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		<title>&#201;l&#233;ments d'une politique non h&#233;ro&#239;que</title>
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		<description>&lt;p&gt;Pour une ontologie perverse du n&#233;o-fascisme contemporain.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/couverturephilosophiesqueer.webp?1756456945' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A la suite de la parution en fran&#231;ais de&lt;a href=&#034;https://www.eterotopiafrance.com/catalogue/philosophies-queer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; Philosophies Queer&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Eterotopia (2024)&lt;/a&gt;, s'est engag&#233; entre Lorenzo Bernini et Quentin Dubois un dialogue autour, d'une part, de la situation politique actuelle en France et en Italie, des investissements fascistes mais aussi, en r&#233;ponse, des tentatives de r&#233;articuler les demandes de droits et de protection avec un projet r&#233;volutionnaire ; et, d'autre part, les mani&#232;res d'h&#233;riter de ce qui a &#233;t&#233; nomm&#233; &#171; queer antisocial &#187;, amalgame de pratiques et de th&#233;ories h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui revendiquent la n&#233;gativit&#233; comme moteur politique. Paru dans le nouveau num&#233;ro &lt;i&gt;Pulsions fascistes&lt;/i&gt;, ce dialogue s'intitule &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une politique non h&#233;ro&#239;que. Pour une ontologie perverse du n&#233;o-fascisme contemporain&lt;/i&gt;. Trou Noir remercie Lorenzo Bernini pour sa participation patiente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; Dans ton ouvrage, tu d&#233;tailles et ouvres le champ d'une philosophie queer &#224; partir d'une &#171; ontologie de l'actualit&#233; &#187; &#8211; l'expression est de Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On la trouve dans sa le&#231;on du 5 janvier 1983 de son cours au Coll&#232;ge de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tu soulignes son apparente contradiction en ce que l'ontologie devrait marquer un mouvement arr&#234;t&#233;, une certaine fixit&#233;. Or pour toi, c'est toute l'importance du geste critique que de faire intervenir l'actualit&#233; : la philosophie queer s'inscrirait dans ce geste critique des institutions actuelles. Peux-tu dans un premier temps nous parler de ce geste de lier par la critique l'actualit&#233; &#224; un &lt;i&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt; et les pratiques qui y sont li&#233;es ? En partant de cette le&#231;on de Foucault, d'une ontologie de l'actualit&#233; &#224; partir de nous-m&#234;mes, comment peut-on comprendre ce nous-m&#234;mes et comment &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; nous-m&#234;mes se trouve amplifi&#233; par la critique de l'identit&#233; queer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini :&lt;/strong&gt; Nous aurions tort de consid&#233;rer les mesures ex&#233;cutives du Trump r&#233;&#233;lu contre les personnes trans et non binaires comme les caprices d'un autocrate : elles sont plut&#244;t le r&#233;sultat d'un processus historique de longue dur&#233;e, qui implique les &#201;tats-Unis, l'Europe, le monde entier. Depuis les ann&#233;es 1990, une r&#233;action f&#233;roce est en cours contre les acquis des mouvements LGBTQIA+, qui prend &#233;galement la forme de la campagne des droites contre ce qu'on appelle la th&#233;orie/id&#233;ologie du genre. Dans cette campagne, les savoirs f&#233;ministes et queer sont diabolis&#233;s, d&#233;crits comme des id&#233;ologies dangereuses visant &#224; effacer la diff&#233;rence entre hommes et femmes et &#224; imposer l'homosexualisation et la transsexualisation de l'enfance &#224; travers on ne sait quels programmes &#233;ducatifs. En r&#233;ponse &#224; ces absurdit&#233;s, j'insiste sur le fait que les th&#233;ories queer sont des philosophies critiques, c'est-&#224;-dire l'exact contraire de ce que Marx nous a appris &#224; appeler &#171; id&#233;ologie &#187;. L'id&#233;ologie est en effet une mystification de la r&#233;alit&#233; visant &#224; faire appara&#238;tre comme naturel ce qui est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sultat de rapports de pouvoir historiques. Alors que les th&#233;ories queer critiquent cette repr&#233;sentation id&#233;ologique de la r&#233;alit&#233; qui attribue le caract&#232;re de naturel &#224; la seule h&#233;t&#233;rocisualit&#233; reproductive, qui rel&#232;gue toutes les autres expressions de la sexualit&#233; au r&#244;le pervers de contre-nature, de pathologique, d'ill&#233;gal, qui impose le pouvoir de l'h&#233;t&#233;rocissexualit&#233; reproductive sur celles qui sont consid&#233;r&#233;es comme des expressions minoritaires de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ontologie de l'actualit&#233; &#187; est l'une des mani&#232;res dont Foucault, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, a d&#233;fini sa fa&#231;on de faire de la philosophie critique : c'est une formule en soi paradoxale car ontologie signifie &#171; discours sur l'&#234;tre &#187;, et traditionnellement, depuis Parm&#233;nide, l'&#234;tre est d&#233;fini par la philosophie comme ce qui est immuable et &#233;ternel, et non comme ce qui est en acte et donc devient. Faire de la critique signifie plut&#244;t reconna&#238;tre que le philosophe/la philosophe n'est pas un &#234;tre surhumain qui peut observer l'&#234;tre dans son &#233;ternit&#233;, comme s'il/elle pouvait adopter le point de vue de Dieu, mais est un &#234;tre humain comme les autres, qui saisit de la r&#233;alit&#233; ce qu'il/elle peut, &#224; partir de son positionnement particulier dans l'espace et le temps, de la tradition &#224; laquelle il/elle appartient, du moment historique dans lequel il/elle se trouve - et qui participe au mouvement de l'histoire avec sa pratique th&#233;orique. Le philosophe/la philosophe critique n'affirme donc pas de v&#233;rit&#233;s absolues sur la permanence de l'&#234;tre, mais remet en question les v&#233;rit&#233;s que ceux/celles qui d&#233;tiennent le pouvoir professent sur l'&#234;tre pour maintenir leur propre pouvoir, et ce faisant contribue &#224; la cr&#233;ation de l'&#234;tre dans un sens nouveau, ouvrant de nouvelles possibilit&#233;s &#224; la praxis, sans pr&#233;tendre les gouverner : il/elle agit sur l'&#234;tre, en somme, l'actualise. Jamais seul.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault soutient que l'ontologie de l'actualit&#233; est aussi toujours une ontologie de nous-m&#234;mes, une interrogation non pas sur ce que nous sommes, mais sur la fa&#231;on dont nous sommes devenu.e.s ce que nous sommes, et sur ce que nous pouvons faire de nous : non pas un exercice d'identit&#233;, donc, mais de d&#233;sidentification. Une fa&#231;on de pr&#233;senter les th&#233;ories queer &#224; partir de l'h&#233;ritage de Foucault peut donc &#234;tre de les d&#233;crire comme des savoirs &#233;labor&#233;s par les sujets sexuels minoritaires pour remettre en question les normes qui, dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, les ont d&#233;finis comme minoritaires en justifiant leur r&#233;pression et leur discrimination - et en &#233;laborant collectivement de nouvelles fa&#231;ons d'&#234;tre, en se transformant. &#192; partir du XIXe si&#232;cle, ceux que nous appelons aujourd'hui les mouvements LGBTQIA+ ont remis en question les conceptions pathologisantes et criminalisantes que la m&#233;decine, le droit, les &#233;tudes sociales modernes avaient &#233;labor&#233;es sur les minorit&#233;s sexuelles, obtenant de nombreuses victoires qui ont &#233;t&#233; des conqu&#234;tes de libert&#233;, et non des impositions id&#233;ologiques. Nous vivons aujourd'hui une p&#233;riode de r&#233;action, o&#249; les droites dont Trump est l'expression voudraient restaurer cette conception id&#233;ologique selon laquelle, par nature, il n'existerait que deux sexes et deux genres d&#233;finis par leur attraction r&#233;ciproque. Les th&#233;ories queer ne r&#233;pondent pas que deux sexes et deux genres n'existent pas, mais que l'&#234;tre du sexe e du genre n'est pas stable, qu'il est ouvert au changement &#8211; que plut&#244;t que deux sexes et de genres, il peut en exister une infinit&#233;. Et les th&#233;ories queer dite antisociales auxquelles cette revue est consacr&#233;e, ajoutent &#224; cela qu'aucun de ces sexes et genres n'est naturel, car comme l'enseigne Freud, ce n'est pas la naturalit&#233;, mais la perversion qui est le caract&#232;re universel de la sexualit&#233; humaine. Il n'est donc pas n&#233;cessaire d'une intervention &#233;ducative diabolique pour pervertir la jeunesse : elle s'en charge tr&#232;s bien toute seule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uentin Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Ton livre montre que la philosophie queer est avant tout une affaire de montages r&#233;ussis : que ce soit par rapport &#224; la psychanalyse freudienne et lacanienne &#8211; le freudo-marxisme de Marcuse ou de Mieli ; le queer dit antisocial de Bersani avec Foucault et le Freud de&lt;i&gt; Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, Edelman avec Lacan rencontrant Fanon et Baldwin ; le constructionnisme de Butler proc&#233;dant &#224; des lectures fortes de la &#171; French Theory &#187;. Quel est l'int&#233;r&#234;t pour toi de saisir tous ces&lt;br class='manualbr' /&gt;montages dans la th&#233;orie critique ? Est-ce que tu consid&#232;res le geste critique comme une mani&#232;re de multiplier les perspectives sur le dispositif de la sexualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini :&lt;/strong&gt; Ce qui a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais est un de mes livres de nature introductive, que j'ai &#233;crit en m'adressant, comme &#224; des lectrices et lecteurs id&#233;aux, &#224; des &#233;tudiants/&#233;tudiantes ou &#224; des activistes qui souhaitent se faire une id&#233;e de ce domaine d&#233;sormais vaste de savoir que sont les th&#233;ories queer. Il &#233;tait n&#233;cessaire d'adopter une perspective interpr&#233;tative pour se mouvoir parmi une quantit&#233; &#233;norme de textes, et mon choix (explicitement d&#233;clar&#233; comme un choix, et donc comme un acte arbitraire et certainement contestable) a &#233;t&#233; de pr&#233;senter les th&#233;ories queer comme des philosophies politiques critiques. Je ne voulais en aucun cas sacrifier la complexit&#233; &#224; la vulgarisation, d'autant plus que la campagne anti-genre se charge d&#233;j&#224; de simplifier de mani&#232;re mystificatrice et disqualifiante les philosophies f&#233;ministes et queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre compte du caract&#232;re non id&#233;ologique, et m&#234;me critique, des th&#233;ories queer, j'ai donc cherch&#233; &#224; la fois &#224; retracer leur histoire et &#224; les reconstruire comme un vaste d&#233;bat entre des positions diff&#233;rentes et en d&#233;saccord, que j'ai appel&#233; freudo-marxisme r&#233;volutionnaire (Marcuse, Mieli), constructivisme radical (Butler, Foucault, Preciado, un certain Fanon) et th&#233;ories antisociales (Bersani, Edelman, de Lauretis, un autre Fanon). De nombreux autres auteurs et autrices sont cit&#233;s dans le texte, ramen&#233;s &#224; ces trois paradigmes qui sont certainement insuffisants pour contenir toute la richesse des th&#233;ories queer (dans d'autres de mes livres, par exemple, je trouve des &#233;l&#233;ments de th&#233;orie antisociale m&#234;me chez Foucault et Mieli), mais en m&#234;me temps, ils en rendent compte, faisant comprendre que la complexit&#233; de la sexualit&#233; emp&#234;che de la dire d'une seule mani&#232;re. Que le sexe soit une &#233;nigme changeante, qui appara&#238;t de diff&#233;rentes mani&#232;res selon la fa&#231;on dont on l'interroge. Le freudo-marxisme consid&#232;re le sexe surtout comme un d&#233;sir refoul&#233; &#224; lib&#233;rer, le constructivisme le probl&#233;matise comme une construction identitaire issue d'un appareil compliqu&#233; de normalisation, les th&#233;ories queer antisociales reviennent &#224; Freud pour mettre en &#233;vidence combien la pulsion sexuelle &#233;chappe toujours non seulement &#224; l'emprise r&#233;pressive ou normalisante du pouvoir, mais aussi au discours politique des th&#233;ories queer pr&#233;c&#233;dentes qui veulent faire du sexe un levier pour la libert&#233; du sujet qui, au contraire, est toujours assujetti &#224; la pulsion sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a raison ? Quel paradigme dit la v&#233;rit&#233; du sexe ? Aucun : mais chacun d'eux nous donne des outils pour penser, pour agir politiquement, pour faire face au caract&#232;re tragique (jamais r&#233;solu) de nos existences. Nous avons besoin de ces trois mod&#232;les interpr&#233;tatifs, et de bien d'autres, pour faire face &#224; un pr&#233;sent o&#249; le march&#233; profite abondamment de la transgression et de la jouissance, un puritanisme assimilateur croissant cr&#233;e des fractures internes aux communaut&#233;s LGBTQIA+, et une droite autoritaire et r&#233;pressive monte au pouvoir, utilisant la force perturbatrice du sexuel pour diaboliser non seulement les personnes LGBTQIA+, mais aussi les personnes racialis&#233;es (&#224; travers les mythes du migrant violeur et de la migrante dissolue &#224; disposition de l'homme blanc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; Je pense qu'il y a quelque chose &lt;i&gt;en plus&lt;/i&gt; que la th&#233;orie dite antisociale apporte et qu'une th&#233;orie critique ne peut pas pleinement saisir, cette dimension pr&#233;cise qui est celle que j'appellerais d'un &lt;i&gt;r&#233;investissement de la menace&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Q. Dubois, &#171; Homosexualit&#233; et civilisation : perspectives vitalistes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Et c'est effectivement l&#224; que le geste critique de d&#233;mystification &#8211; qui n&#233;cessite des jeux d'aller-retour interpr&#233;tatifs &#8211; s'arr&#234;te. Ces &#233;l&#233;ments antisociaux, pour reprendre l'expression de Mieli &lt;i&gt;d'&#233;l&#233;ments&lt;/i&gt;, n&#233;cessitent autre chose que l'interpr&#233;tation pour avoir une expression plus ample. C'est cette menace qui est recherch&#233;e par Bersani &#8211; celle que Hocquenghem a pos&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 70 &#8211; et que des politiques r&#233;volutionnaires ont sans cesse r&#233;investie. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que le geste critique, en restant dans une sorte de pi&#232;ge interpr&#233;tatif &#8211; des illusions &#224; combattre, des interpr&#233;tations &#224; remplacer &#8211; risque de s'enfermer dans une certaine redondance qui est celle du discours du &lt;i&gt;rassurant&lt;/i&gt; en lieu et place de celui de la &lt;i&gt;menace&lt;/i&gt;. La d&#233;mystification devient alors un &#171; N'ayez pas peur des trans*, iels... &#187;, un certain ang&#233;lisme qui a pour effet de d&#233;poss&#233;der les trans* et les queer d'une puissance politique. C'est quelque chose &#224; tenir, dans le discours publique et dans un pourparler avec la soci&#233;t&#233; civile ; mais cela ne nous m&#232;ne pas &#224; de la politique cr&#233;atrice. Je crains que ce geste critique, en ne se formulant qu'&#224; partir d'une recherche de garantie, celle d'une discussion autour des droits, n'enferme notre &#233;nonciation politique dans des coordonn&#233;es qui nous sont externes. C'est comme si nous continuions &#224; nous d&#233;battre dans le dispositif de la sexualit&#233; et &#224; accepter les discours de l'int&#233;gration qui ne peut &#234;tre qu'un &#171; lyrique pauvre du disparate sexuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, Histoire de la sexualit&#233;, t. 1 : La volont&#233; de savoir, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or une v&#233;ritable pratique de l'autonomie politique a besoin de la menace et de la r&#233;investir : c'est l&#224; que peut se brancher la multiplication des pratiques (perverses) de plaisir et les strat&#233;gies de genre(s) sans leur recodage par des discours juridiques et m&#233;dicaux. Comment saturer l'espace public par nos propres artificialit&#233;s sexuelles plut&#244;t que d'&#234;tre en position de d&#233;pendance par rapport aux discours que les institutions (droit, m&#233;decine&#8230;) tiennent sur nous ? D&#233;mystifier, est-ce que ce ne serait pas l&#224; poursuivre quelque chose comme une v&#233;rit&#233; du sexe :&lt;i&gt; nous, nous savons ce qu'est&lt;/i&gt; le genre, le sexe. Alors qu'une &#171; politique de la v&#233;rit&#233; &#187;, pour reprendre l'expression de Foucault, aurait besoin de quelque chose comme d'une ouverture permanente &#224; l'ind&#233;termination. C'est ici qu'un autre crit&#232;re du politique intervient, que Deleuze et Guattari avaient bien per&#231;u, celui de l'&lt;i&gt;exp&#233;rimentation&lt;/i&gt;. Nous avons besoin de comprendre l'ind&#233;termination &#224; partir de l'exp&#233;rimentation &#8211; un droit &#224; l'exp&#233;rimentation &#8211; avec ce qu'il a de tout sauf de rassurant &#8211; y compris pour les personnes qui s'embarquent dans des exp&#233;rimentations de genre(s), des exp&#233;rimentations situ&#233;es et encorpor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ton &lt;i&gt;Apocalissi queer : &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Elementi di teoria antisociale&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;Queer Apocalypse : Elements of Antisocial Theory&lt;/i&gt;] en 2013, tu cherches &#224; tenir l'analyse du futurisme reproductif d'Edelman avec une certaine possibilit&#233; du politique qui pourrait s'effacer chez ce dernier. Est-ce que la figure du zombie, que tu &#233;labores &#224; partir d'une lecture crois&#233;e avec le film &lt;i&gt;Otto &lt;/i&gt;de Bruce Labruce, ne cherche pas elle aussi &#224; reprendre le jeu libre de le menace et de l'ind&#233;termination dans les politiques queer ? Je crois que tu effectues l&#224; un pas suppl&#233;mentaire par rapport au geste critique en assumant une politique non-h&#233;ro&#239;que du queer : non pas d&#233;mystifier (traquer les illusions) ni interpr&#233;ter, mais laisser la place aux exp&#233;rimentations &#8211; le caract&#232;re ouvert ou ind&#233;termin&#233; de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/51mvzg_2j3l__sl1173_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/51mvzg_2j3l__sl1173_.jpg?1756457231' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;Dans mon interpr&#233;tation, la philosophie critique est toujours mena&#231;ante en soi, car elle remet en question l'ordre &#233;tabli. Socrate a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort par Ath&#232;nes pr&#233;cis&#233;ment parce que le tribunal populaire de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; a d&#233;cr&#233;t&#233; que sa pratique philosophique &#8211; qui consistait &#224; poser des questions sur la d&#233;finition des choses, et non &#224; fournir des solutions &#8211; corrompait les esprits des jeunes, minant leur foi en les dieux et leur ob&#233;issance aux institutions de la cit&#233;. En d'autres termes, parce qu'il reconnaissait - &#224; mon avis, &#224; juste titre - que Socrate exer&#231;ait une forme dangereuse de mauvaise &#233;ducation. C'est en cela, &#224; mon avis, que consiste la critique. D&#233;mystifier ne signifie pas affirmer des v&#233;rit&#233;s alternatives d&#233;finitives, mais au contraire instiller le doute sur la permanence, voire sur l'existence m&#234;me, de la v&#233;rit&#233;. (Je ne parle naturellement pas des v&#233;rit&#233;s de fait, mais de celles de valeur). Je ne vois donc aucun lien n&#233;cessaire entre la critique et une politique identitaire de revendication de droits, d'assimilation ou d'int&#233;gration. Il me semble plut&#244;t que le sujet critique se place n&#233;cessairement dans la posture d'exp&#233;rimentation transformative dont parlent non seulement Deleuze et Guattari, mais aussi Foucault lorsqu'il d&#233;finit sa pratique philosophique comme &#171; ontologie de l'actualit&#233; &#187; : remettre en question les v&#233;rit&#233;s que le dispositif savoir-pouvoir impose sur les identit&#233;s sexuelles, par exemple, conduit &#224; une d&#233;sidentification qui ouvre &#224; la possibilit&#233; de devenir autre. Cela semble tr&#232;s abstrait, dit comme &#231;a, mais c'est exactement ce qu'ont fait ceux que nous appelons aujourd'hui les mouvements LGBTQIA+, comme je le disais pr&#233;c&#233;demment. Ils ont remis en question les d&#233;finitions pathologisantes et criminalisantes que la psychiatrie avait donn&#233;es aux minorit&#233;s sexuelles, ils ont ouvert la possibilit&#233; de se dire autrement, de se faire autrement : non seulement homosexuel&#183;le&#183;s et transsexuel&#183;le&#183;s, mais lesbiennes et gays, transgenres, genderqueer, genderfluid, trans*, personnes non binaires... Penser que l'histoire s'arr&#234;te l&#224;, penser que ces &#233;tiquettes &#233;puisent la v&#233;rit&#233; des formes d'identit&#233;s sexuelles possibles et que la reconnaissance juridique de ces identit&#233;s est l'objectif ultime d'une politique de lib&#233;ration sexuelle, n'a rien &#224; voir avec la philosophie critique telle que je l'entends, qui a bien peu de rassurant. La critique ne sait pas ce que sont le genre et le sexe, elle sait plut&#244;t qu'elle ne le sait pas, et soup&#231;onne chaque fois que celles et ceux qui pr&#233;tendent le savoir le font pour d&#233;fendre leurs privil&#232;ges. Ce que j'appr&#233;cie le plus dans les th&#233;ories queer antisociales, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'elles reprennent de Freud le soup&#231;on que la relation entre le sexe et la civilisation, entre le sexe et la politique, puisse &#234;tre insoluble - qu'il n'y ait pas de fin &#224; l'histoire de la sexualit&#233;, car il est possible qu'il y ait toujours quelque chose qui cloche entre le sujet sexuel et le sujet social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e me semble unir le constructivisme de Foucault et Butler au freudo-marxisme de Mieli : que le sexe soit une dimension de l'humain totalement politisable, et que l'action politique puisse r&#233;soudre la relation entre le sexe et la soci&#233;t&#233;. Si l'Hocquenghem du&lt;i&gt; D&#233;sir homosexuel &lt;/i&gt; peut d&#233;j&#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un th&#233;oricien antisocial, c'est parce qu'il reconna&#238;t le caract&#232;re insoluble, en un sens tragique, de cette relation. Dans la pens&#233;e d'Edelman, cependant, cette conscience tragique se traduit par une invitation, adress&#233;e &#224; une &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; mal d&#233;finie (les th&#233;ories queer ? les mouvements queer ? les sujets queer ?), &#224; incarner l'impossibilit&#233; de cette relation, &#224; repr&#233;senter dans la sph&#232;re publique le caract&#232;re n&#233;gatif (et donc irrepr&#233;sentable) du sexuel. Il n'y a rien de cr&#233;atif, ni de transformatif dans cette invitation paradoxale - il n'y a que la prescription de l'insistance du sujet sexuel dans la jouissance de la pulsion sexuelle entendue comme pulsion de mort, dans une position mena&#231;ante certes, mais aussi impolitique. Ma pens&#233;e n'a pas d'intentions prescriptives, elle reste critique, justement. Je n'ai aucune intention de dire &#224; la &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; (quoi qu'elle soit) ce qu'elle doit faire. En tant qu'intellectuel, je ne crois pas que mon r&#244;le soit d'&#233;laborer des programmes politiques ou impolitiques, et je laisse &#224; la praxis des mouvements (auxquels je participe en tant qu'activiste) l'&#233;laboration de leurs propres revendications, qui ne peuvent qu'&#234;tre li&#233;es aux diff&#233;rents contextes historiques - et le contexte actuel, je le r&#233;p&#232;te, est celui o&#249; celles et ceux qui sont menac&#233;&#183;e&#183;s par une droite r&#233;actionnaire, c'est nous (aussi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas non plus sociologue des mouvements, mais ce que j'ai observ&#233; dans les mouvements LGBTQIA+ ces derni&#232;res ann&#233;es est une forte tendance &#224; la juridification, une forte aspiration &#224; occuper le centre du social, &#224; assumer le r&#244;le d'un souverain l&#233;gislateur qui promulgue de nouvelles r&#232;gles (de comportement, de langage...) et &#233;tablit de nouvelles sanctions (on pense &#224; la pratique du call out sur les r&#233;seaux sociaux). Face &#224; ces tendances, la conscience du caract&#232;re pervers, n&#233;gatif, tragique du sexuel qui nous concerne tou&#183;te&#183;s, comme le soutiennent les th&#233;ories antisociales, me semble pouvoir fonctionner comme un antidote. Dans mon livre Apocalissi queer, les zombies gays fragiles, hallucin&#233;s, ironiques et &#233;rotiques des films de Bruce LaBruce, non seulement Jey Crisfar dans&lt;i&gt; Otto &lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; or, Up with Dead People &lt;/i&gt; mais aussi Fran&#231;ois Sagat dans &lt;i&gt;L.A. Zombie&lt;/i&gt;, deviennent &#224; cet &#233;gard des figures exemplaires : tout en incarnant la n&#233;gativit&#233; de la pulsion sexuelle (la pulsion sexuelle comme pulsion de mort), ils ne se r&#233;signent pas &#224; une asocialit&#233; impolitique. Ils ne cherchent pas non plus l'assimilation ou l'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; des vivant&#183;e&#183;s, et encore moins aspirent &#224; un r&#244;le de l&#233;gislateur. Au contraire, ils exp&#233;rimentent de nouvelles formes de jouissance (le sexe zombie est tr&#232;s cr&#233;atif, chacun&#183;e peut cr&#233;er de nouveaux orifices &#224; coups de morsures...), de nouvelles formes de (non)vie, qui restent obstin&#233;ment marginales, ou plut&#244;t interstitielles : ils laissent le centre du social aux autres, et pourtant n'abandonnent pas la formation de communaut&#233;s autonomes mais &#233;ph&#233;m&#232;res, fond&#233;es non sur l'identit&#233;, mais sur la d&#233;sidentification &#224; laquelle m&#232;ne le sexe. En ce sens, je crois qu'ils peuvent en effet &#234;tre associ&#233;s &#224; ce que tu appelles, avec Deleuze et Guattari, l'exp&#233;rimentation. Ils restent certainement des figures mena&#231;antes, dont l'existence-limite repr&#233;sente une critique &#224; une soci&#233;t&#233; &#224; laquelle ils ne veulent pas pleinement appartenir. J'aime beaucoup la d&#233;finition de &#171; politique queer non h&#233;ro&#239;que &#187;, et je la trouve pertinente. Merci !&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L265xH375/l.a__zombie-c0342.jpg?1765743644' width='265' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Ce que tu dis sur l'asocialit&#233; impolitique me para&#238;t peut-&#234;tre devoir commencer par un travail de d&#233;prise et de reprise de l'antisocialit&#233; &#224; l'aune de la situation actuelle &#8211; que se passe-t-il quand on prend ce queer antisocial &#224; partir de et avec d'autres coordonn&#233;es que celles du sexuel ou de celles du jeu entre civilisation et r&#233;pression ? Ce soup&#231;on &#224; l'encontre de la civilisation, que porte l'homosexuel affirme sa finitude &#8211; on se rappelle de Hocquenghem disant que le groupe anulaire ou homosexuel &#171; sait que la civilisation est mortelle, elle seule &#187;. Que se passe-t-il si l'on tente de r&#233;activer cette proposition oppositionnelle &#224; la civilisation dans ce qui se produit ici et maintenant, ce qui s'impose comme n&#233;cessit&#233; de penser. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que cette mani&#232;re d'&#233;noncer l'antisocial par la finitude de l'espace de la civilisation, soit par le &lt;i&gt;contre-civilisationnel,&lt;/i&gt; doit maintenant, s'il veut garder une pertinence et une &#233;paisseur politiques et th&#233;oriques, le faire &#224; partir de la &lt;i&gt;catastrophe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend parfois dire que la pens&#233;e antisociale serait une sorte de romantisme de la jouissance pure &#8211; hormis ce portrait grossier d'adolescents aux cheveux gras qui n'est pas sans me d&#233;plaire comme figure, c'est la r&#233;affirmation d'une certaine injonction &#171; grandissez ! Il faut bien que... &#187;. Et je crois que c'est l&#224; une confusion notable entre quelque chose comme la r&#233;silience, un &#171; il faut bien que &#187;, et la responsabilit&#233; qui se formule plut&#244;t dans un &#171; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; devons nous rendre capable de r&#233;pondre &#187;. C'est comme &#231;a que je reprendrais ta proposition militante. Le reproche formul&#233; &#224; l'encontre de Lee Edelman n'est pas simplement une totale intellectualisation (cf. les critiques du groupe Baedan) mais bien de croire que la pens&#233;e antisociale est pensable en dehors d'un horizon qui est celui de l'&#233;mancipation, ou plut&#244;t que l'ici et maintenant de l'antisocial (non pas en opposition &#224; mais se distinguant de l'advenir queer) implique n&#233;cessairement une praxis mais aussi une capacit&#233; de r&#233;pondre &#8211; ou une responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ceux qui en h&#233;riteront. Le queer antisocial pourrait &#234;tre situ&#233; dans une t&#226;che double : d'une part dans sa confrontation avec l'utopisme et les promesses d'un apaisement, il cherche &#224; maintenir ouverts les possibles depuis une situation conflictuelle &#8211; par une certaine n&#233;gativit&#233; du d&#233;sir, dont tu parles, qui r&#233;siste &#224; toute totalisation comme r&#233;solution des conflits ; d'autre part, il cherche non pas &#224; limiter mais &#224; fermer l'expansion civilisationnelle, cette mani&#232;re d'&#233;tendre sans cesse sa limite mortif&#232;re. Maintenir ouvert &#8211; ce qui n'est pas la m&#234;me chose qu'ouvrir &#8211; les futurs mais fermer ce qui se d&#233;ploie de mani&#232;re mortif&#232;re et qui condamne &#224; un avenir appauvri, ce sont deux gestes qui apparaissent compl&#233;mentaires une fois qu'on les prend &#224; partir de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#224; partir de l&#224; te poser une autre question, si tu me permets de l'entrecouper &#224; ce propos sur la catastrophe : qui est celle de la &lt;i&gt;figuration,&lt;/i&gt; et du processus de production de la figure du zombie. Notamment sur les d&#233;centrements que cette derni&#232;re propose par rapport &#224; une habitude du champ queer d'&#233;noncer (ou de contourner) la n&#233;gativit&#233; politique. Pour le dire un peu brutalement, nous en avons soup&#233; des figures : chaque d&#233;cennie, la pens&#233;e f&#233;ministe et/ou queer produit sa figure : le cyborg, la sorci&#232;re, lae mutant.e. Mais il n'y avait pas vraiment de figure pour cette n&#233;gativit&#233; d&#233;sirante, hormis dans la figure antisociale du criminel. Ce sur quoi ce travail de figuration, dont nous h&#233;ritons, insiste sur le m&#233;lange et l'ambigu&#239;t&#233;, les fronti&#232;res mouvantes que l'on ne peut habiter sans s'engager dans de la d&#233;sidentification. Une tension : le zombie est &#224; la fois ce que notre science fiction nous sert comme figure &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt;la fin-du-monde-&#224;-venir (la catastrophe ou ce que tu nommes l'Apocalypse) et ce qui est &lt;i&gt;d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;, ici et maintenant, dans la d&#233;socialisation. La figure du zombie est int&#233;ressante pour une th&#233;orie antisociale parce qu'elle est une figure du pr&#233;sent qui nous tient &#224; une analyse de l'ici et maintenant, comme le pose la th&#233;orie antisociale. C'est une mani&#232;re de garder la distance antisociale vis-&#224;-vis de l'advenir queer et de conf&#233;rer au zombie comme figuration une t&#226;che qui est celle de d&#233;sactiver la fin du monde ou de la faire reculer &#8211; ce qui n'est pas la m&#234;me chose, j'en conviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette figuration participe aux nouvelles syntaxes du politique et en puisant dans l'ambigu&#239;t&#233; de figures &#224; la fois monstrueuses et porteuses d'espoir, r&#233;habilite par l&#224; une force de l'imagination politique. Mais l'&#233;laboration des figures doit se montrer tr&#232;s prudente pour deux raisons principales, il me semble. La premi&#232;re concernerait la tendance &#224;&lt;i&gt; aplatir&lt;/i&gt; les subjectivit&#233;s en jeu. Ce geste sp&#233;culatif de la figuration est susceptible de fongibilit&#233;, de c&#233;der un peu facilement &#224; une mise en &#233;quivalence si l'on va trop vite dans le processus d'&#233;laboration. Avec comme aboutissement un monnayage institutionnel des subjectivit&#233;s &#8211; les centres d'art raffolent de ces figures, ils multiplient les expositions autour d'elles et produisent une r&#233;currence de la figure qui ne participe plus &#224; une sortie de l'impuissance politique. La m&#233;fiance doit &#234;tre tourn&#233;e vers les proclamations joyeuses du type &#171; Nous sommes toustes des cyborg ! Nous sommes toustes des zombies ! &#187; car ces proclamations ont toujours le risque de dissimuler les logiques capitalistes et de racialisation en cours, et de s'enfermer dans du slogan &#8211; la &lt;i&gt;totebag-isation &lt;/i&gt;de nos discours &#224; laquelle n'&#233;chappe pas Bruce LaBruce dans son dernier film, &lt;i&gt;The Visitor&lt;/i&gt;, o&#249; s'encha&#238;nent &#224; l'&#233;cran des mots d'ordre r&#233;volutionnaires queer qui finissent en t-shirts et autres &lt;i&gt;merch &lt;/i&gt;(&#171; The revolution is my boyfriend &#187;, &#171; Join the new sexual order &#187;, &#171; Sexual anarchy &#187;, &#8230;). Ce faisant, les figurations peuvent encourir le risque de laisser vuln&#233;rables des modes de subjectivation (virtuels ou en cours) &#224; des op&#233;rations de capture institutionnelle et/ou capitalistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me r&#233;ticence &#224; l'encontre de la figuration concernerait l'&lt;i&gt;illisibilit&#233;&lt;/i&gt; des pratiques groupes sociaux. Je pense ici au travail anthropologique de Jean et John Comaroff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Comaroff et John Comaroff, &#171; Nation &#171; alien &#187; : Zombies, migrants et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'ouvre sur cette redondance de la figure du zombie dans les pays du Nord &#224; partir d'une certaine id&#233;e du travail ali&#233;nant et de leur analyse des travailleurs d&#233;socialis&#233;s en Afrique du Sud. Ce que je veux dire par l&#224;, en parlant de l'anthropologie de Comaroff, c'est que nos figurations ne sont pas innocentes et qu'elles &lt;i&gt;existent d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;. Si un queer antisocial se veut non-h&#233;ro&#239;que mais responsable dans ses productions &#8211; qui assume pleinement ses gestes et peut en rendre des comptes (&lt;i&gt;accoutanbility&lt;/i&gt;) &#8211; alors il ne doit pas s'enfermer dans une id&#233;e r&#233;duite de ce que serait l'ici et maintenant, c'est-&#224;-dire de ne le penser que dans le champ occidental et qu'&#224; partir de lui. On retrouve cette m&#233;fiance chez Achille Mbembe dans son livre&lt;i&gt; De la postcolonie&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; l'encontre des mani&#232;res occidentales de penser l'imagination africaine et les cons&#233;quences de le faire innocemment, notamment dans le cadre des &#233;conomies occultes des anthropologues Comaroff et de leurs analyses de l'Afrique du Sud par l'entremise de la figure du zombie : la dangerosit&#233; de la figuration du zombie s'inscrit pour autant dans un geste d'exclusion des Africains de nombreuses possibilit&#233;s d'action ou d'agentivit&#233; : les diff&#233;rentes luttes sociales et les pratiques de r&#233;sistance produites contre le capitalisme et la division internationale du travail, sont n&#233;glig&#233;es dans leur rationalit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elles deviennent illisibles de par la figure &lt;i&gt;exceptionnelle&lt;/i&gt; du zombie et d'une &#171; &#233;conomie occulte &#187; o&#249; elle s'exercerait. Dans ce cas, l'espace m&#233;taphorique que la figure ouvre r&#233;duit l'autonomie des groupes sociaux, leur cr&#233;ativit&#233; et toute une &#233;nergie vitale impliqu&#233;e dans les pratiques de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait un petit pas de c&#244;t&#233; par rapport &#224; la proposition exp&#233;rimentale que nous mentionnons : comment &#233;viter qu'une catastrophe soit trop f&#233;tichis&#233;e au point de n&#233;gliger les luttes vivantes et concr&#232;tes ? C'est aussi la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre qu'il s'agit l&#224; d'une &#233;laboration complexe parce que cette figuration draine avec elle une certaine id&#233;e de &lt;i&gt;monstruosit&#233; sociale &lt;/i&gt;qui a des effets d&#233;sastreux dans la n&#233;gation de l'agentivit&#233; de l'exp&#233;rience politique des pays du Sud global. C'est pourquoi je prendrais ici beaucoup de prudence : comment cette figure du zombie pourrait bien &#224; la fois tenir lieu d'une menace contre le champ civilisationnel et en m&#234;me temps donner &#224; sentir la menace de zombification du champ social et d&#233;sirant et une certaine forme de d&#233;socialisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le zombie pourrait-il &#234;tre &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; moment conceptuel de cette rencontre entre th&#233;orie queer antisociale et th&#233;orie d&#233;coloniale ? Je dis bien&lt;i&gt; un&lt;/i&gt; et non &lt;i&gt;le&lt;/i&gt;, pour ne pas r&#233;p&#233;ter ce geste de chercher dans les figures le&lt;i&gt; nec plus ultra&lt;/i&gt; de r&#233;demption de nos ratages th&#233;oriques et d'un eurocentrisme pesant. Le zombie, figure d'une meute, permet de se d&#233;centrer d'une certaine individualit&#233; qu'incarnerait le tra&#238;tre ou le voyou de l'antisocial, ouvrant l&#224; peut-&#234;tre &#224; une reprise du &lt;i&gt;groupe anulaire&lt;/i&gt; de Hocquenghem qui proclame la finitude de la civilisation. Il agit comme une mani&#232;re de tenir l'antisocialit&#233; et les effets de d&#233;socialisation produits par le capitalisme. Reste &#224; voir comment cette figure peut &#234;tre une nouvelle strat&#233;gie subjective qui d&#233;ploie des prises sur le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;Je ne sais pas s'il existe quelque chose comme &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &#171; pens&#233;e antisociale &#187;, ou plut&#244;t, pour &#234;tre plus pr&#233;cis : pour moi, il n'existe rien de tel qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &#171; pens&#233;e antisociale &#187;. &#171; Antisocial &#187; est une &#233;tiquette qui a &#233;t&#233; accol&#233;e &#224; la th&#233;orisation d'Edelman sur la pulsion sexuelle comme pulsion de mort apr&#232;s la publication de No Future en 2004, ce qui m'a permis (ainsi qu'&#224; d'autres) de relire sous un jour diff&#233;rent toute une constellation d'auteurs, parmi lesquels Bersani et Hocquenghem, et ensuite de d&#233;velopper des r&#233;flexions ult&#233;rieures sur le caract&#232;re jamais r&#233;solu de la relation entre le sexe et la politique. Mais attribuer une unit&#233; &#224; cette constellation, faire de la pens&#233;e antisociale une th&#233;orie coh&#233;rente, voire une id&#233;ologie, serait &#224; mon avis une erreur. Ce que je peux faire, c'est r&#233;pondre sur l'usage que je fais du concept de pulsion sexuelle &#233;labor&#233; par Freud, retravaill&#233; par Laplanche et Lacan, puis encore par Bersani et Edelman &#8211; et je l'ai d&#233;j&#224; fait. J'en fais un usage critique, je l'emploie comme un antidote aux tendances &#224; la juridicisation et &#224; l'assimilation de certains mouvements LGBTQIA+, &#224; leur anxi&#233;t&#233; d'occuper la place centrale du social qui, &#224; mon avis, ne s'av&#232;re pas si confortable pour les sujets queer entendus comme sujets sexuels. Et j'en fais un usage descriptif et heuristique : il me permet de tenter d'expliquer pourquoi on nous hait tant, et pourquoi nous aussi nous ha&#239;ssons les autres quand nous projetons sur elles et eux ces aspects abjects et n&#233;gatifs du sexuel qu'il vaudrait mieux reconna&#238;tre en nous, en prenant du recul par rapport &#224; nos angoisses de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, tu interpr&#232;tes la th&#233;orie antisociale d'une mani&#232;re diff&#233;rente, mais &#224; un adolescent gay aux cheveux gras qui se fait harceler, qui peut-&#234;tre m&#234;me songe au suicide, je dirais : ne donne pas ce pouvoir aux brutes ; ne t'&#233;puise pas &#224; vouloir plaire &#224; tout le monde ; m&#234;me les personnes populaires, quand elles sont sous les projecteurs, doivent cacher une partie d'elles-m&#234;mes ; tu trouveras ta communaut&#233; d'affections, tu la construiras avec d'autres, tu ne dois pas co&#239;ncider avec la soci&#233;t&#233; enti&#232;re (ce qui n'existe pas), et ne t'illusionne pas, m&#234;me cette communaut&#233;, quand tu la trouveras, sera conflictuelle. &#199;a te d&#233;&#231;oit ? Et nous l'avons tou&#183;te&#183;s senti ! Je ne suis pas contre la civilit&#233;, ni contre les institutions : nous avons besoin les un&#183;e&#183;s et des autres. Nous avons besoin d'une culture du respect, d'une &#233;cole qui prot&#232;ge cet adolescent gay aux cheveux gras du harc&#232;lement. Nous en avons besoin en particulier aujourd'hui, en ces temps difficiles o&#249; la r&#233;action contre les droits si durement conquis ces derni&#232;res d&#233;cennies par les mouvements LGBTQIA+ est devenue l'un des ciments id&#233;ologiques d'un populisme antid&#233;mocratique et illib&#233;ral que, comme je l'explique dans Il sessuale politico et aussi dans Gender (qui sera prochainement traduit en fran&#231;ais par Eterotopia France), je d&#233;finis &#8211; avec Umberto Eco &#8211; n&#233;o-fasciste. Mais en m&#234;me temps, nous devons maintenir la conscience que m&#234;me la valeur de la civilit&#233;, si elle est absolutis&#233;e, peut devenir fasciste &#8211; et nous pouvons &#234;tre celleux que la civilit&#233; fasciste a besoin d'&#233;liminer pour s'&#233;difier, ou bien celleux dispos&#233;&#183;e&#183;s &#224; marchander un poste central dans la civilit&#233; fasciste et &#224; &#233;liminer d'autres personnes &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si j'utilise &#171; apocalypse &#187;, plus pr&#233;cis&#233;ment &#171; apocalypses &#187; au pluriel, plut&#244;t que &#171; catastrophe &#187;. La pulsion sexuelle &#224; chacune de ses apparitions est une apocalypse de la subjectivit&#233;, une &#233;clipse de la souverainet&#233; que le sujet s'illusionne de pouvoir exercer sur soi-m&#234;me, une r&#233;v&#233;lation (apocalypse veut dire &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;) du caract&#232;re inconsistant de l'individualit&#233; : nous ne sommes pas des individus ma&#238;tres de nous-m&#234;mes, mais des &#234;tres assujettis &#224; la compulsion de r&#233;p&#233;tition du sexuel, ce qui nous fait perdre le contr&#244;le et nous reconduit chaque fois &#224; une position masochiste, d'exposition &#224; l'autre, ce qui nous r&#233;v&#232;le chaque fois le trou de sens (le trou noir) sur lequel nous nous obstinons &#224; &#233;difier nos sens &#233;ph&#233;m&#232;res. Le sexe est une exp&#233;rience qui r&#233;v&#232;le notre impuissance, notre inconsistance, que nous avons aujourd'hui de plus en plus tendance &#224; refuser. Mais le sexe n'est pas la fin de tout, si la pulsion sexuelle conduit chaque fois &#224; la mort du moi civilis&#233;, ensuite ce moi du sexuel le plus souvent r&#233;&#233;merge &#8211; en tentant d'ordinaire de dissimuler sa mort dans la jouissance sexuelle, qui ne pourra pas tout civiliser. Voici, le zombie est au contraire une figure contradictoire qui r&#233;ussit &#224; tenir ensemble la vie et la mort, qui tra&#238;ne dans le monde des vivant&#183;e&#183;s sa propre n&#233;gativit&#233;, comme une menace (&#231;a, au moins, &#231;a va te plaire !), qui ne refuse pas sa propre inconsistance, qui accepte de mani&#232;re anti-h&#233;ro&#239;que, comme tu l'as dit, sa propre impuissance, sa propre inconsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela vaut en particulier pour les zombies gays de Bruce LaBruce, qui arrivent apr&#232;s une longue histoire de resignifications cin&#233;matographiques de la figure du zombie. Dans &lt;i&gt;Apocalissi queer&lt;/i&gt;, je reconstruis cette histoire, qui comme tu l'as bien rappel&#233; commence avec les mythes vaudous o&#249; le zombie est un &#171; &#224; peine mort &#187; dont un mage r&#233;ussit &#224; contr&#244;ler la volont&#233; &#8211; o&#249; le zombie est une m&#233;taphore de l'esclavage du peuple Noir. La figure du zombie contient donc en effet une critique radicale du capitalisme et du colonialisme, elle nous rappelle comment le capitalisme a &#233;t&#233; rendu possible par le colonialisme, et s'est &#233;difi&#233; non seulement &#224; travers l'exploitation du travail salari&#233;, mais aussi &#224; travers l'exploitation du travail gratuit des personnes r&#233;duites en esclavage dans les plantations (et des femmes dans les familles). &lt;i&gt;The Night of the Living Dead &lt;/i&gt; de Romero (1968) est entre autres le premier film dans lequel un acteur Noir, Duane Jones, est protagoniste, et n'interpr&#232;te pas un r&#244;le &#171; ethnique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le zombie a &#233;t&#233; resignifi&#233; dans de nombreuses directions diff&#233;rentes, devenant &#224; partir de &lt;i&gt;Dawn of the Dead&lt;/i&gt; (1978) du m&#234;me Romero une m&#233;taphore de la soci&#233;t&#233; de consommation de masse, et &#233;tant ensuite utilis&#233; comme symbole de nombreuses formes de panique sociale &#8211; parmi lesquelles la crise du sida. Les zombies de Bruce LaBruce arrivent apr&#232;s tout cela, et sont des m&#233;ta-zombies qui conservent une conscience d'eux-m&#234;mes, qui menacent certes la civilisation, mais ne renoncent pas &#224; la recherche de relations et de communaut&#233;s qui puissent les accueillir, au moins pour un temps. De la figure du zombie, j'appr&#233;cie beaucoup aussi l'ironie, qui &#8211; comme le th&#233;orise Paul de Man &#8211; est ce registre rh&#233;torique o&#249; la signification est perturb&#233;e, o&#249; la communication s'enraye, parce que sont v&#233;hicul&#233;s des contenus auto-contradictoires (dit-on s&#233;rieusement, ou plaisante-t-on ? Fait-on semblant de plaisanter, ou de dire s&#233;rieusement ? Et si l'on feignait de feindre ?). Le zombie nous rappelle alors notre ambivalence, notre besoin de communaut&#233; qui coexiste avec notre antisocialit&#233;, notre insociable sociabilit&#233;, dirait Kant &#8211; et le caract&#232;re tragique, insoluble de cette condition. Le zombie nous conduit &#224; une posture d&#233;pressive et &#224; une lecture r&#233;paratrice de nous-m&#234;mes, en montrant qu'on peut paradoxalement coexister avec la pulsion de mort qui nous consume, avec la n&#233;gativit&#233; qui nous perturbe, sans la projeter parano&#239;aquement sur l'autre, sur l'ennemi pour s'en d&#233;fendre &#8211; j'utilise ici Melanie Klein et Eve Kosofsky Sedgwick. Tu as raison, cependant : comme toute figure, le zombie risque d'&#234;tre &lt;i&gt;fashionis&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;investi par la production capitaliste de valeur. Ou mieux, ce n'est pas un risque, mais une r&#233;alit&#233;. Et en effet, des films de s&#233;rie B et &#224; petit budget de Romero, le zombie est depuis devenu aussi protagoniste de films du grand cin&#233;ma, financ&#233;s par les g&#233;ants de la production. Le capitalisme exploite tout, c'est sa nature. Depuis un certain temps d&#233;j&#224;, il r&#233;ussit &#224; faire du profit m&#234;me sur sa propre crise, m&#234;me sur sa propre critique, outre sur la transgression sexuelle. Mais cela ne peut pas nous emp&#234;cher d'exercer &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; critique, non pas d'un dehors du capitalisme qui aujourd'hui n'existe pas, mais de l'int&#233;rieur. En ce sens, Il me semble int&#233;ressant que celui qui interpr&#232;te&lt;i&gt; L.A. Zombie&lt;/i&gt; soit une star du porno comme Fran&#231;ois Sagat, avec sa beaut&#233; st&#233;r&#233;otyp&#233;e de l'imaginaire mainstream, avec ses muscles hypertrophi&#233;s model&#233;s par la salle de sport et aussi par d'autre choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Dubois&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Dans &#171; &lt;a href=&#034;https://read.dukeupress.edu/critical-times/article/3/3/358/170823/Merde-Alors-A-Neo-Fascist-Daddy-Is-Marching-on&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; &lt;i&gt;Merde alors ! &lt;/i&gt;A Neo-Fascist Daddy Is Marching On Brussels &#187;&lt;/a&gt; (2020), tu pars de l'Italie comme d'un &#171; &lt;i&gt;laboratoire r&#233;ussi &lt;/i&gt;pour les exp&#233;rimentations politiques &#187; [as a successful laboratory for political experiments] et tu parcours la g&#233;n&#233;alogie du fascisme, de Mussolini &#224; Berlusconi, pour saisir dans le pr&#233;sent les m&#233;tamorphoses affectives et symboliques de la domination, et en particulier la reconfiguration de la masculinit&#233; paternelle comme r&#233;gime de pouvoir. Et tu l'analyses en produisant une figure, celle du &lt;i&gt;daddy n&#233;ofasciste, &lt;/i&gt;que vient incarner Matteo Salvini. Cette figure prolonge ton travail sur le zombie : un paternalisme spectral et ambigu, o&#249; l'ordre et la s&#233;curit&#233; s'insinuent dans les langages du&lt;i&gt; good dad&lt;/i&gt;, &#224; la diff&#233;rence de ce que tu nommes la &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;masculinit&#233; psychotique frontale&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;in-your-face psychotic masculinity&lt;/i&gt;] de Mussolini. Tu analyses donc comment s'&#233;rotise tout un paternalisme dans les logiques n&#233;olib&#233;rales. Pour cela, les cat&#233;gories de l'&#233;conomie libidinale &#8211; que tu prends par la psychanalyse &#8211; sont pr&#233;cieuses. C'est dans cet entrelacs que tu fais dialoguer la politique de l'abjection (Butler) avec les traits structurants du fascisme, pour penser comment l'identit&#233; nationale s'intensifie pr&#233;cis&#233;ment par la d&#233;signation d'un reste : les personnes non-h&#233;t&#233;rosexuelles, non-blanches, non-nationales. Tu repars du texte fameux d'Umberto Eco, &lt;i&gt;Reconna&#238;tre le fascisme &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;Il fascismo eterno&lt;/i&gt;]&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(1995), dans lequel Eco &#224; partir de son exp&#233;rience personnelle du fascisme italien, &#233;tablit un &lt;i&gt;fascisme &#233;ternel&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Ur-Fascism&lt;/i&gt;) et diff&#233;rents &#171; crit&#232;res &#187; (ou des&lt;i&gt; arch&#233;types&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;pour reconna&#238;tre quelque chose comme un &lt;i&gt;basculement. &lt;/i&gt;Tu reprends certains de ces crit&#232;res, les plus manifestes, mais ce qui t'int&#233;resse c'est ce qu'il y a &lt;i&gt;de plus&lt;/i&gt; dans la situation actuelle : ce sont les mutations pr&#233;sentes, la capacit&#233; du fascisme &#224; se recomposer. Cela vient d&#233;sactiver une certaine mani&#232;re de coller le discours sur le fascisme &#224; une forme &#233;ternelle, comme celle d'Eco, mais aussi de ne pas tomber dans ce qu'Alberto Toscano a nomm&#233; le &#171; spectre de l'analogie &#187; dans son &lt;i&gt;Fascisme tardif&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Toscano, Fascisme tardif. G&#233;n&#233;alogie des extr&#234;mes droites contemporaines, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, qui consiste &#224; recourir &#224; l'analogie pour penser le fascisme &#8211; o&#249; l'analogie devient grille de lecture universelle au lieu d'&#234;tre instrument critique situ&#233;. Ce fascisme, tu soulignes comment il est le lieu de reconfiguration et de recomposition : par la rencontre du n&#233;o-management et de l'entreprise &#8211; le &lt;i&gt;populisme entrepreneurial &lt;/i&gt;de Berlusconi qui va anticiper celui de Trump et ouvrir la voie &#224; Salvini&lt;i&gt;&#8211;&lt;/i&gt; et la recomposition du familialisme. En gros : comment le paternalisme agonisant vient reprendre une certaine vitalit&#233; (mais une demi-vie !) avec le n&#233;olib&#233;ralisme. C'est ce que tu nommes le &lt;i&gt;neo-fascist daddy &lt;/i&gt;de Salvini&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Un paternalisme doux et protecteur, qui n'est pas rep&#233;rable dans le &lt;i&gt;duce &lt;/i&gt;mais qui en &lt;i&gt;r&#233;active &lt;/i&gt;des arch&#233;types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tu t'attaches surtout &#224; souligner, par l'&lt;i&gt;abjection&lt;/i&gt; sur un certain &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;, un inassimilable par le champ civilisationnel : les populations non blanches, subalternes et/ou queer. Et voil&#224; que nous retombons sur la discussion de la menace comme un point d'intensification politique ! Penser ensemble le n&#233;olib&#233;ralisme et le fascisme, dans le cadre d'une &#233;conomie libidinale, a plusieurs effets analytiques : d'une part mettre en avant la figure motrice qu'est l'entrepreneur capitaliste et la n&#233;cessit&#233; pour lui d'&#233;tendre les pouvoirs r&#233;pressifs et des g&#233;n&#233;rer des m&#233;thodes coercitives qui d&#233;t&#233;riorent le champ social et ses m&#233;diations (syndicats, organisations, etc) et r&#233;organisent les investissements libidinaux ; d'autre part cela nous r&#233;v&#232;le que le n&#233;olib&#233;ralisme est d&#233;pendant&lt;i&gt; &lt;/i&gt;des r&#233;cits civilisationnels de la sup&#233;riorit&#233; raciale &#8211; l'Am&#233;rique trumpienne para&#238;t &#233;vidente dans cette rencontre entre l'entrepreneur &lt;i&gt;successful&lt;/i&gt;, la crypto et l'&#201;tat racial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as parl&#233; plus t&#244;t de l'antisocial et de son usage de l'antisocial comme d'un &lt;i&gt;antidote&lt;/i&gt; &#224; la normalisation, pens&#233;e comme assimilation et juridicisation. L'assimilation a aussi un autre versant, c'est l'insistance du geste de simplification du progr&#232;s : de l'exp&#233;rience, des modes de subjectivation, des mani&#232;res de d&#233;sirer, bref de tout un tas de perspectives. Elle implique une unification des perspectives et de se brancher sur un monorythme &#8211; une histoire lin&#233;aire du progr&#232;s. Mais comment pourrons-nous reprendre une lutte antifasciste si nous le faisons au nom du progr&#232;s qui a &lt;i&gt;empoisonn&#233; &lt;/i&gt;nos discours ? Alors m&#234;me que ces &#171; nouveaux &#187; fascismes se r&#233;pandent maintenant au nom d'un progr&#232;s civilisationnel &#8211; face &#224; une barbarie qui sera dite islamique. Et c'est ici que je voudrais reprendre ta proposition pharmacologique &#8211; l'antisocial comme antidote &#8211; mais, si tu me le permets, la tordre un petit peu par l'entremise d'un concept que tu ne mobilises peu ou pas de mani&#232;re centrale dans ton travail et qui est celui de &lt;i&gt;d&#233;sidentification&lt;/i&gt;. Dire : nous devons nous d&#233;sidentifier de cette mani&#232;re de s'&#233;noncer dans le progressisme &#8211; ce n&#339;ud identificatoire entre civilisation et progr&#232;s. Houria Bouteldja souligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'une certaine mani&#232;re, je constate que le &#171; camp du progr&#232;s &#187; est souvent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le processus d'&lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt; des &#171; minorit&#233;s &#187; dans ce qu'elle nomme le pacte racial et imp&#233;rialiste : comment des luttes (f&#233;ministes, LGBT blanches) sont captur&#233;es dans l'argumentation du progressisme occidental. Et ici il nous faudrait embrasser une certaine honn&#234;tet&#233; analytique : l'islamophobie actuelle, son extension quasi int&#233;grale &#224; toutes les sph&#232;res de la vie quotidienne et institutionnelle, a &#233;t&#233; rendue possible par la gauche progressiste. Si le discours islamophobe &#233;tait rest&#233; une obsession des cercles de l'extr&#234;me droite, il n'aurait pas trouv&#233; son expression politique et l&#233;gislative actuelle : il lui a fallu les atours de l'ang&#233;lisme de la gauche. Sans cela, sans cette innocence de la gauche socialiste, la partition aurait &#233;t&#233; tout autre &#8211; la composition f&#233;mo/homonationaliste ne se serait pas faite &#224; partir du progressisme &#171; de gauche &#187; ni des valeurs de l'universalisme r&#233;publicain. Cette gauche morale qui a oppos&#233; assez rapidement un nous occidental ang&#233;lique &#224; une barbarie mena&#231;ante, le formulant avec une vulgarit&#233; dont nous ne sommes pas revenu.es : la minijupe &lt;i&gt;ou &lt;/i&gt;le hijab, la libert&#233; sexuelle &lt;i&gt;ou &lt;/i&gt;le harc&#232;lement de rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense ici aux nombreuses campagnes d'associations f&#233;ministes contre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que l'extr&#234;me droite a pu maintenant r&#233;investir ais&#233;ment en un &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt;le hijab, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; la pr&#233;sence de jeunes filles voil&#233;es &#224; l'&#233;cole, dans les institutions,&lt;i&gt; contre &lt;/i&gt;la pr&#233;sence des hommes non blancs dans la rue, sur les places publiques, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; les discours antiracistes dans les &#233;coles, les universit&#233;s, les syndicats. Ce sont d&#233;sormais les coordonn&#233;es dans lesquelles la question du progressisme s'&#233;nonce &#8211; c'est-&#224;-dire dans un racisme acquis, l'&#233;vidence d'une menace barbare, un espace public &#224; d&#233;fendre par tous les moyens r&#233;pressifs et s&#233;curitaires possibles, etc.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Les r&#233;centes pol&#233;miques en France autour de l'affiche de la Pride 2025 par l'inter-LGBT &#8211; qui n'est pas vraiment connue pour sa radicalit&#233; politique &#8211; t&#233;moignent de ces investissements fascistes et de toute une narration civilisationnelle par l'entremise des sexualit&#233;s LGBT &#8211; &#224; condition que ces derni&#232;res soient blanches et assimilables : le scandale tient de la pr&#233;sence d'une femme voil&#233;e sur l'affiche, d'un totebag&lt;i&gt; rappelant&lt;/i&gt; le drapeau palestinien et d'un fasciste &#233;trangl&#233;. Le script r&#233;actionnaire est pitoyable : les queer, tomb&#233;.es dans les griffes de la barbarie, &#233;tranglent un homme blanc h&#233;t&#233;rosexuel &#8211; et qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me un p&#232;re de famille ! Il n'en fallait pas moins pour que les anciennes antennes LGB(T) de la gauche issue de ce socialisme (la bande &#224; Caroline Fourest) s'en emparent et jouent la partition de l'islamo-gauchisme et de la menace de la barbarie musulmane, qui op&#233;rerait cette fois-ci &lt;i&gt;au sein de &#171; nos &#187; luttes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment dans lequel nous sommes nous oblige &#224; reconfigurer nos alliances. Non seulement sur le plan des coalitions explicites (&lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;soutenons&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;soutient&lt;/i&gt; dans l'espace parlementaire), mais aussi sur le plan des mots d'ordre &#8211; ces op&#233;rateurs collectifs d'&#233;nonciation qui branchent une lutte &#224; d'autres luttes, cette transversalit&#233; que cherchait Hocquenghem dans le &lt;i&gt;D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; mais aussi la mani&#232;re de faire tenir un mot d'ordre radical (l'abolition de la famille, la destruction des moi civilis&#233;s,&#8230;) de mani&#232;re coh&#233;rente avec une situation, c'est-&#224;-dire de lui donner une consistance strat&#233;gique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille en est l'exemple d'&#233;lection puisqu'elle constitue aussi un lieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exemple du mariage homosexuel en France me para&#238;t assez &#233;loquent d'un moment o&#249; nous avons fait montre d'une clairvoyance politique : la part du mouvement queer qui s'y opposait par refus de la normalisation, s'est &lt;i&gt;imm&#233;diatement &lt;/i&gt;mobilis&#233;e dans la rue contre les attaques des forces fascistes. Elle a alors pris part aux manifestations&lt;i&gt; pour&lt;/i&gt; le mariage au nom d'un front commun tactique &#8211; et en le faisant, a &lt;i&gt;d&#233;figur&#233;&lt;/i&gt; le mot d'ordre des manifestations : non plus &#171; pour &#187; le mariage mais contre l'offensive r&#233;actionnaire. Ceux qui ne soutenaient pas le mariage homosexuel par anti-assimilationnisme l'ont soutenu &lt;i&gt;dans la rue &lt;/i&gt;parce que les forces fascistes se mobilisaient contre ce mariage. C'&#233;tait l&#224; une mani&#232;re de rejouer quelque chose comme une strat&#233;gie du refus dans la situation concr&#232;te et d'op&#233;rer une mutation du mot d'ordre commun que m&#234;me les m&#233;dias mainstream ont per&#231;ue &#8211; les reportages t&#233;l&#233;s devenaient des micros-trottoirs qui donnaient la parole aux anti-mariage que pour qu'ils expriment leurs peurs civilisationnelles (la &#171; d&#233;cadence &#187;), les tournaient m&#234;me en d&#233;rision, pendant qu'en face les discours LGBT niais et nagu&#232;re omnipr&#233;sents sur la beaut&#233; de l'amour entre deux hommes ou deux femmes se trouvaient contrebalanc&#233;s par la d&#233;signation d'un ennemi commun qui &#233;tait cette frange catholique r&#233;actionnaire fran&#231;aise et son influence dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocquenghem et Wittig ont tous deux pens&#233; une &lt;i&gt;strat&#233;gie de la d&#233;sidentification &lt;/i&gt; : l'un avec l'homosexualit&#233;, l'autre avec la Femme. Mais la particularit&#233; de leur geste, c'est de le faire en revendiquant l'&lt;i&gt;ind&#233;termination &lt;/i&gt; : ainsi le sujet lesbien, on serait bien en peine de le d&#233;terminer clairement et avec l'assurance des f&#233;ministes essentialistes de l'&#233;poque &#224; l'encontre du &#171; f&#233;minin &#187; (&#224; partir de la maternit&#233;, de la grossesse, etc.). Pour Hocquenghem, on est dans ces branchements fous et al&#233;atoires &#8211; mais aussi plus solitaires que l'Amazonat. Cela a produit deux attitudes : une attitude contractualiste dont va h&#233;riter tout le queer lesbien, et une attitude dite antisociale (va pour le mot d'antih&#233;ro&#239;que !) de Hocquenghem qui se fixe non pas dans l'&#233;laboration collective mais dans la d&#233;sidentification au champ civilisationnel. Et pr&#233;cisons que ce qui est int&#233;ressant dans une telle strat&#233;gie de la d&#233;sidentification &#8211; comme un &lt;i&gt;refus&lt;/i&gt; &#8211; c'est qu'elle implique une &lt;i&gt;resignification &#8211;&lt;/i&gt; comme une &lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt;. En disant tout cela, homonationalisme, politiques islamophobes, assimilation et vote &#224; droite, etc., nous touchons grosso modo &#224; la participation pleine et consciente aux r&#233;gimes destructifs de &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; imp&#233;rialisme. Ce dernier doit &#234;tre vis&#233; par l'antidote &#171; antisocial &#187;. Mais ce geste de finitude contre-civilisationnelle qui implique un processus de d&#233;sidentification des r&#233;gimes de la modernit&#233; progressiste &#8211; me rappelle le v&#339;u de Hocquenghem, celui de &lt;i&gt;se d&#233;faire de l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Un &#233;nonc&#233; qui me semble pouvoir &#234;tre relu (de mani&#232;re perverse) comme un d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire. Si on prend l'antisocial &#224; partir du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire et non comme un &#233;nonc&#233; d&#233;faitard : puisqu'il ne s'agit pas d'une fin en soi mais d'une transformation collective &#8211; une reconversion subjective de l'&#233;nergie collective comme le fut l'&#233;nonc&#233; l&#233;niniste qui permettrait d'&#233;chapper &#224; la solitude politique de l'homosexuel hocquenghemien. A condition d'entendre ce d&#233;faitisme comme un processus pratique de d&#233;sidentification de ce que le progressisme (le civilisationnel) a g&#233;n&#233;r&#233; en nous, a fait de nous : des civilis&#233;s. Alors r&#233;sonnent encore les mots d'Artaud dans son &lt;i&gt;Heliogabale&lt;/i&gt; : &#171; Celui-l&#224; est lui-m&#234;me un Barbare, c'est-&#224;-dire un Europ&#233;en &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Bernini : &lt;/strong&gt;En r&#233;alit&#233;, dans notre conversation, j'ai d&#233;j&#224; utilis&#233; &#224; plusieurs reprises le terme de &#171; d&#233;sidentification &#187;, qui pour moi est un aboutissement de l'ontologie foucaldienne de l'actualit&#233;, entendue comme une ontologie de nous-m&#234;mes. J'ai &#233;galement associ&#233; la figure du zombie &#224; un processus de d&#233;sidentification qui, partant de la reconnaissance de sa propre n&#233;gativit&#233;, de sa part abjecte, soustrait le sujet singulier &#224; toute identification collective. Il y a toujours quelque chose de nous qui &#233;chappe &#224; l'identification collective, &#224; la subsomption de notre singularit&#233; dans une communaut&#233;, et l'un des noms que nous pouvons donner &#224; ce quelque chose est &#171; sexuel &#187; : en promouvant la reconnaissance de ce sexuel qui perturbe nos identit&#233;s, les th&#233;ories antisociales constituent en ce sens un antidote face &#224; certaines inqui&#233;tantes tendances identitaires de la politique contemporaine. Se d&#233;sidentifier des appels &#224; l'unit&#233; nationale des droites, mais aussi des rh&#233;toriques qui voudraient faire des droits LGBTQIA+ le symbole de la sup&#233;riorit&#233; du progressisme lib&#233;ral occidental sur la religion islamique et sur le reste du monde, sont des pratiques n&#233;cessaires si nous voulons r&#233;sister aux pulsions fascistes du pr&#233;sent. Il est &#233;galement n&#233;cessaire de se d&#233;sidentifier des mod&#232;les normatifs de ce que signifie &#234;tre gay, lesbienne, trans ou non-binaire, ainsi que de l'appartenance &#224; un mouvement LGBTQIA+ qui exprime parfois des positions d'orthodoxie et de rigidit&#233;, issues d'une conception de ce m&#234;me mouvement comme somme d'identit&#233;s porteuses d'int&#233;r&#234;ts d&#233;j&#224; donn&#233;s, comme si ces int&#233;r&#234;ts &#233;taient inh&#233;rents &#224; ces identit&#233;s. Dans le moment n&#233;ofasciste de la politique mondiale, comme tu l'as rappel&#233;, nous avons besoin de construire des alliances : et construire des alliances est un processus difficile, qui exige de renoncer &#224; une part de soi pour rencontrer l'autre, et en m&#234;me temps de reconna&#238;tre ce qui, malgr&#233; les diff&#233;rences, nous relie &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/6850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/6850.jpg?1756457123' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les arch&#233;types fascistes identifi&#233;s par Umberto Eco dans sa c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence sur le fascisme &#233;ternel, prononc&#233;e en 1995, un an apr&#232;s la premi&#232;re &#233;lection de Berlusconi en Italie, l'appel &#224; l'unit&#233; monolithique d'un peuple qui se reconna&#238;t dans un chef se conjugue au culte de l'identit&#233; nationale, au rejet de la pens&#233;e critique qui menace cette unit&#233;, et &#224; l'expulsion de tout ce qui, par rapport &#224; cette identit&#233;, se pr&#233;sente comme alt&#233;rit&#233;. La construction de l'unit&#233; fasciste du peuple implique donc ce processus que Butler, reprenant Kristeva, appelle &lt;i&gt;abjection&#8239;&lt;/i&gt; : le processus par lequel les autres deviennent les repr&#233;sentant&#183;e&#183;s d'une pulsion anale inacceptable pour un corps social unifi&#233; qui veut se croire pur &#8211; en d'autres termes, le processus par lequel les autres deviennent de la merde &#224; expulser au nom de la puret&#233; du corps collectif, dans un processus psycho-politique qui produit un plaisir anal non reconnu comme tel. La puret&#233; du corps social se construit aujourd'hui aussi &#224; travers ce qu'Edelman appelle le &#171; fascism of the baby's face &#187;, mobilisant ainsi le f&#233;tiche d'un enfant (h&#233;t&#233;rocisgenre et blanc, enfant de la nation) &#224; d&#233;fendre contre les spectres du remplacement ethnique (l'invasion de migrant&#183;e&#183;s noir&#183;e&#183;s, arabes, musulman&#183;e&#183;s qui feraient des enfants que les Europ&#233;en&#183;ne&#183;s ou les Am&#233;ricain&#183;e&#183;s blanc&#183;he&#183;s chr&#233;tien&#183;ne&#183;s ne font plus), et contre les spectres du genre (la pr&#233;tendue id&#233;ologie qui pervertirait la saine h&#233;t&#233;rosexualit&#233; des enfants et des adolescent&#183;e&#183;s). Quand j'ai &#233;crit &#171; Merde alors ! A Neo-Fascist Daddy Is Marching On Brussels &#187;, qui est ensuite devenu le prologue de &lt;i&gt;Il sessuale politico. Freud con Marx, Fanon, Foucault&lt;/i&gt; (2019, traduction anglaise &lt;i&gt;The Sexual/Political : Freud with Marx, Fanon, Foucault&lt;/i&gt;, 2023), les rh&#233;toriques de Salvini en Italie constituaient un excellent exemple pour comprendre l'actualisation de ces arch&#233;types n&#233;ofascistes dans le discours politique contemporain. Salvini parlait alors &#8211; et parle encore souvent &#8211; ainsi qu'il le dit lui-m&#234;me, &#171; en tant que papa &#187;, se posant comme repr&#233;sentant d'un peuple de parents de pure race italienne engag&#233;&#183;e&#183;s dans la d&#233;fense de leurs enfants blanc&#183;he&#183;s. Giorgia Meloni fait de m&#234;me lorsqu'elle revendique &#234;tre &#171; femme, m&#232;re, chr&#233;tienne et italienne &#187;. Donald Trump agit aussi dans ce sens : son d&#233;cret ex&#233;cutif imposant l&#233;galement l'existence de seulement deux sexes et abolissant la notion de genre &#8211; autrement dit, l'effacement des personnes intersexes, trans et non-binaires de la nation am&#233;ricaine &#8211; se pr&#233;sente comme une d&#233;fense des femmes et des enfants contre l'id&#233;ologie du genre. De m&#234;me, de nouveaux&#183;elles chef&#183;fe&#183;s d'extr&#234;me droite &#224; travers le monde, y compris Alice Weidel, pr&#233;sidente d'Alternative f&#252;r Deutschland en Allemagne, adoptent cette posture. En 2017, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; out&#233;e, elle a r&#233;agi en affirmant qu'il n'y avait aucune contradiction entre son homosexualit&#233; et son r&#244;le de dirigeante d'un parti d'extr&#234;me droite, parce qu'en tant que lesbienne et m&#232;re, elle r&#233;clame un &#201;tat allemand fort pour la d&#233;fendre, elle, sa femme et leurs enfants contre l'homophobie et le sexisme des migrant&#183;e&#183;s musulman&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affiche de la Marche des Fiert&#233;s 2025 de l'inter-LGBT voulait certainement &#234;tre une r&#233;ponse &#224; tout cela, en appelant &#224; cette alliance entre sujets minoris&#233;&#183;e&#183;s que toi et moi appelons de nos v&#339;ux. Les pol&#233;miques qui ont suivi sont assur&#233;ment une &#233;ni&#232;me d&#233;monstration du climat droitier actuel. J'esp&#232;re ne pas &#234;tre mal compris si je dis que, moi aussi, j'ai &#233;t&#233; quelque peu perplexe face &#224; cette image qui assemble des figures charg&#233;es de fortes connotations identitaires (la femme &#226;g&#233;e, la femme musulmane voil&#233;e, l'hijra indienne arborant une cocarde trans, peut-&#234;tre un&#183;e &#233;cologiste v&#233;gane, un homosexuel s&#233;ropositif...) et des symboles de toute nature (des drapeaux palestiniens, hongrois, bulgares, &#224; la langue des signes, en passant par des embl&#232;mes &#233;cologistes, etc.), en excluant forc&#233;ment certain&#183;e&#183;s, et en unissant toutes ces identit&#233;s et symboles uniquement &#224; travers le geste d'&#233;trangler un f&#233;tiche du n&#233;ofascisme, qui est un homme blanc. &#192; c&#244;t&#233; de cela, ton &#233;vocation du l&#233;ninisme &#8211; et donc du marxisme &#8211; associ&#233;e, de mani&#232;re contradictoire, au d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire d'Hocquenghem, me semble bien plus prometteuse : l'id&#233;e d'un projet politique commun qui ne soit pas la somme de particularit&#233;s identitaires, et en m&#234;me temps, la reconnaissance de l'&#233;chec d'un tel projet. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, dans &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Jacques Derrida d&#233;non&#231;ait le fait que la chute du mur de Berlin, le d&#233;mant&#232;lement de l'URSS, la fin de la guerre froide et le d&#233;clin du socialisme avaient &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;s par l'Occident de fa&#231;on euphorique, maniaque, comme le triomphe du capitalisme sur le communisme &#8211; sans jamais faire le deuil de la perte de cet horizon de valeurs fond&#233; sur la solidarit&#233; et l'&#233;galit&#233;, qui, en Russie, avait certes pris la forme d'un r&#233;gime totalitaire ; sans comprendre que cette perte impliquait un risque r&#233;el de crise de la d&#233;mocratie en Occident. Trente-cinq ans plus tard, nous en prenons pleinement conscience &#8211; et l'Italie est un observatoire privil&#233;gi&#233; pour cela : l'&#233;lection du tycoon Trump &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis en 2017, puis &#224; nouveau en 2025, a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par l'&#233;lection de Berlusconi &#224; la t&#234;te du gouvernement italien en 1994, puis en 2001 et en 2008. Cette &#233;lection a imm&#233;diatement entra&#238;n&#233; la normalisation du fascisme (Berlusconi l'appelait ainsi lui-m&#234;me, faisant r&#233;f&#233;rence au fait qu'il &#233;tait soutenu par l'extr&#234;me droite, pour la premi&#232;re fois au gouvernement dans l'histoire de l'Italie r&#233;publicaine), menant aujourd'hui &#224; un gouvernement dont le premier parti est l'h&#233;ritier de cette extr&#234;me droite qui avait soutenu Berlusconi. Le processus historique d'&#233;rosion de la d&#233;mocratie en Occident a en r&#233;alit&#233; commenc&#233; juste apr&#232;s la victoire de la d&#233;mocratie sur le fascisme, &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale : mais jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, il a &#233;t&#233; frein&#233; par la force que l'existence de l'URSS conf&#233;rait &#224; la gauche dans le monde entier. Ce processus historique &#8211; comme tu l'as d&#233;j&#224; mis en &#233;vidence &#8211; consiste en la subordination progressive et totale de la politique aux logiques concurrentielles de l'&#233;conomie d'entreprise, qui porte le nom de &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. L'&#233;rosion de la d&#233;mocratie constitutionnelle, institu&#233;e apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale comme compromis entre d&#233;mocratie, lib&#233;ralisme classique et socialisme, d&#233;rive donc du n&#233;olib&#233;ralisme. Et c'est de ce n&#233;olib&#233;ralisme que d&#233;coule aussi le remplacement, en politique comme dans la soci&#233;t&#233;, de la conception constitutionnelle de la libert&#233; &#8211; entendue comme composition de droits humains, civils, politiques et sociaux &#8211; par une conception simpliste de la libert&#233; comme facult&#233; de faire tout ce que l'on veut, de n&#233;gocier tout ce que l'on veut, d'acheter tout ce que l'on veut, &#224; condition d'en avoir le fric pour le faire : sans &#233;quilibre, sans r&#232;gles, sans limites &#8211; une conception dont Trump et Musk sont aujourd'hui, aux &#201;tats-Unis, les porte-parole incontestables, tout comme Berlusconi l'a &#233;t&#233; en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Freud, le travail du deuil est ce travail psychique qui nous permet de survivre &#224; la douleur de la perte, en laissant aller ce qui a &#233;t&#233; perdu et en reconstruisant une nouvelle identit&#233; de nous-m&#234;mes, sans cet objet (un travail de d&#233;sidentification, en somme, qui est suivi d'une r&#233;identification n&#233;cessaire &#224; la survie psychique). Si ce travail n'est pas accompli, il est impossible d'avancer : on reste fig&#233;&#183;e dans la m&#233;lancolie &#8212; ce sentiment qui, comme le soutient Mark Fisher, est la marque du temps n&#233;olib&#233;ral. Un temps inerte, sans avenir, dans lequel on est pi&#233;g&#233;&#183;e dans un pr&#233;sent insupportable, sans alternative. Derrida, reprenant Freud, affirme &#233;galement que les objets perdus, si le deuil n'est pas accompli, reviennent sous forme spectrale. Or, comme le constatait Lacan d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, les soci&#233;t&#233;s n&#233;olib&#233;rales ne sont plus des soci&#233;t&#233;s r&#233;pressives. Ce sont des soci&#233;t&#233;s o&#249; &#8212; sous l'effet combin&#233; de la r&#233;volution sexuelle et du march&#233; &#8212; l'imp&#233;ratif r&#233;pressif de la tradition s'est invers&#233; en un imp&#233;ratif de jouissance : Fais ce que tu veux ! D&#233;passe toutes les limites ! Transgresse toutes les r&#232;gles ! Jouis comme il te pla&#238;t ! Pourvu que tu aies le fric pour le faire&#8230; Mais m&#234;me cette inversion, de la r&#233;pression &#224; la jouissance, s'accompagne d'un deuil non &#233;labor&#233;. Le p&#232;re autoritaire des soci&#233;t&#233;s r&#233;pressives traditionnelles, le p&#232;re &#339;dipien du limite symbolique, de la castration, comme diraient Freud et Lacan, a laiss&#233; une place vide. Et alors, en l'absence d'un nouveau principe organisateur pour le remplacer, dans des moments de d&#233;sorientation et de crise comme celui que traversent les &#201;tats-Unis et l'Europe, ce p&#232;re patriarcal revient sous forme spectrale &#8212; et caricaturale. En Italie, cela s'est d&#233;j&#224; produit avec Berlusconi, je le r&#233;p&#232;te, que les jeunes femmes du bunga-bunga appelaient significativement &#171; papi &#187;. Cela se reproduit dans les discours &#171; de papa &#187; de Salvini. Et dans l'incarnation non pas de l'autorit&#233;, mais de l'autoritarisme, dans une femme, Giorgia Meloni, qui revendique d'&#234;tre m&#232;re et &#224; la fois se fait appeler &#171; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; pr&#233;sident &#187;, au masculin. Aux &#201;tats-Unis, cela s'est produit, et se produit encore, avec l'&#233;lection de Trump. Cette m&#233;lancolie pour la dictature patriarcale est nourrie par l'&#233;rosion des valeurs politiques op&#233;r&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme, par la r&#233;duction de la libert&#233; &#224; une capacit&#233; d'achat, par la rupture du lien social &#224; travers une jouissance mise &#224; profit qui efface tout sens moral. Elle conduit &#224; confier le pouvoir d'une superpuissance qui, jusqu'&#224; hier, se pr&#233;sentait comme bastion des valeurs de l'Occident, &#224; un p&#232;re obsc&#232;ne, autoritaire, cynique et narcissique, qui se croit au-dessus de tout en vertu de sa richesse, qui traite la sph&#232;re politique comme celle des affaires, qui d&#233;clare &#224; CNN qu'il n'est pas s&#251;r de devoir respecter la Constitution, qui se vantait autrefois d'&#171; attraper les femmes par la chatte &#187;, et qui aujourd'hui se vante que des dirigeant&#183;e&#183;s &#233;tranger&#183;&#232;re&#183;s et des magnat&#183;e&#183;s d'internet lui &#171; l&#232;chent le cul &#187;. L'Occident n'existe plus. Le n&#233;olib&#233;ralisme, lui, existe toujours, et, trente-cinq ans apr&#232;s la chute de l'URSS, il n'a plus besoin de la d&#233;mocratie telle que nous l'avons connue jusqu'ici. L'histoire, cependant, ne se r&#233;p&#232;te pas. Alberto Toscano a raison : la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale actuelle n'est pas la soci&#233;t&#233; disciplinaire du d&#233;but du XXe si&#232;cle, la soci&#233;t&#233; de la jouissance pr&#233;sente n'est pas la soci&#233;t&#233; r&#233;pressive de la tradition, et donc le n&#233;ofascisme technoploutocratique de Trump et de Musk n'est pas le fascisme historique de Mussolini et d'Hitler. C'est pourquoi, aujourd'hui, Musk peut soutenir sur X la campagne &#233;lectorale d'une cheffe nationaliste et n&#233;ofasciste ouvertement lesbienne comme Alice Weidel &#8212; dans un entrelacement identitaire qui aurait &#233;t&#233; impensable il y a ancore quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aussi, nous, penseur&#183;euses queer, nous, militant&#183;es queer, devons faire attention &#224; ne pas nous laisser hanter par les fant&#244;mes du pass&#233;. Et nous aussi, nous avons nos deuils &#224; faire &#8211; cinquante-six ans apr&#232;s la r&#233;volte de Stonewall. Moi, en tout cas, j'en ai un. La naissance des mouvements de lib&#233;ration LGBTQIA+ s'est produite dans l'effervescence politique de l'apr&#232;s-68, dont les pens&#233;es d'Hocquenghem et de Wittig sont elles aussi le fruit. Avec les mouvements des femmes, des personnes noires, des &#233;tudiant&#183;es antiautoritaires qui soutenaient la d&#233;colonisation et s'opposaient &#224; la guerre du Vietnam, nos mouvements ne r&#233;clamaient pas alors l'inclusion dans un monde injuste : ils voulaient la libert&#233; avec la justice et la paix, ils voulaient transformer ce monde, ils voulaient la r&#233;volution anticapitaliste autant que la r&#233;volution sexuelle. Puis la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme, dans sa phase lib&#233;rale, nous a aussi concern&#233;&#183;es. La r&#233;volution anticapitaliste a &#233;chou&#233;. Les grands partis communistes d'Occident sont pass&#233;s de forces antisyst&#232;me &#224; garants de l'ordre n&#233;olib&#233;ral : certes, ils ont soutenu certaines de nos revendications, mais ils ont aussi particip&#233; au d&#233;mant&#232;lement du droit du travail et de l'&#201;tat social. Ils ont ainsi ouvert un vide de repr&#233;sentation, partiellement combl&#233; par les populismes de droite. La r&#233;volution sexuelle, en revanche, a remport&#233; une victoire &#8211; mais elle a &#233;t&#233; mise &#224; profit dans l'industrie du plaisir consum&#233;riste. M&#234;me la conception de la libert&#233; dans nos communaut&#233;s s'est en grande partie transform&#233;e, pour &#234;tre red&#233;finie dans les termes exclusifs d'une libert&#233; individualiste : celle de faire carri&#232;re dans tous les m&#233;tiers, y compris dans l'arm&#233;e ; celle d'avoir des quotas dans les postes de pouvoir ; celle de pouvoir se marier et avoir des enfants ; celle de pouvoir s'autod&#233;terminer ; celle des droits civils, autrement dit des droits priv&#233;s, des droits identitaires, des droits atomis&#233;s &#8211; le droit de faire, nous aussi, tout ce que nous voulons sur le march&#233; libre, tant que nous avons le fric de le faire&#8230; On ne retournera pas en arri&#232;re. Le deuil des ann&#233;es 1970 doit &#234;tre fait : l'horizon r&#233;volutionnaire qui a servi de toile de fond &#224; Stonewall ne se rouvrira pas. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas possible d'en ouvrir d'autres. Une chose est s&#251;re : si nous voulons &#234;tre &#224; la hauteur des d&#233;fis du pr&#233;sent, l'identitarisme et l'individualisme qui nous ont permis de remporter des victoires aussi importantes que pr&#233;caires au cours des derni&#232;res d&#233;cennies ne nous suffisent plus. La d&#233;fense des seuls droits civils d&#233;j&#224; obtenus ne suffit plus non plus. &#192; l'&#232;re de l'intelligence artificielle, nous avons besoin d'intelligence politique &#8211; et l'intelligence politique exige autocritique et imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les th&#233;ories et les mouvements transf&#233;ministes et queer, la critique de la d&#233;rive n&#233;olib&#233;rale des mouvements LGBTQIA+ a commenc&#233; depuis longtemps : avec les concepts d'homonormativit&#233; et de pinkwashing, avec les concepts d'homonationalisme et de f&#233;monationalisme, avec le concept d'intersectionnalit&#233; (tous concepts bien pr&#233;sents dans tes paroles). Mais la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme illib&#233;ral, du n&#233;olib&#233;ralisme n&#233;ofasciste, rend urgente la n&#233;cessit&#233; d'aller au-del&#224; de la critique pour repenser nos agendas. Pas &#224; la baisse cependant, mais &#224; la hausse. Permets-moi, &#224; ce stade, d'abandonner le r&#244;le de philosophe critique, et de parler de mani&#232;re plus na&#239;ve, comme activiste. Si c'est le moment de recoudre les anciennes alliances qui se sont rompues, l&#224; o&#249; c'est encore possible, et d'en tisser de nouvelles, nous devons &#234;tre capables de le faire au nom des droits individuels, bien s&#251;r &#8212; ceux-ci ne sont pas &#224; jeter &#8212; mais aussi au nom de la solidarit&#233; sociale, du droit au travail et &#224; la sant&#233;, du droit &#224; la survie de la plan&#232;te. Et au nom non seulement du droit, mais aussi d'une &#233;thique renouvel&#233;e, qui n'exprime aucune nostalgie pour les principes ordonnateurs verticaux du pass&#233;, pour les p&#232;res phalliques et castrateurs &#224; la Lacan que le f&#233;minisme et les th&#233;ories queer ont largement d&#233;tr&#244;n&#233;s. Apr&#232;s la crise du SIDA et apr&#232;s le 11 septembre, Butler a fait de la vuln&#233;rabilit&#233; humaine commune une ressource pour fonder une nouvelle &#233;thique horizontale, anim&#233;e par l'interd&#233;pendance des sujets. Avant Butler, et parall&#232;lement &#224; Butler, une large r&#233;flexion f&#233;ministe s'est d&#233;velopp&#233;e autour du concept de care, qui est revenu au centre du d&#233;bat philosophique apr&#232;s le d&#233;clenchement de la pand&#233;mie de Covid. Aussi, la reconnaissance de la n&#233;gativit&#233; du sexuel qui nous rassemble, &#224; mon avis, peut &#234;tre une ressource &#233;thique paradoxale pour la construction d'alliances. Le sexe nous excite &#233;norm&#233;ment, mais il nous perturbe aussi, il nous d&#233;go&#251;te m&#234;me un peu. Mais il nous concerne toutes et tous (y compris les personnes asexuelles, qui se masturbent), et donc nous sommes tous un peu d&#233;go&#251;tants. Le point est que l'abjection pr&#233;sente en moi et en l'autre ne fait pas de moi, comme elle ne fait pas de l'autre, un &#234;tre abject. Cette conscience me semble un bon point de d&#233;part, sinon pour nous plaire et nous aimer, du moins pour nous supporter mutuellement m&#234;me quand nous ne nous appr&#233;cions pas, afin de construire un monde commun dont aucune&#183;aucun ne soit plus expuls&#233;&#183;e comme une d&#233;jection du corps politique : car la merde de ce corps politique, qui ne pourra jamais &#234;tre totalement accueillante pour toutes et tous, c'est exactement d&#233;j&#224; nous toutes et tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps tragiques, nous devons aussi &#234;tre capables de d&#233;fier la logique binaire ami/ennemi du r&#233;alisme politique, en imaginant un nouveau pacifisme internationaliste, sans nous laisser manipuler par des agendas de guerre &#233;tablis par les puissants du monde, par des logiques d'opposition que nous n'avons pas choisies, par des fronti&#232;res g&#233;ographiques et des identit&#233;s historico-culturelles qui nous s&#233;parent par pur hasard. Face au cynisme du n&#233;olib&#233;ralisme n&#233;ofasciste actuel, nous, personnes f&#233;ministes, transf&#233;ministes, personnes queer, mais pas seules, devons redevenir capables d'imaginer d'autres mondes, d'autres modes de vie, d'autres fa&#231;ons de faire famille et d'amiti&#233;, sans nous contenter de ce que nous avons su imaginer jusqu'ici. Nous devons participer &#224; la reconstruction d'une gauche globale d&#233;mocratique radicale, en somme, d'une gauche non seulement antiautoritaire, mais aussi antin&#233;olib&#233;rale. Si nous ne voulons pas &#234;tre effac&#233;&#183;es, ou si nous ne voulons pas, en alternative, nous r&#233;signer &#224; un destin homonationaliste de complicit&#233; avec les nouveaux fascismes, en ce sens, vraiment, nous n'avons pas d'alternative. Dans la dystopie du pr&#233;sent, l'utopie devient n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On la trouve dans sa le&#231;on du 5 janvier 1983 de son cours au Coll&#232;ge de France [&lt;i&gt;Le gouvernement de soi et des autres, &lt;/i&gt;t.1, Le&#231;on du 5 janvier 1983] publi&#233;e en partie dans le deuxi&#232;me volume des &lt;i&gt;Dits et &#201;crits, &lt;/i&gt;t.IV, 351, sous le titre fameux de &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Q. Dubois, &#171; Homosexualit&#233; et civilisation : perspectives vitalistes &#224; partir de l'anus &#187;, Trou Noir [En ligne] : &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Homosexualite-et-civilisation-perspectives-vitalistes-a-partir-de-l-anus&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://trounoir.org/?Homosexualite-et-civilisation-perspectives-vitalistes-a-partir-de-l-anus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Foucault, Histoire de la sexualit&#233;, t. 1 : La volont&#233; de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Comaroff et John Comaroff, &#171; Nation &#171; alien &#187; : Zombies, migrants et capitalisme mill&#233;naire &#187;, &lt;i&gt;Socio-anthropologie&lt;/i&gt;, 34, 2016, 133-155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Toscano, &lt;i&gt;Fascisme tardif. G&#233;n&#233;alogie des extr&#234;mes droites contemporaines&lt;/i&gt;, Bordeaux, La Temp&#234;te, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'une certaine mani&#232;re, je constate que le &#171; camp du progr&#232;s &#187; est souvent celui qui joue le jeu du pacte racial. Pour moi, le progressisme tel qu'il s'est r&#233;alis&#233; est plus le fruit d'une n&#233;gociation avec le pouvoir plut&#244;t qu'une rupture, et il est tout contenu dans le fameux compromis historique entre le capital et le travail, mais il se d&#233;cline aussi sous sa forme f&#233;ministe, LGBT. Pour le dire autrement, c'est la forme que prend l'int&#233;gration continue des Blancs minoritaires dans l'&#201;tat racial (les ouvriers, les femmes, les minorit&#233;s sexuelles). C'est le contrat tacite qui reconduit et prolonge la blanchit&#233;. Les luttes progressistes dont je ne nie pas la l&#233;gitimit&#233; se font (consciemment ou pas) dans le cadre du pacte racial/ imp&#233;rialiste, et lorsqu'elles obtiennent des victoires (ce qui est de plus en plus rare), la contrepartie, c'est la d&#233;fense du mod&#232;le civilisationnel blanc. Bref, chaque victoire du camp progressiste obtenue dans le cadre du compromis avec la bourgeoise est un pl&#233;biscite de la blanchit&#233;. C'est pourquoi les populations qui b&#233;n&#233;ficient des luttes progressistes se droitisent tendanciellement, que ce soit les ouvriers, les employ&#233;s, les femmes ou les homosexuels. Il ne faut pas y voir une contradiction, mais une pente naturelle, puisque tous ces avantages sont obtenus dans le cadre g&#233;n&#233;ral du syst&#232;me capitaliste et ont pour pendant l'europ&#233;isme et l'imp&#233;rialisme. Seuls ceux qui gardent un cap internationaliste ont des chances d'&#233;chapper &#224; la fatalit&#233; int&#233;grationniste du pacte racial consolid&#233; dans l'&#201;tat racial int&#233;gral. &#187; (H. Bouteldja, A. Brossat, &lt;i&gt;Clarifications&lt;/i&gt;, Bruxelles, M&#233;t&#233;ores, 2025, p. 108-109).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense ici aux nombreuses campagnes d'associations f&#233;ministes contre le harc&#232;lement de rue qui prenaient comme cadres les banlieues du 93 ou encore le reportage &#171; Femme de la rue &#187; de Sofie Peeters, r&#233;alis&#233; dans le quartier populaire Anneessens &#224; Bruxelles et largement diffus&#233;. Il avait conduit l'&#233;chevin Pierre Close (Parti Socialiste) &#224; annoncer une loi pr&#233;voyant d'une amende le &#171; harc&#232;lement de rue &#187;. La r&#233;alisatrice avait par ailleurs r&#233;pondu &#224; la cha&#238;ne flamande VRT que &#171; 9 fois sur 10, ces insultes sont prof&#233;r&#233;es par un allochtone &#187;. (D'ailleurs, que dire de ce dispositif de la &#171; cam&#233;ra cach&#233;e &#187; qui rajoute au d&#233;voilement d'une menace tapie au sein de notre civilisation ?)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La famille en est l'exemple d'&#233;lection puisqu'elle constitue aussi un lieu non seulement de repos et de repli face aux attaques racistes de l'&#201;tat, mais aussi elle est le point de d&#233;part de nombreux foyers de r&#233;sistance qui grossissent &#8211; le comit&#233; Adama, les enfants de Mantes-la-Jolie, Justice pour Nahel, Justice pour Sorour (Bruxelles), ce ne sont pas les partis ni les organisations traditionnelles qui ont port&#233; ces combats mais des familles. Ce que nous &#8211; le nous queer blanc &#8211; appelons &#171; abolition de la famille &#187; ne trouve aucune raison d'&#234;tre dans une grammaire politique tierce si elle se formule comme l'abolition de ce qui fait tenir principalement les luttes politiques non blanches.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pulsions fascistes &#8212; une introduction</title>
		<link>https://trounoir.org/Pulsions-fascistes-une-introduction</link>
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		<dc:date>2025-09-26T07:33:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>
		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Introduction au dossier &#034;Pulsions fascistes&#034; de Trou Noir #5.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2025-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2025&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-A-Propos-+" rel="tag"&gt;&#192; Propos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mickael-Tempete-+" rel="tag"&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-fascisme-+" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/tn5_couv1.jpg?1758528385' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;couvrez ici l'avant-propos et le sommaire du 5&#232;me num&#233;ro papier de Trou Noir dont le dossier est consacr&#233; aux pulsions fascistes. La sortie du num&#233;ro est pr&#233;vue le 3 octobre 2025 &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/evenements/#evenement-339&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(lancement le jour-m&#234;me aux Mots &#224; la bouche)&lt;/a&gt;, il sera &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782488041027-trou-noir-5-pulsions-fascistes-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible en librairie&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-5-pulsions-fascistes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la boutique en ligne de Trou Noir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme n'est pas que haine, destructivit&#233; et mort, il promet aussi de r&#233;pondre &#224; des attentes, des frustrations, des angoisses et des d&#233;sirs. Dans ce processus de r&#233;g&#233;n&#233;ration infinie de la race blanche, il capte des libidos, des corps et des affects. Si des milices fascistes partent &#224; la chasse aux Arabes, aux p&#233;d&#233;s, aux trans, aux gauchistes, c'est pour assouvir un ressentiment , et si des politiciens et des &#233;ditorialistes pr&#233;parent le terrain id&#233;ologique &#224; ces ratonnades c'est aussi pour y prendre du plaisir. Les textes rassembl&#233;s dans ce dossier explorent ces ambivalences que le fascisme entretient avec le d&#233;sir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dossier Pulsions fascistes coordonn&#233; et introduit par Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partie Varia coordonn&#233;e par Trou Noir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Graphisme de la couverture par les Ateliers Foco.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pulsions fascistes&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme est une ligne de fuite qui tourne imm&#233;diatement en ligne mortuaire. Mort des autres et mort de soi-m&#234;me. Le fascisme implique fondamentalement, contrairement au totalitarisme, l'id&#233;e d'un mouvement perp&#233;tuel sans objet ni but. (...) Il y a fascisme lorsque ce mouvement sans but et sans objet devient mouvement de la pure destructivit&#233;. &#201;tant entendu qu'on fera mourir les autres mais que sa propre mort couronnera celle des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Gilles Deleuze, &#171; Anti-&#338;dipe et autres r&#233;flexions &#187;. Cours du 27 mai 1980, en ligne.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Gaza. Station baln&#233;aire. Le fascisme nous envoie sa carte postale. Venant de sa part, nous la recevons avec plus ou moins d'&#233;tonnement. Un r&#234;ve imp&#233;rial s'offre &#224; nous quotidiennement. Les choses se d&#233;roulent comme attendu, une machine &#224; fantasmes bien huil&#233;e, le monde est fini mais la brutalit&#233; peut s'accro&#238;tre &#8212; les capitalistes ont trouv&#233; une nouvelle utopie pour se la couler douce. Le plan est parfait. La carte postale &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; avant qu'on arrive sur les lieux de vill&#233;giature, elle est d'abord mentale, comme une repr&#233;sentation psychique d'une excitation corporelle (pulsion), cette dr&#244;le de sensation quand on allonge notre serviette sur le sable chaud, &#224; proximit&#233; d'un &lt;i&gt;bloc&lt;/i&gt;&lt;i&gt;k&lt;/i&gt;&lt;i&gt;haus&lt;/i&gt; et du vendeur de beignets. &#199;a fait du bien de s'&#233;tendre au soleil, face &#224; la mer, badigeonn&#233;s de cr&#232;me anti-UV, &#233;tourdis par le bruit des vagues, des chamailleries des enfants et des avions publicitaires. Gaza-Riviera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; deux vid&#233;os g&#233;n&#233;r&#233;es par l'interm&#233;diaire d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est encore plus chic. D'abord un plan et une projection mentale &#233;labor&#233;s par l'intelligence artificielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais r&#233;f&#233;rence aux vid&#233;os de mod&#233;lisation de Gaza-Riviera, construites (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une propagande dealeuse de soulagement, apr&#232;s le g&#233;nocide le r&#233;confort. Une utopie, donc, au sens premier du terme : un id&#233;al de soci&#233;t&#233; future d&#233;barrass&#233;e des imperfections du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous Mussolini, le tourisme des stations baln&#233;aires a constitu&#233; un &#233;l&#233;ment important de la propagande du fascisme italien. Il fallait faire venir les touristes du monde entier et pour cela &lt;i&gt;concilier&lt;/i&gt; la rigidit&#233; du r&#233;gime avec un bien-&#234;tre universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Poupault, &#171; Concilier dictature totalitaire et tourisme. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a fallu d&#233;velopper et moderniser tout un ensemble architectural et de moyens de transport pour accueillir la possibilit&#233; d'une distraction touristique en p&#233;riode fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces utopies venues du pass&#233; s'actualisent en s'adaptant &#224; notre &#233;poque. En 2017 par exemple, une plage priv&#233;e situ&#233;e sur les bords de l'Adriatique en Italie, &#224; Chioggia, affichait par l'interm&#233;diaire de panneaux et de messages prononc&#233;s dans des haut-parleurs, sa nostalgie mussolinienne. En se rendant vers la mer, on pouvait lire sur un &#233;criteau : &#171; J'aime les gays, j'aime les lesbiennes, j'aime les gens qui se comportent correctement. &lt;i&gt;Ordre, propret&#233;, discipline&lt;/i&gt;. &#187; Cette phrase pourrait &#234;tre aujourd'hui affirm&#233;e par n'importe quel homophile d'&#201;tat qu'on ne l'assimilerait pas &#224; du fascisme. Et pourtant, ce qui est essentiel de relever ici c'est l'association entre la discipline autoritaire, le progressisme lib&#233;ral et la nostalgie du fascisme. Forc&#233; par la pr&#233;fecture de retirer ses panneaux repr&#233;sentant le Duce et un autre avec l'inscription &#171; chambre &#224; gaz &#187; appos&#233; sur l'entr&#233;e d'une douche, le directeur de cette plage priv&#233;e est devenu un symbole de la &#171; libert&#233; d'expression &#187; pour les fascistes du Mouvement 5 &#233;toiles et de la Ligue du Nord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Gautheret, &#171; Autour d'une &#8220;plage fasciste&#8221;, l'entente des populistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La raison pour laquelle je convoque l'univers de l'industrie touristique du littoral, c'est qu'il se pr&#233;sente comme un &#233;crin id&#233;al pour l'organisation de toutes nos pulsions dites normales ou quotidiennes. Quelque chose qui, &#233;videmment, n'est pas fasciste en soi, mais qui comporte des strates &#224; partir desquelles notre normalit&#233; devient une &lt;i&gt;attraction &lt;/i&gt;mortif&#232;re. Cette industrie des stations baln&#233;aires attire tout type de populations, qu'elles soient bourgeoises ou pauvres, elles leur propose un acc&#232;s direct &#224; la consommation et au pr&#233;lassement, mais aussi de faire l'exp&#233;rience de la fronti&#232;re ultime : la mer. On ne peut que faire demi-tour apr&#232;s avoir r&#234;v&#233; sur l'horizon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet horizon borne autant l'ordre psychique que notre connaissance du monde.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et aper&#231;u au loin des bateaux de la Marine nationale, et on se replie vers les restaurants, les glaciers, les bars, les magasins de v&#234;tements et de jeux de plage, les boutiques de souvenirs, les campings, l'h&#244;tel ou la r&#233;sidence en location, o&#249; les hi&#233;rarchies sociales se r&#233;tablissent imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vid&#233;os produites par I.A. de &#171; Gaza-Riviera &#187;, tout ce qui constitue notre normalit&#233; quotidienne, &#224; savoir prendre soin de soi, se divertir, se promener en couple, d&#238;ner entre amis, admirer un coucher de soleil ou regarder un feu d'artifice, prend une allure morbide. Gardons la chose suivante en t&#234;te car j'y reviendrai : il y a d'un c&#244;t&#233; une guerre en cours et de l'autre une vid&#233;o de propagande g&#233;n&#233;r&#233;e par I.A. qui &lt;i&gt;imagine&lt;/i&gt; l'apr&#232;s-Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant les pulsions fascistes par ce bout de la normalit&#233; occidentale, l'objectif de ce dossier sera de proposer des lectures &#224; m&#234;me de l'entendre. Il ne suffit pas seulement d'identifier des coupables parfaits (Trump, Milei, Poutine, Netanyahu, Le Pen, Macron, etc.) mais d'interroger la pulsionnalit&#233; &#224; l'&#339;uvre qui soutient les adh&#233;sions &#224; leurs politiques. Par pulsion, il y a ce que nous entendons dans le langage commun, soit le surgissement d'un d&#233;sir incontr&#244;l&#233; et incontr&#244;lable, vers un objet de d&#233;sir qui s'en trouve accabl&#233;. En psychanalyse, la pulsion (en allemand &lt;i&gt;Trieb&lt;/i&gt;) est un concept introduit par Freud pour d&#233;signer une force interne qui pousse l'individu &#224; agir en vue d'une satisfaction, situ&#233;e &#224; mi-chemin entre le biologique et le psychique. Elle trouve son origine dans le corps (un besoin physiologique, une excitation) et son but est la suppression d'une tension (la satisfaction). Cette satisfaction peut emprunter des chemins d&#233;tourn&#233;s et se lier &#224; des objets symboliques, culturels ou fantasmatiques. Si la pulsion est sans objet fixe, c'est parce que son &#233;nergie peut &#234;tre d&#233;tourn&#233;e &#224; d'autres fins : elle se d&#233;place, se transforme, se refoule ou se sublime.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L364xH364/saluto_romano_al_duce__riccione_1932-52fb6.jpg?1765743644' width='364' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;center&gt;Salut romain au Duce, Riccione, 1932.&lt;/center&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Puisque j'ai appliqu&#233; la notion de fascisme &#224; des dirigeants politiques contemporains, on pourrait l&#233;gitimement me reprocher de faire une comparaison anachronique et factuellement fausse. Apr&#232;s tout la guerre, l'autoritarisme, la politique s&#233;curitaire et les id&#233;ologies rigides et hi&#233;rarchiques ne suffisent pas &#224; d&#233;crire la sp&#233;cificit&#233; du fascisme. Il y a toujours un probl&#232;me de d&#233;finition quand, pris de stup&#233;faction, on s'empresse de d&#233;limiter les atrocit&#233;s actuelles par le qualificatif qui repr&#233;sente le mal absolu dans l'imaginaire courant : le fascisme. On le fait pour donner un nom &#224; cette menace et la mettre &#224; distance, cela a quelque chose de rassurant ; mais on le fait aussi parce qu'on reconna&#238;t intuitivement, et &#224; raison, une sorte de mouvement g&#233;n&#233;ral de destructivit&#233; qui s'en d&#233;gage, qui s'organise et qui gagne du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le verrez dans ce dossier, les pulsions fascistes seront appliqu&#233;es aussi bien &#224; Jordan Bardella, aux p&#233;r&#233;grinations de Mishima, &#224; la litt&#233;rature de Houellebecq, &#224; la gastronomie nationale, aux feux d'artifice, &#224; la nervosit&#233; des dirigeants politiques, aux cris guerriers, &#224; la consommation des marchandises, au d&#233;veloppement personnel, etc. Et pour que ce geste soit compris, il va falloir en passer par un accompagnement historique. Pour ce faire, je t&#226;cherai d'&#234;tre le plus synth&#233;tique possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'une part ce qu'on nomme le &lt;i&gt;fascisme historique&lt;/i&gt;, ce fascisme n&#233; en Europe dans les ann&#233;es 1920-1930 &#224; partir duquel sont &#233;labor&#233;s les crit&#232;res pour d&#233;finir ce que le fascisme serait vraiment. Le fascisme historique est selon l'historienne Marie-Anne Matard Bonnuci : &#171; Un mouvement ou un syst&#232;me politique ultranationaliste oppos&#233; &#224; la philosophie des Lumi&#232;res, au lib&#233;ralisme politique, au communisme. Mouvement-syst&#232;me qui vise &#224; transformer la soci&#233;t&#233; et l'individu sur la base d'une conception holistique (qui ne laisse rien de c&#244;t&#233;) de la soci&#233;t&#233;, au moyen soit de la dictature d'un parti unique, soit de l'&#201;tat et au moyen de la violence. &#187; C'est aussi un r&#233;gime fond&#233; sur le culte du chef, sur l'antiparlementarisme et sur le recours &#224; la brutalit&#233; afin de purger la Nation de ses &#233;l&#233;ments &#233;trangers. Il est aussi caract&#233;ris&#233; par l'application du corporatisme, c'est-&#224;-dire le remplacement de la lutte des classes (entre ouvriers et capitalistes) au profit de la coop&#233;ration des classes sociales dans un cadre hi&#233;rarchique et nationaliste (dirig&#233; par l'&#201;tat). &#201;mergent donc &#224; cette p&#233;riode, les fascismes italien (Mussolini, l'inventeur du fascisme), allemand (Hitler), portugais (Salazar) et espagnol (Franco)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cette d&#233;finition historique succincte du fascisme, je ne m'attarde pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de cette d&#233;finition g&#233;n&#233;rique du fascisme, il nous faudra bien admettre que les r&#233;gimes politiques actuels n'y correspondent pas. Mais faisant cela, nous resterions prisonniers du carcan acad&#233;mique des historiens et nous nous rendrions aveugles aux mutations du fascisme. Pour faire quelques pas dans la bonne direction, on pourrait admettre la chose suivante : il ne s'agit pas d'un &lt;i&gt;retour&lt;/i&gt; du fascisme ni d'une r&#233;p&#233;tition m&#233;canique de l'histoire, mais de l'apparition d'une forme politique nouvelle qui h&#233;rite de certains traits tout en s'adaptant aux contextes d&#233;mocratiques et n&#233;olib&#233;raux contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc d'autre part, ce qu'on appelle &lt;i&gt;n&#233;ofascisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;postfascisme&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;fascisme tardif&lt;/i&gt;. N&#233;es des controverses et des conflits sur une impossible d&#233;finition stable et objective du fascisme, ces notions ont permis d'identifier les formes r&#233;siduelles du fascisme historique persistant dans les d&#233;cennies d'apr&#232;s-Guerre. L'analyse d'une actualit&#233; du fascisme apr&#232;s les d&#233;faites d'Hitler et de Mussolini, est &#224; consid&#233;rer dans ses continuit&#233;s mais aussi dans ses ruptures. &#192; partir de l'adage de Wilhelm Reich selon lequel &#171; le fascisme n'est pas, comme le pensent les lib&#233;raux, une simple dictature militaire ou un gouvernement r&#233;actionnaire &#187; mais aussi un amalgame d'&#233;motions r&#233;volutionnaires et de concepts sociaux r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Fascisme tardif&lt;/i&gt;, Alberto Toscano revient sur ces d&#233;bats intellectuels qui ont anim&#233; la culture politique du xxe si&#232;cle et revendique l'int&#233;r&#234;t de percevoir le fascisme &#224; travers ses contradictions et son manque de coh&#233;rence. Ce serait m&#234;me parce que le fascisme avance de mani&#232;re illogique qu'il a su s&#233;duire une plus large partie de la population. Selon lui, le fascisme tardif n'est pas le &lt;i&gt;sympt&#244;me&lt;/i&gt; (la cons&#233;quence) logique d'une crise politique ou de l'effondrement d&#233;mocratique mais plut&#244;t la &lt;i&gt;restauration&lt;/i&gt; d'une h&#233;g&#233;monie lib&#233;rale : une &lt;i&gt;sortie&lt;/i&gt; de crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, cette promesse du fascisme comme r&#233;ponse &#224; la crise est d&#233;pendante de sa non-r&#233;alisation, car ce qui fait tenir le projet fasciste, c'est le lien ininterrompu au fantasme de la catastrophe et de l'effondrement. Ce lien, cette unit&#233;, sont permis par la guerre illimit&#233;e. Et pour la reconduire, il lui faut &#233;tablir un langage commun capable d'unifier l'ensemble de ses parts illogiques, en attisant sans cesse l'imminence de l'effondrement de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article passionnant, le philosophe br&#233;silien Vladimir Safatle d&#233;veloppe l'id&#233;e selon laquelle dans le fascisme, la guerre n'est pas un simple moyen de conqu&#234;te, mais un mouvement perp&#233;tuel sans objectif final, qui ne peut exister qu'en se poursuivant ind&#233;finiment. La guerre devient une &#171; strat&#233;gie de report ind&#233;fini d'un ordre politique qui s'effondre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vladimir Safatle, &#171; &#201;tat suicidaire, fascisme et les probl&#232;mes de l'usage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit, le fascisme ne cherche pas la victoire (ni la d&#233;faite) finale, mais &#224; se maintenir dans une fuite en avant destructrice, o&#249; la guerre devient une fin en soi et le seul moyen de pr&#233;server, paradoxalement, l'unit&#233; d'un ordre politique en ruine. Le fascisme peut &#234;tre lu comme une machinerie pulsionnelle qui organise socialement une dynamique de mort : il prolonge ind&#233;finiment le mouvement destructif, il retourne ce mouvement contre lui-m&#234;me, et il alimente un d&#233;sir collectif d'abolition pr&#233;sent&#233; comme salut. Mais ce processus ne peut &#234;tre avou&#233; publiquement, c'est la raison pour laquelle l'enjeu de la propagande fasciste est de faire dispara&#238;tre l'id&#233;e que cette brutalit&#233; va se retourner contre ses adeptes en pr&#233;sentant un futur mod&#233;lis&#233; d&#233;barrass&#233; des contraintes de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; l'intelligence artificielle dans les vid&#233;os de propagande est l'occasion id&#233;ale pour mod&#233;liser cette impossible utopie. L'I.A. g&#233;n&#233;rative peut fabriquer &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; des r&#233;alit&#233;s enti&#232;res, coh&#233;rentes visuellement, qui n'ont jamais exist&#233;. Elle permet de produire rapidement, &#224; faible co&#251;t, &#224; l'infini et &#224; grande &#233;chelle, des visions utopiques ou catastrophiques sans contrainte du r&#233;el : paysages improbables et leaders magnifi&#233;s. Cela abolit la fronti&#232;re entre le r&#233;alisme documentaire et la vision propagandiste &#8212; une fronti&#232;re que le fascisme cherchait justement &#224; brouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analogie entre pulsion de mort et fascisme rev&#234;t &#224; la fois un int&#233;r&#234;t et une limite. L'int&#233;r&#234;t est que la notion de pulsion permet de comprendre que le fascisme ne se r&#233;duit pas &#224; une rationalit&#233; strat&#233;gique. Il engage des investissements libidinaux o&#249; les individus peuvent agir contre leurs propres int&#233;r&#234;ts de survie. La limite c'est que la pulsion, chez Freud, a une base biologique et intemporelle, alors que le fascisme est un ph&#233;nom&#232;ne historique. Safatle souligne le risque de transformer la pulsion de mort en un &#171; noyau m&#233;taphysique &#187; qui naturaliserait la violence politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture des diff&#233;rentes contributions de ce dossier, on remarque le partage d'un certain constat. Le fascisme n'est pas uniquement une superstructure id&#233;ologique impos&#233;e d'en haut (fascisme d'&#201;tat), mais un mouvement qui canalise et organise les flux de d&#233;sir, en les orientant vers des formes parano&#239;aques : haine de l'autre, exaltation de l'ordre, soumission au chef, etc. La continuit&#233; avec le fascisme historique se situe dans la restauration du corps imp&#233;n&#233;trable et militaris&#233; en norme ; tandis que la rupture s'effectue dans l'adresse multipli&#233;e de cette restauration. Aujourd'hui, par les processus d'assimilation et le besoin de s&#233;curit&#233;, &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Reconsiderer-la-politique-sexuelle-du-fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les femmes et les LGBT+ font aussi partie du public-cible de la propagande fasciste&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, Robyn Marasco, &#171; Reconsid&#233;rer la politique sexuelle du fascisme &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les ph&#233;nom&#232;nes de f&#233;monationalisme et d'homonationalisme qui en d&#233;coulent n'en sont que les formes minoritaires et exacerb&#233;es, ce qui fonctionne &#224; une &#233;chelle plus massive, c'est le conditionnement de la libert&#233; &#224; la doctrine s&#233;curitaire. Invit&#233;e dans une &#233;mission du M&#233;dia, la psychanalyste Sophie Mendelsohn prend pour exemple un discours de Jordan Bardella dans lequel il fusionne l'amour du peuple avec l'homog&#233;n&#233;it&#233; (le Un) de l'&#201;tat-nation. Se faisant, et il s'agit d'une rupture avec le fascisme historique, ce discours ne s'adresse pas aux masses mais aux affres individuels inquiets de fuir de toutes parts : &#171; L'id&#233;e, c'est que quelque chose s'est maintenu d'une logique du fascisme, mais sur le mode microfasciste, un fascisme qui s'est r&#233;individualis&#233; sur l'amour de l'autorit&#233;. Car l'autorit&#233; garantit, imaginairement, l'int&#233;grit&#233; et la s&#233;curit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Mendelsohn, &#171; Apr&#232;s le colonialisme, face au racisme : le projet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le fait que des groupes comme &#201;ros ou N&#233;m&#233;sis parviennent &#224; se faire une place dans les m&#233;dias doit attirer notre vigilance et notre attention, mais ce qui doit nous inqui&#233;ter davantage, c'est notre capacit&#233; au repli identitaire, au renoncement &#224; la lutte, &#224; l'effacement dans le divertissement et &#224; la dissolution dans la normativit&#233;. Bien que les textes de ce dossier abordent des figures tr&#232;s identifi&#233;es aux extr&#234;mes-droites, il ne faudra pas manquer de les lire comme des fantasmes d'autoconservation &#233;minemment partag&#233;s. Ce sont moins les fascistes qui nous int&#233;ressent que les pulsions dont ils sont le v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous voulons tenter, c'est d'explorer les diff&#233;rentes dimensions de la pulsionnalit&#233; fasciste &#224; partir de points de d&#233;part diff&#233;rents mais rassembl&#233;s par la communaut&#233; de lecteur&#183;ices de &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;. En effet, l'analyse des investissements libidinaux dans les rapports de destructivit&#233; contre soi, les autres et le monde, est une des tendances critiques fortes qui porte la revue depuis ses d&#233;buts. Il s'agit d'offrir autre chose qu'une comptabilit&#233; des effacements historiques des groupes domin&#233;s, autre chose que la liste des interdits &#224; laquelle le fascisme nous soumet, il fallait donner &#224; voir l'&lt;i&gt;unit&#233;&lt;/i&gt; qu'il propose et &lt;i&gt;l'&#233;nergie libidinale qu'il est capable de capter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui cette propagande des affects nous pr&#233;occupe, c'est que les pulsions fascistes sont entr&#233;es dans la mat&#233;rialit&#233; du pouvoir, et ont atteint les limites souterraines de la politique, des administrations, de l'&#233;conomie et de la communication. En atteignant les structures politiques, les vell&#233;it&#233;s destructrices peuvent plus efficacement mettre en place un contr&#244;le et une s&#233;gr&#233;gation des populations subalternes (les communaut&#233;s musulmanes, noires et tziganes, et les blanc&#183;hes &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#183;es &#187; et &#171; faibles &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en tant que militant&#183;es antifascistes, la comparaison entre les expressions actuelles du fascisme et le fascisme historique a un &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; et devient une question politique majeure dans la mesure o&#249; elle doit infl&#233;chir en retour une strat&#233;gie de r&#233;sistance adapt&#233;e &#224; ces mutations. En cons&#233;quence, ni le repli identitaire ni l'innocence ne sont des options.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;DOSSIER : &#034;Pulsions fascistes&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Coordonn&#233; et introduit par Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Plinio Ribeiro Jr | &lt;i&gt;D&#233;ambulations de Mishima au Br&#233;sil&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Julien Martin Varnat | &lt;i&gt;Cris de sang et chants de vie&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Arnaud Massein | &lt;i&gt;Au temps du sadisme heureux&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Lou Mousset | &lt;i&gt;Le couteau. Sc&#232;nes de subjectivation du fasciste fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; D&#233;borah V. Brosteaux | &lt;i&gt;Pyrotechnies passionnelles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Samuel da Costa | &lt;i&gt;Le bouton d&#233;graf&#233; de JB&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Renaud-Selim Sanli | &lt;i&gt;Tactiques sensorielles du technofascisme&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Estelle Benazet Heugenhauser | &lt;i&gt;Incontinence Made in Europe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VARIA&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Lorenzo Bernini &amp; Quentin Dubois| &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une politique non-h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Agustina Arami Ayala | &lt;i&gt;Je vous &#233;cris d'argentine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; trouver le num&#233;ro ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir 5 sera &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782488041027-trou-noir-5-pulsions-fascistes-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible en librairie&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-5-pulsions-fascistes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la boutique en ligne de Trou Noir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; deux vid&#233;os g&#233;n&#233;r&#233;es par l'interm&#233;diaire d'une intelligence artificielle imaginant ce que pourrait devenir Gaza une fois occup&#233;e et reconstruite par Isra&#235;l et les grandes puissances occidentales : gratte-ciels scintillants (dont une Trump Tower &#224; c&#244;t&#233; d'une mosqu&#233;e), plages anim&#233;es, yachts, feux d'artifice et restaurants chics. On y voit aussi des versions virtuelles et souriantes de Netanyahu et Trump (tous deux amaigris), avec leurs &#233;pouses, se promenant dans cette ville baln&#233;aire futuriste, vid&#233;e de ses habitants palestiniens, accompagn&#233;e du slogan : &#171; Nous ou eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je fais r&#233;f&#233;rence aux vid&#233;os de mod&#233;lisation de Gaza-Riviera, construites par I.A. et diffus&#233;es par le Pr&#233;sident des &#201;tats-Unis Donald Trump et la ministre isra&#233;lienne de la Science et de la Technologie Gila Gamliel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Poupault, &#171; Concilier dictature totalitaire et tourisme. Le r&#233;gime fasciste italien face &#224; ses ambitions touristiques &#187;, &lt;i&gt;Diacronie&lt;/i&gt; [Online].URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/diacronie/10134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/diacronie/10134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Gautheret, &#171; Autour d'une &#8220;plage fasciste&#8221;, l'entente des populistes italiens &#187;, in &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 24 juillet 2017, en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet horizon borne autant l'ordre psychique que notre connaissance du monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cette d&#233;finition historique succincte du fascisme, je ne m'attarde pas sur les sp&#233;cificit&#233;s de chacun de ces r&#233;gimes. Le cas espagnol est int&#233;ressant car il n'a pas toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme fasciste. Les fascismes italien et allemand ont en commun d'avoir objectifi&#233;e une &#171; population ext&#233;rieure &#187; (les Juifs, les tziganes, les homosexuels, les communistes et les handicap&#233;s) comme des menaces &#224; la pr&#233;servation de la race aryenne ou italienne ; tandis que le franquisme a exerc&#233; une purge tourn&#233;e vers l'int&#233;rieur, en vue de la r&#233;demption du peuple espagnol qui doit se laver de ses p&#233;ch&#233;s et &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt; &#224; sa puret&#233; catholique. Dans le premier cas, ces r&#233;gimes avaient pour objectif de r&#233;aliser une &#171; soci&#233;t&#233; nouvelle &#187; &#224; partir d'une vision biologisante de la race ; dans le second cas, il s'agissait d'un retour &#224; une essence perdue &#224; partir d'une vision conservatrice de la race espagnole. Par cons&#233;quent, concernant le r&#233;gime franquiste fut parfois privil&#233;gi&#233;e la qualification de &#171; r&#233;gime autoritaire traditionaliste &#187; plut&#244;t que fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vladimir Safatle, &#171; &#201;tat suicidaire, fascisme et les probl&#232;mes de l'usage politique de la pulsion de mort &#187;, in M. David-M&#233;nard et B. Santos, &lt;i&gt;Pulsion de mort : Destruction et cr&#233;ations&lt;/i&gt;, &#201;ditions Hermann, 2023, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, Robyn Marasco, &#171; Reconsid&#233;rer la politique sexuelle du fascisme &#187;, in &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, 30 novembre 2023, &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Reconsiderer-la-politique-sexuelle-du-fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sophie Mendelsohn, &#171; Apr&#232;s le colonialisme, face au racisme : le projet politique de la psychanalyse &#187;, in &lt;i&gt;Le M&#233;dia&lt;/i&gt;, &#233;mission en streaming sur youtube. Sophie Mendelsohn est co-autrice avec Silvio Boni de &lt;i&gt;La vie psychique du racisme&lt;/i&gt;, &#201;ditions la D&#233;couverte, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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