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		<title>Suffocations quotidiennes. Invitation &#224; sentir depuis l'&#233;cho de nos peaux</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>neuroqueer</dc:subject>
		<dc:subject>Mabeuko Oberty</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Comment pouvons-nous apprendre &#224; &#233;couter vraiment, avant que celleux d'entre nous qui hurlons des mots inaudibles ne nous effondrions d'&#233;puisement ? &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-neuroqueer-+" rel="tag"&gt;neuroqueer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Mabeuko-Oberty-+" rel="tag"&gt;Mabeuko Oberty&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/suffocations_quotidiennes_mabeuko_oberty_image_trou_noir.odt.jpg?1731403065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2024, paraissent trois nouvelles traductions des textes de Sara Ahmed en fran&#231;ais, des &#233;crits f&#233;ministes queers d&#233;coloniaux qu'elle vient pr&#233;senter pour l'occasion en France &#224; la fin mars. Trois soir&#233;es, des salles pleines &#224; craquer, des discours et des &#233;changes, des voix enjou&#233;es et apparemment s&#251;res d'elles. Certain&#183;es pour en parler diraient peut-&#234;tre : un succ&#232;s. Au milieu de cette effervescence, Mabeuko Oberty &#233;crit le texte qui suit, en tissant avec les siens les mots d'Audre Lorde, Cherr&#237;e Moraga, Gloria Anzald&#250;a, Esm&#233; Weijun Wang, Alexis Pauline Gumbs et Dani d'Emilia/ Daniel B. Chavez, color&#233;s et soutenus par la pens&#233;e et les textes de Sara Ahmed et Mia Mingus. Un essai d'autoth&#233;orie pour exposer une br&#232;che, une entaille, une faille, un ultime cri avant l'&#233;puisement, une tentative de donner &#224; voir, &#224; entendre et &#224; sentir depuis une autre perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie de l'histoire qu'on omet souvent de raconter est celle qui parle depuis la fragilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo : Mabeuko Oberty&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;mon cher &lt;i&gt;pod&lt;/i&gt; mariana, l&#233;o love, sherwood, eugenia, emma, ces mots seraient rest&#233;s dans le silence sans votre pr&#233;sence. merci&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;pour celleux d'entre nous qui vivons sur le rivage&lt;br class='autobr' /&gt;
nous tenant constamment aux bords de d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
cruciales et seules&lt;br class='autobr' /&gt;
pour celleux d'entre nous&lt;br class='autobr' /&gt;
qui portons l'empreinte de la peur&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsque nous sommes aim&#233;es nous avons peur&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'amour disparaisse&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsque nous sommes seules nous avons peur&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'amour ne revienne jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
et lorsque nous parlons nous avons peur&lt;br class='autobr' /&gt;
que nos mots ne soient pas entendus&lt;br class='autobr' /&gt;
ni les bienvenus&lt;br class='autobr' /&gt;
mais lorsque nous restons silencieuses&lt;br class='autobr' /&gt;
nous avons toujours peur&lt;br class='autobr' /&gt;
alors il est pr&#233;f&#233;rable de parler&lt;br class='autobr' /&gt;
en nous souvenant&lt;br class='autobr' /&gt;
que nous n'&#233;tions pas cens&#233;es survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but de ce conte, une &#233;quipe de trois personnes. deux d'entre elles afab, deux d'entre elles trans, deux d'entre elles racis&#233;es. et ainsi que le destin &#8211; ou plut&#244;t la statistique &#8211; en d&#233;cida, une d'entre elles est le pont, l'afab trans racis&#230;. cette personne, qui a appris qu'elle valait moins que la plupart, qui en cons&#233;quence croit souvent qu'elle ne vaut tout simplement rien, et dans cette situation particuli&#232;re qu'elle n'est pas attendux l&#224; o&#249; on l'a invit&#230; &#224; aller &#8211; &#224; se tenir debout face au monde, et avoir quelque chose &#224; dire, que les gens viendront &#233;couter &#8211; cette personne souffre d'anxi&#233;t&#233; et de d&#233;pression. ol sait que ces deux &#233;tats sont partiellement (principalement ?) le r&#233;sultat du syst&#232;me h&#233;t&#233;rosexiste, raciste et capitaliste dans lequel ol a grandi et continue de vivre aujourd'hui. et, tandis qu'ol esp&#232;re un accident suffisamment grave pour l'emp&#234;cher d'y aller, ol sait pertinemment que sa pr&#233;sence est n&#233;cessaire. qu'envisager de ne pas participer n'est pas envisageable. parce que l'afab racis&#230;, l'afab trans racis&#230; psychiquement vuln&#233;rable, ne peut pas &#234;tre, encore une fois, cellui que l'histoire effacera. parce que c'est exactement ce pour quoi ol travaille et se bat, ensemble avec ses partenaires en cr&#233;ation de mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ol lutte, suffocant et se noyant dans la responsabilit&#233; du r&#244;le qu'ol pense devoir endosser, avec les murs invisibles que personne d'autre ne semble voir. parce que les murs ne sont pas toujours des portes qu'on te claque au nez. parce qu'ils sont parfois de vieux d&#233;mons bien connus qui refusent de rester l&#224; calmement. les d&#233;mons peuvent &#234;tre bruyants et affam&#233;s et vous d&#233;vorer vivanz. ils lo d&#233;vorent vivanx. alors ol crie. mais personne ne l'entend. on lo voit se battre. on pense qu'ol se d&#233;fend, avec force. alors on aide, on donne du soutien, afin qu'ol puisse se battre un peu plus longtemps. mais ce n'est pas un combat &#224; armes &#233;gales, et ol arrive &#224; peine &#224; se d&#233;fendre. ol tient tout juste debout. &#231;a fait longtemps maintenant qu'ol crie. mais personne ne semble l'entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
nous invoquons ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
nous venons toustes du m&#234;me rocher&lt;br class='autobr' /&gt;
nous venons toustes du m&#234;me rocher&lt;br class='autobr' /&gt;
ignorant le fait que nous plions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; des temp&#233;ratures diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
que chacun&#183;e d'entre nous est mall&#233;able&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; un certain point.&lt;br class='autobr' /&gt;
ol finira par abandonner. parce qu'on ne peut pas tout faire, et qu'on peut encore moins quand on le fait seul&#183;e. quand tu es la seule personne &#224; voir, &#224; sentir et &#224; cogner le mur, tes coups ne blessent que toi. ton sang coule de plus en plus vite. &#224; un moment, ton corps &#233;puis&#233; cessera de pomper l'adr&#233;naline qui te fait temporairement tenir sur tes deux pieds, qui te permet de faire semblant en attendant d'y arriver. mais toi tu sais. tu sais que tu n'y arriveras pas. une fois que cela se produira, la chimie de ton sang l&#226;chera tout ce qu'elle retenait, et tu t'effondreras, tout simplement. alors il sera possible de voir l'&#233;tendue de tes blessures. les gens finiront par accepter qu'il n'y a plus rien &#224; faire. tu auras essay&#233; de demander de l'aide et iels auront essay&#233; d'entendre ce que tu disais, et de t'aider.&lt;br class='autobr' /&gt;
parfois on a beau essayer autant qu'on veut, la communication ne passe pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
ol a une responsabilit&#233;, un devoir, ol doit le faire pour la cause, co&#251;te que co&#251;te, semble-t-il. m&#234;me si ol devient le prix &#224; payer. ne pas tenir compte de soi pour affirmer que les choses doivent changer, pour donner de l'espoir, pour prendre la place, pour donner une voix. ol devra faire tout cela et accepter d'ignorer ses besoins et ol-m&#234;me, accepter une fois encore d'&#234;tre ignor&#230;, parce que c'est plus grand qu'ol.&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que c'est plus important ?&lt;br class='autobr' /&gt;
pour se tenir face &#224; la discrimination, pour prouver que ce que nous faisons l&#224; est diff&#233;rent, pour rendre visible et audible, avec puissance et clart&#233;, le travail d'une personne queer f&#233;ministe racis&#233;e, devrait-on en utiliser une autre ? ol ne veut pas y aller, ne veut pas le faire, mais ol comprend qu'il le faut. ol devient un instrument. le pion, l'image de ce poster de la diversit&#233; et ses sourires forc&#233;s, qu'ol et ses coll&#232;gues viennent justement critiquer. comment est-ce arriv&#233; ? quand et comment ce regard raciste est-il venu s'infiltrer dans cette situation ? quand a-t-ol oubli&#233; qu'ol ne repr&#233;sente pas les personnes racis&#233;es en tant que concept abstrait ? que sa voix n'est que la sienne, que son corps n'est ni la copie ni le mod&#232;le d'aucun autre ? quand a-t-ol commenc&#233; &#224; croire qu'ol devait &#234;tre l&#224; &#224; cause de la couleur de sa peau ou de l'assignation de sexe qu'ol a re&#231;ue &#224; la naissance ? quand a-t-ol oubli&#233; qu'ol n'est pas une coquille vide, un objet, un concept m&#233;prisable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois encore, se sentant utilis&#230;, tandis qu'ol s'&#233;touffe dans son sang invisible, en attendant l'effondrement, emm&#234;l&#230; dans des liens bien trop proches et bien trop serr&#233;s pour distinguer, d&#233;chiffrer et comprendre quoi que ce soit, ol se demande &#224; qui est destin&#233;e l'&#233;mancipation pour laquelle ol se bat.&lt;br class='autobr' /&gt;
pour adopter une posture politiquement correcte, nous laissons la couleur, la classe et le genre nous s&#233;parer de celleux qui seraient nos &#226;mes s&#339;urs. alors les murs s'&#233;l&#232;vent toujours plus haut, les gouffres entre nous s'&#233;largissent, les silences s'&#233;paississent.&lt;br class='autobr' /&gt;
il y a une &#233;norme contradiction &#224; &#234;tre un pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un temps interminablement atroce passe, lo rapprochant du moment tant redout&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
tu ne serais pas en train d'oublier quelque chose ?&lt;br class='autobr' /&gt;
tu l'as dit toi-m&#234;me, tu n'es pas seul&#183;e, nous formons une &#233;quipe. tu ne portes pas la responsabilit&#233; seul&#183;e, qu'il s'agisse d'id&#233;es, de mots ou de corps. tu es irrempla&#231;able et si tu ne viens pas, on sentira ton absence. mais on sera l&#224;. on sera l&#224; pour toi. pour te soutenir et te d&#233;fendre, et faire savoir clairement que tu n'as pas &#233;t&#233; engloutix par la baleine cis et la baleine blanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
l'angoisse intense devient un stress g&#233;rable et partag&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
le moment arrive, le rendez-vous qu'ol s'&#233;tait engag&#233;&#183;e &#224; respecter. ol participe. avec sa voix pos&#233;e et son corps qui tremble, avec ses peurs et ses doutes, son enthousiasme et sa joie, avec tout son &#234;tre, et la pr&#233;sence et le soutien de ses coll&#232;gues. oui, ol y est arriv&#230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
mais, ce n'est pas tout &#224; fait de cela qu'il s'agit. ce n'est pas vraiment l'histoire (et son soi-disant &lt;i&gt;happy end&lt;/i&gt;) que nous sommes en train de raconter. davantage de strates sont impliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ol souffre d'une maladie sans nom mais bien r&#233;elle. les murs et d&#233;mons qui l'envahissent et l'entourent sont indubitablement tangibles. ol ne les invente pas. pourtant, pas m&#234;me les docteur&#183;es ni les psychologues ne le reconnaissent. une fois encore, l'absolue n&#233;cessit&#233; de nommer ce qui se passe, au-del&#224; de l'exp&#233;rience individuelle, de montrer l'environnement dans lequel, en lien et en relation avec lequel cette exp&#233;rience est v&#233;cue, devient &#233;vidente. parce qu'une telle exp&#233;rience n'existe pas en elle-m&#234;me. elle appartient &#224; une combinaison complexe de dynamiques et de relations qui pr&#233;c&#232;dent de tr&#232;s loin ladite exp&#233;rience. nommer ce contexte, la mani&#232;re dont il fonctionne, te permet de savoir et d'affirmer que ce n'est pas toi le probl&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
est-ce que validisme peut &#234;tre ce nom ?&lt;br class='autobr' /&gt;
ni capable ni handicapa&#183;e, tu es tout simplement incapable de faire ce que l'on attend de toi. les incompr&#233;hensions et les attentes injustes sont puissantes et s'appuient sur le fait que certaines personnes n'ont pas conscience de, ou ignorent, l'existence d'exp&#233;riences autres du et dans le monde. la mani&#232;re dont certain&#183;es d'entre nous interagissons avec lui, la mani&#232;re dont certain&#183;es d'entre nous luttons au quotidien, le fait que certain&#183;es d'entre nous nous sentons constamment en danger, terroris&#233;&#183;es par tout et rien en particulier, le fait que parfois survivre &#224; chaque seconde qui passe est la plus grande ambition que nous puissions entreprendre. sans jamais oublier que la productivit&#233; est la qualit&#233; la plus valoris&#233;e dans cette soci&#233;t&#233; et qu'avoir un travail est le signe le plus fiable et le moyen le plus s&#251;r de passer pour une personne normale, valable, acceptable. mais quand les choses n'ont pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es pour toi, vient un moment o&#249; tu ne peux plus t'adapter. or la reconnaissance des autres t'importe autant que le regard que tu poses sur toi-m&#234;me, car tu ne fais pas confiance &#224; ton propre jugement. alors tu essayes, encore et encore, tu fais le boulot, tu te tords et te plies et te d&#233;chires, tu te coupes et te modifies autant que tu peux, pour t'adapter. tu ne fais que &#231;a, tu le fais tout le temps. oui, mais tu atteins ta limite.&lt;br class='autobr' /&gt;
les gens pensent que tu es capable. et c'est super, c'est g&#233;nial m&#234;me, que d'autres aient confiance en ton potentiel, de ne plus &#234;tre restreint&#183;es par les ritournelles incapacitantes habituelles. et il est l&#224; le pi&#232;ge. comment peux-tu te plaindre de la confiance que les gens manifestent enfin envers toi ? certes. sauf qu'ols observent la situation en utilisant les seules lunettes &#224; leur disposition, des lunettes dont les verres ne leur permettent pas de voir les murs qui te font obstacle. alors comment se rendre compte de ce qu'ols sont r&#233;ellement en train de te demander ? qui n'est rien de moins que te de d&#233;brouiller pour te faire pousser des branchies, et respirer dans ces eaux irrespirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;alors comment pouvons-nous apprendre &#224; &#233;couter, &#224; &#233;couter vraiment ? avant que celleux d'entre nous qui hurlons des mots inaudibles ne nous effondrions d'&#233;puisement, ou que nous abandonnions. pourrions-nous apprendre &#224; nous arr&#234;ter, &#224; faire une pause, &#224; prendre le temps n&#233;cessaire pour nous familiariser avec une exp&#233;rience qui nous est inhabituelle lorsqu'elle nous est livr&#233;e ? la laisser nous p&#233;n&#233;trer en profondeur. regarder avec des yeux nouveaux. sentir avec la peau de nos voisaines. s'offrir les un&#183;es aux autres des formes d'intimit&#233; qui nous enseignent ce que notre peau n'est pas et ce que notre armure n'a jamais &#233;t&#233;. trouver ensemble un repos dans tout ce qu'il a de sacr&#233;. un repos large, abondant, complet, que rien ne viendra perturber. aimer la part de nous qui &#233;merge des t&#233;n&#232;bres. nous faire le cadeau d'une patience suffisamment profonde pour que ce qui nous encombre ait le temps de s'en aller. pouvons-nous, puis-je, apprendre &#224; placer ma peau l&#224;, juste &#224; c&#244;t&#233; de la tienne ? pour que tu saches que, m&#234;me quand tu trembles, m&#234;me quand tu sembles seul&#183;e, je suis avec toi. et que j'attendrai l&#224;, jusqu'&#224; ce que tu scintilles &#224; nouveau, et que tes forces retrouv&#233;es te permettent de repartir vers le large.&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvons-nous reconna&#238;tre que, m&#234;me si nous nous &#233;coutons vraiment, nous ne pouvons pas toujours nous comprendre pour autant ? et que ce n'est pas grave. car nous pouvons croire sans comprendre, nous pouvons faire confiance, et &#234;tre l&#224; les un&#183;es pour les autres et nous r&#233;p&#233;ter&lt;br class='autobr' /&gt;
je t'aime profond&#233;ment, exactement l&#224; o&#249; tu te trouves&lt;br class='autobr' /&gt;
et pas parce que je sais&lt;br class='autobr' /&gt;
cet amour est plus grand que cela&lt;br class='autobr' /&gt;
je t'aime parce que tu es aussi Noir&#183;e et insondable que l'univers que nous sommes&lt;br class='autobr' /&gt;
je t'aime pour l'&#233;nigme que tu es et qui m'&#233;merveille.&lt;br class='autobr' /&gt;
nous pouvons pratiquer l'amour les un&#183;es pour les autres et l'amour pour nous-m&#234;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
car tu es mon autre je, et vice versa. oui, nous pouvons pratiquer la tendresse radicale. embrasser la fragilit&#233;. voyager dans des espaces que nous ne comprenons pas. partager nos r&#234;ves, notre folie. accorder nos fr&#233;quences et pas simplement compatir. sentir des possibilit&#233;s dans chaque doute. nous laisser &#234;tre transperc&#233;&#183;es par l'inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
nous pouvons pratiquer l'amour par la tendresse radicale.&lt;br class='autobr' /&gt;
et nous pouvons pratiquer le feu par la chaleur collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
en nous rappelant que nous devons agir dans le monde de tous les jours. parce que les mots ne suffisent pas. nous devons produire des actes visibles et publics au risque de nous rendre plus vuln&#233;rables encore aux oppressions contre lesquelles nous nous battons. mais notre vuln&#233;rabilit&#233; peut devenir la source de notre puissance &#8211; si nous l'utilisons, telle qu'elle est : fragile, imparfaite, cass&#233;e. sans la cacher. &#234;tre vuln&#233;rable, &#234;tre vuln&#233;rable devant les autres, ouvertement, peut prendre de nombreuses formes, mais cela ne devrait jamais ob&#233;ir &#224; aucune norme. d&#233;barrasse-toi des abstractions et des apprentissages universitaires, des r&#232;gles, des cartes et des boussoles. avance &#224; t&#226;tons sans &#339;ill&#232;res. pour toucher davantage de monde, les r&#233;alit&#233;s personnelles et sociales doivent &#234;tre &#233;voqu&#233;es &#8211; non par la rh&#233;torique mais &#224; travers le sang, le pus et la sueur. &#234;tre assez fort&#183;es pour dire qu'on est vuln&#233;rables et pour cr&#233;er des moyens de survivre dans ce monde, c'est ainsi que nous pouvons utiliser la vuln&#233;rabilit&#233; comme source de puissance, comme source d'une puissance collective. car en faisant cela, en nous exposant, nous vous permettons de comprendre qu'il est possible de faire de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
parfois, si tu aimes le bord de mer suffisamment, tu deviens le rivage. tu bouges si imperceptiblement sur le sol que les algues commencent &#224; te recouvrir. parfois la mani&#232;re dont tu vis et la mani&#232;re dont tu aimes sont au tempo juste, tr&#232;s lent, et c'est d&#233;j&#224; bien assez rapide. tu es bienvenux et tu es aim&#230;. avec toutes tes excentricit&#233;s et tes bizarreries, dans toute la profondeur de ton &#233;tranget&#233;, dans l'abysse infini de tes faiblesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
trouve la muse qui vibre en toi. la voix qui g&#238;t sous toi, enterr&#233;e, exhume-la. ne fais pas semblant, n'essayes pas de la vendre en &#233;change de quelques applaudissements ou de ton nom reconnu publiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
le changement n&#233;cessite beaucoup de chaleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
il n&#233;cessite &#224; la fois l'alchimiste et la soudeuse, la magicienne et l'ouvri&#232;re, la sorci&#232;re et la guerri&#232;re, la destructrice de mythes et la cr&#233;atrice de mythes.&lt;br class='autobr' /&gt;
main dans la main, nous mijotons et nous forgeons une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
citations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;dans l'ordre d'apparition dans le texte&lt;br class='autobr' /&gt;
les traductions sont les miennes, sauf mention contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
note sur mon usage queer de la citation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent modifi&#233;es, parfois compl&#232;tement transform&#233;es, ces citations sont davantage utilis&#233;es comme des mots-phrases-textes-mati&#232;res que comme des citations fid&#232;les, d'o&#249; le choix de ne pas les distinguer typographiquement des autres mots-phrases-textes-mati&#232;res avec lesquelles je les ai tiss&#233;es. je remercie chaque auteurice pour l'inspiration insuffl&#233;e, la force et le volume que leurs mots donnent &#224; ce texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
si &#224; votre tour vous souhaitez citer certains passages de ce texte, merci de les accompagner de la r&#233;f&#233;rence &#224; l'ensemble des sources qu'ils contiennent, et que vous trouverez ci-dessous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton &lt;i&gt;pod&lt;/i&gt; est compos&#233; des personnes auxquelles tu ferais appel si tu faisais l'objet d'une violence, d'un pr&#233;judice ou d'un abus ; ou les personnes auxquelles tu ferais appel pour te soutenir si tu souhaitais assumer la responsabilit&#233; d'une violence, d'un pr&#233;judice ou d'un abus que tu as caus&#233;&#183;es ; ou si tu as &#233;t&#233; t&#233;moin d'une violence ou si une personne &#224; laquelle tu tiens est autrice de violence ou victime d'un abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mia Mingus,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Pods and Pod Mapping Worksheet &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;crit pour le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;collectif du justice transformatrice de la r&#233;gion de la baie de San Francisco (&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;BATJC&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, 2016,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://batjc.wordpress.com/resources/pods-and-pod-mapping-worksheet/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://batjc.wordpress.com/resources/pods-and-pod-mapping-worksheet/&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LITANIE POUR LA SURVIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celles d'entre nous qui vivent sur la fronti&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se tiennent constamment au bord des d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
cruciales et uniques&lt;br class='autobr' /&gt;
pour celles d'entre nous qui ne peuvent se permettre&lt;br class='autobr' /&gt;
les r&#234;ves fugitifs du choix&lt;br class='autobr' /&gt;
qui aiment dans les couloirs vont et viennent&lt;br class='autobr' /&gt;
entre deux aubes&lt;br class='autobr' /&gt;
regardant dedans dehors&lt;br class='autobr' /&gt;
avant apr&#232;s en m&#234;me temps&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la recherche d'un pr&#233;sent qui puisse nourrir&lt;br class='autobr' /&gt;
les futurs&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le pain dans la bouche de nos enfants&lt;br class='autobr' /&gt;
de sorte que leurs r&#234;ves ne refl&#232;tent pas&lt;br class='autobr' /&gt;
la mort des n&#244;tres ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour celles d'entre nous&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ont la peur grav&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
comme une trace impr&#233;cise au milieu du front&lt;br class='autobr' /&gt;
apprenant &#224; craindre le lait de notre m&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
car avec cette arme&lt;br class='autobr' /&gt;
cette illusion de trouver une certaine s&#233;curit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
les brutes esp&#233;raient nous r&#233;duire au silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
qui n'&#233;tions pas cens&#233;es survivre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; cet instant et ce triomphe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand le soleil se l&#232;ve nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il ne dure pas&lt;br class='autobr' /&gt;
quand le soleil se couche nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il ne se l&#232;ve pas au matin&lt;br class='autobr' /&gt;
l'estomac plein nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
une indigestion&lt;br class='autobr' /&gt;
l'estomac vide nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
de ne plus jamais manger&lt;br class='autobr' /&gt;
aim&#233;es nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'amour s'&#233;vanouisse&lt;br class='autobr' /&gt;
seules nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'amour jamais ne revienne&lt;br class='autobr' /&gt;
et lorsque nous parlons nous craignons&lt;br class='autobr' /&gt;
que nos mots ne soient pas entendus&lt;br class='autobr' /&gt;
pas accueillis&lt;br class='autobr' /&gt;
mais quand nous sommes silencieuses&lt;br class='autobr' /&gt;
nous craignons encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors il vaut mieux parler&lt;br class='autobr' /&gt;
en se rappelant&lt;br class='autobr' /&gt;
que nous n'&#233;tions pas cens&#233;es survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Audre Lorde, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;itanie pour la survie &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; La Licorne noire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, (1978), traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Gerty Dambury, Paris, L'Arche, collection &#171; Des &#233;crits pour la parole &#187;, 2021, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p.73&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA SOUDEUSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis une soudeuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas une alchimiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'int&#233;resse c'est le m&#233;lange&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;l&#233;ments communs pour cr&#233;er&lt;br class='autobr' /&gt;
une chose commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de magie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juste la chaleur de mon d&#233;sir de fusionner&lt;br class='autobr' /&gt;
ce que je sais d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
exister. &#202;tre possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invoquons ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
nous venons toutes du m&#234;me rocher&lt;br class='autobr' /&gt;
nous venons toutes du m&#234;me rocher&lt;br class='autobr' /&gt;
ignorant le fait que nous plions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; des temp&#233;ratures diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
que chacune d'entre nous est mall&#233;able&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; un certain point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, la fusion &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; possible&lt;br class='autobr' /&gt;
mais &#224; condition que la chaleur monte suffisamment -&lt;br class='autobr' /&gt;
tout le reste n'est qu'adh&#233;sion temporaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
collages et rapi&#233;&#231;ages pr&#233;caires.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'intimit&#233; de l'acier qui fond&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'acier, le feu de votre propre&lt;br class='autobr' /&gt;
passion &#224; nous saisir&lt;br class='autobr' /&gt;
qui fait de vos vies une sculpture,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui dresse les b&#226;timents d'une nouvelle architecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je ne parle pas de gratte-ciel,&lt;br class='autobr' /&gt;
simplement de structures qui peuvent nous soutenir&lt;br class='autobr' /&gt;
dans nos tremblements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis trop longtemps d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
les braises de mes lourdes mains&lt;br class='autobr' /&gt;
se consument&lt;br class='autobr' /&gt;
dans d'autres poches&lt;br class='autobr' /&gt;
que les miennes -&lt;br class='autobr' /&gt;
pour prendre feu, elles ont besoin d'oxyg&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remonte maintenant&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la surface pour respirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, je &lt;i&gt;suis&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ces mains qui reprennent le flambeau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis la soudeuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je comprends la capacit&#233; du feu&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; remodeler le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis faite pour travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le royaume de l'&#233;tincelle&lt;br class='autobr' /&gt;
incontr&#244;lable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis la soudeuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je prends le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
entre mes mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cherr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#237;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e Moraga, &#171; The Welder &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in This Bridge &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;SUNY Press, 2015 (4th ed.),&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.219-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;220&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour adopter une posture politiquement correcte, nous laissons la couleur, la classe et le genre nous s&#233;parer de celleux qui seraient nos &#226;mes s&#339;urs. Alors les murs s'&#233;l&#232;vent toujours plus haut, les gouffres entre nous s'&#233;largissent, les silences s'&#233;paississent. Il y a une &#233;norme contradiction &#224; &#234;tre un pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gloria Anzald&#250;a, &#171; La Prieta &#187;, &lt;i&gt;in This Bridge &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/i&gt; SUNY Press, 2015 (4th ed.), p.206&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai dit que je me sentais &lt;i&gt;en danger&lt;/i&gt;. &#187; Mais &#171; se sentir en danger &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire &#234;tre terroris&#233;e par tout et rien en particulier &#8211; &#233;tait une expression malencontreuse &#224; utiliser au moment de l'admission. &#171; En danger &#187; est un code en psychiatrie pour &#171; suicidaire &#187;, ce que je n'&#233;tais pas, m&#234;me si j'&#233;tais bien d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233; Weijun Wang, &#171; On the Ward &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in The Collected Schizophrenias,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Penguin Books, 2019, p.99&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une affection chronique, la vie s'obstine &#224; califourchon sur la maladie, sauf si celle-ci s'enflamme jusqu'&#224; un haut niveau d'acuit&#233; ; alors, survivre &#224; chaque seconde qui passe est la plus grande ambition que je puisse entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233; Weijun Wang, &#171; L'Appel du Vide &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in The Collected Schizophrenias,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Penguin Books, 2019, p.165&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, [Elyn R.] Saks a conduit l'une des plus larges &#233;tudes qui existe sur la nature de la schizophr&#233;nie &#171; &#224; haut niveau de fonctionnement &#187; (&lt;i&gt;high-functioning&lt;/i&gt;). Dans cette &#233;tude, l'acc&#232;s &#224; l'emploi reste le marqueur principal d'une personne qui &#171; &#224; haut niveau de fonctionnement &#187;, puisque avoir un travail est le signe le plus fiable pour passer dans le monde comme quelqu'un de normal. Surtout, une soci&#233;t&#233; capitaliste valorise chez ses citoyen&#183;nes la productivit&#233; avant toute autre chose, et les personnes avec une maladie psychique sont bien moins susceptibles d'&#234;tre productives sous une forme &#224; laquelle on donnera de la valeur : en alimentant le cycle de la production et du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233; Weijun Wang, &#171; High-Functioning &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in The Collected Schizophrenias,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Penguin Books, 2019, p.51&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance des autres m'importe autant que le regard que je pose sur moi-m&#234;me, en grande partie parce que je ne fais pas confiance &#224; mon auto-&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233; Weijun Wang, &#171; L'Appel du Vide &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in The Collected Schizophrenias,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Penguin Books, 2019, p.16&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci pour toutes les formes d'intimit&#233; qui m'apprennent ce que ma peau n'est pas, et ce que mon armure n'a jamais &#233;t&#233;. Je te souhaite la sacralit&#233; du repos, un repos expansif, tentaculaire, ininterrompu. J'aime la part de toi qui &#233;merge en traversant tout le reste. Tu m&#233;rites de te reposer assez longtemps pour laisser derri&#232;re toi ce dont tu n'as plus besoin. Et je place ma peau aux c&#244;t&#233;s de la tienne pour te dire que m&#234;me quand tu as l'air d'&#234;tre seul&#183;e, je suis avec toi. Et j'attendrai, jusqu'&#224; voir les &#233;clats argent&#233;s de ta peau quand tu repartiras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Pauline Gumbs, &#171; Repose-toi &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in Non-noy&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#183;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es. Le&#231;ons f&#233;ministes Noires apprises aupr&#232;s des mammif&#232;res marines&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, traduit de l'anglais par Mabeuko Oberty, Myriam Rabah-Konat&#233; et Emma Big&#233;, Burn Ao&#251;t, 2024 [&#224; para&#238;tre]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[J]e t'aime profond&#233;ment, l&#224; o&#249; tu es. Et pas en raison de ce que je sais. Cet amour est plus grand que cela. Je t'aime parce que tu es aussi Noire et inconnaissable que moi, l'univers. Je t'aime, par la merveille de ce que je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Pauline Gumbs, &#171; Refuse &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;in Non-noy&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#183;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es. Le&#231;ons f&#233;ministes Noires apprises aupr&#232;s des mammif&#232;res marines&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, traduit de l'anglais par Mabeuko Oberty, Myriam Rabah-Konat&#233; et Emma Big&#233;, Burn Ao&#251;t, 2024 [&#224; para&#238;tre]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TENDRESSE RADICALE EST ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Un manifeste vivant, par Dani d'Emilia et Daniel B. Ch&#225;vez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la tendresse radicale c'est critiquer et aimer, en m&#234;me temps&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est savoir dire non&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est porter le poids d'un autre corps comme si c'&#233;tait le tien&lt;br class='autobr' /&gt;
... c'est partager la sueur avec un inconnu&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
car &lt;i&gt;tu es mon autre je&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
et vice-versa&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est ne pas craindre la peur&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est vivre l'amour &#233;ph&#233;m&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est inventer d'autres temporalit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est embrasser la fragilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est pr&#234;ter tes visc&#232;res &#224; d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est faire de la chatte de ton amante ta moustache&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est prendre le risque d'aimer &#224; rebrousse-poil&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est croire &#224; l'impact politique des mouvements internes&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
... transiter dans des espaces que tu ne comprends pas&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est partager nos r&#234;ves, notre folie&lt;br class='autobr' /&gt;
accorder nos fr&#233;quences, pas simplement compatir&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est canaliser des &#233;nergies irr&#233;sistibles et les convertir en incarnations indomptables&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est activer la m&#233;moire sensorielle&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est reconna&#238;tre l'autre &#224; son odeur&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est sentir des possibilit&#233;s dans chaque doute&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est se laisser traverser par l'inconnu&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est caresser des &#233;pines&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale c'est coexister avec le manque&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est regarder les choses en face avec la tendresse de qui veut les voir&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale est un concept appropriable et changeant&lt;br class='autobr' /&gt;
la tendresse radicale&lt;br class='autobr' /&gt;
est une chose&lt;br class='autobr' /&gt;
non n&#233;cessaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; d&#233;finir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dani d'Emilia &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Daniel B. Ch&#225;vez, &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;T&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ernura radical&#8230; Manifiesto vivo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;2015, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://danidemilia.com/radical-tenderness/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://danidemilia.com/radical-tenderness/&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons agir dans le monde de tous les jours. Parce que les mots ne suffisent pas. Nous devons produire des actes visibles et publics, au risque de nous rendre plus vuln&#233;rables encore aux oppressions contre lesquelles nous nous battons. Mais notre vuln&#233;rabilit&#233; peut devenir la source de notre puissance &#8211; &lt;strong&gt;si nous l'utilisons&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gloria Anzald&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#250;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a, &#171; E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Mundo Zurdo &#187;,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; in This Bridge &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;SUNY Press, 2015 (4th ed.),&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; p.195&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barrasse-toi des abstractions et des apprentissages universitaires, des r&#232;gles, des cartes et des boussoles. Avance &#224; t&#226;tons sans &#339;ill&#232;res. Pour toucher davantage de monde, les r&#233;alit&#233;s personnelles et sociales doivent &#234;tre &#233;voqu&#233;es &#8211; non par la rh&#233;torique mais &#224; travers le sang, le pus et la sueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gloria Anzald&#250;a, &#171; Speaking In Tongues &#187;, &lt;i&gt;in This Bridge &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/i&gt; SUNY Press, 2015 (4th ed.), p.171&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parfois, tu aimes tellement la c&#244;te que tu te confonds avec son rivage. Tu te d&#233;places avec un tel calme que les algues te confondent avec le sol et poussent sur toi. Parfois, ta mani&#232;re d'aimer a le tempo parfait. Tr&#232;s lentement, c'est d&#233;j&#224; bien assez rapide. Alors, continues de respirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis Pauline Gumbs, &#171; Ralentis &#187;, &lt;i&gt;in Non-noy&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#183;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es. Le&#231;ons f&#233;ministes Noires apprises aupr&#232;s des mammif&#232;res marines&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Mabeuko Oberty, Myriam Rabah-Konat&#233; et Emma Big&#233;, Burn Ao&#251;t, 2024 [&#224; para&#238;tre]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouve la muse en toi. La voix qui g&#238;t sous toi, enterr&#233;e, exhume-la. Ne fais pas semblant, n'essayes pas de la vendre en &#233;change de quelques applaudissements ou de ton nom reconnu publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gloria Anzald&#250;a, &#171; Speaking In Tongues &#187;, &lt;i&gt;in This Bridge &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/i&gt; SUNY Press, 2015 (4th ed.), p.171&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement n&#233;cessite beaucoup de chaleur. Il n&#233;cessite &#224; la fois l'alchimiste et la soudeuse, la magicienne et l'ouvri&#232;re, la sorci&#232;re et la guerri&#232;re, la destructrice de mythes et la cr&#233;atrice de mythes. Main dans la Main, nous mijotons et nous forgeons une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gloria Anzald&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#250;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a, &#171; E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Mundo Zurdo &#187;,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; in This Bridge &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Called My Back. Writings by Radical Women of Color,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;SUNY Press, 2015 (4th ed.),&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; p.19&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et enfin, traversant tout le texte, toute l'&#233;nergie &#233;mancipatrice rabat-joie des &#233;crits de Sara Ahmed ainsi que ses r&#233;flexions sur les murs, les portes et l'usage queer de la citation, en particulier dans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sara Ahmed, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Manuel rabat-joie f&#233;ministe&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, traduit de l'anglais par Emma Big&#233; et Mabeuko Oberty, La D&#233;couverte, 2024 &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Sara Ahmed,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;andalisme queer&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, traduit de l'anglais &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;par Mabeuko Oberty et Emma Big&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ou&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la collective t4t - tanslators for transfeminism&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Burn Ao&#251;t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, 2024&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mabeuko Oberty.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Devenir archivivant&#8729;e&#8729;x</title>
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		<dc:subject>Archives</dc:subject>
		<dc:subject>Militantisme</dc:subject>
		<dc:subject>Extrait</dc:subject>
		<dc:subject>Sam Bourcier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A quoi servent les archives ? La r&#233;ponse est dans ce qu'elles produisent : des savoirs, des politiques, de l'activisme, des cultures, des subjectivit&#233;s, des identit&#233;s et des exp&#233;riences.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2024-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Sam-Bourcier-327-+" rel="tag"&gt;Sam Bourcier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/agdesarchives21_01_2023.jpg?1731403037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'archive, c'est nous qui savons le faire &#187; tel est le fil conducteur du nouveau livre de Sam Bourcier &lt;i&gt;Le pouls de l'archive, c'est en nous qu'il bat&lt;/i&gt; qui sera publi&#233; prochainement aux &#233;ditions &lt;a href=&#034;https://www.cambourakis.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cambourakis&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'heure du capitalisme num&#233;rique qui exploite notre cr&#233;ativit&#233;, nos gouts, nos subjectivit&#233;s pour en tirer de la valeur et de nouveaux march&#233;s, Sam Bourcier d&#233;veloppe une conception de l'archive originale qui renouvelle les enjeux d'histoire et de m&#233;moire des minorit&#233;s. Si l'archive est la trace qui permet de nous exploiter, comme les archives de police ou les archives coloniales, mais aussi comme les big data alimentant les algorithmes, Sam Bourcier attire notre attention sur le fait qu'il s'agit l&#224; du d&#233;voiement de la pratique de l'archive communautaire, communale ou collective. Cette pratique de l'archive qui se construit comme une pratique vivante, nous relie &#224; l'autre, aux anc&#234;tres qui nous rendent plus fort&#8729;e&#8729;s, &#224; des lieux ou des possibilit&#233;s qui nous rendent plus libres, &#224; des &#233;v&#232;nements pass&#233;s dont la puissance s'actualise par et en nous. L'archive communautaire est ce qui va permettre &#224; une sensibilit&#233; de devenir une force de r&#233;sistance collective. On en trouve une manifestation concr&#232;te &#224; travers le collectif Archives LGBTQI+. Son travail d'histoire orale, ses ateliers de d&#233;couverte et de traitement des archives, son bras de fer avec la mairie de Paris et les Archives nationales pour ne pas se laisser d&#233;poss&#233;der de notre histoire, contribuent &#224; un dynamisme militant dont la multiplication des collectifs d'archives, locaux ou r&#233;gionaux, t&#233;moignent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre est construit &#224; l'image de son propos, il traverse les champs de savoirs sans s'y enfermer, travaille un usage de l'humour, laisse au lecteur la possibilit&#233; de faire commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un texte que l'on avait envie de lire depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous en proposons ici quelques fragments avec l'aimable autorisation de Sam.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Initiateur de la th&#233;orie queer en France, Sam Bourcier traverse les espaces de savoirs/pouvoirs sans jamais s'y enfermer. Tour &#224; tour, activiste, chercheur universitaire, th&#233;oricien, critique, son travail r&#233;v&#232;le et analyse la dimension politique des productions minoritaires. On le rencontre animant le premier collectif et s&#233;minaire queer fran&#231;ais, le ZOO, d&#232;s 1996. Son triptyque Queer Zone, est une exploration politique du genre et des sexualit&#233;s, des exp&#233;rimentations post-porn ou drag, de la philosophie &#224; travers les subjectivit&#233;s et subcultures de la dissidence sexuelle. Il est depuis sa cr&#233;ation, un animateur du collectif Archives LGBTQI+ qui d&#233;veloppe une culture de l'archive vivante, collaborative et inclusive.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE POULS DE L'ARCHIVE, C'EST EN NOUS QU'IL BAT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;EXTRAITS&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A quoi servent les archives ? La r&#233;ponse est dans ce qu'elles produisent : des savoirs, des politiques, de l'activisme, des cultures, des subjectivit&#233;s, des identit&#233;s et des exp&#233;riences. Et des plaisirs. Elles donnent aussi acc&#232;s aux histoires, aux id&#233;es et aux sujet&#183;te&#183;x&#183;s effac&#233;&#183;e&#183;x&#183;s. C'est l'une des missions des archives minoritaires. Mais ce n'est pas la seule et elle peut &#234;tre compatible avec une vision pass&#233;iste et lib&#233;rale de l'histoire, avec l'histoire int&#233;grative, l'histoire-progr&#232;s ou l'histoire-restauration ou nous enferrer dans l'&#233;puisante contre-histoire. Et il n'y a pas que l'histoire. Les pratiques de l'archive vive g&#233;n&#232;rent une extension du domaine de l'archive et de la m&#233;moire qui se traduit par toute une s&#233;rie de d&#233;bordements que ce bouquin s'emploie &#224; d&#233;crire parce qu'ils sont positifs, lib&#233;rateurs et nous permettent, une fois conscientis&#233;s, de faire archive autrement et d'acc&#233;der &#224; une cr&#233;ativit&#233; pour faire archive dont nous nous privons depuis trop longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minoritaires et les subalternes sont oubli&#233;&#183;e&#183;x&#183;s, non repr&#233;sent&#233;&#183;e&#183;x&#183;s, censur&#233;&#183;e&#183;x&#183;s, enfoui&#183;e&#183;x&#183;s dans les archives, exclu&#183;e&#183;x&#183;s du tag, des inventaires et de la communication. On verra qu'ils sont aussi sur-repr&#233;sent&#233;&#183;e&#183;x&#183;s, profil&#233;&#183;e&#183;x&#183;s dans les archives coloniales, sexuelles, polici&#232;res, juridiques, militaires et m&#233;dicales. Censur&#233;&#183;e&#183;x&#183;s deux fois. N&#233;gativement et positivement. Archiver, c'est-&#224;-dire rassembler, collecter, classer, indexer, conserver et surtout communiquer, c'est pourtant une pratique &#224; la port&#233;e de tous, de tous les corps et sur tous les supports de notre vivant. Alors comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Comment, pourquoi nous laissons nous d&#233;poss&#233;der de notre force archivale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient neuf archontes &#224; Ath&#232;nes. Le 1er donnait son nom &#224; l'ann&#233;e en cours. Le second avait la main sur les affaires religieuses. Le 3&#232;me dirigeait les affaires militaires et les arm&#233;es. Le 4&#232;me s'occupait des lois et de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat. Les autre&#183;x&#183;s travaillaient coll&#233;gialement. Dans son tr&#232;s fameux Mal d'Archive, Dididada d&#233;crit le pouvoir des archonte&#183;x&#183;s comme &#233;tant une volont&#233; de rassemblement, d'assignation &#224; r&#233;sidence, de mise en de-meure que vient renforcer un pouvoir de consignation. Ce n'est pas le dernier &#233;pisode du feuilleton des archives LGBTQI &#224; Paris au XXI&#232;me si&#232;cle qui lui donnera tort. La dynastie des archonte&#183;x&#183;s &amp; consort&#183;x&#183;s n'est pas pr&#232;s de s'&#233;teindre en France on dirait, m&#234;me si beaucoup d'archiviste&#183;x&#183;s et de professionnel&#183;le&#183;x&#183;s du patrimoine s'en d&#233;marquent. J'y vois aussi un pouvoir qui s'exerce par le biais de toute une s&#233;rie de dissociations, de dislocations, de s&#233;parations qui viennent brider la nature relationnelle et synchrone, vivante et corporelle de l'archive. Ce que l'auteur de Mal d'archive appelle &#171; rassemblement &#187;, c'est-&#224;-dire le regroupement des archives dans un lieu institutionnel d&#233;di&#233; correspond &#224; une phase de concentration mat&#233;rielle qui d&#233;clenche des suppressions d'archives, des d&#233;possessions, des restrictions, des codifications d'acc&#232;s, des s&#233;lections au profit des documents &#233;crits et de l'&#233;tat. Mais c'est surtout une s&#233;paration d'avec les corps qui les produisent, qui peuvent les utiliser ou les remettre en circulation de leur vivant, une s&#233;paration des supports, la s&#233;paration entre les producteur&#183;trice&#183;x&#183;s d'archives et les archiviste&#183;x&#183;s en charge de l'inventaire, de l'indexation et des descriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe archontique est un principe de s&#233;paration, de dissociation pr&#233;cis&#233;ment parce que les archives rec&#232;lent un pouvoir de rassemblement des personnes et des corps dans une temporalit&#233; qui n'est pas celle du pass&#233; mais du pr&#233;sent et peut-&#234;tre du futur. L'archive est une force collective et politique. C'est cette force de l'archive qui est captur&#233;e, r&#233;serv&#233;e et c'est encore plus vrai quand les archives de la r&#233;publique fran&#231;aise exceptionnaliste clament leur vocation &#233;galitaire, d&#233;mocratique et universaliste. On ne le r&#233;p&#233;tera jamais assez. Depuis 1789, les archives nationales ont surtout ouvert leurs portes &#224; une &#233;lite herm&#233;neutique, souvent id&#233;ologique, avec des historien&#183;ne&#183;x&#183;s ayant pour t&#226;che de renforcer le r&#233;cit national, avec des archiviste&#183;x&#183;s-historien&#183;ne&#183;x&#183;s qui d&#233;veloppent la &#171; science archivistique &#187; comme science auxiliaire de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'archive vivante, elle, revendique la production des savoirs la&#768; ou&#768; nous en avons besoin, ve&#769;ritablement pour tous&#183;te&#183;x&#183;s et depuis des lieux physiques inte&#769;gre&#769;s ou&#768; la re-synchronisation vient remplacer la violence de la de&#769;synchronisation inflige&#769;e par les institutions et contrer ses effets sur nos formes de vie et de savoir. Elle s'e&#769;le&#768;ve contre la de&#769;possession e&#769;piste&#769;mique non ressentie, non nomme&#769;e comme telle, en tout cas pas assez combattue qui est celle de la fausse synchronisation archivale bio-nume&#769;rique. L'enjeu est de taille car c'est un nouveau re&#769;gime de savoir qui est en train d'e&#770;tre ge&#769;ne&#769;ralise&#769;, encrypte&#769;, en tout cas vendu : celui de la certitude, un fantasme technologique que rend performativement possible la puissance de calcul et de mime&#769;tisme de l'IA a&#768; partir de la vraie source des archives, c'est-a&#768;-dire nous, premiers e&#769;metteur&#183;trice&#183;x&#183;s et producteur&#183;trice&#183;x&#183;s d'archives silence&#769;&#183;e&#183;x&#183;s et exploite&#769;&#183;e&#183;x&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les archives sont une technologie de gouvernementalit&#233; qui fa&#231;onne le pr&#233;sent et la vie des archiv&#233;&#183;e&#183;x&#183;s, alors crachons sur leur poussi&#232;re l&#233;gendaire et voyons plut&#244;t les archives comme des flux qui nous traversent et nous affectent au jour le jour. Le r&#244;le des institutions officielles qui recueillent les archives est de couper ces flux d'archives, br&#251;lants comme des rubans de sucre &#224; berlingots, de les segmentariser, de les s&#233;rier, de les s&#233;questrer voire de les s&#233;gr&#233;guer, de les r&#233;-enfouir ou de les d&#233;truire et d'y effectuer des pr&#233;l&#232;vements pour les utiliser. Il est aussi de tuer le d&#233;sir qu'elles peuvent susciter. Rompons avec la conception tr&#232;s historienne de l'archive-source, un bien petit filet d'eau en r&#233;alit&#233;, pour admettre que les archives, ce sont des espaces, des lieux de condensation &#233;pist&#233;mique et politique. Un v&#233;ritable &#171; arsenal &#187; pour reprendre le mot de Stoler qui nous raconte comment l'ordre sexuel et l'ordre colonial de l'administration coloniale hollandaise du XIX&#232;me si&#232;cle entretenaient une d&#233;pendance absolue avec ses formations archivistiques. Cet usage de l'archive vaut pour bien d'autres soci&#233;t&#233;s coloniales et &#171; post-coloniales &#187;, y compris pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marquage LGBT mais pas Q, P, R etc de l'espace public parisien et certainement pas alg&#233;rien&#183;ne&#183;x ou palestinien&#183;ne&#183;x est une bonne occasion d'interroger les politiques de la m&#233;moire officielle et de poser la question de la m&#233;moire publique, voire la question des politiques m&#233;morielles tout court de la ville de Paris. L&#224;-dessus, on dirait bien que la r&#233;flexion est au point mort alors que c'est &#171; la gauche qui a impuls&#233; la mode du patrimoine &#224; tous les &#233;tages dans les ann&#233;es 80 sous la houlette de Jack Lang. Prenons l'exemple des plaques de rues, l'une des rares actions m&#233;morielles revendiqu&#233;e et pratiqu&#233;e par la municipalit&#233;. Les conseils municipaux s'emparent des plaques au XIX&#232;me si&#232;cle sachant que les noms de rues des riverains sont devenus le terrain de jeu des politiques &#224; partir du XVII&#232;me si&#232;cle. Avant, c'est plus communal. Les biens nomm&#233;s riverain&#183;ne&#183;x&#183;s, les usager&#183;&#232;re&#183;x&#183;s du quartier baptisent leurs rues avec des d&#233;nominations qui leur parlent. Elles renvoient aux diff&#233;rents m&#233;tiers mais aussi au corps et &#224; la sexualit&#233;. C'est la rue du Pute-Y-Musse, de l'enfant-qui-pisse de Poil-au-con, du Tire-vit ou encore de Brise-Miche. Autant de noms qui ne figurent pas sur des panneaux vus que peu de gens savent lire &#224; l'&#233;poque. Depuis quelques ann&#233;es, suite aux recommandations du fameux plan Paris Ville de l'inclusion et de la diversit&#233; o&#249; ce type de marquage de l'espace urbain figure en bonne place, la ville de Paris a plus d'une plaque dans son sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 6000 voies que compte la capitale, c'est plus d'une quarantaine de plaques LGBT qui a &#233;t&#233; attribu&#233;e &#224; des rues ou des lieux modestes, des croisements &#233;lev&#233;s au rang de places, des langues de bitume pr&#233;lev&#233;es sur des places ou des voies existantes plut&#244;t que des boulevards, des avenues&lt;br class='autobr' /&gt;
ou des quais. L'approximation est de mise quand ce n'est pas l'erreur historique. Il a fallu refaire faire les plaques pour Act Up-Paris en catastrophe : le nom &#233;tait mal orthographi&#233;. La plaque &#224; la m&#233;moire de Bruno Lenoir et Jean Diot rue Montorgueil dit qu'ils furent &#171; condamn&#233;s &#187; &#224; &#234;tre &#171; br&#251;l&#233;s en place de gr&#232;ve le 6 juillet 1750 &#187; pour &#171; homosexualit&#233; &#187; et que &#171; ce fut la derni&#232;re ex&#233;cution pour homosexualit&#233; en France &#187;. C'est une aberration, vu que la cat&#233;gorisation &#171; homosexuel&#183;le&#183;x &#187; est bien post&#233;rieure et date du XIX&#232;me si&#232;cle et qu'elle correspond &#224; un type psychologique, ce qui ne fut jamais le cas des sodomites du XVIII&#232;me si&#232;cle condamn&#233;&#183;e&#183;x&#183;s pour leurs pratiques sexuelles et non leur en raison de leur identit&#233; sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette politique offensive, ce sont des blocs entiers de la culture LGBT qui vont &#234;tre s&#233;par&#233;s de la communaut&#233;, de sa dimension politique et sociale par les entrepreneur&#183;euse&#183;x&#183;s de la culture et de la m&#233;moire. Cette institutionnalisation et cette commercialisation de la culture et de la m&#233;moire LGBTQI orchestr&#233;e par les gays homonormatif&#183;ves&#183;x&#183; de la mairie de Paris cumulent violence archivale, violence &#233;pist&#233;mique et exploitation m&#233;morielle sans d&#233;penser un rond et en se d&#233;faussant sur l'&#233;tat. Pas mal. C'est exactement le sch&#233;ma de d&#233;possession et de dislocation que l'on a tent&#233; d'imposer aux archives LGBTQI et &#224; celleux qui voulaient faire un vrai Centre d'archives autonome et communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/finalagdesarchives21_01_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/finalagdesarchives21_01_2023.jpg?1731403015' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre et se r&#233;approprier cette force et cette puissance, en jouir et la pratiquer, il faut que notre regard sur les archives se transforme. Qu'il devienne politique, que nous envisagions l'archive comme un continuum dans son int&#233;gralit&#233;. Il faut changer le regard que portent les archives institutionnelles sur nous, s'opposer &#224; leur violence intrins&#232;que, les obliger &#224; nous respecter et aussi faire sans elles. Il faut qu'elles changent elles aussi et nombre d'entre elles l'ont compris et le font.(&#8230;)Sans le travail des centres d'archives minoritaires et communautaires entra&#238;n&#233;s par les mouvements sociaux des ann&#233;es 60-70, la transformation de l'archive n'aurait pas &#233;t&#233; enclench&#233;e aussi fort et le d&#233;placement du centre de gravit&#233; de l'archive, de la nation vers la soci&#233;t&#233; et les communaut&#233;s n'aurait pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien pour l'histoire orale n'est donc pas destin&#233; &#224; finir comme une archive dans un centre d'archives ou sur un site. On mesure la vitalit&#233; de l'archive &#224; sa capacit&#233; &#224; sortir des placards, des greniers, des boxes, &#224; g&#233;n&#233;rer d'autres collectes, d'autres foyers d'archives et non simplement &#224; &#234;tre mise &#224; disposition dans les institutions. L'entretien d'archive orale, les r&#233;cits oraux ou &#233;crits sont faits pour &lt;i&gt;going public&lt;/i&gt; dans une performance collective qui se d&#233;roule en public, qui publicise les entretiens, les histoires de vie, en suscite d'autres et transmet le go&#251;t et la confiance pour le faire, qui permet une appropriation de la production des archives. Moyennant quoi, la re-privatisation ou la confiscation pour un usage &#233;litiste, scientifique ou r&#233;serv&#233; &#8211;les usages traditionnels de l'archive- ne peut plus &#234;tre le seul. Cette d&#233;privatisation, cette mise en commun que brident les archives des archonte&#183;x&#183;s, cette d&#233;placardisation d&#233;s-individualise la m&#233;moire et la communalise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ateliers sont une mani&#232;re collective, subjective et corporelle de produire du savoir et des pratiques. Et des prises de conscience dignes de celles des ateliers de &lt;i&gt;raising consciousness&lt;/i&gt; f&#233;ministes DIY des ann&#233;es 70 ou des ateliers drag king ou post-porn des ann&#233;es 90. Mettre les mains dans les archives, dans les papiers et sur les objets avec des professionnel&#183;le&#183;x&#183;s de l'archive qui vous forment, les &#233;motions et les &#233;v&#233;nements que cela provoque collectivement vous &#233;loigne assez vite des injonctions &#224; donner vos archives aux gants blancs, &#224; les abandonner aux seul&#183;e&#183;x&#183;s historien&#183;ne&#183;x&#183;s ou &#224; se contenter de la conception pass&#233;iste, poussi&#233;reuse et textuelle de l'archive. Les ateliers d&#233;montrent la force exp&#233;rientielle, exp&#233;rimentale et relationnelle de l'archive, de l'affect entre humain et non humain, de la puissance des objets dits inanim&#233;s &#224; mettre en branle. Le renversement d'expertise qu'imposent les minorit&#233;&#183;x&#183;s sexuelles, de genre, racis&#233;.e.s, les s&#233;ropo&#183;te&#183;x&#183;s d'Act Up dans la production des savoirs y compris universitaires se produit aussi pour les archives LGBTQI+. Les ateliers d'indexation communautaire o&#249; se compl&#232;tent les &lt;i&gt;homosaurus&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;queersaurus&lt;/i&gt; sont tellement plus ad&#233;quats que les thesaurus o&#249; les mots-cl&#233;s &#171; f&#233;minisme &#187; ou &#171; lesbienne &#187; figurent &#224; peine. Faire un atelier archive, c'est avoir acc&#232;s au caract&#232;re vivant et vital des archives, aller contre la d&#233;politisation des archives que provoque l'individualisation de la m&#233;moire ou sa transformation en un &#171; devoir de m&#233;moire &#187;. &#202;tre archivivant&#183;e&#183;x, c'est multiplier les actes narratifs et performatifs de son vivant pour tout le monde et avec tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/atelierarchivescentred_archiveslgbtqi_paris_idf.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/atelierarchivescentred_archiveslgbtqi_paris_idf.jpg?1731403008' width='500' height='665' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifeste de l'archive vivante&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous ne sommes pas seulement des usager&#183;&#232;re&#183;x&#183;s mais des producteur&#183;trice&#183;x&#183;s et des praticien&#183;ne&#183;x&#183;s des archives. Des archivacteur&#183;trice&#183;x&#183;s, des archivivant&#183;e&#183;x&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des foyers d'archives et non des fonds d'archives ou des gisements de data.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonds n'est pas notre maison pas plus que les archives institutionnelles. Ces centres de r&#233;tention d'archive. Et quand elles travaillent avec nous, avec nos lieux d'archives, qu'elles soient partenaires et pas tortionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, ce rappel est inutile dans pas mal de pays. En France &#231;a commence &#224; bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les archives font partie des communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;levons contre la violence administrative, bureaucratique, sexuelle, coloniale, raciste, validiste et fondamentalement anticorporelle des archives du papatrimoine. Du mamatrimoine aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons sortir de la temporalit&#233; biopolitique, n&#233;crologique et n&#233;crophile des archives des archontes. Ceux qui de la Gr&#232;ce antique &#224; nos jours gouvernent par l'archive et exercent des formes de violence archivale qui vont de l'effacement &#224; la d&#233;possession en passant par la d&#233;synchronisation et la d&#233;mat&#233;rialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question de rythme. Nous devons le changer. C'est &#231;a le pulse, le battement, le pouls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons la dissociation des archives d'avec le corps et les vivant&#183;e&#183;x&#183;s, la d&#233;synchronisation entre producteur&#183;trice&#183;x&#183;s et usager&#183;&#232;re&#183;x&#183;s, les dislocations et les archives l&#233;vianthesques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de droit &#224; l'archive, de devoir de m&#233;moire ou d'inclusion dans LA m&#233;moire et l'Histoire. Il s'agit de production, de circulation et de transmission des savoirs. De force et de puissance. De transformation de et par l'archive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut s'agir de correction, de d&#233;s-invisibilisation, de boucher les trous. Mais pas seulement et &#224; condition que cela ne nous am&#232;ne pas &#224; reproduire des exclusions et une histoire bien droite, bien straight, bien &#233;crite, lin&#233;aire, en continu, avec ses silos LGBTQI, etc. Cette histoire-l&#224; masque &#224; son tour les sujets de l'archive qui n'entrent pas dans la soupe alphab&#233;tique moderne et eurocentr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas attendre d'&#234;tre mort&#183;e&#183;x&#183;s pour devenir archive ou que des historien&#183;ne&#183;x&#183;s croque-morts viennent nous souffler &#224; l'oreille parce que vieux&#183;ielle&#183;x&#183;s, dur&#183;e&#183;x&#183;s de la feuille ou nous mordiller l'orteil parce que subclaquant&#183;e&#183;x&#183;s, tr&#233;pass&#233;&#183;e&#183;x&#183;s ou assassin&#233;&#183;e&#183;x&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons faire de l'archive et nous savons le faire. Nous construisons des espaces pour &#231;a. Elles m&#233;ritent une autre architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas &#234;tre refoul&#233;&#183;e&#183;x&#183;s par le ou la responsable en chef des archives nationales ou d&#233;partementales parce que nous n'avons pas la lettre du directeur&#183;trice&#183;x de recherches. Ou par le&#183;la pr&#233;fet&#183;e qui ne donne pas, jamais ou trop tard la d&#233;rogation. Ou par le&#183;la fonctionnaire z&#233;l&#233;&#183;e&#183;x, gardien&#183;ne&#183;x des secrets d'&#233;tat ou m&#233;dicaux. Nous ne voulons pas nous exposer &#224; ne rien trouver ou &#224; ne pas savoir o&#249; chercher parce que l'inventaire ne mentionne pas les incommunicables ou que le guide des sources n'est pas fait ou est un faux-semblant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas rester devant la porte, ne pas oser entrer &#224; cause de notre d&#233;gaine ou parce que nous sommes intimid&#233;&#183;e&#183;x&#183;s par les salles de consultation et les institutions de savoir qui ressemblent &#224; des prisons. On nous a assez disciplin&#233;&#183;e&#183;x&#183;s comme &#231;a. A coup d'archives justement. Au XIX&#232;me si&#232;cle notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de justice. Et de r&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de transmisssion et de circulation des savoirs et pas qu'universitaires. Ils ne repr&#233;sentent qu'une infime portion des savoirs et des pratiques (pratiques &#233;pist&#233;miques comprises).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de transmission/contamination des cultures. Il s'agit de la m&#233;moire qui est bien plus ample que l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouls de l'archive, c'est en nous qu'il bat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sam Bourcier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trou Noir 3 &#8212; Enjeux historiques des sexualit&#233;s dissidentes </title>
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		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>
		<dc:subject>Archives</dc:subject>
		<dc:subject>Trou Noir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du nouveau num&#233;ro papier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2024-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2024&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-A-Propos-+" rel="tag"&gt;&#192; Propos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Archives-+" rel="tag"&gt;Archives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Trou-Noir-+" rel="tag"&gt;Trou Noir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/tn3_bann.jpg?1731403065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un vent nouveau souffle sur l'histoire LGBTQI+. Une red&#233;finition des enjeux politiques de l'histoire et de la m&#233;moire port&#233;e par une g&#233;n&#233;ration de chercheur.euses concern&#233;.es et par l'&#233;mergence de nombreux collectifs d'archives queers impulse des dynamiques in&#233;dites destin&#233;es &#224; construire la connaissance et le pass&#233; des sexualit&#233;s et des genres dissidents, en r&#233;sistance au pouvoir et &#224; son organisation verticale des grands r&#233;cits et de l'oubli. Multiple, partiale, situ&#233;e, collective, la transmission devient elle-m&#234;me une lutte, objet d'un militantisme dont la vocation r&#233;sidera dans la cr&#233;ation d'outils, de liens et d'espaces &#224; m&#234;me de soutenir ce changement. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;couvrez ici l'avant-propos et le sommaire du troisi&#232;me num&#233;ro papier de Trou Noir dont la sortie officielle est pr&#233;vue le 13 septembre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une soir&#233;e de lancement est pr&#233;vue le vendredi 6 septembre &#224; 19h &#224; la librairie Les Mots &#224; la bouche (Paris 11). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant-propos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes rest&#233;.es, jusqu'&#224; une &#233;poque r&#233;cente, sous les radars de l'histoire. Par chance et/ou par mal&#233;diction. Objets de la m&#233;decine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;poque moderne construit une scientia sexualis &#224; travers le discours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; puis de la justice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'homosexualit&#233; et les diverses variations de sexes, de genres et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous ne suscitons l'int&#233;r&#234;t des sciences sociales et des historiens que depuis peu &#8211; et au prix d'une certaine homog&#233;n&#233;isation exig&#233;e par leurs &#233;pist&#233;mologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cet oubli (ou ce d&#233;laissement) a pu &#234;tre une chance, c'est parce que m&#234;me lacunaire, en fragments &#233;parpill&#233;s et parfois enfouis, la m&#233;moire LGBTQI+ s'est construite et transmise principalement par les personnes concern&#233;es. Cet &#233;clectisme et cette capacit&#233; &#224; habiter les interstices ont permis le d&#233;veloppement de sous-cultures, fragiles certes, mais nomades et r&#233;silientes de par cette fragilit&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces sous-cultures, chacun de ces mondes, articulant lien social, d&#233;sir, cartographie, exposition de soi, sexualit&#233;&#8230; implique avant tout la possibilit&#233; de les mettre en mots, de les dire et donc par extension, de se dire soi-m&#234;me. C'est peut-&#234;tre l&#224; le commun minimal qui fut n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mergence d'un militantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; au d&#233;but du 20e si&#232;cle, le militantisme homosexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'il existe divers pr&#233;curseurs, nous pensons ici &#224; Magnus Hirschfeld (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; va entretenir un rapport dangereux &#224; l'histoire et &#224; son &#233;criture. Pers&#233;cut&#233;es pendant les ann&#233;es 1930 puis pendant la guerre sous l'impulsion du nazisme et du fascisme, les personnes LGBT+ vivront d'abord l'histoire comme une mal&#233;diction, comme une exclusion du droit &#224; la parole et &#224; ce qui m&#233;rite d'&#234;tre dit, c'est-&#224;-dire de l'humanit&#233;. Malgr&#233; une r&#233;pression toujours vivace apr&#232;s la guerre, un travail de parole va se construire au travers du mouvement homophile Arcadie. La vague r&#233;volutionnaire mondiale des ann&#233;es 1970 exacerbera une conflictualit&#233; autour des enjeux de l'histoire. Les &#233;meutes du Stonewall feront signe dans le monde entier et l'homosexualit&#233; r&#233;volutionnaire pr&#244;nera un renversement de la famille, des structures sociales, des in&#233;galit&#233;s, des institutions et du discours. Bref un renversement de l'histoire assimil&#233;e &#224; l'ordre moral et bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, une attention croissante est port&#233;e aux traces de la m&#233;moire LGBTQI+ par diverses formes militantes. Si d'un c&#244;t&#233;, les centres LGBT+ et les associations se font l'&#233;cho d'une meilleure prise en compte et d'une int&#233;gration sociale, il nous faut mentionner les mouvements politiques queers et &lt;i&gt;gender fuck&lt;/i&gt; qui vont renouveler les rapports entre militantisme et pratiques de l'histoire en s'emparant de la l&#233;gitimit&#233; du discours, de la capacit&#233; m&#234;me de produire un discours sur sa propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il &#233;tait temps. Si l'acronyme LGBTQI+ correspond &#224; un certain niveau de lecture des mouvements minoritaires, l'histoire interne de ces mouvements nous rappelle que la lettre G (gay masculin) a longtemps et volontairement brid&#233; l'organisation et l'&#233;panouissement des autres lettres de l'acronyme : les bisexuel&#11825;es, les lesbiennes, les personnes trans* et les personnes intersexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'histoire LGBTQI+ se construit comme une m&#233;moire vivante, par diverses initiatives comme des collectifs d'archives, des lieux de ressources, des plateformes num&#233;riques. Elle a notamment permis de d&#233;centraliser l'homosexualit&#233; masculine des objets de recherches pour y faire entendre les constructions historiques lesbiennes, trans et intersexes. Cette m&#233;moire garde souvent son aspect militant par deux &#233;l&#233;ments essentiels : elle est faite par et pour des personnes concern&#233;es et elle est faite d'une mani&#232;re &#224; produire une m&#233;moire en acte. Les r&#244;les d'historien&#11825;nes et de militant&#11825;es en viennent &#224; se troubler tout comme les mani&#232;res de faire histoire ou de faire de la politique. L'exemple du militantisme apparu en r&#233;action au SIDA est &#224; ce titre remarquable : d'un c&#244;t&#233;, informer l'opinion par des actions de visibilit&#233; radicale et de l'autre s'informer par des circuits alternatifs et des complicit&#233;s l&#224; o&#249; la m&#233;decine confisquait la capacit&#233; m&#234;me d'avoir une prise sur son propre corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si histoire et m&#233;moires croisent des probl&#233;matiques d'objectivit&#233; et de subjectivit&#233;, d'&#233;v&#232;nements et de r&#233;cits de vie, d'habitudes et de mises en mots, de v&#233;rit&#233;s et de souvenirs, elles charrient in&#233;vitablement un sens, qui lui aussi sera l'enjeu d'une conflictualit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la m&#233;moire est une part irr&#233;ductible du militantisme LGBTQI+. Les mani&#232;res de se nommer, d'affirmer, d'&#234;tre ensemble, de se prot&#233;ger, de se soigner tiennent &#224; un militantisme qui, quoiqu'on en dise, reste sur la br&#232;che. Ce que l'on appelle &#171; nos droits &#187; n'est peut-&#234;tre que le sympt&#244;me d'une contre-histoire ayant r&#233;ussi &#224; destituer le pouvoir en certains points. La m&#233;moire militante m&#233;rite une exploration qui est aussi une tentative de rapprocher ou de r&#233;actualiser des &#233;v&#232;nements dans notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; en d&#233;couvrir les modalit&#233;s. C'est cette ambition qui nous a aiguill&#233;.e.s en rassemblant les textes qui vont suivre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Faire communaut&#233; avec l'archive&lt;/i&gt; &#8211; Entretien avec le Collectif Archives LGBTQI+ Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Le capital m&#233;moriel LGBTQIA+&lt;/i&gt; &#8211; par Rom&#233;o Isarte&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Petites histoires d'adolescences trans&lt;/i&gt; &#8211; par Clovis Maillet&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Entretien avec David Halperin&lt;/i&gt; &#8211; par Quentin Dubois et Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Deuiller au travers&lt;/i&gt; &#8211; par Emma Big&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;A la recherche de nos histoires perdues&lt;/i&gt; &#8211; par Mathias Qu&#233;r&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Paris perverti : la carte du m&#233;tropolitendre&lt;/i&gt; &#8211; par Val Bovey et Nagy Makhlouf&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;M&#233;moires infect&#233;es et spectres du capital&lt;/i&gt; &#8211; par Cy Lecerf Maulpoix&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; le trouver ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau num&#233;ro sera en vente &#224; partir du 13 septembre dans &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/spip.php?page=boutique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notre boutique en ligne&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9791094512388-trou-noir-revue-de-la-dissidence-sexuelle-n-3-enjeux-historiques-et-conflits-memoriels-des-sexualites-dissidentes-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans les librairies (liste non-exhaustive)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;poque moderne construit une &lt;i&gt;scientia sexualis&lt;/i&gt; &#224; travers le discours m&#233;dical. Il s'agit d'&#233;tudier les moindres aspects de l'humain pour en percer les myst&#232;res et les secrets. L'anatomie, les caract&#232;res sexuels, la sexualit&#233; sont observ&#233;s, classifi&#233;s, pass&#233;s au crible de l'examen (Foucault).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'homosexualit&#233; et les diverses variations de sexes, de genres et de sexualit&#233;s comprises comme une cat&#233;gorie criminelle, comme une attaque directe contre la soci&#233;t&#233;, comme le sympt&#244;me d'une essence criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'il existe divers pr&#233;curseurs, nous pensons ici &#224; Magnus Hirschfeld (et au Comit&#233; scientifique-humanitaire) qui d&#233;veloppe la premi&#232;re v&#233;ritable politique militante homosexuelle. Le mot &#171; homosexuel &#187; est une notion large d&#233;signant les innombrables variations de f&#233;minit&#233;s chez les hommes, de masculinit&#233;s chez les femmes et toutes les sexualit&#233;s consid&#233;r&#233;es comme divergentes, y compris les nombreux cas de travestisme (que nous qualifierions aujourd'hui de transgend&#233;risme).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Appel &#224; contribution : les vies queers de Marseille</title>
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		<dc:date>2024-09-02T21:07:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Appel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un appel &#224; contribution pour le prochain num&#233;ro papier de Trou Noir&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2024-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2024&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Appel-+" rel="tag"&gt;Appel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/signal-2024-09-02-181208_002.jpg?1731403063' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Afin d'ancrer les r&#233;flexions du nouveau num&#233;ro papier de Trou Noir au sein d'autres territoires, ce prochain num&#233;ro portera sur Marseille. Conscient&#11825;es de la fabrique &#233;quivoque de la ville comme d'un nouvel &#171; &#233;den &#187; cr&#233;atif queer friendly, nous souhaitons replacer celleux qui y vivent depuis longtemps, qui s'y sont install&#233;&#11825;es plus r&#233;cemment ou qui en sont parti&#11825;es, au centre de perspectives sensibles sur la cit&#233; phoc&#233;enne. Histoires pass&#233;es, d'amours et de cul, d'engagements au pr&#233;sent, perspectives critiques ou th&#233;oriques sur la gentrification, sur la mani&#232;re dont se fa&#231;onnent nos vies ou sont instrumentalis&#233;s nos d&#233;sirs et nos besoins, ceci est un appel &#224; &#233;crire, &#224; penser la question de la dissidence sexuelle depuis les diff&#233;rents quartiers et rivages d'une ville en pleine mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fiction, essai, po&#233;sie, cartographie, le format est ouvert (entre 20 000 et 30 000 signes ) et nous invitons celleux qui souhaiteraient contribuer &#224; nous envoyer une note d'intention et/ou un extrait de texte, avant le 4 octobre (max).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque proposition de publication s&#233;lectionn&#233;e devra ensuite &#234;tre rendue dans son &#233;tat d&#233;finitif d&#233;but mars 2025 et sera r&#233;mun&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les textes seront s&#233;lectionn&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet appel est &#224; destination hybride, c'est-&#224;-dire qu'une partie des textes finaux proviendra de cet appel public et une autre partie proviendra de commandes pass&#233;es directement aupr&#232;s d'auteur&#11825;ices. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant cet appel &#224; contribution, la petite &#233;quipe de Trou Noir s&#233;lectionnera entre deux et quatre textes parmi toutes les propositions, tout d&#233;pendra de ce que nous recevrons mais nous vous tiendrons inform&#233;&#11825;es avant la fin du mois d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment envoyer sa proposition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envoyez-nous une note d'intention (quelques paragraphes, pas plus d'une page) ou bien un extrait si le texte est d&#233;j&#224; r&#233;dig&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ? &lt;strong&gt;avant le 4 octobre 2024&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; ? &#224; l'adresse suivante : &lt;strong&gt;trounoirmarseille@proton.me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/gaellematata/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ga&#235;lle Matata&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des putes et des jeux</title>
		<link>https://trounoir.org/Des-putes-et-des-jeux</link>
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		<dc:date>2024-08-10T06:52:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Jules sans Jim</dc:subject>
		<dc:subject>Travail du sexe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; La v&#233;rit&#233; est que nous ne sommes pas d'irr&#233;m&#233;diables victimes, ni nos clients d'insatiables bourreaux &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jules-sans-Jim-+" rel="tag"&gt;Jules sans Jim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Travail-du-sexe-+" rel="tag"&gt;Travail du sexe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/trounoir_article_cedh.jpg?1731403066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes organisations de travail du sexe luttent depuis plusieurs ann&#233;es pour faire abroger la loi de 2016 qui p&#233;nalise les clients venants chercher du sexe tarif&#233;. Cette loi, vendue comme une forme de protection et de bienveillance envers les TDS, a provoqu&#233; au contraire une aggravation de leurs conditions de s&#233;curit&#233;. Dans ce texte, Jules sans Jim d&#233;nonce l'hypocrisie de cette loi et le march&#233; &#233;conomique et morbide qu'elle soutient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Photo : &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/juleswithoutjim/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jules sans Jim&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 25, nous &#233;tions r&#233;uni&#183;es pour apprendre la d&#233;cision de la Cour Europ&#233;enne des Droits de L'homme (CEDH) quant &#224; nos conditions de vie de travailleuses et travailleurs du sexe (TDS). En effet, en 2019, 261 coll&#232;gues ont fait une requ&#234;te pour contester la loi Prostitution pass&#233;e en France en 2016. Certain&#183;es &#233;taient optimistes, les tweets de victoire agr&#233;ment&#233;s de gif musicaux s'&#233;crivaient (CeCe Peniston - Finally, pour tout vous dire), d'autres n'y croyaient pas une seconde. Finalement, quelques heures plus tard, on &#233;tait au bar &#224; boire des bi&#232;res, d&#233;pit&#233;&#183; es, d&#233;&#231;u&#183;es, en col&#232;re. Non, l'Europe n'allait pas abroger une loi qui nous malm&#232;ne, une loi qui nous tue. Et tout cela, sous couvert de vouloir nous prot&#233;ger. Contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, la France adopte le mod&#232;le nordique, ou su&#233;dois : inversion de la charge criminelle, les TDS ne sont plus criminalis&#233;&#183;es, ce sont les clients qui risquent des amendes. Bref, les travailleur&#183;euses sont suppos&#233;ment dans la l&#233;galit&#233;, doivent m&#234;me payer des imp&#244;ts, bas&#233;s sur des revenus se faisant sur des clients qui, du point de vue l&#233;gal, sont hors-la-loi. Oui, c'est hypocrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Le f&#233;minisme abolitionniste pr&#233;tend que tout sexe tarif&#233; est une violence patriarcale faite aux femmes. Les femmes qui le feraient par choix seraient tout &#224; la fois victimes, et aussi complices car elles n'aideraient pas leurs s&#339;urs moins privil&#233;gi&#233;es en arr&#234;tant sur le champ leur activit&#233;. Les hommes travailleurs du sexe, eux, f&#233;tichiseraient cette pratique intrins&#232;quement misogyne, et ne le feraient pas pour l'argent. Bref, une sorte de d&#233;lire freudien teint&#233; de go&#251;t de l'aventure. Et &#231;a, c'est quand les TDS masculins sont &#233;voqu&#233;s, la plupart du temps ils passent &#224; la trappe. Heureusement que les abolos sont l&#224; pour tout nous expliquer. Vous me direz que je force le trait, et je confesse, j'ai choisi les meilleures p&#233;pites, mais ce sont en effet des discours qui sont tenus par des abolitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors soit, les clients sont criminalis&#233;s, dans les faits, &#231;a peut para&#238;tre bien pour les travailleuses. Avant 2016, leur activit&#233; les rendait susceptibles de se faire arr&#234;ter, apr&#232;s 2016 elles n'encourent plus ces risques l&#233;gaux, c'est mieux, non ? Et bien non. Dans tous les pays o&#249; ce mod&#232;le a vu le jour, les TDS constatent une augmentation des difficult&#233;s &#224; bosser, une augmentation de leur pr&#233;carit&#233;, une augmentation des violences, des disparitions&#8230; Et oui, les prostitu&#233;&#183;es, quitte &#224; ne pas acc&#233;der au Saint-Graal d'une d&#233;criminalisation compl&#232;te de leur pratique, pr&#233;f&#232;rent subir la charge criminelle plut&#244;t que le client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les clients deviennent criminalis&#233;s, d'abord il y a ceux qui arr&#234;tent. Ils ont peur, ne veulent pas &#234;tre hors-la-loi, ou que &#231;a rejaillisse dans leur vie. Ceux qui continuent &#224; venir ne seront plus &#224; l'aise dans les centres-villes, ou m&#234;me en bordure proche, for&#231;ant les TDS &#224; s'&#233;carter dans des endroits moins s&#233;curisants. Il y a ceux qui vont se tourner vers internet, laissant un grand vide &#233;conomique derri&#232;re eux pour les marcheuses, celles qui bossent encore &#8220;&#224; l'ancienne&#8221;, et qui interagissent directement avec leurs clients quand ils viennent chercher un peu de fantasme et de contact humain. Sur internet, ce n'est pas forc&#233;ment beaucoup mieux. Il y a certes des clients suppl&#233;mentaires qui se convertissent au web, mais leur criminalisation les rend plus craintifs quant au partage des informations personnelles que les TDS leur demandent. Ces informations ne sont pas pour faire la conversation, ce sont des outils pour notre s&#233;curit&#233; : un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone visible, une photo de visage, un nom, une adresse pr&#233;cise&#8230; Plus il y a de flou, moins les TDS se sentent en s&#233;curit&#233;, et dans les faits moins elles et ils le sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse de nombre de clients et l'augmentation de leur frilosit&#233; entra&#238;nent une hausse de la pr&#233;carit&#233; chez les TDS. Si tu es particuli&#232;rement pr&#233;caire, que tu as vraiment besoin de ces 300 balles pour te nourrir cette semaine, toi et m&#234;me tes enfants si tu en as, tu vas peut-&#234;tre finir par accepter de voir ce client qui refuse de renseigner ce que tu lui demandes. Peut-&#234;tre qu'il sera tout compte fait sympa bien que parano. Ou peut-&#234;tre que le mec est un pervers qui instrumentalise cette loi pour te taper dessus discr&#232;tement. Et vous, vous feriez quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me fous un peu de vous. Tout comme la dichotomie rigide entre sainte et putain qui est une foutaise, les clients ne se divisent pas qu'entre gentils na&#239;fs et monstres violents. Entre ces deux profils, existe, sous de nombreuses formes, le simple client consommateur, qui essaie de tirer son &#233;pingle du jeu dans l'&#233;change &#233;conomico-sexuel. Le jeu, c'est nous, c'est notre consentement. Jusqu'o&#249; peut-il gratter, en termes d'apparence, d'attitude, dur&#233;e de rencontre, d&#233;protection&#8230; tout en fournissant le moins d'argent, et le moins d'effort (comme d&#233;tailler ses envies clairement, partager des infos personnelles, envoyer un selfie, commander un taxi pr&#233;pay&#233;, verser un acompte). Tel un agent &#233;conomique standard, le client utilisera tout ce qui lui passe sous la main pour mener ses n&#233;gociations, y compris le statut l&#233;gal de sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui force le travail du sexe &#224; se cacher, &#224; se rendre de plus en plus souterrain, impactera toujours n&#233;gativement les TDS, qu'ielles fassent &#231;a par choix ou comme seule option de subsistance. Et tout ce qui donne du pouvoir au client sera utilis&#233; contre nous : une loi cens&#233;e nous prot&#233;ger &#8212; nous enfermant dans le r&#244;le de victime &#8212; non seulement ne le fait pas, mais donne, de fait, davantage de pouvoirs &#224; nos suppos&#233;s agresseurs. Quelle vaste hypocrisie ! La v&#233;rit&#233; est que nous ne sommes pas d'irr&#233;m&#233;diables victimes, ni nos clients d'insatiables bourreaux, mais ces lois &#224; nos sujets accentuent l'aspect pr&#233;datoire du march&#233; &#233;conomique dans lequel nous &#233;voluons ; au sein des &#233;changes &#233;conomico-sexuels, tout ce qui renforce le pouvoir des clients d&#233;grade m&#233;caniquement les conditions de travail des TDS, et en premier lieu celles des plus vuln&#233;rables d'entre-nous. Le l&#233;gislateur fran&#231;ais quand il s'empare de ce sujet, ne peut pas ignorer ces paradoxes, qui sont discut&#233;s et observ&#233;s depuis des d&#233;cennies. Si encore aujourd'hui le pouvoir continue d'appliquer des logiques qui faussent le march&#233; en notre d&#233;faveur, tout en nous mettant en danger, il nous est difficile de ne pas y voir une intention : celle du choix assum&#233; de nous pr&#233;cariser davantage pour nous punir d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 25 juillet, l'Europe nous a donc refus&#233; le droit d'exercer dans un meilleur cadre. Un cadre moins dangereux, moins hypocrite aussi. Un cadre qui ne condamnerait pas moralement ce que des adultes d&#233;cident de faire de leur corps. Cela s'est pass&#233; dans un contexte o&#249; des articles pr&#233;tendent que les JO vont entra&#238;ner un boom de la prostitution alors que dans les faits, de nombreuses travailleuses ne peuvent plus travailler dans l'enfer policier qu'est devenu la capitale. Jeudi, ce n'&#233;tait aussi que quelques semaines apr&#232;s la mort de G&#233;raldine, qui nous accable encore tout&#183;es. G&#233;raldine &#233;tait une TDS et une femme trans, qui a &#233;t&#233; retrouv&#233;e poignard&#233;e dans son appartement dans le 16&#232;me. Son travail lui permettait non seulement de subsister, mais aussi d'apporter un soutien mat&#233;riel &#224; sa famille p&#233;ruvienne. Pendant les diff&#233;rents hommages qui lui ont &#233;t&#233; rendus, notamment lors de la marche du mardi 16 juillet organis&#233;e en sa m&#233;moire, des prises de parole politiques se sont positionn&#233;es avec justesse contre les dangers de la transphobie tout en &#233;vitant le sujet de son travail, des stigmates soci&#233;taux et l&#233;gislatifs qui lui sont associ&#233;s. En cela, il est difficile de ne pas se sentir une nouvelle fois trahi par l'invisibilisation du sujet de la violence subie par les TDS. Rappelons que son meurtrier l'avait rencontr&#233;e dans le cadre de son travail, et qu'il est difficile de dissocier tout caract&#232;re putophobe de l'assassinat de notre cons&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mort, chaque violence, amplifi&#233;e par ces lois qui nous pr&#233;carisent, est de trop. Ces conditions aggrav&#233;es le sont par dessein : le but abolitionniste d'&#233;radiquer le travail du sexe pr&#233;f&#232;re rendre nos vies plus difficiles, plus risqu&#233;es, plus honteuses pour nous convaincre de tout simplement arr&#234;ter, quitte &#224; devoir accepter n'importe quel autre travail, aussi ali&#233;nant soit-il. Au fond, elles ne souhaitent pas notre protection, elles souhaitent que nous cessions d'exister. Ces politiques abolitionnistes r&#233;actionnaires ne sont majoritairement pas port&#233;es par la droite conservatrice, mais par une soi-disant gauche humaniste. C'est le camp historique de la d&#233;fense des opprim&#233;&#183;es qui resserre l'&#233;tau sur nos corps, sur l'autel d'une bien-pensance anti-sexe d'un f&#233;minisme pudibond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vous apprendrai pas que le concept de gauche est en &#233;bullition en France depuis dix ans. O&#249; finit donc le centre-droit et o&#249; commence la gauche ? On oppose maintenant une gauche trop prompte &#224; se soumettre au lib&#233;ralisme &#224; une gauche de rupture, jug&#233;e plus radicale. Cette gauche de rupture communique r&#233;guli&#232;rement sur ses id&#233;aux antiracistes, d&#233;coloniaux, queer, f&#233;ministes&#8230; Mais comme trop souvent &#224; gauche &#8212; et &#224; travers le monde &#8212; elle ne s'empare pas du sujet de nos existences, de notre travail, de nos corps malmen&#233;s, qui sont pourtant au centre d'enjeux antiracistes, d&#233;coloniaux, queer, f&#233;ministes&#8230; Est-ce un simple calcul politique ? Serions-nous trop discret&#183;es, le stigmate for&#231;ant beaucoup de nos coll&#232;gues &#224; rester anonymes, pour repr&#233;senter une force &#233;lectorale all&#233;chante ? Est-ce par manque de formation sur le sujet ? Une excuse souvent invoqu&#233;e, au point o&#249; il est l&#233;gitime de demander si cette ignorance est entretenue par choix. Il serait de bon ton de d&#233;fendre les opprim&#233;&#183;es de tout bord, mais les prostitu&#233;es seraient-elles trop clivantes pour m&#233;riter d'&#234;tre d&#233;fendues publiquement ? Non, nos luttes m&#233;ritent d'&#234;tre soutenues aux c&#244;t&#233;s de toutes les identit&#233;s stigmatis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la d&#233;cision prise par le CEDH, qui tout en reconnaissant le caract&#232;re dangereux de la loi de 2016, explique qu'en absence de consensus europ&#233;en, il leur faudrait laisser la pr&#233;rogative d&#233;cisionnelle aux &#201;tats. On a l'habitude : personne ne se mouille, et on continue de souffrir. Le mod&#232;le abolitionniste ne reculera pas dans ses tentatives de nous faire dispara&#238;tre. &#192; d&#233;faut de pouvoir r&#233;ussir &#8212; un monde sans nous n'existe pas &#8212; il continuera d'asphyxier progressivement notre quotidien, parfois nos corps. Nous contestons donc cette d&#233;cision europ&#233;enne, et exigeons que la gauche de rupture, que nos militants ont soutenue en appelant &#224; voter Nouveau Front Populaire, prennent parti pour nous. Que les influenceurs politiques de gauche, qu'ils soient queers ou non, profitent de la d&#233;cision marquante du 25 juillet pour mettre en lumi&#232;re cette loi morbide et nos parcours invisibilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous existons dans une soci&#233;t&#233; qui ne nous parle pas directement, qui pr&#233;f&#232;re parler pour nous, de nous, dans ses mythologies, comme dans ses fictions, films ou s&#233;ries, o&#249; nous subissons inlassablement des destins tragiques, souvent autodestructeurs. Un voyeurisme morbide qui essentialise nos vies, la pute comme symbole transgressif et creux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les putes vous choquent, puisqu'on est fait&#183;e de scandale, si on cr&#232;ve, on cr&#232;vera la bouche pleine, pleine de mots qu'on vous jette &#224; la gueule. Parlez de nous, ou allez vous faire mettre, tout seul. Nous, on tarifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/juleswithoutjim/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jules sans Jim&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Homo Zion</title>
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		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pinkwashing</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Hussein Omar</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quelles sont les questions auxquelles le pinkwashing semble apporter une r&#233;ponse ?&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/homozion.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous disposons aujourd'hui de tous les arguments du monde pour d&#233;faire le mythe de l'&#201;tat h&#233;breux comme un havre de paix pour les identit&#233;s LGBT+ et pourtant sa pratique du pinkwashing continue d'&#234;tre d&#233;fendue comme une fin &#224; r&#233;aliser au d&#233;triment du sort des Palestiniens. A travers l'analyse de la circulation dans les m&#233;dias de la photo du soldat isra&#233;lien qui a d&#233;ploy&#233; le &lt;i&gt;rainbow flag&lt;/i&gt; au milieu des d&#233;combres, Hussein Omar nous pose cette fatidique question : quelles sont les questions auxquelles le pinkwashing semble apporter une r&#233;ponse ? Un &#034;sionisme gay&#034;, comme un r&#234;ve homosexuel s&#233;curitaire occidental, semble &#234;tre au c&#339;ur d'un malaise civilisationnel dont la possibilit&#233; d'un g&#233;nocide ne contrarie pas sa r&#233;alisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous remercions &lt;a href=&#034;https://www.parapraxismagazine.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la revue Parapraxis&lt;/a&gt; et Hussein Omar qui ont accord&#233; l'autorisation de traduction et de publication de ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'extermination du peuple de Palestine, acc&#233;l&#233;r&#233;e une nouvelle fois apr&#232;s le 7 octobre 2023, a produit certaines des images les plus effrayantes du XXI&#232;me si&#232;cle. Au milieu de cet embarras d'obsc&#233;nit&#233;s photographiques, l'une d'entre elles se distingue : un soldat isra&#233;lien, Yoav Atzmoni, tenant un drapeau arc-en-ciel avec l'inscription &#171; Au nom de l'amour &#187; en anglais, en arabe et en h&#233;breu, au milieu des d&#233;combres de maisons d&#233;truites par les bombardements. L'image est l&#233;gend&#233;e : &#171; Le tout premier drapeau de la fiert&#233; hiss&#233; &#224; Gaza. Yoav Atzmoni, membre de la communaut&#233; LGBTQ+, a voulu envoyer un message d'espoir &#224; la population de Gaza qui vit sous la brutalit&#233; du Hamas. Son intention &#233;tait de hisser le premier drapeau de la fiert&#233; &#224; Gaza comme un appel &#224; la paix et &#224; la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atzmoni a affirm&#233; plus tard qu'il avait eu l'intention de faire appara&#238;tre sur le drapeau les paroles d'une chanson pr&#233;f&#233;r&#233;e de U2, que son partenaire lui avait envoy&#233; pour l'emmener sur le champ de bataille, lorsqu'il s'est retrouv&#233; cern&#233; par le bismillah musulman ('Au nom de Dieu, le Mis&#233;ricordieux, le Compatissant') &#224; Gaza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La chanson &#233;tait peut-&#234;tre encore plus appropri&#233;e qu'Atzmoni ou son public (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mot arabe Allah sonnait pour Atzmoni (un arabophone) comme l'h&#233;breu Ahav. Il a remplac&#233; le nom particuli&#232;rement rebutant pour lui que les musulmans donnent &#224; leur Dieu par un signifiant pr&#233;tendument universel (et, ironiquement, paulinien) : l'amour. Atzmoni a affirm&#233; que son message &#233;tait un message de paix et d'espoir pour le peuple que lui et ses compagnons de combat pr&#233;tendaient lib&#233;rer de la domination th&#233;ocratique et diabolique du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les centaines et les milliers de commentaires qui ont suivi la publication de la photo par @Israel, un compte officiel des r&#233;seaux sociaux de l'&#201;tat, les critiques ont tourn&#233; la photo en d&#233;rision, la qualifiant de dernier avatar du pinkwashing, nom d&#233;sormais donn&#233; &#224; la campagne de relations publiques cynique adopt&#233;e par l'&#201;tat isra&#233;lien depuis 2005 pour pr&#233;senter le pays comme un havre de paix pour les homosexuels. Initialement lanc&#233;e pour promouvoir la Tel Aviv Pride, le pinkwashing &#8211; qui a co&#251;t&#233; &#224; l'&#201;tat 90 millions de dollars en frais de communication pour la seule ann&#233;e 2010 &#8211; est devenu une arme centrale de la hasbara&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hasbara (en h&#233;breu : &#1492;&#1463;&#1505;&#1456;&#1489;&#1464;&#1468;&#1512;&#1464;&#1492;, litt&#233;ralement &#171; explication &#187;) est un terme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; isra&#233;lienne. De nombreux d&#233;tracteurs de la photo ont soulign&#233; &#224; juste titre que le mariage gay n'est pas autoris&#233; en Isra&#235;l. D'autres ont rappel&#233; qu'Avi Maoz &#8211; repr&#233;sentant &#224; la Knesset du parti d'extr&#234;me droite Noam et vice-ministre charg&#233; de l'&#171; identit&#233; juive &#187; &#8211; a cherch&#233; &#224; plusieurs reprises &#224; interdire la Pride de J&#233;rusalem et &#224; imposer des r&#232;gles juridiques qui r&#233;affirment le statut de la famille conjugale et h&#233;t&#233;ronormative. Certains ont soulign&#233; que le ministre des finances Bezalel Smotrich (qui s'identifie lui-m&#234;me, de mani&#232;re sarcastique, &#224; un &#171; homophobe fasciste &#187;) a encourag&#233; la lapidation des homosexuels, des trans et des personnes qui ne se conforment pas &#224; l'identit&#233; de genre. En outre, certains ont rappel&#233; qu'Itamar Ben-Gvir, ministre de la s&#233;curit&#233; nationale, avait l'habitude d'organiser des &#171; d&#233;fil&#233;s de b&#234;tes &#187; anti-Pride. Ils affirment que les dirigeants isra&#233;liens sont profond&#233;ment homophobes dans leur pays, m&#234;me s'ils pr&#233;tendent &#234;tre gayfriendly &#224; l'&#233;tranger. Pour les sionistes lib&#233;raux, la photo d'Atzmoni est la preuve de la tol&#233;rance inh&#233;rente de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne, qui a &#233;t&#233; mise en p&#233;ril par la droite, le populisme et le fanatisme de Netanyahou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, s'il est incontestable que la photo est hypocrite au vu des opinions des dirigeants politiques isra&#233;liens, la compr&#233;hension de la fonction de l'image exige que nous allions au-del&#224; de ces accusations exactes factuellement, mais politiquement inefficaces. Si cette hypocrisie peut nous aider &#224; comprendre comment la photo &#233;tait destin&#233;e &#224; attirer l'attention des gays blancs m&#233;tropolitains de New York comme de Berlin, elle n'aborde pas la question de savoir qui d'autre cherchait-elle &#224; convaincre : une &#233;lite politique isra&#233;lienne fondamentaliste juive pour qui le pinkwashing isra&#233;lien &#233;tait devenu un poids de plus en plus embarrassant, au sens propre comme au sens figur&#233;. L'insistance d'Atzmoni &#224; se pr&#233;senter comme un homme gay au combat t&#233;moigne de fissures au sein de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne qui remontent &#224; sa fondation. Comme l'a d&#233;montr&#233; de mani&#232;re convaincante Daniel Boyarin, le sionisme &#233;tait un projet colonialiste destin&#233; non pas &#224; redresser les populations arabes qu'il allait dominer et d&#233;placer, mais plut&#244;t &#224; am&#233;liorer les &#171; Juifs de l'Est &#187; (&lt;i&gt;Ostjuden&lt;/i&gt;) pr&#233;tendument arri&#233;r&#233;s. &#192; cet &#233;gard, le &#171; sionisme herzlien &#187;, dont Atzmoni est l'incarnation, avait une &#171; mission civilisatrice, d'abord et avant tout dirig&#233;e par des Juifs vers d'autres Juifs &#187;. Les seuls indig&#232;nes auxquels Herzl envisageait de confier sa mission civilisatrice &#233;taient les &#171; Hottentot Ostjuden, qu'il consid&#233;rait comme une autre race &#187;. En tant que tel, nous pourrions comprendre le pinkwashing comme un projet visant &#224; am&#233;liorer les homophobes juifs r&#233;trogrades au niveau de leurs &#233;lites cosmopolites &#171; occidentalis&#233;es &#187;, qui entretiennent des liens mat&#233;riels et affectifs avec les centres m&#233;tropolitains des &#201;tats-Unis. La s&#233;ance photo triomphale d'Atzmoni montre &#233;galement aux fondamentalistes r&#233;trogrades du gouvernement qu'il s'imagine &#233;lever l'&#201;tat &#224; une norme universelle et progressiste pour lui-m&#234;me et ses alli&#233;s la&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quelle que soit l'intention r&#233;elle d'Atzmoni &#8211; qu'elle soit na&#239;ve ou malhonn&#234;te &#8211; &#224; l'&#233;gard des personnes qu'il pr&#233;tendait lib&#233;rer, il faut le prendre au mot, notamment parce que la photo fait &#233;tat de d&#233;veloppements qui sont historiquement nouveaux et donc d&#233;terminants. Les accusations d'hypocrisie semblent passer &#224; c&#244;t&#233; d'un autre &#233;l&#233;ment important : cette photo malvenue refl&#232;te, et inscrit, un nouveau sens de la mission historique mondiale d'Isra&#235;l. Cette mission ne consiste plus &#224; sauver une tribu particuli&#232;re ou un ensemble de tribus, les Juifs, mais &#224; sauver le projet universel de la civilisation elle-m&#234;me. Comme l'a r&#233;p&#233;t&#233; le pr&#233;sident isra&#233;lien Isaac Herzog quelques semaines plus tard, &#171; cette guerre [...] est destin&#233;e, vraiment, v&#233;ritablement, &#224; sauver le projet universel de civilisation &#187;. Mais comment les &#171; droits des homosexuels &#187; sont-ils devenus l'&#233;tendard d'une telle universalit&#233; ? Comment la libert&#233; sexuelle en est-elle venue &#224; appara&#238;tre comme la force motrice et l'objet convoit&#233; de l'accouchement violent de l'universel ? Sauver les femmes brunes des hommes bruns a longtemps anim&#233; ces m&#233;saventures imp&#233;riales, mais depuis quand l'homosexuel brun est-il au centre d'un tel projet ? Si, comme l'a soutenu Uday Mehta il y a longtemps, l'universalit&#233; d&#233;finissait et &#233;tait au c&#339;ur de chaque mission lib&#233;rale imp&#233;riale, depuis la colonisation britannique du Bengale au d&#233;but du XIXe si&#232;cle jusqu'&#224; la guerre contre le terrorisme au d&#233;but du XXIe si&#232;cle, la fixation sur les &#171; droits des homosexuels &#187; en tant que force motrice d'un tel projet &#233;tait en soi quelque chose de relativement nouveau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que le genre, la sexualit&#233; et la r&#233;gulation des deux aient jou&#233; un r&#244;le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atzmoni sugg&#232;re &#8211; en substituant le terme Allah &#224; un amour universel &#8211; que les Palestiniens, et en particulier les musulmans palestiniens, nourrissent la m&#234;me haine pour les homosexuels que celle qu'il observe au sein de sa propre soci&#233;t&#233;, dans une instanciation bien trop pr&#233;visible du fantasme projectif. Il imagine que le &#171; retard &#187; homophobe d&#233;plorable et ind&#233;sirable de la soci&#233;t&#233; religieuse isra&#233;lienne est &#233;galement pr&#233;sent chez les ennemis per&#231;us de cette soci&#233;t&#233;, les Palestiniens. Par un tour de passe-passe qui reconna&#238;t et refl&#232;te les fondements ethno-religieux de l'&#201;tat juif, l'&#171; arri&#233;ration &#187; palestinienne est d&#233;plac&#233;e sur l'&#171; islam &#187; et les &#171; musulmans &#187;. Pourtant, les lois anti-sodomie en Palestine ne sont pas issues de l'Islam ou des efforts des l&#233;gislateurs musulmans ; elles ont &#233;t&#233; impos&#233;es par des fonctionnaires coloniaux britanniques pudibonds qui ont import&#233; en bloc les id&#233;es victoriennes anti-sodomie du Raj en Inde. Ironiquement, ces fonctionnaires britanniques pensaient qu'ils passaient outre une &#171; institution nationale &#187; et qu'ils ramenaient de force la Palestine dans le giron d'une civilisation universellement lib&#233;rale. Ainsi, en liant l'homophobie &#224; l'islam, Atzmoni, comme beaucoup d'autres pinkwashers, occulte les origines britanniques des r&#233;glementations anti-sodomie, peut-&#234;tre sans le savoir. Au lieu de cela, ils imaginent les lois homophobes comme des produits du caract&#232;re religieux des musulmans, contre lesquels les Isra&#233;liens se d&#233;finissent de plus en plus &#8211; m&#234;me si ces m&#234;mes lois ont &#233;t&#233; abrog&#233;es dans une grande partie de la Palestine en 1951, plus de trente-cinq ans avant qu'elles ne soient abrog&#233;es en Isra&#235;l, en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Comment la sodomie est-elle pass&#233;e du statut de symbole d'arri&#233;ration, il y a pr&#232;s de cent ans, &#224; celui de symbole de progr&#232;s ? Comment la sodomie a-t-elle &#233;t&#233; r&#233;inscrite comme un signe de libert&#233; alors qu'elle &#233;tait &#224; l'origine un objet de r&#233;pression ? Comment pouvons-nous donner un sens &#224; ce renversement des r&#244;les &#8211; des crois&#233;s imp&#233;rialistes contre la sodomie aux crois&#233;s g&#233;nocidaires pour la sodomie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a environ un si&#232;cle, les fonctionnaires imp&#233;riaux britanniques, install&#233;s pour gouverner le nouveau mandat de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Palestine, ne cherchaient pas &#224; lib&#233;rer les sodomites indig&#232;nes, mais plut&#244;t &#224; &#233;radiquer leurs pratiques r&#233;trogrades. Ils ont d&#233;battu de la n&#233;cessit&#233; d'imposer de telles mesures d&#232;s le d&#233;but du mandat, m&#234;me s'il leur a fallu une d&#233;cennie et demie pour imposer des lois anti-sodomie en 1936, largement import&#233;es du code p&#233;nal indien de 1861. Dans une note d&#233;taill&#233;e r&#233;dig&#233;e en mai 1925, Sir Gerald Leslie Makins Clauson, fonctionnaire du minist&#232;re des colonies et philologue turc, a exprim&#233; ses pr&#233;occupations quant &#224; la modification du code p&#233;nal ottoman en mati&#232;re de (mauvaise) conduite sexuelle. Il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; C'est davantage au Haut Commissaire qu'&#224; nous de dire si la sodomie est une institution nationale d'une telle ampleur qu'elle doit &#234;tre autoris&#233;e &#224; continuer, mais personnellement, j'aurais pens&#233; que la voie &#224; suivre &#233;tait de la rendre ill&#233;gale et de sevrer progressivement la population pour qu'elle adopte des pratiques moins contraires &#224; la nature. Si cette mesure est jug&#233;e trop radicale, il est clair que ce que l'on pourrait appeler, faute d'un meilleur terme, les 'bordels masculins' doivent &#234;tre soumis aux m&#234;mes sanctions que les bordels ordinaires, faute de quoi les tenanciers de bordels m&#233;contents se tourneront vers des activit&#233;s encore moins recommandables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, la zoophilie n'est m&#234;me pas abord&#233;e, bien que dans certaines classes de la soci&#233;t&#233; musulmane (en particulier les tribus nomades) elle soit presque autant une institution nationale que la sodomie. Il est possible qu'elle ait &#233;t&#233; laiss&#233;e de c&#244;t&#233; parce qu'il serait pratiquement impossible de la supprimer. C'est probablement le cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans la Palestine sous mandat britannique, c'est la sodomie (et non sa suppression) qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme la pr&#233;rogative nationale des Palestiniens. En revanche, les fonctionnaires imp&#233;riaux qui cherchaient &#224; l'&#233;radiquer consid&#233;raient que leur mission &#233;tait motiv&#233;e par le d&#233;sir de r&#233;former les m&#339;urs sexuelles musulmanes en faveur de ce qu'ils appelaient la 'copulation ordinaire'. Pour faire entrer la Palestine dans la civilisation mondiale, il fallait transcender les pratiques particuli&#232;res des habitants et adopter celles, universellement acceptables, de la &#171; copulation ordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces r&#233;formes &#233;taient provisoires. Il a fallu une d&#233;cennie et demie pour faire appliquer cette l&#233;gislation, ce qui t&#233;moigne de l'extr&#234;me prudence avec laquelle les fonctionnaires britanniques abordaient l'alt&#233;ration d'institutions per&#231;ues comme &#233;tant sanctionn&#233;es par la loi ou la coutume religieuse. Les convictions concernant l'intransigeance religieuse des sujets musulmans s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es au cours de plusieurs d&#233;cennies d'occupation en &#201;gypte, o&#249; Lord Cromer avait estim&#233; que la long&#233;vit&#233; de la domination britannique pouvait &#234;tre garantie tant que l'occupation n'interf&#233;rait pas avec la l&#233;gislation, l'autorit&#233; et les institutions religieuses locales. En &#233;vitant de telles interf&#233;rences, on esp&#233;rait permettre aux fonctionnaires imp&#233;riaux d'&#233;radiquer toute r&#233;sistance &#224; leur autorit&#233;, car ils pensaient que les indig&#232;nes &#233;taient avant tout pr&#233;occup&#233;s par la religion et non par la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, de mani&#232;re assez ironique, c'est face aux premiers signes d'agitation palestinienne en 1936, qui allaient se transformer en soul&#232;vement massif au cours de l'&#233;t&#233; de cette ann&#233;e-l&#224;, que les lois anti-sodomie furent institu&#233;es apr&#232;s une d&#233;cennie et demie d'h&#233;sitation. Le fait qu'il ait fallu attendre les nouvelles formes de sociabilit&#233; institu&#233;es par une r&#233;volution anticoloniale naissante pour mettre en place de telles r&#233;glementations illustre l'intuition contre-intuitive de Foucault : &#171; ce qui d&#233;range le plus ceux qui ne sont pas gays &#224; propos de l'homosexualit&#233;, c'est le style de vie gay, et non les actes sexuels eux-m&#234;mes... C'est la perspective que les gays cr&#233;ent des types de relations encore impr&#233;vus que beaucoup de gens ne peuvent pas tol&#233;rer &#187;. Face &#224; la menace d'une r&#233;volution anticoloniale, les autorit&#233;s britanniques ne pouvaient tol&#233;rer la sodomie &#8211; un avatar d'un monde de sociabilit&#233; aussi &#233;tranger que d&#233;go&#251;tant &#8211; et l'ont donc interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte arabe de 1936 allait donner lieu &#224; la conception, &#224; l'exp&#233;rimentation et &#224; la mise en &#339;uvre de certaines des mesures les plus violentes utilis&#233;es jusqu'alors dans les territoires coloniaux. Les boucliers humains, les ch&#226;timents collectifs et l'utilisation de camps de concentration sont des techniques de contre-insurrection import&#233;es d'ailleurs dans l'Empire britannique et perfectionn&#233;es au cours des trois ann&#233;es de la r&#233;volte arabe. Cette p&#233;riode a servi de mod&#232;le &#224; la r&#233;sistance palestinienne &#8211; une combinaison de boycott et de lutte arm&#233;e &#8211; pour les d&#233;cennies &#224; venir. Ces techniques de contre-insurrection seront transmises &#224; l'&#201;tat sioniste qui remplacera le mandat britannique, et l'utilisation de boucliers humains et les punitions collectives seront g&#233;n&#233;reusement d&#233;ploy&#233;es dans les moments de mobilisation massive des Palestiniens. Bien que les tribunaux militaires isra&#233;liens se soient prononc&#233;s contre l'utilisation de ces mesures, elles ont &#233;t&#233; largement utilis&#233;es au cours de la seconde Intifada. En revanche, ni Human Rights Watch ni Amnesty International n'ont trouv&#233; de preuves &#224; l'appui de l'affirmation maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;e selon laquelle les Palestiniens de Gaza ou d'ailleurs auraient eu recours &#224; ces m&#233;thodes. Tout comme l'homophobie que l'on imagine propre &#224; l'ennemi palestinien, l'utilisation de &#171; boucliers humains &#187; est consid&#233;r&#233;e comme une preuve du peu de valeur que les insurg&#233;s barbares accordent &#224; leurs &#171; femmes et enfants &#187;. Comme le veut la sagesse freudienne vernaculaire des activistes actuels, toute accusation est un aveu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'indique clairement le manifeste de Queers in Palestine : &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, comme en 2024, le d&#233;sir de remodeler les pratiques sexuelles et les inclinations des Palestiniens semble li&#233; &#224; des moments de violence spectaculaire, sans pr&#233;c&#233;dent dans leur propre contexte. On est frapp&#233; par l'abondance des fantasmes et des pratiques masochistes et, dans certains cas, n&#233;crophiles, li&#233;s aux organes g&#233;nitaux et &#224; la g&#233;nitalit&#233; : de la pratique attest&#233;e de l'extraction du sperme du tissu testiculaire des militants sionistes tu&#233;s au combat pour le cryog&#233;niser dans les h&#244;pitaux, &#224; la demande du ministre des communications Shlomo Karhi d'enlever le pr&#233;puce des combattants du Hamas (en d&#233;pit du fait que tous les musulmans adultes sont circoncis) pour se venger, comme David l'aurait fait pour les Philistins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que, loin d'&#234;tre une force motrice, la r&#233;forme des penchants sexuels des indig&#232;nes &#8211; que ce soit par le biais de r&#233;glementations anti-sodomie ou en les for&#231;ant &#224; hisser des drapeaux arc-en-ciel au-dessus de leurs maisons d&#233;molies &#8211; n'est en fait qu'un objet trompeur. Il ne d&#233;clenche pas la violence, mais agit comme un fantasme pour la possibilit&#233; de la satisfaire. Comme le montre la violence g&#233;nocidaire du 7 octobre, cette violence imp&#233;rialiste &#8211; m&#234;me celle qui vise &#224; r&#233;former les pratiques sexuelles des indig&#232;nes &#8211; ne peut &#234;tre comprise &#224; travers les mod&#232;les rationnels habituels de la strat&#233;gie ou m&#234;me de la seule &#233;conomie politique. Cette violence a une pulsion libidinale inextinguible et insatiable. Elle ne peut jamais &#234;tre satisfaite. Comme le mirage, m&#233;taphore ch&#232;re aux nombreuses g&#233;n&#233;rations de colonisateurs de la Palestine, il s'efface &#224; mesure que l'on s'en approche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fait que ces histoires contredisent un r&#233;cit tr&#232;s diff&#233;rent de celui qu'Isra&#235;l et ses partisans aiment raconter, ce correctif &#224; l'identification massive des queers avec Isra&#235;l semble changer tr&#232;s peu de choses. Pour comprendre pourquoi, il faut se tourner vers l'&#233;poque de la crise du sida, lorsqu'un mod&#232;le sp&#233;cial de s&#233;curisation a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; par les m&#233;tropolitains bourgeois, cis et blancs aux &#201;tats-Unis, au moins deux d&#233;cennies avant l'adoption du pinkwashing comme politique officielle de l'&#201;tat par Isra&#235;l. Au cours des d&#233;cennies qui ont suivi la crise du sida, les &#201;tats-Unis ont &#233;tabli une relation de propri&#233;t&#233; avec l'histoire de la lib&#233;ration des homosexuels, ainsi qu'un mod&#232;le d'autoprotection militaris&#233;e contre les classes d&#233;favoris&#233;es. Et ce, en d&#233;pit du fait tr&#232;s clair que c'est la violence de l'&#201;tat, et non le &#171; gay bashing &#187;, qui a &#233;t&#233; le principal responsable de la destruction des vies homosexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tablissement d'un r&#233;cit canonique sur l'histoire de la lib&#233;ration des homosexuels dans ce pays &#8211; accompagn&#233; d'une f&#233;tichisation des &#171; paradis gays &#187; comme le New York post-Stonewall et le San Francisco &#8211; a renforc&#233; dans l'imaginaire mondial une association essentielle entre les politiques de lib&#233;ration des homosexuels et l'histoire am&#233;ricaine en tant qu'&#233;v&#233;nement exceptionnel. Avec le temps, les &#171; droits des homosexuels &#187; ont fini par &#234;tre per&#231;us comme une r&#233;alisation civilisationnelle exclusivement am&#233;ricaine &#8211; ce qui est confirm&#233; par le fait que la Pride est c&#233;l&#233;br&#233;e en juin pour comm&#233;morer les &#233;meutes de Stonewall, par exemple &#8211; et, dans les ann&#233;es 2000, ils ont &#233;t&#233; adopt&#233;s dans la politique imp&#233;riale am&#233;ricaine. Une histoire particuli&#232;re de lib&#233;ration homosexuelle am&#233;ricaine (blanche et bourgeoise) serait export&#233;e en tant qu'&#233;talon universel auquel toutes les autres histoires, et en particulier celles du tiers-monde, seraient compar&#233;es et pour la plupart jug&#233;es d&#233;ficientes, et donc jug&#233;es &#171; arri&#233;r&#233;es &#187;. La femme musulmane ne serait plus le seul sujet digne d'&#234;tre sauv&#233; ; d&#233;sormais, l'homosexuel musulman &#233;mergerait comme un nouveau sujet imaginaire sur lequel s'inscriraient les fantasmes imp&#233;riaux de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique pourquoi les &#201;tats-Unis en sont venus &#224; instrumentaliser leur histoire particuli&#232;re de lib&#233;ration des homosexuels et &#224; la soutenir comme une mesure &#224; laquelle le reste du monde devrait &#234;tre compar&#233;. Cependant, cela n'explique pas pourquoi Isra&#235;l en viendrait &#233;galement &#224; entrer dans le champ de cette r&#233;alisation civilisationnelle mondiale. Pour comprendre comment la revendication du statut unique d'Isra&#235;l a pu trouver une certaine plausibilit&#233; dans l'imaginaire m&#233;tropolitain am&#233;ricain et ouest-europ&#233;en, il faut se tourner vers les &#233;crits de l'un des tristement c&#233;l&#232;bres membres fondateurs d'ACT-UP, Larry Kramer, qui a insist&#233; sur le fait que le sionisme pouvait, et devait, &#234;tre un mod&#232;le pour la lib&#233;ration des homosexuels. Pour Kramer, comme pour beaucoup de ceux qui &#233;voluent dans son sillage intellectuel &#8211; y compris les transphobes pour qui le sionisme repr&#233;sente un bastion contre la fluidit&#233; et l'ambigu&#239;t&#233; &#8211; Isra&#235;l &#233;tait un mod&#232;le de s&#233;curit&#233; permanente. Il repr&#233;sentait le fantasme selon lequel les fronti&#232;res, r&#233;elles et m&#233;taphoriques, pouvaient &#234;tre s&#233;curis&#233;es et qu'un peuple au bord de l'an&#233;antissement &#8211; qu'il s'agisse de Juifs fuyant l'antis&#233;mitisme europ&#233;en ou de personnes atteintes du sida mises en difficult&#233; par l'&#201;tat am&#233;ricain &#8211; devait et pouvait non seulement prendre les armes, mais aussi cr&#233;er des &#201;tats pour eux seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fantasme d'Isra&#235;l comme havre homosexuel s'inspire d'un engagement intellectuel queer ant&#233;rieur avec le sionisme remontant &#224; l'apog&#233;e de la crise du sida, lorsque beaucoup ont affirm&#233; que la n&#233;gligence de l'&#201;tat &#224; l'&#233;gard des hommes gays diagnostiqu&#233;s s&#233;ropositifs ressemblait &#224; l'holocauste nazi. De mani&#232;re particuli&#232;rement poignante, les activistes d'ACT-UP ont choisi comme symbole le triangle rose (bien que renvers&#233;) pour rappeler l'insigne que les hommes homosexuels &#233;taient contraints de porter dans les camps de concentration nazis. Pour Larry Kramer &#8211; activiste, romancier et dramaturge &#224; la rage vertueuse &#8211; la d&#233;cision de l'&#201;tat de laisser mourir des homosexuels &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent rappelait la Shoah et en &#233;tait la meilleure m&#233;taphore. Selon lui, les deux &#233;v&#233;nements d&#233;coulent de haines profond&#233;ment ressenties et plus ou moins &#233;quivalentes : l'antis&#233;mitisme et l'homophobie. Cette derni&#232;re, cependant, &#233;tait une haine d'un genre inhabituel et se caract&#233;risait par une &#171; horrible singularit&#233; &#187; : la haine des parents pour leurs enfants homosexuels. &#171; Les Juifs, &#233;crit-il, peuvent-ils imaginer &#234;tre ha&#239;s par leurs parents pour leur jud&#233;it&#233; ? &#187; Dans &lt;i&gt;Reports from the Holocaust&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1989, Kramer utilise les termes de &#171; g&#233;nocide &#187; et de &#171; chambres &#224; gaz &#187; pour d&#233;crire l'effort concert&#233; de l'&#201;tat am&#233;ricain &#171; pour nous &#233;liminer et nous d&#233;truire compl&#232;tement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kramer, l'antis&#233;mitisme n'&#233;tait pas seulement une m&#233;taphore de l'homophobie, mais avait en fait produit cette derni&#232;re par inadvertance. Selon lui, ce sont les victimes de l'antis&#233;mitisme qui ont officiellement instaur&#233; l'homophobie aux &#201;tats-Unis. Les psychanalystes juifs europ&#233;ens (qu'il appelle &#171; les enfants de Freud &#187;), qui ont fui leur pays &#224; partir de 1930, sont responsables de la perversion de la doctrine de Freud en Am&#233;rique en d&#233;veloppant une homophobie m&#233;dicalis&#233;e, institutionnalis&#233;e et scientiste. Ces r&#233;fugi&#233;s avaient besoin de &#171; boucs &#233;missaires &#187; et, en raison de leur &#171; ins&#233;curit&#233;, ils ont &#233;prouv&#233; le besoin de prouver au Nouveau Monde qu'ils s'y int&#233;greraient compl&#232;tement &#187;. Ils l'ont fait en formulant, puis en instituant, la notion d'&#171; homosexualit&#233; en tant que maladie &#187;. Kramer &#233;crit &#224; propos de cette g&#233;n&#233;ration de psychanalystes que &#171; les pers&#233;cut&#233;s sont devenus des pers&#233;cuteurs &#187;. Bien que la logique de la critique de Kramer &#8211; les pers&#233;cut&#233;s se transformant en pers&#233;cuteurs &#8211; semble pr&#233;sager de nombreuses critiques actuelles du sionisme, telles que celle d&#233;velopp&#233;e par Daniel Boyarin, elle a conduit Kramer &#224; d&#233;fendre plut&#244;t le projet ethnonationaliste juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kramer, le sionisme n'&#233;tait pas un &#233;chec &#224; rejeter, mais plut&#244;t un exemple &#224; suivre pour les militants homosexuels. Le plaidoyer de Kramer en faveur d'un sionisme gay est n&#233; de trois observations. Premi&#232;rement, l'adoption de tenues et de comportements machos n'avait pas r&#233;ussi &#224; endurcir les hommes homosexuels contre leurs d&#233;tracteurs homophobes et h&#233;t&#233;rosexuels. Deuxi&#232;mement, les homosexuels devaient &#234;tre tenus pour responsables de leurs propres souffrances parce qu'ils n'avaient pas r&#233;ussi &#224; s'organiser politiquement, tout comme Hannah Arendt avait bl&#226;m&#233;, dans sa lecture, les Juifs pour leur qui&#233;tisme politique au cours de deux mille ans de pers&#233;cution. Enfin, parce que le &#171; Isra&#235;l des gays &#187;, c'est ainsi qu'il appelait San Francisco, n'&#233;tait plus un endroit o&#249; les hommes homosexuels avaient un quelconque pouvoir politique, apr&#232;s l'avoir atteint bri&#232;vement dans les ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kramer est all&#233; jusqu'&#224; pr&#244;ner la cr&#233;ation d'un &#201;tat s&#233;paratiste gay. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;Kramer en a conclu que rien de moins qu'une &#171; arm&#233;e terroriste du SIDA, comme l'Irgun qui a men&#233; &#224; la cr&#233;ation d'Isra&#235;l &#187; ne sauverait les homosexuels am&#233;ricains des projets visant &#224; les an&#233;antir. La solution &#224; l'Holocauste gay ne pouvait &#234;tre qu'un sionisme gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'affirme Christina Hanhardt, les fantasmes de Kramer concernant la cr&#233;ation d'un sionisme gay se sont effectivement concr&#233;tis&#233;s sur le sol am&#233;ricain lorsque, dans les ann&#233;es 1980, les homosexuels de la classe moyenne sup&#233;rieure ont commenc&#233; &#224; d&#233;signer le &lt;i&gt;gay bashing&lt;/i&gt; comme la principale source de leurs souffrances. Le &lt;i&gt;gay bashing&lt;/i&gt; allait remplacer la violence polici&#232;re, la pauvret&#233;, l'incarc&#233;ration et le sans-abrisme en tant qu'objet d'activisme, car les homosexuels blancs, cisgenres et ais&#233;s ont commenc&#233; &#224; exiger la protection de l'&#201;tat et &#224; diriger la violence de l'&#201;tat contre ceux qui ne jouissaient pas des m&#234;mes privil&#232;ges. Comme l'affirme Patrick Dedauw, les fa&#231;ons particuli&#232;res &#171; d'encadrer la vuln&#233;rabilit&#233; et la protection des personnes homosexuelles et transgenres pr&#233;sentent une profonde sym&#233;trie avec l'id&#233;ologie sioniste &#187;. Et ce n'est pas une co&#239;ncidence si les deux organisations vers lesquelles les personnes queer se sont tourn&#233;es pour faire adopter une l&#233;gislation sur les crimes de haine &#233;taient l'Anti-Defamation League et le National Gay and Lesbian Task Force's Anti-Violence Project (Projet anti-violence de la Task Force nationale des gays et lesbiennes). La premi&#232;re, en particulier, comme l'a soulign&#233; Emmaia Gelman, est une organisation de d&#233;fense sioniste qui se fait passer pour une organisation prot&#233;geant les Juifs de l'antis&#233;mitisme. Au moment m&#234;me o&#249; elle &#233;tait mobilis&#233;e pour r&#233;habiliter le &lt;i&gt;gay bashing&lt;/i&gt; en tant que principal danger pour les Am&#233;ricains homosexuels, l'ADL s'est efforc&#233;e d'&#233;touffer l'opposition &#224; la premi&#232;re guerre du Golfe sur les campus universitaires, en soutenant que cette derni&#232;re &#233;tait assimilable &#224; de l'antis&#233;mitisme. Ces accusations &#233;taient principalement dirig&#233;es contre les &#233;tudiants de couleur &#8211; contre le &#171; politiquement correct &#187;, les &#171; &#233;tudes ethniques &#187; et la &#171; diversit&#233; &#187; &#8211; ce qui &#233;tait tout &#224; fait conforme &#224; l'histoire ant&#233;rieure de l'ADL : elle avait organis&#233; une campagne contre l'affirmation de la National Education Association selon laquelle le Ku Klux Klan n'&#233;tait pas une aberration par rapport au probl&#232;me du racisme structurel de l'Am&#233;rique, mais une manifestation de ce racisme. En signant un pacte faustien avec l'ADL pour institutionnaliser le &#171; gay bashing &#187; en tant que crime de haine, les Queer Americans ont &#233;galement codifi&#233; une vision particuli&#232;re (raciste) de l'exceptionnalisme am&#233;ricain, qui serait mise au service de la promotion des int&#233;r&#234;ts imp&#233;riaux am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeois gays et lesbiennes am&#233;ricains s'imaginaient &#234;tre une population minoritaire dont le seul espoir d'&#234;tre &#224; l'abri de la violence ext&#233;rieure se trouvait dans des territoires pr&#233;tendument souverains, sur des terres nettoy&#233;es de leurs habitants d'origine &#8211; d&#233;sormais consid&#233;r&#233;s comme une menace dangereuse &#8211; par une force militaris&#233;e et soutenue par l'&#201;tat. Mais la notion d'un &#171; espace &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; &#187; national, d'une s&#233;curit&#233; permanente, hier comme aujourd'hui, est une illusion, et elle l'est encore plus lorsqu'elle repose sur la destruction et la d&#233;possession des autres &#8211; l'occupation et la colonisation dans le cas d'Isra&#235;l, l'embourgeoisement et la cr&#233;ation de &#171; quartiers gays &#187; dans les capitales m&#233;tropolitaines. Les espaces, pour les personnes homosexuelles ou pour toute autre personne, ne peuvent jamais &#234;tre s&#251;rs sans justice, et leur r&#234;ve de &#171; s&#233;curit&#233; &#187; n'est pas r&#233;alisable sans restitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que tels, les efforts visant &#224; r&#233;futer les affirmations du sionisme selon lesquelles il est un havre pour les homosexuels n'ont eu qu'un succ&#232;s tr&#232;s marginal. En consid&#233;rant le pinkwashing comme un coup de communication cynique, ces efforts continuent d'ignorer l'identification psychique que les queers, qu'ils soient ou non en Isra&#235;l, ressentent avec son mod&#232;le de s&#233;curisation. Pour &#234;tre clair, ces &#233;checs &#224; renverser les revendications du pinkwashing persistent, qu'ils entreprennent la t&#226;che minutieuse de contester les &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; historiques fondamentales des attitudes isra&#233;liennes envers l'homosexualit&#233; ou qu'ils s'engagent dans une argumentation logique. Ce dernier mode, g&#233;n&#233;ralement articul&#233; au subjonctif, soutient que &lt;i&gt;m&#234;me si&lt;/i&gt; les Palestiniens n'ont pas les m&#234;mes droits homosexuels que nous, nous ne devrions pas pour autant approuver leur g&#233;nocide. Cette approche est particuli&#232;rement troublante. Elle maintient la Palestine dans le myst&#232;re, semblant dissimuler un secret dont les anti-sionistes auraient honte : que c'est effectivement un endroit brutal, mais que nous ne devrions pas le bombarder pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous ne prenons pas au s&#233;rieux le fait que les personnes queers bourgeoises, blanches, cis et m&#233;tropolitaines trouvent en Isra&#235;l un mod&#232;le convaincant pour leurs propres fantasmes de s&#233;curit&#233;, nous ne sommes pas en mesure de comprendre pourquoi les personnes queers ont &#233;t&#233; promptes &#224; adopter la propagande isra&#233;lienne, malgr&#233; l'abondance de preuves et l'insistance r&#233;p&#233;t&#233;e des activistes antisionistes sur le fait qu'il ne s'agit que de propagande. Parall&#232;lement, nous devons comprendre comment ce processus d'identification a rendu possible la formulation d'une libert&#233; queer dans un programme de droits (l&#233;galement articul&#233;s, encod&#233;s et prot&#233;g&#233;s) en tant qu'arch&#233;type auquel toutes les soci&#233;t&#233;s &#171; civilis&#233;es &#187; devraient se conformer, et l'&#233;talon &#224; l'aune duquel leurs r&#233;alisations civilisationnelles doivent &#234;tre mesur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce fantasme qu'Atzmoni a perp&#233;tu&#233; avec son palimpseste photographique des r&#234;ves non r&#233;alis&#233;s du sionisme, inscrit sur les d&#233;combres de vies, de maisons, d'&#233;coles et d'h&#244;pitaux palestiniens d&#233;truits. Ce document sur la barbarie, d&#233;guis&#233;e en civilisation, nous rappelle que la violence que l'acte apparemment innocent d'Atzmoni semblait autoriser ne peut &#234;tre comprise &#224; l'aide des mod&#232;les conventionnels de la science politique, de la strat&#233;gie ou de l'&#233;conomie politique. La violence commise &#171; au nom de l'amour &#187; - qu'elle pr&#233;tende chercher &#224; d&#233;truire le Hamas ou &#224; r&#233;former v&#233;ritablement les penchants sexuels des autochtones &#8211; est anim&#233;e par un d&#233;sir impossible de d&#233;truire quelque chose qui ne peut pas &#234;tre d&#233;truit. Comment expliquer autrement cette violence apparemment donquichottesque qui semble d&#233;passer l'int&#233;r&#234;t ou l'utilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la sexualit&#233; est-elle en effet au c&#339;ur de son fonctionnement, mais pas de la mani&#232;re dont Atzmoni ou ceux qui l'ont encourag&#233; pourraient l'entendre. Si, comme l'a dit Paolo Freire, &#171; les opprim&#233;s trouvent dans les oppresseurs leur mod&#232;le de virilit&#233; &#187;, alors le mod&#232;le particulier de la violence sioniste pourrait trouver une certaine lisibilit&#233; dans celui de l'Allemagne nazie. De la m&#234;me mani&#232;re que le spectre de la d&#233;faite allemande lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale a hant&#233; la Seconde, la Nakba constitue une revendication de la quasi-extermination des populations juives d'Europe. Dans les deux cas, les victimes ont cherch&#233; &#224; surmonter un moment de d&#233;faite ant&#233;rieur en s'identifiant &#224; leurs vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les incursions sionistes &#224; Gaza se sont intensifi&#233;es &#224; partir du 9 octobre 2023, je n'ai pu m'emp&#234;cher de penser au travail de Klaus Theweleit, sociologue et critique culturel allemand ayant des affinit&#233;s id&#233;ologiques avec la &#171; nouvelle gauche allemande &#187; de l'apr&#232;s-1968. &lt;a href=&#034;https://www.arche-editeur.com/livre/fantasmalgories-612&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans son ouvrage magistral intitul&#233; &lt;i&gt;Fantasm&#226;lgories&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Theweleit a cherch&#233; &#224; comprendre la violence proto-nazie et nazie &#224; travers un &#233;norme corpus vernaculaire de r&#234;ves, de journaux intimes et d'autres formes fragmentaires d'&#233;criture de la g&#233;n&#233;ration des Freikorps (Corps francs allemands), &#224; partir de laquelle le projet nazi a vu le jour. Insatisfait des histoires qui traitent le nazisme comme un ph&#233;nom&#232;ne purement id&#233;ologique &#8211; en se concentrant sur l'origine des id&#233;es, mais pas sur la mani&#232;re dont elles deviennent plausibles et sur les raisons pour lesquelles elles sont devenues cr&#233;dibles pour un grand nombre d'&#171; Allemands ordinaires &#187; &#8211; Theweleit a cherch&#233; &#224; d&#233;terrer les formations psychiques profondes qui ont conduit des personnes (principalement des hommes) &#224; cibler d'autres personnes qu'elles soup&#231;onnaient ou croyaient &#234;tre &#171; moins que des hommes &#187; : les femmes, les homosexuels, les juifs et les communistes en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur les travaux de la p&#233;diatre et psychanalyste autrichienne Margaret Mahler, Theweleit a conclu que la g&#233;n&#233;ration des Freikorps &#233;tait compos&#233;e de personnes pathologiquement non d&#233;velopp&#233;es, dont le corps n'&#233;tait ni ordonn&#233; ni normalis&#233;, et qui n'avaient pas r&#233;ussi, dans leur enfance, &#224; d&#233;velopper les d&#233;fenses &#233;rotiques n&#233;cessaires pour &#233;carter les dangers ext&#233;rieurs. Le r&#233;sultat de ce d&#233;veloppement, ou de cette absence de d&#233;veloppement, est une sorte de fantasme projectif ou d'hallucination, dans lequel la propre perception de son corps en tant que masse indiff&#233;renci&#233;e et d&#233;sordonn&#233;e est projet&#233;e sur des &#233;trangers qui pourraient, pour quelque raison que ce soit, provoquer sa dissolution finale. Pour ces &#234;tres perturb&#233;s (que Theweleit appelle les 'd&#233;vivifi&#233;s' et les 'indiff&#233;renci&#233;s'), la violence est exerc&#233;e de mani&#232;re pr&#233;ventive sur ceux qui sont per&#231;us comme des menaces. Cette violence semble lib&#233;ratrice pour les auteurs, qui expulsent leur propre peur de la dissolution en la provoquant chez d'autres, ce qui leur permet vraisemblablement d'exercer un certain contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi certaines personnes d&#233;veloppent-elles de telles pathologies ? Et pourquoi cette pathologie en est-elle venue &#224; affecter toute une g&#233;n&#233;ration d'hommes allemands ? Theweleit affirme que ces sujets d&#233;fectueux deviennent ainsi &#224; la suite de punitions s&#233;v&#232;res subies pendant l'enfance. Le processus d'apprentissage de la propret&#233;, en particulier, contraint l'enfant &#224; renoncer au plaisir dans sa propre p&#233;riph&#233;rie. L'apprentissage de la propret&#233; les oblige &#224; d&#233;noncer les sujets liquides et leur inspire des sentiments de culpabilit&#233; lorsqu'ils n'y parviennent pas. Ainsi, ces petits gar&#231;ons ne sont &#171; pas encore tout &#224; fait n&#233;s &#187;. Ils n'entrent jamais dans certaines &#233;tapes de la relation d'objet ou du complexe d'&#338;dipe. Ils ne d&#233;veloppent pas d'ego corporel, ni de sens des limites. Ils ne peuvent acqu&#233;rir le sentiment d'&#234;tre autonomes, d&#233;limit&#233;s et entiers qu'en tuant pr&#233;ventivement l'ennemi qui menace de les dissoudre. Leurs ennemis sont souvent associ&#233;s &#224; des liquides &#8211; boue, eau, sperme, urine, crachat, sang, sueur. Leur propre fuite per&#231;ue menace de dissoudre les fronti&#232;res des hommes qui ne sont pas encore n&#233;s et qui commencent &#224; &#233;tablir des parall&#232;les entre leurs corps non conformes et la nation non conforme elle-m&#234;me ; le contr&#244;le de cette derni&#232;re sert de fantasme pour d&#233;pathologiser le premier. Le fascisme, conclut Theweleit, n'est pas mieux compris en tant qu'id&#233;ologie, mais plut&#244;t &#224; travers les actes collectifs de violence par lesquels les hommes non encore n&#233;s tentent d'arr&#234;ter leurs corps qui fuient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Theweleit est travers&#233;e par une tension non r&#233;solue : d'une part, sa conviction que ses sujets ne sont pas essentiellement exceptionnels (ou &#034;psychotiques&#034;, comme il le dit) et, d'autre part, l'impulsion oppos&#233;e de rejeter toute pr&#233;tention &#224; l'universalisation de la nature agressive des hommes sur lesquels il a &#233;crit. Il a pris soin d'affirmer que le fait de r&#233;duire les origines de la violence nazie &#224; une agressivit&#233; universelle n'&#233;tait qu'un exercice de disculpation visant &#224; normaliser et &#224; rendre non exceptionnelle leur violence. &#192; cette fin, il a not&#233; comment Hermann G&#246;ring avait cherch&#233; &#224; faire exactement cela lorsque, depuis sa cellule de prison &#224; N&#252;remberg en 1946, il a d&#233;clar&#233; au psychologue am&#233;ricain G. M. Gilbert qu'&#171; il y a une mal&#233;diction sur l'humanit&#233;. Elle est domin&#233;e par la soif de pouvoir et le plaisir de l'agression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Theweleit a r&#233;solu ses impulsions politiques conflictuelles &#8211; entre la volont&#233; de rendre exceptionnelles les agressions des Freikorps et celle de les rendre universelles &#8211; en localisant les pathologies de la culture g&#233;nocidaire allemande dans les formes troubl&#233;es et troublantes d'&#233;ducation des enfants qu'il a d&#233;crites. Malgr&#233; les pr&#233;cautions qu'il a prises pour souligner que ses sujets n'&#233;taient pas, en fait, psychotiques, &lt;i&gt;Fastasm&#226;lgories&lt;/i&gt; penche en fin de compte vers l'exceptionnalisation du milieu culturel allemand dont le livre, ainsi que ses sujets, sont issus.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cet argument a pu para&#238;tre convaincant dans les ann&#233;es 1970, en particulier parmi les enfants de nazis suppos&#233;s repentis lors de la premi&#232;re parution du livre, il l'est beaucoup moins apr&#232;s le 7 octobre. L'&#233;lan d'exceptionnalisation auquel Theweleit c&#232;de appara&#238;t aujourd'hui non seulement inexact, mais dangereux. L'&#201;tat allemand d&#233;ploie son expertise suppos&#233;e, en ce qui concerne la mise en &#339;uvre du g&#233;nocide paradigmatique, pour interdire ceux qui cherchent &#224; en emp&#234;cher un autre. &#192; cet &#233;gard, l'opus magnum de Theweleit appara&#238;t maintenant comme un autre des nombreux textes qui rendent l'Holocauste exceptionnel, le d&#233;peignant comme le pire de tous les crimes possibles. Comme l'a soulign&#233; avec force Dirk Moses, cette perspective permet &#224; l'Holocauste d'&#233;clipser les exemples ant&#233;rieurs et post&#233;rieurs de violence g&#233;nocidaire. En se concentrant sur les caract&#233;ristiques les plus particuli&#232;res de l'Holocauste, on a &#233;tabli un crit&#232;re qui rend de plus en plus difficile non seulement l'identification, mais aussi la prise au s&#233;rieux des sch&#233;mas r&#233;p&#233;titifs de violence exterminatrice. Pourtant, tant la r&#233;action au 7 octobre que l'histoire plus longue des XXe et XXIe si&#232;cles, avant et apr&#232;s l'Holocauste, r&#233;v&#232;lent que les projets g&#233;nocidaires sont loin d'&#234;tre exceptionnels, mais qu'ils sont au contraire un &#233;l&#233;ment constitutif du syst&#232;me de l'&#201;tat-nation dans la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leo Bersani s'est attach&#233; &#224; souligner que l'imbrication entre sexualit&#233; et violence est au c&#339;ur de la constitution de chaque sujet, quel que soit le lieu et le mode de son &#233;ducation. Il s'agit simplement d'une caract&#233;ristique de l'ali&#233;nation dont tout individu fait l'exp&#233;rience lorsqu'il entre dans la culture ou la soci&#233;t&#233;. Pour Bersani, la violence est constitutionnelle, normative et &#171; normale &#187; pour tous les humains. La pulsion de violence imp&#233;riale n'est pas une aberration, mais au contraire une caract&#233;ristique end&#233;mique et habituelle de la socialisation. Elle est inh&#233;rente &#224; tous les sujets. Si, pour Theweleit, la violence permet aux hommes de se sentir &#171; entiers &#187;, pour Bersani, l'attrait de la violence est d&#233;termin&#233; pr&#233;cis&#233;ment par la potentialit&#233; oppos&#233;e &#8211; elle permet aux hommes de faire l'exp&#233;rience de l'&#233;clatement &#233;go&#239;que qu'ils d&#233;sirent tous (inconsciemment). Pour Theweleit, la violence permet aux hommes de prendre pr&#233;ventivement le contr&#244;le des fronti&#232;res du moi qu'ils sentent constamment menac&#233;es de dissolution, tandis que pour Bersani, la mise en &#339;uvre de la violence est le principal moyen par lequel les hommes peuvent faire l'exp&#233;rience d'un soulagement bouleversant de l'emprise que l'ego exerce sur la psych&#233;. Pour Theweleit, le sadisme de la violence fasciste est passionnant pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il permet &#224; ceux qui l'exercent d'&#233;prouver l'illusion d'&#234;tre souverains, alors que pour Bersani, le d&#233;sir sadique de d&#233;truire les autres est attirant pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il promet de d&#233;tr&#244;ner la souverainet&#233; de l'ego. Si, pour Theweleit, la violence est l'outil qui permet &#224; l'individu pathologiquement &#171; mal n&#233; &#187; de se sentir entier pour la premi&#232;re fois, pour Bersani, la violence est un outil de lib&#233;ration des illusions d'int&#233;grit&#233; qui nous &#233;touffent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bersani soutient donc que les pulsions de violence g&#233;nocidaire ne doivent pas &#234;tre localis&#233;es dans une g&#233;n&#233;ration particuli&#232;re d'hommes allemands, mais qu'elles peuvent &#234;tre activ&#233;es chez n'importe quel sujet humain. En critiquant implicitement des penseurs comme Theweleit, Bersani affirme que la d&#233;couverte freudienne de la pulsion de mort transforme notre compr&#233;hension de la violence humaine, qui n'est plus exclusivement orient&#233;e vers la destruction d'autrui, mais qui vise avant tout &#224; nous d&#233;truire nous-m&#234;mes. Le sadisme est donc toujours un masochisme et c'est dans la destruction de soi que le sujet &#233;prouve une certaine forme de lib&#233;ration. Peut-&#234;tre suis-je attir&#233; par la version universaliste de Bersani parce qu'elle semble offrir un certain r&#233;confort : le sionisme s'autod&#233;truira pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; il appara&#238;t le plus puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le sionisme peut contenir en lui le noyau d'un d&#233;sir inconscient de son propre d&#233;mant&#232;lement, il incombe aux personnes queers qui r&#234;vent de la lib&#233;ration de la Palestine de ne pas se contenter de fouiller leur propre histoire et les choix qu'elles ont faits mais qu'elles ont maintenant oubli&#233;s, et de critiquer ainsi leurs propres investissements psychiques dans ce projet. Nous devons r&#233;orienter nos efforts pour ne plus tenter de contrer le pinkwashing au niveau de la recherche de faits alternatifs, mais plut&#244;t nous demander : quelles sont les questions auxquelles le pinkwashing semble apporter une r&#233;ponse ? Il nous incombe &#233;galement de nous souvenir des nombreuses personnes qui se sont oppos&#233;es au pacte que nous avons conclu en &#233;change de la protection militaris&#233;e de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ils aient &#233;t&#233; noy&#233;s par la voix souvent forte et dominatrice de Larry Kramer, de nombreux homosexuels de l'&#233;poque de Kramer ne s'identifiaient pas aux formes muscl&#233;es de pouvoir, de machisme et de souverainet&#233; qui semblaient sous-tendre la violence sioniste. Au contraire, ils &#233;taient inspir&#233;s par ceux que le sionisme rejetait, laissait de c&#244;t&#233; et rendait dispensables, les &#171; victimes des victimes &#187; palestiniennes, selon l'expression m&#233;morable de Sa&#239;d. Julius Eastman, compositeur, pianiste et artiste noir, a &#233;galement fait allusion &#224; la n&#233;cessit&#233; de la lutte arm&#233;e comme moyen de lib&#233;ration des homosexuels, mais il s'est inspir&#233; de forces r&#233;solument antisionistes. &lt;a href=&#034;https://editions1989.com/gay-guerrilla/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gay Guerilla&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, il d&#233;clare : &#171; Je n'ai pas l'impression que la gu&#233;rilla gay puisse vraiment rivaliser avec la gu&#233;rilla afghane ou la gu&#233;rilla de l'OLP, mais esp&#233;rons qu'elle puisse le faire &#224; l'avenir &#187;. Jean Genet, qui a pass&#233; une grande partie des ann&#233;es 1970 et 1980 &#224; d&#233;fendre les Black Panthers et les Fedayins palestiniens dans les camps de r&#233;fugi&#233;s jordaniens, &#233;tait tout aussi lucide sur les affinit&#233;s qu'il voyait entre les queers h&#233;ro&#239;ques et les Palestiniens h&#233;ro&#239;quement d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs biens. Pour Genet, le transsexuel est h&#233;ro&#239;que car il est &#171; pr&#234;t &#224; braver le scandale et &#224; aller jusqu'au bout jusqu'&#224; la mort &#187;. S'ils ne meurent pas, ces transsexuels h&#233;ro&#239;ques portent &#171; une bougie allum&#233;e sur la t&#234;te pour le reste de leur vie, nuit et jour&#8230; Beaucoup de fedayins sont des h&#233;ros &#187;. Un an apr&#232;s avoir appris qu'il &#233;tait atteint du sida en 1987, l'artiste visuel cubain F&#233;lix Gonz&#225;lez-Torres a tenu &#224; &#233;tablir un parall&#232;le entre les personnes atteintes du sida et le peuple palestinien, dont le drapeau a &#233;t&#233; interdit en Isra&#235;l apr&#232;s la guerre de 1967. En r&#233;ponse &#224; l'interdiction en 1980 des &#339;uvres d'art utilisant les couleurs du drapeau palestinien en Isra&#235;l, qui avait conduit &#224; l'arrestation de plusieurs artistes palestiniens, Gonz&#225;lez-Torres a cr&#233;&#233; une &#339;uvre d'art compos&#233;e de quatre panneaux monochromes &#8211; vert, rouge, noir et blanc &#8211; pour souligner les affinit&#233;s entre les People With Aids (&#224; qui l'&#339;uvre &#233;tait d&#233;di&#233;e) qui &#171; sont discrimin&#233;s parce qu'ils sont s&#233;ropositifs &#187; et ceux dont le drapeau a &#233;t&#233; interdit &#171; par l'arm&#233;e isra&#233;lienne dans les territoires palestiniens occup&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque les dirigeants sionistes se moquent des Palestiniens en les qualifiant d'&#171; animaux humains &#187; et des queers en organisant des &#171; parades de b&#234;tes &#187;, ils nous rappellent une &#233;poque, pas si lointaine, o&#249; nous &#233;tions nous aussi consid&#233;r&#233;s comme dispensables par les &#201;tats m&#234;mes qui, nous le voyons aujourd'hui, nous offrent leur protection. Eastman, Genet et Gonz&#225;les-Torres l'ont compris, m&#234;me s'ils ont finalement &#171; perdu &#187; ce d&#233;bat. Ces m&#233;taphores de la b&#234;te doivent nous rappeler les compromis politiques tr&#232;s fragiles que nous avons faits lorsque nous avons d&#233;tourn&#233; notre animosit&#233; de l'&#201;tat pour la reporter sur notre propre esp&#232;ce, dont nous nous imaginons d&#233;sormais avoir besoin d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s. Alors m&#234;me que l'identification entre sionisme et homosexualit&#233; reste fortement ancr&#233;e dans l'imaginaire populaire, le mouvement anti-guerre mondial, qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233; &#224; une vitesse stup&#233;fiante depuis le 7 octobre, a cherch&#233; &#224; r&#233;cup&#233;rer l'attirail de la lib&#233;ration homosexuelle (du Silence=Mort d'ACT-UP au triangle rose d&#233;sormais imagin&#233; comme la past&#232;que palestinienne, en passant par l'occupation de la gare de Grand Central &#224; New York) aux fins de la lib&#233;ration de la Palestine. Elles nous rappellent que les affinit&#233;s entre la Palestine et l'homosexualit&#233; ne sont pas des co&#239;ncidences ou des contingences, mais qu'elles signifient quelque chose de tr&#232;s profond. Comme l'a dit le po&#232;te palestinien Mahmoud Darwish : &#171; Ma libert&#233; est d'&#234;tre ce qu'ils ne veulent pas que je sois &#187;, ce qui illustre avec &#233;loquence le puissant potentiel de subversion que rec&#232;lent la Palestine et la &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt;, pour peu que nous les laissions faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hussein Omar.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Jerome Fontana.&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.parapraxismagazine.com/articles/homo-zion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initialement dans Parapraxis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La chanson &#233;tait peut-&#234;tre encore plus appropri&#233;e qu'Atzmoni ou son public cible ne l'auraient jamais imagin&#233;, car U2 est r&#233;put&#233; pour avoir d&#233;fendu une politique anti-anticolonialiste en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hasbara (en h&#233;breu : &#1492;&#1463;&#1505;&#1456;&#1489;&#1464;&#1468;&#1512;&#1464;&#1492;, litt&#233;ralement &#171; explication &#187;) est un terme qui renvoie aux strat&#233;gies de communication et de propagande de l'&#201;tat d'Isra&#235;l &#224; destination de l'&#233;tranger. Le terme est synonyme de &#171; propagande isra&#233;lienne &#187; pour les analystes qui critiquent cette communication. [Note du traducteur]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que le genre, la sexualit&#233; et la r&#233;gulation des deux aient jou&#233; un r&#244;le fondamental dans l'histoire de l'imp&#233;rialisme, ils &#233;taient g&#233;n&#233;ralement dirig&#233;s contre les femmes autochtones. Comme l'a fait remarquer Gayatri Spivak, toute l'histoire de l'imp&#233;rialisme britannique en Inde pourrait &#234;tre utilement r&#233;sum&#233;e comme l'histoire &#171; d'hommes blancs sauvant des femmes brunes d'hommes bruns &#187;. Contrairement aux femmes qui devaient &#234;tre sauv&#233;es dans le pass&#233;, le souhait d&#233;clar&#233; d'Atzmoni de sauver les gays de Gaza pr&#233;sentait un avantage suppl&#233;mentaire : ils n'ont pas de capacit&#233;s reproductives et ne menacent donc pas le projet d'ing&#233;nierie d&#233;mographique sur lequel &#171; Isra&#235;l &#187; (et en fait tout projet imp&#233;rial) est fond&#233;. Cependant, comprendre l'objectif d&#233;clar&#233; d'Atzmoni comme une simple variation sur un vieux th&#232;me, c'est manquer quelque chose d'important.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme l'indique clairement le manifeste de Queers in Palestine : &#171; Les militants f&#233;ministes et queers internationaux, solidaires de la Palestine, sont confront&#233;s aux attaques et au harc&#232;lement des sionistes qui pr&#233;tendent que ceux qui soutiennent la Palestine seront &#034;viol&#233;s&#034; et &#034;d&#233;capit&#233;s&#034; par les Palestiniens parce qu'ils sont simplement des femmes et des queers. Pourtant, le plus souvent, c'est le viol et la mort que les sionistes souhaitent pour les femmes et les homosexuels qui se solidarisent avec la Palestine. Les fantasmes sionistes de corps brutalis&#233;s ne nous surprennent pas, car nous avons fait l'exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233; de leur manifestation sur notre peau et notre esprit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kramer est all&#233; jusqu'&#224; pr&#244;ner la cr&#233;ation d'un &#201;tat s&#233;paratiste gay. Pendant un certain temps, San Francisco 'a &#233;t&#233; l'Isra&#235;l des gays', affirme-t-il. Les hommes homosexuels avaient atteint 'un grand pouvoir dans la structure politique de cette ville' et aucune personnalit&#233; politique ne pouvait 'envisager de ne pas consulter les leaders homosexuels'. Avant les ravages du sida, 'le pouvoir des homosexuels &#233;tait suffisant pour tenir en &#233;chec la plupart des oppositions h&#233;t&#233;rosexuelles locales'. Mais, tragiquement, ce n'&#233;tait plus le cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Sortir ensemble / entrer ensemble</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Lucas Fritz</dc:subject>
		<dc:subject>neuroqueer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Vandalisme queer, vandalisme neuroqueer&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2024-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2024&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/autism_spectrum_infinity_awareness_symbol.svg-2-2.png?1731403054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est important de faire l'analyse de nos propres espaces et de nos propres modes de communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est important de le faire, non seulement pour mieux s'organiser en r&#233;action &#224; certains &#233;v&#233;nements, mais aussi pour mieux indiquer ce qui &#233;tait l&#224; avant ces &#233;v&#233;nements, ce qui persiste, ce qui se r&#233;p&#232;te malgr&#233; nous : pour diriger le regard vers ces normes d'accessibilit&#233; et ces discours validistes qui &#233;rigent entre nous des murs en apparence infranchissables, et qui fissurent les luttes que nous menons contre la haine, contre l'exclusion, contre l'inhospitalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est important de continuellement se demander : comment sortir ensemble ? comment entrer ensemble ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; Julie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vandalisme queer - Sortir ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bo&#238;te inaccessible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; au c&#339;ur de la bo&#238;te. Et ce n'&#233;tait pas un fractal &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toi et ta meuf n'avaient pas r&#233;ussies &#224; entrer dans la bo&#238;te : vous &#233;tiez dedans sans &#234;tre dedans. Vous &#234;tes rest&#233;es en p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois la musique est inaccessible, parfois c'est l'espace o&#249; se joue la musique qui est inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois l'espace est con&#231;u pour te dire que ton corps n'est pas le bienvenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sara Ahmed nous dit ainsi comment on est mises au ban par l'espace lui-m&#234;me, moins par son architecture, sa forme, que par la fa&#231;on qu'il est convenu de l'habiter, par la forme que prend ton corps dans cet espace :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand tu ne conviens pas aux besoins ou quand tes besoins ne conviennent pas, il peut arriver que tu deviennes, pour rependre le terme de Rosemarie Garland-Thomson, une inadapt&#233;e. Ainsi d&#233;crit-elle une personne handicap&#233;e, dans une institution validiste comme un &#8221;cube qu'on essaye de faire entrer dans un trou rond&#8221;(2011, 592) Convenir, s'adapter, peut se transformer en travail pour celleux qui ne conviennent pas ; il faut pousser, pousser, pousser ; et parfois, tu peux pousser autant que tu veux, tu n'arrives jamais &#224; entrer.&lt;/i&gt; &#187; (Ahmed 2024, p. 68)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque tu m'as dit que tu n'as pas appr&#233;ci&#233; la musique parce que tu &#233;tais rest&#233;e au fond de la salle, je me suis dit qu'on ne t'avait pas autoris&#233; &#224; entrer, qu'on ne vous avait pas autoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis dit que la foule, le s&#233;rieux h&#233;t&#233;ronorm&#233; de l'IDM (un genre de musique qui d&#233;construit pourtant les normes de la musique &#233;lectronique pour la tordre, pour la complexifier), la p&#233;nombre politique du flou, avaient dit &#224; ton corps : cette musique n'est pas pour toi, c'est une musique o&#249; tu seras en danger, c'est un espace qui va te demander de pousser, pousser, pousser, de travailler pour y entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace qui te dit &#171; Tu vas trop d&#233;penser pour y entrer, tu ferais mieux de rester &#224; l'&#233;cart. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bo&#238;te est un placard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le club peut &#234;tre parfois un placard : un placard o&#249; l'on est parfois enferm&#233;es dedans, o&#249; l'on est parfois enferm&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; vont clubber car le club est un placard que l'on peut vandaliser : c'est un placard auquel on peut donner un autre usage, c'est un placard depuis lequel on peut dire le Non qu'on n'a pas r&#233;ussi &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve dans le club le noir le coin la m&#233;lasse confuse dans laquelle on a pu &#234;tre laiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la m&#233;lasse confuse du ventre familial. On retrouve antichambre de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; familiale &#8230; on entend les basses de la voix paternelle derri&#232;re la porte du ventre-placard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les basses sont ce qui restent des voix graves qui grondent, des voix qui punissent, lorsque celles-ci sont filtr&#233;es par les portes ferm&#233;es de nos chambres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les basses sont ce qui restent des voix graves qui sont filtr&#233;es par les oreilles que l'on bouche avec nos doigts. Elles sont ce qui restent lorsqu'on ne veut plus entendre les clameurs de la vie familiale et des horreurs sexistes que vocif&#232;rent les postes de t&#233;l&#233;vision. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille, le corps h&#233;t&#233;ro&#8230; ce sont autant de bo&#238;tes noires, de placards, qui nous disent aussi : d&#233;fense d'entrer, ton corps n'est pas le bienvenu. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as pay&#233; ta place mais ta place n'est pas ici. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophe et raveuse trans Mackenzie Wark nous parle de ce qu'elle appelle les punisseurs : les mecs cis h&#233;t&#233;rosexuels qui se plantent au milieu de sc&#232;ne et dont le corps les gestes les regards t'emp&#234;chent de danser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un punisseur est :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;une figure sociale construite par les ravers pour parler des gens qui se mettent en travers de la rave. Souvent (mais pas tout le temps), il s'agit de mecs cis, h&#233;t&#233;ro, blancs. Cette figure fait de l'espace un spectacle pour son divertissement, ne contribue en rien &#224; la collectivit&#233;, se met en travers des autres.&lt;/i&gt; &#187; (Wark 2023, p. 92).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici l'espace devient la punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace et ses corps t'emp&#234;chent d'entrer dans la musique. Ils te donnent la sensation qu'entrer dans la musique c'est entrer dans la gueule du loup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils te laissent dans le coin, punie, ils te laissent dans le placard. Ils colmatent les trous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;couter aux portes du placard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les queers vont peut-&#234;tre en club pour rejouer ces sc&#232;nes d'enfermement, pour r&#233;entendre dans les basses de la techno les basses des voix qui nous parlaient &#224; travers la peau du ventre, de la peau des portes, de la peau de nos doigts : pour r&#233;&#233;couter les bruits et les mots indistincts que nos oreilles bouch&#233;es pouvaient discerner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se reconfigure un placard &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt;. On cr&#233;e un semblant de maison d&#233;truite pour l'habiter de nos familles queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un placard qu'on peut (presque tout le temps) choisir de quitter, c'est un placard dont on peut (assez) facilement &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un placard o&#249; l'on donne des prises pour sortir du placard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce lien entre le queer et l'enfance, Sara Ahmed nous parle de Eve Segwick :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Eve Sedgwick sugg&#232;re que ce qui donne &#224; queer sa puissance politique, c'est la mani&#232;re dont il s'attache &#224; &#8221;des sc&#232;nes d'humiliation qui remonte &#224; l'enfance&#8221; (1993,4). Queer tire sa force et sa vitalit&#233; du fait que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous refusons justement de prendre l'histoire &#224; la l&#233;g&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; (Ahmed 2024, p 35).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les stroboscopes sont autant de coup de cutter qui sont donn&#233;s dans la porte du placard pour laisser passer la lumi&#232;re, et pour donner la possibilit&#233; de sortir de ces humiliations enfantines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse queer : une r&#233;ponse &#224; ces coordonn&#233;es lumineuses et ces voix &#233;touff&#233;es qui indiquent comment sortir du placard. Ce sont des entreb&#226;illements dans toute la monstruosit&#233; &#233;lectronique du capitalisme h&#233;t&#233;rosexuel. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas de stroboscopes il n'y a pas d'ouvertures. S'il n'y a pas de danses queer il n'y a pas de lumi&#232;res ni dans la musique ni dans la pi&#232;ce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IDM joue &#224; un jeu dangereux justement car elle se rapproche de la gueule du loup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle joue au jeu d'imiter au plus pr&#232;s l'haleine du p&#232;re qui te souffle sur la gueule &#224; travers les trous du placard g&#233;ant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les basses qui flirtent avec le monologue du p&#232;re tyrannique qui t'inonde de son suppos&#233; g&#233;nie, l'anonymat qui porte l'ombre de l'agression potentielle, les t&#233;n&#232;bres qui deviennent la solennit&#233; d'une punition future&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois l'IDM peut devenir ce qu'elle cherche &#224; &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois elle peut donner les cl&#233;s pour d&#233;coder les voix de l'h&#233;t&#233;roredressement pour y trouver les plus petites des failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre pour &#231;a que SOPHIE (une musicienne trans, figure embl&#233;matique d'une pop excentrique, acidul&#233;e et queer) adorait Autechre (un duo d'hommes cis embl&#233;matique de l'IDM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autechre : le p&#232;re de famille qui est sur le point de devenir &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autechre c'est la voix enrou&#233;e du p&#232;re qui cauchemarde l'effondrement de son autorit&#233; : l'IDM d'Aut&#232;chre c'est ce que l'enfant entend depuis ses oreilles bouch&#233;es lorsque la famille h&#233;t&#233;ro se brise, lorsque le p&#232;re hurle pour ne pas dire qu'il ne sera plus p&#232;re, qu'il ne sera plus, qu'il ne sera plus homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le bruit infiniment lent de la g&#233;om&#233;trie masculine qui se brise en mille morceaux. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand sortir c'est danser&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;ussi &#224; frayer quelques gesticulations &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; au sein de ce placard. Mais je me sentais seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terriblement seul comme au milieu d'&#238;les, dans une solitude rejou&#233;e au c&#339;ur du placard masculin, dans les t&#233;n&#232;bres de l'ambigu&#239;t&#233; des amiti&#233;s masculines hetero : de ces duos d'hommes qui s'aiment infiniment sur des chants de masculinit&#233; qui s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre l'inverse de ce que McKenzie Wark nomme la xeno-euphorie : la satisfaction de percer ce placard sensoriel dans lequel les normes capitalistes et notamment les normes de genre nous ont enferm&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce bien &#234;tre corporel atteignable uniquement par le concours d'agents externes et qui en m&#234;me produit des &#233;tat extatiques o&#249; l'&#233;tranget&#233; est bienvenue &lt;/i&gt; &#187; (p 94).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que l'IDM est un espace de x&#233;no-dysphorie : un espace pour amplifier et intensifier la voix plaintive du p&#232;re cis-h&#233;t, pour l'&#233;couter s'&#233;teindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas que ce soit juste le fait d'&#234;tre une meuf &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; qui t'a mis hors cadre, qui a fait que tu n'&#233;tais pas &#224; ta place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il ne faut pas se leurrer : les queer (et surtout lesbiennes) ne semblaient &#234;tre pas l&#233;gions &#224; ce concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre qu'Autechre rejoue un jeu de placard qui ne nous concernent plus : ce club o&#249; l'on ne peut pas danser, ce silence religieux de la voix du p&#232;re que l'on &#233;coute d&#233;clamer, du corps qui doit montrer qu'il se tient droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeu de magicien proto-queer qui se coince et se d&#233;coince, qui cherche &#224; se pi&#233;ger pour mieux s'&#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre vous vous &#234;tes dit, toi et ta meuf, que ce n'&#233;tait plus votre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous &#234;tes dit : cette musique je l'ai d&#233;j&#224; entendue, je sais comment elle se finit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous &#234;tes dit : mon corps, c'est le bruit que fait cette musique lorsqu'elle se termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous &#234;tes dits : mon corps va &lt;i&gt;spoiler&lt;/i&gt; la fin du concert. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas qu'on ne nous laisse pas entrer. C'est qu'on s'est d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'on est sorties. Les queers sont de sortie (du placard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre corps est ce qui est l&#224; quand le concert d'IDM se termine : on est ce qui reste quand le placard est tellement taillad&#233; qu'il ne reste qu'une plaie b&#233;ante dans la maison h&#233;t&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le placard s'ouvre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOPHIE est la personne qu'on rencontre lorsqu'on a trouv&#233; la cl&#233; pour sortir du placard taillad&#233; de l'IDM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on sort sur le toit de la maison h&#233;t&#233;ro pour regarder la lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vandaliser le placard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu es en retard si tu es hors tempo si par malheur tu es fatigu&#233;e : tu re&#231;ois en retour la monnaie de ta pi&#232;ce. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On te rappelle que tu apportes la note finale. Que ton corps est une terminaison. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton corps jette une lumi&#232;re aveuglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pointe sur la porte du placard : notre corps rappelle que leur pr&#233;sence dans ce club est li&#233;e au refoulement de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fatalisme queer. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rabat joie f&#233;ministe. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; &#233;teindre la mienne en partie pour y rester&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; faire taire mon corps, un peu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois les bo&#238;tes sont des placards remplis de corps qui ont peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois les stroboscopes ont l'aspect des lumi&#232;res d'ambulance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir est alors peut-&#234;tre alors la seule mani&#232;re de danser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; sont de sortie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre un vandalisme queer que de pleurer la perte du placard de l'IDM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre un geste queer que d'y entrer &#224; nouveau, de p&#233;n&#233;trer ce placard, qu'&#224; condition de l'occuper &#224; plusieurs : dans la x&#233;no-euphorie de l'&#233;trange, en m&#234;lant nos cris &lt;i&gt;queer &lt;/i&gt;&#224; la voix du p&#232;re qui gromm&#232;le de l'autre c&#244;t&#233; de l'enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sortir dans ces placards &#224; conditions de sortir des placards, ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sortir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vandalisme neuroqueer - Entrer ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une bo&#238;te queer inaccessible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; au c&#339;ur de la bo&#238;te TransP&#233;d&#233;Gouine (TPG). Et ce n'&#233;tait pas non plus un fractal queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trans, les p&#233;d&#233;s, les gouines pouvaient y entrer pour sortir du placard, mais une fronti&#232;re persistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains corps sont rest&#233;s en p&#233;riph&#233;rie faute de trouver place &#224; leur taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains corps restaient ainsi emp&#234;ch&#233;s par l'&#233;troitesse des lignes de la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changer les temps de parole, ajouter des rampes, pousser les murs, abaisser les jauges : une question de lignes encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais qui ne changera pas la g&#233;om&#233;trie de la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changer les lignes ne permet pas de changer la fa&#231;on dont on trace des lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont on va &#224; la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont se met en ligne : dont on se lie les un&#183;e&#183;s aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accessibilit&#233; ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; un ajustement technique de la communication et de l'environnement pour permettre &#224; telle ou telle personne d'occuper une chaise : sans &#233;couter ce que ce corps dit de l'espace o&#249; il entre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans lui permettre d'entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accessibilit&#233; : c'est une autre fa&#231;on de construire les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#233;inventer la roue. C'est r&#233;inventer la ligne. C'est r&#233;inventer la chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est changer la musique. On se l&#232;ve, et on change la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes handies et &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; Aimie Hamraie et Kelly Fritsch nous livrent une r&#233;flexion saisissante sur ce que l'accessibilit&#233; implique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En soutenant les futurs accessibles, nous refusons de traiter l'acc&#232;s comme une question de conformit&#233; technique ou de r&#233;habilitation, comme une simple solution technologique ou une liste de contr&#244;le. Au contraire, nous d&#233;finissons l'acc&#232;s comme &#233;tant collectif, d&#233;sordonn&#233;, exp&#233;rimental, frictionnel et g&#233;n&#233;ratif. Les futurs accessibles exigent notre interd&#233;pendance (&#8230;). L'&#233;tymologie du mot acc&#232;s r&#233;v&#232;le deux significations frictionnelles : l'acc&#232;s comme ' une opportunit&#233; permettant le contact ', ainsi qu'une ' sorte d'attaque '&lt;/i&gt; &#187; (Hamraie et Fritsch, 2016, p. 21 - 23).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'accessibilit&#233; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e - non comme un effort de r&#233;habilitation - mais comme un geste du r&#233;pertoire militant queer : contre quoi le militantisme queer et la pens&#233;e queer doivent-ils lancer &#171; cette sorte d'attaque &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel acc&#232;s cet effort d'accessibilit&#233; peut-il ouvrir dans la bo&#238;te queer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bo&#238;te &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; dans le placard du cerveau valide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons dans le placard de l'IDM : ses basses accompagnent ce bruit qui monte au c&#339;ur de la bo&#238;te TPG, cette &#171; sorte d'attaque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IDM (litt&#233;ralement la musique de danse intelligente) est une musique aux prises avec les normes du cerveau intelligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IDM nous parle de la fa&#231;on dont le capitalisme, depuis l'&#233;mergence du num&#233;rique et des neurosciences, a r&#233;duit l'individu &#224; ses capacit&#233;s cognitives et les interactions sociales &#224; un march&#233; du (bon) fonctionnement c&#233;r&#233;bral, de la bonne mani&#232;re, d'interagir, de communiquer, de se mettre en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IDM nous parle de ce que Francesco Varcellone nomme le capitalisme cognitif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ainsi le capitalisme industriel peut-il &#234;tre caract&#233;ris&#233; par le fait que la formation du profit repose sur l'organisation du travail dans les manufactures. Le capitalisme cognitif est un autre syst&#232;me d'accumulation dans lequel celle-ci porte sur la connaissance et sur la cr&#233;ativit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (Vercellone 2023)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La bo&#238;te queer n'est pas seulement enferm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me du capitalisme neurocognitif comme &#224; l'int&#233;rieur d'une autre bo&#238;te : c'est un aspect essentiel du placard dont elle cherche &#224; sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masculinit&#233; dominante est une masculinit&#233; valide : la masculinit&#233; d'un corps puissant performant la virilit&#233; de ses organes moteurs fonctionnels. La masculinit&#233; d'une intelligence complexe, d'un cerveau qui se maitrise, qui se contr&#244;le, qui se saisit de son environnement pour l'exploiter et l'optimiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commandes nous indiquant de suivre les lignes droites (pas tordus, pas queer) sont aussi celles qui nous indiquent comment aller tout droit (pas boiteux, pas crip) : le redressement h&#233;t&#233;ronormatif est un redressement neuro-normatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le placard du capitalisme neurocognitif est d'ores et d&#233;j&#224; un placard neuro-queer. La philosophe trans et autiste Nick Walker a con&#231;u le terme de neuroqueer pour parler de ces deux dimensions :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#202;tre &#224; la fois neurodivergentE et queer, avec un certain degr&#233; de conscience et/ou d'exploration active de la mani&#232;re dont ces deux aspects de l'&#234;tre s'entrem&#234;lent et interagissent (ou sont, peut-&#234;tre, mutuellement constitutifs et ins&#233;parables) (&#8230;) et s'engager dans des pratiques visant &#224; d&#233;faire et &#224; subvertir son propre conditionnement culturel et ses habitudes enracin&#233;es de performance neuronormative et h&#233;t&#233;ronormative.&lt;/i&gt; &#187; (Walker 2021)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut vandaliser la bo&#238;te, il faut vandaliser notre cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut sortir ensemble, il faut faire entrer les neuroatypiques dans la bo&#238;te queer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre les neuroatypiques qui sont d&#233;j&#224; dans le placard queer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de bo&#238;te queer sans embo&#238;tements neuroatypiques : sans la fermeture des h&#244;pitaux, sans l'ouverture des cerveaux &#224; l'int&#233;rieur de la bo&#238;te TPG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de vandalisme queer sans ce vertige d'une bo&#238;te dans la bo&#238;te dans la bo&#238;te &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de vandalisme queer sans les bruits du corps qui montent de l'int&#233;rieur de la bo&#238;te queer pour la transformer en fractal : faire entrer ces fractales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire entrer les fractales dans le placard du cerveau valide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un manifeste consacr&#233; aux intersections entre identit&#233;s queer et identit&#233;s handies, Sophia Maier, V. Jo Hsu, Christina V Cedillo, et Remi Yergeau emploient l'image du fractal comme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;tentative de penser de concert les diff&#233;rences et les interconnexions des exp&#233;riences trans, handicap&#233;es et LGBQ, ainsi que les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;gimes discursifs qui structurent le racisme, la misogynie et le colonialisme (&#8230;) Les fractales s'organisent selon des motifs qui cr&#233;ent continuellement de nouvelles lignes en essayant de se d&#233;limiter. C'est un processus de territorialisation sans terminaison, de formation d'une identit&#233; en crise perp&#233;tuelle.&lt;/i&gt; &#187; (Maier, Hsu, Cedillo, Yergeau, 2021)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Iels consid&#232;rent que nos capacit&#233;s cognitives, de m&#233;morisation, d'&#233;laboration linguistiques et d'imagination, sont directement affect&#233;s par ces intersections, par cette r&#233;sistance synaptique au rythme infernal du capitalisme neurocognitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement nous nous mettons &#224; voir des lignes partout &#8211; des intersections &#8211; mais notre corps est travers&#233; par ces lignes entrem&#234;l&#233;es, assailli de micro-vandalismes, perp&#233;tuellement en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement de la demande de ce capitalisme cognitif en termes de production textuelles, d'interactions sociales, de productions imaginaires, usent le corps et l'exposent &#224; des demandes et des normes invivables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps alors satur&#233; de micro-vandalismes (oublis, rat&#233;s) et autres acc&#232;s (de panique, de col&#232;re, de fatigue), qui l'entra&#238;nent dans une danse boiteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels nous enjoignent &#224; faire de nos TOC des r&#233;sistances aux normes inters&#233;cantes du validisme, de la transphobie et de l'h&#233;t&#233;rosexisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un toc est une tautologie incorpor&#233;e, un &#233;cho incorpor&#233; : il s'amplifie et se recroqueville &#224; la fois, il navigue de fa&#231;on r&#233;cursive &#224; travers le corps, se liant et se connectant &#224; d'autres tocs, formant des r&#233;seaux, des groupes, des coalitions &#171; d'&#233;nonc&#233;s sensoriels &#187; complexes (pour reprendre l'expression de certain&#183;es universitaires comme Nolan &amp; McBride) &#187; &lt;/i&gt;(Maier, Hsu, Cedillo, Yergeau, 2021)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans la bo&#238;te, un fractal se dessine d&#233;j&#224; : mon corps qui peinait &#224; danser sur Autechre n'&#233;tait pas seulement &#233;trangl&#233; par l'h&#233;t&#233;rosexisme de la bo&#238;te, il &#233;tait emp&#234;ch&#233; par ces normes validistes, par la peur de bouger comme quelqu'un dont le corps ne s'est pas d&#233;velopp&#233; &#171; normalement &#187;, d'&#234;tre trahi et vu comme neuroqueer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vandalisme neuroqueer n'est pas seulement d&#233;licat &#224; entreprendre car il risque de saboter les lignes d&#233;j&#224; &#233;tablies - de d&#233;ranger le rangement de chaise et de mots de l'espace queer &#8211; il est d&#233;licat car il risque de nous faire exploser la t&#234;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nous faire p&#233;ter le cr&#226;ne,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nous faire faire une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la lutte neuroqueer est antifasciste, c'est parce que la fractal est un anti-faisceau (fasciste et faisceau partagent la m&#234;me &#233;tymologie) &#8211; parce que la fractal diffracte les raies lumineuses qui taillent les mots et les corps au couteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fractal est ce qui se manifeste lorsque notre cerveau ne peut plus se saisir des lignes qui le traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fractal est ce qui se manifeste lorsque nous d&#233;jouons l'emprise du faisceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se manifeste lorsqu'on ne comprend pas : lorsque cela nous tombe des mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est la manifestation de ce qui ne peut pas se comprendre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'espace inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se vandaliser le cerveau pour &#233;viter de se d&#233;truire la gueule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es seule&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es peut-&#234;tre seule m&#234;me avec ta meuf,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es seule dans ton cerveau non parce que ton cr&#226;ne est opaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parce que les mots et les gestes nous manquent pour faire entrer les fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;tions pas au c&#339;ur de la bo&#238;te car la bo&#238;te n'a pas de c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;tions pas au c&#339;ur de la bo&#238;te car nos corps excentriques &#233;taient autant de points excentr&#233;s d'une fractal sans bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas &#224; quoi pourrait ressembler une bo&#238;te neuroqueer et c'est pour cela qu'&#224; fois que je sors et que je ne peux pas rentrer : il faut pourtant que &#231;a entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que &#231;a pleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;neuroqueer&lt;/i&gt; ne pleurent pas pour que &#231;a sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels pleurent pour que les cristaux de larmes leur fassent voir des fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels pleurent pour faire entrer les fractales, pour briser les lignes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cr&#233;er des liens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se mettre en ligne &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois tu peux aussi perdre le contr&#244;le de ton corps en bo&#238;te parce qu'il y a une partie de toi qui n'entrera jamais dans la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux pleurer ou fuir par solidarit&#233; corporelle avec les neuroqueer rest&#233;s en p&#233;riph&#233;rie de la bo&#238;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux perdre le contr&#244;le et fuir car tu entends ce que te disent les basses qui r&#233;sonnent sur les murs du fractal neuroqueer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANT QUE LES ESPACES QUEER NE SERONT PAS ACCESSIBLES AUX PERSONNES NEUROQUEER ET AUX HANDICAP&#201;&#183;E&#183;S INTELLECTUEL&#183;LE&#183;S, L'ESPACE QUEER RESTERA ENFERM&#201; DANS LE PLACARD DU CAPITALISME NEUROCOGNITIF ET DE SES NORMES VALIDISTES ET H&#201;T&#201;ROSEXISTES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANT QU'IELS NE SONT PAS L&#192;, JE ME SENTIRAI SEUL. TANT QU'IELS NE SERONT PAS L&#192;, LA MUSIQUE FERA LE BRUIT D'UNE PORTE DE PLACARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on n'entend pas que le pas que l'on embo&#238;te fait le bruit de corps qui tombent sur le bas-c&#244;t&#233;. Tant que l'on ne voit pas que nos lignes de fuite peuvent accidentellement refl&#233;ter l'&#233;clat des faisceaux validistes : la musique fera le bruit d'une porte de placard. Les stroboscopes auront l'apparence d'une lumi&#232;re d'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de vandalisme queer si en empruntant le chemin antifasciste, on ne nous permet pas d'embo&#238;ter autrement le chemin, de bo&#238;ter sur le chemin, de tordre les faisceaux : si on ne s'autorise pas &#224; glisser ensemble dans le talus neuroqueer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il faut interrompre la ligne en suivant les lignes trac&#233;es par les neuroqueer et notamment par les personnes handicap&#233;es intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il faut casser la ligne,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les faire entrer dans la bo&#238;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous permettre d'entrer autrement dans la bo&#238;te, pour faire entre les fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cr&#233;er des acc&#232;s d'accessibilit&#233; et pour vandaliser la bo&#238;te du cerveau valide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour supprimer la terminaison des mots et abr&#233;ger le concert queer&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;pour le &lt;i&gt;spoiler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour te retrouver &#224; travers ces cerveaux fendus par la lumi&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cr&#233;er une interruption et faire bo&#238;ter la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tomber, ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire les risques et les dommages du vandalisme du cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu interromps la musique, si tu coupes la parole pour dire qu'il faut couper la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il faut casser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il faut se frayer un acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux craindre qu'on ne te suive pas. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux craindre que l'acc&#232;s que tu essaies de frayer ne m&#232;ne &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il m&#232;ne &#224; un endroit o&#249; tu n'es plus rien, m&#234;me pour celleux pour qui tu comptais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux avoir peur de perdre ton intelligence en faisant entrer celleux que l'on dit &#234;tre &#171; d&#233;ficient &#187; de l'intelligence : tu peux avoir peur de ne plus compter pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sara Ahmed nous raconte comment le fait de se mettre en travers du chemin peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un acte individuel et isol&#233;, comme un chemin sem&#233; d'embuche o&#249; tu ne rencontreras personne : comme un acte isol&#233; qui va encore plus t'isoler. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle raconte comment ce r&#233;cit emp&#234;che d'emprunter un autre alors que l'accessibilit&#233; est peut-&#234;tre la seule fa&#231;on de permettre &#224; d'autres d'acc&#233;der &#224; ce chemin. C'est peut-&#234;tre la seule fa&#231;on de rejoindre celles et ceux que les anciens chemins ne te permettaient pas de rencontrer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand tu portes plainte, tu ne te dis peut-&#234;tre pas tout de suite que tu fais partie d'un mouvement, tu ne te vois probablement pas non plus comme critique de l'institution, et sans doute pas non plus comme une personne qui veut 'd&#233;truire la maison du ma&#238;tre' pour reprendre le titre de cet essai majeur d'Audre Lorde. Mais c'est pourtant l&#224; que finissent par se retrouver grand nombre de celleux qui portent plainte. Il y a de l'espoir dans cette trajectoire.&lt;/i&gt; &#187; (Ahmed 2024, p. 134)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rendre le chemin accessible pour les personnes neuroqueer te permet de rencontrer autrement les personnes queers, et de rencontrer autrement les &#233;critures queers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette langue d'accessibilit&#233; n'est pas seulement une ouverture vers de nouvelles &#233;critures : elle amplifie aussi ce bruit qui &#171; &lt;i&gt;navigue de fa&#231;on r&#233;cursive &#224; travers le corps, se liant et se connectant &#224; d'autres tocs, formant des r&#233;seaux, des groupes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de voir ces cassures des corps queer, ces lignes qui traversent nos visages et nos corps : les fracturations sociales, l'isolement, ces peurs et ces violences qui font trembler nos corps et les traversent de TOC. Cette techno qui morcelle notre parole et qui fait r&#233;sonner toutes les fois o&#249; on nous l'a arrach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole queer est d&#233;j&#224; pleine de fractales. Et la prise en charge collective des risques et des dommages (RDRD) de ce que parler veut dire, pour les queers, dans un contexte de capitalisme cognitif, peut alors &#234;tre une mani&#232;re de faire collectivit&#233; de fa&#231;on neuroqueer, de rencontrer autrement les queers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes L&#233;na Dormeau et Emma Big&#233; r&#233;sument ainsi la n&#233;cessit&#233; de la RDRD en r&#233;ponse &#224; un syst&#232;me qui non seulement exclue les queers, mais aussi les endommagent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est ainsi que l'abolitionniste carc&#233;ral d&#233;finit le racisme : pas (seulement des textes) et des actions de rel&#233;gations fond&#233;es sur la race, mais (surtout) un ensemble d'infrastructures qui limitent ton acc&#232;s aux soins, qui t'exposent davantage aux toxines, qui d&#233;bilitent ton existence.&lt;/i&gt; &#187; (Big&#233; et Dormeau 2024, p. 112)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de la gestion des risques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La RDRD c'est proposer une ouverture, formuler une pr&#233;somption, imaginer une &#233;cologie relationnelle diff&#233;rente. C'est tenter de prendre soin sans dominer le sujet de soin&lt;/i&gt; &#187; (Big&#233; et Dormeau 2024, p. 113)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;LA RDRD ne vise pas &#224; r&#233;tablir un cerveau performant &#224; la fa&#231;on d'un soin psy : c'est une mani&#232;re d'accompagner les risques de cette fractal &lt;i&gt;neuroqueer&lt;/i&gt; tout en r&#233;duisant ses dommages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;viter que les gestes de vandalismes contre le placard de cerveau valide ne deviennent des gestes de vandalismes adress&#233;s &#224; son propre cerveau : apprendre &#224; mieux tomber dans la fractal, avec le moins de risque et de dommage possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant &#224; bo&#238;ter, &#224; faire bo&#238;ter la bo&#238;te : on ouvre la voie &#224; de nouvelles mani&#232;res de se lier, on fait entrer les fractales, on fractalise les faisceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se met &#224; &#233;crire par cassures,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A penser par soustraction,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A penser en pansant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on se fraie un acc&#232;s : on ne va pas juste anticiper on va faire exister des possibles, on va cr&#233;er des entr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant &#224; accueillir des personnes avec DI ou en apprenant &#224; g&#233;rer une crise autistique, nous n'apprenons pas seulement &#224; pr&#233;venir des risques : nous changeons l'ordre des priorit&#233;s. On se met &#224; repenser l'espace, &#224; repenser son occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On inverse la machine &#224; raconter le capitalisme cognitif : on monte notre cerveau &#224; l'envers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On met une canne, un pictogramme, un d&#233;fibrillateur en travers de la ligne droite du bon fonctionnement du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se propulse dans autre galaxie pour enfin faire entrer les fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire entrer les fractales dans le trou noir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas &#224; quoi pourrait ressembler une bo&#238;te neuroqueer et c'est pour cela qu'&#224; chaque fois que je sors, je ne peux pas rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si j'&#233;coute bien ce que disent les TPG, j'entends d&#233;j&#224; un lien s'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends aussi la peur d'&#234;tre invalide : la peur d'&#234;tre tenu en &#233;chec et d'&#233;chouer. La peur que cette ligne de l'accessibilit&#233; ne m&#232;ne nulle part....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends la peur que cette ligne se mette en travers des sentiers battus de l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle se mette en travers de la marche, qu'elle les nasse, qu'elle les coince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette marche de l'accessibilit&#233; les fasse marcher &#224; l'envers, les fasse entrer &#224; nouveau dans le placard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle les fige &#224; nouveau dans les faisceaux des lumi&#232;res polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains alli&#233;s peuvent se montrer r&#233;ticents &#224; la radicalit&#233; de cette marche, &#224; la torsion &#224; laquelle elle force leurs organes : &#224; la torsion qu'elle impose &#224; leurs lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc important de faire entrer la fractal &#224; cet endroit : dans les organes des pds, dans leur texte, dans leur espace : de vandaliser le cul des pds pour faire entrer les fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le dis. Nous sommes neuroqueer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, pds neuroqueers, avons une fractal &#224; la place du cul : les corps qui tombent dans nos fractals se diffractent en des milliers de lasers qui vandalisent le placard du cerveau valide. Les hommes qui y passent gagnent la capacit&#233; de ne plus rien comprendre et de faire tomber, litt&#233;ralement, le syst&#232;me : leur main involue et leur cerveau se met &#224; bo&#238;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils ne sont pris d'un acc&#232;s de panique alors ils seront pris d'un acc&#232;s d'accessibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce alors une entrave &#224; l'&#233;meute que d'utiliser l'accessibilit&#233; pour faire p&#233;ter les architectures du pouvoir et les lignes anatomique du d&#233;sir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien est-ce la peur d'&#234;tre victime, eux, de l'invalidit&#233;, de perdre leur statut de valide, qui pousse certains pds &#224; entraver cette marche radicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que certaines p&#233;dales sont terrifi&#233;es &#224; l'id&#233;e de perdre les p&#233;dales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins peur de perdre le privil&#232;ge intellectuel &#8230; que la peur que leur invalidit&#233; ne les enferme dans une autre bo&#238;te : la bo&#238;te m&#233;dicale, la bo&#238;te du soin psy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il faut faire entrer les fractales dans le trou noir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que les p&#233;dales n'aient (enfin !) plus peur de perdre les p&#233;dales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur indiquer et pointer que nous sommes l&#224;, que la RDRD est-l&#224;, que les &lt;i&gt;neuroqueer &lt;/i&gt;sont l&#224; &#8230; par pour les soigner mais pour les aider &#224; vandaliser le placard, &#224; sortir de leur propre cerveau,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur montrer que l'&#233;criture est possible de l&#224; o&#249; nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est belle et boiteuse comme les lignes des fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle donne la sensation d'une montagne russe ou d'un orgasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fractal comme orifice. Pour r&#233;vulser les yeux dans la bo&#238;te &#8211; le cul dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour voir des fractales, pour les sentir entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour indiquer que l'on entre ensemble. Que nous pouvons entrer ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer d'une ligne &#224; l'autre. D'un niveau &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire entrer pas &#224; pas la fractal dans le trou noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas Fritz.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucas Fritz est chercheur en sciences sociales et travaille le texte.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ahmed, S. (2024). &lt;i&gt;Vandalismes queer &lt;/i&gt;(trad. Emma Big&#233; et Mabeuko Oberty). Burn Ao&#251;t.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Big&#233;, E. et Dormeau, L. (2024). R&#233;duction des risques et des dommages (RDRD toxicocrip). &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 94, 146-147. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/mult.094.0146&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/mult.094.0146&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; CASQS (2021). &lt;i&gt;Quelques consid&#233;rations sur la pride radicale&lt;/i&gt;. Trou Noir, [en ligne] &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Quelques-considerations-sur-la-Pride-radicale&#034;&gt;https://trounoir.org/?Quelques-considerations-sur-la-Pride-radicale&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Hamraie, A., et Fritsch, K. (2019). Crip Technoscience Manifesto. &lt;i&gt;Catalyst : Feminism, Theory, Technoscience&lt;/i&gt;, 5(1), Article 1. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.28968/cftt.v5i1.29607&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.28968/cftt.v5i1.29607&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Wark, M. (2023). &lt;i&gt;Raving&lt;/i&gt;. Duke University&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Walker, N. (2021). &lt;i&gt;Neuroqueer Heresies : Notes on the Neurodiversity Paradigm, Autistic Empowerment, and Postnormal Possibilities.&lt;/i&gt; Autonomous Press.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Yergeau, R. et al. (2020). &#171; &lt;i&gt;Faites entrer les fractales !&lt;/i&gt; &#187; (trad. Lucas Fritz et Emma B.). Trou noir, [en ligne] &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Faites-Entrer-Les-Fractales&#034;&gt;https://trounoir.org/?Faites-Entrer-Les-Fractales&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emp&#234;chez-les</title>
		<link>https://trounoir.org/Empechez-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Empechez-les</guid>
		<dc:date>2024-07-06T17:21:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Sortil&#232;ges</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Si nous avons besoin de magie, c'est parce que le fascisme n'est pas seulement une mauvaise id&#233;e, c'est aussi un ensorcellement &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-ETE-2024-" rel="directory"&gt;&#201;T&#201; 2024&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Sortileges-+" rel="tag"&gt;Sortil&#232;ges&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/emplez.jpg?1731403056' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='64' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parmi les mille mani&#232;res d'organiser la r&#233;sistance face &#224; la mont&#233;e des fascismes, les actes magiques, la sorcellerie, les rituels peuvent sembler de faible efficace. Mais que se passerait-il si les sortil&#232;ges, au lieu de remplacer le vote, le tractage, le d&#233;bat rationnel, les blocages, les actions directes, venaient leur donner des forces ? Dans cet appel &#224; ensorceler le RN, le coven Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res se situe dans la longue tradition des magies activistes : de la guerre des Demoiselles en Ari&#232;ge o&#249; des paysans, habill&#233;s en f&#233;es, venaient harceler les gardes royaux &#224; la tentative orchestr&#233;e par le Gay Liberation Front de Los Angeles de faire l&#233;viter un commissariat &#171; pour all&#233;ger, au moins un temps, le poids de la r&#233;pression polici&#232;re sur les vies homosexuelles &#187;, il existe une importante ancestralit&#233; de la mobilisation des forces invisibles dans le champ politique. Pourrions-nous en apprendre ? Et en tirer des forces dans les temps sombres o&#249; nous plonge le retour au galop des chemises brunes en costume trois pi&#232;ces ? Un texte &#224; lire avec le type de s&#233;rieux qui met le sourire aux l&#232;vres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;COMMUNIQU&#201; DE PRESSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emp&#234;cher le RN &#8211; pour des actes et des imaginaires anti-fascistes.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un grand &#171; sortil&#232;ge d'emp&#234;chement &#187; sera d&#233;ploy&#233; &#224; la Nouvelle Lune, le 6 juillet &#224; 23h23, avant le 2&#232;me tour des l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coven Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res lance un grand sortil&#232;ge d'emp&#234;chement contre Jordan Bardella et toustes celleux qui amplifient sa voix. Il sera d&#233;ploy&#233; le samedi 6 juillet &#224; 23h23, soir de Nouvelle Lune et veille du deuxi&#232;me tour des l&#233;gislatives, par des centaines d'adeptes et sera r&#233;p&#233;t&#233; &#224; chaque nouvelle lune, jusqu'&#224; ce que Bardella et ses soutiens soient (re)devenu&#183;es insignifiant&#183;es. Dans la vid&#233;o d'instructions (5mns), Jeanne d'Arc, revendiqu&#233;e par Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res comme une ic&#244;ne queer et trans, appelle &#224; la r&#233;sistance par la magie :&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/976788483?h=2c94e79005&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/976788483&#034;&gt;Emp&#234;chez-les : Invitation &#224; un sortil&#232;ge d'emp&#234;chement contre Jordan Bardella&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/empechezles&#034;&gt;Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sortil&#232;ge a pour intention d'emp&#234;cher Jordan Bardella, Marine Le Pen et les extr&#234;mes-droites fran&#231;aises de faire du mal aux personnes pauvres, racis&#233;es, migrantes, f&#233;ministes, queers, trans, handies, artistes, putes, sorci&#232;res ainsi qu'&#224; tous les &#234;tres vivants, car telle est leur intention explicite. Nous ne combattons pas l'extr&#234;me-droite sur son terrain, qui est celui de la haine et de la destruction : nous la combattons sur le n&#244;tre, qui est celui de la pr&#233;servation de la multiplicit&#233; et de la c&#233;l&#233;bration des possibles. Nous n'appelons pas &#224; faire du mal et &#224; d&#233;truire, mais &#224; emp&#234;cher des personnes qui veulent explicitement faire du mal et d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sortil&#232;ge est inspir&#233; d'un mouvement d&#233;ploy&#233; aux &#201;tats-Unis en 2019, au moment o&#249; Donald Trump se mettait en marche pour sa r&#233;&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence am&#233;ricaine et s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre le plus grand sortil&#232;ge collectif de l'histoire &#233;tats-unienne. A chaque cycle lunaire, des sorci&#232;res-activistes du continent s'&#233;taient retrouv&#233;.x.s, mois apr&#232;s mois, pour renouveler la conjuration, jusqu'&#224; l'&#233;chec de Trump &#224; la pr&#233;sidentielle de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si nous avons besoin de magie, c'est parce que le fascisme n'est pas seulement une mauvaise id&#233;e, c'est aussi un ensorcellement : un tissu de mensonges, de coups de manche et d'images toxiques&lt;/i&gt; affirme Jilder&#234;, membre de Fich&#233;&#183;es S comme Sorci&#232;res. &#192; coups de demi-v&#233;rit&#233;s, les n&#233;ofascismes contemporains produisent une image fausse de ce que signifie habiter cette plan&#232;te et de ce qui est digne de notre attention. Or pour lutter contre un ensorcellement, nous avons besoin de plus que d'id&#233;es fortes et de programmes politiques solides &#8212; nous avons besoin de contre-sorts : d'autres imaginaires et d'autres intentions que les leurs. Car les id&#233;es ne sont pas une chose abstraite flottant dans l'air, elles ont une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle bien concr&#232;te &#224; laquelle il nous faut nous attaquer pour que nos mondes puissent advenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a mille mani&#232;res d'agir contre l'extr&#234;me-droite : votes, manifestations, blocages, actions directes... Toutes ont leur r&#244;le &#224; jouer. Toutes s'entre-alimentent. Aujourd'hui, nous y ajoutons un sortil&#232;ge, &#224; faire dans la rue, dans une for&#234;t, une friche, un champ, son salon ou en ligne, seul&#183;e ou &#224; plusieurs, avec force et intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#empechezles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact presse : 0605581636&lt;br class='autobr' /&gt;
twitter :@sorcieresFS&lt;br class='autobr' /&gt;
la vid&#233;o : &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/976788483&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/976788483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Incantation et instructions pour le sortil&#232;ge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Disposez du sel (pour la terre), un bol de liquide (pour l'eau), une plume (pour l'air) et une bougie allum&#233;e (pour le feu)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forces du cosmos et des royaumes souterrains&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'eau, de la terre, du feu et de l'air&lt;br class='autobr' /&gt;
&#244; esprits des anc&#234;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais appel &#224; vous&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour emp&#234;cher Jordan Bardella&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire &#233;chouer tous ses efforts&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'il ne cause aucun tort&lt;br class='autobr' /&gt;
A aucune vie humaine,&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;g&#233;tale&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou Animale&lt;br class='autobr' /&gt;
Ni &#224; aucun&#183;e Hybride&lt;br class='autobr' /&gt;
Oc&#233;an&#183;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou min&#233;ral&#183;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Disposez la photo de Bardella&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entravez-le !&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il cesse de nous diviser&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de broyer nos libert&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
D'attiser haine, confusion,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sespoir et anxi&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le m&#234;me geste, entravez aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Toustes celleux qui le soutiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
Et r&#233;p&#232;tent &#224; l'envi&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses empoisonn&#233;es balivernes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recouvrez la photo avec le sigil&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tiens ici debout,&lt;br class='autobr' /&gt;
Full paillettes et plein&#183;e d'attention&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la disparition des bottes&lt;br class='autobr' /&gt;
Et du bruissement des chaussons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous invoque, forces et esprits, entravez-les toustes&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme s'iels &#233;taient pris&#183;es dans des cha&#238;nes&lt;br class='autobr' /&gt;
Emp&#234;chez leurs langues cruelles&lt;br class='autobr' /&gt;
De causer plus de peines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chargez le sigil (avec beaucoup d'&#233;nergie, en crachant le fluide de votre choix, en chantant, en criant, avec un orgasme...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous invoque en mon nom XXX&lt;br class='autobr' /&gt;
Et au nom de toustes celleux qui marchent&lt;br class='autobr' /&gt;
Rampent, nagent, et volent,&lt;br class='autobr' /&gt;
Au nom des champs, des haies, des for&#234;ts,&lt;br class='autobr' /&gt;
Des d&#233;serts, des rivi&#232;res et des mers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la Justice&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de la Libert&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de l'Amour&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de la Solidarit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Liez ensemble la photo et le sigil avec le fil&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emp&#234;chez-les !&lt;br class='autobr' /&gt;
Emp&#234;chez-les !&lt;br class='autobr' /&gt;
Emp&#234;chez-les !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cachez le paquet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah Ah Ah !!&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marche des fiert&#233;s : les homonationalistes font demi-tour</title>
		<link>https://trounoir.org/Marche-des-fiertes-les-homonationalistes-font-demi-tour</link>
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		<dc:date>2024-07-01T12:29:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>racisme</dc:subject>
		<dc:subject>marche des fiert&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>homonationalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment saupoudrer un fasciste de farine.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-marche-des-fiertes-+" rel="tag"&gt;marche des fiert&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-fascisme-+" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-homonationalisme-+" rel="tag"&gt;homonationalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/farine2.jpg?1731403057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un groupe d'influenceurs homonationalistes a tent&#233; un coup de communication lors de la Marche des fiert&#233;s de Paris. Constitu&#233; entre autres de Yohan Pawer (ex-Reconqu&#234;te), de Mila (de &#171; L'Affaire Mila &#187;) et de Jeremy Marquie (chroniqueur Radio Courtoisie et de G&#233;opolitique Profonde), ces purs produits des r&#233;seaux sociaux, soutenus par quelques gros bras fascistes, ont tent&#233; de faire une entr&#233;e fracassante dans le monde r&#233;el. Tenus en &#233;chec par une riposte queer antifasciste tr&#232;s efficace, ils sont rest&#233;s coinc&#233;s derri&#232;re leurs murs virtuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Revenons un peu sur les &#233;v&#233;nements. En ce samedi 29 juin, la Marche des fiert&#233;s commen&#231;ait &#224; se densifier doucement autour de la porte de la Villette tandis qu'un petit groupe fasciste stagnait sur un bout de trottoir &#224; c&#244;t&#233; d'un restaurant de &#171; cuisine traditionnelle fran&#231;aise &#187;. Certains d'entre eux avaient d&#233;j&#224; teas&#233; sur le r&#233;seau social X qu'ils s'appr&#234;taient &#224; annoncer publiquement l'existence de leur groupe &#224; travers un &#171; happening &#187; &#224; la Marche des fiert&#233;s. Cette Marche symbolise pour eux la quintessence du wokisme ambiant qu'ils fustigent. Plut&#244;t visibles avec leurs drapeaux bleu-blanc-rouge, leur m&#233;lange d'accoutrements d'Ancien r&#233;gime, d'&#233;tudiants HEC et de Lara Croft versions aryennes, un point de tension se fixait &#224; leur endroit. &#192; la queue de la Marche, le groupe quitte son trottoir pour tenter de se faire une place dans le d&#233;fil&#233;, munis de cartons o&#249; on pouvait lire des slogans contre l'id&#233;ologie LGBT+, les clubs de lecture pour enfants par des drags queens et d'autres marquant leur pr&#233;f&#233;rence nationale : une subtile expression de parano&#239;a blanche anti-homosexuelle et anti-trans. Plusieurs groupes queers et antifas les ayant vus arriver de loin se sont pr&#233;cipit&#233;s vers eux, leur ont fait barrage et sont entr&#233;s en conflit pour les emp&#234;cher de d&#233;ployer leur discours raciste, homophobe et transphobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mila prend la pose, c'est &#224; peu pr&#232;s la seule marge de libert&#233; qui lui reste, faire de la com' co&#251;te que co&#251;te, d&#233;truire le langage en &#233;tendant la vacuit&#233; performative des r&#233;seaux sociaux au domaine de la rue. S'ils ont eu une partie de ce qu'ils voulaient &#8211; une r&#233;action queer &#224; instrumentaliser sur les r&#233;seaux sociaux &#8211; tous les effets de com' du monde ne parviendront pas &#224; compenser qu'ils ont perdu symboliquement et mat&#233;riellement en se faisant capturer la banderole o&#249; &#233;tait inscrit leur cri de ralliement (&#231;a de moins pour le buzz) et leur cam&#233;ra qui devait filmer leur action et profiler cell&#183;eux qui leur font face. Seule une centaine de personnes sur les 100.000 pr&#233;sentes &#224; la pride ont d&#251; assister &#224; leur &#171; annonce publique &#187;. Au milieu de tout &#231;a, cerise sur le g&#226;teau, Mila est enfarin&#233;e. Des coups sont quand m&#234;me &#233;chang&#233;s, certaines personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es, et des militant&#183;es queer ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;&#183;es par des agents de police (ces personnes arr&#234;t&#233;es ont heureusement &#233;t&#233; rapidement rel&#226;ch&#233;es). Les homonationalistes, d'abord sagement rang&#233;s derri&#232;re les flics, ont d&#251; se r&#233;soudre &#224; rentrer chez eux, c'est-&#224;-dire vers les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on parle ici d'homonationalisme, c'est que tous les faisceaux m&#232;nent &#224; cette notion d&#233;velopp&#233;e par Jasbir Puar qui la d&#233;finissait comme une homonormativit&#233; inscrite dans le champ d'un nationalisme sexuel. Le but de ce groupe est bien de produire une subjectivit&#233; homosexuelle blanche attach&#233;e aux valeurs et aux traditions de la civilisation occidentale. Ils s'opposent naturellement &#224; la &#171; th&#233;orie du genre &#187;, aux &#171; d&#233;rives LGBT &#187;, au &#171; multiculturalisme &#187; et &#224; la transidentit&#233;. Cette derni&#232;re qui dynamite le mythe du binarisme de genre les inqui&#232;te particuli&#232;rement lorsqu'elle s'approche un peu trop des enfants, que ce soit la fameuse &#171; th&#233;orie du genre &#187; qu'on leur mettrait de force dans le cr&#226;ne ou les lectures de contes par des drags queens. On le sait, &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/ENFANCE-TRANS-ENTRETIEN-AVEC-JULES-GILL-PETERSON&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; la grande majorit&#233; des paniques morales en Occident se focalisent sur l'enfance &#187;&lt;/a&gt; (Jules Gill Peterson). En 2023, &lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/1718190156-extreme-droite-joue-carte-raciste-recuperer-votes-gays-lesbiens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site Street Press annon&#231;ait d&#233;j&#224; la cr&#233;ation de ce collectif&lt;/a&gt; par Yohan Pawer, Yohan Aigrisse de son vrai nom. L'article &#233;tayait les bases et les accointances politiques entretenues avec Reconqu&#234;te et le Rassemblement National, mais aussi avec le collectif &#171; f&#233;ministe &#187; Nemesis. Son argument selon lequel l'immigration islamique serait la principale cause d'agression anti-homosexuelle place la parano&#239;a s&#233;curitaire au c&#339;ur de leur collectif. Ce positionnement attirera les deux autres figures homonationalistes : Jeremy Marquie (&#171; tiktokeur qui n'a peur de dire ce qui est &#187;) et Mila Orriols (&lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/chroniques/calmos/il-ne-fallait-pas-inviter-mila-sur-bfm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la jeune lesbienne harcel&#233;e de 2020 pr&#233;f&#233;r&#233;e des extr&#234;mes droites&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de com' qui a suivi leur action repose sur cette vieille pratique de la cour de r&#233;cr&#233; &#171; miroir, tout ce que tu me dis reviens sur toi ! &#187;. Il s'agit de retourner l'accusation de fascisme et d'antid&#233;mocratisme vers ce qu'ils nomment un &#171; courant de pens&#233;e ultra minoris&#233; d'extr&#234;me gauche tentant d'imposer leur id&#233;ologie &#224; une majorit&#233; homosexuelle silencieuse &#187;. La tactique sous-jacente est de se r&#233;approprier un processus de victimisation qui leur permet de se faire entendre dans les m&#233;dias (Valeurs Actuelles, Cnews, Morandini) et d'agr&#233;ger un maximum de personnes autour du ressenti d'un d&#233;classement des valeurs traditionnelles. Cet axe d'alliance des droites avec l'affirmation d'une identit&#233; homosexuelle que le groupe d&#233;fend est en r&#233;sonance avec les r&#233;centes tribunes de l'association Fiert&#233;s Citoyennes (amis du Printemps R&#233;publicain et de Caroline Fourest) qui qualifiaient les militant&#183;es queer radicaux de groupuscules id&#233;ologiques anti-r&#233;publicains. Mila et Fiert&#233;s Citoyennes partagent cette m&#234;me passion de la la&#239;cit&#233; 2.0, c'est-&#224;-dire celle qui &#233;largit la responsabilit&#233; de la la&#239;cit&#233; de l'&#201;tat aux citoyens. L&#224; o&#249; ils divergent, c'est que Fiert&#233;s Citoyennes tente d'incarner une position plus centriste, plus &#171; neutre &#187; et &#171; raisonn&#233;e &#187;, l&#224; o&#249; Mila et ses coll&#232;gues assument une position plus conservatrice et biologisante orient&#233;e vers un illib&#233;ralisme politique. Leur racisme est soumis &#224; ces m&#234;mes crit&#232;res, une politique assimilationniste pour les uns, et s&#233;gr&#233;gative pour les autres. Ils sont en revanche d'accord pour dire que l'islamophobie n'existe pas. Disons que l&#224; o&#249; les membres de Fiert&#233;s Citoyennes se contenteraient de quelques places pour des homosexuels r&#233;publicains dans les rangs du pouvoir, les homonationalistes tentent d'engager leur corps dans la bataille. Dans les deux cas, ils se d&#233;lectent de la col&#232;re des homosexuels blancs et nourrissent une angoisse s&#233;curitaire pour justifier une telle campagne contre le militantisme d'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra d&#233;sormais se demander en quoi ce groupe homonationaliste, tout comme leurs coll&#232;gues de Nemesis, sont le signe d'&lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/Reconsiderer-la-politique-sexuelle-du-fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une nouvelle politique sexuelle du fascisme&lt;/a&gt;. On n'a pas affaire &#224; une bande d'homosexuels discrets de droite fa&#231;on Gabriel Attal ou Florian Philippot mais &#224; l'exploitation d'une culture libidinale o&#249; se croisent identit&#233; homosexuelle et pulsion de mort &#224; l'encontre de tous les &#171; corps abjects &#187; qui avilissent la civilisation fran&#231;aise. Dans cet amoncellement de corps abjects qui font partie de leurs cauchemars civilisationnels se trouvent les Arabes, les musulmans, les drags queens, les queers radicaux, les gauchistes, etc., c'est-&#224;-dire l'aboutissement de plusieurs ann&#233;es de renforcement de l'exceptionnalisme r&#233;publicain. Ce fascisme qui s'adresse aux homosexuels leur promet une &lt;i&gt;cuirasse caract&#233;rielle&lt;/i&gt; adapt&#233;e &#224; leur identit&#233; sexuelle &#8211; une vision de soi comme un bunker &#8211; et c'est cette utopie s&#233;curitaire qui fonctionne le mieux dans une &#233;poque o&#249; le mythe d'un occident h&#233;g&#233;monique s'effondre de toutes parts. &#192; voir d&#233;sormais quel sera le r&#244;le de ce groupe dans la fascisation de la politique fran&#231;aise, s'il demeure enferm&#233; dans sa condition de troll num&#233;rique ou s'il fera des &#171; petits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Francine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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