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		<title>Trou Noir 4 &#8212; Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre</title>
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		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>
		<dc:subject>Cy Lecerf Maulpoix</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Les voix que vous lirez dans ce num&#233;ro sont n&#233;es sur les rives de la M&#233;diterran&#233;e, ont d&#233;barqu&#233; &#224; Marseille il y a plusieurs d&#233;cennies ou s'y sont install&#233;es plus r&#233;cemment. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/1748418418774.jpg?1748418871' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;couvrez ici l'avant-propos et le sommaire du 4&#232;me num&#233;ro papier de Trou Noir dont le dossier est consacr&#233; &#224; Marseille. La sortie du num&#233;ro est pr&#233;vue le 30 mai 2025, il sera &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782488041010-trou-noir-revue-de-la-dissidence-sexuelle-marseille-des-desirs-en-desordre-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible en librairie&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-4/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la boutique en ligne de Trou Noir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; rebours des op&#233;rations politiques lib&#233;rales promettant &#224; Marseille une h&#233;g&#233;monie de capitale culturelle et &#233;conomique, ce num&#233;ro s'ouvre &#224; une pluralit&#233; de voix pour dire les d&#233;sirs qui r&#233;sistent aux fractures et aux horizons impos&#233;s &#224; la ville. Perspectives sensibles et critiques sur les mani&#232;res d'habiter la ville, les politiques institutionnelles et leurs effets sur les sociabilit&#233;s et les imaginaires queer, cartographie de trajectoires d'exil ou de communaut&#233;s refuges, chroniques de luttes et d'initiatives au pr&#233;sent ou encore exploration sensuelle de lieux et d' histoires menac&#233;es de disparition, ces contributions proposent d'enrichir la mani&#232;re d'appr&#233;hender Marseille depuis le trouble et la force des d&#233;sirs qu'elle g&#233;n&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dossier Marseille coordonn&#233; et introduit par Cy Lecerf Maulpoix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partie Varia coordonn&#233;e par Trou Noir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Graphisme de la couverture par les Ateliers Foco, &#224; partir d'un photomontage de Ga&#235;lle Matata.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre - Une introduction&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#224; Lionel Soukaz (1953-2025)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les voix que vous lirez dans ce num&#233;ro sont n&#233;es sur les rives de la M&#233;diterran&#233;e, ont d&#233;barqu&#233; &#224; Marseille il y a plusieurs d&#233;cennies ou s'y sont install&#233;es plus r&#233;cemment. Certain&#183;es la vivent avec la passion des d&#233;buts, d'autres ont quitt&#233; le quartier de leur enfance pour un ailleurs ne&#769;cessaire ou la regardent comme un&#183;e vieil&#183;le amant&#183;e ou camarade, complexe et ent&#234;tant&#183;e, impossible &#224; quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il serait bien difficile d'universaliser ou d'&#233;puiser les rapports qui d&#233;finissent le fait d'habiter la cit&#233; phoc&#233;enne, il faut bien reconna&#238;tre que Marseille est devenue au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es un port d'exp&#233;rimentation o&#249; s'arriment les mythes comme les derniers fantasmes et mutations spectaculaires du capitalisme tardif. Citons en pr&#233;ambule les plans destin&#233;s &#224; faire rayonner &#171; Marseille en grand &#187; sur toute la M&#233;diterran&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;&#192; la suite du grand plan Marseille Eurom&#233;diterran&#233;e lanc&#233; en 1995, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;ni&#232;me avatar d'un grand plan d'am&#233;nagement des quartiers autour du port lanc&#233; dans les ann&#233;es 1990 mais aussi Marseille capitale de la culture en 2013, Marseille future capitale du cin&#233;ma fran&#231;ais, Marseille Sillicon Valley proven&#231;ale. Citons &#233;galement les centaines d'imageries promotionnelles de nouvelles marques de boissons ap&#233;ritives, les jacquemuseries criardes, les esth&#233;tiques aux tonalit&#233;s orientalistes surfant &#224; foison sur les cultures artistiques, urbaines et l'affrication locale. Nouvel horizon d'accumulation de capital &#233;conomique et culturel pour les happy few, la Marseille entrepreneuriale et institutionnelle passe &#224; la moulinette n&#233;olib&#233;rale son histoire rebelle, marchandise un shlag enivrant une jeune g&#233;n&#233;ration d'&#233;tudiant&#183;es, d'artistes ou de CSP+ plus ou moins argent&#233;&#183;es, en mal d'opportunit&#233;s cr&#233;atives et professionnelles, de vivre-ensemble, de lumi&#232;re et d'espace &#224; l'&#232;re post-confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la l&#233;gende rose &#224; la l&#233;gende noire, la mauvaise r&#233;putation historique de la ville sans-nom, de la Marseille communarde, de la ville sale ou vici&#233;e excite simultan&#233;ment les d&#233;sirs hygi&#233;nistes, s&#233;curitaires et fascisants de notre &#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Je reprends les expressions de &#171; l&#233;gende rose &#187; et de &#171; l&#233;gende noire &#187; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les imaginaires de la droite et de la gauche r&#233;ac' continuent de la regarder comme un &#171; Sud &#187; &#224; re-civiliser, &#224; s&#233;curiser par tous les moyens physiques et num&#233;riques disponibles, &#224; expurger de ses multiples ind&#233;sirables. Si les pouvoirs et forces en place se gargarisent de son ind&#233;pendance, de sa richesse multiculturelle ou de son terroir, force est de constater que la ville d&#233;pend bien plus des perfusions &#233;tatiques qu'elle ne veut l'admettre, qu'elle p&#226;tit in&#233;vitablement de multiples poignes, sp&#233;culations &#233;conomiques et accointances politiques qui l'emp&#234;chent souvent de respirer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Le port autonome de Marseille est devenu une comp&#233;tence de l'&#201;tat en 2008 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celleux qui l'habitent ou l'ont habit&#233;, la ville op&#232;re in&#233;vitablement, &#224; mesure des ann&#233;es, une cure n&#233;cessaire, invitant sans cesse &#224; mettre en crise et au travail les multiples repr&#233;sentations, vignettes proven&#231;ales 2.0 qui nous abreuvent, &#224; ausculter avec plus d'humilit&#233; et de justesse ses &#233;volutions et ses fractures comme ce qui continue de nous attacher irr&#233;m&#233;diablement &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;D&#233;faire les mythes de la ville refuge&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Convoquant in&#233;vitablement les h&#233;ritages d'une longue histoire portuaire, une architecture dont les inflexions coloniales constituent une chambre d'&#233;chos avec d'autres villes m&#233;diterran&#233;ennes, Marseille rassure parfois les vies fractur&#233;es par l'exil loin de rivages familiers. Depuis plusieurs si&#232;cles, &#233;lus et pouvoirs en place se drapent en retour d'une image cosmopolite, r&#233;clament ses h&#233;ritages antiques, cultivent la nostalgie et la fiert&#233; de ses pr&#233;sences italiennes, arm&#233;niennes, alg&#233;riennes historiques rejouant sans cesse le mythe d'un m&#233;tissage culturel et social, d'une ville refuge. Or, une partie des contributions produites autour de ce num&#233;ro comme celles de Luac&#233;e, de M&#233;lio Villemot, de Feryal, Ben et Zila&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Mentionnons &#233;galement l'article &#171; L'air de la ville rend libre ? &#187; publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, invitent sinon &#224; fissurer, &#224; nuancer consid&#233;rablement ce r&#233;cit. La r&#233;alit&#233; des vies marqu&#233;es par l'exil et le d&#233;placement forc&#233;, les multiples difficult&#233;s relatives au parcours administratif, &#224; l'acc&#232;s &#224; l'h&#233;bergement, aux soins nous rappellent in&#233;vitablement &#224; la mani&#232;re dont la Ville et ses institutions marchent, &#224; quelques exceptions et r&#233;sistances pr&#232;s, le plus souvent main dans la main avec l'&#201;tat. Elles nous poussent &#233;galement &#224; pr&#234;ter une plus ample attention aux multiples politiques et technologies s&#233;curitaires qui disciplinent et surveillent les mobilit&#233;s et les corps dans l'espace public, aux violences polici&#232;res x&#233;nophobes que les &#233;lus droitards de la m&#233;tropole et garde rapproch&#233;e du maire actuel semblent approuver les yeux ferm&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;On &#233;voquera de nombreux cas de violences polici&#232;res et judiciaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout&#183;es ces voix rendent perceptibles les multiples enclaves et fractures &#233;conomiques, sociales et culturelles qui traversent la ville du Nord au Sud, structurant les in&#233;galit&#233;s et les relations des Marseillais&#183;es aux lieux qu'iels habitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;C'est le dernier arriv&#233; qui l'est ?&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Cette question du &#171; droit &#224; la ville &#187; et au logement nous invite &#233;videmment &#224; nous tourner vers ce grand caramantran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Caramantran est une figure bouc-&#233;missaire personnifiant le carnaval en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'est la gentrification. &#192; Marseille, sociologues et militant&#183;es d&#233;cortiquent depuis longtemps des r&#233;alit&#233;s de ce processus en fonction des quartiers, comme celui de la Belle-de-Mai dont le b&#226;ti est parfois si ab&#238;m&#233; qu'il serait r&#233;put&#233; non-gentrifiable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Ainsi, le sociologue Michel Peraldi parle-t-il de &#171; gentrification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la multiplication de petits commerces d'&#233;picerie fine, de cavistes, de galeries, de restaurants trendys, de fripes dans le centre, comment comprendre plus pr&#233;cis&#233;ment le ph&#233;nom&#232;ne ? Comme le rappellent plusieurs contributions de ce num&#233;ro, il est tout d'abord n&#233;cessaire d'observer plus largement les grandes transformations structurelles de Marseille, r&#233;v&#233;latrices d'une longue histoire de spoliation des habitant&#183;es de leur agentivit&#233; dans l'esquisse d'autres modalit&#233;s d'habiter la ville et de fa&#231;onner un vivre-ensemble. &#201;voquons les diff&#233;rents chantiers de r&#233;novation d'Eurom&#233;diterran&#233;e ou la criminalisation et arr&#234;t&#233;s les plus r&#233;cents &#233;manant des &#233;lus contre les &#233;conomies informelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Prenons en guise d'exemple, l'arr&#234;t&#233; du 17 octobre 2024 sign&#233; par la ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (bazar, vendeurs &#224; la sauvette, march&#233; aux biffins) qui participent &#224; pr&#233;cariser les classes populaires, &#224; renforcer en retour d'autres formes de trafic, etc. De m&#234;me le client&#233;lisme, la quasi-absence de r&#233;gulation semblent avoir permis aux plus riches de sp&#233;culer sur l'immobilier, entra&#238;nant une hausse des prix importante et la reconversion de certains logements en location type Airbnb dans un climat de touristification intense depuis plusieurs ann&#233;es. Dans une ville o&#249; le mal-logement et l'habitat indigne sont majoritairement le fait de multi-propri&#233;taires et de d&#233;cisionnaires politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Nous citerons ici le rapport de l'Insee sorti en 2024, r&#233;v&#233;lant que 75% de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'accusation de &#171; gentrification &#187; op&#232;re n&#233;anmoins comme un marqueur social et politique permettant de distinguer les nouveaux arrivant&#183;es au m&#233;pris de leurs conditions mat&#233;rielles d'existence et de leurs parcours. D&#232;s lors, comment analyser la part et l'influence des pr&#233;sences queer dans ce processus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luac&#233;e, ancienne habitante du quartier de Belsunce, concern&#233;e par les &#233;vacuations suite &#224; l'explosion de la rue Tivoli dans le quartier du Camas en 2023, revient sur son implication dans un collectif d'habitant&#183;es impact&#233;&#183;es et sur la gestion diff&#233;rentielle de ce moment et celui des effondrements de la rue d'Aubagne en novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;jouant les clich&#233;s, M&#233;lio Villemot nous raconte quant &#224; lui en d&#233;tail les pi&#232;ges et tensions dans lesquels se trouvent plong&#233;&#183;es beaucoup d'artistes pr&#233;caires LGBTQI, ayant quitt&#233; d'autres grandes villes par n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, et qui se voient, en raison de leur arriv&#233;e r&#233;cente, souvent accus&#233;&#183;es d'&#234;tre les fers de lance d'un processus sur lequel iels n'ont que tr&#232;s peu de ma&#238;trise en r&#233;alit&#233;. Il rappelle tr&#232;s justement le r&#244;le du pouvoir, des institutions culturelles dans les formes de d&#233;possession graduelles orchestr&#233;es par la bourgeoisie, invitant au contraire &#224; s'organiser afin de d&#233;jouer les instrumentalisations des symboles et des cultures queers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sences et absences queers&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lors de la pr&#233;paration de ce num&#233;ro, il a bien fallu se rendre &#224; l'&#233;vidence que les archives comme les perspectives critiques et donn&#233;es sociologiques manquent encore cruellement pour se saisir justement de l'&#233;volution des pr&#233;sences queers &#224; Marseille depuis le XIXe si&#232;cle. Flamboyantes et militantes dans les ann&#233;es 1960 ou dans les archives des Universit&#233;s d'&#233;t&#233; homosexuelles qui se tenaient &#224; l'&#201;cole des Beaux-Arts de Marseille depuis 1979&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Mentionnons le travail cons&#233;quent de M&#233;moires des Sexualit&#233;s pour archiver (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, leur existence en de&#231;&#224; de cette &#233;poque est bien plus plus &#233;vanescente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour beaucoup de m&#233;moires minoritaires, c'est en d&#233;rivant d'indice en indice, dans les limbes de la litt&#233;rature et des archives de la r&#233;pression qu'il est d'abord possible de rassembler des fragments &#233;pars. Les allusions d'une ode ou d'un r&#233;cit de Jean Cocteau, les textes du romancier jama&#239;cain Claude McKay mettant en sc&#232;ne les anti-mondes o&#249; se m&#233;langent marins, musiciens, artistes, prostitu&#233;&#183;es et membres de la p&#232;gre locale nous donnent quelques pistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Citons Banjo, une histoire sans intrigue paru aux &#233;ditions de l'Olivier en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces derni&#232;res restent n&#233;anmoins lacunaires et avares en d&#233;tails. Reproduit et comment&#233; dans ce num&#233;ro, le texte macabre et fantasmatique, intitul&#233; &#171; Les Hommes-Femmes, Marseille-Sodome &#187; publi&#233; en 1901 nous ouvre heureusement d'autres possibles, invitant &#224; prolonger une &#171; contre-activit&#233; m&#233;morielle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Je reprends ici l'expression employ&#233;e dans le texte po&#233;tique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les archives de la violence afin d'apprendre &#224; &#233;paissir les vies de ces absent&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comment comprendre et r&#233;pondre &#224; la quasi-disparition des traces laiss&#233;es par des g&#233;n&#233;rations issues de l'immigration coloniale et post-coloniale au cours du XXe si&#232;cle ? Comment faire exister et produire autrement leurs m&#233;moires au pr&#233;sent ? Face &#224; ce manque d'archives ou de traces, l'autrice Gwena&#235;lle Tatou&#233; nous rappelle quant &#224; elle, aux existences queers et lesbiennes racis&#233;&#183;es ayant v&#233;cu, habit&#233; et particip&#233; &#224; la culture queer locale comme &#224; l'essor de lieux communautaires en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le succ&#232;s contest&#233; de l'Europride de 2013, l'essor des marches officielles comme des prides radicales chaque &#233;t&#233;, l'ouverture successive du Centre LGBTQI pr&#232;s du Panier, du bar Le Boum il y a deux ans, celle &#224; venir du nouveau local de l'association M&#233;moire des Sexualit&#233;s sur le boulevard de la Lib&#233;ration disent tr&#232;s certainement quelque chose d'une pr&#233;sence et visibilit&#233; accrue dans le centre-ville. Pourtant l&#224; aussi, la multiplication d'articles dans les m&#233;dias LGBTQI+ sur le nouvel &#233;den queer qu'offrirait la ville masque d'autres r&#233;alit&#233;s. Les diff&#233;rentes voix r&#233;unies ici rendent tangibles les menaces qui p&#232;sent sur l'&#233;quilibre et l'existence de certains lieux, tout comme les blessures qui louvoient en son c&#339;ur. Baptiste Thery-Guilbert, ayant quitt&#233; sa Marseille natale pour la capitale, nous propose sur un mode plus sensible et intime, d'appr&#233;hender un pass&#233; hant&#233; par des amours furtifs, l'ambigu&#239;t&#233; douce-am&#232;re relative au retour et &#224; la transformation du quartier qu'il habitait, aux formes de violences qui ont marqu&#233; son adolescence en tant que jeune p&#233;d&#233;. Florian Gait&#233; nous rappelle au devenir s&#233;curitaire de l'institutionnalisation de nos espaces et aux risques parfois co&#251;teux des lieux avec pignon sur rue. Tony Giovanni scande les espoirs paradoxaux d'&#233;chapp&#233;es couleur calcaire, comme &#171; si on pouvait balayer d'Mistral la torpeur de nos histoires d'malheurs &#187;. Au regard de la longue histoire associative de sant&#233; sexuelle et communautaire de la ville, r&#233;v&#233;latrice des multiples formes d'&#233;pid&#233;mie qui ont, &#224; de nombreuses &#233;poques, serpent&#233; dans Marseille, comment accueillir, prendre en charge les vuln&#233;rabilit&#233;s qui nous touchent, subvertir les logiques de ce qui s'offre parfois comme rem&#232;de et poison ? Confront&#233;&#183;es &#224; l'&#233;puisement comme &#224; la captation politique, commerciale des ressources et &#233;nergies minoritaires, comment habiter la ville autrement et r&#233;sister aux d&#233;possessions qui nous guettent ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;En clair-obscur&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#171; je sais que chez Dante, la lumi&#232;re/ est toute enti&#232;re &#224;/ contrejour et rasante &#187; &#233;crit Liliane Giraudon dans son texte &#171; Les organes sexuels d'une ville &#187;. &#192; Marseille, comme l'&#233;voquent si bien diff&#233;rentes contributions po&#233;tiques, photographiques et critiques, d'autres chemins sensibles existent, temporellement tortueux et g&#233;ographiquement tentaculaires, d&#233;rivant parfois des cartes plus contemporaines des sociabilit&#233;s queers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin des roches &#233;clatantes du cruising naturiste du Montrose ou de la s&#233;duisante calanque des pierres tomb&#233;es de Sugiton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#8194;Ces lieux en partie naturistes, que nous n'avons volontairement pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Anti, Lola la Louve et Lazare Lazarus arpentent le plateau de l'Arbois o&#249; se conjuguent sans n&#233;cessairement se rencontrer les vies, infrastructures et mati&#232;res construites comme ind&#233;sirables, les recoins humides du club Le Mineshaft afin de dire autrement les &#233;cologies de nos &#233;rotismes, la force trouble de nos h&#233;ritages, les impuret&#233;s constitutives du d&#233;sir et de ses p&#233;rim&#232;tres d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces d&#233;ambulations obliques, ce contre-jour dans la ville et ses marges, &#171; tout l'oppos&#233; des quadrillages de la gentrification et des plans d'am&#233;nagements qui la surcodent &#224; marche forc&#233;e &#187; &#233;crit Florian Gait&#233;, est aussi un appel. Un appel &#224; se saisir autrement de la force qui court dans la ville. &#192; faire se cabrer nos imaginaires, &#224; nouer et renouer avec les &#233;nergies chaotiques et proven&#231;ales du cafoutche, de l'oa&#239; et du boucan, pour que bourgeonnent des g&#233;ographies parall&#232;les et inattendues, des situations aux intensit&#233;s indociles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro donne donc &#224; penser plus pr&#233;cis&#233;ment les contours d'une contre-culture d&#233;jouant les complicit&#233;s susceptibles de l'&#233;radiquer ou de la commodifier. En t&#233;moignent les multiples exemples de luttes dans lesquelles s'inscrivent beaucoup de contributeur&#183;ices : association contre le mal-logement, de sant&#233; communautaire, collectif d'action trans, de soutien aux exil&#233;&#183;es LGBTQI+, comit&#233; de quartier ou d'action &#233;cologiste, syndicat ou collectif de travailleur&#183;euses de l'art, etc.. Vivre &#224; Marseille, pour beaucoup, c'est aussi se greffer sur la richesse de ses &#233;lans locaux, impulser de nouvelles formes de mutualisation, de nouveaux lieux de rencontre et d'organisation. Tout&#183;es nous disent qu'il est encore et toujours temps de r&#233;clamer et de fa&#231;onner au c&#339;ur m&#234;me d'une ville dont l'in-habitabilit&#233; menace sans cesse, les conditions d'un horizon mutuel d&#233;sirable, sensible et r&#233;tif &#224; la discipline autoritaire de nos affects et modes d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cy Lecerf Maulpoix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;DOSSIER : &#171; Marseille. D&#233;sirs en d&#233;sordre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Coordonn&#233; et introduit par Cy Lecerf Maulpoix&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Luac&#233;e | &lt;i&gt;Sortir du Cafoutch&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Lazare Lazarus, Lola la louve et Anti | &lt;i&gt;Lieux de d&#233;bauche et corps d&#233;bauch&#233;s&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Gwena&#235;lle Tatou&#233; | &lt;i&gt;Retrouver nos ain&#233;.es&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Liliane Giraudon et Marc Antoine Serra | &lt;i&gt;Les organes sexuels d'une ville&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Florian Gait&#233; | &lt;i&gt;Ici, tout est cafoutche, oa&#239; et boucan&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; M&#233;lio Villemot | &lt;i&gt;Cont&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re l'instrumentalisation, la socialisation des moyens de production&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Baptiste Thery-Guilbert | &lt;i&gt;M&#233;moires aimant&#233;es&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Tony Giovanni | &lt;i&gt;Mistral Torpeur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VARIA&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Max Fox | &lt;i&gt;Qu'est-ce que le lib&#233;ralisme sexuel ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Hussein Omar | &lt;i&gt;Homo Zion. Sur le sionisme gay&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Emma Big&#233; | &lt;i&gt;Paniques morales anti-trans&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9632; Micka&#235;l Temp&#234;te | &lt;i&gt;La normalit&#233; va craquer : de quoi le r&#233;publicanisme LGBT est-il le nom ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; trouver le num&#233;ro ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir 4 est &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782488041010-trou-noir-revue-de-la-dissidence-sexuelle-marseille-des-desirs-en-desordre-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible en librairie&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://trounoireditions.org/produit/trou-noir-4/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la boutique en ligne de Trou Noir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;&#192; la suite du grand plan Marseille Eurom&#233;diterran&#233;e lanc&#233; en 1995, &#171; Marseille en Grand &#187; est un plan de 5 milliards d'euros annonc&#233; en septembre 2021 par Emmanuel Macron, destin&#233; &#224; tracer un nouvel avenir pour la ville, r&#233;nover les logements et les &#233;coles, financer les transports, multiplier les effectifs de police, etc. En octobre 2024, le rapport de la Cour des comptes &#233;voque un bilan catastrophique avec seulement 1% des budgets allou&#233;s &#224; sa mise en &#339;uvre. Depuis, les &#233;lus se renvoient la responsabilit&#233; et les membres du gouvernement s'empressent d'annoncer l'acc&#233;l&#233;ration du plan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Je reprends les expressions de &#171; l&#233;gende rose &#187; et de &#171; l&#233;gende noire &#187; &#224; l'ouvrage &lt;i&gt;La Ville-sans-nom dans la bouche de ceux qui l'assassinent&lt;/i&gt;, Le Chien Rouge, 2024 de Bruno Le Dantec dont on conseillera vivement la lecture. Citons &#233;galement &lt;i&gt;Marseille ou la Mauvaise R&#233;putation&lt;/i&gt;, Arl&#233;a Poche, 2022 d'Olivier Boura.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Le port autonome de Marseille est devenu une comp&#233;tence de l'&#201;tat en 2008 avec la cr&#233;ation du Grand Port maritime de Marseille. Le pr&#233;sident du conseil de surveillance du port s'appelle actuellement Christophe Castaner ! &#201;voquons &#233;galement le grand coup de poing m&#233;diatique du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur qui annon&#231;ait le dispositif &#171; Place nette &#187; d&#233;but 2024, une s&#233;rie d'op&#233;rations polici&#232;res pour lutter contre le narcotrafic dans les quartiers Nord. Aujourd'hui, le bilan de ces derni&#232;res est fortement critiqu&#233; par les &#233;lus comme les habitant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Mentionnons &#233;galement l'article &#171; L'air de la ville rend libre ? &#187; publi&#233; en ligne dans le cadre de ce num&#233;ro par Feryal, Ben et Zila, membre du GLAM 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;On &#233;voquera de nombreux cas de violences polici&#232;res et judiciaires, l'assassinat par la police de Zineb Redouane ou de Souheil El Khalfaoui, les lourdes condamnations du tribunal de Marseille suite aux r&#233;voltes de jeunes, cons&#233;cutives &#224; la mort de Nahel en 2023, le passage &#224; tabac du jeune Hedi par des policiers &#224; Marseille, la multiplication de cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance dans le centre-ville. Alors que s'annoncent les municipales en 2025, &#233;lus de la m&#233;tropole et maires d'Aix et de Marseille rivalisent de d&#233;clarations s&#233;curitaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;&lt;i&gt;Caramantran&lt;/i&gt; est une figure bouc-&#233;missaire personnifiant le carnaval en Provence. Il est br&#251;l&#233; &#224; la fin de la f&#234;te &#224; l'occasion d'un grand feu de joie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Ainsi, le sociologue Michel Peraldi parle-t-il de &#171; gentrification paradoxale &#187; &#224; propos de la Belle de Mai insistant sur la classe de bobo et de cr&#233;atif.ves pr&#233;caires qui vont et viennent dans la ville. Sur ces enjeux, &#233;voquons notamment le travail de Victor Collet, &lt;i&gt;Du Taudis au Airbnb&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Petites histoires des luttes urbaines&lt;/i&gt;, &#233;ditions Agone, 2024 ainsi que le documentaire sonore de Cl&#233;mence Allezard &#171; Gentrification : quand les espaces populaires s'embourgeoisent &#187;, &lt;i&gt;LSD&lt;/i&gt;, France Culture 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Prenons en guise d'exemple, l'arr&#234;t&#233; du 17 octobre 2024 sign&#233; par la ville de Marseille interdisant pendant deux mois, la vente &#224; la sauvette dans le quartier de G&#232;ze, au nord de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Nous citerons ici le rapport de l'Insee sorti en 2024, r&#233;v&#233;lant que 75% de l'ensemble de la ville est d&#233;tenu par des multipropri&#233;taires et qu'&#224; l'&#233;chelle de la ville, 11% des m&#233;nages poss&#232;dent plus de 57% des logements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Mentionnons le travail cons&#233;quent de M&#233;moires des Sexualit&#233;s pour archiver et transmettre l'histoire des diff&#233;rents mouvements qui ont anim&#233; la r&#233;gion &#224; Marseille et &#224; Aix ( GLH- FHAR - UUEH - CUARH, etc..).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Citons &lt;i&gt;Banjo&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; une histoire sans intrigue&lt;/i&gt; paru aux &#233;ditions de l'Olivier en 2015 ou encore &lt;i&gt;Romance in Marseille&lt;/i&gt;, traduit en 2022 par Fran&#231;ois Bordarier et Genevi&#232;ve Knibiehler dans la tr&#232;s belle maison d'&#233;dition marseillaise, H&#233;liotropismes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Je reprends ici l'expression employ&#233;e dans le texte po&#233;tique et photographique de Liliane Giraudon et Marc-Antoine Serra, &lt;i&gt;Les organes sexuels&lt;/i&gt; d'une ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;.&#8194;Ces lieux en partie naturistes, que nous n'avons volontairement pas trait&#233;s dans ce num&#233;ro, restent inscrits au sein d'une cartographie possible de la violence affectant les corps et les d&#233;sirs queers dans l'espace public. Envers de la carte postale et du paysage idyllique, mentionnons l'agression et le viol d'un couple lesbien en 1978 &#224; Sugiton ou les agressions homophobes plus r&#233;centes de juin 2024 &#224; la Madrague de Montredon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel &#224; contributions : Sur le tard. Approches dissidentes de la vieillesse</title>
		<link>https://trounoir.org/Appel-a-contributions-Sur-le-tard-Approches-dissidentes-de-la-vieillesse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Appel-a-contributions-Sur-le-tard-Approches-dissidentes-de-la-vieillesse</guid>
		<dc:date>2025-05-08T07:27:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Trou Noir</dc:subject>
		<dc:subject>Appel</dc:subject>
		<dc:subject>Vieillesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un appel &#224; contributions pour un prochain num&#233;ro papier de Trou Noir.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/100000000000029d0000039b6490629e-bb3fb.png?1746610621' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce num&#233;ro propose d'initier une r&#233;flexion collective &#224; partir d'une double focale : d'une part, l'&#233;tat mat&#233;riel des vies minoris&#233;es qui vieillissent &#8212; vieilles folles, vieux homos, vieilles gouines, vieux et vieilles trans* &#8212; et d'autre part, la possibilit&#233; de penser une &#233;conomie des corps et des plaisirs &#233;chappant aux logiques normatives de productivit&#233; et de d&#233;sirabilit&#233; &#224; la mani&#232;re d'un Charles Fourier imaginant, dans l'apr&#232;s-Civilisation, les combinaisons amoureuses de l'Harmonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de tenir la vieillesse &#224; distance, nous choisissons ici de la penser depuis ses dynamiques propres, ses rythmes, ses inscriptions concr&#232;tes dans les vies ordinaires. Les perspectives propos&#233;es ne s'articulent pas autour de la vieillesse comme cat&#233;gorie fixe, mais depuis ses intrusions et interf&#233;rences dans nos existences queer. Vieillir, apr&#232;s tout, nous concerne tou&#183;tes : dans les mat&#233;rialit&#233;s (pr&#233;carit&#233;, maladie, isolement), mais aussi dans nos fa&#231;ons de percevoir, d'aimer, de r&#233;sister, d'habiter les espaces (militants, intimes, festifs) selon une gamme d'affects &#8212; nostalgie, m&#233;lancolie, joie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La jeunesse comme horizon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re ligne critique interroge la centralit&#233; de la jeunesse dans les imaginaires queer. Le queer a-t-il trop vite &#233;pous&#233; les formes, rythmes et esth&#233;tiques de la jeunesse comme moteurs politiques ? Les productions queer, en se centrant autour de ce que Jack Halberstam a nomm&#233; &#8211; avec entrain &#8211; une &lt;i&gt;&#233;pist&#233;mologie de la jeunesse&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;epistemology of youth&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Halberstam, &#171; What's That Smell ? : Queer Temporalities and Subcultural (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;) dans son analyse des perturbations, des remous et des crises de la soci&#233;t&#233; occidentale &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt;, n'ont-elles pas accru la violence d'exclusion de ce qu'une telle &#233;pist&#233;mologie tait, dissimule, voire se refuse &#224; penser &#8211; ou plut&#244;t ne pense que comme une conservation d'un ordre &lt;i&gt;pass&#233; &lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cette &#233;pist&#233;mologie, en mettant au c&#339;ur de la critique les figures de la r&#233;volte jeune, du trouble adolescent, du refus imm&#233;diat, n'a-t-elle pas simultan&#233;ment oblit&#233;r&#233; les formes moins spectaculaires du vieillir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment celles et ceux qui ont forg&#233; les subcultures aujourd'hui devenues &#171; &#233;videntes &#187; pour les plus jeunes g&#233;n&#233;rations, per&#231;oivent-iels leur transformation ou, parfois, leur propre mise &#224; l'&#233;cart ? Quelle place leur est-elle faite dans les r&#233;cits des plus jeunes g&#233;n&#233;rations ? Et que signifie 'vieillir queer' dans des mondes o&#249; la m&#233;moire m&#234;me est souvent fragmentaire, traumatique, ou rejet&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pi&#232;ge du &#171; sublime s&#233;nile &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, lorsqu'il est question de vieillesse, certain&#183;es auteur&#183;es comme Eve Kosofsky Sedgwick, en suivant Barbara Herrnstein Smith, ont mobilis&#233; la notion de &#171; sublime s&#233;nile &#187; (&lt;i&gt;senile sublime&lt;/i&gt;). Ce sublime repose sur une s&#233;rie de crit&#232;res : la libert&#233; de ne plus devoir plaire, la s&#233;r&#233;nit&#233; face au ridicule, et surtout une forme de ma&#238;trise esth&#233;tique. Mais ce partage entre la fougue juv&#233;nile et la sagesse de l'&#226;ge ne risque-t-il pas de reconduire une hi&#233;rarchie implicite, o&#249; la vieillesse ne serait acceptable qu'&#224; condition d'avoir produit une &#339;uvre, une trace, une ma&#238;trise &#8211; bref, un accomplissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux gestes &#8212; celui du mouvement de la jeunesse et celui du paroxysme ma&#238;tris&#233; de la vieillesse &#8212; tendent &#224; &#233;touffer d'autres fa&#231;ons de penser le vieillir. Peut-on aborder la vieillesse sans le mesurer &#224; l'aune d'une r&#233;ussite, d'un accomplissement social, artistique ou intellectuel ? Peut-on d&#233;caler le regard hors de la nostalgie, ou d'une id&#233;e de la 'bonne' vieillesse oppos&#233;e &#224; une 'mauvaise' ? Il s'agit ici d'ouvrir un espace pour penser le vieillir &#224; travers une esth&#233;tique de l'&#233;chec, ch&#232;re aux th&#233;ories queer : refuser que la vieillesse soit jug&#233;e selon les standards d'une jeunesse qui persisterait comme &#233;talon de valeur dans une logique performative trop famili&#232;re aux r&#233;cits lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Repr&#233;sentations et refoulements&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les productions culturelles, la vieillesse queer demeure trop souvent un hors-champ : elle appara&#238;t comme horizon mena&#231;ant &#8211; la fin de la s&#233;duction, de la drague &#8211; ou comme une absence totale &#8211; des mondes peupl&#233;s uniquement d'&#233;ph&#232;bes. Et pourtant, cette vieillesse est l&#224;, persistante, indissociable des univers qui pr&#233;tendent l'&#233;vacuer. Elle insiste, elle fait entendre sa pr&#233;sence. C'est la perspective du queer/homosexuel vieillissant qui vient elle aussi d&#233;stabiliser les repr&#233;sentations contemporaines dont s'accommodent &#224; merveille le capitalisme &#8211; corps jeunes, beaux, valides. C'est pourquoi la grammaire politique de la dissidence sexuelle doit int&#233;grer une lecture interg&#233;n&#233;rationnelle des pratiques, des affects, des appartenances. Il s'agit de penser les circulations de m&#233;moire, les formes de soin, les r&#233;seaux d'entraide, pour reconfigurer les lieux et les mani&#232;res de faire communaut&#233; &#8212; et pas seulement dans un Occident blanc et urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que signifie vieillir dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les corps non-blancs sont surexploit&#233;s et pr&#233;caris&#233;s ? O&#249; les logiques postcoloniales de circulation fragment&#233;e imposent des vies administr&#233;es ? O&#249; les VISAs expirent avant m&#234;me qu'une vieillesse soit possible ? Dans quelles conditions affronte-t-on l'usure du temps quand la migration, le racisme d'&#201;tat, ou les d&#233;tachements culturels forcent &#224; vivre le vieillissement dans des environnements hostiles ou indiff&#233;rents ? Il s'agit de prendre au s&#233;rieux ces intersections : penser le vieillir queer ne peut faire l'&#233;conomie des rapports de race, de classe, de nationalit&#233; et de mobilit&#233; impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible de penser la vieillesse queer sans &#233;voquer la m&#233;moire de l'&#233;pid&#233;mie de VIH-sida. Les corps qui vieillissent sont aussi ceux qui ont surv&#233;cu &#8212; parfois seuls &#8212; et avec des effets secondaires lourds. Ils portent des r&#233;cits que les politiques de sant&#233; publique, les institutions culturelles, et parfois m&#234;me les communaut&#233;s LGBTQ+, n'ont pas toujours su &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles marques n&#233;cessitent alors de produire une sc&#232;ne collective o&#249; le vieillir pourra s'&#233;noncer, selon la complexit&#233; des affects et des mat&#233;rialit&#233;s. Une approche dissidente de la vieillesse peut-elle penser la vieillesse autrement que comme &lt;i&gt;source &lt;/i&gt;de mod&#232;les respectables (comme le sublime s&#233;nile)&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; mais aussi en se m&#233;fiant de la tentation permanente de r&#233;duire les acteur.rices politiques &#224; n'&#234;tre que des voix spectrales ? Il s'agit ici de donner &#224; entendre les voix minor&#233;es dans leur multiplicit&#233;, leur quotidiennet&#233;, leurs frictions avec le monde, pour faire du vieillir queer non une fin mais une politique qui ouvre la dissidence aux corps hors d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les textes seront s&#233;lectionn&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet appel est &#224; destination hybride, c'est-&#224;-dire qu'une partie des textes finaux proviendra de cet appel public et une autre partie proviendra de commandes pass&#233;es directement. Le num&#233;ro sortira en avril 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment envoyer sa proposition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envoyez-nous une note d'intention (quelques paragraphes, pas plus d'une page) ou bien un extrait si le texte est d&#233;j&#224; r&#233;dig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand ?&lt;/strong&gt; avant le&lt;strong&gt; 30 juin 2025&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;O&#249; ? &lt;/strong&gt; &#224; l'adresse suivante : trounoirvieillir@proton.me&lt;br class='manualbr' /&gt;R&#233;ponse &lt;strong&gt;31 juillet 2025&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Rendu final du texte (entre 20 000 et 30 000 signes) : &lt;strong&gt;28 f&#233;vrier 2026&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sortie pr&#233;vue :&lt;strong&gt; avril 2026&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les contributions seront r&#233;mun&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro est coordonn&#233; par Quentin Dubois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source de l'image en frontispice :&lt;i&gt; Le Livre d'Urizen&lt;/i&gt;, William Blake.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Halberstam, &#171; What's That Smell ? : Queer Temporalities and Subcultural Lives &#187;, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une sexualit&#233; sans rivages</title>
		<link>https://trounoir.org/Pour-une-sexualite-sans-rivages</link>
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		<dc:date>2025-03-20T09:48:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; toute pratique sexuelle est le produit de conditions sociales &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/pou_une.png?1742405215' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publication hebdomadaire de l'Organisation Communiste des Travailleurs (OCT), &lt;i&gt;l'&#233;tincelle&lt;/i&gt; est un organe militant national qui voit le jour &#224; la fin de l'ann&#233;e 1976. L'archive que nous pr&#233;sentons ci-apr&#232;s, tir&#233;e du num&#233;ro 39 et dat&#233;e du jeudi 24 novembre 1977 (intitul&#233; : Sur le dos du peuple palestinien) introduit un dossier sur l'homosexualit&#233; qui contient un &#233;tat des lieux du militantisme homosexuel, un entretien avec Daniel Gu&#233;rin, un texte sur la Catalogne et un autre sur la p&#233;d&#233;rastie (avec comme enjeu la remise en question de la loi promulgu&#233;e par le r&#233;gime de Vichy &#233;tablissant le d&#233;lit d'homosexualit&#233;). En guise de signature, ce dossier contient un encart qui t&#233;moigne de la difficult&#233; &#224; faire exister un militantisme homosexuel au sein de l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise : &#171; Ce dossier a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par des camarades de la commission homosexualit&#233; de l'OCT qui en assumera la responsabilit&#233;. Son caract&#232;re incomplet et son souci de soulever des probl&#232;mes plut&#244;t que de proposer une &#233;laboration t&#233;moignent de la fragilit&#233; de l'avanc&#233;e des r&#233;volutionnaires et de notre organisation sur cette question. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons choisi de pr&#233;senter ce texte, car il r&#233;sonne avec &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Quand-nos-desirs-font-desordre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le livre de Mathias Qu&#233;r&#233;&lt;/a&gt; sur le militantisme homosexuel des GLH. Car si l'extr&#234;me gauche a longtemps &#233;t&#233; une difficult&#233; suppl&#233;mentaire &#224; la construction d'un mouvement homosexuel, il en a pourtant copi&#233; les formes militantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait de mettre le d&#233;sir au centre de la vie et de pr&#233;senter les pratiques sexuelles comme produit de conditions sociales nous indique la mani&#232;re dont les militant&#11825;es homosexuel&#11825;les d'extr&#234;me gauche ont construit la question politique homosexuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Incontestablement, les temps changent. Il y a quelques ann&#233;es encore parler de l'homosexualit&#233; y compris dans un journal r&#233;volutionnaire &#233;tait quasiment impossible. Aujourd'hui, l'attitude la plus r&#233;pandue (du moins &#224; gauche, car &#224; droite on continue de r&#233;primer) c'est le lib&#233;ralisme. &#171; Ce n'est ni une maladie ni une tare contre nature&#8230; laissez-les vivre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;marche singuli&#232;rement restrictive, bien qu'elle constitue un premier pas pour se d&#233;tacher des conceptions &#224; la Duclos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Duclos fut d&#233;put&#233;, s&#233;nateur, responsable du Parti Communiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; la classe ouvri&#232;re n'aime pas les p&#233;d&#233;s &#187; ou &#171; c'est un vice bourgeois &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;marche conduit &#224; la lutte pour la d&#233;fense des droits d&#233;mocratiques d'une minorit&#233; opprim&#233;e, lutte contre la r&#233;pression et les discriminations qu'elle subit quotidiennement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la lutte des homosexuel&#11825;les comme celle des femmes nous offrent la possibilit&#233; d'un questionnement sur l'ensemble de notre sexualit&#233; et c'est de cela aussi que nous devons nous saisir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d'o&#249; vient la classification des individus, ce d&#233;coupage que fait notre soci&#233;t&#233; selon les pratiques sexuelles : les h&#233;t&#233;rosexuels (relations entre gens de sexe oppos&#233;) normaux et majoritaires, et les homosexuels anormaux et marginaux ? Est-ce la nature qui parle ? Sans jouer au doctrinaire marxiste, on sait depuis Engels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Engels, L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; et de l'&#201;tat, 1884.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il n'en est rien. Alors ? Alors, c'est que comme le montre la psychanalyse au d&#233;part, en chaque individu le d&#233;sir est indiff&#233;renci&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il n'est pas fix&#233; sur tel ou tel sexe. Autrement dit, on ne nait pas homosexuel ou h&#233;t&#233;rosexuel et le d&#233;sir peut se porter tour &#224; tour aussi bien sur quelqu'un de son sexe ou de l'autre. Si le d&#233;sir prend peu &#224; peu une forme pr&#233;cise, s'attache d&#233;finitivement &#224; un sexe d&#233;termin&#233;, ce n'est que par des limitations successives, par des pressions sociales pot&#233;es par la famille, l'&#233;cole, enfin tout ce qui fait la vie des gens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si bien que finalement, la majorit&#233; des gens reproduit le mod&#232;le dominant : celui du couple h&#233;t&#233;rosexuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi la bourgeoisie pour renforcer sa domination ne laisse rien dans l'ombre et un des moyens d'&#233;tablir son pouvoir est la manipulation des d&#233;sirs. Elle doit pr&#233;parer chaque individu &#224; jouer son r&#244;le dans la famille bourgeoise. C'est ainsi qu'elle exalte l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et exclue l'homosexualit&#233;, la rejette hors de la soci&#233;t&#233;, lui am&#233;nage ses r&#233;seaux, ses ghettos. Ainsi l'homosexualit&#233; devient une cat&#233;gorie, et une cat&#233;gorie &#224; part. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est justement contre cela que nous devons nous battre ; il nous faut interroger cette homosexualit&#233; refoul&#233;e, ni&#233;e, mais latente et existante en chaque individu et m&#234;me traversant l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que l'homosexualit&#233; soit tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e dans des institutions o&#249; on ne trouve que des individus du m&#234;me sexe (pensionnat, arm&#233;e, prison&#8230;) montre non pas, comme le pensent certains, que c'est une sexualit&#233; de substitution, mais que toute pratique sexuelle est le produit de conditions sociales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est qu'&#224; travers cette d&#233;marche que nous pourrons d&#233;passer la d&#233;fense d'une minorit&#233; opprim&#233;e pour lutter contre l'ensemble des mod&#232;les que nous impose la bourgeoisie en mati&#232;re de sexualit&#233; et contre cette division que la sert si bien entre homosexuels et h&#233;t&#233;rosexuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r cette d&#233;marche ne signifie pas l'introduction de nouvelles normes sexuelles. Il ne s'agit pas de &#171; valoriser &#187; l'homosexualit&#233; comme naturellement subversive et r&#233;volutionnaire, mais de par son statut de sexualit&#233; opprim&#233;e (comme celle des femmes) l'homosexualit&#233; peut avoir un r&#244;le important dans la remise en cause des rapports sociaux bourgeois, dans la lutte pour une autre soci&#233;t&#233; o&#249; serait permis l'&#233;panouissement de la composante homosexuelle du d&#233;sir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;marche est le compl&#233;ment indispensable de la lutte contre toutes les cons&#233;quences de l'oppression sp&#233;cifique des homosexuel.les aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/etincelle.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/etincelle.png?1742405238' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Duclos fut d&#233;put&#233;, s&#233;nateur, responsable du Parti Communiste Fran&#231;ais et candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 1969. Lors d'un meeting &#224; la Mutualit&#233;, un militant du FHAR interpelle les responsables du PCF &#224; propos de la position du parti &#171; sur les pr&#233;tendues perversions sexuelles &#187;. Jacques Duclos r&#233;pondra alors avec v&#233;h&#233;mence : &#171; Comment vous, p&#233;d&#233;rastes, avez-vous le culot de venir nous poser des questions ? Allez vous faire soigner. Les femmes fran&#231;aises sont saines ; le PCF est sain ; les hommes sont faits pour aimer les femmes. &#187; (Cit&#233; dans Jacques Girard, Le Mouvement homosexuel en France, 1945-1980 Syros, Paris, 1981).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; et de l'&#201;tat&lt;/i&gt;, 1884.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fragments scatopolitiques</title>
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		<dc:date>2025-03-20T09:48:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Anus</dc:subject>
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		<dc:subject>Cy Lecerf Maulpoix</dc:subject>
		<dc:subject>merde</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &#201;crite, la merde ne sent pas. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/photofujr.jpg?1741868760' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aimons-nous la merde ? Peu importe les r&#233;ponses, avant m&#234;me de nous exprimer, un arsenal de concepts, de cat&#233;gories, de classifications pr&#233;c&#232;de et quadrille notre &#171; id&#233;e &#187; sur le sujet. Le texte de Cy Lecerf Maulpoix est une m&#233;ditation sur la gestion des excr&#233;ments dans nos sexualit&#233;s, entre honte et plaisir, entre l'&#233;conomie et le l&#226;cher-prise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est issu de &lt;i&gt;Trou Noir 2 - Aimons-nous le sexe ?&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/spip.php?page=boutique&#034;&gt;Pour commander ce num&#233;ro, rendez-vous sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aussi loin que je me souvienne, bien avant que ne se forme la conscience de ma propre homosexualite&#769;, j'ai toujours e&#769;te&#769; fascine&#769; par les culs. Plus encore que les bites dont je ne devais de&#769;couvrir l'inte&#769;re&#770;t qu'assez tardivement, leur relief, leur peau duveteuse ou glabre, leur couleur constituaient pour moi des objets de contemplation sans pareil. Un jeu d'enfant, de&#769;veloppe&#769; de&#768;s la maternelle, re&#769;gulie&#768;rement sanctionne&#769; par les adultes, le &#171; baisse-froc &#187;, consistait ainsi a&#768; aligner contre le mur, des camarades plus ou moins volontaires, puis a&#768; baisser avidement leurs pantalons, shorts ou jupes a&#768; tour de ro&#770;le. A&#768; ce jeu de domination et de de&#769;voilement, possible re&#769;plique au fait d'avoir e&#769;te&#769; a&#768; la me&#770;me e&#769;poque re&#769;gulie&#768;rement de&#769;ve&#770;tu avec violence, fesse&#769; ou frappe&#769;, s'ajoutaient d'autres jeux en prise avec la salete&#769; et les excre&#769;ments. Merdes de chiens, de chats, fientes d'oiseaux, poigne&#769;e de terre et de sable devenaient l'objet de pure&#769;es, de soupes dont l'enjeu e&#769;tait tanto&#770;t de les avaler, tanto&#770;t de les faire avaler a&#768; un tiers ou de les balancer contre les murs, les vitres de l'e&#769;cole primaire et les maisons des alentours. Jusqu'a&#768; l'adolescence, mon cousin et moi avions me&#770;me de&#769;die&#769; une radio a&#768; nos penchants scatos partage&#769;s. Bruits de pets, comptines salaces, faux re&#769;cits de coprophagie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On distinguera d'emble&#769;e, scatophilie ou coprophilie, la recherche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou histoires de merde s'encheve&#770;traient les unes aux autres racontant une obsession commune : s'exposer ou exposer l'autre a&#768; une re&#769;gion du corps, un de&#769;sir, une matie&#768;re charge&#769;s de re&#769;probation sociale (et parentale), se salir ou salir l'autre et simultane&#769;ment jouir ensemble de leur haut potentiel provocateur et comique. Cette se&#769;rie de gestes obsessionnels lie&#769;s a&#768; l'humiliation, au cul, l'analite&#769; et peut-e&#770;tre plus encore, aux excre&#769;ments, ont joue&#769; un ro&#770;le central des anne&#769;es durant. Au moins jusqu'a&#768; ce que mon de&#769;sir pe&#769;de&#769;, et la honte s'y accolant de prime abord, ne les repoussent vers les marges obscures de mes souvenirs d'enfance. Ces penchants n'ont pourtant, je le crois, jamais ve&#769;ritablement disparu. Ils ont mute&#769;, troublant l'endroit me&#770;me de ma sexualite&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; E&#769;crite, la merde ne sent pas &#187; conside&#769;rait le psychanalyste et poe&#768;te Dominique Laporte en citant Roland Barthes dans son &lt;i&gt;Histoire de la merde &lt;/i&gt;en 1978&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique Laporte, Histoire de la merde, Christian Bourgois, 2003 (1978).&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Momentane&#769;ment pre&#769;serve&#769; par l'e&#769;criture et la distance qu'elle instaure, j'aimerais pourtant rappeler a&#768; moi l'odeur de malaise que ces histoires re&#769;pandent autour d'elle. A&#768; vous parler de merde, il me faut affronter un &#171; tas &#187; d'affects contradictoires, indices de la force d'attraction de ce qui a e&#769;te&#769; construit comme abject, comme l'un de ces objets qui &#171; hantent les marges de l'identite&#769; du sujet et menacent de le troubler et de le de&#769;faire, &lt;i&gt;ab-jicere&lt;/i&gt;, signifie exclure, chasser ou rejeter [...] L'abject est tout ce que le sujet cherche a&#768; effacer pour devenir un sujet social ; c'est aussi le sympto&#770;me de l'e&#769;chec de cette pre&#769;tention &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je cite ici un extrait de l'article d'Anne McClintock, &#171; Race, classe, genre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi convoquerai-je cet objet-abject a&#768; la surface, au seuil d'une conscience critique, non pas pour e&#769;laborer une architecture the&#769;orique solide mais simplement pour vous proposer des fragments de re&#769;flexions e&#769;parses. Comme autant de petites productions excre&#769;mentielles visant a&#768; lui donner plus de relief, a&#768; impre&#769;gner nos terreaux critiques et politiques au pre&#769;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIRTY BOTTOMS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne manque pas, comme beaucoup de queers et de gays se faisant re&#769;gulie&#768;rement prendre par le cul, d'histoires intimes, d'anecdotes de baise embarrasse&#769;es (ou avorte&#769;es dans le pire des cas) par l'intrusion de la merde sur la sce&#768;ne e&#769;rotique. Si je vous e&#769;pargne les expressions fige&#769;es et tendues, les cheminements maladroits ou rapides vers la salle de bain d'un plan grindr, les frottements fre&#769;ne&#769;tiques de draps, qui ont pu parfois ponctuer ces moments, je cherche a&#768; comprendre une autre grimace, plus terminologique, lorsqu'un bout ou une trace de merde sur un coussin, un gland, un gode ou la peau d'une fesse se voient ne&#769;cessairement pense&#769;s ou qualifie&#769;s comme un &#171; rate&#769; &#187; ou un &#171; accident &#187;. Cette grimace est, je crois, loin de m'e&#770;tre spe&#769;cifique. Les applis nous le rappellent tous les jours. En dehors de quelques fe&#769;tiches des culs sales et des plans scats, partout sur les re&#769;seaux, les odes a&#768; la proprete&#769; pullulent. Combien d'articles, de vide&#769;os nous expliquent comment e&#769;viter la ge&#770;ne de chier chez ou sur un partenaire d'un soir, regorgent de conseils pour empe&#770;cher les &#171; incidents de sodomie &#187;, nettoyer nos colons sans abi&#770;mer nos parois et notre flore intestinale, choisir le bon psyllium, la bonne canule de douche ou poire a&#768; lavement ? S'il ne s'agit pas d'e&#769;vacuer l'importance de prendre soin de ses fesses comme de son syste&#768;me digestif, j'aimerais pourtant re&#769;inscrire cet enjeu de proprete&#769; et de contro&#770;le anal, constamment encourage&#769; par ce que je perc&#807;ois comme une forme d'imaginaire culturel et sexuel he&#769;ge&#769;monique, dans une histoire plus collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois, alors que je me de&#769;battais avec la manie&#768;re d'e&#769;crire sur des archives queer endeuille&#769;es, avec ce qu'elles de&#769;clenchaient physiquement et e&#769;motionnellement chez moi, une amie m'a conseille&#769; la lecture d'un ouvrage de la chercheuse et auteure Julietta Singh. Dans &lt;i&gt;No archive will restore you&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie grandement Emma Big&#233; de m'avoir fait d&#233;couvrir ce texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Singh prend conscience que &#171; la merde avait toujours trai&#770;ne&#769; au bord de [s]a prose &#187; sans qu'elle ne prenne jamais le temps de s'y pencher, un constat qu'elle expose a&#768; son nouveau partenaire queer, quand bien me&#770;me la de&#769;fe&#769;cation a e&#769;te&#769; chasse&#769;e des abords de leur jeune relation amoureuse et de leur sexualite&#769;. Elle e&#769;voque e&#769;galement une autre peur, plus commune :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;l'angoisse partage&#769;e par de nombreuses femmes enceintes face a&#768; la sce&#768;ne de l'accouchement, aux re&#769;percussions pour leurs partenaires masculins de voir un autre corps sortir de leurs canaux vaginaux, et a&#768; la perspective probable de chier devant eux pendant l'accouchement. Combien de femmes se demandent si leurs partenaires pourraient les trouver sexuellement de&#769;sirables apre&#768;s avoir vu leur corps produire de la matie&#768;re organique de manie&#768;re aussi flagrante ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette peur de la fin du de&#769;sir lorsqu'un sujet redevient corps non seulement producteur de vie mais e&#769;galement d'une matie&#768;re conside&#769;re&#769;e comme avilissante m'est reste&#769;e en te&#770;te, notamment lorsque nous avons a&#768; conside&#769;rer la manie&#768;re dont se vit l'analite&#769; du de&#769;sir pe&#769;de&#769;. En fouillant dans d'autres souvenirs de lecture, m'est revenu cette sce&#768;ne de baise entre le jeune narrateur d'&lt;i&gt;Un Bref instant de splendeur &lt;/i&gt;d'Ocean Vuong et son jeune amant Trevor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ocean Vuong, Un Bref instant de splendeur, Gallimard, 2019&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; C'e&#769;tait ma faute. Je l'avais souille&#769; avec ma pe&#769;de&#769;rastie, l'impurete&#769; de notre acte de&#769;voile&#769;e au grand jour par l'incapacite&#769; de mon corps a&#768; se contenir &#187; raconte-t-il apre&#768;s avoir &#171; sali &#187; le sexe de ce dernier. Indiffe&#769;rent a&#768; son malaise, a&#768; la grande surprise du narrateur, Trevor l'emme&#768;ne se rincer dans une rivie&#768;re puis s'attache a&#768; lui bouffer le cul :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand il a eu fini, il s'est essuye&#769; la bouche du revers du bras, puis m'a e&#769;bouriffe&#769; les cheveux avant de patauger jusqu'a&#768; la rive. &#171; Toujours aussi bon, a-t-il dit par-dessus son e&#769;paule.&lt;/i&gt;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Toujours &#187; ai-je re&#769;pe&#769;te&#769;, comme si je re&#769;pondais a&#768; une question [...]. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le narrateur, la crainte de la merde correspond e&#769;videmment a&#768; la peur d'avoir fracture&#769; la possibilite&#769; du de&#769;sir sexuel, imme&#769;diatement de&#769;mentie par les gestes de l'amant. Mais elle s'enracine chez Vuong dans une terre de honte plus ancienne. La honte d'un &#171; accident &#187; ne se vit pas seulement comme une incapacite&#769; a&#768; se contenir, a&#768; mai&#770;triser son corps, caracte&#769;ristique d'une certaine privatisation et discipline digestive et anale. Elle se rapporte a&#768; &#171; l'he&#769;ritage-stigmate &#187; d&#8216;une impurete&#769; homosexuelle, re&#769;pandant de&#769;sormais son odeur et sa couleur a&#768; l'air libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il me semble que ma relation avec les fesses, l'analite&#769; et les excre&#769;ments re&#769;sonne ine&#769;vitablement avec un he&#769;ritage intime et social de re&#769;pression, de violence et d'humiliation, j'aimerais saisir la manie&#768;re dont honte de la merde et honte homosexuelle cheminent ensemble. Dont elles affectent, hantent, appauvrissent nos gestes et nos subjectivite&#769;s afin d'y trouver la&#768; la possibilite&#769; d'un renversement, d'une autre incarnation e&#769;rotique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ABJECTION ET CIVILISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le the&#769;oricien russe de la litte&#769;rature Mikhai&#776;l Bakhtine nous explique que dans la cosmogonie me&#769;die&#769;vale, la distinction entre le haut et le bas-corporel propose une hie&#769;rarchie de valeurs : entre l'espace de la parole, du verbe et de l'esprit, et celui d'une immanence corporelle, physique lie&#769;e au processus de digestion, de de&#769;fe&#769;cation mais aussi &#224; la sexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mikhai&#776;l Bakhtine, L'&#339;uvre de Franc&#807;ois Rabelais et la culture populaire au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors de la fe&#770;te des sots ou des fous, pre&#769;misse de nos carnavals futurs, l'excre&#769;ment joue un ro&#770;le fondamentalement subversif a&#768; rebours des normes qui re&#769;gissent la vie sociale et religieuse. On s'en enduit ou on le jette sur les figures travesties de l'autorite&#769; ; nourritures et excre&#769;ments re&#769;affirment un retournement temporaire des valeurs, la ce&#769;le&#769;bration d'un corps ramene&#769; a&#768; ses liens premiers avec la terre. Cette distinction, ou pluto&#770;t discrimination, est reste&#769;e structurante dans nos religions monothe&#769;istes mais aussi dans la construction de nos socie&#769;te&#769;s europe&#769;ennes et du sujet moderne. La ne&#769;cessite&#769; de s'extirper de cette condition corporelle est saisie par Sigmund Freud et la psychanalyse a&#768; l'ore&#769;e du 20e sie&#768;cle. Avec le sang, les urines, la merde appartient a&#768; un &#171; douloureux reste de terre &#187; (Erdenrest), que la quasi-totalite&#769; du vivant a en commun : une part irre&#769;ductible, physiologique, &#171; animale &#187; qui nous rappelle a&#768; notre condition plus large de terrestres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de Michel Bousseyroux, He&#769;te&#769;rologie de l'abject, L'en-je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Freud, le de&#769;gou&#770;t de l'homme occidental envers ses propres de&#769;jections mais e&#769;galement l'attraction concomitante qu'elles peuvent ge&#769;ne&#769;rer, manifeste un refoulement caracte&#769;ristique du processus civilisationnel dont il est contemporain. Cette analyse s'incarne notamment dans sa the&#769;orie des diffe&#769;rents stades chez l'enfant. Le de&#769;passement du stade anal consiste ainsi en un refoulement des pulsions et plaisirs lie&#769;s a&#768; l'analite&#769; : qu'il s'agisse de l'expulsion, de la re&#769;tention ou de la manipulation de ses excre&#769;ments. Le contro&#770;le et la mai&#770;trise de son analite&#769; s'articulent e&#769;troitement a&#768; un processus de socialisation, a&#768; la reconnaissance de ce qu'il devient ne&#769;cessaire de rejeter socialement comme impur ou sale. Autrement dit, la&#768; ou&#768; se trouve la possibilite&#769; de produire, retenir, expulser de la merde, la possibilite&#769; de la jouissance doit disparai&#770;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Paul B. Preciado s'appuyant sur les analyses de Gilles Deleuze et Fe&#769;lix Guattari, le travail moderne et disciplinaire du corps valorise l'oralite&#769; lorsque l'anus est le &#171; premier organe privatise&#769;, rejete&#769; en dehors du champ social [...] &#187;. Il &#171; n'a pas de genre, n'est ni masculin ni fe&#769;minin, produit un court-circuit dans la division sexuelle, est un centre de passivite&#769; fondamentale, un lieu abject par excellence, de par sa proximite&#769; avec les de&#769;chets et la merde, trou noir universel par lequel se faufilent les genres, les sexes, les identite&#769;s, le capital &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul B. Preciado, Testojunkie. Sexe, drogue et biopolitique, Paris, Grasset, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La discipline et la domestication des corps, la construction de l'analite&#769; mais aussi des excre&#769;ments comme abjects sont intriqu&#233;es au syst&#232;me e&#769;conomique et social. En 1978, le militant et the&#769;oricien gay Mario Mieli, inspire&#769; par les analyses freudiennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Trois Essais sur la the&#769;orie sexuelle, Paris, Gallimard, 1987.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, e&#769;voquait e&#769;galement ce lien de cause a&#768; effet, cette &#171; sublimation capitaliste de l'analite&#769; par l'argent &#187;, c'est-a&#768;-dire la transformation d'une jouissance re&#769;prime&#769;e lie&#769;e a&#768; la re&#769;tention anale et la de&#769;fe&#769;cation en un inte&#769;re&#770;t compulsif pour l'argent et son accumulation. &#171; Le monde capitaliste n'est pas une merde, [...] c'est pluto&#770;t un monstrueux fe&#769;tiche de la merde &#187;, e&#769;crit-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mario Mieli, E&#769;le&#769;ments de critique homosexuelle. Italie : les anne&#769;es de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Dominique Laporte, l'ide&#769;ologie socie&#769;tale du propre est me&#770;me historiquement indissociable du de&#769;veloppement de la pense&#769;e de la proprie&#769;te&#769;, de l'e&#769;mergence de classes et de groupes sociaux ayant la possibilite&#769; de pre&#769;tendre e&#769;chapper a&#768; leurs propres merdes comme a&#768; leurs effets sanitaires. La cre&#769;ation d'e&#769;gouts, d'acce&#768;s a&#768; des eaux non-souille&#769;es par les de&#769;chets jete&#769;s en pleine rue, la privatisation des toilettes au cours des derniers sie&#768;cles, manifestent une &lt;i&gt;biopolitique&lt;/i&gt;, une forme de gouvernementalite&#769; touchant directement la vie des sujets ou plus encore leurs excre&#769;ments, ce que l'on pourrait de&#769;finir conse&#769;quemment comme un copro-pouvoir ou une scatopolitique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte le terme de copro-pouvoir, lui-me&#770;me inspire&#769; du biopouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PEUPLES BOUSEUX ET MARGES IMPURES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas e&#769;tonnant de retrouver de la merde aux alentours des histoires de contro&#770;le social et d'exploitation. L'abjection par l'excre&#769;ment devient la marque contaminant les sujets a&#768; dominer ou discriminer. Si l'association entre la paysannerie et les excre&#769;ments a plus souvent e&#769;te&#769; mise en avant en raison du lien de cette dernie&#768;re avec la terre et les de&#769;jections animales, la philosophe Elsa Dorlin la rapproche e&#769;galement du processus de sorcie&#769;risation des sages-femmes au 17e sie&#768;cle. Leurs reme&#768;des deviennent des male&#769;fices sous la forme de &#171; soupes faites d'excre&#769;ments et de de&#769;chets (urine, sang, fiente, charognes, etc.) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Ge&#769;ne&#769;alogie sexuelle et coloniale de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mode d'existence des &#171; sorcie&#768;res &#187;, les cultures et connaissances qu'elles incarnent renvoient justement a&#768; une forme de savoir, a&#768; un certain rapport au corps, a&#768; la matie&#768;re, a&#768; la vie et &#224; la mort qu'il s'agit d'e&#769;radiquer au profit de la transformation et de la modernisation d'une me&#769;decine patriarcale soutenant l'e&#769;mergence du capitalisme moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De me&#770;me, si l'apanage fantasmatique lie&#769; a&#768; la salete&#769;, au bas-corporel a pu nourrir les re&#769;cits coloniaux pendant longtemps, l'enjeu de maintenir une hie&#769;rarchie plantocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme est utilise&#769; par Elsa Dorlin. La plantocratie de&#769;signe un syste&#768;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et une he&#769;ge&#769;monie blanche au sein de la socie&#769;te&#769; coloniale du 18e sie&#768;cle aboutit a&#768; l'e&#769;mergence de nouvelles formes de stigmatisation circulant au sein des populations racise&#769;es. En te&#769;moigne l'exemple des enfants me&#769;tisses ne&#769;s d'une me&#768;re noire esclave et d'un Europe&#769;en ou colon blanc he&#769;ritant de &#171; la condition servile &#187; maternelle selon le Code noir. Convoite&#769;s politiquement et strate&#769;giquement pour aider a&#768; maintenir un contro&#770;le sur les vies noires et pour lutter contre les insurrections et conflits qui e&#769;maillent et fracturent le syste&#768;me colonial, ils sont incorpore&#769;s dans la police, charge&#769;s de chasser les esclaves en fuite. Ils deviennent, comme le raconte Dorlin, &#171; miliciens, chasseurs de marrons [...] une force de re&#769;pression et de maintien de l'ordre local &#187;. Ils se voient en raison de leur alliance, affuble&#769;s par les populations noires, marronnes ou esclaves, du sobriquet insultant de &#171; caca-be&#769;que&#769; &#187; ou caca blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, a&#768; la me&#770;me e&#769;poque, le lien entre excre&#769;ments, sodomie et homosexualite&#769; raconte d'autres formes de re&#769;pression et se voit constamment mobilis&#233; comme argument moral et politique de de&#769;valuation. Comme le rappelle le chercheur Thierry Pastorello, certains pamphlets re&#769;volutionnaires, apre&#768;s l'abolition du crime de sodomie en 1791, reconduisent par exemple des ide&#769;ologies sur l'anti-naturalite&#769; de l'homosexualite&#769; masculine. Le patriote re&#769;volutionnaire viril rejette ainsi l'homosexualite&#769; et les pratiques anales du co&#770;te&#769; de la de&#769;cadence aristocratique. Pluto&#770;t le sang que la merde de&#769;clame-t-il : &#171; Je de&#769;teste les bardaches et les bougres qui pe&#770;chent les e&#769;trons a&#768; la ligne et lorsque je bandais, je me serais branle&#769; jusqu'au sang, pluto&#770;t que d'insinuer mon vit entre des fesses dont je l'aurais tire&#769; tout merdeux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Reque&#770;te en faveur des putains, des fouteuses, des maquerelles et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques anne&#769;es plus tard, des images satiriques visant le re&#769;gime napole&#769;onien via l'un de ses ministres Jean-Jacques-Re&#769;gis de Cambace&#769;re&#768;s re&#769;actualisent cette association. Souvent caricature&#769; en raison de son homosexualite&#769; et de sa gourmandise, conside&#769;re&#769;es comme re&#769;ve&#769;latrices d'une de&#769;cadence morale et e&#769;conomique du re&#769;gime, plusieurs images le pre&#769;sentent tanto&#770;t en porc se nourrissant dans une auge pleine d'excre&#769;ments tanto&#770;t en pe&#770;cheur d'e&#769;trons. &#171; Au porc impur, glouton et sale s'ajoute de&#769;sormais le cochon luxurieux et libidineux &#187; analyse ainsi Pastorello.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu moins d'un sie&#768;cle plus tard, l'e&#769;mergence de la sexologie articule autrement analite&#769;, homosexualite&#769; et coprophagie. Pour le me&#769;decin anglais Havelock Ellis, attache&#769; a&#768; l'ide&#769;e de de&#769;criminaliser l'inversion sexuelle, l'appel a&#768; la tole&#769;rance se fait n&#233;anmoins au nom d'une logique ambigue&#776; : &#171; manger des excre&#769;ments [...] est extre&#770;mement de&#769;gou&#770;tant, mais ce n'est pas criminel. La confusion qui existe ainsi, me&#770;me dans l'esprit des juristes, entre le de&#769;gou&#770;tant et le criminel est une preuve supple&#769;mentaire de la non-pertinence de la peine juridique pour l'homosexualite&#769; ordinaire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Havelock Ellis, L'Inversion sexuelle, Cercle du Livre Pre&#769;cieux, 1966 (1900).&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Diffe&#769;remment, dans l'un des rares ouvrages re&#769;cents portant sur les excre&#769;ments, &lt;i&gt;Histoire et bizarreries des excre&#769;ments&lt;/i&gt;, l'encyclope&#769;diste autodidacte Martin Monestier relie a&#768; son tour dans un passage sur la coprophagie, les pratiques homosexuelles de&#769;veloppe&#769;es dans les tasses ou vespasiennes du 19e et 20e sie&#768;cle, et notamment celle des croutenards qui consistait notamment a&#768; e&#769;ponger l'urine des toilettes publiques avec un morceau de pain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Monestier, Histoire et bizarrerie des excre&#769;ments, Des origines a&#768; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet homosexuel, quelles que soient ses pratiques, se voit donc re&#769;gulie&#768;rement renvoye&#769; par les imaginaires masculins he&#769;ge&#769;moniques a&#768; la matie&#768;re excre&#769;mentielle et a&#768; la matrice de l'abjection. Au moins jusqu'a&#768; la seconde moitie&#769; du 20e sie&#768;cle, il rele&#768;ve des marges dangereuses, menac&#807;ant le progre&#768;s civilisationnel et e&#769;conomique. Courant toujours le risque d'incarner cette jouissance anale re&#769;prime&#769;e socialement, il pervertit le cycle productif et reproductif, devient synonyme de gaspillage. Il appartient alors, s'il fallait re&#769;-insister, au peuple des de&#769;cadent&#11825;es, aux sujets-de&#769;chets ; les deux termes partageant la me&#770;me racine latine &lt;i&gt;cadere&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; tomber &#187;, en l'occurrence ici dans les marges du re&#769;gime capitaliste. Cette articulation est e&#769;videmment essentielle dans le de&#769;veloppement des the&#769;ories gays re&#769;volutionnaires des anne&#769;es 70 qui revendiquent le stigmate de l'improductivite&#769;, d'un fle&#769;au ou d'une menace sociale susceptible de renverser les logiques civilisationnelles he&#769;te&#769;rocapitalistes. &#171; Nous autres gays le savons bien, notre condition est proche de la re&#769;volte gaie de la merde &#187; e&#769;crit ainsi Mario Mieli en 1977&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mario Mieli, op. cit.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MANGEUR DE CACA ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu cet article passionnant &#171; Poop Worlds : Material Culture and Copropower (or, Toward a Shitty Turn) &#187; de deux universitaires, Shaka McGlotten et Scott Webel pour me rappeler au vague souvenir de plusieurs vide&#769;os virales datant d'une dizaine d'anne&#769;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article d&#233;j&#224; cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premie&#768;re s'intitule &lt;i&gt;Eat Da Poo Poo&lt;/i&gt;. Il s'agit d'une vide&#769;o du pasteur ougandais ouvertement homophobe Martin Ssempa, dans le cadre d'une tourne&#769;e de propagande visant a&#768; faire passer une loi anti-homosexualite&#769; en 2013. Il y mime des pratiques de le&#769;chages d'anus d'hommes gays &#171; mangeurs de caca &#187; (they eat that poo poo) comme ils suceraient une glace. Devenue virale sur internet, la vide&#769;o du pasteur avait fait la rise&#769;e de la toile et l'objet de nombreuses vide&#769;os de remixes techno qui semblent se concentrer, non pas sur l'argumentation homophobe de Ssempa mais pluto&#770;t sur sa diction, sur l'emploi de termes enfantins (poo-poo) et sur sa gestuelle. Pour les deux auteur&#11825;es,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;les internautes semblent moins vouloir lutter contre l'homophobie que ridiculiser les pre&#769;sume&#769;s archai&#776;smes des Africains. Ils demandent, depuis la position classique du racisme impe&#769;rialiste, &#171; Qui croirait vraiment que c'est ce que font la plupart des gays, &#8216;manger du caca comme de la cre&#768;me glace&#769;e' ? &#187;. Une fac&#807;on de lire ces remixes est de les comprendre, ainsi que le documentaire qui leur a servi de source, comme reproduisant les ide&#769;es homonationalistes sur l'exceptionnalisme sexuel de l'Occident, ide&#769;es qui opposent simultane&#769;ment un sujet homonormatif libe&#769;ral et aseptise&#769; me&#769;ritant l'inclusion politique &#224; un autre racialise&#769;, sexuellement abject repre&#769;sentant la mort et la terreur. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'expe&#769;rience blanche occidentale normalise&#769;e et proclame&#769;e comme progressiste ou libe&#769;rale, la merde finit parfois par se retourner contre l'Autre, contre celui qui, hors du syst&#232;me dominant, produit a&#768; son tour un discours d'abjection visant un groupe social spe&#769;cifique. L'abjection circule et mute activement au sein d'une hie&#769;rarchie de domination complexe, rejouant tanto&#770;t des effets de distinction morale, religieuse, impe&#769;rialiste et/ ou sexuelle. Les deux chercheur&#11825;euses prennent par ailleurs soin de rappeler que les discours homophobes qui apparaissent sur l'ordinateur du pasteur dans la vide&#769;o &#233;voquant le risque de transmission bacte&#769;rienne ou virale incarn&#233; par la figure de l'homosexuel coprophage proviennent de textes pseudo-scientifiques issus de la droite chre&#769;tienne conservatrice e&#769;tats-unienne. Ces discours sont, comme on l'a e&#769;voque&#769;, loin d'e&#770;tre spe&#769;cifiques a&#768; ce courant et s'inscrivent au contraire dans la continuite&#769; d'analyses produites en Occident par la me&#769;decine sexuelle depuis plus d'un sie&#768;cle et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce lien entre zone anale, pre&#769;sence d'excre&#769;ments et maladie a longtemps constitue&#769; un des leviers pour organiser, le&#769;gitimer le contro&#770;le sur les corps et stigmatiser les sexualite&#769;s dans les pays occidentaux. Jusque dans les anne&#769;es 70 par exemple dans les pays anglophones, anticipant la panique sanitaire et morale des de&#769;cennies suivantes lie&#769;e a&#768; l'e&#769;pide&#769;mie de sida, l'expression me&#769;dicale de &#171; syndrome de l'intestin gay &#187; (&#171; gay bowel syndrome &#187;) de&#769;signait ainsi un ensemble de sympto&#770;mes gastro-intestinaux allant de la diarrhe&#769;e aux IST qui affecteraient plus spe&#769;cifiquement les hommes gay en raison de leurs pratiques. Pluto&#770;t qu'une analyse spe&#769;cifique de modes de transmission et de distinction de diffe&#769;rentes bacte&#769;ries et virus touchant des populations a&#768; risque, ce terme parapluie, aujourd'hui abandonne&#769;, te&#769;moigne d'une longue histoire de stigmatisation scatopolitique qui s'exacerbe avec l'arrive&#769;e du sida. Les malades, les vies conside&#769;re&#769;es comme inde&#769;sirables ou indignes d'e&#770;tre soigne&#769;es sont alors concre&#768;tement &#171; laisse&#769;es dans la merde &#187;. Confronte&#769;es a&#768; de multiples violences sociales et institutionnelles, elles se voient confronte&#769;es plus crument a&#768; cette matie&#768;re dont la re&#769;surgence devant des proches, des amant&#11825;es ou des ami&#11825;es est de&#769;sormais synonyme de maladie, d'un corps affaibli, qui rela&#770;che ses fluides excre&#769;mentiels sans toujours pouvoir se contro&#770;ler. &#171; La porte de mon appartement est ouverte, je viens d'avoir une chiasse e&#769;pouvantable, je suis triste que Cyril sente ainsi la diarrhe&#769;e et puisse de&#769;sormais l'associer a&#768; moi. &#187;, e&#769;crit l'e&#769;crivain Herve&#769; Guibert dans son journal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herve&#769; Guibert, Le mausole&#769;e des amants. Journal 1976- 1991, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROPRETE&#769; TECHNOSEXUELLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, a&#768; mesure que notre plaisir par et dans le cul (allant de la simple pe&#769;ne&#769;tration a&#768; des pratiques de &lt;i&gt;fist &lt;/i&gt;plus engageantes) quitte les abords des e&#769;rotismes construits comme abjects, ce dernier trouve logiquement son chemin dans notre e&#768;re pharmacopornographique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Paul B. Preciado, &#8220;Le terme de re&#769;gime pharmacopornographique est une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au cours des dernie&#768;res anne&#769;es, les images et repre&#769;sentations de la sexualite&#769; anale, gay, queer ou &lt;i&gt;straight &lt;/i&gt;se sont multiplie&#769;es. Fruits des luttes militantes des de&#769;cennies pre&#769;ce&#769;dentes, en France, les discours me&#769;dicaux comme les dispositifs de soin et d'accompagnement des minorite&#769;s sexuelles, les pratiques de re&#769;duction des risques ou de transmission d'IST lie&#769;es a&#768; l'analite&#769; se sont conside&#769;rablement ame&#769;liore&#769;es. Pourtant l'horizon d'une ve&#769;ritable de&#769;stigmatisation institutionnelle para&#238;t encore lointain et les violences me&#769;dicales a&#768; l'encontre des personnes queers n'ont &#233;videmment pas disparu. De me&#770;me, au sein de nos propres espaces communautaires ou culturels, nos subjectivite&#769;s et pratiques n'e&#769;chappent jamais totalement aux he&#769;ritages discriminants qui les fac&#807;onnent en partie. Nos excre&#769;ments et leur symbolique naviguent encore et toujours en eaux troubles, racontant la persistance de la honte dans nos propres imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anglais contemporain a ceci d'inte&#769;ressant qu'il construit actuellement la passivite&#769; par le cul comme une identite&#769; et une subjectivite&#769; a&#768; part entie&#768;re, confondant sujet, pratique passive et re&#769;gion anale. Pour e&#770;tre un bon &lt;i&gt;bottom&lt;/i&gt;, comme nous le rappellent le porno gay ou queer, youtubeur&#11825;euses et influenceur&#11825;euses, nous nous devons non seulement d'e&#770;tre propres mais souvent archi-propres, si bien que l'expression de &#171; &lt;i&gt;clean bottom &lt;/i&gt; &#187; a presque quelque chose du ple&#769;onasme. Pour correspondre aux images et aux formes d'analite&#769; dominantes, la destruction de toutes les preuves qui pourraient nous relier a&#768; cette matie&#768;re organique honnie passe par le de&#769;veloppement de multiples technologies pharmaceutiques et sexuelles qui nous permettent d'aller de plus en plus profond, et d'espe&#769;rer une plus grande mai&#770;trise et pre&#769;dictabilite&#769; de notre machine digestive comme de la me&#769;canique de nos trous du cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de l'exclusion de la merde ou simplement de ses traces dans les imaginaires et repre&#769;sentations pornos actuelles, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; du sperme, de la salive, voire me&#770;me de l'urine, liquides qui se voient octroyer un droit et une puissance e&#769;rotique non ne&#769;gligeables (dont la fluidite&#769;, les couleurs translucides, blanches ou plus dore&#769;es pourraient amener a&#768; une analyse inte&#769;ressante) pose e&#769;galement d'autres questions : la merde nous rappellerait-elle plus cru&#770;ment ou de manie&#768;re plus odorante a&#768; l'appartenance terrestre de nos corps de vivant&#11825;es ? Ou aux formes de peurs et stigmates lie&#769;es a&#768; la maladie ? Au regard de cette longue histoire d'humiliation scatopolitique, comment ne pas comprendre le besoin actuel d'effacer les traces de violences traverse&#769;es par nos communaute&#769;s ? De donner au contraire&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la preuve d'un corps solide, mai&#770;tre de lui-me&#770;me et de sa capacite&#769; a&#768; se contenir comme a&#768; accueillir bites, doigts ou godes avec endurance, plaisir et proprete&#769; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous nous voyons enjoints a&#768; purifier et clarifier nos trous et nos tubes digestifs, je ne peux m'empe&#770;cher de m'interroger sur le type de corpore&#769;ite&#769; et de pre&#769;sence qui nous e&#769;chappe malgre&#769; tout. Comme si s'e&#769;levait sans crier gare le spectre d'un corps non seulement nettoye&#769; de l'inte&#769;rieur mais aussi souleve&#769; de terre, garanti lisse et sans odeur, aux mouvements internes restreints et programme&#769;s a&#768; l'avance. Puisqu'il ne s'agit pas non plus de revendiquer un nouveau culte scatophile dont je serais moi-me&#770;me incapable de jouir, alors quoi me demanderez-vous peut-e&#770;tre ? De&#769;clencherons-nous une crise sexuelle excre&#769;mentielle, revendiquerons-nous une place pour la merde dans nos explorations sensuelles ? Ou s'agira-t-il pluto&#770;t de renouer avec cette puissance physiologique et e&#769;rotique du corps vivant de&#769;crite par Guibert avant son infection, a&#768; tout juste vingt et un ans, dans &lt;i&gt;La Mort propagande&lt;/i&gt;, texte dans lequel il souhaitait consigner ses de&#769;lires &#171; organiques &#187;, faire de son corps &#171; un laboratoire offert en exhibition &#187;, disse&#769;quer son cul et &#171; ses divins tuyaux a&#768; merde &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De&#768;s qu'une de&#769;formation survient, de&#768;s que mon corps s'hyste&#769;rise, mettre en marche un me&#769;canisme de retranscription : e&#769;ructations, de&#769;jections, sperme a&#768; l'issue des branlages, diarrhe&#769;es, crachats, catarrhes de la bouche et du cul. M'inge&#769;nier a&#768; les photographier, a&#768; les enregistrer. Laisser parler ce corps convulse&#769;, hache&#769;, hurlant. Placer un micro a&#768; l'inte&#769;rieur de ma bouche, pleine comme d'une bite, le plus profonde&#769;ment possible dans ma gorge, en cas de crise : crispations, &#233;jaculations ou d&#233;jections brutales de merde, ra&#770;les. Placer un autre micro a&#768; l'inte&#769;rieur de mon cul, qu'il soit baigne&#769; dans mes mare&#769;es, ou accroche&#769; a&#768; la cuvette des chiottes. Faire se &lt;/i&gt;&lt;i&gt;re&#769;pondre les deux bruits, les mixer : grouillances du ventre, couacs de la gorge. Enregistrer mes vomissements, qui proce&#768;dent de l'exce&#768;s inverse de la jouissance [...] Mes diffe&#769;rentes me&#769;thodes de branlage s'e&#769;noncent. La re&#769;alisation se de&#769;roule dans le chaos propre au plaisir, ou a&#768; la re&#769;vulsion (c'est un texte anarchique)&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herve&#769; Guibert, La mort propagande, Gallimard, 2009 [1977].&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELS TERRESTRES VOULONS-NOUS E&#770;TRE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face a&#768; ces petits se&#769;diments critiques et the&#769;oriques, nul autre choix que celui de faire atterrir ces re&#769;flexions. Par atterrir, je veux dire, rendre a&#768; la merde ses puissances concre&#768;tes, animales et relationnelles, ouvrir la possibilite&#769; de s'en rendre complice, responsable et strate&#768;ge. En re&#769;alite&#769;, la merde n'a pas toujours incarne&#769; la salete&#769; ou l'abjection. Dans les marges de nos socie&#769;te&#769;s, au sein d'autres cultures ou de courants spirituels ou philosophiques, elle a pu se voir sacralise&#769;e, e&#770;tre inge&#769;re&#769;e pour ses vertus the&#769;rapeutiques, magiques, inte&#769;gre&#769;e a&#768; diffe&#769;rents rituels, etc. Ces histoires constitueraient tre&#768;s certainement des pistes a&#768; pousser plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire de la merde une matie&#768;re et une puissance-compagne nous invite e&#769;galement a&#768; rede&#769;finir la manie&#768;re dont nous voulons comprendre et faire l'expe&#769;rience du vivant, dont nous voulons encourager sa re&#769;paration et reg&#233;n&#233;ration. En 1970, le militant, journaliste et activiste e&#769;tats-unien Carl Wittman pre&#769;sentait le rapport a&#768; l'analite&#769; et a&#768; la merde comme partie inte&#769;grante d'un processus de re&#769;conciliation avec ce dont la socie&#769;te&#769; he&#769;te&#769;ronorme&#769;e l'avait de&#769;tache&#769;. Plus dubitatif quant a&#768; l'ide&#769;e d'un potentiel re&#769;volutionnaire spe&#769;cifique a&#768; l'homosexualite&#769;, il e&#769;crivait ne&#769;anmoins :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'il n'y a rien d'autre de re&#769;volutionnaire dans l'homosexualite&#769; masculine, au moins nous sort-elle de ce bourbier de tensions a&#768; propos de nos trous du cul. En effet, il est remarquable que le rapport anal et le rimming deviennent des actes d'amour. Mais c'est gra&#770;ce a&#768; ces actes d'amour que je suis en contact avec les muscles et les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;organes autour de mon trou du cul. Cela me semble maintenant tout a&#768; fait central dans ma conscience de pe&#769;de&#769; : appre&#769;cier cette partie de mon corps, me sentir moins alie&#769;ne&#769; ou de&#769;gou&#770;te&#769; par la merde qui la traverse&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Wittman, &#171; Shit &#187;, in RFD, automne 1975. Traduction de l'auteur.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aux premie&#768;res analyses de cet article sobrement intitule&#769; &lt;i&gt;SHIT&lt;/i&gt; pre&#769;sente&#769; dans la revue rurale gay, RFD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RFD est devenu depuis le magazine officiel des Radical Fairies e&#769;tats-uniennes.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; succ&#233;dait un re&#769;cit de son expe&#769;rience de vie a&#768; la campagne. Que faire de la merde demande-t-il a&#768; son lectorat ? Wittman souhaitait non seulement pouvoir la composter pour en re&#769;cupe&#769;rer des nutriments essentiels &#224; l'entretien de son potager et de son verger mais aussi la voir et l'observer de ses propres yeux. &#171; Je veux parfois e&#770;tre capable de regarder ma propre merde &#187;, e&#769;crivait-il afin de mieux comprendre sa manie&#768;re de manger, de dige&#769;rer, afin d'y de&#769;tecter les signes ou sympto&#770;mes de troubles, de maladies, etc. Pluto&#770;t que de diriger ses regards sur la proprete&#769; de son trou du cul, la conscience pe&#769;de&#769;e de Wittman cherchait a&#768; faire sortir l'excre&#769;ment des territoires humilie&#769;s pour renouer avec les savoirs me&#770;me de &#171; l'humus &#187;. Il s'agissait de conside&#769;rer la merde, non pas comme matie&#768;re morte, comme un de&#769;chet ultime mais pluto&#770;t comme matie&#768;re organique, en lien direct avec les processus biologiques et physiologiques internes et externes a&#768; son propre corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui ses re&#769;flexions me semblent essentielles, a&#768; la fois pour porter plus d'attention a&#768; tout un cycle biologique, a&#768; ce que nous produisons, e&#769;levons, inge&#769;rons et expulsons hors de nous mais aussi pour inte&#769;grer le &#171; de&#769;chet &#187; dans une pense&#769;e e&#769;cologique plus ge&#769;ne&#769;rale. Mais elles ne sont pas suffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que marginalise&#769;e dans nos imaginaires sexuels et dans nos &#171; corpore&#769;ite&#769;s &#187; quotidiennes, la merde circule et circulera sans doute de plus en plus comme valeur et ressource, distincte d'une re&#769;flexion e&#769;cologique et sociale plus globale sur les me&#769;canismes producteurs d'abjection, de discrimination et de destruction au sein de notre capitalisme tardif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos, lire notamment l'article en ligne &#171; La seconde vie des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour tendre vers une existence terrestre attentive aux puissances brutes et indomptables du vivant, je sais que la merde m'ouvre a&#768; des horizons non ne&#769;gligeables. Qu'elle dispose d'une force de re&#769;volte bien a&#768; elle. A&#768; la manie&#768;re de ces &#171; cacatov &#187;, ces cocktails molotov de merde lance&#769;s au Venezuela lors des re&#769;voltes contre Maduro, ou lors de l'acte XV des Gilets Jaunes a&#768; Paris, Marseille et Montpellier contre les forces policie&#768;res, elle me rappelle a&#768; la possibilite&#769; d'une re&#769;-appropriation strate&#769;gique du de&#769;gou&#770;t et de l'abjection. &#171; Contre ceux qui veulent donner au prole&#769;tariat une religion, un nom, une (fausse) conscience, une cravate et une aure&#769;ole, une cre&#769;dibilite&#769; bien pensante, il est le&#769;gitime d'opposer un prole&#769;tariat violent et infernal, inconscient, autonome, ainsi qu'une trinite&#769; : MERDE, DIABLE, REVOLUTION &#187; e&#769;crivait le philosophe italien, proche de Mieli, Luciano Parinetto&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends ici cette citation de Parinetto au texte de Mario Mieli de&#769;ja&#768; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-e&#770;tre me direz-vous, qu'il s'agit la&#768; d'une coquetterie the&#769;orique (libre a&#768; vous de vous torcher avec), mais je suis de plus en plus tente&#769; de re&#769;fle&#769;chir aux manie&#768;res de rester &#171; indige&#769;rable &#187; pour un re&#769;gime politique et e&#769;conomique qui oscille toujours entre e&#769;crasement autoritaire ou assimilation. Sans cesse confronte&#769; a&#768; l'assainissement respectable de nos imaginaires dissidents et de nos productions critiques, j'aspire de plus en plus a&#768; devenir a&#768; mon tour, excre&#769;ment vivace, obsessionnel et puant, susceptible d'e&#769;c&#339;urer les uns tout en nourrissant les sols et forces souterraines des autres pour faire e&#769;merger d'autres matie&#768;res-mondes que seul&#11825;es les de&#769;cadent&#11825;es et humilie&#769;&#11825;es sauront manier sans ble&#770;mir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cy Lecerf Maulpoix.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Illustration : Photo prise en Bretagne par Juliette Rousseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est issu de &lt;i&gt;Trou Noir 2 - Aimons-nous le sexe ?&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/spip.php?page=boutique&#034;&gt;Pour commander ce num&#233;ro, rendez-vous sur notre boutique en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L446xH749/couv_tn2-3f314.jpg?1765890683' width='446' height='749' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On distinguera d'emble&#769;e, scatophilie ou coprophilie, la recherche de plaisir lie&#769;e aux matie&#768;res fe&#769;cales, de la coprophagie ou scatophagie qui renvoie, comme son e&#769;tymologie grecque l'indique, a&#768; l'acte de manger ses excre&#769;ments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Laporte, &lt;i&gt;Histoire de la merde&lt;/i&gt;, Christian Bourgois, 2003 (1978).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je cite ici un extrait de l'article d'Anne McClintock, &#171; Race, classe, genre et sexualite&#769;, entre puissance d'agir et ambivalence coloniale &#187;, &lt;i&gt;Multitude, &lt;/i&gt;n&#176;26, 2006/3. URL : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie grandement Emma Big&#233; de m'avoir fait d&#233;couvrir ce texte disponible en acc&#232;s libre. Voir Julietta Singh, &lt;i&gt;No Archive will restore you&lt;/i&gt;, 3Ecologies Books/Immediations, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ocean Vuong, &lt;i&gt;Un Bref instant de splendeur&lt;/i&gt;, Gallimard, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mikhai&#776;l Bakhtine, &lt;i&gt;L'&#339;uvre de Franc&#807;ois Rabelais et la culture populaire au Moyen-a&#770;ge et sous la Renaissance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de Michel Bousseyroux, &lt;i&gt;He&#769;te&#769;rologie de l'abject&lt;/i&gt;, L'en-je Lacanien, 2005/2 (n&#176;5) p. 39-57. Ce dernier cite la pre&#769;face de Sigmund Freud dans un ouvrage de l'ethnologue John Gregory Bourke, publie&#769; en 1891, &lt;i&gt;Scatologic Rites of all Nations&lt;/i&gt;. &#171; L'homme supporte mal que son corps et ses besoins lui rappellent la terre, la gle&#768;be, le limon d'ou&#768;, selon le mythe de la Gene&#768;se, il vient (litte&#769;ralement, Adam est fils de la Adamah, de la gle&#768;be). Et 'comme ils doivent ne&#769;cessairement rester e&#769;loigne&#769;s, et de tre&#768;s loin, d'une telle perfection, e&#769;crit Freud, les hommes ont choisi, pour e&#769;luder cette situation fa&#770;cheuse, un subterfuge en de&#769;niant autant que possible la re&#769;elle existence de cet inopportun &#8220;reste de terre&#8221;, en se le cachant les uns les autres, bien que chacun sache ce que l'autre a a&#768; lui cacher, et en refusant a&#768; cette partie l'attention et le soin auxquels elle aurait droit en tant que partie inte&#769;grante de leur e&#770;tre. La de&#769;marche la plus sage aurait e&#769;te&#769; sans aucun doute de lui faire droit et de lui conce&#769;der autant de dignite&#769; que sa nature en permet. C'est loin d'e&#770;tre une petite affaire que d'examiner ou de de&#769;crire les conse&#769;quences entrai&#770;ne&#769;es pour la civilisation par cette fac&#807;on de traiter le douloureux &#8220;reste de terre&#8221; dont les fonctions sexuelles et excre&#769;mentielles peuvent e&#770;tre tenues comme constituant le noyau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul B. Preciado, &lt;i&gt;Testojunkie. Sexe, drogue et biopolitique&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Trois Essais sur la the&#769;orie sexuelle&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mario Mieli, &lt;i&gt;E&#769;le&#769;ments de critique homosexuelle&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Italie : les anne&#769;es de plomb&lt;/i&gt;, Epel, 2008 (1978).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte le terme de copro-pouvoir, lui-me&#770;me inspire&#769; du biopouvoir foucaldien, a&#768; l'article &#171; Poop Worlds : Material Culture and Copropower (or, Toward a Shitty Turn) &#187; de Shaka McGlotten et Scott Webel, Issue 13.3 - 14.1, 2016 &#8212; Traversing Technologies, qui le de&#769;finissent ainsi : &#171; Le copropouvoir se re&#769;fe&#768;re aux gouvernementalite&#769;s bio-politiques (faire vivre et mourir la merde, ou non), aux re&#769;ponses affectives et aux attitudes (de&#769;gou&#770;t, rituels de purete&#769;, dangerosite&#769;), et a&#768; ces hie&#769;rarchies anime&#769;es et fluides qui de&#769;terminent si la merde est conside&#769;re&#769;e comme utile ou comme un de&#769;chet, comme morte ou comme vivante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elsa Dorlin, &lt;i&gt;La Matrice de la race. Ge&#769;ne&#769;alogie sexuelle et coloniale de la Nation franc&#807;aise&lt;/i&gt;, La De&#769;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme est utilise&#769; par Elsa Dorlin. La plantocratie de&#769;signe un syste&#768;me social et politique ou&#768; les planteurs, c'est-a&#768;- dire les proprie&#769;taires de plantations agricoles, de&#769;tiennent le pouvoir e&#769;conomique, politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Reque&#770;te en faveur des putains, des fouteuses, des maquerelles et des branleuses contre les bougres, les bardaches et les bru&#770;leurs de paillasses&lt;/i&gt;, date&#769;e de l'an II cite&#769;e dans &#171; La sodomie masculine dans les pamphlets re&#769;volutionnaires &#187;, &lt;i&gt;Annales historiques de la Re&#769;volution franc&#807;aise&lt;/i&gt;, 361, juillet-septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Havelock Ellis, &lt;i&gt;L'Inversion sexuelle&lt;/i&gt;, Cercle du Livre Pre&#769;cieux, 1966 (1900).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Monestier, &lt;i&gt;Histoire et bizarrerie des excre&#769;ments, Des origines a&#768; nos jours&lt;/i&gt;, Cherche-Midi, 2012 (1997).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mario Mieli, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
_&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herve&#769; Guibert, &lt;i&gt;Le mausole&#769;e des amants. Journal 1976- 1991&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Paul B. Preciado, &#8220;Le terme de re&#769;gime pharmacopornographique est une tentative de penser, apre&#768;s Foucault, la transformation de la gestion biopolitique du genre, du sexe, de la sexualite&#769; et de la race a&#768; l'&#339;uvre dans le capitalisme industriel apre&#768;s la Deuxie&#768;me Guerre mondiale &#187; cite&#769; dans l'entretien de Claire Grino, &lt;i&gt;SEXES a&#768; bras-le-corps&lt;/i&gt;, Inter, Editions interventions, Nume&#769;ro 112, automne 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herve&#769; Guibert, &lt;i&gt;La mort propagande&lt;/i&gt;, Gallimard, 2009 [1977].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Wittman, &#171; Shit &#187;, in &lt;i&gt;RFD&lt;/i&gt;, automne 1975. Traduction de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;RFD &lt;/i&gt;est devenu depuis le magazine officiel des Radical Fairies e&#769;tats-uniennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos, lire notamment l'article en ligne &#171; La seconde vie des excre&#769;ments &#187; sur &lt;i&gt;Usbek et Rica&lt;/i&gt;, paru en aou&#770;t 2016. Au sein de la crise e&#769;nerge&#769;tique qui est la no&#770;tre, des entreprises (comme celle de Bill Gates), des start-ups et laboratoires se voient dans la ne&#769;cessite&#769; de re&#769;fle&#769;chir aux manie&#768;res de recycler et transformer les excre&#769;ments en ressource. Si le processus est louable et pourrait permettre de s'affranchir en partie de certaines de&#769;pendances e&#769;nerge&#769;tiques plus polluantes, on ne peut que s'interroger sur le de&#769;veloppement progressif d'une gestion et d'un marche&#769; mondialise&#769; de la merde, de l'e&#769;mergence de monopoles industriels, soutenant le syste&#768;me d'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends ici cette citation de Parinetto au texte de Mario Mieli de&#769;ja&#768; cite&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Barbie, Pauvres Cr&#233;atures, The Substance et Companion : De quoi les films sur des femmes artificielles sont-ils le nom ?</title>
		<link>https://trounoir.org/Barbie-Pauvres-Creatures-The-Substance-et-maintenant-Companion-De-quoi-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Barbie-Pauvres-Creatures-The-Substance-et-maintenant-Companion-De-quoi-les</guid>
		<dc:date>2025-03-20T09:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Antif&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Lucas Lusinier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans cet article, Lucas Lusinier revient sur la vague r&#233;cente de films sortis au cin&#233;ma qui ont comme protagonistes des personnages f&#233;minins synth&#233;tiques (Companion, Barbie, M3gan, Pauvres cr&#233;atures et The Substance) pour tenter de les inscrire dans un discours plus large sur la f&#233;minit&#233; et le genre. L'auteur met en lumi&#232;re un sous-genre &#233;mergent qui interroge la construction sociale et politique de la f&#233;minit&#233; en mettant en sc&#232;ne des personnages artificiels (robots, poup&#233;es, clones). Il va (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2025-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2025&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Culture-+" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Antifeminisme-+" rel="tag"&gt;Antif&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lucas-Lusinier-+" rel="tag"&gt;Lucas Lusinier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/companion.jpg?1740317471' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet article, Lucas Lusinier revient sur la vague r&#233;cente de films sortis au cin&#233;ma qui ont comme protagonistes des personnages f&#233;minins synth&#233;tiques (&lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;M3gan&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pauvres cr&#233;atures&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Substance&lt;/i&gt;) pour tenter de les inscrire dans un discours plus large sur la f&#233;minit&#233; et le genre. L'auteur met en lumi&#232;re un sous-genre &#233;mergent qui interroge la construction sociale et politique de la f&#233;minit&#233; en mettant en sc&#232;ne des personnages artificiels (robots, poup&#233;es, clones). Il va notamment chercher du c&#244;t&#233; des &lt;i&gt;incels&lt;/i&gt; en sugg&#233;rant que ces communaut&#233;s &#233;mergent pour des raisons similaires aux mouvements transphobes et &lt;i&gt;tradwives&lt;/i&gt; : une r&#233;action &#224; un monde hyperconnect&#233; o&#249; chacun&#11825;e est confront&#233;&#11825;e &#224; l'alt&#233;rit&#233;, g&#233;n&#233;rant chez certain&#11825;es une crispation r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir tranch&#233; la gorge de Sergey (Rupert Friend, jouant peu ou prou une sorte de cousin &#233;loign&#233; du jeune Vanya d'&lt;i&gt;Anora&lt;/i&gt;), la chemise rose d'Iris (Sophie Thatcher) se retrouve toute de rouge macul&#233;e, dans une sorte d'appel d'air tum&#233;fiant qui la condamne &#224; se retrouver dans la m&#234;me situation que la &lt;i&gt;Carrie&lt;/i&gt; de Stephen King et de Brian De Palma : diabolis&#233;e et seule contre tous. Iris se d&#233;fendait d'un viol &#8211; mais, son &#171; petit ami &#187; Josh va le lui r&#233;v&#233;ler, elle n'en avait pas le droit, car elle est en r&#233;alit&#233; un robot de compagnonnage sexuel et affectif, et que son agentivit&#233; se doit de passer apr&#232;s non seulement la vie, mais aussi le confort des &#234;tres humains l&#233;gitimes. Dans un programme sc&#233;naristique qui va se d&#233;ployer en plusieurs &lt;i&gt;twists&lt;/i&gt; de cours de route, le film &lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt; se propose, simplement, mais efficacement, de croquer l'histoire d'une &#233;mancipation f&#233;minine &#224; partir d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;robote&lt;/i&gt;. L'ing&#233;nue Iris est amen&#233;e &#224; &#171; s'empouvoirer &#187; litt&#233;ralement, au cours de sc&#232;nes o&#249; elle se donne acc&#232;s au code qui r&#233;git sa personnalit&#233;, et o&#249; elle choisit d'augmenter, sur une jauge, son intelligence. Pour s'&#233;chapper de ravisseurs qui entendent la d&#233;sactiver, elle doit non seulement les fuir, mais aussi trouver un moyen de rentrer chez Josh sans se faire voir, et de remplacer sa tenue suspecte d'assassine par d'autres des habits qui lui ont s&#251;rement &#233;t&#233; taill&#233;s sur mesure par la soci&#233;t&#233; qui la produit. En ceci, Iris prend d'abord conscience de son statut d'&#234;tre artificiel, et de la difficult&#233;, pour elle, de se mouvoir dans le monde sans son propri&#233;taire, et puis, surtout, de son statut de femme, inf&#233;od&#233;e &#224; la sph&#232;re domestique et &#224; l'importance capitale du bien-v&#234;tir. Iris, c'est une it&#233;ration de plus du personnage du f&#233;minin synth&#233;tique, arch&#233;type qui semble se d&#233;finir, film apr&#232;s film, comme l'une des modes les plus int&#233;ressantes des ann&#233;es 2020. La Bella de &lt;i&gt;Pauvres Cr&#233;atures&lt;/i&gt; sortait de l'ignorance dans laquelle elle &#233;tait maintenue, par des ge&#244;liers m&#226;les qui la consid&#233;raient en partie comme une exp&#233;rience scientifique ? Iris aussi. La Sue de &lt;i&gt;The Substance&lt;/i&gt; d&#233;couvrait son corps meurtri, d&#233;p&#233;ri, &#233;grain&#233; par sa rencontre gore avec le &lt;i&gt;male gaze&lt;/i&gt; ? Iris aussi ! Enfin, la &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt; de Greta Gerwig se d&#233;chaussait dans son incipit, se trahissant par l&#224; comme corps-objet qui ne conna&#238;t jamais l'inconfort, du moment qu'il est attirant ? Le plan est repris, quasiment &#224; l'identique, avec Iris, dans &lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt;. En tant que petit film d'horreur, sorti avec une ambition toute relative en janvier, &lt;i&gt;Companion &lt;/i&gt;ne brille pas forc&#233;ment par un g&#233;nie formel &#8211; sa mise en sc&#232;ne, dans des s&#233;quences qui se d&#233;roulent dans des bois de petit chaperon rouge, et dans des maisons de vacances assez anonymes, est parfois tr&#232;s peu inspir&#233;e, nous rappelant entre autres &lt;i&gt;Scream V&lt;/i&gt;, avec Jack Quaid, l'interpr&#232;te de Josh, et Mikey Maddison, r&#244;le-titre dans &lt;i&gt;Anora&lt;/i&gt;. Mais le film est v&#233;ritablement passionnant quand on le met en lien avec d'autres exemples du sous-genre auquel il appartient, et auxquels il ressemble, r&#233;ellement ou lointainement. (On a parl&#233; de &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt;, mais le film &lt;i&gt;La B&#234;te&lt;/i&gt; aussi, aborde la question de poup&#233;es humaines menant des vies oisives et ali&#233;n&#233;es &#8211; l'une d'elles est jou&#233;e par Guslagie Malanda). Il nous &#233;claire sur ses fr&#232;res et s&#339;urs esth&#233;tiques, se laisse &#233;clairer par eux &#8211; et tous, au final, mis bout &#224; bout, nous font converger lentement mais s&#251;rement vers une r&#233;v&#233;lation. De la m&#234;me mani&#232;re qu'on pouvait dire, par abus de langage, que le monde connaissait une &#171; crise de la masculinit&#233; &#187;, on peut d&#233;sormais dire qu'il conna&#238;t une &#171; crise de la f&#233;minit&#233; &#187;, que ces films commentent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/thesubstance.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/thesubstance.jpg?1740317648' width='500' height='320' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;The Substance&lt;/i&gt; (2024), un film de Coralie Fargeat. Avec Demi Moore.&lt;/center&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci peut &#234;tre expliqu&#233;e par plusieurs facteurs. L'un d'eux est la question &#233;pineuse de la mise en sc&#232;ne de la f&#233;minit&#233; sur les m&#233;dias sociaux, avec les gains en popularit&#233; de contenus tr&#232;s tr&#232;s girly, ceux-ci pouvant parfois &#234;tre innocents (l'esth&#233;tique &lt;i&gt;hyperpop&lt;/i&gt;, pouvant &#234;tre port&#233;e, selon le courant, par des stars comme Chapell Roan, Sabrina Carpenter ou Charli XCX), et parfois, moins (l'esth&#233;tique &lt;i&gt;tradwife&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, &#171; &#233;pouse traditionnelle &#187;, g&#233;n&#233;ralement repr&#233;sent&#233;e par de jeunes femmes blondes en frange et en robe d'&#233;t&#233; se disant &#234;tre tr&#232;s heureuses et fi&#232;res de la place que l'h&#233;g&#233;monie masculine leur donne). Au niveau de la f&#233;minit&#233; en ce qu'elle est expression de genre, performance de genre, il semblerait que tout soit &#224; reprendre de z&#233;ro, pour une nouvelle g&#233;n&#233;ration. Qu'il s'agisse de se r&#233;approprier des codes qu'on trouve enthousiasmants et amusants, d&#233;laiss&#233;s peut-&#234;tre &#224; tort par les pr&#233;c&#233;dentes vagues f&#233;ministes, ou, au contraire, de r&#233;investir un h&#233;t&#233;ro-patriarcat fantasm&#233;, au profit d'une vision r&#233;actionnaire, il semblerait que beaucoup de jeunes spectatrices veuillent se voir r&#233;apprendre &#224; marcher en talons. De l&#224;, le personnage f&#233;minin synth&#233;tique serait &#224; la fois exploration et catharsis, un n&#339;ud gordien &#224; d&#233;m&#234;ler patiemment, ou &#224; d&#233;chirer sans piti&#233; selon les cas. Les films &#171; de f&#233;minin synth&#233;tique &#187; tirent tous, &#224; leur mani&#232;re, leur pertinence de la force esth&#233;tique incroyable de l'id&#233;al f&#233;minin, et de son impossibilit&#233; mat&#233;rielle ou de sa nocivit&#233; politique. Il s'agit de mettre sur le devant de la sc&#232;ne un paradoxe : la performance de la f&#233;minit&#233; est une activit&#233; quotidienne qui n&#233;cessite du temps et des efforts, pourtant, elle ne peut pas, telle qu'elle, constituer une praxis. Ce n'est pas aussi simple que de dire que les films de cette sous-cat&#233;gorie sont tous une critique du ph&#233;nom&#232;ne &lt;i&gt;tradwife&lt;/i&gt;. C'est, de fa&#231;on s&#251;rement plus fertile, constituer une temporalit&#233; alternative pour la branche de la f&#233;minit&#233; qui pourrait s'&#233;panouir dans le patriarcat, replacer sa d&#233;couverte &#224; l'&#226;ge adulte, et de l&#224;, en refaire un lieu de complexit&#233; id&#233;ologique. Il y a certaines femmes pour qui la pratique du lesbianisme politique serait impossible : c'est le cas, dans &lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt;, d'Iris, cr&#233;&#233;e par des hommes pour des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur est l'essor en visibilit&#233; des corps transf&#233;minins, contre lesquels une partie non n&#233;gligeable de la droite s'est ligu&#233;e depuis le milieu des ann&#233;es 2010. (La r&#233;pression des droits trans est une composante majeure de la plateforme des droites am&#233;ricaine et anglaise, il suffit de voir les d&#233;cisions ex&#233;cutives drastiques prises par Donald Trump &#224; ce sujet d&#232;s le d&#233;but de son nouveau mandat). Il semblerait que plus les femmes trans investissent le discours public, plus le simple fait de leur existence met en demeure des hommes et des femmes qui, alors, se rendent compte d'&#224; quel point le genre (&lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; genres) est une chose amovible et enseign&#233;e. Tout le monde sait, au moins vaguement, selon la citation c&#233;l&#232;bre du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me Sexe&lt;/i&gt;, qu'on ne na&#238;t pas femme, on le devient. La plus grande visibilit&#233; des femmes trans pr&#233;cise peut-&#234;tre &#224; des gens qui n'ont pas envie de l'entendre que, plus que cela, on le devient &lt;i&gt;quotidiennement&lt;/i&gt;, jour apr&#232;s jour dans le cadre d'une transition, ou chaque matin avant de se rendre &#224; un emploi qui attend qu'on se plie &#224; certaines assignations. (Dans &lt;i&gt;Anora&lt;/i&gt;, par exemple, il est &#233;vident que le personnage &#233;ponyme se meut et s'habille diff&#233;remment dans son r&#244;le de travailleuse du sexe). Les films de f&#233;minin synth&#233;tique, alors, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des tentatives de retourner comme un gant la f&#233;minit&#233;, partant du principe qu'elle est inn&#233;e, une propri&#233;t&#233; ontologique plut&#244;t qu'un &#233;tat. En pr&#233;sentant des personnages qui sont presque m&#233;taphysiquement femmes, n&#233;es et/ou con&#231;ues &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; telles qu'elles*, ces films soulignent l'absurdit&#233; d'une telle id&#233;e, et invitent les spectateur.ice.s &#224; un plaisant exercice d'imagination &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; : &#192; quoi pourrait ressembler la traduction sensible, biologique de choses qui ne peuvent exister qu'en poses et qu'en images ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/m3gan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/m3gan.jpg?1740318037' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;M3gan&lt;/i&gt; (2022), un film de Gerard Johnstone.&lt;/center&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;me &lt;i&gt;M3gan&lt;/i&gt;, autre petit film d'horreur sans grand sens de l'&#233;chelle, propose de faire de son robot f&#233;minin un commentaire sur la maternit&#233; (la protagoniste du film &#233;tant une maman bien moins parfaite que la sinistre poup&#233;e &#224; l'affect victorien &#8211; une vision de l'&#233;ducation parentale taill&#233;e pour l'&#232;re de la gratification instantan&#233;e), on se dit qu'il y a bien quelque chose qui est en train de bouillir, dans ce sous-genre si sp&#233;cifique. Plus les films sur des f&#233;minins synth&#233;tiques sortiront, plus l'ensemble qu'ils composent sera riche, plus ils se renforceront les uns aux autres. La r&#233;f&#233;rence au Kubrick de &lt;i&gt;2001, l'Odyss&#233;e de l'espace&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt;, qui semblait tr&#232;s gratuite &#224; sa sortie, a &#233;t&#233; comme compl&#233;t&#233;e par celle au Kubrick de &lt;i&gt;Shining&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;The Substance&lt;/i&gt;. Mises en duo, les r&#233;alisatrices proposent, &#224; l'histoire de l'Homme racont&#233;e par le r&#233;alisateur de &lt;i&gt;Spartacus&lt;/i&gt;, une contre-histoire de la Femme, racont&#233;e de l'origine &#224; l'addiction, de l'enfance et ses jouets &#224; la vieillesse et ses seringues. Reste &#224; &lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt; d'ajouter, de par son clin d'&#339;il &#224; &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt;, que la version f&#233;minine de l'intelligence artificielle Hal-9000 aurait bien raison de laisser l'esp&#232;ce humaine derri&#232;re elle, battue par ses hommes et tue par ses femmes. Quel dommage, alors, que le film se termine non pas sur une vraie proposition radicale, un d&#233;part d'un cadre de soci&#233;t&#233; qui ferait rimer transidentit&#233; avec transhumanisme, mais par un affrontement avec un m&#233;chant clich&#233;. Dans &lt;i&gt;La B&#234;te&lt;/i&gt;, Bertrand Bonnello trouvait avec un personnage d'&lt;i&gt;incel&lt;/i&gt; une excellente &#233;manation de ses th&#232;mes d'isolation et de soci&#233;t&#233; atomis&#233;e. Dans &lt;i&gt;Companion&lt;/i&gt;, Josh r&#233;cite des phrases am&#232;res toutes faites, et le choix de l'acteur qui l'incarne, beau, blagueur et parfois charmant, nous emp&#234;che toute curiosit&#233; au sujet de l'origine de la violence : s'il est jaloux, s'il est revanchard, c'est &#233;videmment par nature ineffable ou caprice arbitraire. La question de la masculinit&#233; minable et oppressive &#233;tait pourtant pr&#233;gnante. D'aucuns diraient que l'explosion en nombre des communaut&#233;s d'&lt;i&gt;incels&lt;/i&gt; a la m&#234;me origine que celle des communaut&#233;s de transphobes et de &lt;i&gt;tradwives&lt;/i&gt;. Dans un monde de plus en plus connect&#233;, tous les internautes ont une conscience aigu&#235; de l'alt&#233;rit&#233;. Face aux marginaux et aux &#233;panouis, les frustr&#233;s se liguent et deviennent r&#233;actionnaires. Au fond, ce doit &#234;tre un vrai pi&#232;ge politique, d'avoir des d&#233;sirs normatifs dans un corps normatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&#192; ce sujet, il est int&#233;ressant de noter que si le film &lt;i&gt;Emilia Perez&lt;/i&gt; s'int&#233;ressait r&#233;ellement &#224; la perspective de son personnage-titre, c'est pr&#233;cis&#233;ment cela qu'il raconterait. Le film de Jacques Audiard s'articule autour d'un baron du narcotrafic qui choisit d'utiliser sa grande fortune pour r&#233;aliser une transition &#233;clair, s'entourant des meilleurs avocats et des meilleurs chirurgiens pour se r&#233;inventer tr&#232;s vite, l&#233;galement et corporellement. Il y a toute une partie de ce r&#233;cit, &#233;lud&#233;e par le montage, dans laquelle on imagine qu'Emilia Perez doit apprendre comment socialiser en tant que femme dans un corps qui est imm&#233;diatement pass&#233; d'un binaire &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas Lusinier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand nos d&#233;sirs font d&#233;sordre</title>
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		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Militantisme</dc:subject>
		<dc:subject>Groupe de Lib&#233;ration Homosexuelle (GLH)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recension du livre de Mathias Qu&#233;r&#233; &#171; Quand nos d&#233;sirs font d&#233;sordre &#187; Une histoire du mouvement homosexuel en France, 1974-1986.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2025-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2025&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Militantisme-+" rel="tag"&gt;Militantisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Groupe-de-Liberation-Homosexuelle-GLH-+" rel="tag"&gt;Groupe de Lib&#233;ration Homosexuelle (GLH)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/lyon_glh.png?1740150761' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis sa premi&#232;re publication &#171; Qui s&#232;me le vent r&#233;colte la tapette &#8211; Une histoire des Groupes de Lib&#233;ration Homosexuels en France de 1974 &#224; 1979 &#187; aux &#233;ditions tahin party en 2018, Mathias Qu&#233;r&#233; n'a eu de cesse, sous sa double casquette d'historien et de militant p&#233;d&#233;, de faire connaitre les luttes, l'engagement et le militantisme d'une &#233;poque ou sexualit&#233; et politique s'indistinguait sous les rayons d'un horizon r&#233;volutionnaire. Avec l'ouvrage collectif &#171; Lesbiennes, p&#233;d&#233;s, arr&#234;tons de raser les murs &#8211; Luttes et d&#233;bats des mouvements lesbiens et homosexuels (1970 &#8211; 1990) sous la direction d'Hugo Bouvard, Ilana Eloit et Mathias Qu&#233;r&#233;, paru aux &#233;ditions La Dispute en 2023, la question du rapport entre politique et homosexualit&#233; s'approfondit &#224; l'aune de sa prise en compte par les organisations, partis et syndicats d'extr&#234;me gauche. Se fait jour la place des lesbiennes au sein du mouvement homosexuel fran&#231;ais qui a jou&#233; un r&#244;le de force motrice et de boussole politique, mais &#233;galement la place d'une mobilisation originale partout en France rompant avec la mythologisation du militantisme parisien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand nos d&#233;sirs font d&#233;sordre &#8211; Une histoire du mouvement homosexuel en France, 1974-1986 &#187; vient de paraitre aux &#233;ditions LUX et retrace l'apparition et le d&#233;ploiement du militantisme politique homosexuel d'une g&#233;n&#233;ration s'acharnant &#224; lib&#233;rer les possibles et inventer une vie nouvelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'apparition du premier GLH est tributaire du FHAR comme d'Arcadie. Si le point commun est le besoin de briser la solitude et de faire des rencontres, &#224; la diff&#233;rence d'Arcadie, discr&#232;te et apolitique, ou du FHAR, scandaleux et tr&#232;s universitaire, le Groupe de Lib&#233;ration Homosexuel est fortement marqu&#233; par la matrice organisationnelle des marxistes d'extr&#234;me gauche dont sont issus la plupart de ses membres. Le vocabulaire est r&#233;v&#233;lateur : se structurer &#8211; faire des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#8211; distribuer des tracts &#8211; cr&#233;er des comit&#233;s de quartiers &#8211; th&#233;oriser des tendances. On sent, &#224; la lecture des t&#233;moignages, le besoin de se penser collectivement dans une situation politique g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tr&#232;s vite des GLH apparaissent partout. Dans toutes les grandes villes, des rendez-vous sont donn&#233;s, parfois par le biais des petites annonces. Le discours y est le plus souvent r&#233;volutionnaire. Les GLH se pensant comme une composante, une force du mouvement. C'est donc vers celui-ci que les recherches d'alliance se manifesteront. Si le travail militant est long pour que la gauche et l'extr&#234;me gauche se sensibilisent et rarement s'emparent des luttes et revendications homosexuelles, les relations avec le mouvement des femmes sont complexes. Si beaucoup de GLH sont solidaires du mouvement des femmes et mettent en avant leur mixit&#233;, la misogynie structurelle de l'&#233;poque n'&#233;pargne pas les homosexuels. Les lesbiennes qui quitteront le MLF pr&#233;f&#232;reront majoritairement former des GL, groupes lesbiens, quitte &#224; se rapprocher de certains GLH par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant l'actualit&#233; de chaque ville, de chaque GLH, les groupes s'orientent dans diverses dynamiques de luttes : anticarc&#233;rale, antipsychiatrique, antimilitariste ou anti-nucl&#233;aire, allant m&#234;me jusqu'&#224; pr&#233;senter des candidats aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1978. Mais tr&#232;s vite les dynamiques, reposant sur l'effort de quelques-uns, s'estompent. Les groupes tournent en rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e dans la nouvelle d&#233;cennie s'accompagne de nouvelles publications nationales homosexuelles comme &lt;i&gt;Le Gai Pied &lt;/i&gt; ou la revue &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, mais &#233;galement d'une d&#233;mocratisation des lieux commerciaux sp&#233;cialis&#233;s. Les bars et bo&#238;tes de nuit avec backrooms se multiplient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tournant marque aussi le besoin d'un encrage et d'une articulation plus formelle avec les autres groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance des UEH (universit&#233; d'&#233;t&#233; homosexuelle) &#224; Marseille en 1979, en plus de d&#233;centrer le mouvement de Paris, offre la possibilit&#233; de construire une nouvelle voie. C'est de l&#224; que na&#238;tra le CUARH (comit&#233; d'urgence anti-r&#233;pression homosexuelle). Initialement construit comme un arbre &#224; t&#233;l&#233;phone permettant de r&#233;agir le plus vite possible au fait de r&#233;pressions qui touchent toujours les homosexuels, celui-ci se d&#233;veloppera jusqu'&#224; devenir une force de pression sur les institutions et le monde politique avec des campagnes de sensibilisation, des pr&#233;sentations publiques, des brochures envoy&#233;es aux dirigeants politiques et syndicaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'&#233;lection de Fran&#231;ois Mitterrand en 1981, les principales revendications du CUARH sont satisfaites. Si les groupes, autant lesbiens qu'homosexuels continuent d'exister, la mani&#232;re de vivre le collectif change. La visibilit&#233; n'est plus celle d'affirmer une existence que la plupart des gens m&#233;connaissent ou nient, mais de prendre sa place dans l'espace social &#224; l'image des manifestations politiques se transformant en marches festives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'apparition du VIH bouleverse le militantisme homosexuel et vient transformer sa raison d'&#234;tre et ses pratiques, le livre s'ach&#232;ve sur l'ann&#233;e 1987. Lors des UEH, un groupe r&#233;actionnaire Gaie France y tient un stand sans &#233;mouvoir la plupart des participant&#183;es. C'est une nouvelle &#232;re qui s'ouvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/cuarh.jpg?1740150878' width='500' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s lecture, les questions se bousculent, les ponts se dessinent. La stimulation de penser notre &#233;poque au regard de celle des GLH est un exercice passionnant qui met en lumi&#232;re ce dont nous h&#233;ritons en termes de luttes, de questionnements, de pratiques et parfois aussi d'impasses. Comment ne pas se reconna&#238;tre dans ce militantisme construit entre le groupe de personnes concern&#233;&#183;es, qui se retrouvent pour partager un v&#233;cu et se sentir plus fort, et un militantisme r&#233;volutionnaire cherchant &#224; faire sauter les verrous de la soci&#233;t&#233; ? Ou encore le besoin de construire son identit&#233; comme on construit une pens&#233;e politique et dans laquelle la force de l'id&#233;ologie compense la faiblesse du nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire du militantisme homosexuel et lesbien doit nourrir la mani&#232;re dont nous cherchons &#224; intervenir dans la situation politique aujourd'hui. Alors qu'il existe des lieux de sociabilit&#233;s, comme les centres LGBT+, des &#233;tablissements commerciaux, des applications de rencontres, des groupes de travail sur les questions minoritaires dans chaque partis politiques et organisations syndicales, posons-nous la question de savoir &#224; quelle politique contribuons-nous et est-ce bien la n&#244;tre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre le slogan de mai 68 &#171; le personnel est politique &#187; et les revendications actuelles de nouveaux droits, force est de constater que l'on est pass&#233; d'une situation politique o&#249; l'affirmation et la visibilit&#233; homosexuelle interrogeaient tout un chacun sur le monde dans lequel on vit, &#224; une politique comme processus &#233;tatique finan&#231;ant campagnes et r&#233;formes. Si le militantisme homosexuel a toujours contenu ces deux aspects, l'apolitisme et m&#234;me l'instrumentalisation de l'homosexualit&#233; aujourd'hui doit nous faire comprendre &#224; quelle politique nous contribuons et de quel monde sommes-nous porteur&#183;euse&#183;s. Le pr&#233;cieux travail de Mathias Qu&#233;r&#233; contribue largement &#224; y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cotransf&#233;minismes</title>
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		<dc:date>2025-03-20T09:47:50Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#233;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Extrait</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Emma Big&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Maillet Clovis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;habiter la catastrophe - red&#233;finir une humanit&#233; d&#233;sirable - faire communaut&#233;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2025-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2025&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/eded.jpg?1742572405' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Emma Big&#233; et Clovis Maillet nous proposent les bonnes feuilles de leur nouvel ouvrage &lt;a href=&#034;https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-%C3%89cotransf%C3%A9minismes-9791020923004-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ecotransf&#233;minismes&lt;/i&gt; &#224; paraitre le 09 avril 2025 aux &#233;ditions Les Liens qui Lib&#232;rent&lt;/a&gt;. Emma Big&#233; et Clovis Maillet pr&#233;senteront leur ouvrage &#224; Paris le 3 mai (&#224; Violette&amp;Co) et le 4 mai (Archives LGBTQIA+, avec Myriam Bahaffou) et &#224; Gen&#232;ve le 8 mai (&#224; Fahrenheit 451).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma Big&#233;&lt;/strong&gt; &#233;tudie, &#233;crit et traduit entre les champs des arts, des &#233;tudes queers et des inhumanit&#233;s environnementales. Agr&#233;g&#233;e, docteur et professeure de philosophie en &#233;coles d'art, elle est notamment l'autrice de &lt;i&gt;Mouvementements. &#201;copolitiques de la danse&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clovis Maillet&lt;/strong&gt; est historien m&#233;di&#233;viste et artiste. Docteur de l'EHESS, pensionnaire &#224; la Villa M&#233;dicis, il a notamment publi&#233; &lt;i&gt;Les Genres fluides. De Jeanne d'Arc aux saint&#183;es trans &lt;/i&gt; (Arkh&#232;, 2020) et &lt;i&gt;Un Moyen &#194;ge &#233;mancipateur&lt;/i&gt; (avec Thomas Golsenne, M&#234;me pas l'hiver, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Version audio des extraits qui suivent&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://soundcloud.com/papillon-228144787/sets/ecotransfeminismes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://soundcloud.com/papillon-228144787/sets/ecotransfeminismes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tremblez, tremblez, des sorci&#232;r&#183;es trans* arrivent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le slogan des luttes des f&#233;ministes italiennes pour l'avortement : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2024, &#224; l'occasion d'un rassemblement transf&#233;ministe &#224; Notre-Dame-des-Landes, un groupe de sorci&#232;r&#183;es-activistes anonymes se retrouve au c&#339;ur de la for&#234;t pour un rituel d'ensorcellement de Jordan Bardella et des extr&#234;mes droites &#224; la veille des &#233;lections l&#233;gislatives fran&#231;aises qui avaient amen&#233; ces forces &#224; la premi&#232;re place. Dans la vid&#233;o film&#233;e alors, le coven nomm&#233; &#171; Fich&#233;&#183;es S comme sorci&#232;res &#187; se retrouve autour d'un&#183;e Jean&#183;ne d'Arc queeris&#233;&#183;e en ic&#244;ne trans*. Une radio-Londres gr&#233;sille et la voix de Jean&#183;ne se fait entendre : &#171; Les vivant&#183;es parlent aux vivant&#183;es, la r&#233;sistance s'organise ; ce 6 juillet &#224; 23 h 23, un sortil&#232;ge d'emp&#234;chement prendra place pour entraver Bardella et ses soutiens. &#187; Mobilisant forces terrestres, images des &#233;l&#233;ments et alliances avec des cr&#233;atures non humaines, le communiqu&#233; de presse de l'action annonce : &#171; Si nous avons besoin de magie, c'est parce que le fascisme n'est pas seulement une mauvaise id&#233;e, c'est aussi un ensorcellement. [&#8230;] Or pour lutter contre un ensorcellement, nous avons besoin de plus que d'id&#233;es fortes et de programmes politiques solides &#8211; nous avons besoin de contre-sorts : d'autres imaginaires et d'autres intentions que les leurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res, &#171; Emp&#234;chez-les &#187;, Trou noir, 6 juillet 2024.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque cinquante ans plus t&#244;t, en 1970, un flyer du Gay Liberation Front de Los Angeles invite &#224; une manifestation d'un genre assez sp&#233;cifique : on lit les noms de trois personnes queers et trans* assassin&#233;es et une invitation &#224; se rendre devant un commissariat de police. La proposition est, &#224; grand renfort de casseroles et de magie, de faire l&#233;viter le b&#226;timent pendant une, voire deux heures, et d'ainsi &#171; contribuer &#224; all&#233;ger le poids de la brutalit&#233; polici&#232;re sur les vies homosexuelles &#187;. Commentant les contours de cet &#233;trange activisme &#8211; en r&#233;f&#233;rence probable &#224; une tentative, en 1967, de faire l&#233;viter le Pentagone pour protester contre la guerre au Vietnam &#8211;, l'artiste et militante trans* Tourmaline parle d'une puissante mobilisation &#171; des mort&#183;es et des forces inconnues &#187; &#8211; des forces potentiellement capables de faire l&#233;viter un commissariat de police &#8211; &#171; qui se retrouvent ainsi impliqu&#233;&#183;es dans notre lutte pour la lib&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tourmaline, &#171; Occupy Humor &amp; Grief as Transformative Practices &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1966, quelques mois apr&#232;s la premi&#232;re grande r&#233;volte queer contre la brutalit&#233; polici&#232;re et la transphobie (les &#233;meutes de Compton's Cafeteria &#224; San Francisco), un groupe de militanz, principalement des travailleureuses du sexe et des femmes trans* du quartier Tenderloin de San Francisco, se retrouvent pour un sweep-in (une action directe de balayage, nomm&#233;e en hommage et en relation aux sit-in et aux die-in du mouvement africain-am&#233;ricain). En manifestant, balais &#224; la main, le groupe proteste contre les &#171; nettoyages des rues &#187; auxquels se livre la police en retournant l'accusation : ce n'est pas nous, qui d&#233;truisons nos quartiers, ce n'est pas nous les producteurices de d&#233;chets toxiques, mais vous, les bourgeois (nos clients, au masculin) qui venez polluer nos rues ; et nous sommes pr&#234;t&#183;es &#224; les nettoyer pour vous le prouver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jennifer Worley, &#171; &#8220;Street Power&#8221; and the Claiming of Public Space &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1829, un mouvement de r&#233;volte paysanne &#233;clate en Ari&#232;ge dans les Pyr&#233;n&#233;es qui re&#231;oit le nom de guerre des Demoiselles. Des paysan&#183;nes en tous genres s'habillent en &#171; cr&#233;atures &#233;tranges mi-b&#234;tes mi-f&#233;es &#187; (en fait iels laissent tomber leurs chemises jusqu'aux genoux, m&#234;lent des brindilles et des fleurs dans leurs cheveux, et portent parfois des masques). Iels se mettent alors &#224; hanter les forges royales nouvellement install&#233;es en harcelant les forestiers de chemises blanches suspendues dans les arbres et de messages myst&#233;rieux laiss&#233;s dans la boue ou trac&#233;s &#224; la craie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sahlins, Forest Rites. The War of the Demoiselles in Nineteenth-Century&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Protestation contre le Code forestier promulgu&#233; en 1827 restreignant les droits d'usage, la guerre des Demoiselles est parfois consid&#233;r&#233;e comme la derni&#232;re grande jacquerie d'avant la r&#233;volution industrielle, c'est-&#224;-dire la derni&#232;re grande d&#233;fense des communs forestiers par des paysan&#183;nes sans terre. Elle s'inscrivait dans la tradition de mener la contestation sociale par un renversement de l'ordre &#233;tabli : les paysan&#183;nes habill&#233;&#183;es en nobles, et les hommes en femmes, comme au carnaval ou lors de charivaris. Ce cas n'appartient peut-&#234;tre pas &#224; l'histoire transgenre, mais c'est sans doute un bon cas d'histoire trans* &#233;cologique : un cas o&#249; la variabilit&#233; ou la fugitivit&#233; de genre (des paysan&#183;nes se transformant en demoiselles) est mobilis&#233;e dans la lutte pour les communs et contre la pr&#233;dation de l'industrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1576, l'explorateur portugais P&#234;ro de Magalh&#227;es G&#226;ndavo revient avec un rapport sur les terres du Br&#233;sil o&#249; il parle de guerrier&#183;es transmasculin&#183;es qui abandonnent tout office f&#233;minin et embrassent les m&#339;urs des autres hommes indig&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#234;ro de Magalh&#227;es G&#226;ndavo, Tratado da Terra do Brasil. Hist&#243;ria da Prov&#237;ncia (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelques d&#233;cennies plus t&#244;t, une exp&#233;dition coloniale avait rencontr&#233; de pareil&#183;les guerrier&#183;es et les avaient compar&#233;&#183;es au peuple des Amazones, guerrier&#183;es antiques parfois pr&#233;sent&#233;&#183;es dans les textes anciens (chez Pline l'Ancien, par exemple) comme un peuple &#171; androgyne &#187;, dont le nom en vient &#224; qualifier, par m&#233;tonymie, le fleuve Amazone qui traverse le pays o&#249; l'on rencontre ces Amazones contemporain&#183;es. Et c'est ainsi que toute une r&#233;gion du monde (l'Amazonie) re&#231;oit encore aujourd'hui son nom d'une lecture &#171; transgenre &#187; que les colons ont projet&#233; sur l'un de ses peuples autochtones.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant le r&#232;gne de l'empereur Zenon, entre 471 et 474 de notre &#232;re, dans la Turquie actuelle, une personne (dont l'histoire romanc&#233;e est sans doute un peu inspir&#233;e de personnages r&#233;els) se s&#233;pare de son mari &#224; la suite d'une aventure d'un soir. Apr&#232;s une s&#233;rieuse remise en question de sa vie, cette personne connue jusqu'ici comme une dame mari&#233;e du nom de Th&#233;odora change d'apparence et passe pour un eunuque (un troisi&#232;me genre autochtone byzantin). Apr&#232;s &#234;tre devenu moine sous le nom de Th&#233;odore, accus&#233; d'&#234;tre le p&#232;re d'un enfant qui n'en avait pas, le moine trans* d&#233;cide d'&#233;lever l'enfant, m&#234;me si cela entra&#238;ne exclusion du monast&#232;re, perte de revenus et vagabondage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clovis Maillet, &#171; Transpaternit&#233; sainte : Saintx Marin et Theodorx &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Th&#233;odore et l'enfant vivent sans domicile fixe dans la campagne autour du monast&#232;re, aid&#233;s par des b&#234;tes qui partagent leur lait avec le petit humain, inventant de nouvelles parent&#233;s transgenre et interesp&#232;ce, qui constitueront un autre mod&#232;le face &#224; l'histoire des p&#232;res du d&#233;sert, h&#233;ros masculins de l'asc&#233;tisme chr&#233;tien des premiers si&#232;cles de cette religion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un sortil&#232;ge d'emp&#234;chement de l'extr&#234;me-droite, la l&#233;vitation d'un commissariat de police, des balayages de rue en guise d'action directe, une lutte pour les communs forestiers men&#233;e par des demoiselles, un fleuve baptis&#233; en l'honneur de guerrier&#183;es transgenres, un moine trans* chass&#233; dans les bois. Voil&#224; quelques moments parmi les nombreux qui occupent ce livre o&#249; trans* et &#233;cologie se rencontrent ; o&#249; la fugitivit&#233; de genre est mobilis&#233;e au service de la lutte &#233;cologique ; o&#249; convergent le soin donn&#233; &#224; l'environnement et la lutte contre les brutalit&#233;s polici&#232;res contre la variance de genre ; o&#249; les luttes queers et trans* s'allient avec des entit&#233;s non conventionnelles ; o&#249; la variance de genre est associ&#233;e avec le hors-civilisation (au point d'y &#234;tre chass&#233;e) ou avec le pr&#233;civilis&#233; (au point d'y &#234;tre identifi&#233;e). Telles sont les coordonn&#233;es de l'enqu&#234;te : que les luttes &#233;cologiques jouent de la dissidence de genre ou que les luttes trans* se posent des questions &#233;cologiques, que les cr&#233;atures non humaines soient impliqu&#233;es dans les luttes trans* ou que les personnes trans* soient mises du c&#244;t&#233; des cr&#233;atures non humaines, il s'agira de se demander quelles forces les luttes &#233;co/trans* peuvent tirer les unes des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre s'efforce de c&#233;l&#233;brer la profondeur historique et mat&#233;rielle de ce que les transf&#233;minismes apportent aux &#233;cologies et des mani&#232;res que les vivanz autres qu'humain&#183;es ont de se tisser aux vies trans*. Comment pouvons-nous, toustes, b&#233;n&#233;ficier de ces entrecroisements qui nous rappellent aux interd&#233;pendances de nos vies ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;144&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/glbths_vanguard_v1n2_october1966_p2_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/glbths_vanguard_v1n2_october1966_p2_1.jpg?1741801926' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Street Sweep&lt;/i&gt;, San Francisco, 1966 ; photographie tir&#233;e de &lt;i&gt;Vanguard Magazine&lt;/i&gt;, Vol. 1, No. 2, Oct. 1966&lt;br class='autobr' /&gt;
Courtesy of the GLBT Historical Society
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les discours contemporains, les vies trans* sont souvent pr&#233;sent&#233;es comme exceptionnelles &#8211; que ce soit au sein de l'humanit&#233;, ou au sein du vivant en g&#233;n&#233;ral. Accus&#233; de maux aussi divers que la perversion de la jeunesse, la ruine de la famille, l'apologie de la technoscience ou la pollution aux hormones, les vies trans* fonctionnent comme un &#233;cran de projection o&#249; s'&#233;talent les peurs li&#233;es &#224; la d&#233;stabilisation des r&#244;les de genre et aux transformations collectives en cours &#8211; que ces transformations soient d&#233;sirables ou non, li&#233;es aux derniers sursauts du capitalisme sur son lit de mort ou &#224; son expansion toujours plus pernicieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre montre donc d'abord que les vies trans* ne sont pas aussi rares que les discours anti-trans* contemporains veulent le faire croire : dans l'histoire ancienne, antique et m&#233;di&#233;vale, dans les biologies animales et v&#233;g&#233;tales, y compris celle des &#234;tres humains, tout montre que, loin du regard paniqu&#233; que portent certain&#183;es militanz anti-trans*, les personnes et les vies trans* ont toujours &#233;t&#233; l&#224;, ne sont pas pr&#234;tes de dispara&#238;tre ; elles ont juste &#233;t&#233; et seront sans doute encore d&#233;crites et interpr&#233;t&#233;es avec des mots diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous nous demandons aussi si l'assaut continu de la brutalit&#233; anti-trans* peut &#234;tre l'indice qu'il se cache, dans les pens&#233;es et les vies trans*, une force insurrectionnelle capable de remettre en cause la soci&#233;t&#233; patriarcale- coloniale. Il est crucial de r&#233;clamer &#171; la fin des monstres &#187;, la fin des assauts contre les vies trans*, contre leur exotisation et leur marginalisation au sein de nos soci&#233;t&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tal Madesta, La Fin des montres, La D&#233;ferlante &#201;ditions, 2024.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant, il ne s'agit pas de normaliser les personnes trans* pour les int&#233;grer au sein d'un syst&#232;me (capitaliste, extractiviste, colonial) qui d&#233;truit la plan&#232;te. Comme le dit Filo Sottile dans son pamphlet &lt;i&gt;La Mostruositrans&lt;/i&gt; : &#171; Nous avons d&#233;cid&#233; de nous d&#233;fendre du poison de la norme h&#233;t&#233;ro- patriarcale [&#8230;] chaque jour qui passe, nous sommes toujours plus pr&#234;t&#183;es &#224; r&#233;pondre aux attaques et &#224; nous tenir la t&#234;te haute, pr&#234;t&#183;es &#224; nous mettre en rage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Filo Sottile, La Monstruositrans, per una alleanza transfeminista fra le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Dans un des textes fondateurs des &#233;tudes trans*, &#171; Mon discours &#224; Victor Frankenstein au-dessus du village de Chamonix. Performer la rage transgenre &#187;, l'historienne Susan Stryker avait d&#233;j&#224; propos&#233; de cr&#233;er une alliance enrag&#233;e avec les monstres qui, comme la cr&#233;ature sans nom de Mary Shelley, se rebellent contre les docteur&#183;es (Frankenstein ou autres) qui les ont cr&#233;&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Stryker, &#171; Mon discours &#224; Victor Frankenstein au-dessus du village de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De nombreuses personnes trans* ne souhaitent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;&#183;es comme &#171; normales &#187; par un monde qu'elles jugent destructif ; et quant &#224; nous, nous pr&#233;f&#233;rons plut&#244;t apprendre &#224; parler, &#171; avec les monstres &#187;, contre le monde qui ne nous rend monstrueux&#183;ses que pour mieux nous silencier et nous d&#233;vorer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les vies trans* ont le potentiel de faire b&#233;gayer les machines administratives du droit, de tromper les logiciels de la reconnaissance identitaire, de refuser parfois jusqu'&#224; l'id&#233;e que nous devrions nous reconna&#238;tre comme (seule- ment) humain&#183;es : et tout cela est une chance. De l'int&#233;rieur d'un monde destructif, les genres non normatifs qui s'y inventent contiennent une promesse : celle de multiplier les r&#233;cits disponibles, d'ouvrir de nouvelles mani&#232;res (au-del&#224; ou au travers des genres) d'envisager les transformations dont nous avons toustes urgemment besoin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vignette #5 : La recette du baume androcur (XIIIe si&#232;cle)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jules C&#233;sar avait pour &#233;pouse une femme de grand lignage qui &#233;tait fort belle, mais aussi plus d&#233;bauch&#233;e que toutes les autres femmes : elle n'avait qu'une fille de l'empereur et cette fille &#233;tait de tr&#232;s grande beaut&#233;. L'imp&#233;ratrice avait aupr&#232;s d'elle douze demoiselles qui &#233;taient en fait des hommes d&#233;guis&#233;s en demoiselles, avec qui elle couchait toutes les nuits o&#249; l'empereur &#233;tait absent, car elle &#233;tait au plus haut point luxurieuse, davantage que toutes les femmes de l'Empire romain. De crainte que la barbe ne pousse &#224; ses douze lieutenants, elle leur faisait poser sur leurs mentons des onguents de chaux et d'orpiment dissous et bouilli dans du pissat ; v&#234;tus de longues robes &#224; tra&#238;ne, des guimpes dissimulaient leur visage, leurs cheveux &#233;taient longs et tress&#233;s &#224; la mode des jeunes filles ; ayant l'air de jeunes filles, il &#233;tait facile de ne pas les reconna&#238;tre pendant longtemps dans l'entourage de l'imp&#233;ratrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite Vulgate de Merlin ou Les premiers faits du roi Arthur, chapitre &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire &#233;tonnante provient d'une des suites de la vie de Merlin, qui, au XIIIe si&#232;cle avait plus de rebondissements que toutes les histoires de super-h&#233;ros &#233;crites au XXe si&#232;cle. Dans celle-ci, Merlin (oui, Merlin, le pr&#233;cepteur du roi Arthur) va &#224; Rome rencontrer Jules C&#233;sar (Jules C&#233;sar au milieu des chevaliers &#231;a claque). Et la femme de Jules C&#233;sar vit en dod&#233;couple avec des transf&#232;ms (un dod&#233;couple, c'est comme un couple, mais &#224; douze), mais elle ne veut pas que cela se sache &#8211; cela va d'ailleurs mal se finir pour la femme de C&#233;sar et pour les douze.&lt;br class='autobr' /&gt;
Merlin, qui est parfois le fils d'une vierge et d'un d&#233;mon, a d'autres parents dans cette version : il est le fils d'une jeune fille qui s'est endormie dans les bois et qui, pendant son sommeil, a couch&#233; avec (ou s'est fait agresser par) un homme sauvage. Les hommes et femmes sauvages &#233;taient r&#233;put&#233;&#183;es tout &#224; fait r&#233;el&#183;les &#224; l'&#233;poque, iels &#233;taient tr&#232;s velu&#183;es, n'avaient pas besoin de v&#234;tements, et vivaient dans la for&#234;t. De plus en plus aux XIV et XVe si&#232;cles, on avait fini par les consid&#233;rer comme des super- &#233;colos qui avaient appris &#224; vivre dans les bois, ce qui en faisait des gens modestes et bons chr&#233;tiens, mais au XIIIe si&#232;cle, on les prenait encore pour des brutes. Merlin a un probl&#232;me : il est un &#234;tre hybride, trans*esp&#232;ce, et il ne parvient pas &#224; passer pour un humain. Mais ce qui est pratique, c'est qu'il se d&#233;guise comme il veut en animal sauvage. Alors il se transforme en cerf g&#233;ant et met tout sens dessus dessous au banquet de Jules C&#233;sar. C&#233;sar met au point un pi&#232;ge en laissant tra&#238;ner un banquet fastueux au fond de la for&#234;t (car Merlin est vorace et ne peut pas r&#233;sister &#224; un r&#244;ti au miel). Cela fonctionne, Merlin s'empiffre, finit par s'endormir et il est captur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Merlin dans cette histoire est donc un peu furieux de son mauvais &lt;i&gt;passing&lt;/i&gt; en tant qu'humain, parce que, o&#249; qu'il aille, il est rattrap&#233; par son c&#244;t&#233; b&#234;te vorace. Mais comme il est aussi proph&#232;te, il sait tout des personnes trans* autour de lui. Il d&#233;cide d'outer le dod&#233;couple sans m&#233;nagement et r&#233;v&#232;le donc tout &#224; Jules C&#233;sar. Les relations extra-conjugales sont tr&#232;s mal vues et le dod&#233;couple finit sur le b&#251;cher. Il faut quand m&#234;me dire que, malgr&#233; la fin tragique des transf&#232;ms et de l'imp&#233;ratrice, Merlin est plus envieux que transphobe. Il sauve une autre personne trans* qui vivait l&#224; (car la cour de Jules C&#233;sar donnait beau- coup d'opportunit&#233;s professionnelles &#224; la communaut&#233; trans* apparemment). Son s&#233;n&#233;chal est un chevalier transmasc du nom de Grisandole (super badass). Merlin le trans*cerf l'oute aussi devant tout le monde, mais il fait bien attention de pr&#233;ciser que c'est vraiment quelqu'un de bien, rien &#224; voir avec l'imp&#233;ratrice qui trompe C&#233;sar tout le temps avec ses demoiselles &lt;i&gt;sex addicts&lt;/i&gt;. Comme Jules C&#233;sar est veuf depuis qu'il a fait br&#251;ler sa femme, Merlin le convainc d'&#233;pouser Grisandole (qui s'appelle aussi Avenable)&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce type d'histoire avec ses retournements de situation palpitants impliquant changements de genre et d'esp&#232;ce n'est pas rare &#224; l'&#233;poque, mais il n'est pas si fr&#233;quent qu'on nous y livre une recette de transition hormonale : &#171; de crainte que la barbe ne pousse &#224; ses douze lieutenants, elle leur faisait poser sur leurs mentons des onguents de chaux et d'orpiment dissous et bouilli dans du pissat &#187;. Regardons de plus pr&#232;s ces ingr&#233;dients. 1) la chaux &#233;teinte est tr&#232;s basique (attention aux br&#251;lures), mais dans l'Antiquit&#233; et au Moyen &#194;ge, elle permettait souvent de pr&#233;parer les baumes, comme le liminent ol&#233;o-calcaire m&#233;lang&#233; &#224; de l'huile. 2) l'orpiment : il s'agit du trisulfure d'arsenic (As2S3), assez courant au Moyen &#194;ge car utilis&#233; comme pigment jaune permettant de peindre avec une lumi&#232;re qui rappelait l'or, tr&#232;s demand&#233;e pour les manuscrits (le &lt;i&gt;Livre de Kells&lt;/i&gt; en est recouvert). Or on sait maintenant que si l'arsenic est un poison &#224; forte dose (souvent utilis&#233; par les femmes plus ou moins sorci&#232;res qui souhaitent &#233;liminer leurs ennemis discr&#232;tement, comme Marie Besnard), &#224; plus faible dose, c'est surtout un perturbateur endocrinien, c'est-&#224;-dire qu'il a des effets sur la production d'hormones. Il inqui&#232;te d'ailleurs beaucoup les environnementalistes &#224; cause de la contamination des eaux dans le Sud-Est asiatique notamment1. Dans l'Antiquit&#233;, on appelait l'arsenic &#171; dompteur de m&#226;le &#187;, comme pourrait l'&#233;voquer l'&#233;tymologie du mot &lt;i&gt;arsen&lt;/i&gt; (&#7940;&#961;&#963;&#951;&#957;), &#171; m&#226;le/masculin &#187;. 3) le pissat : c'est de l'urine, souvent animale. La version la plus cou- ramment utilis&#233;e est l'urine d'&#226;ne ou de mulet, qui nous rappelle fort l'urine de jument gravide, ingr&#233;dient principal du Premarin utilis&#233; pour les traitements hormonaux dits f&#233;minisants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout, on peut donc dire que ce baume, d&#233;crit au milieu de l'histoire des douze transf&#232;ms de l'imp&#233;ratrice, contient plusieurs &#233;l&#233;ments qu'on peut facilement associer &#224; des connaissances anciennes et modernes sur les traitements de f&#233;minisation &#224; base de min&#233;raux (arsenic et chaux) et de substances animales (urine). L'auteur ne cite pas n'importe quels ingr&#233;dients, mais s'appuie sur des savoirs apparemment pr&#233;cis en pharmacologie des transitions, peut-&#234;tre apr&#232;s avoir men&#233; des recherches dans le but de mieux brosser le portrait de ses personnages transf&#233;minins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on surinterpr&#232;te joyeusement, on peut aussi se dire que les techniques de traitement de la pilosit&#233; transf&#233;minine &#233;taient tellement connues qu'on pouvait y faire un clin d'&#339;il, comme &#231;a, au milieu d'un roman de chevalerie (o&#249; plus de la moiti&#233; des personnages sont trans).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le slogan des luttes des f&#233;ministes italiennes pour l'avortement : &#171; Tremate tremate che le streghe son tornate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res, &#171; Emp&#234;chez-les &#187;, &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, 6 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tourmaline, &#171; Occupy Humor &amp; Grief as Transformative Practices &#187;, &lt;i&gt;The Spirit Was&lt;/i&gt;&#8230;, 15 mars 2012 ; thespiritwas.tumblr.com&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jennifer Worley, &#171; &#8220;Street Power&#8221; and the Claiming of Public Space &#187;, in Eric A. Stanley et Nat Smith (dir.), &lt;i&gt;Captive Genders : Trans Embodiment and The Prison Industrial Complex&lt;/i&gt;, AK Press, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sahlins, &lt;i&gt;Forest Rites. The War of the Demoiselles in Nineteenth-Century France&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P&#234;ro de Magalh&#227;es G&#226;ndavo, &lt;i&gt;Tratado da Terra do Brasil. Hist&#243;ria da Prov&#237;ncia Santa Cruz&lt;/i&gt;, Senado Federal, (1576) 2008, p. 136 : &#171; Il y a aussi des femmes qui sont consid&#233;r&#233;es comme chastes, qui ne connaissent aucun homme de quelque qualit&#233; que ce soit, et qui n'y consentiraient jamais, m&#234;me si on les mena&#231;ait de mort. Elles abandonnent toutes les pratiques f&#233;minines, imitent les hommes et suivent leurs m&#233;tiers, comme si elles n'&#233;taient pas des femmes. Elles se font couper les cheveux de la m&#234;me mani&#232;re que les hommes, elles vont &#224; la guerre avec leurs arcs et leurs fl&#232;ches, et &#224; la chasse, toujours en compagnie d'hommes, et chacune a une femme qui la sert, avec laquelle elle dit qu'elle est mari&#233;e, et ainsi ils communiquent et parlent comme mari et femme. &#187; Lire &#233;galement Leslie Feinberg, &lt;i&gt;Transgender Warriors : Making History from Joan of Arc to Dennis Rodman&lt;/i&gt;, Beacon Press, 1996, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clovis Maillet, &#171; Transpaternit&#233; sainte : Saintx Marin et Theodorx &#187;, Eigensinn : &#233;tudes rus&#233;es sur lieux communs, vol. 2, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tal Madesta, &lt;i&gt;La Fin des montres&lt;/i&gt;, La D&#233;ferlante &#201;ditions, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Filo Sottile, &lt;i&gt;La Monstruositrans, per una alleanza transfeminista fra le creature mostre&lt;/i&gt;, Eris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Stryker, &#171; Mon discours &#224; Victor Frankenstein au-dessus du village de Chamonix. Performer la rage transgenre &#187;, trad. Mirza- H&#233;l&#232;ne Deneuve, &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, n&#176; 9, (1993) 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Suite Vulgate de Merlin ou Les premiers faits du roi Arthur&lt;/i&gt;, chapitre &#171; Histoire de Grisandole &#187;, &lt;i&gt;in Le Livre du Graal&lt;/i&gt;, dir. Philippe Walter, Gallimard, 2001 (traduction modifi&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Oprah Winfrey, le SIDA et la piscine municipale </title>
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		<description>&lt;p&gt;Analyse d'une panique anti-homosexuelle.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/oprahtop.jpg?1742293198' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1987, alors que plus de 40 000 personnes &#233;taient mortes des complications du sida aux &#201;tats-Unis, alors que six ans s'&#233;taient d&#233;j&#224; &#233;coul&#233;s depuis le premier d&#233;c&#232;s connu, le pr&#233;sident Reagan a prononc&#233; son premier discours public sur l'&#233;pid&#233;mie. Au lieu de se concentrer sur l'&#233;ducation sexuelle, le gouvernement a attis&#233; la peur et les pr&#233;jug&#233;s. Le message envoy&#233; au monde &#233;tait clair : si vous &#234;tes p&#233;d&#233;, vous mourrez &#8211; et tout le monde vous d&#233;teste. &lt;br class='manualbr' /&gt;En juillet de cette m&#234;me ann&#233;e, lors d'une journ&#233;e particuli&#232;rement chaude, Mike Sisco, un homo porteur du VIH, d&#233;cida de se baigner dans la piscine publique de Williamson, sa ville natale. Sa pr&#233;sence provoqua une r&#233;action imm&#233;diate : les autres baigneurs quitt&#232;rent pr&#233;cipitamment la piscine, et celle-ci fut ferm&#233;e, vid&#233;e et d&#233;sinfect&#233;e le jour m&#234;me. Quelques mois plus tard, l'animatrice et productrice de t&#233;l&#233;vision Oprah Winfrey se rendit dans cette petite ville pour animer une discussion publique sur le sujet, offrant &#224; Mike Sisco et aux membres de la communaut&#233; de cette petite ville une agora pour confronter leurs points de vue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet article, Micka&#235;l Temp&#234;te prolonge l'analyse ouverte dans son livre &lt;a href=&#034;https://www.editionsdivergences.com/livre/la-gaie-panique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Gaie Panique&lt;/i&gt; (&#201;ditions Divergences)&lt;/a&gt; sur la fa&#231;on dont l'&#233;pid&#233;mie du VIH a donn&#233; une nouvelle jeunesse &#224; la parano&#239;a anti-homosexuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Note : &lt;i&gt;La vid&#233;o de l'&#233;mission en son entier a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sente sur youtube mais Oprah, gardienne de son empire &#233;conomique, l'a faite supprimer. Heureusement, j'ai eu la bonne id&#233;e de la t&#233;l&#233;charger en craignant qu'un jour celle-ci ne disparaisse. On peut toutefois trouver de courts extraits en ligne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/dos.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/dos.jpg?1742291798' width='500' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la page facebook de The Aids Memorial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette page facebook est un m&#233;morial num&#233;rique pour pr&#233;server l'h&#233;ritage de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que j'ai d&#233;couvert son histoire. En juillet 1987, la petite ville de Williamson, en Virginie-Occidentale, qui compte 5 600 habitants, a fait l'objet d'un d&#233;bat national sur le sida. Robert &#171; Mike &#187; Sisco (1961-1994), positif au VIH, s'est baign&#233; dans la piscine publique. Autour de lui se l&#232;ve un vent de panique, les baigneurs quittent pr&#233;cipitamment le bassin, les habitants pr&#233;sents partent en courant. D&#232;s le lendemain, la nouvelle s'est vite r&#233;pandue dans la petite ville : la peur, les m&#233;disances et les rumeurs ont forc&#233; &#224; la fermeture de la piscine et donn&#233; lieu &#224; un article en premi&#232;re page du journal local. Cette affaire est ensuite relay&#233;e par des m&#233;dias nationaux. Quelques mois plus tard, Oprah Winfrey, animatrice star d'un talk-show&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de confession publique&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;mission quotidienne est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme celle qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; regard&#233; par 9 millions de t&#233;l&#233;spectatrices en moyenne, se rend &#224; Williamson pour enregistrer une confrontation entre Mike Sisco entre les autres habitants de la petite ville. Habituellement, ses &#233;missions sont enregistr&#233;es en studio et en pr&#233;sence d'un public f&#233;minin. &#192; un ton sensationnaliste et virulent pr&#233;sent dans les premi&#232;res &#233;missions, Oprah a ensuite adopt&#233; une approche plus bienveillante et introspective, accordant la parole aux personnes concern&#233;es tout en prenant part elle-m&#234;me &#224; la conversation. Pour cette &#233;mission exceptionnelle, le tournage eut lieu dans la petite ville de Williamson, dont les habitants constituent &#224; la fois le public et les intervenants.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_m1RL_CKrZA?si=UWiTnnPAyvE3NYKC&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission s'ouvre par un plan panoramique de la ville, puis Oprah appara&#238;t &#224; l'&#233;cran au-devant de son public pour expliquer le fait-divers. Des images de la piscine d&#233;sert&#233;es, la une du journal local relatant les faits avec le titre &#171; Williamson pool closed after swim by AIDS victim &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : &#171; La piscine de Williamson ferm&#233;e suite &#224; la baignade d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autres images en micro-trottoir recueillent des t&#233;moignages d'habitants : &#171; Il faut les faire partir de la ville et les rassembler &#224; Hawa&#239; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la suite des interventions, je traduis directement en fran&#231;ais.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; Dieu leur dit qu'ils ont fait quelque chose de mal &#187;, &#171; Le VIH est un message de Dieu &#187;, &#171; Il ne faut pas que ces gens-l&#224; soient dans la rue, il faut les enfermer &#187;, &#171; Ces gens-l&#224; co&#251;tent tr&#232;s cher &#187;, etc. Retour &#224; l'agora, Oprah est &#224; c&#244;t&#233; de Mike Sisco et le pr&#233;sente. Il prend enfin la parole et raconte calmement sa version des faits : &#171; Je suis all&#233; me baigner, il faisait tr&#232;s chaud, je suis juste all&#233; nager. Le ma&#238;tre-nageur me reconna&#238;t et les gens se mettent &#224; courir &#187;. Il ajoute que les ennuis avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; quand il a fait son coming-out, il vivait ailleurs et est revenu dans sa ville natale, dans sa famille, quand il apprend qu'il est positif au VIH et que sa sant&#233; se d&#233;grade et qu'il a perdu son travail. C'est apr&#232;s l'avoir racont&#233; &#224; sa famille que les rumeurs ont commenc&#233;. Une de ses s&#339;urs est partie et il interpr&#232;te ce rejet de cette mani&#232;re : &#171; Ils avaient peur de manifester l'amour qu'ils avaient pour moi &#187;. Sa famille, effray&#233;e par la l&#233;talit&#233; du virus, lui dit qu'il ne pourra pas &#234;tre enterr&#233; dans le caveau familial. Oprah lui demande : &#171; Ils avaient peur que la maladie se r&#233;pande dans la terre ? &#187;. Mike acquiesce. Il explique alors qu'il r&#233;fl&#233;chissait &#224; se suicider. Un jour, en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233;, il s'avan&#231;a au bord d'une falaise et voulut s'y jeter. L'affaire Mike Sisco r&#233;v&#232;le un aspect souvent oubli&#233; de l'&#233;pid&#233;mie de sida : son impact dans les villes rurales. La plupart des &#339;uvres majeures et des documentaires sur la crise du VIH/sida dans les ann&#233;es 1980 se concentrent sur les grandes m&#233;tropoles, ce qui est compr&#233;hensible, car elles ont &#233;t&#233; parmi les plus touch&#233;es. Cependant, l'effervescence urbaine, hier comme aujourd'hui, tend &#224; masquer les r&#233;alit&#233;s v&#233;cues dans d'autres r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence donc par des rumeurs qui font suite &#224; son retour &#224; Williamson dans sa famille pour ne pas vivre seul avec la maladie. Des personnes lui disent qu'ils ne veulent pas &#234;tre dans le m&#234;me espace que lui, qu'il doit partir ; dans la rue les gens le d&#233;visagent. Personne ne s'en est pris physiquement &#224; lui mais ils le pointaient r&#233;guli&#232;rement du doigt. Ce qui ressort d&#233;j&#224; de ces premiers t&#233;moignages est que la rumeur a une fonction de sociabilit&#233; entre les personnes de la communaut&#233;, elle est caract&#233;ristique de sa facult&#233; &#224; se d&#233;placer de bouche en bouche et de doigt tendu en doigt tendu. Une rumeur circule et, m&#234;me si l'un de ses effets est de calomnier une personne, elle cr&#233;e du lien. C'est ici un aspect int&#233;ressant de l'&#233;mission qui d&#233;crit comment une communaut&#233; d'habitants ne forme qu'un seul corps et comment elle tente, pour se maintenir, de cr&#233;er un paria &#224; exclure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/oprah_et_mike.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/oprah_et_mike.jpg?1742153828' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le public est organis&#233; en forme de cercle, dans une sorte d'agora anale qui encercle un vide o&#249; tr&#244;ne l'animatrice star. C'est elle qui distribue la parole et se met &#224; l'&#233;coute sans aucun jugement moral. Les habitants forment l'&#233;paisseur principale de ce cercle tandis que Mike Sisco et le m&#233;decin sont assis sur le bord interne, ils sont l'en-dehors de la communaut&#233;. La parole se d&#233;place ainsi sur ce cercle/sphincter et suscite parfois des remous. C'est notamment le cas lorsqu'une personne dit : &#171; Pourquoi es-tu all&#233; &#224; la piscine en sachant que tu avais le sida alors qu'il y avait des enfants ? &#187;, &#224; cette phrase r&#233;pondent des applaudissements qui mat&#233;rialisent la jouissance d'une &#171; v&#233;rit&#233; &#187; enfin dite et partag&#233;e par la foule. Au milieu de tout &#231;a, Mike Sisco, pourtant isol&#233; et accabl&#233;, demeure &#233;tonnamment calme et &#224; l'&#233;coute, comme endurci par tant de m&#233;pris ; il &#233;mane de lui une tr&#232;s grande dignit&#233;. Il porte un pull violet et vert, une boucle d'oreille brille &#224; son oreille gauche et une coupe mulet typique des rockeurs et marginaux des ann&#233;es 1970 et 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif m&#234;me de l'&#233;mission voulu par Oprah est de cr&#233;er un lien de proximit&#233; entre les invit&#233;s et son audience. Il faut que tout soit limpide et assimilable, que la parole ne s'&#233;ternise pas, que ce soit rythm&#233; et vivant. Apr&#232;s chaque coupure publicitaire (et il y en a beaucoup), l'animatrice pr&#233;sente &#224; nouveau le sujet pour les personnes qui prennent l'&#233;mission en cours de route. Par exemple : &#171; Nous sommes &#224; Williamson, en Virginie-Occidentale. Mike Sisco a d&#251; quitter cette ville parce qu'il se sentait comme un paria &#224; cause du sida. Beaucoup de gens dans ce pays ont peur du sida. Nous reviendrons sur cette ville dans un instant. &#187; Ensuite, Oprah r&#233;sume syst&#233;matiquement la parole de chaque invit&#233; apr&#232;s leur intervention, une personne s'exprime et l'animatrice dig&#232;re cette parole en quelques phrases &#224; l'attention des t&#233;l&#233;spectatrices. L'important est de cr&#233;er un lien d'identification par la confession des &#233;motions et l'exposition des vuln&#233;rabilit&#233;s. Par ailleurs, elle ne juge jamais mais cherche &#224; comprendre, y compris les propos les plus durs &#224; l'encontre de Mike ou des homosexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oprah s'adresse aux classes moyennes, &#224; la familiarit&#233; de la vie quotidienne, et &#224; leurs aspects tordus (&lt;i&gt;queers&lt;/i&gt;) &#224; l'int&#233;rieur de cette apparente normalit&#233;. Elle le fait &#224; partir d'une exploitation des &#233;motions de personnes victimes d'injustices, de violences ou d'in&#233;galit&#233;s. Mais jamais elle n'interroge la dimension structurelle et politique de ces pr&#233;judices. Il y a toujours une victime isol&#233;e face &#224; la possibilit&#233; ou non de surmonter l'offense. C'est tout le succ&#232;s &#233;conomique des productions d'Oprah qui repose sur cette m&#233;thode : la r&#233;ussite individuelle am&#233;ricaine &#224; travers le d&#233;passement de soi d'une victime. C'est pourquoi on ne saura pas grand-chose d'autre de Mike Sisco que cette histoire-l&#224;. Si on en avait su davantage, par exemple sur sa sexualit&#233;, ses amours, ses amis gays, cela aurait cr&#233;&#233; une distance trop grande avec son public de femmes au foyer des classes moyennes. Il ne fallait pas pr&#233;senter le &lt;i&gt;p&#233;d&#233;&lt;/i&gt;, mais l'enfant d'une communaut&#233; provinciale victime de son environnement. Oprah ne dit strictement rien des politiques anti-homosexuelles qui ont ouvert la d&#233;cennie et qui pourraient pourtant contextualiser la situation. En revanche, le contexte appara&#238;t de mani&#232;re plus all&#233;gorique, notamment lorsque Mike compare la r&#233;action de panique qu'il a suscit&#233;e &#224; celle r&#233;serv&#233;e au monstre Godzilla dans les films. Godzilla est une figure mythologique qui condense les peurs du nucl&#233;aire apr&#232;s les bombardements atomiques de Hiroshima et de Nagasaki au Japon en 1945. Et le nucl&#233;aire est cette menace invasive invisible capable d'an&#233;antir l'ensemble d'une communaut&#233;. Et puis, le monstre est bien entendu la figure par excellence du paria dans la litt&#233;rature populaire. Lorsque Mike y fait r&#233;f&#233;rence, il dit en souriant : &#171; Ils ont en quelque sorte couru comme dans ces films de science-fiction o&#249; Godzilla marche dans la rue &#187;. Oprah reprendra son expression pour le pr&#233;senter &#224; nouveau apr&#232;s une &#233;ni&#232;me coupure pub : &#171; Nous sommes ici aujourd'hui dans une ville o&#249; un jeune homme atteint du sida a d&#233;clar&#233; qu'il avait d&#251; partir parce qu'il se sentait exclu. Il a dit qu'il &#233;tait rentr&#233; chez lui pour mourir en paix, mais qu'au lieu de cela, il avait &#233;t&#233; trait&#233; comme Godzilla. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/godzilla__1954_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/godzilla__1954_.jpg?1742153804' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La parano&#239;a collective autour de Mike Sisco ne s'est pourtant pas arr&#234;t&#233;e &#224; cette baignade estivale. Une autre rumeur circulait comme quoi il aurait l&#233;ch&#233; des l&#233;gumes dans un supermarch&#233; de Williamson. Le McDonald du coin a aussi d&#251; publier un article dans le journal local parce que le bruit courait qu'il y travaillerait. La piscine publique, le supermarch&#233;, le McDonald forment la trame d'une quotidiennet&#233; de n'importe quelle petite ville &#233;tats-unienne et les fluides de Mike y sont partout traqu&#233;s, partout d&#233;lir&#233;s. Les habitants de Williamson n'&#233;taient pas les seuls &#224; craindre, &#224; tort, que le sida ne se propage par contact occasionnel &#8211; par la sueur, l'urine ou la salive, en s'embrassant, dans les piscines et m&#234;me sur les poign&#233;es de porte. En ouverture de l'&#233;mission, Oprah faisait r&#233;f&#233;rence &#224; d'autres histoires assez similaires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Needham, dans le Massachusetts, 29 employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone ont quitt&#233; leur travail lorsqu'ils ont appris qu'un de leurs coll&#232;gues &#233;tait atteint du sida. &#192; Arcadia, en Floride, trois fr&#232;res h&#233;mophiles atteints du sida ont &#233;t&#233; m&#233;pris&#233;s par les habitants de la ville et contraints de d&#233;m&#233;nager lorsque leur maison a &#233;t&#233; incendi&#233;e. &#192; Los Angeles, un parti politique appel&#233; PANIC (Prevent AIDS Now in California) a recueilli 720 000 signatures en faveur d'une mesure de mise en quarantaine des victimes du sida. Alors que la peur du SIDA a &#233;galement touch&#233; les salles de classe &#224; travers le pays, des rumeurs selon lesquelles un &#233;l&#232;ve &#233;tait atteint du SIDA &#224; Macon, en G&#233;orgie, ont sem&#233; la panique chez les parents. &#192; Kokomo, dans l'Indiana, un gar&#231;on a &#233;t&#233; contraint de rester &#224; la maison et d'&#233;couter les cours par t&#233;l&#233;phone lorsque des parents ont protest&#233; contre sa pr&#233;sence dans la salle de classe avec leurs enfants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/femme_gros_plan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/femme_gros_plan.jpg?1742153804' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans l'&#233;mission, la parole se fait accusatrice envers la parole scientifique : &#171; Nous ne sommes pas s&#251;rs de ce qu'il se passe. Le consensus c'est qu'on ne croit pas la science en g&#233;n&#233;ral. Parce que les scientifiques disent que tu peux l'attraper comme &#231;a, maintenant ils disent que c'est plut&#244;t comme &#231;a. &lt;i&gt;On ne sait pas o&#249; tracer la ligne&lt;/i&gt; (je souligne) pour &#234;tre prot&#233;g&#233;s de cette maladie &#187;. Le docteur Woody Myers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Woody Augustus Myers Jr., (1954-&#8230;), a &#233;t&#233; une des figures importantes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commissaire &#224; la sant&#233; de l'&#201;tat de l'Indiana rejoint le d&#233;bat qui va se recentrer sur le r&#244;le de l'institution m&#233;dicale dans la vie d'une petite ville &#233;tats-unienne. Il se distingue du public par sa tenue vestimentaire, portant costard et cravate, l&#224; o&#249; tous les autres s'habillent avec des v&#234;tements tr&#232;s repr&#233;sentatifs des ann&#233;es 1980 (&#233;paulettes, couleurs flashy, coiffures volumineuses). Sa fonction d'expert est interpell&#233;e par Oprah pour expliquer clairement les modalit&#233;s de transmission du VIH et tenter d'offrir une approche rationnelle de la maladie dans un but p&#233;dagogique. Il dit : &#171; Je comprends cette crainte, et c'est une crainte qu'ont de nombreuses communaut&#233;s &#224; travers les &#201;tats-Unis, dit-il. Il est tr&#232;s important que les gens connaissent les faits, et les faits sont que cette maladie s'attrape par contact de sang &#224; sang, par contact sexuel, et qu'une m&#232;re peut transmettre cette maladie &#224; son enfant. &#187; Or la m&#233;fiance de ces habitants envers le discours scientifique ne leur permet pas de voir distinctement cette &lt;i&gt;ligne&lt;/i&gt; qui leur permettrait de prot&#233;ger leur communaut&#233;. La panique na&#238;t de cette incapacit&#233; &#224; &#171; croire &#187; la science, puisque c'est ce qu'on leur demande.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/woody_myers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/woody_myers.jpg?1742153829' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'anxi&#233;t&#233; biologique fonctionne &#224; plein r&#233;gime dans ces discours, d'autant plus qu'ils ne parviennent pas &#224; s'appuyer sur des informations &#171; stables &#187;. Le th&#232;me de la croyance (&#171; &lt;i&gt; beleave &lt;/i&gt; &#187;) revient &#224; plusieurs reprises dans les t&#233;moignages : &#171; Il [Mike Sisco] ne devrait pas &#234;tre en pr&#233;sence de gens qui ne &lt;i&gt;croient&lt;/i&gt; pas en son mode de vie &#187;, &#171; Je suis contre les homosexuels, je ne &lt;i&gt;crois&lt;/i&gt; pas en eux &#187;. Lorsque le m&#233;decin intervient pour expliquer scientifiquement les risques de transmission de la maladie, il est oblig&#233; d'affirmer en m&#234;me temps qu'il ne peut pas donner de r&#233;ponse &#171; s&#251;re &#224; 100% &#187; car &#171; il y a toujours un risque &#187;. Mais lorsqu'il avance tout de m&#234;me certaines certitudes, plusieurs personnes du public rappellent que par le pass&#233; des scientifiques disaient que le tabac &#233;tait sans danger ou que tel m&#233;dicament anti-naus&#233;eux prescrit aux femmes enceintes s'est finalement r&#233;v&#233;l&#233; d&#233;vastateur pour le b&#233;b&#233; &#224; na&#238;tre. C'est un moment int&#233;ressant que l'&#233;mission n'a pas d&#233;velopp&#233; : la confrontation faite par les habitants d'une petite ville des institutions m&#233;dicales &#224; leurs propres erreurs. L&#224; o&#249; les autorit&#233;s scientifiques se pr&#233;sentent comme les garantes de l'objectivit&#233; et de la rationalit&#233;, elles se retrouvent renvoy&#233;es &#224; certaines politiques mensong&#232;res envers la population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'ai pas le temps de le d&#233;velopper mais &#233;videmment un pont est &#224; faire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/homme_vnr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/homme_vnr.jpg?1742153804' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette incertitude, le public s'agite, un homme tr&#232;s nerveux prend la parole lorsque le m&#233;decin leur dit qu'ils r&#233;agissent surtout parce qu'ils ont peur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas peur. J'&#233;prouve du d&#233;go&#251;t pour le style de vie de cet homme. Je suis d&#233;go&#251;t&#233; par sa maladie et je suis d&#233;go&#251;t&#233; par lui ! Dieu n'a rien &#224; voir avec les gens qui ont le VIH. Puisque le VIH tue aussi des b&#233;b&#233;s, Dieu ne peut pas en &#234;tre l'auteur. &#199;a, c'est une maladie de la nature. La nature va se charger de ce qui ne va pas et va l'&#233;radiquer. Et s'ils &#233;taient mis tous ensemble sans aucune femme, ils s'&#233;teindraient de la face de la Terre en un rien de temps.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faudrait les mettre dans une colonie &#187;, &#171; les envoyer &#224; Hawa&#239; &#187;, &#171; les confiner &#187;, etc., tous ces discours ne sont pas sans fondements. Ils refl&#232;tent tout d'abord l'histoire des r&#233;pressions pass&#233;es et pr&#233;sentes. La gestion s&#233;curitaire des &#171; grandes menaces &#187; contre la soci&#233;t&#233; par les prisons, les centres concentrationnaires, les h&#244;pitaux psychiatriques, viennent se d&#233;poser comme du limon dans leurs paroles. Ils refl&#232;tent aussi les discours de personnalit&#233;s importantes comme Anita Bryant qui, avec son organisation &#171; Save our children &#187;, partit en croisade contre les homosexuels &#224; partir de 1977. Cette figure de la r&#233;pression que subit la communaut&#233; gay entendait faire abroger une loi contre les discriminations &#224; l'emploi et au logement bas&#233;es sur l'orientation affective sexuelle des individus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Avant un r&#233;f&#233;rendum &#224; Miami, la croisade de miss Bryant contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un des slogans de sa campagne tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e &#233;tait : &#171; Tuer un homosexuel pour l'amour du Christ &#187;. Le th&#233;oricien Leo Bersani rapportait le titre d'un article dans un journal londonien : &#171; Je descendrais mon fils s'il avait le sida, dit le r&#233;v&#233;rend &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre original est : &#171; I'd shoot my son if he had AIDS, says vicar ! &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, accompagn&#233; d'une photo d'un homme pointant un fusil sur un gar&#231;on. Selon lui, si le point de vue du r&#233;v&#233;rend est si largement partag&#233;, c'est que &#171; le pouvoir est dans les mains de ceux qui se montrent plus capables de sympathiser avec la fureur morale et meurtri&#232;re du bon r&#233;v&#233;rend qu'avec un patient &#224; l'agonie, atteint du sarcome de Kaposi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leo Bersani, &#171; Le rectum est-il tombe ? &#187;, in Sexth&#233;tique, Paris, EPEL, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous ces propos entendus dans l'&#233;mission et ceux du r&#233;v&#233;rend refl&#232;tent finalement les d&#233;cisions prises par les politiciens qui &#233;taient beaucoup plus press&#233;s de prot&#233;ger les familles saines (victimes innocentes) que de subvenir aux besoins des malades homosexuels et toxicomanes (victimes coupables). &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la perception homophobe, la morbidit&#233; est non seulement une composante du d&#233;sir homosexuel, mais elle pourrait &#233;galement contaminer et embarquer avec elle l'ensemble d'une communaut&#233; nationale. De telle sorte qu'il y a dans la parano&#239;a anti-homosexuelle, un r&#233;flexe de conservation civilisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/vicar.jpg?1742153829' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission se finira dans un tohu-bohu sans fin, dans un duel entre la parole scientifique et la parole religieuse que seule la musique du g&#233;n&#233;rique de fin viendra recouvrir. Ce qui est &#233;tonnant dans ce talk-show, c'est que son fondement est proprement anal. Il va puiser dans ce qu'il y a de plus &lt;i&gt;privatis&#233;&lt;/i&gt;, de plus &lt;i&gt;secret&lt;/i&gt;. Ce qui int&#233;resse Oprah, et qui fera la marque de son &#233;mission, c'est d'interpeller la domesticit&#233;, d'ouvrir les portes de l'int&#233;riorit&#233; am&#233;ricaine. C'est pourquoi, lorsqu'elle aborde des th&#232;mes comme l'alcoolisme ou les sans domiciles fixes, elle pr&#233;sentera toujours des personnes per&#231;ues comme &#171; normales &#187;, empreintes de ce que Freud nomme &#171; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#187;. Ce trouble dans la familiarit&#233; met en crise le principe de reconnaissance d'un individu dans cette communaut&#233;. Dans cette affaire, Mike Sisco en fait les frais, au lieu que la communaut&#233; puisse jouer un r&#244;le de protection en le reconnaissant comme l'un des siens, elle le tient &#224; l'&#233;cart pour pr&#233;server une vision mutil&#233;e et mutilante d'elle-m&#234;me. La crise du sida est &#224; ce titre une crise politique de la reconnaissance qui aboutit &#224; des prises de positions d&#233;fensives, voire agressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que l'&#233;mission exp&#233;rimente une nouvelle forme de connexion entre la distance et la promiscuit&#233;. En cela, elle appara&#238;t comme un essai th&#233;rapeutique visant &#224; r&#233;parer les effets de la crise de la reconnaissance. Or il y a surtout des &#233;nonc&#233;s individuels qui s'entrechoquent, une exploitation lucrative du &#171; petit secret honteux &#187;, sans interroger &#224; un seul moment le champ politique qui organise ces rapports de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, l'histoire de Mike Sisko est celle de ces &lt;i&gt;smalltown boys&lt;/i&gt; qui ont rejoint les grandes villes pour trouver un peu de libert&#233; et qui ont d&#251; retourner dans leur bourgade lorsque, atteints du VIH, ils ont perdu leur travail et leur s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle. Confront&#233;s &#224; ce qu'ils avaient fui ou mis &#224; distance, ce retour au bercail n'en fut que plus brutal, ensevelis dans l'incompr&#233;hension et la peur de mourir. Apr&#232;s son apparition dans The Oprah Winfrey Show, Mike Sisco a quitt&#233; sa ville natale, pour s'installer d'abord &#224; Charleston, puis en Californie. Il est d&#233;c&#233;d&#233; paisiblement en 1994, entour&#233; de ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/mike.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/mike.jpg?1742158824' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette page facebook est un m&#233;morial num&#233;rique pour pr&#233;server l'h&#233;ritage de l'&#233;pid&#233;mie de sida gr&#226;ce &#224; des histoires d'amour, de perte et de souvenir. Elle comporte d'innombrables souvenirs de personnes mortes des complications du sida, qu'elles ait &#233;t&#233; connues ou inconnues. On peut suivre cette page sur &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/theaidsmemorial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;facebook&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/theaidsmemorial/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;instagram&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette &#233;mission quotidienne est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme celle qui a r&#233;volutionn&#233; le talk-show, la mise en sc&#232;ne de la confession publique &#224; la t&#233;l&#233;vision. Animatrice et productrice, Oprah Winfrey est devenue milliardaire gr&#226;ce &#224; ce succ&#232;s industriel qui s'oriente de plus en plus, au fil des ann&#233;es, vers le d&#233;veloppement personnel. La majorit&#233; des t&#233;l&#233;spectatrices &#233;taient des femmes au foyer ou des professionnelles qui regardaient l'&#233;mission en journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &#171; La piscine de Williamson ferm&#233;e suite &#224; la baignade d'une victime du sida &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la suite des interventions, je traduis directement en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Woody Augustus Myers Jr., (1954-&#8230;), a &#233;t&#233; une des figures importantes de la m&#233;decine dans la lutte contre le VIH. Bien qu'il ait exerc&#233; &#224; des postes influents (commissaire &#224; la sant&#233; de l'Indiana puis de New York et membre de la commission du Pr&#233;sident Reagan sur l'&#233;pid&#233;mie de VIH), il rencontra tant d'obstacles institutionnels pour mettre en place une v&#233;ritable politique sanitaire efficace qu'il d&#233;missionna assez de ces postes. Il appartient aujourd'hui au Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'ai pas le temps de le d&#233;velopper mais &#233;videmment un pont est &#224; faire avec la p&#233;riode de propagation du Covid et la gestion sanitaire par les gouvernements et les instances m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1977/06/08/avant-un-referendum-a-miami-la-croisade-de-miss-bryant-contre-l-homosexualite_3083564_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Avant un r&#233;f&#233;rendum &#224; Miami, la croisade de miss Bryant contre l'homosexualit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, in &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 08 juin 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le titre original est : &#171; I'd shoot my son if he had AIDS, says vicar ! &#187;, in &lt;i&gt;The Sun&lt;/i&gt;, 14 octobre 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leo Bersani, &#171; Le rectum est-il tombe ? &#187;, in &lt;i&gt;Sexth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, EPEL, 2011, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apr&#232;s les &#233;tudes trans</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Dialogue</dc:subject>
		<dc:subject>Andrea Long Chu </dc:subject>
		<dc:subject>Emmett Harsin Drager</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Les &#233;tudes trans sont le jumeau que les &#233;tudes queers ont absorb&#233; in utero. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Andrea-Long-Chu-165-+" rel="tag"&gt;Andrea Long Chu &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Emmett-Harsin-Drager-+" rel="tag"&gt;Emmett Harsin Drager&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/img_0488.jpg?1742166806' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce dialogue traite de l'&#233;tat des &#233;tudes trans aujourd'hui. Quoique ses auteurices diff&#232;rent dans leur degr&#233; d'optimisme pour leur futur, aels s'accordent pour dire que si les &#233;tudes trans veulent survivre, elles doivent &#234;tre capables d'articuler un nouvel ensemble de pratiques de lecture distinctes, voire m&#234;me en contradiction avec celles des &#233;tudes queers. Revisitant l'essai fondateur de Sandy Stone &lt;a href=&#034;https://commentsensortir.wordpress.com/wp-content/uploads/2015/12/css-2_2015_stone_l-empire-contre-attaque.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'empire contre-attaque &#187;&lt;/a&gt;, paru en 1991, aels remarquent que les &#233;tudes trans d&#233;butent paradoxalement par un appel &#224; abandonner la figure de lae transsexuel-le, con&#231;ue exclusivement comme une cat&#233;gorie m&#233;dicale normative. Par contraste, les auteurices avancent l'id&#233;e que la valeur critique de lae transsexuel-le r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'ael est un &lt;i&gt;obstacle&lt;/i&gt; aux r&#233;cits romantiques d'anti-normativit&#233; queer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Photo : L&#233;a Rivi&#232;re, &lt;i&gt;Magic Wand&lt;/i&gt;, 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea Long Chu :&lt;/strong&gt; Regardons les choses en face : les &#233;tudes trans sont termin&#233;es. Si elles ne le sont pas, elles devraient l'&#234;tre. Jusque l&#224;, les &#233;tudes trans ont largement &#233;chou&#233; &#224; &#233;tablir un ensemble robuste et convaincant de th&#233;ories, de m&#233;thodes et de concepts qui les distingueraient des &#233;tudes de genre et des &#233;tudes queers. Susan Stryker (2004) a un jour &#233;crit que les &#233;tudes trans &#233;taient &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Etudes-transgenres-le-jumeau-malefique-de-la-theorie-queer-Susan-Stryker&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; le jumeau mal&#233;fique des &#233;tudes queers &#187;&lt;/a&gt;. Elle avait tort : les &#233;tudes trans sont le jumeau que les &#233;tudes queers ont absorb&#233; &lt;i&gt;in utero&lt;/i&gt;. (L'ut&#233;rus, comme il se doit, &#233;tait le f&#233;minisme.) Ce que tout le monde sait, c'est que les &#233;tudes queers n'ont jamais eu aucun scrupule &#224; s'arroger le genre comme l'un de leurs principaux sites d'enqu&#234;te, et &#224; juste titre, puisque essayer d'&#233;tudier la sexualit&#233; sans &#233;tudier le genre serait manifestement absurde. Le queer a, d&#232;s le d&#233;part, d&#233;crit &#224; la fois le genre et la d&#233;viance sexuelle, et qui plus est, le genre &lt;i&gt;en tant que&lt;/i&gt; d&#233;viance sexuelle et la sexualit&#233; &lt;i&gt;en tant que&lt;/i&gt; d&#233;viance de genre. De ce point de vue, les &#233;tudes trans ne sont qu'une redondance g&#234;nante, de l'ADN frelat&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les &#233;tudes trans, il n'y a rien qui ressemble aux riches conversations autour des temporalit&#233;s queers qui ont eu lieu dans les &#233;tudes queers au milieu des ann&#233;es 80, ou comme les r&#233;cents d&#233;bats sur l'Afro-pessimisme dans les &#233;tudes noires, les deux devant beaucoup &#224; des pol&#233;miques (Edelman 2004 ; Wilderson 2010) et &#224; leurs retomb&#233;es subs&#233;quentes. &#192; la place on nous sert des am&#233;nit&#233;s r&#233;chauff&#233;es. C'est ce qui se passe lorsqu'une quantit&#233; massive de m&#233;thodes et de concepts queers avec le label TRANS coll&#233; &#224; la h&#226;te par dessus leur date de p&#233;remption rencontre un afflux de capital politique du fait des politiques de l'identit&#233; transgenre actuelles. Le r&#233;sultat ressemble &#224; quelque chose comme une &#233;glise. Mais ce qui importe, du point de vue de l'&#233;laboration th&#233;orique, c'est le conflit. Je suis tr&#232;s conservatrice en ce qui concerne la formation des disciplines. Nous avons besoin d'un petit nombre de monographies de tr&#232;s bonne qualit&#233; &#224; propos desquelles nous puissions r&#233;ellement nous engueuler. Est-ce qu'il te vient &#224; l'esprit un seul d&#233;bat signifiant dans les &#233;tudes trans aujourd'hui ? Le pinaillage est partout, mais un d&#233;saccord v&#233;ritable, du genre qui fait na&#238;tre les th&#233;ories, c'est rare. Pourquoi sommes nous si gentil-les les un-es avec les autres ? Je pense que l'id&#233;e d'une bonne baston d&#233;mange bon nombre d'entre nous. Mon essai &#171; On Liking Women&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; (Chu 2018) &#233;tait une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de susciter de la contradiction. A cet &#233;gard, cela a largement &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmett Harsin Drager :&lt;/strong&gt; Je ne peux pas t'offrir la contradiction que tu recherches, &#224; part peut-&#234;tre pour dire que je ne pense pas que les &#233;tudes trans soient termin&#233;es, en fait, je pense qu'elles sont potentiellement &#224; une crois&#233;e des chemins tr&#232;s enthousiasmante. Je pense que certains des textes les plus cit&#233;s &#224; propos des personnes trans et dans les &#233;tudes trans ont &#233;t&#233; le fait de chercheureuses non-trans (c.&#224;.d. cis) recyclant les m&#234;mes citations, concepts et m&#233;taphores&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je parle des &#233;tudes trans je fais r&#233;f&#233;rence aux th&#233;ories m&#233;dicales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quel-le chercheureuse cis va intervenir dans la discussion pour dire : &#171; Dites-donc, il me semble que l'on a compris ce concept de dysphorie compl&#232;tement de travers &#187; ? Cela n'arrivera tout simplement pas. &#192; la place, on se tape toujours les m&#234;mes d&#233;bats sur l'autonomie corporelle, le potentiel radical des modifications corporelles ou encore pire, les arguments de personnes cis comme quoi la transition sociale est tout aussi signifiante et transformatrice que la transition m&#233;dicale. Et m&#234;me parmi les chercheureuses trans pr&#233;sent-es dans le champ, personne n'a envie de parler de combien les op&#233;rations chirurgicales peuvent &#234;tre d&#233;cevantes, ou de comment, peut-&#234;tre, la dysphorie pourrait bien ne jamais dispara&#238;tre. Cela serait per&#231;u comme sapant notre marche graduelle vers &#171; le progr&#232;s &#187;. Tu cites Edelman comme un exemple du genre de pol&#233;miques dont nous avons besoin. Nous sommes dans l'&#232;re de l'enfant trans. Ce serait parfaitement ridicule d'imaginer une chercheureuse en &#233;tudes trans affirmant que peut-&#234;tre, en fin de compte, on devrait refuser de prescrire des hormones aux enfants trans. En tant que champ nous ne permettons pas ce genre de d&#233;saccords. Tout doit &#171; affirmer le genre &#187; (quoique cela puisse bien vouloir dire).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai &#233;crit cela quelques semaines seulement avant que le papier de Jessie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tudes trans ne sont pas termin&#233;es, mais elles doivent apprendre &#224; exister par elles-m&#234;mes, et pas comme un addendum ou un trait d'union ou l'ast&#233;risque de quelque chose d'autre. Il me semble que c'est pr&#233;cis&#233;ment pour discuter de &#231;a que nous sommes l&#224;, de comment tirer quelque chose de cet ADN frelat&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, les &#233;tudes trans ont un probl&#232;me de narration. J'ai &#233;t&#233; fortement influenc&#233;-e par les chercheureuses qui r&#233;fl&#233;chissent au r&#244;le de la narration dans les enqu&#234;tes historiques. Comme l'a propos&#233; Hayden White (2000) : toute enqu&#234;te historique est inform&#233;e par sa mise en r&#233;cit. Une enqu&#234;te historique doit prendre la forme d'un sc&#233;nario ; c'est, en son c&#339;ur, une histoire : une romance, une com&#233;die, une trag&#233;die, une satire (7). Dans &lt;i&gt;Conscripts of Modernity&lt;/i&gt; (2004) de David Scott, celui-ci affirme que le post-colonial cherche &#224; utiliser la m&#234;me bo&#238;te &#224; outils, ou comme il l'appelle le m&#234;me &#171; espace probl&#233;matique &#187;, que l'anti-colonial. Il sugg&#232;re qu'alors que la romance, un genre qui parle de triomphe, &#233;tait n&#233;cessaire &#224; la r&#233;sistance anti-coloniale, la trag&#233;die pourrait &#234;tre un genre plus apte &#224; d&#233;crire la modernit&#233; post-coloniale. Dans les &#233;tudes trans, j'ai l'impression que nous faisons un r&#233;cit de notre statut de victime (trag&#233;die), ou bien un r&#233;cit de notre r&#233;sistance (romance). Je suis bien plus int&#233;ress&#233;-e par une satire, un genre qui parle de combien &#234;tre une personne trans dans ce monde peut &#234;tre d&#233;cevant, voire tout bonnement chiant. Comme White l'a avanc&#233; (2000 : 8), les histoires racont&#233;es sur le mode de la satire &#171; produisent leurs effets pr&#233;cis&#233;ment en frustrant les attentes normales &#224; propos du genre de r&#233;solutions fournies par les histoires racont&#233;es sur d'autres modes. &#187; Telle est notre t&#226;che, &#233;crire une satire trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALC :&lt;/strong&gt; Je pense que tu as tout &#224; fait raison de dire que les &#233;tudes trans ont un probl&#232;me de narration. Ou plut&#244;t, comme je le sugg&#233;rerais, que les &#233;tudes trans ont h&#233;rit&#233; du probl&#232;me de narration des &#233;tudes queers. Le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; ayant, en tant que m&#233;thode d'analyse, atteint un point d'&#233;puisement analytique, les chercheureuses en &#233;tudes queers ont d&#251; trouver d'autres v&#233;hicules pour le fantasme romantique de la critique con&#231;ue comme acte politique radical ; et pour lequel le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; un refuge ces vingt derni&#232;res ann&#233;es. Le grand secret des &#233;tudes trans, c'est que, pragmatiquement, leur d&#233;finition de &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; se r&#233;sume &#224; &#171; queer, le retour &#187;. C'est donc cela que les &#233;tudes trans &lt;i&gt;ont l'air d'&#234;tre cantonn&#233;es &lt;/i&gt;&#224; offrir : un refuge pour &#171; l'optimisme politique &#187; en danger dans les &#233;tudes queers, comme le dit Robin Wiegman (2012). C'est la raison pour laquelle la plupart des chercheureuses en &#233;tudes trans ne sont en fait que des chercheureuses en &#233;tudes queers particuli&#232;rement sensibles aux ph&#233;nom&#232;nes de mode.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prends, par exemple, l'article que la plupart des chercheureuses citent comme leur &#171; m&#233;thode &#187;, dans l'introduction d'un livre, d'un chapitre ou d'un article, en tout cas quand aels sont plus soucieux-ses de para&#238;tre prendre une position th&#233;orique radicale, c'est l'introduction d'un num&#233;ro sp&#233;cial vieux de dix ans du &lt;i&gt;Women Studies Quarterly&lt;/i&gt;, dont les coordinateurices rejettent &#171; le nominalisme implicite de &lt;i&gt;trans &lt;/i&gt;en faveur de la relationnalit&#233; explicite de &lt;i&gt;trans-&lt;/i&gt;, qui reste ouvert et r&#233;siste &#224; un enfermement pr&#233;matur&#233; en s'attachant &#224; quelque suffixe singulier que ce soit &#187; (Stryker, Currah, et Moore, 2008,11). En gros l'id&#233;e c'est que les personnes transgenres, en tant que groupe identitaire restreint, peuvent &#234;tre un tremplin m&#233;thodologique pour penser de mani&#232;re plus expansive le franchissement de fronti&#232;res de toutes sortes : non pas juste trans-genre, mais &#233;galement transnationales, transraciales, transesp&#232;ces ; tu vois le tableau. Et donc ces auteurices nous font le don de &lt;i&gt;transer&lt;/i&gt;, la suite de &lt;i&gt;queeriser&lt;/i&gt; que personne n'a jamais demand&#233;e. Comme la plupart des suites, c'est juste &lt;i&gt;le m&#234;me &lt;/i&gt;&lt;i&gt;foutu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;film&lt;/i&gt; avec quelques &#233;l&#233;ments de sc&#233;nario l&#233;g&#232;rement r&#233;arrang&#233;s. Quiconque pr&#233;tend le contraire ment. Est-ce qu'on s'imagine s&#233;rieusement qu'une &#233;tudiante lambda de 1998 - extraite, par le pouvoir de la pens&#233;e sp&#233;culative, de son petit coin de biblioth&#232;que, sans fen&#234;tres et au sous-sol, o&#249; elle se r&#233;fugie pour se prot&#233;ger des professeurs m&#226;les qui la collent de trop pr&#232;s lors des f&#234;tes de vacances - est-ce qu'on s'imagine s&#233;rieusement qu'une telle &#233;tudiante, &#224; qui l'on demanderait de d&#233;crire ce que signifie &#171; queeriser quelque chose &#187;, r&#233;pondrait, &#171; Oh, c'est une question de &lt;i&gt;fronti&#232;res fermes&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;stabilit&#233;&lt;/i&gt;, et aussi d'&lt;i&gt;immobilit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &lt;i&gt;la satire trans&lt;/i&gt; a, je pense, le potentiel de devenir une v&#233;ritable m&#233;thodologie substantielle ; non pas rejeter la narration en tant que telle (ce qui est impossible), mais essayer d'apprendre &#224; &#233;crire sans optimisme, ou peut-&#234;tre comment &#234;tre optimiste sans &#234;tre na&#239;f-ve. Mais l&#224; encore, j'ai la suspicion qu'&#233;crire sans optimisme est &#233;galement impossible, dans la mesure o&#249; je suis convaincue par Lauren Berlant (2011 : 1-2) que &#171; tout attachement est optimiste, si nous d&#233;crivons l'optimisme comme la force qui vous meut hors de vous-m&#234;mes et dans le monde, dans le but de vous rapprocher de ce &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; de satisfaisant que vous ne pouvez pas g&#233;n&#233;rer par vous-m&#234;mes, mais que vous devinez dans le sillage d'une personne, d'un mode de vie, d'un objet, d'un projet, d'une sc&#232;ne. &#187; Peut-&#234;tre que ce que je vise, d&#232;s lors, c'est une &#233;criture sans optimisme &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, une &#233;criture sans tous les attachements optimistes que l'on attribue &lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt; priori&lt;/i&gt; &#224; la cat&#233;gorie du politique. On pourrait appeler cela un optimisme amer, peut-&#234;tre. L'amertume me para&#238;t pertinente comme l'un des principaux affects critiques de la satire trans telle que nous sommes en train de la concevoir ici ; non pas le cynisme, qui est une mani&#232;re de diluer l'amertume jusqu'&#224; en perdre le go&#251;t, mais la v&#233;ritable amertume, la d&#233;ception am&#232;re de d&#233;couvrir que le monde est trop petit pour tous nos d&#233;sirs, et particuli&#232;rement ceux de nature politique. Je sais que je suis am&#232;re. J'ai l'impression que tu l'es, toi aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EHD :&lt;/strong&gt; L'optimisme politique des &#233;tudes trans trouve son fondement dans la figure de lae post-transsexuel-le. Les contours des &#233;tudes trans ont &#233;t&#233; largement dessin&#233;s par &#171; L'empire contre-attaque : un manifeste post-transsexuel &#187; (1991), dans lequel Sandy Stone propose un r&#233;cit des cliniques universitaires de genre et de leurs liens avec le d&#233;veloppement d'un diagnostique diff&#233;rentiel (&#171; le trouble de l'identit&#233; de genre &#187;). Dans la version de l'histoire que raconte Stone, des patient-es, &#224; la recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e de moyens de se faufiler entre les mailles du filet m&#233;dical, r&#233;p&#232;tent et produisent un r&#233;cit faux et inauthentique de leurs propres vies dans le but d'&#234;tre &#233;ligibles &#224; une chirurgie de r&#233;assignation sexuelle. Aels se font circuler entre elleux des copies de &lt;i&gt;The Transsexual Phenomenon&lt;/i&gt; de Harry Benjamin afin de savoir quoi dire aux docteur-es lors de leurs entretiens d'admission. Stone raconte cette histoire dans le but de mettre en &#233;vidence la nature r&#233;p&#233;t&#233;e du r&#233;cit que les trans font d'elleux-m&#234;mes et de leurs autobiographies, et ce faisant elle pointe du doigt la question de l'authenticit&#233;. Elle s'inqui&#232;te en particulier de la fusion des &#171; polyvocalit&#233;s &#233;mergentes &#187; en un r&#233;cit/discours unique de m&#233;dicalisation. Stone d&#233;crit le corps trans comme &#171; un genre &#187; [au sens de &lt;i&gt;type de narration&lt;/i&gt;] ; &#171; un ensemble de textes incarn&#233;s &#187; (296). Pour Stone, l'h&#233;g&#233;monie m&#233;dicale condense une multitude d'exp&#233;riences v&#233;cues, d'incarnations, et d'identit&#233;s en une histoire unique de la transit&#233; (le narratif du &#171; mauvais corps &#187;), une trajectoire d'incarnation (la transition m&#233;dicale), et une cat&#233;gorie identitaire (lae transsexuel-le qui passe). Le manifeste de Stone enjoint lae transsexuel-le &#224; &#171; renoncer &#224; passer, &#224; &#234;tre consciemment lu-e, &#224; se lire ellui-m&#234;me &#224; haute voix &#187;, et ce faisant, &#224; embrasser la transsexualit&#233; comme une intertextualit&#233;, une multiplicit&#233; de genres (299).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette histoire des cliniques du genre, telle que Stone la raconte, pose les bases pour un ensemble de binarit&#233;s qui sont devenues &#171; l'espace probl&#233;matique &#187; central des &#233;tudes trans ces 30 derni&#232;res ann&#233;es : authentique contre inauthentique, identit&#233;s m&#233;dicales contre identit&#233;s vernaculaires, et lae transsexuel-le contre lae post-transsexuel-le (c.&#224;.d. lae transgenre). Je ne pense pas que Stone ait eu l'intention de cr&#233;er ces binarit&#233;s, mais quoi qu'il en soit, c'est ainsi que son article a orient&#233; des ann&#233;es d'&#233;tudes sur les vies et les identit&#233;s transgenres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense que l'un des exemples les plus &#233;vidents de la mani&#232;re dont ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Stone en appelle sp&#233;cifiquement &#224; un nouveau genre de transsexuel-le : un-e post-transsexuel-le ; ou d'apr&#232;s moi, un-e non-transsexuel-le. Dans son manifeste, un texte fondateur pour le champ, elle nous presse de raconter nos histoires sur un mode diff&#233;rent de celui de lae transsexuel-le m&#233;dicalis&#233;-e, &#233;tablissant &#224; la racine m&#234;me des &#233;tudes trans le d&#233;saveu de lae transsexuel-le. Et les chercheureuses en &#233;tudes trans ont depuis &#233;t&#233; obnubil&#233;-es par le souci de prouver que ce n'est plus &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; que nous sommes. Il y a tout un tas d'&#233;crits trans en circulation que je d&#233;crirais comme diagnostiques, en ce sens que leurs auteurices vont choisir n'importe quelle autobiographie trans, ou un m&#233;moire, ou un show t&#233;l&#233;vis&#233; et d&#233;montrer en quoi ils diff&#232;rent des narrations trans ant&#233;rieures (voir, par ex., Beemyn 2006 ; Rondot 2016). Peut-&#234;tre sans le vouloir, ces auteurices r&#233;pondent &#224; l'appel de Stone en tentant de diagnostiquer un basculement narratologique dans lequel nous aurions quitt&#233; l'histoire de la m&#233;dicalisation dont parle Stone, &#224; la faveur d'un nouveau genre polyvocal, intertextuel et r&#233;calcitrant, celui de lae post-transsexuel-le. C'est tout &#224; fait dans la veine du genre romantique. Et dans ce diagnostique, nous cherchons toujours &#224; prouver que nous sommes du &#171; bon &#187; c&#244;t&#233;, ou je dirais plut&#244;t, du c&#244;t&#233; &#171; woke &#187; [&#233;veill&#233;, conscient] du basculement narratologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, ce projet qui consiste &#224; sans cesse essayer de prouver que nous ne sommes plus lae transsexuel-le m&#233;dicalis&#233;-e est pr&#233;cis&#233;ment le champ de bataille o&#249; les &#233;tudes trans ont v&#233;cu, mais aussi l&#224; o&#249; elles mourront. Il s'agit d'une obsession pour la r&#233;sistance et la radicalit&#233; qui a s&#233;v&#232;rement limit&#233; notre capacit&#233; &#224; comprendre pleinement les pass&#233;s et les pr&#233;sents trans. Et c'est pourquoi cela m'int&#233;resse de revenir aux figures probl&#233;matiques des transsexuel-les des ann&#233;es 60 et 70, sp&#233;cifiquement les patient-es et les patient-es aspirant-es des cliniques de genre aux &#201;tats-Unis, afin d'essayer d'&#233;tablir une histoire trans plus robuste qui n'ait pas ses racines dans ces binarit&#233;s entre vernaculaire et m&#233;dical ou entre authentique et inauthentique, mais plut&#244;t qui soit pleine de d&#233;sordre, de contradictions, de d&#233;ceptions et de d&#233;bouch&#233;s inattendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALC :&lt;/strong&gt; Et j'ajouterais que ce n'est pas un hasard, que lae transsexuel-le soit la seule chose que &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; peut d&#233;crire et que &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; ne peut pas. Lae transsexuel-le n'est pas queer ; c'est ce qu'il y a de mieux chez ellui. Prends Agnes, pseudonyme de cette femme transsexuelle qui s'est fameusement faite passer pour intersexe &#224; la clinique d'identit&#233; de genre de UCLA &#224; la fin des ann&#233;es 50 afin d'obtenir une vaginoplastie. Harold Garfinkel a fait la chronique du cas d'Agnes ([1967] 2006) dans un article que l'on enseigne d&#233;sormais dans les cours d'&#233;tudes trans. (C'est la sixi&#232;me entr&#233;e dans &lt;i&gt;The Transgender Studies Reader&lt;/i&gt;.) Agnes est r&#233;guli&#232;rement c&#233;l&#233;br&#233;e comme &#233;tant une sorte de ninja du genre : rus&#233;e, strat&#232;ge, escroquant avec pr&#233;cision le complexe m&#233;dico-industriel pour qu'il lui donne ce qu'elle veut (voir, par ex, Preciado [2008] 2013 : 380&#8211;89). Ce dont personne n'a envie de parler c'est de &lt;i&gt;ce qu'elle voulait concr&#232;tement&lt;/i&gt; : une chatte, un mec, une maison, et &lt;i&gt;une putain de vie normale&lt;/i&gt;. Agnes n'a peut-&#234;tre pas eu l'intuition que son genre &#233;tait une &#171; r&#233;ussite sous contr&#244;le &#187;, mais en tout cas, elle s'est consacr&#233;e &#224; rembourser l'achat de son nouveau lave-vaisselle (Garfinkel 1967). Si Agnes &#171; r&#233;v&#232;le &#187; quoi que ce soit &#224; propos du genre, c'est qu'en fait une normativit&#233; effective est, &#224; strictement parler, impossible. Les normes, en tant que telles, &lt;i&gt;n'existent pas&lt;/i&gt;. (Si &lt;i&gt;Trouble dans le genre&lt;/i&gt; &#233;tait au courant, l'explication que le livre en donnait n'&#233;tait pas claire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#234;tre &#233;quitable, Butler est bien conscient-e dans Trouble dans le genre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) Cela ne signifie pas que les normes ne structurent pas les d&#233;sirs des gens ; ce que cela signifie, c'est que le d&#233;sir pour la norme consiste, en termes de contenu v&#233;cu, en tentatives &lt;i&gt;non-normatives&lt;/i&gt; de normativit&#233;. Agnes &#233;tait un sujet non-normatif, mais ce n'est pas parce qu'elle &#233;tait &#171; contre &#187; la norme ; au contraire, sa non-normativit&#233; &#233;tait ce &#224; quoi vouloir &#234;tre normale ressemble. Comme la plupart d'entre nous, Agnes faisait ce qu'elle pouvait dans les failles entre ce qu'elle voulait et ce que le fait de le vouloir lui a apport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut d&#233;battre, et les gens l'ont fait, pour savoir si la th&#233;orie queer est possible sans l'anti-normativit&#233; (Wiegman et Wilson 2015). Mais quoi qui puisse succ&#233;der aux &#233;tudes trans - puis-je sugg&#233;rer la th&#233;orie transsexuelle ? - sera impossible &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; la non-normativit&#233;. L'intervention la plus puissante que puissent faire les chercheureuses travaillant dans les &#233;tudes trans &#224; ce moment pr&#233;cis dans l'acad&#233;mie, est de d&#233;fendre l'affirmation que la transit&#233; requiert que nous comprenions, &lt;i&gt;comme nous ne l'avons jamais fait auparavant&lt;/i&gt;, ce qu'&#234;tre attach&#233; &#224; une norme signifie ; par d&#233;sir, par habitude, par survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EHD :&lt;/strong&gt; Je pense que ton id&#233;e comme quoi la transsexualit&#233; peut &#234;tre une cl&#233; pour comprendre les normes et comment elles fonctionnent est tr&#232;s juste, c'est exactement ce que j'essayais de dire &#224; propos des &#233;cueils qu'il peut y avoir &#224; ne s'int&#233;resser qu'aux histoires qui parlent de r&#233;sistance et de &#171; politiques radicales &#187;. Ce qui m'int&#233;resse avec le d&#233;sir d'historiciser, c'est combien il est motiv&#233; par un profond d&#233;sir de trouver des gens dans le pass&#233; qui pourraient nous avoir ressembl&#233; et v&#233;cu comme nous. C'est un projet qui consiste &#224; se d&#233;couvrir une communaut&#233; &#224; travers le temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Getting Medieval de Carolyn Dinshaw (1991 : 1), celle-ci propose le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais, je pose la question, que faisons nous des figures historiques que nous d&#233;couvrons et qui ne sont pas &#224; la hauteur de nos attentes ? Nous voulons trouver les Sylvia Rivera et les Marsha P. Johnson, mais la plupart du temps, les personnes que nous trouverons ont toutes les chances d'&#234;tre des personnes qui nous d&#233;cevront profond&#233;ment. Quelle est notre responsabilit&#233; envers elleux ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les m&#234;mes questions peuvent &#234;tre pos&#233;es &#224; propos des d&#233;transitionneureuses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cette raison, j'ai &#233;t&#233; r&#233;cemment tr&#232;s inspir&#233;-e par l'article de Finn Enke dans le &lt;i&gt;Trangender Studies Quarterly&lt;/i&gt; : &#171; Collective Memory and the Transfeminist 1970s&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; (2018), dans lequel ael demande pourquoi, en d&#233;pit de toutes les complexit&#233;s diverses du f&#233;minisme des ann&#233;es 1970, on ne s'en souvient collectivement que comme d'un f&#233;minisme blanc, uniform&#233;ment non-inclusif et anti-trans ? Enke nous exhorte &#224; faire attention &#224; la m&#233;moire collective et &#224; comment elle est souvent un reflet du pr&#233;sent plus que du pass&#233;. Ael s'interroge : pourquoi sommes-nous si &#171; perversement attach&#233;-es &#187; &#224; un h&#233;ritage du f&#233;minisme de la seconde vague qui ne pr&#233;sente cette &#233;poque que comme un lieu de pr&#233;judice et de victimisation pour les personnes trans (17) ? Je lui fais &#233;cho en demandant pourquoi, en tant que champ, sommes-nous si perversement d&#233;tach&#233;-es de lae transsexuel-le ? En d&#233;pit des nombreux-ses individu-es h&#233;t&#233;rog&#232;nes, de races, de classes et de nationalit&#233;s diverses, qui ont cherch&#233; &#224; obtenir une chirurgie de r&#233;assignation sexuelle dans les cliniques de genre universitaires, d'une fa&#231;on ou d'une autre, on se souvient de ces transsexuel-les (ou aspirant-es transsexuel-les) de mani&#232;re plut&#244;t monolithique, comme de femmes trans blanches, de classe moyenne et h&#233;t&#233;rosexuelles (aspirantes).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je trouve si convaincant &#224; propos de l'argument d'Enke, c'est que ces moments, cette histoire, &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; histoire &#171; m&#233;rite(nt) une analyse inform&#233;e par une archive plus large &#187; (Enke 2018 : 17). Ce qu'il y a d'heureux avec les cliniques de genre des ann&#233;es 60 et 70, c'est que, du fait de leur affiliation universitaire, elles ont laiss&#233; derri&#232;re elles des archives incroyablement cons&#233;quentes. Pour ce qui est de l'histoire transsexuelle, on peut difficilement se plaindre d'effacement et d'archives lacunaires.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans mon propre projet j'explore cette question de l'effacement historique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ma propre recherche dans les cliniques m'a fait d&#233;couvrir dans les collections universitaires des lieux riches d'enqu&#234;tes potentielles &#224; m&#234;me de remettre en cause certaines des croyances fondamentales des &#233;tudes trans (par ex, la notion m&#234;me d' &#171; identit&#233; m&#233;dicale &#187;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre que tout cela aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233; si nous avions simplement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi que les historien-nes et les documentaristes l'ont montr&#233;, les paroles des femmes et des hommes trans elleux-m&#234;mes sont dores et d&#233;j&#224; &#224; notre disposition ; il est possible de d&#233;couvrir et de donner de l'&#233;cho m&#234;me aux perspectives et aux vies de gens qui ne sont plus avec nous, et de les conna&#238;tre par leur travail et par leurs jeux, pas simplement comme des paratonnerres &#224; transphobie &#187; (Enke 2018 : 12).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que tu t'int&#233;resses &#224; la question de ce que nous faisons des personnes dans nos communaut&#233;s qui n'ont pas les &#171; bonnes politiques &#187;, je m'int&#233;resse &#224; ce que nous faisons des figures du pass&#233; qui nous d&#233;&#231;oivent parce qu'elles &#233;chouent &#224; passer une sorte de test de litmus de &#171; radicalit&#233; &#187;. C'est vraiment l&#224; que nos projets se rencontrent et se chevauchent, dans les questions d'affects n&#233;gatifs et de mauvais objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALC :&lt;/strong&gt; Et il n'y a pas pire objet qu'une femme. C'est un postulat de d&#233;part dans tout mon travail. Le probl&#232;me avec la transsexuelle c'est qu'elle &#8211; et paradigmatiquement, elle &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; une femme, en particulier si nous parlons plus g&#233;n&#233;ralement de la culture &#201;tats-unienne des XXe et XXIe si&#232;cles &#8211; trimballe avec elle tout le bagage du genre. Comme beaucoup de femmes, elle en fait trop. Le probl&#232;me avec la transsexuelle c'est qu'elle a toujours &#233;t&#233; un peu trop une femme. C'est difficile de faire de quelque chose d'aussi politiquement ringard qu'une femme l'&#233;g&#233;rie pour cette nouvelle m&#233;taphysique tendance que vous colportez (voir Hayward et Weinstein 2015 ; Colebrook 2015 ; Puar 2015 ; Bey 2017). C'est devenu tr&#232;s en vogue durant les vingt derni&#232;res ann&#233;es de parler de la &lt;i&gt;queerit&#233;&lt;/i&gt; ou de la &lt;i&gt;noirit&#233;&lt;/i&gt;, et plus r&#233;cemment de la &lt;i&gt;transit&#233;&lt;/i&gt;, dans un sens ontologique, souvent avec des accents heideggeriens. Dans le m&#234;me temps, il n'en reste pas moins vrai qu'&#234;tre assez stupide pour &#233;crire un livre sur la &lt;i&gt;f&#233;minit&#233;&lt;/i&gt; vous ferait &#233;jecter de tous les clubs universitaires &#224; la page en moins de temps qu'il n'en faut pour dire &#171; intersectionnalit&#233; &#187;. Je ne dis pas que quiconque &lt;i&gt;devrait&lt;/i&gt; &#233;crire &#224; propos de la f&#233;minit&#233; ; je remarque simplement que personne ne le &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt;, m&#234;me si ael le voulait, en tout cas pas si ael voulait d&#233;crocher un job ou un contrat pour un bouquin dans le climat universitaire actuel. Pendant ce temps l&#224;, les &#233;tudes trans restent un champ o&#249; deux hommes peuvent d&#233;battre tranquillement des m&#233;rites de&lt;i&gt; femme&lt;/i&gt; en tant que cat&#233;gorie politique (Green et Bey 2017). (Alerte spoiler : Aels ont leurs doutes.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reparcourrais r&#233;cemment &lt;i&gt;Un manifeste cyborg&lt;/i&gt; de Donna Haraway ([1985] 1991), et &#231;a m'a rappel&#233; &#224; quel point la cat&#233;gorie politique de femme lui est antipathique dans cet essai. (C'est un signe des temps, &#224; n'en pas douter : elle &#233;crit au d&#233;but des ann&#233;es 80, en r&#233;action &#224; ce qu'on nous a appris &#224; appeler le &#171; f&#233;minisme culturel &#187;, quoique je sois sceptique quant &#224; cette taxonomie.) Lae cyborg, en tant que nouveau mythe, est con&#231;u-e comme une voie &lt;i&gt;hors&lt;/i&gt; des femmes, hors de l'universalisme des ann&#233;es 70, et potentiellement hors du genre tout court : &#171; Lae cyborg est une cr&#233;ature dans un monde post-genre &#187; (150).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, cela va de soi, Sandy Stone a &#233;t&#233; l'&#233;l&#232;ve d'Haraway &#224; l'universit&#233; de Californie, Santa Cruz, et l'influence d'Haraway est partout dans &#171; L'empire contre-attaque &#187;, ce que Stone (1991 : 284) reconna&#238;t explicitement. (&lt;i&gt;Un manifeste cyborg&lt;/i&gt; trouvera d'ailleurs son chemin jusque dans les pages du &lt;i&gt;Transgender Studies Reader&lt;/i&gt; en 2006, en d&#233;pit du fait que les personnes trans ne jouent aucun r&#244;le dans l'essai.) Je suis d'accord avec tout ce que tu as d&#233;j&#224; dit &#224; propos de l'essai de Stone : moi aussi, je nourris une grande ambivalence &#224; son &#233;gard. Je note la connexion entre Stone et Haraway simplement pour dire que &lt;i&gt;posttranssexuel-le&lt;/i&gt; n'est pas juste une tentative de d&#233;savouer la transsexualit&#233; ; c'est aussi une tentative, comme &lt;i&gt;cyborg&lt;/i&gt; avant cela, d'&#234;tre &lt;i&gt;post-femme&lt;/i&gt;. L'affirmation est juste l&#224; dans sa citation de &lt;i&gt;Trouble dans le genre&lt;/i&gt; &#8211; de la m&#234;me mani&#232;re que, pour Butler, les cultures butchs et f&#232;ms &#224; la fois rappellent et d&#233;placent l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, de m&#234;me, pour Stone, la transsexuelle &#224; la fois rappelle et d&#233;place la f&#233;minit&#233; : &#171; Dans la transsexuelle en tant que texte il se pourrait que nous trouvions le potentiel de cartographier et de reconfigurer le corps par dessus le discours conventionnel sur le genre et par l&#224;-m&#234;me de le disrupter, de nous servir comme d'un atout des dissonances cr&#233;&#233;s par une telle juxtaposition de fragments et de reconstituer les &#233;l&#233;ments du genre dans des g&#233;om&#233;tries nouvelles et inattendues &#187; (296). C'est une astuce qui fait tr&#232;s ann&#233;es 90. Rien ne saurait &#234;tre plus ann&#233;es 90 que de trouver une figure qui &#171; r&#233;v&#232;le &#187; les fonctionnements internes du genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pointe ceci du doigt car ce que cela m'inspire c'est que ce qui se passe dans cet essai n'est &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; &#8211; en d&#233;pit des apparences &#8211; que Stone &#233;nonce une v&#233;rit&#233; authentique sur ce que &#231;a fait vraiment d'&#234;tre trans (comme elle le pr&#233;tend) ; ce qui se passe c'est que Stone, comme la plupart des chercheureuses sur le genre dans les ann&#233;es 90 (et les ann&#233;es 80, et notre propre d&#233;cennie), fa&#231;onne son objet pour qu'il convienne &#224; sa th&#233;orie, qui n'est pas sans co&#239;ncidence la m&#234;me que la th&#233;orie &#224; la mode de l'&#233;poque. Pour le dire autrement, la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; narratologique de base du discours m&#233;dical &#8211; ce que Stone appelle une &#171; histoire plausible &#187; - est en fait demeur&#233;e largement intacte. Tout ce que Stone a fait c'est d'&#233;changer le &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; originel de cette histoire (maladie, diagnostique, traitement) pour un contenu diff&#233;rent, &#224; savoir, les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;pandus dans la th&#233;orie du genre des ann&#233;es 90 (performativit&#233;, disruption, transgression). En fait, elle pose les bases pour l'astuce intellectuelle &#233;cul&#233;e par laquelle la personne trans, du simple fait d'exister, devient un-e incubateurice pour les th&#233;ories du genre &lt;i&gt;des autres&lt;/i&gt;. (Jay Prosser [1998] nous &#224; mis en garde contre cela &#224; la fin des ann&#233;es 90. Personne ne l'a &#233;cout&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EHD :&lt;/strong&gt; Cette connexion entre lae posttranssexuel-le et lae cyborg a son importance. Lae cyborg en vient &#224; &#234;tre une figure de substitution pour la futurit&#233;, la flexibilit&#233;, le techno-genre, l'hyper-modernit&#233;, etc., et puisque lae cyborg est essentiellement lae posttranssexuel-le, la transsexuelle est ensuite rel&#233;gu&#233;e dans le pass&#233;. Elle est archa&#239;que et anachronique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est quand m&#234;me int&#233;ressant la mani&#232;re dont exactement les m&#234;mes proc&#233;dures et technologies m&#233;dicales qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;es par lae transsexuel-le acqui&#232;rent un ensemble enti&#232;rement nouveau de significations dans leur r&#233;-&#233;tiquetage posttranssexuel en tant que &#171; chirurgie de confirmation de genre &#187;. Toujours dans la veine des &#171; choses contre lesquelles des gens nous ont mis en garde et que nous n'avons pas &#233;cout&#233; &#187;, je pense que nous pouvons nous tourner vers l'essai de Nikki Sullivan &#171; Transmogrification &#187; (2006), dans lequel elle nous met en garde contre les hi&#233;rarchies de modifications corporelles. Non seulement ces hi&#233;rarchies de jugements moraux &#224; propos des bons et des mauvais types de modification corporelle existent dans la culture dominante, mais elles prennent &#233;galement une forme qui leur est propre dans les contre ou les sous-cultures. En particulier, ce qui me semble cl&#233; dans l'argument de Sullivan est sa critique de l'id&#233;e qui fait que certains types de modification corporelle en viennent &#224; refl&#233;ter le libre arbitre, la pens&#233;e critique et des politiques subversives quand d'autres types de modification corporelle en viennent &#224; symboliser l'endoctrinement, la fausse conscience et le statut quo.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit du fait que l'essai de Sullivan a trouv&#233; son chemin jusque dans les pages du premier &lt;i&gt;Transgender Studies Reader&lt;/i&gt;, il semblerait que la plupart des gens aient saut&#233; ce chapitre ; Sullivan n'a pas rejoint la courte liste de textes qui sont cit&#233;s &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; dans les &#233;tudes trans. Les jugements moraux &#224; propos des modifications corporelles sont rampants dans les &#233;tudes queers et trans, tout &#231;a au nom des politiques d'anti-normativit&#233;. &#199;a me laisse vraiment pantois-e, le vitriol que les th&#233;oricien-nes queers ont pour la phalloplastie. Si votre modification corporelle ressemble de trop pr&#232;s au &#171; genre de lae transsexuel-le m&#233;dicalis&#233;-e &#187; originel-le, votre r&#233;putation queer est cuite. Donc j'imagine que &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; c'est quelque chose &#224; propos de quoi je suis amer-e &#8211; la mani&#232;re dont le corps transsexuel est un champ de bataille politique. Et, tu sais, il ne s'agit pas juste de politiques, c'est aussi la fa&#231;on dont la modification corporelle est abord&#233;e dans la th&#233;orie. Comment se peut-il qu'&lt;i&gt;exactement les m&#234;mes&lt;/i&gt; proc&#233;dures tant&#244;t symbolisent, pour la th&#233;orie queer, le Fant&#244;me des Genres Pass&#233;s et tant&#244;t sont la fondation m&#234;me des nouvelles th&#233;ories mat&#233;rialistes de la mutabilit&#233;, du devenir et de l'entrem&#234;lement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALC :&lt;/strong&gt; Je suis tr&#232;s heureuse que tu &#233;voques les nouveaux mat&#233;rialismes. Pour les besoins de ce dialogue, je serai agnostique &#224; propos des nouveaux mat&#233;rialismes en tant que tendance g&#233;n&#233;rale : comme toutes les tendances universitaires, il y a du bon, plus de moins bon, et beaucoup d'ennuyeux. Mais je dirai, sans r&#233;serves, que les nouveaux mat&#233;rialismes sont la pire des directions dans laquelle les &#233;tudes trans puissent s'engager. Dans les &#233;tudes trans, qui sont si pauvres en th&#233;orie pour commencer, les travaux dans le style n&#233;o-mat&#233;rialiste parviennent d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; occuper une quantit&#233; disproportionn&#233;e d'espace tout en ne faisant, pour parler franchement, &lt;i&gt;pas le commencement d'un d&#233;but de sens&lt;/i&gt;. C'est toujours une affirmation qu'il est effrayant de faire dans les humanit&#233;s ; le risque est toujours qu'ayant &#233;chou&#233; &#224; comprendre l'argument, on impute cet &#233;chec &#224; l'argument lui-m&#234;me. La cons&#233;quence est que nous sommes tr&#232;s mauvais-es pour d&#233;noncer le bullshit. Mais bullshit il y a. Oserais-je te donner un exemple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment. Prends cet article de 2015 par Karen Barad publi&#233; dans le &lt;i&gt;GLQ&lt;/i&gt;. Dans cet article, ael nous assure qu'ael ne r&#233;cup&#232;re pas trans &#171; dans une &#233;treinte appropriative des tendances th&#233;oriques les plus r&#233;centes &#187; (413). Ensuite ael &#233;crit des choses comme &#231;a :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re ce sont des auto-exp&#233;rimentations/auto-re-cr&#233;ations, mais pas sur un mode auto-po&#239;&#233;tique : la mati&#232;re est bien plut&#244;t un d&#233;faire radical du &#171; soi &#187;, un d&#233;faire radical de l'individualisme. Toujours vivante, jamais identique &#224; elle-m&#234;me, elle est ind&#233;nombrablement multiple, versatile. La mati&#232;re n'est pas simplement un &#234;tre, mais son d&#233;/faire incessant. La nature est une trans*mat&#233;rialit&#233;/trans-mati&#232;re-r&#233;alit&#233; agentielle en re(con)figuration permanente. (Barad 2015 : 411)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trans&lt;/i&gt; n'accomplit aucun travail th&#233;orique dans cet essai ; il y est employ&#233; purement comme un ornement pour initi&#233;-es, qui permet &#224; Barad de d&#233;fendre le m&#234;me argument qu'ael tient depuis des ann&#233;es. Je peux ais&#233;ment te le prouver. Voici Barad dans &lt;i&gt;differences&lt;/i&gt; en 2012, qui fait son truc :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, chaque niveau de toucher touche et est touch&#233; par tous les autres possibles. Ainsi, se toucher soi, c'est rencontrer l'infinie alt&#233;rit&#233; du soi. La mati&#232;re se repliant sur elle-m&#234;me, involuant, ne peut s'emp&#234;cher de se toucher elle-m&#234;me, et en se touchant, elle vient au contact de l'alt&#233;rit&#233; infinie qu'elle est. Une perversit&#233; polymorphe &#233;lev&#233;e au rang de puissance infinie : tu parles d'une intimit&#233; queer ! (Barad 2012 : 212-213 ; italiques supprim&#233;s)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant lae voil&#224; qui fait exactement la m&#234;me affirmation &#8211; ael recycle litt&#233;ralement des phrases, ce qu'ael admet dans les notes &#8211; en 2015 (J'ai mis les nouveaux passages en italique) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, chaque niveau de toucher touche et est touch&#233; par tous les autres possibles. &lt;i&gt;Les auto-intra-actions des particules impliquent des transitions d'une particule &#224; une autre qui d&#233;font radicalement les genres &#8211; des trans/formations queers&lt;/i&gt;. Ainsi, se toucher soi, c'est rencontrer l'infinie alt&#233;rit&#233; du soi. La mati&#232;re se repliant sur elle-m&#234;me, involuant, ne peut s'emp&#234;cher de se toucher elle-m&#234;me, et en se touchant, elle vient au contact de l'alt&#233;rit&#233; infinie qu'elle est. Une perversit&#233; polymorphe &#233;lev&#233;e au rang de puissance infinie : &lt;i&gt;tu parles d'une intimit&#233; queer/trans*&lt;/i&gt; ! (&lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/transmaterialites/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Barad 2015&lt;/a&gt; : 399)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et du coup lequel est-ce, Karen ? La mati&#232;re est-elle queer ou la mati&#232;re est-elle trans ? Les deux, bien entendu, puisque pour ael, comme pour la plupart des gens qui travaillent dans les &#233;tudes trans, &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; sont &#233;videmment synonymes. Si &#231;a &#224; l'air de me mettre en col&#232;re, tant mieux. Je le suis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais t&#226;chons d'&#234;tre des travelo-tes sympas l'espace d'un instant. Quels travaux te remontent le moral ces jours-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EHD :&lt;/strong&gt; Je suis enthousiaste &#224; propos du nouveau livre de Kyla Schuller &lt;i&gt;The Biopolitics of Feeling&lt;/i&gt; (2018) pour les mani&#232;res par lesquelles elle y prend le contre-pied de ces th&#233;ories de re(con)figuration et de (d&#233;)construction que toi et moi trouvons tellement exasp&#233;rantes. Par le biais d'une histoire de la science, elle avance l'id&#233;e que les impressions et l'impressionnabilit&#233; (la capacit&#233; &#224; affecter et &#224; &#234;tre affect&#233;-e) sont inscrites au c&#339;ur m&#234;me de la structure du biopouvoir et par cons&#233;quent des concepts modernes de race, de sexe et d'esp&#232;ce. &#171; Les cadrages contemporains qui cherchent &#224; contester les d&#233;terminismes biologiques au moyen de la flexibilit&#233; mat&#233;rielle n'&#233;chappent pas &#224; l'h&#233;ritage politique de l'humanisme lib&#233;ral &#8211; au contraire, ils r&#233;capitulent &#224; leur insu l'appareil conceptuel des biopolitiques du sentiment &#187; (11). Je suis curieux-se des implications de ce qu'elle dit au regard de la th&#233;orie trans, en particulier les mani&#232;res par lesquelles &#171; trans &#187; aussi bien en tant que pr&#233;fixe et en tant que verbe a &#233;t&#233; utilis&#233; comme un raccourci th&#233;orique hors des binarit&#233;s fixes de l'humain. L'argument de Schuller est que la plasticit&#233; &#233;tait en fait au c&#339;ur m&#234;me des sciences raciales, de la biologie, et de l'h&#233;r&#233;dit&#233;. La capacit&#233; &#224; &#234;tre affect&#233;-e, &#224; changer et s'adapter et &#224; se fondre dans son environnement, &#233;tait en fait per&#231;ue comme un marqueur de &#171; civilisation &#187;. De ce point de vue, transer (c.&#224;.d. le franchissement de fronti&#232;re) perd sa pertinence pour les politiques radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALC :&lt;/strong&gt; Comme je l'ai dit, je ne supporte pas transer. Verber ne fait pas une th&#233;orie. Mais si nous devions nous y accrocher, transer devrait &#234;tre une m&#233;thodologie qui partirait de la pr&#233;misse que le genre de tout un chacun-e est un d&#233;sastre politique et refuser de le r&#233;parer. Je m'inspire ici du r&#233;cent essai de Marissa Brostoff (2017) sur Caitlyn Jenner dans &lt;i&gt;differences&lt;/i&gt; &#8211; ais&#233;ment l'un des meilleurs articles de recherche en &#233;tudes trans que j'aie lu depuis longtemps, voire que j'aie jamais lu. La th&#232;se est en gros que Jenner est engag&#233;e &#224; son insu dans une performance &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt; dont l'objet est les politiques queers elles-m&#234;mes : tout comme la drag queen r&#233;v&#233;lait en son temps les fragiles conventions du genre pour Butler, de m&#234;me Caitlyn Jenner, avec sa tentative timide et le cul entre deux chaises de &#171; trans-activisme &#187; dans sa s&#233;rie de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; &#224; la vie &#233;ph&#233;m&#232;re &lt;i&gt;I Am Cait&lt;/i&gt;, r&#233;v&#232;le d&#233;sormais les fragiles conventions &lt;i&gt;du politique en tant que tel&lt;/i&gt;. C'est un tr&#232;s bel essai et un argument avis&#233;. Je veux plus de travaux comme celui-l&#224;, des travaux qui refusent &#224; la fois les pompes de l'anti-normativit&#233; et les circonstances du post-humain en faveur de quelque chose de plus lent, de plus petit, de mieux accord&#233; aux mani&#232;res dont la vie ordinaire &#233;choue &#224; se mesurer aux analyses politiques que nous lui jetons au visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, au bout d'un moment, cette fa&#231;on de penser vous fait sortir de l'acad&#233;mie pour de bon. (C'est une consommation qui se doit d'&#234;tre pieusement d&#233;sir&#233;e.) Nous avons plaisant&#233;, en pr&#233;parant ce dialogue, que si nous voulions r&#233;ellement mettre un terme aux politesses dans le champ, nous mettrions &#224; la poubelle le sujet que nous avions choisi et parlerions simplement de nos vies en tant que transsexuel-les, comme on le ferait &#224; table ou par texto. Bien s&#251;r, nous ne pouvons pas faire &#231;a, pas seulement par respect pour la biens&#233;ance universitaire, mais parce que les pages du &lt;i&gt;TSQ&lt;/i&gt; prendraient feu plut&#244;t que de laisser les lecteurices lire quelque chose de v&#233;ridique sur ce que &#231;a fait vraiment d'&#234;tre trans.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'exag&#232;re. &#192; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea Long Chu et Emmett Harsin Drager.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru dans le &lt;i&gt;Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;, en f&#233;vrier 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Sasha Cand&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Relu par Emma B.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmett Harsin Drager&lt;/strong&gt; est &lt;i&gt;Assistant Professor&lt;/i&gt; dans le d&#233;partement d'&#233;tudes sur les femmes et le genre de l'universit&#233; du Missouri. Ael est titulaire d'un doctorat en American Studies and Ethnicity de l'universit&#233; de Californie du Sud pour sa th&#232;se &lt;i&gt;To &lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;een : Transsexuals and the Gender Clinics &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;&#202;tre vu-e : Les transsexuel-les et les cliniques du genre&lt;/i&gt;], qui s'int&#233;resse &#224; l'&#233;volution des th&#233;rapies trans aux &#201;tats-Unis au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea Long Chu&lt;/strong&gt; est une &#233;crivaine, essayiste et chercheuse qui vit &#224; Brooklyn. Elle a re&#231;u le prix Pulitzer de la critique en 2023 pour ses articles dans le &lt;i&gt;New York &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Magazine&lt;/i&gt;. Son premier livre, &lt;i&gt;Females&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Femelles&lt;/i&gt;, trad. Cl&#233;ment Braun-Villeneuve, Premier degr&#233;, 2021], a &#233;t&#233; finaliste du Lambda Literary Award in Transgender Nonfiction. Ses textes sont apparus dans &lt;i&gt;n+1&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;The New Yorker&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Artforum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bookforum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Boston Review&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Chronicle of Higher Education&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;4Columns&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Jewish Currents&lt;/i&gt;. Elle est titulaire d'un master en litt&#233;rature compar&#233;e de l'Universit&#233; de New York, et a publi&#233; des articles dans &lt;i&gt;differences&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Journal of Speculative Philosophy&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Women &amp; Performance&lt;/i&gt;, et le &lt;i&gt;Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h2&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand je parle des &#233;tudes trans je fais r&#233;f&#233;rence aux th&#233;ories m&#233;dicales, culturelles, esth&#233;tiques et politiques qui ont vu le jour depuis la cr&#233;ation de transsexuel-le et transgenre en tant que cat&#233;gories identitaires au milieu du XXe si&#232;cle. Si &lt;i&gt;The Transgender Studies Reader&lt;/i&gt; (Stryker et Whittle 2006) et &lt;i&gt;The Transgender Studies Reader 2&lt;/i&gt; (Stryker et Aizura 2013) doivent servir d'exemple de la mani&#232;re dont les &#233;tudes trans sont constitu&#233;es et comprises, alors on peut observer qu'une proportion importante des textes &#171; canoniques &#187; du champ sont le fait de chercheureuses non-trans. On y trouve des sexologues et des cliniciens comme Harold Garfinkel, Magnus Hirschfeld et Harry Benjamin ; des th&#233;oricien-nes f&#233;ministes comme Janice Raymond, Donna Haraway et Judith Butler ; et des chercheureuses queer comme Gayle Salamon, Heather Love et Marcia Ochoa. Comme le dit Andrea dans ce dialogue, les &#233;tudes trans sont pleines de &#171; chercheureuses en &#233;tudes queers particuli&#232;rement sensibles aux ph&#233;nom&#232;nes de mode &#187;. Je vous mets au d&#233;fi de me donner une liste de tous-tes les chercheureuses trans titulaires qui vous viennent &#224; l'esprit &#8211; ne vous inqui&#233;tez pas, &#231;a ne prendra pas longtemps, en particulier si vous faites une liste des chercheureuses trans racis&#233;-es (Je sais cela parce que C.Riley Snorton m'a un jour propos&#233; ce challenge et je ne pense pas que j'ai d&#233;pass&#233; le nombre de quatre). Toutefois, je devrais &#233;galement mentionner le fait que je suis membre d'un groupe Facebook de plus de 500 chercheureuses s'identifiant comme trans travaillant actuellement sur leur doctorat aux quatre coins du globe. C'est peut-&#234;tre de l&#224; que vient une partie de mon optimisme pour le futur des &#233;tudes trans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai &#233;crit cela quelques semaines seulement avant que le papier de Jessie Singal (2018) sur les enfants trans ne paraisse dans &lt;i&gt;The Atlantic&lt;/i&gt;. Dans cet article Singal fait certaines des interventions dont je pr&#233;tendais qu'elles &#233;taient impossibles &#224; faire. Quoique que je pense que cet article est pour l'essentiel un gros tas d'ordures, certaines des questions qu'il soul&#232;ve &#224; propos des enfants trans sont importantes. Je pense qu'il faut que nous soyons critiques &#224; propos de qui soigne les enfants trans, de l'accompagnement clinique et des options qu'aels offrent, et du r&#244;le que les parents (cis) jouent dans tout ce processus. Quoi qu'il en soit, &#224; l'instant m&#234;me ou le papier de Singal est sorti, on l'a rapidement mis de c&#244;t&#233;, la cissitude de Singal fournissant une &#233;chappatoire facile. Plut&#244;t que de s'affronter &#224; quoi que ce soit qui est dit dans l'article nous avons pu ais&#233;ment le d&#233;noncer comme transphobe et continuer notre chemin. Circulez il n'y a rien &#224; voir !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense que l'un des exemples les plus &#233;vidents de la mani&#232;re dont ces binarit&#233;s ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es peut se trouver dans &lt;i&gt;In a Queer Time and Place &lt;/i&gt;de Jack Halberstam (2005 : 53) : &#171; La production de cat&#233;gories est &#233;galement diff&#233;rente selon les espaces : les cat&#233;gories produites par les expert-es (&#171; l'homosexuel-le &#187;, &#171; l'inverti-e &#187;, &#171; lae transsexuel-le &#187;) sont en fin de compte bien moins int&#233;ressantes ou utiles que les sexualit&#233;s vernaculaires ou les cat&#233;gories produites et entretenues &#224; l'int&#233;rieur des sous-cultures sexuelles &#187;. Il semblerait qu'au c&#339;ur du travail d' Halberstam il y ait l'intention d'&#233;tendre le genre au-del&#224; de quelque mode de pens&#233;e binaire que ce soit en mettant en avant les identit&#233;s qui &#233;largissent le genre ; malheureusement, cela se fait toujours aux frais de lae transsexuel-le m&#233;dicalis&#233;-e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#234;tre &#233;quitable, Butler est bien conscient-e dans &lt;i&gt;Trouble dans le genre&lt;/i&gt; que &#171; les normes de genre &#8230; sont impossibles &#224; incarner &#187;. Cette impossibilit&#233; est, en fait, la force motrice de la performativit&#233; du genre en tant que &#171; r&#233;p&#233;tition d'actes stylis&#233;e &#187; ([1991] 1999 : 179). Pourtant son postulat implicite qui traverse tout &lt;i&gt;Trouble dans le genre &lt;/i&gt;et qui traversera plus tard &lt;i&gt;Ces corps qui comptent&lt;/i&gt;, c'est que les approximations de la norme peuvent &#234;tre divis&#233;es entre celles qui reconsolident la norme et celles qui la d&#233;placent et la resignifient. Ce qui n'est jamais expliqu&#233; de mani&#232;re ad&#233;quate c'est comment ces deux cat&#233;gories doivent &#234;tre distingu&#233;es. Le crit&#232;re pour les distinguer &lt;i&gt;ne peut pas&lt;/i&gt; &#234;tre, apr&#232;s tout, que le premier ensemble est normatif tandis que le second ne l'est pas ; au contraire, si les normes sont impossibles &#224; incarner, alors &lt;i&gt;les deux ensembles sont non-normatifs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Getting Medieval&lt;/i&gt; de Carolyn Dinshaw (1991 : 1), celle-ci propose le concept d'un &#171; &#233;lan historique queer, un &#233;lan qui vise &#224; &#233;tablir des connexions &#224; travers le temps entre d'un c&#244;t&#233;, des textes, des vies et d'autres ph&#233;nom&#232;nes culturels laiss&#233;-es &#224; l'&#233;cart des cat&#233;gories sexuelles &#224; l'&#233;poque, et de l'autre celleux laiss&#233;-es &#224; l'&#233;cart des cat&#233;gories sexuelles actuelles &#187;. Nayan Shah (1998) &#233;crit &#233;galement &#224; propos de ce d&#233;sir de faire l'exp&#233;rience de l'affirmation et de la validation confront&#233;-e &#224; l'ali&#233;nation &#224; travers l'histoire, en particulier dans un genre d'investigation qui a &#233;galement ses racines dans la race, l'ethnicit&#233;, et le nationalisme/la diaspora.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les m&#234;mes questions peuvent &#234;tre pos&#233;es &#224; propos des d&#233;transitionneureuses dont parle Singal, que nous sommes prompt-es &#224; &#233;carter parce qu'aels ne conviennent pas aux narratifs de transit&#233; que nous voulons raconter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans mon propre projet j'explore cette question de l'effacement historique, en particulier en ce qui concerne les fichiers restreints d'acc&#232;s ou supprim&#233;s des patient-es transsexuel-les des cliniques de genre. Je suis la voie ouverte par des chercheureuses tel-les que Anjali Arondekar (2009) et Abram Lewis (2014), qui sugg&#232;rent que cette notion de lacune et d'effacement, en ce qui concerne les archives du genre et de la sexualit&#233;, produit une m&#233;thodologie du recouvrement, au nom de laquelle nous sommes toujours &#224; la recherche de ce qui est manquant dans l'espoir de l'amener dans la lumi&#232;re. On peut comparer &#231;&#224; &#224; &#171; l'&#233;pist&#233;mologie du placard &#187; d'Eve Sedgwick (1990), un mode de pens&#233;e qui entretient une binarit&#233; de cach&#233; contre r&#233;v&#233;l&#233;. Cette binarit&#233; nous emp&#234;che d'avoir une lecture plus complexe des archives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peut-&#234;tre que tout cela aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233; si nous avions simplement &#233;cout&#233; nos historien-nes queer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais on n'aurait tort d'assumer, je pense, que les docteur-es ont cr&#233;&#233; et d&#233;fini les identit&#233;s d' &#171; inverti-e &#187; et d'homosexuel-le &#187; au tournant du si&#232;cle, que les gens ont int&#233;rioris&#233; sans recul critique les nouveaux mod&#232;les m&#233;dicaux, ou m&#234;me que l'homosexualit&#233; a &#233;merg&#233; comme une cat&#233;gorie pleinement d&#233;finie dans le discours m&#233;dical lui-m&#234;me dans les ann&#233;es 1870. De telles assomptions attribuent un pouvoir d&#233;mesur&#233; &#224; l'id&#233;ologie en tant que force sociale autonome ; elles simplifient &#224; l'extr&#234;me la dialectique complexe entre conditions sociales, id&#233;ologie et conscience qui a produit les identit&#233;s gays, et elles nient les preuves des sous-cultures et des identit&#233;s pr&#233;existantes contenues dans la litt&#233;rature m&#234;me. &#187; (Chauncey 1982-83 : 115)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec McKenzie Wark</title>
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		<dc:date>2025-03-20T09:47:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cyberf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>McKenzie Wark</dc:subject>
		<dc:subject>marxisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;interroger les subjectivit&#233;s par un marxisme vulgaire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2025-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2025&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/wark_-_clemence_poles.jpg.png?1742391664' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;McKenzie Wark est une figure majeure de la pens&#233;e marxiste et queer dans le monde anglo-saxo bien que la plupart de ses ouvrages soient encore in&#233;dits en fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des extraits de Raving ont &#233;t&#233; traduit dans le num&#233;ro 19 d'Audimat ; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enseignante &#224; la New School de New York, Wark intervient depuis plus de 25 ans sur des sujets allant de la nouvelle nature de la pr&#233;dation capitaliste &#224; l'&#232;re digitale et des modalit&#233;s de r&#233;sistance (&lt;i&gt;Un manifeste Hacker, &lt;/i&gt;2006 ; &lt;i&gt;Capital Is Dead : Is This Something Worse ?, &lt;/i&gt;2019) &#224;, plus r&#233;cemment, un tournant auto-th&#233;orique plus explicitement queer depuis sa transition de genre (&lt;i&gt;Reverse Cowgirl&lt;/i&gt;, 2020) ainsi qu'avec son travail sur l'autrice Kathy Hacker (&lt;i&gt;Philosophy for Spiders, 2021&lt;/i&gt;). McKenzie Wark est fortement inspir&#233;e par l'Internationale Situationniste et n'h&#233;site pas &#224; d&#233;noncer l'institutionnalisation de la pens&#233;e marxiste et revendique, plut&#244;t, une &lt;i&gt;low theory&lt;/i&gt; (ndlr. th&#233;orie d'en bas) qui s'inscrit dans la th&#233;orisation des pratiques quotidiennes et mat&#233;rielles de la vie comme, par exemple, la rave party (&lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt;, 2023). De passage &#224; Paris quelques jours apr&#232;s l'investiture de Donald Trump &#224; la pr&#233;sidence des Etats-Unis, Trou Noir a rencontr&#233; McKenzie Wark pour discuter de son rapport au marxisme, au langage du genre, &#224; sa recherche litt&#233;raire, et aux possibilit&#233;s chronopolitiques de la teuf comme r&#233;ponse au NO FUTURE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie Benjamin Delaveau pour la r&#233;alisation de cet entretien ainsi que sa traduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Photo de couverture : McKenzie Wark par Cl&#233;mence Pol&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir : En relisant votre &#339;uvre, on se rend compte de sa coh&#233;rence et de la mani&#232;re dont vous n'avez jamais d&#233;vi&#233; de votre ancrage maxiste et mat&#233;rialiste de vos d&#233;buts. Comment s'est construit cet attachement au marxisme ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;McKenzie Wark&lt;/strong&gt; : Je viens d'une famille de la classe moyenne qui a toujours soutenu le Parti Travailliste australien. En 1975, le gouvernement r&#233;formiste de gauche a &#233;t&#233; brutalement renvers&#233; en raison d'un coup de force constitutionnel venu des conservateurs. L'exp&#233;rience de voir comment des forces internes &#224; l'Etat pouvaient emp&#234;cher des r&#233;formes progressistes &#224;, je crois, amener beaucoup de personnes &#224; abandonner l'id&#233;e du r&#233;formisme et &#224; chercher d'autres alternatives plus r&#233;volutionnaires. La particularit&#233; du communisme australien est que le parti a rompu ses liens avec Moscou d&#232;s 1968 lors de l'invasion de la Tch&#233;coslovaquie. Le parti a donc pris un chemin assez ind&#233;pendant et, bien que minoritaire dans les &#233;lections, il &#233;tait tr&#232;s influent aupr&#232;s des syndicats. C'est la section du parti de ma ville d'origine qui m'a permis de rencontrer des ouvriers et qui m'a &#233;duqu&#233;e &#224; la politique avec des personnes que je n'aurais peut-&#234;tre pas rencontr&#233;es sinon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/australian_communist_party_1982_courtesy_national_museum_of_austrlia.jpg?1742390484' width='500' height='504' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The Communist Party of Australia in support of aboriginal rights (1982)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir investi les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nouveaux m&#233;dia&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme le jeu vid&#233;o et internet en tant que terrain d'analyse marxiste &#224; une &#233;poque o&#249; ils n'avaient pas la place centrale qu'ils ont aujourd'hui dans nos vies ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais tr&#232;s influenc&#233;e par Stuart Hall et les &#201;tudes Culturelles de l'&#201;cole de Birmingham qui s'int&#233;ressent aux contradictions politiques des cultures populaires. Sont-elles mati&#232;re &#224; discours et analyses ? Comment ces choses peuvent &#234;tre r&#233;appropri&#233;es et comment pouvons-nous changer leurs fonctions ? J'ai aussi grandi &#224; l'&#233;poque punk dont l'objectif v&#233;ritable &#233;tait de cr&#233;er son propre m&#233;dia autonome. Les cam&#233;ras super 8 ou bien le mat&#233;riel pour enregistrer du son commen&#231;aient &#224; devenir beaucoup moins ch&#232;res et accessibles. On faisait pleins d'exp&#233;rimentations avec tout &#231;a. Je me suis donc toujours int&#233;ress&#233;e aux possibilit&#233;s qu'apportent chaque type de m&#233;dia : quelle subjectivit&#233; na&#238;t lorsque l'on grandit dans la musique pop, lorsque l'on joue aux jeux vid&#233;os ? Il est vrai que j'ai assez t&#244;t identifi&#233; qu'internet et le digital deviendraient la forme dominante des m&#233;dias au XXI&#232;me si&#232;cle. &#192; partir de l&#224;, comment le penser de mani&#232;re critique ? Plut&#244;t que de parler de n&#233;olib&#233;ralisme tout le temps de mani&#232;re abstraite, il me semblait plus int&#233;ressant de dire : nous sommes des &lt;i&gt;gamers&lt;/i&gt;, nous ouvrons en permanence de nouvelles interfaces dans lesquelles nous am&#233;liorons des scores, notre popularit&#233;&#8230; Je v&#233;rifie souvent mon nombre de followers sur Instagram et je ne pense pas &#234;tre la seule &#224; le faire. Quel rapport au monde cela induit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des premiers jours du web, comment analysez-vous le passage de l'espoir d'un espace libre du capital &#224; travers le gaming, le partage et le hacking vers un internet privatif et commercialis&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit deux livres qui sont en dialectique : &lt;i&gt;Un Manifeste Hacker&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Th&#233;orie du Gamer&lt;/i&gt;. Le premier est mon point de vue optimiste sur le sujet dans lequel je d&#233;fends l'id&#233;e selon laquelle il y a une nouvelle classe sociale compos&#233;e de celleux qui produisent l'information, la classe des hackers, et qui, quoique subordonn&#233;e, peut prendre conscience d'elle-m&#234;me et se rassembler avec le reste du prol&#233;tariat pour changer les choses. Puis, dans &lt;i&gt;Th&#233;orie du Gamer,&lt;/i&gt; je suis plus pessimiste et je dis que la plan&#232;te enti&#232;re est devenue un espace de jeu dans lequel nous sommes totalement enferm&#233;&#183;es et o&#249; tout est devenu marchandise. La trajectoire globale est plut&#244;t mauvaise, j'ai vu la formation de cette nouvelle classe dominante qui contr&#244;le les canaux de l'information et comment elle est devenue de plus en plus puissante. Au d&#233;but, cette classe avait besoin de ces travailleureuses intellectuel&#183;les du digital pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui. Maintenant elle veut s'en d&#233;barrasser en automatisant et d&#233;sorganisant le travail. Pour moi le paysage politique et technique actuel n'est pas l'expression d'une esp&#232;ce d'ontologie de la technologie, c'est simplement le signe de l'&#233;tat de la lutte dont l'issue est historique. C'est le r&#233;sultat d'une s&#233;rie de d&#233;faites au sujet de ce que l'&#233;cologie de l'information pouvait &#234;tre. On s'est battu&#183;es, on a fait ce qu'on a pu mais on a perdu la bataille. La question aujourd'hui est donc : comment on se regroupe et on s'organise en 2025 ? Comment cr&#233;e-t-on les bases d'une production collective et autonome ? Comment nous r&#233;inventons-nous autrement dans ce paysage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se r&#233;inventer dans ce que vous ne d&#233;finissez non plus comme le capitalisme d'ailleurs, mais comme autre chose de pire (&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Capital Is Dead : Is This Something Worse ?&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, Verso 2019). Dans quel syst&#232;me vivons-nous alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que le capital est mort est une forme de provocation bien s&#251;r. Nous savons que plusieurs modes de productions existent et interagissent en m&#234;me temps. En revanche, je me demande si le mode dominant n'est m&#234;me plus le capitalisme, mais quelque chose de pire. Un mode comme envelopp&#233; autour du capitalisme lui-m&#234;me toujours envelopp&#233; autour de la relation propri&#233;taire-paysan dans la moiti&#233; du monde. L'esclavage existe toujours dans les marges de l'&#233;conomie politique mondiale. Ce qui est nouveau en revanche est que la couche sup&#233;rieure ne poss&#232;de plus les moyens de production mais les vecteurs d'information gr&#226;ce auxquels elle contr&#244;le le reste de la production. C'est &#231;a la classe des vectoralistes. Si l'on examine les bilans des grandes entreprises, on s'aper&#231;oit qu'une grande partie de leurs actifs sont essentiellement des actifs d'information, de propri&#233;t&#233; intellectuelle et de marques d&#233;pos&#233;es. Apple ne fabrique pas ses t&#233;l&#233;phones, elle n'est pas capitaliste en ce sens, c'est pire : elle poss&#232;de et contr&#244;le la cha&#238;ne de valeur car elle contr&#244;le l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la relation entre la classe vectoraliste et la classe des hackers est-elle diff&#233;rente de la relation propri&#233;taire-paysan au point d'en conclure qu'il s'agit d'autre chose de pire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il lorsque nous produisons tous de l'information qui est transform&#233;e en propri&#233;t&#233; intellectuelle mais dont nous ne recevons pas la valeur marchande ? Au d&#233;but, une partie de la classe des hackers a vraiment b&#233;n&#233;fici&#233; du passage &#224; une &#233;conomie informationnelle gr&#226;ce &#224; des stocks options etc mais une autre partie en a &#233;t&#233; exclue. C'est ce que l'on peut attendre de tout type de cycle de production industrielle. En revanche, ce qui se passe aujourd'hui c'est la tentative de d&#233;sorganiser et de remplacer techniquement des pans entiers de la classe des hackers en automatisant le codage et le contenu par exemple. Qui plus est car nous savons que les grands mod&#232;les de langage informatiques ont tendance &#224; &#234;tre plut&#244;t mauvais. Il s'agit alors de contr&#244;ler les flux plut&#244;t que d'autres choses. L'automation est la derni&#232;re chance de croissance continue dans une &#233;conomie sans vecteur qui repose sur ce type de technologies et qui n'a plus rien &#224; offrir aux usagers. Nous n'avons pas voulu de l'extension du march&#233; par la r&#233;alit&#233; virtuelle ou la blockchain. La derni&#232;re strat&#233;gie de croissance disponible est donc de remplacer le travail par le capital pour que tout ce qui est en lien avec de l'information soit moins cher. Cela n&#233;cessite d'&#233;normes quantit&#233;s d'&#233;nergie qui seront simplement retir&#233;es aux populations humaines pour que les machines y acc&#232;dent. Voil&#224; le le tournant qu'a pris l'&#233;conomie politique de l'information. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous qu'il y a encore un espace pour cr&#233;er un espace digital libre et autonome qui n'essaie pas de retirer une valeur marchande en cr&#233;ant artificiellement une raret&#233; d'information alors qu'internet est tout l'inverse ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des luttes importantes autour de la mod&#233;ration de contenu par exemple. L'enjeu est d'&#233;tablir qui a le droit d'exister dans les espaces en ligne et qui a le droit &#224; quelle information. Aux &#201;tats-Unis, nous avons en quelque sorte perdu puisque les principales plateformes de m&#233;dias sociaux ont abandonn&#233; la plupart de leurs mod&#232;les de mod&#233;ration de contenu et de v&#233;rification de la d&#233;sinformation. Le pouvoir a bien compris que les plateformes &#233;taient de plus en plus des outils de propagande. Ils ont pris exemple sur la Chine dans la mani&#232;re dont elle les utilise comme outil de contr&#244;le social. Du c&#244;t&#233; de celleux qui s'opposent &#224; cette usage, nous avons quelques tactiques alors qu'ils ont des strat&#233;gies. Personnellement, j'ai d&#251; quitter Twitter, je me suis dit que j'en avais assez et j'ai laiss&#233; 35 000 followers. Mais c'est la double peine, comme pour Instagram : comment puis-je rester en contact avec la communaut&#233; transsexuelle, m&#234;me &#224; New York ? C'est comme &#231;a que tout le monde se conna&#238;t. Alors oui je peux encourager les gens &#224; passer sur Signal. Mais il y a des frictions lorsqu'il s'agit de faire sortir les gens d'un endroit o&#249; se trouvent leurs amis. Et les vectoralistes le savent, c'est comme &#231;a qu'ils nous ont pi&#233;g&#233;s. Ce que je fais c'est d'&#234;tre pr&#233;sente dans les m&#233;dias sociaux pour diriger les gens vers des espaces qui les &#233;loignent. Comment pouvons-nous exister dans ces espaces comme des leurres dans lesquels l'objectif est de faire sortir les gens vers d'autres formes autonomes de production de subjectivit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ces machines forment-elles notre subjectivit&#233; et nous d&#233;poss&#232;dent-elles de notre autonomie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les machines font de nous des sujets et cela &#224; travers une boucle interactive. Elles sont tr&#232;s adapt&#233;es &#224; ce qui fonctionne pour attirer votre attention. Elles attirent l'attention sur les menaces et sur le besoin d'appartenir &#224; quelque chose. Il y a donc une sorte de biais fasciste dans la perception des m&#233;dias sociaux. Ils sont mauvais pour ce qui est de la prise de conscience de ce qui se passe autour de vous. Vous obtenez, en quelque sorte, une relation sensorielle tr&#232;s restreinte. Alors oui, comment &#234;tre pr&#233;sent dans ces espaces pour persuader les gens qu'il est amusant de faire autre chose de son temps et de son attention sensorielle ? Je ne suis pas tr&#232;s int&#233;ress&#233;e par les moralisateurs qui disent que vous &#234;tes une mauvaise personne si vous &#234;tes encore sur Twitter. Pendant le confinement, je pense que beaucoup de personnes tr&#232;s jeunes n'ont pas pu exp&#233;rimenter et former ces pratiques de relations sociales. Cela cr&#233;e une subjectivit&#233; particuli&#232;re par rapport au risque par exemple car oui, si vous prenez le risque d'avoir des relations intimes avec d'autres humains, cela peut mal se passer. Mais il vaut mieux que cela se passe mal et tenter d'y rem&#233;dier plut&#244;t que de ne pas le faire du tout et de regarder des &#233;crans tout le temps. Tout simplement, je pense qu'on s'amuse plus dans une rave ou qu'on s'amuse plus en lisant collectivement dans une librairie. On s'amuse plus en allant &#224; cette putain de manifestation le samedi matin qu'en jouant &#224; des jeux ou en regardant la t&#233;l&#233;. Ces choses sont &#233;nergisantes, elles forment des subjectivit&#233;s diff&#233;rentes, elles vous relient aux gens d'une autre mani&#232;re, d'une mani&#232;re riche mais aussi plus complexe. Et il vaut mieux avoir des relations compliqu&#233;es avec d'autres humains que pas de relation du tout. J'aime l'id&#233;e d'un communisme amusant qui valorise le plaisir plut&#244;t que de le nier, c'est plus inspirant il me semble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de votre relation au communisme, vous dites que les marxistes qui continuent de d&#233;finir le capitalisme en y ajoutant des termes cherchant &#224; qualifier son &#233;volution contemporaine ne sont, en r&#233;alit&#233;, ni marxistes, ni mat&#233;rialistes. Pourquoi ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a invent&#233; un langage. Je ne comprends vraiment pas comment l'on peut penser que pratiquer le marxisme c'est simplement r&#233;p&#233;ter une formule comme si elle &#233;tait transhistorique. Le travail du marxisme est de comprendre l'histoire et le pr&#233;sent dans le contexte des luttes qui les ont cr&#233;&#233;s. Par cons&#233;quent, Marx invente toujours des termes et r&#233;utilise m&#234;me des mots issus de plusieurs langues : bourgeoisie, prol&#233;tariat, classe capitaliste alors qu'il essaie juste de trouver le terme de &lt;i&gt;lumpen proletariat&lt;/i&gt;. Pourquoi arr&#234;terions-nous de faire &#231;a ? Son approche &#233;tait tr&#232;s fluide car il comprenait les dynamiques multi-classes et prenait donc beaucoup plus en compte la contingence de l'histoire. Les gens qui lisent juste les trois premiers chapitres du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; n'ont acc&#232;s qu'&#224; un langage abstrait sur la marchandise qui explique beaucoup de choses, qui est beau mais qui n'est pas complet. Si vous lisez &lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le 18 Brumaire &lt;/i&gt;ou ses &#233;crits sur le colonialisme, c'est tr&#232;s diff&#233;rent de cette approche diagrammatique tr&#232;s abstraite. Donc oui, je pense qu'une approche cr&#233;ative et proactive de la pens&#233;e marxiste qui, comme le rappelle Bogdanov, est la th&#233;orie et la pratique des classes subordonn&#233;es. Il ne s'agit pas d'une th&#233;orie particuli&#232;re. C'est toute th&#233;orie qui fonctionne dans l'int&#233;r&#234;t des classes subordonn&#233;es avec pour objectif la transformation du monde. Voil&#224; l'essentiel. Il n'y a donc pas vraiment de risque d'abandonner des concepts pr&#233;cieux si leur compr&#233;hension est maintenant partielle et qu'ils ne saisissent pas tout &#224; fait la chose en cours de d&#233;veloppement, la tendance. Parce que c'est la chose dans laquelle Marx &#233;tait bon : il voyait les choses venir. Les gens oublient qu'Engels est &#224; Manchester et, au milieu du XIX&#232;me si&#232;cle, la ville fait partie des rares endroits tr&#232;s industrialis&#233;s. Et pourtant, ils voient dans cette chose qui est un minuscule fragment du monde de l'&#233;poque et ils se disent : &#171; bon sang, &#231;a va devenir incontr&#244;lable &#187; puis ils d&#233;veloppent une th&#233;orie &#224; ce sujet. C'&#233;tait tr&#232;s sp&#233;cifique et contextuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;D'ailleurs, vous revendiquez de pratiquer un marxisme vulgaire. Mais, paradoxalement, vous dites que ce n'est pas dans les th&#233;oricien&#183;nes marxistes contemporain&#183;nes que vous le trouvez mis en pratique. C'est plut&#244;t dans le travail artistique que vous le voyez en mouvement, notamment chez Pasolini. Pourquoi pensez-vous que l'art est un meilleur moyen que la th&#233;orie politique pour cr&#233;er de nouvelles pens&#233;es marxistes ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre un marxiste &#171; vulgaire &#187; &#233;tait une insulte invent&#233;e dans l'entre-deux-guerres par les soi-disant marxistes occidentaux pour se d&#233;marquer de la social-d&#233;mocratie qu'ils consid&#233;raient comme trop &#233;conomiste et trop pratique d'une certaine mani&#232;re. Ils voulaient quelque chose de plus sophistiqu&#233; et de plus th&#233;orique. Il y a un pr&#233;jug&#233; de classe non reconnu dans le fait d'&#234;tre contre le marxisme vulgaire parce qu'il s'agissait principalement de gens de la classe moyenne, qui refusaient de se connecter culturellement &#224; la classe ouvri&#232;re. Pourtant, le vulgaire signifie ce qui est commun dans la plupart des langues europ&#233;ennes donc la sexualit&#233;, la vie quotidienne, les plaisirs ordinaires&#8230; Pourquoi les marxistes ne voudraient-ils pas &#234;tre vulgaires ? Il s'agit de comprendre les forces de production, non ? Qui est-ce qui fabrique ? Quelles sont les machines qui fabriquent tous ces produits ? Comment l'&#233;conomie fonctionne r&#233;ellement ? Et puis aussi, quelle est la vie quotidienne des travailleureuses ? &#192; quoi cela ressemble-t-il ? Quelle est cette exp&#233;rience ? Ce sont donc les deux sens du vulgaire que je voulais retrouver en revendiquant un marxisme vulgaire. Et qui sont les marxistes vulgaires int&#233;ressants et perspicaces qui ont tendance &#224; &#234;tre un peu oubli&#233;s dans les programmes d'&#233;tudes sup&#233;rieures ? Il n'est pas surprenant de constater que ce sont parfois des personnes racis&#233;es ou queers qui ont eu des exp&#233;riences de la politique tr&#232;s directes. C'est ainsi qu'Angela Davis est l'une des figures qui m'int&#233;ressent. L'une des caract&#233;ristiques centrales de la vie quotidienne pour les personnes subordonn&#233;es, en particulier lorsque vous y ajoutez la race, c'est la prison, les flics. Et si nous traitions de cet aspect de la vie quotidienne et de son &#233;volution dans le temps, de son r&#244;le, comme n'&#233;tant non pas ext&#233;rieur mais faisant partie du fonctionnement de l'&#233;conomie. L'esclavage existe encore aux &#201;tats-Unis mais il prend la forme du travail effectu&#233; par les prisonnier&#183;&#232;res. Ce mode de production n'a donc pas disparu, il a &#233;t&#233; r&#233;-agenc&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, Pasolini m'a int&#233;ress&#233; parce qu'il essayait de faire des m&#233;dias. Il a eu une carri&#232;re enti&#232;re dans tous les m&#233;dias et ce qu'il faut aimer et d&#233;tester chez Pasolini c'est qu'il &#233;tait bon dans tous les domaines ! Il &#233;tait po&#232;te, romancier, journaliste, th&#233;oricien et cin&#233;aste. Il a fait de la t&#233;l&#233;vision et il a probablement aussi fait de la radio. C'est comme s'il avait compris, en travaillant dans le cin&#233;ma, que les anciennes superstructures de la culture &#233;taient obsol&#232;tes et secondaires. Il y avait un nouveau langage technique qui permettait de cr&#233;er de nouvelles subjectivit&#233;s gr&#226;ce &#224; des objets produits au sein de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il a appel&#233; le n&#233;o-capitalisme consiste donc &#224; extruder des objets et de les faire correspondre &#224; des formes de subjectivit&#233;s. Pasolini essayait de trouver un moyen de transformer ces subjectivit&#233;s vers d'autres desseins. C'est pourquoi il fait un cin&#233;ma tr&#232;s particulier qui sort du cadre de ce que le cin&#233;ma &#233;tait cens&#233; &#234;tre &#224; ce moment-l&#224;. Ces derniers films sont, bien s&#251;r, tr&#232;s vulgaires. &#192; un moment, il a pens&#233; que si nous revenions aux plaisirs du corps, nous pourrions sortir du cadre de la marchandise. Mais cela a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; tr&#232;s rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/porcherie-pasolini_-_copyright_malavida.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/porcherie-pasolini_-_copyright_malavida.png?1742390492' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Porcherie de Pasolini
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, votre travail est aussi pass&#233; d'une forme purement th&#233;orique vers une approche plus vulgaire, auto-th&#233;orique en revendiquant la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;low theory &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; (&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;th&#233;orie d'en bas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, j'ai &#233;crit un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Dispositions&lt;/i&gt;. Je me d&#233;pla&#231;ais alors avec un GPS, bien avant que cela soit int&#233;gr&#233; aux t&#233;l&#233;phones, et j'&#233;crivais ma vie de tous les jours en fonction des coordonn&#233;es globales et abstraites que me donnait le GPS. Dans cet exercice, j'essayais de r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont le GPS transformait l'espace et ma relation &#224; lui d'une mani&#232;re tr&#232;s personnelle et subjective. J'ai donc toujours essay&#233; de d&#233;jouer l'&#233;criture et la litt&#233;rature bourgeoises en mettant en relation l'abstraction et le vulgaire. Mais il est vrai que j'ai &#233;crit beaucoup plus &#224; la premi&#232;re personne depuis que j'ai fait mon coming out car, quand vous &#234;tes transsexuelle, vous ne pouvez plus parler au nom de la totalit&#233;. On est cens&#233; ne parler que pour le particulier. Alors, dans ce cas, puis-je parler en partant du particulier vers la totalit&#233; tout cela au fur et &#224; mesure de ses &#233;volutions ? Et puis une m&#233;fiance demeure &#224; l'&#233;gard des langages institutionnels qui peuvent aller dans des directions tr&#232;s diff&#233;rentes. Les gens ont des raisons l&#233;gitimes de se m&#233;fier de la posture d'autorit&#233; de la troisi&#232;me personne car nous savons un peu mieux &#224; quel point cela peut mal tourner. Cela peut &#234;tre une source de fascisme. Je pense donc que l'id&#233;e de situation que l'on trouve chez Donna Haraway doit &#234;tre exprim&#233;e de mani&#232;re plus directe. Il ne s'agit pas de dire que c'est MA v&#233;rit&#233; qui est bas&#233;e sur MON traumatisme. Plut&#244;t, j'essaie de rendre compte de la mani&#232;re dont j'ai &#233;t&#233; produite en tant que sujet. Ce n'est donc pas le moi qui est la source de la v&#233;rit&#233;. C'est le moi qui ne sait pas et qui doit en quelque sorte d&#233;couvrir comment et de quoi il est constitu&#233; en tant que composant d'un monde. Je pense que c'est ce qui distingue ma version quelque peu idiosyncrasique de l'autofiction, l'autoth&#233;orie, des autres utilisations du terme. Il y a l&#224; une sous-litt&#233;rature tr&#232;s sp&#233;cifique qui me semble vraiment vitale. Ce que cette langue litt&#233;raire essaie de faire n'est pas d'irradier une v&#233;rit&#233; mais de d&#233;gager une question. C'est cette chose dans la phrase que la phrase essaie d'expliquer comme une chose qui a &#233;t&#233; produite, par quels processus elle a &#233;t&#233; form&#233;e. Je pense que j'essaie de dire des choses sur des moments particuliers dans l'&#233;volution de la trajectoire historique du monde industriel dans lequel j'ai grandi. Comment se forme notre subjectivit&#233; aujourd'hui, d'o&#249; vient-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce tournant auto-th&#233;orique a &#233;t&#233; aussi marqu&#233; par votre rencontre avec Kathy Acker et son travail. Comment son travail vous a-t-il incit&#233;e &#224; int&#233;grer, entre autres, les questions d'&#233;conomies libidinales et de sexualit&#233;s dans votre recherche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai connu bri&#232;vement Kathy dans les ann&#233;es 90. C'&#233;tait le genre de personne qui tombait subitement amoureuse de quelqu'un&#183;e et puis qui arr&#234;tait de les aimer quelques semaines plus tard tout aussi subitement. Je fais partie d'une s&#233;rie de personnes qui a v&#233;cu &#231;a avec elle, rien d'unique par rapport &#224; moi. La seule diff&#233;rence c'est que j'ai gard&#233; notre correspondance d'emails qui est d&#233;sormais compil&#233;e dans le livre &lt;i&gt;I'm very into you&lt;/i&gt;. Je la trouvais int&#233;ressante car, &#224; cette &#233;poque, peu de personnes avaient une messagerie &#233;lectronique, et encore moins y &#233;crivaient des choses intimes. Aujourd'hui, tout le monde s'envoie des sms intimes donc cela me semblait int&#233;ressant de le publier comme t&#233;moignage de ce moment-l&#224;. Ce qui est dr&#244;le c'est qu'on m'a ensuite demand&#233; de participer &#224; des conf&#233;rences sur Kathy etc. alors que je crois qu'une des raisons pour laquelle on a eu cette histoire &#233;tait que&#8230; je n'&#233;tais pas une fan d'elle. Je la respectais en tant qu'&#233;crivaine mais je n'&#233;tais pas fan. Donc ce concours de circonstances m'a fait explorer plus profond&#233;ment son travail jusqu'&#224; en faire un livre, &lt;i&gt;Philosophy for Spiders&lt;/i&gt;. Je me suis alors rendue compte &#224; quel point elle &#233;tait en avance sur son temps dans la mani&#232;re de r&#233;fl&#233;chir &#224; la question du &#171; Je &#187; dans la litt&#233;rature. Comment s'amuser avec lui et donner l'impression de continuit&#233; textuelle en pr&#233;supposant qu'il s'agit du m&#234;me &#171; je &#187; alors qu'il s'agit plut&#244;t d'un regard (homophonie &lt;i&gt;I&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;eye &lt;/i&gt; en anglais ndlr). Le &#171; je &#187; est alors un point de vue, il regarde, il vous regarde. Donc j'ai beaucoup appris de Kathy en particulier dans sa mani&#232;re, qui me parle beaucoup, de pratiquer le d&#233;tournement comme le revendique Guy Debord. Sa m&#233;thode d'appropriation de textes d'autres personnes et de les agencer ensemble, d'en faire un collage de textes &#233;tait vraiment virtuose. Quand on est anglophone, tout le monde a lu Hawthorne par exemple mais soudainement, par le travail de d&#233;tournement, se r&#233;v&#232;le quelque chose au sein d'une phrase que vous n'aviez jamais per&#231;u avant. &#192; mon sens, Kathy Acker &#233;tait tr&#232;s en avance sur la mani&#232;re de penser le monde des textes comme une m&#233;thode et beaucoup de personnes l'ont imit&#233;e. Je n'ai personnellement pas la m&#234;me approche mais j'ai appris d'elle et j'ai essay&#233; d'inventer une autre forme.&lt;br class='autobr' /&gt;
[Elle s'arr&#234;te et pointe le doigt vers un livre de Kathy Acker juste derri&#232;re moi] Elle est juste l&#224; d'ailleurs, elle pr&#233;side notre rencontre, c'est une belle &#233;nergie &#224; avoir avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/kathy_acker_par_bob_berg_getty_images.jpg.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/kathy_acker_par_bob_berg_getty_images.jpg.png?1742390490' width='500' height='468' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Kathy Acker par Bob Berg
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette recherche autour du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;je &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est particuli&#232;rement pr&#233;sente dans votre livre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Reverse Cowgirl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Il y a quelque chose de tr&#232;s fort dans la mani&#232;re dont vous entrelacez votre r&#233;cit tr&#232;s personnel avec des blocs de citations d'auteurices, d'amix ou de th&#233;oricien&#183;nes . Cela cr&#233;e la sensation d'un &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;je &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; multiple, &#224; la fois singulier, particulier et pluriel. Pourquoi votre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;je &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est-il toujours en relation, en dialogue avec des autres et que vous marquez cette dialectique visiblement sur la page ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement parce que j'ai &#233;t&#233; form&#233;e &#224; la th&#233;orie ! J'aimerais beaucoup &#233;crire comme Guy Debord o&#249; il y a des passages entiers copi&#233;s de sources non cit&#233;es mais je me ferais virer pour plagiat si je faisais &#231;a aujourd'hui. D'ailleurs Kathy a eu tout un tas de probl&#232;mes &#224; cause de &#231;a au Royaume-Uni. Baudelaire dit que le langage est une fourmili&#232;re o&#249; toutes les fourmis participent &#224; la constitution du langage. Le langage est une pratique vulgaire donc j'aime bien citer les auteurices et puis, maintenant, beaucoup de lecteurices sont habitu&#233;es &#224; scroller sur un feed o&#249; beaucoup de voix diff&#233;rentes se superposent, les unes apr&#232;s les autres, se m&#234;lent. Je trouve qu'il y a une forme de plaisir d'aller d'un texte &#224; un autre. &#199;a permet de casser la lecture, si vous vous ennuyez avec moi et bien lisez cette citation ou bien vous pouvez m&#234;me sauter les citations si vous voulez. J'avais cette envie de faire quelque chose qui &#233;voquait le &lt;i&gt;feed&lt;/i&gt;. Avant on citait tout avec le nom de l'auteur, deux points puis le bloc de citation mais &#224; quoi ressemble la page de texte du 21&#232;me si&#232;cle ? Quelle est la relation entre le texte que j'&#233;cris et le texte que je m'approprie ? Et puis bon, honn&#234;tement, parfois certaines personnes ont &#233;crit ce que je voulais dire tellement mieux que moi donc j'ai juste abandonn&#233; ! Par exemple, quand je raconte dans &lt;i&gt;Reverse Cowgirl&lt;/i&gt; la fois o&#249; mon copain et moi on s'est inject&#233; de la MDMA et qu'on a bais&#233; bah &lt;i&gt;Une descente dans le Maelstrom&lt;/i&gt; de Edgar Allan Poe exprime exactement ce qu'&#233;tait cette exp&#233;rience. Je peux pas faire mieux que &#231;a ! Donc je vais mettre &#231;a dans le texte et vous voil&#224; en train de lire du Poe. Parfois la citation cr&#233;e aussi de la friction comme lorsque je parle de sexe gay mais que la citation parle de sexe h&#233;t&#233;ro. Et puis j'avais envie de faire exister dans le texte la voix de certains anc&#234;tres ou de mes amix. J'ai envie que mes amix soient dans mes livres : K., Gabriel&#8230; parce qu'on lit des choses ensemble, je les croise dans la rue, on discute, pour moi ce sont des &#233;critures parall&#232;les en fait donc je veux que ce soit pr&#233;sent dans mes textes. Je fais beaucoup &#231;a dans &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; mais moins dans &lt;i&gt;Love and Money &lt;/i&gt;parce que tout est &#224; la deuxi&#232;me personne du singulier car c'est &#233;pistolaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/illustration_une_descente_dans_le_maelstrom-_harry_clarke.jpg?1742390484' width='500' height='664' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une descente dans le Maelstr&#246;m par Harry Clarke (1919)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, le sous-titre de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Love and Money&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est &#8220;un m&#233;moire&#8221; ? Pourquoi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une concession marketing ! Mon livre n'est pas un m&#233;moire (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;). Ma copine est libraire et donc je connais bien plus sur l'industrie du livre que ne devrait une &#233;crivaine. C'est totalement d&#233;primant. Je ne sais pas comment cela se passe en France mais dans le monde anglophone tout suit une cat&#233;gorisation appel&#233;e BISAC. Et l'autofiction n'existe pas, seule la cat&#233;gorie m&#233;moire existe. Il y a un num&#233;ro sp&#233;cial d'identification qui va avec pour que le livre soit rang&#233; &#224; la bonne place. La grande majorit&#233; des librairies vont utiliser ce syst&#232;me de cat&#233;gorisation. Donc si vous essayez de casser cette classification le livre devient inclassifiable pour le march&#233; du livre et sa mise en vente. Donc comment on interagit avec cette r&#233;alit&#233; de ce qu'est un livre qui lui-m&#234;me est pris dans cette &#233;conomie de march&#233; ? Parce que oui, j'ai envie que des lecteurices le trouvent. Je n'&#233;cris pas pour 100 personnes, j'essaie d'&#233;crire pour 10 000 personnes plut&#244;t, c'est &#231;a mon objectif. Pas 100 000 non plus, je sais que je n'&#233;cris pas de la litt&#233;rature populaire mais j'ai envie que le livre circule suffisamment correctement pour que je puisse avoir un autre contrat et &#233;crire ce que je veux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Reverse Cowgirl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, vous revendiquez d'&#233;tendre la binarit&#233; de genre et vous utilisez le terme transexuel&#183;le, pas transgenre ce qui fait souvent d&#233;bat. Pourquoi pensez-vous qu'il est toujours pertinent d'utiliser ces cat&#233;gories et ce vocabulaire ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le genre est un langage donc il y a deux propositions incompatibles : soit vous &#234;tes pour l'abolition du genre soit vous &#234;tes pour l'abolition de la hi&#233;rarchie des genres entre eux. Ce n'est pas du tout le m&#234;me projet politique et, pour ma part, je suis plus int&#233;ress&#233;e par le second. Les gens ont le droit de faire ce qu'iels veulent avec leur genre, vraiment. Mais mon monde &#224; moi est transexuel, c'est-&#224;-dire, qu'il est peupl&#233; de personnes qui ont modifi&#233; leur corps. Nous sommes plus enclin&#183;es &#224; nous reconna&#238;tre dans le langage de la binarit&#233; de genre mais pas celui qu'on nous a assign&#233; &#224; la naissance. Cela c'est mon endroit sp&#233;cifique dans la culture. Ce qui est difficile c'est d'avoir des diff&#233;rences sans opposition ou hi&#233;rarchie. Je ne dis pas, par exemple, que mon endroit dans le genre est mieux que d'autres, je dis simplement que c'est l&#224; o&#249; je me situe. C'est tout &#224; faire valide de s'identifier comme non-binaire ou genderqueer. Mon choix &#224; moi n'est pas celui-l&#224; quoique je signalerais tout de m&#234;me qu'&#234;tre non-binaire est tout de m&#234;me inscrit dans une binarit&#233; vis-&#224;-vis de la binarit&#233; de genre parce que c'est comme cela que le langage marche. Il fonctionne par diff&#233;rentiation. Mais alors, ces diff&#233;rences peuvent-elles exister sans classement ni hi&#233;rarchie ? L&#224; se situe v&#233;ritablement l'endroit de la lutte. Donc oui, dans mon petit monde, il y a un retour &#224; la revendication du terme transsexuel car transgenre implique d&#233;sormais quelque chose d'un peu trop lib&#233;ral et peut &#234;tre trop g&#233;n&#233;ral aussi. Comme si l'on demeurait toujours le sexe qu'on avait toujours &#233;t&#233;. Et l&#224; j'ai envie de dire : &#171; non, bitch, j'ai chang&#233; de sexe, je fais des injections toutes les semaines pour avoir ce corps, j'ai fait de la chirurgie pour qu'il soit plus en lien avec mon corps &#187;. Et puis transexuel&#183;le, c'est juste un mot magnifique, pourquoi ne voudrais-je pas dire transexuel&#183;le ? C'est fabuleux de poss&#233;der ce mot. Et puis comme &#231;a je peux le dire aux douaniers &#224; la fronti&#232;re parce que la photo de mon passeport est vieille. Ils me disent : &#171; C'est vous ? &#187; et je r&#233;ponds &#171; Je suis transexuelle &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Ce &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;petit monde &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; dont vous parlez, vous le d&#233;crivez dans &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Raving&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#224; travers une analyse th&#233;orique et pratique de l'exp&#233;rience et des normes de l'espace de la teuf pendant le confinement de 2020. En ce sens, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Raving&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est aussi une archive de la vie queer &#224; un moment tr&#232;s particulier &#224; New-York juste apr&#232;s le premier confinement et pendant les manifestations Black Lives Matter faisant suite &#224; l'assassinat de George Floyd par un policier. Comment ce moment si particulier vous a-t-il impact&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai mais il s'agissait aussi pour moi d'&#233;crire un livre new-yorkais. J'adore cette ville, je suis devenue new-yorkaise m&#234;me si c'est une relation toxique : on aime New-York mais elle ne vous aime pas en retour. Et cela m'a toujours paru intimidant d'&#233;crire sur New-York et puis c'est arriv&#233; par accident. &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; est une lettre d'amour &#224; ce petit monde nich&#233; &#224; l'interieur de cette folle ville. &lt;i&gt;Reverse Cowgirl &lt;/i&gt;je l'avais &#233;crit avant de commencer les hormones donc c'est au sujet de mon ancien corps. Et lorsque j'ai commenc&#233; les hormones je n'ai plus r&#233;ussi &#224; &#233;crire alors qu'il s'agissait de quelque chose de plut&#244;t facile et naturel pour moi avant. C'est un peu comme si j'avais jou&#233; de la clarinette toute ma vie et puis qu'on me donnait un saxophone. Les doigt&#233;s sont similaires, je peux sortir quelques sons mais je ne joue pas de la musique. J'ai eu trois ann&#233;es difficiles o&#249; je n'ai rien &#233;crit. Et puis on m'a propos&#233; d'&#233;crire pour cette s&#233;rie &#171; Practices &#187; et je me suis dit que &#231;a devait &#234;tre sur la rave et la danse parce que je n'ai fait que &#231;a quasiment tous les week-ends pendant trois ans. Et petit &#224; petit le processus d'&#233;criture s'est d&#233;bloqu&#233; et &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; m'a aid&#233; &#224; reprendre l'&#233;criture. &lt;i&gt;Reverse Cowgirl&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; font un peu partie d'une s&#233;rie mais je trouve que certaines phrases s'am&#233;liorent, que dans &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; j'arrive &#224; lier plus pr&#233;cis&#233;ment cette connexion entre le particulier et l'abstrait. Et puis je crois que les &#233;crivain&#183;es cherchent &#224; pr&#233;server quelque chose, &#224; cr&#233;er une archive. Et ce monde que je d&#233;cris dans le livre est transitoire, cela peut durer dix ans et puis dispara&#238;tre. Et &#224; New-York en ce moment, c'est bien, vraiment bien. Et je voulais le documenter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L373xH522/raving-cover-8055a.jpg?1765890683' width='373' height='522' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'espace de la rave party est-il devenu l'endroit pertinent &#224; partir duquel vous avez voulu cr&#233;er de la th&#233;orie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai recommenc&#233; &#224; aller en&lt;i&gt; rave party&lt;/i&gt; alors que c'est quelque chose que je faisais dans les ann&#233;es 90. &#192; l'&#233;poque, je ne comprenais pas trop la techno mais maintenant je crois que &#231;a y est. J'ai repris la f&#234;te avant le confinement puis on a d&#251; arr&#234;ter un instant. Mais si le COVID est la seule menace sur votre vie c'est que vous appartenez &#224; un monde tr&#232;s privil&#233;gi&#233;. Et je suis une personne trans tr&#232;s privil&#233;gi&#233;e par rapport &#224; d'autres de ma communaut&#233;. Beaucoup de personnes autour de moi ne peuvent pas survivre &#224; l'isolement. J'ai perdu des amix &#224; cause de l'isolement pendant le confinement. Beaucoup de personnes trans ne peuvent pas rentrer chez elles &#224; cause de leurs putains de parents, s'il y a une tension dans une colocation, ce sera toujours la faute de la femme trans. On est toujours les coupables. Les gens ont besoin de ces espaces de f&#234;te pour exister et se voir. Je d&#233;teste le mot &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; mais cette sc&#232;ne &#224; New-York est ill&#233;gale de fait donc la question est : comment &#233;crire sur cette sc&#232;ne sans la mettre en danger ? Sans encourager les touristes &#224; la trouver ? Je n'ai pas envie d'appliquer une logique extractive vis-&#224;-vis de cette sc&#232;ne donc il s'agissait pour moi de trouver une forme qui ait tous les atours du pi&#232;ge et de tout ce &#224; quoi les personnes trans sont bonnes. &#192; New-York les gens parlent de teufs mais elles sont payantes alors que celles-ci sont gratuites et dans un parking. &#192; l'&#233;poque, beaucoup de ces teufs &#233;taient en fait des manifs Black Lives Matter qui se transformaient en soir&#233;e. On a rien invent&#233; et d'autres avant l'ont fait mieux que nous mais &#234;tre dans la rue &#224; l'heure du couvre-feu avec la police qui tournait et d'y r&#233;pondre par une r&#233;sistance populaire via la f&#234;te &#233;tait tr&#232;s puissant. New-York est contr&#244;l&#233; par la police et, pour la premi&#232;re fois, les gens ont parl&#233; et ont d&#233;sob&#233;i. Le livre t&#233;moigne de cela puis de l'arriv&#233;e de la vaccination et le retour des &lt;i&gt;warehouses&lt;/i&gt; craignos dans Brooklyn avec de la lumi&#232;re industrielle, le&lt;i&gt; sound system&lt;/i&gt; dans le coin&#8230; vraiment des supers bons moments. Je n'exag&#232;re pas quand je dis que la teuf m'a sauv&#233;e ! Et puis c'est une histoire d'amour, j'y ai rencontr&#233; ma copine apr&#232;s tous ces plans foireux que je d&#233;cris au d&#233;but du bouquin. Elle s'appelle Jenny dans le livre, c'est elle qui a choisi son nom.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/484307220_1614139985901553_6898745169657217821_n.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/484307220_1614139985901553_6898745169657217821_n.png?1742391482' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;McKenzie Wark,&lt;a href=&#034;https://mckenziewark.bandcamp.com/album/lonesome-cowgirl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; Lonesome Cowgirl&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le livre est tout de m&#234;me habit&#233; par une tension permanente entre cette pulsion de vie et la r&#233;alit&#233; d'un monde en train de s'effondrer. &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes derniers ouvrages sont marqu&#233;s par un profond sentiment de deuil pour la perte des possibilit&#233;s de la modernit&#233;. La postmodernit&#233; n'&#233;tait qu'un mirage des ann&#233;es 80 et 90. Nous vivons aujourd'hui dans un monde qui pourrait ne pas avoir de futur. Comment articuler cette r&#233;alit&#233; d'une fa&#231;on qui ne fait pas d&#233;tourner les gens du regard ? Le sous-texte de &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; est que la rave culture est une exp&#233;rience d'un temps parall&#232;le, de c&#244;t&#233;. Il n'y a pas de futur et nous ne voulons pas du pass&#233; car il n'y a pas de nostalgie &#224; avoir pour une &#233;poque qui &#233;tait mauvaise pour les personnes trans et racis&#233;es. Comment construire du temps &lt;i&gt;de c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; ? La bonne techno permet &#231;a, c'est pas comme l'EDM qui a une mont&#233;e, un pic et puis encore un autre faux pic etc etc. La bonne techno au contraire ouvre ces poches de temps parall&#232;les et, tant esth&#233;tiquement &#233;motionnellement, cette exp&#233;rience collective nous permet d'entrer en relation avec une mat&#233;rialit&#233; du temps historique qui est d&#233;sormais impossible puisqu'il n'y pas de futur d&#233;sirable, ou du moins, plus beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; et traduit par Benjamin Delaveau.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des extraits de &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; traduit dans le num&#233;ro 19 d'Audimat ; une r&#233;&#233;dition du &lt;i&gt;Manifeste du Hacker &lt;/i&gt;est &#224; para&#238;tre aux &#201;ditions M&#233;t&#233;ores en 2025 et une traduction d'extraits de &lt;i&gt;Reverse Cowgirl&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; effectu&#233; sous forme de fanzine par le collectif fascias en 2022 (compos&#233; de Julie Micheron/Bintje, Paul Boyer, Maria Remora et Benjamin Delaveau)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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