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		<title>Gare &#224; la pieuvre straight !</title>
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		<dc:subject>Sam Bourcier</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Monique Wittig</dc:subject>
		<dc:subject>Sam Bourcier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A propos du colloque &#171; L'apr&#232;s-vie de Monique Wittig &#187; &#224; Paris 8 et au Centre Pompidou.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2024-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Sam-Bourcier-327-+" rel="tag"&gt;Sam Bourcier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/469430027_8981843271861375_5180274776654288157_n.jpg?1734105943' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces 13 et 14 d&#233;cembre 2024 a lieu &lt;a href=&#034;https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/3r3VRmX&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le colloque &#171; L'apr&#232;s-vie de Monique Wittig &#187;&lt;/a&gt; sur le campus Condorcet (Paris 8) et au Centre Pompidou. S'il y r&#233;unit des chercheur&#183;euses issu&#183;es de diff&#233;rents champs (&#233;cof&#233;minisme, &#233;tudes d&#233;coloniales, psychanalyse) il n'est toutefois pas sans poser quelques questions soulev&#233;es par ce texte &#8210; situ&#233; et en situation &#8210; de Sam Bourcier : quelles sont op&#233;rations de lissage et de respectabilit&#233; de la pens&#233;e de Wittig &#224; l'&#339;uvre ? Peut-on innocemment se livrer, chercheur&#183;euses queer et f&#233;ministes, &#224; de telles captures ? En quoi les m&#233;canismes de valorisation et d'exclusion &#224; l'&#339;uvre refl&#232;tent-ils ceux de l'universit&#233; n&#233;olib&#233;rale &#224; la fois comme productrices de petits soldat&#183;es carri&#233;ristes et mais aussi de chercheur&#183;euses queer de plus en plus pr&#233;caires et &#233;ject&#233;&#183;es de l'universit&#233; ? En d&#233;finitive, la &lt;i&gt;pens&#233;e straight&lt;/i&gt; n'essaie-t-elle pas d'&#233;touffer celleux qui la mettent &#224; mal et qui rendent vivant l'h&#233;ritage politique et th&#233;orique de Wittig ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Photo de couverture : &#169; Babette Mangolte.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'esprit queer &#187; made in h&#233;t&#233;roland revendiqu&#233; par &#201;milie Not&#233;ris, co-organisatrice avec Fabienne Brug&#232;re, la pr&#233;sidente de l'universit&#233; de Paris Cit&#233;, du colloque sur Wittig les 13 et 14 d&#233;cembre &#224; Paris 8 et Beaubourg n'est qu'une ni&#232;me ruse de la pens&#233;e straight. Celle-l&#224; m&#234;me qu'a si justement d&#233;fonc&#233;e Wittig en tant que r&#233;gime politique ET &#233;pist&#233;mologique dans son essai politique du m&#234;me nom. Intitul&#233; &#171; L'apr&#232;s-vie de Monique Wittig &#187; &#8210; on ne saurait faire plus charognard &#8210; voil&#224; que des cis-hets s'emparent de Wittig pour frimer leur pens&#233;e acad&#233;mique en &#233;crasant les militant&#8226;x&#8226;s- queer (mais pas que) et les artisan&#8226;e&#8226;x&#8226;s de la r&#233;introduction de Wittig-La-Politique en France dans les ann&#233;es 2000 sans qui ils n'auraient jamais calcul&#233; Wittig. Cela m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te parce qu'il s'agit d'un courant de fond dont je me demande d'ailleurs si le succ&#232;s d'&lt;i&gt;After Sappho&lt;/i&gt; de Selby Wynn Schwartz qui vient juste d'&#234;tre traduit chez Gallimard pour No&#235;l ne fait pas partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90-2000, la pens&#233;e straight venait profiter de l'aperture d&#233;finitionnelle et linguistique du terme &lt;i&gt;Queer&lt;/i&gt; et de la relative b&#233;ance du Queer Bag pour s'y faufiler incognito en tant qu'h&#233;t&#233;ro. De nos jours, ce sont les h&#233;t&#233;ros-queers, en position de &lt;i&gt;gatekeepers&lt;/i&gt; straights universitaires, qui font leur march&#233; en fourrant les queers dans leur cabas queer avec la complicit&#233; de ceux qui les courtisent. En particulier celleux qui ont crach&#233; sur &#171; le queer &#187; ces derni&#232;res ann&#233;es. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les oxymorons h&#233;t&#233;ros-queer ont pris du galon et nous font la le&#231;on. Quant &#224; savoir pourquoi les LGBTQ+ leur en donnent autant et contribuent volontairement &#224; cette inversion d&#233;pouvoirante et m&#233;prisante de leurs propres luttes et cultures, gageons qu'il faut bien faire all&#233;geance &#224; cette mafia universitaire et que dans l'universit&#233; n&#233;olib&#233;rale archi-pr&#233;carisante, leurs besoins et leurs carri&#232;res individualis&#233;es leur ont fait pousser les dents pour s'entretuer et nous trahir. Celleux-l&#224; ne rentrent pas &#224; l'universit&#233; pour la changer alors qu'elle est devenue irrespirable et injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans bien d'autres institutions et lieux de pouvoir, de l'&#233;tat aux entreprises en passant par les municipalit&#233;s, le marqueur queer est devenu la hype, le marqueur progressiste dont raffolent les straights pour faire leur beurre. Moi qui pensais que les godes-tentacules et les mol&#233;cules, c'&#233;tait pour qu'on s'encule et que la pieuvre en avait plein la bouche de l'anus, voil&#224;-ti pas qu'avec beaucoup d'autres, nous sentons sur notre cuir cette pieuvre straight qui tentacule de pr&#233;f&#233;rence les lesbiennes, les trans, et les queers, leurs pens&#233;es, leurs cultures, leurs histoires, leur politiques, leurs archives, leurs histoires, leur jus th&#233;orique, leur cr&#233;ativit&#233; et leur m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'agitent ses bras visqueux pour nous &#233;touffer avec ce colloque ? En voil&#224; deux, trois. A vous de compl&#233;ter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tentacule 1 D&#233;poss&#233;der, Effacer, silencier pr&#233;dater, extraire en imposant un narratif loufoque mais r&#233;tributeur sur &#171; le retour de Wittig &#187; en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'objet du post p&#233;dant de d&#233;cembre d'Emilie Not&#233;ris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ajout de Trou Noir dudit post Facebook : &#171; En pr&#233;parant mon introduction au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'une des deux co-organisatrices straight qui nous d&#233;gouline sa r&#233;flexivit&#233; savante en posant sur facebook. Elle se regarde &#233;crire son papier pour le positionnement &#171; historique &#187; de son colloque qu'elle veut faire passer &#224; la post&#233;rit&#233;. Elle y d&#233;cr&#232;te sans rire un &lt;i&gt;zeitgeist&lt;/i&gt;, pourquoi pas un g&#233;nie tant qu'on y est, un esprit programmatique queer &#224; deux balles en remachouillant plus de 20 ans apr&#232;s une pauvre d&#233;finition &#034;du queer&#034; &#233;tymologique &#224; la Segdwick, la th&#233;oricienne pr&#233;f&#233;r&#233;e des straights parce qu'elle n'&#233;tait pas queer. Surtout avec Sedgwick, le cabas queer, c'est open bar : tout rentre. Celle qui n'a ni l'archive &#233;crite ou orale, affective ou politique du &#034;retour&#034; de Monique Wittig &#224; Paris &#224; Beaubourg &#224; la fin des ann&#233;es 90 nous fade d'une vignette inaugurale inculte : elle n'y &#233;tait pas mais elle peut nous raconter que Wittig a applaudi le d&#233;fil&#233; d&#233;finitionnel queer &#224; deux mains. On r&#234;ve. Inculte, faux et invisibilisant. Le probl&#232;me est que cet &#233;v&#232;nement &#224; Beaubourg a &#233;t&#233; organis&#233; de mani&#232;re &#224; exclure les queers de l'&#233;poque, dont je faisais partie, par des gays coutumiers de ce genre d'effacement. On fait mieux comme g&#233;n&#233;alogie. Elle engage dans cette gal&#232;re les intervenant&#8226;e&#8226;x&#8226;s qui ont pass&#233; le casting dans cette op&#233;ration de r&#233;&#233;criture de l'histoire, d'effacement des luttes et des d&#233;bats queers : Estelle Coppolani, Catherine Malabou, Joao Gabriel, Pierre Jo&#235;l Niedergang, Sara Garbagnoli, Laurie Laufer, Hourya Benthouhami, Margot Notari, Luce DeLire, Helen Fishman, Star Finch, Sara Salima Boutebal, Pauline Verlaine (Pauline Clochec). Qu'en pensent-iels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en rigolait ce matin avec l'un&#8226;e d'entre iels : d&#233;j&#224; qu'on s'&#233;tait pay&#233; la mini biographie de Not&#233;ris qui insiste lourdement sur le manuscrit non publi&#233; de Wittig qui raconte LA relation h&#233;t&#233;ro de Wittig et o&#249; c'est tout juste si c'est pas le mec en question qui donne &#224; W l'id&#233;e du mouvement politique qu'elle doit cr&#233;er&#8230; Pour ne pas parler de l'utilisation constante par Not&#233;ris des photographies ultra straight prises par les agences qui shootent les M&#233;dicis et les Goncourt qui f&#233;minisent Wittig &#224; outrance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tentacule 2 La pens&#233;e straight qui se croit queer, un classique en France et &#224; Paris. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce colloque s'inscrit dans une continuit&#233; bien fran&#231;aise que l'on subit depuis l'introduction de la th&#233;orie queer &#233;tats-unienne issue de la pens&#233;e post-structurale fran&#231;aise des Lacan, Derrida, Foucault, Deleuze m&#233;lang&#233;e &#224; de la pens&#233;e de la diff&#233;rence essentialiste qui n'a rien &#224; faire l&#224; : du Cixous, du Kristeva, le dit &lt;i&gt;French Feminism&lt;/i&gt; fait pour &#233;touffer les f&#233;minismes politiques. Je me souviens encore des lacaniens de chez EPEL qui traduisent le corpus queer en nous expliquant que Lacan &#233;tait queer avant la lettre. C'est les deleuziens straight qui serrent dans leurs bras les allergiques &#224; la politique des identit&#233;s sexuelles et de genre. C'est les foucaldiens qui n'ont pas compris que pour rentrer au Coll&#232;ge de France, on va pas raconter qu'on est p&#233;d&#233; et qu'on prendra l'avion pour aller fist-fucker et sniffer en Californie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tentacule 3-4 je te sublime avec ma discipline, b&#234;te que tu es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a donc serin&#233; qu'on &#233;tait des suiveurs du queer &lt;i&gt;made in &lt;/i&gt; France pendant des lustres pour prendre notre place. See ce qui s'est pass&#233; et se passe encore &#224; Paris 8 justement o&#249; des g&#233;n&#233;rations d'&#233;tudiant&#8226;e&#8226;s&#8226;x queers ont perdu leur temps avec des cours prodigu&#233;s par un r&#233;giment de profs si peu f&#233;ministes et si souvent straight qui imposait la fiction cixouenne du queer et de la psychanalyse. Sans parler de la violence &#233;pist&#233;mique adjacente. La variante avec ce colloque, c'est de nous montrer le chemin : sublimer Wittig en quelques sorte en l'attachant au poteau avec des cordes &#224; la mode qui n'ont rien &#224; voir avec sa pens&#233;e : l'&#233;cof&#233;minisme par exemple. Pourquoi pas, me direz-vous ? Perso, je n'ai rien contre l'acrobatie sp&#233;culative ET politique si c'est bien fait. Mais le b&#233;n&#233;fice sournois ici, c'est de sublimer Wittig, comme on sublime une recette de charlotte au chocolat dans Top Chef en faisant une charlotte d'agneau par exemple dans un geste burlesque culinaire audacieux. Je prends la forme, le nom Wittig, le signifiant, et je le fourre avec autre chose, lui r&#233;v&#233;lant &#224; elle-m&#234;me sa dimension philosophique (et la voil&#224; la discipline en embuscade) dont la pauvre ignorait l'ampleur et la port&#233;e actuelle&#8230; C'est le m&#234;me geste surplombant que celui de l'h&#233;t&#233;ro-inspirateur/aspirateur, mentor moderniste de la pens&#233;e de Wittig dans le fameux manuscrit non publi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure linguistique de ces deux journ&#233;es &#171; Wittig ET &#187; qu'il faudrait renommer &#171; Sans Wittig &#187;&#8230; est &#233;difiante : Wittig et la race, Wittig et l'&#233;cof&#233;minisme, Wittig et la marque du genre, Wittig et la norme, Wittig et la philosophie politique, sans oublier la tentacule gluante de bienveillance perverse : Wittig et&#8230; TADA ! La psychanalyse ! D&#233;fonc&#233;e comme r&#233;gime &#233;pist&#233;mologique et politique par Wittig, comme lacanerie, comme entreprise de domination discursive et linguistique via le d&#233;cryptage de ton inconscient par les ma&#238;tres du divan, la tentacule psychanalyse occupe une place de reine dans l'argument du colloque et c'est pas pour rien. Elle est l'alli&#233;e par excellence du retour de la pens&#233;e straight sur les queers : &#171; la psychanalyse accueille &#224; pr&#233;sent celle qui l'a violemment rejet&#233;e pour apprendre de ses critiques et &#187; bla bla bla. Quelle mansu&#233;tude ! Quelle hospitalit&#233; excessive de merde qui vous capture &#224; votre insu pour reprendre ses basses besognes : &#171; elles t'enfonceront dans la fosse pleine de merde en pr&#233;tendant que c'est un bain d'eau de rose, elles t'y noieront, &#233;toufferont, feront suffoquer &#187; (&lt;i&gt;Paris-La-Politique&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant au niveau des th&#233;matiques que de la formulation, le cadrage est tel qu'on se demande s'il faut entendre que Wittig y change quelque chose &#224; ces disciplines et &#224; ces sujets, ou bien si on n'a pas affaire &#224; une s&#233;rie de mini proc&#232;s, de duels qu'elle pourrait bien perdre. Tout cela nous rappelle &#171; les Judas &#187; et les harpies du f&#233;minisme de la diff&#233;rence de &lt;i&gt;Paris-La-Politique&lt;/i&gt;, qui bastonnent le &#8216;Petit Wittig' : &#171; A ce moment, l'une d'elles, une amie de longue date, me retire mon chapeau, se le met sur la t&#234;te, fait avec, quelques jongleries et passes, en riant et en disant : le petit Wittig, et &#224; moi elle cligne de l'&#339;il, il va entrer dans le sac &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste 4 tentacules que je vous laisse le soin, en plein carnaval, de d&#233;noncer. En attendant, nous, on rentrera pas dans votre totebag. Mais on est l&#224; bien plant&#233;&#8226;e&#8226;x&#8226;s dans l'ar&#232;ne ennemie avec nos sublimes cuisses de guerill&#232;re&#8226;x&#8226;s et on vous y attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Basta la pens&#233;e straight !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sam Bourcier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ajout de Trou Noir dudit post Facebook&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En pr&#233;parant mon introduction au colloque &#034;L'Apr&#232;s-vie de Monique Wittig&#034; qui aura lieu &#224; Paris 8 le 13 d&#233;cembre prochain et &#224; Pompidou le 14 je suis all&#233;e consulter les actes du colloque &#8220;Rencontres gaies et lesbiennes&#8221; qui avaient &#233;t&#233; organis&#233;es &#224; Pompidou en 1997 par Didier Eribon et qui marquaient le retour exceptionnel de Wittig en France dans le cadre d'une intervention publique. Figure &#233;galement dans ce livre un texte de mon autre th&#233;oricienne queer pr&#233;f&#233;r&#233;e Eve Kosofsky Sedgwick. Il se conclue ainsi : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Le mot queer lui-m&#234;me signifie &#171; &#224; travers &#187;, il vient de la racine indo-europ&#233;enne twerkw, qui a donn&#233; &#233;galement l'allemand Quer (transversal), le latin torquere (tordre), l'anglais athwart (en travers)... Ce sont pr&#233;cis&#233;ment des &#233;nonc&#233;s &#171; &#224; travers &#187; que de nombreux &#233;crits s'efforcent de produire aujourd'hui : &#224; travers les sexes, &#224; travers les genres, &#224; travers les &#171; perversions &#187;. Le concept de queer, dans ce sens, est transitif de multiples fa&#231;ons. Le courant imm&#233;morial que le Queer repr&#233;sente est anti- s&#233;paratiste autant qu'il est anti-assimilationniste. Profond&#233;ment, il est relationnel. Et, assur&#233;ment, il est &#233;trange.&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle inclue dans l'&#233;quation : &#8220;lesbiennes f&#233;minines et agressives, tapettes mystiques, masturbateurs, folles, divas, snap !, virils soumis, mythomanes, trans, wannabe, tantes, camionneuses, hommes qui se d&#233;finissent comme lesbiens, lesbiennes qui couchent avec des hommes... et aussi toustes ceulles qui sont capables de les aimer, d'apprendre d'eulles et de s'identifier &#224; eulles.&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a &#233;t&#233; ovationn&#233;e y compris par Monique Wittig. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet esprit-l&#224; que seront r&#233;uni&#183;es ces deux jours Estelle Coppolani et Margot Notari, Luce DeLire, Hourya Bentouhami, Jo&#227;o Gabriel, Helen Fishman, Star Finch, Sara Garbagnoli Pierre Jo&#235;l Niedergang Laurie Laufer, Salima Boutebal, Pauline Verlaine (Pauline Clochec) et Catherine Malabou. Can't wait &#128293;&lt;br class='autobr' /&gt;
co-organisation : Fabienne Brug&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Blanchit&#233;, m&#233;decine et gu&#233;rison trans (II)</title>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Colonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transition</dc:subject>
		<dc:subject>sexologie</dc:subject>
		<dc:subject>Hil Malatino</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une enqu&#234;te rabat-joie &#224; partir de l'archive coloniale et contre la logique raciste.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Hill-Malatino-+" rel="tag"&gt;Hil Malatino&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/harrybenjamin.jpg?1731403057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Side Affects. On Being Trans and Feeling Bad &lt;/i&gt; [affects ind&#233;sirables. &#234;tre trans et avoir le seum], le philosophe Hil Malatino r&#233;fl&#233;chit aux affects n&#233;gatifs qui accompagnent la transition : plut&#244;t que les r&#233;cits du bonheur obligatoire et des transitions r&#233;ussies (avec la pression &#224; la bonne humeur et au succ&#232;s social qu'elles impliquent), que se passerait-il si l'on faisait place aussi &#224; nos d&#233;pressions, &#224; nos dissociations, &#224; la jalousie et &#224; la rage qui nous animent ? Conscient d'&#233;crire depuis une position privil&#233;gi&#233; (celle d'un mec trans inter blanc et salari&#233; d'une universit&#233; &#233;tats-unienne), Malatino cherche &#224; penser du dedans des gal&#232;res que la majorit&#233; des personnes trans* traversons pour trouver l&#224; aussi (et pas seulement dans nos euphories de genre) des ressources pour affronter la brutalit&#233; anti-trans et le capitalisme patriarcal qui la rend possible. Autrement dit : c'est bien joli d'avoir la joie quand les hormones font pousser les bonnes choses aux bons endroits ou quand on nous genre correctement &#224; la boulangerie, mais qu'est-ce qu'on fait le reste du temps et est-ce que &#231;a pourrait aussi nous donner de la puissance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de son enqu&#234;te rabat-joie, Malatino finit &#8211; au dernier chapitre du livre &#8211;par se pencher sur certaines pratiques de gu&#233;rison trans : celles qui (pour le meilleur) impliquent les usages psych&#233;d&#233;liques et (pour le pire) une bonne dose de blanchit&#233;. Son examen est &#224; double d&#233;tente. D'un c&#244;t&#233;, (c'est l'objet du texte qui suit), il s'int&#233;resse &#224; l'histoire raciale des premiers protocoles de transition (notamment ceux d&#233;velopp&#233;s par Harry Benjamin) en les situant en relation au &#171; mouvement pour le potentiel humain &#187; &#8211; autrement connu sous le nom de mouvement &#171; New Age &#187;, qui informe largement la repr&#233;sentation &#171; positive &#187; de certaines personnes trans (blanches) comme des explorateurices curieuses de l'&#233;tendue des capacit&#233;s humaines. Montrant l'adh&#233;sion de Benjamin &#224; des id&#233;aux brutalement racistes, Malatino conteste les r&#233;cits de l'am&#233;lioration et de la normalisation d&#233;fendus par le m&#233;decin pionnier des protocoles de transitions hormonales de genre et leur solidarit&#233; avec une vision racialisante de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie Emma B. pour cette traduction et cette proposition collective de l'histoire trans* de la blanchit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ce chapitre conclusif, j'examine de mani&#232;re critique les discours trans qui portent sur la spiritualit&#233;, la gu&#233;rison, la pl&#233;nitude et le devenir. J'analyse certaines traces historiques retra&#231;ant l'implication d'individus et collectifs trans dans la prise de psych&#233;d&#233;liques et dans la spiritualit&#233; new age, de la correspondance d'Harry Benjamin avec des chercheurs sp&#233;cialistes du LSD dans les ann&#233;es 1960 et 1970 &#224; la publication trimestrielle &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt;, une revue d&#233;di&#233;e &#224; la spiritualit&#233; trans, au &#171; chamanisme &#187; et aux rituels de gu&#233;rison dans les ann&#233;es 1990 et 2000. Certains sujets trans &#8211; dont le plus c&#233;l&#232;bre est sans doute le millionnaire, philanthrope et activiste Reed Erickson &#8211; se sont tourn&#233;s vers les psych&#233;d&#233;liques &#224; la recherche de moyens pour vivre et explorer des r&#233;alit&#233;s alternatives, souvent en se comprenant eux-m&#234;mes comme sup&#233;rieurs ou &#233;trangers aux formes h&#233;g&#233;moniques de la socialit&#233; et de la vie institutionnelle. L'expression &lt;i&gt;psychonaute&lt;/i&gt; &#8211; un mot qu'on utilisait &#224; l'&#233;poque pour d&#233;crire les personnes qui se d&#233;diaient &#224; l'exploration de &#171; l'espace int&#233;rieur &#187; par l'interm&#233;diaire de psych&#233;d&#233;liques comestibles &#8211; a m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e en &lt;i&gt;gendernaut&lt;/i&gt;, dans le titre d'un documentaire exp&#233;rimental de Monika Treut sur les vies trans &#224; San Francisco &#224; la fin des ann&#233;es 1990. De fait, l'archive trans du dernier XXe si&#232;cle est remplie &#224; ras bords de liens &#8211; parfois litt&#233;raux, parfois m&#233;taphoriques &#8211; entre les exp&#233;riences psych&#233;d&#233;liques et les exp&#233;riences de liminalit&#233;, de transformation et de transition de genre. Dans les ann&#233;es 1960 et 1970, ces liens ont pris la forme d'une pr&#233;sence trans dans le mouvement dit &#171; New Age &#187;, ou mouvement &#171; pour le potentiel humain &#187;. Aujourd'hui, ce rapprochement s'op&#232;re par l'interm&#233;diaire des promesses et des visions associ&#233;es au transhumanisme et au posthumanisme, mais aussi sous la forme de rituels et de pratiques quotidiennes qu'on d&#233;signe parfois vaguement aujourd'hui comme woo-woo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : &#171; Woo &#187; ou &#171; woo-woo &#187; est un terme n&#233;gatif employ&#233; (&#224; partir de 1971) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ainsi que dans la r&#233;surgence des recherches universitaires et m&#233;dicales concernant les usages th&#233;rapeutiques des psych&#233;d&#233;liques en relation au trauma.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;320&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/gendernauts.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/gendernauts.jpg?1731403016' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photographie tir&#233;e du film &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/263111436&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Gendernauts &lt;/i&gt; de Monika Treut (1999)&lt;/a&gt; ; une personne en habits de cuir se tient debout et de profil au sommet d'une colline qui surplombe la ville de San Francisco ; &#224; ses c&#244;t&#233;s, on peut lire le titre &#171; gendernauts &#187; [navigateurices ou explorateurices du genre] en lettres majuscules.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux comprendre l'implication trans dans les exp&#233;rimentations psych&#233;d&#233;liques, la spiritualit&#233; new age et les visions utopiques que ces pratiques informent souvent, j'examine les soubassements de cette implication et en particulier la mani&#232;re dont la corpor&#233;it&#233; trans y est confondue avec des formes de plasticit&#233; et de mobilit&#233; profond&#233;ment inform&#233;es par la blanchit&#233; et impr&#233;gn&#233;es de privil&#232;ges raciaux et d'appropriations culturelles qui se conjuguent avec les discours biom&#233;dicaux eurocentriques h&#233;g&#233;moniques sur la corpor&#233;it&#233; trans. Je m'int&#233;resse &#224; cette articulation entre gu&#233;rison et exp&#233;rience trans afin de pointer les mani&#232;res par lesquelles les logiques individualistes n&#233;olib&#233;rales conspirent avec le capitalisme racial, y compris et pr&#233;cis&#233;ment dans ces espaces o&#249; les sujets sont &#224; la recherche de modes alternatifs d'existence. Je suis curieux de la mani&#232;re dont les strat&#233;gies de d&#233;sindividuation et les pratiques d'interconnexion restent obstin&#233;ment limit&#233;es par les m&#233;canismes de l'exclusion raciale et par l'exotisation et l'appropriation simultan&#233;es des pratiques spirituelles non-occidentales, et j'essaye de comprendre ce que cela signifie pour la gu&#233;rison trans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La logique raciale du mouvement pour le potentiel humain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord, faisons un d&#233;tour par l'archive de Harry Benjamin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au printemps 2018, je me suis rendu aux archives du Kinsey Institute pour examiner les archives associ&#233;es &#224; la Harry Benjamin International Gender Dysphoria Association [association internationale sur la dysphorie de genre Harry Benjamin] (HBIGDA). L'HBIGDA est l'association qui est plus tard devenue la World Professional Association for Transgender Health [association internationale des professionnel&#183;les de la sant&#233; transgenre] (WPATH), association qui s'est form&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970 et qui impliquait principalement des sexologues, des chirurgien&#183;nes et d'autres m&#233;decins, psychiatres et clincien&#183;nes, travaillant dans les domaines de la transsexualit&#233; et du travestisme. L'association &#233;tait notamment fond&#233;e sur un refus des psychoth&#233;rapies de &#171; normalisation &#187; et sur la d&#233;fense d'un mod&#232;le chirurgical et hormonal de la transition de genre. La formation de la HBIGDA a consolid&#233; l'autorit&#233; et l'emprise de cette approche, mettant un terme &#224; ce que l'historienne Joanne Meyerowitz a appel&#233; la &#171; guerre des pr&#233;s carr&#233;s m&#233;dicaux &#187; entre les psychologues et les sp&#233;cialistes de chirurgie et d'endocrinologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joanne Meyerowitz, How Sex Changed : A History of Transsexuality in the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'association porte le nom de Harry Benjamin en hommage &#224; sa carri&#232;re et &#224; son r&#244;le clef dans la l&#233;gitimation des transitions de genre aux &#201;tats-Unis. Quand je suis arriv&#233; au Kinsey Institute, il s'est av&#233;r&#233; que les archives de la HBIGDA &#233;taient stock&#233;es sur un autre site et qu'elles ne seraient disponibles &#224; la lecture que plus tard dans la journ&#233;e. Shawn Wilson, directeur adjoint de la biblioth&#232;que et des collections sp&#233;ciales du Kinsey Institute m'a alors sugg&#233;r&#233; de passer quelque temps avec l'archive de Harry Benjamin en attendant. Et c'est ce que j'ai fait. C'est souvent ce qui arrive avec le travail archivistique : tu trouves des choses inattendues, des mat&#233;riaux qui d&#233;tournent voire r&#233;orientent enti&#232;rement ton itin&#233;raire de recherche. J'imagine que les personnes qui font du travail archivistique ont une pr&#233;dilection particuli&#232;re pour ces r&#233;orientations et ces surprises de l'archive. Le d&#233;fi que repr&#233;sente les archives, c'est qu'elles t'imposent de d&#233;velopper des cadres et des concepts pour rendre justice aux complexit&#233;s de ce qui remonte &#224; la surface ; et cela demande une certaine humilit&#233; &#233;pist&#233;mique. Il faut &#234;tre pr&#234;t &#224; avoir tort et &#224; abandonner les r&#233;cits historiques et politiques dont on dispose au moment de la rencontre avec ces archives. Cette forme d'humilit&#233; &#233;pist&#233;mique est donc li&#233;e &#224; un d&#233;sir d'&#234;tre transform&#233; par la rencontre archivistique, d'&#234;tre capable de rendre compte de mondes discursifs ou de signes qui ne s'organisent pas n&#233;cessairement sous la forme des r&#233;cits h&#233;g&#233;moniques ou qui r&#233;sistent &#224; la narration elle-m&#234;me. Pour moi, cette relation au travail archivistique s'apparente &#224; une sorte de voyage transtemporel et transpatial aux c&#244;t&#233;s des fant&#244;mes, des traces, de ce qui nous hante ; une interruption des temporalit&#233;s, en particulier de celle des r&#233;cits t&#233;l&#233;ologiques du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais rendu au Kinsey Institute dans l'intention de cartographier la formation de la HBIGDA parce que je m'int&#233;ressais aux strat&#233;gies que l'organisation avait employ&#233;es pour consolider l'autorit&#233; m&#233;dicale, en particulier en contextes transnationaux. Je voulais comprendre la mani&#232;re dont la HBIGDA &#233;tait devenue la WPATH, une association &lt;i&gt;mondiale&lt;/i&gt; des professionnel&#183;les de la sant&#233; transgenre, une autorit&#233; reconnue sur les pratiques recommand&#233;es pour les transitions m&#233;dicales, une organisation dot&#233;e d'un pouvoir d&#233;cisionnel et d'une influence internationales majeures. J'essayais de documenter les mani&#232;res dont le d&#233;veloppement de la WPATH refl&#233;tait les cartographies coloniales du savoir et du pouvoir, ob&#233;issant &#224; une distinction entre &#171; l'Occident et les autres &#187;, o&#249; les savoirs et les savoir-faire m&#233;dicaux, mais aussi les &#233;tiologies, les pathologies et les ontologies qui les sous-tendent, font l'objet d'un transfert qui part des lieux de recherche en Am&#233;rique du Nord et en Europe de l'Ouest pour s'imposer dans les cliniques du reste du monde. La trajectoire de la WPATH atteste indubitablement de cela ; les archives contiennent une liste des institutions et des praticien&#183;nes qui en sont membres, par ann&#233;e et par nationalit&#233;, et sans surprise, la grande majorit&#233; des membres de cette organisation cens&#233;ment &#171; mondiale &#187; sont d'Am&#233;rique du Nord et d'Europe de l'Ouest. Cette r&#233;partition est stable depuis la formation de la HBIGDA. Mais ce que je ne m'&#233;tais pas pr&#233;par&#233; &#224; trouver, et ce que je n'aurais pas trouv&#233; sans le d&#233;lai d'acheminement des archives de la HBIGDA, c'est la correspondance explicitement raciste entre Harry Benjamin et un certain Robert Masters qui, dans les ann&#233;es 1960, avait co-fond&#233; (avec sa femme, Jean Houston) la Foundation for Mind Research [fondation pour les recherches sur l'esprit] de New York. La carri&#232;re de Masters s'est construite sur des &#233;crits concernant les tabous sexuels et les sous-cultures sexuelles minoris&#233;es. Il a notamment publi&#233; &lt;i&gt;The Homosexual Revolution&lt;/i&gt; [la r&#233;volution homosexuelle] (1962) &#8211; un livre sur le mouvement homophile que la &lt;i&gt;Kirkus Reviews&lt;/i&gt; d&#233;crit comme &#171; pas aussi flamboyant ou militant que le titre para&#238;t le sugg&#233;rer &#187; &#8211;, &lt;i&gt;Forbidden Sexual Behavior and Morality &lt;/i&gt; [moralit&#233; et comportement sexuel interdit] (1963),&lt;i&gt; Prostitution and Morality &lt;/i&gt; [prostitution et moralit&#233;] (1964) et &lt;i&gt;Sex-Driven People &lt;/i&gt; [obs&#233;d&#233;&#183;es sexuell&#183;es] (1966)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Review of The Homosexual Revolution, by R. E. L. Masters, Kirkus Reviews, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1966, il se tourne vers la recherche sur les psych&#233;d&#233;liques et sur le LSD ; il co-&#233;crit cette m&#234;me ann&#233;e &lt;i&gt;The Varieties of Psychedelic Experience &lt;/i&gt; [les vari&#233;t&#233;s de l'exp&#233;rience psych&#233;d&#233;lique], un volume qui emprunte son titre &#224; l'essai fondateur de William James sur l'exp&#233;rience mystique. Le sous-titre du livre annonce sa propre importance historique : il se pr&#233;sente comme &#171; le premier guide exhaustif traitant des effets du LSD sur la personnalit&#233; humaine &#187;. En 1961, il entame une correspondance avec Benjamin, originellement pour obtenir de lui une pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Prostitution and Morality&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;Forbidden Sexual Behavior and Morality&lt;/i&gt;, sans doute en raison de la r&#233;putation importante que Benjamin est en train d'acqu&#233;rir dans la sexologie avec son approche d&#233;stigmatisante sur les questions li&#233;es &#224; la soi-disant d&#233;viance sexuelle ou de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces premi&#232;res lettres, il demande notamment l'acc&#232;s au brouillon d'un livre que Benjamin est en train d'&#233;crire sur la transsexualit&#233; (il avait sans doute lu &#171; Transsexualism and Transvestism as Psychosomatic and Somatopsychic Syndromes &#187; [le transsexualisme et le travestisme consid&#233;r&#233;s comme syndromes psychosomatiques et somatopsychiques], paru en 1954, puisque le livre plus connu de Benjamin, The Transsexual Phenomenon [le ph&#233;nom&#232;ne transsexuel], o&#249; il s'efforce de cis-pliquer la transsexualit&#233; aux profanes, ne para&#238;trait qu'en 1966). Masters explique que, dans sa vie, il a &#171; eu la chance de rencontrer plusieurs personnes qui croyaient sinc&#232;rement &#234;tre des femmes dans des corps d'hommes &#187;, insistant par ailleurs sur le fait qu'il a &#171; aussi connu deux personnes &#8211; et en un sens il y a une analogie &#8211; qui croyaient fermement &#234;tre &#8220;non-humain&#183;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Masters to Harry Benjamin, 7 February 1962, box 9, series IIe, folder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8221; &#187;. Il offre ensuite une br&#232;ve analyse du lien entre trans et non-humain, pr&#233;cisant : &#171; la premi&#232;re impulsion serait de diagnostiquer une schizophr&#233;nie, puisque les schizophr&#232;nes &#233;voquent souvent de tels sentiments, mais ces deux cas &#233;taient diff&#233;rents, les personnes &#233;taient tout &#224; fait charmantes et capables de s'int&#233;grer au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Masters to Benjamin, 7 February 1962.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Dans une correspondance ult&#233;rieure, il est clair que Masters s'int&#233;resse &#224; la recherche portant sur les sujets transsexuels, non seulement en tant que sexologue, mais aussi dans le cadre de son int&#233;r&#234;t pour les &#233;tats modifi&#233;s de conscience et du sch&#233;ma psychosomatique. En 1967, il envoie &#224; Benjamin un questionnaire en lui demandant de bien vouloir &#171; le faire remplir par les transsexuell&#183;es et, puisque la comparaison pourrait &#234;tre int&#233;ressante, par les travesti&#183;es &#233;galement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Masters to Harry Benjamin, 28 May 1967, box 9, series IIe, folder 9, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il demande &#224; Benjamin de demander &#224; Virginia Prince &#8211; une ancienne patiente de Benjamin et une activiste trans prolifique que Benjamin a aussi employ&#233;e comme secr&#233;taire &#8211; de soumettre ces questionnaires aux patient&#183;es prospectives lors de leurs visites au cabinet, &#224; titre d'appendice aux questions administratives habituelles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;442&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/image1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/image1-2.jpg?1731403017' width='500' height='813' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Couverture de la &lt;i&gt;Mattachine Review&lt;/i&gt; (un journal d&#233;di&#233; &#224; la &#171; r&#233;solution des probl&#232;mes de comportements sexuels &#187;) o&#249; figure une version de l'article de Benjamin sur &#171; transsexualisme et travestisme consid&#233;r&#233;s comme sympt&#244;mes psychosomatiques et somatopsychiques &#187; (1954). Sous le titre, un cartoon figure une rue anim&#233;e au milieu de laquelle se saluent deux personnages dont les t&#234;tes sont coup&#233;es par le nom de Benjamin.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le questionnaire (qui, pour autant que je sache, n'a jamais &#233;t&#233; transmis aux patient&#183;es prospectives de Benjamin) portait exclusivement sur l'interface entre transsexualit&#233;, travestisme et recherche d&#233;di&#233;e au LSD. La premi&#232;re question &#233;tait : &#171; Croyez-vous que le LSD ait une valeur sp&#233;cifique pour les transsexuell&#183;es ou les travesti&#183;es ? Si oui, quelle serait cette valeur ? &#187; S'ensuivait des questions concernant le LSD envisag&#233; comme th&#233;rapie de conversion pour les personnes trans, demandant aux patient&#183;es de Benjamin si ielles pensaient &#171; qu'une exp&#233;rience sous LSD &#233;tait capable de &#8220;gu&#233;rir&#8221; les transsexuell&#183;es ou travesti&#183;es &#187; et si ielles &#233;taient int&#233;ress&#233;&#183;es par la perspective d'une telle gu&#233;rison. Et dans le cas contraire, Masters demandait si les personnes avaient quelque int&#233;r&#234;t pour le LSD &#171; &#224; des fins th&#233;rapeutiques &#187;, ou bien &#171; simplement pour l'exp&#233;rience elle-m&#234;me &#187;, ou encore &#171; comme un moyen de d&#233;veloppement personnel &#187; afin de permettre &#171; une meilleure compr&#233;hension de soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Masters to Benjamin, 28 May 1967.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Masters envoie son questionnaire &#224; Benjamin, la recherche sur le LSD conna&#238;t un important tournant. Au milieu des ann&#233;es 1960, les chercheureuses cessaient progressivement d'utiliser le LSD dans le but d'induire des &#233;tats psychotiques ou schizophr&#232;nes, reconnaissant que l'&#233;tat induit par le LSD ne pouvait remplacer la folie. Katherine Bonson, une chercheuse sp&#233;cialiste des substances contr&#244;l&#233;es pour la Food and Drug Administration [haute autorit&#233; du m&#233;dicament et des produits alimentaires], autrice d'une br&#232;ve et essentielle histoire des recherches cliniques sur le LSD aux &#201;tats-Unis, affirme qu'&#171; &#224; partir de 1956, le psychiatre canadien sp&#233;cialiste du LSD Humphrey Osmond avait conclu que le LSD devait &#234;tre dissoci&#233; de l'id&#233;e d'induction de l'&#233;tat de folie. Il cr&#233;a le n&#233;ologisme &#8220;psych&#233;d&#233;lique&#8221; (au sens de &#8220;r&#233;v&#233;lateur de l'esprit&#8221;) pour remplacer &#8220;hallucinog&#232;ne&#8221; qui connotait, d'apr&#232;s lui, l'id&#233;e fausse selon laquelle le LSD produisait un &#233;tat hallucinatoire proche de la psychose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Katherine Bonson, &#171; Regulation of Human Research with LSD in the United (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En d'autres termes, le LSD &#233;tait de plus en plus utilis&#233; comme un &#171; adjuvant psychoth&#233;rapeutique &#187; dont les chercheureuses pensaient qu'il pourrait &#234;tre utile dans le traitement de la d&#233;pression et d'autres irr&#233;gularit&#233;s psychiques ou suppos&#233;es inadaptations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bonson, &#8220;Regulation of Human Research with LSD,&#8221; 593.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'utilisation de cette drogue s'alignait ainsi avec certaines modes dans les pratiques psychologiques &#224; vis&#233;e humaniste qui mettaient l'accent sur le r&#244;le de &#171; l'inconscient &#187; dans les processus de r&#233;alisation et d'accomplissement de soi &#8211; ce qui, dans le vocabulaire de l'&#233;poque, &#233;tait renvoy&#233; &#224; l'id&#233;e d'atteindre et d'am&#233;liorer &#171; le potentiel humain &#187;. Masters s'int&#233;ressait &#224; l'utilisation de sujets trans dans la recherche sur le LSD parce qu'il imaginait explorer ou d&#233;verrouiller leur potentiel humain et, de mani&#232;re cruciale, parce qu'il souhait savoir si ce processus pourrait &#171; gu&#233;rir &#187; leur transitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler &#233;trange au regard contemporain qu'on ait pu imaginer que le LSD convainque qui que ce soit de ne pas &#234;tre trans, mais l'id&#233;e selon laquelle le LSD pouvait gu&#233;rir de l'homosexualit&#233; &#8211; qui &#233;tait encore comprise par les psychologues du milieu du XXe si&#232;cle comme un d&#233;sordre psychique enracin&#233; dans des exp&#233;riences traumatiques infantiles &#8211; circulait d&#233;j&#224; dans les cercles universitaires qui utilisaient l'acide dans leurs recherches. Cet int&#233;r&#234;t pour les logiques curatives conna&#238;t une certaine apoth&#233;ose dans l'entretien tristement c&#233;l&#232;bre qu'a donn&#233; Timothy Leary au magazine &lt;i&gt;Playboy&lt;/i&gt; en 1966. Au moment de l'entretien, Leary, qui avait commenc&#233; ses recherches sur le LSD &#224; Harvard en 1960, en avait finalement &#233;t&#233; licenci&#233; pour devenir une sorte de figure de gourou de la contre-culture des ann&#233;es 1960. Son &#233;vangile tenait en une formule qui fit son succ&#232;s : &lt;i&gt;turn on, tune in, drop out&lt;/i&gt; [allume-toi, branche-toi et l&#226;che prise]. Une partie de ce que Leary entendait par &lt;i&gt;se brancher&lt;/i&gt; &#233;tait apparemment li&#233;e &#224; la reconnaissance d'une sorte de v&#233;rit&#233; cosmique du sexe enracin&#233;e dans la philosophie tantrique qui, au moment o&#249; il livre son entretien en 1966, impr&#233;gnait tr&#232;s largement la m&#233;taphysique des recherches sur les psych&#233;d&#233;liques : l'id&#233;e selon laquelle le chemin vers l'illumination devait passer par une unification soi-disant &#171; profonde &#187; des oppos&#233;s, rendue seule possible par le sexe cish&#233;t&#233;ro p&#233;n&#233;tratif. Jeffrey J. Kripal, sp&#233;cialiste en &#233;tudes de la religion, parle &#224; ce sujet d'un &#171; mysticisme h&#233;t&#233;ro&#233;rotique &#187; qui s'enracine dans un imaginaire tantrique et qu'on trouve un peu partout dans le mouvement pour le potentiel humain qui &#233;merge des recherches psych&#233;d&#233;liques des ann&#233;es 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeffrey J. Kripal, Esalen : America and the Religion of No Religion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kripal consid&#232;re qu'une des croyances centrales de ce mouvement tient dans l'id&#233;e que &#171; la vie mystique&#8230; est fondamentalement li&#233;e &#224; un retour &#224; l'unit&#233; primordiale qui est temporairement perdue en raison de la diff&#233;renciation biologique des sexes et des injustices sociales engendr&#233;es par la construction et les in&#233;galit&#233; de genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kripal, Esalen, 221.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La baise : une des voies du retour &#224; l'unit&#233; primaire, pourvu qu'on s'y prenne de la bonne mani&#232;re. Timothy Leary la d&#233;crit dans des termes qui ne laissent aucun doute dans son entretien de 1966 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Playboy&lt;/strong&gt; : D'apr&#232;s certains rapports, le LSD serait susceptible de d&#233;clencher des pulsions homosexuelles latentes chez certains hommes et chez certaines femmes h&#233;t&#233;rosexuelles. Est-ce vrai ? Qu'en pensez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Leary&lt;/strong&gt; : Au contraire, le fait est plut&#244;t que le LSD est un &lt;i&gt;traitement&lt;/i&gt; agissant sp&#233;cifiquement contre l'homosexualit&#233;. C'est un fait bien connu que la plupart des perversions sexuelles sont l'effet non pas de causes biologiques, mais d'exp&#233;riences enfantines terrifiantes ou perturbantes d'une mani&#232;re ou d'une autre. En cons&#233;quence, il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que de nombreux homosexuels d&#233;couvrent, sous LSD, qu'ils ne sont pas seulement g&#233;nitalement mais aussi g&#233;n&#233;tiquement des hommes, et qu'ils sont donc fondamentalement attir&#233;s par les femmes. Le cas le plus c&#233;l&#232;bre de cela concerne Allen Ginsberg qui a d&#233;clar&#233; ouvertement avoir &#233;t&#233; sous LSD la premi&#232;re fois qu'il a ressenti de l'attirance pour une femme. C'&#233;tait il y a quelques ann&#233;es de cela. Mais il existe de nombreux cas similaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Playboy&lt;/strong&gt; : Est-ce que cela se produit aussi chez les Lesbiennes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Leary&lt;/strong&gt; : J'allais justement en parler. Une fille tr&#232;s attirante est venue &#224; un de nos centres d'entra&#238;nement au Mexique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, Leary a organis&#233; une s&#233;rie de retraites estivales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait une Lesbienne et elle &#233;tait tr&#232;s active sexuellement, mais elle d&#233;diait toute son &#233;nergie &#224; le faire avec des filles. Elle &#233;tait dans une session LSD dans un de nos chalets quand elle a d&#233;cid&#233; de descendre sur la plage. Elle y a rencontr&#233; un gar&#231;on en maillot bain et l&#224; &#8211; flash &#8211; pour la premi&#232;re fois de sa vie, son &#233;nergie cellulaire circulait dans son corps et le lien s'est fait. Ses choix sexuels &#224; la suite de &#231;a ont &#233;t&#233; quasi-exclusivement des membres du sexe oppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Timothy Leary,&#8221; in Playboy Interviews, Chicago, Playboy Press, 1967, 138&#8211;39.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;498&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/playboysep1966_frsample.jpg?1731403029' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Couverture et page d'int&#233;rieur du &lt;a href=&#034;https://archive.org/details/playboylearyinte00playrich/page/n1/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro de &lt;i&gt;Playboy&lt;/i&gt; de septembre 1966&lt;/a&gt;. &#192; gauche, la couverture figure un homme-lapin tenant dans une main un panneau figurant Dianne Chandler (la &#171; playmate &#187; du mois) et dans une autre un panneau annon&#231;ant notamment &#171; Interview LSD avec Leary &#187; mais aussi &#171; La mode de l'&#233;tudiante de fac &#187; et &#171; Les seins nus r&#233;&#233;valu&#233;s &#187;. &#192; droite, la premi&#232;re page de l'interview figurant trois photographies (t&#234;te seule) de Timothy Leary.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les archives montrent sans ambigu&#239;t&#233; que Ginsberg n'a d&#233;finitivement pas &#233;t&#233; gu&#233;ri de son homosexualit&#233; par le LSD, et bien que cet entretien ait fait l'objet d'intenses critiques pour sa repr&#233;sentation erron&#233;e des dimensions &#233;rotiques de l'exp&#233;rience psych&#233;d&#233;lique &#8211; surtout parce que Leary y affirmait qu'&#171; au cours d'une session LSD pr&#233;par&#233;e avec soin et amour, une femme conna&#238;tra in&#233;vitablement des centaines d'orgasmes &#187; &#8211;, il n'en repr&#233;sente pas moins le biais cish&#233;t&#233;rosexiste qui informe la premi&#232;re vague des recherches universitaires sur les psych&#233;d&#233;liques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Timothy Leary,&#8221; 134.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De la croyance selon laquelle le LSD pourrait gu&#233;rir l'homosexualit&#233; &#224; celle selon laquelle il pourrait gu&#233;rir la transsexualit&#233;, il n'y a qu'un pas, dans la mesure o&#249; transsexualit&#233; et homosexualit&#233; &#233;taient toutes deux pens&#233;es comme des d&#233;sordres psychologiques r&#233;sultant de traumas enracin&#233;s dans l'enfance. Il y a quelque chose de r&#233;v&#233;lateur dans l'affirmation de Leary selon laquelle le LSD pourrait servir &#224; r&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; sur le sexe, tant g&#233;nital que g&#233;n&#233;tique, en permettant une r&#233;orientation vers l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Dans cet imaginaire, le LSD d&#233;voile les v&#233;rit&#233;s fondamentales du moi et les m&#233;taphysiques sexu&#233;es et sexuelles de cette v&#233;rit&#233; s'enracinent dans un microcosme g&#233;n&#233;tique, une sorte d'&#233;tat idyllique du d&#233;sir cish&#233;t&#233;ro d'avant la chute, o&#249; l'attraction h&#233;t&#233;rosexuelle confirme le sexe g&#233;n&#233;tique. Une dose et te voil&#224; dans la matrice h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec ce contexte historique &#224; l'esprit, rien de surprenant &#224; ce que, dans les ann&#233;es qui suivent de l'entretien de Leary, Masters &#233;crive au principal expert connu de la transsexualit&#233; pour lui poser des questions sur le rapport que ses sujets entretiennent avec le LSD. M&#234;me si sa curiosit&#233; se porte sur la capacit&#233; du LSD &#224; gu&#233;rir la transsexualit&#233;, il semble aussi plus g&#233;n&#233;ralement int&#233;ress&#233; par la relation entre l'exp&#233;rience trans et le potentiel humain, se demandant si les exp&#233;riences psychosomatiques trans ne pourraient pas d&#233;tenir la clef d'une forme d'illumination sur l'humain, la libert&#233; ou l'&#233;veil. Masters, comme d'autres personnes qui ont particip&#233; au mouvement du potentiel humain, &#233;tait tr&#232;s affect&#233; par les travaux de psychologues humanistes tels qu'Abraham Maslow, Carl Rogers et Frank Barron qui avaient tous une approche non-pathologisante et qui, contrairement aux psychologues du comportement, ne cherchaient ni &#224; r&#233;former ni &#224; normaliser les sujets en les mettant sur le droit chemin de l'ordre sociopolitique h&#233;g&#233;monique. Les mots-clefs des psychologues humanistes sont des mots comme &lt;i&gt;empathie, libert&#233;, transcendance&lt;/i&gt;. D'apr&#232;s Masters, le LSD pouvait &#234;tre utilis&#233; dans le cadre d'une qu&#234;te d'auto-actualisation. C'est en tous cas ce &#224; quoi il se d&#233;die de plus en plus, notamment au travers de sa Foundation for Mind Research [fondation pour la recherche sur l'esprit] et de la publication qu'il co-dirige, &lt;i&gt;Dromenon : A Journal of New Ways of Being&lt;/i&gt;. Un argument suppl&#233;mentaire du rapport non-pathologisant qu'entretenait Masters &#224; la transsexualit&#233; est le fait qu'il fait para&#238;tre dans sa revue une critique cinglante de &lt;i&gt;L'Empire transsexuel&lt;/i&gt;, un livre de Janice Raymond tristement c&#233;l&#232;bre pour sa transphobie. Apr&#232;s avoir d&#233;taill&#233; avec pr&#233;cision les croyances de Raymond selon lesquelles les femmes trans seraient un complot patriarcal pour infiltrer et prendre le pouvoir au sein du mouvement f&#233;ministe, sa recension du livre se conclut sur une pseudo-citation de Shakespeare qui d&#233;crit &lt;i&gt;L'Empire transsexuel &lt;/i&gt; comme &#171; un r&#233;cit fabriqu&#233; de toute pi&#232;ce par une idiote, plein de bruit et de fureur, mais sans la moindre signification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Masters, &#8220;Bookmarks,&#8221; Dromenon : A Journal of New Ways of Being 2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re d'interpr&#233;ter la correspondance durable entre Benjamin et Masters serait d'y voir un discours entre deux chercheurs avant-gardistes, pionniers d'une approche d&#233;stigmatisante des personnes trans, tous deux favorables &#224; la facilitation des transitions et tous deux curieux de ce que l'exp&#233;rience trans peut nous apprendre sur l'augmentation du potentiel humain, sur l'&#233;panouissement personnel et sur le r&#244;le que l'identit&#233; de genre peut jouer dans ce dernier, parfois envisag&#233; comme au-del&#224; des fronti&#232;res conventionnelles de l'humain (conscience cosmique, unit&#233; universelle, union spirituelle sacr&#233;e avec le Tout, comme on voudra). L'interface entre psychoth&#233;rapie au LSD, psychologie humaniste et sexologie trans du milieu du XXe donne ainsi lieu &#224; ce que je propose d'appeler une sous-culture psych&#233;d&#233;lique trans. Cette sous-culture psych&#233;d&#233;lique trans se manifeste au travers de multiples terrains de recherche sur le genre et sur le sexe, mais l'id&#233;e centrale y est de repousser les limites de la corpor&#233;it&#233; et de la conscience humaines au travers d'innovations pharmaceutiques et chirurgicales cens&#233;es am&#233;liorer la qualit&#233; de vie. Il est important de se rappeler de ce point de vue que Benjamin, avant de se tourner vers la transsexualit&#233;, a men&#233; ses premi&#232;res recherches en g&#233;rontoth&#233;rapie endocrinienne, un champ qui cherchait &#224; am&#233;liorer la qualit&#233; de vie en repoussant les effets du vieillissement par la th&#233;rapie hormonale. Ce ph&#233;nom&#232;ne nous est de plus en plus familier, puisque des th&#233;rapies de remplacement hormonal sont aujourd'hui fr&#233;quemment prescrites aux hommes cis et aux femmes cis p&#233;ri- ou post-m&#233;nopaus&#233;es, mais Benjamin &#233;tait un pionnier de ce champ au point d'avoir pratiqu&#233; sur lui-m&#234;me des exp&#233;rimentations en g&#233;rontoth&#233;rapie endocrinienne, s'injectant quotidiennement de la testost&#233;rone jusqu'&#224; un &#226;ge avanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Masters et Benjamin, tout en &#233;tant investis dans l'effort de mettre &#224; l'&#233;preuve les limites de la conscience et de la corpor&#233;it&#233; humaine au nom d'une am&#233;lioration de la vie, &#233;taient aussi profond&#233;ment racistes. Voil&#224; qui a de quoi soulever des questions sur les entre-implications entre les id&#233;ologies de la transformation et de l'&#233;panouissement personnel d'un c&#244;t&#233;, et celles de la race de l'autre. Cette entre-implication est cruciale dans l'histoire de la sexologie trans. En effet, comme l'a montr&#233; Jules Gill-Peterson, le champ de l'endocrinologie, qui joue un r&#244;le d&#233;terminant dans l'&#233;mergence des technologies de la transition de genre, est aussi profond&#233;ment marqu&#233; par les logiques eug&#233;nistes. Gill-Peterson montre notamment comment les physiologistes autrichiens pionniers du champ &#8211; Eugen Steinach (qui &#233;tait un mentor, un coll&#232;gue et un ami de Harry Benjamin) et Paul Kammerer &#8211; ont commenc&#233; leurs recherches sur le d&#233;veloppement morphologique des rats pour d&#233;montrer la mani&#232;re dont le syst&#232;me endocrinien &#171; sert de m&#233;diateur entre l'organisme vivant et son environnement &#187;, leur m&#233;thode consistant &#224; &#233;tudier les modifications du d&#233;veloppement corporel sous des conditions environnementales changeantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jules Gill-Peterson, Histories of the Transgender Child, Minneapolis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils d&#233;couvrent que &#171; les rats &#233;lev&#233;s sous des temp&#233;ratures plus chaudes se d&#233;veloppent plus vite que ceux &#233;lev&#233;s dans les environnements temp&#233;r&#233;s &#187; et qu'&#171; apparemment ils d&#233;veloppent des caract&#232;res sexuels secondaires plus importants &#187; qui &#171; apparaissent en outre comme h&#233;r&#233;ditaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gill-Peterson, Histories of the Transgender Child, 51.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; la suite de ces observations, les deux auteurs sautent &#224; la conclusion que &#171; les climats chauds sont la cause de l'hypersexualisation qu'on attribue ordinairement aux peuples non-europ&#233;ens parce qu'ils ont encourag&#233;, d'abord, le surd&#233;veloppement des glandes li&#233;es &#224; la pubert&#233;, et en cons&#233;quence, celui des caract&#232;res sexuels secondaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gill-Peterson, Histories of the Transgender Child, 51.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'hypersexualisation des personnes qui vivent ou proviennent de ce que les colons europ&#233;ens d&#233;crivaient comme des &#171; zones torrides &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire, les climats tropicaux &#8211; a une longue et malheureusement c&#233;l&#232;bre histoire dans les litt&#233;ratures scientifiques eurocentriques, des histoires naturelles du XVIIIe si&#232;cle aux descriptions darwiniennes de la diff&#233;rence raciale. Incessamment, elle est d&#233;ploy&#233;e comme une preuve d'arri&#233;ration eu &#233;gard &#224; la hi&#233;rarchie eurocentrique du d&#233;veloppement civilisationnel. L'hypersexualisation a &#233;t&#233; li&#233;e &#224; la sauvagerie, &#224; la primitivit&#233;, &#224; la torpeur, &#224; la fain&#233;antise, au manque de rationalit&#233; et de contr&#244;le sur soi. Elle a &#233;t&#233; constamment d&#233;ploy&#233;e comme une justification de la domination coloniale, de l'expropriation et de la violence. Il n'est pas surprenant de voir appara&#238;tre cette logique dans la correspondance de Masters et Benjamin, mais cela pose certaines questions quant aux politiques raciales concernant les personnes qu'ils pouvaient consid&#233;rer comme digne de transitionner et cela explique sans doute en partie pourquoi ils consid&#233;raient majoritairement les candidatures de personnes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de leur correspondance, dans une lettre dat&#233;e du 21 ao&#251;t 1965, Masters mentionne les r&#233;bellions de Watts, une r&#233;volte Noire contre le harc&#232;lement policier et les violences racistes exerc&#233;es par les forces de police de Los Angeles, qui a &#233;t&#233; parmi les premi&#232;res villes des &#201;tats-Unis &#224; militariser sa police. Il &#233;crit, avec indiff&#233;rence et nonchalance :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment a-t-on r&#233;agi face aux r&#233;voltes de Los Angeles chez les sauvages de San Francisco ? Pour ma part, je pense que la libert&#233; est un fardeau qui p&#232;se bien trop lourd sur les &#233;paules du N***, et plus il s'en voit charg&#233;, plus le vernis tr&#232;s mince d'occidentalisation dont il s'&#233;tait recouvert tombe, et c'est comme &#231;a qu'on se retrouve avec des Mau Mau. La d&#233;b&#226;cle ne fait que commencer, et on n'a encore rien vu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Masters to Harry Benjamin, 21 August 1965, box 9, series IIe, folder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;ponse dat&#233;e du 26 ao&#251;t 1965, Benjamin &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrive pas &#224; &#233;prouver la moindre compassion, pro-N*** ou autre, concernant ce bourbier &#224; Los Angeles. La faute est sans aucun doute des deux c&#244;t&#233;s, mais je trouve qu'on ne parle pas assez de l'attitude immature et pour ainsi dire enfantine qui affecte &#224; mon avis une si grande quantit&#233; de N*** et qui explique peut-&#234;tre leur r&#233;action &#224; un sentiment d'injustice qui par ailleurs a probablement quelque justification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harry Benjamin to Robert Masters, 26 August 1965, box 9, series IIe, folder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Masters et Benjamin d&#233;ploient des tropes impr&#233;gn&#233;s de violence raciale et coloniale pour interpr&#233;ter la r&#233;bellion de Watts, des tropes model&#233;s par les id&#233;ologies anti-Noires de l'avatisme, de l'anachronisme, du tribalisme et de la primitivit&#233;. Masters lie sp&#233;cifiquement la r&#233;bellion de Watts aux r&#233;voltes explicitement anti-coloniales des Mau Mau au Kenya, r&#233;voltes qu'il d&#233;crit non comme une lutte pour la libert&#233;, mais comme une preuve de l'incapacit&#233; de la colonisation et de l'occidentalisation &#224; d&#233;finitivement &#171; civiliser &#187; les personnes Noires. Benjamin reprend &#224; son compte les discours raciaux du retard d&#233;veloppemental dans son commentaire sur &#171; l'attitude pour ainsi dire enfantine &#187; d'une &#171; si grande quantit&#233; de N*** &#187;. Il est clair qu'&#224; ce moment, au milieu des ann&#233;es 1960, au milieu du mouvement pour les droits civils et alors que les Black Panthers sont sur le point de voir le jour, Masters et Benjamin restent partisans de la logique multis&#233;culaire qui rend le supr&#233;macisme blanc possible en d&#233;crivant la culture bourgeoise blanche occidentale comme l'apoth&#233;ose de la civilisation et en l'ancrant dans des justifications &#224; la fois environnementales, &#233;volutionnistes et h&#233;r&#233;ditaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur &#233;change soul&#232;ve plusieurs questions difficiles et lourdes de cons&#233;quences pour les chercheureuses contemporain&#183;es qui travaillent &#224; l'intersection des &#233;tudes trans, des &#233;tudes Noires et de la pens&#233;e f&#233;ministe d&#233;coloniale. Quelles sont les implications du fait que Benjamin, l'architecte principal des protocoles de transition de genre au tournant du XXe si&#232;cle, soit emprunt des &#233;pist&#233;mologies modernes/coloniales de la race ? Jusqu'&#224; quel point cela nous permet-il de lire les logiques ind&#233;niablement h&#233;t&#233;rosexistes qui d&#233;terminaient les candidatures consid&#233;r&#233;es comme viables pour la transition de genre comme des logiques &#233;galement marqu&#233;es par les logiques genr&#233;es de la blanchit&#233; ? Si l'archive de la sexologie occidentale est aussi une archive moderne/coloniale du genre racialis&#233;, comment cette archive atteste-t-elle de la structuration historique de l'acc&#232;s aux technologies de transition ? Comment ces croyances racistes informent-elles le mouvement pour le potentiel humain et les discours psychologiques et spirituels de l'&#233;panouissement personnel qui y prennent racine et dont sont profond&#233;ment empreints tant Masters que Benjamin ? Et, pour finir, qu'est-ce que cet h&#233;ritage implique pour celleux d'entre nous qui nous sentons impliqu&#233;&#183;es dans des strat&#233;gies d&#233;coloniales et transf&#233;ministes de survie, de r&#233;sistance et de fleurissement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait est qu'il n'y a pas que les sexologues cish&#233;t&#233;ros &#224; s'&#234;tre d&#233;di&#233;&#183;es aux psych&#233;d&#233;liques, &#224; l'expansion de la conscience, &#224; des pratiques corporelles cens&#233;es augmenter l'esp&#233;rance de vie et au raffinement des diff&#233;rents degr&#233;s d'&#233;veil existentiel et cosmique ; c'&#233;tait aussi l'esprit du temps, celui d'une contre-culture qui a aussi emport&#233; un grand nombre de personnes trans et qui, de bien des mani&#232;res, sert de fondement aux pratiques contemporaines de soin dont s'emparent certaines personnes trans en qu&#234;te de strat&#233;gies pour se gu&#233;rir des effets combin&#233;s des traumas, de la marginalisation et de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Pour continuer la lecture de ce chapitre : &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/Viscosite-blanche-les-relations-entre-trans-et-spiritualite-new-age-I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Viscosit&#233; blanche : les relations entre trans et spiritualit&#233; new age&lt;/a&gt;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Emma B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte original : extrait de Hil Malatino, &lt;i&gt;Side Affects. On Being Trans and Feeling Bad&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2022, pp. 169-183.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Source de l'image en frontispice : montage &#224; partir d'une photographie de Harry Benjamin &#224; son arriv&#233;e &#224; New York en 1913 ; Bain News Service/Library of Congress. L'image figure le buste d'une personne habill&#233;e en habits masculins dans un int&#233;rieur bourgeois au d&#233;but du XXe si&#232;cle, son visage est pix&#233;lis&#233; en une myriade de triangles au milieu desquels ressortent un de ses yeux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : &#171; Woo &#187; ou &#171; woo-woo &#187; est un terme n&#233;gatif employ&#233; (&#224; partir de 1971) pour d&#233;signer les pratiques n&#233;o-spirituelles h&#233;rit&#233;es du mouvement New Age, et plus g&#233;n&#233;ralement les croyances &#233;sot&#233;riques, en particulier quand elles s'int&#232;grent &#224; l'industrie du d&#233;veloppement personnel. Il s'agit probablement d'une onomatop&#233;e cens&#233;e renvoyer aux pr&#233;sences fant&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joanne Meyerowitz&lt;i&gt;, How Sex Changed : A History of Transsexuality in the United States &lt;/i&gt; (Cambridge, Mass. : Harvard University Press, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Review of The Homosexual Revolution&lt;/i&gt;, by R. E. L. Masters, Kirkus Reviews, May 1, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Masters to Harry Benjamin, 7 February 1962, box 9, series IIe, folder 9, Harry Benjamin Archives, Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction, Inc., Indiana University, Bloomington, Indiana.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Masters to Benjamin, 7 February 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Masters to Harry Benjamin, 28 May 1967, box 9, series IIe, folder 9, Harry Benjamin Archives, Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction, Inc., Indiana University, Bloomington, Indiana.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Masters to Benjamin, 28 May 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Katherine Bonson, &#171; Regulation of Human Research with LSD in the United States (1949&#8211;1987) &#187;,&lt;i&gt; Psychopharmacology&lt;/i&gt; 235, no. 2 (2018) : 593.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bonson, &#8220;Regulation of Human Research with LSD,&#8221; 593.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeffrey J. Kripal, &lt;i&gt;Esalen : America and the Religion of No Religion&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 2007, 227.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kripal, &lt;i&gt;Esalen&lt;/i&gt;, 221.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, Leary a organis&#233; une s&#233;rie de retraites estivales d&#233;di&#233;es &#224; la recherche psych&#233;d&#233;lique &#224; Ziuhuatanejo, au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Timothy Leary,&#8221; in &lt;i&gt;Playboy Interviews&lt;/i&gt;, Chicago, Playboy Press, 1967, 138&#8211;39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Timothy Leary,&#8221; 134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &lt;i&gt;Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1990, 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Masters, &#8220;Bookmarks,&#8221; &lt;i&gt;Dromenon&lt;/i&gt;&lt;i&gt; : A Journal of New Ways of Being 2&lt;/i&gt;, no. 2 (1979) : 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jules Gill-Peterson, &lt;i&gt;Histories of the Transgender Child&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2018, 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gill-Peterson, &lt;i&gt;Histories of the Transgender Child&lt;/i&gt;, 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gill-Peterson, &lt;i&gt;Histories of the Transgender Child&lt;/i&gt;, 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Masters to Harry Benjamin, 21 August 1965, box 9, series IIe, folder 9, Harry Benjamin Archives, Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction, Inc., Indiana University, Bloomington, Indiana. NdT : En tant que traductrice blanche, je ne retranscris pas le mot-injure N*** que mobilise ici Masters sans les ast&#233;risques ; je choisis aussi de ne pas traduire en langue fran&#231;aise pseudo-orale le pseudo-africain-am&#233;ricain que l'auteur emploie dans l'expression finale &lt;i&gt;we &#8220;ain't seen nothing yet&#8221;&lt;/i&gt;, consid&#233;rant que ce faux-parler appartient au discours raciste et qu'il n'est pas n&#233;cessaire de le faire davantage exister en fran&#231;ais pour suivre l'argument.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Harry Benjamin to Robert Masters, 26 August 1965, box 9, series IIe, folder 9, Harry Benjamin Archives, Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction, Inc., Indiana University, Bloomington, Indiana.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Viscosit&#233; blanche : les relations entre trans et spiritualit&#233; new age (I)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Colonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transition</dc:subject>
		<dc:subject>sexologie</dc:subject>
		<dc:subject>Hil Malatino</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une enqu&#234;te rabat-joie sur la viscosit&#233; blanche.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2024-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Hill-Malatino-+" rel="tag"&gt;Hil Malatino&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/image1_1_.jpg?1731403059' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Side Affects. On Being Trans and Feeling Bad&lt;/i&gt; [affects ind&#233;sirables. &#234;tre trans et avoir le seum], le philosophe Hil Malatino r&#233;fl&#233;chit aux affects n&#233;gatifs qui accompagnent les existences trans* : plut&#244;t que les r&#233;cits du bonheur obligatoire et des transitions r&#233;ussies (avec la pression &#224; la bonne humeur et au succ&#232;s social qu'elles impliquent), que se passerait-il si l'on faisait place aussi &#224; nos d&#233;pressions, &#224; nos dissociations, &#224; la jalousie et &#224; la rage qui nous animent ? Conscient d'&#233;crire depuis une position privil&#233;gi&#233; (celle d'un mec trans inter blanc et salari&#233; d'une universit&#233; &#233;tats-unienne), Malatino cherche &#224; penser du dedans des gal&#232;res que la majorit&#233; des personnes trans* traversons pour trouver l&#224; aussi (et pas seulement dans nos euphories de genre) des ressources pour affronter la brutalit&#233; anti-trans et le capitalisme patriarcal qui la rend possible. Autrement dit : c'est bien joli d'avoir la joie quand les hormones font pousser les bonnes choses aux bons endroits ou quand on nous genre correctement &#224; la boulangerie, mais qu'est-ce qu'on fait le reste du temps et est-ce que &#231;a pourrait aussi nous donner de la puissance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de son enqu&#234;te rabat-joie, Malatino finit &#8211; au dernier chapitre du livre &#8211;par se pencher sur certaines pratiques de gu&#233;rison trans : celles qui (pour le meilleur) impliquent les usages psych&#233;d&#233;liques et (pour le pire) une bonne dose de blanchit&#233;. Son examen est &#224; double d&#233;tente. D'un c&#244;t&#233;, il s'int&#233;resse &#224; l'histoire raciale des premiers protocoles de transition (notamment ceux d&#233;velopp&#233;s par Harry Benjamin) en les situant en relation au &#171; mouvement pour le potentiel humain &#187; &#8211; autrement connu sous le nom de mouvement &#171; New Age &#187;. Malatino montre notamment comme l'individualisme new age du &#171; d&#233;veloppement personnel &#187; a pour partie inform&#233;e les nouveaux r&#233;cits de la transition de genre (blanche), d&#233;crite comme une exploration (plus ou moins spirituelle) de l'&#233;tendue des capacit&#233;s humaines, au m&#233;pris des enjeux sociaux, &#233;conomiques, &#233;cologiques et raciaux qui traversent les transitions de genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233;, (c'est l'objet du texte qui suit), Malatino s'int&#233;resse &#224; la &#171; viscosit&#233; blanche &#187; des pratiques psych&#233;d&#233;liques dans les communaut&#233;s trans* alternatives : des protocoles de prises de LSD propos&#233;s par la collective Vanguard &#224; San Francisco dans les ann&#233;es 1960 aux n&#233;o-hippies de &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1990 et 2000, Malatino s'interroge sur l'acc&#232;s aux espaces o&#249; il s'agit de &#171; s'abandonner &#187;, de &#171; l&#226;cher prise &#187; et de &#171; tout oublier &#187;, et sur les conditions sous lesquelles les corps blancs pourraient apprendre &#224; se d&#233;coller les uns des autres, et se joindre &#224; la construction d'alternatives plus vastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie Emma B. pour cette traduction et cette proposition collective de l'histoire trans* de la blanchit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Au milieu des ann&#233;es 1960], se constitue Vanguard : un groupe queer et trans radical &#224; San Francisco qui lutte &#171; contre la violence polici&#232;re, l'exploitation et la discrimination et rassemble la jeunesse &#224; la rue du Tenderloin, en particulier celleux qui s'identifient comme putes ou comme f&#233;es poilues, celleux qui &#233;changent du sexe pour de l'argent et/ou qui adoptent des r&#244;les de genre non-conventionnels &#187;. D&#232;s ses d&#233;buts, Vanguard commence &#224; publier le &lt;i&gt;Vanguard Magazine : The Magazine of the Tenderloin&lt;/i&gt;, tout en menant de front des pratiques d'entraide et d'actions directes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christina Hanhardt, Safe Space : Gay Neighborhood History and the Politics (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premi&#232;re grande action de Vanguard, en juillet 1966, est men&#233;e en r&#233;action aux &#171; mauvais traitements qu'infligent les g&#233;rants de la Compton's Cafeteria [un repaire important du Tenderloin] aux femmes trans et aux queens &#224; la rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Stryker, Transgender History : The Roots of Today's Revolution, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : Vanguard organise un piquet de gr&#232;ve devant le restaurant ; quand cela se r&#233;v&#232;le inefficace, &#171; la frustration se mue en r&#233;sistance militante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stryker, Transgender History, 96.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et c'est alors qu'&#233;clate une des grandes &#233;meutes queers et trans, de trois ans l'a&#238;n&#233;e des &#233;meutes (g&#233;n&#233;ralement mieux connues) de Stonewall. Comme l'a montr&#233; l'historienne trans Susan Stryker, l'activisme multi-niveau qu'a d&#233;velopp&#233; Vanguard &#224; la fin des ann&#233;es 1960 est visionnaire &#224; bien des &#233;gards : protestant contre les politiques urbaines et les pratiques polici&#232;res qui ciblent, fliquent et punissent les travailleureuses du sexe, les usag&#232;res de drogue, les femmes trans, les personnes pauvres et sans domicile, Vanguard d&#233;nonce les logiques de la gentrification qui excluent toustes celleux qui ont fait de la rue leur maison et leur communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et au milieu de tout cela, Vanguard prend aussi du LSD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son septi&#232;me num&#233;ro, Vanguard publie un &lt;i&gt;dope sheet&lt;/i&gt; [m&#233;mo pour la prise de substance], un guide m&#233;ditatif et pratique sur les bons usages lors d'une premi&#232;re prise de LSD. Dans ce texte, Vanguard reprend &#224; son compte les propos des premi&#232;res recherches universitaires d&#233;di&#233;es aux usages du LSD, insistant sur l'importance tant du &lt;i&gt;set&lt;/i&gt; [l'intention] que du &lt;i&gt;setting&lt;/i&gt; [le contexte] afin d'&#233;viter les &lt;i&gt;bad trips&lt;/i&gt; [mauvaises exp&#233;riences] et sur la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre accompagn&#233;&#183;e dans l'exp&#233;rience par une figure de gourou famili&#232;re avec les subtilit&#233; des effets psych&#233;d&#233;liques. Les auteurices du &#171; m&#233;mo &#187; y r&#233;fl&#233;chissent en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'acide est une drogue propre &#224; &#233;veiller la conscience et c'est ainsi qu'il devrait &#234;tre utilis&#233;. Une erreur habituelle est de d&#233;dier le trip &#224; l'introspection ; c'est une mauvaise id&#233;e et c'est le meilleur moyen de faire un bad trip, du moins au d&#233;but des prises d'acide.&lt;br class='autobr' /&gt;
La connaissance de soi est plus importante qu'on ne le croit, c'est vrai, mais l'introspection est la derni&#232;re &#233;tape du processus qui consiste &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me. Sois avec une belle personne, dans un bel endroit, fais de belles choses, sois belle&#183;au, voil&#224; tout ce qu'il faut pour un bon trip. Ne pense pas &#224; qui tu es &#8211; sois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vanguard Magazine 1, no. 7 (May 1967), Digital Transgender Archive, .&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation sur la pr&#233;sence, sur l'exp&#233;rience d'&#234;tre &#171; dans l'instant &#187;, d&#233;tach&#233;&#183;e de l'introspection, pleinement d&#233;di&#233;&#183;e &#224; habiter son sensorium, est un lieu commun de la litt&#233;rature psych&#233;d&#233;lique. Et en effet, une part importante de l'attrait du LSD (et d'autres psychotropes apparent&#233;s) tient dans sa capacit&#233; unique &#224; diminuer la conscience de soi et &#224; immerger le moi dans le sensoriel, voire l'hallucinatoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;189&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/dopesheet-detail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/dopesheet-detail.jpg?1731403013' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;D&#233;tail coloris&#233; de l'article &#171; Dope sheet &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.digitaltransgenderarchive.net/files/3r074t94h&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Vanguard Magazine&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, vol. 1, #7, May 1967, p. 3 ; au milieu du texte, le dessin d'un soleil per&#231;ant les nuages au-dessus d'une for&#234;t.)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; bien loin des affects de distance et de dissociation auxquels je me suis d&#233;di&#233; dans ce livre. C'est pr&#233;cis&#233;ment la raison pour laquelle je m'int&#233;resse &#224; ces exp&#233;rimentations trans men&#233;es avec les psych&#233;d&#233;liques et plus g&#233;n&#233;ralement avec les pratiques de pr&#233;sence : parce que leur intention est, &#224; l'oppos&#233; de ces affects n&#233;gatifs qui caract&#233;rise les existences trans, de soutenir la possibilit&#233; de n'&#234;tre que &#171; ici et maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre le titre que le psychonaute et guide spirituel gay Ram Dass a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault, dans le tr&#232;s long t&#233;moignage qu'il a livr&#233; de son trip sous acide en 1975 dans la Vall&#233;e de la Mort [dans le d&#233;sert des Mojaves, en Californie], atteste de cette &#233;vaporation de la capacit&#233; pour la r&#233;flexivit&#233; critique sous LSD. Lorsqu'un ami lui demande, &#224; la fin de son exp&#233;rience, s'il a eu des r&#233;v&#233;lations philosophiques, il r&#233;pond : &#171; Pas vraiment. Toutes ces heures, je ne les ai pas pass&#233;es &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; des concepts. Ce n'&#233;tait pas une exp&#233;rience philosophique pour moi mais quelque chose de tout &#224; fait autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simeon Wade, Foucault in California, Berkeley, Calif. : Heyday Press, 2019, 62.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; De m&#234;me, l'auteur Michael Pollan, dans son livre &#224; succ&#232;s sur les r&#233;surgences contemporaines de la recherche psych&#233;d&#233;lique, &lt;i&gt;How to Change Your Mind &lt;/i&gt; [comment changer son esprit], parle de l'usage psych&#233;d&#233;lique comme d'une exp&#233;rience essentiellement mystique parce qu'elle est &#224; la fois ineffable et li&#233;e &#224; &#171; la conviction qu'une v&#233;rit&#233; profond&#233;ment objective nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e. La plupart des personnes ont le sentiment qu'on leur a laiss&#233; entrevoir quelque secret de l'univers et on ne peut leur retirer cette conviction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Pollan, How to Change Your Mind, New York : Penguin, 2018, 41.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pollan pointe le fait que cette exp&#233;rience mystique est caract&#233;ris&#233;e par la dissolution du subjectif et de l'objectif, une dissolution qui complique pour bonne partie la v&#233;rifiabilit&#233; de l'exp&#233;rience psych&#233;d&#233;lique &#8211; elle est ph&#233;nom&#233;nologique plut&#244;t qu'empiriquement v&#233;rifiable, &#224; ceci pr&#232;s que le &#171; je &#187; ph&#233;nom&#233;nologique est oblit&#233;r&#233; dans l'exp&#233;rience. Il &#233;crit que &#171; lorsque notre sens du &#8220;moi&#8221; subjectif se d&#233;sint&#232;gre, comme c'est souvent le cas dans une exp&#233;rience psych&#233;d&#233;lique &#224; haute dose, il devient impossible de distinguer entre ce qui est subjectivement et ce qui est objectivement vrai. Comment douter, si le moi n'est plus l&#224; pour le faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pollan, How to Change Your Mind, 42.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187; Ainsi le but des psych&#233;d&#233;liques est de faire exploser les portes de la conscience afin de d&#233;passer les m&#233;canismes de d&#233;fense, les critiques, les parano&#239;as et les peurs du moi &#224; l'&#233;gard d'&#233;tats d'&#233;piphanie. Le mouvement pour le potentiel humain, et le mouvement New Age plus g&#233;n&#233;ralement, ont eu tendance &#224; consid&#233;rer cela comme une &#233;tape importante dans le processus d'&#233;panouissement personnel, &#224; la fois au plan individuel et collectif de l'&#233;volution, une pratique cruciale dans la tentative d'atteindre un plus haut plan de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre cong&#233; du &#171; moi &#187; peut avoir beaucoup d'attrait, en particulier pour celleux d'entre nous dont les &#171; moi &#187; sont quotidiennement d&#233;valoris&#233;s, diffam&#233;s et maltrait&#233;s &#8211; et je veux &#234;tre clair ici : je ch&#233;ris tous les moments o&#249; de tels cong&#233;s m'ont &#233;t&#233; donn&#233;s. Mais je pense qu'il nous faut aussi voir ces cong&#233;s comme des formes de voyages psychiques dont l'acc&#232;s est fortement disproportionnel, favorisant les personnes blanches en raison des circuits culturels au travers desquels ils sont propos&#233;s. Les milieux au sein desquels l'usage des psych&#233;d&#233;liques a &#233;t&#233; popularis&#233; comme un instrument d'&#233;panouissement personnel et d'&#233;veil m&#233;taphysique, de la contre-culture des ann&#233;es 1960 &#224; la culture contemporaine des retraites de bien-&#234;tre et des festivals d&#233;di&#233;s &#224; la transformation de soi, sont massivement blancs. Le m&#233;lange confus de pratiques spirituelles provenant ou associ&#233;es avec ces espaces &#8211; yoga, travail du souffle, tarot, astrologie &#8211; tendent &#233;galement &#224; &#234;tre &#224; dominante blanche. De nombreuses personnes trans se sont tourn&#233;&#183;es vers ces pratiques comme autant d'instruments de soin et de gu&#233;rison, mais elles l'ont souvent fait en se retranchant et en intensifiant les op&#233;rations de ce que l'anthropologue Arun Saldanha appelle la &#171; viscosit&#233; blanche &#187;, qui se r&#233;f&#232;re &#224; la mani&#232;re dont un agr&#233;gat de pratiques culturelles travaillent de concert &#224; &#171; faire que les corps blancs collent ensemble, &#224; l'exclusion des autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arun Saldanha, Psychedelic White : Goa Trance and the Viscosity of Race, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le concept de viscosit&#233; blanche est le r&#233;sultat d'une enqu&#234;te men&#233;e par Saldanha sur la culture de la transe psych&#233;d&#233;lique telle qu'elle s'est &#233;tablie &#224; Goa, en Inde, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1990, mais Saldanha l'&#233;tend &#224; la blanchit&#233; des cultures psych&#233;d&#233;liques en g&#233;n&#233;ral, &#233;crivant que &#171; les psych&#233;d&#233;liques &#8211; voyages, musiques, drogues &#8211;, c'est la blanchit&#233; qui acc&#233;l&#232;re au moins autant que la blanchit&#233; qui b&#233;gaye : tant&#244;t retranchement dans l'exploitation &#233;conomique et culturelle, tant&#244;t tentative de se d&#233;faire de ses privil&#232;ges, au moins pour un instant, ici et maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saldanha, Psychedelic White, 198.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ce qu'il veut dire par l&#224;, c'est que la culture psych&#233;d&#233;lique est envisag&#233;e comme un espacetemps qui exc&#232;de la race, un site de d&#233;sob&#233;issance aux r&#232;gles et aux normes de la blanchit&#233; bourgeoise. Beaucoup de personnes blanches ont tendance &#224; imaginer que le seul fait de s'impliquer dans cette culture psych&#233;d&#233;lique est soit le signe qu'elles sont aveugles &#224; la couleur, soit &#8211; pire encore &#8211; qu'elles commettent un acte de trahison vis-&#224;-vis de leur propre blanchit&#233;. Exotisation du chamanisme, qu&#234;te du gourou non-occidental comme figure de d&#233;votion et chef spirituel, appropriation culturelle en tous sens de symboles et de pratiques rituelles non-occidentales, romantisation de spiritualit&#233;s et de modes de vie pr&#233;modernes : tous ces &#233;l&#233;ments travaillent de concert pour convaincre les personnes blanches qui s'impliquent dans ces espaces qu'elles sont simultan&#233;ment conscientes du racisme et capables de s'en excepter. Amanda Lucia, dans son introduction &#224; &lt;i&gt;White Utopias : The Religious Exoticism of Transformational Festivals &lt;/i&gt; [utopies blanches : l'exotisme religieux des festivals transformationnels], offre une illustration pr&#233;cise de ces logiques appropriationistes et exotisantes tout en soulignant les liens qui vont de la contre-culture des ann&#233;es 1960 &#224; nos jours :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans les librairies New Age de ma jeunesse, on pouvait trouver des traductions du &lt;i&gt;Livre des morts&lt;/i&gt; tib&#233;tain aux c&#244;t&#233;s de &lt;i&gt;Be Here Now&lt;/i&gt; de Ram Dass et de traductions du &lt;i&gt;Livre des changements&lt;/i&gt;, le tout rang&#233; &#224; c&#244;t&#233; de cartes de tarot d&#233;di&#233;es &#224; la Terre m&#232;re, de statues de divinit&#233;s &#233;gyptiennes, de b&#226;tons de fumigation autochtones et de manuels de rituels pa&#239;ens. L'op&#233;rateur de ces amalgames &#233;tait une sorte de r&#233;veil des explorations religieuses des transcendantalistes des ann&#233;es 1840, qui avaient &#233;t&#233; revisit&#233;es au d&#233;but du XXe si&#232;cle, auxquelles la contre-culture des ann&#233;es 1960 avait donn&#233; une nouvelle vie et sur lesquelles les librairies New Age des ann&#233;es 1990 faisaient leur miel. Aujourd'hui, presque le m&#234;me ensemble de textes et d'attirail exotisants d'objets religieux continue d'informer la spiritualit&#233; des festivals transformationnels.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amanda J. Lucia, White Utopias : The Religious Exoticism of Transformational (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un amalgame confus, en effet, qui m'est bien familier. Il semble que les rayons des librairies de ma jeunesse (la m&#234;me que celle de Lucia) aient aujourd'hui pris la forme des flux qui nous arrivent des r&#233;seaux sociaux. Ainsi, j'observe de fortes r&#233;sonances entre les bricolages New Age que d&#233;crit Lucia et ceux de mon compte Instagram, qui est rempli &#224; ras bord de discours queers et trans sur le bien-&#234;tre, la gu&#233;rison et les marchandises affili&#233;es d&#233;di&#233;es &#224; r&#233;duire le stress des effets combin&#233;s des oppressions structurelles, de la vie sous une pand&#233;mie qui n'est toujours pas finie (j'&#233;cris ce texte en f&#233;vrier 2021, &#224; un moment o&#249; la pand&#233;mie fait toujours rage malgr&#233; la fin des quarantaines et de la distanciation sociale), d'un effondrement du tissu des filets de s&#233;curit&#233; sociale, de la dette qui n'en finit pas, des traumas intimes et interg&#233;n&#233;rationnels&#8230; et je pourrais continuer. Mais prenons un instantan&#233;, qui nous dira d&#233;j&#224; beaucoup : l'artiste trans Jonah Welch, muni&#183;e d'un chapelet, annonce le commencement de son rituel quotidien, la boutique de produits f&#233;ministes Otherwild propose des teintures faites-par-des-f&#232;ms-Noires afin d'honorer le Black History Month, Lizzo poste des tutoriels pour envoyer de l'amour &#224; son gros ventre et le couvrir d'&#233;loges, un&#183;e ami&#183;e m'invite &#224; ses cours de yoga queers et trans (tarifs variables selon les revenus), l'artiste queer Sweeney Brown vend des oreillers munis de slogans de d&#233;veloppement personnel sur lesquels on peut lire &#171; Ton futur moi est fier de toi &#187; et &#171; Ton pass&#233; n'est pas ton futur &#187;, l&#230; lecteurice de tarot non-binaire Edgar Fabi&#225;n Fr&#237;as fait la publicit&#233; de son cours d&#233;di&#233; &#224; une pratique d&#233;genr&#233;e du tarot, et l'astrologue queer Chani Nicholas me presse d'&#234;tre vigilant parce que Mercure en r&#233;trograde augmente mon besoin d'&#233;tablir des fronti&#232;res avec l'ext&#233;rieur et de dire non &#224; ce qui n'est pas au service de la meilleure version de moi-m&#234;me. Mon Instagram est rempli de ce genre de contenus tous les jours, et bien s&#251;r, il est en grande partie hautement adapt&#233; &#224; moi, potentiellement tout &#224; fait idiosyncrasique (j'expose donc mon propre woo-woo ici, j'en ai bien conscience) mais j'ai l'intuition que d'autres que moi voient leurs m&#233;dias sociaux inond&#233;s d'exemples similaires du nexus qui lie la culture queer et trans avec tout un fatras d'objets, de rituels et de pratiques New Age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souligne cette r&#233;sonance parce qu'elle soul&#232;ve des questions sur les politiques raciales troublantes du mouvement New Age : pourraient-elles informer nos mani&#232;res de faire des alliances et nous inviter &#224; d'autres engagements envers les pratiques spirituelles queers et trans contemporaines ? Chaque fois qu'une personne trans blanche charge ses cristaux pendant la pleine lune, traverse un asana ou tire un tarot, fait appel aux &#233;toiles pour r&#233;soudre ses probl&#232;mes de couple ou envisage de voyager dans le d&#233;sert pour une retraite au peyotl, nous nous enfon&#231;ons un pas de plus dans la longue histoire de la romantisation, de l'appropriation fragmentaire et de la marchandisation exotisante qui a sans cesse eu pour cons&#233;quence de produire et de renforcer la viscosit&#233; blanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;fl&#233;chir davantage encore &#224; la mani&#232;re dont ces pratiques s'entrelacent dans la production de la viscosit&#233; blanche, je voudrais &#224; pr&#233;sent me tourner vers un bulletin d'information tout droit venu du tournant du XXIe si&#232;cle qui documente une communaut&#233; trans de wiccan&#183;es, c&#233;r&#233;monialistes et chamans auto-proclam&#233;&#183;es qui se sont vaguement constitu&#233;&#183;es en collectif au travers de la fr&#233;quentation d'une s&#233;rie de retraites et de festivals transformationnels de petite &#233;chelle dans les environs d'Asheville, une ville moyenne de Caroline du Sud situ&#233;e au sud des montagnes des Appalaches. Asheville a depuis longtemps une r&#233;putation de ville progressiste, queer et trans-friendly, celle d'une enclave contre-culturelle dans le Sud. Cela fait un certain temps qu'Asheville sert de centre n&#233;vralgique pour ce genre de festivit&#233;s, qui sont &#233;galement accueillies dans les communaut&#233;s montagneuses voisines du Blue Ridge. C'est notamment le cas de Hot Springs, une petite ville-station-de-montagne &#224; quelques pas du sentier des Appalaches, en vogue chez les randonneureuses comme chez les touristes qui viennent s'y baigner l'&#233;t&#233;. Mais c'est aussi le cas de Black Mountain, la ville o&#249; l' &#233;cole d'art exp&#233;rimentale connue sous le nom de Black Mountain College a ouvert ses portes de 1933 &#224; 1957. Fond&#233;e sur les principes d'&#233;ducation exp&#233;rientielle holistique du philosophe John Dewey, le Black Mountain College a &#233;t&#233; un foyer pour de nombreux&#183;ses artistes et penseureuses de l'avant-garde &#233;tats-unienne, de l'architecte polymathe Buckminster Fuller au compositeur John Cage et au chor&#233;graphe Merce Cunningham. Bien que l'&#233;cole ait ferm&#233; au milieu du XXe si&#232;cle, la ville de Black Mountain est rest&#233;e profond&#233;ment associ&#233;e aux valeurs contre-culturelles et elle continue d'abriter retraites de yoga, groupes de jazz et festivals de musique du monde. Un&#183;e participanz &#224; un rassemblement trans new age &#224; Asheville en 1999 formule les choses ainsi : &#171; Il y a quelque chose de magique ici, quelque chose qui n'a de cesse de m'attirer ici. De partout en Am&#233;rique du Nord, les gens font des p&#232;lerinages jusqu'ici. Personne ne se l'explique. Personne ne peut donner de preuve de ce qui est en train de se passer. Seules les montagnes et la D&#233;esse le savent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Summer 1999), Digital Transgender Archive, https:// .&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En d'autres termes, les &lt;i&gt;vibes&lt;/i&gt; sont extr&#234;mement, extr&#234;mement bonnes dans ces montagnes anciennes. Et de fait, ces &lt;i&gt;vibes&lt;/i&gt; ont si bien aliment&#233; le d&#233;veloppement immobilier et le tourisme depuis les ann&#233;es 1980 que la ville conna&#238;t aujourd'hui une crise massive du logement, r&#233;sultat d'un des processus de gentrification les plus rapides de l'histoire r&#233;cente des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bulletin d'information qui a &#233;merg&#233; de cette agglom&#233;ration approximative de personnes trans et en questionnement pr&#233;sentant un int&#233;r&#234;t pour les rituels et les pratiques New Age qui se rassemblaient r&#233;guli&#232;rement dans ces montagnes de Caroline du Sud avait pour titre&lt;i&gt; Gender Quest : The Quarterly Journal of Kindred Spirits&lt;/i&gt; [en qu&#234;te de genre : revue trimestrielle des &#226;mes s&#339;urs] et, comme la communaut&#233; qu'il documente et au sein de laquelle in circule, ce journal a largement &#233;t&#233; le fait des efforts de l'activiste trans Holly Boswell, qui avait emm&#233;nag&#233; &#224; Asheville &#224; la fin des ann&#233;es 1970. Aux c&#244;t&#233;s de Jessica Britton &#8211; une autre activiste trans blanche &#8211;, Boswell cofonde en 1986 le Phoenix Transgender Support Group [groupe de soutien transgenre], un instrument important dans l'&#233;tablissement de la r&#233;putation trans-inclusive d'Asheville, gr&#226;ce auquel elles organisent des rassemblements pour les personnes trans et en questionnement d&#232;s 1993, notamment avec une autre femme trans blanche, Yvonne Cook-Riley, par ailleurs connue pour son r&#244;le dans l'International Foundation for Gender Education [fondation internationale pour l'&#233;ducation de genre] et sa publication affili&#233;e, &lt;a href=&#034;https://www.digitaltransgenderarchive.net/col/7w62f824d&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Transgender Tapestry&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;[le tissu transgenre], l'un des p&#233;riodiques trans avec la plus longue histoire de diffusion, puisqu'il sera publi&#233; de mani&#232;re continue de 1979 &#224; 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amanda Wray, &#171; Holly Boswell : Asheville's Social Justice War- rior, Voices (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Kindred Spirits&lt;/i&gt; [les &#226;mes adelphes], tel est le nom qu'elles donnent &#224; ces rassemblements, qui sont pr&#233;sent&#233;s comme &#171; d&#233;di&#233;s au bien-&#234;tre spirituel, &#233;motionnel, intellectuel et physique de toutes les personnes transgenres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Autumn 1998), Digital Transgender Archive, https:// .&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/gender_quest.jpg?1731403016' width='500' height='264' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Premi&#232;re page du magazine&lt;a href=&#034;https://www.digitaltransgenderarchive.net/downloads/0c483j37r?file=preview&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; Gender Quest&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;t&#233; 1998.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner, avant m&#234;me d'analyser les publications et les objets culturels produits autour de ces rassemblements, que Boswell et Cook-Riley ont jou&#233; un r&#244;le clef dans la popularisation de l'usage du terme &lt;i&gt;transgenre&lt;/i&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Tout en refusant ce qu'elles voyaient comme le langage pathologisant de la transsexualit&#233; et son insistance concomitante sur la binarit&#233; de genre, elles faisaient de la transitude un point n&#233;vralgique de leur activisme mais aussi de leur pratique spirituelle. L'historienne et th&#233;oricienne de la litt&#233;rature Amanda Wray, qui supervise depuis Asheville l'archive LGBTQIA+ de la Caroline du Nord occidentale, r&#233;sume la mani&#232;re dont Boswell th&#233;orise le terme &lt;i&gt;transgenre&lt;/i&gt; &#224; partir de ses publications et de ses entretiens dans les m&#233;dias, mais aussi des histoires orales que ses ami&#183;es et ses complices lui ont transmises de mani&#232;re posthume au travail que Boswell a men&#233; toute sa vie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En 1991, Holly publie un article intitul&#233; &#171; The Transgender Alternative &#187; [l'alternative transgenre] dans &lt;i&gt;Chrysalis&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Tapestry&lt;/i&gt;. Ce texte est consid&#233;r&#233; comme un des premiers textes f&#233;ministes qui d&#233;construit l'identit&#233; transgenre. Il faut garder &#224; l'esprit qu'&#224; l'&#233;poque, les universitaires continuent de pr&#233;senter l'exp&#233;rience transgenre comme un trouble dans l'exp&#233;rience du genre en s'appuyant sur le langage du DSM [manuel des diagnostics et statistiques m&#233;dicales]. L'essentiel de la recherche m&#233;dicale est alors d&#233;di&#233;e aux op&#233;rations de changement de sexe, qui sont con&#231;ues pour aider les individus &#224; mieux se conformer aux genres binaires. L'article de Holly propose au contraire de &#171; s'efforcer de d&#233;finir transgenre comme une option viable entre personne travestie et personne transsexuelle, option qui se trouve par ailleurs &lt;i&gt;avoir un fondement dans la tradition ancienne de l'androgynie&lt;/i&gt;. &#187; Apr&#232;s avoir critiqu&#233; les mani&#232;res dont sexe et genre sont confondus par la m&#233;decine moderne, le langage courant et les discours universitaires, Holly d&#233;crit l'androgynie comme un &#171; r&#233;confort &#187; tout en d&#233;finissant le transgend&#233;risme comme &#171; une identification au-del&#224; des lignes de genre &#187;. Stryker et d'autres historien&#183;nes LGBTQ+ citent le court article de Holly comme un article pionnier, que Holly elle-m&#234;me consid&#232;re comme sa contribution &#224; la capacit&#233; de chaque personne de &#171; parler de soi-m&#234;me &lt;i&gt;d'une mani&#232;re plus transcendante&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;passant les stigmatisations associ&#233;es au transsexualisme ou travestisme &#224; la m&#234;me p&#233;riode, Holly parle d'un &#233;&lt;i&gt;panouissement &#171; profond&#233;ment enracin&#233; et ancestral &#187;&lt;/i&gt; qui d&#233;fie et transcende les fausses associations obligatoires entre sexe biologique et expression de genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amanda Wray, &#171; Holly Boswell : Asheville's Social Justice Warrior, Voices (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'articulation que Boswell propose du concept de transgenre s'appuie sur des tropes de la transcendance et du transhistoricisme qui &#233;taient largement r&#233;pandus au sein des activismes trans &#233;tats-uniens de l'&#233;poque : contre les images phobiques que les corpor&#233;it&#233;s trans prennent dans le miroir d&#233;formant des appareils m&#233;dico-techniques, il s'agit d'affirmer des formes de subjectivit&#233;s qui s'appuient sur le fait que les personnes trans existent depuis toujours, m&#234;me si ces lign&#233;es historiques sont parfois refoul&#233;es ou masqu&#233;es &#8211; c'est en tous cas ce qu'affirme le livre de Leslie Feinberg paru en 1996, &lt;i&gt;Transgender Warriors&lt;/i&gt;, en se proposant d'aller, comme son sous-titre l'indique, &#171; de Jeanne d'Arc &#224; Dennis Rodman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leslie Feinberg, Transgender Warriors : Making History from Joan of Arc to (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#202;tre transgenre, dans ces r&#233;cits, c'est s'inscrire dans une lign&#233;e ancienne et sacr&#233;e d'individu&#183;es qui ont transcend&#233; &#224; la fois la binarit&#233; de genre et les liens naturalis&#233;s entre le sexe biologique et l'expression de genre. C'est &#224; cette &#233;poque qu'on assiste &#224; la formation d'un mod&#232;le extra-large de l'identit&#233; transgenre, une sorte de grand parapluie capable d'abriter tout &#224; la fois Jeanne d'Arc et Dennis Rodman, mod&#232;le con&#231;u directement dans le but de faire appel &#224; des lign&#233;es pens&#233;es comme sacr&#233;es, transhistoriques et transculturelles de la transgression de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des premiers num&#233;ros de &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt;, Boswell signe un article intitul&#233; &#171; The Spirit of Transgender &#187; [l'esprit transgenre] qui articule clairement ces liens en situant la r&#233;surgence de la visibilit&#233; et de l'activisme trans au XXe si&#232;cle comme une mesure de rectification des cultures patriarcales et bellicistes qui auraient soi-disant remplac&#233; &#171; les cultures agricoles pacifistes organis&#233;es autour du culte de la D&#233;esse partout en Europe et autour de la M&#233;diterran&#233;e &#187; au cours de l'&#194;ge de Bronze (entre -3000 et -1200). Dans ce r&#233;cit, la clandestinit&#233; forc&#233;e des cultes de la D&#233;esse est une des causes &#171; de la r&#233;pression et de la pers&#233;cution des personnes transgenres &#187; au cours des derniers 5000 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Summer 1998), Digital Transgender Archive, https:// .&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'Esprit Transgenre transcende le dictum culturel simpliste selon lequel le sexe anatomique est synonyme de l'expression de genre. Le genre ne devrait jamais &#234;tre polaris&#233;. C'est un arc-en-ciel qui est bien trop splendide dans sa diversit&#233;. L'expression de genre ne peut qu'&#234;tre intuitive, fluide et dans un &#233;tat perp&#233;tuel de devenir. Il ne peut y avoir de r&#232;gles pour gouverner la mani&#232;re dont l'Esprit se manifeste. Les cas extr&#234;mement r&#233;pandus d'hermaphrodisme chez les plantes, les animaux et les humains donnent des preuves explicites de la mani&#232;re dont l'Esprit exprime sa diversit&#233; au-del&#224; des constructions culturelles et bipolaires du genre. Les personnes transgenres incarnent l'esprit de la D&#233;esse dans sa diversit&#233; en l'int&#233;grant dans un seul &#234;tre. La &lt;strong&gt;gu&#233;rison int&#233;rieure&lt;/strong&gt; par laquelle nous trouvons notre int&#233;grit&#233; peut aussi &#234;tre appliqu&#233;e au d&#233;s&#233;quilibre et &#224; la d&#233;tresse du monde qui nous entoure. Nous pouvons servir de pont entre les polarit&#233;s, aider &#224; r&#233;tablir l'&#233;quilibre, l'int&#233;gration et l'int&#233;grit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sages autochtones du continent am&#233;ricain consid&#232;rent que la multiplication contemporaine des personnes transgenres est une promesse de gu&#233;rison du monde. Le genre est au c&#339;ur de ce que nous sommes en tant qu'&#234;tre humains. Nos transitions de genre &#8211; le processus m&#234;me par lequel nous changeons de genre &#8211; peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une sorte de Qu&#234;te de Vision, une r&#233;ponse donn&#233;e &#224; la question mill&#233;naire : &lt;strong&gt;qui sommes-nous ?&lt;/strong&gt; Transcender les st&#233;r&#233;otypies de genre, c'est oser &#234;tre soi-m&#234;me pleinement, pleinement humain&#183;es, comme l'Esprit le voulait. Nous &lt;i&gt;sommes&lt;/i&gt; des divinit&#233;s. Nous &lt;i&gt;sommes&lt;/i&gt; l'Esprit manifest&#233; en formes humaines. Qu'on nous laisse vivre cette v&#233;rit&#233; et aider le monde &#224; voir la beaut&#233; et la force qui se trouvent&lt;i&gt; au-del&#224; &lt;/i&gt; des contraintes du genre. Notre gratitude va &#224; l'opportunit&#233; unique que nous recevons de faire cela.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Summer 1998).&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de choses &#224; d&#233;baller ici. La premi&#232;re pourrait &#234;tre l'histoire trop parfaite pour &#234;tre vraie de la transformation historique mondiale qui sous-tend le r&#233;cit de la r&#233;pression transgenre. Dans ce r&#233;cit, la possibilit&#233; d'une existence trans paisible est synonyme du retour d'une h&#233;g&#233;monie matriarcale pacifiste. Autrement dit, la vie trans ne peut prosp&#233;rer qu'avec la r&#233;surgence du culte de la D&#233;esse, con&#231;u comme un antidote aux cinq derniers mill&#233;naires d'h&#233;g&#233;monie globale d'un patriarcat militaris&#233;. &#192; cela s'ajoute l'id&#233;e que la visibilit&#233; et l'activisme accrus des communaut&#233;s trans serait une manifestation de l'&#233;mergence d'un moment de gu&#233;rison du monde, une bascule de la conscience mondiale d'une importance telle que m&#234;me les &#171; sages autochtones du continent am&#233;ricain &#187; (pr&#233;sent&#233;&#183;es ici comme une masse amorphe et non-sp&#233;cifique qui d&#233;peint l'autochtonie comme homog&#232;ne et g&#233;n&#233;rique) en reconnaissent le caract&#232;re crucial. Ce r&#233;cit positionne les personnes trans &#224; l'avant-garde de l'&#233;volution spirituelle : la transition devient une qu&#234;te de vision. Les personnes trans deviennent des d&#233;it&#233;s, des &#233;missaires au service du Nouvel &#194;ge, envoy&#233;&#183;es pour aider le monde &#224; se r&#233;veiller au milieu de l'arc-en-ciel post-binaire du genre, &#171; splendide dans sa diversit&#233; &#187;. Seul ce Nouvel &#194;ge de paix matriarcale pourra faire pleinement fleurir et resplendir la diversit&#233; de genre dans toutes ses formes. Et tant que le Nouvel &#194;ge ne sera pas arriv&#233;, toutes les personnes trans seront des figures de chamanes dont la mission est de mener le monde &#224; sa pleine manifestation : le Nouvel &#194;ge, ou &#194;ge des Verseaux (en ce temps mais pas de ce temps), une &#232;re qui appartient tout &#224; la fois au futur et &#224; une pr&#233;modernit&#233; primordiale. Dans cette mise en sc&#232;ne des m&#233;taphysiques de l'&#234;tre trans, nulle place n'est faite &#224; la complicit&#233; avec la violence coloniale et avec le capitalisme racial, aucune possibilit&#233; d'interpr&#233;ter la subjectivit&#233; trans en dehors de trans-comme-r&#233;v&#233;lateur-spirituel-d&#233;montrant-au-monde-que-l'essence-de-l'&#234;tre-est-irr&#233;ductible-au-genre. Il n'y a sans doute rien de surprenant &#224; ce que certaines personnes trans aient pu trouver ce r&#233;cit du Nouvel &#194;ge trans attrayant : proph&#233;tie et &#233;lection y sont d&#233;ploy&#233;es comme des portes de sortie de la discrimination et de l'exclusion. Rien de surprenant non plus &#224; ce que, dans les images des rassemblements Kindred Spirit reproduites dans &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt;, pas une seule personne racis&#233;e n'apparaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai longuement cit&#233; l'article de Boswell parce qu'il offre une repr&#233;sentation paradigmatique du discours trans New Age : les pratiques spirituelles autochtones y sont notamment saisies hors de tout contexte et int&#233;gr&#233;es aux spiritualit&#233;s &#233;sot&#233;riques occidentales de sorte &#224; positionner les personnes trans comme chamans et gu&#233;rrisseur&#183;es, permettant une r&#233;vision de &#171; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; tantrique &#187; dont les contours avaient &#233;t&#233; d&#233;finis par Kripal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeffrey J. Kripal, Esalen : America and the Religion of No Religion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la version trans de ce r&#233;cit, l'union entre les antinomies cosmiques du masculin et du f&#233;minin poursuivie et r&#233;alis&#233;e par l'union sexuelle h&#233;t&#233;rosexuelle devient possible dans l'incarnation psychique et physique des sujets trans et de genre variant. De mani&#232;re troublante, la figure de &#171; l'hermaphrodite &#187;, un terme qu'on comprend g&#233;n&#233;ralement comme trompeur, anachronique et p&#233;joratif quand il est utilis&#233; pour d&#233;signer les sujets intersexes, est ici invoqu&#233;s &#224; plusieurs reprises comme une preuve de &#171; l'Esprit exprimant sa diversit&#233; &#187;, et les sujets trans sont, par extension, pens&#233;s comme &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalents aux sujets intersexes. Cette confusion &#233;vite la sp&#233;cificit&#233; et les diff&#233;rences importantes qui caract&#233;risent les exp&#233;riences trans et intersexes et contribue &#224; l'exotisation et &#224; la f&#233;tichisation des corpor&#233;it&#233;s intersexes. Enfin, dans sa figuration constante des personnes trans comme d&#233;it&#233;s investies d'une mission sp&#233;ciale de gu&#233;rison des clivages soci&#233;taux et politiques, cens&#233;es &#171; servir de pont entre les polarit&#233;s, aider &#224; r&#233;tablir l'&#233;quilibre, l'int&#233;gration et l'int&#233;grit&#233; &#187;, ce r&#233;cit s'allie &#224; la logique structurante de la viscosit&#233; blanche, qui s'appuie sur un discours de l'unit&#233; soutenu par l'aveuglement &#224; la couleur et par des fantasmes de transcendance raciale, o&#249; l'exp&#233;rience transformatrice dans la contre-culture blanche est &#171; consid&#233;r&#233;e comme un moyen de &lt;i&gt;d&#233;passer&lt;/i&gt; ses assignations d'esp&#232;ce ou de race afin d'embrasser toute l'humanit&#233; voire toute la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saldanha, Psychedelic White, 72.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long des num&#233;ros de &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt;, les personnes qui participent aux rassemblements trans parlent des montagnes de Caroline du Nord occidentale comme d'une forme de refuge, un espace de s&#233;curit&#233; et d'appartenance o&#249; iels peuvent laisser tomber leurs lignes de d&#233;fense et se relaxer, un espace o&#249; iels peuvent simplement &#234;tre, pleinement et authentiquement. Un&#183;e contributeurice &#233;crit qu'&#224; un moment, iel s'est tourn&#233;&#183;e vers Holly Boswell pour lui dire : &#171; Merci pour cette deuxi&#232;me maison en Caroline du Nord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Summer 2000), Digital Transgender Archive, https:// .&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Un&#183;e autre, dans un article intitul&#233; &#171; Carte postale envoy&#233;e depuis la maison &#187;, d&#233;taille son voyage vers Hot Springs pour un rassemblement. L'auteurice s'y &#233;merveille du &#171; sentiment qu'on a de revenir &#224; la maison quand on arrive &#224; Hot Springs et pr&#232;s de Asheville &#187; o&#249; &#171; l'&#233;nergie est diff&#233;rente &#187; et o&#249; les chants des montagnes &#171; traversent le temps &#187; : on s'y rappelle &#171; la finitude de nos corps &#187; et la longue dur&#233;e &#171; des pierres sans &#226;ges et des bois vivants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender Quest (Summer 1999), Digital Transgender Archive, https:// .&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il est important de se demander, face &#224; de pareilles affirmations, &#224; quel point ce sens d'appartenance et de s&#233;curit&#233; ne serait pas pr&#233;diqu&#233; sur des formes raciales (ou autres) d'homog&#233;n&#233;it&#233; : &#224; quel point ces sentiments positifs sont-ils atteints &#8211; et contribuent &#224; renforcer &#8211; la viscosit&#233; blanche ? Qui ne se sentirait pas chez soi dans ces montagnes, dans ces contr&#233;es qui sont &#224; presque 90 % blanches, dans une r&#233;gion (les Appalaches m&#233;ridionales) souvent repr&#233;sent&#233;es comme monolithiquement blanches et racistes ? &#192; quel point la circulation d'affects positifs de gu&#233;rison s'appuie-t-elle sur l'homog&#233;n&#233;it&#233; raciale et l'h&#233;g&#233;monie blanche en guise d'unit&#233; et de transcendance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mes doutes &#8211; et je pense que nous devrions toustes en avoir &#8211; quant aux pratiques de gu&#233;rison transformatrice qui reproduisent la viscosit&#233; blanche et reposent sur l'&#233;lision d'axes cruciaux de diff&#233;rences entre sujets trans qui produisent des potentiels de vie tr&#232;s, tr&#232;s diff&#233;rents. Dans les premi&#232;res phases d'&#233;criture de &lt;i&gt;Side Affects&lt;/i&gt; [le livre o&#249; ce chapitre prend place], d'autres personnes trans m'ont dit encore et encore &#224; quel point ce livre r&#233;sonnait avec leur exp&#233;rience &#171; d'&#234;tre trans et d'avoir le seum &#187; comme le dit le sous-titre du livre. Mais il y a aussi eu un bon nombre de personnes qui m'ont demand&#233; pourquoi j'avais choisi de me concentrer sur les affects n&#233;gatifs plut&#244;t que, disons, sur les exp&#233;riences d'&#171; euphories de genre &#187; que vivent certains sujets quand leurs pronoms sont respect&#233;s ou quand iels s'engagent dans une activit&#233; qui leur permet d'affirmer leur genre. Ma r&#233;ponse est la suivante : si la question est d'am&#233;liorer les conditions structurelles qui produisent la pr&#233;carit&#233; trans et exacerbent la transphobie, la transmisogynie et la transmisogynoir, cela importe peu que &#8211; moi, trans masc blanc privil&#233;gi&#233; &#233;conomiquement et &#233;ducativement &#8211; j'&#233;prouve de la satisfaction &#224; &#234;tre correctement genr&#233;, ou &#224; m'habiller d'une mani&#232;re qui confirme mon genre, ou &#224; pouvoir me regarder dans le miroir sans avoir &#224; me confronter &#224; des sentiments dysphoriques. M&#234;me si mes propres affects positifs m'aident assur&#233;ment &#224; me lever le matin et peuvent jusqu'&#224; un certain point servir de mod&#232;le de possibilit&#233;s pour d'autres personnes trans (plus jeunes en &#226;ge ou dans leurs transitions), cela ne fait pas dispara&#238;tre l'ensemble des affects n&#233;gatifs discut&#233;s dans &lt;i&gt;Side Affects&lt;/i&gt;, ni au niveau individuel, ni au niveau collectif, et cela ne propose pas de mod&#232;le ou d'incitation &#224; la coalition. Je ne peux pas me contenter d'appeler les autres &#224; se sentir bien de la mani&#232;re dont je me sens bien ; je ne peux pas pr&#233;tendre que le bonheur est contagieux, et je ne peux d&#233;finitivement pas pr&#233;tendre que cultiver le bonheur puisse constituer un but politique. Si et quand je ressens quelque chose comme de l'euphorie de genre, c'est une surprise qui d&#233;pend de facteurs qui sont souvent bien au-del&#224; de ma propre agentivit&#233; et qui rel&#232;vent souvent de ces m&#234;mes axes de privil&#232;ges qui structurent mon exp&#233;rience quotidienne. Et puis, &#231;a ne dure jamais bien longtemps. Souvent, ce que nous appelons euphorie de genre n'est rien d'autre qu'une exp&#233;rience plaisante. Parler d'euphorie, c'est employer un langage d&#233;mesur&#233; pour parler du plaisir de la reconnaissance et de l'affirmation, notamment parce que ces affects ne sont jamais bien loin de quantit&#233;s d'autres affects n&#233;gatifs dont je ne crois pas qu'ils soient tout &#224; fait supplant&#233;s par elle ; l'usage du terme &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; dans de telles circonstances n'est donc pas vraiment fid&#232;le au sens originel du terme, qui renvoie &#224; la f&#233;licit&#233; et &#224; l'oblit&#233;ration simultan&#233;e (bien que temporaire) de tout sentiment n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature sur la production de la viscosit&#233; blanche dans les mouvements spirituels new age et dans les mouvements psych&#233;d&#233;liques montre, encore et encore, que quand certaines personnes partent &#224; la recherche de l'euphorie &#8211; qui rev&#234;t de nombreux noms &#224; l'int&#233;rieur de ces mouvements : union extatique, &#233;panouissement personnel, sentiments d'int&#233;grit&#233;, d'unit&#233;, de communion, impression d'&#234;tre capable d'oublier le soi et, pour citer Vanguard &#224; nouveau, &#171; d'&#234;tre avec une belle personne, dans un bel endroit, occup&#233;&#183;e &#224; faire de belles choses et &#224; &#234;tre belle&#183;au &#187; &#8211;, ce genre de recherche est souvent pr&#233;diqu&#233;e sur la reproduction du m&#234;me, l'&#233;lision et l'&#233;limination tacite de la diff&#233;rence. Le conflit et les tensions sont &#233;vit&#233;es au nom de la gu&#233;rison et de la transformation personnelles. Toutes choses qui impliquent la r&#233;gulation excluante de la pr&#233;sence des &#171; autres &#187;, et en particulier de celleux que Sara Ahmed a appel&#233; de mani&#232;re suggestive des &#171; &#233;trang&#232;res affectifves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sara Ahmed, Manuel rabat-joie f&#233;ministe, trad. t4t, Paris, La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (&lt;i&gt;affect aliens&lt;/i&gt;). (Dans le vocabulaire de Sara Ahmed, les &#233;trang&#232;res affectifves sont celleux qui perturbent la capacit&#233; des autres &#224; prendre plaisir &#224; une sc&#232;ne ou &#224; une situation : ielles &#171; convertissent les bons sentiments en sentiments n&#233;gatifs &#187; par le seul fait de refuser ou ne pas pouvoir ressentir le bonheur que d'autres ressentent &#224; l'&#233;gard de ladite sc&#232;ne ou situation.) Or, si l'enjeu d'un rassemblement, ou d'une s&#233;rie de rassemblements, ou d'un mouvement, est de produire et de soutenir l'euphorie et la dissolution du soi, rien de surprenant &#224; ce que les &#233;trang&#232;res affectifves n'y soient pas les bienvenu&#183;es. Et m&#234;me si je suis pr&#234;t &#224; parier que la plupart des personnes trans savent intimement ce que cela veut dire que d'&#234;tre l'&#233;trang&#232;re affectifve des espaces cisnormatifs, cela ne veut pas dire que nous soyons immunis&#233;&#183;es contre la reproduction des m&#234;mes dynamiques dans nos tentatives d'atteindre la s&#233;curit&#233;, le sentiment d'appartenance et le bonheur. S'il y a une le&#231;on &#224; retenir des r&#233;cits un-peu-trop-parfaits-pour-&#234;tre-vrais qui apparaissent dans &lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt;, ce pourrait &#234;tre ceci :&lt;i&gt; tout r&#233;cit qui positionne les sujets trans comme des proph&#232;tes et gu&#233;rrisseureuses parfaitement identiques s'investit aussi dans la t&#226;che d'&#233;viter les complexit&#233;s concr&#232;tes des vies trans, des vies qui in&#233;vitablement incluent la complicit&#233; avec les r&#233;gimes de la violence raciale et coloniale, des vies qui sont pleines de d&#233;fauts, imparfaites, impures et &#233;thiquement complexes. &lt;/i&gt; Un tel r&#233;cit est soutenu par une course &#224; la gu&#233;rison qui, voulant br&#251;ler les &#233;tapes, produit une histoire trompeusement simpliste de ce qu'il nous serait n&#233;cessaire de faire pour que nous puissions collectivement prosp&#233;rer et fleurir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la place de ce r&#233;cit, comme ce livre le sugg&#232;re, il pourrait &#234;tre utile de nous atteler au n&#233;gatif, d'observer ce qui r&#233;sonne au travers de terrains subjectifs et communs complexes et suivre la trace des formes de solidarit&#233; qui &#233;mergent de cette r&#233;sonance. Quand il est question de trauma interg&#233;n&#233;rationnel, comme c'est souvent le cas &#224; la maison, maon partenaire (qui est particuli&#232;rement fan de litt&#233;rature russe &#8211; plus c'est triste, plus &#231;a lui pla&#238;t) aime &#224; paraphraser les premi&#232;res lignes d'&lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; de Tolsto&#239; : toutes les familles heureuses sont les m&#234;mes, dit-on ; mais toutes les familles malheureuses ont leur mani&#232;re bien &#224; elles de l'&#234;tre. Ce que maon partenaire veut dire par l&#224;, c'est que le bonheur n'est pas si int&#233;ressant que cela : il n'y a rien &#224; y dig&#233;rer, rien &#224; y d&#233;couvrir, rien qui y soit particuli&#232;rement myst&#233;rieux, &#233;nigmatique, d&#233;routant ou complexe. Le bonheur est &lt;i&gt;sympa&lt;/i&gt;, cet adjectif ti&#232;de qui, dans sa sympathitude, ne donne rien que le banal. Quand nous parlons de trauma interg&#233;n&#233;rationnel, maon partenaire me dit que c'est okay, que nous allons probablement dig&#233;rer nos traumas tout le reste de notre vie ; c'est ce qu'on peut attendre, et c'est par et &#224; partir de cette assimilation collective de nos traumas que nous deviendrons le mieux capable de nous approcher des transformations radicales dont nous avons besoin pour gu&#233;rir. La seule mani&#232;re d'y arriver, c'est de les traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Emma B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte original : extrait de Hil Malatino, &lt;i&gt;Side Affects. On Being Trans and Feeling Bad&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2022 pp. 183-198.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source de l'image en frontispice : montage &#224; partir d'une photographie figurant dans le num&#233;ro d'automne 1999 du magazine&lt;i&gt; Gender Quest&lt;/i&gt; documentant &#171; un cercle de vision et de gu&#233;rison sur le mont Max Patch &#187; ; &lt;a href=&#034;https://www.digitaltransgenderarchive.net/col/47429913s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.digitaltransgenderarchive.net/col/47429913s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christina Hanhardt, &lt;i&gt;Safe Space : Gay Neighborhood History and the Politics of Violence&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press, 2013, 73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Stryker, Transgender History : The Roots of Today's Revolution, New York, Seal Press, 2017, 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stryker, Transgender History, 96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Vanguard Magazine 1&lt;/i&gt;, no. 7 (May 1967), Digital Transgender Archive, &lt;a href=&#034;https://www.digitaltransgenderarchive.net/files/3r074t94h&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.digitaltransgenderarchive.net/files/3r074t94h&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre le titre que le psychonaute et guide spirituel gay Ram Dass a donn&#233; &#224; son classique de la contre-culture,&lt;i&gt; Be Here Now&lt;/i&gt; (San Cristobal, N.M. : Lama Publishing, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simeon Wade, &lt;i&gt;Foucault in California&lt;/i&gt;, Berkeley, Calif. : Heyday Press, 2019, 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Pollan,&lt;i&gt; How to Change Your Mind&lt;/i&gt;, New York : Penguin, 2018, 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pollan, &lt;i&gt;How to Change Your Mind&lt;/i&gt;, 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arun Saldanha,&lt;i&gt; Psychedelic White : Goa Trance and the Viscosity of Race&lt;/i&gt;, Minneapolis : University of Minnesota Press, 2007, 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saldanha, &lt;i&gt;Psychedelic White&lt;/i&gt;, 198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amanda J. Lucia, &lt;i&gt;White Utopias : The Religious Exoticism of Transformational Festivals&lt;/i&gt;, Oakland : University of California Press, 2020, 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gender Quest &lt;/i&gt; (Summer 1999), Digital Transgender Archive, https:// &lt;a href=&#034;http://www.digitaltransgenderarchive.net/files/ft848q60n&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.digitaltransgenderarchive.net/files/ft848q60n&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amanda Wray, &#171; Holly Boswell : Asheville's Social Justice War- rior, Voices from the LGBTQIA+ Archive of Western North Carolina &#187;, &lt;i&gt;Journal of Appalachian Studies 26&lt;/i&gt;, no. 2 (2020) : 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gender Quest &lt;/i&gt; (Autumn 1998), Digital Transgender Archive, https:// &lt;a href=&#034;http://www.digitaltransgenderarchive.net/files/0c483j37r&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.digitaltransgenderarchive.net/files/0c483j37r&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amanda Wray, &#171; Holly Boswell : Asheville's Social Justice Warrior, Voices from the LGBTQIA+ Archive of Western North Carolina &#187;, &lt;i&gt;Journal of Appalachian Studies 26&lt;/i&gt;, no. 2 (2020) : 182 (c'est moi qui souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leslie Feinberg, &lt;i&gt;Transgender Warriors : Making History from Joan of Arc to Dennis Rodman&lt;/i&gt;, Boston : Beacon Press, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gender Quest&lt;/i&gt; (Summer 1998), Digital Transgender Archive, https:// &lt;a href=&#034;http://www.digitaltransgenderarchive.net/files/0c483j37r&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.digitaltransgenderarchive.net/files/0c483j37r&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gender Quest &lt;/i&gt; (Summer 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeffrey J. Kripal, &lt;i&gt;Esalen : America and the Religion of No Religion&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 2007, 110&#8211;11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saldanha,&lt;i&gt; Psychedelic White&lt;/i&gt;, 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gender Quest (Summer 2000), Digital Transgender Archive, https:// &lt;a href=&#034;http://www.digitaltransgenderarchive.net/files/1r66j1131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.digitaltransgenderarchive.net/files/1r66j1131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gender Quest (Summer 1999), Digital Transgender Archive, https:// &lt;a href=&#034;http://www.digitaltransgenderarchive.net/files/ft848q60n&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.digitaltransgenderarchive.net/files/ft848q60n&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sara Ahmed, &lt;i&gt;Manuel rabat-joie f&#233;ministe&lt;/i&gt;, trad. t4t, Paris, La D&#233;couverte, 2024, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le Lobby transphobe &#8212; Entretien avec Maud Royer</title>
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		<dc:date>2024-11-22T20:01:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Transphobie</dc:subject>
		<dc:subject>Maud Royer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; L'autorit&#233; qui a &#233;t&#233; diminu&#233;e du c&#244;t&#233; du psychiatre est r&#233;tablie par les parents. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2024-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Maud-Royer-+" rel="tag"&gt;Maud Royer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/le-lobby-transphobe-maud-royer.jpg?1732614676' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son premier livre intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.editionstextuel.com/livre/le_lobby_transphobe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Lobby transphobe&lt;/a&gt; (&#201;ditions Textuel), Maud Royer, dresse un &#233;tat des lieux des attaques organis&#233;es contre l'existence et les droits des personnes trans. Dans cet entretien, elle explicite ce qu'elle entend par &#171; lobby &#187;, d&#233;crit les arguments utilis&#233;s contre la transition des enfants trans et propose une strat&#233;gie pour combattre les offensives actuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maud Royer est militante trans, lesbienne et f&#233;ministe. Elle pr&#233;side aujourd'hui l'association &lt;a href=&#034;https://toutesdesfemmes.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toutes des Femmes&lt;/a&gt;, dont elle est une des cofondatrices. Elle a &#233;t&#233; auparavant responsable du programme LGBTI de La France insoumise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; Ma premi&#232;re question va &#234;tre un peu g&#233;n&#233;rale, pour pr&#233;senter un peu le livre. On a pu constater que depuis quelques ann&#233;es, la transphobie joue le r&#244;le d'un langage commun entre les droites. Ton travail est justement d'avoir rep&#233;r&#233; la constitution d'un lobby transphobe en France &#224; partir de 2021. Pourquoi situer le d&#233;but de cette offensive &#224; cette date ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maud Royer :&lt;/strong&gt; La question se pose entre deux dates, 2020 et 2021. Avant 2020, en France, il n'y a pas de transphobie qui s'exprime dans l'espace m&#233;diatique et politique de mani&#232;re organis&#233;e. Il y en a de mani&#232;re accidentelle comme une expression de la transphobie ordinaire dans le champ m&#233;diatique. Mais en 2020, c'est la structuration d'un discours transphobe, dans des sph&#232;res militantes qui sont pour la plupart d'anciennes f&#233;ministes, qui viennent pour la plupart de la droite du f&#233;minisme, mais qui tentent de reproduire en France ce qui s'est produit en Angleterre, avec notamment la structuration d'un secteur autour de J.K. Rowling et sur un discours transphobe au nom du droit des femmes. Pour moi, cette tentative &#233;choue relativement dans le sens o&#249; &#231;a ne perce pas dans le mouvement social f&#233;ministe &#8211; il y a des transphobes dans les f&#233;ministes fran&#231;aises &#8211; mais &#231;a ne perce pas dans le mouvement social f&#233;ministe qui au contraire plut&#244;t les rejette. Et &#231;a aurait pu en rester l&#224; et ne pas produire les propositions de loi transphobes auxquelles on assiste aujourd'hui. Mais en 2021 il a eu ces deux choses qui se sont produites de mani&#232;re simultan&#233;e, &#224; la fois l'extr&#234;me droite qui s'empare du sujet, et &#231;a ce n'est pas un lobby, ce sont des politiques avec Zemmour et Valeurs actuelles qui se lancent en m&#234;me temps sur la question. Et parall&#232;lement &#224; l'extr&#234;me droite, arrive un travail de ce qu'on appelle classiquement de lobbying, avec des organisations comme l'Observatoire de la Petite Sir&#232;ne et Ypomoni, qui se constitue au d&#233;part autour de personnes venant historiquement de la gauche ; mais qui, entre 2021 et 2023, se restructurent finalement dans une alliance avec l'extr&#234;me droite. Et en m&#234;me temps,ce discours transphobe passe de l'extr&#234;me droite &#224; l'int&#233;gralit&#233; de la droite, vu que la caract&#233;ristique du moment politique de ces derni&#232;res ann&#233;es, gr&#226;ce au travail des m&#233;dias d'extr&#234;me droite, est une tentative de produire une h&#233;g&#233;monie sur le sujet, qui fait que LR a repris mot pour mot, sans m&#234;me l'att&#233;nuer, le discours de l'extr&#234;me droite sur les personnes trans.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Je vais reprendre une expression que tu as utilis&#233;e dans une interview. Est-ce que pour toi, ce moment transphobe en France est une revanche des &#171; seumards de la Manif pour tous &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; Oui et non. L'Observatoire de la Petite Sir&#232;ne, par exemple, ils ne viennent pas de la Manif pour tous, et ils ont &#233;t&#233; des acteurs centraux de ces 3-4 derni&#232;res ann&#233;es. C'est eux qui ont &#233;crit le rapport sur lequel est bas&#233;e la proposition de loi d'interdiction des transitions de mineurs qui a &#233;t&#233; adopt&#233;e en mai dernier au S&#233;nat. Ils ont &#233;t&#233; les premiers importateurs de tout un ensemble de r&#233;pertoires argumentaires, en particulier celui sur les enfants, qui a &#233;t&#233; produit d'abord aux &#201;tats-Unis et qui est l&#224; d&#233;clin&#233; en France. &#201;videmment, il r&#233;sonne tr&#232;s fort avec celui de la Manif pour tous sur les enfants pendant les mobilisations contre le Mariage pour tous. Pour une raison simple, c'est que l'Observatoire de la Petite Sir&#232;ne repr&#233;sente un secteur id&#233;ologique bien pr&#233;cis, celui de la psychanalyse r&#233;actionnaire, qui en France a une audience compl&#232;tement d&#233;mesur&#233;e comparativement &#224; d'autres pays europ&#233;ens et m&#234;me &#224; d'autres pays du Nord. La psychanalyse n'a pas du tout autant d'audience aux &#201;tats-Unis, par exemple. Et que ce secteur r&#233;actionnaire de la psychanalyse, qui est majoritaire en r&#233;alit&#233; dans la psychanalyse, produit depuis tr&#232;s longtemps un discours essentialiste sur le genre qui n'est ni plus ni moins que celui de l'&#201;glise catholique, s&#233;cularis&#233;. Alors, &#231;a n'en vient pas g&#233;n&#233;alogiquement, mais &#231;a produit la m&#234;me chose. Ces gens &#233;crivent noir sur blanc que si on touche aux cat&#233;gories femmes et hommes, on remet en cause les fondements de la soci&#233;t&#233;. Ils disent pas seulement... des choses qu'on a l'habitude d'entendre, que c'est un probl&#232;me pour les enfants, que &#231;a va les d&#233;s&#233;quilibrer, etc. Ils parlent vraiment de remettre en cause les fondements de la soci&#233;t&#233;, exactement de la m&#234;me mani&#232;re que le fait l'&#201;glise. Et ils le font depuis le Pacs. Ils l'ont fait aussi pour la PMA. Caroline Eliacheff, fondatrice de l'Observatoire La Petite Sir&#232;ne, a sign&#233; en 1999 une tribune contre le Pacs, de &#171; La gauche contre le Pacs &#187;. Je ne sais pas si elle &#233;tait plus de gauche &#224; l'&#233;poque qu'aujourd'hui, mais en tout cas elle ne s'alliait pas avec des gens de droite aussi clairement, et elle avait une certaine forme de reconnaissance &#224; gauche, qui durait encore en 2022. Par exemple, en 2022, Lib&#233;ration lui accordait une grande page d'interview. Je crois qu'aujourd'hui ce serait plus possible parce qu'on a r&#233;ussi finalement &#224; faire comprendre et &#224; resituer la question des droits des personnes trans sur un axe gauche-droite assez classique. Et la gauche fran&#231;aise est beaucoup moins perm&#233;able &#224; la transphobie, en tout cas aux attaques contre les droits des personnes trans que ne l'a &#233;t&#233; la gauche anglaise. Donc aujourd'hui, Caroline Eliacheff bosse avec des gens de droite et c'est une tr&#232;s bonne chose. Et finalement, la convergence des discours psychanalytiques sur le genre avec les discours de l'&#201;glise a fini de s'op&#233;rer, mais parce qu'en r&#233;alit&#233; elle est tr&#232;s, tr&#232;s ancienne. D&#232;s la fin des ann&#233;es 1990 et le d&#233;but des ann&#233;es 2000, le Vatican a voulu r&#233;pondre aux transformations du f&#233;minisme &#224; la fin du XXe si&#232;cle et produire une &#171; nouvelle th&#233;orie &#187; de l'homme et de la femme qui soit un peu plus s&#233;cularis&#233;e et qui ne soit pas la volont&#233; de Dieu. Il a fait appel &#224; des psychanalystes pour &#233;crire des rapports. Et ce sont des pr&#234;tres psychanalystes qui ont invent&#233; le concept de th&#233;orie du genre qui est d&#233;clin&#233; depuis 30 ans par l'&#201;glise dans toutes ses luttes contre les droits des femmes et des personnes LGBT.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Selon toi, justement, pourquoi est-ce que les paniques morales anti-trans sont autant exacerb&#233;es par le sujet des enfants trans ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; Il y a deux raisons. Pour moi, la premi&#232;re, c'est parce que c'est facile. La domination adulte telle qu'elle est aujourd'hui permet &#224; la fois que les enfants ne soient pas un sujet politique qui s'exprime pour lui-m&#234;me et aussi qu'on nie aux enfants leur autonomie dans leur orientation sexuelle et dans la d&#233;termination de leur genre. L'autorit&#233; parentale ne se justifie plus par le droit de propri&#233;t&#233; comme cela a &#233;t&#233; le cas pendant longtemps, mais on part du principe que l'autorit&#233; parentale d&#233;coule de l'int&#233;r&#234;t de l'enfant et donc l'enfant ne peut pas d&#233;terminer lui-m&#234;me ce qui est dans son int&#233;r&#234;t. Ce serait aux parents de le choisir, que des parents puissent d&#233;terminer si un enfant est vraiment trans ou pas, alors m&#234;me qu'eux n'ont jamais fait l'exp&#233;rience de la transidentit&#233;, que la plupart du temps ils ne connaissent pas d'autres personnes trans. Et puis en fait &#231;a permet une deuxi&#232;me chose, c'est-&#224;-dire &#224; partir de la cat&#233;gorie des enfants pour qui il est incontestable qu'ils n'ont pas droit &#224; l'autod&#233;termination, il est possible de r&#233;tablir ce qui a toujours &#233;t&#233; la norme pour les personnes trans. Et pour moi, il y a un pont &#224; faire entre le statut de minorit&#233; et la position qu'ont occup&#233;e les personnes trans pendant tr&#232;s longtemps, c'est-&#224;-dire de personnes psychiatris&#233;es qui n'ont pas droit &#224; l'autod&#233;termination. Et donc on d&#233;place finalement le pouvoir qui &#233;tait entre les mains du psychiatre &#233;valuant si une personne &#233;tait vraiment trans ou non, et donc si elle pouvait transitionner. On a beaucoup fait reculer la psychiatrisation des personnes trans en France et dans plein de pays dans le monde et on a augment&#233; la part d'autod&#233;termination dans nos parcours de soins. Cette autorit&#233; qui a &#233;t&#233; diminu&#233;e du c&#244;t&#233; du psychiatre est r&#233;tablie par les parents. Mais en fait, &#231;a n'est qu'un outil. Parce que quand on regarde quel est leur programme r&#233;ellement &#224; l'Observatoire de la Petite Sir&#232;ne ou &#224; Ypomoni, une fois qu'ils en ont fini avec les mineurs, ils disent qu'&#224; moins de 25 ans on n'est pas en capacit&#233; de d&#233;cider si on peut transitionner. On devrait aussi interdire de transitionner aux personnes de moins de 25 ans. L'id&#233;e &#233;tant vraiment de pousser toujours plus loin. Et on a t&#244;t fait de r&#233;tablir le gatekeeping qui &#233;tait la norme vraiment pour toutes les personnes trans pendant la fin du XXe si&#232;cle. Donc vraiment, il y a une continuit&#233; pour moi entre ces deux sujets. Ce qu'on attaque r&#233;ellement, c'est le droit &#224; l'autod&#233;termination. Fondamentalement, c'est &#231;a. C'est la capacit&#233; &#224; d&#233;cider pour soi-m&#234;me du genre qu'on est et donc d'avoir acc&#232;s notamment aux technologies de soins dont on pourrait avoir besoin sans que finalement ce soit une personne ext&#233;rieure qui &#233;value &#231;a. Et c'est beaucoup plus facile &#224; faire actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Est-ce que tu peux parler un peu de l'effet de la loi de 2016 contre le &#171; syst&#232;me prostitutionnel &#187; sur l'alliance entre le militantisme trans et certaines tendances f&#233;ministes ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; En 2016, il y avait une &#233;vidence encore de l'alliance entre les luttes trans et les luttes TDS ; et m&#234;me alliance, c'est faible, il s'agit d'une v&#233;ritable intrication de ces luttes. Tr&#232;s souvent, ce sont les m&#234;mes personnes qui sont concern&#233;es. Donc, &#233;videmment, choisir comme porte-&#233;tendard du f&#233;minisme et de l'intervention du f&#233;minisme dans le champ politicien et parlementaire en 2016, choisir &#231;a, comme grande loi de victoire f&#233;ministe, c'&#233;tait choisir une victoire qui ne serait que celle de certaines f&#233;ministes et qui en exclurait forc&#233;ment d'autres. Et donc, de fait, il y a tout un champ du f&#233;minisme, en particulier OLF (Osez le f&#233;minisme), dans les ann&#233;es 2010, qui s'est centr&#233; sur le monde politique, des partis, et qui s'est d&#233;tach&#233; de plein d'associations f&#233;ministes de terrain et communautaires, notamment les associations de personnes trans, en d&#233;fendant une loi qui &#233;tait tr&#232;s symbolique pour elles mais qui allait contre les int&#233;r&#234;ts d'un certain nombre de femmes. Pas que de femmes, mais surtout de femmes. Et &#231;a a rompu le dialogue, de mani&#232;re certaine, pour des ann&#233;es, entre un f&#233;minisme institutionnel et les assos trans. Et je pense que &#231;a a facilit&#233; quelque chose qu'on voit aujourd'hui aussi, qu'il y a une sorte de rupture entre le f&#233;minisme et le mouvement social f&#233;ministe, les centaines de milliers de personnes qu'on voit dans la rue chaque ann&#233;e, et les associations f&#233;ministes qui produisent des services avec les subventions de l'&#201;tat, qui concr&#232;tement sont toutes abolitionnistes (du travail du sexe) parce que c'est la ligne officielle de l'&#201;tat. Aujourd'hui, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et le minist&#232;re de l'&#233;galit&#233; femmes-hommes sont main dans la main pour mener des politiques de r&#233;pression qui sont bien souvent en plus des politiques racistes. Voil&#224;, donc je pense qu'on est dans cette situation paradoxale o&#249; le f&#233;minisme qui a &#171; le plus de pouvoir &#187;, s'est isol&#233; de la masse des f&#233;ministes. Par contre, &#231;a ne fait aucun doute que la masse des f&#233;ministes n'est pas transphobe. &#199;a ne fait aucun doute que m&#234;me les f&#233;ministes les plus &#233;loign&#233;es de &#231;a ont d&#251; c&#233;der. Pour moi, il y a quelque chose de vraiment int&#233;ressant &#224; voir dans ce qui s'est pass&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, qui est que sur le triptyque voile/travail du sexe/transidentit&#233;, qui a &#233;t&#233; une ligne de fracture. Il y a des tas de f&#233;ministes qui se revendiquent non-transphobes, quand bien m&#234;me elles sont abolotes et islamophobes. C'est ce qu'on a vu se produire il y a deux ans, notamment autour des rapports de force dans l'organisation des manifs du 25 novembre. Donc il y a quelque chose qui bouge l&#224;-dessus, il y a quelque chose qui est en train de se casser dans cette homog&#233;n&#233;it&#233; de la division et du rapport de force entre diff&#233;rentes f&#233;ministes. Et je pense que c'est de bon augure sur ce qui peut se passer aussi sur les deux autres questions, tr&#232;s honn&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Comment interpr&#232;tes-tu l'invitation dans les m&#233;dias de Dora Moutot ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; Dora Moutot a &#233;t&#233; invit&#233;e par L&#233;a Salam&#233;. &#199;a l'a un peu grill&#233;e, elle n'est plus trop invit&#233;e depuis un an. Vraiment, son aventure m&#233;diatique &#224; Dora Moutot est derri&#232;re elle. Pour l'essentiel, c'est une femme qui a eu une carri&#232;re m&#233;diatique, y compris avant d'&#234;tre transphobe, qui a &#233;t&#233; chroniqueuse dans ce type d'&#233;mission. Elle a eu ensuite un business d'influenceuse Insta. Depuis qu'elle est transphobe, elle a &#233;t&#233; invit&#233;e une fois par L&#233;a Salam&#233; &#224; la t&#233;l&#233;. Depuis, elle n'est invit&#233;e que par des m&#233;dias de droite et d'extr&#234;me-droite. Je ne suis pas trop inqui&#232;te sur ce qui se passe dans les m&#233;dias autour de Marguerite Stern et de Dora Moutot, qui vraiment aujourd'hui sont des personnalit&#233;s cat&#233;goris&#233;es &#224; l'extr&#234;me droite et invit&#233;es par des m&#233;dias qui ont l'habitude d'inviter des gens d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Le monde politique est encore peu compos&#233; de personnes trans. Marie Cau (premi&#232;re maire trans out de France) fait figure de pionni&#232;re. En revanche, sur le sujet de la transphobie, elle consid&#232;re que les trans subissent une &#171; surpolitisation &#187; de la transidentit&#233; par les extr&#234;mes de gauche et de droite. Comment analyses-tu cette position qui est en fait aussi la position centriste en France ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; Oui, Marie Cau, avant d'&#234;tre une maire trans, c'est une politicienne centriste, anti-extr&#234;me. Bon, voil&#224;, c'est ses positions. Elle ne repr&#233;sente pas les personnes trans. Si ce n'est que c'est la seule maire trans out de France. Moi, je ne sais pas, tr&#232;s franchement, je m'int&#233;resse peu &#224; &#231;a. Ma vraie question, c'est comment on r&#233;pond, comment on produit du changement politique en r&#233;alit&#233; qui soit durable et qui mette fin aussi &#224; la p&#233;riode politique qu'on traverse. Ce que je pense pour le coup vraiment tr&#232;s fort, c'est que la p&#233;riode politique qu'on traverse, on ne peut pas en sortir seulement par des discussions raisonnables ou &#224; l'inverse seulement par des protestations en esp&#233;rant que ces protestations mettent fin un jour &#224; l'offensive &#224; laquelle on fait face. Cette offensive, elle peut de toute fa&#231;on basculer dans un plus grand mouvement de l'histoire, dans une victoire du fascisme, dans laquelle de toute fa&#231;on les personnes trans ne repr&#233;sentent rien, elles sont vraiment une goutte d'eau et n'auraient de toute fa&#231;on pas les moyens seul*s de r&#233;pondre. Mais si ce n'est pas le fascisme qui gagne, alors il faut que les discours transphobes s'arr&#234;tent, et qu'on arrive &#224; les arr&#234;ter, &#224; leur faire conna&#238;tre un reflux en tout cas, au m&#234;me titre que les discours racistes et s&#233;curitaires auxquels on assiste quotidiennement. Et je pense que sur les questions LGBT, si l'histoire nous a d&#233;montr&#233; quelque chose, c'est que le meilleur moyen de les faire taire, c'est de gagner. Et que, apr&#232;s le Mariage pour tous, les opposants ont globalement arr&#234;t&#233; d'&#234;tre invit&#233;s sur les plateaux. En r&#233;alit&#233;, qui a vu Frigide Barjot sur un plateau depuis le mariage pour tous ? Donc je pense qu'il y a vraiment quelque chose &#224; gagner l&#224;-dessus, d'autant qu'en fait, sur les questions LGBT, la fracture entre l'extr&#234;me droite, qui occupe quasiment tout le champ politique, et la gauche, passe pas au m&#234;me endroit que sur le reste. Et en particulier, il y a une majorit&#233; alternative qui peut &#234;tre construite &#224; l'Assembl&#233;e sur ces questions-l&#224;. C'est pas &#233;vident, mais je pense que c'est faisable. Et si on r&#233;ussit &#224; la construire,on renverse la vapeur, mais radicalement, sur cette question-l&#224;. C'est-&#224;-dire que tout d'un coup, on ne d&#233;bat plus de &#171; est-ce qu'il faut interdire aux enfants de transitionner ? &#187;. On d&#233;bat de &#171; est-ce qu'il faut autoriser, comme l'Allemagne et l'Espagne, les personnes trans &#224; changer librement leur genre &#224; l'&#233;tat civil ? &#187;. Au pire il ne se passe rien ! Au mieux, on gagne. Et alors, le d&#233;bat sur est-ce qu'il faut interdire aux enfants de transitionner, il est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; J'ai une derni&#232;re question. Qu'est-ce qui, selon toi, fait la force du mouvement transf&#233;ministe en France ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.R. :&lt;/strong&gt; &#199;a suppose d&#233;j&#224; que le mouvement transf&#233;ministe soit fort. Je pense qu'il a des forces qu'il n'y a pas dans d'autres pays. Notamment un mouvement social f&#233;ministe assez puissant et qui globalement le soutient. C'est-&#224;-dire que c'est difficile aujourd'hui de se ramener dans une grosse manif f&#233;ministe o&#249; il y a 100 000 personnes avec une pancarte transphobe aujourd'hui. C'est aussi un tr&#232;s bon d&#233;veloppement des assos d'autosupport en France, en particulier en Ile-de-France, avec des assos qui sont historiques, qui ont des moyens, qui font aussi que mat&#233;riellement, on s'en sort peut-&#234;tre un peu mieux qu'ailleurs. Et aussi, enfin, c'est, je pense, l'h&#233;ritage de tout un tas de luttes en particulier des luttes contre le VIH qui font qu'on a un syst&#232;me de sant&#233; qui laisse un peu plus la place aux patient*s que dans d'autres pays sans forc&#233;ment tout le temps passer par la loi, et qui fait qu'aujourd'hui l'acc&#232;s aux soins des personnes trans ,c'est &#224; la fois ind&#233;crottablement transphobe et il y a plein de trucs &#224; am&#233;liorer, mais en France, on reste quand m&#234;me un des moins pires pays d'Europe, de tr&#232;s loin. Et je pense que &#231;a, c'est un h&#233;ritage qu'on doit au fait qu'il y ait des assos qui soient l&#224; depuis longtemps, qui fassent le taf et qui, en plus, h&#233;ritent de luttes qui ont 40 ans quasiment. Apr&#232;s, il a plein de faiblesses pour le mouvement transf&#233;ministe en France, notamment de ne pas &#234;tre tout le temps transf&#233;ministe. C'est-&#224;-dire que c'est quelque chose qu'on revendique beaucoup, mais il y a des fois on peut avoir tendance &#224; oublier le f&#233;minisme en pensant que la question f&#233;ministe est r&#233;gl&#233;e dans certains espaces par le fait que personne n'est h&#233;t&#233;rosexuel ou que personne n'est cis, ou qu'&#224; l'inverse, le fait que personne ne soit cis permet de ne plus penser l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'homosexualit&#233; comme des choses quand m&#234;me un peu diff&#233;rentes. Mais je pense que ce sont des choses qui bougeront et qui avanceront aussi dans les prochaines ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en novembre 2024.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/lobby.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/lobby.jpg?1732128205' width='500' height='761' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La possibilit&#233; d'une vie non fasciste</title>
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		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sir</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Klaus Theweleit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extraits d'une entretien in&#233;dit avec Klaus Theweleit &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions M&#233;t&#233;ores.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/462545577_588334820419034_7637245589353580488_n-2.png?1731745169' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La possibilit&#233; d'une vie non fasciste. Chroniques d'une Allemagne hant&#233;e&lt;/i&gt; rassemble des textes de Klaus Theweleit &#233;crits entre 1977 et 2021, traduits en fran&#231;ais par Christophe Lucchese, et accompagn&#233;s d'un entretien in&#233;dit. Klaus Theweleit y pose la question qui a hant&#233; toute une g&#233;n&#233;ration au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et n'a cess&#233; de nous hanter depuis : comment vivre une vie non fasciste ? Question, pour Theweleit, moins id&#233;ologique qu'&#233;minemment affective et corporelle. M&#234;lant litt&#233;rature, essai th&#233;orique, chroniques d'&#233;poque et autobiographie, Klaus Theweleit raconte la recherche de formes de vie qui ne soient pas compatibles avec les d&#233;sirs r&#233;pressifs du fascisme. L'intime, la langue, la culture sont confront&#233;s &#224; leurs spectres comme &#224; leur pouvoir parfois lumineux de transformation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Klaus Theweleit est th&#233;oricien de la culture et &#233;crivain allemand. Son premier livre, Fantasm&#226;lgories, compte parmi les ouvrages pionniers en &#233;tude critique des masculinit&#233;s et s'impose comme un classique des th&#233;ories du fascisme. Son &#339;uvre foisonnante a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e par de nombreux prix, dont le prix Schiller en 2016 et le prix Adorno en 2021, &#224; la suite de Jean-Luc Godard, Jacques Derrida et Judith Butler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux extraits que nous publions (&#171; Freud, Canetti, Warhol : retirer &#224; l'individu sa gravit&#233; historique &#187; et &#171; En finir avec la grammaire &#339;dipienne &#187;) s'inscrivent dans un vaste entretien, r&#233;alis&#233; en 2024 par D&#233;borah V. Brosteaux et Christophe Lucchese avec Klaus Theweleit, et qui constitue la derni&#232;re partie de l'ouvrage publi&#233; aux &#233;ditions M&#233;t&#233;ores. Relisant Elias Canetti &#224; travers Deleuze-Guattari et Marshall McLuhan, Theweleit explore les nouvelles modalit&#233;s de mise en connexion m&#233;diatique des corps qui &#233;mergent avec ce qu'il nomme l'&#232;re du &#171; s&#233;riel &#187;. Ainsi le texte &#171; Masse &amp; s&#233;rie &#187;, au c&#339;ur de l'ouvrage et paru en 1998, tente de saisir les puissances &#233;mancipatrices qui &#233;mergent de ces connexions s&#233;rielles, ainsi que leurs propres modes de fermeture autoritaire et fascisante. Canetti appara&#238;t, au fil du texte, comme un compagnon important de la r&#233;flexion politique sur la transformation des d&#233;sirs et des corps : comment, telle est la question qu'il posait dans &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt;, se lib&#233;rer des &#171; aiguillons &#187; de l'ordre qui s'inscrivent dans les corps, qui les r&#233;priment mais qu'ils int&#233;riorisent ? Et surtout comment, demande Theweleit &#224; sa suite, se lib&#233;rer de ces aiguillons sans en transf&#233;rer la violence ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trou Noir remercie &lt;a href=&#034;https://editionsmeteores.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les &#233;ditions M&#233;t&#233;ores&lt;/a&gt; ainsi que D&#233;borah V. Bosteaux, Christophe Lucchese et Klaus Theweleit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Freud, Canetti, Warhol : retirer &#224; l'individu sa gravit&#233; historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;borah V. Brosteaux : &lt;/strong&gt; J'aimerais revenir sur une piste de r&#233;flexion dans ton essai th&#233;orique sur Canetti. Tu proposes une reprise de Canetti par la notion de &#171; s&#233;rie &#187; pour penser les nouvelles formations corporelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans les ann&#233;es 1990, dans les conditions de l'&#232;re m&#233;diatique. Contrairement &#224; ce que l'on peut trouver dans une certaine lecture issue de la th&#233;orie critique, le concept de &#171; s&#233;rie &#187; ne serait pas n&#233;gatif en soi (au sens d'uniformisation s&#233;rielle) mais d&#233;crirait un certain mode d'association des &#234;tres, pouvant emprunter diff&#233;rentes voies : il y aurait des s&#233;ries &#171; ferm&#233;es &#187; qui, pour le dire rapidement, capturent les connexions qu'elles &#233;tablissent dans des lignes dures, bloquant la possibilit&#233; de diversification des liens, et des s&#233;ries ouvertes dans lesquelles de nouvelles connexions et circulations sont exp&#233;riment&#233;es. Pourrais-tu revenir sur ces liens et ces contrastes entre s&#233;ries ferm&#233;es et ouvertes, comme il est question de masses ouvertes et de masses ferm&#233;es chez Canetti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Klaus Theweleit :&lt;/strong&gt; S&#233;ries : ce mot s'entend aujourd'hui tr&#232;s diff&#233;remment de ce qu'il &#233;tait &#224; l'&#233;poque de Canetti, de Freud ou d'Andy Warhol, qui est devenu dans les ann&#233;es 1960 le v&#233;ritable &#171; p&#232;re &#187; du &lt;i&gt;terme &lt;/i&gt; &#171; s&#233;rialit&#233; &#187;. Aujourd'hui, quand quelqu'un dit &#171; s&#233;rie &#187;, tout le monde pense d'abord &#224; la t&#233;l&#233; &#8211; aux &#233;pisodes, aux saisons, aux intrigues. Ce que Warhol a fait, c'est en grande partie le contraire. &#192; savoir une juxtaposition de quelque chose de similaire en grand nombre, par laquelle il &#233;tait question de&lt;i&gt; d&#233;placer la gravit&#233;&lt;/i&gt;. La formule de Warhol &#233;tait : &#171; R&#233;p&#233;ter, c'est vider. &#187; Plus je r&#233;p&#232;te en s&#233;rie quelque chose de similaire, moins elle contient de significations &lt;i&gt;graves&lt;/i&gt;. Et moins il y en a, plus je peux gagner en libert&#233; de conduite. Warhol s'est battu (entre autres) contre le poids des mots &#224; la signification rengorg&#233;e dans le monde de l'art et dans la vie en g&#233;n&#233;ral. Sa s&#233;rie de choses identiques aussi l&#233;g&#232;res que possible &#8211; sans &lt;i&gt;inventions&lt;/i&gt; lourdes de sens, de pr&#233;f&#233;rence de simples produits industriels &#8211; &#233;tait cens&#233;e d&#233;gonfler les bulles de la parole et de la pens&#233;e. Pas de &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt;, donc, mais du ludique et de l'humour. Des s&#233;ries compl&#232;tement diff&#233;rentes de celles comme &lt;i&gt;Game of Thrones&lt;/i&gt;, o&#249; la superficialit&#233; des anciennes s&#233;ries t&#233;l&#233; doit justement &#234;tre &#171; surmont&#233;e &#187; par la &lt;i&gt;gravit&#233;&lt;/i&gt; pour leur donner leur place dans la t&#233;l&#233;vision &lt;i&gt;s&#233;rieuse&lt;/i&gt; &#8211; les installer au m&#234;me rang que les films de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais un petit &#233;cart pour citer un passage de mon livre &lt;i&gt;Objektwahl&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; deux r&#233;flexions en guise de conclusion &#187;. C'est le r&#233;sultat auquel j'aboutis apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; le choix d'objet d'amour chez l'&#171; homme moderne &#187; Freud &#8211; un r&#233;sultat tr&#232;s &#233;trange, que je r&#233;sume ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'objet d'amour au &lt;i&gt;singulier&lt;/i&gt; n'existe pas, semblent indiquer les proc&#233;d&#233;s freudiens. C'est pratiquement un &lt;i&gt;spectre&lt;/i&gt; de relations d'objet qui fait &lt;i&gt;l'amour&lt;/i&gt; et qui le fait marcher. Freud a besoin, pour pouvoir vivre de mani&#232;re satisfaisante selon ses d&#233;sirs de travail et d'amour, a) d'une &#233;pouse &#224; partir de laquelle &#233;laborer un plan de vie et avec l'aide de laquelle effectuer un changement d'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aussi avec Martha, l'&#233;pouse, qu'il invente la psychanalyse.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; b) d'une &#233;pouse pour les enfants, pour la maison et, un temps, pour l'amour sexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8230; que Martha et lui suspendent ensuite.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c) d'une s&#233;rie de femmes intellectuelles pour d&#233;velopper son propre travail, des amours professionnelles ou des femmes &#171; m&#233;diales &#187;. Cette s&#233;rie est construite ou fonctionne en parall&#232;le avec une autre s&#233;rie, celle des patientes, avec l'aide desquelles certaines connaissances sont acquises et qui peuvent elles-m&#234;mes changer de s&#233;rie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et donc elles-m&#234;mes devenir psychanalystes.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d) dans les couples de production masculins, &#224; chaque fois d'un ami central, &#171; prince h&#233;ritier &#187; ou &#171; co-g&#233;nie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud-Jung, Freud-Ferenczi, Freud-Abraham, Freud-Rank, Freud-Reich, etc.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; e) d'une fille-secr&#233;taire-successeure, dans la vie amoureuse de laquelle un gendre-mari n'appara&#238;t pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et n'est pas pr&#233;vu.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tout compose les facettes des &lt;i&gt;choix amoureux&lt;/i&gt; de Freud.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'augmentation des plateaux amoureux au cours de la vie de Freud signifie qu'il n'y a pas de &lt;i&gt;s&#233;parations&lt;/i&gt; &#224; faire entre les objets d'amour ; il y a des additions, des extensions, des d&#233;placements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot pr&#233;f&#233;r&#233; de Deleuze, qui aimait toujours mettre un &#171; et &#187; entre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (pas seulement de la &lt;i&gt;sublimation&lt;/i&gt;, pour reprendre le terme plut&#244;t malheureux de Freud). Quand Freud, &#226;g&#233; de 80 ans, dit que son mariage avec Martha Bernays fut un mariage heureux, il n'y a rien &#224; redire non plus. (Les types qui qualifient la vie amoureuse de Freud de &#171; malheureuse &#187; parce qu'il n'a plus couch&#233; avec Martha Freud &#224; partir d'un certain moment n'ont pas vu grand-chose du film de Freud, juste le g&#233;n&#233;rique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;All you need&lt;/i&gt;, semble dire Freud, c'est de garder les s&#233;ries en marche, de ne pas m&#233;langer les 5 (peut-&#234;tre plus) types de relation, de ne pas exiger de l'&#233;pouse ce qu'elle ne peut ou ne veut pas ; de la fille ce qu'elle peut et veut ; de continuer &#224; d&#233;sirer, alors ils ne cesseront pas d'appara&#238;tre, ni les revenants, ni les moments d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion freudienne de libido est au fond une notion s&#233;rielle. D'abord il y a substitution de la m&#232;re, puis les substitutions se poursuivent, changent de niveau, se d&#233;ploient. L'objet d'amour au &lt;i&gt;singulier&lt;/i&gt; existe bien (&#224; une origine), mais il est divis&#233;, subdivis&#233;, kal&#233;idoscopis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Theweleit, Objektwahl (all you need is love&#8230;). &#220;ber Paarbildungsstrategie&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Formes de s&#233;rialit&#233; donc, comme structures de base des humains du xxe si&#232;cle ; &#171; substitutions &#187; de personnes et de relations, par lesquelles elles ne sont pas d&#233;truites, donc pas simplement &#171; abandonn&#233;es &#187;, mais conserv&#233;es, par exemple par un changement de fonction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ou quoi&lt;i&gt; la libido&lt;/i&gt; investit-elle donc ? Seulement des objets partiels, jamais des personnes enti&#232;res, crient les freudiens/antifreudiens fran&#231;ais depuis des ann&#233;es dans le vent, et beaucoup de choses chez Freud vont dans leur sens. La libido est-elle elle-m&#234;me une &#233;nergie segment&#233;e, qui va vers des segments et des s&#233;ries ? Il me semble que ce qui vient ici de Freud s'accorde bien tant avec la &#171; s&#233;rie ouverte &#187; de Canetti qu'avec la construction du s&#233;riel chez Warhol. Ne travaillent-ils pas tous &#224; retirer au concept d'individu sa gravit&#233; historique ? Le s&#233;riel est cens&#233; ouvrir chez Warhol. Il n'y a pas d'&#339;uvre unique ou cette histoire d'auratique, mais il fait une blague. Dans le journal, il lit que Picasso a laiss&#233; 4 000 chefs-d'&#339;uvre, le travail de toute une vie. &#192; quoi il r&#233;pond : &#171; J'en fais autant en un jour. &#187; Des s&#233;rigraphies, bien s&#251;r : le m&#234;me chef-d'&#339;uvre 4 000 fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DB &lt;/strong&gt; : En quoi est-ce ouvert ? N'est-ce pas une pure reproductibilit&#233; ? Et si c'est ouvert, cela ne signifie-t-il pas qu'il y a des d&#233;placements dans la r&#233;p&#233;tition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;KT :&lt;/strong&gt; Reproductibilit&#233; ? Ne veut-il pas dire que l'un est aussi bon que l'autre ? Cette hi&#233;rarchie n'existe pas dans les &#339;uvres. Ni dans les structures des personnes. Il a merveilleusement montr&#233; qu'il &#339;uvrait constamment &#224; l'&#233;galit&#233; avec ses petits films, tr&#232;s peu connus, sauf &#224; travers un livre de photos. &#192; partir du milieu des ann&#233;es 1960, apr&#232;s les grandes s&#233;ries de s&#233;rigraphies, il parle publiquement de ne plus produire d'images &#8211; de s&#233;rigraphies &#8211; mais seulement des films. D'une part, cela fait monter les prix des images qui existent. Deuxi&#232;mement, cela attire l'attention sur la cam&#233;ra. L&#224;, il a un plan. Toutes les personnes de cette p&#233;riode qui viennent dans sa &#171; Factory &#187; de New York doivent s'asseoir sur une chaise plac&#233;e dans l'antichambre devant un &#233;cran blanc, face &#224; une cam&#233;ra, avec la consigne de ne rien faire pendant cinq minutes. Juste rester assises. Et c'est film&#233;, sans son. Ces films de 5 minutes sont aujourd'hui au mus&#233;e Warhol de Pittsburg. Les conservateurs en ont tir&#233; un grand livre de photos o&#249; l'on peut &#233;tudier comment les diff&#233;rentes personnes supportent ou ne supportent pas d'&#234;tre assises l&#224; aussi longtemps que n'importe quel autre invit&#233;. La Factory est un&lt;i&gt; hot spot&lt;/i&gt;. Dieu et le monde s'y rendent. Et que ce soit Salvador Dal&#237;, Marcel Duchamps, Susan Sontag ou Jenny Holzer qui entre, tout le monde s'y pr&#234;te, s'assoit sur la chaise. Certains ne tiennent pas en place, d'autres font des grimaces ou regardent sto&#239;quement l'objectif ; des expressions faciales apparaissent, divers gestes, mais les &#233;carts ne sont pas si importants ; m&#234;me chaise, m&#234;me cadre, m&#234;me lumi&#232;re. Il n'y en a qu'un qui ne s'y pr&#234;te pas (compl&#232;tement) : Bob Dylan, qui au bout d'un court moment se l&#232;ve, dit quelque chose comme &#171; va te faire foutre &#187; et d&#233;campe (seul individu &#224; New York City). Sinon, tout le New York artistique reste sagement assis. L'&#233;galit&#233; de traitement d'Andy. Des processus qu'il a accompagn&#233;s toute sa vie avec des formules th&#233;oriques du genre : Richard Nixon, Liz Taylor, Cary Grant, Jimmy Carter boivent tous le m&#234;me coca. Ils ont habituellement un champagne sp&#233;cial mais pas de coca sp&#233;cial. D'o&#249; la&lt;i&gt; Tomato Soup&lt;/i&gt; de Campbell comme le plus grand des plats. Il joue &#231;a &#224; mille niveaux, cette fa&#231;on de vider les choses de leur contenu, de ces contenus philosophiques ou auratiques des mondes de l'art qui bavassent en permanence. En cela il rencontre le penseur le plus pr&#233;cis des changements historiques-technologiques : la perception de Walter Benjamin de la disparition de l'auratique dans l'&#339;uvre d'art, provoqu&#233;e par sa reproductibilit&#233; technique, la th&#233;orie du cin&#233;ma. Que des r&#233;flexions d&#233;contract&#233;es (extr&#234;mement complexes) sur le statut du &#171; moi moderne &#187;, culminant dans ce plan de cam&#233;ra du toit de l'Empire State Building qui dure une nuit, 8 heures, o&#249; seule la lumi&#232;re change mais o&#249; la cam&#233;ra ne bouge pas d'un iota. Henry Geldzahler du MoMA lui dit : &#171; Andy, fais donc un autre plan. &#187; &#192; quoi Andy r&#233;pond : &#171; Henry, dis quelque chose d'intelligent sur Nietzsche. &#187; Les spectateurs doivent tenir ce point de vue, c'est tout, pas de zoom ni rien, huit heures durant. Ceux qui tiennent huit heures sont transform&#233;s, dit le cin&#233;aste et ami de Warhol Jonas Mekas. Parce qu'ils ont d&#251; faire face&lt;i&gt; &#224; eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, pas &#224; l'image devant eux. L'image ne bouge pas : juste une lumi&#232;re changeante, celle du soir, puis du matin. Ce type &#233;tait plus qu'intelligent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En finir avec la grammaire &#339;dipienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe Lucchese :&lt;/strong&gt; Pourrait-on associer ce vidage warholien des choses &#224; la d&#233;sidentification subjective, notamment &#224; la dissolution des structurations binaires s&#233;culaires, voire mill&#233;naires, de nos &#171; identit&#233;s &#187; ? Je cite &#171; &#192; propos de l'exil &#187; : &#171; Moi/non-moi, conscient/inconscient, femme/homme, adulte/enfant, barbare/non-barbare &#8211; langue dans le champ des oppositions binaires qui structurent notre culture depuis environ 12 000 ans. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; propos d'exils &#187;, p. 72.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette position n'est pas nouvelle dans ton &#233;criture, mais j'ai l'impression qu'elle a &#233;volu&#233;. Ainsi, bien que tu aies pu appeler dans &lt;i&gt;Fantasm&#226;lgories&lt;/i&gt; &#224; d&#233;passer la dialectique et des cat&#233;gories comme rationalit&#233;/irrationalit&#233;, tu adoptes une position &#171; diff&#233;rentialiste &#187; en ce qui concerne les sexes : non pas les indiff&#233;rencier, mais au contraire intensifier les diff&#233;rences. Je cite : &#171; L'abolition de la domination, l'&#233;galit&#233; r&#233;elle ne se r&#233;alisera qu'en d&#233;ployant les diversit&#233;s ; pas en les uniformisant, ce qui est une continuation du phallocentrisme dans l'id&#233;e de la lib&#233;ration. Les diversit&#233;s se d&#233;ploient, mais on ne peut plus en d&#233;duire une diff&#233;rence de droit. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Theweleit, M&#228;nnerphantasien, op. cit., p. 653.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ailleurs, pas si loin, dans ta postface de 2000 &#224; l'&#233;dition de poche allemande de &lt;i&gt;Fantasm&#226;lgories&lt;/i&gt;, tu mentionnes Judith Butler comme r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de &lt;i&gt;gender studies&lt;/i&gt;. Cependant, celle-ci adopte une position clairement plus queer. D'o&#249; ma question : comment ta position a-t-elle &#233;volu&#233; depuis &lt;i&gt;Fantasm&#226;lgories&lt;/i&gt; en ce qui concerne les genres et la non-binarit&#233; ? Est-ce que les pens&#233;es queer y ont jou&#233; un r&#244;le ? Est-ce que cela a chang&#233; ton approche de la psychanalyse, et si oui, comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;KT &lt;/strong&gt; : S'&#233;loigner de la binarit&#233; homme/femme n'est pas seulement toujours une bonne chose, c'est aussi n&#233;cessaire. Je viens de voir sur Arte un concert de Prince, feu le magicien, &#224; l'universit&#233; de Syracuse, dans l'&#201;tat de New York en 1993. Il se pr&#233;sente sous un symbole qui m&#233;lange les signes masculin-f&#233;minin, fl&#232;che, croix, cercle. Tout comme Prince lui-m&#234;me chante et danse de mani&#232;re multi-sexe, avec toujours deux ou trois femmes dans son groupe. Toujours en train de dissoudre le couple binaire, m&#234;me dans sa propre assignation de genre. Sa voix va parfois au-del&#224; des hauteurs de soprano, des stridulations impossibles &#224; saisir par l'&#233;criture musicale. Plus possible de lui assigner un genre masculin ou f&#233;minin. On y voit (et entend) la dissolution de cette opposition en acte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de cette binarit&#233;, ce que j'appelle la grammaire &#339;dipienne, que souffrent, comme je l'ai dit plus haut, les formes langagi&#232;res les plus d&#233;velopp&#233;es du dialectique, qui ont d&#233;termin&#233; notre &#233;criture comme nos lois sur le mariage, jusqu'&#224; r&#233;cemment. Sujet, pr&#233;dicat, objet : syntaxe qui se rapporte clairement au genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sujet : le masculin, la colonne. Porteur de l'&#233;difice. Le f&#233;minin tombe sous les verbes, le pr&#233;dicat, le mouvement, les sentiments. Objet : ceux que &#231;a concerne, les soumis, aussi en partie les femmes, les enfants, les esclaves. La syntaxe est colonialiste : papa, maman, zombie, comme le disent Deleuze et Guattari ; peu importe ce que tu y exprimes. M&#234;me dans la grammaire que j'utilise (dois utiliser) majoritairement. Malgr&#233; toutes les tentatives de faire autrement, la structure de base est &#339;dipienne. M&#234;me chez Judith Butler, dont le langage semble aussi contamin&#233; par le virus du j'ai-toujours-raison. Je consid&#232;re que changer ce type de langage/d'&#233;criture est l'une des t&#226;ches de l'avenir. L'&#233;lectronique y travaille dur, justement. Beaucoup de jeunes qui grandissent maintenant avec l'&#233;lectronique n'apprennent plus le langage/les langues &#339;dipiennes. Peut-&#234;tre apprennent-ils d'abord quelque chose de pire, mais je ne le crois pas. La plupart des SMS sont d&#233;j&#224; au-del&#224; de cette grammaire : ils se foutent de la &#171; forme prescrite &#187; de la correspondance &#233;crite ou des &#171; pi&#232;ces officielles &#187;. &#171; &lt;i&gt;Please tell me who I am &lt;/i&gt; &#187;, Supertramp, &lt;i&gt;The Logical Song&lt;/i&gt;, date du dernier mill&#233;naire. De ce point de vue, le queer est bien plus important que la question de l'ast&#233;risque ou du point m&#233;dian qui fait l'objet d'incessantes tractations. C'est un th&#233;&#226;tre d'op&#233;ration secondaire. &#192; mon sens une large occultation de ce dont il est r&#233;ellement question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CL :&lt;/strong&gt; Mais l'&#233;criture inclusive, la question de l'ast&#233;risque ou du point m&#233;dian n'est-elle pas d&#233;j&#224; une fissure dans la grammaire &#339;dipienne ? Ses diff&#233;rentes formes, sa volont&#233; de ne justement pas les uniformiser et de ne pas forc&#233;ment les codifier, les normaliser, tout cela pourrait &#234;tre une ligne de fuite hors de la structure hi&#233;rarchique de la langue, vers quelque chose d'autre, sans que l'on sache encore quoi. Ne serait-ce qu'&#224; titre de t&#226;tonnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;KT :&lt;/strong&gt; Certes, mais une petite fissure de rien du tout. Il est vraiment important de changer la langue. Mais avec des interventions aussi marginales ? Qui ne s'attaquent m&#234;me pas &#224; la syntaxe ? Deux remarques de Gottfried Benn, sur la &#171; situation &#187; peu apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, me restent toujours &#171; en t&#234;te &#187;. La premi&#232;re, adress&#233;e &#224; son ami Oelze : &#171; Les gauchistes parlent de capitalisme &lt;i&gt;tardif&lt;/i&gt;. &#187; Et il poursuit : &#171; Le capitalisme ne fait que commencer. &#187; &#201;crite en 1948, et toujours valable en 2024. (Toujours ?) La deuxi&#232;me : &#171; Les humains sont largement en avance sur leur grammaire. &#187; (Je cite de m&#233;moire.) Ce qui veut dire que ce qui se passe r&#233;ellement avec les individus dans les soci&#233;t&#233;s modernes a depuis longtemps d&#233;pass&#233; leur syntaxe. Avec notre syntaxe &#339;dipienne, nous sommes &#224; la tra&#238;ne de nos conditions r&#233;elles. C'est pourquoi l'anti-binaire est si important. La discussion queer est &#224; ce jour la plus grande entaille dans cette langue b&#233;tonn&#233;e : une entaille qui d&#233;ploie des effets publics dans nos types de parler quotidiens, dans nos relations. Tout change d'abord dans les corps, qui cherchent des langues pour cela, et on les emp&#234;che toujours de le faire, on les freine. L'&#171; homme-bloc &#187; ne supporte pas de tels sauts. &#199;a s'est vu dans la principale r&#233;action &#224; &lt;i&gt;Fantasm&#226;lgories&lt;/i&gt;. Quand les lecteurs et lectrices ont dit que ce n'&#233;tait pas une langue acad&#233;mique, ils y sentaient d&#233;j&#224; l'autre. Et c'&#233;tait, sinon mon intention, du moins mon d&#233;sir inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/9782960288773-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9782960288773-2.jpg?1731745138' width='500' height='803' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aussi avec Martha, l'&#233;pouse, qu'il invente la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8230; que Martha et lui suspendent ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et donc elles-m&#234;mes devenir psychanalystes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud-Jung, Freud-Ferenczi, Freud-Abraham, Freud-Rank, Freud-Reich, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et n'est pas pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot pr&#233;f&#233;r&#233; de Deleuze, qui aimait toujours mettre un &#171; et &#187; entre les choses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Theweleit, &lt;i&gt;Objektwahl &lt;/i&gt; (all you need is love&#8230;). &lt;i&gt;&#220;ber Paarbildungsstrategien &amp; Bruchst&#252;ck einer Freudbiographie&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Choix d'objet&lt;/i&gt; (all you need is love&#8230;).&lt;i&gt; Sur les strat&#233;gies de formation des couples &amp; fragment d'une biographie de Freud)&lt;/i&gt;, Stroemfeld/Roter Stern, B&#226;le/Francfort-sur-le-Main, 1990, p. 123-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#192; propos d'exils &#187;, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Theweleit, &lt;i&gt;M&#228;nnerphantasien&lt;/i&gt;, op. cit., p. 653.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Emilia P&#233;rez et les r&#233;actionnaires tordus</title>
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		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Transition</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma l&#233;opard&#183;e</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Audiard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A propos du film &#171; Emilia P&#233;rez &#187; de Jacques Audiard.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/1.jpg?1731403035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=304508.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Emilia P&#233;rez&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; est le nouveau film de Jacques Audiard (...) sorti sur les &#233;crans le 21 ao&#251;t 2024. Il sera le repr&#233;sentant de la France &#224; la prochaine c&#233;r&#233;monie des Oscars dans la cat&#233;gorie Meilleur film &#233;tranger. Le film raconte l'histoire d'un chef de cartel mexicain qui veut r&#233;aliser un double projet : se retirer des affaires et &#171; devenir enfin la femme qu'il a toujours r&#234;v&#233; d'&#234;tre &#187;. Ce film rempli de fantasmes est l'objet d'un d&#233;bat esth&#233;tique et politique au sein de la critique de cin&#233;ma et des pens&#233;es trans*.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous proposons ici une lecture du film par Zo, Dilem et Ael du collectif &lt;a href=&#034;https://cineleopardes.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cin&#233;ma l&#233;opard&#183;e&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Choix du CNC, &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez &lt;/i&gt;le film de Jacques Audiard co-produit par Yves Saint-Laurent repr&#233;sentera la France aux oscars 2025. Sa royale ascension vers le box-office ainsi que son ambition d'&#234;tre une ic&#244;ne du f&#233;minisme et de la diversit&#233; nous a rappel&#233; le vernis rose et inclusif de &lt;i&gt;Barbie &lt;/i&gt;discut&#233; ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbie, nouvelle ic&#244;ne du f&#233;minisme et de la diversit&#233;, Nathalie Chifflet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Barbie&#8221; de Greta Gerwig : un vernis pop et f&#233;ministe, mais beaucoup de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On s'est donc engouffr&#233;&#183;es dans une des nombreuses salles combles de campagne qui le projetaient encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film se d&#233;roule au Mexique, Manitas est un chef de cartel qui veut devenir une femme. Pour cela, il envoie sa compagne Jessi et ses enfants vivre en Suisse et charge Rita, prestigieuse avocate, d'orchestrer secr&#232;tement sa transition et sa mort. Ainsi, Manitas devient Emilia P&#233;rez. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant, bien qu'une personne trans brille sur les grands &#233;crans des petits villages de France, on est pris d'une sensation confuse, quelque chose cloche. Alors, perplexes, on se demande pourquoi Jacques Audiard, second&#233; par une grande marque du luxe, aurait r&#233;alis&#233; un film &#233;mancipateur. Connu par la critique pour son film &lt;i&gt;Dheepan, &lt;/i&gt;Palme d'or &#224; Cannes, Audiard est pour les Cahiers du cin&#233;ma &#171; l'&#233;talon de la &#8216;BFMisation' des cerveaux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vide politique, St&#233;phane Delorme, Cahiers du Cin&#233;ma, &#201;dito n&#176;714, septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-on &#233;tablir un rapport entre &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez &lt;/i&gt;et ce film qui accumule des clich&#233;s sur les banlieusards en &#171; donnant &#224; voir seulement la violence des domin&#233;s, v&#233;ritables machines &#224; tuer, b&#234;tes sanguinaires. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dheepan, ni fait ni &#224; faire, Ga&#235;l Martin, Cin&#233;matraque, 23 mai 2015. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques parvient-il &#224; tordre ses positions r&#233;actionnaires pour les glisser sur la ligne de front que se disputent les tendances f&#233;ministes actuelles. Celles pour l'&#233;mancipation d'un c&#244;t&#233; et celles, de l'autre, au service d'une vision s&#233;curitaire et conservatrice ? &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez &lt;/i&gt;nous renseigne ainsi sur le r&#233;agencement des enjeux du pouvoir et les terrains de lutte de la bourgeoisie culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La com&#233;die musicale au service du sc&#233;nario&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre sur une premi&#232;re sc&#232;ne impressionnante : au milieu des rues mexicaines la chor&#233;graphie fait danser les corps avec la cam&#233;ra. La force de la pop nous entra&#238;ne dans les possibles qu'ouvre la com&#233;die musicale. C'est palpitant, &#233;blouissant, Audiard nous a pr&#233;par&#233; un cocktail paillet&#233; empruntant aux cultures populaires leurs esth&#233;tiques puissantes : reggaeton, procession, danses contemporaines-queer de plateaux-t&#233;l&#233; &#8211; &#224; la fa&#231;on JO. Puis tr&#232;s vite ces forces et ces esth&#233;tiques ne deviennent qu'un d&#233;cor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une tradition am&#233;ricaine &#8211; dans laquelle la com&#233;die musicale permet de sortir du dogme sc&#233;naristique d'Hollywood &#8211; les sc&#232;nes musicales dans &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez&lt;/i&gt;, ne travestissent pas le sc&#233;nario en offrant au cin&#233;ma une puissance pour se d&#233;passer lui-m&#234;me. Mis &#224; part quelques belles chor&#233;graphies, ces sc&#232;nes ne sont que des substituts &lt;i&gt;cools &lt;/i&gt;aux dialogues. Film&#233; en champ contrechamp assez fade l'&#233;change entre Rita et le m&#233;decin &#224; Tel-Aviv en t&#233;moigne. L'usage de la com&#233;die musicale sert surtout &#224; construire un univers pseudo queer-mexicain &#8211; tourn&#233; dans les studios du Val-de-Marne &#8211; tout en faisant une pub pour des chaussures de luxe. Ce qui par moments nous entra&#238;ne n'est finalement qu'un vernis qui rend d&#233;sirable le discours qu'il recouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent, ces sc&#232;nes musicales illustrent des int&#233;riorit&#233;s &lt;i&gt;egotrip&#233;es &lt;/i&gt;dans lesquelles les personnages se r&#233;inventent au sein du film sur un mode d'existence n&#233;olib&#233;ral, o&#249; chacune se raconte comme elle aimerait se voir. Pour convaincre le m&#233;decin d'aider Emilia dans sa transition, Rita d&#233;ploie, face &#224; lui et face cam&#233;ra, une plaidoirie. Elle y chante son engagement fantasm&#233; pour la d&#233;fense des minorit&#233;s. Tout au long du film, Jessi ne cesse d'&#234;tre sous l'emprise de Manitas puis d'Emilia. Lorsqu'elle semble se r&#233;volter contre cette derni&#232;re, sa col&#232;re se d&#233;foule dans un espace extra-di&#233;g&#233;tique. Par un &lt;i&gt;cut&lt;/i&gt;, on passe ainsi de sa chambre &#224; un plateau de danse hallucin&#233; o&#249; se d&#233;roule sa r&#233;volte. Cette r&#233;bellion, en &#233;tant seulement le fruit de son imagination, produit habilement l'illusion de la transformation des rapports de pouvoir entre les deux femmes. Ces envol&#233;es d&#233;lirantes en musique placent les personnages &lt;i&gt;dans l'imaginaire d'une puissance en masquant leur impuissance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/2.png?1731403090' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La transidentit&#233; utilis&#233;e comme rempart contre la barbarie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En plus de la com&#233;die musicale, Audiard emprunte au film de gangsters : &#224; la nuit tomb&#233;e Manitas kidnappe Rita. Elle est cagoul&#233;e, puis emmen&#233;e dans un sombre 4X4 pour &#234;tre soudoy&#233;e au milieu d'un d&#233;sert surveill&#233; par des hommes arm&#233;s. Pourquoi cet imaginaire des cartels dans le film ? Le choix du contexte mexicain permet la distance n&#233;cessaire &#224; un exotisme vicieux. Pour Audiard &#171; l'espagnol est une langue de pays &#233;mergeant, c'est une langue de pays modeste, de pauvres, de migrants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Ce n'est pas une com&#233;die musicale' : Jacques Audiard raconte le tournage du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici, pas d'Arabes ni de noirs, mais d'autres st&#233;r&#233;otypes tout aussi bien dessin&#233;s gr&#226;ce aux m&#233;dias : des gars des cartels, tatou&#233;s et un peu indig&#232;nes. Ces images ont fait le tour du monde depuis les luttes contre les gangs arm&#233;s en Am&#233;rique du Sud et pourraient tout aussi bien provenir du service de propagande de Bukele au Salvador, le &#171; dictateur le plus cool du monde &#187; qui met en sc&#232;ne sa guerre sauvage contre les &lt;i&gt;maras&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le stade Bukele du spectacle, Fr&#233;d&#233;ric Thomas, lundimatin#445, 30 septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/3.png?1731403090' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_1118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/4-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/4-4.jpg?1731403002' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Prison d'Izalco au Salvador.&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les gars des cartels ont donc &#233;t&#233; soigneusement choisis pour le double st&#233;r&#233;otype qu'ils incarnent : &#224; la fois bandits arch&#233;typaux qui r&#233;ussissent &#224; mettre en p&#233;ril l'&#201;tat bourgeois par leurs organisations clandestines, et symboles d'une virilit&#233; &#224; l'ancienne, &#171; mexicains donc par essence machistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mexique 2024 : une pr&#233;sidente au pays du machisme, Kreatur #38, ARTE Info (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; une figure barbare bien ficel&#233;e : &lt;i&gt;pauvre, racis&#233;, violent, mascu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;cor, f&#233;ministe et mexicain, est n&#233;cessaire &#224; l'arnaque. Audiard s'empare de questions politiques mais &#233;vite les structures d'oppression sociale : les violences sexistes et sexuelles, les &lt;i&gt;desaparecidos, &lt;/i&gt;ainsi que les cartels sont pr&#233;sent&#233;s dans le film comme &#233;tant le r&#233;sultat de violences end&#233;miques et fondamentales des &lt;i&gt;barbares &lt;/i&gt;et non pas rouages d'un syst&#232;me patriarcal et capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emilia est un ancien bandit qui, en devenant femme, passe du bon c&#244;t&#233;. La transidentit&#233;, dans le film, trace minutieusement les fronti&#232;res de la barbarie. &#201;pur&#233; de questions sociales et politiques, le &lt;i&gt;changement&lt;/i&gt; est ici une question morale, le bien une affaire d'esprit et de volont&#233; individuelle, et la barbarie une question de choix et de sexe. Le bandit peut donc &#171; d&#233;cider de changer &#187;, il suffit pour cela de trouver un bon chirurgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel changement s'agit-il ? Au-del&#224; de la question du genre se trame, tapie dans l'ombre, la vieille id&#233;ologie civilisationnelle. Pour Rita il y a deux sortes d'hommes : &#171; les riches et les salauds &#187;. Pour le film &#171; les salauds &#187;, c'est-&#224;-dire les hommes pauvres, les hommes non-blancs, incarnent la violence. La transition transforme le bandit Manitas, enrichi par &#171; l'argent sale &#187;, en bourgeoise mondaine : on retrouvera Emilia parfaitement &#224; l'aise dans un d&#238;ner londonien. La transition n'est ni un voyage au sens de Preciado, ni un devenir bandite-sociale &#224; la Zapata-trans mais plut&#244;t un passage de la barbarie &#224; la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/5-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/5-3.jpg?1731403004' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers l'exemple de Manitas, les hommes racis&#233;s sont invit&#233;s &#224; changer : de pr&#233;f&#233;rence en femme blonde et blanchie. Voil&#224; la dimension biopolitique du film dont Rita r&#233;v&#232;le le plan : &#171; pour changer les esprits, il faut changer les corps &#187;. La transidentit&#233; d'Emilia sert de condition &#224; la mission civilisatrice : devenue femme, elle cr&#233;e une association d'aide aux victimes de la violence des cartels que d'anciens bandits rejoignent pour se &#171; laver de leurs tatouages &#187;. En chantonnant leur engagement, comme &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Enfoir&#233;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir images, On trace, Les Enfoir&#233;s, clip, 2019. https://www.youtube.com/watch?v&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;ils se repentent de leur violence pass&#233;e et peuvent enfin s'int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que le film promeut la bourgeoisie Saint-Laurent, il fait la publicit&#233; de ce biopouvoir cool, color&#233; et mondialis&#233;, et tente de le rendre d&#233;sirable. Mais les images parlent parfois contre le sc&#233;nario. Malgr&#233; l'enthousiasme dont Rita fait preuve dans la clinique, cette sc&#232;ne musicale s'av&#232;re &#233;trangement cauchemardesque. Elle &#233;vite de justesse les brancards qui valsent autour d'elle, les visages sont crisp&#233;s et rev&#234;tent des sourires malicieux. Les mouvements de cam&#233;ra panoramiques donnent une sensation &#233;tourdissante. On cherche en vain dans cette sc&#232;ne une forme de d&#233;rision, mais elle ne fait qu'appuyer une ambigu&#239;t&#233; tiss&#233;e tout au long du film : l'essence barbare n'est jamais bien loin et la chirurgie n'est qu'artifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En opposant civilisation et barbares, id&#233;e r&#233;solument r&#233;actionnaire, le film met la transidentit&#233; au service de l'Ordre. L'engagement d'Emilia en faveur du pouvoir est une forme d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e de &lt;i&gt;kaki washing&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au Salvador, le Kaki washing se manifeste entre autres par l'&#233;tendue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Dans une sc&#232;ne d'interview t&#233;l&#233;vis&#233;e, Emilia demande plus de moyens pour la police. On voit se d&#233;ployer ainsi toute la perversion de cette entreprise cin&#233;matographique, car l'habituel conservatisme est ici tordu par une imbrication &#224; des causes progressistes : la transidentit&#233; est utilis&#233;e comme rempart du pouvoir contre les barbares.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les personnages, &#171; nouvelles &#187; figures du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez &lt;/i&gt;comme dans &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt;, les femmes triomphent. En cherchant bien, on trouve encore dans le film quelques hommes virils pour faire tenir le sc&#233;nario. Manitas, Mendoza, Gustavo et la foule anonyme et sans visage de bandits racis&#233;s, incarnent la masculinit&#233; toxique, violente et manipulatrice. Audiard leur taille au couteau des traits grossiers ; il leur pr&#234;te de grosses voitures, des armes et des tatouages. L'arch&#233;type des anciennes masculinit&#233;s non-bourgeoises qui s'opposent aux &#171; nouvelles &#187; masculinit&#233;s OK&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;qui semblent avoir dig&#233;r&#233; le f&#233;minisme. Ces hommes &#8211; blancs ou blanchis, comme ceux que Rita fr&#233;quente &#8211; laissent maintenant leur place au restaurant ou sur la sc&#232;ne de danse, ils sont polis, effac&#233;s, courtois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de Rita est la cl&#233; de vo&#251;te du film. Elle est avocate &#8211; son m&#233;tier, son int&#233;gration, son progressisme la blanchissent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce r&#244;le permet-il au cin&#233;ma fran&#231;ais de blanchir ses personnages ? La France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Au d&#233;but du film, une sc&#232;ne chant&#233;e au tribunal la pr&#233;sente en tant que femme noire. Si le film insiste sur cette identit&#233;, ce n'est que pour mieux l'int&#233;grer. Elle est la femme &#171; nouvelle &#187;, h&#233;rit&#233;e des mouvements f&#233;ministes et anti-racistes qu'elle regarde depuis son ordinateur tout en travaillant. Issue des barbares, elle tente de trouver une place de pouvoir au sein de la civilisation qui refuse de la lui c&#233;der pleinement, ce qui rend Rita toujours plus opportuniste. Elle restera secondaire dans tout son parcours : apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#224; l'ombre d'un horrible patron, le film lui offre une voie de garage par son d&#233;vouement &#224; Emilia, sa nouvelle patronne. Son d&#233;sir de maternit&#233; est brod&#233; tout au long du film et, m&#234;me apr&#232;s sa mort, Emilia lui laissera du travail : Rita h&#233;ritera de ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-3.jpg?1731403005' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une autre figure f&#233;minine est celle de Jessi. Dans le regard du r&#233;actionnaire tordu, elle symbolise la &#171; femme d'avant &#187;, r&#233;trograde et infantile, encore sous tutelle financi&#232;re. Celle qui d&#233;sire se soumettre aux hommes, et continue d'ailleurs de les d&#233;sirer, eux les barbares violents. Elle est blanche, car c'est d'abord cette figure que le p&#233;ril des masculinit&#233;s racis&#233;es menace de salir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf Rester barbare, Louisa Yousfi, La fabrique &#233;ditions, 2022.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On nous la montre &#224; la fois comme une chose fragile ayant besoin de Gustavo pour se d&#233;fendre et comme un &#234;tre hyper-&#233;motionnel donc manipulable. Elle condense la figure de la m&#232;re et de la putain. Pas assez d&#233;vou&#233;e &#224; son r&#244;le de m&#232;re et trop d&#233;sirante, elle sera r&#233;prim&#233;e par Emilia vers la fin du film. Elle ne cesse tout au long du film d'&#234;tre un objet, un corps confin&#233; &#224; l'immanence que l'on transporte, comme les enfants, d'un pays &#224; un autre. Ce corps-objet, lorsqu'il tente de se sortir de cette condition, ne parvient &#224; s'exprimer que par une crise pu&#233;rile et vaine dans des draps Saint-Laurent. Jessi &lt;i&gt;s'an&#233;antit comme sujet, &lt;/i&gt;et le film qui en r&#233;alit&#233; ne d&#233;fend aucune minorit&#233;, &lt;i&gt;excite leur puissance d'agir pour mieux les exercer &#224; leur propre perte.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se d&#233;fendre. Une philosophie de la violence, Elsa Dorlin, La D&#233;couverte, 2017.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; En faisant d'Emilia la gardienne du d&#233;sir de Jessi, et la nouvelle patronne de Rita, le film construit un imaginaire &#8211; celui parano&#239;aque d'un f&#233;minisme r&#233;ac et du mouvement terf &#8211; o&#249; les femmes trans seraient les bourreaux des &#171; vraies &#187; femmes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/8.png?1731403090' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Emilia, elle incarne la f&#233;minit&#233; et la morale chr&#233;tienne : bont&#233;, douceur et don de soi. Des qualit&#233;s qu'elle semble acqu&#233;rir par le biais d'une vaginoplastie. Une r&#233;ussite chirurgicale qu'elle constate avec satisfaction dans l'unique sc&#232;ne qui signe sa transition. Si dans cette sc&#232;ne Emilia regarde son entrejambe, c'est que pour le film le sexe f&#233;minin garantit l'essence f&#233;minine. Apr&#232;s sa mort, Emilia sera sacralis&#233;e dans une procession finale rappelant la vierge Marie. Par la construction de son personnage, Audiard ouvre un nouveau territoire &#224; la conqu&#234;te r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film d'Audiard vient satisfaire des d&#233;sirs de visibilit&#233;, incluant des figures minoritaires, mais la repr&#233;sentativit&#233; est trompeuse : il installe un &#233;cran de fum&#233;e pour leur faire porter un discours r&#233;actionnaire assez tordu pour qu'on n'y per&#231;oive que du feu, ou presque. Pourquoi cet int&#233;r&#234;t pour la transidentit&#233; ? Visiblement pas pour semer le trouble ni pour en faire une puissance politique destituante. Audiard, &#224; travers ses &#171; nouvelles &#187; h&#233;ro&#239;nes, dig&#232;re la critique f&#233;ministe de ces derni&#232;res d&#233;cennies &#8211; notamment la politisation de la transidentit&#233; et la question de la violence sexiste et sexuelle &#8211; pour la r&#233;gurgiter sous forme de fast-food filmique informe et f&#233;tide, noyant ainsi tout d&#233;sir d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Un sc&#233;nario sans &#233;mancipation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez, &lt;/i&gt;Audiard met en sc&#232;ne des minorit&#233;s habituellement diabolis&#233;es dans les m&#233;dias et, au cin&#233;ma, r&#233;duites &#224; des r&#244;les secondaires ou &#224; des objets spectaculaires. Ici, Audiard semble offrir un autre discours, qu'il explique par son &#171; int&#233;r&#234;t particulier, une certaine empathie pour les gens qu'on consid&#232;re comme mal foutus, mal int&#233;gr&#233;s, impurs. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Audiard, r&#233;alisateur d'&#171; Emilia P&#233;rez &#187; : &#171; Je dois avoir un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les personnages minoritaires Emilia et Rita &#8211; respectivement femme trans et femme noire &#8211; apparaissent enfin dot&#233;s d'une int&#233;riorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une int&#233;riorit&#233; qu'on retrouve dans La vie d'Ad&#232;le, qui, en amenant &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : elles nous sont pr&#233;sent&#233;es comme des personnes &#224; part enti&#232;re et non uniquement utilis&#233;es en tant que figures fonctionnelles au service du sc&#233;nario.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Le film &#8216;Barbie' propose un f&#233;minisme qui rassure mon vieil oncle r&#233;ac&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Audiard prend ainsi le contrepied du discours r&#233;actionnaire et donne l'impression de parler depuis une position transf&#233;ministe. Il proposerait donc au grand public un film progressiste. Un homme au-dessus de tout soup&#231;on.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une fi&#232;vre impossible &#224; n&#233;gocier, Lola Lafon, Flammarion, 2003.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les st&#233;r&#233;otypes coulent &#224; flots. Audiard, sous couvert de f&#233;minisme, construit une f&#233;minit&#233; par essence douce et non-violente &#8211; comprendre &lt;i&gt;passive &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;impuissante&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; les gentils flics &#8211; le mariage, la maternit&#233;, et ce gentilhomme v&#233;n&#233;rable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;Tout en demeurant misogyne, il escamote la question du patriarcat et renforce les r&#244;les de genre qui le structurent. La figure du p&#232;re qui sent le &#171; mouton grill&#233;, le moteur et le guacamole &#187; se transforme en figure f&#233;minine : c'est alors robes, talons et instinct maternel. La parfaite bourgeoisie d'Emilia n'est inqui&#233;t&#233;e que par la possible r&#233;surgence des pulsions barbares qui la guettent. Lorsque Jessi se rebelle, Emilia saisie par un succinct &#233;lan barbare se met alors &#224; l'&#233;trangler, et cette violence &#8211; qui ne peut &#234;tre femme &#8211; est signifi&#233;e par une modification de sa voix, grossi&#232;rement grave, &#233;voquant celle de Manitas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;el probl&#232;me se situe au-del&#224; d'un manque de finesse. Dans ce film, la magie du cin&#233;ma op&#232;re par un suspense inhabituel : Emilia d&#233;tient le secret de sa transidentit&#233;, dont la r&#233;v&#233;lation serait fatale. Le film nous tient en haleine en mena&#231;ant de la d&#233;masquer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une sc&#232;ne de tendresse entre Emilia et ses enfant ils &#233;mettent un doute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, la transidentit&#233; est mise au service de la narration, sans &#234;tre r&#233;ellement abord&#233;e comme sujet. Elle se trouve r&#233;duite &#224; un acte chirurgical permettant &#224; l'homme de devenir femme dans la plus parfaite binarit&#233; des r&#244;les. De cette fa&#231;on, le film cr&#233;e une normativit&#233; trans en d&#233;crivant une bonne mani&#232;re d'&#234;tre trans &#233;pur&#233;e de trouble. Le genre n'est alors plus qu'une question de sexe &#8211; biologique, m&#233;dical et technologique &#8211; l'un est ressoud&#233; &#224; l'autre, rejetant au placard des d&#233;cennies de f&#233;minisme queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agencement de ces &#233;l&#233;ments n'est pas innocent : apr&#232;s avoir construit des r&#244;les de genre st&#233;r&#233;otyp&#233;s, apr&#232;s les avoir essentialis&#233;s et fait d&#233;pendre uniquement de l'attribut g&#233;nital, Audiard sous-entend que la transidentit&#233; d'Emilia ne peut &#234;tre autre chose qu'un mensonge. Bien qu'il le contredise en apparence, il donne raison au m&#233;decin dans le film pour qui &#171; un IL restera un IL &#187;. Car la transformation d'Emilia, selon les crit&#232;res qu'il a lui-m&#234;me &#233;tabli, est on ne peut plus parfaite. Pourtant elle ne suffit pas. Car pour le film, malgr&#233; un sexe f&#233;minin naturellement polic&#233;, l'essence barbare reste un p&#233;ril &#233;ternel. Toute la tension du film est construite autour de la possibilit&#233; du retour du monstre qui menace de trahir la figure de sainte qu'il s'est efforc&#233; de construire. Si la f&#233;minit&#233; selon Audiard garantit l'&#234;tre civilis&#233;, les hommes seraient naturellement barbares &#8211; mais pas tous. Qui se souvient de l'homme blanc accus&#233; de f&#233;minicide au d&#233;but du film ? Probablement personne, car Audiard, en se donnant une caution critique, fait dispara&#238;tre de l'&#233;quation les hommes blancs pour laisser la barbarie aux hommes racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, &lt;i&gt;Emilia P&#233;rez &lt;/i&gt;s'&#233;vertue &#224; saper l'une apr&#232;s l'autre toute perspective &#233;mancipatrice par une vision du monde binaire et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; impossible &#224; d&#233;placer. Ne restent qu'une f&#233;minit&#233; bien tenue et une masculinit&#233; bonne et blanchie. Les figures exemplaires construites dans le film, en canalisant tout d&#233;sir d'&#233;mancipation, accordent un seul espoir aux barbares : celui de travailler &#224; devenir &lt;i&gt;bons, blancs, bourgeois et d&#233;construits.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement du film, ou la r&#233;v&#233;lation du secret d'Emilia, est alors une question de vie ou de mort. Car le trouble, dans le genre comme dans le prisme racisant, est une complexit&#233; insupportable. La fin est fatale, Jessi se tue avec Emilia et les derniers hommes virils. La mort est partout et le f&#233;minisme, &#224; travers le personnage de Rita, reste sur le carreau l'air penaud avec des gosses non choisis dans les pattes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9-3.jpg?1731403006' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zo, Dilem et Ael pour &lt;a href=&#034;https://cineleopardes.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le cin&#233;ma l&#233;opard&#183;e&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Barbie, nouvelle ic&#244;ne du f&#233;minisme et de la diversit&#233;&lt;/i&gt;, Nathalie Chifflet, Le progr&#232;s, juillet 2023. &lt;a href=&#034;https://www.leprogres.fr/societe/2023/07/16/barbie-nouvelle-icone-du-feminisme-et-de-la-diversite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.leprogres.fr/societe/2023/07/16/barbie-nouvelle-icone-du-feminisme-et-de-la-diversite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Barbie&#8221; de Greta Gerwig : un vernis pop et f&#233;ministe, mais beaucoup de cynisme&lt;/i&gt;, Bruno Deruisseau, Les Inrockuptibles, 19 juillet 2023. &lt;a href=&#034;https://www.lesinrocks.com/cinema/barbie-de-greta-gerwig-entre-cauchemar-capitaliste-et-feerie-de-lartifice-582975-19-07-2023/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lesinrocks.com/cinema/barbie-de-greta-gerwig-entre-cauchemar-capitaliste-et-feerie-de-lartifice-582975-19-07-2023/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Vide politique&lt;/i&gt;, St&#233;phane Delorme, Cahiers du Cin&#233;ma, &#201;dito n&#176;714, septembre 2015. &lt;a href=&#034;https://www.cahiersducinema.com/editos/edito-n714-septembre-2015-vide-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cahiersducinema.com/editos/edito-n714-septembre-2015-vide-politique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dheepan, ni fait ni &#224; faire&lt;/i&gt;, Ga&#235;l Martin, Cin&#233;matraque, 23 mai 2015. &lt;a href=&#034;https://www.cinematraque.com/2015/05/23/dheepan-ni-fait-ni-a-faire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cinematraque.com/2015/05/23/dheepan-ni-fait-ni-a-faire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;'Ce n'est pas une com&#233;die musicale' : Jacques Audiard raconte le tournage du film Emilia P&#233;rez, &lt;/i&gt;Konbini, 21 ao&#251;t 2024. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=JQP09DkwNN8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=JQP09DkwNN8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le stade Bukele du spectacle&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Thomas, lundimatin#445, 30 septembre 2024. &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Le-stade-Bukele-du-spectacle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lundi.am/Le-stade-Bukele-du-spectacle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mexique 2024 : une pr&#233;sidente au pays du machisme&lt;/i&gt;, Kreatur #38, ARTE Info Plus, 2023 &lt;a href=&#034;https://www.arte.tv/fr/videos/113219-008-A/mexique-2024-une-presidente-au-pays-du-machisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.arte.tv/fr/videos/113219-008-A/mexique-2024-une-presidente-au-pays-du-machisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir images, &lt;i&gt;On trace&lt;/i&gt;, Les Enfoir&#233;s, clip, 2019. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZZsTMTpg8Sw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ZZsTMTpg8Sw&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Au Salvador, le &lt;i&gt;Kaki washing&lt;/i&gt; se manifeste entre autres par l'&#233;tendue des fonctions &#8211; notamment polici&#232;res &#8211; accord&#233;es aux forces arm&#233;es et par le fait que Bukele ne cesse de s'afficher avec des militaires ; mani&#232;re de r&#233;affirmer une politique centr&#233;e sur &#171; l'ordre public &#187; et de capter le soutien de la population. D'ailleurs, son autod&#233;signation comme le &#171; dictateur le plus &lt;i&gt;cool&lt;/i&gt; du monde &#187; entend brouiller les fronti&#232;res &#224; travers un narratif et un visuel qui mat&#233;rialisent l'alliance de &lt;i&gt;l'outsider&lt;/i&gt;, d&#233;contract&#233;, &#224; la casquette et aux 8,6 millions d'abonn&#233;s sur &lt;i&gt;Tik Tok&lt;/i&gt;, avec le s&#233;rieux et l'action sans phrase de l'institution militaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce r&#244;le permet-il au cin&#233;ma fran&#231;ais de blanchir ses personnages ? &lt;i&gt;La France intouchable&lt;/i&gt;, Jean-BaptisteThoret, 2016. &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/x3nnuja&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.dailymotion.com/video/x3nnuja&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf &lt;i&gt;Rester barbare&lt;/i&gt;, Louisa Yousfi, La fabrique &#233;ditions, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Se d&#233;fendre. Une philosophie de la violence, &lt;/i&gt;Elsa Dorlin, La D&#233;couverte, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&lt;i&gt;acques Audiard, r&#233;alisateur d'&#171; Emilia P&#233;rez &#187; : &#171; Je dois avoir un int&#233;r&#234;t particulier pour les mal foutus, les mal int&#233;gr&#233;s &#187;, &lt;/i&gt;Jacques Mandelbau, Le Monde, 20 ao&#251;t 2024. &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/culture/article/2024/08/20/jacques-audiard-realisateur-d-emilia-perez-je-dois-avoir-un-interet-particulier-pour-les-mal-foutus-les-mal-integres_6287195_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lemonde.fr/culture/article/2024/08/20/jacques-audiard-realisateur-d-emilia-perez-je-dois-avoir-un-interet-particulier-pour-les-mal-foutus-les-mal-integres_6287195_3246.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une int&#233;riorit&#233; qu'on retrouve dans &lt;i&gt;La vie d'Ad&#232;le&lt;/i&gt;, qui, en amenant &#224; la lumi&#232;re une sexualit&#233; lesbienne, d&#233;crit une r&#233;alit&#233; fantasm&#233;e qui s'impose comme vision unanime et v&#233;ritable sur la question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le film &#8216;Barbie' propose un f&#233;minisme qui rassure mon vieil oncle r&#233;ac&#8221; &lt;/i&gt;Marion Mayer, T&#233;l&#233;rama, 2023. &lt;a href=&#034;https://www.telerama.fr/cinema/le-film-barbie-propose-un-feminisme-qui-rassure-mon-vieil-oncle-reac-7016768.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.telerama.fr/cinema/le-film-barbie-propose-un-feminisme-qui-rassure-mon-vieil-oncle-reac-7016768.php&lt;/a&gt; Comme &lt;i&gt;Barbie,&lt;/i&gt; le film passe le test de Bechdel, qui veut qu'au moins deux personnages f&#233;minins aient un nom et une discussion portant sur autre chose que sur un homme&lt;a id=&#034;title_article&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une fi&#232;vre impossible &#224; n&#233;gocier&lt;/i&gt;, Lola Lafon, Flammarion, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; les gentils flics &#8211; le mariage, la maternit&#233;, et ce gentilhomme v&#233;n&#233;rable et courtois, la galanterie. Si vous coop&#233;rez, disent-ils (tout en croisant les doigts), on n'aura pas la main trop lourde &#8211; sont toujours l&#224; pour nous assurer de notre incontestable sup&#233;riorit&#233; morale sur les hommes, et nous dire que notre &#171; douceur &#187; et notre &#171; non-violence &#187; (comprendre : &#171; passivit&#233; &#187; et &#171; impuissance &#187;) sont notre force &#187; &lt;i&gt;Sexe et Libert&#233;, &lt;/i&gt;Ellen Willis, Audimat &#201;ditions, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une sc&#232;ne de tendresse entre Emilia et ses enfant ils &#233;mettent un doute &#224; propos de son odeur qui leur rappelle leur p&#232;re. La tension monte car nous, spectateur&#183;ices complices du secret, commen&#231;ons &#224; craindre que les enfants le devinent et qu'ainsi le monde d'Emilia s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>B&#233;ryl Coulombi&#233;, Fontaine. Le mouvement de lib&#233;ration des figures</title>
		<link>https://trounoir.org/Beryl-Coulombie-Fontaine-Le-mouvement-de-liberation-des-figures</link>
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		<dc:date>2024-10-24T11:39:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Adrien Malcor</dc:subject>
		<dc:subject>Monique Wittig</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; On va voir que B&#233;ryl Coulombi&#233;, partie non pas de Marcel Duchamp mais de Monique Wittig, transforme vite et plut&#244;t vigoureusement. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-performance-+" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/amphitheatre_d_honneur.jpg?1731403038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions en plusieurs fois une analyse par Adrien Malcor du &#171; diptyque de dipl&#244;me &#187; (&lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;LL&lt;/i&gt;) pr&#233;sent&#233; en septembre 2023 par B&#233;ryl Coulombi&#233;, artiste, danseuse, lectrice de Monique Wittig.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Photographie : B&#233;ryl Coulombi&#233;, &lt;i&gt;Fontaine (version Amphith&#233;&#226;tre d'honneur)&lt;/i&gt;, 11 septembre 2023 (phot. Florian Fouch&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1886, Friedrich Nietzsche augmente la nouvelle &#233;dition de &lt;i&gt;La Naissance de la trag&#233;die&lt;/i&gt; d'une pr&#233;face intitul&#233;e &#171; Essai d'autocritique &#187;. Le philosophe y rappelle le contexte d'&#233;laboration de son premier livre (la guerre de 1870), revient sur le probl&#232;me &#171; grandiose &#187; du pessimisme grec, cherche &#224; dissiper le malentendu du romantisme. Le mot de la fin est laiss&#233; &#224; &#171; ce d&#233;mon dionysiaque qui a nom Zarathoustra &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Haut les c&#339;urs, mes fr&#232;res ! Haut, toujours plus haut ! Et ne m'oubliez non plus les jambes ! Haut les jambes aussi, &#244; vous qui dansez bien, et, mieux encore, soyez debout, m&#234;me sur la t&#234;te ! Cette couronne du rieur, cette couronne de roses, moi-m&#234;me je l'ai ceinte, moi-m&#234;me ai sanctifi&#233; mon &#233;clat de rire. Pour cela, parmi les autres aujourd'hui je n'ai trouv&#233; personne d'assez robuste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zarathoustra le danseur, Zarathoustra le l&#233;ger, qui des ailes fait signe, celui qui sait l'art de voler, qui &#224; tous les oiseaux fait signe, pr&#234;t et dispos, d'une bienheureuse espi&#232;glerie ; &#8211; Zarathoustra le vrai-disant, Zarathoustra le vrai-dansant, le non-impatient, le non-inconditionnel, celui qui aime et sauts et entrechats ; moi-m&#234;me me suis ceint de cette couronne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette couronne du rieur, cette couronne de roses, &#224; vous, mes fr&#232;res, je lance cette couronne ! J'ai sanctifi&#233; le rire : &#244; vous, hommes sup&#233;rieurs, &lt;i&gt;apprenez &lt;/i&gt;donc &#8211; &#224; rire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Nietzsche, &#171; Essai d'autocritique &#187; (1886), La Naissance de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La couronne de roses est ici une synth&#232;se dionysiaque de la couronne de laurier, symbole de la gloire po&#233;tique (apollinienne), et de la couronne d'&#233;pines, symbole de la souffrance christique. Parce qu'il est all&#233; &lt;i&gt;plus haut&lt;/i&gt; que tous les &#171; hommes sup&#233;rieurs &#187;, parce qu'il est &lt;i&gt;au-dessus&lt;/i&gt; d'eux, Zarathoustra peut leur lancer la couronne de roses, mais pour la m&#234;me raison il ne peut &#234;tre couronn&#233; que par lui-m&#234;me : l'autocouronnement est le geste affirmatif et &#171; rieur &#187; qui vient consacrer la souverainet&#233; &#171; autocritique &#187;. Je vais essayer de montrer comment une jeune artiste a r&#233;cemment produit un geste comparable, au sein d'un r&#233;seau po&#233;tique tiss&#233; de motifs dionysiaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 septembre 2023, &#224; l'&#201;cole des beaux-arts de Paris, B&#233;ryl Coulombi&#233; (n&#233;e en 1997) redonne pour un public d'invit&#233;s les deux pi&#232;ces qu'elle a perform&#233;es quelques heures plus t&#244;t devant le jury de son dipl&#244;me de fin d'&#233;tudes. Le carton d'invitation pr&#233;sente la premi&#232;re, &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;, en deux phrases laconiques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; est une sculpture de courte dur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; na&#238;t d'une id&#233;e merveilleuse : me pisser dessus &#224; l'envers.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dont acte, ce jour de septembre, dans l'amphith&#233;&#226;tre d'honneur de l'&#233;cole. B&#233;ryl Coulombi&#233;, v&#234;tue d'une &#233;trange cape de pluie bleue, attend debout au centre de l'h&#233;micycle que son public s'installe. Sous la v&#233;n&#233;rable coupole, sa silhouette encapuchonn&#233;e a quelque chose d'elfique. L'&#233;tudiante prononce quelques mots de pr&#233;sentation, puis bascule en avant pour se placer en &#233;quilibre sur la t&#234;te et les avant-bras, une jambe vers l'avant et l'autre vers l'arri&#232;re. L'artiste &#233;tait nue sous sa dr&#244;le de robe, dont la jupe en s'aplatissant au sol a dessin&#233; un cercle parfait, et elle peut alors &#8211; moyennant un artifice que je vais dire &#8211; mettre en application son &#171; id&#233;e merveilleuse &#187;. La robe renveloppe son corps tandis qu'elle retombe sur ses pieds. La performance a dur&#233; trois minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donne le &#171; truc &#187;, qui en r&#233;alit&#233; &#233;tait assez visible pour que le public ne s'&#233;tonne pas de la puissance et de la brusquerie des jets. Parce que &#171; la vessie est une poche et pas une pompe &#187;, comme l'explique B&#233;ryl Coulombi&#233;, il est physiologiquement impossible d'uriner &#224; l'envers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je cite le court entretien publi&#233; dans le catalogue de l'&#171; exposition des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'autrice de &lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt;s'est donc faite pompe : elle expulse par le souffle l'eau contenue dans un tuyau qu'elle cachait sous sa robe. Le proc&#233;d&#233; pourrait expliquer le titre, si ce titre avait besoin d'explication. &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;avec miction : la r&#233;f&#233;rence &#224; l'urinoir de Marcel Duchamp (&lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt;, 1917) est directe, plus directe encore que les deux phrases du carton d'invitation ne le laissaient pr&#233;sager. En pensant &#224; l'&#233;preuve scolaire dont l'&#233;tudiante nous offre une sorte de bis, j'imagine un jury m&#233;fiant : le readymade duchampien n'est pas facile &#224; manipuler, ou bien il l'est trop, ce qui revient au m&#234;me. Et cela vaut pour l'interpr&#233;tation, m&#234;me si en l'occurrence il ne semble gu&#232;re y avoir le choix : &#233;valuer &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;, c'est &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;&#233;valuer une transformation de &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt;. On va voir que B&#233;ryl Coulombi&#233;, partie non pas de Marcel Duchamp mais de Monique Wittig, transforme vite et plut&#244;t vigoureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut peut-&#234;tre commencer par rapprocher le pivotement de l'urinoir dans &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt; et le renversement du corps dans &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;, mais cela ne m&#232;ne pas loin : dans les deux cas, il s'agit de rendre plausible l'image de la fontaine, avec son jet ascensionnel. De ce point de vue, B&#233;ryl Coulombi&#233; a simplement &#233;t&#233; un peu plus explicite ou un peu moins pudique que l'artiste am&#233;ricain Bruce Nauman, qui, pour incarner le plus c&#233;l&#232;bre des readymades, s'est photographi&#233; en buste en train de cracher en l'air un &#233;l&#233;gant filet d'eau (&lt;i&gt;Self-Portrait as a Fountain&lt;/i&gt;, 1966). Je note par contre que la robe de la performeuse, con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e avec l'artiste et modiste Victoire Marion-Mon&#233;ger, n'est justement pas un v&#234;tement &lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt; : le sur-mesure est le contraire du pr&#234;t-&#224;-porter (&lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt;). Je remarque aussi que le sc&#233;nario et les accessoires de la performance replacent d'embl&#233;e le jeu avec &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur du grand-&#339;uvre duchampien, &lt;i&gt;La Mari&#233;e mise &#224; nu par ses c&#233;libataires, m&#234;me &lt;/i&gt;(1915-1923), dit le &lt;i&gt;Grand Verre&lt;/i&gt;, avec sa circuiterie hydraulico-&#233;rotique (les notes de Duchamp parlent de &#171; chute d'eau &#187;, de &#171; grande &#233;claboussure &#187;, de &#171; sculpture de gouttes &#187;, etc.). Reste alors &#224; se demander ce que &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; retient de l'op&#233;ration &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire du fonctionnement proprement critique et sp&#233;culatif du readymade. Apr&#232;s tout, le readymade fut un d&#233;fi aux crit&#232;res du jugement esth&#233;tique, et la candidate &#233;tait elle-m&#234;me jug&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse appara&#238;t &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt;. Il suffit de lever les yeux vers la fresque dont le peintre Paul Delaroche (1797-1856) a d&#233;cor&#233; l'amphith&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Le G&#233;nie des arts entour&#233; des artistes de tous les temps distribuant des couronnes &lt;/i&gt;(1836-1841), plus commun&#233;ment appel&#233;e &lt;i&gt;La Renomm&#233;e distribuant des couronnes&lt;/i&gt;, une vaste frise r&#233;unissant soixante-quinze grands artistes du pass&#233; sur les marches d'un p&#233;ristyle antiquisant. B&#233;ryl Coulombi&#233;, plac&#233;e comme elle l'est au centre de l'h&#233;micycle, respecte strictement la formule illusionniste d'un programme monumental cens&#233; c&#233;l&#233;brer la continuit&#233; p&#233;dagogique des beaux-arts : l'&#233;tudiante se trouve face &#224; la figure &#233;ponyme de la fresque, cette &#171; Renomm&#233;e &#187; ou &#171; G&#233;nie des arts &#187; qui, assise au premier plan et au centre, s'appr&#234;te &#224; lancer vers la sc&#232;ne une des couronnes de laurier entass&#233;es derri&#232;re elle. L'amphith&#233;&#226;tre d'honneur est la salle des prix. L'artiste a eu le sens des circonstances et, je dirais, des circularit&#233;s ; elle a install&#233; sa &#171; sculpture de courte dur&#233;e &#187; l&#224; o&#249; peinture et architecture superposent virtuellement leurs cercles respectifs : &#171; J'ai plac&#233; &lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt;au centre, sous la coupole, comme si lanc&#233;e par le G&#233;nie la couronne circulaire se m&#233;tamorphosait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit deviner des intentions parodiques. Le jet de fausse urine r&#233;pond, lui aussi, au lancer de couronne peint, et il lui r&#233;pond comme sa caricature obsc&#232;ne. Je ne sais pas grand-chose des survivances de l'esprit potache au Beaux-Arts (il y souffla assez fort &#224; plusieurs &#233;poques), mais devant &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; je pense rapidement aux travaux de Mikha&#239;l Bakhtine sur la vision carnavalesque du monde : le renversement du corps (l'inversion du haut et du bas), l'exhibition et l'exag&#233;ration des fonctions du &#171; bas corporel &#187;, le rabaissement grotesque des signes de distinction attach&#233;s aux c&#233;r&#233;monies officielles, sont autant d'aspects traditionnels du carnaval. Tout cela dit, la &#171; sculpture &#187; de B&#233;ryl Coulombi&#233; n'est pas franchement grotesque. La posture ne montre aucune joyeuse outrance, et sa gr&#226;ce toute gymnastique ne suffit pas &#224; dissiper la tension psychologique produite par l'effort d'&#233;quilibre. Avant de moquer l'all&#233;gorie de la Renomm&#233;e en lui renvoyant sa couronne, l'artiste se donne du mal pour lui emprunter sa nudit&#233; fig&#233;e et solitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habituelle richesse idiomatique attach&#233;e &#224; la satisfaction des besoins naturels pourrait faire insister la dimension parodique, mais c'est plus compliqu&#233;. Quand la langue fran&#231;aise parle de miction au figur&#233;, c'est pour dire le m&#233;pris agressif (&#171; pisser &#224; la raie de quelqu'un &#187;), la bravade (&#171; pisser au b&#233;nitier &#187;), mais aussi l'inutilit&#233;, voire l'inanit&#233;, d'une action (&#171; pisser contre le soleil &#187;, &#171; pisser dans un violon &#187;). B&#233;ryl Coulombi&#233; d&#233;crit &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; tant&#244;t comme &#171; un petit monument d&#233;risoire par sa dur&#233;e &#187;, tant&#244;t comme &#171; une image de la jouissance &#187;, tant&#244;t comme &#171; un po&#232;me sur le cours des fluides &#187;. Elle pense manifestement &#224; sa &#171; sculpture &#187; comme &#224; une petite forme pr&#233;caire (et litt&#233;raire) qui introduit dans le monument les flux du corps et les fluctuations de la valeur. Comme Duchamp et avec Duchamp, elle a int&#233;gr&#233; la symbolique de la d&#233;rision urinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre artiste fran&#231;aise avait tout r&#233;cemment investi ces zones (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en d&#233;duirai pas qu'elle a profan&#233; en vain le lieu le plus solennel de l'&#201;cole des beaux-arts. Sa &#171; sculpture de courte dur&#233;e &#187; renvoie, on l'a compris, &#224; une peinture suppos&#233;e de longue dur&#233;e, et &#224; travers elle &#224; un programme iconographique tel qu'il fonde le syst&#232;me d'&#233;lection/s&#233;lection des beaux-arts sur le voisinage de figures masculines panth&#233;onis&#233;es et de figures f&#233;minines id&#233;alis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je simplifie, dans la mesure o&#249; la fresque de Paul Delaroche marque plut&#244;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;f&#233;rences duchampiennes sont l&#224; pour rappeler que ledit syst&#232;me est caduc, mais aussi que ledit programme est transformable : l'auteur du readymade &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt; avait d&#233;busqu&#233; la survivance non assum&#233;e des cat&#233;gories &#171; beaux-arts &#187; au sein de la modernit&#233; avanc&#233;e (c'est le pi&#232;ge tendu par l'urinoir aux organisateurs de l'exposition de la Society of Independent Artists de New York, qui se d&#233;fendaient de &#171; juger &#187; les envois), mais l'inventeur de &lt;i&gt;La Mari&#233;e mise &#224; nu par ses c&#233;libataires, m&#234;me&lt;/i&gt; avait patiemment bricol&#233; sa propre grande machine all&#233;gorique,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d&#233;di&#233;e comme son titre l'indique au d&#233;voilement d'une entit&#233; f&#233;minine surnaturelle, la Mari&#233;e, qui d'ailleurs participe &#224; son id&#233;al effeuillage en anticipant par l'imagination les plaisirs de la nuit de noces (l'envol&#233;e du voile nuptial en &#171; voie lact&#233;e couleur chair &#187; &#8211; &lt;i&gt;voile act&#233;&lt;/i&gt;, note l'ex&#233;g&#232;te Jean Suquet &#8211; est l'&#171; &#233;panouissement cin&#233;matique &#187; du &#171; moteur mari&#233;e &#187;). Le choix de l'amphith&#233;&#226;tre d'honneur permet donc &#224; la candidate d'articuler deux dimensions de l'&#339;uvre duchampienne qu'on ne rapproche pas si souvent, la critique de la valeur et le n&#233;o-all&#233;gorisme, et ainsi de t&#233;lescoper &lt;i&gt;mise &#224; nu&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;mise &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; l'&#233;preuve&lt;/i&gt; dans un espace th&#233;orique et figural d'autant plus complexe qu'il est, comme on va le voir, int&#233;gralement vectoris&#233; par une tout autre po&#233;tique, celle de Monique Wittig.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons les choses : je suis moi-m&#234;me dipl&#244;m&#233; des Beaux-Arts de Paris ; comme plusieurs de mes anciens camarades, j'ai par la suite enseign&#233; en &#233;cole d'art ; j'ai donc eu directement ou indirectement connaissance de dizaines de tentatives d'&#233;tudiants pour pointer ou contourner les injonctions paradoxales des cursus artistiques (par l'esquive discursive, l'esbroufe nihiliste ou la d&#233;mesure spectaculaire, avec bien s&#251;r diff&#233;rents dosages d'intelligence, d'arrogance et de complaisance) ; je n'avais jamais vu jusque-l&#224; un cahier des charges sp&#233;culatif &#224; ce point ajust&#233; &#224; ce que B&#233;ryl Coulombi&#233; appelle &#171; le rituel du dipl&#244;me &#187;. Or il semble que la candidate s'en acquitte bel et bien dans un esprit litt&#233;raire, ou du moins fictionnel. Elle a sculpt&#233; sa femme fontaine comme pour l'un des innombrables concours de statuaire all&#233;gorique qui ont fait le cachet des parcs et jardins de Paris, et elle l'introduit aux Beaux-Arts comme un petit cheval de Troie monoplace dont l'occupante peut jaillir pour prendre le d&#233;cor d'assaut et changer les r&#232;gles du &#171; concours &#187;. Les ruses du concept semblent alors &#233;pouser les machinations du fantasme : l'&#171; id&#233;e merveilleuse &#187; de l'&#233;tudiante aura &#233;t&#233; de se bombarder all&#233;gorie de la Renomm&#233;e, d'incarner&lt;i&gt; &lt;/i&gt;soudain l'abstraction dont s'autorise lointainement l'institution qui la jugeait, cela pour s'autod&#233;cerner la r&#233;compense en une gerbe de gloire ambigu&#235;, geste qui &#224; la fois surjoue l'angoisse ou l'humiliation du candidat (celui qui &#171; se pisse dessus &#187;) et r&#233;voque d'avance le jugement par une d&#233;monstration d'autarcie &#233;rotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; comparer avec ce que Duchamp &#233;crit de la double op&#233;ration assurant l'&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le r&#233;voque ou du moins le suspend. Car cela ne pouvait pas durer, l'artiste le savait et l'avait dit d'entr&#233;e de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/amphitheatre_d_honneur_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/amphitheatre_d_honneur_2.jpg?1731403008' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;center&gt;B&#233;ryl Coulombi&#233;, &lt;i&gt;Fontaine (version Amphith&#233;&#226;tre d'honneur)&lt;/i&gt;, 11 septembre 2023 (phot. Florian Fouch&#233;).&lt;/center&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pareil jeu de r&#244;les pourrait &#234;tre rattach&#233; &#224; la pratique aujourd'hui un peu oubli&#233;e des &#171; tableaux vivants &#187;, un divertissement bourgeois qui a eu ses formes et fonctions potaches (en particulier aux Beaux-Arts, avec le bal des Quat'z'arts) et perverses (notamment dans l'&#339;uvre de Pierre Klossowski). Ce serait pour&lt;i&gt; &lt;/i&gt;remarquer aussit&#244;t que B&#233;ryl Coulombi&#233; n'a &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; pas le choix de son personnage, ou en tout cas qu'en &#171; s'all&#233;gorisant &#187; elle endosse le seul r&#244;le f&#233;minin disponible au sein d'une Acad&#233;mie artistique du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Si la Renomm&#233;e &#233;tait femme, les femmes n'avaient pas droit &#224; la renomm&#233;e. C'est l&#224; une contradiction caract&#233;ristique du phallocentrisme patriarcal, &#224; laquelle l'artiste semble vouloir r&#233;pondre par le geste paradoxal d'un autocouronnement. Reste qu'un paradoxe &lt;i&gt;logique&lt;/i&gt; n'a rien &#224; voir avec une contradiction &lt;i&gt;historique&lt;/i&gt;. Il est clair que la performance&lt;i&gt; Fontaine&lt;/i&gt; fait r&#233;sonner au c&#339;ur des Beaux-Arts la question pos&#233;e par l'historienne d'art Linda Nochlin en 1971 : &#171; Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grands artistes femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linda Nochlin, &#171; Why Have There Been No Great Women Artists ? &#187;, ArtNews, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187; Il est tout aussi clair qu'elle d&#233;serte le seul terrain o&#249; cette question est susceptible de recevoir des r&#233;ponses, celui de l'histoire sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la strat&#233;gie f&#233;ministe de &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;, si f&#233;minisme il y a ? J'ai eu recours au motif hom&#233;rique du cheval de Troie parce que Monique Wittig en a fait un concept de la subversion litt&#233;raire &#8211; une sorte de concept-image strat&#233;gique accord&#233; &#224; l'inspiration &#233;pique de son livre &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; (1969), l'ouvrage dont B&#233;ryl Coulombi&#233; est le plus impr&#233;gn&#233;e. Les Troyens, &#233;crit Wittig en 1984, ont mis du temps &#224; reconna&#238;tre les qualit&#233;s formelles du grand cheval de bois fabriqu&#233; par leurs ennemis grecs, mais le moment arrive o&#249; ils le voient comme une &#339;uvre digne de leur ville : &#171; Ils veulent se l'approprier, l'adopter comme un monument et la prot&#233;ger &#224; l'int&#233;rieur de leurs murs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, &#171; Le cheval de Troie &#187; (1984), dans La Pens&#233;e straight, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'&#339;uvre subversive, de m&#234;me, est valid&#233;e par les institutions de l'art, au sein desquelles elle &#171; fonctionne comme une mine, quelle que soit sa lenteur initiale &#187;. En pr&#233;sentant &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; comme un &#171; petit monument &#187;, B&#233;ryl Coulombi&#233; parie subrepticement sur cette strat&#233;gie d'infiltration et de minage, qu'elle associe non sans raison &#224; l'art du franc-tireur Duchamp (il misait quant &#224; lui sur &#171; l'explosion solitaire d'un individu livr&#233; &#224; lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Duchamp, &#171; L'artiste doit-il aller &#224; l'universit&#233; ? &#187; (conf&#233;rence &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). Pari humoristique, strat&#233;gie pour de rire, si l'on consid&#232;re la grande ressemblance de la performance avec le gag du pistolet &#224; eau. Mais il existe des gags &#224; double d&#233;tente, et l'humour peut &#234;tre une redoutable machine de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon id&#233;e est qu'on ne comprend vraiment la strat&#233;gie fictionnelle de B&#233;ryl Coulombi&#233; &#8211; avec ses effets retard et ses effets de surprise &#8211; que quand on s'aper&#231;oit qu'elle a voulu relancer le &lt;i&gt;mouvement de lib&#233;ration des figures &lt;/i&gt;chant&#233; par Wittig dans &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elles disent qu'elles inventent une nouvelle dynamique. Elles disent qu'elles sortent de leurs toiles. Elles disent qu'elles descendent de leurs lits. Elles disent qu'elles quittent les mus&#233;es les vitrines d'exposition les socles o&#249; on les a fix&#233;es. Elles disent qu'elles sont tout &#233;tonn&#233;es de se mouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, Les Gu&#233;rill&#232;res, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1969, r&#233;&#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de cette &#171; nouvelle dynamique &#187;, de cette mise en mouvement &#233;tonn&#233;e et &#233;tonnante, semble ici prendre le pas sur la sophistication des ruses critiques ou des analyses historiques. En r&#233;alit&#233;, la ruse du cheval de Troie est pr&#233;cis&#233;ment ce qui permet de recruter des &#171; gu&#233;rill&#232;res &#187; parmi les figures de l'art institu&#233;, c'est-&#224;-dire de rendre &#224; ces figures une libert&#233; de mouvement et une capacit&#233; de destruction auxquelles les op&#233;rations plus localis&#233;es de la d&#233;sid&#233;alisation ironique et de la resexualisation perverse ne peuvent pr&#233;tendre. &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; imprime certes &#224; l'all&#233;gorie de la Renomm&#233;e un mouvement &#171; renversant &#187; (cul par-dessus t&#234;te) qui la d&#233;sid&#233;alise et la resexualise, mais B&#233;ryl Coulombi&#233; en a trouv&#233; l'id&#233;e dans &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, o&#249; le renversement est d'abord et avant tout une image de la &lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt; politique, du processus&lt;i&gt; &lt;/i&gt;r&#233;volutionnaire en tant que &lt;i&gt;mouvement total&lt;/i&gt;. &#171; ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT QUE TOUT GESTE EST RENVERSEMENT &#187;, lit-on sur la premi&#232;re page des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, et les mots reviennent en capitales peu avant la fin du livre : &#171; GESTE RENVERSEMENT &#187;. C'est l'artiste elle-m&#234;me qui m'indique ces formules (et leur r&#233;currence) alors que j'entreprends ce compte rendu. Ce sont, me dit-elle, les vraies sources de &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; &#233;tait le texte moteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E-mail de l'artiste, 4 mars 2024.&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles disent que&#8230; &#187; &#171; Elles affirment&#8230; &#187; Le mouvement de lib&#233;ration est affaire de langage. Wittig ne&lt;i&gt; &lt;/i&gt;parle pas comme Judith Butler d'&#171; acte de langage &#187; ou d'&#171; &#233;nonc&#233; performatif &#187;, mais l'autrice des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; semble en effet penser que l'efficacit&#233; r&#233;volutionnaire des gestes (&#171; tout geste est &lt;i&gt;renversement&lt;/i&gt; &#187;) d&#233;pend du &#171; triomphe &#187;, dans et par le langage, d'une affirmation g&#233;n&#233;rique ou universalisante (&#171; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; geste est renversement &#187;). C'est en tout cas ce que sugg&#232;rent ses tardives &#171; Quelques remarques sur &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res &lt;/i&gt; &#187; (1994), o&#249; toute la gen&#232;se du livre est racont&#233;e comme la conqu&#234;te progressive des solutions litt&#233;raires &#224; donner &#224; cette &#233;quation &#171; universaliste &#187;. Wittig pr&#233;sente alors son livre comme un &#171; collage &#187; et un &#171; po&#232;me &#233;pique &#187;, et dit l'avoir &#171; &#233;crit &#224; l'envers &#187;. La troisi&#232;me et derni&#232;re partie du livre, qui raconte les faits d'armes des gu&#233;rill&#232;res, fut r&#233;dig&#233;e en premier, parce qu'il fallait partir de la guerre et de la violence pour &#171; prendre la mesure du pronom &lt;i&gt;elles &lt;/i&gt;en tant que personnage collectif &#187;, pour &#171; lui donner textuellement une force telle qu'il puisse faire basculer le pronom &lt;i&gt;ils &lt;/i&gt;en tant que g&#233;n&#233;ral, &#224; connotation masculine, et lui d&#233;rober son universalit&#233;, au moins dans l'espace de ce texte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, &#171; Quelques remarques sur Les Gu&#233;rill&#232;res &#187; (1994), dans La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce basculement marque la victoire finale des gu&#233;rill&#232;res, mais la chronologie du livre semble conserver quelque chose de son &#233;criture &#171; &#224; rebours &#187; : la victoire racont&#233;e dans la derni&#232;re partie a d&#233;j&#224; eu lieu pour les personnages de la premi&#232;re, qui &#171; peuvent se reporter &#224; ce temps o&#249; elles ont fait la guerre &#187;. Pour Wittig, il y va de l'unit&#233; du &#171; cycle des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, de la continuit&#233; de son &#171; mouvement &#233;pique &#187;. Un cycle, rappelle l'&#233;crivaine en citant les dictionnaires, est une s&#233;rie de po&#232;mes &#233;piques group&#233;s autour d'un h&#233;ros unique. Wittig a group&#233; son propre cycle autour du &#171; pronom &lt;i&gt;elles&lt;/i&gt; &#187;, personnage inou&#239;, unique aussi par son implacable unit&#233; collective. Pour qu'&lt;i&gt;elles&lt;/i&gt; devienne le &#171; h&#233;ros &lt;i&gt;elles &lt;/i&gt; &#187;, il fallait qu'&lt;i&gt;elles&lt;/i&gt; livre sa guerre et la gagne, et pour qu'&lt;i&gt;elles&lt;/i&gt; soit d'embl&#233;e le seul h&#233;ros, il fallait que les futures combattantes puissent en tout temps se souvenir de ses hauts faits. Le bouclage temporel est en fait une mise en abyme : &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; est cyclique parce que les gu&#233;rill&#232;res se racontent le cycle des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle est &#171; l'&#233;pop&#233;e, c'est-&#224;-dire la geste &#187; : le travail de Wittig sur les formes et les mots de la litt&#233;rature explique pourquoi elle peut &#233;crire &#171; TOUT GESTE EST RENVERSEMENT &#187; au tout d&#233;but de son livre, puis &#171; GESTE RENVERSEMENT &#187; &#224; la fin. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des gestes (et des textes) a &#233;t&#233; finalement refondue en &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; geste-renversement, et la disparition du pronom, en effa&#231;ant la marque du genre, ratifie que cette geste au f&#233;minin vaut victorieuse universalisation, renversement triomphal du r&#233;gime de la diff&#233;rence sexuelle. Mais la victoire est act&#233;e d&#232;s l'entr&#233;e du livre : &#171; ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT &#187; (que tous les gestes participent de la geste), et elles triomphent au g&#233;rondif, mode invariable. L'affirmation g&#233;n&#233;rique est d'embl&#233;e la formule d&#233;genrante du renversement lesbien. Par cette affirmation, ce sont &#171; elles &#187; qui relancent le cycle du &#171; h&#233;ros &lt;i&gt;elles &lt;/i&gt; &#187;, dont le po&#232;me inaugural loue d&#233;j&#224; le nom en langue des oiseaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;LES PH&#201;NIX LES PH&#201;NIX LES PH&#201;NIX&lt;br class='autobr' /&gt;
C&#201;LIBATAIRES ET DOR&#201;S LIBRES&lt;br class='autobr' /&gt;
ON ENTEND LEURS AILES D&#201;PLOY&#201;ES&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nix est l'oiseau de feu mythique qui rena&#238;t cycliquement de ses cendres. On verra que la seconde pi&#232;ce de dipl&#244;me de B&#233;ryl Coulombi&#233;, &lt;i&gt;LL&lt;/i&gt;, est entre autres choses une geste dans&#233;e du h&#233;ros &#171; ailes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, donc, &#171; la fin du texte est le d&#233;but de l'action &#187; ; le cycle &#233;pique est produit &#171; &#224; rebours &#187; &#224; partir de la victoire finale, par une projection r&#233;troactive qui est aussi un d&#233;ploiement visionnaire. Parce que Wittig op&#232;re &#224; m&#234;me le langage, parce qu'elle se donne des objectifs concrets en termes de rythme, de facture, et qu'elle en esp&#232;re des effets politiques &#224; moyen terme, il serait un peu abusif de dire que le triomphe de la fiction passe tout entier ici par la fiction du triomphe, mais la r&#233;ussite d'une mise en abyme d&#233;pend g&#233;n&#233;ralement de ce genre de &#171; renversements &#187; (de chiasmes). L'autrice des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; dessinait des labyrinthes circulaires sur les pages de son manuscrit. De ces images d'un chantier d'&#233;criture en &#171; labyrinthes concentriques &#187;, le livre publi&#233; garde trois cercles noirs en pleine page qui ouvrent chacune des trois parties. C'est vraiment l&#224; une forme simple pour une pens&#233;e complexe. Comme le ph&#233;nix, le cercle blasonne &#171; le cycle des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, et Wittig peut rattacher la figure g&#233;om&#233;trique &#224; &#171; une certaine sorte de figures rh&#233;toriques qui vont motiver tout le cours du livre &#187;. L'&#171; &#233;pop&#233;e moderne &#187; int&#232;gre la r&#233;volution comme une m&#233;moire du futur, et ce faisant elle &lt;i&gt;d&#233;crit sa r&#233;volution&lt;/i&gt;, dans tous les sens des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je devais entrer un peu dans ces arcanes wittiguiennes pour que l'on discerne le jeu secret qui, dans &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;noue la forme de la couronne (circulaire) au sc&#233;nario du couronnement (anticip&#233;). On voit combien peu scolaire est ce sc&#233;nario, combien peu g&#233;om&#233;trique est ce cercle. L'un et l'autre tirent leur origine d'une intense r&#233;flexion d'&#233;crivain sur les pouvoirs des mots et sur les genres de la litt&#233;rature. Aussi ce n'est pas l'aisance avec laquelle B&#233;ryl Coulombi&#233; isole ces sch&#233;mas formels qui est admirable (tout le m&#233;rite revient ici &#224; la tr&#232;s ambitieuse et tr&#232;s didactique Wittig), c'est bien plut&#244;t la finesse po&#233;tique avec laquelle l'artiste les condense, les d&#233;place et les d&#233;guise. La m&#233;tamorphose de la couronne en fontaine tient au renversement lib&#233;rateur d'une all&#233;gorie de la gloire, mais aussi bien la couronne revient tout naturellement &#224; la fontaine comme le jet d'eau au bassin circulaire. Il y a l&#224; une r&#234;verie du circuit ferm&#233; qui est grosse de r&#233;sonances fantasmatiques, de suggestions contemplatives ou lyriques, mais qui n'a &#224; premi&#232;re vue aucune valeur &#233;pique. Une fontaine, de fait, est un &#233;trange cheval de Troie. La vertu de ce &#171; petit monument &#187; serait en r&#233;alit&#233; d'&#234;tre spontan&#233;ment &#171; all&#233;gorique de lui-m&#234;me &#187;, et B&#233;ryl Coulombi&#233; aurait montr&#233; qu'une all&#233;gorie, comme d'autres messages cod&#233;s, peut contenir quelque plan de bataille victorieux. Au vu de ce th&#232;me martial sous-jacent, au vu aussi de la longue liste de pr&#233;noms f&#233;minins qui traverse les pages des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, au vu enfin des fabuleuses femmes-araign&#233;es tisserandes imagin&#233;es par Wittig pour figurer l'important travail intertextuel et m&#233;tatextuel de son livre, je trouve particuli&#232;rement heureux que B&#233;ryl Coulombi&#233; ait con&#231;u sa robe avec une artiste-modiste nomm&#233;e Victoire (Marion-Mon&#233;ger). Je ne peux que signaler ici la place du pr&#233;nom Victor dans la gen&#232;se du &lt;i&gt;Grand Verre&lt;/i&gt; (c'&#233;tait celui du chauffeur qui, un jour d'octobre 1912, conduisit Duchamp et ses amis &#171; &#224; la conqu&#234;te par la vitesse de [la] route Jura-Paris &#187;). Je mentionne encore les deux d&#233;clarations intitul&#233;es &#171; Autocouronnement &#187; par lesquelles l'artiste surr&#233;aliste Victor Brauner, invoquant probablement la magie de son pr&#233;nom, se proclamait &#171; empereur du Thadana &#187; (10 juin 1944) puis &#171; empereur du royaume du mythe personnel &#187; (7 mars 1947)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les gu&#233;rill&#232;res tisserandes, voir Les Gu&#233;rill&#232;res, op. cit., p. 183. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par les commentaires qui pr&#233;c&#232;dent, je crains d'avoir laiss&#233; penser que l'&#233;tudiante B&#233;ryl Coulombi&#233; a con&#231;u sp&#233;cifiquement &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; pour son dipl&#244;me et pour l'h&#233;micycle de Delaroche. Ce n'est pas le cas. L'artiste a imagin&#233; la fontaine et la robe avant de se confronter &#224; la couronne et &#224; la coupole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de Fontaine est venue &#224; l'artiste alors qu'elle r&#233;p&#233;tait un spectacle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il serait plus juste de dire qu'elle a successivement rencontr&#233; les unes et les autres sur la voie trac&#233;e par Wittig, sur &lt;i&gt;le chemin circulaire de la victoire&lt;/i&gt;. L'autocouronnement de B&#233;ryl Coulombi&#233; est avant tout une adaptation sc&#233;nique du &#171; cercle comme &lt;i&gt;modus operandi &lt;/i&gt; &#187; dont parle Wittig &#224; propos des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; ; la seule couronne dont l'artiste se coiffe est celle, virtuelle, dessin&#233;e par la r&#233;volution &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles et dans diff&#233;rentes dimensions d'un cercle qui est lui-m&#234;me une figure du mouvement. Le motif devient moteur, les figures atteignent leur vitesse de lib&#233;ration, et la &#171; nouvelle dynamique &#187; c&#233;l&#232;bre cet &#171; &#233;panouissement cin&#233;matique &#187; en un hypertore d'hyperboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte institutionnel qui &#233;tait le sien l'an dernier &#8211; celui, tout sauf &#233;pique, d'un dipl&#244;me &#8211;, &lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt;transforme logiquement cette couronne po&#233;tique en un pi&#232;ge m&#233;tacritique &#224; double d&#233;tente : un pi&#232;ge (la r&#233;f&#233;rence frontale au readymade) peut en cacher un autre (le cheval de Troie des gu&#233;rill&#232;res). Il s'agissait avant tout de se r&#233;approprier un contexte d'&#233;nonciation, condition de l'acte de langage. Ext&#233;rieurement il y a bien eu jugement et m&#234;me &#171; couronnement &#187; (exemple paradigmatique de l'&#233;nonc&#233; performatif), puisque l'autrice de &lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;LL &lt;/i&gt;s'est vu d&#233;cerner les &#171; f&#233;licitations du jury &#187;. Mais selon la fiction perform&#233;e dans l'amphith&#233;&#226;tre d'honneur, les membres dudit jury ne faisaient gu&#232;re qu'ent&#233;riner le sacre de celle dont ils tiraient encore leur petit pouvoir, et qui n'&#233;tait plus elle-m&#234;me qu'un avatar transitoire du h&#233;ros &lt;i&gt;elles&lt;/i&gt;, expert en gu&#233;rilla iconologique. De cette ruse, de ce bon tour, l'artiste s'&#233;tait d&#233;j&#224; f&#233;licit&#233;e, elle qui n'avait &#233;t&#233; la muse de l'&#233;mulation beaux-arts que pour une &#171; courte dur&#233;e &#187;, le temps d'une gracieuse pirouette analogique. Po&#233;tiquement parlant, la partie &#233;tait &lt;i&gt;gagn&#233;e d'avance&lt;/i&gt;, et c'est ce dont on peut, en effet, f&#233;liciter l'artiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fontaine rappelle aussi combien l'intensit&#233; politique et artistique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviendrai sur les param&#232;tres critiques et mythopo&#239;&#233;tiques (dionysiaques) de&lt;i&gt; Fontaine&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir comment&#233; la pi&#232;ce dans&#233;e &lt;i&gt;LL&lt;/i&gt;, que B&#233;ryl Coulombi&#233; donnait quelques minutes plus tard dans la galerie droite du palais des &#201;tudes, et qui montrait plus directement la pr&#233;cision de son travail sur le texte et l'intertexte des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;. &#192; suivre, donc, dans &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adrien Malcor.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Nietzsche, &#171; Essai d'autocritique &#187; (1886), &lt;i&gt;La Naissance de la trag&#233;die&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;dans &lt;i&gt;&#338;uvres philosophiques compl&#232;tes&lt;/i&gt;, t. I, &#233;d. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, trad. Michel Haar, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, Paris, Gallimard, 1977, p. 34-35. Cette exhortation est tir&#233;e de la quatri&#232;me partie d'&lt;i&gt;Ainsi parlait Zarathoustra &lt;/i&gt;(chapitre &#171; De l'homme sup&#233;rieur &#187;, section 20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je cite le court entretien publi&#233; dans le catalogue de l'&#171; exposition des f&#233;licit&#233;s 2023 &#187; (con&#231;ue par &#201;milie Villez) : &lt;i&gt;Des lignes de d&#233;sir&lt;/i&gt;, Paris, ENSBA, 2023, p. 38-41. Sauf mention contraire, toutes mes citations ult&#233;rieures de l'artiste proviennent de cet entretien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une autre artiste fran&#231;aise avait tout r&#233;cemment investi ces zones associatives, avec le m&#234;me sens duchampien des circonstances. En 2022, Mimosa Echard (n&#233;e en 1986) remportait le prix Marcel Duchamp avec une belle installation intitul&#233;e &lt;i&gt;Escape More&lt;/i&gt;, qu'on pouvait voir comme une variation ondiniste et cyberpunk sur la grande &#339;uvre testamentaire de Duchamp, &lt;i&gt;&#201;tant donn&#233;s&lt;/i&gt;. B&#233;ryl Coulombi&#233; me dit avoir &#233;t&#233; int&#233;ress&#233;e par &lt;i&gt;Escape More&lt;/i&gt;, mais avait d&#233;j&#224; imagin&#233; sa &lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; quand elle a d&#233;couvert l'installation &#224; Beaubourg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je simplifie, dans la mesure o&#249; la fresque de Paul Delaroche marque plut&#244;t une rupture historiciste avec la tradition du d&#233;cor all&#233;gorique. Sur ce point, voir Alain Bonnet, &#171; Une histoire de l'art illustr&#233;e : l'h&#233;micycle de l'&#201;cole des beaux-arts par Paul Delaroche &#187;, &lt;i&gt;Histoire de l'art&lt;/i&gt;, no 33-34, 1996, p. 17-30 ; en ligne : &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/hista_0992-2059_1996_num_33_1_2713&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/hista_0992-2059_1996_num_33_1_2713&lt;/a&gt;. Je note qu'on reprocha &#224; Delaroche le r&#233;alisme de son all&#233;gorie centrale, pour laquelle l'artiste avait fait poser celle qui allait devenir l'un des mod&#232;les d'atelier les plus c&#233;l&#232;bres de l'&#233;poque, Jos&#233;phine Bloch (1822-1891).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; comparer avec ce que Duchamp &#233;crit de la double op&#233;ration assurant l'&#171; &#233;panouissement cin&#233;matique &#187; de la Mari&#233;e : &#171; Cet &#233;panouissement cin&#233;matique [&#8230;] est, en g&#233;n&#233;ral, l'aur&#233;ole de la mari&#233;e, l'ensemble de ses vibrations splendides [&#8230;] la peinture sera un inventaire des &#233;l&#233;ments de cet &#233;panouissement, &#233;l&#233;ments de la vie sexuelle imagin&#233;e par elle mari&#233;e-d&#233;sirante. Dans cet &#233;panouissement, la mari&#233;e se pr&#233;sente nue sous 2 apparences : la premi&#232;re, celle de la mise &#224; nu par les c&#233;libataires, la seconde apparence, celle imaginative-volontaire de la mari&#233;e. De l'accouplement de ces 2 apparences de la virginit&#233; pure &#8211; de leur collision d&#233;pend tout l'&#233;panouissement, ensemble sup&#233;rieur et couronne du tableau. &#187; (Note de la &lt;i&gt;Bo&#238;te verte&lt;/i&gt; (1934), reprise dans &lt;i&gt;Duchamp du signe&lt;/i&gt;, &#233;d. Michel Sanouillet, Paris, Champs Flammarion, 1994, p. 63.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Linda Nochlin, &#171; Why Have There Been No Great Women Artists ? &#187;, &lt;i&gt;ArtNews&lt;/i&gt;, janvier 1971. En fran&#231;ais : &#171; Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? &#187;, dans &lt;i&gt;Femmes, art et pouvoir, et autres essais&lt;/i&gt;, trad. Oristelle Bonis, N&#238;mes, Jacqueline Chambon, 1993, p. 201-244 ; &lt;i&gt;Pourquoi &lt;/i&gt;&lt;i&gt;n'y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ?&lt;/i&gt;, trad. Margot Rietsch, Londres, Thames &amp; Hudson, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &#171; Le cheval de Troie &#187; (1984), dans &lt;i&gt;La Pens&#233;e straight&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2018, p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Duchamp, &#171; L'artiste doit-il aller &#224; l'universit&#233; ? &#187; (conf&#233;rence &#224; Hofstra, 1960), &lt;i&gt;Duchamp du signe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1969, r&#233;&#233;d. 2019, p. 173-174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E-mail de l'artiste, 4 mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &#171; Quelques remarques sur &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res &lt;/i&gt; &#187; (1994), dans &lt;i&gt;La Pens&#233;e straight&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les gu&#233;rill&#232;res tisserandes, voir &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 183. Pour la conqu&#234;te de la route Jura-Paris, voir Marcel Duchamp,&lt;i&gt; Notes&lt;/i&gt; (1980), &#233;d. Michel Sanouillet et Paul Matisse, Paris, Champs Flammarion, 1999, p. 68 (et &lt;i&gt;Duchamp du signe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 41-42). Pour les autocouronnements de Brauner, voir Victor Brauner,&lt;i&gt; &#201;crits et correspondance, 1938-1948&lt;/i&gt;, &#233;d. Camille Morando et Sylvie Patry, Paris, INHA / Centre Georges-Pompidou, 2005, p. 402-403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e de &lt;i&gt;Fontaine &lt;/i&gt;est venue &#224; l'artiste alors qu'elle r&#233;p&#233;tait un spectacle inspir&#233; &#224; la fois des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt; et de la pens&#233;e de Fernand Deligny, &lt;i&gt;pri&#232;re de ne pas marcher sur les pierres&lt;/i&gt;, donn&#233; au 10-rue-Saint-Luc (l'atelier des &#233;ditions L'Arachn&#233;en) pendant l'&#233;t&#233; 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Fontaine&lt;/i&gt; rappelle aussi combien l'intensit&#233; politique et artistique du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle fran&#231;ais a potentialis&#233; le &#171; patrimoine &#187; parisien. Le 15 d&#233;cembre 1855, quatorze ans apr&#232;s son inauguration (couronn&#233;e de succ&#232;s), la fresque de Paul Delaroche fut tr&#232;s endommag&#233;e par un incendie qui ravagea l'amphith&#233;&#226;tre d'honneur des Beaux-Arts (la peinture actuellement visible est le r&#233;sultat d'une restauration entreprise quelques ann&#233;es plus tard par les &#233;l&#232;ves de l'artiste). C'est cette m&#234;me ann&#233;e 1855 que le grand ennemi de Delaroche, le peintre Gustave Courbet, prenant acte des nombreux refus essuy&#233;s par ses &#339;uvres au Salon, court-circuita le syst&#232;me de s&#233;lection acad&#233;mique en installant son Pavillon du R&#233;alisme en marge des b&#226;timents de l'Exposition universelle. Or ce pavillon &#233;tait centr&#233; sur un important tableau-manifeste, &lt;i&gt;L'Atelier du peintre,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;all&#233;gorie r&#233;elle d&#233;terminant sept ann&#233;es de ma vie artistique&lt;/i&gt; (aujourd'hui au mus&#233;e d'Orsay), dont la composition est pour partie une r&#233;ponse r&#233;aliste &#224; &lt;i&gt;La Renomm&#233;e distribuant des couronnes &lt;/i&gt;(comparer la centralit&#233; des figures f&#233;minines nues, ici all&#233;gorie de la Renomm&#233;e, l&#224; de la rivi&#232;re Loue, c'est-&#224;-dire de la nature). En 1855, donc, c'est comme si le r&#233;alisme avait d&#233;clench&#233; une bataille d'all&#233;gories qui avait mis le feu &#224; l'Acad&#233;mie. Si l'on se souvient maintenant de ce que la psychanalyse dit de &#171; la relation habituelle de l'incontinence d'urine au feu &#187; (Sigmund Freud), alors peut-&#234;tre la nouvelle &#171; all&#233;gorie r&#233;elle &#187; de B&#233;ryl Coulombi&#233; comm&#233;more-t-elle cet incendie antiacad&#233;mique, cela en c&#233;l&#233;brant l'alliance alchimique du feu r&#233;volutionnaire et de l'eau sexuelle des sources et fontaines de Courbet, de Duchamp et d'Elsa von Freytag-Loringhoven. L'histoire de l'art a son &#171; hasard objectif &#187; (Andr&#233; Breton), que parfois la ville conserve et lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pierre Simon : artisan de la r&#233;cup&#233;ration de la lib&#233;ration sexuelle</title>
		<link>https://trounoir.org/Pierre-Simon-artisan-de-la-recuperation-de-la-liberation-sexuelle</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>
		<dc:subject>sexologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De la contre-nature &#224; la contre-culture.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2024-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mickael-Tempete-+" rel="tag"&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-sexologie-+" rel="tag"&gt;sexologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/psimon_2_.jpg?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que Micka&#235;l Temp&#234;te vient de sortir &lt;a href=&#034;https://www.editionsdivergences.com/livre/la-gaie-panique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Gaie Panique. Une histoire politique de l'homophobie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, il revient dans cet article sur le r&#244;le de la sexologie lib&#233;rale dans le contr&#244;le d'une homosexualit&#233; et d'un f&#233;minisme r&#233;volutionnaires. Ces discours que l'on pourrait croire pass&#233;istes trouvent au contraire une nouvelle jeunesse dans les critiques actuelles contre l'&#171; id&#233;ologie LGBT+ &#187;. Pierre Simon (1925-2008), grande figure de la sexologie fran&#231;aise, est au c&#339;ur de cet av&#232;nement d'une sexualit&#233; dite &#171; apolitique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La sexologie lib&#233;rale a fait &#233;merger une position centriste sur la sexualit&#233;, la voix du milieu entre les deux extr&#234;mes (r&#233;volutionnaires/conservateurs), lui permettant de chuchoter &#224; l'oreille des hommes de pouvoir, notamment de droite. Cette sexologie &#233;tait porteuse d'une dimension sociale qui a accompagn&#233; la plupart des projets de loi sur la contraception (Loi Neurwith en 1967) et l'avortement (Loi Peyret en 1970, Loi Veil en 1975) port&#233;s par des gouvernements et des d&#233;put&#233;s de droite r&#233;publicaine et gaulliste. Pierre Simon, gyn&#233;cologue de formation, &#233;tait la figure forte de ce mouvement de la sexologie lib&#233;rale. Il s'agissait pour lui de d&#233;samorcer les vell&#233;it&#233;s r&#233;volutionnaires d'une soci&#233;t&#233; sur le point d'exploser (Mai 68) et &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; de poser les bases d'un id&#233;al-type de soci&#233;t&#233; fonctionnelle. Si aujourd'hui, on ne s'est pas mis &#224; consulter un sexologue aussi simplement qu'un dentiste, sa plus grande victoire est toutefois d'avoir r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un d&#233;sir de connaissance de la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; sexuelle en d&#233;samor&#231;ant les forces conflictuelles du d&#233;sir. Il s'agira ici de comprendre comment une politique de droite est parvenue &#224; neutraliser les potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires des luttes de lib&#233;ration sexuelles &#224; travers un pr&#233;suppos&#233; sur la sexualit&#233; comme n'&#233;tant &lt;i&gt;ni de droite ni de gauche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire fonctionner la sexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si jusqu'ici la sexologie avait surtout r&#233;ussi &#224; s'implanter durablement aux &#201;tats-Unis gr&#226;ce &#224; des travaux d'ampleur (l'enqu&#234;te sociologique de Kinsey, les observations physiologiques de Masters et de Johnson), en France le tournant arrive en 1972 avec le &lt;i&gt;Rapport Simon sur le comportement sexuel des fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Issu d'un travail collaboratif avec une juriste (Anne-Marie Dourlen-Rollier), un sociologue (Jean Gondonneau), un chef d'enqu&#234;te &#224; l'IFOP (Lucien Mironer) et surtout le m&#233;decin gyn&#233;cologue Pierre Simon qui pilota le projet. D&#232;s 1969 et durant trois ans, les recherches et l'&#233;criture du rapport sont alors contemporaines des insurrections de mai 1968 et des mouvements de lib&#233;ration f&#233;ministes et homosexuels. Contrairement au &lt;i&gt;Rapport Kinsey&lt;/i&gt; qui &#171; se r&#233;f&#232;re &#224; toutes les formes d'excitation sexuelle conduisant &#224; l'orgasme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Maryse Jaspard, &#171; L'observation statistique de la sexualit&#233; &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui de Pierre Simon a la particularit&#233; de s'inscrire dans le sillage du Mouvement pour le planning familial et de se concentrer, par cons&#233;quent, autour de la sexualit&#233; g&#233;nitale h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si Pierre Simon &#233;tait bien un d&#233;fenseur de la contraception et de l'avortement, il se tient &#224; l'&#233;cart des vis&#233;es r&#233;volutionnaires du MLF et m&#232;nera son combat &#224; l'int&#233;rieur de l'institution politique en exer&#231;ant notamment la fonction de conseiller dans les cabinets des ministres de la Sant&#233; Robert Boulin et Michel Poniatowski (sous la pr&#233;sidence de Georges Pompidou) puis de Simone Veil (sous la pr&#233;sidence de Val&#233;ry Giscard d'Estaing).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour asseoir la valeur institutionnelle de ce travail scientifique, le ministre de la Sant&#233; Robert Boulin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Robert Boulin (1920-1979) est un homme politique fran&#231;ais. Il fut R&#233;sistant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est invit&#233; &#224; r&#233;diger la pr&#233;face du fameux &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt;. Dans celle-ci, il estime que &#171; notre dessein est de conduire la soci&#233;t&#233; vers son &lt;i&gt;perfectionnement&lt;/i&gt; o&#249; la notion qualitative de l'individu est indissociable de la sant&#233; physique et mentale &#187;, et appelle pour cela &#224; investir davantage l'&#233;ducation sexuelle : &#171; il faut &#233;laborer, en France, les instruments n&#233;cessaires aux structures qui dispenseront l'information et favoriseront l'&#233;ducation du couple et de la famille &#187;. Et qu'il faut mobiliser pour cela les principales branches de la m&#233;decine (gyn&#233;cologie, psychiatrie, p&#233;diatrie, hygi&#232;ne sociale et sant&#233; publique) et du droit (droit criminel, droit matrimonial, jurisprudence du travail et de la main-d'&#339;uvre). L'objectif est clair, une meilleure connaissance des comportements sexuels des Fran&#231;ais permettra d'am&#233;liorer qualitativement la vie des couples et des familles : accomplir le projet d'une soci&#233;t&#233; de la perfectibilit&#233; humaine &#224; partir d'une &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; dompt&#233;e. Les intentions du &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt; sont pr&#233;sent&#233;es d&#232;s son introduction. Le but est d'investir la voie du milieu entre le camp des conservateurs (&#171; une soci&#233;t&#233; stable, adulte, fond&#233;e sur l'anciennet&#233;, l'autorit&#233; et la morale religieuse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Pierre Simon, Rapport sur le comportement sexuel des fran&#231;ais, Julliard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et le camp des r&#233;volutionnaires (&#171; o&#249; la modification politique et sociale doit se faire autour de nos pulsions et pour leur satisfaction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) . La cl&#233;, c'est bel et bien l'&lt;i&gt;&#233;quilibre&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Une sexualit&#233; bien entendue, un &#233;quilibre psycho et socio-affectif demeurent, dans cette civilisation technicienne, le seul bouclier pr&#233;servant des troubles psychiques et de l'ins&#233;curit&#233; morale. Par sa perspective de r&#233;flexion d'ensemble sur la vie, ce Rapport est un effort pour contribuer &#224; la connaissance et au maintien de l'int&#233;grit&#233; de l'individu, en vue de son &#233;panouissement biologique, spirituel et social.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid., p. 23.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'homosexualit&#233; tient une place extr&#234;mement marginale dans le rapport, on la retrouve d&#233;crite sur trois pages (sur un livre en contenant 900) dans la section des &#171; autres exp&#233;riences de la vie sexuelle &#187; aux c&#244;t&#233;s de la masturbation, des pollutions nocturnes et des maladies v&#233;n&#233;riennes. Rel&#233;gu&#233;e au rang de &#171; minorit&#233; &#233;rotique &#187;, elle ne suscitera pas beaucoup d'int&#233;r&#234;t, s'en remettant tout au plus aux r&#233;sultats ant&#233;rieurs du &lt;i&gt;Rapport Kinsey&lt;/i&gt; pour expliquer qu'elle n'est pas un &#171; ph&#233;nom&#232;ne exceptionnel &#187; et qu'&#224; peu pr&#232;s 10 % des hommes ont d&#233;j&#224; eu une activit&#233; sexuelle avec une personne de son sexe. L'attitude lib&#233;rale de l'enqu&#234;te les am&#232;ne &#224; produire un nouveau discours sur l'homosexualit&#233; qui passe &#171; de la notion de perversion &#224; celle de d&#233;viation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid., p. 268.&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le caract&#232;re statistiquement minoritaire et non reproducteur de l'homosexualit&#233; la maintient toutefois dans une conception biologique des cat&#233;gories sexuelles (validation du paradigme de la diff&#233;rence sexuelle), si elle est d&#233;viation, elle est une d&#233;viation &lt;i&gt;quant &#224; son but &lt;/i&gt;reproductif. Il est vrai qu'avec ce &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt;, l'homosexualit&#233; se normalise et peut int&#233;grer la soci&#233;t&#233;, &#233;tant entendue comme une simple d&#233;viation sexuelle minoritaire et respectueuse de l'int&#233;grit&#233; de l'individu, trop faible en nombre elle ne constituera pas une menace antisociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la contre-nature &#224; la contre-culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'int&#233;resse, c'est l'&#233;cart politique qui se dessine paradoxalement entre l'objectif des travaux de Pierre Simon en vue de lib&#233;raliser la sexualit&#233; des Fran&#231;ais et les mouvements militants de lib&#233;ration sexuelle. Le m&#233;decin gyn&#233;cologue semble vouloir &#233;pouser et accompagner les changements de m&#339;urs d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; (la sexualit&#233; contraceptive, l'avortement, la recherche d'une sexualit&#233; &#233;panouissante, etc.) &#224; un niveau g&#233;n&#233;ral susceptible d'&#233;tablir ce que Michel Foucault appellerait une &#171; &#233;conomie politique des corps &#187;. Or, le projet r&#233;volutionnaire f&#233;ministe et homosexuel est pr&#233;cis&#233;ment d'abolir cette modernisation des dispositifs de pouvoir, cette biopolitique toujours plus envahissante. Dans une archive sonore diffus&#233;e d'une &#233;mission de radio de France Inter consacr&#233;e &#224; ce &lt;i&gt;Rapport&lt;/i&gt;, Pierre Simon explique ce qui l'a amen&#233; &#224; se faire l'&#171; artisan d'une r&#233;cup&#233;ration &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il faut quand m&#234;me se rappeler qu'en mai 68, le Parlement &#233;tait en r&#233;alit&#233; dans la rue. C'&#233;tait dans la rue qu'on r&#233;clamait des textes et que le gouvernement c&#233;dait ou non aux pressions de la rue. Alors il y avait deux attitudes : ou on les combat et &#231;a donne du d&#233;sordre ; ou on essaye de les absorber et c'est l'id&#233;ologie dominante qui les absorbe et qui se modifie. Cette technique semble avoir &#233;t&#233; la meilleure mais l'id&#233;e de ce livre c'&#233;tait d'&#234;tre l'artisan d'une r&#233;cup&#233;ration ; ce qu'on appelle en sociologie politique un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;cup&#233;ration.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Pierre Simon, &#171; En France, en 1972, le rapport Simon : s&#233;rie Enqu&#234;te sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre Simon entend se faire le r&#233;gulateur de cette contestation afin que le &#171; d&#233;sordre &#187; qu'elle provoque se transforme en demandes d'un changement de nature des lois qui entourent la sexualit&#233;. &#192; travers la sexualit&#233; tout un ensemble d'institutions est appel&#233; &#224; modifier son exercice du pouvoir, elles doivent &#234;tre plus &#224; m&#234;me de cr&#233;er des relations entre elles et les individus, et les individus entre eux. Le projet sexologique du docteur Pierre Simon n'est rien de moins que le parach&#232;vement de la mise en place de nouvelles &#171; technologies de pouvoir &#187; qui ne se r&#233;duisent pas &#224; la coercition, elles sont productrices de subjectivit&#233;s &lt;i&gt;rationnelles&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;responsables&lt;/i&gt;. Ce qui ne veut pas dire que le pouvoir cesse de r&#233;primer mais que l'ordre historique est invers&#233;, le pouvoir produit du r&#233;el avant de r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la sexologie conservatrice qui entendait naturaliser la sexualit&#233; normale en &#233;tudiant ses marges perverses (cf. &#171; Marcel Eck contre le p&#233;ril homosexuel &#187; in &lt;i&gt;La Gaie Panique&lt;/i&gt;, &#233;d. Divergences), la sexologie lib&#233;rale op&#232;re une v&#233;ritable rupture avec ces m&#233;thodes &#171; &#224; l'ancienne &#187; de r&#233;pression de l'homosexualit&#233; en se concentrant uniquement sur la sexualit&#233; dite normale, c'est-&#224;-dire reproductrice. On comprend mieux pourquoi l'homosexualit&#233; ne suscite pas beaucoup son int&#233;r&#234;t, celle-ci a rejoint une place d'indiff&#233;rence (ou de rationalisation) en tant que comportement sexuel minoritaire de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, d&#233;sormais tol&#233;r&#233; et int&#233;gr&#233; dans un pacte social : l'homosexualit&#233; est une fiction qui a pris corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Selon Guy Hocquenghem : &#171; L'homosexuel produit n'a plus qu'&#224; venir occuper (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, voici ce qu'affirme Pierre Simon &#224; propos de militants comme ceux du FHAR et du MLF qui cherchent au contraire &#224; &#171; d&#233;sint&#233;grer la soci&#233;t&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui s'opposent &#224; cette soci&#233;t&#233;, tous ceux qui ont cr&#233;&#233; cette esp&#232;ce de contre-culture se sont assis justement sur ce qui peut &#234;tre des minorit&#233;s et des singularit&#233;s, et en partie sur le sexe comme d'autres sur la couleur de la peau, ou d'autres sur les origines ethniques. Et c'est pour &#231;a qu'on voit des minorit&#233;s sexuelles qui, aujourd'hui servent de courant politique et servent &#224; saper une soci&#233;t&#233;. Alors quelles sont les possibilit&#233;s qui nous sont offertes ? Je ne veux pas dire si l'on n'y prend garde mais si l'on n'int&#232;gre pas la sexualit&#233; au courant de notre propre soci&#233;t&#233; ? Et bien, on va assister &#224; un syst&#232;me de sape et on va voir des d&#233;fil&#233;s du type de ceux qu'on a vus dans laquelle, soit les mouvements de lib&#233;ration de la femme, soit comme on l'a vu au mois de mai dernier le front r&#233;volutionnaire des homosexuels d&#233;filer avec les gauchistes au mois de mai.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid.&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Son entreprise de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; ne suppose nullement l'exercice fondamental de la violence, mais laisse planer cette derni&#232;re comme une issue possible si le contrat social n'est pas respect&#233;. La violence devient une perspective. Ainsi, &#224; la notion de &#171; contre-nature &#187; utilis&#233;e par les conservateurs, le docteur et politicien Simon avance la menace d'une &#171; contre-culture &#187; : &#171; Et l'on va voir, s'appuyant sur la sexualit&#233; tout un syst&#232;me qui va tenter d'appuyer sa &lt;i&gt;contre-culture&lt;/i&gt; et puis son opposition &#224; la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Ibid.&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ses propos, la crainte du d&#233;sordre est r&#233;elle et doit &#234;tre neutralis&#233;e par l'application d'une r&#233;cup&#233;ration politique, et cela passe par un r&#233;formisme p&#233;nal, m&#233;dical, et social : supprimer la sentence et la remplacer par l'int&#233;gration. Que contiendrait cette &#171; contre-culture &#187; qui mettrait en danger la soci&#233;t&#233; ? Pierre Simon ne d&#233;veloppe pas davantage ses propos, mais une phrase trahit sa pens&#233;e et pourrait nous aider &#224; identifier la menace : &#171; des minorit&#233;s sexuelles qui servent de courant politique &#187;. Il y a, dans cette parano&#239;a politique, le d&#233;voilement d'une peur que les homosexuels seraient porteurs d'une id&#233;ologie vici&#233;e. Je me mets &#224; penser que cette id&#233;ologie vici&#233;e, qui emprunterait le &#171; courant &#187; des minorit&#233;s sexuelles, pourrait &#234;tre le communisme, ou en tout cas une id&#233;ologie qui s'opposerait frontalement au capitalisme. Perrine Simon-Nahum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8194;Perrine Simon-Nahum (1960-&#8230;) est une historienne et philosophe fran&#231;aise. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fille de Pierre Simon qui intervient dans cette m&#234;me &#233;mission de radio en tant que t&#233;moin et d&#233;fenseuse des travaux de son p&#232;re, explique la querelle avec les militantes f&#233;ministes et homosexuels en termes de dette politique (ingratitude du militantisme) et pr&#233;tend que celui qui &#339;uvra aux c&#244;t&#233;s des gouvernements gaulliste d&#233;fendait une libert&#233; apolitique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Avec l'un et l'autre, je crois qu'il a beaucoup servi leur cause tant que leur cause n'&#233;tait pas r&#233;cup&#233;r&#233;e par une id&#233;ologie, en particulier une id&#233;ologie d'extr&#234;me-gauche, marxiste. Encore une fois, c'est quelqu'un qui a v&#233;cu la guerre, c'est quelqu'un qui a v&#233;cu l'affrontement avec le Parti communiste et qui ne s'est jamais laiss&#233; enr&#244;l&#233; dans des id&#233;ologies, qui a toujours pens&#233; que ce qui devait pr&#233;valoir c'&#233;tait la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on a pu nommer une &#171; r&#233;cup&#233;ration politique &#187; des mouvements de lib&#233;ration sexuelle a &#233;t&#233; contemporaine de ces m&#234;mes mouvements. Tandis que des groupes f&#233;ministes luttaient pour des pratiques autonomes des avortements et des accouchements (&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sans-oser-le-demander/pourquoi-le-combat-pour-le-droit-a-l-avortement-ne-s-est-il-pas-termine-avec-la-loi-veil-8265144&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cf. Mouvement pour la libert&#233; de l'avortement et de la contraception&lt;/a&gt;), le pouvoir politique lui avait r&#233;pondu par des proc&#232;s de pratiques ill&#233;gales de la m&#233;decine et en r&#233;affirmant les m&#233;decins comme seule l&#233;gitimit&#233; d'intervention sur les corps des femmes. Tandis que les homos luttaient pour une d&#233;p&#233;nalisation de leurs pratiques sexuelles, l'&#201;tat a fini par accepter tout en lui indiquant les chemins qui m&#232;nent vers les lieux privatifs et monnayables. Les exp&#233;rimentations sociales de ces mouvements qui remettaient en question les structures m&#234;me de la reproduction capitaliste ont tout simplement subi une contre-r&#233;volution sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectre de l'anti-communisme du XX&#176; si&#232;cle fran&#231;ais sous-tend encore aujourd'hui les conflits sociaux et politiques, revivifi&#233; &#224; coup de &#171; communautarisme &#187;, d'&#171; id&#233;ologie LGBT &#187; et de &#171; wokisme &#187;. Cette th&#233;orie &lt;i&gt;ni de droite ni de gauche&lt;/i&gt; de la sexualit&#233; a sa petite histoire qu'il fallait raconter pour comprendre pourquoi aujourd'hui les sir&#232;nes du lib&#233;ralisme si&#233;ent si bien &#224; un certain conformisme f&#233;ministe et LGBT+.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Maryse Jaspard, &#171; L'observation statistique de la sexualit&#233; &#187;, in &lt;i&gt;Sociologie des comportements sexuels&lt;/i&gt;. La D&#233;couverte, 2017, pp. 77-88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Robert Boulin (1920-1979) est un homme politique fran&#231;ais. Il fut R&#233;sistant en int&#233;grant en 1941 le r&#233;seau Navarre (qui recrute parmi les hommes politiques de droite). Il est initi&#233; &#224; la franc-ma&#231;onnerie en 1975. Gaulliste, il entame sa carri&#232;re politique en tant que d&#233;put&#233; UNR (le m&#234;me parti que Paul Mirguet). Secr&#233;taire d'&#201;tat puis ministre sous les pr&#233;sidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Val&#233;ry Giscard d'Estaing.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Pierre Simon, &lt;i&gt;Rapport sur le comportement sexuel des fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Julliard, 1972, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;., p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;., p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;., p. 268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Pierre Simon, &#171; &lt;i&gt;En France, en 1972, le rapport Simon : s&#233;rie Enqu&#234;te sur le sexe &#233;pisode 3 &#187;&lt;/i&gt;, in Jean Lebrun, &lt;i&gt;La Marche de l'Histoire&lt;/i&gt;, France Inter, 19 f&#233;vrier 2020, 29 minutes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Selon Guy Hocquenghem : &#171; L'homosexuel produit n'a plus qu'&#224; venir occuper la place qu'on lui a r&#233;serv&#233;e, qu'&#224; jouer le r&#244;le qu'on lui a programm&#233;, et il le fait avec enthousiasme, il en redemande. &#187;, in &lt;i&gt;Le d&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8194;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8194;Perrine Simon-Nahum (1960-&#8230;) est une historienne et philosophe fran&#231;aise. Directrice de recherches au CNRS. Directrice de collection aux &#233;ditions Odile Jacob. Sp&#233;cialiste de l'histoire du juda&#239;sme, de philosophie de l'histoire et de th&#233;orie politique. Et fille de Pierre Simon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Toustes mes amiz sont trans (ou le seront bient&#244;t)</title>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Ouvrons trans, plus, et plus encore.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/toustes_mes_amiz_sont_trans_2.jpg?1731403066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce texte court paru dans le num&#233;ro anniversaire des dix ans de &lt;i&gt;Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;, l&#230; philosophe Marquis Bey (&#224; qui l'on doit notamment &lt;i&gt;Black Trans Feminism&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Cistem Failure&lt;/i&gt;) revient sur les extensions qu'a connues le mot &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies et les d&#233;bats que cette extension occasionnent, non seulement dans les discours antitrans orchestrant des paniques &#224; propos d'une pr&#233;tendue contagion transgenre, mais aussi dans les discours trans eux-m&#234;mes parfois soucieux de voir le mot perdre de sa capacit&#233; descriptive ou sociologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Attach&#233;&#42895;e &#224; la pratique et aux vis&#233;es de l'abolitionnisme carc&#233;ral et de l'anarchisme, Marquis Bey tente d'esquisser un pas de c&#244;t&#233; face &#224; l'obligation de genrer : &lt;i&gt;et si trans pouvait nous permettre de nous maintenir un peu plus au bord du syst&#232;me qui nous conduit &#224; cat&#233;goriser ? Est-ce que cela ne vaudrait pas la peine de lui laisser r&#233;aliser son travail de ruine du/des genres ? &lt;/i&gt; Une r&#233;ponse succincte, savoureuse et sans doute irr&#233;solue, aux d&#233;bats qui opposent les maximalismes et les mat&#233;rialismes trans, et qui m&#233;nage une place puissante &#224; ce que la non binarit&#233; contribue au transf&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie la collective t4t &#8211; translators for transfeminism et Marquis Bey.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Illustration : mbk&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si tu poses la question &#224; des gens d'une certaine g&#233;n&#233;ration, ou m&#234;me &#224; des gens d'une certaine orientation politique, ou m&#234;me &#224; des gens qui sont au reste sympathiques mais qui n'y comprennent &#171; juste rien &#187;, tu peux entendre des phrases comme &lt;i&gt;Tous ces trucs autour du genre&lt;/i&gt;, &#231;a va trop loin. Ou encore &lt;i&gt;Apparemment, tu peux juste d&#233;cider que tu es une femme et maintenant c'est moi le m&#233;chant si je ne pense pas que tu en es une. &lt;/i&gt; Il est possible que tu entendes certaines inflexions de ces phrases au sein du champ m&#234;me dont cette revue comm&#233;more l'activit&#233;, quelque chose du genre : &#171; Aujourd'hui, il suffit de &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt; que tu es trans et &lt;i&gt;voil&#224;&lt;/i&gt; !, t'es trans. Si n'importe qui peut &#234;tre trans, &#224; quoi &#231;a sert ? &#187; Ou quelque chose d'approchant. Et pour ma part, j'aime jusqu'au moindre d&#233;tail toutes ces choses auxquelles ces phrases essayent de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que je sois de celleux qui, d'une mani&#232;re bien frustrante pour certain&#42895;es, ont tendance &#224; prendre imm&#233;diatement la voie de la philosophie, je voudrais ici essayer de suspendre pour un bref instant mes man&#339;uvres th&#233;oriques habituelles. &#192; la place, je voudrais commencer dans l'interpersonnel, dans l'exp&#233;rientiel, pas pour v&#233;n&#233;rer ces choses ou pour sugg&#233;rer leur fondamentalit&#233; hi&#233;rarchique compar&#233;e au philosophique, mais plut&#244;t pour apaiser mes possibles d&#233;tracteurices. De fait, je suis plut&#244;t de celleux qui, contrairement &#224; nombre de mes camarades, cherchent &#224; &lt;i&gt;d&#233;s&lt;/i&gt;accentuer l'exp&#233;rientiel et le mat&#233;riel, dans la mesure o&#249; &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; compr&#233;hension de trans exc&#232;de profond&#233;ment, et cherche &#224; invalider, le sol sur lequel le mat&#233;riel et l'exp&#233;rientiel, et leur soi-disant transparence, reposent. Croyez-le ou non, il y a un certain nombre de personnes qui pr&#233;f&#233;reraient ne pas entendre parler de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; genre de trans. Mais pour moi, tel est le futur de trans &#8211; et, aussi, son pr&#233;sent et son pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas deux jours, au moment o&#249; je commen&#231;ais d'&#233;crire ces lignes, j'ai envoy&#233; un message &#224; un ami, avec qui nous avons un&#42895;e ami&#42895;e en commun et pour la premi&#232;re fois en ma pr&#233;sence, cet ami a utilis&#233; le pronom &#171; iel &#187; pour d&#233;crire cette personne. Un an plus t&#244;t, un&#42895;e tr&#232;s chaer camarade partageait avec moi sa compr&#233;hension d'elle-m&#234;me comme agenre, consid&#233;rant qu'il utiliserait dor&#233;navant les &#171; Trois Principaux &#187; pronoms : &lt;i&gt;he&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;she&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;they&lt;/i&gt;. Deux ann&#233;es plus t&#244;t, mon amoureuxse l&#230; plus durable partageait avec moi, ol aussi, sa compr&#233;hension d'ol-m&#234;me au travers de la non-binarit&#233;, que nous consid&#233;rons toustes deux comme une pratique et un projet d'invalidation du genre. Cela pour dire que nous ne nous identifions pas comme non binaires, nous ne r&#233;pondons pas, quand on nous pose la question de l'identification, en disant &#171; je suis non binaire &#187; ; bien plut&#244;t &#8211; et peut-&#234;tre cela infl&#233;chit-il mon d&#233;sir pour le futur de trans dans les &#233;tudes trans &#8211; nous disons que nous nous comprenons au travers de la non binarit&#233; dans la mesure pr&#233;cis&#233;ment o&#249; &lt;i&gt;non binaire&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;, n'est pas quelque chose que nous poss&#233;dons ou dont nous parons nos corpor&#233;it&#233;s, mais plut&#244;t une modalit&#233; par laquelle nous bricolons, ou d&#233;faisons, ou rompons avec le genre &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; en tant qu'appareil d'imposition. Ou, deux ans et demi plus t&#244;t, alors que j'avais chang&#233; mon nom sur Zoom pour &#171; Marquis : they|them, ou n'importe quel pronom &#187;, un&#42895;e de mes coll&#232;gues m'avait r&#233;pondu : &#171; Oh tu utilises le pronom &lt;i&gt;they&lt;/i&gt; maintenant ? H&#233; bien moi aussi ; je suppose que beaucoup de choses ont chang&#233; depuis la derni&#232;re fois qu'on s'est vu&#42895;es [trois ans plus t&#244;t]. &#187; Et puis finalement, un de mes plus proches partenaires intellectuels, dont je relisais r&#233;cemment un essai o&#249; il &#233;crivait &#171; en tant que personne qui se comprend lui-m&#234;me comme blanc &#187;, et &#224; qui je r&#233;pondais, &#224; propos du &#171; lui-m&#234;me &#187;, &lt;i&gt;pour le moment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que toustes mes ami&#42895;es sont, sont en train de devenir ou seront bient&#244;t trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu les choses, comme il se doit : il ne s'agit pas, en disant cela, de siphonner la signification et l'importance, et encore moins les ressources, qui sont allou&#233;es &#224; celleux qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;&#42895;es, de mani&#232;re quelque peu perturbante il me semble, comme des &#171; vraies personnes trans &#187;, comme taaaant de discours le sugg&#232;rent &#8211; une r&#233;f&#233;rentialit&#233; discursive que j'imagine &#171; comprendre &#187; mais dont il y a assur&#233;ment beaucoup &#224; dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et je demande alors, reprenant ce qui est devenu le refrain de Mustafa, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le but ici n'est pas de retirer quoi que ce soit aux personnes trans qui ont, pourrait-on dire, emprunt&#233; des voies plus traditionnelles ou attendues &#8211; des interventions et des alt&#233;rations hormonales, m&#233;dicales, psychologiques et interpersonnelles, des exp&#233;riences, souvent violentes, et ainsi de suite. Je suis souvent perplexe face &#224; l'id&#233;e selon laquelle &lt;i&gt;l'expansion&lt;/i&gt; de trans puisse &#234;tre lue comme &lt;i&gt;quelque chose qui serait retir&#233;e&lt;/i&gt; &#224; celleux dont on reconna&#238;t plus facilement le droit de revendiquer ce nom. Parce que, d'une mani&#232;re substantielle, trans indique une expansion, une vision non propri&#233;taire concernant qui peut validement endosser (ou refuser) tel ou tel genre de telle ou telle mani&#232;re. Mais plus encore, concernant la mani&#232;re dont cette m&#233;ditation pourrait nous aider &#224; envisager le futur des &#233;tudes trans, trans peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une indication de ce &#224; quoi je n'ai de cesse de revenir obsessivement avec tant de camarades et de complices : &#171; la critique du r&#233;gime r&#233;gulateur du genre, de sa normativit&#233; et de ses cat&#233;gorisations &#187; ; &#171; l'invalidation des ontologies de race et de genre qui nous sont impos&#233;es &#187; (Bey 2022, 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, la suspension n'a pas tenu, et nous voil&#224; dans les alentours du philosophique. Et permettez-moi d'&#233;crire, comme je l'ai dit &#224; voix haute au cours d'une conversation avec un.e adelphe trans philosophe (je papillonne encore de nos &#233;changes, E) que mes deux amours philosophiques favoris &#8211; Derrida et Deleuze &#8211; sont des penseurs trans f&#233;ministes. S&#233;rieusement. Si bien que c'est vraiment sans surprise que j'ai r&#233;cemment lu dans &lt;i&gt;Transgender Marxism&lt;/i&gt; (Gleeson et O'Rourke 2021) un texte que nous devrions tou.tes lire (et je ne dis pas cela en tant que marxiste, ni Noir..e, ni trans, ni quoi que ce soit d'autre) dans la mesure o&#249; il &#233;lucide les inflexions radicalement trans de Deleuze. CB et An, les auteurices, s'y engagent dans un dialogue sur Deleuze et la diff&#233;rence de genre, et ols donnent &#224; leur &#233;change le merveilleux sous-titre d'&#171; Association conspiratrice pour l'avancement de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence culturelle &#187;. Ols offrent la transitude, non pas &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; termes deleuziens mais plut&#244;t comme une &#233;mergence d'un temps pass&#233; avec Deleuze &#8211; ou plut&#244;t, avec les pens&#233;es que Deleuze nous a offertes &#8211; et un d&#233;sir de &#171; l'emporter au-del&#224; du simplisme de l'identit&#233; lib&#233;rale &#187; (200). Comme nous devrions emporter toutes choses. C'est ce &#171; simplisme de l'identit&#233; lib&#233;rale &#187; qui r&#233;pond quand certain..es, dont je fais partie, s'efforcent de nommer une transitude plus insurrectionnelle et moins propri&#233;taire. C'est lui qui parle quand on r&#233;pond, comme on m'a r&#233;pondu : &#171; Mais ma transitude est pour moi et &lt;i&gt;seulement&lt;/i&gt; pour les personnes qui sont vraiment des personnes trans. &#187; La r&#233;ponse qui veut que trans soit une identit&#233; sp&#233;cifique, une identit&#233; qui a une place et qui convient &#224; la mesure des cat&#233;gorisations existantes de la quantifiabilit&#233; capitaliste &#8211; c'est-&#224;-dire de l'aisance &#224; surveiller et &#224; discipliner &#8211; a pour effet et pour but la &#171; reterritorialisation de cette ligne de fuite &#187;, une ligne de fuite que trans est cens&#233; encourager et (in)d&#233;finir (201). S'il est vrai, et j'ai tendance &#224; penser les choses ainsi, que l'insurrection trans f&#233;ministe a lieu et continue d'avoir lieu, quand nous &#171; sortons des bureaux du genre &#187;, &lt;i&gt;point&lt;/i&gt; ; quand nous r&#233;alisons que &#171; &#234;tre une femme &#187;, trans, cis ou autre, &#171; ne suffit plus &#187; ; quand &#171; dynamiter la loi binomiale du sexe et du genre devient une pratique politique &#187; (WhoreDykeBlackTransFeminist Network 2010) &#8211; si cela est vrai, alors trans-comme-identit&#233;-sp&#233;cifique-m&#233;dico-juridique-qui-doit-&#234;tre-respect&#233;e-parce-que-nous-devons-&#234;tre-de-braves-(f&#233;tichistes-des-droits)-humains-lib&#233;raux est loin d'&#234;tre ce que trans peut et doit &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tant que trans reconfigure le genre d'une mani&#232;re qui serait &#171; meilleure &#187; ou plus &#171; inclusive &#187;, c'est plut&#244;t que trans, pour revenir au manifeste du R&#233;seau PuteGouineNoir&#42895;eTransF&#233;ministe, &lt;i&gt;ne veut pas genrer.&lt;/i&gt; &#171; Tout le monde produit du genre &#187;, &#233;crivent-iels. Mais l'insurrection &#224; laquelle nous nous engageons d&#233;sire plus que cela. L&#224; o&#249; tout le monde produit du genre, &#171; nous produisons de la libert&#233; &#187; (WhoreDykeBlackTransFeminist Network 2010). Parce que le genre lui-m&#234;me est en faute ; les mani&#232;res dont nos identit&#233;s racialis&#233;es et genr&#233;es nous sont mises sur le dos ne sont pas simplement des signes descriptifs ; ce sont, comme le disent CB et An, &#171; des mani&#232;res de briser et de contraindre le corps &#187;, pour lesquelles &#171; la sexuation elle-m&#234;me &#187; joue un r&#244;le fondamental (201). Le genre est offert, ou plus exactement forc&#233; sur les corps, comme une mani&#232;re de &#171; massacrer le corps aussit&#244;t qu'il na&#238;t &#187; et m&#234;me &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; sa naissance. Et ce massacre &#8211; ce genre ; le genre comme tel &#8211; &#171; est vital pour la production d'une force de travail laborieuse, c'est-&#224;-dire pour la production du corps productif. Il est vital pour le capitalisme &#187; (202). Et il y en a pour se demander pourquoi j'entretiens une relation abolitionniste au genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour moi l'apparence et la saveur de l'avenir de trans et des &#233;tudes trans. Et ce qu'elles sont depuis longtemps d&#233;j&#224;. Je ne suis pas ici pour &#233;tablir des crit&#232;res de plus en plus pr&#233;cis pour l'entr&#233;e dans le club exclusif de la transitude o&#249; seul&#42895;es celleux qui sont &#224; la hauteur peuvent entrer. Ouvrons trans, plus, et plus encore. Laissons entrer tout le monde ; ou rappelons-nous que personne n'a &#224; rester dehors. Pas parce qu'il n'y a pas de crit&#232;res ni de cons&#233;quences pour les diff&#233;rences de subjectivit&#233;s (au sein de cette it&#233;ration du monde). Mais parce que trans est le d&#233;sir et la r&#233;alisation politique de et pour la remise en question radicale des crit&#232;res et des diff&#233;rences elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
traduit de l'anglais (&#233;tats-unis) par la collective &lt;a href=&#034;https://linktr.ee/translators4transfeminism&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t4t &#8211; translators for transfeminism&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bey, Marquis. 2022. &lt;i&gt;Black Trans Feminism.&lt;/i&gt; Durham, NC : Duke University Press&lt;br class='autobr' /&gt;
Gleeson, Jules Joanne, and O'Rourke, Elle, eds. 2021. &lt;i&gt;Transgender Marxism.&lt;/i&gt; Londres : Pluto.&lt;br class='autobr' /&gt;
The WhoreDykeBlackTransFeminist Network. 2010.&lt;a href=&#034;http://anarchalibrary.blogspot.com/2010/10/manifesto-for-trans-feminist.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Manifesto for the Trans-Feminist Insurrection &#187;&lt;/a&gt;. Anarcha Library, October 20th.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Article original&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marquis Bey, &lt;a href=&#034;https://read.dukeupress.edu/tsq/article-abstract/10/3-4/208/385686/All-My-Friends-Are-Trans-or-Will-Be-Soon?redirec&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; All My Friends Are Trans (or Will Be Soon) &#187;&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; TSQ &lt;/i&gt; (2023) 10 (3-4) : 208&#8211;211.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et je demande alors, reprenant ce qui est devenu le refrain de Mustafa, une personne brillante qui &#233;tudie avec moi et qui demande : &#171; Qui sont, au juste, les vraies personnes trans (&lt;i&gt;real trans people&lt;/i&gt;) ? &#187; Comment peut-on imaginer r&#233;pondre sereinement &#224; cette question, et ainsi r&#233;p&#233;ter &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; le pr&#233;suppos&#233; qui se trouve &#224; sa base, et qui pr&#233;tend qu'il existerait de &#171; vraies &#187; personnes trans, et donc de &#171; fausses &#187; personnes trans, et qu'il serait facile de faire la distinction entre les deux ? Surtout lorsque nous sommes, ou devrions &#234;tre, engag&#233;&#42895;es dans une politique trans radicale qui discr&#233;dite les logiques m&#234;mes d'authenticit&#233; incrust&#233;es dans la notion m&#234;me de &lt;i&gt;realness&lt;/i&gt; et de &#171; vrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Appel &#224; contributions : Pulsions fascistes</title>
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		<dc:date>2024-09-25T08:37:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Appel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un appel &#224; textes pour un prochain num&#233;ro papier de Trou Noir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2024-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-fascisme-+" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/thumb__640_1000_0_0_auto.jpg?1731403065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que nous avons lanc&#233; il y a deux semaines &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/Appel-a-contribution-les-vies-queers-de-Marseille&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un appel &#224; textes sur le th&#232;me de la ville de Marseille&lt;/a&gt; pour le num&#233;ro 4 de Trou Noir, voici celui du num&#233;ro 5 dont la sortie est pr&#233;vue pour l'automne 2025.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : D&#233;tail d'une illustration de Po&#239;Po&#239; pour la couverture du livre &#034;Fantasm&#226;lgories&#034; de Klaus Theweleit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trou Noir 5 : Pulsions fascistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les temps troubl&#233;s que nous traversons, la question du fascisme revient en force et nous devons &#234;tre partie prenante du renouveau de l'antifascisme. D'une part, l'actualit&#233; politique fran&#231;aise nous convoque devant une situation in&#233;dite, le primat du &#171; ni gauche ni droite &#187; de la politique macroniste laisse place &#224; une union concr&#232;te et symbolique assum&#233;e des droites. Le temps de la &#171; clarification &#187; voulue par Emmanuel Macron en dissolvant l'Assembl&#233;e nationale est bien arriv&#233; en d&#233;pit de toutes les objections que la gauche pourrait lui faire sur son manque de d&#233;mocratisme. Mais d'autre part, le fascisme comme nous le percevons aujourd'hui n'est pas nouveau, il agissait au contraire en tant que &lt;i&gt;potentiel&lt;/i&gt; et est simplement en train de trouver une forme historique, il a bien &#233;t&#233; &#171; clarifi&#233; &#187;. On a aussi vu des milices partir &#224; la chasse aux arabes, aux p&#233;d&#233;s, aux trans, aux gauchistes, etc., des politiciens et des &#233;ditorialistes pr&#233;parer le terrain id&#233;ologique &#224; ces ratonnades, les institutions judiciaires condamner les opposants anti-guerre en Palestine, et des homonationalistes tenter de prendre leur part de fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce prochain num&#233;ro est d'analyser ce potentiel fasciste par ses nouages genr&#233;s, sexuels, libidinaux &#8211; ce que l'article de Robyn Marasco &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Reconsiderer-la-politique-sexuelle-du-fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Reconsid&#233;rer les politiques sexuelles du fascisme &#187;&lt;/a&gt; avait brillamment fait en remarquant que les mani&#232;res de mobiliser les femmes dans le fascisme &#233;tats-unien avait profond&#233;ment chang&#233; d'un si&#232;cle &#224; l'autre. Et que la reconnaissance de ces changements est cruciale pour sortir de la vision du fascisme comme d'un rapport nostalgique et autoritaire aux traditions du pass&#233;. Le fascisme aussi se modernise. Il s'agira &#233;galement de lutter contre le r&#233;flexe lib&#233;ral de croire que le fasciste c'est toujours l'autre et jamais soi. Si, comme l'&#233;crit Freud, nous avons tous &#171; la haine, l'horreur et le d&#233;sir de d&#233;truire &#187;, qu'en est-il de nos propres attachements aux repr&#233;sentations du mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s concr&#232;tement qu'est-ce qui pousse (&lt;i&gt;pulsion&lt;/i&gt;) des personnes &#224; adh&#233;rer au fascisme non seulement pour s'y soumettre mais aussi pour prolonger sa violence ? Et comment ? En quoi est-il d&#233;sirable et &#224; quelles questions cherche t-il &#224; r&#233;pondre ? Car tout se passe comme si le fascisme formait la promesse de r&#233;pondre &#224; des attentes, des douleurs, des frustrations, des angoisses et&#8230; des d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e serait d'aller autant explorer les fascismes pass&#233;s qu'actuels, en Europe, aux Am&#233;riques, en Asie, mais aussi dans les (ex-)colonies. Et de remettre en jeu le fascisme sous ses formes historiques et transhistoriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les textes seront s&#233;lectionn&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet appel est &#224; destination hybride, c'est-&#224;-dire qu'une partie des textes finaux proviendra de cet appel public et une autre partie proviendra de commandes pass&#233;es directement aupr&#232;s d'auteur&#11825;ices. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant cet appel &#224; contribution, la petite &#233;quipe de Trou Noir s&#233;lectionnera entre deux et quatre textes parmi toutes les propositions, tout d&#233;pendra de ce que nous recevrons mais nous vous tiendrons inform&#233;&#11825;es avant la fin du mois de novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Rendu des notes d'intention (1 page max) : &lt;strong&gt;04 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Rendu final du texte (entre 20 000 et 30 000 signes) : &lt;strong&gt;30 juin&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les contributions seront r&#233;mun&#233;r&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#224; l'adresse mail suivante : &lt;strong&gt;trounoirfascisme@proton.me&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro est coordonn&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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