons la perte d&#233;finitive d'une dignit&#233; que nous avons brad&#233;e au nom de l'inclusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici comment Hocquenghem en parle : &#171; Un st&#233;r&#233;otype d'homosexuel d'&#201;tat, int&#233;gr&#233; &#224; l'&#201;tat, model&#233; par l'&#201;tat et proche de lui par les go&#251;ts, rassur&#233; d'ailleurs par la pr&#233;sence au pouvoir de tel ou tel sous-ministre lui-m&#234;me homosexuel sans faute honte (on n'est plus sous la IVe et l'homosexualit&#233; n'est plus un secret &#224; ballets bleus) remplace progressivement la diversit&#233; baroque des styles homosexuels traditionnels. Viendra enfin le temps o&#249; l'homosexuel ne sera plus qu'un touriste du sexe, un gentil membre du Club m&#233;diterran&#233;e qui a &#233;t&#233; un peu plus loin que les autres, &#224; l'horizon de plaisir un peu plus &#233;largi que la moyenne de ses contemporains. &#187; (G. Hocquenghem, &#171; Tout le monde ne peut pas mourir dans son lit &#187;, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, p. 131.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Hocquenghem, &#171; V-I-O-L &#187;, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; op. cit., &lt;/i&gt;p. 136-137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant l'ouverture du droit au mariage qui rendait d&#232;s lors l'adoption accessible aux couples mari&#233;s, des lesbiennes et des homosexuels avaient des enfants dans des configurations plus collectives, souvent entre eux et elles, impliquant des r&#233;seaux d'entraide et de proximit&#233; qui n'avaient rien &#224; voir avec la passivit&#233; individuelle de la demande &#224; l'institution d'accorder quelque chose. Le gain individuel du droit a d&#233;truit ces formes collectives, tout en imposant des mod&#232;les normatifs. Je renvoie aux travaux de Sam Bourcier, particuli&#232;rement &lt;i&gt;Homo Inc.orporated&lt;/i&gt; pour cette analyse de l'entr&#233;e des couples LG dans la sph&#232;re de la reproduction par le mariage ainsi que sa red&#233;finition (r&#233;ductrice) par le droit. Mais j'ajouterais &#224; cette r&#233;flexion que le travail reproductif est en grande partie externalis&#233; &#224; des femmes non blanches qui permettent &#224; ce que ces nouveaux mod&#232;les de r&#233;ussite sociale du couple lesbien ou gay qui-a-un-enfant-et-qui-travaille, puisse effectivement exp&#233;rimenter cette nouvelle &#171; libert&#233; &#187; conquise. Pour le dire encore autrement : ces nouvelles modalit&#233;s de l'int&#233;gration rose reposent sur une division racialis&#233;e du travail qui en demeure la condition silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ira m&#234;me jusqu'&#224; recourir &#224; Primo Levi pour &lt;i&gt;comparer &lt;/i&gt;la d&#233;cision de la cour au rejet des r&#233;cits et des t&#233;moignages des rescap&#233;s des camps ; cette convocation ne fait que r&#233;v&#233;ler le recours cynique &#224; une logique de la Victime qui ne peut &#234;tre contredite sans que tremble tout l'&#233;difice humaniste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La normalit&#233; va craquer</title>
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		<dc:date>2026-01-11T22:50:22Z</dc:date>
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		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>
		<dc:subject>homonationalisme</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;De quoi la r&#233;publicanisme LGBT est-il le nom ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mickael-Tempete-+" rel="tag"&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-homonationalisme-+" rel="tag"&gt;homonationalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-normalite-+" rel="tag"&gt;normalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/flux_dev_in_the_style_of_francis_bacon_a_haunting_and_twisted__0.jpg?1766163967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article tente de cerner les implications et les cons&#233;quences politiques des discours r&#233;publicanistes LGBT en p&#233;riode de durcissement s&#233;curitaire. Au c&#339;ur de son analyse, se trouvent le collectif Fiert&#233;s Citoyennes, sorte d'&#233;manation LGBT du Printemps R&#233;publicain, mais aussi Caroline Fourest, le macronisme et la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agira moins ici de montrer en quoi leurs id&#233;es sont trompeuses &#8211; car elles le sont &#8211; mais de comprendre ce que cela dit de la normalit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est issu de la partie varia de &lt;i&gt;Trou Noir #4 Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre&lt;/i&gt;, vous pouvez &lt;a href='https://trounoir.org/Trou Noir #4 Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre'&gt;commander le num&#233;ro sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Relevant leurs jupes de mensonge, &lt;br class='autobr' /&gt;
les grosses molles r&#233;publiques &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;signent comme des puits de v&#233;rit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
au fond des for&#234;ts publiques &lt;br class='autobr' /&gt;
leurs trous &#224; virginit&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
puis disent : tiens prends mon pouvoir public. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles parlent &#224; ceux dont le sang est poussi&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
la verge, un tire-bouchon philanthropique &lt;br class='autobr' /&gt;
et les couilles, deux pauvres lampions &lt;br class='autobr' /&gt;
ramass&#233;s dans les poubelles du lib&#233;ralisme, &lt;br class='autobr' /&gt;
un lendemain de quatorze juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Crevel, &lt;i&gt;La R&#233;publique des Professeurs&lt;/i&gt;, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Dans la grande messe de normalisation des conduites, voil&#224; qu'entre en sc&#232;ne les r&#233;publicanistes LGBT, une bande de CSP+ drap&#233;e dans l'universalisme occidental, cette vieille lune dont la lumi&#232;re blafarde &#233;claire surtout les couloirs des minist&#232;res et les visages des &#233;ditorialistes de salon. Une association en particulier, Fiert&#233;s Citoyennes (FC), a retenu mon attention. N&#233;e des &#233;mois num&#233;riques et des indignations t&#233;l&#233;vis&#233;es, elle n'a rien invent&#233;. Elle recycle, &#224; la mani&#232;re de ses a&#238;n&#233;s du Printemps R&#233;publicain, la vieille rh&#233;torique de la majorit&#233; silencieuse flou&#233;e par des minorit&#233;s trop bruyantes, hyst&#233;riques, id&#233;ologiques. Son Dieu ? La R&#233;publique fa&#231;on De Gaulle au pays des Alg&#233;riens. Ses pri&#232;res favorites ? Le tweet cynique, la tribune outr&#233;e, la table ronde entre amis. Tout se passe comme si Caroline Fourest, celle qui a d&#233;blay&#233; le chemin, &#233;tait en passe de devenir un mod&#232;le d'&#233;mancipation homosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'association trouve son origine dans la r&#233;action &#224; un triste fait divers survenu le 30 septembre 2021 : Yanis, 17 ans, subit insultes et tabassages par deux autres jeunes eux aussi mineurs dans un parc de Montgeron en Essonne, en raison de son orientation sexuelle suppos&#233;e. Ce r&#233;cit, qui aurait pu stagner longtemps dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, a &#233;t&#233; rendu viral par la circulation d'une vid&#233;o de l'agression sur les r&#233;seaux sociaux et par le t&#233;moignage de la victime &#224; l'&#233;mission de Cyril Hanouna sur C8. Arnaud Abel, responsable financier au minist&#232;re de la Justice et actuel pr&#233;sident de FC, trouve alors scandaleux que des militants de gauche rappellent qu'il ne faut pas succomber &#224; une lecture islamophobe de cette affaire o&#249; les coupables sont racis&#233;s. Il publie un tweet pour appeler celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce militantisme qu'il nomme &#171; intersectionnel &#187; et &#224; cr&#233;er un groupe. La rh&#233;torique est en place, il s'agit d'opposer les repr&#233;sentants des associations LGBT+ &#224; une suppos&#233;e &#171; majorit&#233; silencieuse &#187; qui ne se sent pas repr&#233;sent&#233;e par elles. C'est ici que na&#238;t Fiert&#233;s Citoyennes : dans la matrice r&#233;active et &#233;motionnelle des r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#192; cet &#233;gard, Arnaud Abel d&#233;finit ce qui va servir de paradigme au r&#233;publicanisme LGBT : la gauche radicale nie l'&#171; homophobie end&#233;mique &#187; qui s&#233;virait dans &#171; les banlieues et au-del&#224; &#187;. S'ils restent encore des scientifiques hygi&#233;nistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Les hygi&#233;nistes &#233;taient un courant de la m&#233;decine du XIXe si&#232;cle qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils appr&#233;cieront certainement la formule &#233;pid&#233;miologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le 27 octobre 2023 &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; publie une tribune de FC sous le titre &#171; LGBT pro-Hamas : autant dire &#034;les dindes votent pour No&#235;l&#034; &#187; dans laquelle le collectif s'en prend ouvertement aux prises de position en faveur du peuple palestinien par le militantisme queer radical. Ils les qualifient de &#171; chicken for KFC &#187;, les comparant ainsi &#224; du b&#233;tail atteint du syndrome de Stockholm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Quelques mois plus tard, ils organisent une journ&#233;e de tables rondes autour de la th&#233;matique &#171; Universalisme et militantisme LGBT+ &#187; dans la Mairie du 3e arrondissement de Paris. &#201;taient convi&#233;s pour y participer : Norah Bussigny (pigiste au Point et autrice des Nouveaux Inquisiteurs), Fr&#233;d&#233;ric Martel (France Culture), Marie Cau (ex-mairesse), Thomas Vampouille (T&#234;tu), Olivier Klein (DILCRAH), Ir&#232;ne Th&#233;ry (sociologue proche du PS), Val&#233;rie Kokoszka (&#171; philosophe &#187; &#171; universaliste &#187;), Jean-Marc Berthon (Ambassadeur aux droits LGBT). Ainsi que des membres de FC : Arnaud Abel, Alexis Buixan, Victor Galarraga-Oropeza et Matthieu Gatipon-Bachette. Pendant une demi-journ&#233;e les diff&#233;rent&#183;es participant&#183;es ont pu s'exprimer largement sur les &#171; d&#233;rives &#187; de l'extr&#234;me-gauche et sur son &#171; antis&#233;mitisme latent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le tableau &#233;tait tout &#224; fait charmant, dans ce d&#233;cor de moulures patin&#233;es or et de grands lustres, le public d'une trentaine de personnes &#224; tout casser (dont quelques membres du Printemps R&#233;publicain de Sciences Po Paris) pouvait notamment &#233;couter le d&#233;bat intitul&#233; &#171; La lutte pour les droits LGBT est-elle soluble dans l'universalisme ? &#187;. C'est Norah Bussigny, la &lt;i&gt;bestie &lt;/i&gt; de FC, qui mod&#232;re et introduit ; elle commence par une d&#233;finition du Larousse de l'intersectionnalit&#233;, elle parle de la Marche des fiert&#233;s de Lyon (Fiert&#233;s en lutte) et du &#171; probl&#232;me &#187; de la non-mixit&#233; choisie ainsi que de l'exclusion de l'association des flics LGBT (FLAG). Elle aborde ensuite le rassemblement &#171; Riposte trans &#187; du 5 mai 2024 contre l'offensive transphobe, et ne manque pas de souligner que deux orgas &#224; la t&#234;te de cet &#233;v&#233;nement (R&#233;volution Permanente et du Pain et des Roses) sont &#171; accus&#233;es d'antis&#233;mitisme &#187;, bien entendu sans apporter de preuves, comme &#231;a, &#224; la l&#233;g&#232;re, avec le m&#234;me prosa&#239;sme d'un serveur qui d&#233;taillerait un menu dans un restaurant &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Et l&#224;, c'est le clash. Enfin, on va pouvoir un peu se marrer. Un militant d'Act Up l'interrompt bruyamment pour lui demander des preuves. Et il s'entend dire, par une voix un peu nerveuse : &#171; Est-ce que vous pouvez sortir ? Vous d&#233;rangez tout le monde. Sortez ! &#187;. Victor, un des membres de FC, &#233;ructe et menace d'aller chercher la s&#233;curit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a finira par se calmer, apr&#232;s que les darons de FC aient intim&#233; l'ordre de parler sur un autre ton, non sans une pointe de sarcasme et d'infantilisation. S'en suit une bonne heure de discours contre le militantisme queer, les indig&#233;nistes et certaines figures de la th&#233;orie queer fran&#231;aise comme Sam Bourcier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Marie Cau, la premi&#232;re maire de France &#224; se d&#233;clarer trans, r&#233;agit &#224; l'usage de l'intersectionnalit&#233; par les groupes militants d'extr&#234;me gauche : &#171; Le probl&#232;me c'est que comme l'extr&#234;me gauche se d&#233;veloppe, &#231;a stimule l'extr&#234;me droite, et vice-versa. (&#8230;) Nous sommes devenus la cible de tout le monde y compris dans le conflit isra&#233;lo-palestinien. Qu'est-ce qu'on vient foutre l&#224;-dedans ?! (rires dans la salle). Cette politisation marxiste pour remettre en cause notre syst&#232;me de valeurs universalistes, de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de fraternit&#233;. Moi je ne veux pas changer le syst&#232;me, je veux l'am&#233;liorer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Alexis Buixan, le juriste de FC, d&#233;clare &#224; propos du rassemblement Riposte trans : &#171; Dans ce genre de manifestation, il y a un discours tr&#232;s anti-&#201;tat, anti-gouvernement, et je pense que c'est parce que&#8230; alors c'est une hypoth&#232;se que je soumets au d&#233;bat... Je crois que dans la culture militante LGBT il n'y pas eu de mue culturelle. On n'est un peu rest&#233; &#224; l'&#233;poque d'Act up. C'est frapp&#233; d'une sorte d'anti-juridisme, d'anti-&#233;tatisme, d'anti-pouvoir. Et d'ailleurs c'est tr&#232;s symptomatique, ceux qui pensent le militantisme d'un point de vue acad&#233;mique sont surtout Sam Bourcier et Geoffroy de Lagasnerie qui sont inspir&#233;s d'une lecture bourdieusienne et foucaldienne, avec une critique de l'&#201;tat qui est forc&#233;ment dominant, qui n'&#233;mancipe jamais, qui met les gens en prison, que le droit c'est l'&#339;uvre des dominants. (&#8230;) Alors que les Am&#233;ricains, &#231;a fait tr&#232;s longtemps qu'ils ont compris que pour d&#233;fendre les droits et les libert&#233;s c'&#233;tait par le Juge, par le Droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Dans une tribune publi&#233;e dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Alexis Buixan, &#171; La dissolution ne r&#233;soudra en rien la d&#233;t&#233;rioration des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Alexis Buixan r&#233;agit &#224; la dissolution parlementaire par Macron. Il regrette l'incapacit&#233; du parlementarisme fran&#231;ais &#224; composer avec un gouvernement d&#233;pourvu de majorit&#233; absolue : &#171; les m&#339;urs parlementaires doivent s'adapter &#224; la formule gouvernementale, fusse-t-elle atypique &#187;. Apr&#232;s avoir accus&#233; la France Insoumise d'avoir offert une caisse de r&#233;sonance dans l'Assembl&#233;e nationale &#224; la violence qui traverse la soci&#233;t&#233;, il propose de prendre le Parlement danois comme id&#233;al politique symbolique. En effet, le Danemark, monarchie constitutionnelle organis&#233;e sous la forme d'un r&#233;gime parlementaire, est r&#233;guli&#232;rement pris comme mod&#232;le de d&#233;mocratie lib&#233;rale aboutie en maintenant un &#233;quilibre parfait entre l'&#201;tat, l'autorit&#233; de la loi et la responsabilit&#233; politique des gouvernants. Ce r&#234;ve d'ordre par la stabilit&#233; politique est celui d'un parti mod&#233;r&#233; unique en paix avec ses extr&#234;mes qui r&#232;gle les tensions communautaires du pays par une forme de consensus. Mais un consensus contre qui ? Ainsi au Danemark, pays qui repose sur une tradition protestante de responsabilit&#233; collective, le consensus en mati&#232;re de politique migratoire est d'avoir adopt&#233; une des politiques les plus restrictives et brutales dans l'Union europ&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Cela consiste &#224; limiter le regroupement familial, r&#233;duire les aides (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le conformisme et l'homog&#233;n&#233;isation des consciences qui transforment le peuple en une vaste classe moyenne indiff&#233;renci&#233;e et docile sont les &#233;l&#233;ments constitutifs d'une politique que le r&#233;publicanisme LGBT prend pour mod&#232;le. C'est pourquoi FC adh&#232;re compl&#232;tement aux r&#233;formes r&#233;centes de la la&#239;cit&#233; dont le but est d'int&#233;rioriser individuellement cette r&#232;gle qui incombe &#224; l'&#201;tat ; il y va d'un durcissement des institutions &#224; travers l'incorporation des valeurs r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Il y aurait &#233;norm&#233;ment de choses &#224; dire sur cette table ronde, mais je me contenterai de finir avec ces propos de Fr&#233;d&#233;ric Martel car ils sont symptomatiques de cette s&#233;curisation de la normalit&#233; dont je voudrais parler, le trait commun &#224; tous les participants de ces tables rondes, la d&#233;fense d'une position capitaliste de l'homosexualit&#233;, ou en tout cas qui associe la normalit&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; &#233;conomique et physique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris dans mon parcours politique, &#231;a va peut-&#234;tre vous choquer que je vous dise &#231;a, que le militant gay ce serait forc&#233;ment quelqu'un de gauche, ce que je suis, et qu'un gay &#231;a doit &#234;tre dans l'agit prop, actupien, dans la critique de la soci&#233;t&#233;, et bien c'est pas vrai. Il y a &#231;a, et c'est tr&#232;s bien. Il se trouve qu'il y a beaucoup de gays de droite, il y en a &#233;galement au Rassemblement National. Il faut parfois sortir de l'id&#233;e que le militantisme &#231;a doit &#234;tre de gauche, que c'est forc&#233;ment de remettre en cause l'ordre bourgeois, l'ordre moral, la famille. Ma g&#233;n&#233;ration a prouv&#233; que les gays voulaient la famille. Est-ce qu'ils veulent un autre type de famille ? Certains oui, d'autres non. Il y en a m&#234;me qui veulent acheter leur frigo, en commun en payant des traites. M&#234;me chose pour la police, FLAG moi je ne les connais pas trop, je les aime plus ou moins, enfin quand j'ai &#233;t&#233; victime de discrimination, de violence, je suis all&#233; au commissariat de police, c'est la police qui m'a prot&#233;g&#233;, enfin prot&#233;g&#233;&#8230; en tout cas qui a re&#231;u ma plainte. Quand on est maltrait&#233; en tant que juif, que musulman, que catholique, qu'une mosqu&#233;e ou qu'une synagogue est br&#251;l&#233;e, c'est la police qui nous prot&#232;ge. Donc emp&#234;cher des gens de FLAG d'une association LGBT &#231;a n'a pas beaucoup de sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/frigogo.jpg?1768060195' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;La s&#233;curit&#233; selon Fr&#233;d&#233;ric Martel.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;14. Cette nouvelle normalisation est une mutation de celle d&#233;fendue par le Parti socialiste &#224; la fin des ann&#233;es 1990 et au d&#233;but des ann&#233;es 2000, l'&#232;re de Caroline Fourest &#224; la pr&#233;sidence du Centre LGBT de Paris, des logos pixelis&#233;s aux couleurs de l'arc-en-ciel, de la fiert&#233; dans toutes les bouches, fiert&#233; d'&#234;tre parvenus &#224; prouver leur valeur et leur respectabilit&#233;. C'est durant cette p&#233;riode que le mouvement LGBT s'institutionnalisa &#224; grande vitesse en incorporant les notions d'universalisme et de R&#233;publique dans leurs discours. Ces notions avaient permis de quitter les rives de la subversion fa&#231;on Act Up pour s'engager dans la voie du r&#233;formisme fa&#231;on Parti socialiste. Ce ne sont pas seulement les contenus de ces discours qui vont se normaliser, mais aussi les mani&#232;res de parler et de s'adresser &#224; un public : les militant&#183;es en col&#232;re et violent&#183;es doivent laisser leur place &#224; des communicants aguerris aux m&#233;dias et aux politicien&#183;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001, l'&#232;re de l'innocence du mouvement LGBT allait d&#233;finitivement prendre fin, au moment o&#249; cet universalisme tant d&#233;fendu devenait en France le principal &#171; bouclier &#187; contre le fondamentalisme islamique. Ce discours immunitaire contre &#171; tous les fascismes &#187; pouvait enfin quitter ses petits laboratoires de la gauche associative pour devenir majoritaire dans le discours m&#233;diatique. Le parcours de Caroline Fourest&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Pour un portrait plus approfondi du cheminement politique de Caroline (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a fait qu'impulser et suivre cette tendance qui d&#233;bouchera plus tard sur la formation de Fiert&#233;s Citoyennes. Certes, elle ne fait pas partie de cette association, mais, comme on le verra, tout concorde en termes de discours id&#233;ologique sur l'universalisme et le r&#233;publicanisme ; pour eux l'ennemi c'est l'int&#233;grisme, l'instrumentalisation du politique &#224; des fins liberticides, antir&#233;publicaines et antila&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Cette la&#239;cit&#233; en question est celle revue et corrig&#233;e en 2003 lors des d&#233;bats sur la loi interdisant le port des signes religieux ostensibles dans les &#233;tablissements scolaires (et surtout le voile islamique). Cette loi a produit une rupture fondamentale dans la normalit&#233; r&#233;publicaine, celle-ci n'est plus seulement un devoir qui incombe &#224; l'&#201;tat, mais &#224; l'ensemble des citoyen&#183;nes fran&#231;ais&#183;es ; et quiconque d&#233;rogera &#224; cette r&#232;gle sera per&#231;u &lt;i&gt;en m&#234;me temps &lt;/i&gt; en victime et en militant&#183;e de l'int&#233;grisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Aujourd'hui, une nouvelle g&#233;n&#233;ration, plus jeune, plus queer, plus woke aussi, a pris le relais des institutions LGBT apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de morne mobilisation. C'est en r&#233;action &#224; cette prise du pouvoir, ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis, une r&#233;action &#224; l'impossibilit&#233; de faire partager des principes de souverainet&#233; culturelle aux domin&#233;&#183;es, que FC sort sa petite matraque en plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Dans leur tribune fondatrice, FC pr&#233;sente sa mission : &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits des personnes LGBTI et la lutte contre les discriminations et les violences dont ces derni&#232;res sont victimes &#187;. Voil&#224;, c'est &#224; peu pr&#232;s ce qu'on met tous dans nos dossiers de subvention pour obtenir du fric et de l'attention. Cette lutte s'inscrivant &#171; dans le cadre de l'universalisme r&#233;publicain et des principes de la&#239;cit&#233;, d'&#233;galit&#233; et de solidarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ils estiment que &#171; s'en prendre aux personnes LGBT en raison de leur orientation amoureuse, sexuelle ou de genre, c'est s'en prendre aux valeurs de la R&#233;publique &#187;. C'est le principe fondamental du droit fran&#231;ais : pour qu'une personne victime de violence soit reconnue en tant que telle, il faut que par elle la R&#233;publique se sente attaqu&#233;e. Autrement dit, il y a toujours deux victimes, sinon aucune : l'individu et la R&#233;publique. Leur cadre est celui de l'int&#233;gration de chaque individu LGBT+ &#224; ce signifiant flottant qu'est le &#171; pacte r&#233;publicain &#187;. Dans ce cadre, toutes les formes de communaut&#233; doivent se soumettre &#224; une communaut&#233; plus grande et plus g&#233;n&#233;reuse que toutes les autres : la R&#233;publique, madame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. FC ne serait rien sans cette vieille lune lib&#233;rale post Seconde Guerre mondiale, devenue le fond de commerce de l'association Homosexualit&#233; et Socialisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Voir Hugo Bouvard, &#171; Homosexuel&#183;le&#183;s et socialistes. Constitution d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1990, arguant que l'extr&#234;me gauche radicale et l'extr&#234;me droite fasciste sont les deux faces de la m&#234;me pi&#232;ce, et que le seul bouclier contre la haine c'est l'unit&#233; derri&#232;re un front r&#233;publicain universaliste. FC se contente aujourd'hui de reprendre cette m&#234;me rh&#233;torique &#224; la faveur d'un contexte d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus militaris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Comme le Printemps R&#233;publicain, les attentats du 13-Novembre et de Charlie Hebdo sont sa matrice. La d&#233;cennie qui s'ouvre a largement pu s'appuyer sur la fen&#234;tre ouverte par l'ambiance parano&#239;aque des plans Vigipirate, la surveillance de tous par tous, le flicage des intentions, l'incorporation des valeurs r&#233;publicaines, le retour de l'hypoth&#232;se r&#233;pressive et l'enclenchement d'une islamophobie d'&#201;tat sous couvert de la lutte contre le terrorisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. En r&#233;alit&#233;, Fiert&#233;s Citoyennes, n'est que le sympt&#244;me anecdotique et pitoyable d'un malaise plus profond et plus grave au sein du militantisme LGBT mainstream : son incapacit&#233; &#224; se constituer comme une communaut&#233; politique affrontant la fascisation de la soci&#233;t&#233;. Certes, il n'y a rien de nouveau &#224; ce que des homos &#233;pousent le conformisme national, en revanche, la normalisation gay est en train de franchir une nouvelle &#233;tape : plus brutale et plus s&#233;curitaire mais aussi plus illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. La petite bourgeoisie gay militante des ann&#233;es 1990 est donc de retour, moins nombreuse certes, mais plus brutale dans son discours. Dans leur tribune fondatrice, ils identifient pr&#233;cis&#233;ment deux menaces qui planent sur le progressisme LGBT : &#171; l'expression de la haine anti-LGBT qui malheureusement perdure et, en miroir, la radicalisation d'une minorit&#233; issue de cette vaste communaut&#233;, s&#233;duite par les id&#233;ologies identitaires et victimaires qui s'opposent &#224; notre mod&#232;le r&#233;publicain. &#187; La rh&#233;torique de la majorit&#233; silencieuse soucieuse d'ordre et de statu quo subissant les pressions d'un petit groupe d'agitateurs est pos&#233;e. Cet argument n'est pas politiquement innocent, il est r&#233;guli&#232;rement brandi par les pr&#233;sidents ou gouvernements fran&#231;ais pour s'en prendre aux diff&#233;rents mouvements sociaux : De Gaulle face &#224; la r&#233;volte de Mai 68, Dominique de Villepin face au mouvement &#233;tudiant contre le CPE, Nicolas Sarkozy face &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Guyane et aux Antilles fran&#231;aises en 2009. Bref, un argument-rapace pour exprimer l'opinion que la majorit&#233; du pays est favorable aux id&#233;es d'ordre, de s&#233;curit&#233;, de propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; et pour que cette &#171; majorit&#233; &#187; obtienne un label de l&#233;gitimit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Tout en s'inscrivant dans une tendance lib&#233;rale en termes de m&#339;urs, ils estiment qu'une chose est d'&#233;changer des id&#233;es librement, et une autre est d'imposer des id&#233;ologies per&#231;ues comme militantes ou dogmatiques. Vous vous souvenez du temps o&#249; Bertrand Delano&#235; &#233;tait l'&#233;g&#233;rie gay du Parti socialiste ? O&#249; Didier Eribon souhaitait en &#234;tre la figure intellectuelle, mais qu'on a eu Ir&#232;ne Th&#233;ry &#224; la place ? Homosexualit&#233; et Socialisme tentait aussi de pacifier les marges militantes au sein de l'Inter LGBT et de les orienter vers une politique r&#233;formiste. C'&#233;tait d&#233;j&#224; violent de normalit&#233; &#224; l'&#233;poque, mais c'&#233;tait &#231;a les d&#233;buts du r&#233;publicanisme LGBT, une promesse ouverte par la gauche capitaliste, qui a inclus des associations comme FLAG, Gay Lib et L'Autre Cercle dans la danse lib&#233;rale LGBT. Assez naturellement, les entreprises telles que Mastercard, Airbus ou La Mie C&#226;line ont pr&#233;tendu participer &#224; la &#171; lutte &#187; en sponsorisant les Marches des fiert&#233;s. Roselyne Bachelot, ministre dans les gouvernements de Fillon, Raffarin et Castex, est m&#234;me devenue une des &#233;g&#233;ries des droitards homosexuels, &#224; telle point qu'elle en nourrit les pr&#233;ceptes de nos &#171; rentiers des Lumi&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Expression formul&#233;e par Isabelle Stengers dans Au temps des catastrophes. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui dans leur charte entendent d&#233;fendre,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;un militantisme qui a pour ambition principale de construire et d'avancer sur un &lt;i&gt;chemin commun &lt;/i&gt; (je souligne) et, pour paraphraser la conclusion du discours de Roselyne Bachelot du 7 novembre 1998, lors du vote du PACS, pour que chacune et chacun puisse occuper toute la place qu'il ou elle m&#233;rite au sein de cette communaut&#233; qui se situe au-dessus de toutes les autres : la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;25. Leur grille de lecture peut tenir en un hashtag : #TenailleIdentitaire. Ils expliquent la mont&#233;e en puissance des extr&#234;mes droites comme une pure r&#233;action aux passions identitaires du militantisme queer radical et de l'Islam radical. Cette expression est un legs de Laurent Bouvet et Gilles Clavreul, cofondateurs du Printemps R&#233;publicain. On nage dans l'abstraction la plus totale et la plus absurde, mais on commence alors &#224; comprendre qu'il s'agit de la poursuite de l'antimarxisme du 20&#232;me si&#232;cle. Voil&#224; comment il faudrait comprendre que la majorit&#233; des attaques de FC se portent contre l'extr&#234;me gauche radicale plut&#244;t que contre l'extr&#234;me droite : la premi&#232;re serait la raison d'exister de la seconde, et qu'en combattant la premi&#232;re (marxiste) on mettrait fin &#224; la seconde (fasciste). L'insistance, dans leur vocabulaire, de r&#233;f&#233;rences &#224; la folie ou l'all&#233;geance, trahit un d&#233;ni de reconnaissance d'agentivit&#233; et d'autonomie politique aux groupes militants d'extr&#234;me gauche et anarchistes. En l'esp&#232;ce, le discours r&#233;publicaniste LGBT est une normativit&#233; pr&#233;datrice socialis&#233;e, en chasse de tout ce qui perturbe l'id&#233;al lib&#233;ral, il n'a aucun souci de v&#233;rit&#233; (les approximations et les amalgames sont m&#234;me appr&#233;ci&#233;s), seuls les r&#233;sultats comptent. Leur &lt;i&gt;bestie&lt;/i&gt; Nora Bussigny en fait sa m&#233;thode de &#034;journalisme&#034;, essentiellement bas&#233;e sur du ressenti et une empathie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Le monde n'est pour eux qu'un vaste tissu nerveux o&#249; les politiques &#171; extr&#233;mistes &#187; s'&#233;lectrisent les unes les autres. Pendant ce temps, les partis politiques qui ont d&#233;j&#224; eu acc&#232;s au pouvoir (PS, R&#233;publicains, Renaissance) et qui arment les guerres en cours n'auraient qu'un r&#244;le superflu dans le renforcement du fascisme. Cette d&#233;politisation a pour but de rendre illisibles les r&#244;les de la colonisation et des rapports de classe dans les &#233;v&#233;nements actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Cet id&#233;al lib&#233;ral qu'ils d&#233;fendent ne saurait &#234;tre soutenu que par la consolidation d'un bloc central &#224; la t&#234;te du pays. Ce bloc est essentiellement constitu&#233;, non seulement d'une figure souveraine (le pr&#233;sident omnipotent), mais aussi et surtout, c'est ce qui fait la caract&#233;ristique de nos militants de la raison, de personnalit&#233;s qui tournent autour du pouvoir. Ainsi, dans une corrida, si le matador concentre &#224; lui seul toute l'aura de puissance divine en achevant le taureau, ce sont bien les &lt;i&gt;peones&lt;/i&gt;, les toreros subalternes, qui plantent les premi&#232;res banderilles dans l'animal et qui le pr&#233;parent &#224; l'an&#233;antissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. En r&#233;alit&#233;, il ne s'agit pas vraiment d'une nouvelle normalit&#233;, mais d'une nouvelle phase historique de celle-ci : nous entrons dans la phase s&#233;curitaire de la normalit&#233; homosexuelle, o&#249; on permet aux domin&#233;s de devenir des dominants. Elle n'est pas nouvelle dans la mesure o&#249; les bases &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans le discours progressiste des ann&#233;es 1990-2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;On pourrait m&#234;me remonter plus loin, au club Arcadie d'Andr&#233; Baudry &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais la phase s&#233;curitaire de la normalisation apporte une modification cruciale dans son objectif politique : il ne s'agit plus seulement de normaliser l'Autre, mais de l'effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Comme tout pays occidental qui se respecte, pour partir en guerre il faut faire reposer sur l'Autre l'ouverture des hostilit&#233;s. Parce que la la&#239;cit&#233; et la R&#233;publique sont attaqu&#233;es, il faut constituer une d&#233;fense strat&#233;gique en r&#233;armant id&#233;ologiquement ces id&#233;aux fran&#231;ais et en musclant la loi qui les encadre. Plus pr&#233;cis&#233;ment, FC pr&#233;conise de brandir la la&#239;cit&#233; comme rempart (arme d&#233;fensive) face &#224; l'&#171; obscurantisme &#187; qui gangr&#232;nerait notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. &#171; Chicken 4 KFC &#187;, animalisation des militants, tout ce vocabulaire &#233;voque la dimension industrielle du g&#233;nocide. &#192; l'abattoir, les animaux sont compartiment&#233;s en masse, &#233;voluant dans un espace fl&#233;ch&#233; et unidirectionnel, et cette image mentale permet d'assouvir par le rire l'&#233;ventualit&#233; d'un abattage en s&#233;rie de ces militants. La logique exterminatrice impr&#232;gne ce langage et par ce langage cynique impose une marque visible sur la chair dissidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Ils se revendiquent &#171; militants de la raison &#187; et pour eux la chair dissidente est folle, forceuse, contre-nature, fanatique, aveugl&#233;e par ses passions, et il faut la marquer du sceau de l'animalit&#233;, la rejeter en dehors de l'humanit&#233;. Dans un climat de fascisation des conduites, cette marque est tenace, elle fabrique des cibles, mais puisque c'est fait avec &#171; humour &#187;, &#231;a passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Une chose &#224; prendre en compte, c'est justement le genre &#171; humoristique &#187; de la m&#233;taphore, un humour cynique &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d&#233;nu&#233; d'autod&#233;rision, qui s'ancre dans la tradition des caricatures naus&#233;abondes, une dilution de la col&#232;re dans les eaux ti&#232;des du conformisme. C'est d'ailleurs dans leur tribune pour Charlie Hebdo publi&#233;e dans &lt;i&gt;T&#234;tu&lt;/i&gt; que FC s'adresse &#224; la commu pour marquer un hommage aux &#171; 12 compatriotes intelligents, talentueux et courageux &#187; de la r&#233;daction de Charlie Hebdo vis&#233;e par l'attentat. Ils justifient cet hommage en soulignant l'identit&#233; de geste entre les existences LGBT+ et l'humour critique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous, personnes LGBT+, savons aussi, tout comme les victimes de Charlie Hebdo, que la possibilit&#233; et la capacit&#233; de rire, notamment de nous-m&#234;mes, de parler avec franchise et de d&#233;fier les bigots de tous horizons (y compris ceux et celles au sein de notre propre communaut&#233;) ont toujours &#233;t&#233; et resteront parmi les armes les plus efficaces et les plus honorables contre la tyrannie de la paresse intellectuelle, la fossilisation politique et la s&#233;cheresse morale. Car rien ne d&#233;range davantage les fanatiques (je souligne) que l'humour critique, libertaire et d&#233;sacralisateur. Rien ne les effraie autant que la la&#239;cit&#233;, cette barri&#232;re qui prot&#232;ge la libert&#233; de chacun face &#224; toutes les formes d'oppression religieuse ou id&#233;ologique, et qui garantit que personne ne puisse imposer &#224; autrui une vision du monde fond&#233;e sur des dogmes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Fiert&#233;s Citoyennes, &#171; &#171; Charlie Hebdo &#187; : Nous, personnes LGBT+, savons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;33. Si je souligne ici l'usage du terme fanatique, c'est qu'il s'inscrit dans la rh&#233;torique d'une tradition contre-r&#233;volutionnaire, quand bien m&#234;me pr&#233;tend-elle &#234;tre la digne h&#233;riti&#232;re de l'esprit des Lumi&#232;res de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Pour l'instant leur rapport &#224; la R&#233;volution se r&#233;sume &#224; un montage photo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une rh&#233;torique qui cherche &#224; offrir la sch&#233;matisation suivante comme grille de lecture de la crise politique : la raison contre l'irrationnel, l'humanisme contre le sectarisme, l'universalisme contre le dogmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1500x500.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1500x500.jpg?1766166598' width='500' height='167' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Bandeau de la page X de Fiert&#233;s Citoyennes.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;34. On nous enferme dans le langage qu'ils transforment en nasse s&#233;mantique. Cette capture ne peut d&#233;boucher que sur un seul objectif : d&#233;truire les liens qui nous unissent &#224; l'histoire et &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. C'est une pens&#233;e fondamentalement rudimentaire, qui rejette la complexit&#233; pour proposer une autoroute lib&#233;rale en lieu et place de toute alternative politique. L'attaque uniforme contre les extr&#234;mes est une d&#233;fense du conservatisme centriste en tant que seul parti rationnel, en tant que parti unique. Pour cela, il a besoin de rendre la lecture des d&#233;bats contemporains la plus simpliste possible, c'est une attaque en r&#232;gle contre l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. L'universalisme dont ils se r&#233;clament ne peut l'&#234;tre que parce qu'il comporte en son c&#339;ur un &#233;l&#233;ment destructeur et d'expansion, de pr&#233;dation et de conqu&#234;te. Ils parviennent &#224; se tailler une place dans l'espace m&#233;diatique gr&#226;ce &#224; une logique de colonisation des luttes sociales. En cela, ils ont appris &#224; tirer profit de la guerre imp&#233;rialiste contre la Palestine. Isra&#235;l est leur contexte d'&#233;nonciation politique et collaborent au narratif sioniste selon lequel le 7-Octobre serait une guerre d&#233;clench&#233;e par le Hamas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;En r&#233;ponse &#224; un tweet de Rima Hassan sur les enfants palestiniens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme le sugg&#232;re Hussein Omar, la doctrine s&#233;curitaire interpr&#232;te cette guerre comme ce qui est &#224; m&#234;me de &#171; sauver le projet universel de civilisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Hussein Omar, &#171; Homo Zion &#187;, infra, p. 277.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Il leur faut imposer dans le d&#233;bat le paradoxe suivant : l'&#233;mancipation (individuelle) ne saurait advenir sans une id&#233;e de soumission (&#224; la R&#233;publique). Par cons&#233;quent, ils n'h&#233;siteront pas &#224; utiliser les Arabes et la Palestine contre nous (et inversement), &#224; agiter le spectre des homosexuels jet&#233;s du haut d'un immeuble par Daesh, &#224; nier l'existence de l'islamophobie, &#224; nous dresser contre les Juif&#183;ves et contre les femmes. Ils &#233;laborent une politique extr&#234;me-centriste qui donnent du cr&#233;dit &#224; la restauration du corps politique fasciste fran&#231;ais. C'est une alliance abstraite qui se retrouve sur des lois concr&#232;tes visant &#224; prot&#233;ger la France : Loi confortant le respect des principes de la R&#233;publique, Loi Attal contre le port de l'abaya &#224; l'&#233;cole, loi la&#239;cit&#233; de 2004. Un langage commun entre les droites se peaufine &#224; l'ombre du soleil d&#233;mocratique. L'expression &#171; chickens for KFC &#187; appliqu&#233;e au militantisme queer radical est d'ailleurs en vogue dans la propagande fasciste, du collectif homonationaliste &#201;ros &#224; Benyamin Netanyahou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Je reconnais aux &#171; militants de la raison &#187; qu'ils ne sont pas d'extr&#234;me-droite mais d'extr&#234;me centre, et c'est tout &#224; l'honneur d'avoir bien appris &#224; pond&#233;rer leur propos, &#224; se tailler une juste place dans un monde aussi radical, &#224; ne pas succomber &#224; leurs pulsions, &#224; se tenir droit dans leurs bottes r&#233;publicaines. Entendez le bruit sourd que &#231;a fait. &#199;a doit faire du bien de pratiquer un antifascisme raisonnable, un antifascisme de porcelaine contre l'extr&#234;me-droite-la-vraie-de-vraie. &#199;a nous sort le service &#224; th&#233; et la petite cuill&#232;re en argent pendant que les dirigeants politiques, financiers et m&#233;diatiques du monde se r&#233;concilient par le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Finalement Fiert&#233;s Citoyennes ne fait que reproduire le principe premier de la contre-r&#233;volution : d&#233;l&#233;gitimer des conduites politiques qui op&#232;rent des alliances inattendues en leur arrachant le caract&#232;re politique. En lieu et place du politique, ils nous affectent &#224; l'irrationalit&#233;, &#224; l'instinct ou au culte. Pour autant, notre r&#233;flexe ne devrait pas &#234;tre de nous d&#233;barrasser de l'irrationalit&#233; car celle-ci est et a toujours &#233;t&#233; la condition d'une politique de la lib&#233;ration &#8211; il faut bien cette &#171; folie &#187; pour avoir l'audace de changer la vie. Il faut bien ce surcro&#238;t de fid&#233;lit&#233; &#224; une id&#233;e pour affronter ce qui veut notre disparition. La rationalit&#233; qu'ils nous proposent est un calcul de petits ma&#238;tres, ils ont le z&#232;le &#233;motionnel des contr&#244;leurs de la RATP et les moyens de trolls m&#233;diatiques. Purs produits de la normalisation gay, plus personne ne cro&#238;t &#224; leur chim&#232;re, mais c'est pas grave, au bord du gouffre, autant tenter de n&#233;gocier sa future place de kapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. On n'a pas suffisamment dit que la normalisation LGBT est une normalisation avec le capital, avec l'ordre, avec le statu quo, avec l'ontologie blanche, avec l'imp&#233;rialisme hard et soft. Elle ne rel&#232;ve pas donc seulement d'une morale, mais aussi d'une m&#233;taphysique occidentale angoiss&#233;e de perdre de sa splendeur : une majorit&#233; silencieuse. Il s'agit alors bien de normalit&#233; &#171; dans le sens d'une conformit&#233; totale avec tout ce que nous savons de notre civilisation, de son esprit directeur, de ses priorit&#233;s, de sa vision immanente du monde &#8211; et des moyens appropri&#233;s de poursuivre le bonheur humain en m&#234;me temps qu'une soci&#233;t&#233; parfaite &#187; (Adorno).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Les promesses de la normalisation n'ont pas eu lieu, malgr&#233; le Mariage pour tous et l'homophilie d'&#201;tat, les paniques anti-homosexuelles et anti-trans demeurent des outils de domination politique. M&#234;me le gay cis blanc bourgeois le plus arrim&#233; au pouvoir et les acquis du n&#233;olib&#233;ralisme en termes de management de la diversit&#233; sont susceptibles de dispara&#238;tre en un claquement de doigts. Expuls&#233;e par le r&#233;el, la normalit&#233; n'est donc pas (oh surprise) une chose solide et stable ; elle permet certes des accommodations temporaires facilitant la vie quotidienne, mais elle n'est pas, en tant que telle, un projet d'&#233;mancipation. Plus personne ne cro&#238;t aux b&#233;n&#233;fices de la normalit&#233;, mais on cro&#238;t &#224; ses fantasmes de s&#233;curisation. Et puisque nous sommes tous en danger, c'est le moment ou jamais pour eux de sortir l'artillerie lourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Nous opposons &#224; leur dressage des m&#339;urs politiques, la tradition des opprim&#233;s, la m&#233;moire discontinue, fragmentaire, douloureuse de celles et ceux qui ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s par le cours de l'histoire. Nous devons faire &#233;clater la continuit&#233; historique qui d&#233;termine le pass&#233; comme une suite de progr&#232;s, rendre pr&#233;sentes les r&#233;voltes qui ont r&#233;prim&#233;es et qui doivent encore trouver leur accomplissement. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas aujourd'hui laisser la communaut&#233; musulmane seule face &#224; la menace fasciste, comme d'autres avant nous, avaient abandonn&#233; les Juifs. Nous tiendrons tout ensemble avec les disparit&#233;s et les d&#233;saccords de la gauche radicale pour former la r&#233;sistance aux puissances fascistes et imp&#233;rialistes. Il y a une chanson catalane que j'aime amoureusement, &lt;i&gt;L'estaca&lt;/i&gt;, compos&#233;e sous la dictature de Franco, qui montre la voie d'un autre universalisme, r&#233;volutionnaire celui-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous tirons tous, il tombera&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a ne peut pas durer comme &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut qu'il tombe, tombe, tombe&lt;br class='autobr' /&gt;
Vois-tu, comme il penche d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je tire fort, il doit bouger&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si tu tires &#224; mes c&#244;t&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;r qu'il tombe, tombe, tombe&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous aurons la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;43. L'architecture de leur normalit&#233; est un bunker en bord de mer qui r&#233;siste &#224; l'&#233;rosion, on y range des armes et des soldats, on y planque sa parano&#239;a blanche pour que personne ne la voie, on y cultive secr&#232;tement son petit fascisme int&#233;rieur. Comme les bunkers, la normalit&#233; balise un espace s&#233;curis&#233; des conduites dans un grand brassage du militaire et du civil. Elle flotte sur un sol qui n'est plus un socle &#224; son &#233;quilibre, mais une &#233;tendue mouvante et al&#233;atoire. M&#234;me affaiss&#233;e, enfouie sous nos pieds, elle tient. Eux, ils n'appellent pas &#231;a &lt;i&gt;bunker&lt;/i&gt; mais &#171; valeurs communes &#187;. &#199;a les prot&#232;ge des survivances archa&#239;ques, ind&#233;sirables chez soi, donc &#224; &#233;liminer chez les autres. La voil&#224; la rationalit&#233; technocratique LGBT dans toute sa splendeur, faisant la guerre &#224; son peuple, et sacrifiant ses marges. &#199;a se range derri&#232;re les CRS et &#231;a leur d&#233;l&#232;gue l'usage de la brutalit&#233; r&#233;publicaine. &#199;a en fait des images, balanc&#233;es dans les circuits d'information, pour attester de l'imminence du danger. Mais la normalit&#233; va craquer et les chim&#232;res qu'elle charrie seront diss&#233;min&#233;es &#224; l'&#233;tat de science-fiction. &#199;a ne peut pas tenir dans le r&#233;el, alors &#231;a tient avec le divertissement de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-4/&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/couverturetn4_une.jpg?1768057360' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Les hygi&#233;nistes &#233;taient un courant de la m&#233;decine du XIXe si&#232;cle qui entendait normer, surveiller et discipliner les corps au nom du bien collectif. Cela permit d'apposer une lecture &#171; biologique &#187; sur des probl&#232;mes historiques et politiques. La notion de &#171; fl&#233;au social &#187; attribu&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais aussi bien &#224; l'alcoolisme qu'&#224; l'homosexualit&#233;, trouve ses fondements dans les th&#233;ories hygi&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Alexis Buixan, &#171; La dissolution ne r&#233;soudra en rien la d&#233;t&#233;rioration des m&#339;urs parlementaires &#187;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 25/06/2024, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Cela consiste &#224; limiter le regroupement familial, r&#233;duire les aides sociales aux nouveaux arrivants, imposer des conditions &#233;conomiques et des tests de langue et de &#171; valeurs danoises &#187; d'un niveau tr&#232;s difficile pour obtenir la citoyennet&#233;, appliquer des sanctions p&#233;nales plus lourdes pour certains d&#233;lits dans les quartiers d'immigration, et confisquer les biens des r&#233;fugi&#233;s pour financer leur s&#233;jour (loi tr&#232;s controvers&#233;e de 2016). Ces mesures ont &#233;t&#233; adopt&#233;es par les sociaux-d&#233;mocrates, les centristes et les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Pour un portrait plus approfondi du cheminement politique de Caroline Fourest, voir Mathieu Magnaudeix, &#171; Les croisades de Caroline Fourest &#187;, Revue du Crieur, 6 (1), 74-89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Voir Hugo Bouvard, &#171; Homosexuel&#183;le&#183;s et socialistes. Constitution d'un p&#244;le &#233;lectoral-partisan et institutionnalisation du mouvement gai et lesbien dans les ann&#233;es 1980 et 1990 &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, 128 (4), 33-58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Expression formul&#233;e par Isabelle Stengers dans &lt;i&gt;Au temps des catastrophes. R&#233;sister &#224; la barbarie qui vient&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2009, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;On pourrait m&#234;me remonter plus loin, au club Arcadie d'Andr&#233; Baudry &#224; partir des ann&#233;es 1950 ; ou dans les colonnes de la revue &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; des ann&#233;es 1980 o&#249; on pouvait lire quelques articles &#224; la gloire de Tsahal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Fiert&#233;s Citoyennes, &#171; &#171; Charlie Hebdo &#187; : Nous, personnes LGBT+, savons que le rire est une arme contre la tyrannie &#187;, &lt;i&gt;T&#234;tu&lt;/i&gt;, 7 janvier 2025, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Pour l'instant leur rapport &#224; la R&#233;volution se r&#233;sume &#224; un montage photo de Nicky Doll dans le tableau de Courbet, &lt;i&gt;La Libert&#233; guidant le peuple&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;En r&#233;ponse &#224; un tweet de Rima Hassan sur les enfants palestiniens bombard&#233;s par l'arm&#233;e isra&#233;lienne, Arnaud Abel trouve judicieux de r&#233;pondre : &#171; Les enfants palestiniens sont les victimes d'une guerre d&#233;clench&#233;e par le Hamas. Ils ont donc &#233;t&#233; assassin&#233;s par le Hamas. &#187; Et lors de la marche f&#233;ministe du 8 mars 2025, apr&#232;s un selfie aux c&#244;t&#233;s du collectif imp&#233;rialiste Nous Vivrons, il souffle sur les braises de l'antis&#233;mitisme en d&#233;clarant : &#171; La R&#233;publique confisqu&#233;e, &lt;i&gt;les femmes juives&lt;/i&gt; (je souligne) et leurs alli&#233;s sont parqu&#233;s dans une petite rue adjacente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Hussein Omar, &#171; Homo Zion &#187;, &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;, p. 277.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Paris perverti : la Carte du m&#233;tropolitendre</title>
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		<description>&lt;p&gt;C'est d'une carte au tr&#233;sor dont il s'agit, celle de la dissidence sexuelle, avec pour cadre la ville de Paris.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-HIVER-2025-2026-" rel="directory"&gt;HIVER 2025-2026&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recherches-+" rel="tag"&gt;Recherches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Drague-+" rel="tag"&gt;Drague&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Nagy-Makhlouf-+" rel="tag"&gt;Nagy Makhlouf&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Val-Bovey-+" rel="tag"&gt;Val Bovey&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4.jpg?1768055922' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est d'une carte au tr&#233;sor dont il s'agit, celle de la dissidence sexuelle, avec pour cadre la ville de Paris. Chaque arr&#234;t sera l'&#233;vocation d'un lieu, d'une personnalit&#233;, ou d'un &#233;v&#233;nement, les lignes directes succ&#232;deront aux fulgurances de passages secrets, abolissant le temps pour faire vivre d'autres proximit&#233;s. Nagy et Val, les dernier&#183;es arpenteur&#183;es de cette carte fabuleuse nous en livrent les d&#233;tails, rappelant que l'histoire de la dissidence sexuelle ne s'&#233;crit qu'au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est issu de &lt;i&gt;Trou Noir #3 Enjeux historiques et conflits m&#233;moriels des sexualit&#233;s dissidentes&lt;/i&gt;, vous pouvez &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le commander sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1971, le FHAR (Front d'action homosexuel r&#233;volutionnaire) publie le &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; dans lequel se trouve &#171; Pour une conception homosexuelle du monde &#187;. Cette conception tient &#224; la possibilit&#233; de vivre, d'aimer et d'habiter autrement qu'en suivant les pratiques du r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel et bourgeois. Plus r&#233;cemment, en 2013, Patrick Cardon des &#233;ditions Gaykitschcamp republiait ce &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt; dans l'optique d'une &#171; politique vivante de la m&#233;moire &#187;, c'est-&#224;-dire pour que cette archive puisse servir aux mouvements queers contemporains qui cherchent &#224; s'affranchir des normes vectrices de domination &#8212; notamment des politiques identitaires. En 2017, Alain Naze tentait de renouer avec l'h&#233;ritage de la lutte homosexuelle des ann&#233;es 1970 en &#233;crivant son &lt;i&gt;Manifeste contre la normalisation gay&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, nous voulons contribuer &#224; cette politique en pr&#233;sentant, pour la premi&#232;re fois depuis sa parution originale en 1979, une archive des d&#233;buts de la revue &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : la Carte du m&#233;tropolitendre, qui substitue aux stations de m&#233;tro parisiennes des r&#233;f&#233;rences &#224; la culture gaie et lesbienne du temps. C'est par le hasard lors d'une recherche au centre Maurice Chalumeau pour les Sciences des Sexualit&#233;s (CMCSS) de Gen&#232;ve que nous l'avons d&#233;couverte. Elle se trouve au croisement de nos deux recherches : d'une part, une recherche litt&#233;raire sur des t&#233;moignages de r&#233;ception d'&#339;uvres gaies et lesbiennes de la Belle &#201;poque, d'autre part une recherche architecturale sur la production des normes du genre, de la famille, et de leurs alternatives. &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; est fond&#233; en 1979 par Jean Le Bitoux (historien de la d&#233;portation homosexuelle) autour de plusieurs personnalit&#233;s du militantisme dont, entre autres Frank Arnal (qui reprendra la direction autour de 1981), Jean-Pierre Joecker (qui co-fondera la revue &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt; la m&#234;me ann&#233;e) et Gilles Barbedette (qui &#233;crira &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbedette Gilles et Carassou Michel, Paris gay 1925, Paris : Presses de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Michel Foucault est &#233;galement partie prenante de la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : en soufflant le nom jeu de mot sur le danger d'&#234;tre ouvertement gay &#224; l'&#233;poque &#8212; et en &#233;crivant un article dans le premier num&#233;ro, il fait partie d'un de ceux qui permettront de prot&#233;ger la revue de la censure dans le contexte hostile de pr&#233;-l&#233;galisation de l'homosexualit&#233; (seulement en 1981). Son soutien &#8212; ainsi que celui d'autres intellectuels &#8212; &#233;pargnera peut &#234;tre au &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; le triste sort de &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt; (Bel Air&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous donnons dans l'article le nouveau toponyme en italique et le nom de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), dont les quelques num&#233;ros publi&#233;s en 1978 avant sa censure rec&#232;lent notamment les &#233;crits de Guy Hocquenghem, Ren&#233; Sch&#233;rer et d'autres qui se retrouveront collaborateur&#183;rice&#183;s des revues ult&#233;rieures. &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt; fait l'&#233;tat d'un constat : &#171; De toute fa&#231;on, la vie p&#233;d&#233;e n'est pas tr&#232;s gaie &#224; Paris. Elle est h&#233;t&#233;rosexualis&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Rues de la rue Dutot &#187;, Gaie Presse, n&#176;2, &#233;t&#233; 1978.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pour lutter contre cette normalisation que la presse homosexuelle militante &#233;merge en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SORTIR DU TEMPS LIN&#201;AIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Carte du m&#233;tropolitendre propose un remplacement de tous les toponymes officiels du m&#233;tro parisien par d'autres issus d'un imaginaire homosexuel du monde. Elle reprend le mod&#232;le de la Carte de Tendre popularis&#233;e au 17e si&#232;cle par Madeleine de Scud&#233;ry. Avec cette contre-cartographie du m&#233;tro parisien et de l'historiographie dominante qu'elle exprime, l'auteur, un certain Pierre Aguillon, remplace une culture militaire, monarchique, catholique et h&#233;t&#233;robourgeoise par une culture gaie. Or, une culture, pour Guillaume Dustan, c'est &#171; des m&#339;urs, des pratiques, de la sociabilit&#233; humaine avec des gestes et des mots &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dustan Guillaume, &#338;uvres, Clerc Thomas (&#233;d.), Paris : POL, 2021, p. 195.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aguillon renverse la carte du m&#233;tropolitain en l'affranchissant de ses normes morales ; il pervertit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pervertir : Du latin pervertere (&#171; renverser, mettre sens dessus dessous &#187;) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le plan de la ville, qui devient un r&#233;pertoire de pratiques amoureuses, affectives et amicales, li&#233;es &#224; un r&#233;seau indissociable de personnes, d'&#339;uvres et d'espaces communs qui font salon. La carte du m&#233;tropolitendre est une invitation &#224; un voyage parisien dans la dissidence sexuelle. Elle met sur un m&#234;me plan le Paris perverti de 1979 &#8212; lieux, presse militante, &#339;uvres, auteurices, pratiques &#8212; avec les strates qui le pr&#233;c&#232;dent et le rendent possible. Elle rend proche dans l'espace ce qui est loin dans le temps. C'est une carte &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; au sens qu'en donne Elisabeth Lebovici : une &#171; sortie du temps lin&#233;aire h&#233;t&#233;ropatriarcal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historienne de l'art, a &#233;crit Ce que le sida m'a fait, Dijon : Les presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par le cruising, le clubbing, le cin&#233;ma, c'est un r&#233;pertoire de sorties possibles des espaces-temps de la domination. &#192; chaque couple social ma&#238;tre/esclave, homme/femme, baiseur/bais&#233;, correspond un autre couple espace/temps : le matin du m&#233;tro-boulot, le soir du travail reproductif f&#233;minin et non r&#233;mun&#233;r&#233;, la nuit de la reproduction de la force de travail pour encha&#238;ner sur la journ&#233;e suivante. Sortir &#224; Paris en suivant la carte du m&#233;tropolitendre, c'est d&#233;sidentifier chacun de ces couples, contrer un mod&#232;le reproductif du temps, et vivre un temps sans aucune utilit&#233; sociale, un temps o&#249; chacun des r&#244;les d'une relation de pouvoir est instable et r&#233;versible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une conception homosexuelle du monde, &#171; Lesbiennes et p&#233;d&#233;s arr&#234;tons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/IMG/jpg/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/carte_du_me_tropolitendre_gai_pied_4-2.jpg?1768055963' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JE LUTTE CE SOIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;codant la carte, nous avons d&#233;couvert un ensemble de clubs et de cin&#233;mas li&#233;s &#224; l'histoire des luttes homosexuelles. Sur la rive gauche se trouvait le &lt;i&gt;Manhattan&lt;/i&gt; (Maubert-Mutualit&#233;) au 8 de la rue des Anglais : la premi&#232;re bo&#238;te gay de Paris. En 1977, dans la backroom du sous-sol du bar, sur la base d'une loi qui sanctionnait &#171; l'outrage public &#224; la pudeur [consistant] en un acte impudique ou contre-nature avec un individu de m&#234;me sexe &#187;, la police interpelle des hommes qui baisaient. Un proc&#232;s se d&#233;roule l'ann&#233;e suivante et les pr&#233;venus refusent pour la premi&#232;re fois de faire acte de contrition, c'est-&#224;-dire d'exprimer des regrets. Michel Foucault, Gilles Deleuze, Guy Hocquenghem et Marguerite Duras signent un texte, tandis que le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; et le Comit&#233; d'urgence antir&#233;pression homosexuelle (CUARH) se mobilisent. L'&#233;v&#233;nement participe &#224; m&#233;diatiser les discriminations dont souffrent alors les homosexuels avant la l&#233;galisation de 1982&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chemin Ariane, &#171; Le proc&#232;s des &#171; backrooms &#187; du club Le Manhattan, moment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur la rive gauche, se trouvaient aussi les cin&#233;mas de la &lt;i&gt;Pagode&lt;/i&gt; (Saint- Fran&#231;ois Xavier) et du &lt;i&gt;Dragon &lt;/i&gt; (Mabillon). En 1978, le premier voit le GLH-PQ (Groupe : de Lib&#233;ration Homosexuelle, de Lib&#233;ration Homosexuel, ou des Lesbiennes et Homosexuels, section Politique et Quotidien) organiser la quinzaine du cin&#233;ma homosexuel. Ce groupe est issu du FHAR, fond&#233; en 1971 et disparu &#224; partir de 1974 lorsque la police lui interdit l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts. Le GLH se divise en trois sections en 1975 ; Jean le Bitoux fonde l'un d'entre eux. &#192; la Pagode, le ministre de la culture de l'&#233;poque fait interdire la projection d'une dizaine de films gay, tandis qu'un groupuscule d'extr&#234;me droite, Jeune Nation, y vient agresser les spectateurs. &#192; l'instar du Manhattan, ce conflit visibilise les GLH. Quant au cin&#233;ma du 24 de la rue du Dragon, il est devenu, en 1978, le Dragon Club Vid&#233;o Gay ; il ferme en 1986. Sur la rive droite, selon Mathieu Lindon, Foucault avait l'habitude d'aller &#171; lever des hommes malades &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lindon Mathieu, Ce qu'aimer veut dire, Paris, Gallimard, 2011.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au &lt;i&gt;Keller&lt;/i&gt; (Ledru-Rollin), &#171; le mythique sexe club fetichiste gay de Paris depuis plus de 45 ans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keller, , consult&#233; le 1er mars 2024.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sp&#233;cialis&#233; dans le fist ; une pratique famili&#232;re du philosophe qui fr&#233;quenta probablement le club des Catacombes &#224; San Francisco, ce &#171; temple du trou du cul &#187; de San Francisco avec Gayle Rubin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rubin Gayle S., &#171; The Catacombs : A Temple of the Butthole &#187;, in 9. The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; remplace Grands Boulevards, un haut lieu de la culture nocturne gay tout juste inaugur&#233; en 1978 et fr&#233;quent&#233; par le dandy Jacques de Bascher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce personnage, amant de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent, a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un personnage qui ne militait pas mais menait un mode de vie d&#233;di&#233; au beau et au plaisir ; et la &lt;i&gt;Viande en Sueur&lt;/i&gt; (Wagram), un club &#224; l'emplacement du bal de la salle Wagram, haut lieu de la vie nocturne gay au&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but du 20e si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Imperturbables, malgr&#233; les injures graveleuses des gigolettes p&#226;m&#233;es au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En renommant les arr&#234;ts o&#249; l'on sort par la r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire du Paris perverti, la carte invite &#224; &#171; remonter l'&#233;v&#233;nement, &#224; s'installer en lui comme dans un devenir, &#224; rajeunir et &#224; vieillir en lui tout &#224; la fois &#187; comme l'&#233;crit Renate Lorenz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorenz Renate, Art queer : une th&#233;orie freak, Alfonsi Isabelle (&#233;d.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'arr&#234;t Tuileries porte d&#233;sormais le nom d'&lt;i&gt;&#201;ternel Retour&lt;/i&gt;, c'est parce que ce concept de Nietzsche permet de nommer le temps non lin&#233;aire : par notre m&#233;moire, nous sommes affect&#233;ees&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous utilisons un f&#233;minin g&#233;n&#233;rique.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par ce qui n'est plus pr&#233;sent et nous nous exposons &#224; ce qui n'est pas encore l&#224;. C'est selon cette condition que Nietzsche d&#233;finit le pr&#233;sent : il s'agit du moment de collision entre pass&#233; et avenir en tant qu'ils affectent la m&#233;moire. Toutes les possibilit&#233;s passe&#769;es pe&#768;sent sur ce que l'avenir peut &#234;tre, et r&#233;ciproquement. C'est ce temps boucl&#233; que Nietzsche nomme par &#233;ternel retour. On retourne aux Tuileries pour cruiser ; on&lt;br class='autobr' /&gt;
y va comme on y allait sous l'Ancien R&#233;gime ; on y va hant&#233;&#183;e par celleux qui nous y ont pr&#233;c&#233;d&#233;&#183;e&#183;s et qui l'ont racont&#233;. La carte inscrit le parc dans un r&#233;seau d'autres lieux &#8212; on se &lt;i&gt;Tourne et Retourne&lt;/i&gt; aux jardins du Trocad&#233;ro, l&#224; o&#249; Dustan raconte cruiser pour la premi&#232;re fois ; au &lt;i&gt;Temple d'Amour&lt;/i&gt; des Buttes-Chaumont, la carte dit &#171; les bosquets [qui] s'agitent &#224; certains moments de la nuit d'une fr&#233;n&#233;sie attirante &#187; ; comme dans le Pier 52 du New York des ann&#233;es 1970, on a la &lt;i&gt;Frousse des Docks&lt;/i&gt; sur les quais de Bercy, comme l'&#233;crit Aguillon : &#171; Prestige de l'uniforme, amour de l'ombre et du danger dans les entrep&#244;ts continuellement d&#233;fonc&#233;s ; &#187; ou encore sur l'&#238;le aux Cygnes pr&#232;s des quais de Bir Hakeim : le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; rebaptise l'arr&#234;t en &lt;i&gt;Branloir&lt;/i&gt;. Enfin, en face de l'&#238;le, au coeur du 16e arrondissement, &lt;i&gt;Kitchenets&lt;/i&gt; remplace Ranelagh : pendant la R&#233;volution, le parc est fr&#233;quent&#233; par les muscadins, ces jeunes hommes excentriques, affect&#233;s, parfum&#233;s au musc &#8212; et royalistes comme&lt;i&gt; les Mignons&lt;/i&gt; (Corentin Celton) &lt;i&gt;d'Henri III &lt;/i&gt; (George V), &lt;i&gt;Monsieur&lt;/i&gt; (Porte de Versailles), le fr&#232;re gay de Louis XIV, et &lt;i&gt;Cambac&#232;res&lt;/i&gt; (Duroc), homme d'&#201;tat sous Napol&#233;on et la Restauration, passionn&#233; de raffinement, cible de campagnes calomnieuses, et sujet d'un portrait de &lt;i&gt;Jean-Louis Bory &lt;/i&gt; (Rue du Bac), &#233;crivain qui a lutt&#233; pour les droits des homosexuels dans les ann&#233;es 1970 et fait un coming-out public litt&#233;raire dans &lt;i&gt;Ma moiti&#233; d'orange&lt;/i&gt; en 1973 ; il participe &#224; &lt;i&gt;Arcadie&lt;/i&gt; (Ch&#226;teau d'Eau ; voir le paragraphe Connivences), puis au FHAR o&#249; il &#233;crit avec Guy Hocquenghem &lt;i&gt;Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bory Jean-Louis et Hocquenghem Guy, Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ? Ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et enfin au GLH.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES PRATIQUES DE RUELLES AUX PRATIQUES DE RUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais voyager dans Paris perverti ne passe pas uniquement par l'espace de la ville &#8212; la carte nous donne &#224; voir la ville souterraine, un r&#233;seau de r&#233;f&#233;rences cach&#233;es aux yeux de la culture dominante ; elle nous invite &#224; monter dans le m&#233;tro comme dans un salon roulant puisqu'en perdant sa fonctionnalit&#233; premi&#232;re le m&#233;tro est lui aussi perverti : &#171; il devient un grand salon souterrain o&#249; l'on pourrait causer, mollement vautr&#233;s dans les fauteuils personnalis&#233;s des rames de l'an 2000. C'est un salon mobile. Il ne nous reste plus qu'&#224; imaginer des tapisseries accroch&#233;es aux vo&#251;tes, des peaux soyeuses le long des quais, des wagons pleins de boiseries qui racontent des histoires de voyages, des bars exotiques dans les stations de correspondance et nous transformerons le m&#233;tropolitain en m&#233;tropolitendre. &#187; L'imaginaire du salon, comme un ensemble de pratiques de connivence et de complicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard l'article de Dubois Quentin, &#171; De l'intime au complice : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, traverse les communaut&#233;s dissidentes. C'&#233;tait le cas de la &lt;i&gt;Carte du Tendre&lt;/i&gt;, que le M&#233;tropolitendre actualise. Issue du salon de Mlle de Scud&#233;ry, &#233;crivaine de romans qui mod&#233;lisent l'art de la conversation, la carte a probablement &#233;t&#233; con&#231;ue dans une ruelle. Le terme d&#233;signe sous l'Ancien R&#233;gime une &#171; alc&#244;ve attenante au lit, chambre &#224; coucher de certaines dames de qualit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;, consult&#233; le 8.02.2024.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par sa distance temporelle, cette r&#233;f&#233;rence nous place d'embl&#233;e hors des normes oppressantes de la pudeur : sous l'Ancien R&#233;gime, la conversation avait lieu dans ce qu'on consid&#232;re maintenant comme l'espace le plus intime, un lieu de proximit&#233; &#8212; de promiscuit&#233;, un terme cher &#224; la morale bourgeoise du 19e si&#232;cle en mati&#232;re de sexualit&#233;. Le nouveau syst&#232;me savoir-pouvoir de cette &#233;poque aboutit &#224; la privatisation du salon et de la chambre &#224; &lt;i&gt;coucher&lt;/i&gt;, autour duquel se cr&#233;e un r&#233;seau serr&#233; de surveillance. L'espace pourtant &#171; satur&#233; de sexualit&#233;s multiples, fragmentaires, et mobiles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault Michel, Histoire de la sexualit&#233;. 1 : La volont&#233; de savoir, 2014, p.63&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la famille doit &#234;tre soigneusement encadr&#233; et r&#233;duit la sexualit&#233; (h&#233;t&#233;rosexuelle, conjugale, monogame) &#224; l'espace confin&#233; de la chambre &#224; coucher. Carte de &lt;i&gt;Tendre&lt;/i&gt; : &#171; une exp&#233;rimentation non pas balis&#233;e, mais ouverte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dubois, art.cit.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon Quentin Dubois ; surtout une mani&#232;re nouvelle de cartographier des sentiments et des pratiques amoureuses utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONNIVENCES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'image du salon appelle &#224; la &lt;i&gt;Connivence&lt;/i&gt;, qui se substitue au principe politique unificateur de &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme appara&#238;t d'ailleurs sous l'Ancien R&#233;gime et a une &#233;tymologie qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le terme &#233;volue ensuite pour d&#233;signer ce qu'il d&#233;signe en fran&#231;ais moderne : une entente secr&#232;te, un accord tacite. La culture des salons de l'Ancien R&#233;gime jusqu'au d&#233;but du 20e si&#232;cle est travers&#233;e par cette notion ; elle produit des formes de conversation, des objets d'art et des r&#233;cits qui ont pour particularit&#233; d'&#234;tre imm&#233;diatement adress&#233;s &#224; une communaut&#233; (politique, identitaire, de pratiques, culturelle) particuli&#232;re, laquelle sera seule &#224; m&#234;me de saisir les enjeux implicites d'un message. Dans cette ann&#233;e f&#233;conde de 1979 ouvrent plusieurs &#171; salons &#187;, puisque le Gai Pied na&#238;t de mani&#232;re concomitante &#224; d'autres revues gaies et lesbiennes. La revue Masques (Ch&#226;teau-Rouge) est fond&#233;e par l'ex-militant de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR) Jean-Pierre Joecker, avec Alain Lecoultre et Jean-Marie Combettes. &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, aux fortes orientations culturelles se d&#233;finissant comme un &#171; lieu [...] o&#249; pourraient se confronter les exp&#233;riences et les r&#233;flexions &#187;, nous revoyons appara&#238;tre ici le th&#232;me du salon &#8212; un salon mixte, cette fois-ci, puisque Suzette Robichon, qui fondera ensuite avec Mich&#232;le Causse la revue lesbienne &lt;i&gt;Vlasta&lt;/i&gt;, fera partie du projet initial. Dans les ann&#233;es 70 fleurissent aussi ici ou l&#224; des presses homosexuelles &#233;trang&#232;res qui pourraient faire figure d'inspiration ou de mod&#232;le pour le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; : le Lampiao, arr&#234;t Argentine, &#233;tait un journal homosexuel br&#233;silien fond&#233; en 1978, tandis que &lt;i&gt;Gay News&lt;/i&gt; (Bonne Nouvelle) a &#233;t&#233; fond&#233; en 1972 au Royaume-Uni. La carte mentionne &#233;galement une revue plus ancienne, &lt;i&gt;Arcadie&lt;/i&gt; (Ch&#226;teau D'Eau), revue du premier groupe &#171; homophile &#187; militant en France, fond&#233; en 1954 par Andr&#233; Baudry. Son emplacement sur la carte signale son local, l'un des seuls endroits o&#249; les personnes de m&#234;me sexe pouvaient danser ensemble dans les ann&#233;es 1950-1960. L'une des origines les plus anciennes d'une forme de militantisme homosexuel a lieu &#224; la Belle &#201;poque s'incarne dans la revue &lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; mise au jour par Patrick Cardon et Nicole G. Albert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Nicole G. et Cardon Patrick, Akademos : revue mensuelle d'art libre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fond&#233;e en 1909 par le baron Jacques Aderswald-Fersen, elle constitue un grand r&#233;seau d'intellectuel&#183;le&#183;s queer qui ont tous et toutes collabor&#233; &#224; cette revue : parmi les personnes les plus connues, Colette, Georges Eekhoud et Ren&#233;e Vivien. La revue appara&#238;t &#224; un moment crucial o&#249; diff&#233;rents scandales (le proc&#232;s d'Oscar Wilde en 1895, celui du fondateur d'&lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt; en 1903, entre autres) am&#232;nent diff&#233;rent&#183;e&#183;s &#233;crivain&#183;e&#183;s &#224; collaborer afin de d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts communs, m&#234;me de mani&#232;re voil&#233;e, et &#224; s'engager pour l&#233;gitimer les amours queer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosenfeld Michael, &#171; Les r&#233;seaux queer d'Akademos : Absences et pr&#233;sences &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette digression sur &lt;i&gt;Akademos&lt;/i&gt; nous m&#232;ne l&#224; o&#249; se trouvent les fant&#244;mes, celleux qui rendent la vie possible : les &#233;crivain&#183;e&#183;s qui peuplent la carte du M&#233;tropolitendre en substituant leur modes de vie et leurs &#233;crits &#224; l'imaginaire h&#233;t&#233;robourgeois chiant de la toponymie parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ALLUMER DES PHARES-FANT&#212;MES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, et dans une moindre mesure le &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, feront la part belle dans leurs premi&#232;res ann&#233;es aux &#171; gays savoirs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui sera ensuite &#233;tendu &#224; un ouvrage collectif. Voir Mauri&#232;s Patrick (dir.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage de Nietzsche, qui ne consistent pas uniquement en l'exhumation de figures litt&#233;raires m&#233;connues. Marcel Proust et Andr&#233; Gide &#233;taient d&#233;j&#224; des &#233;crivains reconnus du canon litt&#233;raire h&#233;t&#233;rosexuel officiel. Il s'agit de mettre en lumi&#232;re la connivence entre ces &#233;crivains et leur public. En litt&#233;rature sp&#233;cifiquement, la connivence est un &#171; dispositif, une strat&#233;gie &#187; qui t&#233;moigne d'une communication &#171; secr&#232;te &#187; des auteur&#183;rice&#183;s &#224; un public vis&#233;, qui repose sur &#171; l'existence r&#233;elle, postul&#233;e, ou fantasm&#233;e, d'un tiers-exclu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bayle Ariane et alii, art.cit., p.15.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notion tr&#232;s utile pour parler de la transmission d'oeuvres &#224; th&#233;matique homosexuelle : la formation d'un argot, d'un vocabulaire et de codes de conduites propres &#224; la culture homosexuelle du 19e si&#232;cle se traduit ensuite dans des oeuvres qui vont s'offrir &#224; une double-lecture, celle des h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le&#183;s, forc&#233;ment partielle, et celle des homosexuel&#183;le&#183;s, qui comprendra les sous-entendus tacites et go&#251;tera au plaisir du d&#233;codage de ces &#233;crits. C'est le cas par exemple de &lt;i&gt;Sodome et Gomorrhe&lt;/i&gt; (Courcelles et Monceau, d'ailleurs aussi un lieu de salons fr&#233;quent&#233;s par Proust) de l'un et du &lt;i&gt;Corydon&lt;/i&gt; (Etienne Marcel) de l'autre. Marcel Proust travaille directement dans son texte cette notion de connivence, puisqu'il met en valeur &#171; le c&#244;t&#233; subculturel de l'homosexualit&#233; &#187; &#8212; qu'il nomme franc-ma&#231;onnerie &#8212; et il s'attache en fait &#224; montrer que l'homosexualit&#233; est partout, m&#234;me o&#249; l'on ne croirait pas la trouver &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbedette et Carassou, op.cit.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit donc pour Proust comme pour l'auteur de la &lt;i&gt;Carte&lt;/i&gt; de mettre en discours les premi&#232;res subjectivit&#233;s homosexuelles dans le champ culturel. &lt;i&gt;Le Corydon&lt;/i&gt;, quatre dialogues socratiques sur l'homosexualit&#233; masculine publi&#233;s par Gide, est un autre exemple de connivence litt&#233;raire : la premi&#232;re publication se fait de mani&#232;re tr&#232;s confidentielle en 1912, puis est r&#233;&#233;dit&#233;e par l'auteur en 1924 suite &#224; la parution proustienne. On conna&#238;t bien le couple mythique &lt;i&gt;Paul et Arthur&lt;/i&gt; (Place Monge) ; l'appel final de &lt;i&gt;Hombres&lt;/i&gt;, recueil de po&#233;sies porno publi&#233;es de mani&#232;re posthume et tr&#232;s confidentielle en 1904, se cl&#244;t sur un appel &#224; arr&#234;ter d'&#233;crire pour retourner baiser que l'on pourra qualifier de dustanien, a posteriori : &#171; Consolez-moi de ces m&#233;saventures / Reposez-moi de ces litt&#233;ratures, / Toi, gosse pantinois, branlonsnous en argot./ Vous, gars des champs, patoisez-moi l'&#233;cot, / Des pines au cul et des plumes qu'on taille [...] Ne m&#233;taphorons pas, foutons /Pelotons-nous bien les roustons / Rin&#231;ons nos glands, faisons ripailles / Et de foutre et de merde et de fesses et de cuisses. &#187; Plus tard dans le si&#232;cle, la carte trace aussi un r&#233;seau autour de Jean Genet (&lt;i&gt;Cayenne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Notre-dame-des-fleurs&lt;/i&gt;) qui dit face &#224; Robert Poulet en 1956 : &#171; Le p&#233;d&#233;raste [...] s'oppose &#224; la marche du monde, se refuse &#224; entrer dans le syst&#232;me en vue duquel le monde entier est organis&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genet Jean, Fouillez l'ordure, entretien r&#233;alis&#233; par Robert Poulet, 19 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conscience de la d&#233;viance des &#171; p&#233;d&#233;rastes &#187; est ce qui va faire de l'oeuvre de Genet le repaire des for&#231;ats de &lt;i&gt;Cayenne&lt;/i&gt; (arr&#234;t Rue des Boulet) et des marginaux en tout genre. Mais Genet a &#233;t&#233; en cela pr&#233;c&#233;d&#233; par un roman beaucoup moins connu, &lt;i&gt;J&#233;sus-la-Caille&lt;/i&gt;, de Francis Carco, qui raconte le quotidien d'un travailleur du sexe dans les rues de Paris, en 1914, et sera ensuite rejoint par William Burroughs, dont l'univers de son roman &lt;i&gt;Havre des saints&lt;/i&gt; traduit en 1977 (Caumartin) est m&#226;tin&#233; de jeunes gar&#231;ons errant dans des milieux interlopes. Cette th&#233;matique court d'ailleurs dans un courant de la litt&#233;rature gaie, que ce soit chez Verlaine, qui c&#233;l&#232;bre les jeunes hommes des mauvais quartiers qu'il &#171; go&#251;te en habits de travail, cotte et veste. Ils ne sentent pas l'ambre et fleurent de sant&#233; &#187;, ajoute-t-il, ou chez son contemporain &lt;i&gt;Jean Lorrain&lt;/i&gt; (Michel-Ange Auteuil), star &#233;crivain, journaliste et dandy de ann&#233;es 1890 qui confie &#224; son ami Charles Buet : &#171; J'ai un grand penchant pour les voyous, lutteurs, forains, gar&#231;ons bouchers et autres marlous ordinaires et extraordinaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorrain Jean, Correspondances, Palacio Jean de (&#233;d.), Paris : H. Champion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce motif litt&#233;raire du lien entre l'homosexualit&#233; et le crime remonte &#233;galement &#224; Balzac, comme le t&#233;moigne &lt;i&gt;Vautrin&lt;/i&gt; (Vavin). Ce personnage r&#233;current de la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt;, criminel et membre notoire du &#171; troisi&#232;me sexe &#187;, est l'un des points d'origine de la repr&#233;sentation de l'homosexualit&#233; en litt&#233;rature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le directeur, apr&#232;s avoir montr&#233; toute la prison, les pr&#233;aux, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le personnage de Vautrin est devenu c&#233;l&#232;bre par son jeune amant, Lucien de Rumbempr&#233; qui devient un type&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oscar Wilde aurait d'ailleurs dit dans la Revue des deux mondes : &#171; Le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : comme le signale Michael Lucey, un &#171; Rubempr&#233; &#187;, c'est un jeune homme d&#233;sireux d'&#234;tre entretenu financi&#232;rement par un homme plus &#226;g&#233; contre des relations sexuelles, un travailleur du sexe, ce qui ne l'emp&#234;che pas de chercher activement des relations sexuelles avec des femmes. Vautrin, le seul personnage que l'on d&#233;signera explicitement comme homosexuel dans la Com&#233;die humaine, aura une grande post&#233;rit&#233;. Robert de Montesquiou &#233;crit &#224; Proust en 1921 : &#171; Vautrin est &#224; la mode &#187;. La r&#233;f&#233;rence &#224; Vautrin &#233;tait donc une mani&#232;re cod&#233;e de faire communaut&#233; et &#233;galement les premiers pas vers un &#233;largissement du champ litt&#233;raire &#224; &#171; l'immense espace de l'&lt;i&gt;inversion&lt;/i&gt; &#187; (autrement dit l'homosexualit&#233;), comme le dit encore Robert de &lt;i&gt;Montesquiou &lt;/i&gt; (Reuilly-Diderot), inspirateur du mythique &lt;i&gt;Charlus&lt;/i&gt; de Proust, en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE POSTURES D'AUTEURICE &#192; UN MILITANTISME DU &#171; MODE DE VIE &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On aura d&#233;j&#224; remarqu&#233; la grande majorit&#233; de figures gaies, c'est-&#224;-dire d'hommes, cit&#233;s dans la carte du M&#233;tropolitendre. La mixit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; le fort (ni le projet) du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, mais les po&#233;tesses Ren&#233;e Vivien et Sappho sont mentionn&#233;es. Ren&#233;e Vivien a d'ailleurs traduit Sappho en 1903, et derri&#232;re elle se dresse l'ombre du salon de Natalie Barney, au 20 rue Jacob, qui est un lieu de sociabilit&#233; lesbienne et un v&#233;ritable lieu de formation intellectuelle et sexuelle pour beaucoup d'autrices de sa g&#233;n&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Lowry, &#171; Natalie Barney's Salon : A Crucible for Sapphic Sisterhoods (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui unit d&#232;s lors tous ces auteur&#183;rice&#183;s, c'est que leur nom convoque, en tant que signifiant, tout un mode de vie, voire m&#234;me une &lt;i&gt;vie exemplaire&lt;/i&gt; dans laquelle leur homosexualit&#233; se traduit par un regard litt&#233;raire particulier sur le monde. Les &#233;crivain&#183;e&#183;s contemporain&#183;e&#183;s mentionn&#233;&#183;e&#183;s par la carte, comme Christiane Rochefort et son utopie sexuelle &lt;i&gt;Le jardin &#233;tincelant&lt;/i&gt; (1972), &lt;i&gt;les Loukoums&lt;/i&gt; de Yves Navarre (1973) ou les &lt;i&gt;Petits m&#233;tiers&lt;/i&gt; de Tony Duvert (1978) poursuivent, hors d'un r&#233;gime de connivence forc&#233;e par la censure, la mise en valeur des sexualit&#233;s non-h&#233;g&#233;moniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il importe toutefois de faire attention &#224; un point douteux, voire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pro&#233;minence de figures d'auteur&#183;rice&#183;s homosexuel&#183;le&#183;s dans la Carte du M&#233;tropolitendre exprime le besoin de se cr&#233;er une g&#233;n&#233;alogie, mais qui ne soit pas une mus&#233;ification &#8212; un canon sans Panth&#233;on : l'accent est mis, dans les articles de &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, pas uniquement sur leurs textes mais bien sur les personnes, &#224; l'intersection vite brouill&#233;e entre leur posture et leur vie priv&#233;e. La pr&#233;sence massive d'auteur&#183;rice&#183;s du 19e si&#232;cle n'est pas anodine ; les &#233;crivain&#183;e&#183;s commencent &#224; construire &#224; cette &#233;poque des sc&#233;nographies auctoriales, concept que Judith Lyon-Caen d&#233;finit comme &#171; un r&#233;pertoire collectif de sc&#233;narios, d'images de soi, de mani&#232;res d'&#234;tre, de se montrer et de se raconter &#224; partir desquels chaque auteur se singularise, construit des r&#244;les, s'invente une posture singuli&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyon-Caen Judith, La griffe du temps : ce que l'histoire peut dire de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224; des postures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meizoz J&#233;r&#244;me, &#171; Ce que l'on fait dire au silence : posture, ethos, image (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il s'agit de consid&#233;rer l'auteurice comme transmettant un ethos particulier, qui peut mener &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un mode de vie particulier qui implique une r&#233;flexion sur que faire de sa libert&#233;, le &#171; souci de soi &#187; foucaldien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault Michel, &#171; L'&#233;thique du souci de soi comme pratique de la libert&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette vision de l'&#233;crivain&#183;e comme un &#234;tre de chair et d'os, qui &#233;crit et qui baise, loin de la Mort de l'Auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; l'article fondateur du courant structuraliste en litt&#233;rature, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, permet de cr&#233;er un rapport d'intimit&#233;, de complicit&#233;, de communaut&#233; avec ces derniers, &#233;pingl&#233;s sur la carte de Paris comme autant de phares-fant&#244;mes pour ouvrir une voie trouble, celle de la d&#233;rive. Comme dira un des sp&#233;cialistes de Colette &#224; Julia Kristeva : &#171; Je ne souhaite pas de Panth&#233;on pour Colette, parce que je ne connais pas de monument plus froid, plus glacial que le Panth&#233;on &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kristeva Julia (dir.), Notre Colette, Presses universitaires de Rennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#233;moire que transmet cette carte, qui peut &#234;tre lue comme une archive du pass&#233; et un appel &#224; construire le futur, fonctionne &#224; l'inverse : sur des m&#233;caniques de connivence et de complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;HABITER LA CARTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre tour, nous pouvons nous installer dans la carte et compl&#233;ter ses cat&#233;gories. La carte de 1979 pr&#233;sente un groupe d'arr&#234;ts sur les maladies contagieuses &#8212; &lt;i&gt;V&#233;n&#233;riennes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Contagion&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Blennorragie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sarcope&lt;/i&gt; &#8212; qui, de toute &#233;vidence aujourd'hui, serait enrichie par la m&#233;moire du sida, de ses victimes, et des ann&#233;es militantes. Des personnages cl&#233;s de la conception homosexuelle du monde de 1979 &#8212; Hocquenghem, Foucault, Guibert &#8212; y succombent et emportent avec eux leurs modes de vie complices, que ce soit dans des salons informels &#8212; l'appartement de Foucault rue de Vaugirard racont&#233; par Mathieu Lindon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lindon, op.cit.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; ou dans des clubs qui ferment en nombre pendant les ann&#233;es 1980, comme dans l'ancien quartier gay de la rue Sainte-Anne o&#249;, aujourd'hui, les traces de l'&#233;poque semblent presque inexistantes. Par ailleurs, la disparition du gay Paris de 1979 se double de l'effacement des alternatives politiques &#224; partir du tournant de la rigueur de 1983 et de l'effondrement du bloc sovi&#233;tique en 1991. C'est dans ce contexte qu'en cette m&#234;me ann&#233;e 1983, alors que le militantisme traverse une crise g&#233;n&#233;rale, les r&#233;dacteurs d'origine du &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt; quittent la revue : Jean le Bitoux raconte comment, &#224; partir de 1982, elle &#171; abandonne son projet social &#187;, se vide de son contenu politique, et devient un hebdomadaire &#171; consum&#233;riste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Le Bitoux, Le gu&#234;pier des ann&#233;es Gai Pied, 2F#federation=archive.wikiwix.c&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En exhumant cette archive avec un regard contemporain, en invoquant ses phares-fant&#244;mes, en la partageant avec la revue &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt; qui s'inscrit dans la continuit&#233; de la presse militante contre la normalisation gaie, nous n'avons pas voulu faire de ce pass&#233; le &#171; fossoyeur du pr&#233;sent &#187;. Comme l'&#233;crit Nietzsche, nous ne donnons &#224; voir cette histoire que pour donner la force &#171; qui permet de se d&#233;velopper hors de soi-m&#234;me, d'une fa&#231;on qui vous est propre, de transformer et d'incorporer les choses du pass&#233;, de gu&#233;rir et de cicatriser des blessures, de remplacer ce qui est perdu, de refaire par soi-m&#234;me des formes bris&#233;es &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche Friedrich, Seconde consid&#233;ration inactuelle (trad. Henri Albert), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Val Bovey est doctorant* en litt&#233;rature moderne &#224; l'universit&#233; de B&#226;le et membre de la revue f&#233;ministe queer suisse &lt;i&gt;Mets tes palmes&lt;/i&gt;, et travaille sur les expressions et la r&#233;ception des sexualit&#233;s non-h&#233;t&#233;ronorm&#233;es dans la litt&#233;rature fran&#231;aise du 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nagy Makhlouf est doctorant en architecture &#224; l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, il travaille sur les relations entre id&#233;ologie, pouvoir et production de l'espace. Ses derni&#232;res recherches ont port&#233; sur une histoire politique de la banlieue pavillonnaire am&#233;ricaine. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-3/&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9791094512388.jpg?1768056255' width='500' height='829' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbedette Gilles et Carassou Michel, &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925, Paris : Presses de la Renaissance, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous donnons dans l'article le nouveau toponyme en italique et le nom de station auquel il correspond entre parenth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Rues de la rue Dutot &#187;, &lt;i&gt;Gaie Presse&lt;/i&gt;, n&#176;2, &#233;t&#233; 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dustan Guillaume, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Clerc Thomas (&#233;d.), Paris : POL, 2021, p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pervertir : Du latin &lt;i&gt;pervertere&lt;/i&gt; (&#171; renverser, mettre sens dessus dessous &#187;) ; pervers : Qui est sexuellement &#171; hors des normes admises.&#171; Dans son sens psychiatrique : toute pulsion qui implique un d&#233;tournement du but normal &#8212; h&#233;t&#233;rosexuel &#8212; des pulsions, comprenant l'homosexualit&#233; mais &#233;galement le f&#233;tichisme, le sadisme, le masochisme, et des pulsions plac&#233;es sur le m&#234;me plan au tournant du 20e si&#232;cle : n&#233;crophilie, bestialit&#233;, etc. Il s'agit ici de retourner le stigmate et d'en faire quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose de producteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Historienne de l'art, a &#233;crit &lt;i&gt;Ce que le sida m'a fait&lt;/i&gt;, Dijon : Les presses du r&#233;el, 2017. Phrase entendue dans l'enregistrement d'une rencontre au Loud and Proud Festival &#224; la Ga&#238;t&#233; Lyrique de Paris, en juillet 2017, disponible ici : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iwYuAaZebSk&amp;ab_channel=Ga%C3%AEt%C3%A-9Lyrique&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=iwY...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une conception homosexuelle du monde, &#171; Lesbiennes et p&#233;d&#233;s arr&#234;tons de raser les murs &#187; Extrait du &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; du FHAR, en ligne : &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, n&#176;15, 28 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chemin Ariane, &#171; Le proc&#232;s des &#171; backrooms &#187; du club Le Manhattan, moment symbolique dans l'histoire des luttes homosexuelles &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 4 ao&#251;t 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lindon Mathieu, &lt;i&gt;Ce qu'aimer veut dire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keller, &lt;a href=&#034;https://www.lekeller-h.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lekeller-h.com/&lt;/a&gt;, consult&#233; le 1er mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rubin Gayle S., &#171; The Catacombs : A Temple of the Butthole &#187;, in 9. &lt;i&gt;The Catacombs : A Temple of the Butthole&lt;/i&gt;, Duke University Press, 2011, p. 224240, DOI : 10.1515/9780822394068-011. Pour la traduction fran&#231;aise, voir Rubin Gayle S., &lt;i&gt;Surveiller et jouir : anthropologie politique du sexe&lt;/i&gt;, Mesli Rostom (trad.), Paris : EPEL, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce personnage, amant de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent, a &#233;t&#233; explor&#233; par Marie Ottavi dans &lt;i&gt;Jacques de Bascher &#8212; Dandy de l'ombre&lt;/i&gt; (Paris : S&#233;guier, 2017), et par une exposition de K&#233;vin Blinderman, Pierre-Alexandre Matteos et Charles Teyssou &#224; la Kunsthalle de Berne en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Imperturbables, malgr&#233; les injures graveleuses des gigolettes p&#226;m&#233;es au cou de leurs hommes, la plupart dansaient entre eux. La mari&#233;e valsait avec un gaucho des pampas : la nourrice Tarjel s'alanguissait sur l'&#233;paule d'un marlou ; le zouave Tour Eiffel et la Puce, la Muse et la Th&#233;i&#232;re tortillaient &#233;perdument des hanches. Toutes ces figures fr&#233;n&#233;tiques, d&#233;moniaques et fard&#233;es, tournoyaient en secouant au bruit des cuivres les grelots de leurs ricanements, les hoquets de leur joie, de leur stupre, de leur inf&#226;me et d&#233;bordante ivresse. &#201;troitement serr&#233;s, les yeux dans les yeux, jambes contre jambes, avec une audace visant &#224; l'effet, maints couples du m&#234;me sexe &#8212; du troisi&#232;me ! &#8212; valsaient, attentifs &#224; la gr&#226;ce du rythme et &#224; la cadence de la mesure, s'abandonnant au plaisir &#233;quivoque de danser entre hommes, publiquement. &#187; (Tir&#233; de Barbedette Gilles et Carassou Michel, &lt;i&gt;Paris gay&lt;/i&gt; 1925, op.cit, cit&#233; p.20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorenz Renate, &lt;i&gt;Art queer : une th&#233;orie freak&lt;/i&gt;, Alfonsi Isabelle (&#233;d.), Bortolotti Marie-Mathilde (trad.), Paris : B42, 2018, pp. 117-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous utilisons un f&#233;minin g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bory Jean-Louis et Hocquenghem Guy, &lt;i&gt;Comment nous appelez-vous d&#233;j&#224; ? Ces hommes que l'on dit homosexuels&lt;/i&gt;, Paris : Calmann-L&#233;vy, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard l'article de Dubois Quentin, &#171; De l'intime au complice : les g&#233;ographies perverses &#187;, &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/De-l-intime-au-complice-les-geographies-perverses&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://trounoir.org/De-l-intime-au...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cnrtl.fr/definition/ruelle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cnrtl.fr/definition/ruelle&lt;/a&gt;, consult&#233; le 8.02.2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault Michel, &lt;i&gt;Histoire de la sexualit&#233;. 1 : La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, 2014, p.63&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dubois, &lt;i&gt;art.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme appara&#238;t d'ailleurs sous l'Ancien R&#233;gime et a une &#233;tymologie qui marque son ambivalence : &lt;i&gt;conivere&lt;/i&gt;, en bas latin, veut d'abord dire &#171; fermer les yeux &#187; ; son premier sens est donc celui d'une complicit&#233; morale n&#233;gative : il s'agit de faire l'impasse sur la faute de quelqu'un. Elle est souvent d&#233;nonc&#233;e comme mena&#231;ant l'exercice de la Couronne. Voir l'introduction de Bayle Ariane et &lt;i&gt;alii&lt;/i&gt;, &#171; La connivence, une notion op&#233;ratoire pour l'analyse litt&#233;raire &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du GADGES&lt;/i&gt;, 2015, p. 536.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Nicole G. et Cardon Patrick, &lt;i&gt;Akademos : revue mensuelle d'art libre et de critique la premi&#232;re revue homosexuelle fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 1909 &lt;i&gt;mode d'emploi&lt;/i&gt;, Montpellier : GKC-Question de&lt;br class='autobr' /&gt;
genre, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosenfeld Michael, &#171; Les r&#233;seaux queer d'Akademos : Absences et pr&#233;sences &#187;, &lt;i&gt;Sextant&lt;/i&gt;, n&#176; 40, 2023, DOI : 10.4000/sextant. 2379.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui sera ensuite &#233;tendu &#224; un ouvrage collectif. Voir Mauri&#232;s Patrick (dir.), &lt;i&gt;Les gays savoirs&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard-Promeneur : Centre G. Pompidou, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bayle Ariane et &lt;i&gt;alii, art.cit&lt;/i&gt;., p.15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbedette et Carassou, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Genet Jean, &lt;i&gt;Fouillez l'ordure&lt;/i&gt;, entretien r&#233;alis&#233; par Robert Poulet, 19 avril 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorrain Jean, &lt;i&gt;Correspondances&lt;/i&gt;, Palacio Jean de (&#233;d.), Paris : H. Champion, 2006, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le directeur, apr&#232;s avoir montr&#233; toute la prison, les pr&#233;aux, les ateliers, les cachots etc., d&#233;signa du doigt un local, en faisant un geste de d&#233;go&#251;t :
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne m&#232;ne pas l&#224; votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Hao ! fit Lord Durham, et qu'est-ce ?
&lt;br /&gt;&#8212; C'est le troisi&#232;me sexe, milord. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de Honor&#233; de Balzac, &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des courtisanes&lt;/i&gt;. Cit&#233; par Murat Laure, &lt;i&gt;La loi du genre : une histoire culturelle du troisi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, Paris : Fayard, 2006, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oscar Wilde aurait d'ailleurs dit dans la &lt;i&gt;Revue des deux mondes&lt;/i&gt; : &#171; Le plus grand chagrin de ma vie ? La mort de Lucien de Rubempr&#233; dans &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des courtisanes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Lowry, &#171; Natalie Barney's Salon : A Crucible for Sapphic Sisterhoods and Creative Networks &#187;, &lt;i&gt;Sextant&lt;/i&gt;, n&#176; 40, 2023, DOI : 10.4000/sextant.2693.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il importe toutefois de faire attention &#224; un point douteux, voire douloureux, de cette p&#233;riode : si Andr&#233; Gide, et plus tard Tony Duvert, par exemple, s'afficheront en tant qu'homosexuels, il le feront aussi en pratiquant ce qu'ils appellent la &#171; p&#233;d&#233;rastie &#187; au sens o&#249; on l'entend p&#233;dophilie ou p&#233;docriminalit&#233; &#8212; dans un contexte historique o&#249; on instrumentalisait &#233;galement cette accusation afin d'emp&#234;cher des relations consentantes entre personnes majeures sexuellement et du m&#234;me sexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyon-Caen Judith, &lt;i&gt;La griffe du temps : ce que l'histoire peut dire de la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 2019, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meizoz J&#233;r&#244;me, &#171; Ce que l'on fait dire au silence : posture, ethos, image d'auteur &#187;, &lt;i&gt;Argumentation et analyse du discours&lt;/i&gt;, n&#176; 3, 2009, DOI : 10.4000/aad.667.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault Michel, &#171; L'&#233;thique du souci de soi comme pratique de la libert&#233; &#187;, entretien avec H. Becker, R. Fornet-Betancourt, A. Gomez-M&#252;ller, 20 janvier 1984, &lt;i&gt;Concordia. Revista internacional de filosofia&lt;/i&gt;, n&#176; 6, juillet-d&#233;cembre 1984, pp. 99-116. En ligne : &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/MFoucault212.html#:~:text=L'%C3%AAthos%&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/MFoucault212.html#:~:text=L'%C3%AAthos%&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
20implique%20aussi%20un,avoir%20des%20rapports%20d'amiti%C3%A9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; l'article fondateur du courant structuraliste en litt&#233;rature, &#171; La mort de l'auteur &#187; publi&#233; par Roland Barthes &#8212; lui aussi gay, mais du genre plut&#244;t discret &#8212; en 1968, qui vise &#224; effacer totalement le concept d'intention d'auteurice dans le texte litt&#233;raire. Le texte est consid&#233;r&#233; comme une totalit&#233; close par rapport au monde et &#224; saon cr&#233;ateurice. Foucault souscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
lui aussi &#224; une telle approche lorsqu'il appelle &#224; la dissolution de l'humain dans les derni&#232;res lignes de l'&lt;i&gt;Arch&#233;ologie du savoir&lt;/i&gt;. Cependant, afin de pouvoir perdre son visage, il faut d'abord&lt;br class='autobr' /&gt;
en avoir un (voir &#224; cet &#233;gard la critique de Norman Ajari sur Foucault) : on voit ici une tension entre l'effacement (historique, mais aussi physique) des auteurices minoritaires et l'approche&lt;br class='autobr' /&gt;
structuraliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kristeva Julia (dir.), &lt;i&gt;Notre Colette&lt;/i&gt;, Presses universitaires de&lt;br class='autobr' /&gt;
Rennes, 2004, DOI : 10.4000/books.pur.29585, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lindon, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Le Bitoux, Le gu&#234;pier des ann&#233;es Gai Pied,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.france.qrd.org%2Fmedia%2Fgai%2520pied%&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.france.qrd.org%2Fmedia%2Fgai%2520pied%&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2F#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url, consult&#233; le 2 mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche Friedrich, &lt;i&gt;Seconde consid&#233;ration inactuelle&lt;/i&gt; (trad. Henri Albert), Les &#201;chos du Maquis, 2011, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monstre au cabinet</title>
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		<dc:date>2026-01-11T22:50:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Anus</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>Paul B. Preciado</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand le Monstre fait effraction dans le dispositif du cabinet de psychanalyse ?&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/tabac_anus.jpg?1766409542' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte dramatise la rencontre loup&#233;e entre la figure du Monstre (Preciado) et celle de l'Homoanalyste (&lt;i&gt;Queer Psychanalyse&lt;/i&gt;). Il s'agit, par les voies de la fiction (Bataille, Klossowski), de poser les probl&#232;mes propres &#224; leur pens&#233;e : ainsi du c&#244;t&#233; de l'Homoanalyste, la question de l'absence de l'anus dans l'enti&#232;re de la r&#233;flexion de l'ouvrage de Fabrice Bourlez : dans son entreprise de destabulisation du phallus, l'Homoanalyste n'entrevoit pas une seule seconde la force de rupture et de destruction de l'anus (pourtant elle-m&#234;me d&#233;j&#224; soulign&#233;e par Lacan dans l'analyse de la psychose). L'Homoanalyste a forclos son anus, il est un corps qui se r&#234;ve sans trou. Du c&#244;t&#233; du Monstre, toute la question de la contra-sexualit&#233; est celle du passage du r&#233;gime social phallique (contrat social) &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; anale (contra-sexualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le premier num&#233;ro de la revue papier de Trou Noir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle on peut convaincre sans raisonner est fort ancienne quoique toujours camoufl&#233;e sous les &#233;pais opuscules des Philosophes. Elle est ancienne parce qu'elle prit une certaine consistance chez ceux qui ont fait de la d&#233;bauche un guide bien plus fiable et que l'on ne per&#231;oit dans le langage homosexuel plus qu'en demi-teinte. Mais cette virulence, qui est celle du phantasme, se signe dans le soubassement d&#233;sirant qui &#233;chappe &#224; toute communication d'un langage et d'une conscience &#233;purante ; ce qui pointe &#224; de l'incommunicable, v&#233;ritable chemin que le d&#233;sir sodomistique a employ&#233; et dans lequel il s'est longtemps lanc&#233; de toutes ses forces. Cette perversion, car il faut bien la nommer, est tout enti&#232;re barbare, c'est-&#224;-dire f&#233;roce et d&#233;licieuse ; elle est le t&#233;moin de l'incommunicable dans le volte-face cach&#233; au civilisationnel qui l'a produite tandis qu'elle en vicie les fondements qui s'y trouvent comme une b&#234;te cach&#233;e sous terre se gave des racines d'une plante malade que les bestiaires botaniques ont baptis&#233;e : &lt;i&gt;Civitas Occidentalis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut un heureux hasard &#8211; mais ancr&#233; dans la n&#233;cessit&#233; d'un geste calcul&#233;, y entendre complot&#233; &#8211; pour qu'un jour, un h&#233;ritier de la barbarie pousse la porte du cabinet d'un analyste. Il est entr&#233; dans le b&#226;timent, a travers&#233; la salle d'attente vide &#8211; quelques cro&#251;tes mani&#233;ristes au mur que l'on rencontre souvent malgr&#233; soi ou bien dans les cabinets des psychanalystes lacaniens ou bien dans les appartements d'homosexuels parisiens. Et il se fait que l'un est dans l'autre sans disjonction : le cabinet d'un lacanien homosexuel. C'est l'assurance sur la face et le vice dans les membres qu'il p&#233;n&#232;tre dans la pi&#232;ce o&#249; l'attend l'analyste. Notre h&#233;ros s'appelle Monstre et c'est ainsi qu'il se pr&#233;sente &#224; l'analyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste lui fait signe de s'asseoir sur le divan, le monstre s'ex&#233;cute &#224; demi en se tenant droit sur le bord, &#224; peine une fesse dessus. Car il faut dire que le monstre, quoi qu'empli d'un sombre dessein &#8211; et que je puis d&#233;j&#224; vous dire bien sombre tant de l'analyste il en laissera une carcasse &#8211;, se m&#233;fie ; et c'est l&#224; une m&#233;fiance &#233;vidente lorsque l'on se tient face &#224; un corps lisse, c'est-&#224;-dire d&#233;pourvu d'anus, et face &#224; une t&#234;te bien remplie de signes math&#233;matiques, c'est-&#224;-dire sans la perception accrue de cet anus. Disons encore que l'analyste n'inspire aucun d&#233;sir au monstre ; et ce dernier n'en &#233;prouve lui-m&#234;me pas le moindre si ce n'est de faire d&#233;border depuis son bas fond la perversion la plus sacr&#233;e. Car si ces deux ont fini de la sorte, an&#233;antis, c'est qu'une nature s&#339;ur se devine pour l'un et l'autre. L'une attend d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;e, l'autre est la menace p&#233;n&#233;trante qui l'effectue dans ce geste commercial superbe qu'est la complicit&#233; de deux pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre se met &#224; parler. Et cependant qu'il entreprend son discours, des crispations premi&#232;res saisissent l'analyste. Elles ne sont l&#224;, que l'on s'en rassure, que toutes banales en contrepoint des horreurs qui le viendront saisir avant la fin de s&#233;ance, dans ce long r&#226;le pareil &#224; celui des b&#234;tes presque crev&#233;es. Le monstre commence &#224; parler, donc, dans un langage qui peut para&#238;tre confus &#224; ceux qui n'entendent que par le r&#233;seau des arguments ossifi&#233;s de la raison. Mais je vous le rends comme je le puis, du plus profond de mon mien d&#233;sir, et dans la plus grande rationalit&#233; qui me castre souvent l'esprit, celle qu'un psychanalyste pourrait entendre, comme une&lt;i&gt; th&#233;orie des quatre discours &lt;/i&gt; mais qui ne suit l&#224; aucun ordre logique tant le phantasme ne se laisse pas enserrer dans des simplifications formelles. C'est l'histoire de la b&#233;ance, dit-il, les quatre discours de la monstruosit&#233;. N'importe qui essaierait d'y raisonner, dirait du monstre qu'il distingue des &#234;tres quatre positions dont chacune entretient un rapport pr&#233;cis, d'&#233;lection ou de refus, &#224; la Chose et &#224; la Notion, c'est-&#224;-dire &#224; l'anus comme trou qui avale les solides et l'anus comme principe actif de destruction. Et c'est par l'&#233;talage d'une histoire de ces diff&#233;rents monstres c&#233;l&#233;brant et la destruction et l'absorption que s'&#233;tablit le discours du monstre. Une sorte de &lt;i&gt;L&#233;gende dor&#233;e&lt;/i&gt; retourn&#233;e sur elle-m&#234;me, le s&#233;ant au-dessus, puisqu'il s'agit d'y faire place, non &#224; la saintet&#233;, mais &#224; des infamants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est le discours de la Chose exhib&#233;e avec une force et une passion qu'aucun peuple ne vit depuis ; c'&#233;tait la d&#233;liaison de l'empereur H&#233;liogabale. Le Monstre raconte &#224; rebours comment H&#233;liogabale, des latrines de sperme a fini dans un berceau de merde. Encore adolescent, ce pr&#234;tre du soleil s'&#233;tait donn&#233; tant &#224; ses m&#232;res qu'aux soldats plus &#226;g&#233;s de sa garde rapproch&#233;e. Ce fut la conspiration des m&#232;res, pleines de ranc&#339;ur &#224; l'encontre de Rome et de sa lign&#233;e d'empereurs m&#233;diocres, sans l'&#233;paisseur du vice, qui avait fait du jeune H&#233;liogabale le candidat &#224; la t&#234;te de la Ville. Apr&#232;s avoir d&#233;fait les troupes ennemies et les aspirants au pouvoir, Heliogabale fut l&#233;gitimement d&#233;sign&#233; empereur et quitta sa Syrie natale dans un long cort&#232;ge priapique qui prit fin aux portes de Rome. Le monstre marque l'insistance : dans cette profession de foi, H&#233;liogabale avait exig&#233; que le char se retourn&#226;t devant la Ville romaine ; et le jeune homme d'&#233;carter ses deux fesses pour s'assurer que l'&#233;paisse forteresse, avec tout ce qu'elle comprend de soldats, de nobles et de cochers, le p&#233;n&#233;tr&#226;t jusqu'aux entrailles sombres. Le drame historique a &#233;t&#233; de n'avoir pas laiss&#233; assez de temps &#224; cet empereur pour amener sur terre la fusion de la Chose et de la Notion par son anus de glouton ; et l'on a pu faire grand cas de ses m&#339;urs monstrueuses mais rarement de la grandeur de son projet d'&#233;tablir l'ordre nouveau de la perversion. Il a fini &#233;gorg&#233; et d&#233;pec&#233; dans les latrines de son jardin. Les historiens ne mentionnent nullement la gorge tranch&#233;e mais je tiens pour s&#251;r qu'on a sanctionn&#233; sa bouche de suceur par un tel supplice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste, stup&#233;faction dissimul&#233;e face &#224; cet &#233;trange patient, hoche lentement la t&#234;te aux longues descriptions que ne manque pas de fournir le monstre de cette profession de foi d'H&#233;liogabale. Du bruit des sabots des b&#339;ufs au cliquetis des corps forniquant sur le char, des couleurs chaudes des &#233;pices qui recouvrent le corps de l'empereur et des encens qu'on a pris soin de faire diffuser dans la foule, rien n'est omis et l'on y reconna&#238;t l&#224; le souci du d&#233;tail qui a &#233;t&#233; celui des &#233;crivains romains. L'analyste se tr&#233;mousse et c'est l&#224; comme si quelque chose &#224; peine commence de monter en lui, en tapotant au fondement ; c'est qu'il ne parvient m&#234;me plus &#224; &#233;crire en ligne droite, sa main semble choisir l'&#233;criture en diagonale, quelques mots comme s'il ne peut &#224; pr&#233;sent plus penser que par la bande. D&#233;j&#224; son corps se d&#233;plie, lui qui a &#233;t&#233; si longtemps comme crucifi&#233; sur lui-m&#234;me. Je crois que l'on peut dire que c'est le moment o&#249; la notion lui est apparue une contrainte &#224; la poursuite de son entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une cons&#233;quence &#233;vidente de la vie glorieuse d'H&#233;liogabale et qui ne rencontrerait aucune excitation dans son bas fond &#224; l'&#233;coute attentive de celle-l&#224; serait un &#234;tre d&#233;finitivement perdu, &#224; savoir un civilis&#233;. On trouve dans l'histoire de cet empereur mille fois triomphants des soldats romains et qui a r&#233;ussi le grand &#339;uvre de recruter dans la monstruosit&#233; plus de la moiti&#233; de la cour et de la ville, le mode d'emploi de toute anarchie. Car le monstre voit en l'analyste les m&#234;mes murs et les m&#234;mes r&#233;sistances que ceux de la ville romaine et il faut faire de son discours, sans le cort&#232;ge des arguments, la tentative d'une destruction. L'analyste n'a de toute &#233;vidence pas encore entendu le projet &#8211; il ne le comprendra que plus avant, c'est-&#224;-dire &#224; quatre pattes. Mais d&#233;j&#224; des forces s'agitent en lui et murmurent comme des petits d&#233;mons qu'ils vont poindre hors de lui ; bient&#244;t l'exhibition de leur pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut du phantasme dire avec certitude que ceci : il y a en nous des g&#233;nies, c'est-&#224;-dire des forces barbares qui ne demandent qu'&#224; se pr&#233;cipiter hors de l'enveloppe et au-dedans de l'autre comme autant qu'il peut nous remplir. Car c'est bien ce que le Monstre doit nous rappeler dans l'oubli progressif du phantasme : nous sommes tout entiers pris dans la destruction et c'est parce qu'elle est le principe premier infligeant des f&#234;lures, que la jouissance est possible. Il ne s'agit pas ici d'op&#233;rer dans l'abstrait, soit de convaincre par le langage rationnel, mais de suivre la d&#233;sorganisation du corps pour en trouver ce principe grav&#233; sur le frontispice de la demeure des monstres : toute surface de ton corps jouit dans l'exc&#232;s. Et ce n'est que lorsque la bouche ne sert plus &#224; manger, le phallus &#224; reproduire, les mains &#224; tailler des outils et l'anus &#224; chier, que le corps sans parcelle appara&#238;t : et la bouche suce, le phallus inonde &#224; tire-larigot, les mains branlent et se d&#233;couvrent bourrelles, et l'anus est le r&#233;ceptacle de tout cela, comme une immense jarre de vin, comme la Chose qui maintient encore du sacr&#233; dans ce bas monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors de tout l'espace du dicible, de toute op&#233;ration rationnelle, &lt;i&gt;hors de la connaissance donc&lt;/i&gt;, s'&#233;chauffent l'incommunicable et son cort&#232;ge d'impulsions que nous peinons &#224; rendre par la notion ; tout au plus, on les peut saisir par le complot des &#226;mes monstrueuses : celles qui, d&#232;s l'enfance frapp&#233;es du tort, calculent le coup &#224; faire et s'y jettent &#224; la fureur. Non pas pour l'amour du r&#233;sultat &#8211; une dissolution des esprits et une destruction des tissus musculaires trop bien organis&#233;s, mais pour l'amour du processus lui-m&#234;me qui y conduit et ainsi bien nomm&#233; : monstruosit&#233;. La connaissance n'advient qu'avec le r&#233;sultat du processus de la raison, et cherche &#224; &#233;tablir des constantes qui se pourront r&#233;p&#233;ter comme deux masses dans une physique des collisions ; il faut dire que la monstruosit&#233; est une non-connaissance qui atteste des singularit&#233;s si radicales que la collision devient une bagarre des chairs dont ne sortent plus des organismes mais des boules nerveuses incapables de se r&#233;organiser. Une physique de l'accident g&#233;n&#233;ral du &lt;i&gt;supp&#244;t&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre poursuit sa confuse description des vies noires. Le deuxi&#232;me discours a trouv&#233; son expression dans le corps m&#234;me d'un homme honn&#234;te &#8211; un pr&#233;sident de chambre ! &#8211; devenu une somme de nerfs qui s'ajoutent sans cesse, impossible &#224; quantifier. C'est le discours o&#249; la Chose se r&#233;alise tout enti&#232;re, c'est-&#224;-dire que le corps est un immense anus, et juste cela, et qu'il re&#231;oit les lumi&#232;res du soleil divin ; et il d&#233;lire dans cette &#233;nergie chaleureuse. C'est le discours du Pr&#233;sident Schreber. Le monstre sort de sa mallette des notes, &#233;claircit sa voix et lit, avec une telle aisance qu'il semble le faire de t&#234;te, comme si, ayant pass&#233; la nuit enti&#232;re dans un bureau faiblement &#233;clair&#233;, il les avait r&#233;p&#233;t&#233;es plus d'une dizaine de fois. Il dit qu'elles appartiennent &#224; un pr&#233;sident viennois et qu'il les a re&#231;ues en mains propres d'un m&#233;decin. On y lit : &lt;i&gt;M&#233;moires d'un n&#233;vropathe ou comment je me fis enculer par les rayons solaires de Dieu, fut gros de ses &#339;uvres et en devint son &#233;pouse assum&#233;e. Traduit depuis la langue des oiseaux.&lt;/i&gt; Il souligne comme une sorte de mise en garde la mal&#233;diction que subissent ceux dont tout le corps semble perdre les organes, c'est-&#224;-dire se d&#233;sorganise en une immense masse de nerfs qui s'excitent mutuellement &#224; mesure que Dieu s'y enfonce. C'est un terrible sort que d'&#234;tre encul&#233; par l'&#201;ternel et je ne le souhaite &#224; personne tant la nervosit&#233; produite par l'excitation confine au d&#233;lire et imprime une dette interminable, bien pire que la marque de Ca&#239;n. L'analyste ne parvient gu&#232;re &#224; dissimuler son embarras ; s'il a d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233; le cas de cette bougresse de Schr&#233;ber, la lecture que lui en fait le monstre rompt avec tout le commentaire s&#233;rieux de l'&#201;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perversion ne peut se d&#233;gager qu'en empruntant l'autre voie, obscure et irrationnelle, que les sodomites &#233;prouvent &#224; chaque bouff&#233;e d'air. Car les homosexuels apprennent &#224; parler deux fois ; et sous le langage de la raison qui leur permet de communiquer aux civilis&#233;s, se musse la langue des oiseaux ; l'incommunicable nervosit&#233; des monstres. Disons encore que la perversion est l'arri&#232;re-sc&#232;ne du langage et seul l'&#233;talage des l&#233;gendes anales peut la rendre perceptible dans l'exigence qu'elle nous impose quotidiennement, sa contrainte dans les gestes irrationnels ; elle est le lupanar qui offusque l'Histoire &#224; mesure qu'elle trouve de nouveaux candidats &#224; sa monstruosit&#233;. Et elle les trouve en faisant forniquer cochers et empereurs, pr&#234;tres du soleil et soldats, pr&#233;sident nerveux et Dieu lui-m&#234;me, dans une fusion qu'on a pu dire anarchie. Pour le monstre, c'est assur&#233;ment l&#224; l'honneur le plus grand que d'&#234;tre choisi par un h&#233;ritier de cette perversion. Il y choisit sans quelque raisonnement pr&#233;alable possible, hors de l'entendement ou dans les marges absolues de ce dernier, des &#234;tres d&#233;j&#224; marqu&#233;s par la lourdeur immorale et aptes &#224; la d&#233;velopper dans le bas creux des autres. Notre analyste en porte les stigmates heureux ; il a &#233;t&#233; greff&#233; &#224; la perversion, fondu en elle, d&#232;s les premi&#232;res chaleurs de l'enfance, entendons &#224; la premi&#232;re bite du voisinage qu'il a suc&#233;e. Depuis le d&#233;but, il est de cette chose rare comme d'une aristocratie barbare parmi les civilis&#233;s : non l'innocent, non le coupable mais le candidat. Candidat &#224; la monstruosit&#233; int&#233;grale, il consent ; et les r&#233;sistances ne sont point celles de son d&#233;sir, qui est de toute mani&#232;re entach&#233; par le d&#233;rangement originel, mais des remparts tout entiers moraux c'est-&#224;-dire nuls et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces deux discours o&#249; il manque l'unit&#233; de la Chose et de la Notion, respectivement &#224; partir de la Notion englobante pour le premier et &#224; partir de la Chose &#233;talante pour le deuxi&#232;me, succ&#232;de le troisi&#232;me discours o&#249; les deux manquent. C'est le terrible discours de la forclusion et on l'appelle, pour des raisons &#233;videntes, le discours de l'Analyste en ce que ce dernier n'a jamais cru bon de parler de son anus puisque, l&#224; est l'abomination, il n'en a pas : la Chose y est absente et la Notion forclose. Car c'est bien de la sorte qu'en psychanalyse on nomme le rejet primordial de la notion mais la confondant avec le phallus, on ne fait que se rendre aveugle &#224; son sens v&#233;ritable qui est celui d'une cl&#244;ture du corps et d'une fermeture des sens : anus bouch&#233;, corps pas-trou&#233;, &lt;i&gt;lalangue &lt;/i&gt; qui ne peut briser les r&#233;sistances de mon orifice quand ta bouche s'y colle. C'est l&#224;, sans aucune h&#233;sitation, le discours le plus terrible puisqu'il est celui des corps civilis&#233;s qui se r&#234;vent surfaces lisses. Le monstre ne sort aucun livre, ni aucune note ; c'est que c'est face &#224; lui que se tient celui qui a forclos. Ainsi, l'analyste pressent qu'il est en question, de lui. Et de son corps sans trou et tout entier droit comme un T, un phallus renvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre lui affirme que toute clinique est clinique de l'anus ; et que c'est l&#224; une op&#233;ration inutile que d'arrimer le sujet aux incestueux &#339;dipiens &#8211; qui sont l&#224; de minables incestes puisque dans leur famille, il n'y a que les femmes qui se soient fait baiser et jamais les anus des boiteux n'ont connu comme le jeune H&#233;liogabale la p&#233;n&#233;tration de leur chair. Une &#233;trange orthop&#233;die anale est d&#233;taill&#233;e par le monstre qui d&#233;signe sa victime par le sobriquet d'anal lisse &#8211; il faut le noter, pour notre monstre, l'imagination vicieuse pallie la finesse de l'esprit ou peut-&#234;tre se moque-t-il par l&#224; des disciples de Lacan. Mais nous pouvons de l&#224; dire que c'est le projet qui s'affirme et qui prend maintenant consistance dans la petite salle de cabinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu n'as pas d'anus, voici ta honte ! Les non-trou&#233;s errent ! &#187; &#192; ces mots, l'analyste se retourne comme si la main invisible de toute la lign&#233;e qu'il vient d'entendre le saisit et place, face &#233;cras&#233;e, sur le bureau. Le monstre s'approche, abaisse le pantalon qui s'est pliss&#233; dans l'excitation et commence &#224; d&#233;crire ce qu'il y voit avec la minutie des m&#233;decins qui s'&#233;taient autrefois occup&#233;s d'une fistule royale, la t&#234;te dans le s&#233;ant du Bourbon. &#192; la l&#233;g&#232;re diff&#233;rence que le monstre ne voit rien ; le corps est, hors pilosit&#233;, lisse ; il n'y a aucune trace de la chose ou du moins il y a un petit et minuscule trou, &#224; peine plus large qu'une t&#234;te d'&#233;pingle. Le monstre ouvre sa mallette et en sort un &#233;norme gode, dont on ne sait s'il est plus long qu'un bras ou plus large qu'une cuisse, ainsi qu'un carnet vierge, mais tout pr&#234;t &#224; recueillir les observations de ce corps insolite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait glisser ce gode du haut du dos vers le bas, du cou jusqu'au coude. Il se faufile comme une couleuvre devant le torse, fait un retour inattendu sur ce que les Anciens ont appel&#233; le plexus solaire mais o&#249; de toute &#233;vidence les rayons n'ont eu aucune entr&#233;e sodomistique. Ce corps contient une curieuse sortie mais qui ne se fond nullement avec l'entr&#233;e de telle sorte que son trou est ferm&#233; &#224; tout corps &#233;tranger tandis qu'il s'ouvre par intermittence pour rejeter. C'est l&#224; le trou civilis&#233;, c'est-&#224;-dire clos et &#224; la cl&#244;ture d&#233;limit&#233;e, furieusement hostile au dehors. Le contrat social du cul de celui qui a dit : &#171; Ceci est mien et quiconque voudra s'en approcher, c'est-&#224;-dire m'enculer, sera hors la loi, brigand, pervers ! &#187;. Il appartient au monstre de le contraindre avec la d&#233;licieuse barbarie dont il est l'h&#233;ritier, de l'ouvrir de toute sa circonf&#233;rence. Et cependant qu'il a les yeux face &#224; la curieuse citadelle de chair, il y d&#233;c&#232;le une petite f&#234;lure qui l'intrigue au plus haut point. Il saisit son carnet et &#233;crit : th&#233;orie du maillon charnel le plus faible. C'est par l&#224; qu'il pourra introduire, en toute s&#251;ret&#233; et avec des chances de r&#233;ussite optimales &#8211; le calcul est rapide quoique trop savant pour &#234;tre ici d&#233;crit &#8211;, l'&#233;pais gode qu'il a d&#233;pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; de lui, non loin de sa main droite occup&#233;e &#224; &#233;crire tandis que la gauche d&#233;gage une fesse pour l'examen de la f&#234;le et l'auscultation du tapage de la race maudite qui attend derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste n'a d'autre choix que de poser ses yeux sur l'objet du supplice. Il est de facture m&#233;diocre, point de fantaisie inutile. &#192; mille lieux de la pompe baroque qu'il appr&#233;cie. En ce gode, tour &#224; tour b&#226;ton et carotte, il y a l'heureuse conviction &#224; venir. Dans le carnet que remplit fr&#233;n&#233;tiquement le monstre et dans lequel il a repr&#233;sent&#233; le gode, on peut distinguer le titre : &lt;i&gt;Trait&#233; d'&#233;conomie contra-sexuelle&lt;/i&gt;. C'est que maintenant le monstre est &#233;conomiste et d&#233;taille le commerce des fluides, les points o&#249; ils se coupent puis se reconnectent avant que de se recouper. Le monstre prend &#224; nouveau la parole et explique qu'il a saisi avec grande clart&#233; toute la fable de l'&#233;conomie et ses myst&#232;res. Que face &#224; lui, c'est l'anus privatis&#233;, la premi&#232;re cl&#244;ture pos&#233;e par le civilis&#233;. Pour le monstre, la chose est nette : il faut tirer son anus &#224; son terme, jusqu'&#224; l'extr&#234;me limite immanente du capital. Cet &#233;conomiste r&#233;p&#232;te : &#171; Production, absorption, r&#233;tention, proc&#232;s anal. &#187; La monnaie vivante est l'&#233;talon v&#233;ritable, la mesure de toute chose et du commerce &#224; venir. Le f&#233;calome marchand d&#233;couvert. &lt;i&gt;L&#224; o&#249; &#231;a sent la merde, &#231;a sent l'argent. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands trait&#233;s d'&#233;conomie sont homosexuels, c'est-&#224;-dire monstrueux : il y a celui qui a voulu &#233;prouver l'&#233;conomie dans une profession de foi p&#233;d&#233;rastique en se faisant enculer par la citadelle qui s'offrait &#224; lui, ou encore celui qui a cherch&#233; dans le d&#233;lire des nerfs les croisements mon&#233;taires, et dans les d&#233;penses somptuaires la fin de la dette &#224; Dieu. Ce qui est certain, c'est que nous avons h&#233;rit&#233; de leur vie et de leurs &#233;crits, non des mod&#232;les d'action, mais des exemples du succubat &#224; r&#233;aliser ici et maintenant sur terre. Le monstre devant l'anus de l'analyste qui se gonfle de plus en plus de sang et qui semble exhorter &#224; l'enculade poursuit l'&#233;criture de son trait&#233; d'&#233;conomie &#224; une main &#8211; l'autre toujours occup&#233;e &#224; &#233;carter la fesse droite pour que rien n'&#233;chappe &#224; son &#339;il d'&#233;conomiste du cul. La d&#233;couverte du mouvement sacr&#233; de l'anus livre la connaissance de la civilisation comme une d&#233;couverte des forces impulsionnelles qui s'y dissimulaient et qui maintenant s'exhibent, c'est-&#224;-dire contraignent &#224; l'appara&#238;tre depuis la b&#233;ance d'o&#249; sort le flux &#233;conomique. Ce qu'un psychanalyste viennois a pu r&#233;sumer par l'&#233;quation argent = merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage rationnel, c'est-&#224;-dire celui de l'&#233;conomie mercantiliste et des Philosophes, a produit un anus clos et imp&#233;n&#233;trable ; une repr&#233;sentation du st&#233;rile et de l'improductif &#8211; c'est l&#224; un jugement exp&#233;ditif et injuste car l'anus, &#224; la diff&#233;rence de la bite, ne produit aucun gadget inutile, enfants compris. C'est une &#233;conomie des fluides sans l'&#233;conomie des solides du langage et je mets au d&#233;fi quiconque d'y revendiquer quoi que ce soit comme sa propri&#233;t&#233; permanente et de dire : &#171; Voici ta dette ! &#187;. Seul le d&#233;sir homosexuel peut encore rendre compte des contours du phantasme dans la fermeture du monde et que le Monstre d&#233;couvre devant le reflux anal de son captif : toute &#233;conomie politique est avant tout une &#233;conomie libidinale, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie de sperme et de merde, dont le centre est un grand soleil qui nous &#233;chauffe de son &#233;nergie. Qui n'a pas d'anus, de r&#233;ceptacle au rayonnement solaire, est condamn&#233; &#224; errer dans ce vaste th&#233;&#226;tre de la duperie qu'est le monde civilisationnel. Le monstre le tient pour vrai face &#224; l'analyste et on en comprend d'autant mieux la m&#233;fiance qui a &#233;t&#233; la sienne lorsqu'il est entr&#233; dans le cabinet : car comment peut-on croire quelqu'un qui n'a pas d'anus ? En tout cas, moi, je me m&#233;fie de ceux qui n'ont ni la notion ni la chose et qui forclosent le lieu du combat des forces obscures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tonnerait que le monstre &#233;conomiste p&#251;t encore trouver quelque force &#224; cette exploration : c'est que l'on d&#233;couvre des forces obscures inemploy&#233;es lorsque l'on touche aux limites du monde. Mais dans cette contra-sexualit&#233;, c'est &#224; l'id&#233;e de la destruction &#224; produire qu'il faut imputer toute vigueur ; destruction non pas des parois de la citadelle, encore moins de toute cette chair, mais de l'obsession civilis&#233;e d'un corps sans trou. Il n'y a qu'un mot d'ordre anal, et c'est la complicit&#233;. Monstrueuse complicit&#233; qui s'exhibe quand la b&#233;ance est atteinte. C'est l&#224; le quatri&#232;me discours, discours de fusion de la Notion et de la Chose dans une unit&#233; d&#233;sormais ouverte. On le nomme discours de l'Apocalypse ou de monstruosit&#233; int&#233;grale en ce que s'instaure contre la civilisation morale la puissance d&#233;li&#233;e des forces impulsionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que cette petite f&#234;lure devient boursouflure &#224; mesure que les doigts du monstre effectuent des va-et-vient avec son stylo le long des remparts rouges ; de m&#234;me que les soupirs de l'analyste vont croissant, et ressemblent &#224; pr&#233;sent &#224; des anh&#233;lations d'une grosse b&#234;te. Le trait&#233; du monstre se remplit de nombreuses pages, qu'il laisse tomber une par une dans sa fr&#233;n&#233;sie. Le scribe a d&#233;j&#224; de quoi publier au moins deux tomes d'&#233;conomie (tome I, 456 pages, reproduction illicite et usage strictement limit&#233; au public, ISBN pas encore connu, tome II en cours). Dans le cabinet, o&#249; l'on ne distingue plus que des feuilles volantes tous les vingtaines de secondes, l'aboutissement semble proche au grand dam de l'analyste quoi qu'il faudrait pr&#233;ciser qu'il est empli de joie et d'excitation comme en t&#233;moigne le bourrelet rose en train de na&#238;tre de son fondement. C'est l&#224; le drame du phantasme pour quiconque c&#232;de sur son d&#233;sir et d&#233;couvre de nombreuses forces qui conspirent contre votre esprit. Le monstre poursuit son enqu&#234;te ; adonc maintenant l'issue semble b&#226;iller et prend les allures d'une b&#233;ance que notre analyste conna&#238;t fort bien, du moins de son expertise de praticien ; s'entr'ouvre encore alors qu'on imagine la chose impossible &#8211; je nomme cela n&#233;potisme de l'anus que de s'ouvrir sans cesse &#224; ceux qu'on reconna&#238;t comme ses complices et de leur assurer une place au fond de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste est couch&#233; sur le ventre et semble invoquer non plus des math&#232;mes, non plus des signifiants mais des g&#233;nies barbares que sa science ignore ; la citadelle n'est plus et la ville tout enti&#232;re d&#233;j&#224; absorb&#233;e dans cet ab&#238;me de nerfs. Il provoque le monstre qui se saisit &#224; pr&#233;sent de l'&#233;pais gode mais sans nul doute je crois pouvoir dire, dans cet amas de feuilles, que c'est l'analyste lui-m&#234;me qui l'a empoign&#233; et introduit dans son cul. Corps d&#233;sublim&#233;. L'analyste n'est plus. Il se fait &#224; la fois empereur encul&#233;, &#233;pouse de Dieu, assassin du moi, Sodome en feu. Mais analyste, certainement plus. Car il est tout &#224; la fois ces choses et rien de fixe en m&#234;me temps. S'imprime sur lui le mouvement anal qui n'est pas celui de la sublimation, d'un mouvement vertical qui monte et qui descend. Et c'est bien sur lui que le mouvement s'imprime tant il est devenu un corps sans organe, sans int&#233;riorit&#233; organis&#233;e, et pure surface d'entrechocs et d'accidents : il est mouvement de r&#233;ception totale de l'&#233;tranger et mouvement d'expulsion des images sacro-saintes de la morale. Mais il n'y a aucune innocence &#224; retrouver ni &#224; recomposer ; car le trait&#233; indique qu'il faut apprendre &#224; se faire un anus. Et plus encore apprendre &#224; tirer son anus &#224; son terme. Ce sont l&#224; deux choses identiques puisqu'il signe le terme de tout quand il se fait &#8211; encore que la t&#226;che la plus d&#233;licate soit celle de creuser le trou. Par la pudeur qui est la mienne depuis le d&#233;but de cette histoire, je ne dirai rien de l'extr&#234;me ardeur d'un anus vorace et du mouvement d'une extr&#234;me violence qui est venu lui saccager le dedans. Tout au plus qu'une fois que cette sc&#232;ne s'&#233;tait termin&#233;e, quand quelque fluide laiteux avait inond&#233; le bureau et la moquette du cabinet, il n'y avait plus d'analyste mais deux monstres. Voil&#224; l'aboutissement ; et de tous ces discours on en trouve une formidable synth&#232;se comme une jet&#233;e hors de soi : l'&#233;conomie monstrueuse du succubat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns, plus sages que nous, avaient pu nommer &lt;i&gt;myroblyte &lt;/i&gt; ce moment suivant la mort d'un saint homme cependant que se d&#233;gageait du suintement de la carcasse intacte une d&#233;licate senteur de myrrhe. C'&#233;tait l&#224; pour s&#251;r le t&#233;moignage miraculeux de l'innocence et on les disait morts en odeur de saintet&#233;. Mais ces pieux nez n'auraient aucunement rencontr&#233; dans le cabinet les aromates attendus, ni les parfums amers des r&#233;sines ; &#224; dire vrai on n'y inhale que des miasmes de foutre et de merde que la sueur du corps &#224; l'anus nouveau exacerbe. Ici la myroblyte est invers&#233;e. Le monstre sort, l'&#339;uvre &#233;tant faite c'est-&#224;-dire une inf&#226;me bougresse engendr&#233;e &#8211; voil&#224; le paiement de la s&#233;ance, une monnaie presque morte. L'analyste se redresse et, titubant comme un animal &#233;puis&#233; de sa course, se jette sur son divan. Il expire dans un certain apaisement en odeur de monstruosit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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