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	<title>TROU NOIR</title>
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		<title>Homosexualit&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e ? Une illusion sans avenir</title>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>FHAR</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Homosexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Hahn</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des folles du FHAR, &#224; l'occasion d'une manif, se ru&#232;rent sur un car de police, bris&#232;rent les vitres, frapp&#232;rent les flics et lib&#233;r&#232;rent des membres du Secours Rouge.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pierre-Hahn-+" rel="tag"&gt;Pierre Hahn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/pleyel.png?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre Hahn est une de ces figures oubli&#233;es du mouvement homosexuel r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 70. Pr&#233;sent depuis les origines du FHAR, il contribua &#224; la r&#233;daction du &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt; et &#224; toute sorte de publications homosexuelles comme la revue d'&lt;i&gt;Arcadie&lt;/i&gt; ou le journal &lt;i&gt;Marge&lt;/i&gt; d'o&#249; est extrait le texte qui suit. Le projet de &lt;i&gt;Marge&lt;/i&gt; consistait &#224; donner de la voix, &#224; faire entendre un &#171; hurlement de r&#233;volte &#187;, de tous &#171; les damn&#233;s de la terre &#187; : prostitu&#233;.e.s, homosexuel.le.s, squatteur.se.s, prisonnier.e.s, d&#233;linquant.e.s, drogu&#233;.e.s, psychiatris&#233;.e.s, etc. &#171; Un journal qui serait celui de tous les nomades, de tous les r&#233;volt&#233;s, de tous les marginaux qui n'ont jamais le droit que de se taire &#187; et dont le principe affich&#233; visait &#224; d&#233;truire le capitalisme par les d&#233;bordements du d&#233;sir et l'exp&#233;rimentation de la marge. Publi&#233; dans le dixi&#232;me num&#233;ro de la revue en 1976, le texte n'a rien perdu de son actualit&#233;. En effet, celui-ci esquisse les conflits politiques qui sont encore les n&#244;tres aujourd'hui : la diff&#233;rence entre lib&#233;ration et int&#233;gration, la mani&#232;re dont l'&#233;conomie r&#233;cup&#232;re et construit nos d&#233;sirs, la question d'une normativit&#233; homosexuelle d&#233;pendante d'un mod&#232;le civilisationnel h&#233;t&#233;ronormatif et enfin la mani&#232;re dont les discours normatifs viennent diviser le mouvement homosexuel de l'int&#233;rieur. Pierre Hahn est un de ces anc&#234;tres dont nous voulons entretenir la flamme, sa pens&#233;e contribue &#224; &#233;clairer notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo : Photo du groupe devant le studio d'enregistrement de l'&#233;mission de radio de M&#233;nie Gr&#233;goire qui allait ensuite constituer le FHAR &#169; Catherine Deudon / Biblioth&#232;que Marguerite Durand / Roger-Viollet / 1971&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Quand j'ai particip&#233; &#224; la cr&#233;ation du FHAR (Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire), il m'&#233;tait facile de dire ce que je pensais de mon homosexualit&#233; et m&#234;me d'&#233;baucher un discours politico-sexuel. Aujourd'hui, le FHAR a disparu ; des groupes de lib&#233;ration homosexuelle lui ont succ&#233;d&#233;. Et, par ailleurs, on assiste &#224; l'&#233;mergence d'Arcadie, club, publication, organisation (comme on voudra l'appeler, peu importe le mot), apr&#232;s vingt ans et plus de silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, l'homosexualit&#233; n'appartient plus au discours interdit &#8211; ou plus exactement au langage r&#233;serv&#233; des psychiatres, des flics, des juges et autres milieux (lib&#233;ralisme avanc&#233; ? Gauchisme lib&#233;r&#233;) de parler de nous entre la poire et le fromage. Autrement dit, tout se passe comme si notre &#171; d&#233;viance &#187; &#233;tait r&#233;cup&#233;r&#233;e, &#224; telle enseigne qu'un certain camarade du FHAR peut dans les colonnes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; s'inqui&#233;ter s&#233;rieusement de la mont&#233;e d'une homosexualit&#233; &#171; blanche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fait, ce qui commence &#224; se manifester, &#231;a n'est pas tant l'int&#233;gration de l'homosexuel, avec son d&#233;sir, dans sa diff&#233;rence, dans sa diversit&#233;, dans la &#171; civilisation &#187; occidentale, capitaliste ou &#171; socialiste &#187;, c'est plut&#244;t la r&#233;cup&#233;ration d'une minorit&#233; sous condition qu'elle ressemble &#224; la majorit&#233;. C'est une entreprise de pseudo-lib&#233;ration qui s'explique aussi bien par des facteurs &#233;conomiques (l'exploitation de l'homosexuel par une soci&#233;t&#233; dite de consommation) que par une liquidation des valeurs bourgeoises traditionnelles. Toutefois, il est clair que dans la mesure o&#249; l'homosexuel se d&#233;finit par la perte pure, la d&#233;pense gratuite, la f&#234;te (dans le sens antique qui implique une part de violence, de folie, de d&#233;mesure), la rupture libidinale, il ne peut &#234;tre admis. D'o&#249; ce m&#233;lange de pers&#233;cution provinciale et de tol&#233;rance r&#233;pressive. De I&#224; aussi ce double discours : l'un, &#171; lib&#233;ral &#187;, des sexologues ; l'autre, r&#233;pressif, des psychologues experts aupr&#232;s des tribunaux, ou encore des psychiatres et des psychanalystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En d'autres termes, si on lib&#232;re l'homosexualit&#233;, comme beaucoup le croient, c'est &#224; condition que les int&#233;ress&#233;s ne se m&#233;langent pas aux autres, qu'ils restent des en-dehors tout en ob&#233;issant par ailleurs aux lois des &#171; normaux &#187;. Il ne s'agit l&#224; au fond que d'une entreprise vaine de prise en mains de ce qui &#233;chappait aux Pouvoirs. On peut la r&#233;sumer en disant : hier, la culpabilit&#233; qui enveloppait les homosexuels et que le ghetto renfor&#231;ait encore dispensait l'Ordre sexuel et social de s'int&#233;resser &#224; nous. On &#233;tait exclu. Et tout &#233;tait dit. La plupart d'entre nous, m&#234;me ceux qui vivent une existence pleine d'impr&#233;vus, de dragues, ne parvenaient pas &#224; oublier cette mal&#233;diction. Rares &#233;taient ceux qui jouissaient de cette souveraine libert&#233; que l'on peut d&#233;couvrir dans la condition de l'en-dehors. Mais ceux-l&#224; vivaient. Aujourd'hui, le temps est r&#233;volu, pour beaucoup d'entre nous, de la honte, du sentiment d'&#234;tre coupable, on s'aper&#231;oit que notre d&#233;sir, m&#234;me s'il investit un non-homosexuel, le rend s&#233;duisant &#224; ses propres yeux, qu'il couche ou non avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jour o&#249; pour la premi&#232;re fois des homosexuels sont descendus dans la rue (je parle du 1er mai 1971), il s'est produit un ph&#233;nom&#232;ne inattendu : c'est que pour beaucoup d'entre nous le ghetto &#233;clatait, il n'y avait plus de honte, de malaise, de culpabilit&#233; &#224; s'affirmer tel que l'on &#233;tait. Il y a beaucoup d'homosexuels &#171; classiques &#187; qui nous en ont voulu. C'est peu dire qu'ils ne nous ont pas compris. Ils ont vu en nous des tra&#238;tres : nous divulguions un secret qu'on ne devait partager avec personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce secret, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment &#171; notre part maudite &#187;, nos folles, nos travestis, et, pourquoi pas aussi, nos obs&#233;d&#233;s ? Et puis, notre langage qui reprenait &#224; l'adversaire les termes les plus insultants pour en tirer gloire (&#171; p&#233;d&#233;s &#187;, &#171; encul&#233;s &#187; et &#171; fiers de l'&#234;tre &#187;, etc.) les scandalisait ; les homosexuels &#171; classiques &#187; s'&#233;taient efforc&#233;s de trouver d'autres mots pour se d&#233;signer, nous d&#233;signer, comme s'il e&#251;t suffi de changer les termes pour changer notre statut (il est &#224; remarquer, au passage, que les homosexuels ont souvent &#233;t&#233; les premiers &#224; collaborer avec l'adversaire sur le terrain du langage, puisque c'est d'ailleurs un m&#233;decin hongrois, des n&#244;tres, qui, &#224; la fin du si&#232;cle dernier, cr&#233;a le terme d'homosexuel pour nous d&#233;culpabiliser !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, pour revenir au secret, en affichant dans la rue ce que d'autres n'exhibaient que dans les bo&#238;tes ou dans les clubs, nous mettions du m&#234;me coup un terme &#224; ce qui lie l'homosexualit&#233; &#224; la perversion, ce qui nous excluait des autres, dans notre diversit&#233;, notre diff&#233;rence ; envers et contre tous ceux que nous scandalisions, nous affirmions que, quel que f&#251;t notre comportement, il n'y avait aucune raison &#224; ne pas le manifester en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'affirmer, c'&#233;tait aussi rejeter tout un ensemble de discours, de pratiques, c'&#233;tait agresser, volontairement, l'adversaire, c'&#233;tait le mettre en face de ses propres contradictions. Il ne pouvait plus pr&#233;tendre qu'il y avait un r&#244;le masculin et un r&#244;le f&#233;minin, que le statut de l'homme diff&#232;re du statut de la femme. Il &#233;tait oblig&#233; de s'interroger sur l'Eternel f&#233;minin. Si le travesti suscite parfois un d&#233;sir fou, chez l'h&#233;t&#233;rosexuel, ne serait-ce pas que la f&#233;minit&#233; est engendr&#233;e par l'homme ? Alors, il faudrait parler d'une cr&#233;ation masculine, &#224; laquelle la femme r&#233;elle n'a point de part ? D'autre part, fait plus exceptionnel qu'il n'y para&#238;t, le travesti homosexuel ou la folle peut aussi bien se comporter avec une agressivit&#233; qui ne le c&#232;de en rien aux hommes &#171; normaux &#187;. Un exemple : &#224; l'&#233;poque du Secours Rouge, des folles du FHAR, &#224; l'occasion d'une manif, se ru&#232;rent sur un car de police, bris&#232;rent les vitres, frapp&#232;rent les flics et lib&#233;r&#232;rent des membres du Secours Rouge, au grand &#233;tonnement de ces derniers. On voit donc par-l&#224; que le FHAR ne se r&#233;duisait pas &#224; un &#171; folklore &#187;, comme certains l'ont pr&#233;tendu ; il &#233;tait porteur aussi d'une violence lib&#233;ratrice. Pour l'adversaire, c'&#233;tait une occasion de plus de s'&#233;tonner. On n'imagine pas des travestis homosexuels ou des folles se heurter ainsi de front avec les flics. Brusquement, la r&#233;alit&#233; se renversait, s'irr&#233;alisait, c'&#233;tait la fin des r&#244;les sexuels, des territoires, des codes, des classifications h&#233;rit&#233;es du XIXe si&#232;cle. Le syst&#232;me devait interrompre ce processus, sinon l'Ordre sexuel et social courait &#224; sa perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut dire que ces moments de libert&#233;, cette sexualit&#233; en rupture, ne peuvent durer longtemps dans un monde aussi carc&#233;ral que celui-ci. Le FHAR ne s'est pas donn&#233; les moyens de supporter les premiers chocs. Il est clair que notre violence s'est retourn&#233;e contre nous-m&#234;mes. Des chapelles se sont constitu&#233;es. Et bient&#244;t, le ghetto s'&#233;tait reform&#233; aux Beaux-Arts, lieu de nos A.G., le jeudi soir. Certains d'entre nous d&#233;cid&#232;rent alors de n'y plus revenir. Et ce fut la fin d'une exp&#233;rience riche en promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec la disparition du FHAR, on assista &#224; ce qui me paraissait presque in&#233;vitable : officiellement, on parlerait des homosexuels et de l'homosexualit&#233;, on se pr&#233;tendrait lib&#233;ral, &#224; condition que les int&#233;ress&#233;s s'int&#232;grent dans un syst&#232;me qui n'est pas fait pour eux et o&#249; ils resteront, bien entendu, une minorit&#233; &#171; anormale &#187;. On a donc vu revenir les psychiatres, les psychologues, les sexologues. Certains ont modifi&#233; un peu leur discours, mais le contenu de ce qu'ils disent n'a gu&#232;re chang&#233;. Il faut vraiment &#234;tre sourd pour rep&#233;rer la plus l&#233;g&#232;re &#233;volution dans la conception que tel psychiatre, psychanalyste, et autre &#171; psy &#187; se fait de l'homosexualit&#233;. Et ne parlons pas des pr&#234;tres ! Car les homosexuels ont aussi leurs cur&#233;s ou leurs pasteurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, tout un dispositif de quadrillage de l'homosexualit&#233; est mis au point : d'un c&#244;t&#233;, on cherchera &#224; apprivoiser l'homophile adulte, &#224; l'int&#233;grer dans le monde des &#171; civilis&#233;s &#187;, avec le concours de toutes les instances r&#233;pressives ; de l'autre, on &#233;tablira une barri&#232;re insurmontable entre les adultes et les mineurs. On conna&#238;t la tarte &#224; la cr&#232;me psychanalytique : le gar&#231;on de douze ou treize ans n'est pas homosexuel, m&#234;me s'il provoque l'int&#233;r&#234;t du majeur. Son homosexualit&#233; s'introduit dans le d&#233;veloppement de sa personnalit&#233;, &#224; titre de transition, l'objet qu'il doit d&#233;sirer n'&#233;tant pas le bon. Il faut surtout qu'il d&#233;passe ce stade pour porter ses d&#233;sirs sur une femme. Ainsi deviendra-t-il adulte, &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;, ayant atteint la g&#233;nitalit&#233;. On postule donc ainsi que l'homosexualit&#233; n'est pas une des nombreuses possibilit&#233;s de l'homme ou de la femme, mais une d&#233;viation ou un arr&#234;t dans le d&#233;veloppement psycho-sexuel. Si l'on ne cherche plus gu&#232;re, aujourd'hui, &#224; gu&#233;rir les adultes (bien s&#251;r, il y a encore des psychiatres pour y croire et se servir entre autres de la th&#233;rapie par l'aversion), on continuera &#224; employer toutes les armes de la m&#233;decine moderne pour normaliser le jeune homosexuel. Bien entendu, le &#171; s&#233;ducteur &#187;, lui, sera s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;. En France, o&#249; les pr&#233;tendus progr&#232;s de la &#171; civilisation &#187; s'effectuent avec toujours dix ou quinze ans de retard, on l'enverra en prison ; ailleurs, on le ch&#226;trera, on lui fera subir, &#224; la limite, une op&#233;ration psycho-chirurgicale, &#224; moins qu'on utilise l'&#233;lectrochoc, ou les neuroleptiques. De toute fa&#231;on, le p&#233;d&#233;raste est s&#251;r que, dans 98% des cas, il n'&#233;chappera pas &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Donc, on le voit, la pr&#233;tendue int&#233;gration des homosexuels dans la soci&#233;t&#233; actuelle est un leurre. C'est aussi un pi&#232;ge dans lequel tombent tous ceux qui croient &#224; un compromis possible avec le Syst&#232;me. Mais il est vrai que par ailleurs il est tentant de penser que le Code p&#233;nal puisse &#234;tre modifi&#233; en notre faveur et qu'on parviendra &#224; r&#233;former les m&#339;urs de nos contemporains et transformer l'id&#233;e qu'ils se font de nous. Dans cette soci&#233;t&#233;, on ne peut esp&#233;rer qu'une seule chose : cette tol&#233;rance r&#233;pressive qui est l'envers de la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Hahn.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'amour*, &#224; une &#233;chelle o&#249; cela est possible</title>
		<link>https://trounoir.org/L-amour-a-une-echelle-ou-cela-est-possible</link>
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		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Emma Big&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a des dons qui se font qui ne pr&#233;supposent ni de savoir ce qui est donn&#233;, ni de savoir &#224; qui l'on donne. Appelons cela l'amour*.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Emma-Bige-+" rel="tag"&gt;Emma Big&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/hormonobotanik.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a des dons qui se font qui ne pr&#233;supposent ni de savoir ce qui est donn&#233;, ni de savoir &#224; qui l'on donne. Appelons cela l'amour*.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Les usages de l'&#233;rotique. L'&#233;rotique comme puissance &#187;, Audre Lorde parle de la mani&#232;re dont la figure d'&#201;ros (une divinit&#233; du d&#233;sir et de l'amour) a &#233;t&#233; captur&#233;e par les formes de la pornographie patriarcale. Captur&#233;e et enferm&#233;e dans la chambre &#224; coucher, &#201;ros devient un instrument d'extraction du travail sexuel f&#232;m.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais que se passe-t-il quand l'amour sert d'autres usages ? &#192; la recherche d'une divinit&#233; &#233;rotique moins inf&#233;od&#233;e aux histoires de couples h&#233;t&#233;ros et d'abus qui remplissent les mythes grecs, elle sollicite &#224; la place &#171; &#201;ros, fils de Chaos &#187; : une divinit&#233; primordiale qui, bien avant l'&#201;ros-Cupidon qui veille aux mariages, est celle qui sait tirer de Chaos (le vide = le bordel originel) son contraire, Ga&#239;a (la Terre = un bout de cosmos organis&#233;). Voil&#224; l'&#201;ros militant de Lorde : un savoir-plonger dans les profondeurs des cr&#233;atures pour manifester ce qu'iels ne savent pas encore qu'elles peuvent devenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorde dit que le r&#233;sultat de la capture patriarcale de l'&#233;rotique, c'est la dangereuse &#171; s&#233;paration entre le spirituel et le politique, qui les consid&#232;re comme contradictoires et antith&#233;tiques. &#8220;Qu'est-ce que vous voulez dire, une po&#233;tesse r&#233;volutionnaire, une trafiquante d'arme contemplative ?&#8221; &#187; Et si au contraire, on pouvait faire droit &#224; la puissance politique et spirituelle de l'amour, et des formes de vie qu'il sugg&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces notes sur l'amour*, Emma Big&#233; parcourt diff&#233;rentes figures des &lt;i&gt;love-politics &lt;/i&gt;queer, de l'amour trans*esp&#232;ce d'Alexis Pauline Gumbs &#224; l'amour municipal de L&#233;a Rivi&#232;re, et aux politiques de l'amour T4T de V. Jo Hsu __ partout, elle y cherche une insistance &#224; refuser le &lt;i&gt;kink&lt;/i&gt; du couple &#224; la faveur de formes plus collectives de former famille. Bref : l'amour &#224; une &#233;chelle o&#249; nous pourrions y survivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Source de l'image : Flo*Souad Benaddi, &lt;i&gt;HORMONOBOTANIK&lt;/i&gt;, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alexis Pauline Gumbs vient de perdre son p&#232;re, Clyde Gumbs, et au milieu du deuil et des pleurs, elle se demande aupr&#232;s de qui apprendre &#224; survivre. Elle se tourne, au d&#233;but sans trop savoir pourquoi, vers les mammif&#232;res marines : des anc&#234;tres qui ont appris &#224; vivre au milieu des eaux sal&#233;es, comme celles des larmes humaines, et qui savent respirer et retenir leur souffle dans des conditions impossibles. Ainsi na&#238;t &lt;i&gt;Non-noy&#233;es. Le&#231;ons f&#233;ministes Noires apprises aupr&#232;s des mammif&#232;res marines&lt;/i&gt;, un po&#232;me-c&#233;r&#233;monie pour c&#233;l&#233;brer les savoirs-survivre mammif&#232;res marins face aux risques de noyades, face aux environnements turbulents et aux atmosph&#232;res irrespirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du livre, une s&#233;rie de po&#232;mes rassembl&#233;s sous le titre &#171; Sois vuln&#233;rable &#187; parle de ce que c'est que de vivre entre cr&#233;atures bless&#233;es*. L'un d'eux parle notamment des dauphins &#224; flancs blancs du Pacifique, une esp&#232;ce particuli&#232;rement sociale, qui &#233;volue souvent aux c&#244;t&#233;s d'autres dauphins, de baleines et m&#234;me d'oiseaux marins. Au sein de ces bancs parfois compos&#233;s de milliers d'individus, on observe de petites formations plus serr&#233;es, souvent compos&#233;es exclusivement de dauphins dont les peaux sont &#171; lourdement marqu&#233;es &#187;, disent les scientifiques, par des cicatrices. Et Alexis Pauline Gumbs de s'interroger :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Je me demande pourquoi nous nous rassemblons parfois avec celleux qui ont &#233;t&#233; bless&#233;es d'une mani&#232;re qui ressemble &#224; la n&#244;tre. Je m'interroge sur la fa&#231;on dont nous nommons parfois (moi aussi) des identit&#233;s et m&#234;me des organisations enti&#232;res en fonction des cicatrices que nous portons. Et comment parfois celles d'entre nous qui portons des vuln&#233;rabilit&#233;s similaires avons tendance &#224; nous blesser les unes les autres. Je m'interroge parfois sur ce qui nous rapproche, dans un monde douloureux fa&#231;onn&#233; par la violence intime. Dans un monde o&#249; la violence est syst&#233;mique et profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre chose. Les cicatrices sur les dauphins et les baleines indiquent &#233;galement &#224; leurs &#233;ventuelles bienfaitrices qui elles sont. C'est ainsi que les scientifiques les distinguent. Les cicatrices servent &#224; &#233;tablir des d&#233;comptes pr&#233;cis, &#224; comparer les comportements d'une exp&#233;dition &#224; l'autre. Une dauphin avec des cicatrices a plus de chances d'&#234;tre connue, reconnue, nomm&#233;e par les scientifiques. Mentionn&#233;e dans les rapports de financement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme dans presque tous les po&#232;mes de &lt;i&gt;Non-noy&#233;es&lt;/i&gt;, Alexis Pauline Gumbs commence ici par une description scientifique. Elle se propose de r&#233;&#233;crire les manuels de biologie marine qui, sous les aspects de l'objectivit&#233;, laissent souvent poindre les m&#234;mes discours individualistes, h&#233;t&#233;rosexistes et racistes qui remplissent les politiques nuisibles des mammif&#232;res humaines. Et si, demandent les po&#232;mes d'Alexis Pauline Gumbs, nous apprenions &#224; lire, loin du miroir d&#233;formant de la science p&#233;trosexoraciale, et de son obsession pour l'efficacit&#233;, la diff&#233;rence de genre et l'identification &#233;pidermique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc elle demande :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que je fais &#231;a aussi ? Mes blessures sont-elles le moyen le plus commode pour vous de me conna&#238;tre ? Pourquoi fa&#231;onnent-elles une si grande partie de la fa&#231;on dont je me connais moi-m&#234;me ? Et toute la dynamique de la reconnaissance, comment nous fa&#231;onne-t-elle et nous marque-t-elle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je sais, c'est que je n'avais pas tort quand j'ai choisi de te serrer contre moi et de rester pr&#232;s de toi. Je le savais. J'ai toujours su que nous &#233;tions encore en train de gu&#233;rir. Et tu as pu voir tout de suite que je n'&#233;tais pas parfaite. Tu pouvais voir une partie de ce que le monde avait fait. Et pourtant, ce qui nous est arriv&#233;, m&#234;me si ce n'est pas encore termin&#233;, n'est pas la fin. Et tes cicatrices ne sont pas tout ce que je sais de toi. Et mes cicatrices ne sont pas tout ce que je veux que tu saches de moi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; je t'aime &#187; est celle qui est la plus r&#233;p&#233;t&#233;e de tout le livre. On la trouve dans presque chaque po&#232;me. Elle est l'op&#233;rateur de la transformation du discours de la science et de ses pr&#233;suppos&#233;s d'objectivit&#233; (la comp&#233;tition, l'individu, la survie comme uniques moteurs de la vie mammif&#232;re marine) qui se trouvent dissous par une autre adresse : &#171; je &#187;, &#171; tu &#187;, et non plus &#171; ils &#187;, &#171; elles &#187;, &#171; ielles &#187;. En linguistique, on parle entre ces pronoms de &#171; gradients d'agentivit&#233; &#187;. &#171; Ils &#187;, &#171; elles &#187;, &#171; ielles &#187; sont des pronoms de l'incapacitation qui servent &#224; d&#233;crire des cr&#233;atures certes capables d'agir, mais qui ne sont pas vraiment au c&#339;ur de leurs propres actions (elles le font, mais elles n'en d&#233;cident pas vraiment ; c'est leurs instincts, c'est leurs milieux, c'est leurs habitudes). La bascule vers le &#171; je &#187; et vers le &#171; tu &#187; am&#232;ne ailleurs, vers des cr&#233;atures qui peuvent r&#233;pondre de ce qu'ielles font. Pr&#233;-requis &#224; toute d&#233;claration d'amour* : la constitution (au moins grammaticale) de sujets capables d'en r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Quand le po&#232;me dit &#171; je t'aime &#187;, ce n'est jamais clair : qui parle, au juste ? Les mammif&#232;res marines entre elles ? Les mammif&#232;res marines &#224; Alexis ? Alexis &#224; elles ? &#192; &#7778;angodare, son amoureux&#183;se ? &#192; nous ? Ce n'est jamais clair car tel est justement la politique de l'amour* trans*esp&#232;ce o&#249; nous situe la po&#233;sie d'Alexis Pauline Gumbs : un geste de circulation par-del&#224; les marqueurs qui nous rendent &#233;trang&#232;res les unes aux autres, et par-del&#224; les classifications qui les hi&#233;rarchisent. Car&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8230; &lt;i&gt;tes cicatrices ne sont pas tout ce que je sais de toi. Et mes cicatrices ne sont pas tout ce que je veux que tu saches de moi. Et ton nom se fait l&#224; o&#249; la vie se fait en moi. Et ton nom est un onguent sur ma peau. Et nos liens sont le genre de baume qui gu&#233;rit des oc&#233;ans entiers. Et l'amour est l&#224; o&#249; tout &#224; la fois je te connais et ne te connais pas. Et l'amour est l&#224; o&#249; nous avons commenc&#233; et o&#249; nous commen&#231;ons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intimit&#233; des &#233;trang&#232;res.&lt;/i&gt; Ainsi la biologiste Lynn Margulis d&#233;finit-elle la symbiose : pas une coop&#233;ration, pas une alliance, pas un &#233;change de bons proc&#233;d&#233;s, simplement une convivance, une contigu&#239;t&#233;, le partage d'une fronti&#232;re parce que, toi et moi, nous sommes coll&#233;es l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lynn Margulis est c&#233;l&#232;bre pour &#234;tre la &#171; m&#232;re &#187; de l'hypoth&#232;se Ga&#239;a, la description qui veut que la Terre fonctionne comme un organisme capable de r&#233;guler sa propre temp&#233;rature et sa propre atmosph&#232;re, et qui permet notamment d'&#233;tablir la r&#233;alit&#233; du changement climatique. Mais elle est aussi la grande propagatrice du concept de symbiogen&#232;se : l'id&#233;e selon laquelle le processus de sp&#233;ciation (l'apparition de nouvelles esp&#232;ces) n'est pas tant un effet de mutations accidentelles, que le r&#233;sultat de la convivance soutenue entre des cr&#233;atures &#171; &#233;trang&#232;res &#187; les unes aux autres qui s'apprennent de nouvelles mani&#232;res de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bact&#233;riologiste, Margulis d&#233;ploie cette id&#233;e &#224; partir d'une d&#233;couverte ancienne, qui lui vaut sa renomm&#233;e : celle de l'endosymbiogen&#232;se de cellules prokaryotes (sans noyau) r&#233;sultant dans l'existence des premiers &#234;tres multicellulaires et sp&#233;cifiquement dans l'existence des premi&#232;res cellules eukaryotes (dot&#233;es d'un noyau). L'histoire qu'elle d&#233;crit (aujourd'hui la meilleure histoire que les biologistes s'accordent &#224; raconter sur ce point) est celle-ci : dans la soupe de l'oc&#233;an primaire, des cr&#233;atures unicellulaires &#233;voluent, dont certaines se mangent les unes les autres. Parmi les diff&#233;rentes strat&#233;gies d&#233;velopp&#233;es pour survivre &#224; cette situation, certaines se dotent de motilit&#233;, certaines se rendent allergiques les unes aux autres, et certaines, enfin, d&#233;veloppent une technique bien particuli&#232;re : elles se rendent indigestes. Des proies, originellement consomm&#233;es par leurs pr&#233;datrices, s'apprennent ainsi &#224; vivre dans le corps de celles qui, autrement, les auraient dig&#233;r&#233;es. Elles s'abritent dans le ventre du loup, et cr&#233;ent ainsi un holobionte, une cr&#233;ature &#224; plusieurs cellules, une somme de symbiotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tentant de dire cette histoire en pensant en termes d'avantages et d'inconv&#233;nients, de co&#251;ts et de b&#233;n&#233;fices : des symbiotes qui coop&#232;rent, ou qui se parasitent, ou qui se contentent de communaliser leurs existences. Mais cette parlance d'&#233;conomistes, insiste la symbiologiste Kriti Sharma, est une erreur de raisonnement : elle fait comme si les individus qui vivent ensemble pr&#233;existaient &#224; la cr&#233;ature multiesp&#232;ce qu'ils forment ensemble. Mais voil&#224; justement ce que le contact prolong&#233;, &#171; l'intimit&#233; des &#233;trang&#232;res &#187;, produit : la pr&#233;supposition mutuelle de chacune des symbiotes, une interd&#233;pendance &#8211; ou m&#234;me mieux, une intrad&#233;pendance. Non pas deux &#234;tres pr&#233;constitu&#233;s qui viendraient &#224; se rencontrer, mais des &#234;tres que la rencontre constituent. L'avantage &#224; la symbiose ? Toi et moi, nous existons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/flamant_rose_carre_surimp.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/flamant_rose_carre_surimp.jpg?1731403015' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sacha Rey, &lt;i&gt;&#201;tat des lieux des forces en pr&#233;sence&lt;/i&gt; (2023).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une mission que se donne Alexis Pauline Gumbs dans la vie : se faire &lt;i&gt;l'&#233;vangile de l'amour f&#233;ministe No&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ir&lt;/i&gt;. Elle s'en est avis&#233;e un jour qu'elle suivait une formation gratuite pour fabriquer ses propres &#233;missions radios &#224; Durham, en Caroline du Nord, o&#249; elle vit : dans la salle, il n'y avait que des &#233;vang&#233;listes, des personnes avec une &#171; bonne parole &#187; (&lt;i&gt;eu ang&#233;lion&lt;/i&gt;) &#224; faire entendre et &#224; faire circuler autant que possible, sur toutes les ondes. C'est en se demandant quelle pouvait bien &#234;tre sa propre bonne parole &#224; elle, au milieu de ces militantes et de leurs fois, qu'elle a &#233;t&#233; conduite &#224; dire que son texte (le tissu dont elle se pare), sa religion (sa mani&#232;re de se relier), sa bonne nouvelle pour le monde, c'&#233;tait l'amour* f&#233;ministe Noir, et la mani&#232;re dont les vies, les &#233;crits, les paroles et les actions f&#233;ministes Noires avaient rendu sa vie et celle des personnes qu'elle aime non seulement davantage possibles, mais plus riches et plus pleines. &lt;i&gt;Elles m'aimaient avant m&#234;me que je sois n&#233;e&lt;/i&gt;, dit Alexis Pauline Gumbs &#224; leur propos : dans les atmosph&#232;res irrespirables du n&#233;crocapitalisme sexoracial, quand tout vise &#224; te signaler l'inimit&#233; d'un &#201;tat qui t'expose &#224; la mort et au deuil pr&#233;matur&#233;, il reste cet acte de foi et d'amour* que des vies militantes ont donn&#233; pour embrasser ta vie, m&#234;me si elles ne savaient pas qui tu serais, ni &#224; quoi tu ressemblerais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, Alexis Pauline Gumbs fomente des c&#233;r&#233;monies. &lt;i&gt;Nous savons que nous voulons &#234;tre ensemble, tout ce dont nous avons besoin, c'est des c&#233;r&#233;monies pour le faire&lt;/i&gt;, dit-elle. Cr&#233;ature de rituels, Alexis Pauline Gumbs s'organise pour tous les jours, amener son attention aupr&#232;s de la dette impayable* qui la lie aux anc&#234;tres, choisies et h&#233;rit&#233;es, qui se sont donn&#233;es pour mission d'&#233;largir les futurs. Par exemple, tous les jours, ouvrir un manuel de biologie marine, se renseigner sur une anc&#234;tre mammif&#232;re qui a appris &#224; &#233;voluer avec gr&#226;ce dans les eaux troubles des oc&#233;ans, et lui adresser un po&#232;me. Ou encore, une pratique plus collective, celle du &lt;i&gt;Ch&#339;ur&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de Respiration F&#233;ministe Noire&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : tous les jours pendant vingt jours, prononcer 108 fois de suite un mantra diff&#233;rent, emprunt&#233; &#224; l'histoire queer f&#233;ministe Noire. L'id&#233;e : faire r&#233;sonner dans ta bouche, dans tes poumons, dans l'air qui t'entoure, la voix et les futurs imagin&#233;s par celleux qui ont lutt&#233; pour rendre ton existence possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces mantras : &#171; Mon peuple est libre &#187;. Un r&#234;ve que fait la militante abolitionniste de l'esclavage Harriet Tubman, une phrase avec laquelle elle se r&#233;veille alors qu'elle dort chez des ami&#183;es, en plein au milieu de l'organisation de l'Underground Railroad, ce r&#233;seau de fugitivit&#233; souterraine* qui organise l'&#233;vasion hors des &#201;tats du Sud. &#171; Mon peuple est libre &#187; : un &#233;panchement du c&#339;ur, une foi, mais aussi une vision du futur, un lien qui rompt avec la temporalit&#233; moderne/coloniale, un geste d'habiter un temps qui, bien qu'il ne soit pas encore, donne de la force pour le pr&#233;sent. Quand Alexis Pauline Gumbs lit cette phrase, elle dit : c'est moi, c'est nous. C'est moi, c'est nous le peuple libre que r&#234;ve Harriet Tubman et qui lui donne la force de faire ce qu'elle fait ; c'est moi, c'est nous, c'est notre pr&#233;sent, qui permet &#224; mes anc&#234;tres d'&#233;chapper &#224; l'esclavage et &#224; la plantation. De cela, elle en tire une responsabilit&#233; (une capacit&#233; &#224; r&#233;pondre de l'amour* que lui adresse Harriet Tubman depuis le jour o&#249; elle fait ce r&#234;ve) : pour que ce r&#234;ve ait pu &#234;tre r&#234;v&#233;, il faut que ma vie soit la plus libre, la moins inf&#233;od&#233;e aux h&#233;ritages, &#224; la grammaire et &#224; la politique moderne/coloniale esclavagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour*. Un trou dans la chrono-logique*. Ta libert&#233; est la source &#224; laquelle tes anc&#234;tres ont tir&#233; la force de mener la lutte qui a rendu ta libert&#233; possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et moi ? Moi aussi, j'ai une dette impayable* envers le f&#233;minisme Noir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a des dons qui se font qui ne pr&#233;supposent ni de savoir ce qui est donn&#233;, ni de savoir &#224; qui l'on donne. Appelons cela l'amour*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es l&#224;, pr&#234;te &#224; la rencontre, et bien s&#251;r, tu as derri&#232;re toi toute ton histoire, et sur ton compte en banque quelques euros, et puis peut-&#234;tre quelques livres qui sont &#224; toi, une voiture d&#233;glingu&#233;e*, une bouche, un c&#339;ur et des cicatrices, mais pour que quelque chose comme un &#233;clair de d&#233;sir vous &#233;lectrise, il faut qu'autre chose s'introduise entre vous qui ne soit pas pr&#233;m&#233;dit&#233;, qui ne soit pas m&#234;me pr&#233;-existant &#224; votre rencontre. Quelque chose qui en fait n'est m&#234;me pas toi, ni &#224; toi, quelque chose que tu ne poss&#232;des pas et sur laquelle tu n'exerces pas de contr&#244;le, et qui cependant va provenir de toi et ne pourrait provenir de personne d'autre. On pourrait appeler cela : ta puissance. Ta puissance : ce que tu n'es pas encore. Ou mieux : ce que tu es d&#233;j&#224;, et que, par l'alchimie de la rencontre, tu parviens &#224; transformer en virtuel, en inaccompli, en inachev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le don particulier que nous nous faisons quand nous nous rencontrons, toi et moi : je ne sais pas exactement ce que tu fais, mais d&#232;s que je te vois, il y a des parties de moi qui fondent et qui redeviennent possibles ; de l'actuel (ce que je croyais savoir de moi, ma carte d'identit&#233;) qui se transforme en virtuel. Je tombe amoureuse de toi veut dire : je perds un bout du sol solide sur lequel je croyais pouvoir dire &#171; je &#187; ; momentan&#233;ment, se dissout quelque chose de ma non-diff&#233;rence &#224; moi-m&#234;me ; momentan&#233;ment, je perds mes marques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le r&#233;el supplie de devenir virtuel &#187; : une phrase dite un jour, dans un studio, par Carla Bottiglieri &#224; propos de la danseuse Lisa Nelson. &#171; Quand le r&#233;el supplie de devenir virtuel &#187; : un &#233;tat, donn&#233; ou travaill&#233;, o&#249; nous sommes tendues, et l'une, et l'autre, vers ce que ni l'une ni l'autre ne sommes. Une intimit&#233; des &#233;trang&#232;res. La question serait : et sous quelles conditions pouvons-nous nous permettre de nous offrir ce don si particulier de ce que nous ne sommes pas encore ? Sous quelles circonstances pouvons-nous nous offrir l'une &#224; l'autre non pas seulement ce que nous sommes et savons d&#233;j&#224; que nous sommes, mais l'occasion de grandir ensemble ? &lt;i&gt;Une cellule ne peut pas cro&#238;tre et se prot&#233;ger en m&#234;me temps&lt;/i&gt;, rapporte&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Alexis Pauline Gumbs (et il se trouve que c'est &#7778;angodare, avec qui elle partage sa vie, qui le lui a appris). Voil&#224; ce qui est en effet en jeu : trouver des mani&#232;res d'exister o&#249; notre croissance et notre protection s'entre-conditionnent. Une intrad&#233;pendance. Abriter et &#234;tre abrit&#233;es*.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'odeur des pierres mouill&#233;es&lt;/i&gt;, L&#233;a Rivi&#232;re appelle cela &#171; l'amour municipal &#187; : la municipalit&#233; comme condition de l'amour* ; une &#233;chelle (le village) &#224; laquelle l'amour* est possible. Elle demande :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand est-ce qu'on arr&#234;te avec l'id&#233;e qu'on peut pratiquer la romance sans R&#233;duction des Risques, sans responsabilit&#233; collective ? Quand est-ce qu'on va comprendre que le couple c'est un kink et pas une forme de kinship ? La fin de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; c'est quand les queers arr&#234;teront les break up et peupleront les villages &#224; la place, c'est la joie de pouvoir enfin deuiller-ensemble &#224; nouveau, tout ce qu'on perd, tout ce qui change doucement, tout ce qui est sur le point de se transformer, y compris les mol&#233;cules fabriqu&#233;es par nos cerveaux. Quand est-ce qu'on va laisser les mortes nous apprendre &#224; aimer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Les interventions neurochimiques sans RdR, c'est &#231;a le r&#233;gime de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, la naturalisation du cringe. &#199;a ab&#238;me tout le monde et surtout ceux qui se croient immunis&#233;s par leur pot de d&#233;part pour les terres promises de Queerland. En attendant &#231;a continue : les transitions isol&#233;es, les deuils psychologiques &#224; accomplir, les abus de pouvoir sans consentement, sans m&#234;me imaginer qu'on peut choisir et qu'on choisit souvent, sans filet, sans village, sans amour quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;o demande si par h&#233;t&#233;rosexualit&#233; elle veut dire les lesbiennes sous testo qui chopent les lesbiennes sous oestro pour jouer au papa et &#224; la maman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lila &#233;clate de rire si fort qu'elle lui tombe dessus en hurlant, suce ma chatte, esp&#232;ce de vieille butch profanatrice !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; : pas une forme de sexualit&#233;, pas un type de rapport sexuel, pas particuli&#232;rement un truc d'h&#233;t&#233;ros ; mais plut&#244;t une forme politique, celle de la vie s&#233;par&#233;e, celle du noyau qu'on appelle mal famille. Une pharmacopornographie (tu prends ta pilule et tu couches), une &#171; intervention neurochimique&#8230; sans village, sans amour quoi &#187;. Comment s'en faire les pirates ? Comment d&#233;tourner les flux ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Elles rient encore plus fort &#224; deux gorges d&#233;ploy&#233;es, &#231;a fait vibrer toutes leurs c&#244;tes les unes contre les autres comme un troupeau de vaches excit&#233;es par l'orage. Lila fond dans la masse de L&#233;o et L&#233;o s'enfonce lentement dans la face de Lila. Elles s'&#233;touffent et elles s'en foutent, elles se ramassent, elles s'amassent, elles se massent un peu, elles s'effacent &#224; moiti&#233;, elles se rentrent dans les muscles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles deviennent sans essayer de devenir ni de pas devenir et elles pensent toutes les deux en m&#234;me temps sans le savoir &#224; la masturbation quantique des &#233;lectrons qui se touchent la bite sans se la toucher, ou plut&#244;t tout en ne se la touchant pas, &#224; la masse in&#233;branlable du neutrino et &#224; l'urgence de finir par souder l'imagination au sens commun (plus tard, la didascalie dira seulement &#171; sc&#232;ne de cul &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles mangent les l&#233;gumes que L&#233;o a eus gratos au march&#233; hier matin parce que le gars l'aime bien. Lila avale le dernier bout de courgette et dit je vois pas bien comment je pourrais &#234;tre trans sans m'occuper des mortes. Ni comment m'occuper des mortes sans vivre dans un village.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le politique que propose l'amour* municipal de L&#233;a Rivi&#232;re sugg&#232;re un rapprochement avec les mortes : non seulement, tu ne peux pas aimer &#224; toi toute seule, &#231;a c'est s&#251;r (&lt;i&gt;it takes a village*&lt;/i&gt;) ; mais la somme des vivant&#183;es ne suffirait pas non plus &#224; s'entre-aimer (il te faut des mort&#183;es et des anc&#234;tres). L'amour*, c'est quand tu sais que tu n'es pas un individu, c'est quand tu sais que tu es une multitude*. C'est-&#224;-dire qu'&#224; chaque fois que tu aimes, il y a une part de toi qui n'est pas toi qui est mise en jeu. Une part transindividuelle, qu'on peut &#233;crire en italiques &lt;i&gt;une vie&lt;/i&gt;, pour dire quelque chose comme : des &#233;l&#233;ments anonymes, quelque chose qui a &#233;t&#233; aim&#233; avant d'&#234;tre individu&#233; en toi et en ta vie. Le&#231;on des mortes : se souvenir de l'odeur des pierres mouill&#233;es &#8211; comme celle des st&#232;les fun&#233;raires &#8211; pour se sentir envelopp&#233;es dans un temps qui exc&#232;de celui de l'urgence. Pour se sentir toujours-plus-que-une*.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son article &#171; T4T Love-Politics &#187;, l&#230; philosophe V. Jo Hsu sugg&#232;re de penser des formes de politiques fond&#233;es sur l'amour* T4T (trans-pour-trans) qui &lt;i&gt;donneraient priorit&#233; &#224; la communaut&#233; trans tout en reconnaissant que les personnes trans rendent souvent les choses plus difficiles les unes pour les autres&lt;/i&gt;. Est-ce qu'&#224; toi aussi cela t'arrive ? De te retrouver avec celles qui ont &#233;t&#233; marqu&#233;es, comme toi, par un monde qui ne veut pas de toi ? Et de ne pas savoir comment montrer ton appartenance au groupe autrement qu'en montrant tes cicatrices* ? Ou en y jetant du sel pour les faire ressortir et montrer ta douleur ? L'amour* T4T, dit V. Jo Hsu, navigue ces eaux difficiles de l'identification &#224; l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son article est d&#233;di&#233; au travail d'une blogueuse, TransGriot (Monica Roberts), et des textes que pendant plus de vingt ans, elle &#233;crit pour renommer d'un c&#244;t&#233; les injustices transphobes et leurs intersections avec la misogynie, l'anti-noirceur, le validisme, et de l'autre l'amour* et la solidarit&#233; trans*. Ces deux gestes &#8211; celui, d'un c&#244;t&#233;, de se faire la t&#233;moin des vies impossibles et des deuils pr&#233;matur&#233;s et celui de l'autre, de c&#233;l&#233;brer l'interd&#233;pendance et la vuln&#233;rabilit&#233; mutuelle des existences trans* &#8211;, l'indissociabilit&#233; de ces deux gestes, voil&#224; une condition de l'amour* envisag&#233; comme geste politique. Je ne vais pas commencer &#224; faire semblant de ne pas &#234;tre en train de survivre / et / je ne veux pas oublier que &lt;i&gt;notre vuln&#233;rabilit&#233; n'est pas seulement notre potentiel de nous blesser l'une l'autre, mais aussi un potentiel transformateur d'ouverture l'une &#224; l'autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T4T : une cat&#233;gorie pour les sites et les applications de rencontre, une mani&#232;re de se prot&#233;ger des r&#233;actions transphobes / et / de signaler un d&#233;sir. Abriter / et / &#234;tre abrit&#233;&#183;es. V. Jo Hsu conclut son article en disant que Monica Roberts nous a appris &#224; &lt;i&gt;&#233;crire sur et &#224; &#233;crire en direction de l'abondance trans tout en relevant nos pertes.&lt;/i&gt; Un amour* pas paisible, un amour* qui ne se distingue pas de la rage et de la lutte, un amour* qui ne fait pas l'&#233;conomie de conna&#238;tre et de se lier aux luttes des autres. &lt;i&gt;Un amour radicalement inclusif qui s'ancre dans le travail difficile et quotidien de rendre nos relations possibles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/2__le_vernis_des_pare-chocs_compose_des_forets_d_eau_sacha_rey_2022_lune.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/2__le_vernis_des_pare-chocs_compose_des_forets_d_eau_sacha_rey_2022_lune.jpg?1731402999' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sacha Rey, &lt;i&gt;Le vernis des pare-chocs compose des for&#234;ts d'eau&lt;/i&gt; (2022) [photogramme].
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie de po&#232;mes rassembl&#233;s sous le titre &#171; Collabore &#187; (autrement dit : pourrais-je apprendre &#224; &#233;tudier avec toi ?), Alexis Pauline Gumbs parle d'une autre esp&#232;ce de dauphins particuli&#232;rement sociale, les dauphins bleus. Le po&#232;me part du fait que, comme pour quantit&#233; d'autres cr&#233;atures marines, l'unit&#233; de vie des dauphins bleus est le &#171; banc &#187;, qui se dit en anglais : &lt;i&gt;school&lt;/i&gt;, &#171; l'&#233;cole &#187;. Et elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des dauphins bleus, seul un tiers du groupe est visible &#224; la surface. Quelle &#233;chelle, et quelle confiance cela nous demanderait-il de changer r&#233;guli&#232;rement nos r&#244;les, de travailler &#224; remplir non pas un seul id&#233;al genr&#233; de vie (marifemmem&#232;rep&#232;refillefils), mais d'en changer, de nous montrer &#224; la surface, puis de replonger, certain&#183;es qu'il y aura suffisamment de nourriture pour entretenir chacun de nos cycles ? Les dauphins bleus ne s'embarrassent pas d'eaux peu profondes ; elles plongent au large du plateau des continents. Qu'est-ce que cela impliquerait pour nous de plonger plus profond&#233;ment les unes avec les autres ? Quelles sont les &#233;chelles de l'intimit&#233; et des pratiques qui nous enseignent &#224; prendre soin les unes des autres au-del&#224; de nos obligations ou de ce que nous imaginons nous devoir ? Les dauphins bleus se nourrissent de poissons munis d'organes lumineux qui vivent dans la couche profonde de diffusion de l'oc&#233;an. Ce qui les nourrit n'est autre, litt&#233;ralement, que ce qui les illumine du dedans ! Pourrions-nous davantage leur ressembler ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me demande si nous avons en nous la possibilit&#233; d'&#233;changer notre image de la &#171; famille &#187; pour une pratique de l'&#233;cole, cette unit&#233; de soin o&#249; nous apprenons et r&#233;-apprenons comment nous honorer les unes les autres, comment plonger, comment tourner, comment trouver une lumi&#232;re nourrissante, encore et encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Et si tous nos sentiments d'avoir &#233;chou&#233; au sein de nos familles n'&#233;taient pas des &#233;checs, mais une le&#231;on pr&#233;-scolaire destin&#233;e &#224; nous apprendre les nouvelles structures que nous avons &#224; donner au soin que nous pouvons prendre les unes des autres ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce &#224; quoi je m'engage dans cette vie et dans autant de vies qui me seront donn&#233;es, c'est &#224; apprendre &#224; tes c&#244;t&#233;s, toujours. &#192; &#233;tudier les changements que tu am&#232;nes dans mon corps, dans mon esprit, dans mon c&#339;ur. &#192; venir &#224; l'&#233;cole tous les jours, et &#224; prendre avec toi le cours intitul&#233; &#171; comment nous perdurons &#187;. Je m'engage &#224; apprendre rigoureusement &#224; collaborer avec gr&#226;ce et &#224; me retirer quand c'est &#224; ton tour de faire tes preuves. Je m'engage &#224; plonger en profondeur pour trouver les nourritures qui nous illumineront du dedans. Je t'aime, et j'ai tant &#224; apprendre. Je t'aime et nous apprenons tout juste que cela est possible : l'amour &#224; une &#233;chelle o&#249; nous pouvons survivre. Je t'aime, et quelle g&#233;n&#233;rosit&#233; &#8211; quel miracle &#8211; de recevoir de la vie ce don d'apprendre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'amour*, &#224; une &#233;chelle o&#249; cela est possible : une &#233;chelle trans*esp&#232;ce et trans*individuelle, une &#233;chelle qui d&#233;passe le temps pr&#233;sent pour envelopper les g&#233;n&#233;rations. La condition pour que je puisse t'aimer : un village, une &#233;cole, une f&#234;te. Toujours-plus-que-deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;emma big&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8962; Remerciements : ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; l'invitation du &lt;a href=&#034;https://cesure.paris/agenda/pavillon-des-amours-2023-06-29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Pavillon des amours&lt;/i&gt; de La&#235;titia Badaut-Haussmann&lt;/a&gt;. Merci &#224; elle, d'avoir pos&#233; la question. &#8962; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sources des citations (en italiques) : &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&amp;7&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Alexis Pauline Gumbs, &lt;i&gt;Non-noy&#233;es. Le&#231;ons f&#233;ministes Noires apprises aupr&#232;s des mammif&#232;res marines&lt;/i&gt;, (2020), traduit de l'anglais (&#233;tats-unis) par Emma B. et M. Rabah-Konat&#233;, Burn Ao&#251;t, 2024 (&#224; para&#238;tre). &lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a.&lt;/strong&gt; Lynn Margulis, &lt;i&gt;Symbiotic Planet&lt;/i&gt;, New York, Basic Books, 2008. &lt;strong&gt;2b. &lt;/strong&gt;Kriti Sharma, &lt;i&gt;Interdependence : Biology and Beyond&lt;/i&gt;, New York, Fordham University Press, 2015. &lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Alexis Pauline Gumbs, &#171; What It Means To Be A &#8220;Black Feminist Love Evangelist&#8221; &#187;,&lt;i&gt; Festival of Faith&lt;/i&gt;, conf&#233;rence, 2021. &lt;strong&gt;3b&lt;/strong&gt;. Alexis Pauline Gumbs, adrienne maree brown et Autumn Brown, &#171; A Breathing Chorus &#187;, &lt;i&gt;How To Survive The End of The World&lt;/i&gt;, podcast, 20 d&#233;cembre 2017. &lt;strong&gt;4. &lt;/strong&gt;Alexis Pauline Gumbs et Prentis Hemphill, &#171; Se souvenir &#187;, (2020), traduit de l'anglais (&#233;tats-unis) par Emma B., &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, 28 mai 2021. &lt;strong&gt;5. &lt;/strong&gt;L&#233;a Rivi&#232;re, &lt;i&gt;L'odeur des pierres mouill&#233;es&lt;/i&gt;, Rennes, &#201;ditions du Commun, 2023. &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;. V. Jo Hsu, &#171; T4T Love-Politics : Monica Roberts'&lt;i&gt;TransGriot&lt;/i&gt; and Love as a Theory of Justice &#187;, &lt;i&gt;TSQ : Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 9.1, 2022. &#8592; Jennifer C. Nash, &#171; Practicing Love : Black Feminism, Love-Politics, and Post-Intersectionality &#187;, &lt;i&gt;Meridians&lt;/i&gt;, vol. 11.2, 2013. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8962; Amour*, citations informelles et r&#233;f&#233;rences indirectes (suivies d'un ast&#233;risque*) :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;L&#233;o love, Oscar, Pol, Denise Ferreira Da Silva, D&#233;n&#232;tem, Cy, A*, Erin. &#8962;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et moi ? Moi aussi, j'ai une dette impayable* envers le f&#233;minisme Noir nord-am&#233;ricain, et en particulier envers le collectif f&#233;ministe lesbien du Combahee River qui, en d&#233;clarant que &#171; la libert&#233; des femmes Noires demande la destruction de tous les syst&#232;mes d'oppression &#187;, a invent&#233; une forme de conspiration militante (l'intersectionnalit&#233; des luttes) qui a contribu&#233; et qui continue de contribuer &#224; rendre ma vie (trans, f&#232;m, blanche, europ&#233;enne) possible. Et par l&#224;, je suis endett&#233;e aupr&#232;s d'Harriet Tubman, qui en 1863, a men&#233; un assaut contre des avant-postes conf&#233;d&#233;r&#233;s sur le fleuve Combahee et qui, lib&#233;rant plus de 750 captif&#183;ves anciennement esclavis&#233;&#183;es, a aussi inspir&#233; les femmes du Combahee River Collective &#224; se doter d'un nom &#233;voquant sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Invitation &#224; une &#233;thique de l'encul&#233;&#183;e </title>
		<link>https://trounoir.org/Invitation-a-une-ethique-de-l-encule-e</link>
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		<dc:date>2023-06-01T09:26:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Anus</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Turi Cantero</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;flexions &#224; partir du livre &#8220;Encul&#233; ! Politiques anales&#8221; de Javier S&#225;ez et Sejo Carrascosa&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2023-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Anus-+" rel="tag"&gt;Anus&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Turi-Cantero-+" rel="tag"&gt;Turi Cantero&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/collage_de_montagne_2022_sacha_kyrill_.jpg?1731403055' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin 2021 sortait en librairie la premi&#232;re traduction fran&#231;aise de &lt;a href=&#034;https://www.editionslesgrillages.com/product/encule-politiques-anales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Encul&#233; ! Politiques anales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Javier S&#225;ez et Sejo Carrascosa aux &#201;ditions les Grillages. Ce livre propose une plong&#233;e dans le cul, depuis une perspective queer et f&#233;ministe, m&#234;lant th&#233;orie, r&#233;cits et humour. Turi Cantero vous en propose une lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Montage photo : Collage de montagne / Sacha Kyrill (2022)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le cul est plein d'incoh&#233;rences. Il est cet organe tr&#232;s ouvert qui doit pourtant rester ferm&#233;. Essentiel &#224; la vie de l'organisme, tout ce qui en sort est pourtant vu comme sale, disgracieux. Toute utilisation autre que digestive appara&#238;t comme un renoncement au pouvoir voire m&#234;me &#224; la dignit&#233;. Nous avons tou&#183;tes un cul, un anus, et pourtant nos pratiques anales - r&#233;elles ou suppos&#233;es - marquent, diff&#233;rencient et hi&#233;rarchisent nos identit&#233;s. Les p&#233;d&#233;&#183;es ne sont pas les seul&#183;es &#224; utiliser leur anus et pourtant, &#8220;encul&#233;&#8221; est une insulte avant tout dirig&#233;e contre nous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui n'a pas entendu dire lors d'un repas avec des h&#233;t&#233;ros que &#8220;non, encul&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La liste des incoh&#233;rences autour du cul pourrait s'&#233;largir encore davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel ici est de voir qu'avec autant d'incoh&#233;rences, il y a anguille sous cul. C'est pour s'y pencher que Javier S&#225;ez et Sejo Carrascosa ont produit le livre &#8220;Encul&#233; ! Politiques anales&#8221; &#233;dit&#233; en fran&#231;ais par les &lt;a href=&#034;https://www.editionslesgrillages.com/a-propos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ditions Les Grillages&lt;/a&gt;. Selon eux, &#8220;ces mani&#232;res de le contr&#244;ler, de le surveiller, de le stigmatiser ou de le promouvoir constituent une politique&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 57&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est m&#234;me plus, objet de tout un maillage d'interventions et de r&#233;actions, le cul est en lui-m&#234;me &#8220;un espace politique&#8221;. Il interagit directement avec le sexe, le genre, la masculinit&#233; et les relations sociales en g&#233;n&#233;ral. Dans ce livre, les deux auteurs prennent au s&#233;rieux le cul aussi bien comme sujet de r&#233;flexion que comme objet litt&#233;raire, pr&#234;tant &#224; de nombreux jeux de mots et m&#233;taphores. C'est une invitation &#224; une politique anale et, m&#234;me plus, &#224; adopter une vision anale de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ceci est un cul : d&#233;marcation entre l'homme-cis-h&#233;t&#233;ro-blanc et le reste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on jette un premier coup d'&#339;il, on comprend que le cul est avant tout celui de l'autre. Au Moyen &#194;ge en Occident, la sodomie &#233;tait associ&#233;e aux pratiques des infid&#232;les et des musulmans, le cul &#233;tait alors un crit&#232;re religieux de distinction de &#8220;l'autre&#8221;. Durant la colonisation de l'Am&#233;rique du Nord, le sexe anal &#233;tait condamn&#233; car il remettait en cause la f&#233;condit&#233; des colons, n&#233;cessaire au projet colonial. Au XIXe si&#232;cle, les m&#233;decins et psychiatres font du sexe anal non plus seulement une pratique mais le marqueur d'une nouvelle identit&#233; subjective pathologique : l'homosexuel. Enfin, la pand&#233;mie du VIH a frapp&#233; le sexe anal du sceau de la maladie et de la mort. J. Saez et S.Carrascosa voient dans ces &#233;volutions la construction d'une parano&#239;a de la contagion anale : contagion des tares qu'il est suppos&#233; contenir mais surtout du changement qu'il op&#232;re sur l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, en effet, ce qui terrorise l'homme cish&#233;t&#233;roblanc dans l'anal c'est le glissement qu'il op&#232;re. &#192; l'Antiquit&#233;, le cul est un crit&#232;re d'organisation sociale plus que d'orientation sexuelle ou de genre. Le cul est alors au c&#339;ur d'une distinction entre un individu p&#233;n&#233;trant et imp&#233;n&#233;trable : le r&#244;le de l'actif, d&#233;tenant le pouvoir lui-m&#234;me associ&#233; &#224; la masculinit&#233; (le &lt;i&gt;vir&lt;/i&gt; dans l'Antiquit&#233; romaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le dit le fameux proverbe h&#233;t&#233;rosexuel &#8220;Je ne suis pas homophobe, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et l'individu p&#233;n&#233;tr&#233;, passif, marqu&#233; par un manque de virilit&#233;. Dans ce mod&#232;le, &#8220;&#234;tre p&#233;n&#233;tr&#233; c'est renoncer au pouvoir&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 70&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce mod&#232;le trouve encore un fort &#233;cho aujourd'hui. Les auteurs notent : &#8220;le test ultime de la virilit&#233;, de la masculinit&#233; et de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; c'est que ton cul ne soit jamais p&#233;n&#233;tr&#233; ; le contraire entra&#238;ne un glissement en termes de genre (d'homme &#224; femme) et d'identit&#233; dans ton orientation sexuelle (d'h&#233;t&#233;ro &#224; homo)&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 22&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien parce qu'il est au centre de la distinction entre l'homme cish&#233;t&#233;roblanc et le reste que le cul est l'objet d'autant de craintes, de peurs, d'interdits et de tabous. Les auteurs expliquent alors, en citant le &lt;i&gt;D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; (1972) de Guy Hocquenghem, que &#8220;la peur de sa propre homosexualit&#233; cr&#233;e chez l'homme une peur parano&#239;aque de le voir appara&#238;tre &#224; ses c&#244;t&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre p&#233;n&#233;tr&#233; c'est entrer dans le monde des passif&#183;ves, des a-viril&#183;es, des encul&#233;&#183;es. C'est, pour l'homme cish&#233;t&#233;roblanc risquer de perdre sa position de pouvoir et de glisser du &#8220;&lt;i&gt;vir&lt;/i&gt;&#8221; au monde des &#8220;autres&#8221;. Or, l'essentiel ici n'est pas tellement une question de pratiques sexuelles mais de d&#233;nomination sociale : qui est &#8220;l'encul&#233;&#8221; ? qui est celui qui peut prof&#233;rer cette insulte ? On comprend ici la raison pour laquelle &#8220;encul&#233;&#8221; est l'une des insultes pr&#233;f&#233;r&#233;es des Fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 132&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : au-del&#224; de savoir qui on ram&#232;ne dans notre lit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 110&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enjeu est de s'assurer que l'encul&#233; c'est l'autre, ce sont les autres, mais surtout pas soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On touche ici &#224; un sujet p&#233;d&#233;, parce que c'est par le cul que l'on devient p&#233;d&#233;&#183;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'insulte &#8220;encul&#233;&#8221; vise principalement les p&#233;d&#233;&#183;es ? Une premi&#232;re r&#233;ponse r&#233;side sans doute dans l'invisibilisation de la sexualit&#233; des femmes et des lesbiennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Encul&#233;' est l'une des insultes pr&#233;f&#233;r&#233;es des Fran&#231;ais, surtout lorsqu'ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une seconde r&#233;ponse, selon les auteurs, est que &#8220;l'obsession et la pers&#233;cution du sexe anal a surtout concern&#233; le sexe anal entre hommes, et par-dessus tout, la position de l'homme p&#233;n&#233;tr&#233;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 131.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors qu'a priori le cul n'a pas de genre, il est consid&#233;r&#233; comme marqueur de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le cul c'est l'essence du p&#233;d&#233;, c'est son leitmotiv, c'est l'organe par lequel il perd sa dignit&#233; et devient abject, ind&#233;sirable et exterminable&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces enjeux, les auteurs invitent &#224; s'int&#233;resser aux auteur&#183;trices (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. P&#233;d&#233;&#183;e mec ou meuf, cis ou trans, blanc&#183;he ou non-blanc&#183;he, p&#233;d&#233;&#183;e non-binaire et asexuel&#183;le, &#224; chaque fois l'enjeu n'est pas tant nos pratiques sexuelles, ni non plus l'auto-d&#233;finition choisie mais la d&#233;signation impos&#233;e par la soci&#233;t&#233;. Lorsqu'on nous impose l'&#233;tiquette d'&#8221;encul&#233; de merde&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 42&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est pour montrer qu'on ne r&#233;pond pas &#224; la norme cish&#233;t&#233;romasculineblanche. &#8220;Encul&#233;&#8221; est alors avant tout le terme de ce glissement, d'un homme vers un p&#233;d&#233;, ce glissement d'une personne qui devrait &#234;tre un homme c'est-&#224;-dire un &#234;tre actif, imp&#233;n&#233;trable, viril et puissant mais qui refuse ou renonce &#224; ce pouvoir et devient cet &#234;tre abject, le p&#233;d&#233;. C'est justement parce que &#8220;le passage de l'homme au p&#233;d&#233; se fait par la p&#233;n&#233;tration anale&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 138.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'insulte &#8220;encul&#233;&#8221; est avant tout dirig&#233;e envers les p&#233;d&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/photo_anal-ogik_2021_sacha_kyrill_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/photo_anal-ogik_2021_sacha_kyrill_.jpg?1731403029' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photo : &#034;Anal-ogik&#034; de Sacha Kyrill
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entrer dans une &#233;thique anale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entrons dans le vif du sujet. Pour les deux auteurs, il existe bel et bien des politiques sur l'anal mais elles sont avant tout des politiques anti-anal. Ils nomment par exemple les politiques du Vatican o&#249; les messages &#8220;pro-abstinence, tels que &#8220;les pr&#233;servatifs ne prot&#232;gent pas du SIDA&#8221;, sont sans aucun doute un exemple clair de politiques criminelles&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son &#8220;Trait&#233;&#8221; sur le plaisir prostatique, l'auteur Adam rassure ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Citant le militant et philosophe espagnol Paco Vidarte, les auteurs invitent &#224; r&#233;pondre aux politiques anti-anales par une &#233;thique anale : &#8220;Une &#233;thique p&#233;d&#233;e devra &#234;tre r&#233;solument anale : une Anal&#233;thique [...]. Ce que le pouvoir pense du cul d'un p&#233;d&#233;, n'est pas la m&#234;me chose que ce qu'un p&#233;d&#233; pense de son cul. Pour le pouvoir, nous sommes des putains de culs, des culs sans sujet, sans possibilit&#233;, ni n&#233;cessit&#233; ou capacit&#233; &#224; mener la moindre initiative politique. [...] Des culs d&#233;politis&#233;s&#8221;. Dans son ouvrage, &lt;i&gt;&#201;thique p&#233;d&#233;e&lt;/i&gt;, Paco Vidarte cherche les bases d'un militantisme radical LGBTQ, c'est dans l'anal qu'il trouve sa piste. &#8220;Je r&#234;ve d'un mouvement LGBTQ qui mette en pratique une politique du trou noir : tout absorber, se renforcer de tout, tout sucer sans rien donner en retour. Par-dessus tout, ne rien donner de nous-m&#234;mes, ne rien laisser &#233;chapper au-dehors, pas m&#234;me la moindre de nos pr&#233;cieux effluves. Ne rien donner au syst&#232;me et voler tout ce qui tombe &#224; port&#233;e de notre trou noir&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 55&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour les auteurs, le texte de Vidarte incite &#224; penser une analit&#233; &#8220;prise dans une relation de n&#233;gation vis-&#224;-vis du pouvoir [...] dans laquelle il n'y ait pas d'&#233;change, pas de dialogue ni de n&#233;gociation&#8221;. Pour y parvenir, les auteurs invitent &#224; faire la &#8220;promotion de la fiert&#233; passive&#8221; rappelant que, y compris durant l'acte sexuel, &#8220;le cul joue un r&#244;le tr&#232;s actif&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aux cris de &#8220;p&#233;d&#233; de merde&#8221; qu'a &#233;t&#233; assassin&#233; le jeune Samuel Luiz en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224; &#8220;un tournant historique, la possibilit&#233; d'une analit&#233; active, d'un cul actif, d'un cul qui s&#233;lectionne, choisit, d&#233;cide : capable de cr&#233;er sa propre &#233;thique, une &#233;thique qui ne soit pas universelle et qui ne facilite pas la t&#226;che au pouvoir&#8221;. Dans le viseur des auteurs et de Paco Vidarte, une r&#233;flexion sur le pi&#232;ge assimilationniste impos&#233; par le syst&#232;me au militantisme transp&#233;d&#233;bigouine. Prendre ce qu'il y a &#224; prendre, sans se sentir oblig&#233; de rendre un r&#233;sultat joli et qui sent bon pour les institutions. Mais c'est aussi penser une &#233;thique militante transp&#233;d&#233;bigouine qui remet en cause le mod&#232;le universaliste et rationnel opposant corps et pens&#233;e : &#8220;On sait o&#249; nous a men&#233;s l'&#233;thique rationnelle, l'&#233;thique faite avec le cerveau ; aussi une putain d'&#233;thique faite avec le cul sera moins pr&#233;judiciable, plus imm&#233;diate, plus franche, plus charnelle, plus proche de la rue, plus animale, plus attach&#233;e aux besoins fondamentaux des gens qui vont le cul &#224; l'air&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hospitalis&#233; en urgence, il garde des s&#233;quelles irr&#233;versibles n&#233;cessitant un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Invitation &#224; investir - jusqu'au fond - la question de l'anal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion propos&#233;e par Javier S&#225;ez et Sejo Carrascosa appelle &#224; approfondir le sujet. Il s'agirait de penser non pas seulement une politique anale mais une perspective anale, une analyse qui part du cul. Par l&#224;, on chercherait &#224; comprendre l'anal dans toute sa complexit&#233;, dans ses interactions avec d'autres stigmates et d'autres syst&#232;mes d'oppressions. Le cul n'est pas toujours r&#233;prim&#233;, il peut &#234;tre r&#233;appropri&#233;. R&#233;cemment, on a pu voir des hommes cish&#233;t&#233;ros faire la promotion de pratiques anales&#8230; tout en pr&#233;cisant bien que cela ne signifiait pas &#234;tre homo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;rusticanus vir, sed plane vir&#8221; (un homme rustique mais vraiment un homme) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se goder sans rien perdre de sa virilit&#233;, sans devenir pour autant un sale p&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est possible de pousser encore un peu l'analyse et de voir la fa&#231;on dont le syst&#232;me utilise l'anal comme outil de r&#233;pression. Les auteurs mentionnent des politiques homophobes en Ouganda ou en Irak. Outre le fait que ces deux auteurs soient des hommes blancs occidentaux (espagnols), ces mentions posent question d&#232;s lors qu'ils ne d&#233;veloppent pas une analyse sur l'usage colonial de l'anal. Dans le cas des auteurs, cela inciterait &#224; questionner le colonialisme de l'&#201;tat espagnol et, ce, d'autant plus que cet &#201;tat a particip&#233; &#224; la guerre en Irak&#8230; Dans mon cas, en tant que fran&#231;ais blanc, il s'agirait de s'interroger sur l'utilisation de l'anal dans l'histoire militaire, polici&#232;re et coloniale de mon pays, dans son histoire comme dans son actualit&#233; plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier dernier, une date de jugement a enfin &#233;t&#233; annonc&#233;e dans le cadre de l'affaire Th&#233;o, du nom du jeune homme victime d'un viol en r&#233;union avec arme par des policiers lors de son interpellation &#224; Aulnay-sous-Bois le 2 f&#233;vrier 2017. Cette annonce de jugement arrive sept ans apr&#232;s les faits et ce malgr&#233; l'obstination des juges d'instruction en charge de l'enqu&#234;te pour refuser la qualification de viol, faute d'&#233;l&#233;ments suffisants, disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une expertise m&#233;dicale men&#233;e en 2019 permet de lever tout doute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 61.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle d&#233;montre que la d&#233;chirure anale de 10 centim&#232;tres, ayant &#224; l'&#233;poque n&#233;cessit&#233; une hospitalisation en urgence, est &#8220;en relation certaine et directe avec l'interpellation&#8221; et notamment l'usage d'une matraque t&#233;lescopique par les forces de l'ordre. Le rapport affirme, en outre, que les l&#233;sions sphinct&#233;riennes n&#233;cessitent un &#8220;suivi m&#233;dical &#224; vie&#8221; pour Th&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, o&#249; la police est connue pour ses interpellations et violences cibl&#233;es contre des jeunes non-blancs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#8220;contr&#244;le au faci&#232;s&#8221; : https://www.amnesty.fr/focus/quest-ce-que-le-contr&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'anal est aussi utilis&#233; comme outil pour stigmatiser et r&#233;primer. La reconnaissance par la justice de l'existence d'un viol dans l'affaire Th&#233;o est enjeu de lutte important. Elle rappelle par ailleurs que la question de l'anal ne peut se r&#233;sumer ni se limiter &#224; une r&#233;pression des pratiques anales mais qu'en r&#233;alit&#233; il arrive que l'&#201;tat ait recours &#224; l'anal dans ses pratiques r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde &#224; pr&#233;sent du c&#244;t&#233; de l'histoire de la France, on s'aper&#231;oit que la r&#233;pression de l'anal est directement li&#233;e au projet colonial fran&#231;ais. Lors du festival queer Avides Temp&#234;tes de 2019, le&#183;la militant&#183;e et juriste Rani&#183;a Hammami Arfaoui expliquait l'origine fran&#231;aise et coloniale de la r&#233;pression de la sodomie en Tunisie &#224; travers le cas de l'article 230 du Code p&#233;nal tunisien, en vigueur actuellement. C'est sur ce cas que se sont pench&#233;s Ramy Khouili et Daniel Levine-Spound, dans leur livre &#8220;Article 230&#8221;, en &lt;a href=&#034;https://article230.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acc&#232;s libre&lt;/a&gt;. Les auteurs montrent que cet article &#8220;est apparu pendant le protectorat fran&#231;ais, dans un projet de code p&#233;nal presque exclusivement pr&#233;par&#233; par des fonctionnaires coloniaux fran&#231;ais. (...) Un petit groupe de bureaucrates francais a criminalis&#233; la sodomie en Tunisie&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 60.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette origine coloniale est d'autant plus pr&#233;gnante que le Code p&#233;nal tunisien pr&#233;colonial (1861) ne fait aucune mention de la sodomie ou de l'homosexualit&#233; dans ses 431 articles. Les auteurs se posent alors la question de la raison de l'imposition d'une condamnation p&#233;nale par les colons fran&#231;ais alors m&#234;me que la r&#233;pression de l'anal en France, &#224; l'&#233;poque, passait par d'autres mesures (attentat &#224; la pudeur, racolage, etc.). Pour tenter d'y r&#233;pondre, les auteurs citent les travaux de la chercheuse Aur&#233;lie Perrier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;page 45&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qui il faut voir du c&#244;t&#233; de &#8220;l'obsession du chaos sexuel&#8221; fran&#231;ais avec notamment la peur face &#224; l'augmentation des pratiques homosexuelles dans les rangs de l'arm&#233;e coloniale. On retrouve sans doute ici aussi la peur parano&#239;aque anti-homosexuelle : la peur de voir l'homosexualit&#233; se r&#233;pandre par la pratique de la sodomie et la r&#233;ponse par une stigmatisation de &#8220;l'autre&#8221;, ici les colonis&#233;s tunisiens, &#224; travers une criminalisation de la sodomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On touche ici du doigt la complexit&#233; de l'anal. Ce dernier se retrouve au carrefour entre homophobie et colonialisme, en lien avec d'autres syst&#232;mes d'oppression. La r&#233;pression &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'anal va de pair avec la r&#233;pression &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; l'anal. Cette complexit&#233; de l'anal permet &#233;galement de remettre en cause les discours sur la &#8220;diversit&#233;&#8221; ou de l'homonationalisme. Une politique anale ne peut se limiter &#224; un discours d'acceptation de la pratique anale et de non-discrimination des sodomites. Elle doit passer par une critique du syst&#232;me anti-anal qui construit un mod&#232;le dominant h&#233;t&#233;rocismasculinblanc et s'attaque au &#8220;reste&#8221;. Elle doit passer par une critique de l'utilisation de l'anal comme objet d'oppression mais aussi tr&#232;s souvent comme outil d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turi Cantero.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sinnombre-_terraja_tatu_-_052023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sinnombre-_terraja_tatu_-_052023.jpg?1731403032' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Montage photo : &#034;SinNombre&#034; / @terraja_tatu
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui n'a pas entendu dire lors d'un repas avec des h&#233;t&#233;ros que &#8220;non, encul&#233; c'est pas homophobe, parce que les femmes aussi peuvent se faire enculer&#8221; ? Moi en tout cas, oui. Et ce genre de r&#233;ponse pose aussi bien la question du lien fait entre les femmes et les p&#233;d&#233;&#183;es autour du cul qu'il invite &#224; s'interroger sur l'utilisation principalement homophobe de cette insulte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 57&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le dit le fameux proverbe h&#233;t&#233;rosexuel &#8220;Je ne suis pas homophobe, je m'en fiche de qui tu ram&#232;nes dans ton lit&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 70&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 132&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 110&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'Encul&#233;' est l'une des insultes pr&#233;f&#233;r&#233;es des Fran&#231;ais, surtout lorsqu'ils sont au volant. Elle arrive en deuxi&#232;me position derri&#232;re 'connard', selon un sondage publi&#233; par le site sp&#233;cialis&#233;&lt;a href=&#034;https://minute-auto.fr/actu/classement-insultes-au-volant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Minute Auto&lt;/a&gt;, en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces enjeux, les auteurs invitent &#224; s'int&#233;resser aux auteur&#183;trices concern&#233;&#183;es par ces sujets et renvoient &#233;galement aux travaux de la militante et r&#233;alisatrice porno Tristan Taormino sur le sexe anal des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son &#8220;Trait&#233;&#8221; sur le plaisir prostatique, l'auteur Adam rassure ses lecteurs : &#8220;Je souhaite donc &#234;tre tr&#232;s clair pour mes tr&#232;s nombreux lecteurs h&#233;t&#233;rosexuels, ressentir du plaisir anal, exp&#233;rimenter l'orgasme de la prostate ne vous transformera pas petit &#224; petit en homosexuel (et il n'y a aucun jugement de valeur bien &#233;videmment). Pour preuve, je suis h&#233;t&#233;rosexuel et cela ne m'a pas emp&#234;ch&#233; de d&#233;couvrir et appr&#233;cier ni le plaisir anal ni l'orgasme prostatique.&#8221;, page 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 55&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aux cris de &#8220;p&#233;d&#233; de merde&#8221; qu'a &#233;t&#233; assassin&#233; le jeune Samuel Luiz en Galice, &#224; l'&#233;t&#233; 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hospitalis&#233; en urgence, il garde des s&#233;quelles irr&#233;versibles n&#233;cessitant un suivi m&#233;dical &#224; vie selon l'expertise m&#233;dicale du 21 ao&#251;t 2019 (Anna Mutelet, &#171; Affaire Th&#233;o : une nouvelle expertise r&#233;v&#232;le des s&#233;quelles &#224; vie &#187; [&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/08/30/affaire-theo-une-nouvelle-expertise-revele-des-sequelles-a-vie_1748276/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;archive&lt;/a&gt;], sur Lib&#233;ration, 30 ao&#251;t 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;&lt;i&gt;rusticanus vir, sed plane vir&#8221;&lt;/i&gt; (un homme rustique mais vraiment un homme) disait Cic&#233;ron (Cic&#233;ron, Tusc. 2. 34).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#8220;contr&#244;le au faci&#232;s&#8221; : &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.fr/focus/quest-ce-que-le-controle-au-facies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.amnesty.fr/focus/quest-ce-que-le-controle-au-facies&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;page 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;faire la cellule familiale </title>
		<link>https://trounoir.org/Defaire-la-cellule-familiale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Defaire-la-cellule-familiale</guid>
		<dc:date>2023-05-27T15:38:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Famille</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>Nagy Makhlouf</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Hanter l'urbanisation d'une architecture &#233;rotique&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2023-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2023&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Famille-+" rel="tag"&gt;Famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Capitalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Michel-Foucault-+" rel="tag"&gt;Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Nagy-Makhlouf-+" rel="tag"&gt;Nagy Makhlouf&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-architecture-258-+" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/screenshot_2023-04-22_at_18.31.16.png?1731403063' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partant d'une lecture des auteurs n&#233;olib&#233;raux, dans le sillage de Michel Foucault, il s'agit de penser l'&#233;laboration de &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Architectures-de-la-dissidence-sexuelle&#034;&gt;l'architecture dissidente&lt;/a&gt; dans son opposition &#224; la cellule spatiale familialiste et du travail et son mode de reproduction saisi comme impasse. S'impose alors une proposition &#233;rotique contre le devenir-priv&#233; du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aimerais r&#233;pondre &#224; cette phrase du comit&#233; invisible : &#171; Il n'y pas de catastrophe environnementale, il y a cette catastrophe qu'est l'environnement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comit&#233; invisible, L'insurrection qui vient, Sixi&#232;me cercle, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici, l'environnement est ce qui subordonne les corps en les individualisant, en les isolant, en les emp&#234;chant de sortir d'eux-m&#234;mes. Cette subordination prend la forme de l'espace-temps du familialisme et du march&#233; du travail : de l'agglom&#233;ration infinie de cellules priv&#233;es. Lutter contre la production de l'environnement, c'est questionner la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale qui en fait le sens unique de la vie, mais qui offre aussi des outils pour en sortir. Il s'agit d'affirmer une architecture &#233;rotique, o&#249; quitter la cellule individuelle en exposant son corps &#224; l'inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VILLE &#201;ROTIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; New York, la transformation de Times Square est un exemple du passage d'une architecture &#233;rotique &#224; l'environnement. Dans le film &lt;i&gt;Times Square&lt;/i&gt; d'Allan Moyle, deux adolescentes s'&#233;chappent d'un h&#244;pital psychiatrique - un espace individualisant, clos, disciplinaire - et rejoignent le quartier, o&#249; elles d&#233;couvrent leur homosexualit&#233; au milieu d'une foule de personnes racis&#233;es. En 1980, c'est un lieu d&#233;di&#233; &#224; la chair : la pornographie se d&#233;cline en cin&#233;mas, cabines, peep-shows, librairies, sex-shops et spectacles ; elle s'annonce sur d'&#233;normes marquises &#233;clair&#233;es au n&#233;on. Le quartier est un centre de &lt;i&gt;cruising&lt;/i&gt; et de d&#233;rive ; un monde de prostitution, de drogues ill&#233;gales et de criminalit&#233;. La m&#234;me ann&#233;e, Michel de Certeau &#233;crit voir en Manhattan &#171; un univers qui s'envoie en l'air &#187; dont les rues &#171; enlacent &#187; et &#171; poss&#232;dent &#187; les corps qui le parcourent ; et une ville qui &#171; d&#233;fie l'avenir &#187; en s'exposant &#224; toutes les possibilit&#233;s historiques. Voir l'ensemble de la ville inspire &#224; Certeau une &#171; &#233;rotique du savoir &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel de Certeau, L'invention du quotidien, Marches dans la ville, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il ne mentionne pas Times Square, son carrefour principal ; il ne confine pas la possibilit&#233; de l'extase &#224; quelques quartiers de plaisirs ou &#224; des int&#233;rieurs bien d&#233;finis : au contraire, c'est l'exp&#233;rience charnelle des rues de tout Manhattan qui donne la possibilit&#233; de sortir de soi. La ville est ce qui permet alors au corps de se m&#234;ler &#224; ce qui n'est pas lui et de se renouveler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends l'extase spatiale et temporelle de Manhattan &#224; l'aune de l'activit&#233; de la chair telle que Friedrich Nietzsche l'entend : &#171; l'incorporation &#187;, &#224; partir de laquelle il fonde sa philosophie. La chair s'expose &#224; ce qui lui est &#233;tranger et le fait entrer en elle ; elle se souvient de ce qui n'est plus l&#224; mais qui l'affecte toujours ; et elle attend ce qui n'est pas encore l&#224;. Nietzsche en tire une &#233;thique de l'exposition de soi et de la jouissance : la &#171; vraie passion &#187; est celle du &#171; lointain &#187;, de ce qui est loin de la chair &#224; la fois dans le temps et d'espace ; ce qui n'est pas elle et par laquelle, pourtant, elle devient elle-m&#234;me. En suivant cette &#233;thique, un espace-temps est d&#233;sirable en tant qu'il permet &#224; la chair &#171; d'aller tr&#232;s loin au-del&#224; de &#8220;soi&#8221; [&#8230;], de ressentir de mani&#232;re cosmique &#187; tout ce qu'elle peut &#234;tre d'autre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En allemand, Einverleibung. Voir Barbara Stiegler, Nietzsche et la critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/times_square_1980.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/times_square_1980.jpg?1731403034' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis, vient le &#171; nettoyage &#187; de Times Square &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1980, que le film annonce d&#233;j&#224;. La police quadrille le quartier, et la mairie fait fermer et expulser tout ce qu'elle tient pour ind&#233;sirable. On isole les corps et pratiques d&#233;viantes, emp&#234;che leurs circulations et relations, rend impossibles leurs d&#233;penses physiques per&#231;ues comme inutiles ou dangereuses. Un nettoyage qui s'inscrit dans une tradition hygi&#233;niste, disciplinaire et s&#233;curitaire qu'analyse Michel Foucault &#8211; qui, en 1980, fr&#233;quente un sauna sous acide &#224; quelques pas de Times Square.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Man's Country Baths selon Edmund White dans My Lives, Harper Collins, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le nettoyage am&#233;nage le carrefour pour une fr&#233;quentation touristique et &lt;i&gt;family-friendly&lt;/i&gt; : il efface les traces, banalise la ville, la rend &#233;quivalente &#224; d'autres lieux. Il lui retire ce qui distingue son temps et son espace. Le nettoyage de Times Square s'ach&#232;ve dans les ann&#233;es 1990, alors que le bloc sovi&#233;tique n'existe plus et qu'un auteur n&#233;olib&#233;ral th&#233;orise &#171; la fin de l'Histoire &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, Free Press, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans le Times Square d'aujourd'hui, derri&#232;re les publicit&#233;s que l'on retrouve partout ailleurs, il reste la d&#233;mesure singuli&#232;re de l'architecture qui &lt;i&gt;hante&lt;/i&gt; le devenir-&#233;quivalent de Manhattan et incarne un autre cours historique. Lorsque le communisme s'effondre, le philosophe Jacques Derrida publie les&lt;i&gt; Spectres de Marx&lt;/i&gt;. Il y commente les premi&#232;res lignes du&lt;i&gt; Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; : &#171; Un spectre hante l'Europe - le spectre du communisme &#187;. Marx &#233;crit sur un spectre &#224; venir ; Derrida &#233;crit sur spectre pass&#233; dont la persistance est en jeu. Pour nommer ce pr&#233;sent spectral, Derrida construit le terme d'hantologie, en assemblant &#171; hanter &#187; avec &#171; ontologie &#187;. L'ontologie est une branche de la philosophie qui &#233;tudie la nature de l'&#234;tre ; l'hantologie est une ontologie dans laquelle la pr&#233;sence de l'&#234;tre est spectrale au lieu d'&#234;tre &lt;i&gt;identique &#224; elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, ce que Nietzsche avait compris avec l'incorporation qui fait de l'identit&#233; du &#171; Je &#187; une simple fiction grammaticale, une fiction utile pour cr&#233;er de la stabilit&#233; dans un monde qui change en permanence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le h du verbe hanter est muet : il s'absente &#224; l'oral et ne se rend pr&#233;sent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le philosophe Mark Fisher reprend l'hantologie comme ce qui vient s'opposer &#224; ce qu'il per&#231;oit comme l'impasse culturelle du temps pr&#233;sent : l'incapacit&#233; &#224; faire advenir du nouveau dans un monde que le n&#233;olib&#233;ralisme ferait produire partout comme identique &#224; lui-m&#234;me et sans alternative. Alors, voici une introduction &#224; quelques m&#233;canismes de production de l'impasse, de l'effacement du temps et de l'espace solidaire de l'individualisation des corps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
ISOLER ET DIVISER LES CORPS : LA CELLULE FAMILIALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Si le nettoyage est un moment de l'histoire de New York, les valeurs qu'il porte sont &#224; l'origine de l'envers de la ville extatique : l'urbanisation, que la&lt;i&gt; suburbia&lt;/i&gt; incarne par excellence. Des routes tracent un quadrillage de parcelles, une grille ; &#224; chaque parcelle, une maison ; &#224; chaque maison, une famille nucl&#233;aire, ou un couple, voire une personne. En Am&#233;rique du Nord, la &lt;i&gt;suburbia&lt;/i&gt; se confond avec la subdivision, qui d&#233;signe &#224; la fois l'action de diviser la terre en parcelles &#224; vendre et les quartiers de logements que l'on y construit. Ces derniers, situ&#233;s hors des villes sans non plus &#234;tre &#224; la campagne, confinent la possibilit&#233; de l'extase &#224; l'intimit&#233; d'une chambre, la d&#233;sagr&#232;gent du reste de la vie, et l'isolent comme sexualit&#233; domestiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Aux &#201;tats-Unis, l'organisation de la cellule familiale suit la notion de privacy, traduisible &#224; la fois en &#171; vie priv&#233;e &#187; et &#171; intimit&#233; &#187;. C'est un principe de s&#233;paration des corps les uns des autres, entre et au sein des cellules, de repli int&#233;rieur qui condamne la rue &#224; une succession de fa&#231;ades opaques et de voies de circulation. &#192; partir des ann&#233;es 1930, l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral diffuse ce principe en publiant des guides d'architecture ; il n'accorde d'assurance aux pr&#234;ts immobiliers que si les projets &#224; financer se soumettent &#224; l'architecture de la &lt;i&gt;privacy&lt;/i&gt;. Ces guides compl&#232;tent des lois locales d'urbanisme qui codifient la famille nucl&#233;aire et limitent les pratiques spatiales non reproductives.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dianne Harris, Little White Houses : How the Postwar Home Constructed Race (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; l'&#233;poque, l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral s'appuie sur les recommandations de lobbyistes qui promeuvent la cellule familiale comme moyen de refouler le communisme, en isolant les ouvriers les uns des autres ; en s&#233;parant les g&#233;n&#233;rations les unes des autres par la restriction des foyers &#224; des familles nucl&#233;aires ; en &#233;loignant les ouvriers des moyens de production ; et en les liant &#224; une petite propri&#233;t&#233; priv&#233;e, de sorte qu'ils aient d&#233;sormais quelque chose &#224; perdre &#224; lutter pour d'autres mani&#232;res de vivre. Depuis, la contrainte financi&#232;re, les m&#233;thodes de construction de masse et la destination familialiste de cet habitat n'ont cess&#233; de produire l'espace-temps de la &lt;i&gt;privacy&lt;/i&gt;, de la famille individualis&#233;e ; la &lt;i&gt;single-family &lt;/i&gt; house est toujours le produit dominant de l'industrie de la construction, aux &#201;tats-Unis comme ailleurs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jonathan Massey, &#171; Risk and Regulation in the Financial Architecture of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La cellule familiale, au sens social et spatial, sert donc d'instrument du pouvoir de classe ; elle est le produit d'un urbanisme de l'individualisation par la s&#233;paration, qui s'attaque &#224; l'espace public en le r&#233;duisant &#224; une voie de circulation. &#192; cet &#233;gard, Guy Debord &#233;crit : &#171; l'effort de tous les pouvoirs &#233;tablis [&#8230;] pour accro&#238;tre les moyens de maintenir l'ordre dans la rue culmine finalement dans la suppression de la rue &#187; et &#171; l'effondrement simultan&#233; &#187; de la ville et de la campagne ; ici, la rue, c'est la ville, c'est-&#224;-dire ce qui rend possible l'exposition des corps &#224; la rencontre, la complicit&#233;, la conspiration, la possibilit&#233; de faire prolif&#233;rer les histoires et leurs sens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord, La soci&#233;t&#233; du spectacle, L'am&#233;nagement du territoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La suppression de la rue passe par la d&#233;composition de la ville, de la vie, en une articulation de fonctions urbaines juxtapos&#233;es les unes aux autres : les quartiers d'affaires, les quartiers r&#233;sidentiels, et l'autoroute pour les relier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INDIVIDUALISER : URBANISER&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	D'o&#249; vient la &lt;i&gt;suburbia &lt;/i&gt; ? Le mot anglais vient du latin &lt;i&gt;suburbia&lt;/i&gt;, pluriel de &lt;i&gt;suburbium&lt;/i&gt;, &#171; sous les remparts de la ville &#187; : un assemblage de &lt;i&gt;sub&lt;/i&gt;, sous, &lt;i&gt;urbs&lt;/i&gt;, ville, et &lt;i&gt;-ium&lt;/i&gt;, un suffixe nominal. Au contraire de la ville publique, politique et d&#233;limit&#233;e de la &lt;i&gt;civis&lt;/i&gt;, o&#249; s'exercent id&#233;alement des relations d&#233;mocratiques, l'&lt;i&gt;urbs&lt;/i&gt; ne concerne que l'aspect mat&#233;riel d'une agglom&#233;ration de maisons, c'est-&#224;-dire d'espaces priv&#233;s, intimes. &#192; l'&#233;poque romaine, l'&lt;i&gt;urbs&lt;/i&gt; est constructible &#224; partir de rien, il est ind&#233;pendant de toute forme de communaut&#233;. Il sert alors d'instrument d'expansion et d'int&#233;gration de tous les territoires &#224; conqu&#233;rir ; il est reproductible &#224; l'infini, sans aucune limite. La forme que prend l'&lt;i&gt;urbs&lt;/i&gt; est celle du camp militaire romain, de la grille orthogonale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/gif/camp_romain_gordy_amercan_beginnings_in_europe_1912.gif' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/gif&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/gif/camp_romain_gordy_amercan_beginnings_in_europe_1912.gif?1731402987' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, Foucault montre comment, &#224; partir du 16e si&#232;cle en Europe, les techniques de pouvoir disciplinaire et s&#233;curitaire r&#233;utilisent cette organisation &#171; dans l'urbanisme, la construction des cit&#233;s ouvri&#232;res, des h&#244;pitaux, des asiles, des prisons, des maisons d'&#233;ducation &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Surveiller et Punir, La surveillance hi&#233;rarchique, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le camp romain sert alors d'instrument pour disciplinariser l'arm&#233;e : comme quadrillage, il permet de d&#233;couper des &#171; multitudes mobiles, confuses, inutiles de corps et de forces en une multiplicit&#233; d'&#233;l&#233;ments individuels &#8211; petites cellules s&#233;par&#233;es, autonomies organiques &#187; ; il tend &#224; &#171; se diviser en autant de parcelles qu'il y a de corps ou d'&#233;l&#233;ments &#224; r&#233;partir &#187; pour subdiviser les troupes. Comme espace cl&#244;tur&#233;, il permet d'emp&#234;cher des regroupements et circulations ind&#233;sirables. C'est &#224; partir de cette analyse architecturale que Foucault con&#231;oit la discipline comme quelque chose qui &#171; fabrique &#187; des individus, ces &#171; objets et instruments de son exercice &#187; : en ce sens, les individus ne pr&#233;existent pas &#224; la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En suivant ce raisonnement, l'urbanisme fabrique les cellules familiales dans un sens social et spatial. Les agglom&#233;rations que les colons europ&#233;ens construisent ex-nihilo en Am&#233;rique, et qui sont contemporaines de la disciplinarisation de l'arm&#233;e, prennent la forme du camp romain. Le quadrillage sert d'instrument de colonisation : &#224; s'approprier la terre en la divisant en parcelles &#224; vendre et &#224; accorder aux colons ; &#224; surveiller et r&#233;guler les circulations urbaines pour emp&#234;cher les r&#233;sistances &#224; la domination coloniale. En Am&#233;rique, l'urbanisation sert alors &#224; l'expansion territoriale illimit&#233;e d'une administration &#224; deux niveaux compl&#233;mentaires : celle de la colonisation, et celle de la famille. En ce sens, dans&lt;i&gt; The Possibility of an Absolute Architecture&lt;/i&gt;, l'architecte-th&#233;oricien Pier Vittorio Aureli comprend l'&lt;i&gt;urbs &lt;/i&gt; &#224; l'aune de l'&#233;conomie dans son sens aristot&#233;licien, c'est-&#224;-dire &#224; l'administration despotique -&lt;i&gt; oikonomik&#232;&lt;/i&gt; - d'une maison, d'un espace domestique, priv&#233;, intime - &lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;. Aristote d&#233;finit l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt; comme un espace de subordination, de hi&#233;rarchies inchangeables : relations despotiques entre ma&#238;tre et esclave, paternelles entre parent et enfant, et conjugales entre mari et &#233;pouse. La t&#226;che de l'architecte consisterait alors &#224; s'opposer au despotisme de l'&lt;i&gt;urbs&lt;/i&gt; en le limitant par la politique de la &lt;i&gt;civis&lt;/i&gt; ; &#224; opposer la ville &#224; l'urbanisation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pier Vittorio Aureli, The Possibility of an Absolute Architecture, Towards (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Aureli retrace l'origine de ce terme : en 1867, l'ing&#233;nieur Ildefons Cerd&#224;, &#224; l'origine du plan qui porte son nom &#224; Barcelone, l'introduit &#224; partir des &lt;i&gt;suburbios&lt;/i&gt;. Il cherche alors &#224; nommer la production d'un espace-temps de plus en plus mondialis&#233;, c'est-&#224;-dire de plus en plus unifi&#233; par des formes de communication et de circulation de personnes et de marchandises. Ces formes confondent les limites des espaces-temps qu'ils int&#232;grent dans une totalit&#233;, qui ne peut plus prendre le nom de &#171; ville &#187;. Comme on l'a vu, &lt;i&gt;suburbium&lt;/i&gt; indique ce qu'il y a sous les remparts qui d&#233;limitent les villes. Dans &lt;i&gt;S&#233;curit&#233;, territoire, population&lt;/i&gt;, Foucault analyse la mani&#232;re dont la croissance des &#233;changes &#233;conomiques n&#233;cessaires de la ville avec son entourage et de la d&#233;mographie m&#232;nent, &#224; partir du 16e si&#232;cle, au d&#233;senclavement des villes, &#224; leur inscription dans un espace de circulation territorial. On &#233;largit puis d&#233;molit les remparts, et la ville absorbe les &lt;i&gt;suburbia&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, S&#233;curit&#233;, territoire, population, Le&#231;on du 11 janvier 1978, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/cerda_barcelona.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/cerda_barcelona.jpg?1731403010' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Cerd&#224;, les &lt;i&gt;suburbios&lt;/i&gt; espagnols offrent un exemple parfait de l'urbanisation, et les meilleures conditions de vie. Il cherche alors &#224; &#171; ruraliser la ville et urbaniser la campagne &#187;, ou en d'autres termes, &#224; soumettre toute la production de l'espace-temps &#224; une logique d'urbanisation, de domesticit&#233;, d'&#233;conomie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ildefons Cerd&#224;, La th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'urbanisation, cit&#233; par Aureli, op. cit.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bref : comme produit dominant de l'industrie de la construction, la cellule familiale, sous la forme de la &lt;i&gt;single-family house&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;suburbia&lt;/i&gt;, constitue le mod&#232;le de l'urbanisation, du devenir-priv&#233; du monde. L'urbanisation efface les distinctions entre ville, campagne et &lt;i&gt;suburbia&lt;/i&gt; en am&#233;nageant toutes les vies et leurs espaces-temps de mani&#232;re &#233;quivalente et domestiqu&#233;e. Aureli &#233;crit que l'urbanisation, dans sa r&#233;p&#233;tition, entra&#238;ne &#171; une perte de la sp&#233;cificit&#233; temporelle et du processus historique, du sens du destin dans le moment o&#249; nous vivons &#187;. Une phrase qui r&#233;sonne avec les observations de Fisher sur l'impasse, et avant lui, sur celles de Guy Debord sur l'urbanisme, en 1967, o&#249; la disparition de la ville est celle du &#171; milieu de l'histoire &#187;, cette &#171; concentration du pouvoir social qui rend possible l'entreprise historique, et [la] conscience du pass&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA POLITIQUE DE LA PRIVATISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	D'un c&#244;t&#233;, l'urbanisation comme effacement autoritaire de l'espace-temps, sa polarisation par un sens unique : Debord, Mumford, Foucault, Aureli, Fisher. De l'autre, l'urbanisation comme mouvement d'&#233;mancipation in&#233;vitable &#224; favoriser par tous les moyens : Cerd&#224;, puis les auteurs n&#233;olib&#233;raux, dont l'une des figures centrales : l'&#233;crivain Walter Lippmann. En 1922, dans &lt;i&gt;Public Opinion&lt;/i&gt;, il loue comme &#171; exp&#233;rience la plus r&#233;volutionnaire de l'histoire &#187; le passage de &#171; collectivit&#233;s locales relativement ind&#233;pendantes et autosuffisantes &#187; &#224; leur &#171; interd&#233;pendance dans une &#233;conomie mondiale &#187; ; en d'autres termes, le passage de villes d&#233;limit&#233;es et d&#233;mocratiques &#224; un &#171; environnement vaste et impr&#233;visible &#187;. De cette observation partag&#233;e avec celle de Cerd&#224;, il en tire un sens de l'histoire, une t&#233;l&#233;ologie : un monde qui, in&#233;vitablement, se mondialisera de plus en plus. De cette proph&#233;tie, Lippmann pr&#233;conise une politique strictement &#233;conomique, celle qui r&#233;alise les am&#233;nagements n&#233;cessaires pour favoriser cette mondialisation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Lippmann, The Good Society ; je me base sur les citations de Barbara (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/thatcher_1980_right_to_buy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/thatcher_1980_right_to_buy.jpg?1731403034' width='500' height='751' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	En 1938, Lippmann donne son nom au colloque qui voit na&#238;tre le n&#233;olib&#233;ralisme ; &#224; partir de 1947, nombre de ses participants se retrouvent dans la soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le colloque a lieu &#224; Paris ; Mont-P&#232;lerin est un village suisse.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Parmi eux, Milton Friedmann et Friedrich Hayek, inspirateurs directs des politiques que Ronald Reagan et Margaret Thatcher m&#232;nent ensemble dans les ann&#233;es 1980, aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni. La c&#233;l&#232;bre phrase de Thatcher, &#171; There is no alternative ! &#187;, se comprend dans le contexte de la t&#233;l&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. C'est pourtant une phrase normative et non descriptive puisque la politique de Thatcher consiste &#224; faire passer l'hypoth&#232;se n&#233;olib&#233;rale &#224; une fatalit&#233;. &lt;i&gt;Ce passage de l'hypoth&#232;se &#224; la fatalit&#233; est au coeur de l'oeuvre de Mark Fisher, dont &lt;i&gt;Capitalist realism&lt;/i&gt;, Londres, Zero Books, 2009. &lt;/i&gt; L'ann&#233;e de l'&#233;lection de Thatcher, en 1979, et peu avant celle de Reagan en novembre 1980, Foucault donne pr&#233;cis&#233;ment un cours sur la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale, &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique&lt;/i&gt;. Dans la continuit&#233; des &#233;crits de Lippmann, Foucault dit : &#171; Le probl&#232;me du n&#233;olib&#233;ralisme, c'est [&#8230;] de savoir comment on peut r&#233;gler l'exercice global du pouvoir politique sur les principes d'une &#233;conomie de march&#233;. Il s'agit donc non pas de lib&#233;rer une place vide, mais de rapporter, de r&#233;f&#233;rer, de projeter sur un art g&#233;n&#233;ral de gouverner les principes formels d'une &#233;conomie de march&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Le&#231;on du 14 f&#233;vrier 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En servant de de fondement politique, l'&#233;conomie d&#233;termine donc les formes de l'intervention publique, qui se confond avec l'administration despotique d'un espace priv&#233;, ou plut&#244;t, ici, celle de la &#171; grande soci&#233;t&#233; &#187; - l'int&#233;gration mondiale de l'agglom&#233;ration d'espaces priv&#233;s. Les &#233;crivains n&#233;olib&#233;raux rejettent ouvertement les id&#233;es d&#233;mocratiques tout en s'opposant aux politiques fascistes, nationalistes et racistes : il s'agit bel et bien de promouvoir un environnement fait de flux mondialis&#233;s contre le renforcement des cl&#244;tures nationales. Du moins, des circulations que les n&#233;olib&#233;raux trouvent d&#233;sirables : celles qui favorisent le devenir-priv&#233; de l'ensemble du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Donc : &#224; partir de l'urbanisation, les auteurs n&#233;olib&#233;raux pensent le sens de l'histoire ; ensuite, cette pens&#233;e influence des politiques d'inspiration n&#233;olib&#233;rale qui utilisent l'urbanisation comme un instrument. Dans la continuit&#233; des politiques de logement hostiles au communisme, Reagan fait promouvoir l'acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et &#224; la nouvelle construction de maisons unifamiliales, qui passent par la baisse des taux d'int&#233;r&#234;t &#224; l'endettement ; Thatcher fait privatiser le parc de logements publics et faciliter l'activit&#233; des promoteurs immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HORIZON DE &#171; L'INDIVIDU SOUVERAIN &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	En 1997, para&#238;t ce que je per&#231;ois comme le livre le plus n&#233;olib&#233;ral jamais &#233;crit, une sorte de mise &#224; jour contemporaine des &#233;crits de Lippmann : &lt;i&gt;The Sovereign Individual&lt;/i&gt;, du journaliste William Rees-Mogg et de l'investisseur James Dale Davidson. Les auteurs &#233;crivent dans un contexte o&#249; les &#233;changes commerciaux et informationnels se font d&#233;sormais via Internet, &#171; le domaine du cyberespace &#187; qui transcende l'espace-temps. &#192; partir de l&#224;, Rees-Mogg et Davidson affirment que la grande soci&#233;t&#233; de l'&#233;conomie globale passe &#224; &#171; l'&#226;ge de l'information &#187;, un moment historique o&#249; elle s'&#233;mancipe &lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; de la &#171; tyrannie de la localit&#233; &#187; et du &#171; contr&#244;le politique &#187;. Pour eux, ce dernier est n&#233;cessaire uniquement en tant qu'il assure la s&#233;curit&#233; de l'espace physique par lequel les &#233;changes passent, pour les prot&#233;ger de tous les conflits imaginables qui portent sur l'acc&#232;s aux ressources. Les auteurs construisent une th&#233;orie de l'histoire o&#249; chaque r&#233;gime de pouvoir &#233;merge comme la meilleure solution, dans un contexte donn&#233;, pour dissuader l'exercice de la violence par d'autres acteurs que lui. Ils font du &#171; retour sur la violence &#187;, c'est-&#224;-dire l'arbitrage entre le co&#251;t et le b&#233;n&#233;fice &#224; exercer la violence dans une situation donn&#233;e, la logique qui explique l'ensemble du d&#233;veloppement historique. Par cons&#233;quent, la &#171; grande soci&#233;t&#233; &#187; s'&#233;mancipera de plus en plus de l'espace-temps ; les auteurs &#233;crivent au futur et pr&#233;sentent leur livre comme &#171; apocalyptique &#187;, comme la &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt; de ce qui va arriver.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Rees-Mogg, James Dale Davidson, The Sovereign Individual, Chicago, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En &#233;crivant une nouvelle t&#233;l&#233;ologie o&#249; chaque acte est avant tout &#233;conomique, c'est-&#224;-dire un calcul co&#251;t-b&#233;n&#233;fice, Rees-Mogg et Davidson s'inscrivent directement dans la filiation des auteurs n&#233;olib&#233;raux qu'ils citent tout au long livre. Selon les auteurs, ce calcul m&#232;ne au remplacement des remparts par des routes, des villes par l'urbanisation, et, dans &#171; l'&#226;ge de l'information &#187;, au remplacement du territoire de l'&#233;tat-nation par son morcellement en zones franches. Ces derni&#232;res sont de grandes cellules cr&#233;&#233;es ex-nihilo pour l'&#233;conomie mondialis&#233;e, en comp&#233;tition les unes aux autres dans l'attraction de &#171; clients &#187; qui remplacent les &#171; citoyens &#187; ; les auteurs en font l'&#233;loge.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. Voir le chapitre 7 Transcending Locality.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans les zones, les &#233;tats-nations renouent avec le r&#233;gime d'exception juridique qui caract&#233;rise la ville jusqu'au 16e si&#232;cle, cette fois pour &#233;carter les lois nationales qui rendraient ces zones moins comp&#233;titives dans le march&#233; global. Dans &lt;i&gt;Extrastatecraft&lt;/i&gt;, l'architecte Keller Easterling montre les diff&#233;rentes techniques - urbaines, infrastructurelles, juridiques, &#233;conomiques - qui produisent ces zones. Comme architecte, elle &#233;crit non pas pour les pr&#233;senter comme une fatalit&#233;, mais au contraire pour questionner l'effacement de l'espace-temps dont elles sont porteuses.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keller Easterling, Extrastatecraft : The Power of Infrastructure Space, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les zones se ressemblent toutes, on y interdit partout la m&#234;me chose, et leur logique s'&#233;tend sur les villes, comme &#224; Times Square aujourd'hui. Elles diffusent une urbanisation qui absorbe &#171; ce qui s'appelait autrefois la ville &#187;, comme l'&#233;crit l'architecte Rem Koolhaas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rem Koolhaas, &#201;tudes sur (ce qui s'appelait autrefois) la ville, Lausanne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La zone int&#232;gre toutes les formules pass&#233;es de l'urbanisation, comme la maison unifamiliale, et se multiplie aussi &#224; l'infini. Est-ce qu'elle forme l'id&#233;al du n&#233;olib&#233;ralisme ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;NIGMES POUR LA SUITE DU MONDE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Pourtant, ces politiques d'urbanisation semblent contredire compl&#232;tement deux fondements de la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale. Premi&#232;rement, l'acte comme un calcul co&#251;t-b&#233;n&#233;fice : la cellule familiale en tant que &lt;i&gt;single-family house&lt;/i&gt; est le type de construction le plus gaspilleur qui soit, le moins &#233;conomique, cette fois entendu au sens de ce qui diminue la d&#233;pense, de ce qui favorise l'&#233;pargne, l'accumulation. C'est la construction qui consomme le plus de surface, d'&#233;nergie, de temps ; y acc&#233;der veut dire s'endetter de mani&#232;re syst&#233;matique. Or, les politiques d'inspiration n&#233;olib&#233;rale am&#233;nagent et contraignent &#224; la fois &#224; l'endettement et &#224; ce type de construction. Une politique vraiment n&#233;olib&#233;rale aurait-elle &#233;cart&#233; une politique de classe gaspilleuse (contr&#244;ler les ouvriers) ? &#192; moins de penser, comme beaucoup, que le n&#233;olib&#233;ralisme est tout simplement une politique de classe qui ne dit pas son nom, qui ne fait pas ce qu'elle dit faire ? Ou alors, que l'on se trouve dans un march&#233; qui fait de l'endettement et du gaspillage syst&#233;matique le meilleur calcul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Deuxi&#232;mement, et c'est un point qui n'a pas &#233;t&#233; assez discut&#233;, c'est que cet endettement qui finance l'urbanisation se fait avec de la &#171; dette mon&#233;tis&#233;e &#187;, une cible traditionnelle des auteurs n&#233;olib&#233;raux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ma connaissance, les ouvrages les plus clairs sur la critique n&#233;olib&#233;rale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Par dette mon&#233;tis&#233;e, j'entends le mode d'&#233;mission mon&#233;taire qui a commenc&#233; &#224; s'imposer en 1913 pour devenir h&#233;g&#233;monique en 1971 : que chaque nouveau pr&#234;t se fasse avec de la nouvelle &#233;mission mon&#233;taire, et que cette &#233;mission soit totalement contr&#244;l&#233;e par les banques centrales. C'est un syst&#232;me qui confond l'argent et ses promesses de remboursement, monnaie et cr&#233;dit. &lt;i&gt;The Sovereign Individual &lt;/i&gt; et sa filiation &#8211; Murray Rothbard, Friedrich Hayek, l'&#233;cole autrichienne d'&#233;conomie dont ils font partie &#8211; ne cessent de critiquer cet &#233;talon mon&#233;taire comme ce qui permettrait le contr&#244;le centralis&#233; du moyen de toutes les transactions marchandes, une emprise politique de l'&#201;tat l&#224; o&#249; il devrait simplement favoriser le meilleur fonctionnement du march&#233;. Dans une &#233;conomie de dette, ce qui semble &#234;tre une contradiction dans les termes, il ferait donc plus sens que l'agent &#233;conomique - l'individu - choisisse de s'endetter, de d&#233;penser au-del&#224; de ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En soulevant ces &#233;nigmes, on dirait que la m&#234;me pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale qui produit le monde cellulaire sans dehors ni alternative permet aussi de tracer des pistes hors de lui. Elle est indissociable de l'urbanisation mais peut contredire les formes qu'elle prend. Elle est fondamentalement individualiste mais peut ignorer les attributs disciplinaires, ce que Foucault appelle &#171; le gommage anthropologique &#187; : un criminel n'est plus un psychopathe racis&#233; &#224; punir, mais un agent dont le crime est le choix le plus &#233;conomique qui s'est offert &#224; lui dans un contexte donn&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, op. cit. Le&#231;on du 21 mars (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bref : pour renverser et limiter l'urbanisation-individualisation, on peut r&#233;fl&#233;chir &#224; la fois avec et contre les n&#233;olib&#233;raux. Avec eux, reprendre la critique de la dette mon&#233;tis&#233;e pour cartographier la mani&#232;re dont elle finance concr&#232;tement l'urbanisation. Contre eux, contre les cellules spatiales du familialisme et du travail, compl&#233;ter des strat&#233;gies pour d&#233;faire ce qui contraint &#224; les produire et en renforce l'opacit&#233;, l'int&#233;riorit&#233; et l'identit&#233;. Pour : hanter l'urbanisation d'une architecture &#233;rotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;l&#233;ments biographiques : Nagy Makhlouf, originaire de Paris et n&#233; au milieu des ann&#233;es 1990, fait un doctorat en architecture &#224; l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne avec les laboratoires ALICE et RIOT.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comit&#233; invisible, &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt;, Sixi&#232;me cercle, &#171; L'environnement est un d&#233;fi industriel &#187;, Paris, La fabrique, 2007, pp. 58-61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel de Certeau, L'invention du quotidien, Marches dans la ville, Paris, Gallimard, 1980, pp. 139-142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En allemand, &lt;i&gt;Einverleibung&lt;/i&gt;. Voir Barbara Stiegler, &lt;i&gt;Nietzsche et la critique de la chair : Dionysos, Ariane, le Christ&lt;/i&gt;, Deuxi&#232;me partie : s'exposer au lointain, Paris, Presses Universitaires de France, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Man's Country Baths selon Edmund White dans &lt;i&gt;My Lives&lt;/i&gt;, Harper Collins, New York, 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francis Fukuyama,&lt;i&gt; The End of History and the Last Man&lt;/i&gt;, Free Press, New York, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le h du verbe hanter est muet : il s'absente &#224; l'oral et ne se rend pr&#233;sent qu'&#224; l'&#233;crit pour hanter l'ontologie. Pour la critique nietzsch&#233;enne du Je : Barbara Stiegler,&lt;i&gt; Nietzsche et la vie, Les &#233;crans de la m&#233;taphysique moderne&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dianne Harris, &lt;i&gt;Little White Houses : How the Postwar Home Constructed Race in America&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2013, 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jonathan Massey, &#171; Risk and Regulation in the Financial Architecture of American Houses &#187;, &lt;i&gt;Governing by Design : Architecture, Economy, and Politics in the Twentieth Century&lt;/i&gt;, University of Pittsburgh Press, Pittsburgh, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, L'am&#233;nagement du territoire, Buchet-Chastel, Paris, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;, La surveillance hi&#233;rarchique, Paris, Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pier Vittorio Aureli, The Possibility of an Absolute Architecture, Towards the Archipelago, MIT Press, Cambridge, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;S&#233;curit&#233;, territoire, population&lt;/i&gt;, Le&#231;on du 11 janvier 1978, Cours au Coll&#232;ge de France, Paris, Seuil/Gallimard, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ildefons Cerd&#224;, &lt;i&gt;La th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'urbanisation&lt;/i&gt;, cit&#233; par Aureli, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Lippmann, &lt;i&gt;The Good Society&lt;/i&gt; ; je me base sur les citations de Barbara Stiegler dans &lt;i&gt;Il faut s'adapter&lt;/i&gt;, La &#8220;formidable r&#233;adaptation de l'esp&#232;ce humaine&#8221;, Paris, Gallimard, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le colloque a lieu &#224; Paris ; Mont-P&#232;lerin est un village suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique&lt;/i&gt;, Le&#231;on du 14 f&#233;vrier 1979, Cours au Coll&#232;ge de France, Paris, Seuil/Gallimard, 2004, 137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Rees-Mogg, James Dale Davidson, &lt;i&gt;The Sovereign Individual&lt;/i&gt;, Chicago, Touchstone, 1999. Dans ces r&#233;gimes de pouvoir, les auteurs caract&#233;risent des triplets &#8220;gouvernement - gouvern&#233; - spatialit&#233;&#8221;, dont les termes s'effacent mutuellement dans le stade terminal de l'histoire n&#233;olib&#233;rale : celui de l'individu souverain. F&#233;odalit&#233; - vassalit&#233; - seigneurie ; monarchie - suj&#233;tion - royaume ; &#233;tat-nation - citoyennet&#233; - territoire ; march&#233; - client&#233;lisme - zone franche. La tyrannie de la localit&#233;, &lt;i&gt;tyranny of place&lt;/i&gt;, est emprunt&#233;e &#224; Milton Friedmann. Les passages sur le statut apocalyptique du livre se trouvent dans l'introduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. Voir le chapitre 7 Transcending Locality.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keller Easterling, &lt;i&gt;Extrastatecraft : The Power of Infrastructure Space&lt;/i&gt;, New York, Verso, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rem Koolhaas,&lt;i&gt; &#201;tudes sur (ce qui s'appelait autrefois) la ville&lt;/i&gt;, Lausanne, Payot, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ma connaissance, les ouvrages les plus clairs sur la critique n&#233;olib&#233;rale de la &#8220;dette mon&#233;tis&#233;e&#8221; sont ceux de l'&#233;conomiste Saifedean Ammous &#224; qui j'emprunte la formule, dont &lt;i&gt;The Fiat Standard et Principles of Economics&lt;/i&gt;, autopubli&#233;s en 2021 et 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique&lt;/i&gt;, op. cit. Le&#231;on du 21 mars 1979, pp. 264-265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Supprime ! : desmemoria queer &#224; l'&#232;re du num&#233;rique</title>
		<link>https://trounoir.org/Supprime-desmemoria-queer-a-l-ere-du-numerique-284</link>
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		<dc:date>2023-05-22T11:45:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Pinkwashing</dc:subject>
		<dc:subject>Archives</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;n&#233;alogie</dc:subject>
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		<dc:subject>Ricardo Robles</dc:subject>
		<dc:subject>Ricardo-Maria V. Robles</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour une &#233;thique transf&#233;ministe des archives&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2023-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pinkwashing-+" rel="tag"&gt;Pinkwashing&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Archives-+" rel="tag"&gt;Archives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Genealogie-+" rel="tag"&gt;G&#233;n&#233;alogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Visibilite-+" rel="tag"&gt;Visibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Technologie-+" rel="tag"&gt;Technologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Ricardo-Robles-+" rel="tag"&gt;Ricardo Robles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Ricardo-Maria-V-Robles-+" rel="tag"&gt;Ricardo-Maria V. Robles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-transfeminisme-+" rel="tag"&gt;transf&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/img_20230518_163514_223.jpg?1731403060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='146' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article est une transcription, l&#233;g&#232;rement r&#233;&#233;crit afin d'inclure le d&#233;bat ult&#233;rieur, d'une intervention de Ricardo Robles lors des rencontres &#171; Le Sem'Imagine l'Archive &#187; du Collectif Archives LGTBQI de Paris le 26 mars 2023. La proposition est de r&#233;fl&#233;chir &#224; une d&#233;ontologie, voire une &#233;thique, lorsqu'on fait des archives, de la recherche, du militantisme ou qu'on s'investit tout simplement dans le milieu de la culture &#224; partir d'une perspective transf&#233;ministe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo prise par Sasha Blondeau &#224; l'occasion du Sem' : Imagine l'archive ! #2. Transmissions. Le 26 mars 2023.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/i&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, je souhaiterais pr&#233;ciser que cet article pr&#233;tend avant tout d'approfondir le concept de &lt;i&gt;n&#233;cropolitique queer&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2013-1-page-151.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Puar, 2007&lt;/a&gt;) en le mettant en rapport avec d'autres auteur.i.ces, ainsi qu'avec les conditions mat&#233;rielles et temporelles actuelles post-COVID. Loin de vouloir diaboliser l'usage du num&#233;rique chez les queers (d'autant plus que ceci est publi&#233; dans une revue en ligne), je reconnais ses avantages : entrer en contact, faire un coming-out moins brutal, surtout dans des contextes d'emprise familiale ou de situation politique dictatoriale ou autoritaire. N&#233;anmoins, il me semble important d'avoir une r&#233;flexion critique, surtout lorsqu'une &lt;strong&gt;bonne partie de notre subjectivit&#233;&lt;/strong&gt; sexuelle et de nos processus collectifs queer et trans sont en train de &lt;strong&gt;se construire &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; et sur les r&#233;seaux sociaux, au point d'avancer d'autres contextes de sociabilit&#233;&lt;/strong&gt; (tels que des lieux physiques) ; aussi, lorsque ces espaces num&#233;riques ont chang&#233; radicalement la fa&#231;on de construire des archives minoritaires. Les p&#233;riples afin d'obtenir des lieux permanents pour les archives (que le collectif Archives LGTBQI Paris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Archives LGBTQI de Paris ont de fa&#231;on provisoire un local &#224; la Rue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; conna&#238;t tr&#232;s bien), et le pari que font d'autres collectifs pour les archives num&#233;riques, nous confrontent &#224; des nouveaux d&#233;fis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne r&#233;fl&#233;chit pas aux technologies num&#233;riques en tant que technologies mol&#233;culaires et souples, manipulables et &#233;lastiques sans limitations. Cette vieille hypoth&#232;se est partag&#233;e autant par les techno-optimistes (qui regardent chaque innovation num&#233;rique comme une r&#233;volution rhizomatique anarcho-transf&#233;ministe qui d&#233;mocratiserait la parole) que par les techno-pessimistes (celleux qui d&#233;noncent le 'transhumanisme', souvent tombant dans des paniques conspirationnistes ou survivalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut &#234;tre prudent avec ces discours puisque, tr&#232;s souvent, visent le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Contrairement &#224; ces deux champs, qui partent du m&#234;me principe, &lt;strong&gt;je pense au &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;num&#233;rique en tant qu'une architecture rigide&lt;/strong&gt; (en tout cas pas plus souple que des dispositifs du r&#233;gime disciplinaire), concr&#232;tement une architecture &lt;strong&gt;plate et lisse&lt;/strong&gt; pour suivre Beatriz Colomina&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beatriz Colomina est architecte, commisaire d'exposition et th&#233;oricienne de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les signifiants affich&#233;s dans le smartphone sont homog&#233;n&#233;is&#233;s, la circulation est de plus en plus r&#233;gul&#233;e, soumise &#224; des l&#233;gislations, autant des gouvernements (telles que la &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/07/10/loi-avia-une-large-majorite-mais-de-vives-inquietudes_1739053/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi Avia&lt;/a&gt; en France) que des &lt;i&gt;plate&lt;/i&gt;-formes priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;desmemoria,&lt;/i&gt; pour le traduire en fran&#231;ais, &lt;strong&gt;veut dire '&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&#233;-m&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;moire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'.&lt;/strong&gt; C'&#233;tait un concept abondamment mobilis&#233; par les r&#233;sistant-e-s antifascistes en Espagne pour parler d'un ensemble de politiques de l'&#201;tat dont leur but est de nier, d'effacer et de censurer les g&#233;nocides et les crimes de guerre commis. Un exemple de cela est le Pacto del Olvido (pacte de l'oubli) de la Ley de Amnistia (1977) en Espagne apr&#232;s la mort du dictateur Franco ; une loi qui pr&#244;ne, je cite, un 'oubli de tout et pour tous' (&lt;i&gt;un olvido de todo y para todos&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire l'imposition d'un silence des 40 ans de guerre civile et de dictature. Cette loi est toujours en vigueur en Espagne et entrave toutes les initiatives de m&#233;moire historique (aussi timides que r&#233;centes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Ley de Memoria Historica date de 2007 (sous le gouvernement de Zapatero) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Pour citer litt&#233;ralement le &lt;a href=&#034;https://pod.ac-normandie.fr/video/42797-co-el-pacto-del-olvido/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;discours de la promulgation&lt;/a&gt; du Pacto del Olvido &#224; l'Assembl&#233;e nationale espagnole, &lt;strong&gt;une loi peut &#233;tablir l'oubli &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a soci&#233;t&#233; disciplinaire a eu le pouvoir de gestion de nos souvenirs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on &#233;coute encore ce discours, on trouve que les ambitions du politicien qui le pronon&#231;ait (Xabier Arzalluz) allaient au-del&#224; d'une loi : &#171; cet oubli doit s'&#233;tablir &#224; toute la soci&#233;t&#233;, il faut que cette conception de l'oubli se g&#233;n&#233;ralise &#187; (sic). Ce discours de 1977 est repr&#233;sentatif de &lt;strong&gt;ce contexte en pleine transition d'une soci&#233;t&#233; disciplinaire &#224; une autre&lt;/strong&gt; (selon les auteurs : soci&#233;t&#233; de contr&#244;le, capitalisme cognitif, psychopolitique, pharmacopornographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces concepts ne sont pas n&#233;cessairement interchangeables, puisqu'ils font (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, capitalisme num&#233;rique ou NBIC...). Il serait logique donc de penser qu'aujourd'hui la&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;desmemoria&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ne se limite pas &#224; l'Espagne ou aux contextes post-dictatoriaux (Chili, Argentine, Portugal, etc.) mais &lt;strong&gt;r&#233;pond &#224; de nouvelles formes&lt;/strong&gt; (plus larges, plus mondialis&#233;es), et que, par cons&#233;quent, il serait plus int&#233;ressant d'&#233;tendre sa d&#233;finition en tant qu'&lt;strong&gt;ensemble de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;techniques du gouvernement pour induire l'oubli. &lt;/strong&gt;Ceci nous permettrait de mieux comprendre son rapport avec les espaces num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc d&#233;signer &lt;strong&gt;l'algorithme comme un nouve&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; agent &lt;/strong&gt;des politiques de la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt;. L'information sur l'&#233;cran est soigneusement s&#233;lectionn&#233;e. L'algorithme et les cookies personnalis&#233;s font le tri des annonces et des publications qui pourraient nous int&#233;resser... et d&#233;cid&#233;ment d'une fa&#231;on tendancieuse. En octobre 2021, avant le rachat par Elon Musk, &lt;a href=&#034;https://www.numerama.com/tech/749728-twitter-admet-quil-amplifie-plus-la-droite-francaise-que-la-gauche.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Twitter reconna&#238;ssait d&#233;j&#224;&lt;/a&gt; que leur algorithme favorisait les contenus d'extr&#234;me-droite apr&#232;s une &#233;tude men&#233;e par la plateforme elle-m&#234;me. Et aujourd'hui le num&#233;rique, loin d'&#234;tre un outil de &#171; justice sociale &#187; pour signaler des contenus racistes, LGTBphobes ou fascistes, vise de plus en plus la nudit&#233; et le &lt;a href=&#034;file:///D:/escritos/%20https%20://decriminalizesex.work/advocacy/sesta-fosta/what-is-sesta-fosta/&#034; class=&#034;spip_out&#034;&gt;travail du sexe en ligne&lt;/a&gt; (annonces web d'escortes, webcammers, cr&#233;ateur-e-s de contenus X) et les publications contestataires connaissent de plus en plus de censures ou de &#171; &lt;i&gt; shadowban &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important des politiques de la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; &#224; travers le num&#233;rique est la modalisation temporaire : &lt;strong&gt;le pr&#233;sent perp&#233;tuel&lt;/strong&gt;, d&#233;j&#224; conceptualis&#233; par le philosophe fran&#231;ais F&#233;lix Guattari. En 2019 la philosophe mexicaine &lt;a href=&#034;https://www.cambourakis.com/auteur_livre/sayak-valencia/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sayak Valencia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; rassemble tous ces facteurs (pr&#233;sent perp&#233;tuel, algorithme, cyber-surveillance) et les conceptualise en tant que &lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;gime du streaming-live &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valencia, Sayak. El r&#233;gimen est&#225; (transmitiendo en) vivo. #Re-visiones (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout &#233;v&#233;nement important (des s&#233;minaires/d&#233;bats aux manifestations, en passant par les AG) sont &lt;strong&gt;stream&#233;s pour &#234;tre oubli&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ensuite.&lt;/strong&gt; Il est paradoxal comment plus les espaces num&#233;riques deviennent sophistiqu&#233;s (et a priori plus aptes &#224; faire des archives, &#224; travers l'indexation), plus nous sommes d&#233;munis des fa&#231;ons d'apprendre &#224; nous souvenir des choses, m&#234;me les plus banales. Il est &lt;strong&gt;difficile de d&#233;velopper une m&#233;moire &#224; long terme&lt;/strong&gt; (m&#234;me &#224; court terme), au point que parfois elle d&#233;p&#233;risse. Combien parmi vous furent soup&#231;onn&#233;s d'avoir un diagnostique TDAH (Trouble de Attention avec Hyperactivit&#233;), ou pire, &lt;i&gt;d'&#234;tre &lt;/i&gt;TDAH ? &lt;strong&gt;Et si le TDAH n'&#233;tait autre chose qu'un effet de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;desmemoria&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;ou encore, pour le dire avec Guattari encore, de la &lt;i&gt;standardisation de la subjectivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guattari, F&#233;lix (1992) Chaosmose. &#201;dition de 2022. &#201;ditions Lignes. C'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &lt;strong&gt;Sayak Valencia&lt;/strong&gt; le souligne, cela am&#232;ne toujours &#224; une induction de l'oubli li&#233; &#224; des contextes d'oppression, soit : &#171; d'&lt;strong&gt;une suppression syst&#233;matique de la m&#233;moire historique de certaines populations, surtout minoritaires&lt;/strong&gt; : indig&#232;nes, racis&#233;es, pauvres, f&#233;ministes, dissidentes sexuelles, handicap&#233;es, migrantes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valencia, Sayak. El r&#233;gimen est&#225; (transmitiendo en) vivo. #Re-visiones (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceci nous pose &#233;norm&#233;ment de questions concernant les archives, sp&#233;cialement si elles sont num&#233;riques ou en partie num&#233;riques. Notament dans la transmission et ses modalit&#233;s. La &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre l&#224; o&#249; on ne l'attend pas, autrement dit et pour citer Achille Mbemb&#233;, il s'agit d'une &#171; diss&#233;mination du microfascisme dans les interstices du r&#233;el &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mbemb&#233;, Achille (2020), Brutalisme. &#201;d. La D&#233;couverte. (p.93)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par cons&#233;quent, et afin de lutter contre la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt;, il serait int&#233;ressant de nous demander quels sont ces microfascismes diss&#233;min&#233;s en nous, quelles sont les effets de la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; dans nos espaces queer, transf&#233;ministes, ou comme nous voulons les nommer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques formes de la desmemoria &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans mes recherches, et &#224; partir des r&#233;flexions de plusieur.e.s philosophes et camarades (Nat Raha, Sayak Valencia, Blas Radi, Achille Mbemb&#233;, Walter Benjamin, F&#233;lix Guattari, Paul B. Preciado, Elizabeth Duval, Sam Bourcier) il m'a &#233;t&#233; possible de constater plusieurs m&#233;canismes de desmemoria qui visent les dissidences sexuelles et tr&#232;s notamment les personnes trans :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1) Une obsolence programm&#233;e des personnes trans m&#233;diatis&#233;es : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le philosophe argentin &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Activisme-transmasculin-et-avortement&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blas Radi&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; les personnes trans les plus visibles (t&#233;l&#233;vision, Internet ; institutions, associations, s&#233;minaires, espaces militants) sont pr&#233;sent&#233;es comme interchangeables, ce que les anglophones connaissent par '&lt;i&gt;token&lt;/i&gt;'. &lt;strong&gt;Cela pousse ces '&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;token&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;' &#224; se d&#233;marquer du reste, se d&#233;tachant ainsi de l'h&#233;ritage militant et th&#233;orique &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui les&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; pr&#233;c&#233;dent, brisant toute tentative de transmission. &lt;/strong&gt;Apr&#232;s tous ces efforts pour se d&#233;marquer du reste, il arrive ce qui est arriv&#233; au reste : soit un &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt; militant (ou plut&#244;t ce que Jack Halberstam appelle '&lt;i&gt;subcultural fatigue&lt;/i&gt;'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Halberstam, Jack (2004) In Another Queer Time And Place. Duke University Press&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) soit un call-out. Tout &#231;a pour &#231;a comme on dit. Finalement, ces envies de vouloir &#234;tre diff&#233;rent n'entravent pas les dynamiques de succession et d'interchangeabilit&#233;, bien au contraire les nourrissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blas Radi dit encore que l'ex&#233;cution de ces dynamiques &#171; &lt;i&gt;enterre la trajectoire du mouvement dans les fosses communes du pass&#233;. &lt;/i&gt;Et, avec lui, l'expertise, la maturit&#233;, les d&#233;bats, les plans d'action, et la plateforme collective depuis laquelle on pourrait contester bien plus que l'inclusion symbolique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus largement, cela conduit &#224; ce que j'appelle une &lt;strong&gt;obsolescence programm&#233;e de la sociabilit&#233;/m&#233;diatisation des personnes trans&lt;/strong&gt;, o&#249; la dur&#233;e de leur port&#233;e m&#233;diatique/sociable d&#233;passe rarement la moyenne des cinq ans et, dans beaucoup des cas, ce sont les personnes qui d&#233;cident d'elles-m&#234;mes de s'&#233;loigner de la visibilit&#233;. L'entourage ne les r&#233;clamant pas non plus, ces personnes d'un coup 'hors milieu' tombent dans l'ostracisme le plus absolu. &lt;strong&gt;Nat Raha&lt;/strong&gt; d&#233;crit ces processus comme une &#171; morte lente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raha, Nat. Transfeminine brokeness, radical transfeminism. The South (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des personnes transf&#233;minines, liant ainsi transmisogynie et ce qu'&lt;strong&gt;Achille Mbemb&#233;&lt;/strong&gt; entend par n&#233;cropolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) R&#233;cits tanatophiles :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes questionnements sur cet aspect ont commenc&#233; lors de la m&#233;diatisation &#224; l'internationale de &lt;strong&gt;Cristina La Veneno&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cristina Ortiz (aussi connue comme La Veneno) f&#251;t une des premi&#232;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; apr&#232;s sa mort&lt;/strong&gt; &#224; travers une s&#233;rie t&#233;l&#233; sur HBO r&#233;alis&#233; par 'Les Javis'. Mes r&#233;flexions se sont fortement nourries de celles d'&lt;strong&gt;Elizabeth Duval&lt;/strong&gt;, une philosophe espagnole et chroniqueuse qui a analys&#233; en d&#233;tail certaines dynamiques probl&#233;matiques de la s&#233;rie. Non seulement &#171; le focus de la violence est d&#233;plac&#233; syst&#233;matiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Duval, Elizabeth (2021), Despu&#233;s de lo trans. La Caja Books La Veneno (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les deux personnages principaux (deux femmes trans), se pr&#233;sentent comme interchangeables (plusieurs cadres temporels diff&#233;rents qui s'entrecoupent), mais r&#233;pondent en m&#234;me temps &#224; des r&#244;les tr&#232;s pr&#233;cis. Le personnage de Cristina repr&#233;sente ici un archa&#239;sme, un personnage malheureux, l'&#233;chec ; tandis que Valeria Vegas (la jeune femme trans sociologue qui &#233;crit sa biographie) incarne le succ&#232;s professionnel et amoureux, une dite 'repr&#233;sentation positive', cette &#171; logique de la nouveaut&#233; &#187; de la modernit&#233; occidentale. Elizabeth Duval se demande ainsi : &#171; Peut-&#234;tre est-il plus cruel de convertir une morte en d&#233;esse que de convertir une vivante en saltimbanque de la Cour ? &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Duval, Elizabeth (2021), Despu&#233;s de lo trans. La Caja Books&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;summum&lt;/i&gt; est la commercialisation par l'entreprise Mattel d'une poup&#233;e &#224; l'effigie de La Veneno... mais aussi de Marsha P. Johnson ! Nous sommes &#224; un stade macabre du &lt;i&gt;pinkwashing &lt;/i&gt; : cette rentabilisation et cosm&#233;tisation automatis&#233;e de la mort des femmes trans, des travesties et des personnes transf&#233;minines r&#233;pondrait tr&#232;s bien &#224; ce &lt;strong&gt;Sayak Valencia&lt;/strong&gt; entend dans &lt;i&gt;Capitalisme gore &lt;/i&gt;par &#171; thanatophilie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valencia, Sayak. Capitalisme gore. Traduit au fran&#231;ais par Louise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi probable que d'autres personnes trans ou de genre non-conformes qui ne sont pas transf&#233;minines soient tout aussi prises dans des logiques thanatophiles, bien qu'&#224; une &#233;chelle plus '&lt;i&gt;underground&lt;/i&gt;' (comme Leslie Feinberg) ou locale (Monique Wittig en France). Je me suis permis de d&#233;gager une s&#233;rie de &lt;strong&gt;caract&#233;ristiques communes &lt;/strong&gt;&#224; tous ces traitements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Reprise m&#233;diatique dans &lt;i&gt;l'apr&#232;s-coup&lt;/i&gt; (non pas imm&#233;diatement apr&#232;s le d&#233;c&#232;s).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pr&#233;sentation de ses productions litt&#233;raires, en termes de t&#233;moignages, de traumatisme, de &#171; jouet cass&#233; &#187;, au pire lyriques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;D&#233;ni de toute capacit&#233; d'agencement&lt;/i&gt; et de complexit&#233; de leur discours ou de leurs productions th&#233;oriques, souvent avec des interpr&#233;tations psychologisantes et pathologisantes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;interpr&#233;tation biographique et/ou th&#233;orique qui met l'accent sur les discriminations d'ordre interpersonnel et non pas sur la violence d'&#201;tat et le syst&#232;me patriarcal et colonial.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#233;pris de l'auto-d&#233;termination de la personne dont il est question, relecture pr&#233;sentiste.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le&#231;on finale de respectabilit&#233; (un &#233;pisode sombre de l'histoire ou, comme dit ironiquement Duval, cette personne serait &lt;i&gt;mort-e pour nos p&#233;ch&#233;s&lt;/i&gt;) et acceptation acritique de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente (il faut de &lt;i&gt;ne pas&lt;/i&gt; &#234;tre comme elleux afin de &lt;i&gt;ne pas &lt;/i&gt;finir malheureuxses/traumatis&#233;-e-s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Effet Macondo :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence au roman &lt;strong&gt;Cent &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ans&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;olitude&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de Gabriel Garcia Marquez, &lt;strong&gt;Macondo est un village qui subit une mal&#233;diction cyclique&lt;/strong&gt;. C'est un terme que j'ai propos&#233; dans mes travaux pour d&#233;crire un sentiment d'inf&#233;riorit&#233;, &lt;strong&gt;de surd&#233;termination et d'acceptation acritique de l'oubli ;&lt;/strong&gt; une position binaire et subalterne incapable d'offrir une alternative ou un point de fuite par lequel inventer et fabriquer, &#224; long terme, d'autres r&#233;alit&#233;s et par cons&#233;quent de construire une m&#233;moire dissidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne, comme chez Macondo, &#224; des &#171; effets loop &#187;. Le dispositif de l'algorithme cache soigneusement certaines archives, cache aussi certains d&#233;bats, et donc contribue &#224; ce qu'en revienne tout le temps aux m&#234;mes d&#233;bats, de fa&#231;on cyclique. &lt;i&gt;M&#234;me le d&#233;bat sur les d&#233;bats cycliques dans la communaut&#233; queer est, en soi, un d&#233;bat cyclique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4) &lt;i&gt;Desmemoria&lt;/i&gt; de l'oppression subie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent perp&#233;tuel s'impose comme support, si (par exemple) je change mes pronoms ou mon nom sur les r&#233;seaux sociaux le pr&#233;c&#233;dent dispara&#238;t : pour les utilisateurices et non pas pour Mark Zuckerberg, pour Elon Musk ou pour France Connect. Si la plateforme ne le permet pas ce n'est pas grave, on cr&#233;e un autre compte et on repart &#224; z&#233;ro. Cela a des r&#233;percussions dans la fa&#231;on dont on lit certaines histoires, y compris &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; histoires de dissidence sexuelle. Par exemple, on dira qu'on a toujours &#233;t&#233; un homme ou une femme ou aucun, qu'on a toujours &#233;t&#233; attir&#233;-e-s par tel ou tel genre, qu'on a toujours eu telle ou telle quantit&#233; de d&#233;sir sexuel, qu'on a toujours eu telle ou telle neuroatypie. Mais si on fait un &lt;i&gt;coming out &lt;/i&gt;nouveau on r&#233;&#233;crira &#224; nouveau notre histoire, &lt;strong&gt;on g&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ibouillera une biographie coh&#233;rente, lisse, plate, sans contradictions.&lt;/strong&gt; A plus de &lt;i&gt;coming outs&lt;/i&gt;, plus de r&#233;&#233;criture. Dans tous les cas, &lt;strong&gt;il s'agit de faire un tri abusif entre certains souvenirs et d'autres, en bref ce que Paul B. Preciado appelle une &#171; supression de la m&#233;moire de l'oppression &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adler, Laure ; Preciado, Paul B (2021) Machines &#224; &#233;crire. min 18 :25.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; de ce qu'on a &#233;t&#233; avant, que &#231;a soit en tant que femme, en tant que lesbienne, en tant que butch, en tant que p&#233;d&#233;, en tant qu'homme eff&#233;min&#233;... La conceptualisation de nos anciens pr&#233;noms de personnes trans en &#171; &lt;i&gt;dead-name &lt;/i&gt; &#187; (&#171; mori-nom &#187; dans sa francophonisation), d'ailleurs tr&#232;s critiqu&#233;e par plusieurs auteur-ices&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi Paul B. Preciado dans cet &#233;change avec Jack Halberstam&#224; Londres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, me semble un exemple tr&#232;s &#233;vident de cette &lt;i&gt;desmemoria de l'oppression &lt;/i&gt;et du langage n&#233;cropolitique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
5) L'auto-effacement d'archives :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un camarade venu au s&#233;minaire des Archives&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'invite au dit camarade de se manifester parce que... j'ai oubli&#233; son nom !&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;r&#233;fl&#233;chissait sur la communaut&#233; transmasculine de Youtube dans les ann&#233;es 2000 et 2010 (o&#249; les cha&#238;nes &#233;taient une sorte de 'journal de bord' de transition) et comment, d'un coup, cette culture (et donc tous ces archives !!) ont disparu, souvent supprim&#233;s volontairement par les usagers, souvent en raison d'une &#233;volution dans leur discours politique. L'int&#233;riorisation est tellement forte que nous avons normalis&#233; le fait de supprimer des tweets anciens, des anciennes photographies sur Instagram, ou m&#234;me des comptes. Il s'agit en somme d'une surveillance constante de soi-m&#234;me, ce que &lt;a href=&#034;https://360.ch/tendances/68086-sam-bourcier-les-militant&#183;e&#183;s-virent-vers-lindividualisme-et-le-ouin-ouin/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sam Bourcier&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; observe aussi dans un entretien pour Magazine 360&#176; : &#171; c'est une hyper-correction. &lt;strong&gt;Les jeunes&lt;/strong&gt;, pris dans des logiques privatives et de contr&#244;le, n'osent plus parler de rien et &lt;strong&gt;s'autocensurent&lt;/strong&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression 'Supprime' r&#233;sumerait tr&#232;s bien ce m&#233;canisme. Quand quelqu'un dit quelque chose d'affreux, on lance un 'supprime', ce que souvent la personne qui a foir&#233; va faire, comme si de rien n'&#233;tait &lt;i&gt;(dirty delete).&lt;/i&gt; Autrement dit, toute chose qu'on dit sur Internet devient automatiquement archiv&#233;e, mais il y a des dispositifs de contr&#244;le (hyperbolis&#233;s dans les communaut&#233;s sexo-dissidentes) qui font que &lt;strong&gt;nous-m&#234;mes supprimons NOS archives, donc on est en train d'exercer nous-m&#234;mes cette &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;desmemoria&lt;/strong&gt;, autant envers les autres qu'envers nous-m&#234;mes. Et contrairement &#224; ce qu'on croit, &lt;strong&gt;cette hypercorrection&lt;/strong&gt; politique ne conduit pas &#224; une remise en question, bien au contraire elle &lt;strong&gt;conduit &#224; une d&#233;responsabilisation politique la plus totale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Responsabilit&#233; &#233;pist&#233;mologique : cinq propositions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire collectivement face &#224; cette &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; ? Je rejoins le projet de&lt;strong&gt; Blas Radi &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;Moira P&#233;rez&lt;/strong&gt; d'une &lt;i&gt;responsabilit&#233; &#233;pist&#233;mologique trans&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BLAS RADI. Responsabilidad epist&#233;mica e ignorancia culpable. Un comentario (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui puisse contrecarrer ces dynamiques. Voici quelques initiatives que je lance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Commencer par des exercices de notre m&#233;moire &#224; nous, des choses du quotidien. Il faudrait une mise en place d'&lt;strong&gt;ateliers de contre-programmation cognitive&lt;/strong&gt; transf&#233;ministes, dont leur but ne soit pas une am&#233;lioration de la productivit&#233; capitaliste ni d'en faire une '&lt;i&gt;skill&lt;/i&gt;', mais une meilleure pr&#233;paration pour nos savoirs communs.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Prendre en charge les dynamiques de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;jeunisme&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;qui expulsent les trans et queer &#226;g&#233;es de nos r&#233;seaux de sociabilit&#233;, souvent depuis l'arch&#233;type du pr&#233;dateur-ice, du/la relou-e, le grognon-ne, le fouxlle, le/a tox/alcoolo etc. &lt;strong&gt;Les queers &#226;g&#233;es ne sont pas des 'bo&#238;tes &#224; outils' qu'on utilise de fa&#231;on opportuniste&lt;/strong&gt; pour a posteriori ne pas penser &#224; elleux en tant qu'ami.e.s, camarades, amant-e-s, des &#234;tres chers. Nos espaces, nos dispositifs doivent aussi &#234;tre plus accessibles s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s des queers &#226;g&#233;es et des personnes ayant diversit&#233; fonctionnelle. Cela concerne aussi les espaces num&#233;riques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Inclure des&lt;strong&gt; r&#233;flexions critiques &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sur&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; l'usage du num&#233;rique&lt;/strong&gt; dans le militantisme (&lt;i&gt;d&#233;cr&#233;tionnisme num&#233;rique)&lt;/i&gt; sans pour autant tomber dans des discours technophobes. Autrement dit, utiliser les espaces num&#233;riques avec mod&#233;ration afin qu'ils ne se substituent pas &#224; d'autres espaces de sociabilit&#233;, faisant le pari de la multiplicit&#233; d'investissement d'espaces. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Adh&#233;rer &#224; des g&#233;n&#233;alogies de 'circuit court'&lt;/strong&gt;, c'est &#224; dire de notre ville ou de notre contexte militant (si imparfait qu'il puisse &#234;tre !). Je ne pr&#244;ne point une 'autarquie' (autarqueer ?), &#233;tant moi-m&#234;me le premier &#224; &#234;tre pour l'internationalisme et la circulation des id&#233;es. Mais, pour l'avoir exp&#233;riment&#233; moi-m&#234;me &#224; plusieurs reprises, il me semble important de ne pas fantasmer &#224; l'exc&#232;s l'activisme des villes, des &#233;poques ou des contextes g&#233;ographiques dont nous n'avons pas un lien direct et nous ne voulons pas l'avoir, puisque souvent ces id&#233;alisations se font au d&#233;triment des personnes de notre quotidien.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Combattre ce microfascisme n&#233;olib&#233;ral individualiste de 'il n'y a eu personne avant moi',&lt;/strong&gt; qui se manifeste souvent dans des critiques &#224; nos ancien-ne-s qui ont pour but la destruction de tout ce qui a &#233;t&#233; construit pr&#233;c&#233;demment, et non pas de construire un &#233;change ou d'enrichir le d&#233;bat. Comme l'affirme &lt;strong&gt;Blas Radi&lt;/strong&gt; : &#231;a &lt;i&gt;donne une puissance momentan&#233;e tr&#232;s tenta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nte&lt;/i&gt;. Ce &#224; quoi je rajouterais m&#234;me, &#231;a peut te donner l'impression d'&#234;tre super subversif, super anti-syst&#232;me ! On pourrait dire qu'il s'agit d'un &lt;strong&gt;n&#233;cro-empowerment&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;que &lt;strong&gt;Sayak Valencia&lt;/strong&gt; d&#233;finit en tant qu'empowerment individuel dont ses cons&#233;quences sont la mort (physique ou sociale) d'autres populations vuln&#233;rables ou du m&#234;me groupe social.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valencia, Sayak. Capitalisme gore. Traduit au fran&#231;ais par Louise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, &lt;strong&gt;nous les personnes trans et queer jeunes avons un degr&#233; de responsabilit&#233; dans le manque de transmission&lt;/strong&gt;, surtout quand on commence &#224; militer et quand les maisons d'&#233;ditions et les journalistes nous encouragent &#224; nous bagarrer entre nous depuis leur tour de marbre avec un pot de pop-corn. Avoir une &lt;i&gt;responsabilit&#233; &#233;pist&#233;mologique &lt;/i&gt;avec nos daron-ne-s trans et &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et combattre la &lt;i&gt;desmemoria&lt;/i&gt; est bien plus important que la '&lt;i&gt;fame&lt;/i&gt;' ou l'argent. &#192; nous de faire une &lt;strong&gt;d&#233;sob&#233;issance civile&lt;/strong&gt; et de rompre notre pacte avec l'oubli.... &#224; v/nos claviers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ricardo Robles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Archives LGBTQI de Paris ont de fa&#231;on provisoire un local &#224; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; Rue Santeuil (6eme), dans l'ancien campus de La Sorbonne. Vous pouvez consulter leur comptes sur les r&#233;seaux sociaux ou leur site Internet afin de savoir plus sur leur lutte, depuis bien plus de 5 ans, pour signer un bail &#224; long terme pour un local adapt&#233; &#224; leurs n&#233;cessit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut &#234;tre prudent avec ces discours puisque, tr&#232;s souvent, visent le militantisme trans et queer r&#233;volutionnaire (tels que Pi&#232;ce Main d'Oeuvre, et plus r&#233;cemment le podcast Floraisons)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beatriz Colomina est architecte, commisaire d'exposition et th&#233;oricienne de l'architecture. Elle travaille avec d'autres disciplines avec une approche pluridisciplinaire sur la relation entre l'architecture contemporaine, les m&#233;dias et les transformations du capitalisme et notamment sur Playboy, ce qui explique sa direction de th&#232;se de Paul B. Preciado &#224; l'Universit&#233; de Princeton. Dans &lt;a href=&#034;https://youtu.be/RTYoByhGN7g&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette conf&#233;rence de 2021&lt;/a&gt;, Colomina explique l'&#233;volution de l'architecture des surfaces rugeuses &#224; des surfaces lisses et monochrones et comment ceci a modifi&#233; nos subjectivit&#233;s. Sayak Valencia reprend les r&#233;flexions de Colomina pour l'appliquer au fonctionnement des r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Ley de Memoria Historica date de 2007 (sous le gouvernement de Zapatero) mais elle s'est vu fortement entrav&#233; par ce dit Pacto del Olvido. La seule qui a propos&#233; une reforme de&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces concepts ne sont pas n&#233;cessairement interchangeables, puisqu'ils font objet &#224; des processus parfois subtilement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valencia, Sayak. &lt;i&gt;El r&#233;gimen est&#225; (transmitiendo en) vivo&lt;/i&gt;. #Re-visiones 09/2019. Lien de t&#233;l&#233;chargement du pdf : &lt;a href=&#034;https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/7211193.pdf?fbclid=IwAR3vIIMZGk45NcIJUDQFEGRZkmv55ZqgxTJWA4Iq_yq03kEXSHwj8UuzcXY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/7211193.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guattari, F&#233;lix (1992) &lt;i&gt;Chaosmose. &lt;/i&gt;&#201;dition de 2022. &#201;ditions Lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce m&#234;me ouvrage qu'il th&#233;orise sur la modalisation de la temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valencia, Sayak. &lt;i&gt;El r&#233;gimen est&#225; (transmitiendo en) vivo&lt;/i&gt;. #Re-visiones 09/2019. Lien de t&#233;l&#233;chargement du pdf : &lt;a href=&#034;https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/7211193.pdf?fbclid=IwAR3vIIMZGk45NcIJUDQFEGRZkmv55ZqgxTJWA4Iq_yq03kEXSHwj8UuzcXY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/7211193.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mbemb&#233;, Achille (2020), Brutalisme. &#201;d. La D&#233;couverte. (p.93)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Halberstam, Jack (2004) &lt;i&gt;In Another Queer Time And Place.&lt;/i&gt; Duke University Press&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Activisme-transmasculin-et-avortement&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://trounoir.org/?Activisme-transmasculin-et-avortement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raha, Nat. &lt;i&gt;Transfeminine brokeness, radical transfeminism. &lt;/i&gt;The South Atlantic Quarterly 116:3. July 2017. Duke University Press&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cristina Ortiz (aussi connue comme La Veneno) f&#251;t une des premi&#232;res personnes transf&#233;minines m&#233;diatis&#233;es en Espagne dans les ann&#233;es 90 &#224; partir de son travail comme chroniqueuse dans le programme de t&#233;l&#233;vision &lt;i&gt;Esta noche cruzamos el Missisipi (1996)&lt;/i&gt;. Bien qu'aujourd'hui consid&#233;r&#233;e un ic&#244;ne de la culture trans espagnole, La Veneno d&#233;non&#231;ait souvent le traitement d'ostracisme qu'elle a commenc&#233; &#224; subir &#224; partir d'un certain &#226;ge. Elle f&#251;t retrouv&#233;e morte dans son appartement en 2016, pour des raisons qui resteront inconnues -l'enqu&#234;te polici&#232;re suspendue depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Duval, Elizabeth (2021), &lt;i&gt;Despu&#233;s de lo trans. &lt;/i&gt;La Caja Books&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Veneno avait connu le franquisme, la prison, elle subit des viols en prison par des p&#233;nitentiers, elle d&#233;nonce le franquisme et la fausse transition d&#233;mocratique espagnole... Et pourtant rien de cela n'est dit dans la s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Duval, Elizabeth (2021), &lt;i&gt;Despu&#233;s de lo trans. &lt;/i&gt;La Caja Books&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valencia, Sayak. &lt;i&gt;Capitalisme gore. &lt;/i&gt;Traduit au fran&#231;ais par Louise Ib&#225;&#241;ez-Drilli&#232;res. Ed. Cambourakis. Coll. Sorci&#232;res, Paris 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adler, Laure ; Preciado, Paul B (2021) &lt;i&gt;Machines &#224; &#233;crire. m&lt;/i&gt;in 18 :25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi Paul B. Preciado dans &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=yJge51E4WMY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet &#233;change avec Jack Halberstam&lt;/a&gt;&#224; Londres en 2020, ou encore &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=krV5AtX_Yn0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avec Laure Adler&lt;/a&gt; (2021) &#224; partir de la minute 18:25&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'invite au dit camarade de se manifester parce que... j'ai oubli&#233; son nom !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BLAS RADI. Responsabilidad epist&#233;mica e ignorancia culpable. Un comentario sobre la revisi&#243;n por pares en filosof&#237;a pr&#225;ctica. Dans &lt;i&gt;Mucho g&#233;nero que cortar : Estudios para contribuir al debate sobre g&#233;nero y diversidad sexual en Chile&lt;/i&gt;, 2022 ; p. 123 - 136&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valencia, Sayak. &lt;i&gt;Capitalisme gore. &lt;/i&gt;Traduit au fran&#231;ais par Louise Ib&#225;&#241;ez-Drilli&#232;res. Ed. Cambourakis. Coll. Sorci&#232;res, Paris 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sayak Valencia &#233;labore ce concept en relation aux narcotrafiquants de Tijuana, mais il peut &#234;tre applicable dans d'autres situations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'abstraction appartient-elle aux blanc&#183;hes ? Penser les politiques raciales dans la danse contemporaine</title>
		<link>https://trounoir.org/L-abstraction-appartient-elle-aux-blanc-hes</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>afropessimisme</dc:subject>
		<dc:subject>Miguel Gutierrez</dc:subject>
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		<dc:subject>danse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que pourrait signifier le fait d'habiter l'impropre, l'impropri&#233;t&#233;, la d&#233;possession, d'&#234;tre assign&#233;es, marqu&#233;es, attach&#233;es &#224; un contexte ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-PRINTEMPS-2023-" rel="directory"&gt;PRINTEMPS 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Manifeste-+" rel="tag"&gt;Manifeste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-afropessimisme-+" rel="tag"&gt;afropessimisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Miguel-Gutierrez-+" rel="tag"&gt;Miguel Gutierrez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-race-+" rel="tag"&gt;race&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-danse-+" rel="tag"&gt;danse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/miguel_gutierrez_s_this_bridge_called_my_ass.jpg?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; R&#233;cession et non-sens &#187;, le philosophe Fred Moten sugg&#232;re de lier ensemble les id&#233;es de propri&#233;t&#233;, de propri&#233;taire, et de blanchit&#233;. Si les propri&#233;taires, au cours de la modernit&#233;/colonialit&#233;, sont syst&#233;matiquement blancs, ils disposent aussi du privil&#232;ge d'&#234;tre en rapport avec les &#171; propri&#233;t&#233;s &#187; des choses, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre en rapport aux choses &#171; abstraites &#187;, sans qu'elles aient besoin d'entrer en rapport concret et historique &#224; leur environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que pourrait signifier, inversement, le fait d'habiter l'impropre, l'impropri&#233;t&#233;, la d&#233;possession, d'&#234;tre assign&#233;es, marqu&#233;es, attach&#233;es &#224; un contexte ? En r&#233;coltant des morceaux de sa vie de travailleur culturel navigant entre les &#201;tats-Unis et l'Europe, le chor&#233;graphe queer latinx Miguel Gutierrez donne une image pr&#233;cise de diff&#233;rentes sc&#232;nes o&#249; l'&#171; ab&#238;me de la race &#187; se creuse, o&#249; l'oubli, l'impr&#233;cision, l'ignorance rendent l'exp&#233;rience racis&#233;e invisible ; mais il esquisse aussi comment, face &#224; cet effacement, il est possible de s'engager dans et pour une abstraction situ&#233;e et situante, une mani&#232;re de se rendre &#171; abstrait. Mais inexorablement personnel. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un t&#233;moignage-manifeste paru en 2018, traduit sur &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt; pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;dit image : &lt;i&gt;This Bridge Called My Ass&lt;/i&gt; premiered in January 2019 at the Chocolate Factory Theater in Long Island City, New York, as part of American Realness. Photo Ian Douglas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penser les politiques raciales dans la danse contemporaine&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis en premi&#232;re ann&#233;e &#224; la fac. Au caf&#233; du syndicat &#233;tudiant, je suis assis en face du jeune et sexy professeur blanc pour qui j'ai un crush. Il donne le cours de &lt;i&gt;Th&#233;orie litt&#233;raire post-structuraliste. Litt&#233;rature gay et lesbienne&lt;/i&gt; auquel je me suis inscrit, et o&#249; je ne comprends rien &#224; ce que je lis. J'ai d&#233;cid&#233; de prendre ce cours parce que les mots &#171; gay et lesbienne &#187; &#233;taient dans le titre. Je lui parle de la mani&#232;re dont mes parents n'ont pas bien r&#233;pondu &#224; mon coming out, et comment mon p&#232;re m'a dit qu'il n'allait pas payer pour &#171; ce genre d'&#233;ducation &#187;. Le jeune et sexy professeur blanc dit &#171; Pourquoi est-ce que tu ne divorces pas de ta famille ? &#187; sans trahir la moindre &#233;motion sur son visage. Je le regarde, cette anomalie humaine, qui donnait des concerts de piano quand il &#233;tait enfant, qui finit sa licence &#224; dix-neuf ans, son master de droit &#224; vingt-deux, qui a &#233;t&#233; avocat dans le droit des entreprises pendant quatre ans avant de reprendre ses &#233;tudes et de faire un doctorat en litt&#233;rature queer. Je sens s'ouvrir entre nous l'ab&#238;me dont je ne peux bien s&#251;r pas encore pr&#233;dire qu'il sera la rupture topographique au bord de laquelle je passerai l'essentiel de ma vie d'adulte. &#171; Non &#187;, je lui r&#233;ponds. &#171; Ce n'est pas une option. Ce n'est pas une option pour un enfant dans une famille colombienne. Tu ne comprends pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, je suis &#224; l'American Dance Festival o&#249; le chor&#233;graphe noir Donald McKayle re&#231;oit un prix. Maya Angelou est charg&#233;e de le lui remettre. Elle parle d'une interview qu'il a donn&#233;e au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; en 1973, dans laquelle il dit qu'il n'a jamais voulu faire juste des formes. Je ne comprends pas vraiment ce que cela signifie &#224; l'&#233;poque, mais j'en ai l'impression. Plus tard, j'en comprendrai davantage sur la tension entre la danse moderne blanche et la danse moderne noire. Bien des ann&#233;es apr&#232;s, je cherche sur internet et trouve la citation compl&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je commence toujours un projet avec la certitude d'&#234;tre en relation avec des gens &#8211; avec des individus, des &#234;tres humains. Et mon approche est toujours visc&#233;rale. Tout doit venir du dedans. Et tout doit avoir un sens. Quand je fais de la chor&#233;graphie, je n'utilise jamais les gens pour simplement cr&#233;er un design. Je veux dire, l'abstraction est toujours pr&#233;sente en tant que forme artistique, et je l'utilise, mais je n'ai jamais utilis&#233; des &#234;tres humains seulement en tant qu'&#233;l&#233;ments de design. Mon travail a toujours &#233;t&#233; concern&#233; par l'humanit&#233;, d'une mani&#232;re ou d'une autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je fais partie d'un groupe de lecture &#224; Movement Research o&#249; Thomas DeFrantz facilite une discussion autour du th&#232;me &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;urvivance de l'esclavage : la performance exp&#233;rimentale et les spectres de la race&lt;/i&gt;. Pour ce soir, on nous a demand&#233; de lire l'introduction de &lt;i&gt;In The Wake : On Blackness and Being&lt;/i&gt; de Christina Sharpe, un chapitre tir&#233; de &lt;i&gt;The Case of Blackness&lt;/i&gt; de Fred Moten et un article de Tommie [DeFrantz] intitul&#233; &#171; I Am Black (you have to be willing to not know) &#187;. Nous faisons un tour de cercle, principalement compos&#233; de femmes racis&#233;es, et parlons de ce qui nous am&#232;ne ici. Les personnes parlent d'un &#233;ventail de questions qui ont toutes explicitement &#224; voir avec la race et l'identit&#233; &#8211; le droit de propri&#233;t&#233; sur la performance noire, l'&#233;quit&#233; raciale dans les arts, comment comprendre le concept de danse noire en dehors des &#201;tats-Unis, et comment les questions soulev&#233;es par la th&#233;orie critique noire s'appliquent &#224; des artistes qui vivent en France ou au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des personnes pr&#233;sentes est une artiste blanche plus &#226;g&#233;e, qui a &#233;t&#233; une de mes mentors depuis les d&#233;buts de ma carri&#232;re chor&#233;graphique. C'est une iconoclaste l&#233;gendaire, n&#233;e &#224; Brooklyn, elle a la critique gouailleuse et sans frein, et elle est connue pour avoir fait pleurer nombre de ses &#233;tudiant&#183;es qui prenaient des d&#233;cisions m&#233;diocres dans ses classes de composition. Quand c'est &#224; son tour de parler, elle s'anime et d&#233;clare : &#171; Pour moi, tout commence dans le mouvement ! &#187; et elle se met &#224; parler de la puissance de la cin&#233;tique. C'est un moment inconfortable, et cela saute aux yeux. Je ressens sa d&#233;claration comme une diversion, ou comme une tentative de contourner le sujet. Plus tard, apr&#232;s la classe, elle m'attire &#224; elle et me dit : &#171; Je ne comprends pas comment on &lt;i&gt;danse&lt;/i&gt; ces id&#233;es. Comment les gens vont-ils bien pouvoir faire &#231;a ? &#187; Et je ne suis pas certain de ce &#224; quoi elle se r&#233;f&#232;re. L'afropessimisme ? La race ? Les id&#233;es en g&#233;n&#233;ral ? J'essaie timidement de lui dire : &#171; H&#233; bien, je pense que certaines personnes le font d&#233;j&#224;&#8230; le font depuis un moment... &#187; Lui expliquer cela me semble embarrassant. &#201;vident. Je me sens soudain projet&#233; au bord de l'ab&#238;me &#8211; comment peut-elle ne pas comprendre que pour certaines personnes, ce n'est pas un &#171; choix &#187; de faire des danses qui parlent de cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends une histoire, une rumeur plut&#244;t, concernant Trisha Brown et comment elle aurait apparemment dit &#224; quelqu'un qu'elle ne savait jamais vraiment quoi faire de Shelley Senter ou de David Thomson dans ses &#339;uvres, parce que Shelley &#233;tait petite, et que David &#233;tait noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en Suisse, en tourn&#233;e pour un chor&#233;graphe fran&#231;ais. Un metteur en sc&#232;ne &#233;tats-unien pr&#233;sente un de ses spectacles dans le m&#234;me festival. J'ai une amie, une danseuse blanche, qui appara&#238;t dans ce spectacle, et nous nous voyons &#224; l'occasion d'un spectacle musical un soir. Bien que je ne la voie que rarement, nous avons toujours des conversations tr&#232;s profondes l'une avec l'autre quand nous nous retrouvons. Je l'appr&#233;cie. Je l'adore. Nous parlons des diff&#233;rences qui s&#233;parent le spectacle vivant aux &#201;tats-Unis et en Europe. Elle parle de la mani&#232;re dont en Europe, c'est plus facile parce qu'il y a de l'argent et un march&#233;. Des questions et des frustrations que j'ai &#233;vit&#233;es pendant des ann&#233;es. Je suis presque jaloux de la mani&#232;re dont elle est capable de nommer cela avec clart&#233;, sans h&#233;sitation. Je suis d'accord avec elle sur presque tout, mais quelque chose me retient. Nous en venons &#224; parler de nos frustrations &#224; l'&#233;gard de la sc&#232;ne chor&#233;graphique new-yorkaise. Je parle de ma frustration actuelle &#224; l'&#233;gard du manque de personnes racis&#233;es sur les sc&#232;nes &#224; Manhattan. &#171; H&#233; bien, c'est simplement les personnes qui appartiennent &#224; la communaut&#233; &#187;, r&#233;pond-elle, sans autre forme de proc&#232;s, comme si les choix de casting des chor&#233;graphes blanc&#183;hes n'avaient rien avoir avec leur subjectivit&#233; ou avec les politiques de la repr&#233;sentation. Comme si, d'une certaine mani&#232;re, leurs corps pouvaient &#234;tre des signifiants d'une exp&#233;rience universelle qui n'a pas besoin d'examiner la blanchit&#233; comme un choix actif, ou comme un m&#233;canisme par d&#233;faut, ou comme le r&#233;sultat d'une critique flemmarde ou inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;t&#233;, et je donne un atelier pour vingt danseureuses au Ballet de Lorraine, une compagnie situ&#233;e &#224; Nancy, une petite ville &#224; l'Est de la France. Je propose au groupe un exercice que j'ai emprunt&#233; &#224; mes ami&#183;es du collectif de performance My Barbarian, qu'iels-m&#234;me ont emprunt&#233; au metteur en sc&#232;ne br&#233;silien Augusto Boal. Dans cet exercice, il s'agit d'identifier les diff&#233;rentes cat&#233;gories dont les participant&#183;es disposent pour se mesurer. Ainsi, on commence avec la partie de l'exercice appel&#233;e &#171; Spectre &#187; et je dis : &#171; Okay, faisons une ligne qui va de la plus petite personne &#224; la plus grande. &#187; Je continue avec d'autres mesures objectives, puis passe &#224; des mesures plus sociales ou conceptuelles comme : &#171; des plus rebelles aux plus conformistes &#187;, &#171; des vierges aux putes &#187;, etc. Ceci m&#232;ne finalement &#224; la partie de l'exercice intitul&#233;e &#171; Binarit&#233; &#187;, o&#249; il faut choisir un c&#244;t&#233; en fonction de la mesure propos&#233;e. &#192; nouveau, les types de mesures se m&#233;langent. J'appr&#233;cie les mesures du type : &#171; Je vote/Je ne vote pas &#187;, &#171; queer/h&#233;t&#233;ro &#187;, &#171; J'ai pay&#233; pour mon &#233;ducation/Mon &#233;ducation &#233;tait gratuite &#187;. Sans surprise, la transition du Spectre &#224; la Binarit&#233; tourmente les personnes qui ne souhaitent pas choisir leur camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis : &#171; Personnes racis&#233;es/Personnes blanches &#187;. Cet &#233;nonc&#233; a une certaine puissance provocatrice en France en raison d'un certain nombre de facteurs. D'abord, la compagnie est &#224; majorit&#233; blanche, bien que cela ne semble pas troubler ni la majorit&#233; des artistes, ni l'administration. Les conversations portant sur l'&#233;quit&#233; raciale sont presque inexistantes dans les contextes sociaux et artistiques fran&#231;ais o&#249; je me retrouve. De ce que je comprends, les statistiques fran&#231;aises n'emploient pas la race comme cat&#233;gorie d'enqu&#234;te. Le pays reste attach&#233; &#224; son unit&#233; mythologique en tant que R&#233;publique &#171; sans race &#187;, ce qui, bien entendu, sert de fondement argumentatif aux sentiments anti-immigration les plus virulents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des danseurs blancs rejoint le c&#244;t&#233; des personnes racis&#233;es. Sans pr&#233;supposer ses origines raciales ou ethniques, je lui demande : &#171; Pourquoi es-tu de ce c&#244;t&#233; ? &#187; &#171; Parce que je ne suis pas diff&#233;rent de lui &#187;, r&#233;pond-il en montrant son meilleur ami dans la compagnie, qui est noir. J'appr&#233;cie, un temps, son sentiment de solidarit&#233;. C'est presque attendrissant. Mais je suis bien trop impr&#233;gn&#233; des politiques li&#233;es aux injustices raciales &#233;tats-uniennes pour laisser la question en suspens. &#171; D'accord. Mais si vous &#233;tiez au volant d'une voiture aux &#201;tats-Unis, et que vous &#233;tiez arr&#234;t&#233;s par la police, je suis &#224; peu pr&#232;s certain qu'il serait trait&#233; d'une mani&#232;re diff&#233;rente de toi. &#187; En disant ces phrases, j'en suis presque &#224; trembler. Suis-je rempli de la col&#232;re provoqu&#233;e par les injustices pass&#233;es, ou suis-je en col&#232;re en raison de ce qui se passe maintenant, et de la d&#233;cision de ce participant ? Je n'en suis pas certain. La violence d'&#201;tat est-elle la seule mesure sur laquelle je peux me fonder pour justifier mon argument ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais voir le travail de Netta Yerushalmy &#224; l'occasion d'un festival d'&#233;t&#233; ici &#224; New York. Elle pr&#233;sente une s&#233;rie de spectacles qui fonctionnent comme des conversations, au temps pr&#233;sent, avec des danses iconiques du XXe si&#232;cle. La forme de base du travail consiste pour elle (et d'autres danseureuses) en la reconstruction de morceaux de pi&#232;ces historiques &#224; partir de vid&#233;os, suivie de la production d'une nouvelle chor&#233;graphie pendant qu'un&#183;e th&#233;oricien&#183;ne lit un texte &#233;crit &#224; propos de la pi&#232;ce originale. Le jour o&#249; je vais voir son travail, elle pr&#233;sente deux pi&#232;ces de la s&#233;rie &#8211; une en relation avec &lt;i&gt;Night Journey&lt;/i&gt; de Martha Graham (1947) et une autre avec &lt;i&gt;Revelations&lt;/i&gt; de Alvin Ailey (1960). Dans la discussion qui suit la performance, un chor&#233;graphe blanc local et assez connu prend la parole en disant : &#171; Il me semble que vous feriez mieux de consid&#233;rer la pi&#232;ce comme un texte. Il faudrait ne pas l'interpr&#233;ter du tout. &#187; Ce qu'il veut dire n'est pas tr&#232;s clair, mais ce que je connais de lui et de son approche id&#233;ologique me sugg&#232;re qu'il entend par l&#224; que le rapport &#224; la chor&#233;graphie originale devrait &#234;tre de l'ordre de purs mouvements et de pures formes, pr&#234;tes &#224; &#234;tres coup&#233;es, coll&#233;es et r&#233;arrang&#233;es. Mais est-ce que le projet de Netta n'est pas justement &#224; l'oppos&#233; ? Celui de reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233; ind&#233;niable de la subjectivit&#233;, du genre, de la race, de la sexualit&#233;, avec lesquelles nous composons aujourd'hui et qui &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent alors, dans leur invisibilit&#233; m&#234;me, au sein des &#339;uvres qu'elle revisite ? Ne veut-elle pas justement dire qu'il n'y a rien de tel qu'un spectacle qui ne serait qu'un &#171; texte &#187;. Mais ma confusion se renforce. Il parle de &#171; la pi&#232;ce &#187;. Une pi&#232;ce. La pi&#232;ce en relation &#224; l'&#339;uvre de Graham. Il ne parle pas de la pi&#232;ce que Netta a faite en relation &#224; &lt;i&gt;Revelations&lt;/i&gt; de Ailey, qui, de mon point de vue, est l'exploration la plus &#233;pineuse et la plus provocatrice. Je suis en fait dans une sorte d'&#233;tat de choc &#8211; est-ce qu'il va vraiment ignorer la pi&#232;ce qui a &#233;t&#233; faite en relation &#224; Ailey ? Comme dans de nombreuses exp&#233;riences d'effacement en temps r&#233;el, je suis d&#233;stabilis&#233;, jet&#233; dans l'incompatibilit&#233; de deux perspectives qui ne peuvent pas se rencontrer. Je navigue dans une vie enti&#232;re de situations o&#249; cet effacement est pratiqu&#233; &#8211; une vie o&#249; je vais dans des cours de danse, &#224; des spectacles, o&#249; je regarde autour de moi dans le studio ou dans la salle, et o&#249; je vois que la majorit&#233; est compos&#233;e de personnes blanches, tout en pensant sans cesse : &#171; qui n'est pas l&#224; ? qui n'est pas l&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assis dans la salle, au New York Live Arts, et je regarde &lt;i&gt;The Making Room&lt;/i&gt; de Bebe Miller, o&#249; elle parle de la controverse Dana Schutz/Hannah Black &#224; la biennale du Whitney. Bebe dit comme il est facile pour elle de se rappeler du moment o&#249; elle vit la photographie d'Emmett Till dans &lt;i&gt;Jet Magazine&lt;/i&gt;, et elle d&#233;crit la charge de d&#233;tails sensoriels qui accompagnent ce moment &#8211; o&#249; elle se trouvait, comment l'image fait &#233;cho dans sa m&#233;moire selon des voies qui sont inextricablement li&#233;es &#224; sa vie. Elle d&#233;crit des d&#233;tails qui sont sp&#233;cifiques, mais la mani&#232;re dont elle les nomme rel&#232;ve de l'association. Abstraite, pourrait-on dire. Mais inexorablement personnelle. Elle ne parle pas de la peinture ; elle parle seulement de l'image originelle. Elle prend le temps entre chacune des phrases, tout en reculant, lentement, en direction du fond de sc&#232;ne. Nous la voyons dans la gloire magnifique et discr&#232;te de son &#226;ge. Impossible de ne pas penser au temps et &#224; la distance qui s&#233;pare le moment o&#249; elle a vu cette image et le monde d'aujourd'hui. Tout ce qu'il y a entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au Metropolitan Museum of Art avec mon nouveau petit ami. Nous sommes venus pour voir l'exposition William Eggleston. En marchant dans le mus&#233;e, je pense &#224; la sorte d'image que nous renvoyons. Il est jeune, mince, noir. Je suis plus vieux, plus large, ethniquement ambigu. Je pense &#224; ce que les gens, mes ami&#183;es, et m&#234;me moi, avons pens&#233; de notre diff&#233;rence d'&#226;ge, et de nos diff&#233;rences en g&#233;n&#233;ral. Nous entrons dans l'exposition, et je lui dis que je pr&#233;f&#232;re que nous nous s&#233;parions pour pouvoir prendre le temps de recevoir les photographies selon mon propre rythme. Entre les images, se trouvent des citations cryptiques et d&#233;tach&#233;es de tout contexte. Je me tiens devant l'une d'elles :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une image est ce qu'elle est, et il ne m'a jamais sembl&#233; que cela pouvait aider, de parler d'elles, ou de r&#233;pondre aux questions qu'on me pose les concernant, et encore moins de livrer des informations pour en rendre compte verbalement. Cela n'aurait aucun sens de les expliquer. Ca en diminue la port&#233;e. Les gens veulent toujours savoir quand telle image a &#233;t&#233; prise, o&#249;, et m&#234;me, Dieu m'en garde, pourquoi elle a &#233;t&#233; prise. Cela peut virer au ridicule. Ce que je veux dire c'est qu'elles sont l&#224;, peu importe ce qu'elles sont. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qui a le droit de ne pas s'expliquer ? Les personnes qui n'en ont pas besoin. Les personnes dont les subjectivit&#233;s ont &#233;t&#233; naturalis&#233;es. Cela me fait enrager. Non, cela me jette dans la confusion. Et je n'ai rien contre la confusion, contre la recherche, contre le fait d'avoir &#224; travailler. Mais l'absence d'explication est d'une certaine mani&#232;re&#8230; d'une certaine mani&#232;re&#8230; d'une certaine mani&#232;re quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, si tu te refuses &#224; t'expliquer, comme Eggleston dit qu'il n'aime pas le faire, ce qui reste, c'est le sentiment, y compris la sensation que son refus n'a fait que r&#233;affirmer sa position-sujet. Mais il y a aussi un autre domaine du sentiment que j'appr&#233;cie. J'imagine les photographies &#233;mettant un nuage magique qui flotte, verticalement, &#224; hauteur de l'image, d&#233;passant la taille du cadre, mais relativement petit et d'aspect toujours changeant. Je sens l'espace entre moi et la photographie. Nous sommes attir&#233;&#183;es l'un&#183;e dans l'autre, comme le rayon tracteur d'un vaisseau spatial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assis sur un banc au milieu de l'exposition, entour&#233; par les preuves, certes congel&#233;es, d'une vie pleine de vitalit&#233;. Une vie qui d&#233;passe les cadres des images, m&#234;me si elle y reste tout de m&#234;me circonscrite. Des personnes dont les corps &#233;taient en relation les uns avec les autres et en relation aux lieux qu'ils habitaient selon des mani&#232;res que les images ne me montrent pas. Des mani&#232;res dont le pouvoir, l'acc&#232;s, la possibilit&#233; et la capacit&#233; &#224; r&#234;ver &#224; un futur &#233;taient contraintes par les conditions &#233;conomiques et les contingences raciales qui d&#233;fient toute r&#233;duction dans des formes ou des couleurs. Ces vies me hantent par-del&#224; le temps, elles entrent dans un espace fantastique que je fais &#224; pr&#233;sent appara&#238;tre. Quel est l'espace sc&#233;nique d'un r&#234;ve, et o&#249; les personnages vont-ils quand ils ne sont pas dans le cadre ? Dissolution, apparition, dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelles mati&#232;res traverser cette crise de l'identit&#233; ? Comment en suis-je venu &#224; &#234;tre colonis&#233; ? Et comment me suis-je rendu compte que j'avais &#233;t&#233; colonis&#233; ? M'en suis-je rendu compte ? Comment en suis-je venu &#224; consid&#233;rer famille et origine comme violentes et mena&#231;antes ? Comment la blanchit&#233; est-elle devenue, j'ai des frissons rien qu'&#224; l'&#233;crire, synonyme de s&#233;curit&#233; &#8211; une absence de sentiment, une absence d'all&#233;geance. Elle a fait de la place, ou du moins l'ai-je cru, pour moi. Pour un moi qui n'avait pas d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre citation d'Eggleston : &#171; J'avais cette notion de ce que j'appelais une mani&#232;re d&#233;mocratique de regarder autour de soi, o&#249; aucune chose n'&#233;tait plus ou moins importante que les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis debout dans ma cuisine, abasourdi, d&#233;termin&#233;, alors que j'&#233;coute les nouvelles &#224; la radio. J'enrage en lisant les commentaires stupides sous les articles du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; qui parle de genre, de race, ou de toute autre question ayant &#224; voir avec la diff&#233;rence. La nu&#233;e de rage et de tristesse qui borde mon champ de vision et se heurte &#224; ma foi dans la possibilit&#233; et dans le changement. La quantit&#233; de cette foi est-elle mesurable ? Distincte ? Quelle quantit&#233; de ce qui me constitue au niveau cellulaire participe &#224; ce sentiment, &#224; la matrice de la m&#233;lancolie, tandis que je rumine la litanie des injustices, personnelles ou syst&#233;miques, qui occupent ma conscience ? Suis-je un sujet ou un vaisseau, un agent ou un vecteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lamentations d'une m&#232;re noire dont le fils a &#233;t&#233; battu &#224; mort ne sont ni plus ni moins importantes que les lamentations de n'importe quelle autre m&#232;re en deuil, except&#233; ce que nous savons de l'in&#233;vitabilit&#233; de ce deuil, except&#233; le fait qu'en d&#233;pit de tous les efforts et de toutes les protections, le destin &#233;tait pr&#233;-d&#233;termin&#233; et pr&#233;-d&#233;coup&#233;, comme une pi&#232;ce d'un puzzle pr&#234;t &#224; se dissoudre d&#232;s qu'il est termin&#233;, et qui se reforme imm&#233;diatement, sous de nouvelles configurations, pour reconstituer, une fois de plus, la m&#234;me image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Miguel Gutierrez.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;traduit de l'anglais (&#233;tats-unis) par emma b&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Article originel : Miguel Gutierrez, &#171; Does Abstraction Belong to White People ? &#187;, &lt;i&gt;Bomb Magazine&lt;/i&gt;, November 7th 2018 ; &lt;a href=&#034;https://bombmagazine.org/articles/miguel-gutierrez-1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://bombmagazine.org/articles/miguel-gutierrez-1/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>95, le deuil se cache dans les d&#233;tails</title>
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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/95metaphores_.jpg?1731403037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;crivain Philippe Joanny vient de publier &lt;a href=&#034;https://www.grasset.fr/livres/quatre-vingt-quinze-9782246832027&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aux &#233;ditions Grasset son nouveau roman, &#034;95&#034;&lt;/a&gt;, dans lequel il revient sur cette ann&#233;e fatidique de l'histoire de l'&#233;pid&#233;mie du sida puisque c'&#233;tait la derni&#232;re avant l'arriv&#233;e des trith&#233;rapies. On y suit Philippe, le narrateur, d&#233;crivant les jours qui s&#233;parent la mort de son ami Alex et sa c&#233;r&#233;monie fun&#233;raire. Le r&#233;cit est entrecoup&#233; d'enregistrements des amis de la bande (Willy, L&#233;on, Herv&#233;, Adam, Denis&#8230;) qui t&#233;moignent de leur rencontre avec Alex, de quelques anecdotes et de &lt;i&gt;cette peur qui vivait en eux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression que l'on retrouve dans un film de Lionel Soukaz projet&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si vous n'avez pas encore plong&#233; dans ce livre, on ne se peut que chaudement vous inviter &#224; le faire et en voici une lecture pour Trou Noir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peu importe ce qu'il est par ailleurs, le sida compose une histoire, ou plut&#244;t des histoires, parcourues &#224; partir d'un r&#233;cit qui, curieusement, n'existe pas : celui du corps homosexuel masculin. C'est un r&#233;cit que tant de gens veulent lire &#8211; que tant de gens ont besoin de lire &#8211; qu'ils ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; l'&#233;crire eux-m&#234;mes. &#187; &lt;i&gt;Paula Treichler&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paula Treichler, &#171; Le sida, l'homophobie et le discours biom&#233;dical : une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois les dates ont cette troublante objectivit&#233; de nous rappeler &#224; un instant T o&#249; tout a bascul&#233;. La mort d'un proche, l'arriv&#233;e d'un traitement, une chanson &#224; la mode, un nouvel appart, une c&#233;r&#233;monie, un nouveau livre. Le dernier roman de Philippe Joanny marque l'ann&#233;e 1995, un an avant l'arriv&#233;e des trith&#233;rapies, du sceau d'un basculement &#224; la fois personnel et collectif. Personnel : Alex, un ami d'une bande de p&#233;d&#233; parisienne vient de mourir d'une overdose. Collectif : ce deuil est rattach&#233; &#224; tant d'autres par une &#233;trange &#171; cha&#238;ne de transmission &#187;. Je reprends cette expression &#224; Susan Sontag qui, dans &lt;i&gt;Les m&#233;taphores du sida&lt;/i&gt;, affirmait ceci : &#171; &lt;i&gt;La peur du sida impose &#224; un acte dont l'id&#233;al est l'exp&#233;rience du pr&#233;sent pur, un rapport au pass&#233; qu'on ne peut ignorer qu'&#224; ses propres risques et p&#233;rils. La sexualit&#233; n'arrache pas les partenaires &#224; la sph&#232;re sociale, ne f&#251;t-ce qu'un seul instant. On ne peut plus la consid&#233;rer comme un simple rapport &#224; deux ; c'est une cha&#238;ne, une cha&#238;ne de transmission qui relie au pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Car &#234;tre s&#233;ropositif en 95, c'&#233;tait &#234;tre rattach&#233; non seulement &#224; son dernier amant, mais &#233;galement &#224; tous les anciens partenaires de chacun. C'&#233;tait aussi pour beaucoup une condamnation &#224; mort. Le vertige des deuils qui s'encha&#238;nent forment l'ouverture du roman : &#171; Ils tombent les uns apr&#232;s les autres et on les laisse tomber. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d'ailleurs parler de &#171; chroniques &#187; plut&#244;t que de roman tant les effets de litt&#233;rature sont r&#233;duits volontairement &#224; peau de chagrin. L'&#233;criture de Philippe Joanny &#233;pouse la respiration d'une &#233;poque qui se vit au jour le jour, elle se chronicise du lundi au samedi, de la mort d'Alex &#224; sa c&#233;r&#233;monie fun&#233;raire. Mais un deuxi&#232;me plan temporel s'immisce dans la structure du r&#233;cit et vient troubler l'enfilade des jours, il s'agit d'enregistrements r&#233;alis&#233;s cinq ans plus tard de t&#233;moignages des amis du narrateur qui racontent leur lien d'amiti&#233; avec Alex et la fa&#231;on dont ils ont appr&#233;hend&#233; ce deuil. Les d&#233;tails qui figurent dans le d&#233;compte des jours sont repris, r&#233;interpr&#233;t&#233;s par les t&#233;moignages et d&#233;calent en permanence leur fixation dans la m&#233;moire. C'est &#224; la fois une &#233;criture simple et un sacr&#233; bordel &#8211; qui est qui, qui habite o&#249;, qui couche avec qui, qui s'est engueul&#233; avec qui &#8211; car cette simplicit&#233; permet au bordel de s'exprimer dans toute son amplitude. Il fallait bien rendre compte de la rapidit&#233; des &#233;v&#233;nements, des morts qui s'encha&#238;nent sans qu'un quelconque sens apparaisse, de la vie qui continue, des amis passent et repassent, des id&#233;es qui tournent en boucle, de rester en vie pendant que les autres meurent, des recherches d'appart, des cannettes &#224; acheter et &#224; boire, des cendriers qui d&#233;bordent, des moments de calme et des points d'interrogation qui flottent au-dessus de la t&#234;te de tous ces gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a notamment un passage que j'aime beaucoup parce qu'il rappelle ces moments o&#249; on prend le temps de regarder un ami en train d'accomplir un geste tr&#232;s banal. Chaque d&#233;tail compte, m&#234;me les plus insignifiants, surtout les plus insignifiants car ils donnent un peu de souffle dans le tournis des affects. Le narrateur est affal&#233; dans le canap&#233; chez Lucien, et apr&#232;s avoir bu une gorg&#233;e de Heineken il d&#233;crit son ami : &#171; &lt;i&gt;Les coudes plant&#233;s sur ses genoux, le cou tendu et le dos vo&#251;t&#233;, il roule une feuille entre ses doigts pour former avec application un fin boudin de tabac. Il fronce les sourcils en l&#233;chant la bordure collante du papier, qu'il rabat et lisse en le vrillant sur lui-m&#234;me jusqu'&#224; obtenir un c&#244;ne au galbe le plus r&#233;gulier qu'il soit. Il tortille son extr&#233;mit&#233;, il le tourne et le retourne pour l'examiner, en secouant la t&#234;te pour approuver le r&#233;sultat.&lt;/i&gt; &#187; Le deuil se cache dans les d&#233;tails, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;95&lt;/i&gt; est aussi l'histoire d'un d&#233;nuement dans Paris, dans le Marais, dans le 10&#232;me arrondissement, des quartiers qui ont bien chang&#233; depuis. La gal&#232;re pour choper un appart, les petits boulots pour acheter les cannettes et la dope, et puis comme il n'y a plus vraiment de plan sur l'avenir, on se fait une vie avec moins d'ambition : &#171; &lt;i&gt;Certains bossent dans des fast-foods, ils sont vendeurs, serveurs ou plongeurs. D'autres font du t&#233;l&#233;marketing, des sondages ou des enqu&#234;tes t&#233;l&#233;phoniques. Les plus enrag&#233;s pr&#233;f&#232;rent encore aller tapiner, au moins au bois ils ramassent un maximum de thunes. La nuit, tout ce petit monde se retrouve au club, o&#249; il est &#233;videmment interdit d'&#233;voquer le sujet.&lt;/i&gt; &#187; Une ambiance de p&#233;d&#233;s prolos qui c&#244;toyaient des amis mieux lotis sur lesquels s'appuyer aussi. &#199;a pousse &#224; une forme de solidarit&#233;, &#224; l'art de la d&#233;brouille dans la capitale de toutes les tentations, o&#249; tant de p&#233;d&#233;s viennent y chercher un peu de jouissance. Il y a quelque chose du corps homosexuel masculin dont personne ne veut : sa pulsion folle. Elle s'exprime &#224; plein r&#233;gime dans les paragraphes de ce livre malgr&#233; le sombre horizon. Cette longue cha&#238;ne de transmission des corps entre eux, du virus, des t&#233;moignages de deuils, des c&#233;r&#233;monies fun&#233;raires, est aussi bizarrement une transmission d'amiti&#233; et de solidarit&#233;. Affronter collectivement l'absence de sens de ce qui arrive ce n'est pas rien, cela mobilise des affects qu'on pr&#233;f&#232;re en g&#233;n&#233;ral &#233;viter, car on se retrouve non pas avec ce que la soci&#233;t&#233; maintient dans ses marges, mais avec ce qu'elle a enfoui dans les sous-sols de sa petite conscience, c'est moins reluisant. La litt&#233;rature p&#233;d&#233;e offre cette possibilit&#233; d'entrer dans les entrailles d'une libido folle et amoureuse des pr&#233;cipices, de ces amis qui sont aussi des pr&#233;cipices, au bords desquels on installe nos p&#233;nates, &lt;i&gt;puisque c'&#233;tait la fin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression que l'on retrouve dans un film de Lionel Soukaz projet&#233; &lt;a href=&#034;https://palaisdetokyo.com/exposition/exposees/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'exposition &#034;Expos&#233;&#183;es&#034;&lt;/a&gt; au Palais de Tokyo : &#034;Ce n'est pas nous qui vivons dans la peur, c'est la peur qui vit en nous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paula Treichler, &#171; Le sida, l'homophobie et le discours biom&#233;dical : une &#233;pid&#233;mie de signification &#187;, in &lt;i&gt;October&lt;/i&gt;, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bash Back ! Is Back ! Entretien : Faire revivre un r&#233;seau queer insurrectionnel</title>
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		<dc:date>2023-05-03T08:29:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>polyeucte</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
		<dc:subject>Bash Back !</dc:subject>
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		<dc:subject>Insurrection</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien avec Bash Back ! r&#233;alis&#233; par CrimethInc et un appel &#224; la convergence&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Insurrection-+" rel="tag"&gt;Insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/header.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2007, durant les pr&#233;paratifs d'actions contre la Convention Nationale R&#233;publicaine de 2008, un r&#233;seau insurrectionnel d'anarchistes queers s'est form&#233; sous le nom de Bash Back ! Au cours des trois ann&#233;es qui ont suivi, ce r&#233;seau a particip&#233; &#224; une s&#233;rie de confrontations, d'efforts d'organisation et de publications, qui ont &#233;largi et intensifi&#233; la lutte contre la normativit&#233; de sexe et de genre. Aujourd'hui, alors que les fascistes et autres fanatiques r&#233;it&#232;rent leurs assauts contre les personnes queer et trans et que les anarchistes ripostent, il est urgent de renouveler la coordination et l'innovation. Dans ce contexte, les participants du r&#233;seau originel Bash Back ! ont appel&#233; &#224; une nouvelle convergence Bash Back ! en septembre 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une anthologie des textes de Bash Back !, &lt;a href=&#034;https://www.editionslibertalia.com/catalogue/poche/vers-la-plus-queer-des-insurrections&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vers la plus queer des insurrections&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; publi&#233;e en 2020 aux &#233;ditions Libertalia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traduisons cet &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2023/04/27/bash-back-is-back-the-return-of-insurrectionary-queer-organizing-an-interview&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien&lt;/a&gt; r&#233;alis&#233; par nos ami.e.s de CrimethInc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Les ann&#233;es qui viennent de s'&#233;couler ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par l'intensification &#8211; de la crise, de l'ali&#233;nation, de la d&#233;faite et de la lutte. La droite ne se r&#233;fugie plus derri&#232;re des euph&#233;mismes : elle veut exterminer les personnes queer et trans. Face &#224; cela, la gauche n'offre que de fausses solutions : voter, faire des dons, s'assimiler. Une d&#233;cennie de repr&#233;sentation, de victoires juridiques symboliques, d'activisme sur les m&#233;dias sociaux et de saturation du march&#233; de masse ont aggrav&#233; notre situation &#224; tous points de vue. Nos amis des beaux jours ne nous sauveront pas des cons&#233;quences de leur strat&#233;gie de visibilit&#233; vide. La conclusion in&#233;luctable est que nous devons nous r&#233;unir pour nous prot&#233;ger nous-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire nous montre que l'h&#233;ritage queer consiste &#224; cr&#233;er des liens dans un monde qui nous hait, qu'il est un h&#233;ritage de joie &#233;meuti&#232;re, un h&#233;ritage de riposte. Les attaques se poursuivront contre nos clubs, nos parcs, nos lectures drag de contes et nos fr&#232;res et nos s&#339;urs. Pour r&#233;sister, nous avons besoin d'espaces &#8211; souterrains si n&#233;cessaire &#8211; pour nous retrouver, des espaces pour nous ressouvenir, pour construire, pour partager et pour conspirer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir l'h&#233;ritage de Bash Back ! et ses possibilit&#233;s actuelles, nous avons r&#233;alis&#233; l'entretien suivant avec d'ancien.ne.s membres de Bash Back ! qui prennent part &#224; l'organisation de la prochaine convergence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-2.jpg?1731403005' width='500' height='131' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlez-nous de l'assembl&#233;e de septembre. Que peut-on faire pour y participer ou y contribuer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convergence 2023 Bash Back ! aura lieu &#224; Chicago du 8 au 11 septembre. Nous invitons tous nos camarades queers pour un week-end de construction d'un r&#233;seau, d'apprentissage mutuel et d'&#233;laboration de nouvelles strat&#233;gies et tactiques pour lutter contre l'ordre social. Nous organisons cet &#233;v&#233;nement parce qu'il y a eu tant d'exemples stimulants de personnes queer qui ont ripost&#233; contre les fanatiques &#8211; par exemple, les r&#233;actionnaires qui essaient de faire fermer les spectacles de drags. Toutefois, nous avons besoin de plus de coh&#233;sion et de plus de strat&#233;gie, en raison notamment de l'escalade des agressions &#224; l'encontre des personnes queer et trans dans tout le pays et dans le monde entier. Bien entendu, ces violences s'inscrivent dans le contexte d'une crise du capital profond&#233;ment enracin&#233;e et qui ne cesse de s'aggraver, et d'une crise climatique qui s'intensifie de jour en jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus sp&#233;cifiquement, il y a un besoin manifeste de construire une tendance queer militante qui soit anticapitaliste, anti-&#233;tatiste et anti-assimilationniste. Les lib&#233;raux et les sociaux-d&#233;mocrates ont promu l'assimilation afin que les personnes queer et trans puissent &#234;tre utilis&#233;es comme des pions politiques, &#224; sacrifier lorsque cela leur est opportun &#233;lectoralement. Toute avanc&#233;e dans la guerre culturelle n'a conduit qu'&#224; la subsomption du queer &#224; la logique du capital et &#224; la fausse libert&#233; agit&#233;e par la politique de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la participation ou de la contribution, l'essentiel pour l'instant est que nous recherchons des gens pour prendre part au programme de la convergence. &lt;a href=&#034;mailto:%20bashback2023@riseup.net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Nous acceptons les propositions&lt;/a&gt; jusqu'au 20 juin. En dehors de la programmation, la t&#226;che la plus importante que les gens puissent entreprendre est de renforcer les relations et les affinit&#233;s avec les membres de leurs communaut&#233;s. Cela a toujours &#233;t&#233; l'essence de Bash Back ! qui n'a jamais &#233;t&#233; une organisation centralis&#233;e mais plut&#244;t un r&#233;seau de partage d'id&#233;es et de camaraderie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/2-2.jpg?1731402997' width='500' height='681' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bash Back ! a vu le jour &#224; l'approche de la Convention nationale r&#233;publicaine de 2008. Le fait qu'il ait vu le jour dans le Midwest plut&#244;t que sur les c&#244;tes a-t-il influ&#233; sur son caract&#232;re et son d&#233;veloppement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines de Bash Back ! s'inscrivent dans un contexte qui, une d&#233;cennie et demie plus tard, semble tr&#232;s &#233;loign&#233;. Je pense que deux &#233;l&#233;ments ont jou&#233; un r&#244;le essentiel dans le climat politique qui a donn&#233; naissance &#224; Bash Back ! : la m&#233;thode de protestation du &#034;summit-hopping&#034; et la popularit&#233; croissante de l'anarchisme insurrectionnel au sein du milieu anarchiste/radical de l'&#233;poque. Par &#034;summit-hopping&#034;, j'entends les grandes manifestations contre les rassemblements de capitalistes, comme le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce &#224; Seattle en 1999 et les r&#233;unions du Fonds Mon&#233;taire International, de la Banque mondiale, du G8 et du G20 tout au long des ann&#233;es 2000. R&#233;trospectivement, ces manifestations ont &#233;t&#233; spectaculaires et tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es, mais en grande partie symboliques. Ensuite, l'anarchisme insurrectionnel a gagn&#233; en popularit&#233;, en particulier, je pense, aupr&#232;s des personnes qui avaient &#233;t&#233; politis&#233;es ou radicalis&#233;es par le mouvement anti-guerre, mais qui voyaient aussi dans ce mouvement son &#233;chec total. En termes de tactique, l'accent &#233;tait mis sur les groupes d'affinit&#233; et les black blocs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'id&#233;e originale de Bash Back ! est n&#233;e de l'organisation de la perturbation de la Convention Nationale R&#233;publicaine (CNR) dans les Twin Cities (Minneapolis/St. Paul, Minnesota) en 2008. Lors d'une s&#233;ance de strat&#233;gie &#224; Milwaukee en 2007, l'id&#233;e d'un blocus queer/trans de la CNR a germ&#233;, et Bash Back ! s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir de cette id&#233;e initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects les plus significatifs de la forme originelle de Bash Back ! est qu'il s'agissait en grande partie d'un projet d'anarchistes du Midwest. &#192; l'&#233;poque, une grande partie de l'activisme queer &#034;radical&#034; ou progressiste le plus visible provenait des c&#244;tes, avec des sc&#232;nes activistes bien &#233;tablies qui en venaient souvent &#224; &#233;touffer les nouvelles id&#233;es ou qui &#233;taient emp&#234;tr&#233;es dans l'id&#233;ologie de la non-violence. On y retrouverait &#233;galement un certain degr&#233; d'&#233;litisme culturel, dans la mesure o&#249; l'on supposait qu'&#234;tre un &#034;queer radical&#034; ne pouvait se faire que dans les grandes villes c&#244;ti&#232;res lib&#233;rales. Ainsi, Bash Back !, issu du Midwest et non li&#233; &#224; des sc&#232;nes &#034;queer radicales&#034; d&#233;j&#224; &#233;tablies, a ouvert de nouvelles possibilit&#233;s de militantisme, en r&#233;sistance directe aux &#233;glises anti-queer, aux politiciens et aux autres groupes extr&#234;mement hostiles aux gays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/7-2.jpg?1731403005' width='500' height='131' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous rappeler quelques-uns des principaux &#233;v&#233;nements, luttes et proc&#232;s de la premi&#232;re phase de Bash Back ! ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de r&#233;pondre &#224; cette question, car beaucoup de choses ont eu lieu dans tout le pays gr&#226;ce &#224; Bash Back ! Mais je pense qu'il est important de souligner quelques points :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;DNC/RNC 2008 &lt;/strong&gt; : le r&#233;seau Bash Back ! naissant a particip&#233; &#224; des &lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc35&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manifestations&lt;/a&gt; &#224; Denver (pour la Convention Nationale D&#233;mocrate) et dans les Twin Cities (pour la Convention Nationale R&#233;publicaine).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Pittsburgh 2009 &lt;/strong&gt; : Bash Back ! a organis&#233; une &lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marche&lt;/a&gt; tr&#232;s mouvement&#233;e &#224; Pittsburgh pendant le sommet du G20.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#201;glise Mt. Hope&lt;/strong&gt; : En novembre 2008, des membres de Bash Back ! ont &lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc74&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;perturb&#233;&lt;/a&gt; la messe du dimanche dans une m&#233;ga-&#233;glise r&#233;put&#233;e anti-gay &#224; Lansing, dans le Michigan. Cette action a donn&#233; lieu &#224; un proc&#232;s intent&#233; par l'Alliance Defending Freedom contre Bash Back ! qui, apr&#232;s une bataille juridique de plusieurs ann&#233;es, a abouti &#224; une injonction permanente interdisant les perturbations dans les &#233;glises.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt; Campagne de vengeance de Duanna&lt;/strong&gt; : En f&#233;vrier 2008, Duanna Johnson, une femme noire transgenre, a &#233;t&#233; tabass&#233;e par des policiers &#224; Memphis, dans le Tennessee. Elle a &#233;t&#233; assassin&#233;e en novembre 2008, vraisemblablement par les policiers qui l'avaient rou&#233;e de coups quelques mois auparavant. Cela a d&#233;clench&#233; une &lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc40&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;campagne&lt;/a&gt; &#224; Memphis pour venger sa mort.
&lt;div class='spip_document_909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/9-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9-2.jpg?1731403006' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Participant.e.s de Bash Back ! Lansing, interview&#233;.e.s dans le magazine Details magazine apr&#232;s avoir perturb&#233; le service &#224; la m&#233;ga-&#233;glise homophobe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En outre, Bash Back ! a organis&#233; trois convergences :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chicago 2008&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : elle s'est concentr&#233;e sur la planification d'actions autour de la DNC/RNC durant l'&#233;t&#233; 2008.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://theanarchistlibrary.org/library/various-authors-queer-ultra-violence#toc105&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chicago 2009&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; : elle s'est focalis&#233;e sur le d&#233;veloppement de Bash Back ! en tant que mouvement, sur la cr&#233;ation de liens et sur le renforcement de nos attaques contre l'ordre social. Une marche dans Boystown, le quartier gay de Chicago, a &#233;t&#233; attaqu&#233;e par la police. Cela a engendr&#233; un conflit au sein de la convergence entre celleux qui se sont battu.e.s contre la police et les lib&#233;raux/identitaires qui ont pr&#244;n&#233; la non-violence face &#224; la violence polici&#232;re.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Denver 2010&lt;/strong&gt; : c'&#233;tait la derni&#232;re convergence de la mouvance Bash Back ! ; le m&#234;me clivage entre politiques lib&#233;rales/identitaires et queer insurrectionnel se reproduisait sous nos yeux pendant toute la dur&#233;e de la convergence mais nous ne voulions pas le voir. Ces tensions &#233;taient aussi palpables qu'insurmontables, et c'est ainsi que Bash Back !, dans sa forme originale, a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ces faits marquants ne refl&#232;tent qu'une infime partie de l'action de Bash Back ! Les sections de tout le pays ont particip&#233; &#224; de tr&#232;s nombreux actes de vandalisme, &#224; de nombreuses confrontations avec la police, &#224; des manifestations contre les assimilationnistes et les exterminationnistes, &#224; des affrontements physiques avec des religieux fanatiques et &#224; d'innombrables actes de propagande. Tout cela constitue l'h&#233;ritage de Bash Back !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/5-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/5-2.jpg?1731403004' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Promotion pour la convergence de 2010 de Bash Back ! de &#224; Denver, dans le Colorado.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expliquez-nous comment Bash Back ! a op&#233;r&#233; &#224; partir des cadres politiques identitaires existants &#224; la fin des ann&#233;es 2000, tout en s'y opposant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Bash Back ! a commenc&#233;, l'id&#233;ologie de la non-violence pr&#233;valait dans le milieu militant. En termes de politique identitaire, nombre de ces militants lib&#233;raux/&#034;radicaux&#034; partaient du principe que toute confrontation &#233;tait forc&#233;ment le fait d'hommes blancs h&#233;t&#233;rosexuels machos de la classe moyenne/sup&#233;rieure et qu'elle &#233;tait donc raciste/sexiste/homophobe parce que les personnes queer/trans, les femmes et les personnes racis&#233;es subissaient le plus gros de la r&#233;pression et de la violence polici&#232;res. Bash Back ! s'est directement oppos&#233; &#224; ce discours, constituant une grande partie du conflit qui a &#233;clat&#233; durant la convergence de Chicago en 2009. Certaines personnes n'arrivaient pas &#224; croire que les queers/trans, les pauvres, les femmes et les personnes racis&#233;es pouvaient se battre contre les flics ou se montrer plus conflictuel.le.s. Une partie de l'attrait de Bash Back ! r&#233;sidait dans le fait que les personnes marginalis&#233;es se d&#233;fendaient sans aucune honte et de mani&#232;re concr&#232;te. D'un point de vue tr&#232;s pratique, Bash Back ! &#233;tait pro-violence, et les gens n'avaient pas l'habitude que les groupes marginalis&#233;s revendiquent cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, Bash Back ! s'est toujours positionn&#233; contre l'assimilation et contre les politiques identitaires lib&#233;rales qui consid&#232;rent la repr&#233;sentation sociale, politique et &#233;conomique comme une fin en soi. Ainsi, &#224; l'&#233;poque o&#249; des questions telles que le mariage gay et le service militaire constituaient les principaux enjeux des organisations LGBT, Bash Back ! s'y opposait fermement et s'en prenait m&#234;me &#224; des groupes tels que Human Rights Campaign et Stonewall Democrats, qu'il accusait d'&#234;tre assimilationnistes ou de trahir les personnes trans selon le gain politique qu'ils pouvaient en tirer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1-3.jpg?1731402992' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un poster de Bash Back ! s'opposant &#224; la campagne assimilationniste visant &#224; ce que l'arm&#233;e soit plus inclusive.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus abstrait, je pense que les approches concurrentes de l'identit&#233; ont &#233;t&#233; dans les faits un &#233;l&#233;ment central de la dissolution du mouvement de Bash Back ! Il y avait un &#233;ventail de points de vue sur l'identit&#233; dans Bash Back ! D'un c&#244;t&#233;, il y avait une tendance fortement influenc&#233;e par le nihilisme queer et l'anarchisme insurrectionnel ; pour ce bloc, l'identit&#233; queer &#233;tait une identit&#233; d'opposition &#224; l'ordre social capitaliste et &#224; son h&#233;t&#233;ronormativit&#233;. D'autre part, il y avait une approche plus positive de l'identit&#233; queer ; positive dans le sens o&#249; elle n'&#233;tait pas bas&#233;e sur une opposition politique &#224; l'ordre social mais plut&#244;t li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience individuelle du genre/de la sexualit&#233;. &#201;tant donn&#233; que Bash Back ! &#233;tait une organisation bas&#233;e sur l'identit&#233;, ces compr&#233;hensions divergentes de l'identit&#233; queer ont conduit &#224; des visions oppos&#233;es qui ont fini par dissoudre le r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui a chang&#233; depuis l'apog&#233;e du r&#233;seau original ? Qu'est-ce que le mod&#232;le Bash Back ! a &#224; offrir aujourd'hui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier r&#233;seau Bash Back ! a vu le jour juste avant la crise &#233;conomique de 2008. Depuis, nous avons le sentiment de passer d'une crise &#224; l'autre &#8211; et en outre, les crises s'intensifient. Je pense que c'est probablement le plus grand changement depuis le d&#233;but de Bash Back ! ; la permanence de la crise et l'esp&#232;ce de d&#233;sespoir face &#224; l'avenir ne s'&#233;taient pas encore vraiment install&#233;es &#224; cette &#233;poque. Il &#233;tait autrefois assez mal vu de dire que les choses iraient de mal en pis et que nous n'avions effectivement pas d'avenir ; aujourd'hui, c'est ce que l'on comprend commun&#233;ment du sort des millennials et de la g&#233;n&#233;ration Z. Entre la crise apparemment permanente du capitalisme et la catastrophe climatique en cours, les choses apparaissent plus sombres aujourd'hui qu'elles ne l'&#233;taient auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/8-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/8-2.jpg?1731403005' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bash Back ! participant &#224; une action antifasciste &#224; une &#233;poque o&#249; les conflits sociaux &#233;taient moindres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, je pense que beaucoup des id&#233;es qui &#233;taient popularis&#233;es non seulement dans Bash Back ! mais aussi plus largement dans le milieu anarchiste &#224; cette &#233;poque ont gagn&#233; du terrain d'une fa&#231;on qui ouvre &#224; de nouvelles potentialit&#233;s. Par exemple, le concept d'abolition des prisons et l'id&#233;e d'aide mutuelle se retrouvent dans des discours plus vastes. L'organisation syndicale s'est &#233;galement d&#233;velopp&#233;e dans des secteurs qui paraissaient naccessibles auparavant, et il semble que cela a &#233;galement conduit &#224; une plus forte conscience de classe. Plus en accord avec l'objectif de Bash Back !, l'id&#233;e que les personnes sont non-binaires ou genderqueer s'est &#233;galement r&#233;pandue dans le courant dominant d'une mani&#232;re que je n'aurais pas anticip&#233;e, &#233;tant donn&#233; le climat social dans lequel Bash Back ! s'est form&#233; &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans trop me plonger dans une analyse &#233;conomique aride, je pense qu'il est ind&#233;niable que les contradictions du capitalisme sont devenues plus visibles au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es. Et l'histoire nous montre nettement que les crises du capitalisme se traduisent par une intensification des politiques r&#233;actionnaires et de la r&#233;pression. Historiquement, nous pouvons prendre l'exemple de Magnus Hirschfeld, qui a &#233;t&#233; l'un des premiers &#224; d&#233;fendre les personnes queer et trans &#224; Berlin dans les ann&#233;es 1930. On sait que les nazis ont br&#251;l&#233; des livres, mais on oublie souvent qu'ils ont br&#251;l&#233; la biblioth&#232;que de l'Institut f&#252;r Sexualwissenschaft de Hirschfeld, qui &#233;tait peut-&#234;tre la premi&#232;re organisation &#224; d&#233;fendre et &#224; soutenir sp&#233;cifiquement les personnes queer et trans. Il est donc &#233;vident que les personnes queer et trans sont les premi&#232;res cibles des moments r&#233;actionnaires de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-4.jpg?1731402994' width='500' height='654' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un poster pour la premi&#232;re convergence Bash Back ! de 2008.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, c'est ce qui rend le moment actuel si important et d'o&#249; nous pouvons tirer des le&#231;ons des d&#233;buts de Bash Back ! Je pense que la force fondamentale du r&#233;seau Bash Back ! r&#233;sidait dans le fait qu'il se concentrait sur la construction d'une puissance non seulement en dehors de l'&#201;tat et du capitalisme, mais aussi en opposition farouche &#224; ces derniers. C'est essentiel, car l'argument de vente du parti d&#233;mocrate ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; de pr&#233;tendre que les choses empireraient si les R&#233;publicains &#233;taient au pouvoir. Et cela masque le fait que le parti d&#233;mocrate est en fin de compte un parti du capitalisme ; il n'a ni la capacit&#233; ni la volont&#233; d'am&#233;liorer les choses pour les individu.e.s. Tout ce qu'il offrira, c'est une sorte de d&#233;rive encadr&#233;e vers le fascisme, dont le prix est l'assimilation. L'alternative, bien s&#251;r, est l'approche carr&#233;ment exterminationniste des R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bash Back ! rejetait les politiques assimilationnistes, &#233;tatistes et capitalistes des principales organisations LGBT de l'&#233;poque et se concentrait sur la constitution par les personnes queer d'une communaut&#233; entre camarades, sur la pratique de l'entraide et de la solidarit&#233; et sur l'attaque de l'&#201;tat, des capitalistes et des r&#233;actionnaires. C'est ce militantisme sans concession qui a &#233;t&#233;, selon moi, la contribution la plus importante de Bash Back ! et qui devrait &#234;tre au centre des pr&#233;occupations &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/6-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/6-2.jpg?1731403004' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les gens peuvent-ils s'impliquer ? Quelles sont les tactiques et les strat&#233;gies que les gens peuvent mettre en &#339;uvre dans leurs propres communaut&#233;s de mani&#232;re continue, afin que cela ne soit pas seulement une convergence mais vienne &#233;galement imprimer un nouvel &#233;lan &#224; travers le continent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de dire exactement comment s'impliquer dans Bash Back ! Il est &#233;vident que nous voulons que les gens viennent &#224; la convergence pour partager des id&#233;es, &#233;tablir des contacts et cr&#233;er des liens de solidarit&#233;. Mais pour ce qui est de la mani&#232;re de s'impliquer, il n'y a pas vraiment de r&#233;ponse toute faite. Ce qui a rendu Bash Back ! si important, c'&#233;tait en partie le fait qu'il s'agissait d'un r&#233;seau assez souple, avec des sections autonomes qui agissaient selon ce qui apparaissait comme logique aux personnes impliqu&#233;es dans ces sections au niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, Bash Back ! s'est concentr&#233; sur la confrontation avec les fanatiques religieux, l'entraide, l'autod&#233;fense et la propagande. Fondamentalement, il faut comprendre que l'&#201;tat ne nous prot&#233;gera pas, pas plus que les politiciens, et que nous devons construire la solidarit&#233; au sein de nos communaut&#233;s comme une question de survie. C'est pourquoi il est indispensable de renforcer la confiance et la camaraderie. Tout comme il est n&#233;cessaire de faire face &#224; ceux qui veulent nous d&#233;truire. Et dans un monde qui cherche &#224; nous maintenir dans la mis&#232;re, toutes expressions et c&#233;l&#233;brations de la joie queer sont essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/3-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/3-2.jpg?1731402999' width='500' height='681' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la direction &#224; prendre, les anciens Principes d'Unit&#233; de Bash Back ! sont un bon point de d&#233;part :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Lutter pour la lib&#233;ration. Rien de plus, rien de moins. La reconnaissance par l'&#201;tat au travers d'institutions oppressives telles que le mariage et l'arm&#233;e n'est pas un pas vers la lib&#233;ration, mais plut&#244;t vers l'assimilation h&#233;t&#233;ronormative.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Rejeter le capitalisme, l'imp&#233;rialisme et toutes les formes de pouvoir d'&#201;tat.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; S'opposer activement &#224; l'oppression &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur du &#034;mouvement&#034;. Le racisme, le patriarcat, l'h&#233;t&#233;rosexisme, le sexisme, la transphobie et tous les comportements oppressifs ne doivent pas &#234;tre tol&#233;r&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Respecter la diversit&#233; des tactiques dans la lutte pour la lib&#233;ration. Ne condamnez pas une action au seul motif que l'&#201;tat la juge ill&#233;gale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vous aussi, vous pouvez &#234;tre Bash Back ! Organisez une section et agissez dans votre communaut&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/10-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/10-3.jpg?1731402992' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le premier mai</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Pedro Lemebel</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je d&#233;teste le travail, je d&#233;teste les fourmis et les abeilles parce qu'elles sont stupides, autoritaires et serviles.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/3680230.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je n'aime pas le mot gay, je le trouve insultant, il n'est pas appropri&#233; pour un pauvre p&#233;d&#233; au Chili &#187;. Pedro Lemebel (1952-2015) est un des artistes les plus importants et populaires de la contre-culture chilienne. &#194;g&#233; d'un peu plus de vingt ans lorsque commen&#231;a la dictature de Pinochet, il engage tout son corps et son art dans un combat pour une homosexualit&#233; folle (&lt;i&gt;marica&lt;/i&gt;), pauvre, marginale et r&#233;volutionnaire, non seulement critique du r&#233;gime autoritaire mais aussi des faux alli&#233;s de la gauche communiste conservatrice qui le rejette. Connu pour ses performances dans les rues de Santiago, on lui doit &#233;galement des chroniques qui m&#233;langent de fa&#231;on baroque le sexe, la politique et le prol&#233;tariat. En 2020, nous mettions en ligne son manifeste prononc&#233; &#224; un grande rassemblement de la gauche chilienne : &#034;&lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Je-parle-depuis-ma-difference-Hablo-por-mi-diferencia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je parle depuis ma diff&#233;rence&lt;/a&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour f&#234;ter comme il se doit la journ&#233;e internationale des travailleurs, voici un texte il d&#233;clare sa flamme &#224; la paresse !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaque 1er mai, les marches et les rassemblements d'&#233;tudiants, de travailleurs et de syndicats rassemblent, dans la clameur vibrante des revendications, leurs demandes de salaires d&#233;cents et tout l'&#233;ventail des exigences en mati&#232;re de justice du travail qui s'accumulent sur les bureaux des patrons et des cadres. Je n'ai jamais aim&#233; les patrons, les chefs, les managers, les directeurs, les contrema&#238;tres et les r&#233;dacteurs. Bien que je vienne d'une famille de travailleurs et que j'aie toujours exerc&#233; des milliers de m&#233;tiers ; depuis mon enfance, j'ai fais du nettoyage, du cirage, je nettoyais les vitres des maisons de riches, je faisais tout ce qu'il fallait pour obtenir des pi&#232;ces de monnaie, je dealais, je peignais des cartes et des T-shirts que j'offrais &#224; P&#226;ques, je faisais du hippie et je vendais des &lt;i&gt;cachureos&lt;/i&gt; dans les foires artisanales. Parce que je ne pouvais pas me permettre d'&#234;tre une pute, je n'avais pas le corps pour &#231;a, j'ai donc &#233;tudi&#233; la p&#233;dagogie et ensuite sont venues les ann&#233;es o&#249; j'ai donn&#233; des cours en tant qu'enseignant ; mais la v&#233;rit&#233;, c'est que je n'ai jamais aim&#233; le cat&#233;chisme du travail et que j'ai choisi de reconqu&#233;rir le loisir de la pens&#233;e. Nous devrions &#234;tre pay&#233;s pour penser, c'est un travail agr&#233;able et tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; tellement d'accord avec cet &#233;vangile de l'effort, et c'est peut-&#234;tre le seul point sur lequel mon c&#339;ur de gauchiste b&#226;ille d'&#233;puisement, camarade, lorsqu'on lui fait la le&#231;on sur la lutte constante, le militantisme actif et le travail de conscientisation. Pfff, &#231;a m'&#233;puise et je me demande : pourquoi nous, les pauvres, devrions-nous faire tant de sacrifices, et pourquoi les plaisirs devraient-ils toujours &#234;tre une r&#233;compense &#224; la fatigue, une d&#233;coration pour la sueur, et non un droit &#224; brouter, &#224; vagabonder et &#224; fl&#226;ner sans contreparties ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais &#224; la grande manifestation du 1er mai &#224; La Havane en 1996, t&#244;t le matin, ponctuelle, maquill&#233;e et la gueule de bois de la veille d&#233;goulinant sur mon front. L'immense Plaza de la Revoluci&#243;n tremblait sous le grondement des foules qui arrivaient en colonnes par les diff&#233;rentes avenues. C'&#233;tait assur&#233;ment beau, immens&#233;ment &#233;mouvant, et quelques larmes de jument paresseuse se sont m&#234;l&#233;es &#224; la transpiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, &#224; Santiago, j'ai toujours particip&#233; au d&#233;fil&#233; du 1er mai, &#233;vent&#233;e par les drapeaux rouges, dansant au rythme des slogans et des cris politiques, fumant une clope &#224; l'occasion d'une pause pendant la marche, emportant des citrons et du sel pour att&#233;nuer l'angoisse suffocante des gaz lacrymog&#232;nes, rencontrant des milliers de camarades, comme s'il s'agissait d'un jour f&#233;ri&#233; pour disloquer la routine de la semaine. L&#224;, au milieu des chants contestataires, je suis heureux, respirant avidement la sueur sucr&#233;e de ma classe ouvri&#232;re, si digne dans sa manifestation fr&#233;n&#233;tique. Mais j'ai du mal &#224; reconna&#238;tre le plaisir quasi religieux du travail. Je n'y suis m&#234;me pas. Et je le r&#233;p&#232;te, et je le pense en toutes lettres. Je n'ai jamais aim&#233; travailler, m&#234;me si je me contredis en &#233;crivant de force cet article pour le 1er mai. J'aimerais ne plus &#233;crire, gagner &#224; la loterie, rester &#224; jamais a&#233;rien et malade d'h&#233;donisme, &#224; boire du rhum le ventre au soleil sur une plage du nord. Apr&#232;s tant d'efforts pour survivre, je pense que je le m&#233;rite, tout comme les travailleurs du monde entier, unis dans une gr&#232;ve des armes bien m&#233;rit&#233;e. J'ai toujours aim&#233; les gr&#232;ves, les arr&#234;ts de travail, les r&#233;cr&#233;ations, les prises de contr&#244;le des &#233;coles. J'&#233;tais heureux quand j'arrivais &#224; l'&#233;cole et qu'il n'y avait pas cours. Je me promenais alors dans le centre-ville o&#249; j'apprenais bien plus que dans cette salle de classe naus&#233;abonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;teste le travail, je d&#233;teste les fourmis et les abeilles parce qu'elles sont stupides, autoritaires et serviles. J'aime et j'adh&#232;re &#224; la f&#234;te du travail, pour des raisons politiques, mais surtout parce que nous ne travaillons pas. Ce jour-l&#224;, cependant, la rue m'attire, je suis hypnotis&#233; par la lueur des Molotov, je suis appel&#233; par cette joie rageuse qui nous pousse le long de l'Alameda agit&#233;e. Et je marche avec la classe ouvri&#232;re, en chantant une vieille chanson italienne de Modugno qui dit : &#034;Et le patron aujourd'hui, qu'il travaille seul ! qu'il travaille seul !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pedro Lemebel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'Arcane du capitalisme et de la famille</title>
		<link>https://trounoir.org/L-Arcane-du-capitalisme-et-de-la-famille</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Leopoldina Fortunati</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'organisation capitaliste &#233;tait tellement complexe qu'elle nous paraissait myst&#233;rieuse &#224; nous-m&#234;mes &#233;galement. Nous ne parvenions pas &#224; bien la saisir : elle nous &#233;chappait sans cesse.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/fortunati_rally.jpg?1731403057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Arcane de la reproduction&lt;/i&gt;, de Leopoldina Fortunati, livre classique du f&#233;minisme op&#233;ra&#239;ste italien, &lt;a href=&#034;https://entremonde.net/l-arcane-de-la-reproduction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a enfin paru il y a quelques mois en traduction fran&#231;aise aux &#233;ditions Entremonde&lt;/a&gt;. Avec cette publication, c'est tout un pan de la th&#233;orie f&#233;ministe marxiste qui devient accessible. A bonne distance tant du &#171; mat&#233;rialisme &#187; de Delphy que d'une pens&#233;e uniquement centr&#233;e sur le &#171; symbolique &#187;, le f&#233;minisme de la &#171; reproduction &#187; rectifie la th&#233;orie de Marx en int&#233;grant la place centrale et invisibilis&#233;e des femmes dans le processus de travail. Nous avons rencontr&#233; Leopoldina Fortunati pour le petit d&#233;jeuner lors de son passage &#224; Paris. Rencontre merveilleuse, o&#249; nous avons eu l'occasion de revenir avec elle sur le contexte de parution de cet ouvrage, d'en &#233;voquer quelques lignes directrices et de s'attarder sur la critique de la famille et la place du travail du sexe dans le capitalisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel a &#233;t&#233; le contexte d'&#233;criture de ton livre ? Dans quelle atmosph&#232;re collective a-t-il &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; ? Qu'en &#233;tait-il des liens avec d'autres f&#233;ministes, comme le f&#233;minisme de la diff&#233;rence (Lonzi, Muraro) par exemple ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leopoldina Fortunati :&lt;/strong&gt; Le contexte global dans lequel l'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt; est n&#233; &#233;tait celui des luttes et de leurs besoins. &#192; l'&#233;poque, il y avait de tr&#232;s nombreuses assembl&#233;es publiques o&#249; on discutait, avec des milliers de personnes. Quelque chose de tr&#232;s diff&#233;rent d'aujourd'hui. Il y avait une classe ouvri&#232;re tr&#232;s forte. En Italie, on avait le Parti Communiste le plus puissant d'Europe : il y avait une tradition de luttes &#233;norme et noble, malgr&#233; ses pi&#232;ges &#233;galement. Il y avait aussi des syndicats tr&#232;s puissants. En 1968, &#224; la facult&#233; de lettres et de philosophie, les &#233;tudiants se sont dit : il faut faire une alliance avec les ouvriers. Et nous avons invit&#233; les travailleurs de l'industrie p&#233;trochimique &#224; nous rejoindre pour pouvoir les &#233;couter. Est donc venu un de leurs repr&#233;sentants avec beaucoup autres ouvriers : c'&#233;tait quelque chose de tr&#232;s imposant au niveau num&#233;rique. J'avais dix-huit ans &#224; l'&#233;poque : j'ai jamais ouvert la bouche. Ces gens-l&#224; &#224; mes yeux avaient une exp&#233;rience politique extraordinaire. Tous ces gens-l&#224; avaient &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole du syndicat ou du parti. Ils &#233;taient pas seulement inform&#233;s, mais aussi form&#233;s &#224; la politique. Ils savaient parler, convaincre, exposer un programme politique. Moi, j'&#233;tais une simple &#233;tudiante, tr&#232;s jeune en plus. Donc j'&#233;coutais ces gens et je cherchais &#224; apprendre. Je faisais le boulot que faisaient les plus jeunes : impression et distribution des tracts etc., des travaux toujours utiles dans le monde politique. Et donc il y avait dans la &#171; salle de l'avant-garde &#187; deux ou trois mille personnes qui discutaient le soir. Toutes les forces politiques y confluaient, des &#233;tudiants, aux ouvriers, aux syndicats : tous les fronts. J'ai fini par entrer &#224; &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt;, et de l&#224; j'ai rejoint &lt;i&gt;Lotta Femminista&lt;/i&gt; quand elle est n&#233;e sous le nom de &lt;i&gt;Lotta Femminile&lt;/i&gt; d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, ils ne faisaient qu'une bouch&#233;e de nous, les femmes. Tous ces gens form&#233;s avaient une tr&#232;s grande capacit&#233; de lecture. Il y avait une grande frustration de la part des militantes f&#233;ministes parce que quand nous faisions nos interventions, on &#233;tait imm&#233;diatement interrompues et contredites par eux : &#171; mais Marx a dit &#231;a &#187;, &#171; l'autre a dit &#231;a &#187;, &#171; vous ne comprenez pas que... &#187;. Nous courrions donc le risque de perdre les femmes les plus jeunes &#224; leur profit car ils &#233;taient mieux pr&#233;par&#233;s, mieux form&#233;s, plus convaincants. Ils savaient plus de choses et savaient mieux les dire. Notre formation, nous l'avons faite sur le tas. Le travail de l'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt; est donc devenu n&#233;cessaire pour pouvoir contredire point par point leurs critiques et r&#233;&#233;quilibrer le rapport de force. Non seulement ils &#233;taient dou&#233;s, mais ils &#233;taient aussi tr&#232;s d&#233;termin&#233;s et capables d'attirer &#224; eux toutes les plus jeunes mobilis&#233;es. C'&#233;tait donc n&#233;cessaire d'avoir un instrument en main que les &#233;tudiantes puissent lire pour pouvoir exprimer leurs d&#233;saccords et leurs opinions : pour pouvoir d&#233;fendre leur point de vue et apprendre &#224; argumenter. De nombreuses f&#233;ministes consid&#233;raient que ce n'&#233;tait pas l&#224; quelque chose d'important car elles pensaient pouvoir construire une culture f&#233;ministe &#224; partir d'elles-m&#234;mes uniquement. &#199;a nous semblait au contraire tout &#224; fait niais. C'&#233;tait un f&#233;minisme milanais, tr&#232;s bourgeois, tr&#232;s intellectuel qui se nourrissait surtout de lui-m&#234;me. Un f&#233;minisme qui rompait avec les philosophes, avec un tel, avec tout le monde parce qu'il devait mettre en avant l'&#234;tre-femme. Nous, nous n'avons jamais cru &#224; &#231;a. Nous avions &#233;t&#233; &#233;lev&#233;es par les op&#233;ra&#239;stes dans notre premi&#232;re vie politique : il y avait l&#224; une richesse dans la r&#233;flexion sur la soci&#233;t&#233;, sur les mouvements, sur la politique, sur l'&#233;conomie, sur le fonctionnement de l'&#201;tat. Pourquoi aurait-il fallu nous d&#233;barrasser de toute cette culture au nom que nous &#233;tions des femmes ? Si, en tant que f&#233;ministe, on n'est pas en mesure d'articuler tous ces points en m&#234;me temps pour proposer une vision de la soci&#233;t&#233;, il faut bien s'int&#233;resser &#224; tous ceux qui ont r&#233;fl&#233;chi sur ces choses. Nous, nous voulions r&#233;fl&#233;chir sur la sph&#232;re qui nous incombait, celle de la reproduction. Mais l'analyse de l'usine, de l'&#201;tat etc. il la faut aussi. Nous leur disions donc : ce sont l&#224; des instruments. Emparons-nous en et utilisons-les &#224; notre profit en cherchant bien s&#251;r &#224; ne pas nous faire avoir par tous les biais de genre, culturels, que ces instruments avaient n&#233;cessairement. C'est de ce point de vue qu'est n&#233; l'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les assembl&#233;es que j'ai d&#233;crites et o&#249; nous intervenions pour parler du travail domestique, les hommes r&#233;pondaient : &#171; mais le travail domestique est improductif, donc arr&#234;tez un peu. Vous n'&#234;tes personne et ne pourrez jamais faire r&#233;ellement partie des forces r&#233;volutionnaires de la composition de classe &#224; proprement parler. Certes, vous nous donnerez un coup de main, merci bien, c'est trop aimable, mais &#231;a s'arr&#234;tera l&#224;. &#187; C'&#233;tait &#231;a le probl&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Allons plus loin sur la question du travail domestique justement : qu'est-ce que tu appelles &#171; l'arcane de la reproduction &#187; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.F. :&lt;/strong&gt; Ce titre a &#233;t&#233; choisi car nous travaillions aussi sur &lt;i&gt;Il Grande Calibano&lt;/i&gt; (recueil co-&#233;crit avec Silvia Federici en 1984, non traduit en fran&#231;ais), et donc sur l'accumulation primitive. Pour affronter l'arcane, j'ai d&#251; faire un retour en arri&#232;re pour chercher &#224; comprendre ce qui s'&#233;tait pass&#233; avant, sinon c'&#233;tait incompr&#233;hensible. Il fallait faire partir l'analyse de la naissance du capital : de la phase d'accumulation. Si on lisait uniquement Marx, on avait l'impression que nous, les femmes, nous n'avions rien &#224; voir avec ce processus. On ne comprenait pas le lien. C'est pour &#231;a que c'est un arcane : l'organisation capitaliste &#233;tait tellement complexe qu'elle nous paraissait myst&#233;rieuse &#224; nous-m&#234;mes &#233;galement. Nous ne parvenions pas &#224; bien la saisir : elle nous &#233;chappait sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un syst&#232;me qui fonctionne de fa&#231;on double en s&#233;parant un plan formel et un plan r&#233;el. &#199;a a &#233;t&#233; extr&#234;mement difficile de comprendre cette division, notamment parce que toute une masse id&#233;ologique la recouvrait, une orchestration id&#233;ologique incroyable qui emp&#234;chait de comprendre la fonction r&#233;elle de la femme dans l'organisation de la soci&#233;t&#233; capitaliste en la dissimulant derri&#232;re un plan formel o&#249; la femme ne jouait apparemment pas de r&#244;le productif. Beaucoup de gens, y compris au Parti Communiste, &#233;taient profond&#233;ment convaincus que les femmes &#233;taient naturellement port&#233;es &#224; devenir des m&#232;res, des &#233;pouses. Les plus hardis consid&#233;raient qu'elles faisaient un travail &lt;i&gt;improductif&lt;/i&gt;. Mais la plupart pensaient qu'elles remplissaient simplement leur fonction naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment fonctionne ce double syst&#232;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.F. :&lt;/strong&gt; Nous sommes parvenues &#224; comprendre comment fonctionne r&#233;ellement le syst&#232;me capitaliste du fait d'avoir &#233;mis une s&#233;rie d'hypoth&#232;ses et de l'avoir analys&#233; comme un syst&#232;me organis&#233; par de multiples contre-poids qui lui conf&#232;rent son &#233;quilibre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut d&#233;j&#224; comprendre une chose que nous avons saisie en travaillant sur la partie de &lt;i&gt;Il Grande Calibano&lt;/i&gt; consacr&#233;e &#224; l'accumulation primitive : la grande innovation du capital a &#233;t&#233; de s&#233;parer production et reproduction. &#199;a lui a permis d'utiliser de fa&#231;on bien plus productive toutes les forces sociales. En premier lieu, il y a donc s&#233;paration entre production et reproduction. Et dans un second temps, subordination : le capital subordonne la reproduction &#224; la production pour faire de l'ouvrier son agent de maintien de l'ordre en quelque sorte, pour faire jouer &#224; l'ouvrier le r&#244;le d'interm&#233;diaire entre lui (le capital) et la femme. &#199;a, c'est le plan r&#233;el. Mais sur le plan formel, il y a eu une orchestration id&#233;ologique pluris&#233;culaire gr&#226;ce &#224; laquelle le capital a toujours &#233;t&#233; myst&#233;rieusement absent de l'espace domestique qu'il a pourtant d&#233;termin&#233;. Il semblait qu'il n'avait rien &#224; voir avec ce qui se passait &#224; la maison. C'est cette invisibilit&#233; qui &#233;tait difficile &#224; p&#233;n&#233;trer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un fonctionnement double selon qu'on est dans la sph&#232;re productive ou reproductive : d'un c&#244;t&#233;, avec le salaire ; de l'autre, sans salaire ; horaires de travail &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; temps illimit&#233; ; travail contractuel &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; travail informel. Le capital joue donc sur la diff&#233;rence entre le plan formel et le plan r&#233;el. Sur le plan r&#233;el, le travail domestique est un rapport de travail non salari&#233;. Mais sur le plan formel, il semble &#234;tre une forme naturelle du travail social avec lequel le capital n'a rien &#224; voir. Au petit d&#233;tail que 80% des d&#233;penses publiques &#233;tatiques sont consacr&#233;es &#224; la sph&#232;re de la reproduction de la force de travail (sant&#233;, &#233;ducation etc.) Ce simple fait aurait d&#251; faire r&#233;fl&#233;chir. (Mettons &#224; part les &#201;tats-Unis pour lesquels les d&#233;penses militaires font baisser la part).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles conclusions peut-on en tirer sur la notion de travail productif (producteur de marchandises, de valeur d'&#233;change), essentielle au marxisme classique ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.F. :&lt;/strong&gt; Cette r&#233;flexion nous a conduites &#224; critiquer ce concept parce que nous nous sommes rendues compte que c'est au niveau domestique que se cr&#233;e la valeur. D'o&#249; venait l'erreur de Marx et des marxistes classiques ? Il &#233;tait con&#231;u comme improductif parce qu'il s'agit d'un travail qui produit des valeurs d'usage, et non des valeurs d'&#233;change. Or, une telle analyse ne voyait pas le processus dans son ensemble. Il est certes vrai qu'il y a production de valeurs d'usage dans le travail domestique, mais ce n'est l&#224; qu'une premi&#232;re phase. Ensuite, il y a la consommation de ce travail, laquelle fait partie du processus domestique, et, enfin, la transformation de cette consommation en ce qui int&#233;resse le capital : la valeur d'usage de la force de travail. La force de travail de l'ouvrier qui sert &#224; l'extraction de la plus-value au profit du capitaliste repose sur la consommation par l'ouvrier de valeurs d'usage produites dans la sph&#232;re domestique. Le travail domestique est donc productif en tant qu'il permet la reconstitution de la force de travail de l'ouvrier qui produira les valeurs d'&#233;changes pour le capitaliste. Ce que le travail domestique produit, ce ne sont donc pas de simples valeurs d'usage mais la reproduction de la marchandise la plus importante pour le capital : la force de travail, qui est la valeur d'usage essentielle au capital. &#199;a ne sert &#224; rien d'accuser Marx de ne pas avoir vu &#231;a &#224; l'&#233;poque - il en a d&#233;j&#224; tellement vu en son temps ! Ceux que j'accuse, ce sont ceux qui sont venus ensuite et qui en restaient l&#224; alors que la sph&#232;re de la reproduction ne cessait de prendre de plus en plus de place. Il faut utiliser les cat&#233;gories de Marx pour aujourd'hui, en les adaptant pour interpr&#233;ter la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as &#233;galement des mots extr&#234;mement durs envers la famille. Tu dis qu'elle &#171; repr&#233;sente un enchev&#234;trement de patrons et d'ouvriers, une trame d'exploit&#233;s et d'exploiteurs : la famille est capital, et la haine de classe ne peut que se d&#233;cha&#238;ner contre elle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.F. :&lt;/strong&gt; Sur ce point aussi nous vivons dans un monde fait d'illusions, y compris pour les militants. Sans compter le fait que dans les pays chr&#233;tiens, et catholiques en particulier, il y a eu une sacralisation de la famille bourgeoise. La famille prol&#233;tarienne est sans aucun doute une famille o&#249; il y a eu &#233;galement une grande solidarit&#233;. Mais la faible quantit&#233; d'argent qui y circule d&#233;truit les rapports. Quand il n'y a pas assez d'argent pour vivre, bagarres et chamailleries sont &#224; l'ordre du jour. &lt;i&gt;Mors tua, vita mea&lt;/i&gt; (le malheur des uns fait le bonheur des autres). Chacun essaie de tirer la petite couverture dans sa direction. La famille prol&#233;tarienne a ainsi &#233;t&#233; un lieu non seulement de haines et de ranc&#339;urs, mais aussi de d&#233;nonciations ! Combien de proc&#232;s y a-t-il eu pour un demi m&#232;tre carr&#233; de terre qui est all&#233; &#224; lui alors qu'il &#233;tait cens&#233; &#234;tre &#224; moi. La guerre entre les pauvres... Par ailleurs, &#233;tant donn&#233; que la famille est une structure de pouvoir, il est &#233;vident que le pouvoir g&#233;n&#232;re toujours des r&#233;bellions et des luttes chez ceux qui ne l'ont pas et qui veulent donc le d&#233;truire. Le capital a un effet ambivalent sur la famille : d'un c&#244;t&#233;, il l'a renforc&#233;e parce qu'elle est n&#233;cessaire &#224; la reproduction de la force travail dont il d&#233;pend ; de l'autre, il l'a sap&#233;e de l'int&#233;rieur car en la transformant en centre de la production la plus importante des rapports sociaux capitalistes &#8211; la marchandise force de travail &#8211; il lui a transmis ses propres contradictions et ses propres conflits.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, les violences conjugales ou sur les enfants, par exemple, la violence intrafamiliale, &#231;a n'arrive pas par hasard, parce que quelqu'un est devenu fou ou que sais-je. Non : c'est l'effet qu'une certaine organisation de la reproduction engendre. Pensez aux exp&#233;riences qui ont &#233;t&#233; faites sur les rats : si on les met dans des espaces toujours plus petits, ils finissent par s'agresser les uns les autres et par s'entretuer. C'est la m&#234;me chose pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ton texte, il y a aussi une r&#233;flexion d&#233;velopp&#233;e sur le travail sexuel, dont ton dis qu'il n'est pas un &#233;v&#233;nement &#233;pisodique, mais quelque chose d'essentiel &#224; la reproduction du capital...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.F. :&lt;/strong&gt; Commen&#231;ons par poser le d&#233;cor. &#192; l'&#233;poque, &#224; la naissance de &lt;i&gt;Lotta femminile&lt;/i&gt;, il y avait avant tout le Parti Communiste qui, sur la question de l'homosexualit&#233;, &#233;tait... hostile. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savaient pas qu'en faire conceptuellement. L'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt; de son c&#244;t&#233; pass&#233; par les luttes f&#233;ministes dont les premiers alli&#233;s &#233;taient les homosexuels (Mieli etc.). Mais pour le PC, tout &#231;a, c'&#233;tait des gens bizarres dont ils ne savaient que faire, pas des sujets politiques. Les femmes, les homosexuels &#233;taient juste des excentriques qui s'agitaient et qui voulaient avoir voix au chapitre. Quant aux prostitu&#233;es, n'en parlons m&#234;me pas ! Danilo Montaldi mis &#224; part, qui &#233;tait un militant de gauche, mais aussi un sociologue, l'un des premiers th&#233;oriciens de l'enqu&#234;te qui avait des liens, en France, avec &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; etc. Il est le seul &#224; avoir &#233;crit un livre sur une prostitu&#233;e. Pour le reste, le PC, qui &#233;tait habitu&#233; &#224; la cr&#232;me de la composition de classe, ne risquait pas de s'occuper des prostitu&#233;es. &#199;a dure encore aujourd'hui : il y a un groupe de gauche turc qui voulait traduire l'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt;, mais qui ont fait machine arri&#232;re &#224; cause de la question de la prostitution. Mais au d&#233;but des ann&#233;es 70, les homosexuels avaient commenc&#233; &#224; &#233;laborer un discours politique et &#224; s'organiser politiquement. Nous nous sommes alli&#233;es sur le champ avec eux, et avec les prostitu&#233;es qui faisaient des comit&#233;s. Pour nous, la r&#233;flexion sur la sexualit&#233; dans son ensemble &#233;tait fondamentale. Nous nous sommes alli&#233;es &#224; ces groupes, car notre analyse sur la reproduction nous faisait parfaitement comprendre la dimension politique de leurs luttes. La prostitu&#233;e joue pour le capital le m&#234;me r&#244;le que la m&#233;nag&#232;re, un m&#234;me r&#244;le de reconstitution de la force de travail par le travail domestique et par le travail sexuel, qui est scind&#233; en deux. Comme dans le cas de la femme au foyer, il semble que la prostitu&#233;e est dans un simple rapport avec l'ouvrier, mais en r&#233;alit&#233; elle a elle aussi un rapport avec le capital, m&#233;diatis&#233; par l'ouvrier. C'&#233;tait quelque chose d'encore plus &#233;vident avant que les &#201;tats ne ferment les maisons closes, ce qui a rendu invisible le r&#244;le de la prostitu&#233;e dans le processus. Nous reconnaissions leur fonction politique centrale dans les luttes anticapitalistes. On a mis de c&#244;t&#233; l'&lt;i&gt;Arcane&lt;/i&gt; quelque temps pour pouvoir &#233;tudier la sexualit&#233; au cours de l'accumulation primitive. Pourquoi le capitalisme a trait&#233; la sexualit&#233; avec une telle s&#233;v&#233;rit&#233;, en distinguant de fa&#231;on aussi disciplinaire homme et femme ? Parce que la sexualit&#233; est essentielle &#224; sa reproduction : elle concerne la reproduction de la force de travail. Nous, nous voulions donc la libert&#233; sexuelle totale, mais aussi nous lib&#233;rer de la n&#233;cessit&#233; du sexe, car il y a une sexualisation permanente dans la soci&#233;t&#233; capitaliste du fait que le sexe fait vendre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; en f&#233;vrier 2022 pour la revue Trou Noir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://entremonde.net/l-arcane-de-la-reproduction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Arcane de la reproduction. Femmes au foyer, prostitu&#233;es, ouvriers et capital&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Leopoldina Fortunati&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Traduit de l'Italien par Marie Thirion&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Editions Entremonde&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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