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		<title>Trans*coalitions. Entretien avec Jack Halberstam</title>
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		<description>&lt;p&gt;Un entretien avec J. Halberstam.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/treestillwindow.png?1731403066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but octobre, Jack Halberstam &#233;tait &#224; Paris pour&lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/Lancement-de-Trans-de-Jack-Halberstam&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le lancement&lt;/a&gt; de son premier livre traduit en fran&#231;ais, &lt;i&gt;Trans*. Br&#232;ve histoire de la variabilit&#233; de genre&lt;/i&gt;, aux &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/catalogue/poche/trans-jack-halberstam&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions Libertalia&lt;/a&gt;. &#192; cette occasion, un petit groupe de th&#233;oricien&#8231;nes et d'&#233;tudianz en &#233;tudes queer et trans* s'est r&#233;uni pour discuter avec lui des histoires et des politiques coalitionnelles auxquelles il appelle dans son livre et dans son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie l'ensemble des traducteur&#8231;ices et intervenant&#8231;es et B&#233;ton Salon pour l'accueil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Clovis Maillet :&lt;/strong&gt; Tu dis au d&#233;but de ton livre que ton but c'est d'expliquer &#8220;comment on en est venux &#224; &#234;tre trans*&#8221;, et comment avoir un nom pour se dire peut causer autant de dommages que de ne pas en avoir. Le livre propose une histoire de la terminologie et des combats pour les droits, et pour les mani&#232;res de se nommer. Est-ce que, dans ce contexte, tu pourrais nous parler du dialogue entre les g&#233;n&#233;rations qui n'avaient pas les m&#234;mes terminologies pour se dire, ni les m&#234;mes luttes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jack Halberstam : &lt;/strong&gt; Alors oui, je crois que j'ai &#233;crit ce livre pour essayer d'expliquer certains des paradigmes ant&#233;rieurs aux nouvelles g&#233;n&#233;rations qui se sentaient d&#233;connect&#233;es de leurs a&#238;n&#233;Es ; qui avaient quant &#224; elleux commenc&#233; &#224; se dire trans dans un contexte tout &#224; fait diff&#233;rent. Ce que je me suis dit, c'est : et si j'expliquais ce que &#231;a impliquait que d'essayer de se comprendre en tant que trans quand tu n'as pas acc&#232;s &#224; YouTube, quand personne n'est l&#224; pour te proposer des hormones, quand tu ne peux m&#234;me pas l'expliquer &#224; tes parents, et que donc tu ne te poses pas les m&#234;mes sortes de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme tu le dis, d'un autre c&#244;t&#233;, le livre dit aussi : souvenons-nous qu'avoir un langage pour une chose, &#231;a peut poser probl&#232;me. Ce n'est pas seulement b&#233;n&#233;fique d'avoir des noms comme trans ou non-binaire. Ces terminologies peuvent aussi &#234;tre utilis&#233;es par l'&#201;tat pour te g&#233;rer, te contr&#244;ler, te retrouver, t'administrer, te censurer, t'emp&#234;cher. Ce que je veux dire, c'est que la visibilit&#233;, le projet de visibilit&#233; et de lisibilit&#233;, ne fait pas tout. Et de fait, pendant les premi&#232;res d&#233;cennies de la th&#233;orie queer, toute la question &#233;tait de savoir si l'on &#233;tait oblig&#233;z de participer &#224; cette structure de l&#233;gitimation qui repose sur l'adoption, dans une inversion discursive, du langage qui t'a &#233;t&#233; assign&#233;. Et tu sais, c'est ce que Foucault explique de mani&#232;re si monumentale dans son &lt;i&gt;Histoire de la sexualit&#233; &lt;/i&gt; : ces classifications proviennent d'un ordre colonial et ne commencent ensuite &#224; fonctionner que quand les communaut&#233;s auxquelles elles s'adressent les adoptent. Et donc, adopter les cat&#233;gories peut avoir un effet &#224; double tranchant. D'un c&#244;t&#233;, tu as un nom, de l'autre c&#244;t&#233;, on t'a donn&#233; un nom et tu l'as accept&#233;. Et ce n'est pas toujours une raison de se r&#233;jouir. &#199;a, c'&#233;tait une premi&#232;re trajectoire du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ensuite, l'autre trajectoire &#233;tait de dire aux nouvelles g&#233;n&#233;rations : quand vous d&#233;noncez les films r&#233;alis&#233;s par les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures, et quand vous lisez des textes qui ont &#233;t&#233; publi&#233;s il y a 20 ans, et que vous les d&#233;noncez, vous choisissez le mauvais combat. La lutte n'est pas l&#224;. Notre lutte est contre le capitalisme autoritaire, contre sa mani&#232;re de g&#233;rer les corps, les minorit&#233;s sexuelles, et les populations de genres d&#233;viants. Et nous avons besoin de solidarit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations, et entre tous les types de diff&#233;rence, peu importe lesquelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;o love Gentil :&lt;/strong&gt; En lien avec ce que tu es en train de dire, j'avais une question sur les monstres. Tu as commenc&#233; &#224; travailler sur les freaks, n'est-ce pas, dans ton premier livre &lt;i&gt;Skin Shows&lt;/i&gt;. Et donc, depuis le d&#233;but, tu as un int&#233;r&#234;t pour les monstres, et je me demandais comment cela a affect&#233; ton travail ult&#233;rieur sur queer et sur trans*. Plus sp&#233;cifiquement, je vois deux sites dans trans* : d'un c&#244;t&#233;, il y a des personnes qui se reconnaissent dans le mot trans* d'une mani&#232;re qui leur permet de transitionner et d'entrer dans un genre &#8220;final&#8221; (quel qu'il soit) ; et de l'autre, il y a des personnes qui refusent de quitter la cat&#233;gorie trans* et cela peut aller de butch, &#224; monstre, &#224; alien, et &#224; autant de genres que l'ast&#233;risque peut accueillir. Et donc ma question n'est tr&#232;s claire mais je me demande : comment est-il possible que trans* soit capable d'accueillir tout cela ? Et qu'est-ce qu'on peut en faire ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/978-0-8223-1663-3_pr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/978-0-8223-1663-3_pr.jpg?1731403006' width='500' height='744' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jack Halberstam :&lt;/strong&gt; Ok, alors allons-y progressivement parce c'est une super question. J'appr&#233;cie le lien que tu fais avec ces interrogations ant&#233;rieures qui sont effectivement bien pr&#233;sentes dans le livre. Mon argument g&#233;n&#233;ral sur les monstres, ce n'est pas qu'ils sont mauvais, c'est plut&#244;t que tout ce qui est consid&#233;r&#233; comme monstrueux par une culture appartient probablement &#224; un espace de transgression de ladite culture. C'est du moins le cas au 19e si&#232;cle o&#249; l'accent &#233;tait mis sur la production de valeurs normatives et d'un id&#233;al de la subjectivit&#233; qui en g&#233;n&#233;ral avait des dimensions raciales. Dans ce contexte, l&#230; monstre sert de moyen de d&#233;fense pour la blanchit&#233;, pour l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, etc. ; c'est une sorte d'entit&#233; hybride constitu&#233;e de tous les morceaux de ce que la soci&#233;t&#233; cherche &#224; d&#233;savouer. C'est ainsi que l&#230; monstre est souvent racialis&#233;&#8231;e comme dans &lt;i&gt;Frankenstein&lt;/i&gt; et surtout dans &lt;i&gt;Dracula&lt;/i&gt;, o&#249; les vampires viennent d'ailleurs, sont synonymes de l'&#233;tranger, de l'immigrant. Les vampires sont vu&#8231;es comme parasites, iels veulent sucer le sang de la nation. Et m&#234;me, iels sont vu comme des cr&#233;atures qui veulent voler les femmes blanches. C'est pour cela que le discours sur la monstruosit&#233; aux XIX&#232;me si&#232;cle est aussi fascinant : en raison de ce qu'il nous dit de l'alt&#233;rit&#233; et de l'histoire de l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc quand on est plong&#233; dans cette logique comme je le suis, c'est difficile de souhaiter une identit&#233; trans normative. N'attendez pas de moi que je dise : mais enfin, nous sommes comme tout le monde. Au contraire, je vais &#234;tre du c&#244;t&#233; de celleux qui disent : vous croyez que nous sommes des monstres ? Mais nous sommes des monstres ! Et entendez-nous bien : nous sommes des monstres qui ne cherchons pas &#224; nous normaliser ; nous cherchons la diff&#233;rence et nous voulons que cette diff&#233;rence ait du sens. Mais plus encore : nous cherchons &#224; faire en sorte que cette diff&#233;rence d&#233;truise le syst&#232;me qui fait de nous des monstres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la trajectoire qui m'int&#233;resse, et c'est une trajectoire abolitionniste, qui consiste &#224; contre-attaquer la critique qui est faite contre toi, pas pour en finir avec son discours, mais pour en finir avec la soci&#233;t&#233; qui a produit ce discours, qui le fait appara&#238;tre comme quelque chose de raisonnable. Une soci&#233;t&#233; qui est capable d'inclure la transphobie est une soci&#233;t&#233; absurde ; donc ce n'est pas suffisant de nous en prendre &#224; la transphobie ; il nous faut d&#233;manteler la soci&#233;t&#233; enti&#232;re o&#249; la transphobie a r&#233;ussi &#224; na&#238;tre. Et je ne suis pas certain d'arriver &#224; dire cela autant que je le voudrais dans &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt;, parce que, bon, voil&#224; je ne suis pas un &#233;conomiste, donc pour tenter de rendre compte de ces id&#233;es sans en passer par des th&#233;ories de la gouvernance ou de l'&#233;conomie politique, je dois utiliser mes savoir-faire particuliers, qui viennent des &#233;tudes queer et la culture pop, de la litt&#233;rature et du cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma Big&#233; :&lt;/strong&gt; Il y a quelque chose que j'appr&#233;cie dans ton travail en g&#233;n&#233;ral et dans&lt;i&gt; Trans* &lt;/i&gt; en particulier et c'est l'image tr&#232;s particuli&#232;re que tu y donnes de ce qu'une communaut&#233; queer pourrait &#234;tre. Et je comprends ce mot de communaut&#233; d'une mani&#232;re assez sp&#233;cifique : pas une communaut&#233; qui serait d&#233;finie par un descripteur commun cens&#233; nous r&#233;unir, et qui pourrait &#234;tre par exemple la forme non-normative que prennent nos d&#233;sirs ou nos sexualit&#233;s, &#8211; c'est souvent comme &#231;a qu'on pense &#224; queer &#8211; mais plut&#244;t une communaut&#233; au sens o&#249; nous avons des&lt;i&gt; communs&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des choses ou des pratiques ou des id&#233;es dont nous prenons soin ensemble. Alors g&#233;n&#233;ralement, les communs ce sont des biens comme l'eau, ou la for&#234;t, ou la terre d'un territoire donn&#233;, mais comment penser cela quand on a une communaut&#233; transnationale et m&#234;me transtemporelle ? H&#233; bien je crois que justement ton travail donne beaucoup d'&#233;l&#233;ments pour penser cela, de &lt;i&gt;In A Queer Time &amp; Place&lt;/i&gt; &#224;&lt;i&gt; The Queer Art of Failure&lt;/i&gt;, o&#249; tu d&#233;cris la fa&#231;on dont les vies queers ont invent&#233; des mani&#232;res uniques d'habiter le temps et l'espace, ou de refuser de parvenir et d'embrasser l'&#233;chec : des mani&#232;res qui font un peu partie de ces communs dont nous prenons soin ensemble et qui nous r&#233;unissent par le fait que nous en prenons soin ensemble. Et donc, ma question ce serait : est-ce que tu crois qu'on peut parler et penser dans le m&#234;me sens des &lt;i&gt;communs trans*&lt;/i&gt; ? Ou pour le dire autrement : de quoi on prend soin quand on prend soin de cette communaut&#233; ? Et comment ce soin est au service de la politique dont tu parlais &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/815wzurkqsl._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/815wzurkqsl._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg?1731403006' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack Halberstam : &lt;/strong&gt; Oh c'est vraiment, vraiment une belle question que tu me poses l&#224;. Merci. Je crois que je n'ai jamais utilis&#233; ce concept de communs trans* mais je peux tr&#232;s bien m'imaginer l'employer au sens o&#249; tu l'emploies, c'est-&#224;-dire au sens de communs qui ne sont pas seulement l'espace o&#249; nous nous retrouvons et o&#249; nous vivons ensemble, mais une certaine sorte d'attention que nous nous pr&#234;tons les unes aux autres, un soin que nous acceptons de nous donner les unes aux autres, un lien que nous sommes pr&#234;t&#8231;es &#224; soutenir malgr&#233; nos diff&#233;rences. Et je crois en effet que je suis tr&#232;s engag&#233; dans la d&#233;fense des communs trans* en ce sens-l&#224;, oui, mais je sens aussi que de plus en plus, ce qui m'int&#233;resse c'est comment ces communs sont susceptibles de se lier &#224; tous les autres communs qui peuvent b&#233;n&#233;ficier de la remise en cause du status quo o&#249; nous vivons. En ce sens, je crois que le concept de&lt;i&gt; sous-communs&lt;/i&gt; est ce &#224; quoi je veux rapporter les communs trans*, au sens o&#249; ce que je veux, c'est un espace sous-commun le plus vaste possible, un espace qui rendra les communs trans* possibles mais aussi bien avec eux d'autres communs, tu vois ce que je veux dire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Emma Big&#233; : &lt;/strong&gt; Tu finis d'ailleurs &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt; sur une phrase de ce livre auquel tu fais allusion, &lt;a href=&#034;http://brook.pm/harney-moten-sous-communs.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sous-communs de Fred Moten et Stefano Harney&lt;/a&gt;, phrase que tu avais d'ailleurs d&#233;j&#224; relev&#233;e dans ta pr&#233;face &#224; leur livre : &#8220;Je n'ai pas besoin de ton aide. J'ai juste besoin que tu comprennes que cette merde te tue toi aussi, bien que plus doucement, tu captes, esp&#232;ce d'enfoir&#233;*e ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jack Halberstam : &lt;/strong&gt; Oui, j'h&#233;rite beaucoup de Fred et de Stefano en termes de mani&#232;res de penser, et en particulier dans leur strat&#233;gie qui consiste &#224; ne jamais vraiment dire qui sont les sous-communs, au juste. Tout ce qu'ils disent c'est : si tu es l&#224; et que tu es en train de lire ce livre et que tu te sens en sympathie avec ce qui s'y dit, alors tu en fais d&#233;j&#224; partie. Et c'est ce que j'essaye de dire dans l'introduction que j'ai faite &#224; leur livre. Tu n'as pas besoin de demander : au fait, comment est-ce que je rejoins votre groupe ? O&#249; est-ce que je vous trouve ? Tu en fais d&#233;j&#224; partie. Tu en fais d&#233;j&#224; partie parce que tu es l&#224;, tu lis, tu participes, et voil&#224;, c'est cela le genre de commun auquel j'aspire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis d'un autre c&#244;t&#233;, et &#231;a c'est vraiment la le&#231;on que j'apprends aupr&#232;s de Fred Moten en particulier, c'est l'insistance &#224; nous sortir des luttes intestines du genre de celles o&#249; les queers ou les f&#233;ministes se retrouvent &#224; &#234;tre point&#233;es du doigt pour l'exclusion des trans. Et c'est ce que j'essayais de dire tout &#224; l'heure quand je disais que ce que nous devons comprendre, c'est que c'est la structure sociale dans laquelle nous vivons qui g&#233;n&#232;re ces luttes intestines et qui nous les pr&#233;sente comme si elles &#233;taient les bonnes luttes &#224; mener, d'une mani&#232;re qui obscurcit ce qui devrait &#234;tre le v&#233;ritable objet de notre lutte &#224; savoir : le capitalisme, ou le fascisme qui est en train de r&#233;appara&#238;tre &#224; l'extr&#234;me-droite. Et les femmes transphobes, qui sont des b&#233;n&#233;ficiaires de ces r&#233;gimes, et qui ne sont pas des f&#233;ministes (mais qui assur&#233;ment sont transphobes), ont bien compris cela, et elles ne perdent pas une minute pour s'allier avec ces luttes plus larges qui se m&#232;nent au nom du conservatisme. Ce que ces femmes veulent, c'est que les choses restent comme elles sont. Et elles le disent clairement : les femmes trans* s&#232;ment la confusion dans ce que cela signifie qu'&#234;tre une femme. Comme si &#8220;ce que cela signifie qu'&#234;tre une femme&#8221; &#233;tait une bonne chose et devait rester identique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous faut affronter, c'est la structure toute enti&#232;re qui fait qu'il est possible pour les transphobes de dire les choses horribles qu'ielles disent et que ces choses soient comprises comme si elles avaient du sens. Parce que bien s&#251;r, nous on sait que ce qu'ielles disent est absurde, mais il y a des centaines de milliers de personnes qui pensent que c'est du bon sens que d'insister sur la diff&#233;rence entre les femmes trans* et les femmes cis. Pour nous, ce n'est vraiment pas int&#233;ressant de faire cette diff&#233;rence, mais pour elleux oui. Alors comment est-ce qu'on change de paradigme et de r&#233;gime de v&#233;rit&#233;, comment est-ce qu'on fait en sorte que le sens commun change, parce que ce sens commun, il co&#251;te des vies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce que Fred n'arr&#234;te pas de r&#233;p&#233;ter dans &lt;i&gt;Les sous-communs &lt;/i&gt; mais aussi dans son propre travail, dans &lt;i&gt;In The Break&lt;/i&gt; par exemple, o&#249; il s'interroge : comment est-ce qu'on en arrive &#224; entendre le jazz comme du bruit ? Et sa r&#233;ponse c'est : h&#233; bien parce que nos oreilles ont &#233;t&#233; accord&#233;es aux sons de la musique classique blanche, o&#249; l'harmonie est &#233;lev&#233;e &#224; un rang sup&#233;rieur par rapport aux autres sons. Mais la musique c'est plein de choses, et l'harmonie n'est qu'une des multiples expressions de la musicalit&#233;. Fred a &#233;crit par exemple sur la critique que Adorno a faite du jazz en montrant que c'est en r&#233;alit&#233; une critique &#224; la musique noire, qui se trouve d&#233;peinte comme primitive, ou bruyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant l&#224;-dedans, c'est la mani&#232;re dont on ne sait pas toujours qu'on est sous l'emprise d'un r&#233;gime de sens commun. Si on prend un exemple de culture pop contemporaine, ce sera la m&#234;me chose. On parle souvent du sexisme dans le hip-hop, notamment parce qu'il y a beaucoup d'insultes. Mais est-ce que c'est plus sexiste que le mec blanc sirupeux avec sa guitare et qui se lamente sur sa femme qui l'attend allong&#233;e sur son lit ? C'est tout aussi sexiste, mais parce que le hip-hop est entendu comme agressif, c'est sur lui qu'on tombe. Il y a pas besoin de dire &lt;i&gt;bitch&lt;/i&gt; [salope] &#224; tout bout de chanson pour &#234;tre sexiste ! Simplement, quand c'est chant&#233; sur les bonnes fr&#233;quences harmoniques, &#231;a passe. On a besoin d'accorder nos oreilles &#224; d'autres fr&#233;quences, voil&#224; ce que je veux dire. Et l&#224; nous sommes dans une salle d&#233;di&#233;e &#224; Pauline Oliveros et &#224; sa pratique de l'&#233;coute profonde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[NdT : cette conversation a eu lieu dans les murs del'exposition Un-Tuning (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] et c'est exactement ce qu'elle voulait dire. Est-ce que nous pouvons nous entra&#238;ner &#224; entendre la transphobie et l'homophobie dans ce qu'elles ont d'&#8220;accord&#233;es&#8221; au sens commun, au raisonnable de ce que le capitalisme est en train de nous faire avaler, plut&#244;t que de nous fixer sur des textes ou des actes qui certes sont plus visibles et vraiment horribles, mais qui ne sont pas le probl&#232;me principal ? C'est le statu quo notre probl&#232;me, et c'est le truc qui finit par ne jamais &#234;tre remis en cause. Voil&#224; ce qui me semble &#234;tre le b&#233;n&#233;fice de l'angle sous-commun : n'attaque pas juste les ennemis les plus bruyants ; sois attentifz aux signes du r&#233;gime du sens commun auxquels tu n'es m&#234;me pas conscienz de participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fig Docher :&lt;/strong&gt; Ma question serait : Pour qui est-ce qu'on &#233;crit, et comment est-ce qu'on l'indique ? C'est une question qui me touche profond&#233;ment personnellement, et qui, je pense, est peut-&#234;tre partag&#233;e. Je pensais &#224; &#231;a dans la lecture du texte original mais aussi dans sa traduction. On peut discuter des moments o&#249; &#231;a se passe mal, mais j'aimerais surtout parler des moments o&#249; &#231;a se passe bien. Tu as peut-&#234;tre des exp&#233;riences d'avoir fait un effort d'intention, d'essayer de communiquer quelque chose, puis d'avoir eu un retour de cet &#233;cho&#8230; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack Halberstam :&lt;/strong&gt; Tu peux voir, &#224; la lecture de ces deux livres, que m&#234;me si j'ai une certaine orientation th&#233;orique, je ne suis pas &#224; proprement parler un expert en th&#233;orie de haut vol. Je taquine toujours Paul Preciado parce que sa pens&#233;e est &lt;i&gt;massive&lt;/i&gt; (je l'ai d&#233;j&#224; entendu faire des conf&#233;rences de deux heures o&#249; il commen&#231;ait son r&#233;cit en 1492 et arrivait &#224; tisser des cons&#233;quences de l&#224; jusqu'&#224; la p&#233;riode contemporaine). Pour ma part, je crois &#234;tre un penseur anti-monumentaliste. C'est comme &#231;a que je le dirais. Je pense souvent, comme je viens de l'expliquer, en termes de petites choses. Pour moi, le grand r&#233;cit, c'est termin&#233; : ce n'est pas pour moi et je n'essaye pas d'en inventer de nouveaux. J'essaye de partir de quelque chose de sp&#233;cifique duquel je peux dire quelque chose, et c'est ainsi que les choses commencent. Cela veut dire que je ne cherche pas &#224; participer aux discours &#224; un niveau th&#233;orique abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrive notamment de parler de&lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/lart-queer-de-ne-pas-reussir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;basse th&#233;orie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, ce que je contraste notamment avec les th&#233;ories qui n&#233;cessitent un tr&#232;s grand degr&#233; d'abstraction afin de d&#233;voiler certaines man&#339;uvres id&#233;ologiques, dont on n'aurait pas conscience autrement. Preciado fait cela admirablement. (Cela dit, je me corrige tout de suite, ce qui fait la qualit&#233; de Preciado, c'est justement qu'il s'efforce de faire des allers-retours haute et basse th&#233;orie ; et m&#234;me Butler vient d'&#233;crire un livre pour une maison d'&#233;dition non universitaire, pour essayer de s'adresser &#224; un public plus large de mani&#232;re accessible, donc ce n'est pas toujours vrai que ces deux-l&#224; ne pensent que de mani&#232;re monumentale.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/81dplzt1n_l._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/81dplzt1n_l._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg?1731403006' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En tous cas, pour ma part, je con&#231;ois toujours mon public presque comme si c'&#233;tait des &#233;tudianxtes en licence. Et ce n'est pas une insulte : j'&#233;cris pour ces personnes parce que ce sont des personnes qui ne pensent pas d&#233;j&#224; tout savoir, qui voudraient bien savoir pourquoi telle ou telle chose devrait les int&#233;resser, et qui pourraient peut-&#234;tre b&#233;n&#233;ficier d'une perspective autre que celles qui existent d&#233;j&#224;. Or ces &#233;tudianz, qu'est-ce qu'iels font ? Iels lisent toutes sortes de textes, iels regardent des dessins anim&#233;s ou des com&#233;dies, iels &#233;coutent de la musique pop - toutes sortes de choses auxquelles la th&#233;orie ne porte pas forc&#233;ment attention. Et mon but est souvent d'inclure autant de personnes que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent commenc&#233; &#224; &#233;crire des livres avec l'intention d'&#234;tre accessible, mais je ne crois pas y &#234;tre parvenu, je ne crois pas avoir trouv&#233; l'endroit id&#233;al o&#249; tu es accessible et o&#249; tout le monde veut te lire. Parfois, il s'agit du style d'&#233;criture, de ton sens de l'humour, de ton ing&#233;niosit&#233;. Parfois, c'est accessible, mais &#231;a n'atteint pas le public vis&#233;. J'ai une audience assez raisonnable au sein des universit&#233;s, mais je ne suis jamais parvenu &#224; en sortir. Donc je ne suis pas s&#251;r, &#224; dire vrai, d'avoir &#224; &#233;crire les livres accessibles que je voulais. Cela dit, les &#201;tats-Unis ne sont pas la France. En France, il est possible d'avoir une culture publique et intellectuelle vibrante parce que les gens, en g&#233;n&#233;ral, lisent. Aux &#201;tats-Unis, en dehors de l'universit&#233;, les gens ne lisent pas autant. Et cela implique que ce qui est accessible doit &#224; un moment donn&#233; passer sur TikTok ou Twitter. Donc j'ai eu diff&#233;rents publics pour cible &#224; diff&#233;rents moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon cas, le livre qui a vraiment le mieux march&#233;, c'est probablement &lt;i&gt;The Queer Art of Failure&lt;/i&gt; et c'est parce que tout le monde a pu faire l'exp&#233;rience de l'&#233;chec. Tout le monde a v&#233;cu &#231;a, et tout le monde en voudrait une compr&#233;hension, au-del&#224; d'avoir l'impression d'&#234;tre unxe &lt;i&gt;loser&lt;/i&gt;, ou d'avoir merd&#233;. Parce que si c'est humain, si &#233;chouer fait partie de l'exp&#233;rience humaine, on devrait certainement pouvoir rendre compte de l'&#233;chec, et en rendre compte dans notre compr&#233;hension du soi. Et ce que j'ai montr&#233; dans ce livre, c'est que l'&#233;chec a beaucoup &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; aux personnes queers, pauvres, racis&#233;xes, ce qui a permis aux personnes blanches normatives de classe moyenne puissent se concevoir comme ayant atteint le succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime capitaliste, r&#233;ussir veut dire une chose : faire de l'argent. Faire de l'argent, est-ce que c'est vraiment ce qu'on a envie de dire ? Est-ce qu'on ne voudrait pas plut&#244;t dire que r&#233;ussir, c'est r&#233;ussir &#224; prendre soin de nos proches, r&#233;ussir &#224; cr&#233;er de v&#233;ritables communs dont nous puissions r&#233;pondre ? En r&#233;gime capitaliste, le succ&#232;s n'est jamais redistribuable, il est toujours individuel, synonyme de capital (toi, tout&#8231;e seul&#8231;e, tu as gagn&#233; beaucoup d'argent). Ou alors, dans un contexte plus intime, le succ&#232;s est d&#233;fini comme avoir une famille avec des enfants. Tout le monde se fiche de savoir si tu es heureuxe, ou si tu es dans une bonne relation, ou si tu es bon&#8231;ne envers tes enfants. On veut seulement savoir si tu es marri&#233;xe et si tu as eu des gosses. Mon argument, c'est de dire que si tels sont nos mod&#232;les de succ&#232;s, nous ferions mieux d'&#233;chouer. Ainsi l'&#233;chec a une capacit&#233; &#224; rassembler tout &#224; la fois une critique anti-capitaliste et une critique de la famille. L'&#233;chec permet de cr&#233;er une communaut&#233; de losers, un commun, un commun des perdant&#8231;es. Et dans ce commun loser, nous avons l'opportunit&#233; de cr&#233;er d'autres choses dont on peut prendre soin en dehors des logiques qui ont v&#233;hicul&#233; ce succ&#232;s. Et je pense que ce message-l&#224; est pass&#233;, notamment parce que dans le livre, j'utilise la culture populaire &#224; mon avantage. Mon archive, du d&#233;but &#224; la fin du livre, est constitu&#233;e de films d'animation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L300xH434/9788416491995-624d9.jpg?1765891235' width='300' height='434' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il y a aussi une s&#233;rie de chapitres tr&#232;s s&#233;rieux sur la mani&#232;re dont, m&#234;me dans les communaut&#233;s queers, on a tendance &#224; ne raconter que les histoires de succ&#232;s, comme s'il ne fallait raconter que les histoires de sortie des t&#233;n&#232;bres, et de naissance dans la lumi&#232;re, bref, les histoires de mariage gay. Et l&#224; nous sommes en plein dedans : nous cherchons la reconnaissance de l'&#201;tat sans toujours comprendre que &#231;a nous rend complice de toutes sortes de m&#233;canismes d'exclusion auxquels on pouvait autrefois s'opposer. En ayant &#233;t&#233; recrut&#233;es du c&#244;t&#233; du succ&#232;s, nous voil&#224; conduit&#8231;es &#224; &#234;tre celleux qui s'inqui&#232;tent de l'immigration et qui veulent investir dans le march&#233; immobilier, et ainsi de suite. C'est ainsi qu'&#224; la fin du livre, j'affirme que l'histoire queer doit aussi &#234;tre une histoire sombre. Il y a toujours eu des personnes queers impliqu&#233;es dans des r&#233;gimes que l'on r&#233;pudierait. Je prends l'exemple du nazisme, qui a, &#224; pleins de moments, &#233;t&#233; orchestr&#233; par des personnes que l'on reconna&#238;trait aujourd'hui comme homosexuelles. Je raconte l'histoire de l'homosexualit&#233; sous les conditions du nazisme afin de dire qu'&#234;tre gay ne fait pas de nous une bonne personne. Ce serait une conception ridicule des identit&#233;s sexuelles et de genres. &#202;tre marginalis&#233;xe ne fait pas de toi une personne anti-raciste, cela ne te donne pas automatiquement un sens de responsabilit&#233; vis-&#224;-vis d'une conscience de classe, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon tout cela pour dire que, de bien des mani&#232;res, ce livre a vraiment d&#233;pass&#233; mes attentes. Je ne pensais pas qu'il &#233;tait coh&#233;rent, mais la coh&#233;rence n'est pas mon fort (je crois m&#234;me que la plupart de mes livres sont un peu incoh&#233;rents). En tous cas, je ne pensais pas que ce livre allait parler &#224; une telle vari&#233;t&#233; de publics. J'ai &#233;crit d'autres livres que j'estimais en &#234;tre plus capables, mais qui ne l'&#233;taient finalement pas, donc bon. Il est sans doute utile, dans son propre travail, de penser &#224; qui va &#234;tre son audience, mais il est sans doute aussi bon de se rappeler qu'on ne peut pas le savoir en avance. Il se pourrait qu'un groupe de personnes dont on ignorait l'existence porte un r&#233;el int&#233;r&#234;t pour la publication de tel ou tel travail, si l'on est capable de ne pas simplement positionner son travail au sein d'un unique ensemble de conversations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clovis Maillet : &lt;/strong&gt; Je pense justement &#224; la question de l'adresse. Dans l'&#233;criture de certains de mes livres, je pensais davantage &#224; qui je ne voulais pas m'adresser, avec qui je ne voulais pas m'associer. Parce que je suis un m&#233;di&#233;viste, je voulais que mes livres soient explicitement non-conservateurs et le fait qu'ils atteignent d'autres personnes &#233;tait une bonne surprise. Parce que quand tu dis que tu &#233;cris un livre pour quelqu'un&#183;e, c'est un peu comme &#233;crire une lettre d'amour, tu ne sais pas si &#231;a va r&#233;sonner chez l'autre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack Halberstam : &lt;/strong&gt; Et il se peut m&#234;me qu'il soit re&#231;u exactement de la mani&#232;re dont tu l'as souhait&#233;. Exactement. C'est ce qui nous fait &#233;crire, cet &#233;change d'id&#233;es, si dynamique et excitant, n'est-ce pas ? Tu ne sais pas &#224; l'avance quel public pour quel livre ! Et si ce que tu communiques va &#234;tre accueilli sans blesser ou cr&#233;er un type de discours diff&#233;rent que tu n'avais pas anticip&#233; et qui peut &#234;tre compris comme conservateur ? Il y a des &#233;l&#233;ments de&lt;i&gt; Trans*&lt;/i&gt; qui je pense, quand ils sont lus par des critiques issus des nouvelles g&#233;n&#233;rations, ne sont pas aussi bien re&#231;us aujourd'hui. Parce que la jeunesse trans est pr&#233;cis&#233;ment le sujet de ces passages. Alors, il se pourrait qu'ils ne r&#233;agissent pas tr&#232;s bien. Mais au moment o&#249; j'ai &#233;crit ce livre, les combats interg&#233;n&#233;rationnels &#233;taient ridicules et avaient besoin d'&#234;tre envisag&#233;s de front. Alors j'esp&#232;re fort que cela donnera une information sur les premi&#232;res d&#233;cennies du XXI&#232;me si&#232;cle et sur la mani&#232;re dont trans* a &#233;volu&#233; d'abord autour de ces combats intestinaux et ensuite, &#224; cause de l'expansion d'un capitalisme autoritaire portant son attention sur les positions critiques du genre et anti-genre, la jeunesse trans a &#233;t&#233; plac&#233;e sous une certaine surveillance. Dans ces conditions, tout ce que je peux dire pour ma d&#233;fense c'est que nous aurions d&#251; avoir un but plus large d&#232;s le d&#233;but. C'est ce que j'essayais de dire &#224; l'&#233;poque. Nous n'aurions pas d&#251; nous quereller les unes avec les autres. Nous ne devrions pas nous disputer aujourd'hui. Nous devrions avoir le but commun d'attaquer ces mouvements &#8220;critiques du genre&#8221; et leur soutien venant des r&#233;gimes autoritaires qui nous gouvernent aujourd'hui, que nous le sachions ou non. En France, je sais que Macron sera probablement remplac&#233; par quelque chose de pire. Et qu'en Allemagne, le parti d'extr&#234;me droite a beaucoup d'influence. Et aux &#201;tats-Unis, Trump se porte de nouveau candidat. Au Br&#233;sil, sans doute Bolsonaro ou quelque autre bolsonariste vont revenir. Et l'Argentine a maintenant un gouvernement de droite. Et dans ces circonstances, et dans ce monde, avec toutes les questions &#233;cologiques qui nous inqui&#232;tent, nous ne pouvons pas nous battre les un&#183;es avec les autres. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Et donc la question d'Emma sur les communs est tr&#232;s importante, et je crois que ce que je voulais c'est mettre au repos quelques sujets sur lesquels on se battait pour dire : des genz se sont battuz durement pendant trente ans pour faire ce qu'iels avaient besoin de faire sans tout le soutien disponible aujourd'hui. Or, avec le soutien et la visibilit&#233;, vient l'attention, et ce n'est pas toujours une bonne chose. Vous savez, il n'y avait pas le m&#234;me genre de ciblage des personnes trans dans les ann&#233;es 1970 et 1980 simplement parce qu'il n'y avait pas de conversation sur les personnes trans dans ces ann&#233;es-l&#224;. On ne savait m&#234;me pas comment trouver quelqu'un&#183;e pour se faire prescrire des hormones ou aucune de ces choses. C'&#233;tait un moment diff&#233;rent. Mais avec la visibilit&#233; et la demande de reconnaissance vient le ciblage, parce que vous demandez &#224; l'&#201;tat quelque chose et l'&#201;tat a maintenant la capacit&#233; d'utiliser cette information qu'il a accumul&#233; sur vous en tant que communaut&#233; pour trouver un moyen de vous exclure, de vous punir, de vous nuire et plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clovis Maillet :&lt;/strong&gt; Peut-&#234;tre que c'est une question li&#233;e : quelles seraient tes strat&#233;gies ou tes id&#233;es pour s'en sortir avec l'id&#233;e de visibilit&#233; sans retourner au placard ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack Halberstam :&lt;/strong&gt; Pour moi, la r&#233;ponse est ici comme ailleurs : il nous faut renforcer nos combats communs. Les combats communs demandent de la solidarit&#233; entre des groupes qui ne se comprennent pas bien qu'ils soient impliqu&#233;s dans le m&#234;me combat. Nous sommes dans un monde o&#249; nous pouvons utiliser les technologies virtuelles pour nous r&#233;unir, et nous ne le faisons pas. Nous les utilisons pour regarder des vid&#233;os de chats et pour avoir ces m&#234;mes d&#233;bats, tu sais, des d&#233;bats adjacents plut&#244;t que des d&#233;bats qui font avancer. Alors, ma strat&#233;gie est de toujours mettre la solidarit&#233; avant les int&#233;r&#234;ts. Et ce que je disais plus t&#244;t dans l'entretien avec la personne du Monde : ce n'est pas une utopie. C'est exactement ce qu'il se passe en Am&#233;rique Latine, &#224; la fois au Chili, en Argentine et au Br&#233;sil, des genz se sont uniz avec solidarit&#233; dans des groupes qui se rassemblent autour des femmes trans. Le transf&#233;minisme en Argentine est un mouvement massif g&#233;r&#233; par des femmes trans, des f&#233;ministes socialistes et des personnes en dehors de l'&#233;conomie formelle. Et iels ont &#233;t&#233; tr&#232;s efficaces. Donc ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas d'exemples. Il y en a. C'est juste que nous avons un peu des &#339;ill&#232;res. Nous continuons de l&#233;gif&#233;rer sur les m&#234;mes points, encore et encore. Je pense que c'est pour cela que Paul B. Preciado, Veronica Gago, Judith Butler sont des personnes qui essaient depuis quelques temps d'articuler la lutte pour et &#224; travers les communs des personnes queer et trans, aux c&#244;t&#233; et en solidarit&#233; avec les luttes anti-racistes et les luttes de classes, comme le Mouvement des Travailleureuses Rurales Sans Terre au Br&#233;sil (Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra). Les &#233;tudes trans ne devraient pas se r&#233;duire aux terfs. La quantit&#233; de textes produits sur les terfs donne l'impression que ce groupe de femmes qui est peut-&#234;tre une centaine dirigent en r&#233;alit&#233; le monde. Elles ne dirigent pas le monde ! Elles sont stupides, et elles font partie d'un r&#233;gime conservateur. Et pendant tout le temps qu'on passe &#224; parler d'elles, il ne reste plus de d&#233;mocraties, et on ne voit plus d'alternative au capitalisme. Et ce qui m'inqui&#232;te. Est-ce qu'on peut sortir de ces bourbiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma Big&#233; :&lt;/strong&gt; Ce que tu dis me fait penser &#224; une&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/XYMediaFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vid&#233;o que XY Media&lt;/a&gt; a publi&#233;e il y a peut-&#234;tre deux jours &#224; propos des p&#233;nuries de testost&#233;rone en France et ailleurs, o&#249; il &#233;tait assez clairement expliqu&#233; comment ces p&#233;nuries &#233;taient connect&#233;es &#224; l'exploitation des travailleureuses du complexe m&#233;dico-industriel et des grandes entreprises pharmaceutiques qui forcent leurs employ&#233;&#8231;es &#224; travailler &#224; flux tendu. Ca m'a frapp&#233; parce que je me suis dit : voil&#224; une belle mani&#232;re de dire &#8220;je n'ai pas besoin de ton aide ; j'ai juste besoin que tu comprennes que cette merde te tue toi aussi, bien que plus doucement&#8221; ; voil&#224; une mani&#232;re puissante de construire une alliance trans*cat&#233;gorielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon je pointe &#231;a d'abord pour faire &#233;cho &#224; ce que tu dis (&#224; savoir : les coalitions trans* existent d&#233;j&#224;, et nous avons besoin de les renommer), mais surtout parce qu'on avait une question, Clovis et moi, qu'on voulait te poser sur une coalition trans* sp&#233;cifique, &#224; savoir celle qu'on pourrait appeler les &#233;cologies trans* ou les &#233;cotransf&#233;minismes. Est-ce que tu saurais d&#233;crire des points o&#249; cette coalition s'est produite, ou aurait des chances de se produire dans un futur proche ? Une mani&#232;re pour trans* d'&#234;tre un appel aux armes contre le capitalisme extractiviste ou comme une clef de lecture pour la crise climatique, un peu &#224; la mani&#232;re dont tu viens de d&#233;crire que le transf&#233;minisme avait fonctionn&#233; comme un appel aux armes pour la gauche radicale en Argentine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jack Halberstam : &lt;/strong&gt; C'est int&#233;ressant, je sors tout juste d'un &#233;v&#233;nement &#224; New York o&#249; il y avait deux personnes qui pensaient justement ces questions : l'une &#233;tait Heather Davis, une chercheuse &#224; la New School qui a &#233;crit ce livre, &lt;i&gt;Plastic Matter&lt;/i&gt;, qui est un livre remarquable o&#249; elle propose un point de vue queer et trans sur la crise &#233;cologique ; et l'autre &#233;tait cette biologiste, Malin Ah-King, qui a notamment &#233;crit un article avec Eva Hayward sur les &#8220;&lt;a href=&#034;https://www.academia.edu/6368781/Toxic_sexes_Perverting_pollution_and_queering_hormone_disruption&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sexes toxiques&lt;/a&gt;&#8221;. Et elles parlaient toutes les deux de la mani&#232;re dont certains groupes &#233;cologistes sont aux prises avec des formes de panique autour du genre, en particulier en ce qui concerne la pollution au plastique et la mani&#232;re dont elle affecte la fonctionnalit&#233; reproductive. Du genre : les &#8220;femmes&#8221; ont du mal &#224; tomber enceintes et les &#8220;hommes&#8221; ont moins de spermatozo&#239;des. Et cette situation cr&#233;e une r&#233;ponse du type : &#8220;oh mon Dieu, on attaque l'ordre du genre ; vite, vite, mettons en place une politique de la puret&#233;, nous avons besoin de nettoyer l'environnement pour redevenir des hommes et des femmes.&#8221; Et c'est ainsi que les paniques &#224; l'&#233;gard des personnes trans et les questions environnementales se trouvent li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/61_ev27plpl._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/61_ev27plpl._ac_uf1000_1000_ql80_.jpg?1731403005' width='500' height='763' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, en nous effor&#231;ant de nous inscrire dans la filiation de l'&#233;pist&#233;mologie f&#233;ministe de Donna Haraway et de Karen Barad notamment, nous &#233;tions l&#224; &#224; essayer d'articuler une &#233;cologie queer et trans qui ne reposerait pas sur un investissement envers les politiques de la puret&#233;, mais qui reconna&#238;trait que nous vivons dans un monde d&#233;cid&#233;ment sale. Autrement dit, comment nous engager &#224; 100% dans l'id&#233;e de rendre le monde plus propre au sens de &#8220;moins polluant&#8221;, sans pour autant nous investir dans la peur de l'impuret&#233; et des mutations du genre, de la fertilit&#233; et des formes de reproduction ? Et Malin Ah-King insistait bien : nous n'arriverons pas &#224; nous d&#233;barrasser enti&#232;rement de la pollution et des mutations qu'elle a provoqu&#233;es ; le plastique ne dispara&#238;tra pas. C'est une des choses que nous apprennent les &#233;tudes queer et trans : le chemin de la puret&#233; et de la restauration compl&#232;te est illusoire ; ce dont nous avons besoin, c'est de pratiques pour apprendre &#224; vivre dans la crasse, dans la merde, dans les ordures, dans le compost, au milieu de la consommation et de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, un b&#233;n&#233;fice des &#233;tudes queer et trans, ce peut aussi &#234;tre d'apprendre &#224; voir comment la famille h&#233;t&#233;ronormative est une institution particuli&#232;rement polluante, et comment des institutions qui n'ont pas l'air d'&#234;tre li&#233;es &#224; l'&#233;cologie le sont en fait profond&#233;ment. Donc bien s&#251;r, les entreprises, et les cadeaux fiscaux qui leur permettent de continuer &#224; fonctionner alors qu'elles polluent continuellement les eaux que nous buvons, sont un probl&#232;me majeur de la lutte environnementale. Mais les &#233;tudes queers et trans, tout en disant cela, nous rappellent qu'il ne faut pas perdre de vue la mani&#232;re dont nous faisons cette critique, et comment les critiques environnementalistes peuvent rejouer, &#224; un autre niveau, le probl&#232;me contre lequel elles luttent. Malin Ah-King donnait l'exemple d'une campagne en Su&#232;de qui s'inqui&#233;tait des faibles taux de spermatozo&#239;des et qui avait pour slogan : &#8220;sauvez l'homme&#8221;, pas &#8220;sauvez les baleines&#8221;, mais &#8220;sauvez l'homme&#8221;, &#8220;le m&#226;le est en danger&#8221;. Et il faut penser que c'est l'&#201;tat qui a lanc&#233; cette campagne, et qu'elle parle &#224; beaucoup de gens, qui se retrouvent &#224; s'inqui&#233;ter des spermatozo&#239;des de leurs enfants, ou de leurs maris. Voil&#224; jusqu'o&#249; l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; vient s'intriquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce langage de l'intrication (Karen Barad) ou du trouble (Donna Haraway) dont nous avons besoin, pour nous dire : nous y sommes et nous ne pouvons pas nous en sortir si facilement ; il y a certains flux qui sont lanc&#233;s pour de bon et ce dont nous avons besoin c'est d'apprendre &#224; vivre avec eux plut&#244;t que de chercher &#224; les &#233;radiquer pour essayer d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de revenir &#224; une puret&#233; intenable. Il nous faut des solutions contre-intuitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je pense &#224; &lt;a href=&#034;https://maxliboiron.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Max Liboiron&lt;/a&gt;, un&#8231;e &#233;cologiste Premi&#232;re Nation qui vit au Canada qui a notamment &#233;crit&lt;i&gt; Pollution is Colonialism&lt;/i&gt;, o&#249; iel d&#233;fend l'id&#233;e que si l'on veut parler de pollution, il faut d'abord que l'on parle politique terrienne et colonialisme. Il y a pollution parce qu'il y a accaparement des terres. L'accaparement des terres par les colons, c'est cela le d&#233;but de l'Anthropoc&#232;ne : pas la machine &#224; vapeur, pas l'usine, mais l'accaparement des terres et des sous-sols, dans lesquels aujourd'hui encore l'extractivisme vient puiser ses ressources. Et sa position est une position trans &#233;cologique autochtone qui s'efforce de nous rappeler qu'avant le colonialisme, il y avait des peuples autochtones qui cultivaient la terre sans la d&#233;figurer, et il le fait vraiment depuis une position qui n'est pas de fantasme de retour &#224; un&lt;i&gt; statu quo ante&lt;/i&gt;, mais plut&#244;t une mani&#232;re de rappeler que ces peuples sont toujours l&#224;, et qu'ils continuent &#224; veiller sur leur territoire, et qu'on aurait beaucoup de choses &#224; apprendre d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, il y a l'&#339;uvre de Barad, et en particulier &lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/transmaterialites/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son article sur les trans*mat&#233;rialit&#233;s&lt;/a&gt;. Je suis tr&#232;s attach&#233; &#224; la mani&#232;re dont iel travaille avec la m&#233;canique quantique et la th&#233;orie quantique des champs, que les personnes qui travaillent dans les humanit&#233;s utilisent rarement parce que, soit disant, on n'y comprend pas grand'chose. Mais je lisais justement un livre sur la physique quantique qui disait : les physicien&#8231;nes non plus n'y comprennent pas grand'chose ; c'est-&#224;-dire que la physique quantique exc&#232;de tellement la capacit&#233; humaine de savoir, d'imaginer, de conceptualiser, que les scientifiques ont beau utiliser des &#233;quations, tout ce qu'iels arrivent &#224; toucher ce sont les ombres des id&#233;es qu'iels essayent de d&#233;crire, au bord de leurs propres capacit&#233;s de comprendre. Et je crois que nous avons besoin de faire cela davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc on est un peu pass&#233; de &#8220;il faut parler &#224; tout le monde et &#234;tre accessible&#8221; &#224; &#8220;nous avons besoin de nous pousser au bord de ce que nous sommes capables de comprendre&#8221;. Mais parce qu'il n'y a que cela pour produire de nouveaux savoirs, non ? Parce que si on le comprend &#224; peine, si ce n'est pas d&#233;j&#224; disponible, alors c'est le genre de mati&#232;res avec lesquelles nous avons besoin d'&#234;tre en dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;traduit de l'anglais par emma b., Fig,&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;o love et matthias et paulus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Image de couverture : 'Still de la vid&#233;o &lt;i&gt;Unresolved Image&lt;/i&gt;, Neige Sanchez et Fig Docher, 2023'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[NdT : cette conversation a eu lieu dans les murs de&lt;a href=&#034;https://www.betonsalon.net/un-tuning-together-pratiquer-l-ecoute-avec-pauline-oliveros&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'exposition Un-Tuning Together : Pratiquer l'&#233;coute avec Pauline Oliveros&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Reconsid&#233;rer la politique sexuelle du fascisme</title>
		<link>https://trounoir.org/Reconsiderer-la-politique-sexuelle-du-fascisme</link>
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		<dc:date>2023-11-30T18:00:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Antif&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Robyn Marasco</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Le sexe est un instrument cl&#233; de la fascisation. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Robyn-Marasco-+" rel="tag"&gt;Robyn Marasco&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-fascisme-+" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/marasco_image.jpg?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;ologie fasciste m&#232;ne une guerre sexuelle. Cela n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne, les femmes se mobilisent de plus en plus en faveur d'une politique d'extr&#234;me-droite (en France, on peut citer non seulement Marine Le Pen, Marion Mar&#233;chal-Le Pen et Tha&#239;s D'Escufon, mais aussi les &#034;m&#232;res inqui&#232;tes&#034; qui militent dans le collectif &#034;Parents Vigilants&#034;). Aux &#201;tats-Unis, m&#234;me son de cloche dans les rangs trumpistes. Dans cet article, la chercheuse Robyn Marasco montre que de nouvelles politiques antif&#233;ministes incarn&#233;es par des femmes s'affirment dans les m&#233;dias, dans les manifestations, dans les colloques, et participent plus largement &#224; un processus de fascisation. Selon elle, il y a deux choses qu'il faut consid&#233;rer : ce que la droite dit &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; femmes et ce que la droite dit &lt;i&gt;aux&lt;/i&gt; femmes. En suivant ce fil, nous pourrions commencer &#224; comprendre comment l'extr&#234;me-droite s'est adapt&#233;e aux changements des structures sociales, et comment mieux la combattre sur ce terrain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.hunter.cuny.edu/polsci/faculty/Marasco&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robyn Marasco&lt;/a&gt; est professeure agr&#233;g&#233;e de sciences politiques au Hunter College et au Graduate Center de la City University of New York, autrice de &lt;i&gt;The Highway of Despair : Critical Theory after Hegel &lt;/i&gt; (Columbia, 2015).&lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru initialement &lt;a href=&#034;https://www.historicalmaterialism.org/blog/reconsidering-sexual-politics-fascism&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site Historical Materialism en juin 2021&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux femmes ont &#233;t&#233; tu&#233;es lors des &#233;meutes au Capitole, mais seule l'une d'entre elles, Ashli Babbitt, est devenue une martyre du mouvement. L'autre femme, Roseanne Boyland, pi&#233;tin&#233;e par une foule de partisans de Trump peu apr&#232;s son arriv&#233;e au Capitole, est apparue dans une vid&#233;o brandissant un drapeau Gadsen (&#171; Don't Tread on Me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[NdT] Ne me marche pas dessus !, lanc&#233; &#224; l'aube de la R&#233;volution am&#233;ricaine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). L'ironie tragique de la mort de M. Boyland est devenue un meme comique &#224; gauche. Mais &#224; droite, c'est Ashli Babbitt dont on se souvient et que l'on comm&#233;more. Aujourd'hui, son nom est associ&#233; &#224; tous les meurtres de personnes noir.es perp&#233;tr&#233;s par la police. #&lt;i&gt;Sayhername&lt;/i&gt;, le hashtag utilis&#233; pour donner de la visibilit&#233; aux sch&#233;mas de violence polici&#232;re contre les femmes noires, a &#233;t&#233; rapidement appropri&#233; pour masquer cette violence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'appropriation est partout &#224; droite aujourd'hui, de l'attaque contre le &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ashli Babbitt est devenue pour la droite la contre-image de Sandra Bland et de Breonna Taylor, la preuve que seules certaines vies comptent pour la gauche et que certaines femmes sont pr&#234;tes &#224; tout sacrifier pour leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des images vid&#233;o, prises quelques instants avant sa mort, montrent cette v&#233;t&#233;rane de l'arm&#233;e de l'air &#226;g&#233;e de 35 ans prenant d'assaut le Capitole des &#201;tats-Unis avec un drapeau am&#233;ricain entourant ses &#233;paules comme une cape, puis hiss&#233;e &#224; travers une porte en verre bris&#233;e pour entrer dans le b&#226;timent, et enfin abattue d'une balle dans la nuque par un policier en civil avant de s'effondrer sur le sol. Lorsqu'elle fut abattue, Babbitt n'&#233;tait pas arm&#233;e ; mais de nombreuses personnes dans la foule qui l'entourait portaient des armes et, juste derri&#232;re la vitre bris&#233;e, plusieurs membres de la Chambre des repr&#233;sentants des &#201;tats-Unis &#233;taient en train de prendre la fuite. Deux semaines plus tard, la droite a organis&#233; une 'marche du million de martyrs' pour comm&#233;morer Babbitt. L'affiche, enti&#232;rement noire, comporte en son centre l'illustration d'une femme en blanc, devant le d&#244;me du Capitole, une larme de sang rouge au cou, aur&#233;ol&#233;e de quatre &#233;toiles blanches. L'&#233;meute du 6 janvier a g&#233;n&#233;r&#233; toute une s&#233;rie d'images qui seront utilis&#233;es par la droite comme des outils de recrutement dans les ann&#233;es &#224; venir. Mais Ashli Babbitt, sous les traits de la Lady Liberty, se distingue par son esth&#233;tique 'f&#233;minine'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le martyre d'Ashli Babbitt soul&#232;ve deux questions distinctes mais li&#233;es &#8211; ce que la droite dit &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; femmes et ce qu'elle dit &lt;i&gt;aux&lt;/i&gt; femmes &#8211; dont les r&#233;ponses nous renseigneront sur ses modalit&#233;s d'adaptation aux changements de la structure sociale et sur sa mani&#232;re d'alimenter des formes contradictoires de r&#233;action politique. &#201;crivant dans les ann&#233;es 1970 sur le fascisme et la f&#233;minit&#233;, la marxiste-f&#233;ministe Maria Antonietta Macciocchi a not&#233; l'&#233;trange silence sur ces questions, comme si nous pouvions comprendre le fascisme sans comprendre &#233;galement comment il parle &lt;i&gt;aux&lt;/i&gt; femmes et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;des&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;femmes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Donna &#171; Nera &#187; : Consenso Femminile e fascismo de Macchiochi est &#233;puis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour Macciocchi, une th&#233;orie critique du fascisme devait commencer par la forme distinctive d'&#171; antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; qui est engendr&#233;e par la supr&#233;matie masculine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle &#233;crit : &#171; Je parle au nom de celles qui ont tu&#233; l'antif&#233;minisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle a confront&#233; l'ancienne gauche &#224; son incapacit&#233; &#224; prendre le sexe au s&#233;rieux en tant que lieu de domination et de lutte. D&#232;s lors, elle a insist&#233; pour que la th&#233;orie et la pratique antifascistes deviennent une th&#233;orie et une pratique &lt;i&gt;f&#233;ministes&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'elles comprennent et combattent la politique sexuelle de la droite, ainsi que les tendances fascistes de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macciocchi a trouv&#233; les ressources pour cette th&#233;orie f&#233;ministe du fascisme dans le marxisme, en particulier celui d'Antonio Gramsci, ainsi que dans la tradition psychanalytique, plut&#244;t de Wilhelm Reich. &lt;i&gt;La Donna 'Nera' : Consenso Femminile e fascismo&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1976, est remarquable en ce qu'il est un des rares textes dans la longue histoire du freudo-marxisme &#224; &#234;tre anim&#233; par des objectifs et un programme f&#233;ministes. Pour Macciocchi, la psychanalyse fournit l'explication de l'adh&#233;sion des femmes au fascisme, qu'elle consid&#232;re comme une forme de masochisme f&#233;minin et d'irrationalisme de masse. Quelles que soient les limites de cet argument, Macciocchi a pos&#233; une question primordiale sur la politique en tant que question &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; les femmes : pourquoi les femmes luttent-elles pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut ? Comment les femmes en viennent-elles &#224; d&#233;sirer leur propre domination et m&#234;me &#224; la d&#233;fendre jusqu'&#224; la mort ? Comment la f&#233;minit&#233; elle-m&#234;me se construit-elle autour de cette curieuse pulsion de mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, en 1979, la f&#233;ministe radicale Andrea Dworkin publiait &#171; The Promise of the Ultra-Right &#187;, qui allait devenir le premier chapitre de &lt;i&gt;Right-Wing Women : The Politics of Domesticated Females&lt;/i&gt;, qui entend montrer comment le &#171; conservatisme de mouvement &#187; (&lt;i&gt;movement conservatism&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Ndt] Le conservatisme de mouvement est un terme utilis&#233; par les analystes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis est parvenu &#224; mobiliser les femmes &lt;i&gt;en tant que femmes&lt;/i&gt; au nom de la supr&#233;matie masculine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Dworkin, Right-Wing Women : The Politics of Domesticated Females (New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bien qu'elle ne soit ni marxiste ni freudienne, et que son livre se distingue par l'absence de r&#233;f&#233;rence &#224; ces traditions bien &#233;tablies, Dworkin fait &#233;cho &#224; Macciocchi en soulignant le r&#244;le des femmes dans la mobilisation de l'extr&#234;me droite. Elle s'est concentr&#233;e sp&#233;cifiquement sur le cas am&#233;ricain, sans aucun doute diff&#233;rent des mouvements en Italie et en Am&#233;rique latine qu'a &#233;tudi&#233;s Macciocchi.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Macciocchi &#233;voque effectivement Hitler et le fascisme allemand, mais une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle a ainsi consid&#233;r&#233; le soutien des femmes blanches &#224; l'extr&#234;me droite comme un calcul essentiellement rationnel, tout &#224; fait &#224; l'oppos&#233; des id&#233;es de Macciocchi sur l'instinct et l'irrationalisme. Toutefois, Dworkin insiste elle aussi sur le fait que la politique sexuelle de la droite est la cl&#233; de son succ&#232;s. Elle souligne le pouvoir de femmes comme Anita Bryant, Ruth Carter Stapleton et surtout Phyllis Schlafly&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[NdT] Phyllis Schlafly &#233;tait une lobbyiste conservatrice am&#233;ricaine, connue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ont mobilis&#233; le soutien des femmes en faveur de leur propre soumission et de leur statut de seconde classe &#8211; pr&#233;f&#233;rable, somme toute, &#224; l'absence de statut. Comme Macciocchi, Dworkin s'en prend au culte de la f&#233;minit&#233; qui vient loger la supr&#233;matie masculine dans le c&#339;ur des femmes conservatrices, tout comme dans celui des hommes. Elle consid&#232;re &#233;galement l' &#171; antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; comme une force politique puissante, trop souvent n&#233;glig&#233;e et m&#233;connue. Les deux penseuses analysent l'institution et l'id&#233;ologie de la famille patriarcale comme un terreau fertile pour le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture contemporaine jette une lumi&#232;re nouvelle sur ces textes anciens et sur l'image de &#171; l'antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; qui s'en d&#233;gage. Je commence par Ashli Babbitt pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle n'&#233;tait pas la femme au foyer typique de la &lt;i&gt;mailing list&lt;/i&gt; d'Eagle Forum (lobby conservateur d&#233;fendant une politique familiale traditionnelle, NdT). Elle n'&#233;tait pas non plus la Madone en deuil que Macciocchi voyait &#224; la racine des mouvements fascistes. En ce sens, elle n'incarne ni la f&#233;minit&#233; traditionnelle ni la f&#233;minit&#233; mythique. En fait, Ashli &#233;tait plut&#244;t du genre &lt;i&gt;&#224; faire partie des mecs&lt;/i&gt;. Ancienne combattante des guerres d'Irak et d'Afghanistan, Ashli Babbitt a servi pendant 14 ans dans l'arm&#233;e de l'air des &#201;tats-Unis, quatre en service actif, deux en tant que r&#233;serviste et six autres dans la garde nationale. Elle a pris sa retraite de l'arm&#233;e dans les rangs inf&#233;rieurs du commandement, avec quelques m&#233;dailles pour son service, mais avant de pouvoir pr&#233;tendre &#224; une pension compl&#232;te. Sur les photos qui ont circul&#233; apr&#232;s sa mort, elle incarne la sexualit&#233; du &lt;i&gt;tomboy&lt;/i&gt;, tann&#233; par le soleil, d'une soci&#233;t&#233; (et d'une arm&#233;e) sexuellement int&#233;gr&#233;e : queue de cheval, casquette rouge MAGA (&#171; Make America Great Again &#187;, NdT), d&#233;bardeurs, treillis, lunettes de soleil, short en jeans, drapeaux am&#233;ricains, muscles band&#233;s. Ashli &#233;tait divorc&#233;e et remari&#233;e, sans enfant, vivant avec son second mari et sa petite amie dans ce que les tablo&#239;ds qualifient de &#171; couple &#224; trois &#187;, mais qui n'&#233;tait, en tout cas, pas tout &#224; fait conventionnel. Son compte Twitter indique qu'elle a vot&#233; pour Barack Obama, mais c'est sa haine &#224; l'encontre Hillary Clinton qui l'aurait &#171; radicalis&#233;e &#187;. Elle a trouv&#233; d'autres cibles en Nancy Pelosi, Maxine Waters et Kamala Harris. C'est une nouvelle forme d' &#171; antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; qui s'est empar&#233;e de Babbitt, un concentr&#233; de r&#233;actions &#224; l'encontre les femmes leaders du Parti d&#233;mocrate. Lorsqu'elle est partie manifester au Capitole, elle &#233;tait propri&#233;taire d'un magasin de mat&#233;riels de piscine en faillite dans la banlieue de San Diego, et cribl&#233;e de dettes. L'affiche appos&#233;e sur la porte de son magasin d&#233;clarait qu'il s'agissait d'une &#171; zone autonome sans masque &#187; en signe de protestation contre les restrictions impos&#233;es par l'&#201;tat &#224; l'&#233;gard du Covid-19. Plus bas, on pouvait lire : &#171; On se serre la main comme des gars &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l' &#171; ultra-droite &#187; (terme de Dworkin) avait autrefois promis aux femmes blanches la s&#233;curit&#233; et la s&#251;ret&#233; de la domesticit&#233; patriarcale, elle leur offre aujourd'hui autre chose, quelque chose de plus imm&#233;diatement transgressif, de plus sensible aux pulsions destructrices et aux forces antisociales, et de plus proche de l'&#233;galit&#233; qu'elle rejette et de la libert&#233; &#224; laquelle elle renonce. Elle offre aux femmes blanches un r&#233;cit de leur malheur et une ar&#232;ne affective pour exprimer leur rage.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, Holloway Sparks, &#8220;Mama Grizzlies and Guardians of the Republic : The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Schlafly et d'autres &#171; conservateurs du mouvement &#187; ont autrefois vant&#233; &#171; le pouvoir de la femme positive &#187;, mais la droite comprend aujourd'hui le pouvoir et la puissance du n&#233;gatif. Elle se d&#233;lecte de la col&#232;re des femmes blanches et nourrit leur ressentiment. Elle encourage leur agressivit&#233;. Et c'est &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt;, &#224; mon avis, que r&#233;side au moins une partie de son attrait. Il ne s'agit pas simplement de prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts (en tant que femmes blanches, petites-bourgeoises, femmes ayant la citoyennet&#233; am&#233;ricaine), ni m&#234;me de d&#233;sirer sa propre domination, mais d'acc&#233;der aux plaisirs de l'affect et de l'action &#171; masculins &#187;. Il s'agit d'un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; &#224; certaines femmes, ce qui est en partie le but recherch&#233;. Il s'agit d'une forme d' &#171; antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; qui refl&#232;te le f&#233;minisme n&#233;olib&#233;ral auquel il s'oppose, une autre version d&#233;grad&#233;e du &#171; tout avoir &#187;, o&#249;, au lieu de la carri&#232;re professionnelle et de la famille reproductive h&#233;t&#233;rosexuelle, les femmes peuvent avoir un entra&#238;nement au combat, des AR 15 (fusil semi-automatique, NdT), une sexualit&#233; polyamoureuse, le conspirationnisme et, par-dessus tout, un semblant de pouvoir qui se substitue au pouvoir r&#233;el. Certaines femmes veulent un si&#232;ge &#224; la table du conseil d'administration. D'autres veulent &#234;tre dans l'&#339;il du cyclone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ocean Beach, le quartier &#171; boh&#232;me &#187; o&#249; Babbitt a &#233;lu domicile, se trouve &#224; environ 60 kilom&#232;tres de Camp Pendleton, l'une des plus grandes bases du corps des Marines aux &#201;tats-Unis. L'arm&#233;e, la plage et la fronti&#232;re sont les institutions les plus puissantes de San Diego et donnent &#224; la r&#233;gion sa culture politique particuli&#232;re. Depuis plusieurs d&#233;cennies, l'extr&#234;me droite a adopt&#233; une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e pour infiltrer l'arm&#233;e am&#233;ricaine. Et la Californie du Sud est depuis longtemps un foyer de supr&#233;macistes blancs et de skinheads. Mais il ne semble pas que Babbitt ait fait partie de ce milieu, ni m&#234;me qu'elle ait &#233;t&#233; radicalis&#233;e pendant son service dans l'arm&#233;e de l'air. Il est plus probable qu'elle ait &#233;t&#233; form&#233;e, comme des millions d'autres, dans les rangs inf&#233;rieurs de l'appareil de s&#233;curit&#233; am&#233;ricain, fa&#231;onn&#233;e par la politique locale d'une fronti&#232;re nationale situ&#233;e &#224; seulement 40 kilom&#232;tres de chez elle, et tourn&#233;e vers l'extr&#234;me droite par 'bon sens' et sa communaut&#233;. Les femmes repr&#233;sentent environ 15 % de l'arm&#233;e am&#233;ricaine, o&#249; elles sont soumises &#224; des niveaux choquants de harc&#232;lement et d'agression sexuels. C'est &#233;galement l&#224; que les femmes apprennent &#224; &#171; serrer la main comme des gars &#187; et participent aux rituels de violence sexiste auxquels elles sont r&#233;guli&#232;rement soumises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portrait du masochisme f&#233;minin dress&#233; par Macciocchi ne peut rendre compte de la complexit&#233; d'une Ashli Babbitt. Et la repr&#233;sentation de Dworkin des femmes de droite ne saisit rien de l'irrationalisme, pour lequel la psychanalyse reste notre meilleur vocabulaire th&#233;orique disponible. N&#233;anmoins, ces deux penseuses sont tr&#232;s attentives &#224; ce que Horkheimer et Adorno d&#233;crivent comme le &#171; fascisme potentiel &#187; latent de nos institutions existantes, ainsi qu'aux processus de &lt;i&gt;fascisation&lt;/i&gt;, pour utiliser la terminologie tr&#232;s utile d'Ugo Palheta, qui exploitent ce potentiel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor Adorno et al, The Authoritarian Personality, (London : Verso, 2019).&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Du moins, toutes deux consid&#232;rent que le sexe est un instrument cl&#233; de la fascisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palheta d&#233;finit la fascisation comme une &#171; p&#233;riode historique enti&#232;re &#187;, soit comme un processus qui pr&#233;pare une population au fascisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ugo Palheta, &#8220;Fascism, Fascisation, Antifascism,&#8221; Historical Materialism, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il identifie &#171; deux vecteurs principaux &#187; de la fascisation : &#171; le durcissement autoritaire de l'&#201;tat et la mont&#233;e du racisme &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je pense qu'il vaut la peine de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce durcissement autoritaire de l'&#201;tat en relation avec le durcissement de la personnalit&#233; qu'implique l'id&#233;e reichienne d'une &#171; cuirasse caract&#233;rielle &#187;. Mais, plus fondamentalement encore, peut-on parler de fascisation sans parler de sexe ? Serons-nous en mesure de comprendre le fascisme actuel et ses liens avec les fascismes pass&#233;s ? Comprendrons-nous comment la misogynie en ligne devient une drogue introductive &#224; l'extr&#234;me droite, comment le monde des militants des droits des hommes, des sp&#233;cialistes de la s&#233;duction, des trolls MGTOW et des &#171; c&#233;libataires involontaires &#187; (&lt;i&gt;incels&lt;/i&gt;, NdT) se superpose &#224; celui des supr&#233;macistes blancs, des miliciens et des gar&#231;ons fiers, ou m&#234;me comment un &#233;pisode relativement mineur comme le #gamergate pourrait &#234;tre d&#233;crit de mani&#232;re plausible comme l'un des &#233;v&#233;nements qui inaugurent l'&#232;re Trump ? Reconna&#238;trons-nous dans le mythe du &#171; Grand Remplacement &#187; une tentative de contr&#244;le de la sexualit&#233; des femmes, ainsi qu'une panique raciste et culturaliste ? Plus encore, sans voir le sexe comme un instrument de fascisation, pouvons-nous comprendre les antivax, les m&#232;res de yoga et les gourous du bien-&#234;tre qui font partie de la r&#233;surgence de la nouvelle droite, comment la conspiration Q-anon mobilise les craintes des femmes pour leurs enfants ? Pouvons-nous comprendre comment la politique de #MeToo - qui positionne certaines comme des victimes d'avances sexuelles non d&#233;sir&#233;es du patron, d'autres comme la femme du patron, et d'autres encore comme des m&#232;res qui esp&#232;rent que leurs jeunes fils deviendront des patrons - fa&#231;onne le moment pr&#233;sent ? Pouvons-nous expliquer comment un mouvement relativement marginal, comme #tradlife, s'inscrit dans le projet politique plus large de l'antif&#233;minisme de droite ? Pouvons-nous entendre ses &#233;chos plus doux parmi les 'fash-curieux' et la gauche trad-socialiste ? Pouvons-nous comprendre une situation politique dans laquelle les f&#233;ministes radicales trans-exclusives (TERF) sont aux ordres des fondamentalistes religieux et des nationalistes culturels ? Comprendrons-nous pourquoi la lib&#233;ration trans n'est pas seulement un projet f&#233;ministe mais aussi antifasciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Macciocchi et Dworkin consid&#233;raient comme une nouveaut&#233; dans les mouvements r&#233;actionnaires qu'elles observaient, &#224; savoir la mobilisation de &#171; l'antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; pour d&#233;fendre la domination masculine, pourrait plut&#244;t appara&#238;tre comme une strat&#233;gie continue et &#233;volutive de la droite. Il est frappant de constater que ni Macciocchi ni Dworkin ne re&#231;oivent beaucoup d'attention dans les d&#233;bats sur le fascisme aujourd'hui, en particulier lorsqu'il appara&#238;t que tous les grands penseurs du vingti&#232;me si&#232;cle ont &#233;t&#233; relus pour avoir pr&#233;dit ces d&#233;veloppements. C'est comme si la gauche ne savait toujours pas comment parler des femmes et de la droite, ce qui implique qu'elle ne sait pas comment lutter pour la lib&#233;ration que le f&#233;minisme exige.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;vident que Macciocchi et Dworkin participent de la m&#234;me analyse. Elles ont &#233;crit dans des contextes nationaux et historiques diff&#233;rents, ont d&#233;fendu des id&#233;es tr&#232;s &#233;loign&#233;es sur l'histoire et la soci&#233;t&#233;, ont men&#233; des politiques f&#233;ministes divergentes et ont combattu des mouvements r&#233;actionnaires sp&#233;cifiques. Elles ont &#233;galement adopt&#233; des positions antagonistes quant &#224; la compatibilit&#233; ultime du marxisme et du f&#233;minisme et &#224; l'utilisation de la psychanalyse dans les politiques f&#233;ministes. Macciocchi est n&#233;e l'ann&#233;e o&#249; Mussolini s'est empar&#233; du pouvoir, de parents antifascistes vivant dans la r&#233;gion du Latium. Elle deviendra une journaliste reconnue et une femme politique &#233;lue, bien que sa premi&#232;re th&#233;orie critique du fascisme, conjuguant des arguments marxistes, f&#233;ministes et psychanalytiques, soit m&#233;connue et en grande partie ignor&#233;e. Membre du Parti communiste italien (PCI) et adepte de Gramsci, elle a pr&#233;sent&#233; ses id&#233;es au public fran&#231;ais &#224; Paris et &#224; Alger et les a d&#233;fendues contre les critiques, notamment celles de Louis Althusser. Sa correspondance avec Althusser &#224; la fin des ann&#233;es 1960 a conduit &#224; une rupture importante avec le PCI.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maria Antonietta Macciocchi, &#171; Letters from Inside the Communist Party to (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans les ann&#233;es 1970, elle a &#233;t&#233; exclue du parti pour son soutien au mao&#239;sme et &#224; la r&#233;volution culturelle. Plus tard dans sa vie, apr&#232;s une rencontre avec le pape Jean-Paul II, elle s'est repositionn&#233;e vers l'&#201;glise et ses enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette &#171; conversion &#187; tardive soit d'une certaine mani&#232;re surprenante, il est &#233;galement vrai que Macciocchi a toujours consid&#233;r&#233; l'&#201;glise et la religion comme &#233;tant au centre de la vie politique italienne. Dans &lt;i&gt;La Donna 'Nera'&lt;/i&gt;, elle affirmait d&#233;j&#224; que le mythe catholique de la sexualit&#233; f&#233;minine - la m&#232;re vierge comme contre-image de la putain pitoyable - constituait la base id&#233;ologico-psychologique du fascisme. Mussolini s'est engag&#233; sur un terrain politique d&#233;j&#224; d&#233;fini et fa&#231;onn&#233; de mani&#232;re significative par des institutions et des id&#233;ologies conservatrices. Et il a engag&#233; des femmes sur ce terrain, des femmes qui avaient perdu leurs fils et leurs fr&#232;res &#224; la guerre et qui voulaient une politique qui valorise et v&#233;n&#232;re la mort. Selon Macciocchi, une 'f&#233;minit&#233; martyre, funeste et n&#233;crophile' est &#224; la base du fascisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Macciocchi, &#8220;Female Sexuality in Fascist Ideology,&#8221; 68.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bien qu'elle s'&#233;gare parfois dans une vision simpliste des femmes comme &#233;tant 'instinctivement' soumises et enclines &#224; l'irrationnel, une grande partie de son analyse se concentre sur ce que les critiques contemporains ont appel&#233; le 'culte de la mort' du fascisme et sur la mani&#232;re dont les femmes rev&#234;tent la 'cuirasse caract&#233;rielle' du fascisme. Elle a repris cette derni&#232;re id&#233;e de Wilhelm Reich, qui a trait&#233; la mont&#233;e du fascisme comme une pathologie de la r&#233;pression sexuelle, de l'inhibition et de l'anxi&#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reich a d&#233;velopp&#233; l'id&#233;e de &#171; cuirasse caract&#233;rielle &#187; comme une synth&#232;se de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Comme d'autres dans la tradition freudo-marxiste, Macciocchi a vu le fascisme comme une sorte d'irrationalisme de masse, affligeant les femmes de mani&#232;re distincte. Elle a trouv&#233; dans la psychanalyse les outils permettant d'expliquer comment un projet agressivement masculiniste obtient son soutien le plus assur&#233; de femmes, y compris de celles qui en seraient les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal argument de Macciocchi est que l'analyse marxiste doit &#234;tre &lt;i&gt;quelque peu&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#233;largie&lt;/i&gt; pour tenir compte de la politique sexuelle du fascisme. Elle insiste sur le fait que les femmes travailleuses ont connu une situation mis&#233;rable sous le r&#233;gime de Mussolini. Les salaires des femmes ont chut&#233; jusqu'&#224; 50 %. Les femmes ont &#233;t&#233; licenci&#233;es, en particulier dans les professions lib&#233;rales, et il leur a &#233;t&#233; interdit d'exercer la m&#233;decine. Elles n'ont plus pu enseigner dans certains &#233;tablissements ni &#233;tudier certaines mati&#232;res. L'autonomie et l'action des femmes en mati&#232;re de procr&#233;ation ont &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement restreintes. Elles sont m&#234;me d&#233;pouill&#233;es de leur or, par exemple le 18 d&#233;cembre 1935, lorsque Mussolini d&#233;clare le &lt;i&gt;Jour de la foi&lt;/i&gt; et demande aux femmes italiennes de donner leur alliance &#224; l'&#201;tat. C'&#233;tait juste un mois apr&#232;s que la Soci&#233;t&#233; des Nations a impos&#233; des sanctions &#224; l'Italie pour l'invasion de l'&#201;thiopie &#8211; et le r&#233;gime avait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin d'argent et d'une d&#233;monstration de soutien. Rien qu'&#224; Rome, les fascistes ont collect&#233; des centaines de milliers d'alliances. &#192; Milan, ils en ont collect&#233; presque autant. M&#234;me &#224; New York, Philadelphie et Chicago, des milliers de femmes ont envoy&#233; de l'or au Duce. On estime que le gouvernement italien a re&#231;u jusqu'&#224; 100 millions de dollars en or de la part de femmes du monde entier. En retour, les femmes recevaient de petits anneaux de fer &#224; porter &#224; la place de leurs alliances, parfois grav&#233;s de la signature de Mussolini. Ils &#233;taient utilis&#233;s lors des c&#233;r&#233;monies de remariage, pour sceller le second mariage d'une femme avec l'&#201;tat, consid&#233;r&#233; par Macciocchi comme un 'mariage mystique sous le signe de la Mort (guerre) et de la Naissance (berceaux)'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Macciocchi, &#8220;Female Sexuality in Fascist Ideology,&#8221; 72.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les conditions mat&#233;rielles des femmes se sont d&#233;grad&#233;es sous le fascisme, mais leur attachement au r&#233;gime en est rest&#233; ind&#233;fectible. Il flottait sur le quotidien l'ombre de la mort. Mussolini parle de 'cercueils et de berceaux' et exalte les femmes en tant qu'&#233;ternelles gardiennes de la vie et de la mort. La psychanalyse pourrait rendre compte des &#233;l&#233;ments du mythe fasciste qui excitent nos pulsions psychologiques les plus profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la psychanalyse a d&#251; &#234;tre r&#233;examin&#233;e pour rendre compte du mythe de la sexualit&#233; f&#233;minine au centre de l'inconscient fasciste. Pour Macciocchi, la rencontre et les noces de la vie et de la mort dans l'inconscient fasciste &#233;taient solidement model&#233;es par les institutions concr&#232;tes de l'&#201;glise et de la famille. Le fascisme n'&#233;tait pas une rupture avec la tradition, mais au contraire sa v&#233;n&#233;ration creuse et son activation instrumentale. 'La peste '&#233;motionnelle' du fascisme se propage &#224; travers une &#233;pid&#233;mie de familialisme' qui exige des femmes qu'elles se soumettent '&#224; celui qui tient le fouet'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 73.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fascisme est une conqu&#234;te sp&#233;cifique de la rue, mais il est n&#233; dans le dispositif familial. Malgr&#233; ses divergences avec Althusser ('un professeur, depuis sa chaise parisienne'), Macciocchi reprend &#233;galement ses concepts les plus remarquables, lorsqu'elle &#233;crit : &#034;Les id&#233;es qui dominent les piliers de l'appareil id&#233;ologique d'&#201;tat, gr&#226;ce aux forces conjointes du capitalisme et du fascisme, s'articulent autour du familialisme, de l'antif&#233;minisme, du patriarcat&#034;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 79.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces id&#233;es sont les 'pratiques rituelles' par lesquelles les femmes 'acceptent volontairement les 'attributs royaux de la f&#233;minit&#233; et de la maternit&#233;'.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 77.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elles sont renforc&#233;es, par exemple, par 'les quatre encycliques papales qui ont &#233;t&#233; promulgu&#233;es contre les femmes et leur travail, dans le but de n'exiger d'elles rien d'autre que la procr&#233;ation et, par cons&#233;quent, de leur interdire le divorce, la pilule contraceptive, l'avortement, etc.'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 74.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fait est que les institutions et leurs id&#233;ologies construisent la 'cuirasse caract&#233;rielle' de la f&#233;minit&#233; dont d&#233;pend le fascisme. L'id&#233;e de Reich de 'cuirasse de caract&#232;re' &#233;tait elle-m&#234;me une reconstruction freudienne de l'id&#233;e marxiste de &lt;i&gt;Charaktermaske&lt;/i&gt; et faisait r&#233;f&#233;rence aux couches endurcies de la subjectivit&#233; qui se forment pour se d&#233;fendre contre la douleur et le d&#233;plaisir, qui sont end&#233;miques au patriarcat capitaliste.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de Reich de &#171; cuirasse de caract&#232;re &#187; a une dimension corporelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fascisme s'adressait aux femmes par le biais de la 'cuirasse caract&#233;rielle' de la f&#233;minit&#233;. Il leur a permis de confondre cette cuirasse avec le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Dworkin n'&#233;tait pas marxiste et ne pensait pas que le f&#233;minisme pouvait &#234;tre se nouer au marxisme. Macciocchi avait critiqu&#233; une 'ultra-gauche infantile' qui croyait que la r&#233;volution ouvri&#232;re r&#233;soudrait le probl&#232;me de l'oppression sexuelle. Elle mettait en cause la gauche non seulement pour l'accent qu'elle mettait sur la production au d&#233;triment de la reproduction, mais aussi pour un fascisme &#224; rebours qui cherchait &#224; purifier de la politique les luttes pour la reproduction. Toutefois, Macciocchi croyait au mariage heureux du marxisme et du f&#233;minisme. Dworkin, elle, est l'enfant de leur divorce. Une partie de la pol&#233;mique dans &lt;i&gt;Right-Wing Women&lt;/i&gt; est que c'est malheureusement la droite &#8211; et &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; la gauche &#8211; qui a pris au s&#233;rieux les pr&#233;occupations des femmes, m&#234;me si seules les femmes chr&#233;tiennes blanches, de classe moyenne et h&#233;t&#233;rosexuelles &#233;taient incluses dans cette cat&#233;gorie et que ce qu'elle offrait &#233;tait la fausse 's&#233;curit&#233;' du m&#233;nage et une place subordonn&#233;e au sein de celui-ci.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que cela d&#233;passe le cadre de ma lecture, il convient de noter ici que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La psychanalyse ne lui apportait pas grand-chose non plus. Son sujet normatif &#233;tait masculin et son lieu de formation, la famille patriarcale. Plus important encore, pour Dworkin, les conflits sexuels qui produisent les personnalit&#233;s des hommes et des femmes ne sont &lt;i&gt;pas si profonds&lt;/i&gt;, comme le sugg&#232;re l'id&#233;e freudienne de l'inconscient. Tout ce sexe et toute cette mort sont simplement de surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Macciocchi, Dworkin consid&#232;re les institutions et id&#233;ologies religieuses conservatrices comme un point de contact essentiel entre le conservatisme traditionnel et l'extr&#234;me droite active. Elle a dress&#233; le profil de femmes conservatrices de confession baptiste du Sud et catholique, montrant comment chacune d'entre elles cherchait &#224; convaincre les femmes du prix qu'elles devaient payer pour les b&#233;n&#233;fices de la protection masculine. Certaines de ces femmes croyaient profond&#233;ment &#224; la supr&#233;matie masculine. D'autres &#233;taient plus strat&#233;giques dans leurs conseils. Aucune ne l'&#233;tait plus que Schlafly elle-m&#234;me, 'poss&#233;d&#233;e par Machiavel et non par J&#233;sus' et singuli&#232;re parmi les femmes de droite pour sa ruse et sa force.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dworkin, Right-Wing Women, 26.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Voici ce qu'&#233;crit Dworkin sur Schlafly, et qui m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; en long et en large :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contrairement &#224; la plupart des autres femmes de droite, Schlafly, dans ses &#233;crits et ses discours, reconna&#238;t n'avoir connu aucune des difficult&#233;s qui d&#233;chirent les femmes. De l'avis de beaucoup, son caract&#232;re impitoyable en tant qu'organisatrice est le mieux d&#233;montr&#233; par sa propagande d&#233;magogique contre l'amendement sur l'&#233;galit&#233; des droits, bien qu'elle s'exprime &#233;galement avec &#233;loquence contre la libert&#233; de procr&#233;ation, le mouvement des femmes, le grand gouvernement et le trait&#233; du canal de Panama. Ses racines, et peut-&#234;tre son c&#339;ur tel qu'il est, sont dans l'ancienne droite, mais elle est rest&#233;e inconnue du grand public jusqu'&#224; ce qu'elle parte en croisade contre l'amendement sur l'&#233;galit&#233; des droits. Il est probable que son ambition soit d'utiliser les femmes comme &#233;lectorat pour acc&#233;der &#224; l'&#233;chelon sup&#233;rieur du leadership masculin de la droite. Il se peut qu'elle d&#233;couvre qu'elle est une femme (au sens o&#249; les f&#233;ministes entendent ce terme), car ses coll&#232;gues masculins refusent de la laisser sortir du ghetto des questions f&#233;minines et p&#233;n&#233;trer dans la cour des grands. En tout cas, elle semble pouvoir manipuler les peurs des femmes sans les &#233;prouver. Si tel est le cas, ce talent lui conf&#233;rerait un d&#233;tachement inestimable et froid en tant que strat&#232;ge d&#233;termin&#233;e &#224; convertir les femmes en militantes antif&#233;ministes. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les femmes ont &#233;t&#233; form&#233;es &#224; respecter et &#224; suivre ceux qui les utilisent que Schlafly inspire crainte et d&#233;votion aux femmes qui ont peur d'&#234;tre priv&#233;es de la structure, de l'abri, de la s&#233;curit&#233;, des r&#232;gles et de l'amour que la droite promet et dont elles croient que leur survie d&#233;pend. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 26-7.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schlafly est ici d&#233;peinte comme une chuchoteuse &#224; l'intention des 'femmes domestiqu&#233;es' (terme repris par Dworkin). Elle est capable d'utiliser les peurs des femmes pr&#233;cis&#233;ment parce que les femmes domestiqu&#233;es sont pr&#233;par&#233;es &#224; suivre ceux qui les exploitent. Ce qu'elle offre aux femmes, c'est la promesse d'un monde dans lequel elles restent en s&#233;curit&#233; et prot&#233;g&#233;es. Cette promesse repose sur l'id&#233;e 'machiav&#233;lique' qu'il s'agit d'un 'monde d'hommes' et qu'il incombe aux femmes de s'y faire une place. Pour Dworkin, cette promesse constituait l'aveu indirect d'un monde qui est une zone de guerre hostile pour les femmes. Ce que Macciocchi appelait la 'cuirasse caract&#233;rielle' de la f&#233;minit&#233;, Dworkin le voyait comme l'instinct de survie. Il n'y a rien d'irrationnel l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dworkin, elle aussi, est un personnage complexe. Sa croisade contre la pornographie appara&#238;t aujourd'hui comme un d&#233;sastre total pour le mouvement f&#233;ministe et sans doute comme sa d&#233;faite politique la plus cons&#233;quente de ces 50 derni&#232;res ann&#233;es. Ses &#233;crits ont &#233;t&#233; critiqu&#233;s &#224; juste titre pour avoir n&#233;glig&#233; les pouvoirs et les privil&#232;ges qui conf&#232;rent aux femmes blanches un r&#244;le important dans la supr&#233;matie blanche. S'il est vrai qu'elle ne traite pas du r&#244;le des femmes blanches dans la supr&#233;matie blanche, elle souligne &#233;galement dans &lt;i&gt;Right-wing Women&lt;/i&gt; le r&#244;le important qu'en viennent &#224; jouer certaines femmes dans la supr&#233;matie masculine. Elle reconna&#238;t que 'l'antif&#233;minisme f&#233;minin' se forme dans l'opposition aux int&#233;r&#234;ts des femmes noires, des lesbiennes, des transgenres, des femmes pauvres, de toutes sortes de femmes qui ne peuvent acc&#233;der aux garanties de la famille patriarcale. Pour Dworkin, la question n'est pas de savoir pourquoi certaines femmes se battent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut. La question est de savoir si le f&#233;minisme a quelque chose &#224; offrir aux femmes au-del&#224; d'un accord n&#233;goci&#233; avec la supr&#233;matie masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, Macciocchi et Dworkin remettent le sexe au centre de nos d&#233;bats actuels sur le fascisme et la droite. De par sa propre repr&#233;sentation, le fascisme pr&#233;tend &#234;tre l'alternative v&#233;ritable &#224; la gauche et &#224; la droite, le projet 'post-id&#233;ologique' visant &#224; restaurer l'unit&#233; et la grandeur de la nation. La v&#233;rit&#233;, et c'est bien ce que Macciocchi et Dworkin voient avec clart&#233;, c'est que l'extr&#234;me droite utilise les institutions conservatrices (l'&#233;glise, l'arm&#233;e, la famille) et affirme les valeurs bourgeoises ('survie du plus fort') pour promouvoir un programme autoritaire. En outre, les deux femmes consid&#232;rent le sexe comme un vecteur essentiel de fascisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascisation se traduit non seulement par le succ&#232;s &#233;lectoral des partis de droite, mais aussi par la normalisation de la violence extraordinaire et de la cruaut&#233; au quotidien, l'augmentation spectaculaire des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques, la d&#233;sublimation r&#233;pressive du ressentiment et de la rage collectifs, l'assaut contre la d&#233;mocratie participative &#224; tous les niveaux et le renforcement d'un r&#233;gime racial de terreur d'&#201;tat. Aux &#201;tats-Unis, en particulier, la fascisation se refl&#232;te dans la combinaison mortelle de la guerre imp&#233;rialiste et de l'agitation nationaliste, dans le r&#244;le d&#233;cisif des institutions antid&#233;mocratiques (le coll&#232;ge &#233;lectoral, l'obstruction parlementaire, les tribunaux, le S&#233;nat am&#233;ricain lui-m&#234;me) dans la d&#233;termination des d&#233;tenteurs du pouvoir, dans l'influence politique d&#233;mesur&#233;e du nationalisme chr&#233;tien et de l'orthodoxie catholique, dans les pouvoirs discr&#233;tionnaires &#233;tendus, accord&#233;s &#224; des forces de police hautement militaris&#233;es, dans le pouvoir non r&#233;glement&#233; des entreprises de m&#233;dias sociaux qui tirent profit de la vente de nos 'donn&#233;es' et de la diffusion de fausses informations, dans la mobilisation d'un mouvement de milice extraparlementaire, r&#233;guli&#232;rement dans les fusillades de masse dans les &#233;coles, les lieux de culte, les bo&#238;tes de nuit, les caf&#233;s, les salles de presse, les studios de yoga et les centres commerciaux. Les &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; un foyer de violence arm&#233;e et de terreur polici&#232;re tout au long de leur histoire, mais ce sont aujourd'hui les traits caract&#233;ristiques de la culture am&#233;ricaine. Premier marchand d'armes de la plan&#232;te, avec pr&#232;s de 40 % du march&#233; mondial, le gouvernement et l'&#233;conomie des &#201;tats-Unis sont aliment&#233;s par la violence qu'ils exportent dans le monde entier. Il ne s'agit pas de d&#233;veloppements 'post-id&#233;ologiques', mais plut&#244;t de l'escalade et de l'intensification d'un projet id&#233;ologique de longue haleine. Ce projet est fa&#231;onn&#233; par la perte r&#233;elle et pr&#233;sum&#233;e du pouvoir, ce que Wendy Brown a d&#233;crit comme un supr&#233;macisme masculin blanc l&#233;s&#233; qui est 'bless&#233; sans &#234;tre d&#233;truit' et qui s'appuie donc sur les femmes d'une nouvelle mani&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wendy Brown, In the Ruins of Neoliberalism : The Rise of Antidemocratic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce que tout cela a &#224; voir avec Ashli Babbitt ? Et qu'est-ce que Macciocchi et Dworkin ont &#224; voir avec Babbitt, &lt;i&gt;l'un de ces gars&lt;/i&gt;, dont l'acc&#232;s aux institutions historiquement masculines reposait sur les r&#233;alisations ambigu&#235;s du mouvement f&#233;ministe, dont la chute dans le conspirationnisme Q-anon a d&#233;but&#233; par sa haine des femmes de pouvoir comme Clinton et Pelosi, et dont la protestation politique petite-bourgeoise a pris une tournure explicitement sexiste ? &lt;i&gt;Nous nous serrons la main comme des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;gars &lt;/i&gt;&#8211; c'est un fantasme d'agentivit&#233; et de pouvoir, un fantasme de participation au contrat social-sexuel, un fantasme d'acc&#232;s &#224; l'intimit&#233; homosociale et &#224; ses secrets, un fantasme de fraternit&#233; et d'appartenance. Il s'agit d'un fantasme trans qui ne peut s'avouer comme tel, mais qui admet aussi &#233;trangement son &#233;chec. &lt;i&gt;Comme des gars&lt;/i&gt;. Comme les hommes qui entouraient Babbitt au Capitole, les hommes qui l'ont aid&#233;e &#224; monter puis &#224; traverser la vitre bris&#233;e, et les hommes qui ont fait cercle autour d'elle apr&#232;s sa chute. Qui &#233;taient ces hommes d'ailleurs ? Babbitt n'&#233;tait-elle pas &lt;i&gt;plus qu'un homme&lt;/i&gt; dans sa mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le martyre d'Ashli Babbitt souligne l'argument de Macciocchi relatif &#224; la 'pulsion de mort' qui se trouve &#224; l'origine du fascisme et &#224; ses expressions particuli&#232;res chez les femmes. Elle confirme l'intuition de Dworkin selon laquelle les nouvelles femmes de droite seraient le produit du mouvement f&#233;ministe auquel elles s'opposent. Le concept et la critique du f&#233;monationalisme sont primordiaux, mais ne suffisent pas &#224; rendre compte de la complexit&#233; de cette situation. Dans une direction diff&#233;rente, Moira Weigel a invent&#233; le terme de 'personnalit&#233; autoritaire 2.0' pour les parties de la droite qui se sont &#233;tablies en ligne et parmi les acteurs puissants de la Silicon Valley.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moira Weigel, &#8220;Algorithmic Personalization and the Authoritarian Personality (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Weigel montre comment ces acteurs, fa&#231;onn&#233;s par la Big Tech et sensibles aux conditions mat&#233;rielles du capitalisme de plateforme, ont absorb&#233; des &#233;l&#233;ments de la contre-culture des ann&#233;es 1960 et de ses id&#233;es sur la libert&#233;. La 'personnalit&#233; autoritaire 2.0' n'est pas un programme de mobilisation des masses, comme l'&#233;tait autrefois le fascisme. Il s'agit de l'identification et de l'agitation algorithmique de march&#233;s de consommation de niche. Weigel, brillante historienne des m&#233;dias, est attentive aux dynamiques de genre qui apparaissent partout en ligne et &#224; la mani&#232;re dont les technologies des m&#233;dias ont fa&#231;onn&#233; nos vies sexu&#233;es hors ligne. Mais elle laisse de c&#244;t&#233; les politiques sexuelles de la 'personnalit&#233; autoritaire 2.0'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macciocchi a pr&#233;venu que le fait de ne pas prendre au s&#233;rieux &#171; l'antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; signifiait un manque pour la gauche de clart&#233; politique et d'engagement f&#233;ministe, n&#233;cessaires pour le combattre. Dworkin craignait que la droite r&#233;ponde aux pr&#233;occupations de (certaines) femmes, &#224; mesure que la gauche prenait ses distances avec le mouvement f&#233;ministe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La personnalit&#233; radiophonique de droite, Rush Limbaugh, a popularis&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La conjoncture actuelle, marqu&#233;e par la mort et la maladie en masse, l'efflorescence affective autour des nouveaux m&#233;dias, la re-domestication du travail des femmes et le nouveau familialisme de la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale produiront leurs propres formes d'&#171; antif&#233;minisme f&#233;minin &#187; &#224; travers tout le spectre politique. Celles qui ont &#233;t&#233; form&#233;&#233;s dans la tradition f&#233;ministe entendront la &#171; machine &#224; r&#233;sonance &#187; qui produit les Bruenig et les Barrett, ainsi que les Babbitt. Alors que l'Europe se pr&#233;pare &#224; l'&#233;lection possible de Marine Le Pen, la fille du fascisme en France, et ce apr&#232;s que la ministre de l'Enseignement sup&#233;rieur du pr&#233;sident Macron, Fr&#233;d&#233;rique Vidal, a d&#233;clar&#233; que la &#171; th&#233;orie du genre &#187; faisait partie d'une menace &#171; islamo-gauchiste &#187; contre la R&#233;publique, nous sommes sur le point de revenir une fois de plus sur ces questions. Et nous sommes pr&#234;ts &#224; red&#233;couvrir qu'un v&#233;ritable antifascisme, en th&#233;orie et en pratique, n&#233;cessite une politique f&#233;ministe militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robyn Marasco.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
25 juin 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[NdT] Ne me marche pas dessus !, lanc&#233; &#224; l'aube de la R&#233;volution am&#233;ricaine, est devenu un slogan de l'extr&#234;me droite libertarienne. Il figure sur le drapeau de Gadsen, repris par le Tea Party. Il est accompagn&#233; d'un serpent &#224; sonnette, symbole de l'unit&#233; coloniale dessin&#233; &#224; l'origine par Benjamin Franklin en 1754, l'un des P&#232;res fondateurs des &#201;tats-Unis, puis repris par Christopher Gadsen. Ce drapeau et sa devise sont d&#233;sormais pr&#233;sents dans les meetings de Trump, lors des manifestations pro-armes ou encore dans les rassemblements contre les vaccins. Il tend de plus en plus &#224; &#234;tre mobilis&#233; lors d'attaques et de meurtres racistes par les supr&#233;macistes blancs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'appropriation est partout &#224; droite aujourd'hui, de l'attaque contre le &#171; capitalisme woke &#187; &#224; la d&#233;fense de mauvaise foi de la libert&#233; d'expression en passant par la pratique de la protestation populaire. &#171; Quelles rues ? Nos rues ! &#8211; ce qui &#233;tait autrefois un cri de ralliement du mouvement Black Lives Matter a &#233;t&#233; appropri&#233; par la droite, maintenant entendu lors de la marche &#171; Unite the Right &#187; &#224; Charlottesville, des manifestations pro-police &#224; Saint-Louis et lors des &#233;meutes du Capitole. Le &#171; mash-up &#187; et la qualit&#233; mim&#233;tique du discours (et de l'esth&#233;tique) de droite constituent aujourd'hui une part importante de son pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Donna &#171; Nera &#187; : Consenso Femminile e fascismo&lt;/i&gt; de Macchiochi est &#233;puis&#233; dans son &#233;dition italienne. Le livre n'a jamais &#233;t&#233; traduit en anglais. Une version condens&#233;e de son essai, &#171; Les femmes et la travers&#233;e du fascisme &#187;, a &#233;t&#233; publi&#233;e dans Tel Quel en 1976, qui a ensuite &#233;t&#233; traduite et publi&#233;e dans la revue anglophone Feminist Review. L'historienne f&#233;ministe Jane Caplan a r&#233;dig&#233; une introduction utile &#224; l'essai et &#224; l'argumentation de Macciocchi, qui se concentre sur sa critique simultan&#233;e de &#171; l'ultra-gauchisme &#187; et de &#171; l'ultra-f&#233;minisme &#187;. Voir Maria Antonietta Macciocchi, &#171; La sexualit&#233; f&#233;minine dans l'id&#233;ologie fasciste &#187;, Tel Quel, n&#176; 66 (1976) 26-42 et &#171; Female Sexuality in Fascist Ideology &#187;, Feminist Review, n&#176; 1 (1979) 67-82. Voir aussi Jane Caplan, &#171; Introduction to &#8216;Female Sexuality in Fascist Ideology' &#187;, Feminist Review, n&#176; 1 (1979) 59-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle &#233;crit : &#171; Je parle au nom de celles qui ont tu&#233; l'antif&#233;minisme f&#233;minin, qui a &#233;t&#233; artificiellement aliment&#233; par le pouvoir masculin et qui fait d'une femme l'ennemie d'une autre. Je parle au nom des &#171; femmes extr&#234;mes &#187;, celles qui sont jug&#233;es trop intelligentes, trop actives, trop militantes, trop g&#233;n&#233;reuses, trop courageuses, etc. &#187; Macciocchi, &#171; Female Sexuality in Fascist Ideology &#187;, p. 81. En pensant &#224; Ashli Babbitt, elle-m&#234;me tu&#233;e par un policier en civil, cela semble &#234;tre une &#233;pigraphe inappropri&#233;e aux pr&#233;sentes r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[Ndt] Le conservatisme de mouvement est un terme utilis&#233; par les analystes politiques pour d&#233;crire les conservateurs aux &#201;tats-Unis depuis le milieu du 20e si&#232;cle et la nouvelle droite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Dworkin, Right-Wing Women : The Politics of Domesticated Females (New York : Perigee Books, 1983).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Macciocchi &#233;voque effectivement Hitler et le fascisme allemand, mais une grande partie de son analyse se concentre sur le cas italien, tout en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; des exemples plus r&#233;cents du Chili de Pinochet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[NdT] Phyllis Schlafly &#233;tait une lobbyiste conservatrice am&#233;ricaine, connue pour ses positions anticommunistes, antif&#233;ministes et anti-avortement. Une mini-s&#233;rie, &#171; Mrs. America &#187;, a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; sa campagne de lobbying en 1972 contre la ratification de l'&lt;i&gt;Equal Rights Amendment&lt;/i&gt; qui visait &#224; garantir l'&#233;galit&#233; des droits hommes/femmes et la libert&#233; de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, Holloway Sparks, &#8220;Mama Grizzlies and Guardians of the Republic : The Democratic and Intersectional Politics of Anger in the Tea Party Movement,&#8221; New Political Science, Vol. 37, No. 1, (August 2014) 1-23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor Adorno et al, The Authoritarian Personality, (London : Verso, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ugo Palheta, &#8220;Fascism, Fascisation, Antifascism,&#8221; Historical Materialism, January 7, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.historicalmaterialism.org/blog/fascism-fascisation-antifascism&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.historicalmaterialism.org/blog/fascism-fascisation-antifascism&lt;/a&gt;. &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/280920/fascisme-fascisation-antifascisme-par-ugo-palheta&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en fran&#231;ais sur ce blog M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maria Antonietta Macciocchi, &#171; Letters from Inside the Communist Party to Louis Althusser &#187; (London : New Left Books, 1973).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Macciocchi, &#8220;Female Sexuality in Fascist Ideology,&#8221; 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Reich a d&#233;velopp&#233; l'id&#233;e de &#171; cuirasse caract&#233;rielle &#187; comme une synth&#232;se de Marx et de Freud. L'histoire du concept est trop longue pour &#234;tre reconstitu&#233;e ici, m&#234;me s'il convient de noter que les premi&#232;res &#233;coles de Francfort poursuivent une int&#233;gration diff&#233;rente de Marx et Freud autour du concept de &lt;i&gt;Charaktermaske&lt;/i&gt;. Pour un d&#233;bat &#233;clairant autour de ces th&#232;mes, voir Kyle Baasch, &#171; The Theatre of Economic Categories : Rediscovering Capital in the late 1960s &#187;, Radical Philosophy, 2.08 (2020) et la r&#233;ponse critique d'Asad Haider (&#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Macciocchi, &#8220;Female Sexuality in Fascist Ideology,&#8221; 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., 73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e de Reich de &#171; cuirasse de caract&#232;re &#187; a une dimension corporelle significative et ne doit pas &#234;tre interpr&#233;t&#233;e exclusivement, ni m&#234;me principalement, comme une th&#233;orie de la personnalit&#233;. Voir Wilhelm Reich, &lt;i&gt;Character Analysis&lt;/i&gt;, trad. Vincent R. Carfagno (New York : Farrar, Straus et Giroux, 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que cela d&#233;passe le cadre de ma lecture, il convient de noter ici que la jud&#233;it&#233; de Dworkin &#233;tait importante pour son propre sentiment d'identit&#233; et pour sa th&#233;orie de l'oppression masculine et de la haine des femmes. En 2000, Dworkin a publi&#233; &#171; Scapegoat : The Jews, Israel, and Women's Liberation &#187;, qui &#233;tablit des parall&#232;les entre l'antis&#233;mitisme et la misogynie, d&#233;fend le sionisme et d&#233;fend une vision f&#233;ministe d'une &#171; patrie &#187; pour les femmes. Il me semble que le sionisme offre en grande partie ce que la jeune Dworkin voyait dans la politique des femmes de droite : un lieu o&#249; le peuple juif peut &#234;tre en s&#233;curit&#233;. Au moins dans certains contextes, Dworkin a renonc&#233; au type de &#171; s&#233;curit&#233; &#187; douteuse que la droite promet et poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dworkin, Right-Wing Women, 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., 26-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wendy Brown, In the Ruins of Neoliberalism : The Rise of Antidemocratic Politics in the West (New York : Columbia University Press, 2019), 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Moira Weigel, &lt;a href=&#034;https://www.journals.uchicago.edu/doi/abs/10.1086/717511?journalCode=pol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Algorithmic Personalization and the Authoritarian Personality 2.0&#8221;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La personnalit&#233; radiophonique de droite, Rush Limbaugh, a popularis&#233; le terme &#171; f&#233;minazi &#187; et s'en est pris &#224; des femmes comme Dworkin, encore un autre exemple de projection et de d&#233;saveu de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Abolir la famille ! Maintenant !</title>
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		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Famille</dc:subject>
		<dc:subject>ME O'Brien</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chaque r&#233;bellion de la classe ouvri&#232;re s'oppose &#224; la forme familiale et, &#224; ce moment-l&#224;, la d&#233;fense de la famille devient contre-r&#233;volutionnaire par rapport au processus r&#233;el qui se d&#233;roule spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Famille-+" rel="tag"&gt;Famille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-transfeminisme-+" rel="tag"&gt;transf&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-anticapitalisme-+" rel="tag"&gt;anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/prov_abolirlafamille.webp?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#201;ditions la Temp&#234;te viennent de publier un livre d'une grande importance pour qui veut penser le lien entre transformation r&#233;volutionnaire et bouleversement de la vie quotidienne. En partant d'une analyse marxiste, M. O Brien trace dans ce livre une histoire in&#233;dite des formes familiales depuis l'industrialisation et les luttes qui ont cherch&#233; &#224; s'en d&#233;faire tout au long des derniers si&#232;cles. Elle nous propose de concevoir la famille avec finesse et s'essaie &#224; imaginer un avenir lib&#233;r&#233; de la privatisation du soin et de la domination. Avec &lt;a href=&#034;https://editionslatempete.com/produit/abolir-la-famille/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Abolir la famille&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, arrive enfin en France un d&#233;bat n&#233;cessaire pour d&#233;faire l'&#233;vidence des rapports familiaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENTRETIEN&lt;/h2&gt;&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est le premier publi&#233; en France &#224; aborder en profondeur la question de l'abolition de la famille. Le sujet est donc un peu nouveau pour nous : pouvez-vous nous parler de vos exp&#233;riences et du cheminement qui vous a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2015, les discours sur l'abolition de la famille sont de plus en plus r&#233;pandus parmi les communistes trans, certaines th&#233;oriciennes f&#233;ministes noires et les universitaires f&#233;ministes de gauche. Une partie de ce travail a permis de documenter la vaste et riche histoire de l'abolition de la famille, une revendication historique, pr&#233;sente d&#233;j&#224; au cours des pr&#233;c&#233;dentes &#233;poques de lutte, surtout celles des deux derniers si&#232;cles. Les mouvements r&#233;volutionnaires ont &#224; plusieurs reprises cherch&#233; &#224; d&#233;passer la famille en tant qu'institution sociale coercitive, mais aussi &#224; abolir le m&#233;nage priv&#233; en tant que principal moyen d'organiser la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon int&#233;r&#234;t pour ce sujet est n&#233; durant mes recherches. J'ai particip&#233; &#224; l'&#233;dition d'un ouvrage sur la pens&#233;e f&#233;ministe r&#233;volutionnaire avec un groupe appel&#233; &#171; Communist Research Cluster &#187;. Parmi les communistes, les anarchistes, les queers libertaires, les luttes pour la libert&#233; des Noirs et les mouvements de lib&#233;ration des femmes, j'ai trouv&#233; des gens qui, &#224; plusieurs reprises, parlaient de &#171; famille &#187; pour d&#233;signer ce contre quoi il.elles se rebellaient. Mais ce qu'il.elles entendaient par l&#224; semblait varier consid&#233;rablement d'une personne &#224; l'autre. La premi&#232;re &#233;tape de la recherche qui a conduit &#224; la r&#233;daction du livre a consist&#233; &#224; &#233;laborer un r&#233;cit &#8211; en suivant le d&#233;veloppement du capitalisme racial et l'&#233;volution du r&#244;le de la famille ouvri&#232;re au sein de ce capitalisme &#8211; permettant d'expliquer la forme particuli&#232;re qu'ont prise les luttes contre la famille &#224; chaque p&#233;riode de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, j'ai co&#233;crit un roman de fiction sp&#233;culative avec Eman Abadelhadi, &lt;i&gt;Everything for Everyone : An Oral History of the New York Commune, 2052-2072&lt;/i&gt;. Nous y d&#233;crivons les exp&#233;riences personnelles des gens pendant et apr&#232;s une r&#233;volution communiste mondiale r&#233;ussie. En essayant d'envisager une soci&#233;t&#233; libre, il &#233;tait essentiel de ne pas organiser la vie autour de familles priv&#233;es. C'est ce qui a inspir&#233; la composante sp&#233;culative de &lt;i&gt;Abolir la famille&lt;/i&gt;, dans laquelle j'imagine provisoirement les formes sociales collectives susceptibles d'&#233;merger lors d'un d&#233;passement r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un renouveau plus large de l'enthousiasme pour l'abolition de la famille en tant qu'horizon de la libert&#233; de genre dans la pens&#233;e radicale, et ce livre s'inscrit dans ce courant. &#201;tant donn&#233; les &#233;normes changements que la vie familiale de la classe ouvri&#232;re a subis depuis les ann&#233;es 1970, il faut essayer de th&#233;oriser ce que cela peut signifier en termes de r&#233;percussions politiques pour la p&#233;riode pr&#233;sente. La derni&#232;re grande p&#233;riode de lutte de d&#233;passement de la famille &#8211; la D&#233;cennie Rouge (&lt;i&gt;Red Decade&lt;/i&gt;) des ann&#233;es 1960 et 1970 &#8211; est &#224; la fois essentielle pour nous, mais n&#233;cessite un renouveau th&#233;orique de grande ampleur. Je collabore depuis quelques ann&#233;es &#224; un magazine sur le communisme homo, appel&#233; &lt;i&gt;Pinko&lt;/i&gt;. Nous cherchons notamment &#224; comprendre l'h&#233;ritage du mouvement de lib&#233;ration gay et lesbien, &#224; saisir sa pertinence et ses limites pour nous aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois s&#233;ries de questions &#8211; un projet d'archives historiques sur les luttes r&#233;volutionnaires contre la famille, un int&#233;r&#234;t pour la th&#233;orisation sp&#233;culative d'un processus r&#233;volutionnaire, et cette bataille pour en renouveler les significations pour nous aujourd'hui &#8211; ont donn&#233; lieu aux trois sections d'&lt;i&gt;Abolir la famille&lt;/i&gt;, qui abordent les questions du pass&#233;, du pr&#233;sent et de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le terme 'famille' recouvre de nombreuses d&#233;finitions diff&#233;rentes. De m&#234;me, la notion d''abolition' n'est pas &#233;vidente. Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par ces deux mots ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les trois premiers chapitres de mon livre proposent trois d&#233;finitions de la famille, toutes li&#233;es les unes aux autres. Chacune implique cependant des choses diff&#233;rentes quant &#224; la question de l'abolition. Tout d'abord, je distingue la famille comme m&#233;nage priv&#233;, une unit&#233; dans les circuits qui reproduisent le capitalisme racial. J'ai utilis&#233; la crise du COVID-19 pour r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;norme quantit&#233; de travail qu'on trouve au sein de chaque famille et &#224; la mani&#232;re dont elles ont besoin de r&#233;seaux de soutien et de services beaucoup plus vastes pour fonctionner. En ce sens, la famille accomplit une grande partie du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; de reproduction de nos vies, d'un jour &#224; l'autre et d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. La famille est une unit&#233; de propri&#233;t&#233;, un lieu o&#249; certains partagent des ressources limit&#233;es et d'autres organisent leur richesse priv&#233;e ; la famille reproduit la stratification des classes. Je soutiens qu'une soci&#233;t&#233; libre doit &#234;tre une soci&#233;t&#233; o&#249; le bien-&#234;tre mat&#233;riel ne d&#233;pend pas de la personne avec laquelle vous vivez ou de la personne &#224; laquelle vous &#234;tes li&#233;, ce qui n&#233;cessite le d&#233;passement complet de la famille d&#233;fini ici, comme m&#233;nage priv&#233;, par la r&#233;organisation de la reproduction sociale et l'abolition de la relation de propri&#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e dans la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la famille est une institution de violence, un r&#233;gime normatif enracin&#233; dans l'histoire de la supr&#233;matie blanche, du colonialisme et de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;. Dans le cadre du capitalisme racial, les &#201;tats et les r&#233;gimes de propri&#233;t&#233; ont d&#233;clar&#233; &#224; plusieurs reprises que certaines familles &#233;taient l&#233;gitimes et m&#233;ritaient d'&#234;tre d&#233;fendues, et se sont syst&#233;matiquement employ&#233;s &#224; d&#233;truire les relations de parent&#233; et d'assistance des personnes exclues de cette notion de famille. La famille sert de principe d'organisation pour d&#233;terminer quelles sont les vies qui comptent et quelles sont celles qui sont exclues de la l&#233;gitimit&#233; sociale. Je retrace ici les politiques familiales de l'esclavage et du colonialisme de peuplement. En plus d'&#234;tre la cible de la violence, la famille organise et permet la violence en interne, sous la forme d'une domination directe sur les enfants, et parfois sur les &#233;pouses et les partenaires. Si l'on aspire &#224; une soci&#233;t&#233; libre, la famille en tant que r&#233;gime normatif de violence doit &#234;tre d&#233;truite, cela se fera notamment en abolissant le syst&#232;me de flicage au sein des familles, en r&#233;visant massivement la r&#233;glementation &#233;tatique qui a trait &#224; la famille, enfin, en repensant de fond en comble la mani&#232;re dont nous pouvons mettre fin aux violences et aux abus au sein des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, je comprends &#233;galement que la famille est le lieu vers lequel les gens se tournent pour trouver un refuge, de l'amour, des soins. Lorsque George Floyd &#233;tait en train d'&#234;tre assassin&#233;, il appelait sa m&#232;re, qui &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233;e. Beaucoup d'entre nous se tournent vers la famille pour survivre aux cruaut&#233;s du monde, y compris la violence raciale et la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique. Je m'inspire ici d'une autre dimension de la signification de l'abolition qu'on trouve dans le terme allemand d'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; dans les &#339;uvres de Hegel et Marx &#8211; d&#233;truire, mais aussi &#233;lever et pr&#233;server. Les soins et le refuge que les gens peuvent trouver dans la famille devraient devenir universellement disponibles, des principes d'organisation de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'identifie deux traditions abolitionnistes majeures, et je raisonne gr&#226;ce aux deux tout au long du livre. La premi&#232;re est le marxisme h&#233;g&#233;lien, &#224; travers le concept d'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;, et la mani&#232;re dont le mouvement communiste a th&#233;oris&#233; l'abolition des salaires, de la propri&#233;t&#233;, des &#201;tats, du capital et de bien d'autres choses encore. La seconde est la lutte pour la libert&#233; des Noirs dans les Am&#233;riques, en particulier contre l'esclavage dans les Cara&#239;bes et aux &#201;tats-Unis, puis contre le syst&#232;me Jim Crow, un syst&#232;me d'apartheid racial,mais aussi, aujourd'hui, au niveau international, contre les brutalit&#233;s polici&#232;res et l'incarc&#233;ration de masse. Ici, l'abolition est plus souvent comprise comme la destruction d'institutions violentes et racistes. Mais il existe des liens subtils entre ces deux traditions ; bon nombre des th&#233;oriciens abolitionnistes les plus importants de la lutte pour la libert&#233; des Noirs, comme W.E.B. Dubois, Martin Luther King Jr. ou Angela Davis, ont tous &#233;tudi&#233; Hegel &#224; diff&#233;rents moments de leur vie. Les mouvements radicaux noirs ont toujours lutt&#233; contre la supr&#233;matie blanche en cr&#233;ant de nouvelles institutions alternatives. L'abolition consiste &#224; d&#233;truire, &#224; vaincre, mais aussi &#224; transformer, &#224; aller au c&#339;ur des choses et &#224; rendre ce noyau pr&#233;sent d'une nouvelle mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;De Marx et Engels aux ann&#233;es 1970, vous retracez la mani&#232;re dont le slogan 'abolition de la famille' a &#233;t&#233; compris, la place qu'il a occup&#233;e et les diff&#233;rents r&#244;les qu'il a jou&#233;s dans le mouvement r&#233;volutionnaire. Comment expliquez-vous que ce th&#232;me ait plus ou moins disparu dans les ann&#233;es 1980, pour resurgir aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ce livre explique les formes particuli&#232;res qu'ont prises les revendications contre la famille depuis Marx et Engels, et les changements qui ont eu lieu avec le d&#233;veloppement du capitalisme racial. En bref, des ann&#233;es 1890 aux ann&#233;es 1970, le mouvement ouvrier a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er les conditions permettant &#224; une partie de la classe ouvri&#232;re de former des familles calqu&#233;es sur celles de la bourgeoisie &#8211; un homme comme pilier de famille, des enfants scolaris&#233;s, une femme au foyer non salari&#233;e. Ces familles ont toujours &#233;t&#233; cod&#233;es en fonction de la race, excluant les colonis&#233;s, les Noirs am&#233;ricains, les homosexuels, les travailleur.euses du sexe, les pauvres. Elle a divis&#233; le mouvement prol&#233;tarien, cr&#233;ant une strate de la classe ouvri&#232;re respectable. Avant cela, l'abolition de la famille &#8211; chez Marx et Engels par exemple &#8211; signifiait la destruction de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Au cours de cette p&#233;riode, l'abolition de la famille a pris la forme d'une refonte de la vie familiale de la classe ouvri&#232;re et d'une prol&#233;tarisation des femmes au foyer par la collectivisation du travail reproductif. Au cours de la D&#233;cennie Rouge des ann&#233;es 1960 et 1970, elle a souvent pris la forme d'une lutte contre les limites du mouvement ouvrier lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis les ann&#233;es 1970, le mouvement ouvrier s'est compl&#232;tement effiloch&#233; sous cette forme particuli&#232;re. Les co&#251;ts d'une crise internationale prolong&#233;e de la rentabilit&#233; capitaliste ont &#233;t&#233; inflig&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re. Aujourd'hui, il n'y a presque aucun secteur de la classe ouvri&#232;re qui puisse &#233;lever une famille avec un seul salaire. Cela a entra&#238;n&#233; d'&#233;normes changements dans la fa&#231;on dont la plupart des gens vivent leur vie de famille. Nous avons assist&#233; &#224; une expansion de certaines formes de libert&#233;s sociales, les gens pouvant plus facilement former des relations non traditionnelles et choisir leur mode de vie, mais cela s'est &#233;galement traduit par une aggravation de la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique et une intensification de la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du march&#233;. Les ann&#233;es 1980 &#224; 2000 ont &#233;galement &#233;t&#233; une p&#233;riode de r&#233;action politique intense et d'absence relative de mouvements ou de pens&#233;es r&#233;volutionnaires dynamiques. Avec la d&#233;faite des nombreuses forces r&#233;volutionnaires des ann&#233;es 1970 et les changements structurels du capitalisme qui ont d&#233;truit le mouvement ouvrier, la r&#233;flexion politique sur le d&#233;passement du capitalisme a largement stagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai que quelques intuitions provisoires pour expliquer la r&#233;&#233;mergence de ces luttes, des intuitions que je mentionne dans le livre et que j'approfondis dans &lt;a href=&#034;https://www.parapraxismagazine.com/articles/the-family-problem-outro&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article paru dans Parapraxis Magazine&lt;/a&gt;. Je soutiens que dans les ann&#233;es 1990 et au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la crise qui a rendu impossible une vie de famille stable pouvait &#234;tre ni&#233;e, isol&#233;e discursivement, elle n'aurait plus concern&#233; que des groupes sociaux marginaux tels que les femmes noires, les migrant.e.s ou les homos. Mais depuis la crise financi&#232;re mondiale de 2008, l'effritement des fondements d'une famille stable de la classe ouvri&#232;re est devenu ind&#233;niable. En outre, beaucoup doutent que le centrisme politique et le capitalisme n&#233;olib&#233;ral puissent un jour offrir une voie de retour &#224; cette politique familiale normative. Cette situation a donn&#233; lieu &#224; deux r&#233;ponses politiques tr&#232;s diff&#233;rentes. La premi&#232;re est la croissance d'une politique familiale fasciste d'extr&#234;me droite qui cherche &#224; ramener un patriarcat nostalgique par la violence et la force. D'autre part, des personnes, souvent inspir&#233;es par les r&#233;centes luttes de lib&#233;ration des transgenres, par les mouvements noirs contre les violences polici&#232;res et par la transformation &#233;cologique de la soci&#233;t&#233;, soutiennent que nous devons aller au-del&#224; de la famille capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La question de l'esclavage est un &#233;l&#233;ment important de votre r&#233;flexion. Pouvez-vous nous dire comment le syst&#232;me esclavagiste a contribu&#233; &#224; imposer des normes familiales ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Le livre est profond&#233;ment influenc&#233; par les &#233;crits radicaux noirs sur l'esclavage et les lois Jim Crow. Je soutiens que le syst&#232;me d'esclavage dans les plantations aux &#201;tats-Unis et dans les Cara&#239;bes &#233;tait &#233;galement un syst&#232;me de politique familiale supr&#233;matiste blanche. Les familles blanches poss&#233;daient et dirigeaient les plantations, les femmes blanches &#233;tant &#233;troitement associ&#233;es &#224; la gestion et &#224; la propri&#233;t&#233; des personnes asservies. La famille blanche, propri&#233;taire, &#233;tait au c&#339;ur de l'&#233;conomie esclavagiste. Simultan&#233;ment, les relations de parent&#233; des Noir.e.s r&#233;duit.e.s en esclavage ont &#233;t&#233; brutalement d&#233;truites par l'esclavage. Ce que les f&#233;ministes noires appellent &#171; l'ali&#233;nation natale &#187; &#233;tait au c&#339;ur de l'esclavage &#8211; la capacit&#233; qu'avaient les propri&#233;taires d'esclaves de s&#233;parer les m&#232;res et les enfants &#224; tout moment, la propri&#233;t&#233; imm&#233;diate des enfants par les propri&#233;taires d'esclaves. Cela a eu des cons&#233;quences consid&#233;rables, notamment en obligeant les Noir.e.s r&#233;duit.e.s en esclavage &#224; d&#233;velopper des pratiques cr&#233;atives en mati&#232;re de soins, de mariage et de parentalit&#233; au milieu de cette &#233;norme violence esclavagiste. Cette histoire de l'esclavage est toujours d'actualit&#233;, dans la mesure o&#249; certaines familles sont d&#233;fendues comme l&#233;gitimes, tandis qu'il est totalement exclu que d'autres aient la possibilit&#233; de constituer des familles normatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition de l'esclavage a &#233;t&#233; suivie d'une p&#233;riode d'&#233;panouissement de la libert&#233; des Noir.e.s dans le Sud des &#201;tats-Unis, appel&#233;e Reconstruction. Pendant cette p&#233;riode, les Noir.e.s ont form&#233; des organisations politiques radicales, ont &#233;t&#233; &#233;lu.e.s au gouvernement, ont cr&#233;&#233; des &#233;coles de la libert&#233; et ont incarn&#233; la possibilit&#233; de ce que certains ont appel&#233; une d&#233;mocratie abolitionniste. Parmi les exemples de libert&#233; des Noir.e.s, on peut citer d'autres modes d'organisation des familles. Les &#201;tats-Unis offraient des pensions aux soldats qui avaient servi dans l'arm&#233;e de l'Union, ou &#224; leurs veuves. C'est ainsi qu'ont fleuri certaines recherches sur la vie familiale des Noir.e.s affranchi.e.s. Ce qu'on a d&#233;couvert a choqu&#233; la politique familiale de l'Am&#233;rique blanche. Comme de nombreux.ses esclaves avaient &#233;t&#233; s&#233;par&#233;.e.s de leur conjoint.e, les nouveaux mariages et les relations intimes hors mariage &#233;taient beaucoup plus fr&#233;quents qu'ailleurs dans la soci&#233;t&#233; blanche. Apr&#232;s la fin de l'esclavage, les Noir.e.s ont poursuivi ces pratiques familiales alternatives, notamment en formant des relations temporaires non fond&#233;es sur le mariage, ou m&#234;me en essayant de vivre ensemble avec leurs anciens conjoint.e.s r&#233;uni.e.s et leurs partenaires actuels. Ces pratiques auraient pu constituer la base d'une transformation radicale et plus large de la politique familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de quoi, la Reconstruction a &#233;t&#233; d&#233;faite par la violence contre-r&#233;volutionnaire, et un nouveau syst&#232;me d'apartheid racial a pris forme dans le Sud des &#201;tats-Unis, appel&#233; Jim Crow. Ce syst&#232;me comprenait une terreur raciale publique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, une s&#233;gr&#233;gation l&#233;gale et un syst&#232;me de location de terres appel&#233; m&#233;tayage. Peu connu, ce syst&#232;me comprenait &#233;galement l'imposition du mariage h&#233;t&#233;rosexuel normatif aux Noir.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, les Noir.e.s &#233;taient exclus de la quasi-totalit&#233; des emplois aux &#201;tats-Unis, &#224; l'exception de l'agriculture et du service domestique dans le Sud des &#201;tats-Unis. L'agriculture prenait principalement la forme du m&#233;tayage, un contrat de location conclu avec des propri&#233;taires terriens blancs. Les propri&#233;taires blancs ne louaient leurs terres qu'&#224; des couples noirs mari&#233;s. En cons&#233;quence, les Noir.e.s &#233;taient contraint.e.s de se marier t&#244;t dans leur vie et de rester dans cette relation pour conserver l'acc&#232;s &#224; la terre et au travail. Lorsque l'&#233;conomie de m&#233;tayage traversait une crise occasionnelle, les Noir.e.s cessaient souvent de se marier &#224; un rythme aussi &#233;lev&#233;. De nombreuses personnes ont d&#233;battu des raisons pour lesquelles les femmes noir Am&#233;ricaine se sont peu mari&#233;es depuis la grande migration des Noir.e.s am&#233;ricains vers les grandes villes et le Nord qui a suivi les guerres mondiales. Nombreux sont ceux qui ont raisonnablement point&#233; du doigt la pauvret&#233;, les faibles perspectives d'emploi pour les hommes noirs et l'incarc&#233;ration massive comme explication. Une possibilit&#233; peu reconnue est que les Noir.e.s, en partie, fuyaient l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; coercitive de Jim Crow et appr&#233;ciaient la relative libert&#233; sexuelle de la vie urbaine, choisissant de ne pas se marier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'esclavage, les Noir.e.s ont &#233;t&#233; violemment emp&#234;ch&#233;.e.s de fonder des familles pour accro&#238;tre la richesse des familles blanches propri&#233;taires d'esclaves. Pendant la Reconstruction, les Noir.e.s libres ont &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde de la remise en question et de la transformation des normes familiales. Avec Jim Crow, les Noir.e.s ont &#233;t&#233; contraint.e.s au mariage h&#233;t&#233;rosexuel normatif et coercitif. Tout cela est essentiel pour r&#233;fl&#233;chir &#224; la politique raciale de la famille aujourd'hui et crucial pour th&#233;oriser l'abolition de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que de tr&#232;s nombreuses choses aient &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rentes, il existe un parall&#232;le inattendu avec la politique familiale dans d'autres contextes &#224; l'&#233;poque. Le colonialisme au Canada et aux &#201;tats-Unis a beaucoup fait pour tenter de d&#233;truire les relations de parent&#233; entre les populations autochtones, notamment en s&#233;parant les enfants de leurs parents. Cela allait de pair avec un effort conscient de la part des repr&#233;sentants d'&#201;tat qui promouvaient la famille blanche comme socle de l'&#233;dification de nouvelles nations aux fronti&#232;res. L'une des formes de g&#233;nocide anti-indig&#232;ne consistait &#224; envoyer de force les enfants dans des internats g&#233;r&#233;s par l'&#201;glise ou l'&#201;tat, o&#249; ils &#233;taient violemment emp&#234;ch&#233;s de parler les langues indig&#232;nes et de pratiquer leur religion, o&#249; ils avaient peu de contacts avec leur famille et o&#249; ils mouraient en grand nombre. Ces &#233;coles formaient &#233;galement les enfants aux pratiques de la famille blanche, souvent dans le but de les employer comme domestiques. Ensuite, des politiques dites d'Attribution (&lt;i&gt;Allotment&lt;/i&gt;) ont redistribu&#233; des terres tribales d&#233;tenues collectivement &#224; des familles autochtones monoparentales dirig&#233;es par des hommes, afin d'essayer de briser le pouvoir des Premi&#232;res Nations en imposant les normes de la famille blanche. Une fois de plus, on retrouve cette dynamique de supr&#233;matie blanche qui tente &#224; la fois de d&#233;truire les relations de parent&#233; et d'imposer des relations normatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes europ&#233;ennes et am&#233;ricaines en voie d'industrialisation, les relations familiales de la classe ouvri&#232;re &#233;taient en crise constante en raison de la gravit&#233; de la pauvret&#233; urbaine, une pr&#233;occupation que l'on retrouve par exemple dans les &#233;crits d'Engels. Les ouvriers blancs des villes industrielles &#233;taient trop pauvres pour entretenir des familles stables. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, cette nouvelle politique de respectabilit&#233; de la classe ouvri&#232;re a &#233;merg&#233; autour de la figure de la femme au foyer, en tant que rempart contre le travail du sexe, l'homosexualit&#233; et tout ce qui &#233;tait exclu de la vie familiale. L&#224; encore, le capitalisme racial s'attaque aux relations de soins de la classe ouvri&#232;re, puis, plus tard, impose et diffuse plus largement les codes blancs et bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs, qu'ils soient de gauche ou de droite, ont tendance &#224; penser que le capital est d&#233;j&#224; en train de d&#233;truire la famille et qu'il faut la d&#233;fendre comme la derni&#232;re oasis de solidarit&#233;. Qu'auriez-vous &#224; leur dire ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup de sympathie pour tous ceux qui comptent sur leur famille pour survivre aux cruaut&#233;s et &#224; la violence du capitalisme, &#224; la violence de l'&#201;tat et &#224; la vie de la classe ouvri&#232;re. Le n&#233;olib&#233;ralisme et les derni&#232;res d&#233;cennies de crise capitaliste et d'agression par le capital ont rendu tr&#232;s difficile la constitution d'un foyer stable pour la classe ouvri&#232;re. D'importantes critiques de l'abolition de la famille ont soulign&#233;, par exemple, &#224; quel point les Noir.e.s am&#233;ricain.e.s d&#233;pendent des relations familiales (souvent non traditionnelles) pour survivre &#224; la supr&#233;matie blanche. Il est certain aussi, que les migrant.e.s d&#233;pendent souvent des relations de la famille &#233;largie pour trouver un emploi et un logement, partager l'argent et survivre &#224; la violence de l'&#201;tat sous la forme de politiques migratoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, je pense que les socialistes se trompent lorsqu'ils se cantonnent &#224; la rh&#233;torique et la logique de la famille. De tr&#232;s nombreuses personnes cherchent et tentent d'entretenir des relations solidaires au-del&#224; de leur famille, ou doivent survivre en dehors des familles. Nous devons d&#233;fendre et &#233;tendre les moyens de survie et de soins au-del&#224; de la famille. Le soutien de l'&#201;tat social-d&#233;mocrate peut aider les familles de la classe ouvri&#232;re, mais il peut aussi aider les gens &#224; quitter les mauvaises familles et &#224; mener des vies non traditionnelles, cause que la gauche devrait embrasser et soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, j'attire &#233;galement l'attention sur le d&#233;passement de la famille qui commence &#224; se produire chaque fois qu'un grand nombre de personnes de la classe ouvri&#232;re entrent en r&#233;bellion prolong&#233;e contre l'&#201;tat et le capital, des formes de soins collectifs que j'ai appel&#233;es &#171; reproduction sociale insurrectionnelle &#187;. Les socialistes qui se concentrent uniquement sur la famille ne voient pas ce qui &#233;merge r&#233;ellement lors de gr&#232;ves prolong&#233;es, d'occupations, de blocages, d'&#233;meutes ou de luttes r&#233;volutionnaires &#8211; les cuisines collectives de protestation, l'aide mutuelle, la garde collective des enfants et le bouleversement des r&#244;les traditionnels des hommes et des femmes. Chaque r&#233;bellion de la classe ouvri&#232;re s'oppose &#224; la forme familiale et, &#224; ce moment-l&#224;, la d&#233;fense de la famille devient contre-r&#233;volutionnaire par rapport au processus r&#233;el qui se d&#233;roule spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vous vous inscrivez dans une perspective r&#233;volutionnaire qui vise &#233;galement &#224; abolir les classes et l'&#201;tat. Une partie de votre livre est consacr&#233;e &#224; la sp&#233;culation sur l'avenir communiste et la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. Pourquoi pensez-vous qu'il est important de r&#233;investir une id&#233;e positive de l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes qui ont envisag&#233; une soci&#233;t&#233; post-capitaliste ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans les mouvements de la classe ouvri&#232;re et les mouvements radicaux du d&#233;but du 19e si&#232;cle. Le travail de Charles Fourier est un bon exemple de cette tradition. Marx et Engels ont eu raison de critiquer ceux qu'ils appelaient les socialistes utopiques et leur incompr&#233;hension fondamentale des m&#233;canismes de base du changement social. Ce n'est pas un plan, aussi inspirant soit-il, qui fera une r&#233;volution. La lutte &#233;merge des contradictions internes du capitalisme racial, passant des pr&#233;occupations imm&#233;diates &#224; une politique plus large. L'avenir ne sera construit que par celles et ceux qui le vivront, et non par les plans que nous &#233;laborons aujourd'hui. Malheureusement cette critique marxiste a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour d&#233;courager toute forme de sp&#233;culation r&#233;volutionnaire. En &#233;crivant mon roman de science-fiction et &lt;i&gt;Abolir&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la famille&lt;/i&gt;, je me suis rendu compte que la sp&#233;culation utopique servait &#233;galement un autre objectif important &#8211; nous aider &#224; th&#233;oriser dans le pr&#233;sent, &#224; articuler ce que nous d&#233;sirons, &#224; &#233;toffer les implications de la politique radicale pour laquelle nous nous battons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'analyse les diff&#233;rents r&#233;cits historiques de la politique abolitionniste de la famille en fonction de leur lien avec les deux autres sites majeurs de reproduction sociale du capitalisme racial : l'&#201;tat et le march&#233;. Mon analyse de la supr&#233;matie blanche et de l'histoire de la s&#233;paration des familles comme forme de violence d'&#201;tat raciste me rend assez sceptique vis-&#224;-vis des r&#233;cits qui parlent de d&#233;passement de la famille tout en consolidant la reproduction sociale au sein des institutions &#233;tatiques. En outre, l'expansion des services marchands qui a partiellement remplac&#233; le travail autrefois effectu&#233; au sein des m&#233;nages a &#233;t&#233; un gain pour certaines personnes qui d&#233;siraient vivre en dehors de la famille, mais a contribu&#233; de fa&#231;on inou&#239;e &#224; l'intensification de notre d&#233;pendance au march&#233;, &#224; la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique et &#224; l'isolement. &#201;tant donn&#233; que j'essaie de mettre en avant la violence des &#201;tats et des march&#233;s, en particulier &#224; l'encontre des membres de la classe ouvri&#232;re qui sont &#233;galement marginalis&#233;s en raison de leur race, de leur sexualit&#233; ou de leur genre, j'ai d&#251; essayer de th&#233;oriser une forme d'abolition de la famille qui soit &#233;galement un d&#233;passement de l'&#201;tat et du travail salari&#233;. Le registre sp&#233;culatif m'aide &#224; essayer de voir &#224; quoi cela pourrait ressembler, en observant comment la reproduction sociale fonctionne d&#233;j&#224; pendant les p&#233;riodes de r&#233;bellion intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; en anglais en octobre/novembre 2023.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Marcus Heide.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://editionslatempete.com/produit/abolir-la-famille/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abolir la famille. Capitalisme et communisation du soin&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
M.E. O'Brien&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ditions la Temp&#234;te&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Panayotis Pascot &#8211; Succomber puis p&#233;rir</title>
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		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Homosexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Marie-Mariette Pouget</dc:subject>
		<dc:subject>coming out</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A nos fr&#232;res perdus, revenez, revenez donc de ce baiser de la mort qui vous a eu par notre faiblesse la plus belle : notre toujours disponibilit&#233;, arm&#233;s de notre patience et de notre bon c&#339;ur, &#224; faire comprendre aux hommes &#224; tous qu'ils sont p&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-MARIE-MARIETTE-POUGET-+" rel="tag"&gt;Marie-Mariette Pouget&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-coming-out-295-+" rel="tag"&gt;coming out&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/978223n.jpg?1731403037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il s'est d'abord fait conna&#238;tre comme humoriste avec son seul en sc&#232;ne &#034;Presque&#034;, a jou&#233; dans quelques films &#034;grand public&#034;, Panayotis Pascot, cela n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne, a sorti un livre autobiographique dans lequel il relate la relation difficile avec son p&#232;re, ses maladresses avec les filles et surtout... son coming-out gay. Le livre est un succ&#232;s en termes de ventes (+ de 100.000 exemplaires), certes gr&#226;ce &#224; un marketing savamment orchestr&#233; mais aussi parce qu'il correspond bien &#224; l'&#233;poque, un peu trop m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la fosse &#224; chiure de la rentr&#233;e litt&#233;raire, voici, un des morceaux se fait conna&#238;tre. Il se distingue de ses voisins. Il est des n&#244;tres ! L'applaudit-on quand m&#234;me, sans remarquable proposition litt&#233;raire, avec plut&#244;t de quoi s'abattre ou se marrer ? Encore et encore un r&#233;cit qui &#171; part de l'intime pour aller vers l'universel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Propos peu recherch&#233;s de Paloma Grossi, &#233;ditrice chez Stock, dans Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et pas vraiment d'ailleurs. Et m&#234;mes m&#233;dias et presse unanimes d'ajouter qu'on ne l'attendait pas, et m&#234;me sourire sur nos l&#232;vres. Qu'on se marre encore un peu. Qui d'autre que ces faiseurs de roi pour feindre l'&#233;tonnement que la forme livre soit &#224; ce point disponible &#224; l'endroit de leurs semblables, qui de si bon dans la feinte du couronnement l&#233;gitime ? Sinon bien s&#251;r un public avili, oui, oui. On verra d'ailleurs tout de suite, le relent pr&#232;s des l&#232;vres, que ce n'est pas tout &#224; fait vrai, qu'on l'attendait un peu. La prochaine fois que tu mordras la poussi&#232;re a donc &#233;t&#233; &#233;crit par l'humoriste, acteur et ancien chroniqueur du Petit Journal et de Quotidien &#8211; explication du succ&#232;s &#224; elle seule quasiment suffisante &#8211; Panayotis Pascot. Il traite principalement de la relation au p&#232;re et de la d&#233;pression de Panayotis Pascot, ainsi que de la d&#233;couverte et l'acceptation de &#171; son &#187; homosexualit&#233;. On d&#233;file chez les libraires pour venir le chercher. Le public est jeune dans l'ensemble, et dedans nos fr&#232;res p&#233;d&#233;s. On pose ici une question simple : ce livre et son succ&#232;s nous sont-il favorables &#224; nous autres les p&#233;d&#233;s, et &#224; notre part dans la r&#233;volution ? On s'est bien marr&#233; &#224; la lecture, avant que, oui, ne surgisse l'abattement. Et puis son seul d&#233;passement possible, une position tr&#232;s claire : consid&#233;rer que cet ouvrage, non seulement, est contre-r&#233;volutionnaire, mais qu'en plus, il nous d&#233;robe des fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un succ&#232;s unanime pour l'auteur, triomphe de t&#233;l&#233;vision, de presse, de ce qu'on ne sait pas nommer (Konbini). Pour nous (&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, groupe per&#231;u comme homog&#232;ne) c'est un pas suppl&#233;mentaire vers un rapport au monde encore frais, sur le point de rendre inaudible, au milieu de la normalisation g&#233;n&#233;rale, les voix non apais&#233;es qui persistent dans ce nous : &#231;a va bien d&#233;sormais. Sous son aile, le syst&#232;me m&#233;diatico-capitaliste nous prot&#232;ge bien. Et le parcours de l'homosexuel est rendu acceptable, courageux m&#234;me, pourvu qu'il suive une trame qui, quelque soit sa contingence (&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ming-out&lt;/i&gt; et, par exemple, &#233;pisode d&#233;pressif) impose un bienheureux d&#233;nouement, l'harmonisation du d&#233;sir aux attendus du monde tel qu'il est, et tel qu'il ne changera pas. &lt;i&gt;La poussi&#232;re&lt;/i&gt; en est un mode d'emploi, la proposition d'une trajectoire dont on peut s'inspirer. Se ranger est &#224; la port&#233;e de chacun. Certes, pas la place &#224; Quotidien et les acclamations. On y aura quand m&#234;me gagn&#233; un semblant de paix, et la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; commencer sur la d&#233;ch&#233;ance m&#233;diatique, voyons un peu ce qu'on a propos&#233; de pire pour la trame homosexuelle choisie puis mise sous la lumi&#232;re : un r&#233;pugnant recours au &lt;i&gt;teasing&lt;/i&gt;, les semaines pr&#233;c&#233;dant la sortie du bouquin, &#224; propos du &lt;i&gt;coming-out&lt;/i&gt; qu'on y lirait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Entre autres : 05 juillet dans Elle : &#171; Panayotis Pascot : l'humoriste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Annonce (charognarde) de l'annonce de ce qui, pour un nombre important d'homosexuel.le.s &#8211; ce n'est pas ici qu'on jugera du probl&#232;me en soi &#8211;, repr&#233;sente encore ce qui est &#224; faire, et quelquefois encore la violence. L'annonce avant l'annonce n'aura pourtant pas annul&#233; le plaisir. La preuve, on est all&#233; en masse v&#233;rifier dans les pages. En gros, au lieu d'une, on a pu se frotter deux fois. Et nous de demander alors : &#224; quoi bon des pages sur cette souffrance pour, finalement, avec ce que le monde m&#233;diatique fait de plus aguicheur, s'en torcher ? Pas de remise en cause de la souffrance, non. Mais quelques doutes sur les le&#231;ons qu'on en tire, sur la honte comme chose du monde partag&#233;e. Et sur quel fr&#232;re on peut &#234;tre apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;CIT DE PASSAGE, BEAUT&#201; ET PI&#200;GE &#8211; FAUT-IL SUCER LES LECTEURS DE PASCOT ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici, une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; dans son dernier souffle s'est impos&#233;e parmi les meilleures ventes de cette rentr&#233;e litt&#233;raire. Mais on voudrait un peu nuire au spectacle, manifester en quoi il nous concerne peu, dire le scandale qu'un tel triomphe marchand ait pu &#234;tre conquis avec nos charmes, et contre la partie qui parle depuis l'un des c&#244;t&#233;s de ce &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; fissur&#233;. Bonne raison pour saloper les r&#233;jouissances. D&#233;poss&#233;d&#233;s, on est devenu un peu jaloux, et notre jalousie, &#233;rotiquement motiv&#233;e, n'a rien d'une haine personnelle ; elle est un pressentiment politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on exprime le plus difficilement, fondement d'une col&#232;re ici mise en mot, touchant le plus pr&#233;cieux pour nous, la source de notre richesse immat&#233;rielle, ce qui, oui, sinc&#232;rement nous ravit, qu'on serait fou d'esquiver dans une critique, c'est qu'il est ravissant comme rien d'autre &#224; nos yeux de gros p&#233;d&#233;s de faire jaillir chez les hommes encore simples leur app&#233;tit de queue.s, lentement, et, comment dirait-on, par l'effet d'un artisanat disparaissant. De tout nouveaux braquemarts &#224; pomper, jusqu'&#224; pr&#233;sent inaccessibles, se proposeront &#224; nous. C'est certain comme l'est le ciel. Finalit&#233; sublime, quand encore elle &#233;tait n&#244;tre, et approch&#233;e dans &lt;i&gt;H&#233;morro&#239;de&lt;/i&gt; sous la forme du myst&#232;re par le po&#232;te et rappeur Lapsu&#231;eur : &lt;i&gt;&#171; Question existentielle : Combien de beuteux existent dans le ciel ? &#187;&lt;/i&gt;. Cette question fondamentale de la cosmogonie des p&#233;d&#233;s, seule une lente et fraternelle activit&#233; commune entre fr&#232;res peut la traiter d&#233;cemment, homme par homme. La r&#233;ponse advient dans la r&#233;union de tous. Ce sont nos trompettes &#224; nous, de notre jour venu. Mais tous ces d&#233;licats h&#233;t&#233;rosexuels en sursis qui se ruent &#224; l'achat (ou leurs copines pour eux), auront &#233;t&#233; initi&#233;s par lui, Pascot, qui se fait, qu'il le veuille ou non, depuis quelques temps, la voie favorite du &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt;, celui de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#224; l'homosexualit&#233;, qui a tout pris avec lui et pour lui, du fait de son succ&#232;s, et pour le monde qu'on verra&#8230; C'est en partie l'explication de tant de plaisir (ou tant d'attente de plaisir) devant un tel livre, celle de l'inflammation des ventes. Panayotis Pascot, passeur, repr&#233;sentant de celui qui est pass&#233; par l&#224;, est encore h&#233;t&#233;rosexuel dans ses pages. Et on sait quel effet provoque une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; vacillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;t&#233; faibles, on a tout c&#233;der. R&#233;cit de conversion autant qu'invitation &lt;i&gt;La prochaine fois que tu mordras la poussi&#232;re &lt;/i&gt;tient &#224; peu, mais tient par notre faiblesse : un d&#233;sir de rapport sexuel avec l'impossible, qui en construit la beaut&#233;. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; embellit un homme, repoussant hors du domaine du possible l'unit&#233; d&#233;sir&#233;e des corps pour le p&#233;d&#233; qui la consid&#232;re. A quoi s'ajoute ici la gloire &#8211; celle de Pascot bien ant&#233;rieure aux confidences &#8211; qui rend un &#234;tre moins atteignable encore, encore moins fait pour soi. Je mets en lumi&#232;re simplement l'intuition de tout le monde, intuition vraie &#224; condition du d&#233;ploiement : le succ&#232;s d'un tel livre ne tient principalement qu'&#224; &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt;, la beaut&#233; physique objective de celui qui l'a &#233;crit. Un livre n'est pas un corps. Mais il peut abolir la distance, surtout quand il est ce mat r&#233;cit d'une vie. Il sert alors de suppl&#233;ance ; &#224; qui tout le monde fait l'amour. Tout le monde, je crois, &#224; voulu faire l'amour avec Panayotis Pascot. Et c'est vrai qu'il est beau, magnifique m&#234;me, est m&#234;me un homme au corps &#224; aimer. C'est pourquoi les mains de quelques fr&#232;res sont pleines de &lt;i&gt;La Poussi&#232;r&lt;/i&gt;e. Mais le spectacle a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; de longtemps : il a clignot&#233; tous les soirs, sur nos machines, pour remuer de l'air, se montrer faire le con, accro&#238;tre les audiences. Un homme comme lui ne peut pas &#234;tre laid. Laid, on ne peut pas dire combien se rueraient sur son simulacre de corps en papier. C'est inimaginable, pas de livres de ce genre, pas auparavant non plus de longues et divertissantes pr&#233;misses. Car par beaut&#233; objective, j'entends, on l'a compris, la beaut&#233; en tant que canon attendu, donc pr&#233;con&#231;u et fabriqu&#233;. La laideur est d&#233;sint&#233;gr&#233;e par l'image m&#233;diatique. Non qu'elle n'existerait pas a priori, mais sa possibilit&#233; de survie en tant que telle demeure impossible : tout &#233;cran regard&#233; en masse la transmue en beaut&#233;. L'&#233;tonnement des ventes est une feinte, et l'intuition de tous &#8211; que la beaut&#233; a ourdi de pierres le chemin &#8211; plus probable que n'importe quel argument commercial que Stock voudra bien nous trouver. C'est bien du reste seulement la beaut&#233; et ce qu'on imagine en faire qui peut substituer dans l'imagination le si faible contenu masturbatoire du bouquin (on aurait pu au moins en attendre &#231;a) : danger et force de la beaut&#233;, force du fantasme humain, pour le cas qu'on observe, davantage que force de la litt&#233;rature. Car comme suppl&#233;ance au corps, ce qu'on nous sert de litt&#233;raire est familier du vide. Parce que Panayotis Pascot ne nous m&#226;che pas le travail mais fa&#231;onne plut&#244;t un monopole. Et seuls nos fr&#232;res qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rapt&#233;s ne voient pas o&#249; tout cela nous m&#232;ne : &#224; un livre qui, par son absence compl&#232;te d'esth&#233;tique et de r&#233;f&#233;rences historiques &#224; nos cultures et nos luttes, est en passe de devenir le rep&#232;re de beaucoup de nos prochains fr&#232;res, &#224; qui donc politiquement nous n'aurons pas grand-chose &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;E mi tormenta il fortunato amore&lt;br class='autobr' /&gt;
Contro di me si ostina il fortunato&lt;br class='autobr' /&gt;
amore. Egli non sa&lt;br class='autobr' /&gt;
quanto pericoloso il suo passaggio&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. &#171; Et me tourmente l'heureux amour / Contre moi s'obstine l'heureux / (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos techniques et nos charmes ont &#233;t&#233; us&#233;s &#224; but marchand (et par l&#224; on ne parle pas d'un trou &#224; cul tarif&#233; pour vingt minutes, mais de plus de 100 000 ventes d'une chierie du groupe Hachette), et m&#234;me us&#233;s contre nous-m&#234;mes, charm&#233;s. Pour quel monde seulement, lequel ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROCHAINE FOIS, ON RISQUERA DE POMPER L'ENNEMI (qu'on le sache, au moins&#8230;)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;fends aucune id&#233;e de ce que la litt&#233;rature devrait &#234;tre, ou politique ou forc&#233;ment utile. Mais qu'une telle mise en r&#233;cit de soi, relevant souvent du fragment &#233;crit sur le bloc note d'un t&#233;l&#233;phone (sic. comme c'est vulgaire, et &#244; combien &#231;a se voit&#8230; &#8211; &lt;i&gt;dans l'urgence&lt;/i&gt; comme on dit pour tout et rien sur Inter ou Konbini) se fasse passer pour du labeur, qu'on la rattache &#224; la voix d'une g&#233;n&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Le r&#233;cit de Pascot serait le &#171; miroir d'une g&#233;n&#233;ration &#187; selon la formule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#233;rite a minima une lueur d'objection (on veut le feu ! on veut le feu !) ; et quel poids ridicule dans ce d&#233;luge de louanges&#8230; On s'en foutrait bien d'ordinaire. Mais le &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; n'accuse aucun signe de faiblesse. On apprend m&#234;me que B&#233;gaudeau en dira du bien devant lui, un de ces soirs &#224; La Grande Librairie. Un crit&#233;rium avis&#233; pour se r&#233;soudre &#224; s'ab&#238;mer dans le commentaire du m&#233;diocre, c'est cette menace qui sur nous commence &#224; peser. Le silence nous ab&#238;merait davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai esquiss&#233;, &lt;i&gt;La prochaine fois que tu mordras la poussi&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ne souffre pas de plus de m&#233;diocrit&#233; qu'ailleurs, et c'est peu dire qu'&#224; elle, en litt&#233;rature, on est maintenant rompu, que seul apaise un peu d'&#234;tre certain d'avoir &#224; l'oublier, bient&#244;t et vite, et m&#234;me si c'est pour ingurgiter la couche qui suit. Pourquoi ne pas revendiquer notre part dans la bassesse &#8211; autant que notre part dans la r&#233;volution &#8211; est une question qui se pose. Le sublime est rare. Il n'y a apr&#232;s tout qu'un seul Belloc, il n'y aura qu'un seul Guiraudie. Malgr&#233; tout, ce triomphe du plus bas tombe assez mal pour nous. On fait d&#233;j&#224; mouiller les slips en &#233;voquant une adaptation cin&#233;matographique ou un second livre, au sujet lit-on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Propos de Panayotis Pascot, m&#234;me article.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'une m&#232;re celui-ci, pour &#233;viter les jalouses. Piti&#233;&#8230; Et pourquoi pas sur une amiti&#233; &#224; na&#238;tre avec Lagasnerie, (&lt;i&gt;2&lt;/i&gt;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'accorder sur une position d&#233;fendant &lt;i&gt;La &lt;/i&gt;&lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;oussi&#232;re&lt;/i&gt; comme une restitution fid&#232;le des ann&#233;es 20 que l'on vit (mais alors, une restitution involontaire, malgr&#233; elle, en tant que faits not&#233;s simplement, non &lt;i&gt;racont&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, comme l'abyssal chapitre qu'inaugure la page 159 et qui n'a l'&#233;paisseur de rien d'autre qu'un bloc-note&lt;i&gt; &#171; d'informations sur moi &#187; &lt;/i&gt;). Le m&#234;me existant social est v&#233;cu par son lectorat, en d&#233;pit des diff&#233;rences &#233;conomiques de fait, de quelques bagatelles que nous n'avons pas tous : quelqu'un qui peut nous pr&#234;ter &#224; Montr&#233;al &lt;i&gt;&#171; un grand loft sans &#226;me mais avec une baignoire &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 65&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, ou l'agr&#233;ment de faire un &lt;i&gt;&#171; voyage forc&#233; (au Liban) pour (s')&#233;loigner de Paris &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 203&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; sous la bonne &#233;toile d'un psy. Il vit, on vit, sid&#233;r&#233;s, les m&#234;mes moments &#224; deux restitu&#233;s dans toute leur pauvret&#233; : on respire le m&#234;me air, de la m&#234;me pi&#232;ce, mis&#233;rables, souvent moins solides qu'on ne l'&#233;tait ant&#233;rieurement, de machine &#224; machine. Mis&#233;rables dans les mots qui sortent, mis&#233;rables dans l'&#233;rotisme. Deux moments. Le moment h&#233;t&#233;rosexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Pages 95-96&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pascot s'est vid&#233; les couilles, la jeune femme &#224; qui avait &#233;t&#233; promis la nuit est mise dehors &#8211; elle n'avait qu'&#224; pas le tromper, il n'avait qu'&#224; l'aimer encore. On se souvient qu'il s'&#233;tait mis &#224; d&#233;sirer les hommes. Est-ce ce d&#233;sir r&#233;cemment d&#233;couvert qui sert de carte blanche &#224; ce que le masculin fait de pire, y compris homosexualis&#233; ? Le moment homosexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Pages 124-125&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour la premi&#232;re rencontre de leurs corps, Pascot et son partenaire se trouvent paralys&#233;s, ahuris, comme enfantins sans la beaut&#233; du t&#226;tonnement des enfants et sans l'excuse de l'ignorance, sous le pr&#233;texte que l'un et l'autre ne veulent pas &#234;tre pris. Et cesse tout &#224; coup, dans la vacuit&#233; &#233;rotique de deux jeunes hommes gav&#233;s au &lt;i&gt;t act ou t pass ?&lt;/i&gt;, l'amour qui aurait pu se faire avec une langue, une main, et l'ensemble d'un corps. De la &lt;i&gt;Poussi&#232;re&lt;/i&gt;, voil&#224; ce que j'en tire de meilleur : la pauvret&#233; des relations d'un jeune gar&#231;on qui se croit, se veut, et se raconte diff&#233;rent, comme tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un temps de l'histoire o&#249; le capitalisme a p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'au corps intime, &#224; l'esprit, certains, oui, plus que d'autres, on attend quand m&#234;me d'y trouver la pr&#233;misse, un fragment des temps o&#249; l'alt&#233;ration &#233;tait encore palpable dans l'exp&#233;rience au travail et qui persiste bien s&#251;r encore malgr&#233; sa prolif&#233;ration sur l'ensemble de l'exp&#233;rience humaine. Elle est bien l&#224;, dans l'envie et la poursuite, dissimul&#233;es dans chaque page, et certaines plus que d'autres, de sa place au soleil, de sa carri&#232;re &#224; soi. Et dans nos ann&#233;es 20, la carri&#232;re tend &#224; se vivre depuis les yeux de tous ; quelle belle illustration de l'avilissement que ce livre, en d&#233;finitive&#8230; la critique est pass&#233;e &#224; c&#244;t&#233;. Voir de soi-m&#234;me partout : me voil&#224; arriv&#233;. La carri&#232;re, le succ&#232;s. On croit comprendre qu'avec papa, c'est l&#224; la source de discorde. Papa trop c&#233;l&#232;bre, trop arriv&#233;, quelle est ma place, o&#249; parvenir apr&#232;s lui ? On n'envisage pas son avenir en de&#231;&#224;. Ni que certains honneurs d&#233;shonorent. &lt;i&gt;&#171; Ils me voyaient s&#251;rement comme un boss &lt;/i&gt;acn&#233;ique&lt;i&gt;, tyrannique, impuissant, &#233;cras&#233; par le poids de ses ambitions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Pages 116-117&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Si t&#244;t, oui quel d&#233;sastre. Mais on croirait voir &#233;merger du repentir&#8230; (un livre, forme la&#239;que, forme moderne de confesse). Non ? On passe quelques lignes :&lt;i&gt; &#171; Six mois plus tard je d&#233;missionnais, ce n'&#233;tait plus pour moi. Moi, je serais un grand artiste, j'en &#233;tais convaincu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 119&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Non. Toujours moi. Moi je, moi grand. Moi carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui &#224; ce point l&#224;, d'&#234;tre fier d'apprendre que la d&#233;pression dans sa forme dont il est atteint est l'une des plus s&#233;v&#232;res, et &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&#234;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;me dans la d&#233;pression je suis fier d'arriver le premier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 204&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#201;trange m&#233;lange des arrivismes, mutation de l'ancien encore un peu visible, et novation contemporaine des esprits ali&#233;n&#233;s &#224; tout un tas de choses. &#201;trange carri&#232;re, dr&#244;le de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques points &#233;mouvants ou saillants d'une &#233;poque auraient m&#233;rit&#233; d'&#234;tre travaill&#233;s davantage : les troubles &#233;rectiles d'un jeune homme, ou une conscience sous m&#233;dicaments. Je ne suis pas certain que le r&#233;cit d'une relation p&#232;re-fils puisse de sit&#244;t appara&#238;tre sous un angle int&#233;ressant (on en bouffe trop, comme de tout), et celle-ci ne s'arrache jamais de la banalit&#233;&#8230; ni par cons&#233;quent du ouin-ouin nombriliste. Je voudrais pour accompagner cette remarque extraire du livre ce que je consid&#232;re en &#234;tre le plus lucide des fragments : &lt;i&gt;&#171; Pourquoi tu dois toujours tout ramener &#224; toi ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 82&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cet &#233;clair d'esprit est pourtant mal plac&#233;. Il ne va nous servir qu'&#224; en d&#233;terrer le sens cach&#233;, &#224; en transcrire la position identique mais d&#233;barrass&#233;e d'un &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; omnipr&#233;sent, la suivante : &lt;i&gt;p&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ourquoi t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;iens-tu&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#224; faire un livre ?&lt;/i&gt; Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Gilles Deleuze (conversation avec Claire Parnet), Ab&#233;c&#233;daire : A comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avait raison de gerber sur une &lt;i&gt;forme livre&lt;/i&gt; qu'envahirait la &lt;i&gt;forme article&lt;/i&gt;, d'archives et de faits, des journalistes, &lt;i&gt;&#171; abomination de la m&#233;diocrit&#233; litt&#233;raire &#187;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Q&lt;/i&gt;&lt;i&gt;uand on &#233;crit (gerbait-il) on ne m&#232;ne pas une petite affaire priv&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; A la m&#234;me &#233;poque il opposait le &lt;i&gt;sale&lt;/i&gt; parler avec l'&#233;crire, &lt;i&gt;propre&lt;/i&gt;. Pascot nous dit avoir compris&lt;i&gt; &#171; que se laver les mains et &#233;crire c'est la m&#234;me chose. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 129&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Peut-&#234;tre qu'&#233;crire s'est mis &#224; &#234;tre sale. Moi je pense que Pascot n'&#233;crit pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUI VIENDRA ET O&#217; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tous les mondes sont concern&#233;s par le &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;, le malheur, qui touche ici les n&#244;tres et qu'on aura tent&#233; d'illustrer avec le plus n&#233;faste du moment. Il nous faudra, sans perdre de temps, pour survivre, reconduire la dispersion esth&#233;tique contemporaine des homosexuels, parmi lesquels cet automne les plus jeunes entrent par un gribouilleur dans la &#171; litt&#233;rature &#187; &#8211; qui juge bon de mentionner chaque dix pages ses trajectoires Uber, ses &lt;i&gt;scrolles&lt;/i&gt; vestimentaires, ses &#171; &lt;i&gt;poses &lt;/i&gt;&lt;i&gt;(&lt;/i&gt;&lt;i&gt;de&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt; &lt;i&gt;like &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 17&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou ses fr&#233;quentations insipides sur Tinder, qui n'ont m&#234;me pas valeur de construction romanesque ou d'analyse d'une &#233;poque, ni ne semblent interroger les notions de bassesse, d'ali&#233;nation, quoi d'autre encore ? A-t-on vu la trace d'une pissoti&#232;re ? dans ces pages, &#233;chos des villes, ces pages, douces machines &#224; d&#233;truire, qui ach&#232;vent d'aseptiser la mati&#232;re, aseptisant nos esprits. Nos quartiers s'embourgeoisent, les normes nous enserrent. On en demande encore. Qu'a-t-on gagn&#233; au change ? Le mariage, par quoi le livre, dans l'espoir et le d&#233;sir, s'ach&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 225 : &#171; Un jour, je l'&#233;pouserai &#187;&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des commentaires sur un site de pipes. C'est-&#224;-dire l'all&#233;geance &#224; l'&#201;tat, ou l'all&#233;geance &#224; la technique. Dans quel existant de merde, dans quelle esth&#233;tique monstrueuse accueille-t-on les prochains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Panayotis Pascot ne vient pas &#224; nous, chez les p&#233;d&#233;s. C'est une partie des n&#244;tres qui nous est d&#233;rob&#233;e, qui va vers l'assimilation, vers une sorte d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; homo, prenant tous les h&#233;sitants avec, h&#233;t&#233;rosexuels qui resteront h&#233;t&#233;rosexuels quand bien m&#234;me ils se mettraient &#224; s'enculer, c'est-&#224;-dire que rien n'est en passe d'&#234;tre d&#233;pass&#233; qu'une affaire de pr&#233;f&#233;rence pour les teubs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Les pages 55 et 69 sont frappantes. L'homosexualit&#233; y est maladroitement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et le genre, donc ? Et la famille ? Le Capital ? Et la police ? LA POLITIQUE, DANS &#171; NOTRE &#187; HOMOSEXUALIT&#201; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On finira quand m&#234;me en citant, en une phrase, le &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; dans tout son comique, toute son infamie, et sans besoin de commentaires : &lt;i&gt;&#171; Il y a quelque chose de l'ordre de la r&#233;volte dans cette famille&lt;/i&gt; (dont Pascot tient &#224; se situer dans la lign&#233;e)&lt;i&gt;, de la r&#233;volution m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Page 165&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Aucune place, non, pour ce livre, dans la m&#233;moire de ce que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; avons majestueusement fait. Autour, un tas de petits mondes, de modes de vies, d'us souterrains, &#233;rotiques, &#233;gar&#233;s, sont des &#233;clats &#224; raviver, qui diminuent et diminuent dangereusement. Mieux vaut peut-&#234;tre pour un temps fermer les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nos fr&#232;res perdus, revenez, revenez donc de ce baiser de la mort qui vous a eu par notre faiblesse la plus belle : notre toujours disponibilit&#233;, arm&#233;s de notre patience et de notre bon c&#339;ur, &#224; faire comprendre aux hommes &#224; tous qu'ils sont p&#233;d&#233;s. Reprenons l&#224; o&#249; on &#233;tait de ce si beau projet, avant d'avoir faut&#233;, suivant Pascot, d'avoir voulu aller trop vite. Vous qui avez &#233;t&#233; faibles pour nous &#8211; qui sommes impitoyables mais frustr&#233;s &#8211; qui pourrait vous porter grief trop longtemps de ne pas avoir r&#233;sist&#233; devant la demande des hommes d'&#234;tre ador&#233;s par leurs semblables ? Vous &#234;tes d&#233;j&#224; enti&#232;rement pardonn&#233;s, et Pascot avec vous. Ne vous excusez pas et revenez. Il sera bien temps de tout oublier et de tout pardonner, sur l'aire, dans la clairi&#232;re ou &#224; la pissoti&#232;re oubli&#233;e, le jour venu, le plus beau de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-Mariette Pouget.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Propos peu recherch&#233;s de Paloma Grossi, &#233;ditrice chez Stock, dans Le Figaro, &#171; Panayotis Pascot, pourquoi l'humoriste cartonne dans les librairies &#187;, 04/10/23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;05 juillet dans &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Panayotis Pascot : l'humoriste &#233;voque son homosexualit&#233; dans son livre &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;05 juillet dans &lt;i&gt;T&#234;tu&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Panayotis Pascot confirme son coming out dans un livre &#224; para&#238;tre &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;05 juillet dans &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; L'humoriste Panayotis Pascot fait son coming out dans un livre &#224; para&#238;tre en ao&#251;t &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;07 juillet dans &lt;i&gt;Paris&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;Match&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Panayotis Pascot &#233;voque son homosexualit&#233; dans son prochain livre &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est sorti le 23 ao&#251;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &#171; Et me tourmente l'heureux amour / Contre moi s'obstine l'heureux / amour. Il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne&lt;/i&gt;&lt;i&gt; sait / combien dangereux peut &#234;tre son passage &#187;&lt;/i&gt; Sandro Penna, &lt;i&gt;Croix et d&#233;lice&lt;/i&gt;, Paris, Ypsilon, Pages 126-127. Traduit de l'italien par Bernard Simeone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Le r&#233;cit de Pascot serait le &lt;i&gt;&#171; miroir d'une g&#233;n&#233;ration &#187;&lt;/i&gt; selon la formule de Inas Hamou Aldja sur France Info, in. &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Panayotis Pascot se met &#224; nu dans son premier roman &#187;&lt;/i&gt; (rire&#8230;), 09/10/23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Propos de Panayotis Pascot, m&#234;me article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 203&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Pages 95-96&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Pages 124-125&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Pages 116-117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 119&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 204&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 82&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Gilles Deleuze (conversation avec Claire Parnet), &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire : A comme Animal&lt;/i&gt;, 1988. Disponible sur Youtube : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=SlNYVnCUvVg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=SlNYVnCUvVg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 129&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 17&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 225 : &lt;i&gt;&#171; Un jour, je l'&#233;pouserai &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Les pages 55 et 69 sont frappantes. L'homosexualit&#233; y est maladroitement r&#233;duite &#224; l'apparence physique, le vernis. Que le gar&#231;on, &#224; ce moment-l&#224; soit encore h&#233;t&#233;rosexuel et certainement un peu b&#234;te, ne semble pas pouvoir justifier une telle grossi&#232;ret&#233;. Il n'y a d'ailleurs l'&#233;mission d'aucune critique (non pas que la litt&#233;rature doive &#234;tre vertueuse ! mais ce texte, on le rappelle, n'est pas une fiction &#224; proprement parler). Un peu faible pour qui pr&#233;tend interroger la masculinit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Page 165&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Judson aime les transsexuel&#183;les &#187; : une g&#233;n&#233;alogie des relations entre danse et identit&#233;</title>
		<link>https://trounoir.org/Judson-aime-les-transsexuel-les-une-genealogie-des-relations-entre-danse-et</link>
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		<dc:date>2023-11-01T14:11:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>danse</dc:subject>
		<dc:subject>Jeanne Vaccaro</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; De m&#234;me que les corps protestataires investissent la rue pour interrompre certains processus politiques, les corps dansants peuvent d&#233;sorganiser l'int&#233;grit&#233; corporelle... &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transgenre-+" rel="tag"&gt;Transidentit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-danse-+" rel="tag"&gt;danse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jeanne-Vaccaro-+" rel="tag"&gt;Jeanne Vaccaro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/195008_10100257069188093_1370194_o.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'occasion de la sortie d'un num&#233;ro sp&#233;cial d&#233;di&#233; au &#171; corps transbiologique &#187; de la revue&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Women &amp; Performance&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, le chor&#233;graphe new-yorkais Yve Laris Cohen pr&#233;sente la cr&#233;ation &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Performance for Women &amp; Performance &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;(2011) durant laquelle il active l'un des vitraux de la Judson Memorial Church, une &#233;glise qui fut non seulement le site d'une importante avant-garde artistique dans les ann&#233;es 1960, mais aussi un centre d'accueil d'urgence pour les travailleureuses du sexe, une clinique qui pratiquait l'avortement avant sa l&#233;galisation aux &#201;tats-Unis et un dortoir multiracial.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;En sollicitant l'&#233;paisseur de cette histoire, la th&#233;oricienne culturelle Jeanne Vaccaro s'interroge sur les relations entre danse et identit&#233;s de genre. Elle se demande : quels gestes peut-on faire pour participer &#224; une histoire, m&#234;me quand elle ne nous inclut pas n&#233;cessairement ? Quelle fugitivit&#233; peut-on imaginer pour se d&#233;sidentifier des cat&#233;gories de dissidence de genre, m&#234;me quand elles peuvent nous convenir ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Posant la question de ce que cela fait &#224; &#171; danse &#187; et &#224; &#171; trans &#187; d'&#234;tre plac&#233;es l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, Vaccaro interroge les attentes et les pr&#233;suppos&#233;s des cat&#233;gories &#224; partir desquelles la soci&#233;t&#233; multiculturelle d&#233;sire et consomme la diff&#233;rence, et montre comment les corps ainsi identifi&#233;s savent d&#233;jouer les attentes et manifester la mobilit&#233; par laquelle leurs existences exc&#232;dent les cadres de lecture identitaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Yve Laris Cohen fait des performances, des objets et occasionnellement des vid&#233;os. Tout cela est de la danse.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Yve Laris Cohen est un artiste interdisciplinaire dont les performances et les sculptures se confrontent aux subjectivit&#233;s changeantes et aux relations de pouvoir qui traversent les objets et les corps humains. Influenc&#233; par le Judson Theater et par sa formation en danse classique, les pi&#232;ces chor&#233;graphiques de Cohen envisagent le ballet comme une forme de travail manuel plut&#244;t que comme un spectacle pour les &#233;lites.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Yve est dipl&#244;m&#233; en danse et en &#233;tudes de la performance de l'Universit&#233; de Californie &#224; Berkeley et en arts visuels de l'Universit&#233; Columbia.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'artiste multidisciplinaire Yve Laris Cohen cherche &#224; alimenter une compr&#233;hension plus riche des questions transgenres au travers de ses processus de cr&#233;ation.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Yve Laris Cohen fait en sorte que des choses se produisent dans le temps &#8211; choses qui, presque &#224; chaque coup, impliquent des corps.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Yve Laris Cohen est n&#233; le 9 d&#233;cembre 1985 &#224; San Diego en Californie. Envoy&#233; depuis mon iPhone&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bios &#233;crites pour : l'exposition des masterant&#183;es du d&#233;partement art de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La biographie transgenre est toujours une performance, elle est l'articulation d'un r&#233;cit qui aplatit la diff&#233;rence pour la rendre compr&#233;hensible. Dans les bios de l'artiste chor&#233;graphique new-yorkais Yve Laris Cohen (YLC) telles qu'elles sont &#233;crites par les critiques d'art et par les institutions artistiques, au service de quelle force explicative les notes de programme sont-elles mises quand il est question de l'identit&#233; de genre ? Quand il se pr&#233;sente, YLC parle parfois de sa formation en danse classique, parfois de son identit&#233; de genre, et parfois des esth&#233;tiques avec lesquelles il est en dialogue. Mais quand d'autres que lui le pr&#233;sentent, iels semblent tenir &#224; employer la cat&#233;gorie du biographique pour diriger notre rencontre avec YLC et confirmer une relation narrative entre son corps et sa pratique artistique. YLC, pendant ce temps-l&#224;, s'efforce de court-circuiter le lien entre le d&#233;sir et la capacit&#233; de savoir. Le laconique &#171; Yve Laris Cohen est n&#233; le 9 d&#233;cembre 1985 &#224; San Diego en Californie. Envoy&#233; depuis mon iPhone &#187; fait ainsi &#233;cho &#224; une formule convenue, mais dans sa formulation, YLC ajoute &#224; la certitude du temps (&#171; le 9 d&#233;cembre 1985 &#187;) et de l'espace (&#171; San Diego, en Californie &#187;), une part d'inconnaissable. Il performe ainsi une biographie &#224; la fois frivole et fugitive (&#171; envoy&#233; depuis mon iPhone &#187; : il pourrait &#234;tre n'importe o&#249;, n'importe quand). Si &#171; transgenre &#187; a pour effet de modifier la cat&#233;gorie &#171; danse &#187;, ce n'est pas parce que la danse en question est faite par une personne trans ou parce qu'elle concerne un objet transgenre. Il n'y a pas de preuve ni de garantie dans le fait de regarder une danse faite par une personne qui s'identifie comme trans. Dans cet essai, je cherche &#224; positionner ensemble les cat&#233;gories conceptuelles et esth&#233;tiques de &#171; trans &#187; et de &#171; danse &#187;, dans l'espoir de g&#233;n&#233;rer des formes de connaissances diff&#233;rentes des ph&#233;nom&#232;nes qui s'y rattachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que genre litt&#233;raire, la biographie peut s'efforcer de r&#233;v&#233;ler, de totaliser ou de consolider la diff&#233;rence ; la biographie est, en ce sens, un genre plus facile que la politique ou la th&#233;orie, dans la mesure o&#249; elle peut naturaliser ou masquer le normatif. Les descriptions que les critiques de danse font d'YLC, servent souvent &#224; signaler la diff&#233;rence comme telle. Une critique parue dans Modern Painters parle ainsi avec emphase d'une sc&#232;ne o&#249; YLC se d&#233;shabille, une action qui d&#233;voile sa poitrine nue et qui rend visibles les cicatrices de sa mastectomie, preuve optique &#224; la fois de son identit&#233;, de sa masculinit&#233; et de leur caract&#232;re cens&#233;ment partiel et construit. YLC, dit cette critique, &#171; rend scandaleusement visibles les cicatrices de sa mastectomie &#187;, produisant ainsi une &#171; remise en cause dialectique des r&#244;les de genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HOWE David Everett, &#171; Dance as Blood Sport : Performance Artiste Yve Laris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Certaines critiques parlent aussi d'YLC comme d'un &#171; homme de petite taille &#187;, ou bien &#171; une femme de petite taille sans poitrine&#8230; ou bien &#233;tait-ce simplement cens&#233; &#234;tre un homme pas tr&#232;s grand ? &#187;, et parfois, elles parlent d'un &#171; artiste multidisciplinaire s'identifiant comme transgenre, montrant sa poitrine nue, r&#233;v&#233;lant sans d&#233;tour les cicatrices chirurgicales derri&#232;re de ce qui fut, autrefois, f&#233;minin &#187;. Une cicatrice a des choses &#224; dire, mais au lieu d'y voir la preuve d'une diff&#233;rence (elle-m&#234;me comprise comme trauma, action chirurgicale ou objet de honte), pourrait-on apprendre &#224; lire, dans les cicatrices, les notations d'un mouvement ? La cicatrice intervient dans une chor&#233;graphie de r&#233;alignement cellulaire, elle organise et fait partie d'un processus de gu&#233;rison corporelle : elle est un signe de capacit&#233; et de dimensionnalit&#233; corporelles. Les critiques interpr&#232;tent mal les cicatrices d'YLC quand elles y voient une marque de fixit&#233;, de signification sociale ou un signe de ponctuation dans la grammaire du corps dansant. Une cicatrice peut aussi faire signe vers des tissus en train de changer, ou &#234;tre lue comme une forme de danse ou de chor&#233;graphie &#224; l'&#233;chelle du cellulaire. Et puis, nous qui sommes dans le public pouvons lire la cicatrice aussi comme une preuve sensible d'une chose que nous partageons collectivement, d'une chose que nous sentons et que nous pouvons faire circuler, dans la danse, en tant que travail corporel de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/196014_10100257068494483_3413045_n.jpg?1731402997' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de faire de la danse une forme d'exposition biographique, comme certaines critiques semblent le faire, YLC fait de son exp&#233;rience un mat&#233;riau. Il lui arrive ainsi de mentionner &#171; transsexuel &#187; dans la fiche du spectacle, une mani&#232;re de performer le clich&#233; de la demande faite aux corps vuln&#233;rables d'&#234;tre toujours pr&#234;ts &#224; s'exposer. YLC interrompt la coh&#233;rence narrative du biographique par des actions de refus. Ses interruptions dans la cha&#238;ne signifiante de la danse transgenre formulent une critique du d&#233;sir de conna&#238;tre la danse transgenre comme transgenre, un d&#233;sir qui d&#233;montre une certaine incapacit&#233; &#224; penser le genre autrement qu'&#224; partir des marques &#171; M &#187; ou &#171; F &#187; qui signent les documents administratifs, les noms, les pronoms, les hormones et les interventions chirurgicales. L'artiste chor&#233;graphique Ishmael Houston-Jones a mis en sc&#232;ne une intervention g&#233;n&#233;alogiquement li&#233;e &#224; cette relation entre identit&#233; et danse quand il a lanc&#233; sa question/provocation : &#171; qu'est-ce que la danse noire ? &#187; &#224; Danspace, &#224; New York City, en 1982. Avec Parallels, un programme de spectacles chor&#233;graphiques con&#231;u aux c&#244;t&#233;s d'une &#171; nouvelle g&#233;n&#233;ration d'artistes noir&#183;es qui existent dans les mondes parall&#232;les des danses noires am&#233;ricaines et de la nouvelle danse &#187;, Ishmael Houston-Jones a contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration d'une histoire de la danse noire diff&#233;rente de celle ouverte par Alvin Ailey, une histoire qui cite la Nouvelle Vague, le punk et le drag comme ses interlocuteurices privil&#233;gi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HOUSTON-JONES Ishmael, &#171; Curatorial Statement &#187;, in HUSSIE-TAYLOR Judy, BELL (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Houston-Jones cite les registres publics, collectifs et v&#233;cus de l'identification et de l'appartenance, se souvenant : &#171; Bien s&#251;r, voir Judith Jamison danser dans &lt;i&gt;Cry&lt;/i&gt; d'Alvin Ailey a &#233;t&#233; l'un des &#233;v&#233;nements qui m'ont donn&#233; envie de danser &#187;. Houston-Jones se d&#233;sidentifie de l'identit&#233; en tant que genre artistique. L'intervention que repr&#233;sente sa proposition en tant que commissaire du festival consiste dans la construction parall&#232;le d'une histoire de la remise en cause de l'identit&#233;. Avec Parallels, la &#171; danse noire &#187; devient une enqu&#234;te sur l'identit&#233; et la danse identitaire en tant que genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz d&#233;crit la d&#233;sidentification comme un processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'occasion d'une recr&#233;ation du festival Parallels pour son trenti&#232;me anniversaire (en 2012), l'artiste et performeuse Ann Liv Young, une femme blanche, a d&#233;clar&#233; : &#171; Je suis blanche. Mais je suis noire ce soir &#187;, prolongeant l'interrogation sur les g&#233;n&#233;alogies de l'identit&#233; et de la danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;YOUNG Ann Liv, Parallels, Danspace, 2012.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les identit&#233;s et les danses composites comme la &#171; danse noire &#187; ou la &#171; danse trans &#187; peuvent &#234;tre d&#233;ploy&#233;es de diff&#233;rentes mani&#232;res, dont certaines cherchent &#224; interroger les parall&#232;les entre mouvements du corps et mouvements esth&#233;tiques, tandis que d'autres satisfont une fonction historique de type successive ou additive et &#233;chouent &#224; interroger les relations historiques analogiques qui peuvent &#234;tre faites entre &#171; noir&#183;e &#187; et Ailey et entre &#171; trans &#187; et Judson. La mani&#232;re dont ces formes corporelles intersectent entre elles reste impossible &#224; comprendre tant que &#171; noir&#183;e &#187; et &#171; trans &#187; ne sont susceptibles de modifier qu'une seule cat&#233;gorie esth&#233;tique &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/193679_10100257069647173_4024879_o.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/193679_10100257069647173_4024879_o.jpg?1731402997' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt;, Yve Laris Cohen fait cette d&#233;claration enthousiaste : &#171; Judson aime les transsexuel&#183;les. Judson d&#233;teste la guerre. Judson a donn&#233; naissance &#224; la danse postmoderne. J'aime Judson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Performance for Women &amp; Performance a &#233;t&#233; perform&#233; le 8 mars 2011 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; est une danse qui consiste &#224; performer une construction. Le travail impliqu&#233; dans la construction est &#224; la fois mat&#233;riel et conceptuel, physique et g&#233;n&#233;alogique. Il consiste &#224; assembler puis &#224; d&#233;construire une r&#233;plique de la Rose Window, le vitrail orient&#233; vers le sud de la Judson Memorial Church, une &#233;glise situ&#233;e au 55 Wahsington Square South, dans le Greenwich Village [&#224; New York]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Judson Memorial Church est un site historique qui a contribu&#233; &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme bon nombre des &#339;uvres de YLC, &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; met en jeu la construction d'objets mat&#233;riels aussi bien que de corps, interrogeant leurs circulations et leurs valeurs. En juxtaposant des formes ordinaires et virtuoses, l'&#339;uvre coupe au travers des actions les plus utilitaires en y int&#233;grant le travail de l'identit&#233;, travail qui est id&#233;ologique et fictif en un sens, mais qui est aussi mat&#233;riel et &#171; v&#233;cu &#187;. Dans les parties qui suivent, je m'efforce de penser entre et avec ce corps mat&#233;riel, objet partag&#233; par les cat&#233;gories de &#171; transgenre &#187; et de &#171; danse &#187;, afin d'explorer ce que ces cat&#233;gories impliquent en termes de politiques du mouvement. &#171; Transgenre &#187; et &#171; danse &#187; partagent un certain arrangement corporel. Toutes deux reposent sur un entra&#238;nement du corps, sur la cr&#233;ation de formes et de formations alternatives du quotidien &#8211; comment marcher, se tenir debout et &#234;tre en lien avec d'autres corps. Toutes deux partagent des techniques de mouvement normatives, et toutes deux s'efforcent d'interrompre ces mouvements. Le corps au travail que &#171; transgenre &#187; et &#171; danse &#187; partagent est compos&#233; de gestes d'alignements, d'ajustements, de rotations, de coupes &#233;ditoriales, de motifs, d'habitudes et de r&#233;p&#233;titions occasionnelles, qui s'efforcent de contourner les espaces normatifs et/ou esth&#233;tiques par des gestes ordinaires, de r&#233;sistance consciente ou inconsciente. Transgenre peut &#234;tre le nom d'une pratique chor&#233;graphique si la question que l'on se pose est de savoir comment nous nous d&#233;pla&#231;ons &#224; l'int&#233;rieur du social, comment nous nous tenons dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transgenre peut &#234;tre le nom d'une figuration mat&#233;rielle &#224; l'int&#233;rieur d'une danse. En dialogue avec la danse et les pratiques d'YLC o&#249; sont perform&#233;es tout &#224; la fois le travail, la capacit&#233;, l'incapacit&#233; et quantit&#233; de formes mat&#233;rielles d'alt&#233;ration et de construction, nous pouvons voir comment un corps dansant performe quelque chose d'apparence transgenre, d'apparence identitaire, sans pour autant capituler face &#224; l'exigence de preuve dans la repr&#233;sentation. Notre rencontre se fait avec des processus mat&#233;riels et corporels, marqu&#233;s par la construction, le geste et la valeur du travail. Dans l'interpr&#233;tation que je vais en faire, je m'efforcerai d'orienter ma r&#233;flexion vers des pratiques de la physicalit&#233; et du travail, et de conceptualiser une politique trans du mouvement qui exc&#232;de les temporalit&#233;s narratives et chrono-normatives des subjectivit&#233;s trans. Pour comprendre quelque chose &#224; la sorte de travail sp&#233;cifiquement impliqu&#233; dans la danse et dans l'identit&#233;, nous avons besoin d'appr&#233;cier la mani&#232;re dont la substance qu'YLC marque pour nous comme &#171; transsexuelle &#187; est transform&#233;e, &#224; nouveau, par la danse. De m&#234;me que les corps protestataires investissent la rue pour interrompre certains processus politiques, les corps dansants peuvent d&#233;sorganiser l'int&#233;grit&#233; corporelle et, en ce sens, ces deux formes de politiques du mouvement contribuent &#224; informer la mani&#232;re dont &#171; transgenre &#187; travaille l'exp&#233;rience en reposant sur des pratiques durationnelles d'auto-chor&#233;graphie et des efforts non-repr&#233;sentationnels de se d&#233;placer dans le monde. Pour &#233;crire de mani&#232;re transversale &#224; propos de &#171; danse &#187; et de &#171; transgenre &#187;, il faut examiner ce que chacune de ces formes de mouvement implique et la mani&#232;re dont chacune est susceptible de modifier la possibilit&#233; de conna&#238;tre l'autre. En m'investissant conceptuellement dans les corpor&#233;it&#233;s partag&#233;es et parall&#232;les entre trans et danse, je me positionne &#224; l'encontre des notions identitaires qui voudraient faire de trans un additif accol&#233; au mot danse, et faire place &#224; des mani&#232;res queer d'interruption, de menace, d'innovation, d'impertinence, de politisation. Je me demande : &#171; Est-ce la danse, le danseur, ou la chor&#233;graphie qui constituent la chose modifi&#233;e par la cat&#233;gorie de transgenre, ou est-ce la cat&#233;gorie de transgenre qui est modifi&#233;e par le processus ? &#187; Si nous faisons du mot &#171; transgenre &#187; un modificateur du mot &#171; danse &#187;, alors nous devons nous demander si les corps trans se meuvent diff&#233;remment des corps cis, et si tel est le cas, nous devons nous demander si la diff&#233;rence appartient &#224; la qualit&#233; trans du corps ou aux yeux des personnes qui l'observent. Si nous posons la question &#171; les danseureuses transgenres font-iels des danses transgenres ? &#187;, alors il nous faut interroger le d&#233;sir de conna&#238;tre telle ou telle chose &#8211; une personne, une sexualit&#233;, un mouvement, une danse &#8211; comme trans, et nous confronter &#224; la grammaire stabilisante de ces cat&#233;gories. En questionnant la forme de la question, il se pourrait bien que nous arrivions &#224; la conclusion que c'est la danse, pas le corps, qui peut &#234;tre dite transgenre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/192394_10100257069891683_8365965_o.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/192394_10100257069891683_8365965_o.jpg?1731402996' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt;, YLC r&#233;cite la liste des objets dont il a besoin pour construire la Rose Window, qu'il d&#233;crit comme une sculpture, une bo&#238;te &#224; lumi&#232;re et une fen&#234;tre, peinte en jaune comme le soleil qui brille et illumine l'int&#233;rieur de l'&#233;glise : quatre panneaux de contreplaqu&#233; &#233;paisseur 2 centim&#232;tres, deux panneaux de contreplaqu&#233; &#233;paisseur 1 centim&#232;tre, environ quarante m&#232;tres carr&#233;s de toile, 2 litres de peinture latex, 104 vis de 75mm et 32 vis de 40mm, le tout pour un total de 315 dollars et cinquante-huit centimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous dit que cela a pris &#171; vingt-huit heures pour construire la structure &#187; et &#171; douze heures pour &#233;crire le texte &#187;, m&#234;me si ce n'est pas la voix d'YLC qu'on entend, puisqu'il a assign&#233; la performance de son texte &#224; un&#183;e volontaire qui le lit pour nous. Cette situation donne au r&#233;cit une forme d&#233;sincarn&#233;e, ou plus exactement, une incarnation fluide et multi-genr&#233;e &#8211; qui a &#233;galement des implications pratiques, puisqu'elle laisse les mains d'YLC libres pour travailler, danser et construire le vitrail. Une femme prend la parole : &#171; Et je n'ai m&#234;me pas encore comptabilis&#233; le temps que j'ai d&#233;vou&#233; &#224; penser et &#224; d&#233;velopper les id&#233;es &#187;, dit-elle, alors qu'YLC l'invite &#224; continuer et d&#233;l&#232;gue davantage de travail encore &#224; des volontaires qui filment la performance et prennent des photographies. &#171; Women &amp; Performance me paye trois cents dollars pour faire ce que je suis en train de faire. &#187; Nous apprenons que le co&#251;t de la performance &#8211; le co&#251;t du contreplaqu&#233;, du beurre de cacahu&#232;tes, du camion de d&#233;m&#233;nagement, et &#171; dix-huit dollars en capsules de faux sang &#187; &#8211; exc&#232;de de tr&#232;s loin le budget. Le co&#251;t du travail effectu&#233; par YLC &#171; en vue de la performance, c'est-&#224;-dire de ce qui est en train de se passer maintenant &#187; reste encore &#224; calculer. Son endettement s'&#233;l&#232;ve &#224; 14'052,70 dollars. Et nous le regardons, alors que sa dette s'accumule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; du travail de construction et du travail moteur effectu&#233;s, &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; fait &#233;galement signe vers le transgenre en tant que travail de dispersion et de prolif&#233;ration. YLC s'habille, lui et ses volontaires, de casquettes de baseball vertes avec des bords aux couleurs vives. Le collectif ainsi uniformis&#233; travaille tandis qu'YLC survole la situation, interrompt, donne ses instructions en criant : &#171; Lisez plus vite, ou plus lentement, ou avec moins d'&#233;motion ; mettez-moi les capsules de faux sang dans la bouche ; allongez-vous sur moi ; soulevez ou d&#233;placez le contreplaqu&#233; &#187;. Il externalise son travail &#224; des corps masculins comme f&#233;minins. On peut imaginer une lecture cursive de la performance qui l'interpr&#233;terait comme une synth&#232;se du masculin et du f&#233;minin, une d&#233;construction de l'id&#233;al et du singulier, un &#171; remplissez-la-case-vide &#187; cyborg muni de casquettes de baseball vertes. Et pourtant, le travail ex&#233;cut&#233; par les corps volontaires &#224; la place de YLC n'est pas un travail identitaire, c'est une distribution de la physicalit&#233;, de l'action et de la capacit&#233;, qui sert une fonction pr&#233;cise et qui correspond &#224; l'incapacit&#233; d'YLC de lire son texte, de filmer son travail, de prendre des photos et de construire une fen&#234;tre &#224; lui tout seul. Ses rempla&#231;ant&#183;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : en anglais surrogates, qui s'utilise &#233;galement pour d&#233;signer les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; viennent rem&#233;dier aux limites de ses capacit&#233;s et du temps dont il dispose et les formes de travail &#8211; &#233;conomiques, incarn&#233;es et mat&#233;rielles &#8211; qui permettent &#224; la danse d'exister manifestent l'identit&#233; comme un faire, l'essence de la performativit&#233; de genre. En tant que performance durationnelle impliquant une multiplicit&#233; d'identit&#233;s, la danse propose une critique de la mani&#232;re dont certaines &#233;chelles et certaines correspondances fonctionnent au service de la consolidation d'identit&#233;s (multiples) en une Identit&#233; (cat&#233;gorique). Pour le dire autrement, il s'agit d'une performance du concept d'identit&#233;. En construisant l'identit&#233; sous la forme d'un vitrail, la danse &#233;vacue et rend transparent le cadre qu'elle construit ce faisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/193299_10100257068748973_2350735_o.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/193299_10100257068748973_2350735_o.jpg?1731402997' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La performance de l'identit&#233; en danse ouvre &#224; des questions d'histoire de la danse, notamment dans la mesure o&#249; &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; fait du mat&#233;riel architectonique de la Judson Memorial Church un site clef pour la th&#233;orisation de la danse. &#171; Judson a vu na&#238;tre la danse postmoderne &#187;, nous dit YLC tout en rebricolant l'architecture de l'&#233;glise &#8211; en la changeant de taille et d'&#233;chelle, en la dupliquant, en la construisant et en la d&#233;construisant &#8211;, l'occasion d'un r&#233;arrangement parall&#232;le de la position conceptuelle du Judson. En r&#233;orientant l'environnement architectural, YLC construit aussi un dialogue corporel avec les composants structurels du sanctuaire de l'&#233;glise, qui op&#232;re comme un m&#233;diateur entre diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'histoire de la danse. Ainsi la danse intitul&#233;e Dog House, dans laquelle YLC performe avec sa sculpture de la Rose Window dans le sanctuaire de la Judson Memorial Church, pla&#231;ant sa r&#233;plique sous l'original, consid&#232;re le dogme et l'autoritarisme de l'avant-garde esth&#233;tique. La danse, r&#233;cite-t-il au cours de la performance, &#171; esp&#233;rait sugg&#233;rer, sinon cr&#233;er, un r&#233;gime de danse postmoderne fasciste. Suivi par un assassinat. Ce qui, ostensiblement, devait ouvrir &#224; la possibilit&#233; d'un changement de r&#233;gime &#187;. Si &#224; un premier niveau, le d&#233;doublement du vitrail performe une intervention dans l'environnement architectural de l'&#233;glise, &#224; un second niveau, il fonctionne &#233;galement de sorte &#224; multiplier mat&#233;riellement ses versions et &#224; offrir une archive de la dur&#233;e. Dans la danse, YLC insiste sur l'h&#233;ritage continu&#233; du Judson, disant : &#171; Mon corps est subordonn&#233; au r&#233;gime que j'ai construit &#187;. Il &#233;l&#232;ve ainsi la valeur du mat&#233;riau dans la danse en r&#233;duisant sa performance &#224; un travail : &#171; Je ne suis que le gars qu'on a embauch&#233; pour installer le podium, d&#233;ployer les banni&#232;res et d&#233;rouler le tapis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_976 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/194031_10100257069043383_3624589_o.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/194031_10100257069043383_3624589_o.jpg?1731402997' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; prend le Judson et le d&#233;place hors de l'&#233;glise. La danse se d&#233;roule dans le studio du d&#233;partement des &#233;tudes de la performance de l'Universit&#233; de New York, &#224; quelques pas de la Judson Memorial Church. Au cours de la danse, YLC nous dit qu'il conteste :&#171; la codification de la danse postmoderne, la f&#233;tichisation du Judson Church Movement de la fin des ann&#233;es 1960 et la r&#233;cente et &#233;tourdissante consommation de la danse de cette &#233;poque par le monde des arts visuels &#8211; consommation due, en grande partie, &#224; l'&#233;mergence du champ des &#233;tudes de la performance &#187;. Cette objection, il l'a fait tout en offrant une sculpture/vitrail/bo&#238;te lumineuse miniature de la Rose Window au directeur du d&#233;partement, Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz [photographie ci-dessus]. &#192; mesure que l'architecture mat&#233;rielle de l'&#233;glise est construite puis d&#233;truite, le Judson se constitue en duplicata, la danse devenant une agitation spatiale de l'environnement architectural et de son h&#233;ritage durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chor&#233;graphie peut g&#233;n&#233;rer la forme d'une g&#233;n&#233;alogie alternative. En imaginant l'histoire de la danse comme une performance sur la dur&#233;e, YLC revisite la dette relationnelle que nous devons au Judson en d&#233;pla&#231;ant la figure reproductive li&#233;e &#224; la naissance &#8211; &#171; le Judson a donn&#233; naissance &#224; la danse postmoderne &#187; &#8211; et en la liant &#224; la pratique du travail. Le travail est mat&#233;riel et v&#233;cu, forg&#233; au travers de performances de l'identit&#233; qui d&#233;font et r&#233;assemblent l'identit&#233; et les performances de l'identit&#233;. Peut-on &#233;voquer l'id&#233;e d'une contre-culture sans simultan&#233;ment participer au d&#233;sir de trancher dans l'existant, d'entailler un territoire, de former une esth&#233;tique de la r&#233;sistance et, par-l&#224;, de construire un empire ? Est-il possible de rencontrer la cat&#233;gorie transgenre au-del&#224; de l'id&#233;e de fronti&#232;re ? Dans &lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt;, YLC nous dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fait, pour information : je ne suis pas une femme. Pourriez-vous consid&#233;rer le fait de changer le nom du festival en &#8220;Women and Transpeople and Performance&#8221; ? Ou alors ajouter un ast&#233;risque au mot &#8220;Women&#8221; qui pourrait correspondre &#224; un plus petit ast&#233;risque et &#224; une explication de ce que &#8220;Women&#8221; signifie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique chor&#233;graphique d'YLC po&#233;tise la biographie en tant que forme afin d'en tirer une critique de l'identit&#233;, et ce faisant, il formalise une m&#233;thode pour l'historiographie en danse. Les critiques qui g&#233;n&#232;rent une mauvaise lecture de l'identit&#233; d'YLC comme danseur transgenre lisent les choses &#224; l'envers. Quand il s'autod&#233;signe comme trans, c'est une mani&#232;re tactique de man&#339;uvrer l'autorit&#233; en tant qu'historien de la danse, de tirer parti de l'identit&#233; pour intervenir sur une historiographie passivement identitaire de la danse. Et quand il danse, la danse est transgenre : une chor&#233;graphie du travail corporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne Vaccaro.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
traduit de l'anglais (&#233;tats-unis) par emma b.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet essai est originellement paru sous le titre &#171; &#8220;Judson Loves Transsexuals&#8221; : Tracing a Genealogy of Identity and Dance &#187;, in CANTOR Lou, ROCHESTER Katherine (dir.), &lt;i&gt;Intersubjectivity Vol. II : Scripting the Human&lt;/i&gt;, Berlin, Sternberg Press, 2018, pp. 99-106. Merci &#224; Jeanne Vaccaro pour l'autorisation &#224; publier cette traduction. Les photographies sont de l'autrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bios &#233;crites pour : l'exposition des masterant&#183;es du d&#233;partement art de l'Universit&#233; Columbia en collaboration avec le Fisher Landau Center for Art, 2011 ; la Foundation for Contemporary Arts Grants to Artists ; la liste des collaborateur&#183;ices de Miguel Gutierrez ; &lt;i&gt;Call Home&lt;/i&gt;, une performance de Yve Laris Cohen dans le cadre des r&#233;sidences de Movement Research &#224; Judson Church, le 19 d&#233;cembre 2011 et pour &lt;i&gt;In Practice : You never look at me from the place from which I see you&lt;/i&gt; au Sculpture Center de Long Island City, 15 janvier-19 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HOWE David Everett, &#171; Dance as Blood Sport : Performance Artiste Yve Laris Cohen Tackles Ballet &#187;, &lt;i&gt;Modern Painters&lt;/i&gt;, 22 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HOUSTON-JONES Ishmael, &#171; Curatorial Statement &#187;, in HUSSIE-TAYLOR Judy, BELL Lydia (dir.), &lt;i&gt;Parallels : Danspace Project Platform 2012&lt;/i&gt;, New York, Danspace Project, 2012, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz d&#233;crit la d&#233;sidentification comme un processus de n&#233;gociation &#224; l'&#233;gard des fictions de l'identit&#233;, une mani&#232;re d'esquisser &#171; l'&#233;bauche de contre-publics minoritaires &#187;, un point de vue tiers qui nous permet de &#171; comprendre les besoins sous-jacents des guerres de positions. &#187; MU&#209;OZ Jos&#233; Esteban, &lt;i&gt;Disidentifications. Queers of Color and the Performance of Identity&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1999, p. 5 ; &#171; &#8220;The White to be Angry&#8221; : Vaginal Davis's Terrorist Drag &#187;, &lt;i&gt;Social Text&lt;/i&gt;, n&#176; 52-53, Winter 1997, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;YOUNG Ann Liv, &lt;i&gt;Parallels&lt;/i&gt;, Danspace, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Performance for Women &amp; Performance&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; perform&#233; le 8 mars 2011 dans le studio du d&#233;partement de Performance Studies de la Tisch School of the Arts &#224; New York University. La danse avait &#233;t&#233; commissionn&#233;e par la collective &#233;ditoriale de &lt;i&gt;Women and Performance : A Journal of Feminist Theory&lt;/i&gt; pour c&#233;l&#233;brer la publication d'un num&#233;ro sp&#233;cial d&#233;di&#233; aux &#233;cologies reproductives trans et queer, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Women and Performance : A Journal of Feminist Theory&lt;/i&gt;, &#171; The Transbiological Body &#187;, n&#176; 3, vol. 20, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Judson Memorial Church est un site historique qui a contribu&#233; &#224; la formation d'une certaine avant-garde. L'&#233;glise a notamment &#233;t&#233; l'endroit o&#249; se sont d&#233;velopp&#233;es les improvisations exp&#233;rimentales d'Yvonne Rainer, de John Cage et du Judson Dance Theater (1962-1964) ; une galerie d'art o&#249; se sont produit&#183;es Yoko Ono et Claes Oldenburg ; une clinique qui pratiquait l'avortement dans les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; sa l&#233;galisation aux &#201;tats-Unis ; un foyer pour travailleureuses du sexe et un dortoir interracial. La Rose Window est l'un des quatorze vitraux du sanctuaire de la Judson Memorial Church. C'est John La Farge qui les a tous dessin&#233;s, &#224; l'exception de la Rose Window, entre 1892 et 1910. Bien que ses origines exactes restent inconnues, les historien&#183;nes de la Judson Memorial Church consid&#232;rent David Maitland Armstrong, contemporain de La Farge, comme le responsable probable de ce vitrail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : en anglais &lt;i&gt;surrogates&lt;/i&gt;, qui s'utilise &#233;galement pour d&#233;signer les travailleureuses gestationnelles r&#233;alisant des &#171; gestations pour autrui &#187; (&lt;i&gt;surrogacy&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lancement de Trans* de Jack Halberstam</title>
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		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Transphobie</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
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		<dc:subject>non-binarit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ce que j'entends dans trans* et non-binaire, c'est un appel, un appel aux armes, un appel &#224; la solidarit&#233;, &#224; la coalition, &#224; une logique bien plus large de refus g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Queer-+" rel="tag"&gt;Queer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-transfeminisme-+" rel="tag"&gt;transf&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-non-binaire-+" rel="tag"&gt;non-binarit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/lego_destruction.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but octobre, le th&#233;oricien queer nord-am&#233;ricain Jack Halberstam &#233;tait &#224; Paris pour le lancement de son premier livre traduit en fran&#231;ais, &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/catalogue/poche/trans-jack-halberstam&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Trans*. Une br&#232;ve histoire de la variabilit&#233; de genre&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions Libertalia&lt;/a&gt;. Une soixantaine de personnes s'est retrouv&#233;e dans la grande salle de B&#233;tonsalon pour l'&#233;couter ; ce qui suit est la transcription de son intervention, reprise &#224; partir de la traduction en direct par emma b. Il y est notamment question d'acc&#232;s aux toilettes, de transf&#233;minisme, de ce qui peut se cacher derri&#232;re un ast&#233;risque (*), des le&#231;ons &#224; tirer de &lt;i&gt;La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt;, des politiques du refus contenues dans le NON de non-binaire, de l'anarchitecture de Gordon Matta-Clark et des coalitions abolitionnistes auxquelles trans* peut appeler. Un vaste programme qui m&#233;lange basse et haute th&#233;orie, cultures pop et histoires militantes, &#224; l'image du livre : clair, joyeux, tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir remercie emma b., L&#233;o love Gentil et la collective dansmalangue pour la transcription et la traduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jack Halberstam&lt;/strong&gt; : Je voudrais d'abord remercier la collective dansmalangue qui a traduit &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt;. Dans la mesure o&#249; je suis moi-m&#234;me monolingue, j'appr&#233;cie particuli&#232;rement le travail de traduction, et je sais &#224; quel point c'est un m&#233;tier difficile. J'esp&#232;re que c'&#233;tait un plaisir et je remercie l'amour et l'attention qui ont &#233;t&#233; mis dans le processus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme cette conversation est traduite en direct, je vais faire court et me contenter de faire certains points sur le livre et sur l'histoire de son &#233;criture. Et d'abord, vous dire que le livre vient d'une commande. Une presse universitaire voulait des livres courts sur des sujets d'actualit&#233;, et au moment de l'&#233;criture, en 2017, il y avait un certain nombre de &#171; lois sur les toilettes &#187; qui &#233;taient en train d'&#234;tre soumises au vote aux &#201;tats-Unis, c'est-&#224;-dire des lois qui avaient pour fonction d'emp&#234;cher les personnes d'utiliser les toilettes de leur genre d'&#233;lection. Pour la premi&#232;re fois, il y avait un d&#233;bat national sur les personnes trans, sur les droits trans, sur les vies trans, avec le sens g&#233;n&#233;ral que si on laissait les personnes trans acc&#233;der aux toilettes de leur choix, la civilisation occidentale allait s'effondrer. Une des choses qui se produisait, c'est que ce d&#233;bat sur l'acc&#232;s aux toilettes des personnes trans masquait une r&#233;alit&#233; bien concr&#232;te : celle de la peur d'un certain nombre de femmes cis &#224; l'&#233;gard de la pr&#233;dation des hommes cis. Ces femmes n'avaient pas peur de se retrouver avec des femmes trans dans les toilettes, elles avaient peur d'y rencontrer des hommes cis. Or voil&#224; justement ce que le d&#233;bat sur les personnes trans venait emp&#234;cher : un d&#233;bat plus large qui aurait pu porter sur l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et sur la pr&#233;dation h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pratique-l&#224;, d'utiliser l'angoisse &#224; l'&#233;gard des personnes trans pour absorber et masquer les autres angoisses plus g&#233;n&#233;rales dans la soci&#233;t&#233;, s'est transf&#233;r&#233;e sur d'autres objets. Voil&#224; donc comment le livre a commenc&#233;, et j'aimerais vous en r&#233;sumer maintenant quelques-uns des arguments cl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; Alors d'abord, le titre. Le titre du livre, ce n'est pas &lt;i&gt;Trans&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;Trans&lt;/i&gt;* [prononc&#233; &#8220;trans ast&#233;risque&#8221;]. Avec l'ast&#233;risque (*), mon intention, c'est de pointer la capacit&#233; de &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; &#224; accueillir plein de types de personnes, son caract&#232;re ouvert. Pourquoi faire cela ? Pourquoi parler de &lt;i&gt;trans &lt;/i&gt; comme une certaine capacit&#233; ouverte &#224; accueillir ? C'est parce que ce qui m'int&#233;resse, ce n'est pas&lt;i&gt; trans&lt;/i&gt; comme identit&#233;, ou comme une nouvelle identit&#233; ; ce qui m'int&#233;resse, c'est comment&lt;i&gt; trans &lt;/i&gt; peut servir de descripteur pour quelque chose de plus g&#233;n&#233;ral, comment &lt;i&gt;trans &lt;/i&gt; peut servir de cri de ralliement pour un certain nombre de personnes qui se d&#233;salignent par rapport &#224; la normativit&#233; de genre. (Ce qui est vrai aussi de la cat&#233;gorie &lt;i&gt;non-binaire &lt;/i&gt; dont on parlera un peu plus tard.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Un exemple du fait que &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; n'est pas une cat&#233;gorie identitaire, une cat&#233;gorie d'identit&#233;, c'est le fait que &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; en est venu &#224; &#234;tre utilis&#233; en dehors de la r&#233;f&#233;rence &#224; la chirurgie. Il y a dix ans, on parlait encore beaucoup de &#171; changement de sexe &#187; en r&#233;f&#233;rence &#224; l'acte chirurgical, comme s'il suffisait d'avoir fait une op&#233;ration dans un h&#244;pital pour avoir &#171; chang&#233; de sexe &#187; (d'un coup d'un seul, c'est bon : on devient un homme ou une femme). Or, comme on le sait de plus en plus, il y a plein de personnes diff&#233;rentes qui se disent &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; : des personnes qui font des op&#233;rations et des qui n'en font pas ; des personnes qui prennent des hormones et des qui n'en prennent pas. Ce qui m'int&#233;resse, c'est que donc toutes ces personnes tr&#232;s diff&#233;rentes puissent &#234;tre qualifi&#233;es par ce m&#234;me mot, &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;, auquel j'ajoute donc l'ast&#233;risque pour signaler l'ouverture, l'ind&#233;termin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la fonction de l'ast&#233;risque et la fonction de ce livre, ce n'est pas seulement d'ouvrir la cat&#233;gorie &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; et d'ainsi refuser l'id&#233;e qu'il y aurait des mani&#232;res authentiques et pas authentiques d'&#234;tre &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;. La fonction de l'ast&#233;risque, c'est aussi et surtout d'ouvrir les luttes trans* &#224; d'autres luttes d'une mani&#232;re coalitionnelle. En ce sens, l'ast&#233;risque n'invite pas particuli&#232;rement &#224; &#234;tre remplac&#233; par des mots comme &#171; masculin &#187; ou &#171; f&#233;minin &#187; [comme dans &#8220;transmasc&#8221;, &#8220;transf&#232;m&#8221;, etc.], mais plut&#244;t &#224; questionner, &#224; remettre en question la binarit&#233; de genre homme/femme elle-m&#234;me. Et bien s&#251;r, il y a quantit&#233; de personnes trans qui s'identifient soit comme homme, soit comme femme, et c'est important qu'il y ait de la place pour elleux ; mais cela ne doit pas emp&#234;cher de lutter contre le caract&#232;re obligatoire de la binarit&#233;, et de situer cette lutte dans une lutte plus large.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; Sur la question de la chirurgie, un point important &#224; souligner, c'est que tout le monde ne peut pas se la permettre ; en particulier aux &#201;tats-Unis, tout le monde n'a pas l'assurance qui va permettre d'y avoir acc&#232;s. Certes, nous sommes nombreux&#8231;ses &#224; faire des op&#233;rations (moi-m&#234;me, j'ai fait une op&#233;ration du haut). Mais il y a plein d'autres sortes d'op&#233;rations qui sont pratiqu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le nouveau film de Paul B. Preciado, &lt;i&gt;Orlando&lt;/i&gt;, il y a une sc&#232;ne o&#249;, sur la table d'op&#233;ration, c'est un livre qui est op&#233;r&#233;. Et ce qu'on voit &#224; l'&#339;uvre l&#224;-dedans, c'est donc que dans la transition, il y a des op&#233;rations qui sont faites sur bien d'autres choses que des corps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/orlando_photo_still.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/orlando_photo_still.jpg?1731403027' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul B. Preciado, Orlando : ma biographie politique (film, 2023) [photogramme]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&#176;&lt;/strong&gt; Dans &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt;, je passe pas mal de temps &#224; penser avec les enfants trans. En 2017, au moment o&#249; j'&#233;crivais le livre, il n'y avait pas l'anxi&#233;t&#233;, l'angoisse, la phobie &#224; l'&#233;gard des enfants trans qu'on peut voir d&#233;ploy&#233;es aujourd'hui. &#192; ce moment-l&#224;, la question &#233;tait : comment est-ce que les parents peuvent soutenir leurs enfants trans ? Comment est-ce qu'on veille &#224; ce qu'un enfant trans puisse sortir du placard, se r&#233;v&#233;ler aux autres ? Comment est-ce qu'on s'en sort avec le retour de l'enfant &#224; l'&#233;cole ? Il y avait toutes ces questions qui se posaient. Parce que donc ces enfants trans arrivaient dans le monde dans des familles cis, on se retrouvait avec des parents cis ou des familles cis qui devaient prendre soin et devenir les avocats sociaux des enfants trans. Autrement dit, on entendait beaucoup d'adultes cis d&#233;fendre certains droits des enfants trans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela cr&#233;ait quelque chose de nouveau et d'&#233;trange, &#224; savoir le fait que ces enfants trans &#233;taient expos&#233;&#8231;es &#224; &#171; trans &#187; au travers soit de leurs m&#233;decins, soit de leurs parents cis, mais pas au travers de personnes trans des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Au point donc que &#231;a cr&#233;ait un &#233;cart, un foss&#233; g&#233;n&#233;rationnel entre les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures de personnes trans et les nouveaux enfants trans qui arrivaient et dont le soin &#233;tait pris par les personnes cis. Une des cons&#233;quences de ce foss&#233; g&#233;n&#233;rationnel, c'est que les jeunes trans de l'&#233;poque se retrouvaient &#224; regarder des productions culturelles, notamment de personnes trans de g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures, sans comprendre, sans comprendre pourquoi il y avait une telle focalisation sur la violence, par exemple. Si bien qu'il y avait donc des luttes interg&#233;n&#233;rationnelles qui commen&#231;aient &#224; poindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;poque, je faisais aussi l'argument &#8211; et dans le moment historique actuel, c'est sans doute devenu discutable &#8211; selon lequel les enfants trans recevaient peut-&#234;tre trop rapidement des r&#233;ponses des parents cis qui sautaient tout de suite sur &#171; Ah, tu penses que tu es trans ? Tr&#232;s bien, je vais te livrer au complexe m&#233;dical industriel et il va r&#233;soudre ton probl&#232;me &#187;, ce qui avait pour r&#233;sultat de contenir trans dans le soin m&#233;dical qui pouvait &#234;tre apport&#233; aux enfants, au m&#233;pris d'autres dimensions. Je reviendrai peut-&#234;tre sur la question des enfants trans plus tard, mais je voulais ici simplement attirer notre attention sur le fait qu'en m'appuyant sur les productions culturelles trans, sur les films, sur les livres, j'ai essay&#233; de me concentrer sur ces d&#233;saccords interg&#233;n&#233;rationnels entre les plus jeunes et les plus anciennes g&#233;n&#233;rations trans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;4&#176;&lt;/strong&gt; Une des autres choses que j'ai consid&#233;r&#233;es, c'est la mani&#232;re dont le combat trans* s'est beaucoup concentr&#233; sur un petit nombre de femmes, suppos&#233;ment f&#233;ministes, qu'on appelle &#171; les terf &#187;. On a concentr&#233; nos luttes sur elles comme si elles &#233;taient l'unique ennemi, alors qu'elles ne sont qu'un tout petit ennemi qui est repr&#233;sentant d'un ennemi beaucoup, beaucoup plus large et qui devrait &#234;tre, qui aurait d&#251; &#234;tre le v&#233;ritable objet de nos combats. (Soit dit en passant, quand on parle des terf, on renvoie souvent aux ann&#233;es 70, dont suppos&#233;ment elles proviennent. Alors c'est vrai qu'il y avait des f&#233;ministes transphobes dans les ann&#233;es 70, mais c'&#233;tait des f&#233;ministes transphobes tr&#232;s diff&#233;rentes de celles d'aujourd'hui. Elles &#233;taient, elles posaient des questions diff&#233;rentes, elles avaient des arguments diff&#233;rents. Mais ce qui m'int&#233;resse surtout, c'est que dans les ann&#233;es 70 d&#233;j&#224;, il y avait beaucoup d'arguments qui &#233;taient propos&#233;s pour l'inclusion des hommes trans et des femmes trans dans le f&#233;minisme. Donc, simplement pour dire que ces tentatives d'inclusion trans qui ont &#233;t&#233; faites dans le mouvement f&#233;ministe font partie de notre histoire aussi.) En tous les cas, l'argument du livre &#233;tait de dire : les femmes transphobes, les terf, ne sont pas des f&#233;ministes ; elles font plut&#244;t partie d'un mouvement beaucoup plus large qui est un mouvement r&#233;actionnaire de lutte contre le genre, et c'est ce mouvement r&#233;actionnaire contre lequel nous devons lutter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;5&#176;&lt;/strong&gt; Enfin, il y avait une id&#233;e qui est d&#233;fendue dans ce livre et en particulier dans sa conclusion (malheureusement, la conclusion n'a pas fait le chemin jusque dans le livre, mais elle &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/IMG/pdf/libertalia-jack_halberstam-trans-complement.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;est disponible en ligne gratuitement).&lt;/a&gt; Dans cette conclusion, j'utilise le film&lt;i&gt; La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt;, dont j'essaye de montrer qu'il est un bon mod&#232;le pour penser les politiques trans* aujourd'hui. Dans ce film, les habitantEs du monde de Lego font et d&#233;font leur village tous les jours. Ielles d&#233;fendent l'id&#233;e de structures flexibles qui peuvent &#234;tre faites, construites et refaites et improvis&#233;es ensemble. Mais un jour, le m&#233;chant Lord Business arrive. Il est muni d'une arme : un tube de glu. Il se propose de tout coller ensemble et de garder la structure pour toujours identique &#224; elle-m&#234;me. Les h&#233;ro&#8231;&#239;nes du film trouvent un petit morceau de Lego qui est capable d'interrompre le flux de la colle, qu'ielles appellent : &lt;i&gt;la pi&#232;ce de r&#233;sistance&lt;/i&gt;. C'est un peu stupide, mais c'est pour dire que dans ces fantasmes enfantins, on peut trouver des mod&#232;les probablement meilleurs pour penser le futur dont nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ok. Maintenant, deux points qui concernent plut&#244;t le moment contemporain et qu'on pourra peut-&#234;tre utiliser pour la discussion ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; Premier point. Lors d'un des premiers lancements du livre, un&#8231;e &#233;tudianz m'a pos&#233; la question : &#171; Et qu'en est-il des personnes non-binaires ? &#187; On &#233;tait en 2018 et c'&#233;tait la premi&#232;re fois que j'entendais ce mot. Et sur le coup, j'ai vraiment d&#233;test&#233;, et donc j'ai imm&#233;diatement dit &lt;i&gt;non&lt;/i&gt;. Pourquoi ? Parce qu'il me semblait que non-binaire &#233;tait dans une relation binaire avec binaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, j'ai chang&#233; d'avis. Vous vous rappelez, j'ai dit que l'ast&#233;risque dans &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;* avait pour fonction d'ouvrir la capacit&#233; d'accueil du mot &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;. H&#233; bien, il me semble que &lt;i&gt;non-binaire&lt;/i&gt; fait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ce geste d'ouverture. Plus encore, j'ai l'impression que si les conservateurs de droite flippent autant, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il y a de plus en plus de personnes, et en particulier les personnes jeunes, qui se d&#233;clarent trans, queer, non-binaire. Dans tous les foyers conservateurs aujourd'hui, il y a toutes les chances qu'un&#8231;e enfant en vienne &#224; utiliser l'un de ces trois mots. Et il me semble qu'on a tout int&#233;r&#234;t &#224; cr&#233;er une coalition entre eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux : ce qu'il me semble important de relever, c'est que dans &lt;i&gt;non-binaire&lt;/i&gt;, l'emphase, l'accent n'est pas tant mis sur le&lt;i&gt; binaire &lt;/i&gt; que sur le &lt;i&gt;non&lt;/i&gt;. Et donc, quand une personne jeune dit ce non, ielle ne dit pas non qu'&#224; la binarit&#233;. Ielle dit non aussi au racisme. Ielle dit non &#224; la dette dont nous h&#233;ritons. Ielle dit non au march&#233; de l'immobilier qui l'exclut. Ielle dit non au changement climatique. Ielle dit non &#224; l'horreur du futur qui est en train d'&#234;tre fabriqu&#233; devant ses yeux par le capitalisme. En ce sens, maintenant, j'entends dans non-binaire un appel, un appel aux armes, un appel &#224; la solidarit&#233;, &#224; la coalition, &#224; une logique bien plus large de refus g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; Le deuxi&#232;me point porte sur le livre auquel je suis en train de travailler maintenant, qui est un livre d&#233;di&#233; &#224; l'anarchitecture, un mouvement architectural des ann&#233;es 1970 o&#249; des personnes voulaient d&#233;construire, d&#233;faire, destituer l'architecture elle-m&#234;me. Comme on l'a appris gr&#226;ce aux Lego : ce qui a &#233;t&#233; construit peut &#234;tre d&#233;truit. Mon argument, c'est de dire que c'est dans ce geste de destruction ou de destitution ou de d&#233;mant&#232;lement que quelque chose de nouveau peut avoir la place de se produire, et &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;* ou &lt;i&gt;non-binaire &lt;/i&gt; sont des mots qui peuvent servir &#224; pointer cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dernier livre [&lt;i&gt;La puissance f&#233;ministe ou le d&#233;sir de tout changer&lt;/i&gt;], Ver&#243;nica Gago parle de ce slogan qui appara&#238;t dans le mouvement transf&#233;ministe argentin &#171; arr&#234;ter le monde ! &#187; Arr&#234;ter le monde : voil&#224; une mani&#232;re de cr&#233;er des alliances. Pas seulement entre les trans et les f&#233;ministes, mais aussi avec les travailleureuses pauvres, mais aussi avec les travailleureuses du sexe. Et ce n'est que dans cette logique coalitionnelle qu'il devient possible de cr&#233;er des changements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Okay, maintenant je pense qu'on a le temps pour quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discussion avec le public&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public :&lt;/strong&gt; Dans &lt;i&gt;The Queer Art of Failure&lt;/i&gt;, tu as appel&#233; &#231;a la &#171; basse th&#233;orie &#187; : l'art d'utiliser des objets culturels comme la base de ton analyse. Par exemple, tu montres comment &lt;i&gt;Le Monde de Nemo&lt;/i&gt; peut &#234;tre un objet digne d'&#234;tre analys&#233;, comment il n'y a pas qu'en lisant Michel Foucault qu'on peut penser la th&#233;orie queer : on peut le faire en lisant des objets de la culture populaire, des films, des chansons. Et ma question ce serait : comment est-ce que ces objets apparaissent au cours du processus d'&#233;criture ? Comment est-ce que tu te retrouves face &#224; ces objets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; Je viens d'une culture, d'une formation &#224; l'universit&#233; britannique dans laquelle les objets dignes d'&#233;tude sont les objets de la haute culture. Or mon id&#233;e, qui est une id&#233;e ranci&#233;rienne, c'est qu'on peut enseigner tout avec tout. On trouve &#231;a tr&#232;s clairement exprim&#233; dans&lt;i&gt; Le Ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt; : si tu es un&#8231;e bon&#8231;ne lecteurice, alors tu peux faire en sorte que n'importe quel texte, y compris un texte comme un film pour enfants, devienne un objet de transmission. Et puis, il se trouve par ailleurs que ces objets culturels sont davantage capables de parler &#224; un public plus large et par cons&#233;quent, j'ai plut&#244;t tendance &#224; les solliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public :&lt;/strong&gt; Je rebondis sur la question de la lutte contre les terf. Et je suis d'accord : c'est pas le point central. Mais il me semble que l'argument comme quoi les terf ne sont pas des f&#233;ministes n'est pas un bon argument. Ce n'est pas un bon terrain de lutte, parce que le projet trans, le projet queer, il me semble, c'est un projet anti-d&#233;finitionnel. Donc dire : &#171; &#231;a, c'est pas du vrai f&#233;minisme &#187;, &#231;a veut dire ouvrir la porte &#224; des arguments de type &#171; &#231;a, c'est pas un&#8231;e vrai&#8231;e &#8220;x&#8221; [une vraie femme, un vrai homme, un vrai mariage&#8230;] &#187;. Or il me semble qu'on doit se battre pour la remise en question de ce rapport &#224; la d&#233;finition. Ce qui veut dire que les attaquer sur ce point, cela revient &#224; se tirer une balle dans le pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; Alors une r&#233;ponse br&#232;ve : il me semble que &lt;i&gt;f&#233;minisme&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en un certain sens, ce n'est pas vraiment un mot &#224; vocation d&#233;finitionnelle, mais plut&#244;t un mot qui d&#233;signe une aspiration ou une orientation politique. Ce qui me para&#238;t diff&#233;rent d'un mot comme &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;, qui, quant &#224; lui, peut avoir une fonction de descripteur. De ce point de vue, ce qu'il me semble important de pointer, c'est que quand on dit que les terfs sont des f&#233;ministes, on s'emp&#234;che de cr&#233;er une alliance entre les mouvements trans et les mouvements f&#233;ministes, on fait comme s'ils &#233;taient s&#233;par&#233;s, alors que l'enjeu est justement de cr&#233;er des politiques coalitionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public : &lt;/strong&gt; La question porte sur la provenance de l'ast&#233;risque et sur sa possible extension &#224; cis, notamment dans la mesure o&#249; tu es plut&#244;t critique de la binarit&#233; cis/trans. Est-ce qu'on pourrait imaginer d'&#233;crire &#171; cis* &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; Alors d'abord pour pr&#233;ciser qu'en effet &#171; trans* &#187; n'est pas de moi. Ce sont &lt;a href=&#034;https://transreads.org/introduction-tranimalities-in-the-age-of-trans-life/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eva Hayward et Jami Weinstein&lt;/a&gt;qui ont introduit cette graphie dans les &#233;tudes trans &#224; un moment o&#249; l'usage &#233;tait en train de se populariser dans les r&#233;seaux militants. Hayward et Weinstein r&#233;f&#232;rent l'ast&#233;risque aux recherches sur Internet, o&#249; le signe * a une fonction diacritique : celle d'appeler ou d'ouvrir &#224; d'autres choses de la m&#234;me cat&#233;gorie. &#192; partir de l&#224;, effectivement, il y a eu cette critique qui a &#233;t&#233; faite : pourquoi est-ce que &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; serait la seule cat&#233;gorie qui aurait besoin de ce marqueur diacritique d'ouverture aux &#171; autres de la m&#234;me cat&#233;gorie &#187; ? Alors ma mani&#232;re de penser, c'est que &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; est tellement sp&#233;cial qu'on a envie de le d&#233;corer, et c'est pour &#231;a qu'on lui colle un ast&#233;risque : &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;*. Cela &#233;tant dit, j'ai surtout l'impression que &lt;i&gt;cis&lt;/i&gt; joue un r&#244;le diff&#233;rent par rapport &#224; &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; il est utilis&#233; pour d&#233;crire des personnes, mais que les personnes sont rarement tr&#232;s heureuses de le dire d'elles-m&#234;mes et par cons&#233;quent, je l'utilise moi-m&#234;me assez rarement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De fait, dans Trans*, le mot &#8220;cis&#8221; n'appara&#238;t que trois fois quand c'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public : &lt;/strong&gt; Marquis Bey, dans&lt;i&gt; Black Trans Feminism&lt;/i&gt;, d&#233;die de longs paragraphes &#224; tenter de penser la cat&#233;gorie cis, je me demande ce que tu en penses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; L'usage que Marquis Bey fait de la cat&#233;gorie &lt;i&gt;cis&lt;/i&gt; est pr&#233;cis&#233;ment li&#233; au fait qu'iel cherche &#224; ne pas se d&#233;clarer trans. Iel a beaucoup &#233;crit sur &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;, et comme c'est souvent une question qui est pos&#233;e aux &#233;crivain&#8231;es qui travaillent sur des questions trans* (&#171; et toi tu l'es ? &#187;), iel se d&#233;m&#232;ne pour &#233;viter la cat&#233;gorisation, et c'est la raison pour laquelle Marquis a &#233;crit ce pav&#233;. Pour ma part, &#224; nouveau, je pr&#233;f&#232;re ne pas utiliser cette cat&#233;gorie dans la mesure o&#249; elle est principalement utilis&#233;e pour d&#233;crire les gens, pour ainsi dire, sans qu'elleux-m&#234;mes puissent s'en r&#233;clamer r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public :&lt;/strong&gt; Moi je voulais juste savoir si on pouvait rebondir sur ce que tu viens de dire par rapport &#224; l'article de Kadji Amin sur l'id&#233;e que la cat&#233;gorie &lt;i&gt;non-binaire&lt;/i&gt; produit automatiquement une version id&#233;alis&#233;e de &lt;i&gt;binaire&lt;/i&gt;. J'ai cru comprendre que tu n'&#233;tais pas d'accord avec Kadji Amin, mais je n'ai pas compris pourquoi tu &#233;tais d'accord avec ce qu'il dit sur &lt;i&gt;cis&lt;/i&gt;, et pas avec ce qu'il dit sur &lt;i&gt;non-binaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/Nous-sommes-toustes-non-binaires-une-breve-histoire-d-accidents&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans cet article auquel tu fais r&#233;f&#233;rence&lt;/a&gt;, Kadji Amin fait une attaque frontale de la cat&#233;gorie &lt;i&gt;non-binaire&lt;/i&gt;, notamment sous pr&#233;texte qu'elle serait d&#233;pendante de ce qu'il appelle la &#171; souverainet&#233; auto-logique &#187; ou la pratique de l'auto-logie. Pour Kadji Amin, la pratique de se dire non-binaire aurait quelque chose de n&#233;ocolonial, parce qu'elle serait fond&#233;e sur cette capacit&#233; de s'auto-dire (les personnes non-binaires croiraient, d'apr&#232;s lui, qu'ielles peuvent se nommer elleux-m&#234;mes), mais aussi parce qu'elle inclurait trop de personnes simultan&#233;ment. Or bon, &#224; ce compte-l&#224;, la souverainet&#233; autologique, tout le monde en souffre : tout le monde pense pouvoir &#234;tre capable de dire qui iel est. Judith Butler a bien rendu compte de ce fantasme de l'autologie, ce fantasme de la capacit&#233; &#224; s'auto-d&#233;clarer, et iel a offert un antidote &#224; ce fantasme &#224; travers le concept de performativit&#233;. Amin cite tr&#232;s peu Butler, qui a tout de m&#234;me beaucoup pens&#233; cette question. Mais surtout, Amin fait un peu comme si toute la logique de l'auto-d&#233;claration, comme si toute l'auto-logique qu'il d&#233;nonce, devait &#234;tre la responsabilit&#233; des personnes non-binaires. Pour ma part, et en raison de tout ce que j'ai dit sur ce qui est envelopp&#233; dans l'id&#233;e de non-binarit&#233;, &#224; savoir ce NON, cette politique du refus, je crois que cette lecture que Kadji Amin propose est vraiment la plus conservatrice possible de la non-binarit&#233; et qu'elle a le risque de cr&#233;er un autre foss&#233; g&#233;n&#233;rationnel dont on n'a vraiment pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public :&lt;/strong&gt; Ma question porte sur l'anarchitecture. Je me demande dans quelle mesure l'anarchitecture permet de poser la question des foyers, de la forme du foyer ? Est-ce que cela permet de critiquer, par exemple, les repr&#233;sentations associ&#233;es &#224; des expressions comme &#171; la chambre du ma&#238;tre &#187; [une expression ordinaire en anglais pour d&#233;signer &#171; la chambre des parents &#187;] ? Est-ce qu'on ne devrait pas tenter de d&#233;faire &#231;a ? Et est-ce qu'on a quelque espoir de le faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. :&lt;/strong&gt; Oui, Kate, tout &#224; fait ! Alors la pratique dont je parle, l'anarchitecture, a notamment &#233;t&#233; initi&#233;e par Gordon Matta-Clark, un architecte qui a d'ailleurs fait certaines de ses interventions ici m&#234;me &#224; Paris. Et ce qu'il voulait pointer pr&#233;cis&#233;ment avec l'anarchitecture, c'&#233;tait ce que tu as dit Kate, &#224; savoir qu'il y a des structures que nous prenons pour acquises alors qu'elles peuvent &#234;tre questionn&#233;es. Ainsi, quand on construit des maisons pour des familles, cela implique qu'on s'investit dans la production de familles. Alors, qu'est-ce qui se passerait si on construisait des espaces capables d'accueillir plus d'une famille ? Ou plusieurs personnes qui ne sont pas dans des relations familiales ? Si on construisait des espaces capables de changer la taille des pi&#232;ces et leur disposition ? Qu'est-ce qui se passerait si on construisait les choses autrement ? Est-ce qu'on se mettrait &#224; penser ces choses autrement ? Dans une relation oppositionnelle, notamment &#224; Le Corbusier qui avait tendance &#224; dire que la fonction de l'architecture est de r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux, Gordon Matta-Clark disait quelque chose comme &lt;i&gt;le but de l'anarchitecture, c'est de ne r&#233;soudre aucun probl&#232;me ou plut&#244;t : mon but, c'est de tout pousser jusqu'&#224; son point d'effondrement.&lt;/i&gt; Voil&#224; l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_968 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/conical_intersect_matta-clark.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/conical_intersect_matta-clark.jpg?1731403011' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gordon Matta-Clark, Conical Intersect (1975) [photographie / quartier de Beaubourg].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public : &lt;/strong&gt; Je voulais juste qu'on apporte une pr&#233;cision ou une nuance &#224; propos de la diff&#233;rence entre &lt;i&gt;La Grande Aventure Lego &lt;/i&gt; et le projet de Gordon Matta-Clark. Dans &lt;i&gt;La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt;, l'effondrement n'a pas l'air d'&#234;tre la finalit&#233; : ce qui est vis&#233;, c'est plut&#244;t des trucs cycliques, une r&#233;g&#233;n&#233;ration constante. Autrement dit, le but, c'est pas que l'effondrement, mais c'est aussi ce qui vient apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H. : &lt;/strong&gt; D'abord pour dire que j'adore que tu me demandes d'apporter de la nuance sur ma lecture de &lt;i&gt;La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt;. C'est vraiment exactement le monde dans lequel je vis, alors merci pour &#231;a. Et pour r&#233;pondre qu'effectivement il y a une diff&#233;rence qui est li&#233;e au fait que &lt;i&gt;La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt; est tr&#232;s centr&#233;e sur l'id&#233;e de construire, d&#233;truire, reconstruire dans cette mani&#232;re cyclique, permanente, etc. alors que Gordon Matta-Clark a pour objectif certes d'amener les choses &#224; leur point d'effondrement, mais sp&#233;cifiquement, ce faisant, d'exposer les outils du ma&#238;tre, de nous exposer &#224; l'auto-contradiction contenue dans les outils du ma&#238;tre. En ce sens, la logique anarchitecturale, la logique de l'effondrement, c'est d'abord une logique de l'exposition des contradictions. Une des choses puissantes dans la proposition de Matta-Clark, c'est le fait de construire en faisant de l'absence, en cr&#233;ant de l'absence. On a tendance &#224; penser que cr&#233;er un espace, &#231;a suppose d'&#233;riger des murs qui vont contenir cet espace. Mais qu'est-ce qui se passe quand on consid&#232;re que construire un espace, &#231;a suppose de s'en retirer ou de retirer quelque chose, d'absenter ? Donc voil&#224;, cette pratique, elle fait un pendant &#224; la logique de la possession, de la propri&#233;t&#233;, de l'&#234;tre. L'anarchitecture, elle demande : comment est-ce qu'on conteste cette logique-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public :&lt;/strong&gt; Une question pour les traducteurices. Je sais pas si &#231;a a &#233;t&#233; mentionn&#233; au d&#233;but, mais en fait, qui &#234;tes-vous ? Combien &#234;tes-vous ? Comment &#231;a s'est pass&#233; ? Est-ce que vous &#233;tiez un collectif qui existait d&#233;j&#224; ? Est-ce que vous avez traduit d'autres choses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;o love Gentil :&lt;/strong&gt; Alors merci pour la question, et pour r&#233;pondre rapidement, sur la traduction de &lt;i&gt;Trans&lt;/i&gt;*, on &#233;tait huit, et on a beaucoup chang&#233; parce que &#231;a a dur&#233; deux ans. Quand on s'est rencontr&#233;Es, on &#233;tait juste un petit groupe de personnes pr&#232;s d'un lac qui lisaient &#224; voix haute un livre et qui se demandaient si peut-&#234;tre on pouvait pas en faire quelque chose, mais sans du tout avoir l'id&#233;e de le publier. C'&#233;tait vraiment juste par plaisir et pour vraiment &#234;tre dans l'&#233;tude avec le livre, et prendre le temps de le lire ensemble. C'&#233;tait aussi pour se voir parce qu'il y avait la pand&#233;mie et du coup, la traduction, c'&#233;tait une mani&#232;re de se donner des rendez-vous en visio r&#233;guli&#232;rement. Et apr&#232;s avoir &#233;t&#233; deux, on a &#233;t&#233; trois, puis quatre ; puis celleux du d&#233;but sont parti&#8231;es, et le groupe a encore chang&#233;. Au d&#233;but, on &#233;tait des &#233;tudianz en art, beaucoup, de Clermont-Ferrand et d'Aix-en-Provence, mais aussi des personnes qui n'&#233;taient pas forc&#233;ment en &#233;tudes, des militanz, des artistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout d'un moment, on avait traduit trois chapitres et Emma m'a dit :&#171; Bon, ben y' a plus qu'&#224; publier maintenant, non ? &#187; Elle nous a propos&#233; de faire la relecture et on a envoy&#233; le r&#233;sultat &#224; des maisons d'&#233;dition. Libertalia nous a r&#233;pondu tr&#232;s vite et &#231;a, c'&#233;tait vraiment un cadeau. Parce que Libertalia, c'est une maison d'&#233;dition qui a des valeurs tr&#232;s proches de celles que porte le livre. Et puis iels ont accept&#233; de publier en poche tout de suite, ce qui est rare, et c'&#233;tait quelque chose qui nous paraissait important, pour l'accessibilit&#233; &#233;conomique. Voil&#224;, et puis une fois tout cela fait, on s'est constitu&#233;Es en association.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, en ce moment, on est en train de traduire &lt;i&gt;The Queer of Failure&lt;/i&gt;, qui devrait aussi para&#238;tre chez Libertalia. On se r&#233;unit une ou deux fois par mois, et on est ouvert&#8231;es &#224; d'autres personnes. Pour l'instant, c'est surtout en ligne, parce qu'on habite &#224; Aix, &#224; Marseille, &#224; Lyon, &#224; Bruxelles. Mais j'aimerais beaucoup qu'on puisse faire aussi des ateliers (il y a notamment d&#233;j&#224; une personne de la collective, Nemo Turbant, qui a anim&#233; un atelier de traduction, et on aimerait voir se multiplier ce genre de pratiques publiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Public : &lt;/strong&gt; Et qu'est-ce qui s'est pass&#233; avec la conclusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma B. :&lt;/strong&gt; Oui alors &#224; notre plus grande honte, hein, ce qui s'est pass&#233; c'est que Jack a &#233;crit une magnifique postface pour l'&#233;dition fran&#231;aise et que malheureusement le designaire a substitu&#233; cette postface &#224; la conclusion originale. Cela dit, en un autre sens, &#231;a pouvait pas mieux tomber, parce qu'il se trouve que cette conclusion qui a &#233;t&#233; &#171; oubli&#233;e &#187; est justement le passage qui parle de&lt;i&gt; La Grande Aventure Lego&lt;/i&gt;, et donc de la destructibilit&#233;/reconstructibilit&#233; des architectures et du donn&#233;. Voil&#224;, donc, d&#233;plac&#233;/d&#233;senglu&#233; du livre, &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/IMG/pdf/libertalia-jack_halberstam-trans-complement.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le texte de cette conclusion se retrouve disponible sur le site de Libertalia&lt;/a&gt;, et il est fait pour &#234;tre imprim&#233; comme un zine et distribu&#233; gratos dans les lieux qui n'ont pas forc&#233;ment les moyens d'acheter le bouquin. On esp&#232;re que le texte fera un bon chemin de cette autre mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.H.&lt;/strong&gt; : Merci Emma pour la traduction en direct, merci L&#233;o et dansmalangue, merci &#224; B&#233;tonsalon pour l'accueil, et merci &#224; vous toustes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[transcription/retraduction&lt;br class='autobr' /&gt;
par la collective dansmalangue]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de Jack Halberstam&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack Halberstam est professeur d'&#233;tudes de genre et d'anglais &#224; l'Universit&#233; de Columbia. Il est l'auteur de livres cultes de la th&#233;orie queer, dont &lt;i&gt;Skin Shows : Gothic Horror and the Technology of Monsters &lt;/i&gt; (Duke UP, 1995), &lt;i&gt;Female Masculinity &lt;/i&gt; (Duke UP, 1998), &lt;i&gt;The Drag King Book&lt;/i&gt; (avec Del LaGrace Volcano, Serpent's Tail, 1999), &lt;i&gt;In A Queer Time and Place &lt;/i&gt; (NYU Press, 2005),&lt;i&gt; The Queer Art of Failure&lt;/i&gt; (Duke UP, 2011), &lt;i&gt;Gaga Feminism : Sex, Gender, and the End of Normal&lt;/i&gt; (Beacon Press, 2012), &lt;i&gt;Trans* : A Quick And Quirky Account of Gender Variability&lt;/i&gt; (University of Minnesota, 2018), et &lt;i&gt;Wild Things : The Disorder of Desire&lt;/i&gt; (Duke UP, 2020). &lt;i&gt;Trans*. Une br&#232;ve histoire de la variabilit&#233; de genre&lt;/i&gt; (Libertalia, 2023) est son premier livre traduit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la collective dansmalangue&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
dansmalangue est une collective de traduction d&#233;di&#233;e &#224; l'&#233;tude et &#224; la circulation de textes queers et transf&#233;ministes depuis 2020. Elle se r&#233;unit tous les mois pour des sessions en ligne ou pour des ateliers en pr&#233;sence. Apr&#232;s avoir traduit&lt;i&gt; Trans*. Br&#232;ve histoire de la variabilit&#233; de genre&lt;/i&gt; de Jack Halberstam, elle travaille en ce moment &#224;&lt;i&gt; L'art queer de ne pas r&#233;ussir&lt;/i&gt; du m&#234;me auteur. &#192; g&#233;om&#233;trie variable, ses membres actifz sont actuellement Flo*Souad Benaddi, Emma Big&#233;, Mathilde Delaporte, L&#233;o love Gentil, Sarah Netter et Nemo Turbant. dansmalangue reverse un tiers de ses b&#233;n&#233;fices au &lt;a href=&#034;https://www.acceptess-t.com/aide-sociale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fond d'aide sociale trans d'Acceptess-T&lt;/a&gt; et doit son nom &#224; l'artiste-activiste pour la neurodiversit&#233; Mel Baggs et &#224; sa vid&#233;o-manifeste&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=1EvvotxGq4k&amp;ab_channel=DansMonLangage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;In My Language&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; , qu'elle t'encourage &#224; aller regarder si tu as une minute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De fait, dans Trans*, le mot &#8220;cis&#8221; n'appara&#238;t que trois fois quand c'est Halberstam qui parle, et quatre autres fois dans les notes et dans les citations. Le terme &#8220;cisgenre&#8221; appara&#238;t quant &#224; lui &#224; dix reprises, la plupart dans des citations ou des &#233;num&#233;rations. Par contraste, les mots en &#8220;trans-&#8221; (y compris : trans, trans*, trans ?, trans !, transgenre, transf&#233;ministe, transsexuel&#8231;le, transition&#8230;) apparaissent plus de mille fois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur le mouvement homosexuel fran&#231;ais - Entretien avec Guy Hocquenghem</title>
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		<dc:date>2023-10-18T07:34:09Z</dc:date>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>FHAR</dc:subject>
		<dc:subject>Guy Hocquenghem</dc:subject>
		<dc:subject>Guy Hocquenghem </dc:subject>
		<dc:subject>mouvement homosexuel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Le FHAR, &#224; son origine, c'&#233;tait comme un &#339;uf, quelque chose de primordial &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-FHAR-+" rel="tag"&gt;FHAR&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Guy-Hocquenghem-+" rel="tag"&gt;Guy Hocquenghem&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Guy-Hocquenghem-166-+" rel="tag"&gt;Guy Hocquenghem &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-mouvement-homosexuel-+" rel="tag"&gt;mouvement homosexuel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/revue_masque.png?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'entretien de Guy Hocquenghem qui va suivre est une archive pr&#233;cieuse. Paru en 1981, il est une sorte de bilan du mouvement homosexuel fran&#231;ais, de ses publications, de son rapport au politique, aux identit&#233;s, &#224; la criminalit&#233;, au militantisme. &#192; travers ses souvenirs du Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire ou de son rapport &#224; l'&#233;criture, celui qui a peut-&#234;tre le plus incarn&#233; la lib&#233;ration homosexuelle, esquisse une politique des courts-circuits du social, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il commence enfin &#224; se passer quelque chose : traverser des cat&#233;gories sans s'y laisser pi&#233;ger, aller &#224; la rencontre de l'alt&#233;rit&#233; radicale, vivre des situations, se d&#233;faire des id&#233;ologies et du pr&#234;t-&#224;-penser militant. C'est une archive pr&#233;cieuse, car les questions qui s'ouvrent &#224; son &#233;poque, les constats aussi mitig&#233;s soient-ils, le rapport ambigu &#224; la reconnaissance et &#224; l'&#233;conomie sont &#233;galement nos questions, nos constats, nos ambigu&#239;t&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Jean-Pierre Joecker et Alain Sanzio pour &lt;a href=&#034;https://www.revuemasques.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Masques, la revue des homosexualit&#233;s&lt;/a&gt; et publi&#233; dans le num&#233;ro 9/10 sp&#233;cial &#233;t&#233; 1981 que nous reproduisons ici (avec quelques modifications) avec l'aimable autorisation de la revue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'image de garde reproduit la couverture du num&#233;ro de la revue Masques. Elle est sign&#233;e Jean Jacques Choquet &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re question pour commencer, dans le cadre de ce num&#233;ro sp&#233;cial : que penses-tu de la situation du mouvement homosexuel aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que tu appelles &#171; mouvement homosexuel &#187; ? Si c'est un ensemble compos&#233; de bars, de journaux, de mouvements militants, j'y suis fonci&#232;rement &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je pense que le meilleur du monde homosexuel est fini. Ce qui existe maintenant, c'est exactement comme les g&#233;n&#233;alogies mythiques&#8230; C'est comme chez H&#233;siode, il y a des &#233;poques qui sont titanesques, des &#233;poques de chaos, et il y a des &#233;poques &#224; taille humaine, des &#233;poques &#224; syndicats, &#224; revues, etc. O&#249; l'&#233;lan, si tu veux dionysiaque, qui peut pousser &#224; faire une folie comme &#233;tait le FHAR se transforme en quelque chose qui est une s&#233;rie d'institutions humaines, plus ou moins, mais qui perdent forc&#233;ment leur valeur justement inhumaine, qui gagnent au-del&#224; de&#8230; il faudrait employer des termes situationnistes, &#231;a m'emb&#234;te un petit peu parce que je ne suis pas situationniste, par exemple, la s&#233;paration quand ils parlent d'activit&#233;s humaines, art, politique&#8230; comme des activit&#233;s s&#233;par&#233;es ; ils consid&#232;rent que l'essentiel de l'ali&#233;nation ou de l'oppression c'est la s&#233;paration de ses activit&#233;s. Le FHAR, &#224; son origine, c'&#233;tait comme un &#339;uf, quelque chose de primordial et non de diss&#233;min&#233;. Quiconque aurait dit &#171; je suis &#233;crivain au FHAR &#187; se serait fait rire au nez et critiquer en tant qu'&#233;crivain. Il y a tout un tas d'&#233;crivains qui participaient au FHAR dans une ambiance amicale. L'id&#233;e de concevoir une activit&#233; journalistique s&#233;par&#233;e ne serait pas venue, on a fait des num&#233;ros sp&#233;ciaux, on n'a pas fait des journaux, c'est tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis qu'on pr&#233;pare un peu ce dossier pour &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, on a l'impression que le FHAR n'a jamais exist&#233;. C'est angoissant qu'il soit oubli&#233; par les homosexuels. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il n'a jamais exist&#233;, que c'est &#224; proprement parler une mythologie. Quelque chose qui existe &#224; l'&#233;tat de pr&#233;sence ou d'&#233;piphanie, il faudrait employer des termes de religion pa&#239;enne&#8230; Au moment o&#249; &#231;a se produit, c'est n&#233;cessaire et &#233;vident, mais apr&#232;s coup, malheureusement&#8230; la qualit&#233; et la fraicheur de la chose tenaient &#224; la pr&#233;sence brutale, tout simplement un ph&#233;nom&#232;ne de pr&#233;sence&#8230; Des folles dans un bal, ou &#224; un 1er mai, etc. Quelque chose qu'on est habitu&#233; &#224; voir dans des rapports de psychiatres ou des conceptions sur l'homosexualit&#233;, c'est tout. Quelle &#233;tait la question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que le FHAR n'avait jamais exist&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sence-l&#224; s'est achev&#233;e tr&#232;s vite, elle s'est &#233;puis&#233;e en elle-m&#234;me en un an. Apr&#232;s, il s'est cr&#233;&#233; quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent, c'est le probl&#232;me des g&#233;n&#233;alogies. Les choses comme le GLH ou la presse homosexuelle, ou m&#234;me les bars homosexuels, sont oblig&#233;es de se r&#233;f&#233;rer &#224; un mythe initiateur qui soit l'&#233;quivalent du GLH ou du GLF am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a n'a peut-&#234;tre pas exist&#233;, mais &#231;a a &#233;t&#233; une rupture&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend si on a une conception dialectique de l'Histoire, si on consid&#232;re que chaque &#233;tape vise &#224; une sorte d'accumulation ou si on pense&#8230; Je ne crois pas &#224; l'&#233;volution. Je ne pense pas qu'on soit plus &#233;volu&#233;s aujourd'hui, on est plus en retard sous toute une s&#233;rie de points de vue, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du monde homosexuel. &#192; certains points de vue, on est plus en retard, &#224; d'autres on est plus libres, etc. Je ne pense pas qu'il y ait d'&#233;volution continue. Il n'y a ni accumulation &#8211; ce n'est pas un d&#233;faut, je ne prends pas cela comme une tare ou comme un regret &#8211; ni progr&#232;s. C'est plus compliqu&#233; que &#231;a, il faudrait consid&#233;rer les choses comme compos&#233;es de plusieurs courants totalement contradictoires dont certains sont en r&#233;gression et d'autres pas. Il faudrait d&#233;couper ce qu'on entend par homosexualit&#233; en plusieurs morceaux pour arriver &#224; une certaine coh&#233;rence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;cris dans toute une s&#233;rie de bouquins qu'&#224; partir du moment o&#249; les homos acceptent l'&#233;tiquette qu'on leur a donn&#233;e, ils forgent eux-m&#234;mes leurs propres cha&#238;nes. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une banalit&#233; de dire que la d&#233;nomination est un acte fondamental, dans le cas des homos. Je n'ai pas tellement envie de r&#233;p&#233;ter ce que j'ai dit l&#224;-dessus, par exemple, prend le Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire&#8230; et Groupe de Lib&#233;ration Homosexuelle. Il y a d&#233;j&#224; un glissement amusant, je veux dire qu'il est amusant de qualifier un Front d'homo, ou de qualifier une Lib&#233;ration homo. D'ailleurs, il y a toujours eu de l'ambigu&#239;t&#233;. Quand on a fond&#233; le FHAR, le mot homosexuel n'&#233;tait pas tellement important, contrairement &#224; ce qu'on croit maintenant. C'est moi qui l'ai le plus souvent utilis&#233;, pour des raisons presque techniques, l'impossibilit&#233; d'employer le mot &lt;i&gt;gay&lt;/i&gt;, quoique le premier copain qui m'ait contact&#233; pour fonder le mouvement m'avait laiss&#233; un mot du style &lt;i&gt;Be gay, be proud&lt;/i&gt; six mois avant le FHAR, mais c'&#233;tait un mot de code, personne ne pouvait savoir ce que &#231;a voulait dire. Donc j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; pour la double page de &lt;i&gt;TOUT&lt;/i&gt; d'utiliser le mot homosexuel/les. De fait, il n'y avait pas un attrait particulier pour ce mot homosexuel. La meilleure preuve, c'est quand on a cherch&#233; un nom, je me souviens des discussions, les gens ont propos&#233; MHAR ou autre, et on s'est arr&#234;t&#233; &#224; FHAR ce qui prouve &#224; mon avis le caract&#232;re dionysiaque du mouvement, on n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; prendre quelque chose qui &#233;tait une blague phallique tr&#232;s ouvertement. Les femmes qui &#233;taient l&#224;, qui &#233;taient une majorit&#233;, n'ont pas tiqu&#233;, elles ont ri, un point c'est tout. Ce qui prouve l'aspect indiff&#233;rent &#224; une sorte de puritanisme. Front Homosexuel. &#199;a &#233;voquait les fronts surr&#233;alistes, peut-&#234;tre, mais pas un groupe d'homosexuels. On est peut-&#234;tre victimes a posteriori d'une illusion d'optique qui consiste &#224; reporter la naissance du mouvement homosexuel, qui est n&#233; en fait autour du GLH, vers 74, mais je ne connais pas tr&#232;s bien l'histoire. Un peu apr&#232;s le num&#233;ro de Recherches, je pense, qui est la derni&#232;re chose du type FHAR, au sens non homosexuel ou au sens l&#233;gitime du terme. Cela dit, ce n'est pas uniquement fran&#231;ais ; si vous regardez bien l'histoire du &lt;i&gt;Gay Lib&#233;ration Front&lt;/i&gt; am&#233;ricain, il y a quelque chose de semblable. Et il y a une situation du m&#234;me type dans la m&#233;moire des Am&#233;ricains, ce qui ne veut pas dire que les deux mouvements soient identiques. Mais ils jouent le m&#234;me r&#244;le d'impossibilit&#233; historique, apr&#232;s quoi on devient raisonnable, on construit diverses choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/hocquenghem_et_soukaze.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/hocquenghem_et_soukaze.png?1731403092' width='500' height='291' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lionel Soucaz et Guy Hocquenghem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques dans Race d'Ep que l'action de Hirschfeld a indirectement pr&#233;par&#233; la r&#233;pression. Penses-tu que les mouvements actuels par le type de luttes qu'ils m&#232;nent conduisent &#224; une forme d'int&#233;gration, de banalisation de l'homosexualit&#233; rendue respectable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux probl&#232;mes diff&#233;rents. Premi&#232;rement, un probl&#232;me de vocabulaire en apparence, qui est en r&#233;alit&#233; une fa&#231;on de se penser. Des gens se r&#233;unissent, se fournissent une identit&#233; et se d&#233;signent, et ce n'est pas sp&#233;cifiquement homosexuel. Chez les homosexuels, c'est li&#233; au nom et &#224; l'autoidentification, puisqu'on ne peut les identifier autrement. Ces mouvements n'emp&#234;chent pas une r&#233;volution homosexuelle. Je fais un parall&#232;le entre les mouvements modernes et le mouvement d'Hirschfeld qui est tout de m&#234;me marqu&#233; par un scientisme extr&#234;me. Il n'y a qu'un seul acquis du FHAR qui soit pass&#233; dans le mouvement actuel, c'est la d&#233;fiance vis-&#224;-vis de la m&#233;decine, je n'en vois gu&#232;re d'autres. Quel r&#244;le a jou&#233; le mouvement d'Hirschfeld ? &#192; mon avis, il a donn&#233; aux Allemands l'id&#233;e de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s. Sans le travail d'Hirschfeld, la soci&#233;t&#233;, l'&#201;tat SS, n'aurait pas pu &#233;laborer son concept de l'homosexualit&#233; comme d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e. Mais c'est par rapport au paragraphe 175 que ces gens &#233;taient enferm&#233;s, m&#234;me dans les camps, donc c'&#233;tait li&#233; directement &#224; quelque chose qu'Hirschfeld avait parfaitement per&#231;u. Ils ne pr&#233;sentent pas en France &#8211; c'est diff&#233;rent aux &#201;tats-Unis &#8211; un poids politique du type de celui d'Hirschfeld&#8230; Id&#233;ologiquement, je ne les caract&#233;riserai pas comme &#233;tant des mouvements d'int&#233;gration des homosexuels dans la Soci&#233;t&#233;, admission &#224; l'&#233;tat de citoyen de celui d'Hirschfeld, qui visait &#224; l'int&#233;gration des homosexuels en tant que citoyen allemand, etc. Ce n'est pas tout &#224; fait le m&#234;me probl&#232;me actuellement, je pense que l'id&#233;ologie est plus molle, plus impr&#233;cise, d'ailleurs. Il n'y a pas d'Hirschfeld contemporain, &#231;a se saurait. Il s'agit bien de mauvais politiques et de mauvais philosophes. Je ne r&#233;ponds pas en g&#233;n&#233;ral &#224; ta question, il est impossible de r&#233;pondre en g&#233;n&#233;ral, mais je te donne &#231;a comme &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;cris, en gros, qu'en se revendiquant homosexuels, ils sont all&#233;s d'eux-m&#234;mes dans la case qu'on leur avait assign&#233;e. S'ils ne l'avaient pas fait, ils seraient rest&#233;s dans une case qui n'&#233;tait pas la leur, celle des h&#233;t&#233;ros. Est-ce que tu ne crois pas qu'entre ces deux impasses le FHAR n'ouvrait pas autre chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ! C'est un probl&#232;me de logique. Je ne sais pas si vous avez lu &lt;i&gt;Alice au Pays des Merveilles&lt;/i&gt; ? Quand elle tombe dans le tunnel, &#224; la poursuite du lapin, elle cherche &#224; distinguer quel est l'objet qu'elle voit se d&#233;placer dans les cases du mur, et elle n'y arrive pas, il est m&#233;connaissable et change dans chaque case. Bon, c'est le minimum d'une logique non conventionnelle ou non fixiste : l'important n'est pas d'&#234;tre ou pas dans telle case, mais de se d&#233;placer de l'une &#224; l'autre, et de constituer non pas le centre de la vision sociale, mais l'objet ou l'inqui&#233;tude p&#233;riph&#233;rique de la vision sociale. Quant au terme de passer d'une case h&#233;t&#233;rosexuelle &#224; une case homosexuelle, tout le monde sera d'accord pour dire que ce qui est int&#233;ressant c'est le passage, et non la case en question. Le FHAR ne se pr&#233;sentait pas comme un mouvement sexuel, mais un peu comme dans l'esprit de mai 68, destin&#233; &#224; faire claquer quelque chose sans &#234;tre pour autant politique ou r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il y a un lien entre ces espaces commerciaux et l'id&#233;ologie actuelle du mouvement, qui est d'une certaine mani&#232;re le pendant politique de l'id&#233;ologie commerciale&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont compl&#233;mentaires, bien s&#251;r ! Mais je ne suis pas s&#251;r que la conclusion soit aussi &#233;vidente que ce que tu dis. &#192; certains moments les int&#233;r&#234;ts politiques des groupes homosexuels entrent en contradiction avec les commerciaux, mais d'un autre c&#244;t&#233;, ce sont eux qui peuvent financer&#8230; Une certaine visibilit&#233; commerciale homosexuelle sera ressentie comme anti-militante, et comme une contradiction par certains homosexuels eux-m&#234;mes. Il y a plusieurs espaces, un espace commercial chic, style &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, un philosophico-litt&#233;raire, type &lt;i&gt;Masques&lt;/i&gt;, un du type politique, tel le CUARH, tous sp&#233;cialis&#233;, &#224; quoi on voit qu'il s'agit bien d'espaces diff&#233;rents de l'&#339;uf primordial du FHAR&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L395xH572/photo_alain_franck-1be2f.png?1765891236' width='395' height='572' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alain Franck
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On termine sur toi, sur l'individu homosexuel. On a critiqu&#233; souvent ce que tu &#233;cris, que la seule issue est hors la loi, ton &#233;litisme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me tr&#232;s int&#233;ressant, en effet, c'est une contradiction du type commercial-politique. Elles d&#233;terminent cette esp&#232;ce de case homosexuelle, de statut. &#192; un moment, les commerciaux sont plus lib&#233;raux que les politiques, mais leurs int&#233;r&#234;ts sont plus m&#233;prisables. Tu constates pourtant l'inverse. Les anti-p&#233;d&#233;s, les anti-travs&#8230; L'immoralit&#233; commerciale existe, hein ! C'est pour r&#233;pondre &#224; ton histoire d'&#233;litisme. Il existe, il est l&#224;, c'est marrant que tu aies employ&#233; ce mot. Le propre de la d&#233;mocratie syndicale, c'est qu'elle maintient un ensemble de gens sous une loi commune et que, s'il s'en d&#233;tache quelque chose, ce quelque chose sera consid&#233;r&#233; comme &#233;litiste, quoiqu'il soit, &#224; mon avis, de nature plus d&#233;mocratique. Je pense qu'il y a une solide tradition de la gauche fran&#231;aise, de la gauche officielle, qui est anti-individualiste, anti-anarchiste, collectiviste &#8211; le collectivisme fran&#231;ais est une tr&#232;s vieille r&#233;alit&#233;, plus vieille qu'on ne le croit. Que les Fran&#231;ais sont individualistes, ce n'est pas vrai. Les partis fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; collectivistes&#8230; &#201;voquer des solutions qui ne sont pas des solutions pour tout le monde, c'est de l'&#233;litisme. Je pense que c'est &#231;a que les gens entendent par &#233;litisme, dire qu'il n'existe pas de solution pour tout le monde, ce que je dis, effectivement, et dire tout le monde n'est pas homosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On t'a reproch&#233; de reprendre la vieille assimilation pour homosexualit&#233;, criminalit&#233;, etc. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est vrai, la relation criminalit&#233;-homosexualit&#233; est une permanence, depuis le XIXe si&#232;cle, int&#233;ressante du statut pratique de l'homosexualit&#233;. Je pense que c'est ce qui permet que la tradition homosexuelle actuellement n'a pas &#233;t&#233; regagn&#233;e par le m&#233;dicalisme, contrairement &#224; ce qu'on aurait pu croire &#224; un moment donn&#233; avec les tentatives du genre Meignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Meignant est sexologue et psychoth&#233;rapeute, auteur d'une &#339;uvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc. Elle n'a pas &#233;t&#233; rattrap&#233;e par &#231;a. Je pense que &#231;a tient pas mal &#224; une vieille association avec la criminalit&#233;, que ce qui d&#233;pend du juge, ce qui vient en premier &#224; l'esprit, quand on voit les homosexuels actuels, c'est qu'ils cherchent &#224; n'avoir plus de relations avec la criminalit&#233;. Ils se battent pour demander l'abrogation des lois qui les assimilent &#224; des criminels. La fonction de l'assimilation des homosexuels &#224; la criminalit&#233; est une sorte de bain de jouvence, de se retremper dans leurs origines fortes. C'est une esp&#232;ce de vitalisme de toucher la terre m&#232;re, un besoin de s'affronter &#224; la marge, ou &#224; la criminalit&#233;, etc. C'est vieux, et c'est en m&#234;me temps le signe du renouveau possible sans arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pour les litt&#233;ratures homosexuelles, c'est significatif : la seule bonne litt&#233;rature homosexuelle moderne d&#233;rive de cela&#8230; Je ne crois pas au processus accumulatif, au processus historique, je ne crois pas &#224; ce type de transgression sociale. J'aime mieux parler de court-circuit social. Il y a des choses qui se renouvelleront de toute mani&#232;re, pas tellement par l'interm&#233;diaire de l'homosexualit&#233; proprement dite, ou de la drogue, mais&#8230; le couple esth&#232;te/bandit n'a pas fini de nous &#233;tonner.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L398xH589/photo_de_guy_hocquenghem_par_lionel_soucaze-95ba0.png?1765891236' width='398' height='589' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Guy Hocquenghem photographi&#233; par Lionel Soucaz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en ce sens que tu as &#233;crit que c'&#233;tait une chance que l'homosexualit&#233; reste, pour un certain temps, une cat&#233;gorie de la d&#233;linquance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;crit cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je sch&#233;matise quelque peu ! C'&#233;tait dans l'article sur la mort de Pasolini.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une chose continue, cela se pr&#233;sente plut&#244;t sous la forme d'un aller et retour, un peu comme un couple d'amants qui se brouille et qui se retrouve, une sorte de liaison orageuse. Dans l'article sur Pasolini, j'ai voulu souligner le caract&#232;re essentiel d'une forme d'&#233;rotisme social, qui consiste &#224; renouer de temps &#224; autre avec les forces inorganis&#233;es de la soci&#233;t&#233;, ou organis&#233;es contre elle. Pasolini a v&#233;cu profond&#233;ment ces contradictions-l&#224;. Mais je ne parlerai jamais d'alliance politique entre les taulards et les homosexuels. Le propre de ces deux mondes, c'est qu'ils n'ont rien en commun sinon de s'accrocher parfois dans des &#233;quip&#233;es folles, sans signification sociale, comme des courts-circuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu peux pr&#233;ciser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage de cette histoire de rapports qui sont entre gens de nature diff&#233;rente &#8212; d&#233;termin&#233;s socialement de nature diff&#233;rente, la folle, le mauvais gar&#231;on, etc. L'avantage de leur croisement, de leur m&#233;tissage ou de leur rencontre, j'ai dit tout &#224; l'heure chacun d'entre eux sort de quelque chose par exacerbation, et non par m&#233;diation, c'est l'exc&#232;s m&#234;me de son phallocratisme qui poussera le mauvais gar&#231;on &#224; faire l'amour avec une folle, situation la plus oppressante pour la folle, mais ce sera une sorte de victoire pour elle puisque c'est ce qu'elle voulait&#8230; (explication de l'exacerbation). Philosophie de la mise en pr&#233;sence, de la m&#233;diation. Il est difficile de d&#233;terminer un type positif n&#233; par m&#233;tissage qui r&#233;unirait des caract&#232;res de la folle, du criminel, du r&#233;volutionnaire, qui serait un &lt;i&gt;over man&lt;/i&gt;. Ce n'est pas un individu qui na&#238;t, c'est une situation, c'est un peu sartrien, mais enfin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est cette situation-l&#224; que tu trouves int&#233;ressante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les allers-retours, c'est dit dans le texte de Heger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les hommes au triangle rose, Journal d'un d&#233;port&#233; homosexuel 1939-1945, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Les Hommes au Triangle Rose) : le m&#233;pris qu'il a pour les droits communs et l'obligation d'alliance qu'il fait avec eux contre les politiques, alors que par d&#233;finition il devrait &#234;tre avec les politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien, et si l'on en revenait au FHAR ? &#192; l'origine, il y a un groupe de filles d'Arcadie autour de Fran&#231;oise d'Eaubonne et Anne-Marie Fauret&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi Margaret, et donc l'influence am&#233;ricaine, avec G. du c&#244;t&#233; des gar&#231;ons, on a trop tendance &#224; l'oublier. Et il y a eu ensuite le commando salle Pleyel, qui &#233;tait plus ou moins &#171; dirig&#233; &#187; par Fran&#231;oise d'Eaubonne&#8230; et apr&#232;s, une r&#233;union a &#233;t&#233; convoqu&#233;e : il y avait Fran&#231;oise d'Eaubonne, Pierre Hahn, Anne-Marie Faur&#233;, Margaret, G. et quelques autres. C'est l&#224; o&#249; s'est pos&#233; le probl&#232;me du nom, FHAR ou MHAR. &#192; l'&#233;poque, je travaillais &#224; &lt;i&gt;TOUT&lt;/i&gt; qui, en septembre, avait publi&#233; un texte sur les p&#233;d&#233;s. Et j'ai propos&#233; que l'on pr&#233;pare un num&#233;ro. &#192; partir de ce num&#233;ro, tout a vraiment commenc&#233;, il s'est vendu &#224; environ cinquante mille exemplaires&#8230; Cela a fait une esp&#232;ce de boule de neige et on s'est retrouv&#233; entre deux cents et cinq cents suivant les p&#233;riodes&#8230; &#192; cette &#233;poque-l&#224;, il y avait les filles du MLF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as &#233;crit dans &lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt; que tr&#232;s vite il va y avoir une ossification du discours, l'apparition d'un nouveau credo homosexuel. Tu attribues ce blocage &#224; l'absence de relais politico-social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que le FHAR, qui se concevait lui-m&#234;me comme assez pilote, &#233;tait un &#233;l&#233;ment d'un ensemble qui devait comme &#231;a arriver par contagion un peu comme est arriv&#233; mai 68. En fait, &#231;a ne s'est pas produit. Mais je me rappelle&#8230; ce n'est pas &#231;a, la cause de l'ossification, je pense qu'elle aurait &#233;t&#233; plus dans ce que j'ai dit avant : il y a eu d&#232;s ce moment-l&#224; un partage entre deux formes de courants, pas de courants au sens des individus, mais de pratiques, des gens qui draguaient dans les pissoti&#232;res, et des gens qui s'indignaient de &#231;a, qui disaient que ce n'&#233;tait pas la peine d'avoir fait le FHAR pour refaire une grande pissoti&#232;re et des choses de ce genre-l&#224;, qui est devenue l'axe dominant, l'axe pr&#233;commercial, et il y a eu un axe politique qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; par des types comme Fleig ou des gens qui ont voulu faire des journaux. Je pense que l'ossification est surtout due &#224; la transformation en groupe de pression politique d'une partie du mouvement, transformation qui n'a pas vraiment &#233;t&#233; consciente. C'&#233;tait un peu une r&#233;partition fonctionnelle, chacun faisait un peu ce qu'il voulait, par exemple des journaux, et jouait un r&#244;le &#224; ce moment-l&#224; dans la st&#233;rilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;volution est d&#233;j&#224; perceptible par exemple dans le texte &lt;i&gt;Les p&#233;d&#233;s et la r&#233;volution&lt;/i&gt;, o&#249; l'on retrouve une argumentation qui tente de justifier le FHAR sur le terrain politique traditionnel, avec une probl&#233;matique que reprendra le GLH GB.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte date de quand, je ne me rappelle plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/tout_no12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/tout_no12.jpg?1731403034' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Journal TOUT n&#176;12
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FHAR, Rapport contre la normalit&#233;, &#201;ditions Champ Libre, 1971.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sort en septembre 71, c'est donc tr&#232;s t&#244;t&#8230; Et c'est curieux si l'on compare &#224; &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FHAR, Trois milliards de pervers, La grande encyclop&#233;die des homosexualit&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (mars 73) dont la perspective est tr&#232;s diff&#233;rente&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le noyau de d&#233;part est presque le m&#234;me. Dans &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, le discours est infiniment plus riche. Ce n'est plus simplement la traduction de comment je vis en couple, c'est-&#224;-dire comment je m'ennuie avec mon partenaire, ou comment on se partage le petit d&#233;jeuner, mais une s&#233;rie de v&#233;cus explosifs, notamment celui des Arabes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La partie principale du num&#233;ro de Recherches Trois milliards de pervers &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a &#233;t&#233; le d&#233;nominateur, des v&#233;cus qui ne sont pas proprement homosexuels. Ce sont des mises en situation ; des mises en rapport avec essentiellement une s&#233;rie de groupes, les &#233;migr&#233;s, les taulards, les mineurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vision est parfois un peu idyllique !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Idyllique ? &#199;a raconte que des p&#233;d&#233;s baisent avec des Arabes qui ne s'int&#233;ressent qu'au match de foot &#224; la t&#233;l&#233;vision ! Il y a une fa&#231;on de le dire dans sa provocation qui est un peu ing&#233;nue, qui est &#171; nous vivons quelque chose d'exceptionnel que les autres ne vivent pas ! &#187; &#231;a, c'est sur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le FHAR &#233;tait d&#233;j&#224; moribond &#224; l'&#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FHAR &#233;tait mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s ce num&#233;ro de&lt;i&gt; Recherches&lt;/i&gt;, cela a &#233;t&#233; fini ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il y a un probl&#232;me de litt&#233;rature militante de production qui n'est pas exactement la production litt&#233;raire, m&#234;me si ce num&#233;ro a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; avec des moyens conventionnels, on a utilis&#233; la structure de cette revue qu'on appelait Recherches, on a pu faire pendant un an tout ce qu'on voulait, c'&#233;tait une sorte de groupe de cr&#233;ativit&#233; parce qu'on occupait en fait une autre revue. C'est tr&#232;s important d'occuper le terrain de quelqu'un d'autre. On occupait la revue de Psychiatrie sociale, une revue qui &#233;tait en principe adress&#233;e &#224; des m&#233;decins, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qui faisait le scandale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu penses qu'il est pr&#233;f&#233;rable d'occuper le terrain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui ! Je le pense, mais plut&#244;t d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais c'est difficile d'occuper un terrain ! Tu as les mains li&#233;es. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, justement, tu as les mains li&#233;es au moment o&#249; tu pr&#233;tends d&#233;finir ton terrain. Mais c'est une strat&#233;gie personnelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/couverture.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/couverture.jpg?1731403012' width='500' height='690' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Couverture de la grande encyclopedie des homosexualit&#233;s, revue Recherches 1973.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l'ambigu&#239;t&#233;, comme par rapport &#224; Masques, deux ans apr&#232;s, on peut craindre un certain enfermement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez cr&#233;&#233; votre cage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un peu &#231;a !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important pour moi, c'est qu'&#224; l'&#233;poque on pouvait prendre le pouvoir dans des organes de l'underground et du gauchisme. M&#234;me &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, c'est une revue m&#233;dicale, mais c'est tout de m&#234;me dans cette constellation-l&#224;, le probl&#232;me est diff&#233;rent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, c'est int&#233;ressant. Aujourd'hui, tout le monde pleure sur &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, en disant que &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; a introduit la question de l'homosexualit&#233;. Des clous ! Jusqu'en 75, &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; non seulement prudent, mais hostile &#224; l'homosexualit&#233;, m&#234;me apr&#232;s 75. C'est des bagarres &#224; chaque fois, &#224; chaque article, &#231;a n'est jamais all&#233; de soi. J'ai pass&#233; des articles, et ils ont tous attendu au moins trois mois, les grandes enqu&#234;tes aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les petites annonces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les petites annonces, &#231;a, c'est tr&#232;s important. C'est l&#224;-dessus qu'il y a eu le moins de censure. C'est int&#233;ressant. Les gauchistes &#233;taient d'une p&#226;te particuli&#232;re et int&#233;ressante &#224; critiquer. C'&#233;tait int&#233;ressant d'occuper leurs positions, ce qui n'est pas forc&#233;ment le cas g&#233;n&#233;ral. Il y a des lieux qui se pr&#234;tent plus ou moins bien &#224; cela, c'est vrai qu'aujourd'hui il n'y en a pas tellement qui se pr&#234;tent &#224; cette m&#233;thode d'occupation. Nous &#233;tions un mouvement parasite, tu vois, c'est un immense avantage &#8211; relative autonomie, lib&#233;r&#233; id&#233;ologiquement du mouvement qu'il parasite, sinon il ne serait pas son parasite. Mais aujourd'hui, c'est plus difficile &#224; r&#233;aliser. Les gens parasitent le prix Goncourt, mais on se demande si c'est du parasitage ou la continuation de la m&#234;me chose. Il y a une difficult&#233; r&#233;elle. Si &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; ne repara&#238;t pas, je ne me vois pas tenter d'imposer quelque chose dans un autre quotidien, m&#234;me dans un autre journal, je n'en vois aucun, &#231;a n'aurait pas de sens &#231;a serait impossible, le barrage serait trop fort, ou &#231;a voudrait dire qu'on me ferait faire la chronique homo une fois par semaine, ou une connerie de ce genre-l&#224;. Ils ne me voudraient pas, il vaut mieux qu'ils offrent &#231;a &#224; quelqu'un de plus z&#233;l&#233; que moi, ce n'est pas un parasitage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment abordes-tu ton r&#244;le &#224; Lib&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage d'un quotidien non sp&#233;cialis&#233;, c'est que l'on peut intervenir tous azimuts. C'est plus int&#233;ressant d'&#234;tre un p&#233;d&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un milieu journalistique de ce type-l&#224; qu'au milieu d'une &#233;quipe de p&#233;d&#233;s. C'est plus stimulant, &#231;a permet de d&#233;cloisonner. Je suis intervenu sur des choses tr&#232;s diff&#233;rentes comme l'histoire des mouvements homosexuels ou la collection de phallus de Peyrefitte ! Dans &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; il n'y a pas de rubrique homo : c'est chaque fois un article comme les autres qui manifeste un autre type de sensibilit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un sujet dont nous n'avons pas parl&#233;, c'est la litt&#233;rature. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'apr&#232;s le num&#233;ro de&lt;i&gt; Recherches&lt;/i&gt; il n'y avait plus de litt&#233;rature militante int&#233;ressante. C'est un point myst&#233;rieux &#224; mon avis, sur lequel vous devriez vous interroger. Je n'ai pas tellement d'id&#233;es l&#224;-dessus. Je ne parle pas de la litt&#233;rature-litt&#233;rature en tant que telle, il n'y a pas de probl&#232;me : la litt&#233;rature-litt&#233;rature homo devient de plus en plus mauvaise au fur et &#224; mesure que le mouvement est plus puissant, c'est une certitude confirm&#233;e sur tous les continents. Il n'y a aucun bon &#233;crivain ni aucune bonne &#233;crivaine moderne homo, ils sont tous &#224; repasser, ce qui est assez frappant, alors qu'il y a un succ&#232;s &#233;norme de litt&#233;rature homosexuelle ; et puis l'autre chose, qui est l'arr&#234;t de la litt&#233;rature militante exp&#233;rimentale, qui s'est continu&#233;e aux &#201;tats-Unis bien apr&#232;s le mouvement, comment il s'appelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gay Sunshine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gay Sunshine est un journal n&#233; dans l'&#233;mulation du Front de lib&#233;ration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a, plusieurs journaux am&#233;ricains ont continu&#233; quelque chose qui est un peu l'&#233;quivalent de Recherches, une exploration tous azimuts, alors qu'en France&#8230; C'est pour &#231;a qu'il est dommage que Gai Pied n'ait pas d'autre ouverture sur la vie r&#233;elle que d'interviewer des figures totalement conventionnelles de la politique ou de la litt&#233;rature &#8211; il n'y a qu'&#224; faire la liste des interview&#233;s de &lt;i&gt;Gai Pied &lt;/i&gt; ! C'est ce qu'il y a de moins int&#233;ressant. C'est assez curieux. Je t'avais dit, la derni&#232;re fois, que ce qui me frappe c'est que les militants homos courent apr&#232;s de soi-disant c&#233;l&#233;brit&#233;s dont ils sont, en fait, les fournisseurs et dont ils croient sinc&#232;rement qu'ils d&#233;pendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par rapport &#224; &lt;i&gt;Fin de section&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fin de section, Paris, Christian Bourgois, 1975, recueil de nouvelles.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tu n'as pas continu&#233; dans le domaine de la fiction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ! J'ai fait une nouvelle avec Bory. Mais je viens d'&#233;crire un roman. Je ne sais pas encore le titre, c'est l'histoire d'un gigolo aveugle. Pas sp&#233;cialement un gigolo pour les hommes, il a des liaisons masculines, mais il est aveugle surtout&#8230; Je pense qu'il y a quelque chose de plus int&#233;ressant chez un aveugle que chez un homo. C'est une situation o&#249; il n'y a rien de volontaire ni de significatif, c'est un accident, c'est z&#233;ro, c'est rien, et en m&#234;me temps, c'est tout. &#199;a oblige &#224; se placer d'une certaine mani&#232;re dans la vie enti&#232;re, etc. &#199;a cr&#233;e une forme de pens&#233;e. Et pourtant, c'est rien et c'est l'id&#233;al d'une minorit&#233;, pour moi, c'est la minorit&#233; insignificative. C'est un accident social pur et simple, qui d&#233;truit la coh&#233;sion sociale par accident. C'est presque un paradigme de l'individualit&#233;, c'est un non collectif. La c&#233;cit&#233; est collective au niveau subindividuel et ne peut jamais &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une valeur collective, positive, organisatrice de la Soci&#233;t&#233;. On ne peut pas organiser la soci&#233;t&#233; autour du fait d'&#234;tre aveugle ! Ou il faudrait une soci&#233;t&#233; aveugle. Heureusement, ce n'est pas le d&#233;veloppement d'un th&#232;me de ce genre-l&#224;, c'est simplement un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'en reviens, moi, &#224; &lt;i&gt;Fin de section&lt;/i&gt;. Ce qui m'a surpris&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mauvais, ce bouquin ! C'est vraiment mauvais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non&#8230; Ce sont les pages sur Pierre Goldman !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, c'est tr&#232;s bien, &#231;a par contre, c'est totalement l&#233;gitim&#233;. C'est dr&#244;le, en tout cas, &#231;a l'a fait rire lui. La seule fois o&#249; Goldman m'ait fait un compliment, c'est quand il m'a dit que c'est la meilleure chose qu'on ait &#233;crite sur son affaire. &#199;a m'a fait rire, d'ailleurs, je me suis demand&#233; ce qu'il voulait dire. On ne le saura jamais. Je me suis vraiment demand&#233; ce qu'il voulait dire&#8230; Est-ce qu'il voulait dire que son affaire cachait un secret ou est-ce qu'il voulait dire qu'on pouvait traiter cette affaire d'une mani&#232;re totalement parodique, sans chercher &#224; en faire une chose significative ? &#199;a m'a beaucoup &#233;tonn&#233;, je n'ai jamais compris ce qu'il voulait dire au juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Jean-Pierre Joecker et Alain Sanzio pour &lt;a href=&#034;http://www.revuemasques.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Masques, la revue des homosexualit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, num&#233;ro 9/10 sp&#233;cial &#233;t&#233; 1981.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Meignant est sexologue et psychoth&#233;rapeute, auteur d'une &#339;uvre prolifique, notamment de Libert&#233;, &#201;galit&#233;, Sexualit&#233; en 1973. Sorte &#171; d'expert &#187; de la sexualit&#233;, il repr&#233;sente, aux yeux d'Hocquenghem, la tentative de r&#233;int&#233;grer la sexualit&#233; dans le giron du m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les hommes au triangle rose, Journal d'un d&#233;port&#233; homosexuel 1939-1945, pr&#233;fac&#233; par Guy Hocquenghem, &#201;ditions Persona, 1981. Pr&#233;face page 13 : &#171; Au moment de son arrestation (&#8230;) Heger n'est m&#234;me pas un antinazi. Il est stup&#233;fait d'apprendre qu'on l'arr&#234;te comme homosexuel parce qu'il ne se consid&#232;re pas comme un d&#233;linquant de droit commun (&#8230;) il n'a aucune sympathie pour la p&#232;gre et les marginaux. Il lui faudra l'impitoyable lutte pour la survie, dans les camps, pour d&#233;couvrir l'humanit&#233; des &lt;i&gt;droits communs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FHAR, Rapport contre la normalit&#233;, &#201;ditions Champ Libre, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FHAR, Trois milliards de pervers, La grande encyclop&#233;die des homosexualit&#233;s, n&#176;12 de la revue &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, mars 1973. &#171; Dans ce num&#233;ro les homosexuel.les parlent au nom de tous &#8211; au nom de la majorit&#233; silencieuse &#8212; et mettent en question toutes les formes de production d&#233;sirante. Le temps est r&#233;volu de ces g&#233;nies homosexuels qui s'employaient &#224; s&#233;parer et &#224; d&#233;tourner leur cr&#233;ation de leur homosexualit&#233;, s'effor&#231;ant de masquer que la racine m&#234;me de leur &#233;lan cr&#233;ateur s'originait dans leur rupture sexuelle avec l'ordre &#233;tabli. Mai 1968 nous a appris &#224; lire sur les murs et, depuis, on a commenc&#233; &#224; d&#233;chiffrer les graffitis dans les prisons, les asiles et aujourd'hui dans les pissoti&#232;res. C'est tout un &#171; nouvel esprit scientifique &#187; qui est &#224; refaire ! Un collectif d'homosexuel.les s'interroge ici sur la drague, la masturbation, les travestis, le scoutisme, les jardins, les mouvements militants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La partie principale du num&#233;ro de &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt; Trois milliards de pervers &#171; Les Arabes et nous &#187;, expose les rencontres sexuelles r&#233;guli&#232;res entre deux cat&#233;gories sociales marginalis&#233;es, les Arabes et les homosexuels. Les homosexuels r&#233;volutionnaires voyaient dans cette alliance des corps, dans ce branchement, une forme de r&#233;sistance anticoloniale et une subversion des r&#244;les sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gay Sunshine est un journal n&#233; dans l'&#233;mulation du Front de lib&#233;ration homosexuel am&#233;ricain (San Francisco). Avec ses 12 ans d'existences, cette exp&#233;rimentation graphique et intellectuelle accompagne les remous, les &#233;v&#232;nements et les tendances du mouvement homosexuel. Allan Ginsberg &#233;crira &#224; son propos : &#171; Gay Sunshine a &#233;t&#233; une pi&#232;ce importante en donnant acc&#232;s &#224; une litt&#233;rature qui jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait maintenue &#224; l'&#233;cart par les acad&#233;mies. En le lisant ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, j'apprends pourquoi de vastes pans de l'histoire litt&#233;raire sont rest&#233;s vierges dans mon esprit - les exquises rhapsodies homosexuelles de la prose et de la po&#233;sie sud-am&#233;ricaine, les f&#233;es parmi les po&#232;tes russes, les confessions des g&#233;nies contemporains &#171; buveur de th&#233; &#187; sur leur vie amoureuse et leurs id&#233;es. Ce qui m'a le plus frapp&#233;, c'est l'histoire du travail po&#233;tique et amoureux de Sergei Esenin avec son ami po&#232;te Klyuev, qui renvoie &#224; la nature, &#224; la po&#233;tique et &#224; la sexualit&#233; dans la Russie d'avant la Premi&#232;re Guerre mondiale. Vous ne lirez jamais ce couple d'amants dans les manuels scolaires russes, pas plus que vous ne lirez la nuit d'Edward Carpenter avec Walt Whitman dans les manuels scolaires am&#233;ricains. Gr&#226;ce &#224; Gay Sunshine, les photos, documents, ragots et textes pertinents sont d&#233;sormais publics et accessibles &#224; la communaut&#233; po&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Fin de section&lt;/i&gt;, Paris, Christian Bourgois, 1975, recueil de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;serter</title>
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		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;sertion</dc:subject>
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		<dc:subject>C&#232;dre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Je ne transitionne pas, je d&#233;rive &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/16_bulles-hellahag.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce court essai po&#233;tique en trois parties est une invitation &#224; arpenter les interstices des &#233;motions, de la soci&#233;t&#233;, du politique c'est-&#224;-dire &#224; d&#233;serter. Faire un pas de c&#244;t&#233;, sortir du rang, prendre la tangente, aller voir ailleurs est avant tout une somme de vitesses avec lesquelles nous construisons notre pr&#233;sent. D&#233;serter un corps (celui que l'on nous assigne), d&#233;serter un travail (celui qui me donnait un avenir tout trac&#233;), d&#233;serter une norme (celle qui m'emp&#234;che de d&#233;sirer), d&#233;serter l'amour, le sexe. Fuir la solitude, le d&#233;sespoir, le petit train-train. D&#233;serter c'est exp&#233;rimenter d'autres vitesses, l'immobilit&#233; qui fait de moi un oc&#233;an, un devenir qui me projette dans la vieillesse, une amiti&#233; qui arrive toujours &#224; me tendre la main dans cette course &#233;pique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La beaut&#233; du texte de C&#232;dre tient &#224; cette exposition des vitesses d'une vie. Le quotidien peut &#234;tre extraordinaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dessin de l'artiste &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/hella.hag/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hella Hag&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VENDREDI : D&#201;PART, D&#201;RIVE, D&#201;MISSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un jour de juin et l'air est sal&#233;. Je nage dans des eaux in&#233;dites. Dans les miroirs, des courants invisibles noient les traits de mon visage. Vendredi prochain, j'ai rendez-vous pour commencer une hormonoth&#233;rapie masculinisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon sac un livre de poche tout chiffonn&#233; lit : &#171; La testost&#233;rone n'est pas la masculinit&#233;. [&#8230;] La masculinit&#233; n'est qu'un des possibles sous-produits politiques (et non biologiques) de l'administration de testost&#233;rone. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul B. Preciado, Testo Junkie, Sexe, drogue et biopolitique, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des ann&#233;es de questionnements, de r&#233;flexions, puis, rendez-vous pris, des mois d'attente. &lt;i&gt;La masculinit&#233; n'est qu'un des possibles sous-produits politiques de l'administration de testost&#233;rone.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sous-produit politique que je cherche &#224; atteindre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais des ronds dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2019, dans mon journal, j'ai &#233;crit : no gender, no problem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 2022, sur un r&#233;seau social, j'ai &#233;crit : Courir, crier, suer, fr&#233;mir. Trouver la gr&#226;ce de faire le choix de la d&#233;faite, du renoncement, de la bifurcation, de la perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, je parlais d'arriver en retard &#224; un rendez-vous. Mais en revoyant ce message en cherchant une vieille photo, les mots me disent autre chose. Est-ce que c'est &#231;a, ma transition ? Le sous-produit politique que je cherche &#224; atteindre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bifurcation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renoncement, la perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite, la d&#233;mission. Fin de la f&#234;te, fin de la mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou peut-&#234;tre : la d&#233;sertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la&#8230; sertion. Fin de l'assertion ? Eaux in&#233;dites. Incertaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me bouche le nez, ferme les yeux et plonge. L'eau froide chatouille mon cr&#226;ne chauff&#233; par le soleil de ses toutes petites aiguilles. On ne me voit plus. Dans cette eau trouble pleine de sable, je suis libre. Dans ce monde, je n'ai pas d'&#226;ge, hors du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde, j'ai vingt-trois ans. Je suis en master d'&#233;dition et comme projet de fin d'ann&#233;e, nous devons cr&#233;er une collection de livres. Je propose une collection qui s'appellerait Les D&#233;serteuses, en hommage aux d&#233;serteuses du monde vertical de Virginia Woolf. C'est une figure que j'admire, car c'est une figure indigne d'admiration. Les d&#233;serteuses renoncent &#224; l'h&#233;ro&#239;sme. Elles ont le courage de leur l&#226;chet&#233;. Elles refusent au plus haut point de se battre, mais non d'&#234;tre vaincues. Elles partent. Elles se l&#232;vent et elles partent, ou au contraire elles restent couch&#233;es, sourdes au r&#233;veil, au calendrier et &#224; toutes les cha&#238;nes qui forment l'air qu'on respire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on parle du genre, ai-je le droit de refuser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde, j'ai vingt-sept ans quand je d&#233;couvre vraiment ce que veut dire &#234;tre trans. Je d&#233;missionne du genre, je pense &#224; une collection qui s'appellerait Les D&#233;serteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde, j'ai trente-deux ans, j'&#233;cris des fanzines contre la romance et des parodies de d&#233;veloppement personnel en bande organis&#233;e. J'ai dessin&#233; un logo, deux petites enfants de dos, qui courent et se tiennent la main. Ce serait pour une collection qui s'appellerait Les D&#233;serteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde, j'ai soixante-dix ans et je suis dans le placard car les personnes non binaires sont une mode sont une &#233;pid&#233;mie sont une panique sont un effondrement civilisationnel n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde, je lis dans le &lt;i&gt;Tao te king&lt;/i&gt; quelque chose comme : du Un naqu&#238;t le Deux, du Deux naquirent les Dix Mille &#202;tres.&#171; C'est pourquoi l'&#234;tre et le &lt;i&gt;non-&#234;tre&lt;/i&gt; naissent l'un de l'autre.Le difficile et le facile se produisent mutuellement. Le long et le court se donnent mutuellement leur forme. &#187; Et aussi &#171; De l&#224; vient que le saint homme fait son occupation du &lt;i&gt;non-agir&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun monde o&#249; je suis saint. Il n'y a aucun monde o&#249; je suis homme. Mais le &lt;i&gt;non-agir&lt;/i&gt; ? Le renoncement, la d&#233;sertion, la d&#233;mission, encore. Partir, pourvu que ce soit l'ailleurs. Refuser, finalement, de parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai plus d'air, je remonte &#224; la surface. Les gouttes d'eau perlent de mes sourcils, je l&#232;che mes l&#232;vres sal&#233;es. Loin, la plage est floue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formulaires et les formules pourront me situer toujours habitant l'une des deux rives ; je vis dans les coquillages. Int&#233;rieurement, je me sens liquide et mar&#233;e, m&#234;me si pour ceux du dehors, cela ne change rien. Int&#233;rieurement, je porte toute une mer. Qui sait si elle pourrait d&#233;border ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais la planche. Le dos sur les vagues, bras &#233;cart&#233;s, paumes tourn&#233;es vers le ciel, le soleil rose sous mes paupi&#232;res, je vogue. C'est l&#224; que j'appartiens. &#192; la mar&#233;e. &#192; l'eau qui court. L'eau qui ne g&#232;le jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois je r&#234;ve que nous nous levions ou nous couchions tous ensemble comme les vagues. D&#233;mission g&#233;n&#233;rale. En gr&#232;ve jusqu'&#224; la retraite dans les prairies &#233;ternelles. En cong&#233;s. En voyage. &#192; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je bats mollement des jambes pour continuer &#224; flotter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne transitionne pas, je d&#233;rive. Je ne trace pas les cartes, je ne longe pas les c&#244;tes. &#192; la pointe de la seringue, je d&#233;colle les fronti&#232;res. D&#233;sertion aquatique. Est-ce pour se perdre ? Qu'est-ce que je fuis ? Est-ce que je fuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi prochain, j'ai rendez-vous pour commencer une hormonoth&#233;rapie masculinisante. La mar&#233;e monte. Suis-je l'&#233;cume ou la plage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tourbillonne sur moi-m&#234;me et me jette dans les vagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi est pass&#233;. Puis d'autres vendredis. J'ai achet&#233; des pansements au rayon enfants. C'est moins impressionnant de me piquer quand j'orne ensuite ma cuisse de fleurs multicolores. Je pr&#233;tends que je suis un autre qui me pique, un ami un peu blas&#233; qui me rend service. Je fais souvent &#231;a. Pr&#233;tendre que je suis un autre. Ou c'est l'autre qui pr&#233;tend &#234;tre moi. Qui peut savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais toujours &#224; l'oc&#233;an mais il fait trop froid pour se baigner. Du reste, je ne sais pas quel maillot mettre. On verra plus tard. L'eau sera toujours l&#224;. Je ne peux pas concevoir le monde autrement. &#192; la limite, je peux concevoir que l'eau soit tellement l&#224; qu'on soit l'humanit&#233; engloutie. J'y pense quand je mets la t&#234;te dans le bain. &#199;a r&#232;glerait le probl&#232;me du maillot.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MARDI : EN ROUTE VERS L'AILLEURS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au centre LGBTI, je rencontre d'autres d&#233;serteurs, d'autres d&#233;missionnaires. Du sexe et de l'amour. Souvent, du genre, aussi. Ce ne sont pas les m&#234;mes que ceux de la salle de sport, qui sont loin d'&#234;tre d&#233;missionnaires. Au contraire, &#231;a performe avec rigueur et volupt&#233;, les yeux fix&#233;s sur le bonus des abdominaux visibles qu'on peut compter, des regards admiratifs qu'on peut compter, des conqu&#234;tes qui prouvent qu'on ma&#238;trise, qu'on est bien all&#233;s jusqu'au bout du genre et du sexe. C'est Guillaume Dustan qui dit &#171; Techniquement je suis au top. Je suis une machine &#224; plaisir&#8230; Je sais tout faire&#8230; Maintenant les mecs cherchent quasi syst&#233;matiquement &#224; remettre &#231;a. Tout est parfaitement mis au point. C'est d'ailleurs sans doute pour &#231;a que &#231;a ne marche plus. &#187; Dans &lt;i&gt;Plus fort que moi&lt;/i&gt;, je crois. Se d&#233;passer, toucher le ciel et compter combien de fois et aller toujours plus haut, &#224; la salle, au lit, au bureau. Il faut que &#231;a &lt;i&gt;marche&lt;/i&gt;. Il faut &#234;tre fonctionnel, efficace, pertinent. Une machine &#224; plaisir. Une machine de guerre. Je suis aux abonn&#233;s absents. D&#233;serter, une fois de plus. Je vais au club aro. Il y a toujours des g&#226;teaux. Des rires, des plaintes, et une fois quelqu'un a pleur&#233;, mais souvent juste des gens qui &#233;coutent. On ne compte rien, m&#234;me pas le temps, et on est en retard pour faire la vaisselle avant de fermer le local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les g&#226;teaux sont moelleux, jaunes, rouges et bruns, faits avec les cerises du jardin, et il y a des sachets de m&#233;lisse citronn&#233;e et de menthe &#224; distribuer &#8211; &#171; sinon je les jette, je les arrache &#187;. Comme un peu du club sur le bout de la langue &#224; emporter pour les jours &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'arrive pas si souvent, cette &#233;coute attentive et confortable comme un vieux canap&#233; qui te soutient, t'accueille, te porte, te caresse. Mois apr&#232;s mois, toujours des choses &#224; dire, de soi, sur soi, sur les autres, sur la t&#233;l&#233;, sur l'enfance, sur la machine &#224; caf&#233;, sur les webcomics, sur les r&#233;unions de famille, sur les entretiens psy, sur les discours et les discours sur les discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toujours des choses &#224; &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ariel dit que &#231;a fait du bien d'&#234;tre ensemble. De ne plus &#234;tre bizarre tou seull, d'&#234;tre bizarres toustes ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De parler de ce dont on ne parle jamais, alors que les paroles sur le sexe et l'amour sont omnipr&#233;sentes. Pour les d&#233;crire mais jamais vraiment pour les d&#233;finir. Sous les abribus et dans les voitures. Derri&#232;re les textes de loi et les contes de f&#233;es. Emmagasin&#233;es dans nos f&#234;lures. Sous chaque r&#233;flexe entass&#233;es. On nous dit comment &#231;a fait plaisir, on nous dit comment &#231;a fait souffrir, on nous dit comment on recommence malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne nous dit pas qu'on peut juste se lever et partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le dit pas, sauf dans ce salon qui sent la menthe et la m&#233;lisse citronn&#233;e, o&#249; on dresse des cartes des sentiers, o&#249; on compare les si&#232;ges, o&#249; on tombe parfois dans des pi&#232;ges et parfois dans des for&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma dit qu'il y a d'autres chemins, plus ardus car moins trac&#233;s. Qu'il y a d'autres moyens de toucher les &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ali dit qu'il faut s'organiser, et toustes d&#233;missionner, et qu'on reviendra jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense : le slogan &#171; We're here, we're queer &#187; a l'air tout p&#233;t&#233;. C'est quand m&#234;me le niveau z&#233;ro de revendication : &#171; on existe actuellement &#187;. Et pourtant. Aller au salon de m&#233;lisse, c'est se voir &#224; l'ext&#233;rieur, c'est se rendre compte exister. Il y en a d'autres, leurs vies ont cours. Ariel, Alma, Ali, et puis Andrea qui vient parfois, Asmar qui ne dit jamais rien et Fran notre &lt;i&gt;genderless&lt;/i&gt; papa et les douze Eliott. On est l&#224;. Debout, un peu fragiles dans le vent sal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;s infus&#233;s plusieurs fois et chocolats au lait contre le rugissement du sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma dit qu'il y a tant &#224; faire et &#224; construire. La route &#224; chaque pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;missionner, c'est tout un travail parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233; n'a plus aucun go&#251;t, alors je m&#226;che une feuille de m&#233;lisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il y a vraiment autre chose que les petites choses, je me demande, alors que le club &#233;choue une fois de plus &#224; d&#233;finir ce qu'est l'amour. Je dis que peut-&#234;tre &#231;a n'existe pas, pas autrement que parce qu'on en parle. Parce qu'on d&#233;cide que c'est de &#231;a dont il s'agit, et alors on le fait exister. Alma clignote des paupi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aux gens que je regarde comme s'iels &#233;taient des champs de fleurs. Un tatouage, la brillance d'une peau, la courbe d'une poign&#233;e d'amour qui s'&#233;chappe au-dessus d'un jean, la couleur de l&#232;vres, le coul&#233; d'une chevelure. Nous avons mis longtemps &#224; comprendre que regarder des bouts de personnes pouvait &#234;tre vu comme un signe d'attirance sexuelle, parce que nous avons mis longtemps &#224; comprendre qu'on pouvait avoir envie de coucher avec quelqu'un en le regardant. Cela a l'air si &#233;vident pour tout le monde qu'on ne le dit en fait jamais. Voici les cartes, les r&#232;gles sont implicites. Invisibles, mais bien pr&#233;sentes quand on s'y heurte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma dit lire dans les livres (on parle tout le temps de livres, surtout Alma) le d&#233;sir d&#233;vorant, qui veut engloutir, poss&#233;der. Jusqu'&#224; d&#233;truire. Poss&#233;der jusqu'&#224; d&#233;truire, poss&#233;der quitte &#224; d&#233;truire, d&#233;truire pour poss&#233;der &#224; jamais. Bien un truc capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ali dit qu'on peut avoir du plaisir sans d&#233;sir. Qu'au contraire, le d&#233;sir, c'est l'absence de plaisir, c'est la marque de la joie absente. Alors pourquoi rechercher &#224; tout prix le d&#233;sir, pourquoi est-ce si tragique quand il fl&#233;trit, nous annoncent les magazines f&#233;minins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me berce par les conversations, le corps abandonn&#233; comme en planche dans les vagues douces des plages. L&#224; aussi, m&#234;me sans bouger, je suis en route vers l'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIMANCHE : TOUT BR&#219;LER&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re m'appelle toujours le dimanche soir. C'est un moment o&#249; elle veut nous entendre parler, ses enfants. Elle a le blues, le dimanche soir. M&#234;me apr&#232;s vingt ans de retraite, c'est la m&#234;me limonade. Elle a pass&#233; tellement de temps &#224; avoir peur du lundi matin. Je calcule : vingt-six heures fois cinquante-deux semaines moins cinq semaines fois quarante ans. 48 880 heures &#224; d&#233;tester sa vie. 1 880 lundis matins et 1880 dimanches soirs. Moi j'aurai pas de retraite, ni d'enfants &#224; appeler les dimanches soirs. Mais je n'ai pas peur des lundis matins. Quand j'ai commenc&#233; &#224; en avoir peur, vous avez devin&#233;&#8230; J'ai d&#233;sert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pleurais dans les couloirs, je pleurais dans mon bureau, je pleurais au t&#233;l&#233;phone avec les fournisseurs. J'ai fini par pleurer chez le m&#233;decin, et l&#224; elle m'a donn&#233; la permission de d&#233;serter quelques jours. J'ai rencontr&#233; une autre d&#233;serteuse, on a bu un th&#233; &#224; la menthe dans un patio aux azulejos inond&#233;s de soleil, sous un grand figuier. Elle &#233;tait si douce et ce moment &#233;tait si beau. Nous n'avions pas d'autres rendez-vous. Nous pouvions rester ind&#233;finiment. Notre temps &#233;tait &#224; nous, ind&#233;finiment. J'ai rencontr&#233; le d&#233;l&#233;gu&#233; du personnel et j'ai quitt&#233; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but ce n'&#233;tait pas &#233;vident. Comme les paroles sur l'amour et le sexe, les paroles sur le travail nous farcissent comme des dindons de No&#235;l. On ne te bl&#226;me pas par politesse, mais il ne faudrait pas dire tout haut qu'on appr&#233;cie sa situation. Le ch&#244;mage est une honte, une tare. Donner sa vie et sa sant&#233; &#224; un job sans but &#231;a, c'est glorieux. S'asseoir derri&#232;re un progiciel et exister deux fois cinq minutes par jour jusqu'&#224; la retraite, o&#249; d&#233;s&#339;uvr&#233; pour la premi&#232;re fois, tu te demandes quoi faire de ta vie, maintenant qu'il t'en reste des bouts pour toi. &#171; Mais les &#233;ducs, mais les pompiers&#8230; &#187; J'imagine d&#233;j&#224; les cr&#233;tinades. Les &#233;ducs et les pompiers, comme les infirmi&#232;res et tout ce &#224; quoi vous pensez, ont des m&#233;tiers importants, qui cr&#233;ent de la valeur humaine (&#231;a ne veut rien dire, mais vous voyez ce que &#231;a veut dire). Mais leurs conditions de travail leur roulent dessus fa&#231;on char Leclerc, vous savez que vous vivez moins cher. Des conditions de travail qui viennent des directives et des choix faits par les culs derri&#232;re les progiciels. Ces culs sont-ils si bl&#226;mables, eux qui n'existent que deux fois cinq minutes par jour sans RTT puisqu'on peut mon&#233;tiser ses RTT, acheter encore plus et encore moins exister. Oui, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les cousins du mot d&#233;serteur, il y a le transfuge et le fuyard. Ceux-l&#224; sont en route aussi, vers un refuge ou vers un horizon. Ils parlent d'o&#249; ils vont, de leur trajectoire, plut&#244;t que de leur abandon. Il y a aussi l'insoumis, et ses pendants plus nombreux le l&#226;che, le ren&#233;gat et le tra&#238;tre. Enfin, il y a l'apostat. Et j'embrasse toutes ces figures indignes. Je croisse des racines a&#233;riennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde mon t&#233;l&#233;phone qui sonne, je sais qui c'est. Apr&#232;s tout, c'est dimanche soir. Je pense &#224; tout br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#232;dre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul B. Preciado, Testo Junkie, Sexe, drogue et biopolitique, Editions Points, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Trou Noir 2 &#8212; Aimons-nous le sexe ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>
		<dc:subject>prosexe</dc:subject>
		<dc:subject>Trou Noir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du nouveau num&#233;ro !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2023-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-A-Propos-+" rel="tag"&gt;&#192; Propos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-prosexe-+" rel="tag"&gt;prosexe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Trou-Noir-+" rel="tag"&gt;Trou Noir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/1696429006739.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me num&#233;ro papier de Trou Noir sort ce vendredi 6 octobre ! Apr&#232;s le succ&#232;s du premier num&#233;ro, nous avons la joie de vous pr&#233;senter ce nouvel opus port&#233; par la troublante question &#034;Aimons-nous le sexe ?&#034; Plusieurs articles la traitent &#224; leur mani&#232;re, en y r&#233;pondant frontalement ou en tournant autour. Vous retrouverez dans cet article, l'avant-propos ainsi que le sommaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lancement aura lieu &#224; la librairie Les mots &#224; la bouche &#224; Paris le vendredi 06 octobre &#224; 19h. Une rencontre se tiendra &#233;galement le 23 novembre &#224; la librairie M&#233;t&#233;ores &#224; Bruxelles. D'autres dates s'ajouteront, pour vous tenir au courant n'h&#233;sitez pas &#224; vous inscrire &#224; la newsletter ou &#224; nous suivre sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce nouveau num&#233;ro est disponible en vente dans &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/spip.php?page=boutique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notre boutique en ligne&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9791094512333-trou-noir-revue-de-la-dissidence-sexuelle-n-2-aimons-nous-le-sexe-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans les librairies (liste non-exhaustive)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant-propos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question &#171; aimons-nous le sexe ? &#187;, Leo Bersani affirme : &#171; Il y a sur le sexe un secret bien gard&#233; : la plupart des gens n'aiment pas &#231;a. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette phrase ouvre son essai &#171; Le rectum est-il une tombe ? &#187; paru dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On pourrait croire cette question na&#239;ve, mais y r&#233;pondre sinc&#232;rement provoquerait un grand vertige. Parce qu'elle suscite l'aveu, la confession, le discours, l'embarras, l'ennui ou l'indiff&#233;rence, la question commence d&#233;j&#224; &#224; mettre &#224; nues les structures du d&#233;sir sexuel qui forment notre vie quotidienne. Elle est ambivalente parce qu'elle reproduit cette lourdeur surplombante du Sexe dans toute son unit&#233; et son homog&#233;n&#233;it&#233;. Et en m&#234;me temps, c'est cette g&#234;ne qui nous int&#233;resse car on pourrait commencer &#224; f&#234;ler l'armure qui prot&#232;ge son pouvoir d'abstraction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour du sexe, des controverses nous pr&#233;c&#232;dent. On peut penser aux &lt;i&gt;feminist sex wars&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les conflits entre les tenantes d'un f&#233;minisme pro-sexe (qui revendiquent l'exploration des formes subversives de la sexualit&#233;) et celles d'un f&#233;minisme abolitionniste (pour qui la prostitution, la pornographie et le sadomasochisme sont des perp&#233;tuations du r&#233;gime patriarcal). On peut aussi penser aux d&#233;bats au sein de la communaut&#233; gay autour de la pr&#233;vention du sida sur la moralisation ou non de certains comportements sexuels dits &#171; &#224; risque &#187;, ou encore aux &#233;mois que le sexe interg&#233;n&#233;rationnel suscite. Plus r&#233;cemment, les tr&#232;s larges mouvements de d&#233;nonciation des actes de violences sexuelles (#metoo) ont r&#233;activ&#233; des questions non r&#233;solues par les mouvements pr&#233;c&#233;dents, et ont remis le &#171; sexe &#187; au centre des pr&#233;occupations militantes. Du sexe-jouissance au sexe-probl&#232;me, nous h&#233;ritons de toute cette histoire, et cette question obs&#233;dante nous revient sans cesse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aimons-nous le sexe ? Ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Trou Noir &lt;/i&gt; cherche &#224; explorer ce que le sexe et le politique auraient encore &#224; fricoter ensemble, et &#224; articuler nos paroles sans pour autant les faire se confondre. Bien s&#251;r, r&#233;pondre &#171; oui &#187; ou &#171; non &#187; &#224; cette question ne rel&#232;ve pas de l'&#233;vidence et ne permettra pas de se situer sur une quelconque &#233;chelle de la dissidence sexuelle, mais y r&#233;pondre quand m&#234;me en allant puiser en soi-m&#234;me, dans la litt&#233;rature, dans la recherche, dans l'histoire, dans des exp&#233;riences de groupe, dans toutes formes susceptibles de nous aider &#224; penser le d&#233;sir sexuel comme une r&#233;sistance au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article &#171; Correspondances dans la gal&#232;re de communiquer sur les insectes, le sexe et les faux probl&#232;mes &#187;, L. Big&#242;rra et Brenda Walsh partagent avec nous quelque chose qui tord le sexe dans tous les sens, ou plut&#244;t qui l'am&#232;ne &#224; un d&#233;passement des registres attendus &#224; son sujet. C'est &#224; la fois l'objet le plus mat&#233;riel, et le moins saisissable qui soit. D'embl&#233;e, l'amour semble &#234;tre une condition du sexe, puis ils en doutent, puis ils y reviennent. Leur correspondance d'une ann&#233;e, remont&#233;e, recoup&#233;e, remani&#233;e pour nous dans ce num&#233;ro est aussi, vous le verrez, une &#339;uvre d'amiti&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir d'une controverse n&#233;e des m&#233;andres des r&#233;seaux sociaux o&#249; se performe l'union du langage et du pouvoir, Catalina Malabutch cherche, dans &#171; Ceci n'est pas une chatte. Discussions exchattologiques autour de la fin de leur monde &#187;, &#224; comprendre les malentendus qui entourent la notion de &#171; d&#233;g&#233;nitalisation &#187; de la sexualit&#233; queer. Il s'agit d'affronter la &#171; construction pathologique des transmasculinit&#233;s et du lesbianisme &#187; &#224; la lumi&#232;re des putr&#233;factions wittigiennes et autres performances ex-chattologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cy Lecerf Maulpoix propose, dans ses &#171; Fragments scatopolitiques &#187;, une m&#233;ditation sur la gestion des excr&#233;ments dans nos sexualit&#233;s, entre honte et plaisir, entre l'&#233;conomie et le l&#226;cher-prise. Aimons-nous la merde ? Peu importe les r&#233;ponses, avant m&#234;me de nous exprimer, un arsenal de concepts, de cat&#233;gories, de classifications pr&#233;c&#232;de et quadrille notre &#171; id&#233;e &#187; sur le sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait lire l'article &#171; Du sexe et des symbioses &#187; d'Emma Big&#233; comme un documentaire scientifique sur l'&#233;volution des esp&#232;ces o&#249; tout anthropocentrisme a &#233;t&#233; abandonn&#233;. La vie hypersexuelle des bact&#233;ries nous am&#232;ne &#224; inclure dans le sexe, autre chose que sa fonction reproductive, celle-ci pourrait d'ailleurs n'&#234;tre qu'un &#171; accident &#187;, pour l'ouvrir &#224; d'autres types d'alliances plus... multi-esp&#232;ces et foutraques. Ce texte de th&#233;orie queer &#233;crit du point de vue des bact&#233;ries, et de th&#233;orie microbiologique &#233;crit du point de vue des vies transp&#233;d&#233;gouines, aurait aussi bien pu s'intituler : &#171; Des splendeurs de l'hypersexe &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Compos&#233; selon un montage d'unit&#233;s de base modulaires, &#171; &#199;a ressemble au sexe &#187; de Micka&#235;l Temp&#234;te, confronte le sexe &#224; ses jeux d'&#233;vitement du vide, en mobilisant diff&#233;rentes images &#233;vocatrices. Le sexe y est un jeu complexe (et complex&#233;) &#224; l'air libre traversant un territoire o&#249; l'on croise sur son chemin des math&#233;maticiens, des anges exhibitionnistes, Dennis Cooper, des chanteurs de K-pop, Freddy Krueger et quelques masculinistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'autour de Gorge Bataille il y a du joli monde qui s'active pour monter de toute pi&#232;ce des espaces safe pour baiser, chiller, draguer, errer, tchatcher, iel est all&#233;.e s'entretenir avec Saram, un habitu&#233; des organisations de sex parties queers. Gorge voulait du concret et vous en aurez dans &#171; Queer cruising &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Le caract&#232;re destructeur de la sexualit&#233; &#187;, Quentin Dubois enqu&#234;te sur la r&#233;duction de nos exp&#233;riences affectives qui se produit au sein du dispositif de la sexualit&#233;. C'est le sexe, sa repr&#233;sentation, o&#249; s'y intercalent la norme, le phallus, le manque, qui est l'enjeu d'une critique. Au milieu de ce bourbier se trouve l'&#201;tat &#8211; &#233;ternel oubli&#233; des pens&#233;es queers normatives &#8211; et la n&#233;cessit&#233; qu'il a, pour se conserver, de renouveler sans cesse les rapports de d&#233;pendance entre lui et ses subjectivit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, dans &#171; Se dire prosexe &#187;, val flores d&#233;passe les conflits ouverts par la politisation du sexe en int&#233;grant cette derni&#232;re dans une exigence de l'attention des corps queers et dissidents. Le dispositif de la diff&#233;rence sexuelle implose sous l'effet de ses propres normes lorsque celles-ci sont rendues visibles par un art de faire prosexe capable de r&#233;flexivit&#233; et d'ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimons-nous le sexe ? Par cette question inattendue, nous voulions comprendre les fa&#231;ons dont le sexe peut se charger et se d&#233;charger du politique. Certes, on pourrait douter de la pertinence &#224; l'envisager comme une force politique &#224; un moment o&#249; il est outranci&#232;rement colonis&#233; par le pouvoir ; mais on pourrait aussi se dire qu'en raison de cet acharnement normatif, la solution ne serait pas de d&#233;sinvestir le d&#233;sir sexuel ni de sp&#233;culer sur d'autres formes de relation que le capital n'aurait pas corrompues a priori, mais au contraire d'entrer encore plus profond&#233;ment dans la question sexuelle et de lutter contre un r&#233;gime parano&#239;aque qui l'individualise et la d&#233;politise : force contre force.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Correspondance dans la gal&#232;re de communiquer sur les insectes, le sexe&lt;br class='autobr' /&gt; et les faux probl&#232;mes &lt;/i&gt; &#8211; par L. Big&#242;rra &amp; Brenda Walsh&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Ceci n'est pas une chatte &lt;/i&gt; &#8211; par Catalina Malabutch&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Fragments scatopolitiques &lt;/i&gt; &#8211; par Cy Lecerf Maulpoix&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Du sexe et des symbioses &lt;/i&gt; &#8211; par emma big&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;&#199;a ressemble au sexe &lt;/i&gt; &#8211; par Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Queer cruising &lt;/i&gt; &#8211; par Gorge Bataille + Saram&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Le caract&#232;re destructeur de la sexualit&#233; &lt;/i&gt; &#8211; par Quentin Dubois&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;i&gt;Se dire prosexe &lt;/i&gt; &#8211; par val flores&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; le trouver ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau num&#233;ro comme le pr&#233;c&#233;dent sont disponibles en vente dans &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/spip.php?page=boutique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notre boutique en ligne&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9791094512333-trou-noir-revue-de-la-dissidence-sexuelle-n-2-aimons-nous-le-sexe-collectif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans les librairies (liste non-exhaustive)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette phrase ouvre son essai &#171; Le rectum est-il une tombe ? &#187; paru dans le num&#233;ro 43 de la revue October en 1987. Cette revue de th&#233;ories et de critiques de l'art contemporain consacrait cette ann&#233;e-l&#224; un num&#233;ro entier au sida, dirig&#233; par Douglas Crimp. Le texte a ensuite &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais et publi&#233; dix ans plus tard dans un suppl&#233;ment de l'Uneb&#233;vue en 1998, puis int&#233;gr&#233; au recueil de textes de Leo Bersani, Sexth&#233;tique aux &#233;ditions Epel en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faire justice &#8211; Entretien avec Elsa Deck Marsault</title>
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		<dc:date>2023-10-01T18:50:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>violence sexuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Elsa Deck Marsault</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Mon r&#244;le consiste &#224; accoucher le savoir que les collectifs ont d'eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Elsa-Deck-Marsault-+" rel="tag"&gt;Elsa Deck Marsault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/fab_22_11x16_8_deck_marsault_faire-justice_ok.jpg?1731403057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='141' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous n'avons jamais appris &#224; g&#233;rer un conflit inter-individuel ou de groupe r&#233;sultant d'une agression, d&#233;l&#233;guant g&#233;n&#233;ralement cette t&#226;che &#224; des institutions &#233;tatiques ou en d&#233;niant tout simplement le &#034;probl&#232;me&#034;. Mais lorsqu'un groupe d&#233;cide de s'engager, par ses propres moyens, dans un processus de justice et de r&#233;paration en se passant de la police et des tribunaux, il arrive souvent que la situation d&#233;rape au d&#233;savantage de la victime, de la personne accus&#233;e mais aussi du groupe lui-m&#234;me. Elsa Deck Marsault, qui vient de publier un livre, &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/faire-justice/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Faire justice&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions la Fabrique&lt;/a&gt;, constate que la philosophie punitive (menace, exclusion, harce&#768;lement, de&#769;nonciation publique, discre&#769;ditation politique, etc.) impr&#232;gne souvent les dynamiques collectives de gestion de ces conflits par des groupes qui cherchent paradoxalement &#224; se d&#233;barrasser des instances r&#233;pressives de l'&#201;tat. Plut&#244;t que de rester sur ce constat amer, elle a pris, &lt;a href=&#034;https://www.collectif-fracas.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avec le collectif f&#233;ministe et queer Fracas&lt;/a&gt;, le probl&#232;me &#224; bras le corps. En essayant de comprendre ce qui pouvait pousser un groupe &#224; reproduire une logique punitive et en offrant des outils pour sortir de cette impasse, le collectif Fracas a entam&#233; en France un travail militant important et in&#233;dit qui ne demande qu'&#224; &#234;tre poursuivi. Nous nous sommes donc entretenus avec Elsa Deck Marsault et avons choisi d'orienter les questions autour de la pratique, avec ses trouvailles et ses limites.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENTRETIEN&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TROU NOIR &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour commencer, peux-tu nous raconter les origines du collectif Fracas et la mani&#232;re dont il aide &#224; la gestion des conflits ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; Fracas est un collectif queer et f&#233;ministe que j'ai co-fond&#233; avec deux autres personnes en 2019. Je constatais que l'on &#233;tait peu outill&#233; et peu arm&#233; pour faire face aux conflits et aux faits de violences qui traversent nos espaces f&#233;ministes et queer. La fondation du collectif fait suite au partage de ce constat avec d'autres personnes, constat que je portais seule jusque-l&#224;. La raison premi&#232;re du collectif &#233;tait de nous former &#224; faire face &#224; ces violences et &#224; ces conflits en cherchant des outils existant d&#233;j&#224; dans les milieux acad&#233;miques du soin et du droit, et de les adapter dans les milieux queers et f&#233;ministes pour nous aider. Apr&#232;s cette formation, nous voulions alors accompagner des collectifs et des individus en situation de violence et de conflit qui ne savaient pas quoi faire, et qui pour des raisons &#233;thiques, refusent de faire appel &#224; la police et aux tribunaux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Tu am&#232;nes justement une critique de l'individualisation des rapports de domination dans ton livre, c'est-&#224;-dire lorsque la gestion d'un conflit se concentre exclusivement sur la personne de l'agresseur&#183;euse. Que signifierait donc de d&#233;sindividualiser ces actes de violence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; Cela commence par comprendre que lorsque l'on fait face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de violence ou de conflits, qu'il s'agisse d'un unique responsable ou d'un ph&#233;nom&#232;ne de groupe, les auteur&#183;ices ne sont pas les seuls responsables de ce qui s'est pass&#233;. Le contexte, c'est-&#224;-dire les liens avec la communaut&#233;, la collectivit&#233; et la soci&#233;t&#233; ont une responsabilit&#233; tout aussi importante que la personne qui a commis les actes de violence. D&#233;sindividualiser les actes de violence c'est aussi comprendre qu'ils sont le fruit de rapports sociaux de domination dans lesquels le contexte socio-&#233;conomique a une grande importance.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que l'on porte cette parole-l&#224;, d&#232;s que l'on essaie de prendre en charge ces conflits, le sens que prend la justice va moins consister &#224; punir l'auteur qui a faut&#233; que de travailler sur le contexte avec la communaut&#233; impact&#233;e par ces actes de violence pour faire en sorte que l'on puisse transformer et faire &#233;voluer leur environnement, et &#233;viter que ce fait puisse survenir &#224; nouveau. Il s'agit donc d'un processus non pas tourn&#233; vers le pass&#233;, avec le fait d'identifier et de d&#233;signer un coupable et une faute qu'il faudrait punir, mais vers l'avenir et la mani&#232;re dont on va faire en sorte que cette faute ne revienne pas, ne se reproduise pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a deux approches compl&#232;tement diff&#233;rentes de la justice. Celle de la justice punitive qui va identifier et punir le fautif. Et celle de la justice transformatrice qui va non seulement prendre en charge l'auteur d'une faute et l'aider &#224; prendre conscience de ses actes et &#224; le transformer, mais aussi aider la communaut&#233; autour &#224; se transformer, &#224; prendre conscience du contexte qu'elle a contribu&#233; &#224; construire, des rapports de force dans lesquels elle se trouve prise.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Dans de tels processus, quelle importance faut-il accorder &#224; la parole de la personne accus&#233;e d'agression ou de violence ? Il n'est pas &#233;vident de comprendre en quoi cette parole participe d'un processus de justice transformatrice.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; Ces derni&#232;res ann&#233;es, les mouvements f&#233;ministes se sont &#233;norm&#233;ment concentr&#233;s sur les victimes. Et &#224; juste titre car le syst&#232;me p&#233;nal, et ce depuis toujours, se concentre sur l'auteur des violences : identifier le&#183;a coupable, d&#233;crire son acte et &#233;valuer une punition en fonction de ce qu'iel a commis. Donc dans les mouvements f&#233;ministes, j'ai l'impression que l'on s'attelle &#224; r&#233;&#233;quilibrer ce rapport-l&#224; en se concentrant sur les personnes qui ont subi des torts, sur leurs besoins et leurs envies, etc. Ce propos doit &#234;tre nuanc&#233; car on parle de micro-milieux qui ont d&#233;j&#224; mis en travail les rapports de genre. Je ne parle pas de tous les milieux de gauche, mais d'un certain milieu f&#233;ministe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, rendre justice et s'int&#233;resser &#224; la question des violences ne peut se faire que dans un mouvement circulaire complet o&#249; l'on commence par s'int&#233;resser aux victimes, &#224; leurs besoins, leurs enjeux, etc. &#201;videmment, ce sont elles que l'on doit placer au centre. Mais cela ne peut se faire sans aller voir du c&#244;t&#233; des auteur&#183;ices de violence et de comment celle-ci a &#233;t&#233; commise. J'ai remarqu&#233; que dans les milieux f&#233;ministes, on pr&#233;sente souvent l'auteur&#183;ice de violence comme un&#183;e agresseur&#183;euse avec un grand A, comme une figure monolithique qui finalement n'a pas de nuance. Comme s'il s'agissait &#224; chaque fois de la m&#234;me personne. Depuis que je suis dans Fracas, que j'ai suivi quelques auteur&#183;ices de violence et que je me suis beaucoup renseign&#233;e sur le sujet, je suis en mesure de dire que les auteur&#183;ices de violence ne repr&#233;sentent pas une population monolithique et incompressible. On parle de personnes tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres, des personnes ayant des motifs diff&#233;rents, avec des contextes de vie diff&#233;rents. Je pense que tant que l'on ne d&#233;veloppe pas nos connaissances sur ces aspects, on en reste &#224; la moiti&#233; du travail en termes de justice. On ne peut pas prendre en charge les victimes sans s'int&#233;resser &#224; qui commet les violences et pourquoi. Et finalement r&#233;fl&#233;chir aux moyens d'endiguer ces violences. Les milieux f&#233;ministes ont pour le moment fait la moiti&#233; du chemin, il reste l'autre bout, c'est-&#224;-dire prendre en charge les auteur&#183;ices de violence.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Certaines tendances f&#233;ministes critiquent cette question de la prise en charge des auteur&#183;ices de violence. La question peut effectivement para&#238;tre ambigu&#235; &#224; certains &#233;gards car ce sont tr&#232;s souvent les femmes agress&#233;es qui endossent, en plus de leur propre souffrance, la prise en charge de l'auteur d'agression.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;Dans nos milieux ou communaut&#233;s, on a tendance &#224; r&#233;pondre &#224; un fait de violence par plus de violence qui peut prendre la forme de l'isolement, de l'exclusion, du &lt;i&gt;call out&lt;/i&gt;, de la d&#233;nonciation publique, etc. Toutes ces r&#233;actions punitives vont avoir tendance &#224; repousser les auteur&#183;ices de violence en dehors de leur communaut&#233;. Je pr&#233;cise que je parle de micro-milieux dans lesquels il y a une volont&#233; de prise en charge de ces faits de violence, ce qui n'est pas le cas de tous les milieux. Et dans ceux-ci, on va g&#233;n&#233;ralement mettre au ban les personnes qui auraient faut&#233;. On parle de violence sexuelle, mais aussi de choses moins graves comme quelqu'un&#183;e qui aurait commis une faute politique, en pronon&#231;ant des mots blessants ou en participant &#224; un conflit du mauvais c&#244;t&#233; de la barricade. Ces personnes se retrouvent alors isol&#233;es. Or, qui va prendre en charge ces personnes, surtout quand on parle de mecs cish&#233;t&#233;rosexuels ? Sans nul doute les personnes minoris&#233;es, c'est-&#224;-dire leurs petites amies, leur(s) s&#339;ur(s), leur famille, etc. &#192; Fracas, on a d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; des cercles de paroles pour les personnes proches des auteur&#183;ices de violence car c'est un souvent les personnes oubli&#233;es de ces histoires-l&#224;. En tant que f&#233;ministes, on veut faire de grands gestes en isolant et punissant celles et ceux qui ont faut&#233;, mais finalement les personnes qui prennent en charge le fardeau du processus sont toujours les m&#234;mes. Reproduisant ainsi des m&#233;canismes sexistes qui font reposer sur les femmes et sur les minorit&#233;s de genre et de race, le poids de l'attention &#224; accorder aux personnes accus&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on s'est retrouv&#233;&#183;es dans ces cercles de parole &#224; discuter avec des personnes qui portaient ce fardeau depuis des ann&#233;es, qu'il s'agisse de leur mec ou de leur pote. L&#224; o&#249; les mecs cish&#233;t&#233;ros, dans ces situations, l&#226;chent leur pote &#224; la premi&#232;re occasion pour montrer qu'ils sont du bon c&#244;t&#233;, les femmes elles, vont avoir plus de scrupules &#224; l&#226;cher leurs ami&#183;es et &#224; s'en d&#233;tourner. Elles se retrouvent au final assez seules. Quand on parle de d&#233;nonciation ou de&lt;i&gt; call out&lt;/i&gt;, c'est un peu comme un virus qui se r&#233;pand. Si &#231;a te touche toi, &#231;a finit par toucher les personnes autour de toi qui ne veulent pas t'abandonner et &#231;a se transforme en opprobre social sur un petit groupe qui subira lui aussi du harc&#232;lement et une mise au ban.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;J'aimerais revenir sur la notion de &#171; tiers &#187; qui appara&#238;t &#224; diff&#233;rents moments dans ton livre. C'est une notion int&#233;ressante, d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les interventions institutionnelles, parce qu'elle fait intervenir une ext&#233;riorit&#233; au conflit. N&#233;anmoins l'intervention institutionnelle s'accompagne d'une logique punitive et s&#233;curitaire ce qui fait que l'on refuse d'y avoir recours. Est-ce que Fracas se propose de repr&#233;senter ce tiers n&#233;cessaire ? Comment d&#233;finirais-tu ce r&#244;le ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;Ma position est particuli&#232;re car je suis toujours ext&#233;rieure aux conflits sur lesquels j'interviens. Alors qu'en g&#233;n&#233;ral, les personnes intervenant dans les conflits sont directement concern&#233;es. La justice transformatrice est une tr&#232;s belle promesse : que les personnes concern&#233;es peuvent r&#233;pondre elles-m&#234;mes aux faits de violence qui traversent leur propre communaut&#233;. J'y crois tr&#232;s fort. C'est le projet que je porte, que nos communaut&#233;s queer et f&#233;ministes soient suffisamment form&#233;es &#224; la gestion de conflits pour &#234;tre en mesure de les prendre elles-m&#234;mes en charge, sans avoir &#224; faire appel &#224; des professionnel&#183;les de sant&#233; ou du droit. Tout g&#233;rer au sein d'une m&#234;me communaut&#233; ne sera jamais possible, il y aura toujours besoin d'autres communaut&#233;s pour nous aider, pour &#233;changer des savoirs, des pratiques, ou apporter une supervision. Tout r&#233;gler en interne me para&#238;t plut&#244;t d&#233;l&#233;t&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de tiers que je porte n'a pas la fonction de sachant. Je n'arrive pas dans les conflits en disant comment il faut les r&#233;gler. Mon r&#244;le consiste &#224; accoucher le savoir que les collectifs ont d'eux-m&#234;mes. Ce sont les personnes qui me demandent d'intervenir qui ont le plus de connaissances sur leur propre situation. Ce savoir va nous permettre de sortir des conflits et des violences par le haut. Je suis l&#224; avant tout pour aider &#224; analyser ce qui s'est pass&#233;, mais aussi &#224; se projeter diff&#233;remment vers l'avenir et apprendre &#224; faire face &#224; d'hypoth&#233;tiques nouvelles situations. &lt;br class='autobr' /&gt;
La place de tiers est tout de m&#234;me ambivalente. Car c'est quelqu'un&#183;e d'ext&#233;rieur qui arrive dans une situation et qui va prendre part aux conflits et aux choses qui se jouent. Son approche sera de tendre un miroir sur ce qui a &#233;t&#233; mis en place, sur la mani&#232;re dont la dynamique de groupe a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e et comment elle va pouvoir d&#233;velopper un savoir sur elle-m&#234;me. C'est tr&#232;s important dans un conflit de faire appel &#224; des personnes ext&#233;rieures, ne serait-ce que pour aiguiller ou relayer vers d'autres. Par exemple, je ne suis pas form&#233;e en psychologie ni fait d'&#233;tudes de droit, il y a donc beaucoup de limites au sein de Fracas. Pour cette raison, on ne s'est jamais positionn&#233;&#183;es en professionnel&#183;les du droit ou de la sant&#233; et c'est tr&#232;s important pour nous de poser des limites claires sur nos capacit&#233;s &#224; distinguer les situations o&#249; l'on pourra intervenir ou non. Il est primordial d'avoir acc&#232;s &#224; des personnes tierces qui vont pouvoir relayer celles qui nous contactent, notamment quand on se sent d&#233;pass&#233;&#183;es par les situations ou quand on sent que l'on ne peut pas intervenir. Relayer, c'est d&#233;j&#224; prendre en charge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le tiers c'est vraiment l'ext&#233;riorit&#233; au groupe. Y a-t-il parfois des r&#233;ticences &#224; son encontre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; Oui. Souvent les gens nous formulent une commande et il va s'agir de comprendre la demande r&#233;ellement exprim&#233;e. J'ai &#233;t&#233; form&#233;e &#224; la socianalyse, un dispositif cr&#233;&#233; dans le sillage de mai 68 et qui a pour vocation de permettre &#224; des intervenant&#183;es ext&#233;rieur&#183;es d'agir dans des groupes qui leur ont pr&#233;alablement fait une commande. Les socianalystes sont l&#224; durant 3, 4 ou 5 jours, sur un temps assez long pour d&#233;m&#234;ler ensemble les dynamiques de groupe, les d&#233;construire et permettre d'en enclencher de nouvelles. C'est un outil que j'aime beaucoup. Dans la socianalyse, mais aussi dans la psychosociologie, on fait la diff&#233;rence entre la commande et la demande. Le groupe va formuler une commande : &#171; Venez nous aider parce qu'on a un probl&#232;me de management ou un probl&#232;me de communication ! &#187; &#8211; les gens adorent dire qu'ils ont un probl&#232;me de communication. On va ensuite devoir deviner la demande qu'il y a derri&#232;re. Et souvent &#231;a ne pla&#238;t pas beaucoup. Pour donner un exemple, une &#233;cole sup&#233;rieure nous a contact&#233;&#183;es il y a quelque temps de cela. Un &#233;l&#232;ve venait de violer une de ses camarades en dehors de l'&#233;tablissement entra&#238;nant des cons&#233;quences sur la vie de l'&#233;cole, dont le refus de l'&#233;l&#232;ve de revenir en cours. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tablissement nous a demand&#233; de faire une m&#233;diation. Il se trouve que, pour cette histoire, nous avons &#233;t&#233; contact&#233;&#183;es en m&#234;me temps par la direction de l'&#233;cole et par une sorte de &#171; bureau des &#233;l&#232;ves &#187;. L'un comme l'autre ignorait la tentative de chacun, illustrant bien le manque de communication entre les deux. Il s'av&#232;re qu'une personne de l'&#233;tablissement avait la charge d'accueillir la parole des victimes de violences sexuelles qui pouvaient y survenir. Il s'agissait de la secr&#233;taire de direction, qui n'&#233;tait ni pay&#233;e ni form&#233;e pour cette fonction et qui &#233;coutait les &#233;l&#232;ves sur son temps de travail de secr&#233;tariat. Elle se sentait compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e par la situation. Quand j'ai compris la situation dans son ensemble, je ne voulais pas du tout faire une m&#233;diation car celle-ci n'aurait &#233;t&#233; qu'un pansement sur cette histoire qui a touch&#233; deux personnes. Bien qu'il soit important d'aider la personne qui a v&#233;cu une souffrance, je pense que si on veut faire quelque chose qui puisse &#234;tre utile pour le plus grand nombre, il faut transformer la structure qui n'est pas adapt&#233;e aux besoins. Mais quand je leur ai propos&#233; un dispositif, ils l'ont refus&#233;. Il s'agissait de travailler avec le groupe d'&#233;l&#232;ves qui se sentait touch&#233; par cette histoire, mais aussi avec la direction et avec les profs ; faire une m&#233;diation entre toutes ces personnes au sein de l'&#233;cole, et pas seulement entre les personnes directement concern&#233;es. Le but &#233;tait de pouvoir penser un dispositif d'accompagnement qui soit raccord avec les envies et les besoins de tout le monde. Et ils ont refus&#233; parce que &#231;a impliquait de mettre en cause beaucoup trop de choses &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Il y a aussi une autre question plus pragmatique, celle de l'argent. Il peut repr&#233;senter une n&#233;cessit&#233;, mais aussi un rapport de pouvoir dans une gestion de conflit. Je voudrais donc poser la question en deux temps. Le premier, c'est le r&#244;le de l'argent dans le cadre d'un pr&#233;judice, comme d&#233;dommagement ou comme remboursement de frais r&#233;sultant de ce pr&#233;judice. L'aspect mat&#233;riel et &#233;motionnel de l'argent dans un processus entre une victime et son agresseur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;Honn&#234;tement je n'ai jamais eu &#224; faire face &#224; cette question puisqu'on ne nous a jamais demand&#233; d'argent comme r&#233;paration. L'agent a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; un moyen propos&#233; par des auteur&#183;ices d'agression, mais &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; une demande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre fonctionnement, on demande toujours de l'argent au d&#233;but des suivis. Pour moi, &#231;a fait partie du cadre de suivi. Il y a une valeur symbolique dans le fait de donner de l'argent dans notre soci&#233;t&#233;, fait dont on ne peut pas se d&#233;partir. On utilise notamment cette valeur symbolique de l'argent pour que les gens s'investissent dans le travail que nous faisons ensemble, mais aussi pour encadrer et limiter nos interventions. &#199;a peut tout &#224; fait &#234;tre un prix libre, mais c'est important qu'il y en ait un. Les personnes &#224; qui on demande de l'argent, c'est-&#224;-dire les personnes qui nous contactent et qui demandent &#224; &#234;tre suivies, r&#233;pondent favorablement, &#231;a n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me. Il y a des gens qui donnent tr&#232;s peu d'argent parce qu'ils ont tr&#232;s peu d'argent, mais en soi, le principe de donner de l'argent n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;La deuxi&#232;me partie de la question portait justement sur l'argent au sein du collectif Fracas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;En g&#233;n&#233;ral, les gens nous &#233;crivent par mail ou sur Instagram, mais on ne r&#233;pond pas sur les r&#233;seaux sociaux. C'est moi qui en ai la charge et je d&#233;teste les r&#233;seaux donc je renvoie vers les mails. Les gens nous &#233;crivent en expliquant leur histoire et en r&#233;ponse nous leur proposons un premier appel t&#233;l&#233;phonique de deux heures. En g&#233;n&#233;ral, ce premier appel suffit. C'est-&#224;-dire que les personnes ont d'abord besoin d'&#234;tre entendues et d'&#234;tre &#233;cout&#233;es. On les aide alors &#224; d&#233;cortiquer et &#224; analyser leur situation pour voir quels seraient les outils &#224; leur disposition qu'ils peuvent d&#233;j&#224; mettre en place. Ce premier appel est &#224; prix libre. Si cet appel ne suffit pas et qu'il y a besoin d'un accompagnement, on va d&#233;finir une sorte de forfait horaire. C'est tr&#232;s important pour moi que cet accord soit d&#233;fini dans le temps. C'est-&#224;-dire qu'au bout de 5 heures, forfait convenu ensemble, j'annoncerai que les 5 heures sont &#233;coul&#233;es et on refait le point pour voir s'il y a encore besoin de temps. Ce temps de travail est cadr&#233; en termes d'argent et une proposition sera formul&#233;e. Ce prix-l&#224; est toujours libre. C'est tr&#232;s important que ce temps soit bien d&#233;fini. On ne va pas, par exemple, s'appeler 3 ou 4 fois &#224; intervalle r&#233;gulier pour r&#233;gler les probl&#232;mes d'une personne. Pour la simple et bonne raison que &#231;a peut vite se transformer en suivi psy et que nous ne sommes pas outill&#233;&#183;es pour cela. Ce temps permet de cadrer l'intervention et de ne pas d&#233;border sur un suivi qui serait autre. Il permet aussi de restreindre notre implication, car il peut arriver que l'on s'entende bien avec les personnes que l'on suit, que l'on d&#233;veloppe des liens d'empathie et que l'on ait envie de faire durer ce lien dans le temps. D'o&#249; la mise en place d'un dispositif rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; C'est vrai que la question de l'argent est tr&#232;s pesante dans nos milieux. La pr&#233;carit&#233; y est importante, mais les questions d'argent r&#233;v&#232;lent souvent les conflits internes qui traversent le groupe. C'est un autre tabou. Il y a les rapports de domination par la sexualit&#233; ou par l'emprise, mais &#233;galement par l'argent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;Et des rapports de classes, et des rapports de race, etc. Je me sens moi-m&#234;me compl&#232;tement emp&#234;tr&#233;e d&#232;s que l'on parle d'argent, c'est difficile d'arriver &#224; en parler. Et c'est clair que dans nos milieux, on est dans cette difficult&#233;. Il ne faudrait pas gagner d'argent et en m&#234;me temps, il n'y a ni &#233;galit&#233; ni regard sur l'argent (et sa provenance) que poss&#232;dent les un&#183;es et les autres. Voil&#224; c'est des choses auxquelles on a du mal &#224; faire face.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quelles limites avez-vous rencontr&#233;es dans vos interventions, y a-t-il de l'ind&#233;passable ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211; &lt;/strong&gt;Ind&#233;passable en tant que tel, je ne sais pas. Mais des situations que l'on ne pouvait pas prendre en charge, il y en a eu beaucoup. Je pense &#224; deux cas de figure. D'abord le constat que l'on ne peut pas traiter des situations de violences intracommunautaires ou de violences interpersonnelles en parall&#232;le d'un processus de justice p&#233;nale ou judiciaire. S'il y a d&#233;j&#224; un d&#233;p&#244;t de plainte ou si la personne autrice de violence a d&#233;j&#224; fait appel &#224; un avocat parce qu'elle sentait le vent tourner, on ne pourra pas mettre quoi que ce soit en place. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le d'interm&#233;diaire des avocats a souvent pour effet d'aplatir la position des victimes comme celle des auteur&#183;ices. Dans la d&#233;fense par exemple, les victimes vont devoir se pr&#233;parer &#224; &#234;tre attaqu&#233;es, mais &#233;galement &#224; convaincre. Si on met en place des cercles de parole entre diff&#233;rentes victimes d'une m&#234;me personne, cela peut porter pr&#233;judice aux victimes qui peuvent lors d'un proc&#232;s &#234;tre accus&#233;es de concertation. D'autre part, si un&#183;e auteur&#183;ice souhaite reconna&#238;tre des choses par &#233;crit, son avocat lui demandera d'arr&#234;ter imm&#233;diatement le processus. J'ai d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; suivre une histoire o&#249; la victime m'avait demand&#233; d'entrer en contact avec l'auteur des violences. Ce dernier avait reconnu ses actes au pr&#233;alable par message. Et la victime nous avait demand&#233;, parall&#232;lement &#224; son d&#233;p&#244;t de plainte, de mettre en place un processus de justice transformatrice. Il s'agissait d'entrer en contact avec lui et de voir comment il se pla&#231;ait par rapport &#224; ce qu'il avait fait, voir s'il y avait une prise de conscience et &#233;ventuellement le relayer vers des cercles de paroles ou des soins sp&#233;cifiques. Ce travail allait &#234;tre mis en place, mais d&#232;s qu'il a appris qu'un d&#233;p&#244;t de plainte avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;, il a engag&#233; des avocats et s'est r&#233;tract&#233; sur ses aveux. Il a notamment remis en question la parole de la victime, l'a accus&#233;e de mensonges, etc. D&#232;s que l'on passe &#224; la justice p&#233;nale, il n'y a plus rien qui est possible, les &#233;coutes sont ferm&#233;es. La justice transformatrice essaye d'introduire de la nuance. Nous ne sommes pas l&#224; pour t'attaquer ou te punir. On est l&#224; pour comprendre cet acte, avancer avec toi vers un endroit dans lequel tu te sentiras mieux ; parce que je pense que le mec ne se sentait pas bien dans ce qu'il avait fait, il le reconnaissait au d&#233;but. D&#232;s que la justice p&#233;nale entre en jeu, c'est impossible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon deuxi&#232;me exemple, on nous avait contact&#233;.es pour suivre un groupe de personnes vivant ensemble et qui avait &#233;lev&#233; des enfants. Il s'av&#232;re qu'il y avait eu des faits de p&#233;docriminalit&#233; au sein de cette communaut&#233;. Ils nous ont demand&#233; de les accompagner dans cette d&#233;marche et l&#224; on ne s'est pas du tout senti&#183;es de le faire. Tout le monde &#233;tait adulte au moment o&#249; ielles nous ont contact&#233;&#183;es donc on ne parlait plus d'enfant, il n'y avait plus d'obligation l&#233;gale de faire appel &#224; la police et de d&#233;noncer ces violences. On ne s'est tout de m&#234;me pas senti&#183;es de le faire parce que l'inceste et ces violences sexuelles ont des ressorts bien sp&#233;cifiques, qui auraient n&#233;cessit&#233; une prise en charge adapt&#233;e et tr&#232;s encadr&#233;e, avec un travail sur un long terme et &#224; plein temps. Quand on nous a demand&#233; d'intervenir, je ne m'en sentais pas du tout la capacit&#233;. &#192; l'&#233;poque, la communaut&#233; n'a pas su g&#233;rer ; &#224; mon sens il fallait donc maintenant passer le relais &#224; l'ext&#233;rieur, vers des professionnels du droit et du soin, des psychosociologues. Et ce n'est pas forc&#233;ment d'aller voir la police, &#231;a peut &#234;tre plein d'autres choses, mais dans tous les cas il fallait absolument sortir cette histoire de l'int&#233;rieur de la communaut&#233;. Cela demande quand m&#234;me de faire du cas par cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des communaut&#233;s ont d&#233;j&#224; pris en charge ce genre de faits. Le film documentaire &lt;i&gt;Hollow Water &lt;/i&gt;en offre un exemple. Il s'agit d'une communaut&#233; autochtone du Canada qui a pris en charge les histoires d'incestes et de p&#233;docriminalit&#233; en interne sans passer par la justice du canton pour essayer d'endiguer ces violences qui se r&#233;p&#233;taient depuis des d&#233;cennies. On peut dire que &#231;a a &#233;t&#233; une r&#233;ussite de g&#233;rer ces faits au niveau de la communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, on manque d'institutions vers qui relayer les victimes, vers qui relayer les auteur&#183;ices. La culture de la communaut&#233; n'y est pas du tout pr&#233;sente, on ne pourrait pas faire la m&#234;me chose. Il faut aussi prendre conscience du contexte dans lequel on se trouve et l&#224; on manque actuellement de relais ext&#233;rieurs, mais aussi de recul.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Je voulais justement te poser cette question. Il y a beaucoup de r&#233;f&#233;rences nord-am&#233;ricaines dans ton livre, et en France il y a tr&#232;s peu de choses. Comment fait-on avec cet &#233;cart-l&#224; ? Est-ce que ce qui se passe aux &#201;tats-Unis est applicable en France ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; En 2022, j'ai &#233;crit un article pour un dossier sur la justice transformative &lt;a href=&#034;https://philo.esaaix.fr/content//archives/multitudes88-majeureTJ.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la revue Multitudes&lt;/a&gt;, coordonn&#233; par emma big&#233;. Il traitait justement de la diff&#233;rence entre les contextes anglo-saxons et fran&#231;ais. Le terme de justice transformatrice est arriv&#233; r&#233;cemment en France, peut-&#234;tre en 2017. Aux &#201;tats-Unis il y a eu un regain autour des ann&#233;es mi-2010, mais c'est un terme apparu dans les ann&#233;es 1990. C'est tr&#232;s r&#233;cent et c'est une &#233;vidence qu'en France on manque de recul, de r&#233;f&#233;rences, d'o&#249; l'importance des exemples nord-am&#233;ricains dans mon livre. J'aurais ador&#233; pouvoir donner plus de r&#233;f&#233;rences fran&#231;aises, mais il y en a peu. Les communaut&#233;s en France &#8211; je parle de communaut&#233;s, mais on pourrait parler de collectivit&#233;s &#8211; vivent une attaque &#233;norme de la part du gouvernement qui les per&#231;oit comme des particularismes &#224; combattre. C'est une des raisons pour laquelle on est tr&#232;s en retard sur la prise de conscience de la puissance du collectif et de ce qu'il permet. Wendy Brown ou encore Chi-Chi Shi abordent ce sujet. Tout ce contexte fran&#231;ais voit le collectif comme une contrainte plut&#244;t que comme quelque chose qui va pouvoir d&#233;velopper des capacit&#233;s d'agir. Il nous manque &#233;galement des archives, des t&#233;moignages sur les processus qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis en place et qui ont fonctionn&#233;, etc. On part de tr&#232;s loin et tout est &#224; inventer en contexte fran&#231;ais. J'ai commenc&#233; une collecte de r&#233;cits et de t&#233;moignages sur des gestions de conflits et de violences intracommunautaires par des personnes qui ne sont pas pass&#233;es par la justice &#233;tatique. &#199;a existe, il y en a, mais on manque de traces de ces exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous avez travaill&#233; avec des groupes militants f&#233;ministes et queer mais &#233;galement avec d'autres types de groupes j'imagine. Est-ce que tu peux parler de ces diff&#233;rents groupes et nous expliquer s'il y a des diff&#233;rences fondamentales ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elsa Deck Marsault &#8211;&lt;/strong&gt; Les groupes qui nous ont contact&#233;.es sont tr&#232;s divers : des groupes de cirques, des groupes qui travaillent dans le vin, des associations politiques, des m&#233;dias, des groupes f&#233;ministes mainstream, des petits groupes queers de totos, des associations de gamers, des associations de youtubeurs, etc. Avant de commencer avec Fracas, j'imaginais qu'il existait une grande diff&#233;rence entre &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;. Mais ce n'est pas aussi &#233;vident. On a pu faire pire qu'eux et eux ont pu faire aussi bien que nous. Finalement, ces personnes avaient la volont&#233;, la curiosit&#233; et une certaine &#233;thique. Elles avaient envie de bien faire et ont pris en charge la gestion des conflits. Elles ont d&#233;gag&#233; du temps, de l'argent et de l'&#233;nergie collective pour essayer de faire bien les choses. Et c'&#233;tait tr&#232;s satisfaisant &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en septembre 2023.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/faire-justice/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Elsa Deck Marsault, &#034;Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes&#034;&lt;/a&gt;, &#201;ditions la Fabrique, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/88-multitudes-88-automne-2022/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Multitudes n&#176;88, &#034;Dossier : Justices transformatives&#034;&lt;/a&gt;, coordonn&#233; par emma big&#233;, Yves Citton et Camille No&#251;s, hiver 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.collectif-fracas.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Site du collectif Fracas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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