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		<title>Ils tuent une p&#233;dale / Matan a un marica</title>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Homophobie</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;stor Perlongher</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; La pers&#233;cution de l'homosexualit&#233; &#233;crit un trait&#233; sur les corps &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Nestor-Perlongher-+" rel="tag"&gt;N&#233;stor Perlongher&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/madalena-001.jpg?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;stor Perlongher &#233;tait un po&#232;te, &#233;crivain, journaliste et militant homosexuel argentin. Il &#233;tait un des fondateurs du Front de lib&#233;ration homosexuel (Frente de Liberaci&#243;n Homosexual) qui a vu le jour en 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce texte po&#233;tique et analytique, il donne &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la violence de la parano&#239;a anti-homosexuelle de son pays et du Br&#233;sil o&#249; il s'est exil&#233; en 1982 : &#171; quelles sont les forces en collision, quel est le champ de forces qui affecte leur choc ? &#187; En croisant les hypoth&#232;ses de Deleuze, Guattari et Hocquenghem sur le d&#233;sir et la violence avec l'histoire de la dictature civilo-militaire de l'Argentine, Perlongher adopte un point de vue foutrement &lt;i&gt;anal&lt;/i&gt; sur le sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article est compos&#233; en deux parties. La premi&#232;re est une pr&#233;sentation biographique de N&#233;stor Perlongher. La seconde est la traduction du texte &lt;a href=&#034;https://www.herramienta.com.ar/matan-a-una-marica&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Matan a un marica&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#233;crit en 1988.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Source image : Photographie de Madalena Schwartz issue d'une s&#233;rie de portraits de travestis intitul&#233;e &#034;As Metamorfoses - Travestis e transformistas na S&#227;o Paulo dos anos 70&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation de N&#233;stor Perlongher &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t connu pour ses po&#232;mes, N&#233;stor Perlongher a aussi &#233;crit des pamphlets, des articles po&#233;tiques, des enqu&#234;tes sur la prostitution masculine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1949 &#224; Buenos Aires, il rejoint un groupe trotskiste Pol&#237;tica Obrera &#224; la fin des ann&#233;es 60 duquel il s'&#233;loigne &#224; cause de leur rejet de son homosexualit&#233; assum&#233;e. Il rejoint alors le FLH, Frente de Liberaci&#243;n Homosexual qui m&#233;lange plusieurs tendances : p&#233;ronistes de gauche, anarchistes, f&#233;ministes, lesbiennes, etc. Son groupe se d&#233;nomme Eros. Emprisonn&#233; quelques mois en 1976, c'est dans ce contexte de r&#233;pression f&#233;roce que se dissout le groupe. A ce moment-l&#224;, Perlongher est plus proche de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &#233;crits qui circulent clandestinement pendant la dictature militaire argentine (1976-1983) d&#233;noncent au-del&#224; de la r&#233;pression politique, la r&#233;pression sexuelle et classiste. Il s'exile au Br&#233;sil en 1981, quasiment &#224; la fin de la dictature. Mais selon lui malgr&#233; la fin de la dictature les m&#233;canismes r&#233;pressifs restent intacts. Au Br&#233;sil, pays o&#249; il se sent plus libre, il continue d'&#233;crire de la po&#233;sie, des articles politiques et litt&#233;raires dans divers groupes qui travaillent sur la sexualit&#233; et la politique. Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'enqu&#234;te sur la prostitution masculine, il publie &lt;i&gt;La prostituci&#243;n masculina&lt;/i&gt; (r&#233;&#233;dit&#233; comme &lt;i&gt;La n&#233;gociation du d&#233;sir : la prostitution masculine &#224; Sao Paulo&lt;/i&gt;). Il &#233;crit sur le sida dans &lt;i&gt;El fantasma del sida&lt;/i&gt;. En 1990, il est diagnostiqu&#233; s&#233;ropositif et il commence le traitement AZT. Son &#233;tat mental et sa sant&#233; se d&#233;gradent jusqu'&#224; sa mort en 1992 &#224; Sao Paulo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/nestor_perlongher.jpg?1731403026' width='500' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut faire clairement un parall&#232;le avec Hocquenguem, dans un parcours travers&#233; par la gauche et la d&#233;ception de son homophobie ; et dans sa tentative de mise en garde contre la normalisation et la r&#233;cup&#233;ration de l'homosexualit&#233; par la consommation, dans une logique d'int&#233;gration et de normalisation divisant une homosexualit&#233; acceptable et normalis&#233;e d'une homosexualit&#233; marginale. &#171; Ce que le mouvement de lib&#233;ration gay a fait c'est, depuis la gauche, s'int&#233;grer au syst&#232;me. Regarde, le FLH, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque s'alignait avec &#171; la gauche homosexuelle &#187;, et tout &#231;a a d&#233;riv&#233; vers la commercialisation, la consommation, l'ouverture d'un nouveau march&#233; o&#249; le corps est un objet de valeur, plus que d'usage. C'est vrai non ? &#187; (Extrait de &#171; El espacio de la orgia ? &#187; &lt;i&gt;Una conversaci&#243;n con N&#233;stor Perlongher&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Perlongher c'est de trouver de nouveaux points de fuite, les devenirs minoritaires. &#171; S'il y a une t&#226;che &#224; r&#233;aliser c'est de trouver les points de rencontre dissidents, points de rencontres non homog&#233;n&#233;isants, c'est-&#224;-dire qui ne d&#233;bouchent pas sur un parti politique ou une doctrine. Il faut maintenir la diff&#233;rence pour qu'elle intensifie de nouvelles diff&#233;rences [&#8230;] Nous devons savoir ce que nous faisons, nous devons savoir comment l'exprimer et en plus nous devons r&#233;ussir &#224; ce que cela entre dans le champ social y fasse exploser le discours institutionnel &#187; (&#171; Lo que estamos buscando es intensidad &#187;, entretien publi&#233; dans &lt;i&gt;Cerdos y Peces&lt;/i&gt;, n&#176;12, Buenos Aires, 1987).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ils tuent une p&#233;dale / Matan a un marica&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit en tout premier ce sont des corps : des corps vernis par l'&#233;claboussure d'un regard qui les enduit ; des corps comme des toiles de tulle o&#249; s'inscrit la course tremblante d'un clin d'&#339;il ; le lierre serpentant des corps enchev&#234;tr&#233;s (drap&#233;s en &#233;rection) au poteau d'un coin de rue. Certains corps fig&#233;s dans leur duret&#233; de marbre o&#249; se tend la corde d'une fl&#232;che dans un hal&#232;tement pr&#233;cieux. Les autres, corps erratiques festonnant le cuir verni huileux de rails sirupeux, caresses griffues qui se tiennent au bord du trottoir pi&#233;tin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce qu'ils poursuivent leur d&#233;sir, des corps finissent dans une rigidit&#233; cadav&#233;rique. Dans un essaim de draps d&#233;faits, dans les ruines macabres de la f&#234;te, du festif en devenir funeste : des t&#234;tes o&#249; les empreintes digitales ont &#233;t&#233; trop fortement imprim&#233;es, des torses d&#233;sarticul&#233;s &#224; coups de b&#226;ton, des stries bleues dans l'orbite, des l&#232;vres fendues o&#249; une serviette fait office de glotte, des trous de balles, des traces boueuses de bottes sur les fesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transformation, donc, d'un &#233;tat des corps. Comment passe-t-on d'une rive &#224; l'autre ? Comment le d&#233;sir peut-il d&#233;fier (et peut-&#234;tre provoquer) la mort ? Comment, dans la turbulence de la d&#233;rive nocturne, le coup appara&#238;t-il l&#224; o&#249; il &#233;tait destin&#233; &#224; &#234;tre caress&#233;, sans rien enlever &#224; sa puissance ni &#224; son cran ? Comment la perceuse de la jouissance &#8211; pr&#233;vue pour qu'elle d&#233;chire par friction les nids (noueux) du v&#234;tement synth&#233;tique &#8211; accomplit-elle, dans un exc&#232;s fatal, sa mythologie perforante ? Volutes et volupt&#233;s : une multiplicit&#233; de perspectives demande &#224; &#234;tre mobilis&#233;e pour examiner l'obscure circonstance dans laquelle la rencontre entre la folle et le m&#226;le devient fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Homosexuel assassin&#233; &#224; Quilmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quilmes est une ville de la p&#233;riph&#233;rie de Buenos Aires. Ancienne ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;'. De temps &#224; autre, les nouvelles de la mort violente des folles surgissent avec une jubilation macabre dans les titres sensationnalistes, rivalisant de peu avec les colonnes serr&#233;es des chiffres des victimes du sida. Ces deux formes de d&#233;c&#232;s sont finalement teint&#233;es d'une couleur commune. Ce qui les impr&#232;gne semble &#234;tre un certain &#233;cho du sacrifice, du rituel expiatoire. Le meurtre d'un p&#233;d&#233; b&#233;n&#233;ficierait d'une mauvaise joie secr&#232;te et d'une ironie proverbiale : 'celui qui vole &#224; un voleur...'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois une vague de meurtres d'homosexuels a d&#233;ferl&#233; sur le Br&#233;sil. Entre novembre 1987 et f&#233;vrier 1988, une vingtaine de victimes. Un &#233;t&#233; chaud. Le destin a voulu que les morts soient recrut&#233;s parmi des personnalit&#233;s connues ('Vlan, la folle &#233;tait c&#233;l&#232;bre', s'est exclam&#233; un commissaire de police lorsqu'un cadavre a &#233;t&#233; retrouv&#233; en culotte) : un directeur de th&#233;&#226;tre, des journalistes, des couturi&#232;res, des coiffeurs&#8230; Il semblerait que les grands airs que prend la campagne sur le sida &#8211; une v&#233;ritable promotion de Had&#232;s &#8211; n'ait pas suffi. Il a fallu recourir &#224; des m&#233;thodes plus &#233;nergiques. Ainsi, le mitraillage de travestis dans les rues sombres de S&#227;o Paulo, fabuleusement attribu&#233; par les porte-paroles de la police &#224; un malade du sida d&#233;sireux de se venger. Pourtant il avait des traits paramilitaires ind&#233;niables. De m&#234;me que la mort des homosexuels est dans le contexte actuel presque in&#233;luctablement li&#233;e au sida, la r&#233;pression polici&#232;re est associ&#233;e, dans la production de ces cadavres exquis, &#224; ce que les id&#233;ologues des mouvements de lib&#233;ration des ann&#233;es 1960 appelaient l'homophobie : une forte phobie de l'homosexualit&#233; dispers&#233;e dans le corps social. Les cartes sont m&#233;lang&#233;es : quand le cul ressort, la d&#233;charge s'ensuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre exclusif aux trottoirs tropicaux, le sang des folles est souvent r&#233;pandu sur les pav&#233;s du sud. Nous nous souvenons de la s&#233;rie d'ex&#233;cutions d&#233;clench&#233;es pendant les affres de la derni&#232;re dictature, dans la lumi&#232;re haineuse du fjord perdu. Ou, encore, le mitraillage de travestis qui exhibaient l'audace de leurs blondeurs sur la route panam&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La route panam&#233;ricaine est un ensemble de routes reli&#233;es entre l'Alaska et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les deux cas, une question se pose : s'agit-il vraiment de conspirations d'inspiration fasciste (style Escadron de la mort ou Triple A&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Alliance anticommuniste argentine (Alianza Anticomunista Argentina, AAA ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ou plut&#244;t d'un certain climat de terreur contagieuse qui tend vers la mort les liens d&#233;j&#224; tendus de la p&#232;gre ('quand l'un tue, ils tuent tous', condamnait un taxiboy pendant la vague de crimes &#224; Buenos Aires) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une brochure r&#233;cemment publi&#233;e &#224; S&#227;o Paulo : &lt;i&gt;Le p&#233;ch&#233; d'Adam&lt;/i&gt;, deux jeunes journalistes, Vinciguerra et Maia, s'aventurent sournoisement dans les coulisses du ghetto, enqu&#234;tant sur les relations entre les tueurs et leurs victimes. Bien que certains des tueurs aient &#233;t&#233; des policiers ou des soldats &#8211; et que plusieurs des crimes cit&#233;s soient dans leur m&#233;thodologie (mains attach&#233;es dans le dos, bouches sculpt&#233;es, &#233;masculations ou inscriptions sur la chair, &#224; la mani&#232;re de la machine kafka&#239;enne) du style des Escadrons de la mort (commandos parapoliciers pour l'extermination des lumpens et l'intervention dans les guerres de la p&#232;gre) &#8211; il n'y a pas de conspiration, pas de plan organis&#233;, mais tout au plus une l&#233;g&#232;re citation, la r&#233;f&#233;rence au sacrifice vigilant. De quelle justice s'agit-il, dans ce cas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, de quoi parlons-nous lorsque nous parlons de violence ? Au-del&#224; de l'indignation des vols &#8211; qui ne compense cependant pas la r&#233;jouissance pas si secr&#232;te de la plupart &#8211; il n'est pas f&#233;cond de penser la violence en tant que telle, comme un fait en soi. La violence, dit Deleuze en parlant de Foucault, &#171; exprime parfaitement l'effet d'une force sur quelque chose, objet ou &#234;tre. Mais elle n'exprime pas le rapport de force, c'est-&#224;-dire le rapport de la force &#224; la force &#187;. Quelles sont les forces en pr&#233;sence, dans le cas de la violence anti-homosexuelle ? En d'autres termes : quelles sont les forces en collision, quel est le champ de forces qui affecte leur choc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire rapidement, ces forces convergent dans l'anus ; tout un probl&#232;me d'analit&#233;. La privatisation de l'anus, pourrait-on dire &#224; la suite de l'&lt;i&gt;Anti-Oedipe&lt;/i&gt;, est une &#233;tape essentielle pour &#233;tablir le pouvoir de la t&#234;te (logo-ego-centrique) sur le corps : 'seul l'esprit est capable de chier'. Avec le blocage et l'obsession permanente de la propret&#233; (toucher cotonneux) du sphincter, les flatulences organiques sont sublim&#233;es, d&#233;j&#224; &#233;th&#233;r&#233;es. Si une soci&#233;t&#233; masculine est &#8211; comme le voulait le Freud de &lt;i&gt;La psychologie des foules &#8211;&lt;/i&gt; libidinalement homosexuelle, la contention du flux (bave bleue) qui menace de faire &#233;clater les masques sociaux d&#233;pendra, dans une large mesure, de la vigueur du beau gosse. &lt;i&gt;Irse a la mierda&lt;/i&gt; (expression qu'on peut traduire par &#171; aller se faire foutre &#187;), ou aller dans la merde semble &#234;tre le danger ultime, l'embarras sans retour (le fait de ne pas atteindre le bassin &#224; temps d&#233;clenche, dans &lt;i&gt;El Fiord&lt;/i&gt; d'Osvaldo Lamborghini, la violence du Fou Autoritaire. Bataille pour sa part, voyait dans l'incontinence des tripes le retour organique de l'animalit&#233;). Le contr&#244;le du sphincter marque donc quelque chose comme un 'point de subjectivation' : la centralit&#233; de l'anus dans la constitution du continent soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine organisation de l'organisme, hi&#233;rarchique et historique, assigne l'anus &#224; la fonction exclusive d'excr&#233;tion &#8211; et non &#224; la jouissance. L'obsession occidentale pour les usages du cul sent le br&#251;l&#233; ; rappelez-vous le sacrifice (empalement pr&#233;alable ?) des sodomites d&#233;couverts par l'&#339;il de Dieu. Si le passage progressif de la th&#233;ologie &#224; la m&#233;decine comme science et v&#233;rit&#233; des corps doit modifier le traitement, passant par exemple du feu &#224; l'injection, ce n'est pas en d&#233;sinfectant que l'hyst&#233;rie de la suture att&#233;nuera l'instante d&#233;mangeaison, envelopp&#233;e de latex fin et transparent. Ainsi si les arguments soixante-huitards d'Hocquenghem dans &lt;i&gt;Le D&#233;sir homosexuel&lt;/i&gt; comprenaient la pers&#233;cution implacable des homosexuels &#224; travers une translucidit&#233; sphinct&#233;rienne ('Les homosexuels sont les seuls &#224; faire un usage libidinal constant de l'anus'), semblaient, &#224; en juger par l'inflation orgiaque de la lib&#233;ration gay et de ses 'v&#233;ritables laboratoires d'exp&#233;rimentation sexuelle' (Foucault) avoir perdu, au prix d'une d&#233;tente, la rigueur de sa validit&#233;. Aujourd'hui, le spectre du sida devra r&#233;actualiser la peur ancestrale du m&#233;lange muqueux, du contact du sperme avec la merde, de la perle caoutchouteuse de la vie avec l'abjection f&#233;cale. Pour remettre au go&#251;t du jour, en un mot le probl&#232;me du cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour un gorille / il n'y a rien de mieux / que lui p&#234;ter le cul / avec tout mon amour &#187; : 'p&#234;ter le cul'. Ou, &#224; d&#233;faut, 'se laisser toucher le cul' : la grossi&#232;ret&#233; de la culture du m&#226;le viril &#8211; &#224; toujours avoir &#8216;'le cul &#224; la bouche' &#8211; insiste pour placer sur les fesses le point de contact du scandale (et non du d&#233;sir&#8230;). Insistance sur la blague lourde, dont le caract&#232;re concret, dans la 'plaine de la blague' lamborghienne, d&#233;cha&#238;ne la violence (irr&#233;sistible de raconter l'intrigue de 'La juste cause' : deux coll&#232;gues de bureau passent toute la journ&#233;e &#224; se dire... : 'Si j'&#233;tais un p&#233;d&#233;, tu me le mettrais &#224; fond dans la gorge' ; 'Si tu &#233;tais un p&#233;d&#233;, je te le mettrais &#224; fond dans la gorge', et ainsi de suite, jusqu'&#224; ce qu'un Japonais, qui ne comprend rien d'autre que litt&#233;ralement, pr&#233;sentifie le subjonctif avec un ananas et un couteau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production d'intensit&#233;s, affirment Deleuze et Guattari dans &lt;i&gt;Mille Plateaux&lt;/i&gt;, conteste, mine, d&#233;range, l'organisation de l'organisme, la distribution hi&#233;rarchique des organes dans l'organigramme anatomique du regard m&#233;dical. Si quelqu'un p&#232;te, dans quelle mesure cet ar&#244;me sent-il la fuite du d&#233;sir ? Si le d&#233;sir s'&#233;chappe, construisant son propre plan de consistance, c'est sur le plan des corps, dans l'&#233;tat des corps du &lt;i&gt;socius&lt;/i&gt;, que les vicissitudes de cette fuite appara&#238;tront mol&#233;culairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la pers&#233;cution de l'homosexualit&#233; &#233;crit un trait&#233; (d'hygi&#232;ne, de bonnes mani&#232;res, de savoir-vivre) sur les corps ; brider le cul, c'est, en quelque sorte, brider le sujet &#224; la civilisation, Bataille dirait, &#224; 'l'humanisation'. Retenir, Contenir. Et si cette obsession anale, ligue ou ligament dans le &lt;i&gt;lingam&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lingam vient du sanskrit &#171; signe &#187;, en g&#233;n&#233;ral un objet dress&#233; d'apparence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, semblait, face &#224; l'avanc&#233;e de la nouvelle 'identit&#233;' homosexuelle, se dissiper, c'est que cette derni&#232;re modalit&#233; de subjectivation d&#233;place vers une relation 'de personne &#224; personne' (gay/gay) ce qui est, dans les passions marginales de la folle et de l'homo viril, du sexe vagabond dans les terrains vagues, fondamentalement une relation 'd'organe &#224; organe' : p&#233;nis/cul, anus/bouche, langue/bite, selon une dynamique d'embo&#238;tement ; ceci va ici, cela va l&#224;... L'homosexualit&#233;, r&#233;sume Hocquenghem, est toujours anale. P&#233;d&#233; de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;ambulation ronde des folles &#224; l'ombre des pins dress&#233;s, regardant avec leurs &#226;nes &#8211; &#339;il de Gab&#232;s l'anneau de bronze &#8211;, scrutant le brochet dans la Flandre glanduleuse, se module dans le pas tremblant, dans le cil qui captive, fil de bave, la couleuvre, le collier d'un compte de pure perte. Perdition de la perte de soi : en sortant, sans rime ni raison, au centre, au centre de la nuit, &#224; la nuit du centre ; dans la d&#233;marche du danseur de tango, errant dans les champs ouverts &lt;i&gt;extramuros&lt;/i&gt; ; dans l'accroupissement &#8211; la ruse de l'hydre ou du lierre &#8211; dans le lam&#233; d'urine des 'th&#233;i&#232;res' ; dans la furtivit&#233; f&#233;line ouvrant des transversales du d&#233;sir dans la marche anodine de la multitude fac-simil&#233;e ; si toute cette d&#233;rive du d&#233;sir, cette errance sexuelle, prend la forme de la chasse, c'est qu'elle cache, comme toute jungle qui se respecte, ses dangers mortels. C'est &#224; ce danger, &#224; cet ab&#238;me d'horreur ('La patience, le cul et la terreur ne m'ont jamais fait d&#233;faut', dit Sebregondi Retrocede), &#224; cette jouissance de l'extase &#8211; sortir : sortir de soi &#8211; secou&#233;e, pour plus de r&#233;verb&#233;ration et d'effusion, par la contigu&#239;t&#233; du sordide, par la tension extr&#234;me et actuelle de la mort, que la d&#233;rive homosexuelle (curieuse s&#233;duction !), le tour ou le tournant, est dirig&#233;e platement &#8211; m&#234;me s'il dit non, m&#234;me s'il recule : s'il recule, il arrive &#8211; et d&#233;fie, avec la fiert&#233; de la queue, du panache et du plumeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple bien &#233;loign&#233; de la fr&#233;n&#233;sie des n&#233;ons du faire un tour furieux : Le lieu sans limites de Donoso. Dans un bordel chilien poussi&#233;reux, la folle (Manuela) se laisse s&#233;duire, en connaissant le danger, par un camionneur &lt;i&gt;chongo&lt;/i&gt; (le mot &lt;i&gt;chongo&lt;/i&gt; d'origine africaine d&#233;signait l'homo viril et macho dans les ann&#233;es 70-80, aujourd'hui il d&#233;signe le plan cul). Apr&#232;s avoir tent&#233; de l'esquiver, elle enfile sa plus belle robe rouge, dont les froufrous font d'elle, en souillant irr&#233;sistiblement de son mucilage celui du m&#226;le, une couronne et un linceul. Le d&#233;sir d&#233;fie &#8211; par sa seule intensit&#233; &#8211; la mort ; il est vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cet extr&#234;me &#8211; constant comme fixe &#8211; de l'ex&#233;cution finale, la tentation de l'ab&#238;me ne cesse d'animer &#8211; ses flottements, ses ondulations &#8211; l'itin&#233;rance nomade des folles. N'y a-t-il pas quelque chose de la 'sortie de soi' dans cette 'sortie pour errer' vers ce qui vient ? La transition &#8211; imposition sp&#233;culaire de la loi &#8211; intercepte ce vol p&#233;r&#233;grin et le fait appara&#238;tre comme la n&#233;gation de ce qu'il fuit, dissout (ou d&#233;guise) l'affirmation intensive de la fuite en le faisant passer pour un simple renversement de la loi. Nous sommes pr&#232;s et loin de Bataille. Pr&#232;s, parce que chez lui la loi brille comme instauratrice de la transgression. Loin, parce que le ' d&#233;sordre organis&#233; ' que la rupture inaugure ne finit pas par s'embo&#238;ter, avec ses vibrations passionnelles, sa perte dans la d&#233;pense du bijou dans le limon, dans quelque suppos&#233; envers de la loi &#8211; par rapport auquel il affirme la diff&#233;rence d'un fonctionnement irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'&#233;vasions que les vicissitudes des pulsions nomades doivent &#234;tre romantiques, mais plut&#244;t le contraire : la fuite de la normalit&#233; (rupture de la discipline familiale, scolaire et professionnelle, dans le cas des lumpens et des prostitu&#233;s ; rupture des ordres corporels et parfois m&#234;me personnologiques, etc.) ouvre un champ de dangers. Prenons le cas des &lt;i&gt;taxiboys&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;mich&#233;s&lt;/i&gt; au Br&#233;sil), praticiens de la prostitution virile, qui &#233;rigent l'artifice d'une posture hypermasculine en certificat de m&#226;litude, ce refus de 'l'assomption homosexuelle' &#233;tant d'ailleurs exig&#233; par des clients p&#233;dophiles, qui recherchent pr&#233;cis&#233;ment des jeunes hommes non homosexuels. Parmi les &lt;i&gt;mich&#233;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;taxiboys&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hustleres&lt;/i&gt; d'Am&#233;rique du Nord, &lt;i&gt;chaperos&lt;/i&gt; d'Espagne, tapins de France et toute la gamme des arnaqueurs, lumpens, parias, fugueurs ou simplement paum&#233;s, passagers en transit dans les d&#233;lices de l'enfer, on y recrute souvent les ex&#233;cuteurs de folles. C'est comme si la volont&#233; de maintenir le poids d'une repr&#233;sentation aussi puissante &#8211; le centre du machisme reposant sur le membre d'un adolescent frais &#8211; &#233;tait grav&#233;e (plus &#224; la mani&#232;re de la balafre de Lamborghini que du tatouage de Sarduy) si profond&#233;ment dans les corps qu'elle rythmait leur mouvement. Ainsi Genet oppose &#8211; observe Sartre &#8211; la dure rigidit&#233; du corps viril &#224; la soie odorante de la folle : 'La m&#234;me turgescence que le m&#226;le ressent comme le durcissement agressif de son muscle, Genet la ressentira comme l'ouverture d'une fleur'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virilisme maquill&#233; que le &lt;i&gt;chonguito&lt;/i&gt; d&#233;ploie dans un championnat de ruse libidineuse &#8211; l'inflexion de la courbe de la fesse, le gonflement soigneux de l'entrejambe, la voix qui sort des couilles..., toute cette disposition de la surface intensive comme film sensible, serait, pour ainsi dire, 'avant', ou ici des proc&#233;dures de surcodage qui, en son nom, entrent et fonctionnent. Si cette rigueur marmor&#233;enne et tendue des muscles du prox&#233;n&#232;te est sujette &#224; des faveurs &#8211; le doux glissement d'une main le long de la cuisse vers les creux de la grotte sacr&#233;e, ou une &#233;treinte trop affectueuse, ou le soup&#231;on d'un certain amour... &#8211; des d&#233;bordements micro-fascistes, des attaques contre leurs clients et fournisseurs dans lesquelles le d&#233;sir de confiscation expropriatrice ne suffit pas &#224; justifier la volupt&#233; de la cruaut&#233; ; on peut aussi penser que le micro-fascisme est contenu dans chaque geste, dans chaque d&#233;tail de la ma&#231;onnerie masculine 'normale' &#8211; dont les &lt;i&gt;mich&#233;s&lt;/i&gt; extraient, pour la propulser en vrac &#224; travers les orgies successives du monde de la nuit, une qualit&#233; libidinale, habituellement cach&#233;e dans la figurine s&#233;dentaire des adultes h&#233;t&#233;ros. Machisme-fascisme, disait un vieux slogan du minuscule Front de lib&#233;ration homosexuelle. Peut-&#234;tre que dans le geste militaire du macho est d&#233;j&#224; indiqu&#233; le fascisme des t&#234;tes. Et en tuant une folle, on assassine l'homme en devenir femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;stor Perlongher.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'espagnol argentin par Lady G.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Texte publi&#233; dans Fin de siglo n&#176;16, octobre 1988.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quilmes est une ville de la p&#233;riph&#233;rie de Buenos Aires. Ancienne ville industrielle, pauvre, r&#233;put&#233;e violente et dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La route panam&#233;ricaine est un ensemble de routes reli&#233;es entre l'Alaska et Buenos Aires. Dans les ann&#233;es 80, entre Florida et San Isidro, en Argentine, de nombreux travestis et trans qui se prostituaient autour de la route ont &#233;t&#233; brutalement assassin&#233;(e)s. Les cas &#233;taient enregistr&#233;s comme des accidents de la route et souvent les victimes &#233;taient enterr&#233;es sous X. De nombreuses rumeurs circulaient sur un tueur en s&#233;rie qui circulait en Ford Falcon (voiture utilis&#233;e par les escadrons de la mort pour enlever leur victimes) mais au vu du nombre &#233;lev&#233;s de cas, il semblerait plus probable qu'il y ait eu une multiplicit&#233; d'assassins avec la complicit&#233; des autorit&#233;s polici&#232;res. Pour plus d'informations sur le sujet : &lt;a href=&#034;https://www.infobae.com/sociedad/2021/02/12/el-cazador-de-mariposas-el-estremecedor-mito-del-asesino-serial-de-travestis-en-la-panamericana-y-sus-crimenes-impunes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.infobae.com/sociedad/2021/02/12/el-cazador-de-mariposas-el-estremecedor-mito-del-asesino-serial-de-travestis-en-la-panamericana-y-sus-crimenes-impunes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Alliance anticommuniste argentine (&lt;i&gt;Alianza Anticomunista Argentina&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;AAA&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Triple A&lt;/i&gt;), fond&#233;e par Jos&#233; L&#243;pez Rega, ancien escadron de la mort lors de la &#171; guerre sale &#187; des ann&#233;es 70. Celle-ci a fait plus de 30 000 victimes. On estime &#224; environ 1 500 le nombre de victimes de la Triple A elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lingam vient du sanskrit &#171; signe &#187;, en g&#233;n&#233;ral un objet dress&#233; d'apparence phallique repr&#233;sentant Shiva.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'intime au complice : les g&#233;ographies perverses</title>
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		<dc:subject>Culture</dc:subject>
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		<dc:subject>D&#233;sir</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>
		<dc:subject>civilisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une lecture-performance uraniste&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Quentin-Dubois-+" rel="tag"&gt;Quentin Dubois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-civilisation-+" rel="tag"&gt;civilisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/capture-decran-2021-06-04-a-19.24.00-1200x670.png?1731403055' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; lors de l'&#233;v&#233;nement &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lafayetteanticipations.com/fr/manifestation/against-nature&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Against nature&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; organis&#233; &#224; Lafayette Anticipations par Pierre-Alexandre Mateos et Charles Teyssou dans le cadre de l'exposition HUMPTY \ DUMPTY de Cyprien Gaillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, &#224; partir des &#233;crits post-FHAR de Hocquenghem (&lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle, Le Gay voyage, Oiseau de la nuit, Race d'Ep&lt;/i&gt;) et de leur reprise dans une th&#233;orie dite anti-relationnelle (Bersani, Edelman) ou plut&#244;t contre-civilisationnelle de d&#233;terminer des contre-g&#233;ographies perverses. Ce geste sp&#233;culatif se produit partir d'une g&#233;n&#233;alogie crois&#233;e de l'intimit&#233;, du sujet homosexuel et de la ville par l'entremise de l'&lt;i&gt;hygi&#233;nisme&lt;/i&gt;, la d&#233;rive homosexuelle et la drague comme relevant &#224; la fois d'un &lt;i&gt;flair topologique &lt;/i&gt;particulier et d'une vis&#233;e antisociale forte : destituer l'intimit&#233; disciplinaire &#8212; et &lt;i&gt;in fine,&lt;/i&gt; le familialisme. C'est l'hygi&#233;nisme disciplinaire, en ce qu'il provoque la pr&#233;sence de ce qu'il circonscrit et l'exhibe sous pr&#233;texte de le dissimuler, qui est la cible d'une certaine homosexualit&#233; (de la dissidence urbaine) par la complicit&#233; et le cach&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;strong&gt;. L'intime ou le complice : &#171; Tout acte laisse une trace &#187; &#8211; moment du crime&lt;/strong&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comme si les corps n'&#233;taient pas s&#233;parables de leur puissance de densit&#233;, de leur puissance de faire masse, et de ruiner en son principe toute intervalle et toute distance, l'hygi&#232;ne convertit les corps en des id&#233;alit&#233;s capables d'analyser les masses : les comportements. La ville n'est devenue cette machine &#224; (re)dresser les individus qu'&#224; la condition de &lt;i&gt;cette id&#233;alisation des corps en comportements&lt;/i&gt;. (&#8230;) La constitution des espaces modernes est donc ainsi la formation et la formalisation, de syst&#232;mes id&#233;aux de relations dont les &lt;i&gt;relata&lt;/i&gt; sont des id&#233;alit&#233;s : ils ne sont pas faits avec des corps, mais avec des comportements. L'hygi&#232;ne publique a d&#233;velopp&#233; une &#171; science &#187; des conduites et des sentiments en refoulant les corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le p&lt;/i&gt;&lt;i&gt;etit travailleur infatigable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais partir d'une opposition &#224; cr&#233;er, celle du complot et de l'intimit&#233;, jouer avec le trac&#233; topographique des imaginaires pervers. En &lt;i&gt;simulant&lt;/i&gt; d'abord une g&#233;n&#233;alogie du probl&#232;me urbano-uraniste (ce mot d'uranisme de Karl Ulrichs), &#224; partir de l'hygi&#233;nisme, y contraindre le moment de la complicit&#233;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Dans cette g&#233;n&#233;alogie du probl&#232;me urbano-uraniste, &#224; titre de moment-clef, appara&#238;t avec insistance &lt;i&gt;l'hygi&#233;nisme &lt;/i&gt;depuis la moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle, et qui doit croiser la constitution, par le droit et la m&#233;decine, de &lt;i&gt;l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Dans ce n&#339;ud juridico-m&#233;dical, &#233;merge l'homosexuel &#8211; auquel r&#233;pond l'uraniste comme premi&#232;re figure de contestation ou de r&#233;sistance &#233;pist&#233;mopolitique. Cette recherche, crois&#233;e &#224; la ville, rencontre l'&lt;i&gt;hyig&#233;nisme &lt;/i&gt;et la constitution d'un espace pr&#233;cis, lieu du disciplinaire ext&#233;rieur et int&#233;rioris&#233;, l'&lt;i&gt;intimit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que la pens&#233;e qui r&#233;git la ville jusqu'&#224; la Charte d'Ath&#232;nes (1933) est une pens&#233;e hygi&#233;niste qui cherche &#224; se pr&#233;munir des cons&#233;quences de l'entassement : le crime et la maladie. C'est-&#224;-dire que le discours sur lequel on se r&#232;gle n'est pas celui du communicationnel (ni d'une th&#233;orie de la communication ou cybern&#233;tique) mais celui de la &lt;i&gt;contagion&lt;/i&gt; et d'une v&#233;ritable m&#233;taphysique du &lt;i&gt;miasme &lt;/i&gt; : la proximit&#233; produit le pathog&#232;ne et le criminel &#8212; l'urbaniste rencontre le criminologue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1_l_hygieniste_francais___revue_encyclopedique__.__bpt6k1179703s.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1_l_hygieniste_francais___revue_encyclopedique__.__bpt6k1179703s.jpg?1731402997' width='500' height='649' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cherchant &#224; &#233;radiquer la d&#233;bauche par l'&#233;tablissement d'une science des conduites a-corporelles, l'hygi&#233;niste &#8212; ce moraliste de la seconde moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle, &#8212; cherche ainsi &#224; contrecarrer tout gonflement corporel, tout comportement &#233;rotique : le discours hygi&#233;niste constitue l'espace de l'intime (l'habitat). La chambre l'emporte sur le cabaret et les &lt;i&gt;mauvais lieux. &lt;/i&gt;Pour le dire encore autrement : l'habitat suscite des conduites sp&#233;cifiques &#224; des territoires sp&#233;cialement con&#231;us pour ces derni&#232;res. Toutes ces disciplines du logement portent sur les relations domestiques ; elles sont des &#171; disciplines du minuscule &#187; : technologie des interstices, des intervalles &#8212; toujours le danger que &lt;i&gt;&#231;a baise &lt;/i&gt;hors des quatre murs de l'habitat. L'enti&#232;ret&#233; du quotidien doit &#234;tre domestiqu&#233;e. Le slogan hygi&#233;niste du XIX&#232;me si&#232;cle, ce serait : &#171; Maintenir un ordre politique au milieu d'un d&#233;sordre moral. &#187; Le plus petit acte contient en lui-m&#234;me la totalit&#233; des d&#233;terminations des menaces envers l'ordre public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'intimit&#233;, on peut distinguer deux moments constitutifs : le premier comme moment de l'intimit&#233; classique, bas&#233;e sur une psychologie de l'&#226;me (XVII&#232;me) concomitante &#224; l'apparition du sujet de la modernit&#233; ; le second l'intimit&#233; disciplinaire comme cr&#233;ation d'un espace de contr&#244;le des corps (XIX&#232;me) centr&#233;e sur les vices collectifs et aboutissant &#224; la notion structurante d'&lt;i&gt;habitat&lt;/i&gt;. Toutefois, se d&#233;tectent &#224; chaque coup des r&#233;sistances contre- l'intimit&#233; (des th&#233;rapeutiques) : &#224; la premi&#232;re, c'est la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; des Amis du crime &lt;/i&gt;de Sade &#8212; celle d'une destruction permanente&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;de la conscience &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du sujet par le crime (une morale de l'apathie) ; &#224; la seconde, ce sont les &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt;pratiques dont la plus &#233;vidente, la plus centrale, est celle du vice charnel &#8212; partag&#233;e en deux subjectivit&#233;s proches : la prostitu&#233;e et l'homosexuel. Ces deux intimit&#233;s, &#224; entendre diff&#233;rentiellement, sont compl&#233;mentaires : il s'est agi d'&#233;laborer la famille substantielle &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; les mauvaises subjectivit&#233;s (prostitu&#233;e et homosexuel), entendues comme des menaces. Et se constitue d&#232;s lors une police des familles, un rapport pr&#233;cis entre soci&#233;t&#233; et famille que l'on a nomm&#233; &lt;i&gt;familialisme&lt;/i&gt;. C'est l'hygi&#233;nisme qui a constitu&#233; l'intimit&#233; comme une sorte de surface objective pour interroger les comportements individuels et venir joindre ensemble crime et pathologie. L'espace clos de l'habitat produisant une &lt;i&gt;intimit&#233;&lt;/i&gt;, protectrice des menaces ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La sensibilit&#233; homosexuelle de la trace &#8211; moment du complot&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[P]arce que le cercle vicieux supprime avec les identit&#233;s la signification des actes une fois pour toutes et n&#233;cessite leur r&#233;p&#233;tition infinie dans une totale absence de but, voil&#224; pourquoi il devient dans le complot le crit&#232;re s&#233;lectif de l'exp&#233;rimentation.&lt;br class='autobr' /&gt;
P. Klossowski, &#171; Le Cercle vicieux &#187;, &lt;i&gt;Nietzsche aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/2_police_crime.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/2_police_crime.jpg?1731402999' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Source : L'Allemagne et la caricature europ&#233;enne en 1907, Gai-Kitsch-Camp&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette police des familles, s'endurcit l'appareil r&#233;pressif par l'entremise de &lt;i&gt;l'agent&lt;/i&gt; qui se tient comme en hauteur de la ville, le panoptique, et contr&#244;le ses interstices. La criminologie du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, avec Edmond Locard le p&#232;re de la criminalistique, affirmait : &#171; Quiscunque tactus vestigia legat &#187; (&lt;i&gt;Tout contact laisse une trace&lt;/i&gt;). Il faudrait &#224; partir d'un jeu subtil de glissement entre le crime, la complicit&#233; et le cach&#233;, en faire le mot d'ordre inscrit sur le frontispice de contre-g&#233;ographies dissidentes : Tout contact laisse une trace. C'est l'&lt;i&gt;&#233;ph&#233;m&#232;re co&#239;tal &lt;/i&gt;qui laisse des traces que les homosexuels, fins g&#233;ographes des villes, reconnaissent (&lt;i&gt;Le Gay Voyage&lt;/i&gt;) et que Hocquenghem nommait &lt;i&gt;le flair topologique&lt;/i&gt; des homosexuels :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un plan de ville, c'est un territoire de chasse. Et draguer, une mani&#232;re de le lire, ce plan, qui bient&#244;t le recouvre, le rature, le rend illisible &#224; tout autre qu'&#224; moi-m&#234;me, jusqu'&#224; ce qu'il s'&#233;chappe, chiffonn&#233; et moite d'avoir &#233;t&#233; si longtemps tenu, par la fen&#234;tre d'un tram pop ou d'un taxi jaune. Car mon ghetto n'est pas une portion, une fraction, un membre de la ville. Il est &#233;pandu partout, autre sens &#8211; mineur &#8211; donn&#233; par les habitudes instantan&#233;es, par les premi&#232;res rencontres, par la g&#233;ographie, fumeuse et terriblement pr&#233;cise dans le d&#233;tail, des soirs o&#249; l'alcool et la drogue fixent les rep&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;i&gt;Gay voyage)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La complicit&#233; qui surgit, dans les bars, les cabarets se pr&#233;sente de mani&#232;re fascinante, mais elle est beaucoup plus d&#233;localisante, dans la drague de rue. S'ouvre alors le nouveau topos et une red&#233;finition, une reprise du cach&#233;, entendu en opposition &#224; l'intimit&#233; &#8212; car l'intimit&#233; disciplinaire ne peut tol&#233;rer de cach&#233;, chaque interstice doit &#234;tre contr&#244;l&#233;e et corrig&#233;e ; il s'agit de d&#233;jouer la fausse apparence du &#171; chez soi &#187; de l'intimit&#233; par le cach&#233; &#8212; l'intimit&#233; disciplinaire &#233;touffe les possibles, le cach&#233; les exacerbe derri&#232;re l'apparente tranquillit&#233; en ce que tout endroit est potentiellement zone de drague et de baise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais davantage, il faut y saisir la d&#233;sarticulation de l'identit&#233;. Y entendre alors : l'homosexuel d&#233;sarticule sa propre identit&#233; (c'est un geste d'expropriation), identit&#233; qui a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;e par le disciplinaire. Production d'une nouvelle subjectivit&#233; par la drague, par le cach&#233;. Ce que recouvre la &lt;i&gt;d&#233;rive &lt;/i&gt;de Guy Hocquenghem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici, &#224; partir d'une proposition que l'on peut qualifier de d&#233;cadentiste, cernable chez Jean Lorrain au travers de ses &lt;i&gt;Contes d'un buveur d'&#233;ther&lt;/i&gt; de 1895, dans cette litt&#233;rature du caract&#232;re maudit de l'habitat clos, du&lt;i&gt; mauvais g&#238;te.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Proposition d&#233;cadentiste :&lt;/i&gt; comment il s'agit de d&#233;placer le&lt;i&gt; cach&#233;&lt;/i&gt; dans l'espace ext&#233;rieur, &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; public &#8212; car il s'agit de d'une d&#233;sactivation du priv&#233; et du public &#8212; faisant jouer&lt;i&gt; contre&lt;/i&gt; l'intime, la notion de&lt;i&gt; complicit&#233;&lt;/i&gt;. Inscription charnelle &#233;vidente. Et cette inscription charnelle, cette persistante trace, ne s'entend pas comme une r&#233;sistance &#224; la&lt;i&gt; massification&lt;/i&gt; du comportement homosexuel &#8212; le devenir-consommation r&#233;gul&#233; dans des lieux de cruising et de f&#234;te, la formation du ghetto rose (pinkwashing) &#8212; mais une r&#233;sistance bien plus ancienne et plus solidement ancr&#233;e, sorte de n&#233;o-archa&#239;sme d&#233;sirant : refus imprim&#233;, trac&#233;, de l'intimit&#233;. Il s'agit d'infliger des&lt;i&gt; blessures &#224; la ville&lt;/i&gt; selon l'expression de Hocquenghem ainsi qu'&#224; l'intimit&#233; disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/4_baigneurs_cezanne.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/4_baigneurs_cezanne.jpg?1731403004' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une des nombreuses lithographies des Baigneurs de C&#233;zanne (1896)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;rive homosexuelle s'entend comme une d&#233;sidentification. Mais davantage, il faut y saisir la d&#233;sarticulation de l'identit&#233;. Y entendre alors : l'homosexuel d&#233;sarticule sa propre identit&#233; (c'est un geste d'expropriation), identit&#233; qui a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;e par le disciplinaire. Production d'une nouvelle subjectivit&#233; par la drague, par le cach&#233;. Ce que recouvre la d&#233;rive de Guy Hocquenghem. Faisant intervenir ici Lee Edelman dans &lt;i&gt;L'impossible homosexuel&lt;/i&gt; : &#171; L'homosexualit&#233; est donc constitu&#233;e en cat&#233;gorie pour d&#233;signer une condition qui doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme d&#233;termin&#233;e, lisible, identifiable, dans la mesure pr&#233;cis&#233;ment o&#249; elle menace de d&#233;faire la d&#233;termination de l'identit&#233;. &#187; L'homosexualit&#233;, dans ce qu'elle doit se d&#233;faire d'elle-m&#234;me, sorte de d&#233;faitisme homosexuel, a pu incarner l'attaque la plus frontale &#224; l'intimit&#233; et donc &#224; un certain rapport occidental entre le cach&#233;, l'intime et le crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se qui pourrait &#234;tre dite anti-relationnelle ou anti-sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'en r&#233;cuse les termes ainsi que la trop br&#232;ve analyse qu'en a donn&#233;e Jos&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'entend &#224; partir de sa &lt;i&gt;productivit&#233; &lt;/i&gt; : l'homosexualit&#233; est un mouvement de dissolution des g&#233;ographies disciplinaires qui l'ont vu na&#238;tre, une tendance &#224; cette disparition ou abolition, en produisant des formes de relationalit&#233; autres passant par la drague et par la baise. Ou pour le dire encore autrement, elle est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'une part un usage destitutif de l'anus &#8212; en m&#234;me temps que l'anus perd sa fonction d'&#233;vacuation des d&#233;chets pour devenir un site de plaisir (un anti-hygi&#233;nisme), il s'agit de s'attaquer aux institutions disciplinaires r&#233;gl&#233;es sur le familialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part un usage d&#233;sirant de l'anus &#8212; production de nouvelles relations, connexions improbables, d&#233;sir de tout ce qui peut venir le p&#233;n&#233;trer. En ce sens, le terme &#171; anti-relationnel &#187;, employ&#233; par les critiques de cette th&#232;se, para&#238;t bien trop faible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi une complicit&#233; produite par une expropriation de l'autre (expropriation entendue comme le propre, l'intime, est agripp&#233; et d&#233;sactiv&#233;). Le complot est absorption dans le d&#233;tournement en cours &#8212; jeu du complot et de la complicit&#233;, jeu de la drague secr&#232;te et de la suspension de la conscience par le crime en cours. C'est le &lt;i&gt;phantasme &lt;/i&gt;qui s'&#233;veille une fois que la vie institutionnelle (l'urbain et ses r&#232;gles) et la vie morale (la conscience intime) sont neutralis&#233;es. D&#232;s le premier regard, dans cette relation &#224; une visag&#233;it&#233; inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/5._cavafy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/5._cavafy.jpg?1731403004' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une photo de Duane Michals en hommage &#224; Constantin Cavafy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un effritement de l'innocence, il s'agit d'une attaque d&#233;clar&#233;e et reconnue comme telle &#224; l'intimit&#233;. Pas de relation &lt;i&gt;intime&lt;/i&gt; &#8212; voile de pudeur &#8212; mais des relations &lt;i&gt;complices&lt;/i&gt; &#8212; la co-implication d&#233;sirante dans un crime (tout le grand th&#232;me de Jean Genet). C'est l&#224; ce qu'il faudrait maintenant, apr&#232;s cette g&#233;n&#233;alogie de la proposition anti-hygi&#233;niste d'une homosexualit&#233; d&#233;rivante, contre-topographier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. La contre-topographie sodomistique : &lt;i&gt;Tendre vs &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Alexandrie modern&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/6_1280px-carte_du_tendre-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/6_1280px-carte_du_tendre-2.jpg?1731403005' width='500' height='345' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Carte de Tendre, un trac&#233; imaginaire, s'&#233;labore progressivement au XVII&#232;me si&#232;cle suite au roman-fleuve de Mademoiselle de Scud&#233;ry, &lt;i&gt;Cl&#233;lie, histoire romaine&lt;/i&gt;. Incarnation des &lt;i&gt;Pr&#233;cieuses&lt;/i&gt;, on a longtemps repr&#233;sent&#233; cette topographie imaginaire comme vertueuse &#8212; les r&#232;gles menant au mariage, un guide pour le soupirant. Elle est plut&#244;t &#224; entendre comme une exp&#233;rimentation non pas balis&#233;e, mais ouverte ; car elle ne fait que produire ce qu'on pense qu'elle &#233;carterait : l'&#233;garement. Y entendre ainsi la phrase dans &lt;i&gt;Cl&#233;lie &lt;/i&gt; : &#171; Il n'y a point de chemins o&#249; l'on ne se puisse &#233;garer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de la complicit&#233; dans le crime, il s'agirait de tordre ou d'effectuer une torsion perverse &#224; la Carte de Tendre &#8212; et &#224; son r&#233;gime de la modernit&#233; propre (qui n'est pas encore celui du disciplinaire, mais disons d'une certaine psychologie de l'intime). Dans ce geste d'une contre-topographie sodomistique, notre carte prendrait le nom d'Alexandrie Moderne, derni&#232;re ville imaginaire du&lt;i&gt; Gay Voyage&lt;/i&gt; de Hocquenghem, son New York hell&#233;nistique du 1er si&#232;cle. Ville d'une d&#233;rive impulsionnelle entre deux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprendre la carte de Tendre par la &lt;i&gt;D&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt; (Hocquenghem) et le &lt;i&gt;Gay Voyage&lt;/i&gt; en l'expurgeant de tout t&#233;los &#8212; l'usage d&#233;sirant de l'anus, c'est-&#224;-dire un anus d&#233;barrass&#233; du fonctionnalisme des organes, ne conna&#238;t aucune finalit&#233; si ce n'est la spirale dissolution-p&#233;n&#233;tration-dissolution. Elle suit le mouvement non t&#233;l&#233;ologique de &#171; Oiseau de la nuit &#187; en posant le principe : le voyage de la d&#233;rive est un processus de d&#233;sidentification des normes disciplinaires familialistes au profit d'une subjectivation nouvelle, r&#233;solument contre-civilisationnelle et contre l'intime : elle produit une nouvelle subjectivit&#233; (la folle de Hocquenghem) dont le but est de pervertir de nouveaux &#234;tres, d'enclencher en eux une d&#233;sidentification. Voil&#224; une chose si peu habituelle qu'un docteur &#232;s perversion et avec quelle mani&#232;re, avec quelle langue il remplit son office !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe moteur de la d&#233;rive est un principe de &lt;i&gt;volution&lt;/i&gt; : un mouvement en spirale fait des d&#233;sirs pr&#233;sents qui naissent, dans l'impr&#233;visible de la rencontre &#8212; le fortuit &lt;i&gt;versus &lt;/i&gt;le t&#233;l&#233;ologique. Le point de &#171; d&#233;part &#187; est d&#232;s lors celle de l'initiation complice (une sorte de &lt;i&gt;Bildungscruising&lt;/i&gt;) &#224; partir d'un protagoniste hocquenghemien : la folle-voyou.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_842 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:512px;max-width:100%;padding-bottom:75%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-842&#034; data-id=&#034;58a1f0deda2fa67d9194c8dc9da33caf&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:106}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/7_race-d-ep-introduction.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L64xH64/mp4-d7cc4-f1e42.svg?1765891213' width='64' height='64' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript181092180569ee98c1c10890.49255597&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzU3MzI4OTYwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NTczMjg5NjAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceci est un extrait du film de Lionel Soukaz et de Guy Hocquenghem, &lt;i&gt;Race d'Ep&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; en livre par nos complices des &#233;ditions La Temp&#234;te. Cette initiation (une perversion de l'initiation) d&#233;bute le long de la pissoti&#232;re mal fam&#233;e et va suivre le mouvement d'une d&#233;rive spiraloforme &#8212; refus de toute circularit&#233;, c'est-&#224;-dire d'une identit&#233; &#224; soi. En reprenant le&lt;i&gt; Gay voyage&lt;/i&gt; de Guy Hocquenghem de 1980, nous pourrions remplacer les villes pr&#233;cieuses par d'autres lieux, tout autant imaginaires qu'ils sont enracin&#233;s dans des souvenirs et des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simulant la Carte d'Alexandrie Moderne, nous pouvons placer quelques lieux p&#234;le-m&#234;le&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pardonnera ce que les impulsions jettent ici sans se soucier de les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le Luxor : avec sa rhapsodie de jeans durant &lt;i&gt;Jason et les Argonautes &lt;/i&gt;de Don Chaffey. P&#233;plum rythmant le co&#239;t uranien des ann&#233;es 60 et 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les quais de la Seine avec les deux loubar, &lt;i&gt;pas m&#233;chants, &lt;/i&gt;de Hocquenghem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cin&#233;ma Le M&#233;ry, dit cin&#233;ma X, place de Clichy (o&#249; a lieu&lt;i&gt; La chatte &#224; deux t&#234;tes &lt;/i&gt;de Jacques Nolot)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/9_adonis_bar.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/9_adonis_bar.jpg?1731403006' width='500' height='776' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;i&gt;Adonis-Bar &lt;/i&gt;du roman de Maurice Duplay : bar ouvert par le jeune michto, Adonis avec ses ami.es travesti.es &#224; Montmartre (tr&#232;s certainement au 2 rue Berthe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pas loin, le Duplex, o&#249; j'ai suc&#233; un type d'une cinquantaine d'ann&#233;es il y a quelques semaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Esclave &#224; Avignon, une escale pour les tantes-th&#233;atrales un mois par an.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/10_creixams_-_supplice_queue_alibert_gravure.jpg?1731402994' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'importe quel lieu cach&#233;, dans la teinte que lui a donn&#233;e Fran&#231;ois-Paul Alibert dans son roman &lt;i&gt;Le supplice d'une queue&lt;/i&gt;. Ici la gravure en frontispice par Creixams (Cr&#233;ichams) dans la premi&#232;re &#233;dition, quasi toute d&#233;truite mais exemplaire poss&#233;d&#233; par Jacques Lacan, obs&#233;d&#233; par la litt&#233;rature homosexuelle pornographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'appartement de Jean Lorrain, o&#249; l'homosexualit&#233; se d&#233;fonce &#224; l'&#233;ther en abhorrant l'intimit&#233; (discours de l'homosexualit&#233; qui tend &#224; sortir de l'habitat comme lieu de l'horreur : pulsion d&#233;cadentiste)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L465xH215/11._argos_club-65fec.jpg?1765891213' width='465' height='215' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Argos Club d'Amsterdam (ferm&#233;). Donc une aire d'autoroute, agr&#233;ment&#233;e de quelques traces de k&#233;tamine, fera l'affaire avant de reprendre la route &#8212; d&#233;rive pour le coup &lt;i&gt;vraiment &lt;/i&gt;sinueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Lab, d'o&#249; tout fleuve prend sa source&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Tuileries&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Marais, o&#249;, dans une ruelle, derechef j'ai suc&#233; trois types &#224; la suite, crime sur crime, aussi d'une quarantaine-cinquante d'ann&#233;es, il y a un mois. Une tape sur l'&#233;paule pour m'indiquer qu'un voisin, l&#232;ve-t&#244;t, nous fixait. Et ainsi : &lt;i&gt;Co&#239;tus interr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ptus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;cisons&lt;/strong&gt; : Si cette d&#233;rive ponctu&#233;e d'endroits de consommation, nul n'y fait cr&#233;dit (la dette morale ne s'y &#233;tablit nullement) : la monnaie de rigueur durant ce parcours est monnaie vivante, quiconque est corps est jouissif et produit une valeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/12.hocquenghem_piotr_stanislas.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/12.hocquenghem_piotr_stanislas.jpg?1731402995' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Guy Hocquenghem et l'acteur porno Piotr Stanislas : d&#233;rive-discussion qui s'entend comme le moment d'une homosexualisation du &lt;i&gt;Neveu de Rameau. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Eldorado du Berlin des ann&#233;es 20-30 o&#249; peint Christian Schad &lt;i&gt;Le Guide de la nuit lubrique &lt;/i&gt;au coeur de la &lt;i&gt;Nouvelle Objectivit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/13pompes_funebres.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/13pompes_funebres.jpg?1731402995' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jean Genet, &lt;i&gt;Pompes Fun&#232;bres &lt;/i&gt; : Et son &#171; j'encule le monde ! &#187;, tirade destituante de quelques syllabes &#224; l'encontre de la civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Universit&#233; de Vincennes (passage exig&#233; par Hocquenghem) devenue maintenu un parc d'attraction homosexuel &#8212; on peut y acc&#233;der par la Porte dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Catacombes dans les quartiers de South of Market de San Francisco o&#249; Gayle Rubin dominait et fistait Michel Foucault. Lieu &#233;piphanico-anale puisqu'il d&#233;couvre, dans un &lt;i&gt;Eureka ! &lt;/i&gt;empli en lui : &#171; Le pouvoir s'exerce plus qu'il ne se poss&#232;de. &#187; (Histoire de la sexualit&#233;, tome 1 : la volont&#233; de savoir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;cole des Beaux-Arts du VI&#232;me arrondissement o&#249; avaient lieu les Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales du FHAR et les orgies homosexuelles (sur six &#233;tages de drague nous raconte Hocquenghem dans &lt;i&gt;L'apr&#232;s-Mai des Faunes&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/15_sodome_roman.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/15_sodome_roman.jpg?1731402996' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt; Sodome&lt;/i&gt; d'Henry d'Argis, premier roman homosexuel et pr&#233;fac&#233; par Verlaine. D'Argis en liaison avec Pierre Loti. Longue description d'un sauna parisien pr&#232;s de l'Op&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Tourniquet de Saint-Jean Genet, an&#233;antissement ontologique &#224; mesure que le bas-fond se trouve gros des &#339;uvres de ses amants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/16_institut_hirschfeld-01.jpg?1731402996' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les ruines de l'&lt;i&gt;Institut f&#252;r Sexualwissenschaft &lt;/i&gt;de Magnus Hirschfeld ; nous intimant la question sp&#233;culative : Comment vivre et penser parmi les ruines ? (Ursula Le Guin et Donna Haraway)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#206;le du Ramier &#224; Toulouse avec cette excitation dans la prolif&#233;ration post-industrielle suite &#224; l'explosion de l'usine AZF en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_849 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/17_klossowski_adolescent_immortel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/17_klossowski_adolescent_immortel.jpg?1731402996' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Toute &#233;glise pr&#233;sentant un Saint-S&#233;bastien et tout arbre d'un parc devenant sc&#232;ne d'un sexo-martyre. Ici &lt;i&gt;Le songe d'Ogier II&lt;/i&gt; (ou la &lt;i&gt;Fustigation&lt;/i&gt;) de Pierre Klossowski dans &lt;i&gt;L'Adolescent immortel&lt;/i&gt; et qui rappelle dans le &lt;i&gt;Livre des Lamentations de Jeremie &lt;/i&gt;de l'Ancienne Alliance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est pour moi un ours qui guette, un lion dans des cachettes&lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;tourne mes chemins, me met en pi&#232;ces, il a fait de moi un homme d&#233;vast&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a band&#233; son arc et m'a dress&#233; comme cible pour sa fl&#232;che&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a fait p&#233;n&#233;trer dans les profondeurs de mon &#234;tre les fils de son carquois.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/18._ostia_pasolini.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/18._ostia_pasolini.jpg?1731402996' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ostia &lt;/i&gt;le 2 novembre 1975, Pasolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un d&#233;tour par Stazione Termini o&#249; Pasolini recrutait ses dangereux amants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La grotte de Saturne (l'autre nom que Rabelais donne &#224; l'anus) o&#249; l'on d&#233;vore ses propres enfants cependant qu'on les chie. Vient court-circuiter le cycle de la reproduction civilisationnelle : les f&#232;ces ne sont plus identifi&#233;es &#224; l'argent psychanalytique, rupture de la sublimation, mais d&#233;stabilis&#233;es de la fonction excr&#233;mentielle ainsi qu'excr&#233;mentale &#8212; &lt;i&gt;Saturne &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vorace &lt;/i&gt;&lt;i&gt;plut&#244;t que Jupiter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les mers de danger :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'appartement Pornotopie de Preciado : intimit&#233; postmoderne et masturbation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le &lt;i&gt;Demence Boat &lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire le &lt;i&gt;p&#233;tro&lt;/i&gt;-cruising&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Parlement Europ&#233;en : gay-cravate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La compl&#233;mentarit&#233; des signes astrologiques (hypostase des r&#244;les actifs/passifs dans un bestiaire post-pr&#233;moderne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le co&#239;t ennuyeux type Xavier Dolan (sublimation anale)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/19_tabac_pour_les_morts.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/19_tabac_pour_les_morts.jpg?1731402997' width='500' height='285' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; comprendre &#187; le simulacre ou s'y &#171; m&#233;prendre &#187; ne tire pas &#224; cons&#233;quence : le simulacre, visant &#224; la complicit&#233;, &#233;veille en qui le subit un mouvement qui peut aussit&#244;t dispara&#238;tre ; et en parler ne rendra compte d'aucune mani&#232;re de ce qui s'est alors pass&#233; : une adh&#233;sion fugitive &#224; cette conscience sans supp&#244;t qui embrasse dans autrui rien que ce qui se pourrait distraire, se dissocier du moi d'autrui pour le rendre vacant.&lt;br class='autobr' /&gt;
P. Klossowski, &#171; Du simulacre dans la communication de Georges Bataille &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une contre-topographie sodomistique trouve pr&#233;cairement l'expression dans une carte faite d'affects, d'exp&#233;riences difficilement qualifiables de personnelles, puisque le moi et l'identit&#233; en sortent compl&#232;tement destructur&#233;es. Momentan&#233;ment, on en vient &#224; d&#233;lirer sur cette stabilit&#233; de la personne ; ne reconna&#238;t aucune fronti&#232;re &#8212; c'est la folle &lt;i&gt;fabulatrice &lt;/i&gt;de Hocquenghem, qui s&#233;cr&#232;te son propre univers de r&#233;f&#233;rence et de sens. Par cette complicit&#233; dans le fortuit, les protagonistes s'exproprient des identit&#233;s fix&#233;es par l'hygi&#233;nisme disciplinaire. Une carte, avec toutes ses nervures, r&#233;solument anales, suivant une &lt;i&gt;m&#233;thode anale&lt;/i&gt;, sans aucune r&#233;f&#233;rence &#224; un plan t&#233;l&#233;ologique &#8212; celui de la reproduction &#8212; mais uniquement &#224; celui de la jouissance inf&#233;conde, inengendrante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors celle de l'initiation &#224; la perversion plut&#244;t que de sa reproduction. En &#233;chappant &#224; la surveillance de l'intime, celle de la famille et des institutions qui se sont fix&#233; comme mission civilisationnelle de ne pas laisser un seul corps non investi par elles, la drague homosexuelle d&#233;termine une mani&#232;re de communiquer par la complicit&#233; &#8212; une s&#233;miotique pulsionnelle o&#249; seuls ces glorieux pervers&lt;i&gt; se savent&lt;/i&gt;. Ce qui se propose alors, c'est d'envisager la drague homosexuelle non comme une transgression mais comme une &lt;i&gt;simulation&lt;/i&gt;. En effet, la transgression se livre &#224; un ratage interminable : elle conserve ce qu'elle supprime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son analyse de Sade de 1947 et de la transgression chez Bataille, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; la loi h&#233;t&#233;rosexuelle est alors reconnue comme universelle dans le mouvement qui veut la nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point de d&#233;part de l'opposition entre l'intimit&#233; et la complicit&#233;, toute &lt;i&gt;fausse &lt;/i&gt; qu'elle est, doit enclencher le d&#233;passement de la perversion comme transgression : c'est l'artificialit&#233; qu'elle produit &#8211; les territoires existentiels de la drague &#8211; qui rend possible une opposition entendue comme un &#233;v&#233;nement d&#233;structurant : soit le contre-civilisationnel, ce &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt; se faisant antagonisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La question politique demeurant : l'opposition peut-elle temporairement se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est donc un geste cartographique qui doit exprimer l'initiation ; cette expression n'&#233;tant nullement transgressive mais simulatrice : elle produit elle-m&#234;me, dans un jeu de fantasmes et de d&#233;placements, dans une artificialit&#233; efficace, la d&#233;structuration de la pens&#233;e &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt;. Elle simule et non repr&#233;sente : car c'est la puissance du faux qui fait ici &#233;clater les structures rationnelles du discours architectural et hygi&#233;niste. La drague perverse ne n&#233;cessite aucune m&#233;diation dans son exercice, elle est branch&#233;e illico &#224; l'espace &#8211; et s'y fond. C'est tout l'enjeu de la complicit&#233; perverse que de se faire sans aucune instance ni autorit&#233; &#8211; ni le regard du p&#232;re ni celui de l'&#201;tat, ni injonction reproductive qui la motive. Parce que cette complicit&#233; impose l'exc&#232;s du d&#233;sir hors du but reproductif, elle produit des territoires qui sont dot&#233;s de leur rythme et de leurs valeurs propres. On reconna&#238;tra alors dans cette puissance du faux une autre fa&#231;on de dire et d'&#233;crire la menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin Dubois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modifi&#233; le 02 mars 2024 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'en r&#233;cuse les termes ainsi que la trop br&#232;ve analyse qu'en a donn&#233;e Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz dans &lt;i&gt;Cruising Utopia&lt;/i&gt;. Au contraire, une explication qui viendrait opposer une th&#233;orie &#171; relationnelle &#187; et une th&#233;orie &#171; anti-relationnelle &#187; ne dit rien de la notion de relation au nom de laquelle elle se fait &#8211; elle ne dit m&#234;me rien que le tout puisqu'en confondant relation et m&#233;diation, elle reste une pens&#233;e pi&#233;g&#233;e dans la totalisation qu'elle cherche pourtant &#224; d&#233;sactiver. Il faudrait ici plut&#244;t envisager ici le probl&#232;me de la communication d'un incommunicable dont on fait l'exp&#233;rience et dont le contenu de l'exp&#233;rience s'&#233;labore visc&#233;ralement &#8212; la relation est alors pos&#233;e &#224; partir des fragments que l'on exp&#233;rimente au-dedans de soi, ce soi &#233;tant compl&#232;tement disloqu&#233; (la d&#233;sidentification).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pardonnera ce que les impulsions jettent ici sans se soucier de les mettre en bouquet : l'incommunicable produit sa propre mise en relation et je laisse ici de plus sages et doctes homosexuels y trouver quelque rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son analyse de Sade de 1947 et de la transgression chez Bataille, Klossowski parle d'une suppression conservante : la transgression affirme n&#233;cessairement l'existence qui est ni&#233;e ou transgress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question politique demeurant : l'opposition peut-elle temporairement se substituer &#224; celle de la civilisation entre innocence et culpabilit&#233; au profit d'une non-innocence perverse ? Plut&#244;t que de produire d'innocents d&#233;sirants par l'&#233;ducation (ainsi l'a analys&#233; Sch&#233;rer dans l'Emile perverti), le groupe complice cherche &#224; initier la non-innocence..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>The way 2bcome &#8212; &#192; propos du travail de Romy Aliz&#233;e</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#034;C'est quoi &#234;tre fem ?&#034; est l'une des recherches qu'elle m&#232;ne.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Culture-+" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-lesbiannisme-+" rel="tag"&gt;lesbiannisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-photographie-+" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/format_30x40_10.jpg?1731403057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Brenda Walsh nous parle de Romy Aliz&#233;e, photographe/actrice/r&#233;alisatrice/travailleuse du sexe, de son parcours artistique et personnel qui la conduit &#224; entrem&#234;ler tous les aspects de sa vie dans le m&#233;dium photographique. Ce qui impressionne dans son travail c'est cette facult&#233; &#224; faire briller quelque chose comme une constellation lesbienne et queer tout en allant au-del&#224; d'un principe de repr&#233;sentation : &#034;Et je me dis que parler d'une communaut&#233; c'est en faire parler chaque membre distinctement et pr&#233;cis&#233;ment, pour cr&#233;er une toile de connexions entre elles, qui restera.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article propose une lecture du travail de l'&#339;uvre de Romy Aliz&#233;e, suivi de &#034;&#199;a va jamais rentrer&#034;, texte de la performance dans l'exposition Warm Inside.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Romy Aliz&#233;e, &lt;i&gt;Autoportrait avec Marianne&lt;/i&gt;, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;The way 2bcome&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; propos du travail de Romy Aliz&#233;e et de son exposition Warm inside&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ce travail est une histoire par &#233;tapes, comme la plupart des histoires pourrait-on dire, et celles de nos sexualit&#233;s sp&#233;cialement. Romy Aliz&#233;e dit que, la concernant, &#171; d'abord il y a eu les images, ensuite il y a eu la pratique &#187;. Ce n'est pas tout &#224; fait vrai, elle s'est contredite plus t&#244;t dans l'entretien que nous avons r&#233;alis&#233; ensemble : &#171; j'ai eu ma premi&#232;re meuf &#224; 19 ans &#224; Nantes, et juste apr&#232;s je suis mont&#233;e &#224; Paris. &#187; A son arriv&#233;e, Romy Aliz&#233;e a mis du temps &#224; trouver sa place. Avant, lorsqu'elle vivait encore chez sa m&#232;re en Vend&#233;e, elle faisait d&#233;j&#224; des allers-retours en ville pour poser gratuitement pour des photographes parce que sa mani&#232;re &#224; elle, au d&#233;but, de ne pas percevoir son corps comme le patriarcat lui renvoyait (petite, grosse, mollets moches, lui disait son fr&#232;re), c'&#233;tait de se prendre pour une pin-up ou une ic&#244;ne &#233;rotis&#233;e, comme Cosey Fanni Tutti, Asia Argento, Lydia Lunch... Ensuite il fallait continuer de le faire pour de l'argent, pour payer son &#233;cole de th&#233;&#226;tre. Elle &#233;tait d&#233;j&#224; form&#233;e, donc &#231;a a bien march&#233;. Le porno vient dans ce continuum. &#202;tre lesbienne arrive entre temps : &#171; j'ai continu&#233; &#224; sortir avec des mecs mais je tra&#238;nais dans les endroits queers auxquels je sentais que j'appartenais, m&#234;me si j'&#233;tais toujours un peu en dehors parce que j'avais encore une sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'est pas la seule &#224; &#234;tre pass&#233;e par l&#224;, &#231;a commence souvent comme &#231;a quand on se pose des questions. Ce n'est pas l'histoire de tousxtes non plus ; par exemple dans le film &lt;i&gt;Thank God I'm A Lesbian&lt;/i&gt; (L.Colbert et D. Cardonna, 1992), la musicienne Lee Pui Ming raconte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis n&#233;e lesbienne, et s'il y a eu un choix &#224; faire pour moi, c'est quand, adulte, j'ai d&#233;cid&#233; de r&#233;sister aux normes familiales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On nous conditionne socialement aux d&#233;sirs h&#233;t&#233;rosexuels &#187;, explique ensuite Dionne Brand, po&#233;tesse et r&#233;alisatrice trinidadienne-canadienne, &#171; et quand on s'en lib&#232;re enfin, on peut alors s'accepter. Je suis donc devenue lesbienne vers l'&#226;ge de 30 ans, et j'approche de ma quarantaine. Et dieu merci, je suis devenue lesbienne ! Parce que &#231;a a &#233;t&#233; un moment de parfait bonheur, de libert&#233; totale. J'ai accept&#233; mon d&#233;sir, j'ai d&#232;s lors refus&#233; de me censurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin dans le film, Sarah Schulman, autrice am&#233;ricaine, y raconte le souvenir d'un moment pr&#233;cis comme point de d&#233;part : &#171; La premi&#232;re fois que j'ai compris que ma sexualit&#233; n'&#233;tait pas la norme, j'&#233;tais &#224; la maternelle et l'institutrice &#233;tait obs&#233;d&#233;e par son mariage. Elle a fait mettre tousxtes les enfantexs en rang par couple, comme des moonistes, sauf moi&#8230; qui jouait le photographe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce film rappelle, entre autres, que tout le monde n'a pas les m&#234;mes chances d'&#233;mancipation. Les classes sociales, raciales, culturelles d&#233;finissent souvent le temps que les personnes queers prendront &#224; vivre et outer leur sexualit&#233; et leur genre. Il s'agit de l'acc&#232;s aux codes, aux communaut&#233;s, du niveau d'homotransphobie de sa famille, des moyens d'acc&#232;s aux lieux, aux soins, au confort mental et mat&#233;riel que de toutes ces &#233;tapes n&#233;cessitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le milieu patriarcal et ouvrier de Romy, penser &#224; sa sexualit&#233; c'est &#234;tre une pute. Devenir une pute sans en avoir les codes et en &#233;tant isol&#233;e dans un contexte prohibitif repr&#233;sente un danger. C'est entre autres pour expliquer &#231;a que Romy prend la parole plusieurs fois dans les m&#233;dias depuis 2017, au sujet de la censure &#8212; comme dans sa tribune &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2018/12/13/en-furie-contre-la-censure-du-net_1697407/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;En furie contre la censure sur le net&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#8212; et au sujet de son viol dans le cadre de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romy est devenue TdS au fur et &#224; mesure, et, en traversant les contraintes, fera des choix dans le travail du sexe au fil des d&#233;sirs et difficult&#233;s qu'elle rencontrera. Elle politise plus pr&#233;cis&#233;ment son travail, et pousse sa strat&#233;gie de vivre ce qu'elle veut devenir en s'imposant de jouer exclusivement dans des pornos lesbiens, en parall&#232;le &#224; ses activit&#233;s d'escort (sp&#233;cialit&#233; : vendeuse de petites culottes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un photographe qui propose &#224; Romy de prendre sa premi&#232;re photo. Il posera nu pour elle. Voil&#224; le geste originel de retournement de l'objectif de son travail photo. &#171; I ended up being the photographer &#187;, conclut Sarah Schulman dans son souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tapes sont aussi celles de la construction de son identit&#233; fem, qu'elle tourne en d&#233;rision autant qu'elle l'incarne. &lt;i&gt;C'est quoi &#234;tre fem ?&lt;/i&gt; est l'une des recherches qu'elle m&#232;ne, d'abord dans ses r&#244;les, puis dans les tableaux qu'elle construit. Joan Nestle, militante et autrice fem incontournable, dit que les fems ont contribu&#233; largement &#224; maintenir le monde lesbien uni &#224; une p&#233;riode dangereuse, par les pratiques de soin, de visibilit&#233;, et aussi gr&#226;ce &#224; leur passing h&#233;t&#233;ra en dehors des espaces communautaires. Elle emploie cette formule :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons prodigu&#233; plus d'amour et de moiteur sur nos tabourets de bar et dans nos foyers que les femmes ne sont cens&#233;es en recevoir. &#187; ; puis elle explique : &#171; Mais ni moi, ni les autres fems que je connaissais n'&#233;tions en sucre. Nous savions ce que nous voulions et c'&#233;tait un exploit formidable pour des jeunes femmes des ann&#233;es 50, &#224; une &#233;poque o&#249; le pouvoir politique nous serinait qu'il fallait &#234;tre dans la norme, se marier, avoir des enfants. Oh, nous avions nos mani&#232;res - nous nous parions, nous parfumions, nous donnions en spectacle (&#8230;). Mais nous marchions la nuit jusqu'&#224; notre bar et nous en sortions les yeux troubles au petit matin d&#233;sert pour affronter une longue et morne semaine de faux-semblants au bureau, au salon de coiffure ou &#224; la compagnie de t&#233;l&#233;phone. J'ai toujours su que nos vies &#233;taient un m&#233;lange &#233;tonnant d'aventures romanesques et de r&#233;alisme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fem de Joan Nestle, &#233;ditions Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es, 2022&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ce m&#233;lange entre &#171; romanesque et r&#233;alisme &#187;, celui de la performance de sa propre identit&#233;, le travail de Romy Aliz&#233;e se situe dans toute une s&#233;rie d'&#233;carts et d'&#233;quilibres : de la mise en sc&#232;ne et de la documentation, du s&#233;rieux et de la d&#233;rision, de la reproduction et de la r&#233;appropriation&#8230; En t&#233;moignent les titres de ses photos : &#171; Fem d'int&#233;rieur au temps du r&#233;chauffement climatique &#187;, &#171; Autoportrait Forniphilie &#187; ; ou encore &#171; Sainte-Agathe, m&#232;re des Gouines &#187;, et des titres plus s&#233;rieux, plus classiques, du type &#171; Autoportrait avec ... &#187;, &#171; Putes sur le ring &#187;, &#171; La Servante &#187;. Ces jeux avec les codes de la tradition illustrent pr&#233;cis&#233;ment ces &#233;carts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/non_tire_e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/non_tire_e.jpg?1731403026' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Autoportrait Forniphilie&lt;/i&gt;, 2018
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res photos qu'elle r&#233;alise sont encore avec des mecs : ils sont les meubles, ils ont les visages cach&#233;s, leur corps est utilis&#233; plut&#244;t que photographi&#233; - j'en apprends plus sur le kink forniphile, l'objectification notamment en meubles des mecs cis par des dominas. Peu &#224; peu, ils disparaissent et arrivent les amix de Romy. L&#224;, iels participent pleinement &#224; ce qu'il faut faire et montrer dans chacune des sc&#232;nes document&#233;es. Lorsque Romy dit &#171; d'abord il y a eu les images, ensuite il y a eu la pratique &#187;, il faut comprendre que ces photos sont faites pour lui permettre &#224; elle de faire ce qu'on y voit, et pour permettre aux participantxes et spectateurices de le faire aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a n'est donc pas seulement une question de repr&#233;sentation &#8212; n'en d&#233;plaise &#224; la formule d&#233;sormais &#233;cul&#233;e de &#171; repr&#233;senter nos fiert&#233;s &#187;. Ce n'est pas simplement se repr&#233;senter qui donnera la force aux personnes qu'elle rassemble, c'est bien de se faire faire les choses qu'on a appris &#224; ne pas faire, et pour cela, se les transmettre et cr&#233;er les conditions de leur pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photos de Romy sont, d&#232;s lors, en quelque sorte, des situations d'auto-formation, en t&#233;moigne par exemple Dominique Gilliot qui a pos&#233; pour un portrait : &#171; Je me trouve beau dans ces photos, dans le regard de Romy, et par triangulation, je le suis. Charg&#233;. Plein. Pr&#233;sent. C'est aussi une d&#233;marche de r&#233;appropriation du fun, de la beaut&#233;, de l'&#233;motion, du plaisir franc dans le sexe, qui est un vrai combat intime pour nos communaut&#233;s, auxquelles on a souvent inculqu&#233; la d&#233;testation de soi et la g&#234;ne, et des solutions h&#233;t&#233;ronorm&#233;es relatives au sexe. En ce sens, les photos de Romy m'informent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/format_30x40_8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/format_30x40_8.jpg?1731403015' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;La joie de Mila&lt;/i&gt;, 2020.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question de la distance et du degr&#233; se joue dans les images : il y a des mouvements qui se rencontrent, parfois contradictoires, entre la mani&#232;re dont Romy rend tout beau, et la mani&#232;re dont rien de ce qu'il se passe dans les photos ne convient aux normes de performance et de s&#233;rieux (pornographiques notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans l'exposition &lt;i&gt;Warm inside&lt;/i&gt;, il y avait un photogramme de prises de vues r&#233;alis&#233;es sur sc&#232;ne lors de sa performance &lt;i&gt;Gaze.S&lt;/i&gt;, jou&#233;e avec Marianne Chargois, un spectacle documentaire sur les parcours TdS des deux protagonistes. En live, Romy montre comment elle r&#233;alise son autoportrait &#171; Parisienne &#187; o&#249; elle se met un gode Tour Eiffel accroupie face cam&#233;ra : le temps du retardateur (10 secondes), elle doit courir chatte &#224; l'air s'enfourner sur sa Tour, juch&#233;e sur des talons impraticables, manquant souvent la &#171; r&#233;ussite &#187; du cadre et de la course : &#171; Quand je me mets sur la Tour Eiffel, je sais ce que je fais, je sais ce que &#231;a va provoquer chez qui. Et si je montre comment &#231;a se fait, c'est parce que c'est tellement technique, fig&#233;, et comique, alors que quand tu fais du porno tu es cens&#233;e toujours &#234;tre excit&#233;e, impliqu&#233;e, parfaitement sexy... c'est l&#224; o&#249; se situe l'auto-d&#233;rision : c'est beaucoup moins iconique que ce qu'on attend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/gaze.s_10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/gaze.s_10.jpg?1731403016' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;Variation autour de la Parisienne&lt;/i&gt;, pour Gaze.S, 2022.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; Annie Sprinkle sur sc&#232;ne, avec son sp&#233;culum entre les jambes, proposant au public de lui regarder le fond du vagin les unx apr&#232;s les autres. L'une comme l'autre ont cette mani&#232;re d'incarner la pornographie de sorte &#224; ce que le sexe &#8212; queer/gouine/lesbienne en particulier, qui repr&#233;senterait le myst&#232;re et le f&#233;tiche ultimes - soit un peu fragilis&#233; par le d&#233;voilement des secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Se dire prosexe n'est pas une mani&#232;re radicale de baiser &#8211; si tant est qu'il y en ait une. Il ne s'agit pas d'&#234;tre excit&#233; en permanence. (...) c'est inciter &#224; une critique radicale des plaisirs, de leurs autorisations, l&#233;gitimations, censures, interdictions, pers&#233;cutions. (...) c'est d&#233;noncer l'hypersexualisation des corps mais aussi leur d&#233;sexualisation &#187;, &#233;crit val flores dans son texte &lt;i&gt;Se dire prosexe &lt;/i&gt; de 2015 (&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Se-dire-prosexe-par-val-flores&#034;&gt;traduit dans Trou Noir en 2021&lt;/a&gt;). Dans un contexte o&#249; la pens&#233;e sexpositive est d&#233;j&#224; largement ing&#233;r&#233;e par les syst&#232;mes de consommation, Romy ne l&#226;che pas. C'est pour &#231;a, je crois, qu'elle fait &#233;norm&#233;ment de photos, et encore plus depuis qu'elle a arr&#234;t&#233; d'&#234;tre vendeuse dans une boutique de cosm&#233;tiques. Je me rends compte que j'en confonds, je zone sur sa page pour me les remettre en t&#234;te, et &#231;a me renvoie vers les pages de plein de personnes.alit&#233;s que je connais plus ou moins, qui ont pos&#233; dans des portraits qu'iels lui ont command&#233;s, dans des sc&#232;nes avec elle, ou pour de la promo de ce qu'iels font. Et je me dis que parler d'une communaut&#233; c'est en faire parler chaque membre distinctement et pr&#233;cis&#233;ment, pour cr&#233;er une toile de connexions entre elles, qui restera. Une m&#233;moire non seulement des corps et de leur pr&#233;sent, mais aussi des affects associ&#233;s &#224; la nostalgie, au fantasme, au traumatisme, qui &#233;chappe &#224; l'objectivation de la documentation qu'en ferait tout regard non impliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/photox.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/photox.jpg?1731403028' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brenda Walsh &#8211; OlgaR&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
septembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#199;a va jamais rentrer &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte de la performance de Romy Aliz&#233;e dans l'exposition Warm Inside (accompagn&#233;e d'une musique originale de Bilou).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait &#224; peine midi lorsque je me suis retrouv&#233;e seule dans un grand studio photo, exhib&#233;e telle une cr&#233;ature splendide et spectaculaire, priv&#233;e de mes quelques centim&#232;tres de tissus en coton blanc - et ce, devant la clique habituelle : Patrick, un photographe sympathique et cynique, cheveux poivre et sel, grand, et Laure, une amie farceuse et volontaire, brune, frang&#233;e et dot&#233;e d'un r&#233;el nez. Ce jour-l&#224;, j'avais &#233;t&#233; sortie du lit un poil trop t&#244;t. Au terme d'une nuit de sexe sans interruption, j'avais retrouv&#233; avec effroi mes poils compl&#232;tement emm&#234;l&#233;s et je sentais encore un peu l'orgasme et le fer. L'odeur d'une bonne baise. &#201;touff&#233;e sous des cro&#251;tes de cyprine pendues &#231;&#224; et l&#224; sur mes douces parois mousseuses, je me vis dans un miroir aussi s&#232;che qu'une &#233;ponge bonne &#224; jeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas un jour pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233;e du mieux que je peux, je fais dignement face &#224; cette petite audience, me laissant transporter d'un coin &#224; un autre de la pi&#232;ce principale avec sa fen&#234;tre ovale qui donne sur la rue des &#233;coles - balayant du regard trois &#233;l&#233;ments &#233;tal&#233;s au sol de fa&#231;on rigoureuse : un flacon de lubrifiant &lt;i&gt;water base&lt;/i&gt;, plusieurs gants en latex noir et un bonnet de bain jaune &#224; fleurs. Ensemble, ils forment un tout douteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris ind&#233;pendamment les uns des autres, &#231;a irait encore - quoique ce bonnet de bain pourrait vraiment me mettre mal &#224; l'aise - mais alors les trois r&#233;unis l&#224;, comme &#231;a, align&#233;s, et aussi pr&#232;s de moi&#8230; je sens que la journ&#233;e va &#234;tre longue. Des mots me traversent : &lt;i&gt;cauchemar&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;calvaire&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ou pire, &lt;i&gt;d&#233;lire, s&#233;vice&#8230; &lt;/i&gt;Je pars loin dans la suspicion, oui, mais je sais aussi comme Romy peut aimer faire du mic mac&#8230; Je me m&#233;fie de ce qu'elle est capable de faire. &#192; cet instant-l&#224;, je me demande vraiment o&#249; tout &#231;a va me mener. Pourtant, l'avant-veille au soir, pendue au t&#233;l&#233;phone, Romy d&#233;clarait &#224; sa petite copine quelque chose comme &#8220;Le porno, &#231;a va cinq minutes ! Je veux une demande en mariage moi !&#8221;. Il m'a sembl&#233; clair comme le jour qu'elle allait d&#233;sormais se tourner vers un style photographique plus ang&#233;lique, me permettant enfin de prendre ma retraite. Mais je ne suis pas n&#233;e de la derni&#232;re pluie, il ne faut jamais faire confiance &#224; une fem pareil, 'son app&#233;tit sexuel peut-&#234;tre d&#233;vorant', m'a confi&#233; un jour une vieille butch sur un bout de trottoir (le seul endroit o&#249; on rencontre encore des butchs), et c'est vrai : j'en paye parfois le prix, bien que je me montre g&#233;n&#233;ralement totalement impliqu&#233;e, n'h&#233;sitant pas &#224; baver plus que n&#233;cessaire pour motiver mes troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant que je me lamente et divague, une voix se fait entendre un peu plus haut, celle de Romy qui chuchote &#224; Laure :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#199;a va jamais rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, elle doit parler de ce foutu bonnet de bain, c'est vrai qu'il a l'air un peu petit et serr&#233; pour son tour de t&#234;te et ses gros cheveux. Mais alors que j'essaye d'avoir l'air d&#233;tach&#233; et de faire ma vie, je sens une main qui vient me trifouiller par le devant, qui agite plein de doigts, et voil&#224; qu'un peigne rose &#224; dents larges s'approche et commence une tourn&#233;e de d&#233;m&#234;lage de poils, &#224; sec, juste comme &#231;a. Voil&#224;, &#231;a brosse &#224; tout va, et d'un coup Laure s'approche : je me retrouve en trois quarts de seconde luisante de gel lubrifiant. Je ne peux plus r&#233;fl&#233;chir et je per&#231;ois des bribes de conversations mais je n'y vois plus rien, &#231;a me br&#251;le, tout est confus, mais surtout, on dirait bien que &#231;a bavasse dans mon dos : &#8220;faut y aller fort&#8221;, &#8220;sec, sec&#8221;, &#8220;&#224; boire&#8221;, et puis, &#8220;pousse&#8221;, et enfin, j'entends Patrick partir sur un 'vous voulez du caf&#233; ?'. Une explosion sensorielle m'envahit de tous les c&#244;t&#233;s, jusqu'&#224; ce qu'une chose entre en moi, ou plut&#244;t essaye franchement. &#199;a alors ! qu'est-ce que c'est ? Mais quelle merde, c'est un poing. Il est de petite taille et gant&#233;&#8230;. Je suis s&#251;re que c'est celui de Laure, dans mon souvenir, elle n'y va pas avec le dos de la cuill&#232;re. La tentation d'en finir au plus vite est tr&#232;s forte, abandonner d&#232;s maintenant serait plus sage mais non : ce soir, ce matin, ce midi, je m'y refuse. Non ! Pas cette fois, hors de question de me faire rouler dessus. Ni une ni deux, j'inspire profond&#233;ment et je me referme autant que possible afin d'&#233;craser de tous mes muscles le poing gant&#233; de Laure - je l'entends au passage crier des &#8220;oh&#8221;, puis des &#8220;aie&#8221;, et des &#8220;bordel&#8221;, tandis que Romy se balance le cul en arri&#232;re, visiblement pour d&#233;tendre son bassin et chercher &#224; me pi&#233;ger. Je la sens inspirer et expirer en rythme, et puis je l'entends pester &#224; nouveau &#8220;&#231;a va jamais rentrer, &#231;a veut pas&#8221;. Et voil&#224; que d'un coup d'un seul, une gicl&#233;e de lubrifiant fait ressortir le poing purulent de mes fa&#231;ades. Aussit&#244;t, je me calme et me rel&#226;che un bon coup, encore ouverte et toute coulante. Mais j'ai &#224; peine le temps de me relever que bim, il me revient droit devant, pr&#234;t &#224; s'enfoncer un peu plus, toujours aussi lubrifi&#233;, tant et si bien que je glisse et ne peux plus me battre correctement en retour. Je proteste que je suis ici chez moi, et je m'exclame parce qu'il est hors de question de passer pour une conne, je dois d&#233;fendre mon territoire. Tout de go, je mobilise mes vieilles coll&#232;gues, et nous activons dans l'unisson nos forces pour contracter au plus fort, faire front une bonne fois pour toutes, afin d'emprisonner pour toujours le poignet de Laure. Et que jamais elle ne le retrouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avachie sur son pouf rose, Romy a l'air d&#233;fonc&#233;e. J'ai vu sur le faux-plafond, j'en observe les morceaux qui sont &#224; deux doigts de se d&#233;crocher. Romy, elle, baragouine des trucs vagues et s'&#233;croule de tout son long. J'entends Patrick entrer et demander d'une voix calme si tout va bien avant de proposer une tourn&#233;e de caf&#233;, tout en claquant la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Romy ? Romy ?, dit Laure, le poing toujours captif.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hmmmmmm&#8230; Dis &#224; ma chatte de se d&#233;tendre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hein ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dis &#224; ma chatte de se d&#233;tendre, et dis-lui qu'on l'aime, je crois qu'elle a besoin d'&#234;tre rassur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laure s'approche de moi, interloqu&#233;e, elle frotte sa main sur mes poils, je comprends pas trop pourquoi mais on dirait un geste tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de moi je ris. En r&#233;alit&#233;, je ne pensais pas aller aussi loin, et m&#234;me si parfois je ne me sens pas reconnue &#224; ma juste valeur, je dois avouer que je les aime bien ces deux-l&#224;. Du coup, je me montre coop&#233;rative et signale par un soubresaut la cessation de cette lutte hautement h&#233;ro&#239;que, lib&#233;rant ainsi le poing de Laure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures plus tard, dans la p&#233;nombre de son petit appartement, Romy m'a confi&#233; qu'elle souhaitait simplement faire une belle photographie pour c&#233;l&#233;brer les Jeux Olympiques de 2024 &#224; Paris. J'ai souri. L'on pardonne tant que l'on aime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Romy Aliz&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/romy_alize_e_50x60.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/romy_alize_e_50x60.jpg?1731403031' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ouvrons grand les yeux !, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;@romixalizee
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Fem &lt;/i&gt;de Joan Nestle, &#233;ditions Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#201;jaculats &amp; Capital</title>
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		<dc:date>2022-11-29T10:32:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Estelle Benazet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Plus je jouis, plus j'&#233;cris. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/utagawakunisada-newtaleofthewellingwaters_.jpg?1731403066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Estelle Benazet Heugenhauser est une autrice franco-autrichienne. N&#233;e en 1985, elle grandit en banlieue parisienne. Son travail d'&#233;criture m&#234;le th&#233;orie et fiction. Sont mis en sc&#232;ne des corps qui s'&#233;prouvent. D&#233;sir, faim, d&#233;pense des corps g&#233;n&#232;rent l'action et r&#233;v&#232;lent l'exercice du pouvoir. Actuellement, elle m&#232;ne une recherche doctorale en cr&#233;ation litt&#233;raire intitul&#233;e : &lt;i&gt;&#201;crire avec les Affam&#233;es, mani&#232;res de manger dans la litt&#233;rature contemporaine&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses textes sont diffus&#233;s sous forme de livre (&lt;a href=&#034;https://www.rotoluxpress.com/catalogue/le-regime-parfait&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le R&#233;gime parfait&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 2022, Rotolux press, ; &lt;i&gt;B&#234;cher son visage&lt;/i&gt;, 2020, &lt;i&gt;Autre saison&lt;/i&gt;, 2021, &#233;ditions de la Chambre verte) ; dans des revues (A.O.C ; La D&#233;ferlante ; Sabir) ; dans des expositions lors de performances publiques (Villa Belleville, Centre Pompidou) ; ou sous forme de pi&#232;ces radiophoniques (Radio Marais, DUUU radio).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2020, avec Cindy Coutant, artiste et chercheuse, elle co-fonde le duo l4bouche : elles traduisent, &#233;crivent, exposent et performent des r&#233;alit&#233;s brutales, des preuves d'alt&#233;rit&#233;s radicales engendr&#233;es par le capitalisme tardif. Elles ont notamment particip&#233; &#224; la traduction in&#233;dite en fran&#231;ais jusqu'&#224; aujourd'hui du livre de Zo&#235; Sofia, &lt;i&gt;Exterminer les f&#339;tus : avortement, d&#233;sarmement, sexo-s&#233;miotique de l'extraterrestre&lt;/i&gt;, dont nous vous reparlerons prochainement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#201;jaculats &amp; Capital&#034; est un r&#233;cit du rapport &#233;conomique d'un corps menstru&#233; entre sa production de signes et d'&#233;jaculats. Il fut publi&#233; une premi&#232;re fois dans la &lt;a href=&#034;https://vidyanarine.com/Seve-la-revue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue S&#232;ve&lt;/a&gt; en septembre dernier. Bonne lecture !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Utagawa Kunisada, issue de la s&#233;rie &lt;i&gt;New Tale of the Welling Waters&lt;/i&gt;, 1827.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;jaculats &amp; Capital&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus je jouis, plus j'&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quantit&#233; qui compte. L'objectif de production minimale est fix&#233; &#224; 4 500 signes par jour (&#233;quivalent de 3 feuillets), l'objectif de production d&#233;sir&#233; &#224; 15 000 signes par jour (&#233;quivalent de 10 feuillets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je jouis plus fort quand je jouis pour &#233;crire, car la production d'orgasmes entra&#238;ne la production de signes. Si l'orgasme ne menait pas &#224; la production de signes, je ne me masturberais s&#251;rement pas autant. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes mains quittent le clavier, la droite glisse dans le jogging, la gauche se tient au bureau pour contenir les secousses. Sur mon &#233;cran une nouvelle fen&#234;tre recouvre celle du traitement de texte. &lt;i&gt;Facesitting, DP, PD, Big Clit, Shemale&lt;/i&gt;. Des gros culs &#233;touffent des visages, des bites se rencontrent dans des corps, des hommes sur le dos &#233;cartent les cuisses, les gros clitos se frottent les uns contre les autres, des femmes aux longs cheveux sodomisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je jouis vite, je suis tr&#232;s efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intensit&#233; augmente tout au long des 14 premiers jours de mon cycle menstruel, qui n'a pas &#233;t&#233; modifi&#233; par une contraception hormonale depuis 10 ans. D&#232;s le 2&#232;me jour des r&#232;gles, le repos des week-ends, des vacances n'est pas n&#233;cessaire. La force de production annule la fronti&#232;re entre travail et loisirs pour une grande satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la cadence de production de signes stagne durant cette p&#233;riode, une s&#233;ance de masturbation la relance. Je ne parle pas de d&#233;rive imaginaire &#233;rotique et tendre mais de s&#233;ances de masturbations rapides et totalement ma&#238;tris&#233;es, orgasme atteint en moins de 5 minutes. Pendant la semaine de menstruations, la cyprine et le sang sont absorb&#233;s par la serviette hygi&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque matin de ces 14 premiers jours, le corps ne se laisse pas distraire. Il sort du lit sans ciller, boit son caf&#233;, engloutit sa dose de prot&#233;ines et avec le deuxi&#232;me caf&#233; s'assoit devant l'&#233;cran. Le corps se tient droit, l'&#233;pine dorsale est tendue jusqu'en haut du cr&#226;ne, le bout des dix doigts s'&#233;lectrise sur le clavier. Il sait qu'il y a toujours une part de signes en r&#233;serve, la d&#233;charge maximale doit encore attendre. &#201;crire est une discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette p&#233;riode du mois, le corps est secou&#233; par trois, quatre orgasmes ou plus par jour. Apr&#232;s chacun d'entre eux, la tension se recentre, la production de signes acc&#233;l&#232;re et le capital augmente. Un orgasme m&#232;ne &#224; produire 1 500 signes, alors 6 000 signes sont facilement g&#233;n&#233;r&#233;s et m&#234;me davantage. Il faut aussi ajouter la part de signes engendr&#233;s avant les orgasmes du jour et celle obtenue par l'exc&#233;dent de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps et l'ordinateur produisent ensemble le capital. Le capital circule du corps &#224; l'ordinateur, il est enregistr&#233;, stock&#233;. Le vivant s'associe avec la technique, pour produire encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 12 ou 13&#232;me jour du cycle, la production atteint une telle intensit&#233; que les 15 000 signes d&#233;sir&#233;s sont g&#233;n&#233;r&#233;s. Mon corps s'est retenu les deux semaines pr&#233;c&#233;dentes. Je me suis masturb&#233;e assise sur la chaise &#224; roulettes, les mains en alternance sur le clavier et dans le jogging. J'ai joui et &#233;crit au bureau. Et voil&#224; le moment o&#249; la force de production s'emballe. La main continue de frotter le sexe, je me l&#232;ve, le jogging tombe &#224; mes pieds, je suis debout face &#224; l'ordinateur. Je maintiens le rythme, la pression augmente, je retiens mes cuisses qui tremblent. Mon sexe fait face &#224; l'ordinateur. C'est une question de secondes. &#199;a y est, je suis prise de sursauts, le liquide d&#233;ferle. Un des orgasmes les plus forts du mois entra&#238;ne l'&#233;jaculation la plus importante du mois, soit un &#233;jaculat de 300 millilitres. Le jet frappe l'&#233;cran et le clavier, le syst&#232;me disjoncte, la machine s'&#233;teint. L'outil technique de production est perdu. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine suivante, qui correspond &#224; la troisi&#232;me semaine du cycle, la pression de la productivit&#233; diminue et dans le m&#234;me mouvement, l'objectif d&#233;sir&#233; des 15 000 signes du d&#233;but du mois est revu &#224; la baisse. Le souvenir de l'&#233;jaculation destructrice qui noie la machine perdure, je suis nostalgique de ce moment o&#249; j'ai cru que mon texte pourrait &#234;tre r&#233;duit &#224; n&#233;ant. J'aurais pu me plaindre, pleurer, taper des pieds, me d&#233;tester, mais je suis oblig&#233;e de me maintenir droite et disciplin&#233;e, je continue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon corps a sabot&#233; l'outil technique, mais le capital ne l'est pas, le texte a &#233;t&#233; sauvegard&#233; sur le Cloud. Je r&#233;cup&#232;re un autre ordinateur. Je relis ce que j'ai &#233;crit, je me masturbe. Le nombre de signes engendr&#233;s se maintient autour de 4 500 signes par jour gr&#226;ce &#224; des s&#233;ances de masturbation ponctuelles aux r&#233;sultats moyens, deux ou trois orgasmes par jour. Je me d&#233;concentre plus facilement, je r&#234;vasse. Il me faut plus de caf&#233;ine, plus de prot&#233;ines. Ou il faut que je sorte, que je marche, j'ai besoin de voir les autres corps se d&#233;penser. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mois, mon corps a le m&#234;me r&#233;flexe &#224; cette p&#233;riode, la tension redescend et je recommence &#224; penser aux autres. Ma productivit&#233; repose sur cet apport permanent de capital expropri&#233;. Les efforts des autres me rechargent. Je guette les aur&#233;oles sous leurs bras, la sueur sur les tempes. Je me dis qu'ils perdent leur temps : ils ne pensent pas &#224; leur &#233;conomie. Sur mon &#233;cran, les orifices d&#233;form&#233;s fatiguent, le mascara waterproof se r&#233;pand et capitule. Dehors, des corps poussent des caddies, ils remplissent des rayons ou ils ramassent les poubelles. Dans l'immeuble, ils accueillent, surveillent, passent la serpilli&#232;re dans l'entr&#233;e, aspirent la moquette dans les &#233;tages. Un livreur sonne &#224; ma porte, il m'apporte le d&#233;jeuner. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me semaine du cycle, apparition des syndromes pr&#233;menstruels. Il n'y a plus grand-chose &#224; faire, je ne parviens presque plus &#224; &#233;crire. J'avale un doliprane 1000 toutes les 4 heures pour contrer le mal de ventre, de t&#234;te et de dos. Sans entrain, j'essaie de me masturber car les orgasmes contribuent &#224; soulager les sympt&#244;mes. L&#224; o&#249; la douleur pourrait stopper compl&#232;tement la production, l'orgasme permet de tenir une cadence, certes d&#233;pressive, mais pas compl&#232;tement r&#233;duite &#224; z&#233;ro. Apr&#232;s la l&#233;g&#232;re d&#233;charge d'&#233;nergie, les doigts s'activent sur le clavier. Je relis, j'efface, je supprime, le r&#233;sultat est toujours d&#233;cevant. Les humeurs pr&#233;menstruelles am&#232;nent les doutes, je n'ai plus qu'&#224; aller me coucher dans le lit, avec l'autre corps qui habite l'appartement. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le matelas, il me caresse. C'est un geste qui ne demande rien en retour. L'autre corps a subi une prostatectomie, il ne produit plus de sperme, ses orgasmes sont secs. Chacun des corps peut jouir, mais aucun des deux n'&#233;jacule. L'alliance a lieu sans mat&#233;rialit&#233; liquide. Pas de larmes, pas de baisers, les &#233;jaculats fant&#244;mes s'associent. Ensemble, ils constituent le capital de l'anti-capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle Benazet Heugenhauser.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.estellebenazeth.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.estellebenazeth.net/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Nouvelle parue en septembre 2022 dans la &lt;a href=&#034;https://vidyanarine.com/Seve-la-revue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue papier S&#232;ve&lt;/a&gt; #1, dirig&#233;e par Vidya Narine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Qu'est-ce qu'un cin&#233;ma queer ?</title>
		<link>https://trounoir.org/Qu-est-ce-qu-un-cinema-queer</link>
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		<dc:date>2022-11-26T04:57:18Z</dc:date>
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		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &#224; nous de choisir vers quels &#233;crans nous tourner &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Queer-+" rel="tag"&gt;Queer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/cc_22_hideous_gonzalez_yann4_b199ec7cd1_-_copie.jpg?1731403055' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; travers un arpentage cin&#233;matographique de films &#171; queer &#187;, Esteban Lloret Linares m&#232;ne une r&#233;flexion politique sur le cin&#233;ma, l'image, l'esth&#233;tique. Entre la virtuosit&#233; de r&#233;alisateurs gays sublimant des th&#233;matiques LGBT+ et un cin&#233;ma underground cherchant &#224; transmettre une rage de vivre, il partage avec nous son regard passionn&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image extraite du film Hideous, de Yann Gonzalez&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vendredi 11 nov.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce mois-ci,est sorti dans les salles le second long-m&#233;trage du jeune r&#233;alisateur gantois Lukas Dhont.Depuis l'obtention du Grand Prix &#224; Cannes et la promotion qui s'en est suivie, une chose &#233;tait claire : &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt;, tout comme son a&#238;n&#233;, &lt;i&gt;Girl&lt;/i&gt;, d&#233;j&#224; adoub&#233; par le festival,allait faire pleurer dans les chaumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lukas Dhont, c'est un peu le Xavier Dolan du cin&#233;ma belge : un jeune cin&#233;aste dou&#233;, gay, qui traite des questions de genre, avec un go&#251;t un peu trop prononc&#233; pour les ambiances de fin de journ&#233;e - ses films baignent dans une&lt;i&gt;golden hour&lt;/i&gt; permanente. D'ailleurs, &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; semble &#234;tre la version pr&#233;pub&#232;re,et plus tragique, de &lt;i&gt;Matthias et Maxime&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Film de Xavier Dolan sorti en 2019 et retra&#231;ant les bouleversements d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu &lt;i&gt;Girl&lt;/i&gt; il y a seulement quelques semaines, loin du climat pol&#233;mique de sa sortie en salle en 2018,&#224; savoir :peut-on filmer ce qui ne nous concerne pas ? Un r&#233;alisateur qui consid&#232;re l'&#233;tiquette &#171; cis &#187; insultante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;I really feel like when I read an article about Girl and it will say &#8216;cis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;peut-il brosser correctement le portrait d'une jeune danseuse transgenre ?&#192; la fin du film, j'ai simplement pens&#233; &#224; Jacques Rivette et &#224; sa critique incendiaire du film &lt;i&gt;Kapo&lt;/i&gt; (1961), dans lequel le r&#233;alisateur italien Gillo Pontecorvo filmait le suicide d'une d&#233;tenue de camp nazi avec trop d'artifices.Posant ainsi les bases d'une &#233;thique critique et esth&#233;tique dans la France cin&#233;phile des ann&#233;es 60, Rivette &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Voyez cependant, dans Kapo, le plan o&#249; Riva se suicide, en se jetant sur les barbel&#233;s &#233;lectrifi&#233;s : l'homme qui d&#233;cide, &#224; ce moment, de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plong&#233;e, en prenant soin d'inscrire exactement la main lev&#233;e dans un angle de&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;on cadrage final, cet homme n'a droit qu'au plus profond m&#233;pris.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Serge Daney dans Trafic n&#176;4, &#224; l'automne 1992.http://www.pileface.com/s&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Girl&lt;/i&gt;, l'&#233;quivalent de ce travelling, c'est ce plan l&#226;che et distant sur le geste d&#233;sesp&#233;r&#233; de son personnage, vers lequel tend tout le film, r&#233;duisant l'adolescente &#224; ce seul pan de son exp&#233;rience : une transition de genre dont les effets apparaissent trop lentement &#224; son go&#251;t, compliquant son quotidien de jeune danseuse d'&#233;lite, ce qui l'am&#232;nera &#224; se mutiler g&#233;nitalement. Une s&#233;quence dont l'&#233;conomie, ou l'ellipse aurait justement pu faire la force du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc all&#233; voir &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; avec une vraie curiosit&#233; quant au sujet du film, qui promettait de s'atteler &#224; la question pr&#233;gnante de la &#171; masculinit&#233; toxique &#187;. Lukas Dhont est effectivement par&#233; des meilleures intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la douceur d'une fin d'&#233;t&#233;, deux gar&#231;ons, voisins, vivent une amiti&#233; tout &#224; fait fusionnelle ; &#224; leur rentr&#233;e dans l'enseignement secondaire, leur proximit&#233; &#233;vidente nourrit des suspicions d'homosexualit&#233;, tant&#244;t na&#239;ves, tant&#244;t virulentes,parmi les &#233;l&#232;ves. Quand L&#233;o prend ses distances pour &#233;chapper aux remarques, R&#233;mi finit parse suicider. Le reste du film suit le deuil mutique et coupable du premier ado, dont l'expression ang&#233;lique impose l'innocence d&#232;s les premi&#232;res minutes du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suicide brutal est &#224; &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; ce que la sc&#232;ne d'automutilation est &#224; &lt;i&gt;Girl &lt;/i&gt; : un &#233;lectrochoc bien na&#239;f, Lukas Dhont semblant d&#233;couvrir,en m&#234;me temps que nous,la masculinit&#233; toxique implant&#233;e tr&#232;s t&#244;t (mais tardivement &#224; l'&#233;cran) dans les cours de r&#233;cr&#233;,ou encore les tourments de la &#171; dysphorie de genre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, rappelons-le, il faut souffrir pour &#234;tre &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Il faut en baver. Mais surtout, il faut rassurer le grand public. C'est parce que les cons&#233;quences sont dramatiques qu'il faut en accepter les causes. Ainsi,des films comme &lt;i&gt;Girl&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; sortent au cin&#233;ma, et toucheront sinc&#232;rement beaucoup de gens. C'est la m&#233;thode douce. Caresser dans le sens du poil. Sublimer la douleur. Recourir aux plus grosses ficelles du m&#233;lodrame,viser l'universel. D'ailleurs, l'histoire de R&#233;mi et L&#233;o ne se situe nulle part, si ce n'est dans une Belgique r&#234;v&#233;e,au milieu de ses familles id&#233;ales, d'une bienveillance in&#233;branlable, et loin du temps pr&#233;sent &#8211; hormis une ou deux r&#233;f&#233;rences &#224; Kylian Mbapp&#233; et Cristiano Ronaldo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;cide donc d'attribuer &#224; &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; le label bien m&#233;rit&#233; de film LGBT : une histoire qui finit mal, mais dans un bel &#233;crin de lumi&#232;re, avec ses acteurs et actrices justes et sensibles, ses gros plans larmoyant et ses hors-champ bien flous ; en bref, les choux gras du m&#233;lo social enrob&#233;s par une esth&#233;tique publicitaire virtuose.C'est comme si le r&#233;alisateur, n'ayant pas r&#233;ussi &#224; choisir entre l'h&#233;ritage des fr&#232;res Dardenne et la tentation hollywoodienne, avait tent&#233; de r&#233;pondre aux attentes de tous les publics possibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Samedi 12 nov&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc rest&#233; sur ma faim. Heureusement, le &lt;i&gt;Pink Screen&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, festival bruxellois de films queers, vient de commencer. Cette ann&#233;e, comme les pr&#233;c&#233;dentes, la programmation est royale. Au menu : des lesbiennes rebelles, du porno ind&#233;, Susan Stryker &#224; Francisco, le dernier Christophe Honor&#233;, des d&#233;bats et des lectures,ou encore une r&#233;trospective accol&#233;e d'une &lt;i&gt;masterclass&lt;/i&gt; du grand Joao Pedro Rodriguez. Ce soir, au Beursschouwberg, une panoplie de courts rassembl&#233;s sous un autre label : QUEER XPERIMENTAL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les courts-m&#233;trages s&#233;lectionn&#233;s par des festivals sont g&#233;n&#233;ralement projet&#233;s en s&#233;rie, ce qui rend leur visionnage parfois ardu ou in&#233;gal ; &#224; peine sorti.es d'un univers, on se retrouve projet&#233;.es dans un autre, lequel sera in&#233;vitablement appr&#233;ci&#233; &#224; l'aune du suivant ou du pr&#233;c&#233;dent. Cette s&#233;ance ne d&#233;roge pas &#224; la tradition : du dernier &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; de Yann Gonzalez, p&#233;pite &lt;i&gt;eighties&lt;/i&gt; horrifique et d&#233;finitivement &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;, on passe &#224; la captation &#233;pileptique d'une gigantesque f&#234;te virtuelle ayant eu lieu pendant le confinement, pour ensuite prendre part au rituel torride, fluide et &lt;i&gt;pulp&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Fucking Freaks Club&lt;/i&gt;. Lui succ&#232;de &lt;i&gt;Uma rapariga imaterial&lt;/i&gt;, voyage au fin fond d'une for&#234;t portugaise, o&#249; l'on assiste &#224; la lente naissance d'une utopie trans-po&#233;tique et politique. En guise de point final, un &lt;i&gt;fist&lt;/i&gt; sur pellicule &#233;l&#233;gamment ex&#233;cut&#233; en trois minutes chrono et port&#233; &#224; l'&#233;cran par Romy-Aliz&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette multiplicit&#233; de sensations, et d'artefacts sonores, plastiques et dramatiques, je trouve pourtant une unit&#233; : la volont&#233; d'essayer, la cr&#233;ativit&#233; &#224; fleur de peau, l'urgence des corps, la rage de vivre, de baiser et de filmer, la force d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la platitude de &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; r&#233;pondent des exp&#233;rimentations loufoques ou audacieuses ; &#224; une bande originale lourde de pathos, r&#233;pondent les tubes d'Oliver Sim, le r&#233;alisme magique sonore du film d'Andr&#233; Godinho, les ricanements lubriques de Nour Beetch et Nicky Lapierre. Dans le cin&#233;ma queer, les monstres ne sont pas les rejetons d'une soci&#233;t&#233; homophobe poussant des angelots au suicide, les monstres &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; les personnages principaux, les protagonistes sublimes de leur propre histoire. Leur laideur est un artifice, un &#233;rotisme absolu : l'ali&#233;nation sociale vient de l'int&#233;rieur et non de l'ext&#233;rieur &#8211;comme dans &lt;i&gt;Hideous&lt;/i&gt;, o&#249; les apparitions pour le moins hulkesques d'Oliver Sim traduisent la mani&#232;re dont lui se sent per&#231;u par sa communaut&#233;, en raison du VIH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; a co&#251;t&#233; plus de 3 millions d'euros, et, contrairement &#224; &lt;i&gt;Fucking Freaks Club&lt;/i&gt;, circulera sans doute dans des &#233;coles &#224; des fins p&#233;dagogiques et pr&#233;ventives vis-&#224;-vis du harc&#232;lement scolaire. Tr&#232;s bien. Mais est-ce que &lt;i&gt;porn&lt;/i&gt; paillet&#233; de Nour Beetch et Nicky Lapierre, avec leurs corps tatou&#233;s, masqu&#233;s, performant des v&#233;rit&#233;s multiples, n'ouvrirait pas davantage de possibles &#224; de jeunes g&#233;n&#233;rations, l&#224; o&#249; &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; ne propose que le suicide comme horizon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un cin&#233;ma queer ? Mille r&#233;ponses sont possibles, mais in&#233;vitablement ce soir j'ai envie de dire que c'est un cin&#233;ma qui essaye, qui exp&#233;rimente, qui ose sortir des carcans : toujours, le fond y rejoint la forme ; c'est en vivant &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt; que vient l'envie de faire &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; est un film juste : son protagoniste principal n'essaye pas de faire autrement, et cette v&#233;rit&#233;, nous sommes nombreux.ses &#224; la partager ; avoir rejoint le groupe des dominants pour s'y fondre soi-m&#234;me, se faire oublier, sentir la culpabilit&#233; revenir nous ronger. Quel dommage que Lukas Dhont, avec un tel budget, une telle lumi&#232;re, ne rende rien d'autre que la p&#226;le copie du bon &#233;l&#232;ve. La mise en sc&#232;ne semble s'&#234;tre retir&#233;e derri&#232;re le talent des acteur.ices, le sc&#233;nario derri&#232;re la trag&#233;die &#233;vidente de n'importe quel suicide adolescent. Tout comme &lt;i&gt;Girl&lt;/i&gt; alternait entre des sc&#232;nes familiales et des s&#233;quences de r&#233;p&#233;titions de danse, jusqu'&#224; l'&#233;puisement, &lt;i&gt;Close&lt;/i&gt; reprend le m&#234;me proc&#233;d&#233;, un encha&#238;nement de sc&#232;nes de hockey sur glace et de sc&#232;nes &#233;coli&#232;res, pour nous indiquer que son personnage, finalement, continuera de vivre exactement de la m&#234;me mani&#232;re&#8230; Un cin&#233;ma de constat, qui d&#233;nonce maladroitement une &#233;vidence : deux gar&#231;ons trop proches se feront irr&#233;m&#233;diablement traiter de p&#233;d&#233;s dans la cour de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma queer, &#224; l'inverse,invente &lt;i&gt;l'apr&#232;s&lt;/i&gt; (apr&#232;s le &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;, apr&#232;s l'&#233;cole ,apr&#232;s le virus, apr&#232;s le sexe, apr&#232;s la rupture, apr&#232;s l'amour, apr&#232;s la mort, apr&#232;s la &#171; d&#233;construction &#187;, apr&#232;s l'enfance, apr&#232;s&#8230;ces films &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; traitant de personnages LGBT.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi, ind&#233;finiment, cohabitent, en se rencontrant parfois, le temps que les uns s'inspirent des autres, en r&#233;duisant leur part de subversion, les films officiels et les films &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt;, le grand public et la niche exp&#233;rimentale&#8230; Ce qui n'est peut-&#234;tre pas un probl&#232;me en soi. Il faut circuler de l'un &#224; l'autre, ne pas tant les cloisonner, voir ce qui restera, au final&#8230; Un constat ou une r&#233;volution ? Une action ou une r&#233;action ? Un &lt;i&gt;travelling&lt;/i&gt; savant ou un poing gant&#233; de noir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les archives de notre temps pr&#233;sent, et les premi&#232;res traces des films encore &#224; venir ; &#224; nous de choisir vers quels &#233;crans nous tourner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Dimanche 13 nov&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout en r&#233;digeant cet article, je feuillette la programmation du &lt;i&gt;Pink Screens&lt;/i&gt; en cours :&lt;i&gt;Gendernauts&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'ornithologue&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Passion&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Framing Agnes&lt;/i&gt;&#8230; Une chose est s&#251;re, le cin&#233;ma queer n'a pas fini d'embellir nos week-ends.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Esteban Lloret Linares&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le site du Pink Screens Festival :&lt;a href=&#034;https://pinkscreens.org/fr/pink-screens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://pinkscreens.org/fr/pink-screens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bande annonce de Close (si vous la jugez n&#233;cessaire) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZqPaPT6E_1k&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ZqPaPT6E_1k&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Films cit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Close&lt;/i&gt;, Lukas Dhont, 2022, Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hideous&lt;/i&gt;, Yann Gonzalez, 2022, Royaume-Uni&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Club Quarantine&lt;/i&gt;, Aurora Bracham, 2020,&#201;tats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fucking Freaks Club&lt;/i&gt;, NickyL. Lapierre &amp; Nour Beetch, 2022, Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Una rapariga imaterial&lt;/i&gt;, Andr&#233; Godinho, 2022, Portugal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fist&lt;/i&gt;, Romy-Aliz&#233;e, 2021, France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gendernauts&lt;/i&gt;, Monika Treut, 1999, Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Ornithologue&lt;/i&gt;, Jo&#227;o Pedro Rodrigues, 2016, Portugal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Passion&lt;/i&gt;, Maja Borg, 2021, Su&#232;de/Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Framing Agnes&lt;/i&gt;, Chase Joynt, 2022, Canada/&#201;tats-Unis&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Film de Xavier Dolan sorti en 2019 et retra&#231;ant les bouleversements d'une amiti&#233; masculine initi&#233;s par un baiser anodin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;&lt;i&gt;I really feel like when I read an article about Girl and it will say &#8216;cis director Lukas Dhont', I see that as an offensive thing.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.screendaily.com/news/girl-director-addresses-trans-controversy-calling-for-inclusion-without-exclusion/5135360.article&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.screendaily.com/news/girl-director-addresses-trans-controversy-calling-for-inclusion-without-exclusion/5135360.article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Serge Daney dans Trafic n&#176;4, &#224; l'automne 1992.&lt;a href=&#034;http://www.pileface.com/sollers/IMG/pdf/Le%20travelling%20de%20Kapo%20par%20Serge%20Daney.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pileface.com/sollers/IMG/pdf/Le%20travelling%20de%20Kapo%20par%20Serge%20Daney.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rester dysphorique, devenir irr&#233;cup&#233;rables</title>
		<link>https://trounoir.org/Rester-dysphorique-devenir-irrecuperables</link>
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		<dc:date>2022-11-22T08:41:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Paul B. Preciado</dc:subject>
		<dc:subject>transmasculinit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ricardo-Maria V. Robles</dc:subject>
		<dc:subject>transf&#233;minisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bref compte rendu du dernier ouvrage de Paul B. Preciado (Dysphoria Mundi), en lecture crois&#233;e avec d'autres auteur.e.s (F&#233;lix Guattari, Louisa Yousfi)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Paul-B-Preciado-+" rel="tag"&gt;Paul B. Preciado&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-transmasculinite-+" rel="tag"&gt;transmasculinit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Ricardo-Maria-V-Robles-+" rel="tag"&gt;Ricardo-Maria V. Robles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-transfeminisme-+" rel="tag"&gt;transf&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/316349388_1193912817872437_5253382097527610350_n-2.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Attendu depuis tr&#232;s longtemps, nous pouvons enfin trouver dans les librairies &lt;i&gt;Dysphoria Mundi&lt;/i&gt;, le dernier ouvrage de Paul B. Preciado. Dans ce r&#233;sum&#233; de ces 652 pages (dans l'&#233;dition espagnole), Ricardo M.V. Robles Rodriguez fait une relecture libre &#224; l'appui d'autres auteur.ices, tel-le-s que Louisa Yousfi ou F&#233;lix Guattari, faisant ainsi des &lt;i&gt;alliances insolites&lt;/i&gt; et inattendues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment repolitiser les questions trans dans une p&#233;riode sp&#233;cialement frappante de capitalisme rose ? Comment construire une transversalit&#233; des luttes ? Telles seront les questions &#233;voqu&#233;es dans l'article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il s'agit moins de retrouver ce que nous &lt;i&gt;&#233;tions&lt;/i&gt; que de r&#233;sister &#224; ce que nous &lt;i&gt;devenons&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Louisa Yousfi, &lt;i&gt;Rester Barbare&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On sait d'o&#249; on vient sans savoir o&#249; on va, mais on &lt;i&gt;tordra&lt;/i&gt; ces &#226;mes de rats &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;PNL, &lt;i&gt;La mis&#232;re est si belle&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction de cet article a &#233;t&#233; aussi &lt;i&gt;dysphorique&lt;/i&gt; que le nom du livre dont je m'appr&#234;te &#224; faire une sorte de relecture d&#233;contract&#233;e et polyphonique. &lt;i&gt;Dysphorique&lt;/i&gt;, parce que mon caract&#232;re l'est particuli&#232;rement ces derniers temps. &lt;i&gt;Dysphorique&lt;/i&gt;, parce que j'ai profit&#233; du d&#233;calage entre la date de sortie espagnole et celle fran&#231;aise (une dysphorie de presque 3 semaines !). &lt;i&gt;Dysphorie&lt;/i&gt; dans la date de livraison pr&#233;vue. &lt;i&gt;Dysphorie&lt;/i&gt; de me faire livrer un livre r&#233;dig&#233; &#224; Paris, distribu&#233; par une maison d'&#233;dition espagnole, achet&#233; en ligne &#224; une librairie catalane, puis perdu pendant presque une semaine dans la mar&#233;e de colis d'une entreprise priv&#233;e de livraisons d'un complexe industriel entre la Courneuve et le Bourget. Rajoutons &#224; cette &lt;i&gt;dysphorie&lt;/i&gt; une &#233;ni&#232;me couche de grippe (ou peut-&#234;tre autre chose) dont j'ai encore des sympt&#244;mes pendant que j'&#233;cris... Nul doute des affects qui traversent ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution en temps de mutation &#233;pist&#233;mologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dysphoria Mundi&lt;/i&gt; est, avant tout, dysphorique dans son processus d'&#233;criture. D'un premier coup d'&#339;il, on pourrait penser qu'il s'agit, en bonne partie, d'une compilation d'articles qu'on aurait d&#233;j&#224; vus dans Lib&#233;ration, M&#233;diapart, ou El Pais, entre 2019 et 2022, ayant comme grands axes th&#233;matiques les transformations profondes du r&#233;gime disciplinaire envers un r&#233;gime cyberpharmacopornographique pendant l'&#232;re du covid. Attention, ce n'est qu'un trompe-l'&#339;il : bien qu'inspir&#233;s librement de ceux-ci, ils ont &#233;t&#233; totalement chang&#233;s en termes de temporalit&#233;s, de contenus, et parfois m&#234;me de conclusions. On trouvera un article de 2021 au d&#233;but, un autre de 2019 peut-&#234;tre &#224; la fin. Beaucoup d'autres, compl&#232;tement in&#233;dits. D'autres, absents. D'autres m&#233;lang&#233;s, et, avec la m&#233;thodologie du &lt;i&gt;cut-up&lt;/i&gt; de William Burroughs, ils sont devenus des samplers, des (r)assemblages. Comme d'habitude dans l'&#233;criture pr&#233;ciadienne, la philosophie devient po&#233;sie, l'autofiction devient philosophie, et la po&#233;sie devient autofiction. M&#234;me les personnages mentionn&#233;s autour du moi narratif sont sampl&#233;.x.e.s, m&#233;connaissables. Les sc&#232;nes d'amour sont d&#233;clin&#233;es au pluriel et il y a m&#234;me des sc&#232;nes T4T. Eh oui : m&#234;me les personnages de la litt&#233;rature pr&#233;ciadienne n'ont pas pu r&#233;sister &#224; la mutation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul B. Preciado va d&#233;finir un nouveau mot de plus de six syllabes (p&#233;trosexorracial) pour nommer les taxonomies de ce que Foucault appelait le r&#233;gime disciplinaire. &#171; &lt;i&gt;P&#233;tro&lt;/i&gt; &#187; fait ici r&#233;f&#233;rence au r&#233;gime &#233;nerg&#233;tique plan&#233;taire, souvent bas&#233; sur la d&#233;pendance aux combustibles fossiles. Il fait ainsi un glissement &#233;pist&#233;mologique afin de prendre en compte la dimension &#233;cologique. L'auteur probl&#233;matise aussi des aspects plut&#244;t absents dans ses travaux pr&#233;c&#233;dents &#8211; non pas par volont&#233;, mais par leur croissance exponentielle et inattendue depuis la date de publication de ses derniers essais (2008-2010). Ces deux aspects sont l'esth&#233;tisation de la n&#233;cropolitique (celle que Sayak Valencia pr&#233;conisait d&#233;j&#224; en 2011 en tant que &lt;i&gt;thanatophilie&lt;/i&gt;), puis le passage acc&#233;l&#233;r&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; num&#233;rique. Le confinement ne nous a pas isol&#233;s, il nous a &#171; hyperbranch&#233;s &#187;. &lt;strong&gt;Dans l'architecture de l'algorithme, le cyberpanoptique se superpose au panoptique disciplinaire (prosth&#232;tique), et, dans ce mod&#232;le-l&#224;, l'aveu se d&#233;localise envers les usager.x.s d'Internet. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'essor de la cybern&#233;tique se soit acc&#233;l&#233;r&#233; cette derni&#232;re d&#233;cennie et notamment depuis le COVID, il s'agit d'un processus bien plus ant&#233;rieur. Les industries des dites &#171; nouvelles technologies de la communication &#187; conna&#238;t ses origines dans les ann&#233;es 1980, de fa&#231;on parall&#232;le et intrins&#232;que &#224; l'essor de la virologie. &#192; travers Roberto Esposito, G&#252;nther Anders ou Polly Matzinger, Preciado souligne l'importance de conna&#238;tre ces deux champs de savoir qui sont alli&#233;s main dans la main, autant de fa&#231;on &#233;pist&#233;mologique (le concept de &#171; virus informatique &#187; est un exemple) que organisationnelle. Pour Preciado &#171; ces d&#233;finitions de la communication comme contagion et du pouvoir en tant qu'addiction sont des pi&#232;ces-cl&#233;s pour comprendre la mutation des technologies de gouvernement dans le capitalisme pharmacopornographique, mais aussi les nouvelles formes de dissidence et d'antagonisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ses contemporain.e.x.s, qui glissent soit vers une technophilie acc&#233;l&#233;rationniste intenable, soit vers un complotisme (qui m&#233;lange des trumpistes, des zemmouriens, des ex-FEMEN certain-e-s anarcho-chelou comme le blog Floraisons, parfois m&#234;me des trans-anti-trans), Preciado sait tenir une position suffisamment responsable et nuanc&#233;e : &#171; Certain.x.e.s veulent retourner en arri&#232;re. D'autres veulent acc&#233;l&#233;rer. Aucun parmi elleux veut changer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. Ibid (p. 518)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur, sous les &#233;chos des vid&#233;ocassettes de William Burroughs ou des radios libres de F&#233;lix Guattari, appelle &#224; une r&#233;appropriation et resignification de ces nouvelles technologies de pouvoir. Et, dans la lign&#233;e de la pens&#233;e &lt;strong&gt;transf&#233;ministe (ou f&#233;minisme de la transversalit&#233;)&lt;/strong&gt; dont il a &#233;t&#233; un de ses pionnier-e-x-s, il appelle encore une fois &#224; une &lt;i&gt;r&#233;volution somatopolitique transversale. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, comme nous rappelle F&#233;lix Guattari, les agencements collectifs d'&#233;nonciation qu'on mobilise dans des processus r&#233;volutionnaires sont tr&#232;s importants : il faut s'efforcer de &#171; rep&#233;rer les vecteurs potentiels de subjectivation et de singularisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quel est le vecteur qui propose Preciado cette fois-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &lt;i&gt;dysphorie&lt;/i&gt; en tant que &lt;i&gt;vecteur&lt;/i&gt; dissident&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Loin de pr&#233;coniser, comme certains articles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Deux jours avant la sortie de Dysphoria Mundi en Espagne, deux m&#233;dias ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; affirment, d'&#234;tre &#171; contre &#187; la dysphorie, Preciado propose de &lt;i&gt;faire un zap philosophique, &lt;/i&gt;de se r&#233;approprier de fa&#231;on sophistiqu&#233;e de ce mot, de &#171; d&#233;placer et re-signifier cette notion pour comprendre la situation du monde contemporain dans son ensemble &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. 21)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La t&#226;che n'est pas simple. Comme nous rappelle Louisa Yousfi (nous y reviendrons), &#171; transformer la souillure en noblesse exige d'un certain art &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Yousfi, Louisa (2021) Rester barbare. Editions La Fabrique, Paris (p.16) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ici, le philosophe espagnol r&#233;pond &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant un parcours approfondi dans l'histoire de la psychologie, il analyse comment le concept de &#171; dysphorie &#187; a progressivement pris la rel&#232;ve dans les manuels de psychiatrie, co&#239;ncidant souvent avec le renfort des courants de la psychologie les plus pharmacologiques et cognitivo-behaviouristes contre la psychanalyse et aussi avec la mont&#233;e des r&#233;gimes n&#233;olib&#233;raux en Europe &#8211; c'est-&#224;-dire au d&#233;but des ann&#233;es 1980. La notion de dysphorie est donc une fiction politique qui aurait &#171; contamin&#233; &#187; progressivement la plupart des taxonomies actuelles du DSM. Suivant son raisonnement et au vu de l'inflation de toutes ces fictions psycho-somatiques dans la population mondiale (selon l'OMS une personne sur huit vit avec un trouble de sant&#233; mentale), une bonne partie du monde serait tout aussi dysphorique qu'une personne portant un diagnostic de dysphorie de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la cybern&#233;tique ou la virologie, nous explique Preciado, la dysphorie en tant que fiction somatopolitique r&#233;pond davantage au sch&#233;ma de la propagation exponentielle qu'&#224; celui d'une d&#233;faillance parfaitement d&#233;limit&#233;e dans l'espace. En analysant un corpus de th&#233;ories complotistes anti-trans contemporaines (Janice Raymond, Jean Baudrillard, Elisabeth Roudinesco), il &#233;nonce les innombrables m&#233;taphores entre transsexualit&#233; et les ph&#233;nom&#232;nes &#233;pid&#233;miques : &#171; aujourd'hui la m&#233;taphore du virus informatique retourne sur le corps, les politiques de genre et sexuelles, les saturant ainsi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. 203)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pourrait rajouter &#224; ce corpus le tout r&#233;cent documentaire complotiste de Sophie Robert &lt;i&gt;Trans : mauvais genre &lt;/i&gt; dont le premier volet porte comme titre &lt;i&gt;Une &#233;pidemie mondiale&lt;/i&gt;. Le virus n'a plus de visage, la dysphorie de genre non plus, para&#238;t-il, de l&#224; peut-&#234;tre qu'elle &#171; contamine &#187;. Peut-&#234;tre cela expliquerait pourquoi la plupart des associations de parents transphobes conseillent de restreindre ou de surveiller les activit&#233;s de leurs enfants sur Internet &#8211; &#233;tonnamment, ce sont souvent ces m&#234;mes parents hyperconnect&#233;s entre eux &#224; la fachosph&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Pour en savoir plus, je conseille cette vid&#233;osur une infiltration &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour &#234;tre encore un peu redondants dans cette contradiction, les r&#233;seaux virtuels anti-trans parlent souvent du ROGD (Rapid Onset Gender Dysphoria), une &#171; dysphorie fauss&#233;e &#187; qui serait entre autres motiv&#233;e par&#8230; les r&#233;seaux virtuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la question de la partie pr&#233;c&#233;dente, on pourrait dire que &lt;i&gt;dysphorie &lt;/i&gt;est le pari pr&#233;ciadien du &lt;i&gt;vecteur dissident&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'auteur,&lt;strong&gt; se r&#233;approprier de fa&#231;on distanci&#233;e et critique la notion de dysphorie pourrait &#234;tre int&#233;ressant dans sa dimension de contagion&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Nous avons vu cet exercise litt&#233;raire de la transmasculinit&#233; comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;mais aussi de d&#233;calage face au binarisme (sexuel ou autre), de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;sistance face &#224; l'oppression.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. 136)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il propose donc la dysphorie non pas en tant que maladie mentale (qu'est-ce une maladie mentale, de toute fa&#231;on ?), non plus en tant que cerveau de X enferm&#233; dans un corps de Y, mais &#171; en tant qu'inad&#233;quation politique et esth&#233;tique de nos formes de subjectivation par rapport au r&#233;gime normatif de la diff&#233;rence sexuelle et de genre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Ibid. (p. 21)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dysphorie &lt;/i&gt;constitue ici, pour le dire avec F&#233;lix Guattari, &#171; cette r&#233;p&#233;tition contrariante, cette donn&#233;e intempestive qui appelle d'autres intensit&#233;s afin de composer d'autres configurations existentielles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fini le temps de ladite &#171; &lt;i&gt;euphorie de genre&lt;/i&gt; &#187; : &#224; titre personnel, cette expression omnipr&#233;sente dans les manifestations trans me fait b&#226;iller plus qu'autre chose. Euphorie de genre sonne pour moi comme un optimisme cruel, &#224; nous forcer &#224; sourire quand nous ne voulons pas, &#224; remplacer des affects, et &#224; parfumer la merde, si je peux me permettre. Or, &lt;strong&gt;la dysphorie dans son sens pr&#233;ciadien est un outil critique pour concevoir autrement le monde, &lt;/strong&gt;dans l'ici et le maintenant, un op&#233;rateur qui permet un glissement d'un paradigme identitaire et psychologisant &#224; un autre bien plus post-identitaire, sans pour autant ignorer les effets psycho-somatiques les plus douloureux que supposent incarner certaines positions subalternes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Rester&lt;/i&gt; est aussi important que devenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai 'invit&#233;' &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Rester-barbare-Entretien-avec-Louisa-Yousfi&#034;&gt;Louisa Yousfi&lt;/a&gt;dans cette relecture afin de pousser plus loin la s&#233;miologie pr&#233;ciadienne et de complexifier les entrecroisements entre auteurices, ces &#171; alliances insolites &#187; pour le dire avec Maria Galindo. Dans son livre &lt;i&gt;Rester Barbare&lt;/i&gt; (&#201;ditions La Fabrique, 2022) Louisa Yousfi s'adresse &#224; ce bandung du Nord, ces communaut&#233;s de peuples colonis&#233;s qui se trouvent aujourd'hui dans le nord global, et leur propose de &#171; tenir &#224; cette esp&#232;ce de barbarie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Yousfi, Louisa (2021) Rester barbare. Editions La Fabrique, Paris (p. 21)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui n'est ni une essence ni une dite &#171; injonction ou romantisation forc&#233;e &#224; la subversion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Difficile de citer : c'est un argument que je vois souvent sur les r&#233;seaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui distingue soigneusement &#234;tre barbare et &#234;tre sauvage. Louisa Yousfi nous propose donc le &lt;i&gt;barbare&lt;/i&gt;, en tant que l'irr&#233;cup&#233;rable, &lt;strong&gt;cellelui qui est en d&#233;calage avec les attentes de l'Empire tout en passant souvent inaper&#231;u.e, puisqu'iel est connaisseur.e de ses lois et de ses r&#232;gles.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Yousfi, Louisa (2021) Rester barbare. Editions La Fabrique, Paris (p. 23)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; Pour Louisa Yousfi, tenir &#224; cette esp&#232;ce de barbarie consiste &#224; garder &#171; ce qui n'a pas &#233;t&#233; touch&#233; (contamin&#233;) par l'Empire (&#8230;) &lt;strong&gt;l'inassimilable en nous&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire notre culture, notre histoire et notre &#226;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Ibid 21&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, &lt;i&gt;je n'assimilerais pas&lt;/i&gt; cela &#224; ce concept de &#171; terre &lt;i&gt;vierge&lt;/i&gt; &#187;, mais plut&#244;t &#224; une &lt;strong&gt;ligne de fuite trac&#233;e par nos anc&#234;tres&lt;/strong&gt; immigr&#233;.e.s, colonis&#233;.e.s, exil&#233;.e.s, envoy&#233;.e.s dans des camps de concentration et/ou pers&#233;cut&#233;.e.s. Les personnes concern&#233;.e.s par une r&#233;cup&#233;ration imminente &#8211; en tant que blanchi.e.s, en tant qu'assimil&#233;.e.s - devrions continuer cette ligne de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tr&#232;s bonne nouvelle de &lt;i&gt;Dysphoria Mundi&lt;/i&gt; est que le livre a &#233;vit&#233; beaucoup plus soigneusement les analogies (plus ou moins forc&#233;es, dans la tradition des f&#233;minismes europ&#233;ens hein&#8230;) entre les questions de genre et les questions de race. &#199;'aurait &#233;t&#233; certes tr&#232;s contre-productif de dire, par exemple, que les personnes trans sont &#171; les barbares du genre &#187;. Tout comme il a &#233;t&#233; contre-productif que certains auteurices trans disent que les personnes trans sont des &#171; voyageurs du genre &#187;, &#171; des migrants du genre &#187;, &#171; des &lt;i&gt;outlaw&lt;/i&gt; du genre &#187;, &#171; des &lt;i&gt;nomades&lt;/i&gt; du genre &#187;, et j'en passe. Je ne dis pas que ce soit probl&#233;matique. Je pense que c'est tout simplement faux que des personnes a priori appartenant de plein droit &#224; la citoyennet&#233;, au corps national sain, civilis&#233;, chr&#233;tien et blanc de la France repr&#233;sentent une quelconque barbarie, m&#234;me s'iels s'identifient en tant que trans. Et que peut-&#234;tre qu'il s'agit des processus de d&#233;sidentification un peu plus longs, m&#234;me si souhait&#233;s. Mais ce n'est pas grave, &lt;strong&gt;on peut multiplier les vecteurs dissidents ! D'ailleurs, c'est historiquement la strat&#233;gie la plus efficace, multiplier ces vecteurs, &#224; chacun.e selon ce qui puisse l'&#233;manciper. &lt;/strong&gt;Preciado a trouv&#233; le vecteur qui r&#233;pond le mieux aux complexit&#233;s trans (&lt;i&gt;dysphorique&lt;/i&gt;), sans pour autant l'universaliser. Il en va de m&#234;me pour le vecteur &#171; &lt;i&gt;barbare&lt;/i&gt; &#187; gr&#226;ce &#224; Louisa Yousfi. Et certain-e-s pourront &#234;tre m&#234;me les deux, dysphoriques&lt;i&gt; et&lt;/i&gt; barbares. &lt;i&gt;Baxtalo !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on qu'on peut retenir avec Louisa Yousfi, &#224; part la multiplication des vecteurs, est aussi la m&#233;thode pour les invoquer. L'autrice est moins souci&#233;e d'un devenir barbare du Monde, m&#234;me si c'est d&#233;j&#224; le cas (et que c'est pour cela que l'ancien r&#233;gime p&#233;trosexorracial tremble) :&lt;strong&gt; ce qui la soucie, c'est de rester barbare.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;De rester dans ce devenir. De ne pas baisser les bras face &#224; l'int&#233;gration,&lt;/strong&gt; de rep&#233;rer ce brin de nous-m&#234;mes qui n'est pas assimilable (qui peut &#234;tre un regard, un accent, un geste, peut importe), de l'&#233;couter, de l'embrasser. Nous, les personnes trans, devrions suivre l'exemple avec le raisonnement de Yousfi. Pourquoi ? &lt;strong&gt;Parce que les processus d'assimilation sont aussi en train de toquer la porte des personnes trans&lt;/strong&gt;, et, ceci dit, blanches ou non. Il existe actuellement un pinkwashing des entreprises et des &#201;tats-nations occidentaux concernant les questions trans. Aussi, une nouvelle forme &#171; d'homonationalisme trans &#187; prend son essor, ce que certain.e.s auteur.ices (tels que Dean Spade ou Sophie Lewis) ont d&#233;fini comme &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;ralisme trans. &lt;/i&gt;Il y a m&#234;me une nouvelle forme de conservatisme trans (&lt;i&gt;trans n&#233;o-con&lt;/i&gt;, comme dit Preciado&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) qui, du moins dans les pays anglo-saxons, est en train de s'aligner avec les TERFs et les mouvements r&#233;actionnaires. &lt;strong&gt;Savoir contrecarrer ces processus de capture me semble la priorit&#233; la plus urgente.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En bref, qu'on soit &lt;i&gt;dysphoriques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;barbares,&lt;/i&gt; ou les deux ; quel que soit le nombre de personnes qui nous suivent (il y en aura toujours), il n'est pas prioritaire, comme Yousfi nous l'enseigne, de savoir &lt;i&gt;qui d'autre &lt;/i&gt;pourrait devenir nos devenirs -il y en aura toujours, heureusement. Le qualitatif avant le quantitatif : le plus important, c'est &lt;strong&gt;qu'on reste dans ces devenirs. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;De ne pas c&#233;der aux processus de capture de notre d&#233;sir r&#233;volutionnaire. Et que, si jamais on devient quelque chose d'autre encore, que &#231;a soit : irr&#233;cup&#233;rables. Ni r&#233;cup&#233;rables par le n&#233;olib&#233;ralisme X-washing, ni r&#233;cup&#233;rables par l'alt-right.&lt;/strong&gt; Si les dysphoriques et les barbares ont un point commun, c'est celui de r&#233;pondre &#224; une &#171; mutation non programm&#233;e, non encod&#233;e, du processus civilisateur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Yousfi, Louisa (2021) Rester barbare. Editions La Fabrique, Paris (p. 23)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ni les fil-LE-s d'immig&#233;-e-s (ou les m&#233;tis-se-s, ou les adopt&#233;-e-s) sont un &lt;i&gt;foutu trait d'union&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. (p.23-24)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; entre deux civilisations, ni les personnes trans ont '&lt;i&gt;le meilleur des deux mondes&lt;/i&gt;'. Nous ne sommes pas un pont : nous sommes la br&#232;che de ce syst&#232;me.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Nous serons la br&#232;che.&lt;strong&gt; Parce que nous ferons notre politique, nos nouveaux mod&#232;les d'existence dans le monde, depuis la br&#232;che.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derniers pages de &lt;i&gt;Dysphoria Mundi&lt;/i&gt;, on entend/j'entends :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;poesie&gt;&#171; La dysphorie est notre mis&#232;re. Elle est exigeante. Elle est douloureuse. Elle nous d&#233;truit. Elle nous transforme. Mais elle est aussi notre v&#233;rit&#233;. Il faut apprendre &#224; l'&#233;couter. La dysphorie est votre richesse &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado, Paul B. (2022) Dysphoria Mundi. Editorial Anagrama, Madrid (p. 547)&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; mes multiples br&#232;ches internes commencent &#224; me br&#251;ler. &#199;a fait effectivement mal. Mais je ne sais pas/je ne sais plus comment me subjectiver si ce n'est que de cette mani&#232;re, depuis la force et la richesse de ces br&#232;ches afin de 'dissiper certains fantasmes, de ne pas me laisser envahir par la peur'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Preciado op.cit&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En bref, si la dysphorie est mis&#232;re, alors, nous pourrions dire, comme PNL, que &lt;strong&gt;la mis&#232;re est si belle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ricardo Maria V. Robles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 73). Je pr&#233;cise que toutes mes notes de bas de page sont de l'&#233;dition espagnole et non pas de l'&#233;dition fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. &lt;i&gt;Ibid &lt;/i&gt;(p. 518)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Deux jours avant la sortie de Dysphoria Mundi en Espagne, deux m&#233;dias ont eu l'autorisation de diffuser un petit extrait de celui-ci, &#224; savoir Parole de Queer et El Pais. Tandis que&lt;a href=&#034;https://paroledequeer.blogspot.com/2022/10/dysphoria-mundi-paul-b-preciado.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les camarades de Parole de Queer&lt;/a&gt;avaient pris soin de la mise en page (chapeau, titre, image), le mass-media El Pais intitulait l'extrait &lt;a href='https://trounoir.org/%20https:/elpais.com/ideas/2022-10-25/contra-la-idea-de-disforia-el-nuevo-alegato-trans-de-paul-b-preciado.html%20'&gt;&#171; Contra la idea de Disforia &#187;&lt;/a&gt; (contre l'id&#233;e de dysphorie) avec une image d'une drag-queen. Je trouve &#224; titre personnel que &#231;a ne co&#251;te rien de lire un texte avant de trouver un chapeau et une image &#8211; mais qui sait, je suis peut-&#234;tre trop exigeant.e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Yousfi, Louisa (2021) &lt;i&gt;Rester barbare. &lt;/i&gt;Editions La Fabrique, Paris (p.16) &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 203)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Pour en savoir plus, je conseille &lt;a href=&#034;https://youtu.be/jQJrBUeZMpw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette vid&#233;o&lt;/a&gt;sur une infiltration &#224; l'association Ypomoni qui expose les &#233;changes entre parents transphobes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Nous avons vu cet exercise litt&#233;raire de la transmasculinit&#233; comme contagion dans ce &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Manifeste-pour-une-epidemie-transmascgouinbutchpedepxtesalope&#034;&gt;manifeste-ci&lt;/a&gt;publi&#233; sur Trou Noir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 136)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; (p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Guattari, F&#233;lix (1989).Trois &#233;cologies . Ed. Galil&#233;e (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Yousfi, Louisa (2021) &lt;i&gt;Rester barbare. &lt;/i&gt;Editions La Fabrique, Paris (p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Difficile de citer : c'est un argument que je vois souvent sur les r&#233;seaux sociaux pour contre-carrer certains discours r&#233;volutionnaires. On voit souvent cette accusation contre le Parti des Indig&#232;nes de la R&#233;publique, mais aussi contre ladite 'th&#233;orie queer'. En revanche j'ai jamais vu &#224; quelqu'un.e faire cette 'injonction' ou 'romantisation' de la 'subversion'.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Yousfi, Louisa (2021) &lt;i&gt;Rester barbare. &lt;/i&gt;Editions La Fabrique, Paris (p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; 21&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 166-167)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Yousfi, Louisa (2021) &lt;i&gt;Rester barbare. &lt;/i&gt;Editions La Fabrique, Paris (p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. (p.23-24)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado, Paul B. (2022) &lt;i&gt;Dysphoria Mundi.&lt;/i&gt; Editorial Anagrama, Madrid (p. 547)&lt;/poesie&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Preciado &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#201;CITS CRIP POUR DES FUTURS D&#201;VALID&#201;S</title>
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		<dc:date>2022-11-21T10:08:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
		<dc:subject>handis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; D&#233;valider, dans ce cadre crip signifie donc : refuser la validation du validisme, et, plus avant, questionner le monde qui le rend possible. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-handis-+" rel="tag"&gt;handis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/image1.jpg?1731403059' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte se propose de lire ensemble deux livres r&#233;cents des &#233;tudes et des activismes handis : une autobiographie militante de la philosophe Charlotte Puiseux (&lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/de_chair_et_de_fer-9782348067778&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De chair et de fer. Vivre et lutter dans une soci&#233;t&#233; validiste&lt;/a&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2022) et un recueil de &#171; proph&#233;ties, mots d'amours et chants de deuil &#187; de la po&#233;tesse et militante crip Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha (&lt;a href=&#034;https://arsenalpulp.com/Books/T/The-Future-Is-Disabled&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Future Is Disabled. Prophecies, Love Notes, Mourning Songs&lt;/a&gt;, Vancouver, Arsenal Pulp Press, 2022). Un appel &#224; affiner les alliances trans/crip et neuroqueer, et &#224; apprendre les le&#231;ons d&#233;valideuses de la vie qui insiste dans les ruines du capitalisme extractiviste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Image en couverture : Marguerite Mar&#233;chal, Corset Colonne, 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
Version audio : &lt;a href=&#034;https://soundcloud.com/loeil-et-la-main/recits-crip-pour-des-futurs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://soundcloud.com/loeil-et-la-main/recits-crip-pour-des-futurs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; (de l'anglais &lt;i&gt;cripple&lt;/i&gt; : &#233;clop&#233;&#183;e, infirme, estropi&#233;&#183;e) partage avec le mot queer (du moyen bas allemand &lt;i&gt;qver&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; : oblique, de travers, tordu&#183;e) l'image du pas-droit. Tous deux sont des mots-stigmates d&#233;signant des mani&#232;res d'habiter l'espace et le temps qui r&#233;sistent &#224; l'&#233;vidence des flux, qui se d&#233;salignent et prennent des chemins de traverse. Des d&#233;sirs queer : des d&#233;sirs qui s'orientent vers les mauvaises sortes de corps &#8211; pas du bon genre, pas du bon nombre, pas de la bonne couleur de peau, pas la bonne partie du corps investie. Des corps &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; : des corps qui ne vont pas aux bons rythmes &#8211; des corps qui roulent, des corps qui stimment, des corps qui ont des tocs, des corps trop ou pas assez sensibles &#224; certains stimuli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que se passe-t-il quand on commence &#224; faire de cette d&#233;sorientation un cri de guerre ? Quand on refuse le redressement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'activisme queer est c&#233;l&#232;bre pour avoir &#233;t&#233; un lieu o&#249; le stigmate de la d&#233;s/orientation sexuelle s'est retourn&#233; en terrorisme de genre : &#171; Not GAY as in Happy, but QUEER as in Fuck You ! &#187;, clamait Queer Nation dans les ann&#233;es 1990. Vingt ans plus t&#244;t, bien avant que les cris de guerre de la nation cuir ne fassent sursauter les emp&#226;tements homonationalistes de l'in-t&#233;-gra-tion des soupes alphab&#233;tiques (LGBTQQIA2S+), des collectifs handiactivistes d&#233;veloppaient des slogans qui refusaient l'assignation au mod&#232;le de la &#171; bon&#183;ne malade &#187;. En France, ielles se sont revendiqu&#233;&#183;es &lt;i&gt;Handicap&#233;s M&#233;chants&lt;/i&gt;, se figurant comme des saboteureuses en fauteuil de la bonne marche (sic !) du capitalisme mondial int&#233;gr&#233; et de sa charit&#233; envers les invalides :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; LA CHARIT&#201; NOUS ASSUJETTIT &#192; LA MIS&#200;RE PHYSIQUE _ INTELLECTUELLE ! [&#8230;] HANDICAPES ET VALIDES, REFUSEZ DE DONNER ET PARTICIPEZ A LA MANIFESTATION CONTRE LA QU&#202;TE NATIONALE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Handicap&#233;s m&#233;chants, n&#176; 1, 1974, p. 1 ;&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;riti&#232;re, cinquante ans plus tard, de ces v&#233;n&#233;rables anc&#234;tres handianarchistes, la philosophe Charlotte Puiseux propose avec &lt;i&gt;De chair et de fer&lt;/i&gt; une autoth&#233;orie militante de sa lutte contre le validisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'&#233;tant moi-m&#234;me pas tr&#232;s habitu&#233;e du genre de l'autoth&#233;orie, je peux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;370&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/image_une.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/image_une.jpg?1731403018' width='500' height='733' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Couverture du livre de Charlotte Puiseux, &lt;i&gt;De chair et de fer. Vivre et lutter dans une soci&#233;t&#233; validiste&lt;/i&gt;. Le titre est surmont&#233; d'un dessin qui figure le buste et la t&#234;te d'une jeune personne humaine plut&#244;t f&#232;m, habill&#233;e d'une salopette aux couleurs vives ; au milieu du buste, on voit comme avec des rayons-x la colonne vert&#233;brale, un m&#233;lange cyborg d'os et de m&#233;tal.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autrice, d&#233;j&#224;, d'un &lt;i&gt;Dictionnaire crip&lt;/i&gt; et d'un certain nombre d'articles sur les &#233;tudes handies, Puiseux livre avec &lt;i&gt;De chair et de fer&lt;/i&gt; une sorte de roman d'apprentissage activiste o&#249; elle nous fait traverser ses tentatives multiples pour trouver o&#249; et comment mener une lutte &#224; l'intersection du marxisme, du f&#233;minisme, et du handiactivisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus exactement, le texte se pr&#233;sente comme une travers&#233;e des &#233;checs (et dans une moindre mesure des r&#233;ussites) &#224; trouver des formes d'alliances ajust&#233;es entre ces diff&#233;rentes &#233;chelles de lutte, travers&#233;e qui permet &#224; Puiseux de montrer les continuit&#233;s du validisme, du T&#233;l&#233;thon &#8211; et de la vision m&#233;dicale-caritative du handicap &#224; laquelle il contribue, et des malaises que cela suscite en elle d&#232;s l'enfance &#8211;, jusqu'au Nouveau Partie Anticapitaliste (NPA) &#8211; et de l'oubli des situations handies, voire de la peur d'y &#234;tre associ&#233;es, qu'elle y rencontre. Puiseux donne ainsi l'exemple d'un &#233;pisode o&#249;, faisant face &#224; la r&#233;duction du nombre de militant&#183;es, elle propose aux commissions LGBT+ et Handicap du NPA de fusionner : la suggestion est &#171; tr&#232;s mal re&#231;ue [&#8230;]. Il &#233;tait inenvisageable d'op&#233;rer un tel rapprochement, car il associerait les identit&#233;s lgbt+ &#224; des handicaps [&#8230;], il fallait fuir absolument cette identit&#233; pestif&#233;r&#233;e qui ne pouvait en aucun cas s'inscrire dans un processus de revalorisation tel que les identit&#233;s lgbt+ l'avaient justement connu. &#187; (p. 133-134)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que ce parcours de tentatives intersectionnelles permet &#224; Charlotte Puiseux de manifester, c'est la persistance d'id&#233;aux normatifs &#224; l'int&#233;rieur des espaces militants, et l'opportunit&#233; &#224; ce titre que peut repr&#233;senter le handicap de ne pas oublier la violence de cet ordre normatif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La normalit&#233; est un id&#233;al inaccessible qui maintient b&#233;ante une faille identificatoire, car personne ne peut jamais &#234;tre compl&#232;tement normal. Les militantes handicap&#233;es, en revendiquant leur impossibilit&#233; &#224; atteindre cette normalit&#233;, proposent d'imaginer de nouvelles configurations sociales, une nouvelle sph&#232;re publique, de nouveaux liens sociaux, qui ne feraient pas reposer la participation &#224; la vie sociale sur les capacit&#233;s. &#187; (p. 130)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment avec Les D&#233;valideuses, une collective handif&#233;ministe fond&#233;e en 2019, que Puiseux commence &#224; trouver un r&#233;seau qui revendique le d&#233;sordre social provoqu&#233; par le handicap, plut&#244;t que de se contenter de r&#233;clamer l'inclusion dans l'ordre valide. Comme le sugg&#232;re la philosophe f&#233;ministe Sara Ahmed dans &lt;i&gt;On Being Included&lt;/i&gt;, il est urgent de se d&#233;sinoculer du d&#233;sir d'inclusion : bien trop souvent, vouloir &#234;tre inclus&#183;es revient &#224; vouloir &#234;tre tol&#233;r&#233;&#183;es (l'inclusion comme bienveillance des gens tol&#233;rants) ou absorb&#233;&#183;es (l'inclusion comme conversion &#224; la normalit&#233;) par l'h&#233;g&#233;monie. Sans doute, il est justifi&#233; de vouloir la non-exclusion, sans doute il est justifi&#233; de refuser d'&#234;tre mis&#183;es &#224; la porte, ou de ne m&#234;me pas pouvoir y acc&#233;der faute d'ascenseur. Mais cela ne veut pas dire qu'il faudrait pour cela vouloir &#234;tre inclus&#183;es, c'est-&#224;-dire &#171; valid&#233;&#183;es &#187; par les syst&#232;mes m&#234;mes qui nous oppriment.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;valider, dans ce cadre &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; de refus critique de l'inclusion signifie donc : refuser la validation du validisme, et, plus avant, questionner le monde qui le rend possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;valider, c'est ainsi en premier lieu,&lt;i&gt; refuser le capitalisme extractiviste&lt;/i&gt; et son humanisme, qui d&#233;finissent l'humain uniquement par sa capacit&#233; &#224; contribuer &#224; l'effort de production, et qui partent &#224; la chasse de tout ce qui se pr&#233;sente comme d&#233;ficient par rapport &#224; une norme d'efficacit&#233; impossible &#224; tenir, et o&#249; les personnes handicap&#233;es servent de mod&#232;les-repoussoirs des mauvaises travailleureuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;valider le capitalisme extractiviste, cela veut donc ins&#233;parablement dire lutter contre toutes les formes de d&#233;finitions des minorit&#233;s comme des humains d&#233;ficients &#8211; des handicap&#233;&#183;es, donc, mais aussi : des femmes, des queers, des &#171; autres &#187; racialis&#233;&#183;es. On ne sera pas surprises de ce point de vue de savoir que la premi&#232;re d&#233;finition du mot &lt;i&gt;ableism&lt;/i&gt; (qu'en France on traduit en &#171; validisme &#187; et qu'au canada on traduit en &#171; capacitisme &#187;) est donn&#233;e non seulement dans une revue f&#233;ministe (&lt;i&gt;Off Our Backs&lt;/i&gt;, vol. 11.5, 1986) mais plus pr&#233;cis&#233;ment dans une &#171; Lettre ouverte aux lesbiennes handicap&#233;es &#187; : &#171; le validisme est l'oppression syst&#233;mique d'un groupe de personnes justifi&#233;es par la r&#233;f&#233;rence &#224; ce que celles-ci peuvent faire ou non avec leur corps ou leur esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arachn&#233; Rae, &#171; Open letter to disabled lesbians &#187;, Off Our Backs, vol. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La traduction fran&#231;aise du terme, de m&#234;me, vient d'un militant queer handi, Zig Blanquer, dans un zine satirique sur&lt;i&gt; La culture du valide (occidental). Ou comment le validisme &#231;a te concerne s&#251;rement&lt;/i&gt;, paru en 2004&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une attestation, s'il en fallait, du caract&#232;re nativement intersectionnel (m&#234;me si l'intersection reste longtemps contenue par la blanchit&#233;) des luttes d&#233;validistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus r&#233;cemment, l'activiste crip et abolitionniste carc&#233;rale Talila A. Lewis donnait une d&#233;finition du validisme qui en &#233;tend les implications aux dimensions raciales et coloniales, d&#233;pendantes d'un paradigme humanoexceptionnaliste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le validisme est un syst&#232;me d'assignation des corps et des esprits, fond&#233; sur les id&#233;es socialement construites de normalit&#233;, de productivit&#233;, d'intelligence, d'excellence et d'adaptation. Les id&#233;aux validistes sont profond&#233;ment enracin&#233;s dans l'eug&#233;nisme, l'anti-Noirceur, la misogynie, le colonialisme, l'imp&#233;rialisme et le capitalisme. [&#8230;] Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre handicap&#233;&#183;e pour faire l'exp&#233;rience du validisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Talila A. Lewis, &#171; Working Definition of Ableism &#187;, janvier 2022 ;&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre toute tentation de faire des luttes handies des luttes qu'on pourrait contenir aux &#171; personnes en situation de handicap &#187;, luttes auxquelles les valides ne pourraient se joindre au mieux que par solidarit&#233;, au pire que par charit&#233;, le livre de Puiseux &#8211; comme cette d&#233;finition du validisme par Talila Lewis &#8211; nous rappelle que le validisme est un syst&#232;me d'oppression qui p&#232;se sur toustes, m&#234;me s'il menace davantage la vie de celleux d'entre nous qui passent le moins (et/ou se refusent le plus &#224; passer) pour valides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;valider, c'est aussi, plus sp&#233;cifiquement, &lt;i&gt;refuser le biopouvoir et le pouvoir m&#233;dical d'&#201;tat&lt;/i&gt; qui d&#233;finissent leur fonction comme une fonction de sauvegarde et de r&#233;gulation des corps sains, et de rel&#233;gation ou de rectification des corps malades. C'est refuser l'approche m&#233;dicalis&#233;e du handicap qui ne pourvoit, comme avenirs possibles pour les personnes handicap&#233;es, que la gu&#233;rison de leur &#171; invalidit&#233;/incapacit&#233; &#187; (&#224; marcher, &#224; entendre, &#224; parler), o&#249; l'image de la r&#233;ussite est repr&#233;sent&#233;e par l'athl&#232;te handisportive, h&#233;ro&#239;ne d'une saga individualiste o&#249; la personne handicap&#233;e n'est humanis&#233;e qu'&#224; raison de sa capacit&#233; &#224; &#171; inspirer &#187; &#8211; selon la logique de la &#171; pornographie inspirationnelle &#187;, une sorte de &#171; validisme pr&#233;tendument bienveillant &#187; qui &#171; se pr&#233;sente comme un int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard des personnes handicap&#233;es, voire un amour pour ces personnes cens&#233;ment frapp&#233;es par un destin tragique &#187; mais qui ne fait que les d&#233;finir comme autre-qu'humaines et les consid&#233;rer comme anormales (p. 30).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc une continuit&#233; entre la d&#233;ficience et l'h&#233;ro&#239;sme impliqu&#233;s dans le paradigme du biopouvoir : c'est celle de consid&#233;rer le handicap comme une affaire individuelle, comme quelque chose que porterait la personne handicap&#233;e (ou pire : comme une affaire de volont&#233;, o&#249; les quelques athl&#232;tes &#171; h&#233;ro&#183;&#239;nes &#187; servent de preuve que les autres, les &#171; mauvais&#183;es handicap&#233;&#183;es &#187; n'y ont pas mis suffisamment du leur). D&#233;valider le biopouvoir, c'est donc lutter contre l'individualisme structurellement attach&#233; au validisme, et comprendre le handicap comme un fait collectif, la r&#233;sultante de valeurs accord&#233;es &#224; certaines vies plut&#244;t qu'&#224; d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un point de vue mat&#233;rialiste-concret, d&#233;valider le biopouvoir, c'est donc poser la question de l'accessibilit&#233;, c'est-&#224;-dire de qui est consid&#233;r&#233; comme un membre &#224; part enti&#232;re de l'espace public (peut-on, ou pas, s'y rendre ?). C'est la question des transports en communs accessibles, des rampes d'acc&#232;s, des ascenseurs ; mais c'est aussi la question des toilettes accessibles et de leur r&#233;partition (question par o&#249; les handiactivismes rejoignent les transactivismes qui eux aussi, doivent se battre pour permettre aux personnes trans* d'utiliser les lieux d'aisance qui leur conviennent). Et c'est encore la question de la pr&#233;sence des personnes en fauteuil en manif (question qui rejoint par exemple, celle de la &#171; pr&#233;sence probl&#233;matique &#187; de certaines personnes dans les mouvements et les actions directes : les vieux, les vieilles, les Fol&#183;les, et, dans un autre sens encore, en ce qui concerne les &lt;i&gt;prides&lt;/i&gt; bien liss&#233;es de la fiert&#233; gay : la &#171; pr&#233;sence probl&#233;matique &#187; des TDS, des exub&#233;rantEs, des p&#233;dales, des trans*cuir...). Comme tout &#224; l'heure, on voit ici comment la perception m&#233;dicalis&#233;e de certains corps les proscrit du politique et comme tout &#224; l'heure, il y a de la puissance &#224; les faire insister dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;valider, c'est encore refuser la sexualit&#233; normative qui &#171; rel&#232;gue les &#234;tres handicap&#233;s dans le non-d&#233;sirable, le non-sexualisable, le ni beau ni moche, le juste invisible &#187; (p. 40). C'est l&#224; un des endroits o&#249; d'&#233;vidence, la rencontre avec les activismes et les th&#233;ories queers se fait, notamment parce qu'il est alors question des carcans de la sexualit&#233; obligatoire et de la r&#233;gulation des orientations envers les objets du d&#233;sir &#8211; un bon objet du d&#233;sir &#233;tant : un corps jeune, sain, capable de contribuer &#224; l'ut&#233;roreproduction de la nation/de la race, manifestant un genre clairement attribuable et appartenant &#224; &#171; l'autre sexe &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puiseux renvoie ainsi &#224; la militante canadienne handie crip et actrice de films pornographiques Loree Erickson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les personnes handies [&#8230;] n'avons jamais cess&#233; de cr&#233;er et de trouver des lieux o&#249; nous sommes appr&#233;ci&#233;&#183;es et c&#233;l&#233;br&#233;&#183;es pour les diff&#233;rences m&#234;mes qui justifient notre oppression. [&#8230;] Je trouve de la force dans cela m&#234;me qui est per&#231;u comme un site de honte : la d&#233;pendance, la vuln&#233;rabilit&#233;, et le fait d'&#234;tre un corps du &#171; dehors &#187;, un corps perturbateur. Autant de ressources pour la lib&#233;ration sexuelle et corporelle potentiellement utilisables par tous les corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loree Erickson, &#171; Revealing femmegimp &#187;, Atlantis, vol. 31/2, 2007.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un leitmotiv dans tout l'ouvrage que cette consid&#233;ration accord&#233;e aux sexualit&#233;s crip, au refus de la d&#233;sexualisation des personnes handies (ou de leur f&#233;tichisation, ce qui revient au m&#234;me). La question sexuelle r&#233;appara&#238;t ainsi &#224; plusieurs reprises comme une des pierres d'achoppement des alliances et de l'intersectionnalit&#233; handiactivisme/f&#233;minisme notamment : d'un c&#244;t&#233;, la question de l'hypersexualisation du corps des femmes, centrale dans certains aspects du f&#233;minisme, entre en conflit avec l'exp&#233;rience d'&#234;tre femme et handicap&#233;e, c'est-&#224;-dire bien souvent &#171; exclue du march&#233; de la bonne meuf &#187; (dixit Despentes, cit&#233;e p. 39) ; de l'autre, les positions anti-travail du sexe de certains handiactivismes &#8211; notamment au CLHEE, o&#249; Puiseux commence &#224; militer, et dont l'opposition &#224; l'&#171; assistance sexuelle &#187; des personnes handicap&#233;es se confond avec une opposition au &#171; travail sexuel &#187; en g&#233;n&#233;ral, ce qui finit par l'en &#233;loigner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puiseux occupe, &#224; l'&#233;gard de l'assistance sexuelle, une position qu'elle d&#233;clare handif&#233;ministe : &#171; Ce qui me g&#234;nait, ce n'&#233;tait absolument pas de recourir &#224; une forme de travail du sexe, mais c'&#233;tait encore une fois le regard pos&#233; sur les corps handicap&#233;s. Ce qui me d&#233;rangeait, c'&#233;tait cet exceptionnalisme moral accord&#233; aux personnes handicap&#233;es qui pouvaient ainsi recourir &#224; une forme de prostitution sans &#234;tre socialement d&#233;nigr&#233;es. Les travailleuses du sexe s'adressant sp&#233;cifiquement &#224; cette population devenaient m&#234;me soudainement des bienfaitrices, alors que leurs coll&#232;gues travaillant avec des valides restaient condamn&#233;es &#224; l'opprobre social. &#187; (p. 123) C'est cette position qui fait que Puiseux se tourne notamment vers le Strass (le Syndicat du Travail Sexuel), o&#249; elle trouve un espace d'alli&#233;es pr&#233;cieuses, notamment parce que s'y interrogent les &#171; arguments victimaires qui pr&#233;sentent les travailleuses du sexe comme subissant leur condition &#187; (p. 122), une rh&#233;torique de l'incapacit&#233;, ou de la minorisation qui est bien souvent &#224; l'&#339;uvre &#224; l'endroit des personnes handies. Comme &#224; de nombreux moments du livre, c'est ce genre de circulations des logiques validistes, ce genre de points d'alliances, qui permettent de sentir combien le geste de d&#233;valider ne concerne pas seulement les personnes qu'on dit handicap&#233;es, mais bien s&#251;r l'ensemble des personnes qui vivent sous l'emprise du validisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;valider c'est enfin (c'est sur cela que se conclut le livre) lutter contre la repronormativit&#233; et pour l'invention de nouvelles parentalit&#233;s. Par son exp&#233;rience de maman handie, mais aussi au travers de ses participations au festival militant Very Bad Mother (un festival dont le slogan est &#171; toustes les enfants sont des b&#226;tard&#183;es ! &#187;), Puiseux pense la n&#233;cessit&#233; de &#171; briser les liens &#233;tablis entre le bonheur des enfants et le fait qu'elles grandissent dans une famille nucl&#233;aire, h&#233;t&#233;rosexuelle, blanche, riche et valide &#187; (p. 144). &#171; Parce que la soci&#233;t&#233; nous force &#224; avoir des gosses, et nous dit comment &#187;, il s'agit d'imaginer d'autres mani&#232;res de faire des parent&#233;s, une lutte comme dans les activismes queer et trans qui se retrouve &#224; s'affronter aux st&#233;rilisations forc&#233;es, aux violences gyn&#233;co-obst&#233;triques du corps m&#233;dical et au familialisme du code fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De chair et de fer&lt;/i&gt; est un jalon important dans le d&#233;ploiement des &#233;tudes handif&#233;ministes et des &#233;tudes crip en langue fran&#231;aise, aux c&#244;t&#233;s des travaux en g&#233;ographie d'Enka Blanchard, ou encore de l'artivisme de la performeuse No Anger, des analyses de la curatrice et th&#233;oricienne de l'art Sarah Heussaff ou des &#233;crits sensuels et cisel&#233;s de Zig Blanquer. Par sa clart&#233; et la simplicit&#233; de sa structure lin&#233;aire autobiographique, le livre articule avec rigueur la mani&#232;re dont le validisme fonctionne comme un op&#233;rateur-clef des binarismes (femme/homme, nature/culture, trans/cis, queer/straight, animale/humaine&#8230;) sur lesquels se fonde l'extractivisme moderne/colonial. Un appel a une alliance intersectionnelle contre toutes les logiques qui pr&#233;tendent &#224; la (sur)validit&#233; de certain&#183;es d'entre nous, au d&#233;triment des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, au Canada, para&#238;t &lt;i&gt;The Future Is Disabled. Prophecies, Love Notes and Mourning Songs&lt;/i&gt; [&#171; Le futur est handi &#187; ou &#171; Le futur est d&#233;valid&#233;. Proph&#233;ties, mots d'amour et chants de deuil &#187;] de l&#230; militant&#183;e, &#233;ducateurice et po&#233;tesse Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha. Iel est l'auteurice du tr&#232;s essentiel &lt;i&gt;Care Work. Dreaming Disability Justice&lt;/i&gt; [&#171; Le travail de prendre soin. R&#234;ver la justice handie &#187;], un livre qui parlait d&#233;j&#224; en 2018 avec force des r&#233;seaux d'entraide handie, du travail de soin perp&#233;tuel qui s'y r&#233;alise, de l'&#233;puisement militant qui en ressort, et des n&#233;cessit&#233;s de penser des &#171; futurs d&#233;valid&#233;s &#187; (&lt;i&gt;disabled futures&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire des formes de temporalit&#233;s qui ne soient pas centr&#233;es sur l'efficacit&#233;, le progr&#232;s, le rendement, l'accomplissement des t&#226;ches en un temps record, et qui se posent des questions des liens qui lib&#232;rent quand ils nous lient &#224; nos proches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la notion de justice handie, cf.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;407&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/imagedeux.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/imagedeux.jpg?1731403018' width='500' height='666' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Couverture du livre de Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha, The Future Is Disabled. Prophecies, Love Notes And Mourning Songs. Le titre se superpose &#224; une image composite o&#249; un luminaire, en haut &#224; gauche, projette ces rayons sur le cadran d'une horloge au centre. L'ombre qui en r&#233;sulte se r&#233;pand sur un fond qui repr&#233;sente des nuages et des sortes de constellations aux formes plut&#244;t v&#233;g&#233;tales qu'animales.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Le futur est d&#233;valid&#233;&lt;/i&gt;, Piepzna-Samarasinha traverse les temps du coronavalidisme, et s'efforce de tirer les le&#231;ons de ce qu'ielle d&#233;signe comme un &#171; &#233;v&#233;nement de d&#233;validation de masse &#187;, &#233;v&#233;nement aux cons&#233;quences bifides pour les visibilit&#233;s handies. D'un c&#244;t&#233;, la pand&#233;mie de Covid-19 est en effet un moment o&#249; &#171; le monde a &#233;t&#233; estropi&#233; &#187; (&lt;i&gt;the world has been cripped&lt;/i&gt;), chacun&#183;e &#233;tant conduite &#224; porter des masques, se d&#233;sinfecter, limiter ses d&#233;placements et ses contacts, prendre soin de ses proches et demander de l'aide. Mais de l'autre, Covidia International est aussi un moment o&#249; le caract&#232;re jetable des vies handies n'a jamais &#233;t&#233; aussi tristement palpable, un moment o&#249; les autorit&#233;s publiques du monde (se pr&#233;tendant rassurantes) peuvent tranquillement d&#233;clarer : &#171; tout va bien, seules les personnes avec des comorbidit&#233;s meurent &#187;, entendez : &#171; tout va bien [pour la soci&#233;t&#233; valide], seules les personnes [handies] meurent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mia Mingus, &#171; Nos mort&#183;es ne vous sont pas du&#183;es. Covid, supr&#233;matie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Piepzna-Samarasinha pense et lutte &#224; l'intersection des luttes antivalidistes, f&#233;ministes, antiracistes et &#233;cologiques, une intersection qui est de plus en plus sensible aux yeux du grand public du fait de la superposition m&#233;diatique des injustices m&#233;dicales, des violences polici&#232;res et des catastrophes climatiques. Face &#224; ces r&#233;alit&#233;s dont les images se m&#233;langent sur les &#233;crans du monde, ielle propose de d&#233;velopper des pratiques d'amour et de deuil au milieu des effondrements, d'un &#171; point de vie &#187;/point de vue &#224; l'intersection des exp&#233;riences &lt;i&gt;crip et femme-of-color&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Que se passe-t-il quand nous, les marges handies (pour paraphraser la magnifique et regrett&#233;e bell hooks) passons au centre ? Quand les normes multiples remplacent la norme unique ? Que serait ce monde si nous r&#233;ussissions &#224; le renverser de telle sorte que nul&#183;le ne soit plus soumis&#183;e &#224; l'eug&#233;nisme, aux pr&#233;suppos&#233;s valides de ce que devrait &#234;tre la normalit&#233;, l'intelligence, la productivit&#233;, la d&#233;sirabilit&#233; [&#8230;] ? Parce que, comme le dit Talila Lewis, &#8220;il n'y a pas besoin d'&#234;tre handi&#183;e pour faire l'exp&#233;rience du validisme&#8221; : le validisme contraint et r&#233;duit l'exp&#233;rience de chacun&#183;e d'entre nous ; il nous apprend &#224; avoir honte quand nous avons besoin d'aide, il nous inocule des id&#233;es limit&#233;es de ce qu'est l'intelligence, la valeur et de qui a droit &#224; une famille. Je pense ici avec Toni Morrison : &#8220;Je me tenais &#224; la fronti&#232;re, sur le bord. Et ce bord, j'en fis mon centre. J'en fis mon centre, et je laissai le reste du monde se d&#233;placer pour me rejoindre.&#8221; Quelle sorte de monde pourrions-nous faire alors ? Quels sont les mondes que nous faisons d&#233;j&#224; ? &#187; (p. 27-28)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du livre (&#171; Writing a Disabled Future &#187;) montre que s'il est n&#233;cessaire d'imaginer des &lt;i&gt;futurs&lt;/i&gt; d&#233;valid&#233;s, c'est qu'une capture majeure des vies handies par le validisme consiste &#224; en faire des synonymes d'une absence d'avenir. Comme Lee Edelman le faisait remarquer &#224; l'&#233;gard de la perception h&#233;t&#233;rosexiste des enfants queer par leurs parents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Lee Edelmann, Merde au futur. La th&#233;orie queer et la pulsion de mort, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les normes validistes emp&#234;chent d'imaginer que l'enfant handi&#183;e (ou l'adulte devenu&#183;e handicap&#233;&#183;e) puisse avoir un futur : on encourage les parents &#224; &#171; faire leur deuil &#187; alors que leur enfant est vivant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jim Sinclair, &#171; Ne nous pleurez pas &#187; [Our Voice, vol. 1(3), 1993], traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; on plaint l'accident&#233;&#183;e de la route dont &#171; la vie s'est arr&#234;t&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le remarque Alison Karfer au tout d&#233;but de &lt;i&gt;Feminist Queer Crip&lt;/i&gt; : &#171; Je n'ai jamais demand&#233; &#224; une diseuse de bonne aventure de me lire l'avenir. Personne n'a jamais consult&#233; des feuilles de th&#233; ni des &#233;toiles pour moi, et personne n'a jamais lu les paumes de mes mains. Mais cela fait des ann&#233;es que les gen&#183;te&#183;s ne cessent de pr&#233;dire mon avenir. Nul besoin de biscuits de fortune ou de cartes de tarot : mon fauteuil roulant, les cicatrices sur ma peau br&#251;l&#233;e, les n&#339;uds de mes mains leur disent apparemment tout ce qu'iels ont besoin de savoir. Mon futur est &#233;crit &#224; m&#234;me mon corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alison Kafer, Feminist Queer Crip, Indiana UP, 2013, p. 1&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Apprendre &#224; d&#233;dire les promesses ou les sombres avenirs qu'on croit lire sur le corps (ce morceau de mati&#232;re vu du dehors auquel on assigne un genre, une classe, une race, un &#226;ge, une capacit&#233;, d'un seul coup d'&#339;il, sans avoir &#224; y r&#233;fl&#233;chir, en une milliseconde), voil&#224; l'une des le&#231;ons puissamment invit&#233;es par les proph&#233;ties &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; de Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha, qui propose d'imaginer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; non pas juste un futur o&#249; les personnes handicap&#233;es ont le droit d'exister (du genre : ok, super, il y a un mec blanc en fauteuil, c'est beau la diversit&#233;), mais un futur profond&#233;ment d&#233;valid&#233; : un futur o&#249; les corps et les esprits handis, Sourds, Fous, neurodivergents sont &#224; la fois accept&#233;s sans autre forme de proc&#232;s comme appartenant au spectre des mani&#232;res humaines et animales d'exister, mais o&#249; nos cultures, nos savoirs, nos communaut&#233;s donnent sa forme au monde. &#192; quoi ressemblerait le futur si la majorit&#233; des genxtes &#233;taient handi&#183;es, neurodivergent&#183;es, Sourdxs ou Fol&#183;les ? &#192; quoi ressemblerait un monde radicalement inform&#233; par les savoirs, les cultures, les amours et les mani&#232;res handies de faire des liens ? A-t-on jamais essay&#233; d'imaginer un tel monde sur un mode qui ne serait ni de l'ordre du fantastique ou de l'horreur, ni de l'ordre du r&#233;cit &#233;difiant, mais sur le mode du r&#234;ve ? &#187; (p. 23)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons, pour la suite de cet article, quelques-unes des formes que ce r&#234;ve d'un futur d&#233;valid&#233; prend dans le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les futurs d&#233;valid&#233;s sont d'abord inscrits dans l'histoire longue des SF/sp&#233;culations f&#233;ministes de nombreux&#183;ses auteurices noir&#183;es et racis&#233;&#183;es. Piepzna-Samarasinha cite ainsi &#171; Octavia Butler, Larissa Lai, Nalo Hopkinson, Nnedi Okorafor, Rivers Solomon, Thirza Cuthand, the Metropolarity collective (Ras Mashramani, Alex Smith, Rasheedah Phillips, and M. T&#233;llez), et Cherie Dimaline, pour n'en nommer que quelques-unes &#187; (p. 30), autant d'auteurices qui mettent les pand&#233;mies, les transfections interesp&#232;ces, le handicap au centre de ce que cela pourrait vouloir dire que d'habiter sur une plan&#232;te bless&#233;e. De Lauren Olamina (la meneuse charismatique hyper-empathe et fibromyalgique d'une communaut&#233; religieuse dans &lt;i&gt;La parabole du semeur&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; La parabole des talents &lt;/i&gt; d'Octavia E. Butler) &#224; Onyeonswu (une survivante de viol qui utilise sa magie et ses talents de survivante pour reconstituer les clitoris excis&#233;s dans &lt;i&gt;Qui a peur de la mort ?&lt;/i&gt; de Nnedi Okarafor), tout un ensemble de figuration des savoir-survivre et de l'invention de vies au bord du monde valide pars&#232;ment ainsi ces romans, qui, au rebours de l'h&#233;ro&#239;sme individualiste, pr&#233;sente des formes de solidarit&#233;s collectives.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que, comme le dit Walidah Imarisha dans sa pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Octavia's Brood : Science Fiction Stories from Social Justice Movements&lt;/i&gt;, une anthologie SF justement d&#233;di&#233;e &#224; donner la plume aux militant&#183;es handies, queer et racis&#233;&#183;es : les vies noir&#183;es, brun&#183;es, trans* et crip d'aujourd'hui sont elles-m&#234;mes des sciences-fictions : &#171; nos anc&#234;tres nous ont r&#234;v&#233;&#183;es et iels ont chang&#233; la r&#233;alit&#233; pour nous rendre possibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walidah Imarisha, &#171; Introduction &#187; &#224; Octavia's Brood : Science Fiction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Et c'est pourquoi il est essentiel de d&#233;velopper des espaces de pratique pour r&#234;ver et d&#233;crire ensemble les futurs d&#233;valid&#233;s qui nourrissent nos actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second r&#234;ve actif que renomme &lt;i&gt;The Future Is Disabled&lt;/i&gt; s'inscrit dans la continuit&#233; de &lt;i&gt;Care Work&lt;/i&gt; : c'est celui des pratiques d'entraide et d'interd&#233;pendances crip. Piepzna-Samarasinha d&#233;taille avec pr&#233;cision la mani&#232;re dont l'entraide crip permet de sortir du mod&#232;le caritatif, o&#249; les handi&#183;es sont, au mieux, r&#233;duit&#183;es &#224; des &#171; objets de soin &#187; qui re&#231;oivent l'aide des valides, et au pire, enti&#232;rement rel&#233;gu&#233;&#183;es hors de la soci&#233;t&#233; valide.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre un &#171; objet de soin &#187; de la soci&#233;t&#233; valide, cela veut dire souvent devoir &#171; performer &#187; le fait d'&#234;tre de &#171; bon&#183;nes &#187; handicap&#233;&#183;es, de se limiter &#224; ne demander que ce qui concerne le fonctionnel. &#202;tre un &#171; objet de soin &#187; des valides, c'est aussi devoir m&#233;dier leurs &#171; paniques &#187; quand iels ne savent pas comment g&#233;rer la mani&#232;re dont les rythmes crip distordent leurs projets. Dans tous les cas, dans le paradigme caritatif-m&#233;dical, les personnes handies sont structurellement priv&#233;&#183;es d'&#234;tre envisag&#233;&#183;es comme des membres actif&#183;ves d'une communaut&#233; capable de solidarit&#233;. &#171; Il n'y a pas de communaut&#233; handie ici &#187; (p. 106) : une phrase que non seulement les valides, mais aussi les crip, encourag&#233;&#183;es &#224; masquer leur handicap ou &#224; ne pas sortir de chez elleux, sont souvent amen&#233;&#183;es &#224; prononcer, les coupant de soins communautaires et de solidarit&#233;s moins asym&#233;triques que celles parfois d&#233;ploy&#233;es par la soci&#233;t&#233; validiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'activiste crip Zig Blanquer a propos&#233; de remarquables r&#233;flexions sur la mani&#232;re dont les d&#233;pendances handies fonctionnent et les formes d'autonomies qui peuvent s'inventer &#224; l'int&#233;rieur de ces d&#233;pendances. Dans &#171; Fait mains &#187;, il pense notamment les implications somatiques, haptiques et politiques d'&#234;tre entour&#233; d'aidant&#183;es valides et la multiplication des organes &#224; sentir qui en r&#233;sulte, &#171; d'o&#249; il devient indiscernable au bout d'un certain temps, de vouloir d&#233;finir une propri&#233;t&#233; du geste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zig Blanquer, &#171; Fait mains &#187;, Jeff Klak, n&#176; 4, 2017, repris dans Nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Et Blanquer souligne comment la pr&#233;carisation des travailleureuses du soin et l'absence d'autonomie des personnes handicap&#233;es &#224; choisir leurs aidant&#183;es donnent forme &#224; cette d&#233;pendance : &#171; De plus en plus, ces derni&#232;res ann&#233;es, des mains d'organismes institutionnels par procuration en viennent jusqu'&#224; me toucher. Elles m'atteignent par l'entremise d'une main d'&#339;uvre oblig&#233;e par p&#244;le emploi, mains d'inadvertances int&#233;rimaires, mains bien trop menott&#233;es &#224; leur propre survie pr&#233;caris&#233;e. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; rebours de cette impuissance institu&#233;e et en direction de formes d'interd&#233;pendances moins unilat&#233;rales, l'entraide handie que pointe Piepzna-Samarasinha agit &#224; un niveau local, presque-invisible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nos soins et notre compassion fleurissent aux creux de brefs instants de complicit&#233; crip. [...] L'espace crip est (souvent) un petit espace. Et la petitesse est parfois plus agile et plus agissante ; &#231;a tombe bien, c'est l'&#233;chelle &#224; laquelle existent les r&#233;seaux crip o&#249; notre confiance se construit. [&#8230;] Souvent, le genre de truc qu'on fait, c'est : un groupe de trois personnes qui prennent des nouvelles les unes des autres. Il y a quelques ann&#233;es, j'ai des ami&#183;es de Seattle qui ont cr&#233;&#233; un groupe Kripsignal sur Signal. On l'utilise pour prendre des nouvelles quand il y a des &#233;v&#233;nements climatiques, des incendies, des chutes de neige, et pour trouver des mani&#232;res de se venir en aide. [&#8230;] Avec l'entraide handie, ce qu'on fait pour se venir en aide n'emprunte pas aux tropes dramatiques du genre &#8220;venir &#224; la rescousse des malheureux&#8221;. Notre entraide est pr&#233;ventive, ordinaire, pleine d'amour. Notre entraide, c'est une mani&#232;re handie de percevoir et de prendre soin les unes des autres. &#187; (p. 65-66)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article d&#233;j&#224; vieux de dix ans, Mia Mingus avait d&#233;taill&#233; avec pr&#233;cision ce qu'elle appelait alors l'&#171; intimit&#233; d'acc&#232;s &#187; (&lt;i&gt;access intimacy&lt;/i&gt;) : le sentiment particulier que tu ressens quand quelqu'un&#183;e d'autre semble comprendre tes besoins en termes d'accessibilit&#233; (tu aurais besoin que les lumi&#232;res soient moins fortes, ou de faire une pause pour reprendre ton souffle, ou de quelqu'un&#183;e pour t'accompagner aux toilettes&#8230;). Or, ajoute Piepzna-Samarasinha, cette &#171; intimit&#233; d'acc&#232;s &#187; s'entra&#238;ne : ce n'est pas un talent inn&#233;, ce n'est pas quelque chose que tu acquiers seulement du fait d'avoir toi aussi travers&#233; des moments crip similaires ; c'est une forme d'attention qui s'apprend et qui ne cesse de s'apprendre, et qui est au c&#339;ur des mutualismes handis. Pr&#233;parer le futur exige de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me lieu des r&#234;ves d&#233;valid&#233;s est form&#233; par les pratiques artistiques et par l'&#233;criture qui jouent un r&#244;le dans le d&#233;veloppement de formes d'attention mutualistes. C'est l'objet de la deuxi&#232;me section du livre, &#171; Les histoires qui nous maintiennent en vie : les arts et la justice handie &#187;, o&#249; Piepzna-Samarasinha s'int&#233;resse notamment &#224; un &#233;v&#233;nement artistique pr&#233;-pand&#233;mie organis&#233; au Whitney Museum en 2019, &lt;i&gt;I wanna be with you everywhere&lt;/i&gt; (IWBWYE), une s&#233;rie de performances auquel l'auteurice participe aux c&#244;t&#233;s d'autres artistes handies comme Eli Clare, John Lee Clark, Kayla Hamilton, Johanna Hedva, Jerron Herman, Cyr&#233;e Jarelle Johnson, Camisha L. Jones, Jordan Lord, NEVE, et Alice Sheppard (soit une vaste majorit&#233; d'artistes crip Noir&#183;es, racis&#233;&#183;es, queer et trans*).&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;fl&#233;chissant &#224; la n&#233;cessit&#233; d'inventer des mani&#232;res de faire de l'art qui soient soucieuses des dynamiques d'accessibilit&#233; (sous-titrage, langage des signes, lits et autres si&#232;ges alternatifs &#224; la chaise, ajustement des lumi&#232;res, pauses fr&#233;quentes entre les performances, etc.), Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha pense aussi &#224; la question de ce que cela impliquerait de faire des archives crip de l'art. Ielle se commet ainsi &#224; renommer les artistes et les &#233;crivaines racis&#233;&#183;es qui, sans utiliser le mot de handi ou de crip, ont centr&#233; leurs travaux sur l'exp&#233;rience du handicap : d'Audre Lorde, &#171; lesbienne Noire po&#233;tesse guerri&#232;re et m&#232;re, aveugle (au sens l&#233;gal) et vivant avec le cancer, dont le travail brille des savoirs qu'elle a su collecter en vivant avec une diff&#233;rence corporelle et en ayant &#224; se battre contre le complexe m&#233;dico-industriel &#187;, &#224; Gloria Anzald&#250;a, &#171; maestra queer latinx qui a eu ses premi&#232;res r&#232;gles &#224; trois ans et qui v&#233;cut avec des diff&#233;rences corporelles et reprog&#233;nitales &#187;, &#224; Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera, &#224; Chrystos et Sapphire, pour qui le travail de &#171; rendre visible le handicap dans leur vie et dans leur &#339;uvre reste &#224; faire, m&#234;me si elles n'utilisaient pas ce concept, en partie en raison de la blanchit&#233; du mouvement pour les droits civiques handis &#224; l'&#233;poque &#187; (p. 201-202). En soulevant des questions de bibliographie, Piepzna-Saramasinha soul&#232;ve plus que des questions d'histoire de la litt&#233;rature : ce qui est aussi en jeu, c'est l'existence de sections &#171; &#233;tudes handies &#187; dans les librairies et les biblioth&#232;ques, et la possibilit&#233; de trouver des ressources autrement brutalement &#233;parpill&#233;es entre les sections &#171; sant&#233; &#187;, &#171; biographie &#187;, &#171; t&#233;moignage &#187;, &#171; f&#233;minisme &#187;, &#171; activisme &#187;, offrant l'image trompeuse d'une culture inexistante. Soi disant, encore : &#171; il n'y a pas de communaut&#233; handie ici &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En renommant les &#171; histoires qui nous maintiennent en vie &#187;, Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha fait ainsi &#339;uvre de &#171; doula crip &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; un terme cr&#233;&#233; par la militante pour la justice handie Stacey Park Milbern pour d&#233;crire les mani&#232;res dont les personnes handicap&#233;es soutiennent/font office de mentor pour les personnes nouvellement handicap&#233;es dans leur apprentissage des savoir-faire handis (comment vivre avec un tr&#232;s petit nombre de cuillers, utiliser son fauteuil roulant, avoir du sexe/red&#233;finir la sexualit&#233;). Une doula soutient les personnes qui font le travail de donner naissance ; une doula crip est une personne handie qui soutient une autre personne handie qui fait le travail de devenir handicap&#233;e (ou diff&#233;remment capable) et de r&#234;ver une nouvelle vie/un nouveau monde handis. Voil&#224; une mani&#232;re collective bien handie Noire et brune de faire le travail. &#187; (p. 22)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'assurer qu'il y ait des histoires &#224; raconter, qu'il y ait des mani&#232;res de se dire autrement que sous l'angle de la soci&#233;t&#233; valide, voil&#224; ce que permet la po&#233;sie handie, et le travail de la rehausser sur nos rayons de biblioth&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soin, le deuil, l'accompagnement, l'entraide, les savoirs handis, oui, mais pas sans l'amour ni l'&#233;rotique. C'est sur la &#171; Joie sauvage des estropi&#233;&#183;es : un activisme du plaisir handi &#187; que se presque-termine le livre, un chapitre o&#249; Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha reprend et &#233;largit la contribution qu'iel avait d&#233;j&#224; livr&#233;e &#224; l'anthologie &lt;i&gt;Pleasure Activism. The Politics of Feeling Good &lt;/i&gt; d'adrienne maree brown. Paru en 2019, &lt;i&gt;Pleasure Activism&lt;/i&gt; rassemblait des &#233;crits d'activistes f&#233;ministes Noir&#183;es et racis&#233;&#183;es autour des pratiques de plaisir et de joies militantes : un certain refus de sacrifier le pr&#233;sent dans lequel on vit aux futurs auxquels on r&#234;ve ; une certaine insistance &#224; habiter l'&lt;i&gt;Eros&lt;/i&gt; de la lutte et du soin que nous nous y pouvons apporter les unes aux autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Offrant une lecture crip de l'activisme du plaisir, Piepzna-Samarasinha soul&#232;ve les critiques de certain&#183;es ami&#183;es marxistes &#224; l'&#233;gard de l'usage individualiste du concept de plaisir militant, o&#249; &#171; le bien &#234;tre individuel et l'h&#233;donisme sont mis en avant au milieu d'un monde en flammes, et en l'absence de toute analyse de classe quant &#224; qui a la possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; certains plaisirs, et comment se d&#233;finit le plaisir en fonction de ce qu'il co&#251;te &#187; (p. 308). Pour autant, ielle se refuse &#224; laisser le plaisir, l'&#233;rotique, l'art de se reposer et de prendre soin de soi au capitalisme extractiviste et aux rayons bien-&#234;tre des grandes surfaces. Et ielle insiste pour qu'on n'oublie pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; les siesteuses originelles, &#224; savoir : les personnes handies, y compris un paquet de personnes handicap&#233;es pauvres, et en particulier les personnes handies qui avons des corps qui ne nous laissent pas d'autre choix que de nous reposer massivement, surtout si nous sommes pauvres. &#187; (p. 309)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir s'organiser pour trouver des minutes de repos dans une journ&#233;e parce que de toute fa&#231;on, on ne pourrait pas en faire plus, voil&#224; un art bien handi qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec les power naps des grandes entreprises, et qui est plut&#244;t une mani&#232;re de faire insister, dans le monde, autre chose que les rythmes du productivisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oser avoir une &#233;rotique handie &#187; n'est pas la chose la plus facile quand le biopouvoir qui s'exerce sur ton corps ne vise qu'&#224; r&#233;parer sa &#171; fonctionnalit&#233; &#187; et ne juge toute ornementation, tout plaisir, toute esth&#233;tique que comme un luxe. &#171; Qu'on pense &#224; la laideur de la plupart des &#233;quipements m&#233;dicaux &#8211; et comment, jusqu'&#224; r&#233;cemment, la plupart des proth&#232;ses et des dispositifs d'assistance n'&#233;taient propos&#233;es que dans des teintes de peau claires, ou se limitait &#224; leur fonctionnalit&#233;, jamais pens&#233;e pour &#234;tre belles. &#187; (p. 312) Comme l'ont montr&#233; Paul B. Preciado (dans &lt;i&gt;Le manifeste contrasexuel&lt;/i&gt;) et Gayle Rubin (dans &lt;i&gt;Surveiller et jouir&lt;/i&gt;), de nombreuses pratiques cuir, en particulier les pratiques BDSM, proviennent d'un r&#233;investissement des proth&#232;ses et des dispositifs m&#233;dicaux utilis&#233;s pour &#171; soigner &#187; ou &#171; corriger &#187; les d&#233;viances sexuelles : du godemichet employ&#233; par les m&#233;decins pour soigner les femmes hyst&#233;riques (cens&#233;ment en manque de sexe) en les p&#233;n&#233;trant &#171; m&#233;dicalement &#187;, aux seringues et aux restrictions employ&#233;es dans les asiles psychiatriques, tout un ensemble de mani&#232;res d&#233;viantes de faire du sexe consiste &#224; se r&#233;approprier des dispositifs crip.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#171; l'&#233;rotique handie &#187;, c'est aussi des types de plaisir moins &#233;videmment li&#233;s &#224; la sexualit&#233; valide et &#224; ses jeux avec le m&#233;dical. Comme l'&#233;crit C. K. Kaufman (cit&#233;e p. 312) &#224; propos de la mani&#232;re dont la pand&#233;mie de Covid-19 a contribu&#233; &#224; red&#233;finir sa sexualit&#233; crip :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#231;a ressemble &#224; des dynamiques kink qui se d&#233;veloppent au long de messages audios, et de textes, et d'une tonne d'images de moi nue.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; rompre avec mon amoureux au printemps 2021 quand il a d&#233;cid&#233; de sortir en bo&#238;te plut&#244;t que de prendre soin de ma s&#233;curit&#233;/de mes besoins.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; lutter pour &#233;crire des recensions de sex toys parce qu'on n'est pas d'humeur &#224; les essayer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; ne pas savoir quand je vais pouvoir me lover dans les bras d'une amie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; lire des nouvelles &#233;rotiques &#224; mes ami&#183;es au t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; prendre soin de moi et de ma peau autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; faire ressortir et sentir la profondeur des effets de la violence sexuelle et du traumatisme dans mon corps, et essayer de savoir ce dont j'ai besoin pour lutter contre la douleur qu'elles renferment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble au travail d'ind&#233;finir et de red&#233;finir ma sexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a ressemble &#224; faire des d&#233;tours avec mon fauteuil pour que les feuilles de ma plante d'appartement me caressent la joue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le m&#234;me sens, Zig Blanquer adressait en 2006 une lettre ouverte au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criper l'&#233;rotique dans ce sens, c'est certes &#233;rotiser les corps crip, comme la collective de performeureuses handies queer et racis&#233;&#183;es Sins Invalid le fait depuis 2005, avec son esth&#233;tique camp, ses couleurs pimpantes et son &#233;rotique genderqueer ultraf&#232;m, arm&#233;e du slogan : An &lt;i&gt;Unashamed Claim to Beauty in the Face of Invisibility&lt;/i&gt;, &#171; Sans honte, la revendication de la beaut&#233; face &#224; l'invisibilit&#233; &#187;. Mais c'est aussi s'engager &#171; au-del&#224; d'une politique de la d&#233;sirabilit&#233; &#187;, comme le dit Mia Mingus dans &#171; Vers le moche &#187;, et refuser la validation des normes validistes de beaut&#233;. &#171; La soci&#233;t&#233; veut nous &#8220;int&#233;grer&#8221;, et pour cela elle nous demande de ne pas attirer l'attention sur nous. Mais que se passe-t-il si nous r&#233;sistons &#224; ce d&#233;sir de la soci&#233;t&#233; de nous rendre invisibles ? Que se passe-t-il si, en changeant nos mani&#232;res d'y appara&#238;tre, nous refusons collectivement son assimilation ? &#187; (cit&#233; p. 319)&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;pondant &#224; cet appel, Piepzna-Samarasinha conclut le chapitre d&#233;di&#233; &#224; l'activisme du plaisir handi sur ce qu'ielle appelle &#171; l'&#233;rotique du d&#233;camouflage &#187; (&lt;i&gt;erotics of unmasking&lt;/i&gt;) : une invitation &#224; consid&#233;rer ce qui se passe quand tu ne te sens plus forc&#233;e de &#171; masquer &#187; tes tocs, tes stims, les bouts de toi que la soci&#233;t&#233; valide ne veut pas voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Notre activisme du plaisir crip est un poing dans la face de toustes celleux qui disent que nous ne m&#233;ritons que l'utilit&#233;, s&#233;curis&#233;es dans une institution, munies des v&#234;tements les plus basiques, mais jamais l'euphorie de genre, qui veulent bien notre survie, mais pas nos plaisirs. Nous cr&#233;ons des mouvements et nous imaginons des futurs &#224; partir de nos &#233;rotiques handies et neurodiverses &#8211; des &#233;rotiques pleines non seulement de survie, mais aussi remplies de plaisirs et de joies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail d'imaginer un futur radicalement d&#233;valid&#233; doit &#234;tre guid&#233; par cette joie sauvagement handie que nous inventons quand nous nous battons pour le pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre &#233;rotique handie est puissante. &#187; (p. 326)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;l&#233;brant les mani&#232;res pas-droites d'&#234;tre et de vivre ensemble, le livre de Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha d&#233;niche dans les ruines du capitalisme, au creux de ses syst&#232;mes de mort, des formes vies &#171; sauvagement handies &#187; dont nous avons toustes, habitantes d'une Terra en voie d'&#233;puisement, urgemment besoin d'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;EMMA BIG&#201;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Handicap&#233;s m&#233;chants&lt;/i&gt;, n&#176; 1, 1974, p. 1 ; &lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archivesautonomies.org/spip.php?article9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N'&#233;tant moi-m&#234;me pas tr&#232;s habitu&#233;e du genre de l'autoth&#233;orie, je peux cependant dire ceci pour me situer : malgr&#233;, apparemment, les efforts les plus anciens (je croisais d&#233;j&#224; les jambes pour cacher mon sexe &#224; l'&#233;chographie, si bien qu'on s'attendait &#224; voir d&#233;barquer une &#171; petite fille &#187;), on m'a assign&#233;e &#8211; et convaincue l'essentiel de mon existence que j'aurais tout int&#233;r&#234;t &#8211; &#224; devenir un cismecblanch&#233;t&#233;robourgeoisvalide, ce que Sylvia Wynter a appel&#233; &#171; Homme1 &#187;. &#192; force de d&#233;sidentifications et de transitions de diff&#233;rentes sortes, et passant de moins en moins pour Homme1, (bien que toujours b&#233;n&#233;ficiant de certains avantages de la blanchit&#233;), je me demande ce que la cat&#233;gorie d'&#171; affection longue dur&#233;e &#187; (sp&#233;cifiquement l'&#171; ALD 31 Transidentit&#233; &#187; qui autorise au remboursement des hormones et de l'&#233;pilation au laser) peut faire &#224; ma suppos&#233;e validit&#233;. Et je me demande aussi, avec Eva Hayward et Jasbir K. Puar, quelles alliances trans/crip sont susceptibles de m'apprendre davantage &#224; moins me fantasmer comme valide, ou alors seulement par intermittence &#8211; et de toute fa&#231;on, pas pour tr&#232;s longtemps (puisque bient&#244;t, la s&#233;nescence de mes cellules me fera bien voir que la norme de sant&#233; qui s'associe &#224; ma jeunesse n'est qu'un manque d'imagination &#226;giste). J'h&#233;site et je crains d'endosser une d&#233;signation (handie, estropi&#233;e, folle) qui me para&#238;t requ&#233;rir quelque chose de &#171; grave &#187; ou de plus impactant que ma d&#233;sidentit&#233; de genre, ma neurowyrdness, mes hyperacousies, ma musicophobie, mon empathie exag&#233;r&#233;e pour les affects des autres, mon incapacit&#233; &#224; rester en place sur une chaise ; et je me rends compte que ce qui m'emp&#234;che de me reconna&#238;tre comme crip est pr&#233;cis&#233;ment ce que les th&#233;oricien&#183;nes crip d&#233;crivent comme une repr&#233;sentation validiste du handicap : l'id&#233;e que le handicap serait l'envers de la vie ordinaire ; qu'handiE, estropie&#233; ou fol&#183;le, on ne pourrait pas rayonner d'une vie, d'un milieu, d'un monde complet. Alors, face &#224; ces questions, tout ce que je peux dire, c'est que je me sens concern&#233;e par, conspirant avec, et complice de tout ce qui vise &#224; &lt;i&gt;invalider/d&#233;valider&lt;/i&gt; l'id&#233;e qu'il n'y aurait qu'une seule mani&#232;re d'&#234;tre compl&#232;tes, tout ce qui vise &#224; nous apprendre, au contraire, que nous sommes toustes (nous, habitant&#183;es de Terra) bien plus incompl&#232;tes que l'individualisme m&#233;thodique du capitalisme ne veut nous forcer &#224; le croire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arachn&#233; Rae, &#171; Open letter to disabled lesbians &#187;, Off Our Backs, vol. 11(5), 1986, p. 39, cit&#233;e in Adrien Primerano, &#171; L'&#233;mergence des concepts de &#8220;capacitisme&#8221; et de &#8220;validisme&#8221; dans l'espace francophone. Entre monde universitaire et monde militant &#187;, &lt;i&gt;Alter. European Journal of Disability Research&lt;/i&gt;, vol. 2, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/lire.php?id_article=184&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/lire.php?id_article=184&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Talila A. Lewis, &#171; Working Definition of Ableism &#187;, janvier 2022 ; &lt;a href=&#034;https://www.talilalewis.com/blog/working-definition-of-ableism-january-2022-update&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.talilalewis.com/blog/working-definition-of-ableism-january-2022-update&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loree Erickson, &#171; Revealing femmegimp &#187;, &lt;i&gt;Atlantis&lt;/i&gt;, vol. 31/2, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la notion de justice handie, cf. &lt;a href=&#034;https://www.sinsinvalid.org/blog/10-principles-of-disability-justice&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinsinvalid.org/blog/10-principles-of-disability-justice&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mia Mingus, &#171; Nos mort&#183;es ne vous sont pas du&#183;es. Covid, supr&#233;matie validiste et interd&#233;pendance &#187;, traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Unai Aranceta et Elvina Le Poul, &lt;i&gt;Jeff Klak&lt;/i&gt;, 3 f&#233;vrier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Lee Edelmann, &lt;i&gt;Merde au futur. La th&#233;orie queer et la pulsion de mort&lt;/i&gt;, EPEL, 2016 ; et l&#224;-dessus, Diva, &#171; La structure du queer &#187;, &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, #18, 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jim Sinclair, &#171; Ne nous pleurez pas &#187; [&lt;i&gt;Our Voice&lt;/i&gt;, vol. 1(3), 1993], traduit de l'anglais (Canada) sur asperansa.org. Merci &#224; Ana&#239;s Ghedini pour cette r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alison Kafer, &lt;i&gt;Feminist Queer Crip&lt;/i&gt;, Indiana UP, 2013, p. 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walidah Imarisha, &#171; Introduction &#187; &#224; &lt;i&gt;Octavia's Brood : Science Fiction Stories from Social Justice Movements&lt;/i&gt;, dirig&#233; par Walidah Imarisha and adrienne maree brown, Chico, AK Press, 2015, p. 3-5 : &#171; L'activisme est une science-fiction. Les militant&#183;es d&#233;dient leurs vies &#224; cr&#233;er et &#224; envisager un autre monde, ou une multitude d'autres mondes. [&#8230;] Et pour celleux d'entre nous qui appartenons &#224; des communaut&#233;s traumatis&#233;es par des si&#232;cles d'histoires collectives, nous devons comprendre que nous sommes d&#233;j&#224;, chacune d'entre nous, des sciences-fictions en chair et en os. Nos anc&#234;tres nous ont r&#234;v&#233;&#183;es et iels ont chang&#233; la r&#233;alit&#233; pour nous rendre possibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zig Blanquer, &#171; Fait mains &#187;, &lt;i&gt;Jeff Klak&lt;/i&gt;, n&#176; 4, 2017, repris dans &lt;i&gt;Nos existences handies&lt;/i&gt;, Nantes, Monstrograph, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le m&#234;me sens, Zig Blanquer adressait en 2006 une lettre ouverte au journal &lt;i&gt;Gendertrouble&lt;/i&gt; pour montrer le validisme &#224; l'&#339;uvre qui insiste &#224; l'int&#233;rieur de certains imaginaires de la d&#233;viance queer &#8211; toute une &#171; gestuelle non-dite, d'&#233;vidence conforme &#187; qui n'est &#171; questionn&#233;e nulle part dans ce que j'ai pu lire de vous-m&#234;me qui pr&#233;tendez justement d&#233;construire la pratique de vos corps et vos d&#233;sirs. &#187; Critiquant notamment les mod&#232;les valides de certains empouvoirements queer (la masturbation comme repr&#233;sentation d'une autonomie sexuelle r&#233;ussie, la sexualit&#233; toride &#171; dans tous les sens &#187;, la backroom en bas des marches&#8230;), Zig Blanquer insiste pour penser une sexualit&#233; queer/crip moins prisonni&#232;re de l'imaginaire qui se satisfait de l'inversion (des genres), de l'intensification (des actes), ou de la multiplication (des partenaires), formes qui, pour &#171; d&#233;constructrices &#187; qu'elles puissent &#234;tre, tombent dans l'&#233;cueil d'un renversement oppositionnel du normatif qui ne fait que le reproduire : &#171; moi et mon corps handi, immobile et ultrasensible de plaisirs &amp; de douleurs, on n'a pas grand chose &#224; d&#233;construire ; parce que cette soci&#233;t&#233; est architectur&#233;e pour les valides, configur&#233;e pour leurs corps efficaces, cadenc&#233;e pour leurs mouvements &#233;quilibr&#233;s, accessibilis&#233;e pour leurs rencontres et contacts, organis&#233;e pour leurs plaisirs. mes fists n'ont rien &#224; y &#233;/branler. &#187; (Zig Blanquer, &#171; Vos d&#233;sirs sont des &#233;chos ou des &#233;gos &#187;, &lt;i&gt;Gendertrouble&lt;/i&gt;, 26 mai 2006.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trans*itude de la noirceur, noirceur de la trans*itude &#8212; Marquis Bey </title>
		<link>https://trounoir.org/Trans-itude-de-la-noirceur-noirceur-de-la-trans-itude-Marquis-Bey</link>
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		<dc:date>2022-11-16T09:27:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Marquis Bey</dc:subject>
		<dc:subject>afropessimisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; un mouvement improvis&#233; de d&#233;doublement, une annonce fugitive, dans et &#224; contre-courant du monde &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transgenre-+" rel="tag"&gt;Transidentit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Marquis-Bey-+" rel="tag"&gt;Marquis Bey&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-afropessimisme-+" rel="tag"&gt;afropessimisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/image_emma_-_copie.png?1731403060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marquis Bey est l&#230; jeune auteurice d'une &#339;uvre prolifique &#224; l'articulation de l'&#233;tude noire et du trans*f&#233;minisme. Cette ann&#233;e, iel fait para&#238;tre &lt;i&gt;Cistem Failure&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Black Trans Feminism (Duke University Press, 2022)&lt;/i&gt;, deux investigations qui s'&#233;lancent dans les suites de l'anarcha-f&#233;minisme noir d'&lt;i&gt;AnarchoBlackness (AK Press, 2020)&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Them Goon Rules : Fugitive Essays on Radical Black Feminism (University of Arizona Press, 2019)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Trans*itude de la noirceur, noirceur de la trans*itude &#187; (TSQ, 2017), il est question de fugitivit&#233;, de refus des cat&#233;gories, de force po&#233;tique : autant de noms qui sont donn&#233;s &#224; la mise en &#233;chec des syst&#232;mes de classifications de race et de genre, luttes au c&#339;ur desquelles son travail philosophique nous invite &#224; faire alliances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;lude [de la traductrice]&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment rester au bord de la langue et de sa puissance d'identification, de sa tendance &#224; enserrer le mouvement dans des cat&#233;gories ? Dans cet essai&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;The Trans*-Ness of Blackness, the Blackness of Trans*-Ness.&#8221; TSQ : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l&#230; philosophe Marquis Bey propose de penser les concepts de noirceur et de trans*itude &#224; partir de ce qu'iel appelle leur &#171; force po&#233;tique &#187; et leur exc&#232;s, plut&#244;t qu'&#224; partir des corps que l'on dit noirs ou trans*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, il est question, dans ce texte, des corps et des vies noires et trans*, ainsi que des luttes men&#233;es depuis l'exp&#233;rience de se voir attribuer ces cat&#233;gories ou de s'identifier &#224; elles. Mais &#224; titre de pratique philosophique, il s'agit aussi de parler depuis un fonds qui pr&#233;c&#232;de le moment o&#249; &#171; trans* &#187; et &#171; noir&#183;e &#187; viennent &#234;tre d&#233;pos&#233;s adjectivalement sur des corps, sur des vies, et sur des communaut&#233;s, pour se demander ce que ces concepts signalent qui d&#233;borde tout d&#233;sir d'identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, Marquis Bey compose son texte de nombreuses voix, encore peu audibles en langue fran&#231;aise. Voix du po&#232;te et philosophe de la tradition radicale noire Fred Moten et voix de la th&#233;oricienne f&#233;ministe noire Hortense Spillers, voix de la philosophe trans*&#233;cologiste Eva Hayward, voix du th&#233;oricien culturel sp&#233;cialiste des histoires trans* noires C. Riley Snorton, et bien d'autres voix encore qui sont remani&#233;es, coup&#233;es, coll&#233;es, rythm&#233;es dans une langue &#171; magnifiquement tortueuse &#187; (comme Marquis Bey le dit de la po&#233;sie de Moten). L'op&#233;ration est, pour reprendre le mot du philosophe du marronnage D&#233;n&#232;tem Touam Bona, une op&#233;ration de &lt;i&gt;lyannaj&lt;/i&gt; : un entretissage de textes, la production d'une esth&#233;tique du feuillage &#233;pais qu'on traverse et qui vous encercle sans cesse, vous d&#233;soriente et simultan&#233;ment vous soutient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;criture fournit, en elle-m&#234;me, une clef pour comprendre ce que Bey c&#233;l&#232;bre dans la noirceur et dans la trans*itude (et dans la trans*itude de la noirceur et dans la noirceur de la trans*itude), &#224; savoir : une certaine qualit&#233; &#171; para-ontologique &#187; et fugitive, une certaine mani&#232;re d'&#234;tre &#224; c&#244;t&#233;, en dessous, en fuite ou en fugue vis-&#224;-vis de &#171; l'ontologie &#187; (c'est-&#224;-dire : vis-&#224;-vis de toute &#171; th&#233;orie de l'&#234;tre &#187;, vis-&#224;-vis de toute th&#233;orie qui veut qu'il y ait des &#234;tres, plut&#244;t que des mouvements ou des devenirs). Ainsi trans*itude et noirceur se disent d'un certain savoir-rester-en-mouvement hors-la-loi, un certain savoir-bouger anarchique ou anarchiste, qui sait s'opposer ou s'apposer aux d&#233;sirs qu'a l'ontologie h&#233;g&#233;monique d'avoir en face d'elle des &lt;i&gt;&#234;tres&lt;/i&gt; identifiables et classables : une mobilit&#233; sinueuse et un refus de la fixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de Marquis Bey est une &#233;trange cr&#233;ature litt&#233;raire, soutenue par une rare puissance d'abstraction, mais d'une abstraction qui n'est pas &#224; comprendre comme une volont&#233; de prise de distance &#224; l'&#233;gard des exp&#233;riences incarn&#233;es et concr&#232;tes. Au contraire, comme le dit Bey : la particularit&#233; de penser avec la noirceur et avec la trans*itude, c'est que m&#234;me si ces concepts ne font pas univoquement r&#233;f&#233;rence aux corps qu'on dit noirs et trans*, du moins leur avantage est que, contrairement &#224; la plupart des concepts philosophiques, ils ne font pas dispara&#238;tre ces corps. Autrement dit, trans*itude et noirceur, contrairement &#224; d'autres concepts philosophiques plus habituels et moins marqu&#233;s, ne font pas comme si les vies noires et trans* n'existaient pas ; ils font qu'on ne peut pas raisonner, qu'on ne peut pas penser sans penser &#224; elles. L'abstraction (le suffixe -&lt;i&gt;it&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ude&lt;/i&gt; de trans*itude, et le suffixe &lt;i&gt;-eur&lt;/i&gt; de noirceur) est en fait, elle-m&#234;me, une strat&#233;gie fugitive : une mani&#232;re de rester dans un espace liminaire et hors-la-loi, o&#249; l'exp&#233;rience qui est d&#233;crite est infiniment plus vaste et plus multiple et plus complexe et plus d&#233;sordonn&#233;e que tout ce que la m&#233;trique de l'administration voudrait contraindre sur les corps dits et point&#233;s comme noirs et trans*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; NOUS SOMMES DU PASS&#201;, PAS DU FUTUR &#187;, dit un po&#232;me de la performeuse trans*f&#233;ministe Odete. La strat&#233;gie philosophique de Marquis Bey est d'aller un pas plus loin et de dire que la noirceur et la trans*itude ont quelque chose d'&lt;i&gt;anoriginaire &lt;/i&gt; : quelque chose qui pr&#233;c&#232;de tout commencement (an-archique en un deuxi&#232;me sens donc : non seulement sans commandement, &#171; hors-la-loi &#187;, mais aussi et de mani&#232;re indissolublement li&#233;e, sans commencement, &#171; anoriginaire &#187;). Ce que signifie l'anoriginarit&#233;, c'est que m&#234;me si des corps ont commenc&#233; &#224; &#234;tre dits noirs &#224; un certain moment dans le temps (qu'on peut faire commencer avec la traite atlantique et la modernit&#233;/colonialit&#233;, et qui se prolonge dans ce que Saidiya Hartman a appel&#233; &lt;i&gt;the afterlife of slavery&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire la &#171; vie apr&#232;s la mort &#187; et la &#171; survivance &#187; de l'esclavage), et m&#234;me si des corps ont commenc&#233; &#224; &#234;tre dits transsexuels, puis transgenres, puis trans* &#224; d'autres moments (qu'on peut faire commencer au XXe si&#232;cle, avec la chirurgie reconstructive issue de la Premi&#232;re Guerre mondiale, les traitements hormonaux d&#233;velopp&#233;s apr&#232;s la Seconde, puis le mouvement transgenre qui a pris corps au cours de la pand&#233;mie de sida), bref, m&#234;me si des corps commencent &#224; &#234;tre nomm&#233;s trans* et noirs en raison de certains faits historiques, il n'en reste pas moins que trans*itude et noirceur pr&#233;existaient &#224; ces d&#233;nominations, et qu'elles continuent d'exc&#233;der, de d&#233;border ce qui en est dit dans le contexte du capitalisme racial et ce que le discours en capture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orient&#233; par des philosophies anarchistes et f&#233;ministes noires, Bey propose &#224; la trans*itude et &#224; la noirceur de se rencontrer dans les sous-communs du discours et du savoir. Un paradoxe, sans doute, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re hautement &#233;labor&#233; du style qu'iel emploie : mais habiter les sous-communs de l'universit&#233; ne veut pas n&#233;cessairement dire ne pas parler sa langue ; cela veut dire plut&#244;t, depuis l'int&#233;rieur de sa langue, &#171; piller ses tombeaux &#187; (comme le dit Bey citant Omise'eke Natasha Tinsley et Matt Richardson) et trouver ce qui en elle, permet de dire autre chose et d'imaginer des vies v&#233;cues autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la rencontre entre les deux concepts, dans ce m&#234;me bas-ventre, dans cette interstice sous-commune des vies trans* et noires, elle s'effectue par diff&#233;rents frottements. Une m&#233;ditation sur un texte fondateur des &#233;tudes f&#233;ministes noires, &#171; Mama's Baby, Papa's Maybe &#187; d'Hortense Spillers, est notamment l'occasion pour Marquis Bey de montrer comment les personnes noires sont, dans l'h&#233;ritage de l'esclavage et dans ses survivances contemporaines, d&#233;genr&#233;es ou syst&#233;matiquement tenues pour des hors-la-loi du genre (&#224; l'exemple des toilettes pendant la p&#233;riode Jim Crow aux &#201;tats-Unis indiquant trois options : &lt;i&gt;man&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; woman&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;colored&lt;/i&gt;). Et dans l'autre sens, une m&#233;ditation sur l'ast&#233;risque (&#233;trange suffixe en forme d'&#233;toile) qui s'appose au mot-pr&#233;fixe trans est l'occasion pour l&#230; philosophe de pointer que la trans*itude partage un certain principe d'incompl&#233;tude et d'ouverture avec la noirceur (telle du moins qu'elle est th&#233;oris&#233;e et pratiqu&#233;e dans la tradition esth&#233;tico-politique radicale noire). Autant d'angles par lesquels la rencontre, furtivement, se fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, cela ne veut pas dire que trans*itude et noirceur soient la m&#234;me chose, ni m&#234;me qu'elles soient des analogues l'une de l'autre : pointant toutes deux vers des modes liminaux et fugitifs d'exister, elles le font diff&#233;remment et en diff&#233;rant l'une de l'autre, y compris pour les personnes qui se situent &#224; l'intersection de ces deux forces po&#233;tiques. La rencontre entre trans*itude et noirceur est une affaire de zones de contacts et de frottements, au creux desquelles celleux, trans* et/ou noir&#183;es, qui vivent dans le dehors-de-la-loi (du genre, du supr&#233;matisme blanc, de l'&#201;tat-nation) peuvent se reconna&#238;tre. Et m&#234;me s'il n'y a pas toujours intersection ou alliance, du moins peut-il y avoir des complicit&#233;s fugitives, vers lesquelles la philosophie de Marquis Bey fait signe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par noir&#183;e ici, je ne me r&#233;f&#232;re pas &#224; une couleur de peau ou &#224; une identit&#233; ou &#224; une certaine inflexion de la voix ou &#224; une esth&#233;tique musicale ou &#224; une capacit&#233; rythmique (bien que je me r&#233;f&#232;re aussi &#224; toutes ces choses). Bien plut&#244;t, je me r&#233;f&#232;re &#224; la noirceur comme &#224; un refus radical du mouvement de r&#233;conciliation, et donc, &#224; un refus radical de la blanchit&#233;. &#202;tre noir&#183;e et &#234;tre constitu&#233;&#183;e comme noir&#183;e, c'est prendre au s&#233;rieux le travail de refus, qui est un antagonisme, une &#233;pine dans le flanc de la souverainet&#233; de la blanchit&#233;. Devenir noir&#183;e c'est rester dans l'instabilit&#233;, c'est rester dans la solidarit&#233; avec l'instabilit&#233;. Devenir noir&#183;e, c'est s'opposer au mouvement qui veut d&#233;passer la socialit&#233; au nom de la logique ou du raisonnable. Devenir noir&#183;e c'est refuser d'&#234;tre constitu&#233;&#183;e en quelque chose &#8211; c'est &#234;tre et devenir rien. Pas au sens o&#249; ce rien serait une absence ou un manque de vie, mais pr&#233;cis&#233;ment parce que ce rien est l'abondance et la multiplicit&#233; d'o&#249; la vie provient. &#8211; Amaryah Shaye, &#8220;Refusing to Reconcile, Part 2&#8221; [Refuser la r&#233;conciliation, Partie 2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux d&#233;fendre l'id&#233;e que &#171; au commencement, il y avait &#8220;trans&#8221; &#187; : l'id&#233;e que ce qui est originel ou primaire, c'est une singularit&#233; pas-encore diff&#233;renci&#233;e depuis laquelle des genres, des races, des esp&#232;ces, des sexes et des sexualit&#233;s distinctes sont g&#233;n&#233;r&#233;es dans une forme de stabilit&#233; relative. Ces id&#233;aux-types fixes, tels que le corps trans-genre, trans-sexuel ou trans-animal, sont des expressions d'une transitivit&#233; plus profonde qui est la condition de ce qui en est venu &#224; &#234;tre d&#233;sign&#233; comme l'humain. &#8211; Claire Colebrook, &#8220;What Is It Like to Be a Human ?&#8221; [Qu'est-ce que cela fait d'&#234;tre humain ?]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en parcourant les 341 pages de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Feminism Meets Queer Theory&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;[Le f&#233;minisme rencontre la th&#233;orie queer] (Weed and Schor 1994), vivifie&#233; par l'&#233;rudition de toustes ces th&#233;oricien&#183;nes queer de premier ordre qui ont contribu&#233; &#224; l'ouvrage, que je commen&#231;ai &#224; me demander assez s&#233;rieusement si la formule &#171; concept th&#233;orique num&#233;ro 1 rencontre concept th&#233;orique apparemment-distinct-mais-en-fait-pas-vraiment num&#233;ro 2 &#187; ne pourrait pas fonctionner pour les concepts de noirceur et de trans*itude. Un tel volume, un num&#233;ro sp&#233;cial d'une revue peut-&#234;tre, pourrait-il &#234;tre con&#231;u sous le titre &lt;i&gt;La noirceur rencontre la trans*itude&lt;/i&gt; ? Apr&#232;s m'&#234;tre fantasme&#233; comme l'&#233;diteurice de cette anthologie, peut-&#234;tre aux c&#244;t&#233;s d'universitaires plus habiles que moi, je finis par conc&#233;der qu'un tel volume ne pouvait tout simplement pas exister. La noirceur ne peut pas rencontrer la trans*itude ; la trans*itude ne peut pas rencontrer la noirceur. &lt;i&gt;Mais pourquoi pas ? Les personnes noires et transgenres existent &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bel et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bien&lt;/i&gt;, me dit une amie avec qui je r&#233;fl&#233;chissais &#224; la question &#224; l'occasion d'un caf&#233;. J'aurais aim&#233; mieux r&#233;pondre &#224; son interrogation alors. Aujourd'hui, apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, je crois pouvoir dire ceci : si la noirceur et la trans*itude ne peuvent pas se rencontrer, c'est parce que la noirceur et la trans*itude, cousines distinctes mais intimement et primordialement li&#233;es, proviennent du bas-ventre, des &#171; sous-communs &#187; et qu'en tant que telles, elles saturent, par leur absence, les conditions sous-jacentes de la subjectivit&#233;. La noirceur et la trans*itude marquent, comme J. Kameron Carter le dit de la noirceur, &#171; un mouvement qui est &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;, un drame interstitiel, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'ordre de la puret&#233;. [Elles signalent] un mouvement improvis&#233; de d&#233;doublement, une annonce fugitive, dans et &#224; contre-courant du monde moderne et de son investissement envers la puret&#233; de l'&#234;tre. &#187; En bref, empruntant &#224; Carter, je consid&#232;re noir&#183;e et trans* comme, &#171; pour invoquer [Nahum] Chandler une fois de plus, &#8220;paraontologiques&#8221; &#187; (2013, 590).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'embarque dans un voyage de cogitations au travers des annales para-ontologiques de l'&#233;toffe dont la vie et la non-vie sont faites. Comme W. E. B. Du Bois et ses camarades intellectuels William Shakespeare, Honor&#233; de Balzac et Alexandre Dumas, je m'installe dans l'essai qui suit aux c&#244;t&#233;s de Fred Moten et Hortense Spillers, Alexander Weheliye et Eva Hayward, et j'avance bras-dessus-bras-dessous avec Amaryah Shaye et Claire Colebrook &#8211; parmi bien d'autres, dont certain&#183;es ont dirig&#233; ce num&#233;ro sp&#233;cial [&#171; The Issue of Blackness &#187;, num&#233;ro 2 du volume 4 du &lt;i&gt;Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;]. Avec ces penseureuses, j'arrive &#224; la noirceur et &#224; la trans*itude par la voie du refus, de la fugitivit&#233;, de l'anoriginarit&#233;, de la para-ontologie et de l'&#233;ruption. &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;noir&#183;e&lt;/i&gt; d&#233;notent ainsi des forces po&#233;tiques et paraontologiques qui ne sont que tangentiellement, et en derni&#232;re instance arbitrairement, li&#233;es aux corps qu'on dit noirs ou transgenres. Ces mots entrent dans et traversent l'ab&#238;me qui sous-tend l'ontologie, se frottent &#224; elle au point d'y provoquer des fissures. Trans* et noir&#183;e, toutefois, parce qu'ils sont paraontologiques, ne discr&#233;ditent pas la mat&#233;rialit&#233; des sujets ontiques qui sont caract&#233;ris&#233;s par et au travers de ces marqueurs identificatoires. La relation entre mon usage de ces forces po&#233;tiques et les sujets identifi&#233;s avec/comme noir&#183;es ou trans* doit &#234;tre manipul&#233; avec pr&#233;caution. Mais, comme Kai M. Green l'&#233;crit &#224; propos de celleux qui s'identifient et sont identifi&#233;&#183;es comme noir&#183;es, la teinte de l'&#233;piderme et la situation raciale (et sexuelle, et de genre, et de classe) dans l'histoire &#171; ne peuvent servir &#224; pr&#233;dire le type de politiques dans lesquelles s'engageront les personnes noires. Et si sans doute la race, la classe, le genre et la sexualit&#233; informent la mani&#232;re dont une personne traverse le monde, on ne peut pas pr&#233;voir les cons&#233;quences politiques que ces cat&#233;gories peuvent avoir, aussi fort puissions-nous le souhaiter. Cela se v&#233;rifie en particulier dans le fait que nos politiques et nos dirigeant&#183;es sont sc&#233;naristiquement contraintes. &#187; (Green 2013, 289) En bref, l'identification raciale ne d&#233;termine pas la relation qu'on entretient avec le pouvoir, la noirceur &#233;pidermique ne permettant donc pas de d&#233;terminer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; telle ou telle politicalit&#233;. C'est ce que Hortense Spillers, citant George Lamming, dit quand elle dit &#171; &#224; pr&#233;sent, nous le savons pour de bon &#187; : &#171; la nature du pouvoir [n'est pas] li&#233;e &#224; la pigmentation, et la mauvaise foi [est] un ph&#233;nom&#232;ne ind&#233;pendant de la race &#187; (cit&#233; in Spillers 2012, 936).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement le cas pour les personnes qui s'identifient comme transgenres ou comme non-conformes de genre. Cathy Cohen &#233;crit : &#171; les gens peuvent bien trouver cela d&#233;sagr&#233;able, mais sans une politique intentionnelle, je ne vois pas pourquoi les personnes trans seraient intrins&#232;quement radicales. Je pense qu'il y a de nombreux cas o&#249; les individus marginaux s'ins&#232;rent dans des institutions ou des mouvements traditionnels. Sans doute leur pr&#233;sence y change certaines dynamiques, mais cela ne veut pas dire que ces personnes changent ces espaces et ces entit&#233;s d'une mani&#232;re radicale qui soit &#224; la fois ouverte et plus &#233;quitable. &#187; Et Cohen d'ajouter : &#171; je suis int&#233;ress&#233;e par une politique transf&#233;ministe comme je suis impliqu&#233;e dans une politique f&#233;ministe noire, c'est-&#224;-dire : pourvu qu'elles soient li&#233;es &#224; un programme de lib&#233;ration et de transformation. &#187; (Cohen et Jackson 2015). Jusqu'&#224; un certain point, je suis d'accord avec ce que dit Cohen, m&#234;me si j'aimerais nuancer ce qu'elle dit sur la situation des corps non-conformes de genre dans un espace normatif fond&#233; sur une grammaire h&#233;g&#233;monique qui nie la possibilit&#233; m&#234;me de l'existence transgenre ; pour moi, leur existence dans un tel espace (un espace constitu&#233; par l'affirmation de l'impossibilit&#233; des corps trans* et non-normatifs), leur mani&#232;re d'habiter l'espace public notamment, est radicale. Et la m&#234;me chose peut &#234;tre dite pour les corps noirs habitant un espace implicitement cod&#233; par et au travers la blanchit&#233;. Sans aucun doute, dans certains cas, les personnes noires ou transgenres &#339;uvrent assid&#251;ment &#224; des formes d'assimilation en endossant une &#171; bonne citoyennet&#233; &#187; transgenre ou noire. Et ceci implique de &#171; se fondre dans la population&#8230; mais aussi de respecter l'imp&#233;ratif de &#8220;bonne citoyennet&#233;&#8221; aux yeux de l'&#201;tat : se reproduire, trouver un bon emploi ; r&#233;orienter son corps &#8220;diff&#233;rent&#8221; pour qu'il s'ins&#232;re dans le flux de l'aspiration nationaliste de la possession, de la propri&#233;t&#233; et de la richesse &#187; (Aizura 2006 : 295). Assur&#233;ment, de ce point de vue, les deux peuvent appara&#238;tre parfois en opposition l'un avec l'autre, comme lorsque celleux qui s'identifient comme transgenres adoptent des positions conservatrices, antinoir&#183;es, n&#233;olib&#233;rales et ainsi de suite ; et comme lorsque celleux qui s'identifient comme noir&#183;es sont profond&#233;ment transphobes. Quand ces combinaisons &#233;mergent, j'observe comment, au milieu des perturbations, il arrive qu'on se r&#233;fugie dans le confort de la stabilit&#233; h&#233;g&#233;monique. Noir&#183;e et trans* sont deux orientations qui g&#233;n&#232;rent de la perturbation et qui sont imparfaitement index&#233;es aux corps qu'on dit noirs ou trans*, et qui de ce point de vue peuvent succomber aux logiques de la supr&#233;matie blanche et du cissexisme. La noirceur et la trans*itude anoriginelle que ces corps citent exc&#232;dent cependant la corpor&#233;it&#233; et ne peuvent donc jamais &#234;tre &#171; captur&#233;es &#187; int&#233;gralement, ce qui laisse de la place, comme l'histoire le montre, &#224; des moments de rupture entre les personnes noires et les personnes transgenres, mais aussi &#224; leurs imbrications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je souhaite d&#233;terminer concernant la relation entre d'un c&#244;t&#233; la noirceur et la trans*itude (comme clefs d'analyse) et de l'autre les corps noirs et trans*, c'est la connexion tangentielle et en derni&#232;re instance arbitraire entre eux, et cependant la nature m&#233;tonymique de ce qu'on pourrait appeler les positionnalit&#233;s des corps noirs et des corps trans*. Cela veut dire, comme le dit Spillers de la culture noire (m&#234;me si je d&#233;fendrai que cela peut se dire aussi des personnes trans*), que les corps noirs et les corps trans* parlent et apparaissent comme autant d'&#233;clairs m&#233;tonymiques des forces po&#233;tiques de la noirceur et de la trans*itude. Cela se produit quand ils s'imaginent comme &#171; une affirmation &lt;i&gt;alternative&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt;-affirmation vis-&#224;-vis de la culture/civilisation &#233;tats-unienne, ou de la culture/civilisation occidentale &#187;. Plus g&#233;n&#233;ralement, cela se produit quand par eux, se manifeste &#171; la vocation de la culture &#224; &#234;tre un espace &#8220;de contradiction, de condamnation et de refus&#8221; &#187; (2006, 25). Ils sont ainsi des exemples, mais pas des arch&#233;types, de la force fugitive et hors-la-loi que nous pouvons appeler &#171; noire et trans* &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il ne s'agit pas d'effondrer la noirceur sur la trans*itude, ni la trans*itude sur la noirceur, ce qui reviendrait &#224; diluer leur caract&#232;re unique et leur utilit&#233; comme clefs d'analyse dans des champs disciplinaires diff&#233;rents bien que li&#233;s. Ces concepts sont plut&#244;t des n&#339;uds l'un pour l'autre, des inflexions qui, bien qu'anoriginaires et nommant le n&#233;ant sur lequel la distinction s'appuie, brillent de diff&#233;rents teintes selon les ancrages historiques et interpr&#233;tatifs des sujets concern&#233;s. C'est dire qu'il s'agit de noms diff&#233;remment infl&#233;chis pour un en-dehors-de-la-loi anoriginel qui marque une &#233;chapp&#233;e hors du confinement et un &#224;-c&#244;t&#233; de l'ontologie. Manifest&#233;es diff&#233;remment dans le monde moderne sous les aspects de la fugitivit&#233; raciale et de la fugitivit&#233; de genre, les mots noir&#183;e et trans*, bien qu'ils pointent vers des corps qui s'identifient comme noirs ou trans*, pr&#233;c&#232;dent et fournissent la condition de possibilit&#233; pour ces d&#233;marcations identificatoires fugitives. En bref, ce que je m'efforce de faire ici, comme mon titre le sugg&#232;re, c'est de d&#233;montrer les mani&#232;res par lesquelles trans* est noir&#183;e et noir&#183;e est trans*. M&#234;me si je ne peux faire se mat&#233;rialiser le volume fictif intitul&#233; &lt;i&gt;La noirceur rencontre la trans*itude&lt;/i&gt;, je peux m'en rapprocher en montrant la mani&#232;re dont ces concepts s'entre-parlent l'un &#224; travers l'autre, l'un au c&#244;t&#233; de l'autre, l'un &#224; l'autre (ou, alternativement, l'un noir l'autre), ici, &#224; la &#171; p&#233;riph&#233;rie de l'ordre de la puret&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Trans*itude de la noirceur : un Paris en feu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour me confronter &#224; la premi&#232;re clause de mon titre, &#171; trans*itude de la noirceur &#187;, mon but est d'articuler l'anoriginarit&#233; de la force po&#233;tique, cr&#233;ative et fugitive connue sous le nom de noirceur. La noirceur a cette texture de l&#233;g&#232;re parent&#233; avec ce que Michel Foucault dit de la litt&#233;rature : comme la litt&#233;rature, la noirceur est un &#171; tiers lieu &#187; au-dehors du langage et des &#339;uvres litt&#233;raires, ce qu'en anglais, on a traduit comme une &lt;i&gt;essential blankness &lt;/i&gt;[une &#171; blancheur essentielle &#187;] et que je n'ai jamais cess&#233; de lire comme s'il &#233;tait &#233;crit une &lt;i&gt;essential blackness &lt;/i&gt;[une &#171; noirceur essentielle &#187;], o&#249; la question &#171; qu'est-ce que x ? &#187; est &#171; &#233;cartel&#233;e et fractur&#233;e &#187; (Foucault et al 2015, 47&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Dans &#171; Litt&#233;rature et langage &#187; (conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; Bruxelles en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). La noirceur ici, dans un autre sens, s'inspirant cette fois du concept de Fred Moten et de Stefano Harney, est un sous-commun, un en-dessous &#8211; sous-tendant et sub-vertissant &#8211; o&#249; les fugitif&#183;ves demeurent, se d&#233;lectant de chaos. Ce n'est &#171; pas une coalition &#187; mais plut&#244;t un &#171; secret absolument ouvert sans aucune ambition professionnelle &#187; (Moten et Harney 2014, 188) &#8211; un Paris en feu, peut-&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. le film de 1990 intitul&#233; Paris Is Burning, r&#233;alis&#233; par Jennie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tant que sous-commune, la noirceur est un non/lieu qui bouillonne &#224; c&#244;t&#233;, ou au-dessous de toute ontologie discernable. C'est un non/lieu, un espace aspatial qui rend la gouvernabilit&#233; ingouvernable ; la noirceur &#171; signifie faire qu'on ne puisse pas r&#233;pondre &#224; la question &#8216;comment gouverner cette chose qui se perd et se retrouve pour &#234;tre ce qu'elle n'est pas' &#187; ; la noirceur est la modalit&#233; de l'&#233;chapp&#233;e constante, de la fugue, de la fuite, &#171; un motif &#224; la fois contenu et en errance &#187; et qui esquive (Harney et Moten 2013, 51, 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la noirceur marque une &#171; &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;break&lt;/i&gt; : l'arr&#234;t, la f&#234;lure, la rupture] dans le passage du mouvement syntagmatique qui va d'une propri&#233;t&#233; plus ou moins stable &#224; une autre, comme dans la disjonction radicale entre &#8220;africain&#8221; et &#8220;am&#233;ricain&#8221; &#187;, dit Spillers (2003 : 262). En tant que dis-jonction, la noirceur s'appuie sur une modalit&#233; non seulement d'&#234;tre dans les interstices, mais encore de rompre et de d&#233;raciner en vertu de son &#233;chappement. Ou encore : la noirceur &#171; reste dans la coupure &#187;, comme le dit si bien la langue vernaculaire nord-am&#233;ricaine [&lt;i&gt;laying in the cut&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire : rester dans l'ombre d'une conversation, faire tapisserie], elle retarde la logique m&#234;me de la syntaxe sociale comme le font, par exemple, les activistes de Black Lives Matter &#8211; des irruptions courageuses du corporel, une noirceur qui ne s'excuse pas d'elle-m&#234;me &#8211; solidifi&#233;s, rassembl&#233;s au travers des autoroutes pour interrompre la circulation. La socialit&#233; telle qu'elle se manifeste dans les all&#233;es et venues des automobiles oublieuses de, et ainsi constitutives de, la d&#233;tresse de la noirceur, se trouvant ainsi socialement lac&#233;r&#233;e. La noirceur est &#171; une strat&#233;gie qui nomme la nouvelle situation culturelle comme &lt;i&gt;blessure &lt;/i&gt; &#187; (Spillers 2003 : 262), et dans cette blessure constante, dans cette entaille constante, c'est &#171; le d&#233;lai impos&#233; &#224; la forclusion &#187; (Carter 2013, 595). La noirceur repose dans l'entre-deux, et cet &#171; entre &#187; est aussi un mouvement de fuite, d'&#233;chapp&#233;e, de fugitivit&#233;, un refus d'&#234;tre &#233;pingl&#233;&#183;es par la d&#233;finition ontologique. L'&#233;pinglage de la d&#233;finition requiert une fixation, des lieux assignables, mais parce qu'elle est entre-deux, la noirceur est une interstitialit&#233; &#233;lusive ; elle est cette &#171; posture d'insurrection critique &#187; dont Spillers parle, mais contrairement &#224; ce qu'en conceptualise Spillers, la noirceur ne peut pas &#234;tre achev&#233;e, ni &#234;tre un point d'arriv&#233;e (2003, 262).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spillers &#233;crit qu'&#171; il faut arriver &#224; une posture d'insurrection critique ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Exc&#233;dant la logique de la souverainet&#233; &#8211; gouvernabilit&#233;, logique qua logique &#8211;, telle est la noirceur, d'o&#249; toujours des fum&#233;es s'&#233;chappent, o&#249; toujours des fissures, des craquelures apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ? La noirceur trouvera-t-elle jamais le repos ? Non, parce que par sa position interstitielle, sa sous-communalit&#233;, elle est perp&#233;tuellement le refus des impositions. Amaryah Shaye, dont l'&#233;pigraphe orne le d&#233;but de cet essai, pense la noirceur, non sans lien, comme un &#171; &#234;tre-&#224;-c&#244;t&#233; &#187;, et au travers de cet &#224;-c&#244;t&#233;, la noirceur op&#232;re &#171; comme un refus de la logique unitaire de la r&#233;conciliation &#187; (2014b). La noirceur dit non, puis esquive la conversation, l'imposition, et reste en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a aussi &#233;t&#233; montr&#233;, peut-&#234;tre le plus r&#233;cemment, et de la mani&#232;re la plus provocante et convaincante, par Michelle Wright, que penser la noirceur comme &#171; une &#8220;chose&#8221; d&#233;terminable, comme un &#8220;ceci&#8221; ou comme un &#8220;qui&#8221; &#187; s'av&#232;re probl&#233;matique (2015, 2). La noirceur doit &#234;tre en mouvement et penser en mouvement. Bien que Wright con&#231;oive sa noirceur dans &lt;i&gt;Physics of Blackness&lt;/i&gt; [Physique de la Noirceur] au travers de l'espace et du temps (espacetemps) et &#224; l'aide de sa notion de &#171; temps &#233;piph&#233;nom&#233;nal &#187;, je suis davantage soucieuxse de penser la noirceur comme fugitive, comme volatile, comme, pour reprendre ce que dit Wright &#224; propos de James Baldwin, &#171; quantique &#187;. Mais bien que Wright pense diff&#233;remment de moi, assur&#233;ment, cela ne veut pas dire qu'elle pense de travers ou m&#234;me de mani&#232;re &#224; ce que nous nous contredisions. Une interlocutrice noire, voil&#224; ce qu'elle est. Sa noirceur, aussi, est un n&#339;ud de fugitivit&#233;. Ainsi, en ce sens, je ne me s&#233;pare pas d'elle &#8211; l'expansion qu'elle donne &#224; la noirceur, dans la mesure o&#249; elle n'est pas seulement appos&#233;e au Passage du Milieu, &#224; ses bateaux d'esclaves, ou &#224; sa causalit&#233; lin&#233;aire, indexe une sorte de fugitivit&#233; ample, comme elle le dit &#224; propos du o&#249;-et-quand noir d'Olaudah Equiano &#171; cr&#233;ant le plus grand nombre de Noirceurs qu'il est possible de cr&#233;er et de rendre viables &#187; (Wright 2015, 25). L&#224; o&#249; je souhaiterais cependant compl&#233;ter et critiquer Wright, c'est sur sa mani&#232;re sp&#233;cifique de lire l'&#339;uvre de Spillers, et en particulier son article embl&#233;matique, &#171; Mama's Baby, Papa's Maybe : An American Grammar Book &#187; [Le b&#233;b&#233; &#224; sa maman, le peut-&#234;tre de son papa : une grammaire &#224; l'am&#233;ricaine]. Dans sa &lt;i&gt;Physics of Blackness&lt;/i&gt;, Wright d&#233;fend l'id&#233;e selon laquelle &#171; Mama's Baby &#187;, en partie, affirme que pour r&#233;sister aux &#171; images contr&#244;lantes &#187; que le supr&#233;matisme blanc impose aux femmes noires, les personnes noires devraient retourner &#171; aux r&#244;les h&#233;t&#233;ronormatifs de genre et de sexualit&#233; qui pr&#233;c&#233;daient l'esclavage &#187; (80). Voil&#224; une affirmation malvenue sur deux points : le premier concerne la sexualit&#233; noire, qui par d&#233;finition ne peut pas &#234;tre h&#233;t&#233;ronormative, en tous cas pas dans le contexte du supr&#233;matisme blanc &#233;tatsunien, pour la bonne raison que, comme nous l'apprenons de Roderick Ferguson dans &lt;i&gt;Aberrations in Black&lt;/i&gt; (2004), les personnes noires peuvent bien &#234;tre &#171; h&#233;t&#233;rosexuelles [ou homosexuelles], elles ne seront jamais h&#233;t&#233;ronormatives [ou homonormatives] &#187; (87). Deuxi&#232;mement, &#224; ce qu'il me semble, Spillers est loin de prof&#233;rer un (impossible) &#171; retour &#187; &#224; l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; ; en fait, Spillers affirme quelque chose de bien plus queer, de bien plus, si j'ose &#233;crire cela, trans*. &#192; la fin de &#171; Mama's Baby &#187;, l'avant-dernier paragraphe indique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence de quoi, la femelle (&lt;i&gt;female&lt;/i&gt;), dans cet ordre des choses, entre comme par effraction dans l'imaginaire, avec une force qui marque tout &#224; la fois une d&#233;n&#233;gation et une &#171; ill&#233;gitimit&#233; &#187;. En raison de ce d&#233;ni sp&#233;cifique aux &#201;tats-Unis, les m&#226;les (&lt;i&gt;male&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;) noirs des &#201;tats-Unis incarnent la seule communaut&#233; nord-am&#233;ricaine de m&#226;les qui aient eu l'occasion sp&#233;cifique d'apprendre, de l'int&#233;rieur, qui la femelle pourrait bien &#234;tre, qui l'enfant, qui le nourrisson qui porte la vie pourraient bien &#234;tre, en d&#233;pit du destin qui leur est fait, en d&#233;pit des chances de pulv&#233;risation et de meurtre, y compris les leurs. C'est l'h&#233;ritage de la m&#232;re que le m&#226;le africain-am&#233;ricain doit retrouver comme un aspect de sa propre personnalit&#233; &#8211; le pouvoir du &#171; oui &#187; &#224; la &#171; femelle &#187; au-dedans. (Spillers 1987, 80)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une fugitivit&#233; marqu&#233;e dans la figure f&#233;minine avanc&#233;e par Spillers quand elle &#171; entre comme par effraction dans l'imaginaire &#187; avec une force qui est &#171; &#224; la fois une d&#233;n&#233;gation et une &#8220;ill&#233;gitimit&#233;&#8221; &#187;. L'ill&#233;gitimit&#233; qu'est la noirceur, qu'est l'en-dehors-de-la-loi (&lt;i&gt;lawlessness&lt;/i&gt;), joue ici &#224; plein effet, historiquement, aux c&#244;t&#233;s des femmes noires. Mais si nous nous concentrons sur la derni&#232;re phrase de la citation ci-dessus, nous pouvons mieux comprendre l'erreur interpr&#233;tative de Wright. Spillers ne veut pas revenir au genre h&#233;t&#233;ronormatif ; au contraire, il y a quelque chose de d&#233;cid&#233;ment non-normatif, quelque chose pour ainsi dire de transgenre, dans la mani&#232;re dont l'h&#233;ritage noir de Spillers avance &#171; le pouvoir du &#8220;oui&#8221; &#224; la &#8220;femelle&#8221; au-dedans. &#187; Le genre h&#233;t&#233;ronormatif maintient une binarit&#233; de genre stricte, exclusive que Spillers, ici, est occup&#233;e &#224; d&#233;faire &#8211; et m&#234;me plus, &#224; transer. La conception que Spillers propose de la culture africaine-am&#233;ricaine depuis le milieu du XVIIe si&#232;cle, est un conte &#171; entre les lignes &#187;, ce qui revient &#224; dire : un conte qui est noir, et qui est m&#234;me trans* ; c'est un conte dans lequel &#171; le genre, ou l'assignation &#224; des r&#244;les sex&#233;s, ou la claire diff&#233;rentiation des affaires sexuelles, toutes choses aliment&#233;es ailleurs dans la culture, n'&#233;mergent pas pour la femelle africaine-am&#233;ricaine &#187; (1987, 79). Bien loin de proposer un retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, Spillers d&#233;crit un h&#233;ritage trans* noir &#224; l'int&#233;rieur de la culture africaine-am&#233;ricaine. Et en effet, les propos de Spillers r&#233;sonnent, trans&#233;ment, avec les &#233;crits de l'afrofuturiste noir&#183;e, queer et non-conforme de genre janaya (j) khan (2015) quand iel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;khan utilise le pronom singulier they, que j'honore ici. [NdT : et que nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit que les femmes trans noires forment une partie int&#233;grante de la lib&#233;ration noire, son &#171; axe pivot &#187; et son &#171; noyau &#187;. Et toustes celleux qui ont &#233;tudi&#233; la biologie au lyc&#233;e savent &#224; quel point le &#171; noyau &#187; est d'une importance cruciale pour le fonctionnement de la cellule. La noirceur, et la lib&#233;ration de celleux qui la portent dans leur corps, est aliment&#233;e par ce noyau trans*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut cependant sembler que la noirceur telle que je l'entends est toujours et d&#233;j&#224; li&#233;e aux corps noirs/africains-am&#233;ricains, dans la mesure o&#249; je me suis largement appuye&#233; sur les th&#233;orisations de Spillers et d'autres qui portent sur la culture africaine-am&#233;ricaine. Mais la noirceur ici, je veux le r&#233;p&#233;ter, entretient une relation contrari&#233;e et tendue avec les corps/les personnes noires, ce qui veut dire qu'il me faut transmettre, de mani&#232;re finement textur&#233;e, la &#171; &#8220;distinction para-ontologique&#8221; entre la noirceur et les personnes (ce qui revient &#224; dire, plus g&#233;n&#233;ralement, les choses) qu'on appelle noires &#187; (Moten 2008, 1744). Les travaux d'Alexander Weheliye sont utiles ici : dans une note de bas de page de son article intitul&#233; &#171; After Man &#187; [Apr&#232;s l'homme], Weheliye &#233;crit : &#171; il est crucial de d&#233;sarticuler la noirceur des personnes noires, puisque ne pas le faire revient &#224; accepter trop facilement la race comme un donn&#233; naturel et/ou un ph&#233;nom&#232;ne culturel, et peut nous emp&#234;cher de l'envisager comme un agencement de forces qui doivent continuellement re/produire les sujets noirs comme non-humains &#187; (333). En d'autres termes, la &#171; noirceur &#187; n'est pas naturelle &#8211; ou inh&#233;rente ou &#233;videmment attach&#233;e &#8211; aux &#171; personnes noires &#187;. Weheliye va plus loin dans &#171; Engendering Phonographies : Sonic Technologies of Blackness &#187; [Phonographies d'engendrement : technologies soniques de la Noirceur] en disant qu'en d&#233;pit de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;sarticuler la noirceur de ces personnes qu'on dit &#234;tre noires, il reste que &#171; la Noirceur est une cat&#233;gorie d'analyse [qui se distingue par le fait qu'elle] n'a pas pour effet de faire dispara&#238;tre les corps noirs &#187; (2014, 182). Donc, la noirceur en tant que force po&#233;tique est &#224; la fois d&#233;sarticul&#233;e de et li&#233;e aux corps noirs. Weheliye, cependant, reste dans le camp intellectuel qui pense &#171; la Noirceur [comme] un effet de la modernit&#233; occidentale &#187;, par quoi il manque de reconna&#238;tre, lui aussi, l'anoriginarit&#233; de la noirceur (181). Pour ma part, je maintiens que la noirceur n'est pas r&#233;ductible &#224; une imposition coloniale ou &#224; une cat&#233;gorisation moderne raciale. Sans doute, elle est m&#233;tonymique et se manifeste dans le monde mais elle est, aussi, anoriginaire, n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste de cette discussion de la noirceur, et de la premi&#232;re clause de mon titre, je veux me concentrer sur l'&#339;uvre de Fred Moten, dont les travaux repr&#233;sentent l'articulation la plus g&#233;n&#233;rative et la plus directe de la noirceur, de la fugitivit&#233; et du n&#233;ant. Fred Moten : ce &lt;i&gt;black motherfucker&lt;/i&gt; qui, comme Curtis Mayfield, continuera &#224; &lt;i&gt;remain a believer&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Allusion &#224; &#171; Do Do Wap Is Strong In Here &#187; tir&#233; de l'album Short Eyes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Moten cristallise la noirceur de la mani&#232;re la plus magnifiquement tortueuse qui soit. Pour lui, comme pour moi, lorsque nous parlons de la noirceur nous parlons de ces &#171; irruptions de la &#8220;th&#233;matique de la fugue&#8221; &#187; (envers lesquelles Spillers s'oriente elle aussi) et ce &#171; non-sens &#187; kantien qui constitue la libert&#233; hors-la-loi de l'imagination et de son &#234;tre-en-dehors-de-la-loi (voir Moten 2007, 218, 220). Offrant une variation sur un th&#232;me constitu&#233; par les pens&#233;es de Nahum Chandler, Moten dit que &#171; la noirceur est le d&#233;placement anoriginaire de l'ontologie&#8230; c'est l'anti et ante-fondation de l'ontologie, le sous-sol de l'ontologie, la perturbation irr&#233;parable du temps et de l'espace de l'ontologie &#187; &#8211; ou, si je puis me permettre cette variation sur la pens&#233;e de Tina Campt (Campt 2014) : la noirceur est la pratique quotidienne qui consiste &#224; refuser d'&#171; &#234;tre &#187; ; c'est-&#224;-dire l'affirmation d'un n&#233;ant d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noirceur est d&#233;j&#224; l&#224;, et elle est le d&#233;sagr&#233;ment, elle est les subversions de la stase qui donne intelligibilit&#233; &#224; la validit&#233; dont on se r&#233;clame en tant qu'humain ou en tant que cet &#234;tre sur-repr&#233;sent&#233; que Sylvia Wynter a appel&#233; l'Homme (qu'elle d&#233;signe comme une &#171; ethnoclasse &#187; mais qui est aussi, plus pr&#233;cis&#233;ment, une &#171; ethnogenreclasse &#187;). La noirceur ne peut pas, et se refuse &#224;, s'y accorder, parce que l'ethnoclasse appel&#233;e Homme est pr&#233;diqu&#233;e sur une cat&#233;gorie exclusive de l'humain et qu'elle d&#233;f&#232;re &#224; une rigidit&#233; fixe qui s'aligne avec la propri&#233;t&#233;, le d&#233;corum, et tout ce qui s'en suit. &#171; Nous sommes la perturbation &#187;, dit la noirceur &#8211; perturbation de la syntaxe par la langue vernaculaire noire, perturbation de la logique occulo-raciale via la &#171; fantastique &#187; noirceur d'une personne comme Rachel Dolezal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. par exemple l'article de Kai M. Green, &#171; &#8216;Race and Gender Are Not the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, perturbation dans la violence du sens commun qui constitue l'h&#233;g&#233;monie via, disons, les insurrections d'esclaves &#8211; &#171; et [nous] consentons &#224; la perturbation &#187; (Moten et Harney 2011, 987-88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en mouvement, toujours cette chose &#233;lusive qui s'&#233;chappe, la noirceur se manifeste comme &#171; ce d&#233;sir d'&#234;tre libre, qui appara&#238;t comme une fugue, une &#233;chapp&#233;e, une fugitivit&#233; qui confine au d&#233;raillement &#224; force de refuser jusqu'au &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; de la libert&#233;, une fugitivit&#233; qui s'indexe &#224; un en-dehors-de-la-loi anoriginel &#187; (Moten 2007, 223). Un substitut &#224; &#171; l'inad&#233;quation de l'explication m&#233;caniste &#187; (223), la noirceur est un refus permanent de la l&#233;galit&#233; &#8211; et en fait, de la loi &#8211;, au point d'&#234;tre incapable de reconna&#238;tre la loi. La loi ne peut jamais attraper la noirceur ; la noirceur est comme le bonhomme de pain d'&#233;pice de la comptine : tu peux toujours&lt;i&gt; courir, courir, courir&lt;/i&gt;, aussi vite que tu peux, &lt;i&gt;tu ne &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;attraperas pas&lt;/i&gt;, tu n'attraperas pas la noirceur. Elle &#233;chappe toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette &#233;chapp&#233;e constante du refus, comme dit Moten, &#171; n'est pas tranquille &#187;. Car &#171; peut-&#234;tre l'&#233;chapp&#233;e constante est ce que nous voulons dire quand nous disons libert&#233; &#187;, r&#234;ve Moten ; &#171; peut-&#234;tre l'&#233;chapp&#233;e constante est cela qui est maltrait&#233; dans l'invocation d&#233;sassemblante de la libert&#233; et la d&#233;ception du/des sous-accomplissement/s de l'&#233;mancipation &#187; (2007, 242). Et peut-&#234;tre a-t-il raison. Si l'on examine le noyau o&#249; la noirceur rencontre le bastion de l'institutionnel, le noyau de ce que l'on pourrait appeler l'h&#233;g&#233;monie et le pouvoir universitairement form&#233;s, le fonctionnement de la noirceur devient plus clair. Dans ce contexte, ce noyau n'est autre que les &#233;tudes noires, et Moten doit bien avouer que &#171; les &#233;tudes noires sont une d&#233;hiscence au c&#339;ur de l'institution et &#224; son bord, &#8230; graphiquement d&#233;sordonnant la p&#233;nurie organis&#233;e et administr&#233;e d'o&#249; les &#233;tudes noires sortent comme une richesse. La nature cultiv&#233;e de cette &lt;i&gt;volatilit&#233; situ&#233;e&lt;/i&gt;, cette po&#233;tique &#233;mergente de l'urgence dans laquelle les pauvres troublent l'ordre de la propret&#233; : tel est notre secret ouvert &#187; (2008, 1743, nous soulignons). Les &#233;tudes noires &#8211; c'est-&#224;-dire l'&#233;tude de la noirceur &#8211; sont volatiles, caract&#233;ris&#233;es par la volatilit&#233; et la d&#233;hiscence : une coupure, une blessure comme celles dont parle Spillers. C'est l'instanciation d'une critique de l'Occident, de l'imp&#233;rialisme, de l'h&#233;g&#233;monie. Elle reste, en raison de sa noirceur, &#171; sans r&#233;ponse &#224; la gouvernance qu'elle appelle et sans r&#233;ponse aux gouvernements qu'elle suscite &#187; (1745). Comme l'a montr&#233; la &#171; crise de l'universit&#233; &#233;tatsunienne &#187; &#224; Cornell en 1969, les &#233;tudes noires sont fugitives. &#192; l'universit&#233; de Cornell, en 1969, apr&#232;s avoir fait face &#224; la violence supr&#233;matiste blanche qui avait pris la forme de croix br&#251;l&#233;es, d'&#233;pith&#232;tes et de censure des programmes lors du weekend d'ouverture aux parents d'&#233;l&#232;ves, plus de quatre-vingt membres de la Soci&#233;t&#233; Africaine-Am&#233;ricaine de l'universit&#233; (AAS) occup&#232;rent le Willard Straight Hall &#8211; alors un b&#226;timent administratif &#8211; et r&#233;clam&#232;rent qu'on m&#238;t fin au racisme sur le campus et qu'on cr&#233;&#226;t un Centre d'&#233;tudes africaines-am&#233;ricaines. L'occupation dura trente-six heures en tout. Tentant de reprendre le b&#226;timent, des membres de la fraternit&#233; blanche Delta Upsilon entr&#232;rent dans Willard Straight pour se battre avec des &#233;tudiant&#183;es de l'AAS dans la Ivy Room, avant d'en &#234;tre &#233;ject&#233;s. Craignant pour leur s&#233;curit&#233;, ou reconnaissant clairement la vie sociale insurg&#233;e qu'est la noirceur, les membres de l'AAS apport&#232;rent des fusils pour d&#233;fendre (ou affirmer) leur noirceur. &#192; la fin, comme l'indique un article du magazine &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; Universities under the Gun &#187; [Des universit&#233;s &#224; bout de fusil] (Elliott 1969), la cr&#233;ation du Centre d'&#233;tudes africaines-am&#233;ricaines fut exp&#233;di&#233;e parce que &#171; les &#233;tudiant&#183;es voulaient un programme autonome &#187; (Lowery 2009, voir aussi Down 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette anecdote historique est l&#224; pour montrer combien la noirceur peut &#234;tre volatile, disruptive, interruptive, &#233;ruptive, en particulier dans les cas o&#249; elle rencontre des institutions h&#233;g&#233;moniques, c'est-&#224;-dire dans les cas o&#249; elle rencontre la blanchit&#233;. Penser avec la noirceur, ou s'engager &#224; penser noir, &#224; penser dans la pens&#233;e noire, c'est amener au devant de la sc&#232;ne cet espace interstitiel de volatilit&#233; et menacer r&#233;solument de d&#233;sint&#233;grer la polarit&#233; h&#233;g&#233;monique entre &#8211; disons : l'humanit&#233; et la chos&#233;it&#233;, l'humanit&#233; et la machine, la loi et l'ill&#233;galit&#233;, etc. La revendication de l'AAS pour, essentiellement, un programme d'&#233;tudes noires a contribu&#233; &#224; porter une insurrection bien concr&#232;te face &#224; la blanchit&#233; de l'institution universitaire, d'une mani&#232;re qui pr&#233;sageait, et citait m&#233;tonymiquement, l'en-dehors-de-la-loi de la noirceur para-ontologique. L'&#233;tude de la noirceur est une &#171; pulsion anoriginaire&#8230; le sol fugitif et anarchique d'une dette impayable et d'une richesse jamais nomm&#233;e, le th&#233;&#226;tre d'un monde int&#233;rieur en fugue qui ne se montre que le temps d'une minute, en s&#233;rie &#187;, et c'est cette question para-ontologique qui d&#233;stabilise la revendication pr&#233;tendument stable de chacun&#183;e &#224; l'ontologie (Harney et Moten 2013, 47). Les corps noirs en armes &#224; Ithaca en 1969 d&#233;montraient par eux-m&#234;mes la subversivit&#233;, la fugitivit&#233; de l'en-dehors-de-la-loi anoriginaire qui est le moteur des sujets para-ontologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Noirceur de la trans*itude : les racines ne s'appliquent pas n&#233;cessairement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la section pr&#233;c&#233;dente caract&#233;risait la mani&#232;re dont la noirceur d&#233;fait l'humain et interrompt sa syst&#233;maticit&#233;, cette section d&#233;termine certains des effets similaires provoqu&#233;s par la trans*itude. Et donc : si le mot trans* lui non plus n'est pas seulement un adjectif attach&#233; &#224; un corps, alors de quoi est-il le nom ? Parce que nous savons que la repr&#233;sentation corporelle et la proclamation identificatoire ne suffisent pas, trans* d&#233;note une orientation &#233;ruptive, interruptive ; trans* d&#233;note un &#171; mouvement non-pr&#233;d&#233;termin&#233; &#187;, &#233;crit Kai M. Green, et c'est &#171; un outil qui peut aider les lecteurices &#224; retrouver leur orientation envers l'orientation &#187; (2015b, 191, 196). C'est une mani&#232;re d'habiter le monde qui engage fugitivement l'histoire et l'espace en se d&#233;lectant de l'exc&#232;s, en refusant constamment de limiter les d&#233;bordements ontologiques &#8211; et qui s'apparente peut-&#234;tre &#224; ce que Matt Richardson appellerait &#171; un bon bordel &#187;. C'est pour cette raison que j'utilise &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; et non simplement &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;trans-&lt;/i&gt;. M&#234;me si Mel Y. Chen (2012, 137) utilise &#171; le pr&#233;fixe trans- &#187; comme une mani&#232;re de signaler que trans- &#171; ne se limite pas pr&#233;liminairement au genre &#187; et m&#234;me si Susan Stryker, Paisley Currah et Lisa Jean Moore consid&#232;rent que le tiret &#171; marque la diff&#233;rence entre le nominalisme impliqu&#233; dans le mot &#8220;trans&#8221; et la relationalit&#233; explicite impliqu&#233;e dans &#8220;trans-&#8221;, qui reste ouvert et r&#233;siste &#224; toute forclusion pr&#233;matur&#233;e par l'attachement &#224; un seul et unique suffixe &#187; (2008, 11), &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; est employ&#233; ici en raison de sa puissance d'interruption et de sa mani&#232;re de souligner sa propre d&#233;hiscence. Et puis, il faut dire que l'ast&#233;risque a aussi quelque chose de l'&#233;toile de mer : comme l'&#233;toile de mer, l'ast&#233;risque sugg&#232;re la possibilit&#233; d'une coupure et d'une r&#233;g&#233;n&#233;ration, o&#249; le corps passe au travers de soi pour ensuite &#234;tre ramen&#233; &#224; lui-m&#234;me, se rapprochant de lui-m&#234;me au travers de la blessure qui est (inflig&#233;e au) moi &#8211; une coupure qui fait signe vers cette possibilit&#233; qui &#171; n'est pas un luxe &#187; dont parle Judith Butler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une r&#233;f&#233;rence &#224; la formule de Judith Butler selon laquelle &#171; la possibilit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Hayward 2013 ; Hayward 2008, 72). Et comme l'&#233;toile de mer, l'ast&#233;risque est &#171; pleine de doigts &#187; : une &#171; &#233;toile multidirectionnelle &#187; qui &#224; la fois &#171; pointe et touche &#187; si bien qu'elle &#171; recycle, d&#233;place, renomme, r&#233;plique et intensifie les termes, ajoutant de la texture et augmentant la vitalit&#233; &#187; (Hayward et Weinstein 2015, 198). Et tout cela sans compter qu'elle est aussi c&#233;leste : au-del&#224; de la stratosph&#232;re du discernable, le fonds galactique de tout ce que nous savons &#234;tre possible. Dans le langage courant, et de mani&#232;re r&#233;v&#233;latrice, on dit de ce fonds galactique qu'il est &#171; l'espace &#187; : un lieu vide et pourtant plein, la condition de possibilit&#233; m&#234;me de tout &#8211; pour l'essentiel &#8211; ce qui est possible. Et bien s&#251;r, cet espace est plein d'&#233;toiles, dont l'ast&#233;risque de &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; est une m&#233;tonymie. Si les &#233;toiles stipulent le vide c&#233;leste pr&#233;gnant de possibilit&#233;, et si &#171; presque tous les &#233;l&#233;ments sur Terre ont &#233;t&#233; form&#233;s au c&#339;ur d'une &#233;toile &#187; (&#171; Are We Really All Made of Stardust &#187;, 2016), alors &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; d&#233;note l'ubiquit&#233;, la transitivit&#233;, la fondamentalit&#233; de la force primordiale qu'est l'ouvert, qu'est la non-fixation. Le fait est qu'au commencement, il y avait trans* &#8211; parce qu'au commencement, les &#233;toiles flottaient sans lois, mises en mouvement par cette trans*itude originaire, l'ouverture fondamentale de notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, si sans doute je parle de ces &#171; r&#233;fugi&#233;&#183;e[s] sans citoyennet&#233; &#187; que l'on conna&#238;t sous le nom de personnes transgenres et de personnes non-conformes de genre (Bird 2002, 366) &#8211; et comme on le sait depuis Bertolt Brecht, &#171; les r&#233;fugi&#233;&#183;es sont les dialecticien&#183;nes les plus expert&#183;es, puisqu'iels sont r&#233;fugi&#233;&#183;es en raison de changements qui sont survenus dans leur vie, et que leur seul objet d'&#233;tude est le changement &#187; (d'apr&#232;s la traduction cit&#233;e dans Jay 1986, 28 ; et nous apprenons en outre avec Jared Sexton que les r&#233;fugi&#233;&#183;es apportent avec elleux &#171; l'urgence de renouveler les cat&#233;gories&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans &#171; People-of-Color-Blindness : Notes on the Afterlife of Slavery &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;) &#8211;, je suis bien plus encore en train de parler de ce que Claire Colebrook appelle la &#171; transitivit&#233; &#187;. La transitivit&#233; est la qualit&#233; de commencement qui sous-tend les conditions de possibilit&#233; qui permettent la distinction (de genre). Si nous permettons au lien l&#226;che et tangentiel entre les corps transgenres et les corps non-conformes de genre de tenir lieu ici d'exemples illustratifs de trans*, la transitivit&#233; peut &#234;tre dite souligner la mani&#232;re dont &#8211; plut&#244;t que d'&#234;tre des &#171; cas-limites particuliers susceptibles de fournir au normal et au normatif une base pour un sens renouvel&#233; de leur propre diff&#233;rence &#187; &#8211; les sujets trans* m&#233;tonymiques ainsi que les discours sur les cat&#233;gories corporelles qui les distinguent &#171; sont pr&#233;c&#233;d&#233;s, conditionn&#233;s et hant&#233;s par une condition de transitivit&#233; &#187; (Colebrook 2015, 228). La transitivit&#233; est la singularit&#233; pr&#233;personnelle pr&#233;c&#233;dent les pr&#233;dicats normatifs comme la race ou le genre. Dans sa potentialit&#233;, cette singularit&#233; est caract&#233;ris&#233;e par l'instabilit&#233;, ne se stabilisant que quand il s'agit de r&#233;guler des identit&#233;s corporelles lisibles. Ainsi, argumente Colebrook, les corps transgenres, transsexuels, tranimaux, etc., ne sont pas des suppl&#233;ments au discours de l'humain, mais, si l'on part de l'humain, ils en sont des substituts. &#171; Au commencement &#233;tait la transitivit&#233;, dit Colebrook, et c'est la m&#233;talepse, et la f&#233;tichisation de l'identit&#233; qui surviennent &#224; sa suite, qui d&#233;placent cette force &#187; (229). Voil&#224; qui nous rapproche du trans* de Eva Hayward : une perturbation qui interrompt le processus de purification, dans laquelle on retrouve &#233;galement la description propos&#233;e par Carter de la noirceur comme un drame interstitiel qui se donne &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'ordre de la puret&#233;. L'ajout de l'ast&#233;risque &#224; &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt;, en un sens, ouvre &#224; l'ouvert. Liant ces aspects au fonctionnement des moteurs de recherche sur internet, le blogueur et militant trans* Sevan Bussell (2012) remarque que l'ast&#233;risque indique &#171; &#224; ton ordinateur de chercher tous les mots o&#249; figure les lettres que tu as &#233;crites, suivies de n'importe quelle suite de caract&#232;res &#187;. L'ast&#233;risque dit ainsi au cyber&lt;i&gt;espace&lt;/i&gt; d'ouvrir d'avantage encore le pr&#233;fixe, &#171; ouvert et toujours ouvrant &#187;, qu'est &lt;i&gt;trans* &lt;/i&gt;(Tolbert 2013, 7).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, Avery Tompkins note que, concernant les discours explicitement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt; porte aussi le poids de son &#233;tymologie, comme tous les mots, et &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; (ou, &lt;i&gt;trans-&lt;/i&gt;), est un pr&#233;fixe pour dire : au travers, &#224; c&#244;t&#233; (para-), au-del&#224;. &lt;i&gt;Trans*&lt;/i&gt; est ailleurs, pas ici, parce qu'ici on sait &#224; quoi s'attendre, &#224; savoir : l'ontologiquement discernable, le circonscrit. Nous savons que &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; sugg&#232;re et a sugg&#233;r&#233; l'inclassifiable et l'illisible, mais j'aimerais ajouter qu'il sugg&#232;re aussi le mouvement omnipr&#233;sent du non-mouvement qui pr&#233;c&#232;de tout ce qui est humain, et tout qui est animal &#8211; tout ce qui, lisiblement, est. Eva Hayward et Jami Weinstein (2015, 196) notent que l'ast&#233;risque d&#233;signe la primaut&#233; non pas de l'humain, mais de &#171; l'&lt;i&gt;&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;ialisation de la vie &#187;. C'est dire que &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; d&#233;note son propre statut ante-fondateur, sa propre fugitivit&#233; dans la mesure o&#249; &#8211; en &#233;tant pr&#233;fixallement trans* et suffixallement une ast&#233;risque et donc se compl&#233;tant lui-m&#234;me avec incompl&#233;tude, refusant la force stabilisante de l'ontologie du mot racine &#8211;, trans* refuse l'enracinement. Syntactiquement et linguistiquement, &lt;i&gt;trans*&lt;/i&gt; est &#224; lui-m&#234;me sa propre non-racine, sa propre para. Les racines n'ont pas besoin de, et en fait ne peuvent pas, s'appliquer ici. D'o&#249; le fait que son nom marque paradoxalement sa propre innommabilit&#233;, perp&#233;tuellement en mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si trans* est ontologique, il l'est &#224; la mani&#232;re d'un mouvement qui produit l'&#233;tantit&#233;. En d'autres termes, trans* n'est pas une chose ou un &#234;tre, c'est plut&#244;t le processus par lequel la chos&#233;it&#233; et l'&#233;tantit&#233; sont constitu&#233;es. Dans son &#233;tat pr&#233;fixal, trans* est pr&#233;opositionnellement orient&#233; &#8211; il marque l'&lt;i&gt;avec&lt;/i&gt;, le par, le de, le dans, l'au travers qui rendent la vie possible. La vie trans* avance d&#233;lib&#233;r&#233;ment de c&#244;t&#233;, comme un crabe, en direction de l'ontologie ; trans* peut &#234;tre ontologique dans la mesure o&#249; trans* est le mouvement qui pr&#233;cis&#233;ment traverse la vitalit&#233; elle-m&#234;me. (Hayward et Weinstein 2015, 196-197)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trans* est &#224; la fois le mouvement et la force de mat&#233;rialisation qui &#171; peuvent devenir mati&#232;re, mais seulement de mani&#232;re pr&#233;positionnelle &#187;, ajoutent Hayward et Weinstein (197). Trans* est une op&#233;ration (mais pas d'ordre m&#233;canique) o&#249; il y a locomotion et agitation, trouble et perturbation des &#233;tats ontologis&#233;s. Ce point doit &#234;tre explicit&#233; : l'ast&#233;risque tout &#224; la fois &#233;toile-de-mer, plein-de-doigts et c&#233;leste, &#171; est l'ast&#233;risque agglutinant et la nature pr&#233;fixale de trans qui toujours mat&#233;rialise des mouvements pr&#233;positionnels&#8230; il est &lt;i&gt;une mat&#233;rialisation en mouvement&lt;/i&gt;. Comme tel, trans* n'est pas non-ontologique, mais plut&#244;t il est la force &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; qui rend l'ast&#233;risque capable d'adh&#233;rer &#224; telle ou telle mat&#233;rialisation particuli&#232;re. &#187; (197) Une force, une force m&#233;tonymique, voil&#224; ce que trans* est : comme la noirceur, provoquant express&#233;ment l'ontologisation, toujours en mouvement au-dessous d'elle, &#224; ses c&#244;t&#233;s et &#224; travers elle. Trans* brise et ouvre &#8211; toujours l&#230; fugitive qui d&#233;teste &#234;tre confine&#233;, qui, de fait, ne peut l'&#234;tre, y compris dans les cat&#233;gories transgenres, s'engageant dans une sorte de &#171; gu&#233;rilla &#187;, (s')incarnant en &#171; s'infiltrant et en &lt;i&gt;interrompant&lt;/i&gt; par sa viralit&#233; les mouvements sans accrocs et la coh&#233;rence dont le pouvoir d&#233;pend &#187; (Stone 2014, 92, je souligne). Trans* est le refus d'&#234;tre soi-m&#234;me, le refus d'&#234;tre certainE de soi, le refus d'&#234;tre certainE d'&#234;tre cela que trans* est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trans* comme transitivit&#233;, comme transfugitivit&#233; pr&#233;fixale, met en &#339;uvre ce que C. Riley Snorton appelle la &#171; transfiguration &#187; (Snorton 2011). En tant qu'analytique de la d&#233;stabilisation radicale qui &#171; fait signe vers un espace de transition con&#231;u comme un site qui nous permet de comprendre les relations queer &#187; qui lient l'universalit&#233; et les particularit&#233;s f&#233;ministes, la trans*/transitivit&#233; comme transfiguration op&#232;re dans l'espace de la liminalit&#233;, de la &lt;i&gt;trans&lt;/i&gt;ition, qui est le site m&#234;me de la stabilisation la plus radicale. Et cet espace transitif/transitionnel, &#233;crit Snorton, &#171; joue le r&#244;le d'un lieu o&#249; certaines pr&#233;suppositions concernant le genre et la mani&#232;re dont il cartographie les corps en viennent &#224; &#234;tre examin&#233;es au point d'imploser &#187;. Cette implosion, de m&#234;me que la volatilit&#233; de la noirceur, est une subversion sous-commune pleine d'irruptions et d'interruptions. Et cette sub-versivit&#233; transitive et sous-commune, comme LaMonda H. Stallings le dit du hip-hop (Stallings 2013, 135) a partie li&#233;e avec une fluidit&#233; (sous-)terraine et queer au sein de laquelle l'examen &#171; des coins et des recoins des corps [et des subjectivit&#233;s] en transition &#187; d&#233;sint&#232;gre les d&#233;marcations ontologiques de l'ontologie ontique. Une transitivit&#233; transfigurative d&#233;fait l'ontologie via la para-ontologie. Ce &#224; quoi Snorton r&#233;pond dans son essai &#171; Transfiguring Masculinities in Black Women's Studies &#187; [Transfigurer les masculinit&#233;s dans les &#233;tudes sur les femmes noires] (auquel le concept de transfiguration est emprunt&#233;) n'est autre qu'une tendance de certains m&#226;les f&#233;ministes noirs &#224; renforcer la binarit&#233; de genre en associant le terme &#171; m&#226;le &#187; &#224; la possession d'un p&#233;nis, aggravant ainsi une auto-r&#233;flexivit&#233; non-critique. Ce que Snorton cherche &#224; d&#233;faire, c'est la pr&#233;supposition selon laquelle p&#233;nis &#233;gale m&#226;le, &#224; la recherche d'un d&#233;ploiement plus expansif du f&#233;minisme noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, de m&#234;me que Snorton critique les cat&#233;gories g&#233;nitalement normatives du genres que les (m&#226;les) f&#233;ministes noir&#183;es, d&#233;fendent parfois involontairement, de m&#234;me, dans un effort de concr&#233;tiser &#171; trans*blasph&#233;matoirement &#187; (si l'on veut) mes propres efforts de th&#233;orisation, j'aimerais ici, moi aussi, &#233;viter de confondre trans*(genre) et blanchit&#233; raciale. Certes, comme Jasbir Puar l'explique, nous devons reconna&#238;tre la mani&#232;re dont la valeur est extraite des corps (trans*) racis&#233;s afin de produire la blanchit&#233; transgenre. S'appuyant sur les travaux de Susan Stryker et d'Aren Aizura, le projet de Puar dans &#171; Bodies with New Organs : Becoming Trans, Becoming Disabled &#187; [Corps avec de nouveaux organes : devenir trans, devenir handi&#183;e] (2015) est de toujours imaginer une affiliation entre les discours handis, trans*, raciaux et interesp&#232;ces, au travers du concept de &#171; devenir trans &#187;, un concept qui revient &#224; dire, de mani&#232;re assez controvers&#233;e, que les fronti&#232;res sont poreuses entre les cat&#233;gories puisque le devenir trans engage la force de la multiplicit&#233; ontologique, d&#233;jouant les d&#233;sirs de position finale &#224; atteindre &#8211; ce qui assure l'impossibilit&#233; toujours en mouvement en vertu de laquelle &#171; il n'y a pas de trans &#187; (46-47, 62). Puar &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devenir trans se fait passer pour un mouvement t&#233;l&#233;ologique. Comme si qui que ce soit pouvait jamais devenir trans ! Trans est souvent confondu avec son propre horizon, et en ce sens, le devenir trans est confondu avec un devenir lin&#233;aire et t&#233;l&#233;ologiquement orient&#233;, comme un pronostic qui deviendrait le diagnostique contemporain du corps et qui domestiquerait le corps trans par des normes r&#233;gulatrices de permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devenir trans, de ce point de vue, doit plut&#244;t mettre en lumi&#232;re l'impossibilit&#233; de la lin&#233;arit&#233;, de la permanence et des points finaux. (62-63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De prime abord, on pourrait reprocher &#224; Puar d'effacer ainsi les sujets transgenres. Apr&#232;s tout, dire qu'&#171; il n'y a pas de trans &#187; est une affirmation assez provocatrice et contentieuse, surtout pour une th&#233;oricienne queer. Mais Puar sugg&#232;re en fait ici quelque chose d'assez profond. On ne saurait arriver &#224; trans* pr&#233;cis&#233;ment parce que trans* est mouvement, excitation, agitation. &#171; &#202;tre &#187; trans* est une impossibilit&#233;, dans la mesure o&#249; trans* est un non/site radicalement instable, une condition de possibilit&#233; qui pr&#233;c&#232;de le &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt; au sens heidegg&#233;rien. Trans* est &#171; une force &#187; et &#171; une intensit&#233; &#187; plut&#244;t qu'une identit&#233;, fix&#233;e ou pas (Puar 2014, 80). Trans* n'est pas lin&#233;aire, permanent ou final &#8211; trans* est en fait l'impossibilit&#233; de cela. &#171; Parfois, &#231;a reste en bordel &#187;, &#233;crit Maggie Nelson &#224; propos de son partenaire Harry Dodge qui insiste pour dire &#224; propos de sa subjectivit&#233; genr&#233;e : &#171; &lt;i&gt;je ne suis pas en chemin vers quoi que ce soit&lt;/i&gt; &#187; (Nelson 2015, 52-53). Nelson et Dodge donnent voix &#224; l'impossibilit&#233;, la non-lin&#233;arit&#233; des identit&#233;s (genr&#233;es). Ainsi &#171; devenir trans &#187; fait r&#233;f&#233;rence au mouvement de rupture perp&#233;tuelle : un beau bordel. Li&#233; historiquement aux philosophies grecques d'H&#233;raclite et d'Aristote, le devenir d&#233;note la d&#233;faite de la stase, de l'&#234;tre-tel, qui sont quant &#224; eux li&#233;s au connu et au connaissable de l'identit&#233; fixe ; le devenir marque ainsi le mouvement perp&#233;tuel de la transition. En ce sens, il n'est pas li&#233; au t&#233;l&#233;ologique, au lin&#233;aire, au r&#233;gul&#233;, au logique. Dire qu'il n'y a pas de &#171; trans* &#187;, c'est dire, en un sens apparemment oxymorique, qu'il n'y a pas de manifestation lisible ou identifiable de la trans*itude. Trans* est une anoriginarit&#233; hors-la-loi qui refuse d'&#234;tre captur&#233;e, qui refuse toute description ontologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corps trans* m&#233;tonymiques, les corps noirs m&#233;tonymiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet des corps qui sont jug&#233;s trans* et du fait qu'ils sont toujours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont des corps marrons qui &#171; en savent long sur la possibilit&#233; &#187;. Comme Moten et Harney l'affirment, s'adressant &#224; et parlant avec une certaine trans*itude/transitivit&#233; et une certaine noirceur, &#171; elles sont conditions de possibilit&#233; de production du savoir &#187; (2004, 105). La trans*itude, et la trans*itude de la noirceur, se situent au-del&#224; de la politique, et des distinctions et des lisibilit&#233;s d&#233;j&#224; en cours &#8211; perp&#233;tuellement en cours, en mouvement perp&#233;tuel &#8211; et, &lt;i&gt;w&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ay, way below&lt;/i&gt;, depuis les dessous du non/texte qu'est le &#171; texte cach&#233; &#187; dans lequel se tisse une sorte d'infrapolitique qui est, tout &#224; la fois, avant et au-del&#224; (Kelley 1994)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; way, way below &#187; est une r&#233;f&#233;rence au texte de Robin D. G. Kelley : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Ce groove alternatif o&#249; nous vivons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'Amiri Baraka est &lt;i&gt;in the break&lt;/i&gt;, [dans l'arr&#234;t, dans la f&#234;lure, dans l'interruption]. Elle est dans la sc&#232;ne, et dans la musique. Ce lieu, &#224; la fois interne et interstitiel, d&#233;termine le caract&#232;re de l'intervention politique et esth&#233;tique de Baraka. La syncope, la performance, l'organisation anarchique de la substance phonique d&#233;finit un champ ontologique o&#249; le radicalisme noir est mis au travail&#8230; La tradition radicale noire&#8230; constitue son radicalisme : une coupure et le refus abondant de la cl&#244;ture. Ce refus de la cl&#244;ture n'est pas un rejet mais une improvisation incessante par laquelle l'ensemble se reconstruit ; le motif de cette reconstruction est la diff&#233;renciation sexuelle de la diff&#233;rence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fred Moten, &lt;i&gt;In the Break : The Aesthetics of the Black Radical Tradition&lt;/i&gt; [Dans l'arr&#234;t. L'esth&#233;tique de la tradition radicale noire]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noirceur de la trans*itude et la trans*itude de la noirceur d&#233;/marquent, pour citer Katherine McKittrick en modifiant l&#233;g&#232;rement sa formule, un &#171; non-sol d&#233;monique &#187;. McKittrick d&#233;crit le &#171; sol d&#233;monique &#187; comme &#171; des perspectives, des enceintes qui se tiennent au bord des configurations gouvernementales contemporaines, configurations par lesquelles l'humain est d&#233;fini comme homme afin d'abolir la figuration et la cr&#233;ation d'autres formes de vie &#187; (Weheliye 2008, 323). Le sol d&#233;monique, autrement dit, est un sol fugitif et instable : &#171; un syst&#232;me fonctionnel qui n'a pas de r&#233;sultat pr&#233;d&#233;termin&#233; ou connu &#187;, &#171; un processus qui d&#233;pend de l'incertitude et de la non-lin&#233;arit&#233; &#187; (McKittrick 2006, xxiv). Dire que la noirceur et la trans*itude d&#233;/marquent un non-sol d&#233;monique, c'est faire un usage cr&#233;atif de la langue pour d&#233;crire le &#171; l&#224; &#187; mais aussi le &#171; non-l&#224; &#187; de ce sol qui n'est pas un sol &#8211; un sol qui, en n'&#233;tant pas un sol, est la condition de possibilit&#233; de tous les sols &#8211;, un non-sol qui, en d'autres termes, est noir et trans*. Le non-sol d&#233;monique r&#233;sonne avec le &#171; (tout)trou noir (&lt;i&gt;black (w)hole&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par r&#233;f&#233;rence &#224; l'article &#171; Black (W)holes and the Geometry of Black Female (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; d'Evelynn Hammond, et qu'elle situe dans une g&#233;n&#233;alogie f&#233;ministe noire en mettant en avant l'ab&#238;me d'accusation, de r&#233;v&#233;lation et de critique (&#233;tymologiquement : d&#233;monique ou satanique) qui sous-tend l'ordre de la puret&#233;. Le (tout)trou noir, lui aussi, est un espace de liminalit&#233;, de volatilit&#233;, et dans cette liminalit&#233;/volatilit&#233;, il est g&#233;n&#233;rateur, puissant et destructeur de l'humain-comme-homme. Alternativement, je pourrais d&#233;signer cet espace d&#233;monique comme &#171; virtuel &#187;, puisque la virtualit&#233; est un non/espace anim&#233; par &#171; une tension vivante, une orientation d&#233;sirante envers l'&#234;tre/le devenir &#187; qu'on peut d&#233;crire comme le &#171; th&#233;&#226;tre de sauvages activit&#233;s &#187; (Barad 2015, 396)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour citer plus compl&#232;tement son texte, Karen Barad &#233;crit : &#171; Les particules (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'il soit d&#233;monique ou virtuel, il y a assur&#233;ment quelque chose qui a &#224; voir avec le son dans cette liminalit&#233;, quelque chose qui fait &#233;cho au &#171; Black Mo'nin' &#187; [la complainte noire] ou au &#171; break &#187; [l'arr&#234;t, la f&#234;lure, l'interruption] de Moten, ou au deuil comme condition de la vie noire de Claudia Rankine (2015).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais ici allusion au chapitre intitul&#233; &#171; Black Mo'nin' &#187; et au concept de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou peut-&#234;tre ce que je veux dire ici c'est qu'il y a quelque chose de rythmiquement et d'intersticiellement po&#233;tique ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;sign&#233; la noirceur et la trans*itude comme des forces po&#233;tiques tout le long de cet essai, en &#233;cho aux travaux de Fred Moten. Dans ce sens, trans*itude et noirceur partagent une affiliation disciplinaire avec l'&#339;uvre d'Amiri Baraka. Sans doute Baraka n'aurait pas consacr&#233; beaucoup de temps &#224; penser sa relation &#224; la trans*itude, et pourtant, Moten voit dans l'&#339;uvre de Baraka l'exemple parfait de l'intersticialit&#233; musicale. Exemple arch&#233;typal de la tradition radicale noire, Baraka habite le &lt;i&gt;break&lt;/i&gt;, les sous-communs, il refuse la forclusion de sa po&#233;tique non-fixante. Et dans cette posture de refus, la posture fugitive est syncop&#233;e, in&#233;gale, diff&#233;rante et diff&#233;rentielle. Et la syncopation, comme le &lt;i&gt;break&lt;/i&gt; dans son ensemble, est un ab&#238;me b&#233;&#233; qui est lui-m&#234;me, comme Moten l'&#233;crit &#224; propos du &lt;i&gt;black mo'nin'&lt;/i&gt;, &#171; la diff&#233;rence au-dedans de l'invagination entre la coupure et ce qui encercle, l'invagination &#233;tant ce principe d'impuret&#233; qui&#8230; est constamment improvis&#233; par le pouvoir de rupture et d'augmentation d'une singularit&#233; toujours d&#233;j&#224; multiple, pr&#233;sente et pleine de perturbations &#187; (2003, 202). Cette singularit&#233; multiple, pr&#233;sente et pleine de perturbations est ce que j'ai appel&#233; &#171; noirceur &#187; et ce que j'ai appel&#233; &#171; trans*itude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant que dans leur po&#233;tique, dans la musicalit&#233; de Baraka, comme dans celle de la noirceur et dans celle de la trans*itude, il y a, aussi, une force rythmique. Nous sommes entour&#233;&#183;es de rythmes qui se r&#233;verb&#232;rent tout au travers des vibrations du monde mat&#233;riel que nous habitons, mais le rythme qui pr&#233;vaut, celui qui cherche &#224; circonscrire notre cacophonie para-ontologique, est ce que Fred Moten et Stefano Harney appellent un &#171; rythme de mort &#187;. Seulement, comme ils l'affirment, &#171; au c&#339;ur de la production [du rythme de mort], on trouve une certaine indiscr&#233;tion&#8230; une r&#233;sonance haptique qui rend possible et impossible ce rythme meurtrier, la musique sous-commune qui &#233;chappe sans cesse &#224; la logistique &#233;mergente de ce rythme mortel et l'&#233;puise. &#187; (2014, 185-186). Bouillonnant au-dessous du rythme de mort de l'h&#233;g&#233;monie, il y a une non-discr&#233;tion et une fugitivit&#233; que j'appelle &#171; noire &#187; et &#171; trans* &#187;. Elles r&#233;sident dans les sous-communs, refusant la logique de la logique, qui est un autre nom pour le rythme de mort. &#171; Si la logisticalit&#233; est la capacit&#233; r&#233;sidente de vivre sur la terre, &#233;crivent Moten et Harney, la logistique est la r&#233;gulation de cette capacit&#233; au service de la fabrication forc&#233;e du monde, ce monde de z&#233;ro-un, un-deux qui poursuit l'antagonisme g&#233;n&#233;ral de la vie sur terre. &#187; Si la logique, l'h&#233;g&#233;monie &#8211; et leurs analogues de genre et de race : la blanchit&#233; et le cissexisme &#8211; s'efforcent de cr&#233;er des individus logiques, c'est pour mieux les enserrer dans le pi&#232;ge symphonique du rythme de mort. Le rythme de mort cherche la structure, la fixit&#233; ; il cherche &#224; &#171; battre ce rythme et &#224; couvrir le son sous-commun qui garde sa propre mesure &#187; (Moten et Harney 2014, 187-88). Et ce rythme alternatif qui affronte sans cesse sa propre extermination m&#233;lodique est, en d'autres termes, noir et trans*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin et la mise en &#233;chec de l'individu logique qui chante sur l'air du rythme de mort est, comme le disent Moten et Harney, &#171; chair/noirceur &#187; (189). C'est aussi une certaine sorte de trans*itude, une coupure fatale, une d&#233;hiscence, une rupture qui recoud la circonscription. En la caract&#233;risant comme une &#171; action fant&#244;matique &#187;, Moten et Harney &#233;nonce la socialit&#233; para-ontologique de la noirceur, et, si l'on suit ma propre extension, de la trans*itude. Ils &#233;crivent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on pourrait appeler la vie sociale des choses n'est importante que dans la mesure o&#249; elle nous permet d'imaginer que la vie sociale n'est pas une relation entre les choses, mais plut&#244;t ce champ de frottement et de rupture qui op&#232;re &#8211; tout en n'&#233;tant le travail de personne, ni d'aucune chose &#8211; dans sa richesse absolue. Le travail social de cette vie sociale n'est pas un travail, mais la folie demeure ; frottement et rupture font tout sauf &#233;merger, mais dans leur non-&#233;mergence, frottement et rupture sont une impr&#233;cision qui demandent de nous que nous parlions d'elles comme si elles &#233;taient quelque chose non seulement de discret, mais de pur. Cette &#171; chose &#187;, notre chose, le groove alternatif que nous habitons, l'insurrection locale d&#233;valu&#233;e et inestimable &#8211; d&#233;sob&#233;it &#224; notre invocation la plus aimante. Le don de l'esprit est offert &#224; perte et z&#233;ro-un se retrouve avec un go&#251;t d'amertume dans la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noirceur et la transitude : ce &#171; groove alternatif que nous habitons &#187;, un groove qui souligne le groove dans le groove et le d&#233;fait, l'ouvre encore et encore. Ce que j'ai tent&#233; ici &#233;tait un &#171; pillage de tombe &#187; strat&#233;gique, comme auraient pu le dire Omise'eke Natasha Tinsley et Matt Richardson (2014, 161), un stratag&#232;me qui insiste sur la n&#233;cessit&#233; d'&#171; exhumer les outils qui pourraient nous aider &#224; expliquer ce qui se passe depuis si longtemps dans le fond du jardin &#187;. J'insiste pour dire que ce travail, et mon corpus universitaire en g&#233;n&#233;ral, en tant qu'approche m&#233;thodologique pour une &#233;tude trans* noire, est une tentative de &#171; d&#233;terrer les squelettes du racisme, de la misogynie et d'autres violences syst&#233;miques afin de les assembler &#187; pour penser le monde dans lequel nous vivons (161). C'est une musique alternative, une musique qui pulse sur un groove alternatif, ou peut-&#234;tre sur un groove qui n'adh&#232;re m&#234;me pas encore aux principes soniques du groove lui-m&#234;me. Mais tant mieux, parce que nous savons que ce qui se fait passer pour rythme a en r&#233;alit&#233; &#233;t&#233; structur&#233; comme un rythme &#171; de mort &#187; in&#233;vitable et constitutif. Dans cette veine alternative du groove, la noirceur et la trans*itude sont des choses qui marquent discursivement leur l&#224; et leur non-l&#224;, leur volatilit&#233; linguistique, leur &#233;vitement des nominations syntactiques (nominations qui, en elle-m&#234;mes, sont une forme de fixation). Toujours &#233;chappant avec art &#224; la vie encadr&#233;e, la noirceur et la trans*itude chargent d'amertume la formulation binaire du z&#233;ro-un qu'est l'ontologie. &#171; Attrape-moi si tu peux &#8211; mais tu ne peux pas, et tu ne le pourras jamais &#187;, disent la noirceur et la trans*itude en sautillant, en fugue, se tenant la main peut-&#234;tre, et la bouche pleine de rires (ha ha ha).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Texte propos&#233; et traduit de l'am&#233;ricain par Emma B., autrice du Pr&#233;lude. &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
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&lt;p&gt;Weed, Elizabeth, and Naomi Schor, eds. 1997. &lt;i&gt;Feminism Meets Queer Theory&lt;/i&gt;. Bloomington : Indiana University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weheliye, Alexander G. 2008. &#8220;After Man.&#8221; &lt;i&gt;American&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Literary&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;History&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;20, no. 1 : 321&#8211;36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. 2014. &#8220;Engendering Phonographies : Sonic Technologies of Blackness.&#8221; &lt;i&gt;Small&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Axe&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;18, no. 2 : 180&#8211;90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wright, Michelle M. 2015. &lt;i&gt;Physics&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;of&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Blackness :&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Beyond&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;the&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Middle&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Passage&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Epistemology&lt;/i&gt;. Minneapolis : University of Minnesota Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.thefeministwire.com/2015/06/race-and-gender-are-not-the-same-is-not-a-good-response-to-the-transracial-transgender-question-or-we-can-and-must-do-better/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.thefeministwire.com/2015...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;&lt;a href=&#034;https://www.academia.edu/33183816/The_Trans_ness_of_Blackness_the_Blackness_of_Trans_ness&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Trans*-Ness of Blackness, the Blackness of Trans*-Ness&lt;/a&gt;.&#8221; &lt;i&gt;TSQ : Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 4, no. 2, 2017, pp. 275&#8211;295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : Dans &#171; &lt;a href=&#034;https://leschroniquesdemarcel.blogspot.com/2021/04/michel-foucault-litterature-et-langage.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Litt&#233;rature et langage&lt;/a&gt; &#187; (conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; Bruxelles en 1964), Foucault parle d'&#171; une blancheur essentielle o&#249; na&#238;t la question &#8220;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&#8221;, une blancheur essentielle qui est cette question m&#234;me. Celle-ci par cons&#233;quent, cette question, ne se superpose pas &#224; la litt&#233;rature, elle ne s'ajoute pas par une conscience critique suppl&#233;mentaire &#224; la litt&#233;rature, elle est l'&#234;tre m&#234;me de la litt&#233;rature, originairement &#233;cartel&#233; et fractur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. le film de 1990 intitul&#233; &lt;i&gt;Paris Is Burning&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; par Jennie Livingston. Ce film est un documentaire qui concerne la sc&#232;ne drag de l'underground newyorkais o&#249; des groupes de jeunes queer racis&#233;&#183;es voguent, d&#233;robent, performent la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; (&lt;i&gt;realness&lt;/i&gt;) et d&#233;stabilisent tout ce qu'on peut penser de la performativit&#233; de genre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spillers &#233;crit qu'&#171; il faut arriver &#224; une posture d'insurrection critique ; on ne peut pas simplement la pr&#233;supposer. &#187; Mais je suis tent&#233; d'ajouter que puisque la noirceur est sous-jacente &#224; cette possibilit&#233;, elle &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; &#234;tre pr&#233;suppos&#233;e, parce qu'elle est la fondation de la fondation de toute chose. Pour reprendre les mots d'Amaryah Shaye, &#171; la Noirceur est une chose, est un espace, &lt;i&gt;qui est d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;. &#187; (2014a). En tant qu'anoriginaire, on peut la pr&#233;supposer du fait qu'elle est toujours, et qu'elle a toujours &#233;t&#233;, avant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;khan utilise le pronom singulier &lt;i&gt;they&lt;/i&gt;, que j'honore ici. [NdT : et que nous traduisons imparfaitement avec le pronom neutre &lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;el&lt;/i&gt;, comme pour Marquis Bey ellui-m&#234;me.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : Allusion &#224; &#171; &lt;a href=&#034;https://soundcloud.com/curtismayfield/do-do-wap-is-strong-in-here-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Do Do Wap Is Strong In Here&lt;/a&gt; &#187; tir&#233; de l'album &lt;i&gt;Short Eyes&lt;/i&gt; (1977), o&#249; un homme noir s'efforce de &lt;i&gt;keep from dyin'&lt;/i&gt; [s'emp&#234;cher de mourir] et &lt;i&gt;plan to stay a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lack motherfucker &lt;/i&gt;[compte bien rester un salaud de Noir], ainsi qu'&#224; &#171; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/PmB3gVOceB0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I Plan To Stay A Believer&lt;/a&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;[je compte bien continuer &#224; croire], tir&#233; de &lt;i&gt;Curtis/Live !&lt;/i&gt; (1971) o&#249;, face aux multiples fins du monde auxquelles les vies Noires font face (&lt;i&gt;judgment day is already &lt;/i&gt;&lt;i&gt;in play&lt;/i&gt;&lt;i&gt; for the Black&lt;/i&gt;), le chanteur parle de congr&#233;gation et de lutte et des futurs qu'elles peuvent ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;. par exemple l'article de Kai M. Green, &#171; &#8216;Race and Gender Are Not the Same !' Is Not a Good Response to the &#8216;Transracial'/Transgender Question or We Can and Must Do Better &#187; [&#8216;La race et le genre, c'est pas la m&#234;me chose !' n'est pas une bonne r&#233;ponse &#224; la question &#8216;transraciale'/transgenre et nous pouvons, et nous devons faire mieux] (2015b) ; ou encore l'article que nous avons co&#233;crit avec Theodora Sakellarides, &#171; When We Enter : The Blackness of Rachel Dolezal &#187; [Quand nous entrons : la noirceur de Rachel Dolezal] &#187; (2016) ; ou encore le livre de Rogers Brubaker, &lt;i&gt;Trans : Gender and Race in an Age of Unsettled Identities&lt;/i&gt; (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une r&#233;f&#233;rence &#224; la formule de Judith Butler selon laquelle &#171; la possibilit&#233; n'est pas un luxe ; elle est aussi cruciale que le pain &#187; (2004, 29).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &#171; People-of-Color-Blindness : Notes on the Afterlife of Slavery &#187; [C&#233;cit&#233; aux personnes racis&#233;es : notes sur la survivance de l'esclavage], Sexton &#233;crit, citant Giorgio Agamben que &#171; les r&#233;fugi&#233;&#183;es sont un concept limite, une figure qui &#8220;tout &#224; la fois met radicalement en crise les principes de l'&#201;tat-nation et fait la place &#224; un renouvellement des cat&#233;gories qui ne peut plus &#234;tre remis &#224; plus tard.&#8221; Ce renouvellement urgent des cat&#233;gories est rendu possible par la crise conceptuel de l'&#201;tat-nation repr&#233;sent&#233; par les r&#233;fugi&#233;&#183;es dans la mesure o&#249; iels d&#233;sarticulent &#8220;la trinit&#233; de l'&#201;tat-nation-territoire&#8221; et &#8220;le principe m&#234;me de l'inscription dans la nativit&#233;&#8221; sur lequel cette trinit&#233; se fonde. Les r&#233;fugi&#233;&#183;es sont le sujet politique contemporain par excellence parce qu'iels exposent &#224; la vue de toustes &#8220;la fiction originaire de la souverainet&#233;&#8221; et la rendent, par l&#224;-m&#234;me, disponible &#224; la pens&#233;e. &#187; (2010, 31) Voil&#224; qui donne du champ &#224; ma tentative de penser l'anoriginarit&#233; et les conditions (hors-la-loi) de la distinction et la d&#233;stabilisation des cat&#233;gories normatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, Avery Tompkins note que, concernant les discours explicitement transgenres, &#171; les personnes qui militent pour l'ajout de l'ast&#233;risque &#224; trans* affirment que l'ast&#233;risque signale une plus grande inclusivit&#233; des nouvelles identit&#233;s et des nouvelles expressions de genre et qu'il repr&#233;sente mieux la communaut&#233; &#233;largie des individus qui se retrouvent dans ce signe. Trans* est ainsi &#224; comprendre non seulement comme incluant les identit&#233;s telles que transgenre, transsexuel&#183;le, homme trans* et femme trans* o&#249; l'on retrouve le pr&#233;fixe trans-, mais aussi des identit&#233;s telles que &lt;i&gt;genderqueer&lt;/i&gt;, neutrio, intersexe, agenre, deux-esprits, travesti&#183;e et &lt;i&gt;genderfluid&lt;/i&gt;. &#187; (2014, 27)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sujet des corps qui sont jug&#233;s trans* et du fait qu'ils sont toujours d&#233;j&#224; index&#233;s &#224; la noirceur, on peut consid&#233;rer le &#171; d&#233;bat sur les toilettes &#187; et la mani&#232;re dont le discours antitrans* s'indexe sur l'h&#233;ritage de l'esclavage racial et &#224; ses survivances. Je pense notamment aux signes plac&#233;s dans les toilettes et les r&#233;gimes (violents) de normativit&#233; de genre qui reprennent et imitent les signes de l'&#233;poque Jim Crow faisant r&#233;f&#233;rence aux &#171; hommes (&lt;i&gt;men&lt;/i&gt;) &#187;, aux &#171; femmes (&lt;i&gt;women&lt;/i&gt;) &#187; et aux &#171; personnes de couleur (&lt;i&gt;colored&lt;/i&gt;) &#187; &#8211; &#171; dramatisant ainsi la mani&#232;re dont le &#8220;corps sexu&#233;&#8221; lacanien est toujours d&#233;j&#224; un corps racialis&#233; et un corps colonis&#233;, et comment les personnes Noires et/ou indig&#232;nes ont toujours fait figure de hors-la-loi du sexe et du genre qu'il fallait discipliner et punir &#187; (Gossett 2016). Bref, &#171; on ne saurait penser la binarit&#233; de genre en dehors du contexte de l'esclavage racial &#187;, ce qui revient &#224; dire que, dans le contexte &#233;tatsunien, la binarit&#233; de genre est ins&#233;parable du contexte de la noirceur et de ses nombreuses vies dans la survivance de l'esclavage (Gossett 2016). Les transgressions de genre &#8211; et en r&#233;alit&#233;, du caract&#232;re fondamental de &#171; l'humain &#187; et de ses pr&#233;dicats normatifs de race et de genre &#8211; indexent tout &#224; la fois, n&#233;cessairement, la noirceur et la trans*itude. La noirceur est inextricable de la trans*itude.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;w&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ay, way below&lt;/i&gt; &#187; est une r&#233;f&#233;rence au texte de Robin D. G. Kelley : &#171; Writing Black Working-Class History From Way, Way Below &#187; [&#201;crire l'histoire de la classe ouvri&#232;re noire depuis le dessous, tr&#232;s au-dessous]. Kelley emprunte le concept d'infrapolitique &#224; James C. Scott, un anthropologue du politique qui a notamment men&#233; une recherche importante dans la paysannerie malaisienne entre 1978 et 1980. Le concept de &#171; texte cach&#233; &#187; est &#233;galement emprunt&#233; &#224; Scott, et Kelley le d&#233;finit comme une &#171; culture politique dissidente qui se manifeste dans les conversations quotidiennes, le folklore, les blagues, les chansons et quantit&#233;s d'autres pratiques culturelles. Ces mondes sociaux et culturels cach&#233;s des peuples opprim&#233;s font r&#233;guli&#232;rement surface dans des formes quotidiennes de r&#233;sistance qui vont du vol, au tra&#238;nage de pied, &#224; la destruction de la propri&#233;t&#233; et plus rarement &#224; des attaques ouvertes contre des individus, des institutions ou des symboles de la domination. &#187; (1994, 8)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par r&#233;f&#233;rence &#224; l'article &#171; Black (W)holes and the Geometry of Black Female Sexuality &#187; [(Tout)Trous noirs et la g&#233;om&#233;trie de la sexualit&#233; des femmes noires &#187; (1994), dans lequel Evelynn Hammond cherche &#224; mettre au jour les raisons du silence qui porte sur la sexualit&#233; des femmes noires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour citer plus compl&#232;tement son texte, Karen Barad &#233;crit : &#171; Les particules virtuelles ne sont pas dans le vide mais &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; vide. Elles sont sur le fil du rasoir du non/&#234;tre. Le vide est une tension vivante, une orientation pleine de d&#233;sirs d'&#234;tre/devenir. Le vide est plein d'app&#233;tits, il regorge d'actes d'imagination innombrables quant &#224; ce qui pourrait encore &#234;tre (et avoir &#233;t&#233;). Les fluctuations du vide sont des d&#233;viations/variations virtuelles de l'&#233;tat classique du vide et de son z&#233;ro d'&#233;nergie. C'est-&#224;-dire que &lt;i&gt;la virtualit&#233; est l'exploration/&lt;/i&gt;&lt;i&gt;interrogation du n&#233;ant ; la virtualit&#233; est l'exp&#233;rience de pens&#233;e incessante que le monde fait sur lui-m&#234;me.&lt;/i&gt; Et en effet, la physique quantique nous dit que &lt;i&gt;le vide est une exploration infinie de tous les couplages possibles de particules virtuelles, le &#8220;th&#233;&#226;tre de sauvages activit&#233;s&#8221;&lt;/i&gt;. &#187; (2015, 396)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je fais ici allusion au chapitre intitul&#233; &#171; Black Mo'nin' &#187; et au concept de &#171; break &#187; d&#233;velopp&#233; par Moten dans &lt;i&gt;In the Break : The Aesthetics of the Black Radical Tradition&lt;/i&gt;, ainsi qu'&#224; un article de Claudia Rankine paru dans le &lt;i&gt;New York Times &lt;/i&gt;et intitul&#233; &#171; The Condition of Black Life Is One of Mourning &#187; [La condition noire est une condition de deuil] (2015). &lt;i&gt;Black Mo'nin'&lt;/i&gt; pour Moten est l'ensemble des r&#233;sonances soniques des images, la noirceur, si l'on veut, du trauma racial. Le &lt;i&gt;break&lt;/i&gt; est l'espace liminal noir et g&#233;n&#233;ratif qui se trouve &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;. Comme Valorie Thomas (2012, 50) l'&#233;crit dans sa contribution &#224; &lt;i&gt;Black Cool : One Thousand Streams of Blackness&lt;/i&gt; [Le cool noir : un millier de mouvance de la noirceur], le &lt;i&gt;break&lt;/i&gt; &#171; est une technologie transformatrice qui fait miroir &#224; la vitalit&#233;, &#224; la dissonnance et &#224; la coh&#233;rence sous-jacente des processus culturels diasporiques. &#187; Enfin, Rankine d&#233;fend l'id&#233;e selon laquelle la condition m&#234;me sur laquelle la vie noire se fonde a pour sol le deuil &#8211; deuil de la mort, essentiellement, qui est le mode d'appara&#238;tre de la noirceur dans l'espace public cod&#233; comme blanc. Tous ces concepts d&#233;signent des espaces interstitiels qui r&#233;sonnent de diff&#233;rentes musiques et de diff&#233;rentes tonalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour un toxico-communisme</title>
		<link>https://trounoir.org/Pour-un-toxico-communisme</link>
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		<dc:date>2022-11-10T09:34:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>
		<dc:subject>Soin</dc:subject>
		<dc:subject>ME O'Brien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre politique r&#233;volutionnaire doit se saisir de nos nombreux fragments bris&#233;s et mis&#233;rables.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/vocalhiv-1280x720-2_1_.jpg?1731403066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourchass&#233;s et criminalis&#233;s, les usag&#233;s de drogues furent ces derniers mois au centre de l'attention tant des m&#233;dias de droite comme de gauche, que des forces de l'ordre. Revenant sur l'exp&#233;rience des Young Lords ainsi que sur son exp&#233;rience personnelle, M.E. O'Brien, autrice de &lt;i&gt;Abolir la famille&lt;/i&gt; (&#224; para&#238;tre aux &#201;ditions la Temp&#234;te), soutient dans cet article une politique de soins pour celles et ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; exclus &#187; de la pratique et de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire classique : &#034;Nous avons besoin d'une politique communiste qui nous accepte tou&#183;tes et nous engage tels que nous sommes : des freaks et des rat&#233;s, des trans-p&#233;d&#233;-gouines, des casseurs et des cassos mis&#233;rables, des fous et des toxicos.&#034; Nous remercions &lt;a href=&#034;https://agitations.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;agitations.net&lt;/a&gt; de nous avoir autoris&#233; la republication de ce texte initialement traduit et publi&#233; sur leur site.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour un toxico-communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Personne n'est jetable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1970, le mouvement des Young Lords (les Jeunes seigneurs, mouvement nationaliste portoricain communiste, NdT) et le parti des Black Panthers occup&#232;rent une partie de l'H&#244;pital Lincoln [&#224; New York], mettant en place le premier programme de d&#233;sintoxication du Sud du Bronx, qui &#233;tait alors l'&#233;picentre de l'&#233;pid&#233;mie de l'usage d'h&#233;ro&#239;ne dans la ville. La &#8220;D&#233;sintox' Populaire&#8221; &#233;tait g&#233;r&#233;e depuis les anciennes r&#233;sidences infirmi&#232;res par une coalition de nationalistes de gauche portoricains et Noirs, des socialistes, et des travailleurs m&#233;dicaux radicalis&#233;s. Influenc&#233;s par le travail psychiatrique de Frantz Fanon, ils consid&#233;raient l'&#233;ducation politique r&#233;volutionnaire comme essentielle au d&#233;passement de l'addiction. Mutulu Shakur, Vicente &#8220;Panama&#8221; Alba, Cleo Silvers, Dr. Richard Taft et d'autres responsables du programme renouvel&#232;rent le traitement de la d&#233;pendance aux &#201;tats-Unis &#224; travers l'acupuncture, une pratique qui s'institutionnalisa et se r&#233;pandit depuis. En 1971, ils obtinrent un financement municipal pour leur programme de d&#233;sintoxication, qu'ils poursuivirent jusqu'&#224; ce que la police fasse une descente dans leurs locaux en 1978, afin d'expulser la direction r&#233;volutionnaire. Ces ann&#233;es-l&#224; furent celles o&#249; l'auto-organisation politique dans le quartier du Bronx &#233;tait &#224; son apog&#233;e, mais aussi la p&#233;riode o&#249; le VIH&#8212;encore flou voire ignor&#233; par les autorit&#233;s m&#233;dicales&#8212;commen&#231;a &#224; tuer parmi les utilisateurs de drogues par injection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Offensive de l'H&#244;pital Lincoln, comme la nomm&#232;rent les Young Lords, ne fut qu'une de leurs nombreuses campagnes li&#233;es &#224; la sant&#233; populaire. Les Young Lords organis&#232;rent aussi un sit-in dans le bureau d'un commissaire municipal de la sant&#233; pour r&#233;clamer un d&#233;pistage de la peinture au plomb pour les enfants de l'est de Harlem et du Bronx Sud. Ils prirent &#233;galement le contr&#244;le d'un camion de radiographie mobile pour d&#233;pister la tuberculose. De cette mani&#232;re, ils anticipaient les d&#233;cennies qui allaient suivre d'addiction au crack, d'&#233;pid&#233;mie du sida et du VIH, ainsi que l'explosion de l'incarc&#233;ration de masse. Ils reconnurent aussi les limites de leur propre capacit&#233; &#224; s'organiser, alors m&#234;me que la d&#233;pendance aux drogues contribuait &#224; d&#233;faire l'auto-organisation r&#233;volutionnaire et l'insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e du d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces initiatives eurent lieu dans un contexte d'un mouvement plus large ayant pour vocation de prendre le contr&#244;le, de d&#233;mocratiser et d'am&#233;liorer les nombreuses infrastructures social-d&#233;mocrates &#233;rig&#233;es par la ville de New York suite &#224; la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Les femmes Noires du mouvement pour les droits sociaux organis&#232;rent des sit-ins afin d'obtenir des prestations sociales. Les syndicalistes Noirs et portoricains s'organis&#232;rent avec succ&#232;s pour accro&#238;tre le nombre d'emplois municipaux syndicalis&#233;s. Les &#233;tudiant&#183;es occup&#232;rent des b&#226;timents des universit&#233;s publiques gratuites de la ville, obtenant le droit &#224; la libre inscription pour tou&#183;tes. Ces militant&#183;es ont affront&#233; les contradictions raciales de New York, cherchant &#224; transformer une d&#233;mocratie sociale-d&#233;mocrate afin qu'elle se mette au service de la classe ouvri&#232;re racis&#233;e en pleine expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En centrant l'Offensive de l'H&#244;pital Lincoln autour du premier programme de d&#233;sintoxication du Bronx, les Young Lords et leurs alli&#233;&#183;es prirent position sur l'une des questions les plus controvers&#233;es du socialisme du 20e si&#232;cle, c'est-&#224;-dire le r&#244;le politique des membres de la classe ouvri&#232;re sans emploi stable. Les partis socialistes europ&#233;ens de masse, en qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re, avaient pendant longtemps eu une attitude ambivalente vis-&#224;-vis des &#171; lumpen &#187; (en r&#233;f&#233;rence au lumpenprol&#233;tariat de Marx), des &#171; sous-prol&#233;taires &#187;, des &#171; pauvres &#187;. Si la dignit&#233; du travail est la base id&#233;ologique du socialisme, des toxicos incapables de garder un emploi n'ont pas de place au sein du projet r&#233;volutionnaire. Alternant entre une tentative d'offrir une r&#233;demption morale aux pauvres en les absorbant dans la classe ouvri&#232;re proprement dite et leur exclusion pure et simple de l'imaginaire socialiste, le mouvement ouvrier les consid&#233;rait comme &#233;tant en dehors de leur base sociale. Aux &#201;tats-Unis, les &#171; lumpen &#187; &#233;taient explicitement racis&#233;s, associ&#233;s &#224; ces jeunes Noirs et bruns qui se r&#233;volt&#232;rent &#224; travers des &#233;meutes dans plus de 150 villes &#224; la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dealers et les consommateurs de drogue symbolisaient les masses des sous-prol&#233;taires que les socialistes avaient longtemps m&#233;pris&#233;es : peu fiables, indisciplin&#233;s, vuln&#233;rables &#224; la pression polici&#232;re et donc susceptibles de balancer leurs camarades. Inspir&#233;s par les Black Panthers, les Young Lords rompirent avec l'orthodoxie socialiste, appuyant plut&#244;t leur militantisme sur le recrutement des jeunes hommes de couleur qui vagabondaient dans les rues de l'Am&#233;rique urbaine. Les Young Lords comprirent que le chaos de la d&#233;pendance ravageait la vie des prol&#233;taires, et cherchaient un moyen de transformer les toxicos en sujets r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes des pauvres racis&#233;s et criminalis&#233;s se r&#233;v&#233;laient particuli&#232;rement puissantes car elles n'&#233;taient pas dissoci&#233;es de l'insurrection prol&#233;tarienne plus large de cette &#233;poque. Les ouvriers Noirs menant une vague de gr&#232;ves dans l'industrie automobile, le secteur de la sant&#233;, et les emplois municipaux, sympathisaient largement et &#233;taient parfois les m&#234;mes que ceux qui rejoignirent les &#233;meutes de la fin des ann&#233;es 60. Le Mouvement de l'Union R&#233;volutionnaire de la Sant&#233; (Health Revolutionary Union Movement, HRUM), le groupe militant des travailleurs m&#233;dicaux qui occup&#232;rent l'H&#244;pital Lincoln, s'inspirait de l'organisation des ouvriers Noirs des usines automobiles de Detroit, baptis&#233; &#171; DRUM &#187; pour Dodge Revolutionary Union Movement. Au sein des mouvements Noirs et portoricains de cette p&#233;riode, diff&#233;rents secteurs ouvriers b&#226;tissaient de v&#233;ritables liens de solidarit&#233; dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des Young Lords aupr&#232;s des usager&#183;es de drogue a identifi&#233; un aspect essentiel du projet communiste : les mis&#232;res de la vie sous le capitalisme fracturent la classe ouvri&#232;re, brisant les corps et gaspillant nos vies. D&#233;passer la soci&#233;t&#233; de classes implique de r&#233;inventer des pratiques de soin public, une remise en valeur de la dignit&#233; universelle de la vie humaine, ainsi que des moyens de construire la solidarit&#233; et l'amour par-dessus les lignes de fracture qui parcourent le prol&#233;tariat. Cette conception du communisme n'est nulle part plus cruciale et plus difficile qu'avec les personnes prises au pi&#232;ge de la toxicomanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris les origines militantes du programme de d&#233;sintoxication de l'H&#244;pital Lincoln peu de temps apr&#232;s avoir d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; Harlem Est pour travailler au sein d'un programme d'&#233;change de seringues bas&#233; dans le Bronx Sud. T&#244;t chaque matin, nous chargions un fourgon ainsi qu'un camion utilitaire de conteneurs vides pour scalpels usag&#233;s et de bo&#238;tes pleines de seringues m&#233;dicales. On suivait le trafic sur le Bruckner Expressway jusqu'&#224; notre site d'&#233;change. Ensuite, mon coll&#232;gue Angel prenait les devants, montant des tentes et des tables, empilant notre &#233;quipement. Lors des journ&#233;es particuli&#232;rement froides, on allumait des radiateurs, qui fonctionnaient &#224; l'essence. Quelques coll&#232;gues s'installaient &#224; la table et tapaient la discute avec les usager&#183;es, qui formaient un flot ininterrompu. Isaiah, un homme afro-am&#233;ricain d'environ 70 ans, g&#233;rait la tente d'acupuncture. C'&#233;tait l'employ&#233; le mieux habill&#233; de notre &#233;quipe, avec ses costumes color&#233;s et son f&#233;dora ; il pratiquait l'acupuncture de l'oreille, soulageant le stress des usager&#183;es assis&#183;es sur des chaises install&#233;es sur le trottoir tout le long de notre installation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commen&#231;ais mon travail en rangeant les bo&#238;tes, en pr&#233;parant du caf&#233; pour les employ&#233;&#183;es &#224; la table des seringues, puis en bavardant avec mon coll&#232;gue Ricky. D'origine portoricaine, Ricky avait pass&#233; les ann&#233;es 70 et 80 &#224; dealer de l'h&#233;ro&#239;ne dans le Bronx pour financer sa propre consommation r&#233;guli&#232;re. Il se souvenait des premi&#232;res soir&#233;es de hip-hop organis&#233;es par Kool Herc dans les Bronx River Houses. Il a fini par arr&#234;ter et s'est fait embaucher par des programmes d'&#233;change des seringues, o&#249; il a toujours travaill&#233; depuis. La plupart de nos coll&#232;gues &#233;taient elles et eux-m&#234;mes d'ancien&#183;nes usager&#183;es, mais nous savions que certain&#183;es continuaient encore &#224; se piquer. Je parlais de bouquins &#224; Ricky. A l'&#233;poque, je lisais sur l'histoire de la ville de New York, les Young Lords, ou encore la municipalit&#233; abandonnant le Bronx qui &#233;tait &#224; feu et &#224; sang. Il me parlait de son enfance dans les grands ensembles immobiliers de la ville, le temps qu'il a pass&#233; en taule et en libert&#233;, et ses rencontres occasionnelles avec des partis r&#233;volutionnaires se faisant la comp&#233;tition pour les nouvelles recrues du Bronx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux qui participaient au programme&#8212;on appelait les gens qui venaient pour les seringues et nos services &#171; les participant&#183;es &#187; plut&#244;t que des termes plus hi&#233;rarchiques et institutionnels comme &#171; patients &#187; ou &#171; clients &#187;&#8212;faisaient l'effort de r&#233;cup&#233;rer des seringues propres, car iels se souciaient de leur vie et des vies de celleux avec qui iels consommaient. Iels partageaient tou&#183;tes une exp&#233;rience commune, celle de la prise de drogues par injection, de l'h&#233;ro&#239;ne pour la plupart, et des difficult&#233;s dans leur vie telles qu'iels ne pouvaient pas s'arranger pour commander discr&#232;tement leurs seringues sur internet. La plupart avait pass&#233; des ann&#233;es dans la rue, ou bien faisaient des aller-retours en prison. Beaucoup avaient grandi dans le Bronx m&#234;me, pendant que d'autres &#233;taient r&#233;cemment venu&#183;es des Cara&#239;bes. Beaucoup de femmes transgenres &#233;taient venues &#233;changer des seringues. Comme pas mal d'autres femmes qu'on voyait, elles avaient pass&#233; du temps &#224; survivre financi&#232;rement gr&#226;ce au travail du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ou trois fois par jour, un&#183;e participant&#183;e nous demandait de l'inscrire &#224; un programme de d&#233;sintoxication. Je posais les brochures que j'&#233;tais en train de distribuer, et nous allions nous asseoir &#224; l'arri&#232;re du camion pour discuter des diff&#233;rentes options. Ma t&#226;che consistait &#224; leur trouver un lit dans un &#233;tablissement de d&#233;sintoxication quelque part dans la ville ainsi qu'un moyen de transport pour les y emmener. Ces programmes &#233;taient con&#231;us comme la toute premi&#232;re &#233;tape d'un long chemin menant &#224; la sobri&#233;t&#233; apr&#232;s des ann&#233;es d'addiction grave. De temps en temps, des participant&#183;es que j'accompagnais cherchaient &#224; rester clean, mais pour de nombreuses autres personnes, il s'agissait davantage d'un moyen de quitter la rue pendant quelques jours, d'&#233;chapper au stress d'une vie familiale chaotique, ou bien d'esquiver un cr&#233;ancier ou un dealer en col&#232;re. Les programmes de d&#233;sintoxication fournissaient suffisamment de m&#233;dicaments pour pallier les effets du sevrage, et la cure pouvait permettre de se ressaisir et de se remettre en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de participant&#183;es n'avaient plus aucune pi&#232;ce d'identit&#233; suite aux longues p&#233;riodes de vie &#224; la rue. Je les aidais &#224; retrouver des &#233;tablissements o&#249; iels avaient pr&#233;c&#233;demment re&#231;u des soins, esp&#233;rant qu'une photocopie d'un quelconque document pouvait encore y &#234;tre conserv&#233;e. J'aidais les participant&#183;es &#224; d&#233;verrouiller leur assurance maladie &#224; laquelle iels avaient le droit avec Medicaid : en effet, apr&#232;s des visites r&#233;p&#233;t&#233;es dans des centres de d&#233;sintoxication, leur assurance-maladie garantie par l'Etat se r&#233;duisait &#224; un seul &#233;tablissement, les for&#231;ant &#224; obtenir des autorisations sp&#233;cifiques pour recevoir des soins n'importe o&#249; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je redirigeais souvent les participant&#183;es vers les programmes de d&#233;sintoxication des h&#244;pitaux publics s'iels ne pouvaient pas remplir les crit&#232;res pour b&#233;n&#233;ficier de Medicaid, surtout s'il s'agissait de personnes immigr&#233;es. Seuls les h&#244;pitaux publics acceptaient celles et ceux qui n'&#233;taient pas &#233;ligibles &#224; l'assurance-maladie. M&#234;me si le programme de d&#233;sintoxication de l'H&#244;pital Lincoln n'incorporait plus aucun &#233;l&#233;ment d'&#233;ducation politique r&#233;volutionnaire, il est rest&#233; ouvert et disponible pendant trois d&#233;cennies apr&#232;s son occupation par les Young Lords. Il y avait aussi un programme de formation &#224; l'acupuncture, dont avait b&#233;n&#233;fici&#233; Isaiah, ainsi que bien d'autres employ&#233;&#183;es des programmes d'&#233;change de seringues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques jours, je me renseignais toujours sur les personnes dont je m'&#233;tais occup&#233; en appelant les &#233;tablissements de d&#233;sintoxication. Si l'&#233;tablissement ne leur trouvait pas un programme de r&#233;insertion appropri&#233;, j'aidais moi-m&#234;me le participant &#224; en trouver un. Si la d&#233;sintox r&#233;pond aux besoins m&#233;dicaux imm&#233;diats li&#233;s au sevrage, la r&#233;insertion offre des comp&#233;tences essentielles pour se maintenir dans un &#233;tat de sobri&#233;t&#233; et ne pas resombrer. La majorit&#233; des participant&#183;es revenaient &#224; la rue au bout de quelques semaines. Notre programme de rechange de seringues leur restait toujours disponible, sans aucun jugement ou critique, fournissant des seringues propres pour les prot&#233;ger de la transmission du VIH et de l'H&#233;patite C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes d'&#233;change de seringues furent mis en place dans des villes &#224; travers toute l'Am&#233;rique du Nord &#224; la fin des ann&#233;es 80 par des militant&#183;es combattant les ravages de l'&#233;pid&#233;mie de sida. Les usager&#183;es d'h&#233;ro&#239;ne de la fin des ann&#233;es 80&#8212;d&#233;but des ann&#233;es 90 mouraient &#224; un rythme effroyable. Des seringues propres sauvaient les vies de mani&#232;re bien plus efficace que n'importe quel autre type d'intervention. Beaucoup de premiers programmes de ce genre aux &#201;tats-Unis &#233;taient clandestins. Les b&#233;n&#233;voles risquaient la prison ou l'interdiction d'exercer la m&#233;decine. Les usager&#183;es d'h&#233;ro&#239;ne politis&#233;&#183;es par le mouvement contre le sida s'occupaient elles et eux-m&#234;mes des programmes d'&#233;change, c&#244;te &#224; c&#244;te avec des infirmier&#183;es et des m&#233;decins, des anarchistes et d'autres militant&#183;es pr&#233;occup&#233;&#183;es par les divisions de classe et de race au sein m&#234;me du mouvement de lutte contre le sida. Pour les anarchistes, ces programmes repr&#233;sentaient une forme d'entraide radicale sans le moralisme et la condescendance propres &#224; la plupart des services sociaux. Les groupes militant contre le sida luttaient pour des &#233;changes de seringues, aussi bien que pour le relogement des personnes &#224; la rue, contre les violences polici&#232;res et la criminalisation du sida, et pour les droits des travailleur&#183;ses du sexe. Le mouvement contre le sida se r&#233;v&#233;la cependant largement incapable de construire des liens forts avec un mouvement ouvrier d&#233;sormais affaibli et les organisations antiracistes pour les droits civiques. Des d&#233;cennies de crise &#233;conomique et de criminalisation, ainsi que la faillite politique de la gauche, avaient effectivement bris&#233; toute forme de solidarit&#233; entre les salari&#233;&#183;es et les sous-prol&#233;taires racis&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes de seringues s'inscrivaient dans une perspective &#233;thique et politique mieux connue sous le nom de r&#233;duction des risques. La r&#233;duction des risques s'oppose frontalement au traitement de la d&#233;pendance &#224; travers l'abstinence forc&#233;e et la criminalisation des usager&#183;es. La plupart des services sociaux, que ce soit des programmes de logement, de conseil ou de psychiatrie, des allocations, m&#234;me l'acc&#232;s &#224; la nourriture, sont tous interdits aux personnes dont l'usage de drogues ou de m&#233;dicaments sans prescription est connu ou suspect&#233;. Les programmes soignant la d&#233;pendance &#224; la drogue, comme les programmes de r&#233;adaptation vers lesquelles je dirigeais les participant&#183;es, &#233;taient particuli&#232;rement empreints de mod&#232;les de soin autoritaires, construits sur l'id&#233;e que la personne abandonnait son droit &#224; d&#233;cider pour elle-m&#234;me d&#232;s lors qu'elle devenait accro au crack ou &#224; l'h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militant&#183;es de la r&#233;duction des risques reconnaissaient quant &#224; elleux que de nombreuses personnes &#233;taient incapables de stopper d&#233;finitivement leur consommation de drogue. Exiger l'abstinence totale comme une condition pr&#233;alable pour qu'elles puissent acc&#233;der &#224; des services sociaux ne faisait que les marginaliser davantage, ce qui contribue &#224; les mener vers des formes de consommation plus dangereuses encore. Nos programmes cherchaient au contraire &#224; r&#233;duire &#224; la fois les nuisances directement associ&#233;es &#224; la prise de drogues et celles d&#233;rivant de la stigmatisation sociale de la toxicomanie. La r&#233;duction des risques cherche &#224; accompagner les usager&#183;es dans l'accomplissement des besoins et des objectifs qu'iels se fixent et formulent elleux-m&#234;mes, et dont la sobri&#233;t&#233; ne fait peut-&#234;tre pas partie pour le moment, et ne le sera peut-&#234;tre jamais. Cette approche fait appel &#224; une posture &#233;thique et pratique qui est tout aussi rare dans les services sociaux qu'au sein des milieux politiques radicaux : elle cherche &#224; soigner les parts douloureuses, traumatis&#233;es et auto-destructrices des personnes, de prendre au s&#233;rieux leur capacit&#233; &#224; se transformer et &#224; gu&#233;rir, sans imposer un jugement &#233;troit et pr&#233;con&#231;u sur ce que les gens devraient &#234;tre ou chercher &#224; devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis int&#233;ress&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la r&#233;duction des risques alors que je vivais &#224; Philadelphie. J'&#233;tais en pleine transition de genre, et j'ai d&#233;croch&#233; mon premier travail &#171; en col blanc &#187; en pourvoyant des services li&#233;s au traitement du VIH &#224; d'autres personnes transgenres. J'&#233;tais engag&#233;e dans les milieux anarchistes, tout en repensant mes engagements &#224; la lumi&#232;re de la misogynie et de la transphobie dont j'avais fait l'exp&#233;rience en faisant mon coming-out en tant que femme. En m'organisant avec des femmes transgenres sans-abris pour l'acc&#232;s au logement, je devenais de plus en plus frustr&#233;e par la politique du travail social. A peu pr&#232;s au m&#234;me moment, une amie &#224; Philadelphie s'est suicid&#233;e, et j'en suis venue &#224; consid&#233;rer que les jugements moraux que nous nous portons l'un sur l'autre dans nos milieux &#233;taient en partie responsables. On savait aimer et critiquer, mais rarement les deux en m&#234;me temps. J'&#233;tais en train de surmonter mes propres difficult&#233;s li&#233;es &#224; ma sant&#233; mentale, et je trouvais peu d'&#233;coute et de compr&#233;hension dans les cercles radicaux que je fr&#233;quentais, pendant que je me d&#233;brouillais avec l'acc&#232;s aux soins. J'h&#233;sitais entre le sentiment de honte parce que je ne pouvais pas r&#233;gler tous mes probl&#232;mes d'un coup, et le fait de pr&#233;tendre que je n'avais aucun souci du tout. La r&#233;duction des risques semblait offrir un chemin vers une pratique diff&#233;rente : un cadre &#233;thique alternatif nous permettant d'arr&#234;ter de constamment juger les autres, et nous-m&#234;mes, selon les crit&#232;res rigides de la discipline politique. Au lieu de cela, nous pouvions apprendre &#224; prendre soin les un&#183;es des autres avec dignit&#233;, de mettre &#224; l'&#233;preuve notre capacit&#233; &#224; faire du mal en acceptant avec amour les dimensions douloureuses de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes coll&#232;gues au sein du programme d'&#233;change de seringues qui avaient pass&#233; une bonne partie de leur vie &#224; dealer et &#224; consommer sont venu&#183;es illustrer comment une r&#233;duction des risques a pu les aider &#224; politiser leurs exp&#233;riences, transformant la mis&#232;re individuelle en une pratique collective de solidarit&#233; ainsi qu'en une base pour la critique sociale. Dans mes programmes de formation &#224; la r&#233;duction des risques, j'ai appris &#224; engager un lien chaleureux et d&#233;tendu avec quelqu'un qui traversait une p&#233;riode difficile, une comp&#233;tence essentielle &#224; la plupart des activit&#233;s politiques. J'ai beaucoup appris sur les drogues les plus populaires dans les rues de Bronx et les multiples mani&#232;res dont l'usage de drogue s'entrelace &#224; la vie quotidienne. Mes coll&#232;gues m'ont appris un peu plus sur la fa&#231;on d'aimer dans ce monde difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es, le taux croissant des suicides et des overdoses mortelles a diminu&#233; l'esp&#233;rance de vie aux Etats-Unis. Il s'agit du premier d&#233;clin de l'esp&#233;rance de vie &#233;tasunienne depuis l'apog&#233;e de la crise du sida, et la baisse la plus soutenue du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opio&#239;des causent d&#233;sormais plus de d&#233;c&#232;s aux &#201;tats-Unis que les accidents de voiture, les armes &#224; feu et le sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup, les opio&#239;des servent de refuge &#224; la d&#233;sint&#233;gration sociale en cours. Des d&#233;cennies de d&#233;sindustrialisation, de stagnation des salaires, de manque d'acc&#232;s aux soins, et des syndicats en plein affaiblissement, ont abouti &#224; une situation qui n'a pu qu'empirer face &#224; la crise &#233;conomique de 2008. Les gens se sont tourn&#233;s vers les antid&#233;presseurs pour oublier les accidents du travail, la d&#233;pression et les probl&#232;mes de sant&#233; qu'ils n'ont pas pu soigner. Pour citer une &#233;tude de sant&#233; publique, les opio&#239;des servent de &#171; refuge face &#224; un trauma physique ou psychologique, des &#233;checs syst&#233;matiques, l'isolement et le d&#233;sespoir &#187;. Une &#233;tude men&#233;e en 2017 par le Bureau National des Recherches Economiques [National Bureau of Economic Research] a montr&#233; que lorsque le taux de ch&#244;mage augmentait de 1%, le nombre de visites aux urgences grimpait de 7% et les d&#233;c&#232;s li&#233;s aux opio&#239;des de 3,6%. Deux &#233;conomistes ont r&#233;cemment invent&#233; l'expression &#171; morts du d&#233;sespoir &#187; [deaths of despair] pour qualifier ces d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la crise du capitalisme et de la classe ouvri&#232;re s'approfondit, les mouvements r&#233;volutionnaires vont devoir lutter contre l'addiction aux drogues. Nous avons besoin aujourd'hui d'une pratique de lib&#233;ration qui reconna&#238;t la dignit&#233; fondamentale et le potentiel r&#233;volutionnaire des usager&#183;es de drogues, mettant &#224; jour nos approches du soin, des troubles mentaux et de la mis&#232;re existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'une politique communiste qui ne pr&#233;suppose pas notre &#171; respectabilit&#233; &#187; ou notre stabilit&#233;, qui ne divise pas le monde entre les prol&#233;taires innocents et les dangereux lumpen. En refusant la &#171; jetabilit&#233; &#187; qu'on leur impose, les toxicos et leurs alli&#233;&#183;es luttent pour un communisme fond&#233; non pas sur la dignit&#233; du travail, mais plut&#244;t sur la valeur inconditionnelle de nos vies. Notre politique r&#233;volutionnaire doit se saisir de nos nombreux fragments bris&#233;s et mis&#233;rables. C'est de ces endroits douloureux qu'&#233;merge notre potentiel r&#233;volutionnaire le plus f&#233;roce. Nous avons besoin d'une politique communiste qui nous accepte tou&#183;tes et nous engage tels que nous sommes : des freaks et des rat&#233;s, des trans-p&#233;d&#233;-gouines, des casseurs et des cassos mis&#233;rables, des fous et des toxicos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'un toxico-communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.E. O'Brien&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte initialement paru &lt;a href=&#034;https://communemag.com/junkie-communism/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'horizon d&#233;passable du genre : wittig loin devant cixous</title>
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		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
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		<dc:subject>rachel lamoureux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; &#171; Wittig avec Cixous &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-AUTOMNE-2022-" rel="directory"&gt;AUTOMNE 2022&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/309782417_5919650731379091_7105004848578716063_n.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='126' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En juin dernier, nous vous proposions l'article de Sofia Batko &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Wittig-avec-Cixous-horizons-politiques-de-la-reinvention-de-l-Eros&#034;&gt;&#171; Wittig avec Cixous : horizons politiques de la r&#233;invention de l'Eros &#187;&lt;/a&gt; qui explorait les horizons &#233;rotico-politiques ouverts par les &#233;crits de ces deux th&#233;oriciennes du f&#233;minisme des ann&#233;es 1970. Et si ce premier article tentait de conjuguer leurs th&#233;ories pour d&#233;crire un sujet f&#233;ministe en tant que sujet de d&#233;sir, celui-ci de rachel lamoureux entend au contraire r&#233;affirmer ce qu'il y a d'irr&#233;conciliable entre leurs deux positions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/306503460_815762966242559_2198797635020365331_n.png?1731403090' width='500' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est d&#233;sirable, sans nul doute, que s'effacent les diff&#233;rences ; il est d&#233;sirable que s'&#233;tablisse une &#233;galit&#233; v&#233;ritable, une v&#233;ritable indiff&#233;renciation &#187;, ajoutant aussit&#244;t : &#171; Mais s'il est possible qu'&#224; l'avenir les [&#234;tres] s'int&#233;ressent de moins en moins &#224; leur diff&#233;rence avec les autres, cela ne veut pas dire qu'ils cessent de s'int&#233;resser &#224; ce qui est souverain [extatique]. &#187; (VIII, 323.)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jean-Luc Nancy citant Georges Bataille, &lt;i&gt;La communaut&#233; d&#233;s&#339;uvr&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans une perspective r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
un autre monde est en voie d'apparition&lt;br class='autobr' /&gt;
l'attaque doit &#234;tre minutieusement pr&#233;par&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
non plus dominants et domin&#233;s mais force contre force
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nanni Balestrini, &lt;i&gt;Chaosmogonie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pas qu'il faille &#224; tout venant exalter les conflits, les divergences, encore moins les diff&#233;rences (au risque de sembler diff&#233;rentialiste, et de sombrer dans le relativisme), mais l'espace du dissensus, par-del&#224; l'idylle consensuelle, est celui d'une m&#233;sentente f&#233;conde, celui de l'exigence m&#234;me de la parole politique, une parole tout autant capable d'&#233;couter des propositions nouvelles (pol&#233;miques) que d'exiger d'elles une rigueur &#233;pist&#233;mique, herm&#233;neutique, une rigueur, quoi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite histoire, et je laisserai le costume du nous de majest&#233; au seuil des portes de l'universit&#233;, j'ai lu ici m&#234;me, chez &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt;, un billet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sofia Batko, &#171; Wittig avec Cixous : Horizons politiques de la r&#233;invention de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'ing&#233;niant &#224; forcer le rapprochement disons-le &lt;i&gt;os&#233;&lt;/i&gt; entre Monique Wittig &amp; sa n&#233;m&#233;sis id&#233;ologique H&#233;l&#232;ne Cixous par le prisme de la question de l'amour, billet retra&#231;ant la constitution d'un &#171; sujet d&#233;sirant &#187; au sein d'&#339;uvres textuelles cr&#233;atives &#233;crites par deux figures phares des ann&#233;es 70 en France, billet d&#233;limitant les &#171; horizons politiques de la r&#233;invention de l'eros &#187;. J'ai lu cela d'abord avec curiosit&#233;, ensuite avec malice, et finalement avec d&#233;ception. Parce qu'&#224; vouloir diluer l'encre violette dans celle du lait maternel, on atteint &#224; un degr&#233; de d&#233;politisation assez d&#233;stabilisant des visions antagonistes (Lasserre ira jusqu'&#224; parler de &#171; factions &#187;) de la litt&#233;rature et des luttes sociales qui caract&#233;risent (et cat&#233;gorisent) inexorablement les productions textuelles issues de la derni&#232;re avant-garde que la France ait connue (i.e. le MLF ou &lt;i&gt;Mouvement-de-Lib&#233;ration-des-Femme(s)&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Audrey Lasserre, &#171; Histoire d'une litte&#769;rature en mouvement. Textes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dire, c'est qu'il faudrait rem&#233;dier &#224; la psychanalyse lorsque brandie &#224; la mani&#232;re d'un papier du m&#233;decin exemptant le patient-chercheur de prendre en consid&#233;ration l'historicit&#233; des concepts et l'histoire culturelle des sujets qui les produisent, aspects fondamentaux dans les &#233;tudes de genre et l'analyse des mouvements sociaux. C'est qu'il faudrait s'&#233;vertuer &#224; pallier les lacunes d'une pens&#233;e proc&#233;dant par associations subjectives (i.e. &lt;i&gt;libres&lt;/i&gt;), dans la mesure o&#249; toute pens&#233;e du concept est cr&#233;ative, et que le d&#233;fi est moins de cr&#233;er un objet id&#233;el (t&#226;che amusante) que de l'inscrire dans un r&#233;seau signifiant (t&#226;che &#233;reintante). Je pense bien qu'il y ait autant de mani&#232;res de faire que de subjectivit&#233;s, autant de cadres d'analyse que de dogmatismes, mais ne faudrait-il pas se m&#233;fier des pr&#233;tentions universalisantes qui voudraient que l'abstraction soit une permission d'abstraire le concept de son contexte d'&#233;laboration &amp; d'&#233;nonciation, se m&#233;fier du d&#233;sir d'extraire le suc d'id&#233;es que des individus r&#233;els, des singularit&#233;s incarn&#233;es, ont brandi en armes &#224; leur corps d&#233;fendant&#8230; &#192; quoi (qui) sert le concept dans le sens v&#233;cu de nos petites existences&#8230; C'est &#224; la r&#233;ponse faite &#224; cette question qu'on sait distinguer les deleuziens du deleuzianisme, c'est-&#224;-dire qu'il s'agit de donner &#224; voir &amp; &#224; penser par le jeu du concept les enjeux les plus pressants de notre &#233;poque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;plique, ce petit br&#251;lot historisant, est &#224; la fois une r&#233;ponse, une question &amp; un commentaire : (1) une r&#233;ponse, un peu querelleuse &#224; l'article &lt;i&gt;Wittig avec Cixous&lt;/i&gt;, (2) une question, pos&#233;e &#224; l'amour m&#234;me par-del&#224; Freud &amp; Lacan dans son rapport au d&#233;sir, &#224; la sexualit&#233;, &#224; la sexuation, (3) un commentaire, int&#233;gr&#233; &amp; critique du projet litt&#233;raire de Monique Wittig dans le sillage philosophique des &#233;tudes de genre et des questions entourant les processus de subjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler franc, cet article n'est rien d'autre qu'un m&#233;mo visant &#224; rappeler que les politique(s) de la litt&#233;rature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ou plus th&#233;oriquement : &#171; Les politiques de la litte&#769;rature sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tirent leur coup d'envoi d'une question simple, pas mystifiante du tout : &lt;i&gt;que peut le texte en tant que lui-m&#234;me dans le monde social qui l'a vu na&#238;tre ou dans celui qui s'en empare ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait presque &#234;tre tent&#233; de lire entre les lignes le &lt;i&gt;que-peut-la-litt&#233;rature&lt;/i&gt;, mais n'avons-nous pas d&#233;j&#224; appris qu'elle peut tout (si tant est qu'on la fasse &amp; la re&#231;oive), en ce que nous sommes parl&#233;s par le langage avant qu'on ne sache le parler, alors on se demandera plut&#244;t, &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; me demanderai plut&#244;t : que peut &lt;i&gt;de plus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;de mieux&lt;/i&gt; la litt&#233;rature de Monique Wittig par rapport &#224; celle de H&#233;l&#232;ne Cixous, et aussi, pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/306019594_634056788449300_6054745138410050074_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/306019594_634056788449300_6054745138410050074_n.jpg?1731403000' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Monique pas H&#233;l&#232;ne &amp; vice-versa / en partance du MLF &#8482;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'ont de commun que l'exp&#233;rience imbuvable de la violence du syst&#232;me patriarcal, que le fait d'&#233;crire et d'avoir &#233;t&#233; l&#233;gitim&#233;es t&#244;t par le M&#233;dicis, Wittig le raflant pour son premier livre &lt;i&gt;L'Opoponax&lt;/i&gt; en 64 (Minuit), Cixous pour son deuxi&#232;me livre &lt;i&gt;Dedans&lt;/i&gt; en 69 (Grasset).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, l'ennemi est commun (pas les hommes, plut&#244;t l'oppression institu&#233;e phallocratique), mais les armes, elles, se feront toujours plus contraires malgr&#233; l'&#233;criture, leurs places dans le champ litt&#233;raire toujours plus &#233;loign&#233;es : Wittig en v&#233;ritable avant-garde s'&#233;tant affirm&#233;e militante f&#233;ministe depuis 68 aupr&#232;s des Petites Marguerites (on se rappellera la tr&#232;s m&#233;morable sc&#232;ne du groupe de femmes d&#233;posant une gerbe de fleurs sous l'Arc de Triomphe aux pieds de la Tombe du Soldat inconnu, afin de souligner que l'inconnaissabilit&#233; serait plut&#244;t l'apanage de sa femme &#8211; &lt;i&gt;il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme&lt;/i&gt;, pouvait-on lire sur une banderole, geste fondateur du MLF&#8230;), Cixous en sorte d'esth&#232;te philosophe (amie de Derrida depuis 63) se rangeant tr&#232;s vite du c&#244;t&#233; de ce que Lasserre a appel&#233; la &lt;i&gt;n&#233;o-f&#233;minit&#233;&lt;/i&gt;, aupr&#232;s d'Antoinette Fouque, qu'on conna&#238;tra dans la d&#233;cennie &#224; venir (et apr&#232;s) pour ses fameuses &#201;ditions Des femmes, et pour s'&#234;tre empress&#233;e de d&#233;poser la marque MLF &#224; l'Institut national de la propri&#233;t&#233; industrielle&#8230; (rires). Comme quoi les mouvements sociaux ne meurent que tr&#232;s peu souvent &lt;i&gt;de leur belle mort&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il ne faut pas oublier que les termes &#233;voluent avec les contextes (il ne fallait pas attendre Klemperer pour le savoir, que les mots camouflent l'hypocrisie sociale ou la prolongent, parfois la d&#233;noncent), que le langage produit des effets dans le tissu signifiant d'une &#233;poque, qu'en 68 c'&#233;tait r&#233;volutionnaire de se dire &#171; f&#233;ministes &#187; parce que contest&#233;, alors qu'aujourd'hui on pourrait &#234;tre tent&#233;s de se d&#233;faire de ce terme en ce qu'il ne r&#233;pondrait plus au besoin r&#233;volutionnaire contemporain, celui d'un d&#233;passement de tout attribut de genre, quel qu'il soit, ou de l'exaltation de ce que Paul B. Preciado nommera &#171; le genre utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Paul B. Preciado, Un appartement sur Uranus, pr&#233;face de Virginie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, un genre ouvert, toujours &#224; ren&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, il faudrait se garder de parler &#171; d'un f&#233;minisme des ann&#233;es 70 &#187; (&lt;i&gt;WC&lt;/i&gt;), car jamais il n'y eut d'homog&#233;n&#233;it&#233; id&#233;ologique, seulement la compr&#233;hension f&#233;brile de la n&#233;cessit&#233; de faire front commun, malgr&#233; les tiraillements id&#233;els (et pratiques), parce qu'&#224; vouloir affronter l'oppression seule contre &lt;i&gt;la-femme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;le-patriarcat&lt;/i&gt;, en se drapant du syntagme &#171; lesbianisme radical &#187; qui suscite des r&#233;actions &#233;pidermiques autant chez les hommes h&#233;t&#233;ro que chez &#171; les femmes &#187;, il y a de quoi chanceler et s'en remettre &#224; l'&#233;criture po&#233;tique pour exprimer ce sentiment de d&#233;s&#339;uvrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a cours ici, pas une ne l'ignore, n'a pas de nom pour l'heure, qu'elles le cherchent si elles y tiennent absolument, qu'elles se livrent &#224; un assaut de belles rivalit&#233;s, ce dont j/e m/e d&#233;sint&#233;resse assez compl&#232;tement tandis que toi tu peux &#224; voix de sir&#232;ne supplier quelqu'une aux genoux brillants de te venir en aide.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, Le corps lesbien, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1973, p.7.&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend &#224; lire Wittig que ce soit d&#233;j&#224; gentil qu'on puisse parler d'un f&#233;minisme &lt;i&gt;diff&#233;rentialiste&lt;/i&gt;, quand on pourrait dire de la &lt;i&gt;n&#233;o-f&#233;minit&#233;&lt;/i&gt; qu'elle rel&#232;ve tout simplement d'un antif&#233;minisme, en ce que si les femmes ou les &#234;tres s'identifiant comme tels devraient pouvoir disposer librement de leur corps (enfantement comme avortement), il faudrait savoir identifier les discours de la f&#233;minit&#233; qui se hissent symboliquement par la complicit&#233; qu'ils partagent avec le discours h&#233;g&#233;monique h&#233;t&#233;ronormatif, avec les dynamiques de reconduction des in&#233;galit&#233;s et des discriminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons &#224; titre d'exemple de r&#233;ponses &#224; la complicit&#233; patriarcat-femmes-m&#232;res aux politiques n&#233;omalthusiennes de l&#233;gif&#233;ration des naissances qui d&#233;non&#231;aient non pas le d&#233;sir de maternit&#233;, mais visaient &#224; ce que la couche asservie de la soci&#233;t&#233; ne produise pas davantage de &lt;i&gt;chair &#224; usine&lt;/i&gt; qui puisse emplir par la sueur &amp; le sang les coffres-forts des dominants, en exacerbant par leur nombre l'offre du march&#233; et donc la hausse des prix&#8230; Rappelons que la loi de 1920 en France interdisait jusqu'en 1967 (!) la publicisation de la contraception, &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme une forme d&#233;riv&#233;e de l'avortement&#8230; L'exaltation et la publicisation du plaisir d'&#234;tre m&#232;re allant, est-il besoin de le rappeler, dans le sens des imp&#233;ratifs &#233;conomico-militaires des &#201;tats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la &lt;i&gt;n&#233;o-f&#233;minit&#233;&lt;/i&gt; rel&#232;ve d'un antif&#233;minisme ou pas, ces enjeux terminologiques permettent &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; d'entrevoir les dissensions id&#233;ologiques profondes qui ont men&#233; au d&#233;mant&#232;lement du MLF. Ce mouvement &#233;tait en effet constitu&#233; d'une constellation de petits groupes de travail qui s'entrem&#234;laient dans une logique complexe, dans un dynamisme et une porosit&#233; qui t&#233;moignent de la multiplicit&#233; des points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; gauche, n&#233;s de l'apr&#232;s-mai 68, les Petites Marguerites susmentionn&#233;es, le groupe de Vincennes (celui derri&#232;re la r&#233;daction du billet &lt;i&gt;Combat pour la lib&#233;ration de la femme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Monique Wittig, Gille Wittig, Marcia Rothenburg, Margaret Stephenson, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les Gouines Rouges (anciennement les F&#233;ministes R&#233;volutionnaires), le FMA (F&#233;minin Masculin Avenir devenu F&#233;ministe Marxisme Action), et le groupe au plus pr&#232;s de la posture de Cixous, Psych&amp;Po (i.e. Psychanalyse et Politique, oscillant entre &lt;i&gt;le destin psycho-physiologique de la femme&lt;/i&gt; (Fouque) et &lt;i&gt;la m&#233;taphysique des sexes&lt;/i&gt; (Agacinski))&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une constellation, mouvante, polaris&#233;e, polarisante, multipolaire, organisme autophagique quelque peu monstrueux tiraill&#233; de querelles intestines&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/309951163_644741380630446_5577994927129618578_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/309951163_644741380630446_5577994927129618578_n.jpg?1731403000' width='500' height='580' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise &#224; distance exponentielle d'une politique du d&#233;sir / le cadre d'analyse choisi &gt; les textes choisis &gt; les citations choisies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu rappeler (de fa&#231;on exp&#233;ditive et tr&#232;s peu acad&#233;mique, car je ne suis pas historienne, mais les &#233;tudes litt&#233;raires n'&#233;chappent pas &#224; l'Histoire) la dimension multiple d'un mouvement polyc&#233;phale qui, on le sait, se verra d&#233;mantel&#233; en 1980 avec la publication des articles de Wittig &#171; La pens&#233;e &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; &#187; et &#171; On ne na&#238;t pas femme &#187; &#224; la revue &lt;i&gt;Questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ilana Eloit, &#171; Trouble dans le f&#233;minisme. Du &#171; Nous, les femmes &#187; au &#171; Nous, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e n'&#233;tait que de ramener &#224; nos m&#233;moires oublieuses les grandes lignes d'un mouvement qu'on conna&#238;t de nom, par bribes &amp; caricatures, et qu'il ne faut en aucun cas homog&#233;n&#233;iser&#8230; (au risque que je vous r&#233;ponde par un autre br&#251;lot).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu r&#233;tablir ce qui avait &#233;t&#233; confi&#233; &#224; d'autres de fa&#231;on aussi &#233;l&#233;gante qu'exp&#233;ditive dans &lt;i&gt;Wittig avec Cixous&lt;/i&gt;. C'est qu'on ne peut tout simplement pas &#233;vacuer &#171; la pertinence et les limites de ces deux cat&#233;gories [f&#233;minismes diff&#233;rentialiste ; mat&#233;rialiste] qui parfois peinent &#224; recouper la complexit&#233; de deux pens&#233;es aussi singuli&#232;res [&#8230;] &#187; (&lt;i&gt;WC&lt;/i&gt;). Oui, ok, les p&#244;les id&#233;ologiques d'un continuum politique sont par d&#233;finition r&#233;ducteurs puisque non singuliers : ils participent d'une logique de la repr&#233;sentativit&#233;, ces p&#244;les visant &#224; mieux appr&#233;hender de fa&#231;on sch&#233;matique une posture singuli&#232;re dans l'horizon politique (et litt&#233;raire) d'une &#233;poque, en identifiant &lt;i&gt;l&#224;-depuis-o&#249;&lt;/i&gt; le sujet produit &#171; des actes &#233;nonciatifs et institutionnels complexes, par lesquels [sa] voix et [sa] figure se font conna&#238;tre dans le champ litt&#233;raire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Meizoz, Postures litt&#233;raires. Mises en sc&#232;ne modernes de l'auteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Comment dire, la singularit&#233; d'une &#339;uvre, d'une voix, d'un &#234;tre, ne lui permet en aucun cas d'&#233;chapper &#224; la cat&#233;gorisation sociopolitique, sans quoi cela ferait d'elle un absolu &#8211; simplement, si ladite singularit&#233; ne trouve nulle part o&#249; se caser, on saura cr&#233;er une nouvelle cat&#233;gorie. En cela, que voudrait dire &#171; lire ensemble &#187;, ou encore lier par la pr&#233;position &#171; avec &#187; leurs nominations en page titre ? Jouons le jeu : que voudrait dire &lt;i&gt;lire ensemble &lt;/i&gt;le Jean-Luc Godard des premi&#232;res ann&#233;es &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; Chris Marker, ou bien Betty Friedan &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; bell hooks, ou encore Maurice Barr&#232;s &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; &#201;mile Zola&#8230; Aurait-on trouv&#233; l&#224; le &#171; joint d'affection raisonnable &#187; dont parle Roland Barthes dans ses &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;&#8230; Je rigole, mais j'avoue me sentir un peu agac&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendez bien, je ne dis pas qu'on ne puisse pas &#8211; on peut tr&#232;s bien, mais je demande : que permet ce genre de rapprochement, si du m&#234;me coup on nie les singularit&#233;s au nom des &#339;uvres, au nom de la v&#233;rit&#233; du texte selon une lecture structuraliste (?) psychanalytique (?), qui plus est au nom de textes choisis isol&#233;ment qui ne repr&#233;sentent que tr&#232;s approximativement la pens&#233;e de leurs autrices. C'est-&#224;-dire que si &lt;i&gt;Le Rire de la m&#233;duse&lt;/i&gt; est un texte important dans l'&#339;uvre de Cixous, ce n'est pas vrai du &lt;i&gt;Brouillon&lt;/i&gt;, texte &#233;crit &#224; quatre mains dans le ton de la moquerie, caustique &#224; souhait, grassement ironique, en r&#233;ponse &#224; une commande faite par Grasset&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En 1975, les &#233;ditions Grasset proposent &#224; Monique Wittig d'&#233;crire un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (la maison de Cixous)&#8230; Je doute que Wittig&amp;Zeig jouaient aux Deleuze&amp;Guattari, que les premi&#232;res aient &#233;crit leur &lt;i&gt;Brouillon&lt;/i&gt; avec le s&#233;rieux, l'engagement &amp; la pr&#233;tention dont ont pu faire preuve les derniers&#8230; Je doute, mais d&#233;j&#224;, ce rapprochement m'aurait sembl&#233; plus &#233;vocateur, dans l'exploration des pouvoirs d'une co-cr&#233;ation, dans le devenir-chorale anonymisant des voix m&#234;l&#233;es &#224; la mani&#232;re des comit&#233;s de mai 68&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le &lt;i&gt;Brouillon&lt;/i&gt; ? Peut-&#234;tre &#233;tait-ce tentant de se pencher sur un texte moins connu de la critique, fa&#231;on de mettre en lumi&#232;re une zone de l'&#339;uvre laiss&#233;e &#224; tort dans l'ombre, mais ce genre de projet n&#233;cessite un travail de fond(s) consid&#233;rable, afin de savoir d&#233;j&#224; ce qu'on a pu dire du texte qui nous int&#233;resse, et aussi de se demander si le champ libre l'est parce qu'on est la premi&#232;re personne &#224; y avoir pens&#233;, ou bien parce que d'autres, &#233;tant d&#233;j&#224; pass&#233;s par-l&#224;, en sont venus &#224; la conclusion que le joyau n'&#233;tait finalement rien d'autre qu'une vulgaire pierre scintillante&#8230; Bien s&#251;r, j'exag&#232;re, mais &#224; m'&#234;tre fad&#233; tout le corpus wittiguien, le &lt;i&gt;Brouillon&lt;/i&gt;, s'offrant &#224; la mani&#232;re d'une &#171; r&#233;&#233;criture subversive et ludique des mythes et des d&#233;finitions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beno&#238;t Auclerc et Yannick Chevalier (dir.), Lire Monique Wittig aujourd'hui. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, sorte de p&#226;le copie des &lt;i&gt;Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, est sans doute le texte qui m'a sembl&#233; le moins abouti, le moins coh&#233;rent, le plus rigolard, parodique, bon enfant &amp; surjou&#233; au sein d'un corpus d'une exigence remarquable&#8230; Mais parodie de quoi ? De la f&#233;minit&#233; universalis&#233;e comme marque&#8230; Je n'ai pas trop le temps ou l'ambition d'en faire une analyse exhaustive, mais d'autres l'ont fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense &#224; l'article de Aurore Turbiau, 'Fiction militante, politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'on peut s'en r&#233;jouir&#8230; Moi, je r&#226;le, sans trop citer le texte, mais ce sont les chercheurs du collectif dirig&#233; par Beno&#238;t Auclerc qui soulignent que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc bien de savoir comment les textes de Wittig articulent originalement une exigence mat&#233;rialiste et des devenirs possibles, dans la pens&#233;e th&#233;orique comme dans l'&#233;criture de fiction. &#192; cet &#233;gard, les r&#233;centes parutions du &lt;i&gt;Chantier litt&#233;raire&lt;/i&gt; et de la r&#233;&#233;dition du &lt;i&gt;Brouillon pour un dictionnaire des amantes&lt;/i&gt; nous rappellent &#224; la n&#233;cessit&#233; d'appr&#233;hender ensemble les postulations th&#233;oriques et les exp&#233;rimentations d'&#233;criture, de comprendre comment elles s'engendrent mutuellement, se nuancent, voire entrent en tension.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beno&#238;t Auclerc et Yannick Chevalier (dir.), Lire Monique Wittig aujourd'hui. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sujet d&#233;sirant au-del&#224; de la dyade &#233;rotico-thanatique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est dit, dans l'article &lt;i&gt;WC&lt;/i&gt; que, dans une mouvance beauvoirienne, Wittig &amp; Cixous se seraient &#233;vertu&#233;es &#224; d&#233;montrer par leurs &#339;uvres qu'une r&#233;invention de &lt;i&gt;l'amour&lt;/i&gt; &#233;tait possible, contre une pens&#233;e conservatrice voulant qu'avec le f&#233;minisme l'amour disparaisse, ou pire devienne &#171; anti-amour &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute honn&#234;tet&#233;, je ne comprends pas, je ne comprends aucun des termes en pr&#233;sence. D&#233;j&#224;, qu'est-ce que l'amour, en tant que concept, &#224; qui, &#224; quoi r&#233;f&#232;re-t-on ? En quoi l'amour se distingue de l'eros ? Comment travailler si l'on amalgame sans g&#234;ne d&#233;sir, passion, affection, eros, sexualit&#233;, sexuation ? Le probl&#232;me de l'amour r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans l'entre-&lt;i&gt;relationnel&lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments susmentionn&#233;s. Il importe de comprendre la nature de leurs relations afin de circonscrire la nature des &#233;l&#233;ments en eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, comment peut-on parler d'un &#171; projet politique f&#233;ministe &#187; &#233;manant de textes cr&#233;atifs si l'on ne prend pas en consid&#233;ration le contexte sociohistorique (i.e. l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;-patriarco-capitaliste) dans lequel ceux-ci se sont inscrits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'aimerais bien comprendre en quoi il n'y a pas d'amour (&lt;i&gt;eros&lt;/i&gt;/sexuel, &lt;i&gt;storg&#233;&lt;/i&gt;/familial, &lt;i&gt;philia&lt;/i&gt;/amical ou &lt;i&gt;&#225;gap&#233;&lt;/i&gt;/spirituel) dans la solidarit&#233;, dans l'amiti&#233;, comme si &#171; le mod&#232;le de l'amiti&#233; entre femmes &#187; signait &#171; la fin de l'amour &#187;&#8230; Or, le titre de l'article &lt;i&gt;WC&lt;/i&gt; dit bien &#171; horizons politiques de la r&#233;invention de l'eros &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'eros ne renvoie pas tant &#224; l'amour entendu comme choix, partage ou engagement qu'&#224; un principe d&#233;sirant, une passion toute physique, pulsive, incarn&#233;e, charnelle, de vie certes, mais il faudrait donc expliquer en quoi l'amour se distingue de la sexualit&#233;, du rapport sexuel... On se rappellera la phrase trop lacanienne &#171; il n'y a pas de rapport sexuel &#187;&#8230; Quelle part a le pouvoir dans cette affaire amour/sexualit&#233;... Quels m&#233;canismes intersubjectifs sont &#224; l'&#339;uvre dans les rapports de d&#233;sir, d'amiti&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue d'&#233;clairer le concept &lt;i&gt;d'eros&lt;/i&gt;, on pourrait commencer par l'inscrire dans le r&#233;gime politique dominant depuis au moins 2500 ans : l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. D&#232;s lors que nous reconnaissons que la sexualit&#233; revendiqu&#233;e par un corps n'a que peu de choses &#224; voir avec sa g&#233;nitalit&#233; (i.e. sa capacit&#233; reproductrice), on comprend que le sujet d&#233;sirant peut d&#233;sirer une chose et son contraire, de l'anim&#233; comme de l'inanim&#233;, de la mat&#233;rialit&#233; comme de l'id&#233;el. En cela, le &#171; sujet d&#233;sirant &#187; chez Wittig &amp; Cixous n'aurait de commun que le d&#233;sir, l'inclination vers &#171; x &#187;, autant dire qu'ils n'ont rien en commun, si ce n'est une certaine g&#233;nitalit&#233; suppos&#233;e&#8230; C'est en cela que l'histoire sociale nous vient en aide, avec des articles remarquables comme celui de Ilana Eloit, o&#249; elle s'&#233;vertue &#224; faire &#171; l'histoire critique de la construction et des impens&#233;s du sujet f&#233;ministe &#171; femmes &#187; des ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ilana Eloit, &#171; Trouble dans le f&#233;minisme. Du &#171; Nous, les femmes &#187; au &#171; Nous, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, en regard des revendications &#233;rotico-politiques de ce que l'on appellera &#171; le lesbianisme radical &#187; ou encore &#171; politique &#187;. C'est que la fin du MLF n'est pas advenue par un essoufflement des forces en pr&#233;sence, mais bien au contraire par une radicalisation de certains groupes de travail (les Gouines Rouges, le FHAR) en r&#233;action &#224; une &#171; d&#233;l&#233;gitimation f&#233;ministe d'une pens&#233;e lesbienne sur l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet d&#233;sirant chez Wittig est un sujet lesbien, pas une simple lesbienne qui serait l'expression forte d'une femme aimant/&#233;rotisant les femmes, mais un sujet politique en marge des cat&#233;gories identitaires binaires qui participent d'une logique de l'assujettissement. On a que trop entendu la phrase wittiguienne &lt;i&gt;la lesbienne n'est pas une femme&lt;/i&gt;, sans avoir pourtant su la comprendre, la mettre en pratique. C'est en cela que Wittig se moquait d'un f&#233;minisme diff&#233;rentialiste en intitulant son livre &lt;i&gt;Le corps lesbien&lt;/i&gt; : c'est qu'en totale coh&#233;rence avec l'id&#233;e selon laquelle les hommes se seraient empar&#233;s de l'universel dans la langue, elle revendique non pas le corps masculin de la langue, mais le corps &#224; part, le corps neutre, nettoy&#233; de la logique des sexes, d&#233;membr&#233; en regard d'une m&#233;taphysique de l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vouloir donc parler d'une &lt;i&gt;r&#233;invention de l'eros&lt;/i&gt; dans le sillage de la pens&#233;e &#171; f&#233;ministe des ann&#233;es 70 &#187;, il faudrait commencer par aller lire Wittig dans le texte, en se d&#233;faisant du jeu de mots bancal de Cixous &#171; sexte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claudine Fischer, &#171; Le f&#233;minisme d'H&#233;l&#232;ne Cixous &#187;, Fatou Sow &#233;d., La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, parce qu'il s'agissait pr&#233;cis&#233;ment, pour Wittig, de s'en d&#233;faire de &lt;i&gt;la marque du genre&lt;/i&gt; dans la langue, qui est une insulte incarn&#233;e dans le langage m&#234;me, un signalement martel&#233; qui dit la soumission, o&#249; le sujet &#224; la g&#233;nitalit&#233; femelle aurait toujours d&#233;j&#224; &#224; se sexuer dans la langue, au risque de se faire passer pour l'universel, au risque d'atteindre &#224; la l&#233;gitimit&#233; silencieuse du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De&#769;ja&#768; e&#770;tre dans un mouvement qui exclut les hommes constitue un acte homosexuel, au moins ide&#769;ologiquement. Le lesbianisme n'est pas seulement une pratique sexuelle, c'est aussi un comportement culturel : vivre par soi et pour soi, une inde&#769;pendance totale par rapport au regard des hommes, a&#768; la mise en forme du monde qu'ils ont construite. [...] La pre&#769;tendue &#8220;libe&#769;ration sexuelle&#8221;, &#8220;re&#769;volution sexuelle&#8221; n'est qu'un leurre quand il s'agit des femmes, car la sexualite&#769;, dans ce cas, c'est l'he&#769;te&#769;rosexualite&#769; ame&#769;nage&#769;e. [...] Et l'he&#769;te&#769;rosexualite&#769;, c'est la sexualite&#769; des hommes. Je ne sais pas si l'on peut dire d'une femme qu'elle est he&#769;te&#769;rosexuelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, &#171; Monique Wittig et les lesbiennes barbues &#187;, Actuel, no 38, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quid de la diff&#233;r(a)nce du diff&#233;rentialisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'on pourrait &#234;tre tent&#233; de d&#233;montrer en quoi Monique Wittig a pu &#234;tre derridienne, donnant &#224; penser comment la lesbienne entretient un rapport &lt;i&gt;diff&#233;r&#233;&lt;/i&gt; avec la-femme, un rapport de &lt;i&gt;diff&#233;renciation&lt;/i&gt; radical, en fuite de son Autre-f&#233;minin, o&#249; la lesbienne &#8211; au lieu d'&#234;tre d&#233;finie par toute la diff&#233;rence qui la s&#233;pare de l'homme, au lieu d'exister &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; le regard masculin comme construction d&#233;sirable masculine &#8211; serait libre de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces son corps, de le d&#233;membrer aussi, d'en res&#233;mantiser ses zones &#233;rog&#232;nes, ses attributs attractifs, son identit&#233; de genre&#8230; Ce pourrait &#234;tre amusant, curieux, formateur, que sais-je encore, mais chose certaine, en regard des luttes men&#233;es par elle &amp; sa bande, on ne retrouvera pas un article qui s'&#233;vertuerait &#224; d&#233;montrer en quoi Jacques Derrida a pu &#234;tre wittiguien, et c'est l&#224; tout l'enjeu des rapports de force, de pouvoir, d'oppression, d'invisibilisation, de minoration, de r&#233;duction acad&#233;misante b&#234;tement th&#233;orique, pour ne pas dire th&#233;oricienne. C'est que la recherche n'&#233;chappe pas aux conditionnements du dehors qui se sont ancr&#233;s au-dedans, marques inscrites bien avant la lettre&#8230; Je ne pense pas que Derrida lui-m&#234;me aurait r&#234;v&#233; d'une telle universit&#233;, d'un tel ethos acad&#233;mique, o&#249; l'&#233;vacuation du social serait revendiqu&#233;e comme seul moyen d'avancer dans la recherche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre fa&#231;on d'en appeler &#224; une autre topologie : l'universit&#233; sans condition ne se situe pas n&#233;cessairement, ni exclusivement, dans l'enceinte de ce qu'on appelle aujourd'hui l'universit&#233;. Elle n'est pas n&#233;cessairement, exclusivement, exemplairement repr&#233;sent&#233;e dans la figure du professeur. Elle a lieu, elle cherche son lieu partout o&#249; cette inconditionnalit&#233; peut s'annoncer. Partout o&#249; elle (se) donne, peut-&#234;tre, &#224; penser. Parfois au-del&#224; m&#234;me, sans doute, d'une logique et d'un lexique de la &#171; condition &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, L'universit&#233; sans condition, Paris, Galil&#233;e, 2001, p. 78.&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; sans condition serait moins l'impression que tout est permis dans l'ordre de la pens&#233;e que la compr&#233;hension extensive des conditions de possibilit&#233; d'une recherche lib&#233;r&#233;e de tout conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;rachel lamoureux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;&#233;crivain, critique litt&#233;raire &amp; candidate &#224; la ma&#238;trise en litt&#233;rature fran&#231;aise contempo&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;p.s. remerciements parce que dette immense envers Jean-Fran&#231;ois Hamel, pour les politique(s) de la litt&#233;rature, pour le cours impec donn&#233; au bac sur tout-wittig (et la bibliographie pill&#233;e &#233;hont&#233;ment, rires), pour la patience m&#234;l&#233;e de soupirs devant l'urgence, la col&#232;re&amp; l'impressionnisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sofia Batko, &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Wittig-avec-Cixous-horizons-politiques-de-la-reinvention-de-l-Eros&#034;&gt;&#171; Wittig avec Cixous : Horizons politiques de la r&#233;invention de l'eros &#187;&lt;/a&gt;, dans &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, 28 juin 2022, en ligne, consulte&#769; le 29 juin 2022. De&#769;sormais, toute re&#769;fe&#769;rence a&#768; cet article sera indique&#769;e entre parenth&#232;ses par le sigle &lt;i&gt;WC.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Audrey Lasserre, &#171; Histoire d'une litte&#769;rature en mouvement. Textes, e&#769;crivaines et collectifs e&#769;ditoriaux du Mouvement de libe&#769;ration des femmes en France (1970-1981) &#187;, the&#768;se de doctorat, Universite&#769; Paris III, 2014, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Ou plus th&#233;oriquement : &#171; Les politiques de la litte&#769;rature sont des syste&#768;mes de repre&#769;sentation a&#768; travers lesquels les acteurs du champ litte&#769;raire ne&#769;gocient, selon diffe&#769;rentes ope&#769;rations symboliques et imaginaires, les rapports de distance et de proximite&#769; qui de&#769;finissent la relation de la litte&#769;rature a&#768; l'espace public et au monde social. &#187; Dans Jean-Fran&#231;ois Hamel, &#171; Qu'est-ce qu'une politique de la litte&#769;rature ? E&#769;le&#769;ments pour une histoire culturelle des the&#769;ories de l'engagement &#187;, Dans &lt;i&gt;Politiques de la litte&#769;rature. Une traverse&#769;e du XXe sie&#768;cle franc&#807;ais&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire. vol. 35, 2014, p. 9-30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Paul B. Preciado, &lt;i&gt;Un appartement sur Uranus&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Virginie Despentes, Paris, Grasset &amp; Fasquelle, coll. &#171; Points &#187;, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &lt;i&gt;Le corps lesbien&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1973, p.7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Monique Wittig, Gille Wittig, Marcia Rothenburg, Margaret Stephenson, &#171; Combat pour la lib&#233;ration de la femme &#187;, &lt;i&gt;L'Idiot international&lt;/i&gt;, no 6, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ilana Eloit, &#171; Trouble dans le f&#233;minisme. Du &#171; Nous, les femmes &#187; au &#171; Nous, les lesbiennes &#187; : gen&#232;se du sujet politique lesbien en France (1970-1980) &#187;, &lt;i&gt;20 &amp; 21. Revue d'histoire&lt;/i&gt;, vol. 148, no. 4, 2020, p. 129-145. ; Monique Wittig, &#171; La pens&#233;e &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, 7, f&#233;vrier 1980, p. 45-53 ; Monique Wittig, &#171; On ne na&#238;t pas femme &#187;, Questions f&#233;ministes, 8, mai 1980, p. 75-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Meizoz, &lt;i&gt;Postures litt&#233;raires. Mises en sc&#232;ne modernes de l'auteur, &lt;/i&gt;Gen&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, Slatkine &#201;rudition, 2007, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; En 1975, les &#233;ditions Grasset proposent &#224; Monique Wittig d'&#233;crire un dictionnaire du f&#233;minisme. La romanci&#232;re accepte et, avec l'avance fournie par l'&#233;diteur, part pour la Gr&#232;ce avec sa compagne am&#233;ricaine, Sande Zeig. Arriv&#233;es sur l'&#238;le de Santhorin, elles se lancent dans un projet d'&#233;criture collaborative &#224; quatre mains et, tout en conservant la forme du dictionnaire encyclop&#233;dique, d&#233;naturent sciemment la commande initiale : au lieu de la somme attendue, elles livrent un texte foisonnant &#224; la dimension utopique &#233;vidente et revendiqu&#233;e, Brouillon pour un dictionnaire des amantes &#187;, in Romain Vallet, &#171; Le Brouillon pour un dictionnaire des amantes republi&#233; &#187; [archive], sur heteroclite.org, 5 octobre 2011 (consult&#233; le 5 juillet 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beno&#238;t Auclerc et Yannick Chevalier (dir.), &lt;i&gt;Lire Monique Wittig aujourd'hui. Nouvelle &#233;dition&lt;/i&gt; [en ligne], Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2012, p. 209, (g&#233;n&#233;r&#233; le 18 septembre 2020). Disponible sur Internet : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://books.openedition.org/pul/4167&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://books.openedition.org/pul/4167&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense &#224; l'article de Aurore Turbiau, 'Fiction militante, politique fictionnelle : une analyse du &lt;i&gt;Brouillon pour un dictionnaire des amantes&lt;/i&gt;', dans &lt;i&gt;Litt&#233;ratures engag&#233;es&lt;/i&gt; (ISSN : 2679-4950), publi&#233; le 11/10/2019, &lt;a href=&#034;https://engagees.hypotheses.org/739&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://engagees.hypotheses.org/739&lt;/a&gt;, consult&#233; le 01/07/2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore &#224; l'article de Chlo&#233; Jacquesson, &#8220;&lt;i&gt;Le Brouillon pour un dictionnaire des amantes&lt;/i&gt; (1976) de Monique Wittig et Sande Zeig : une entreprise litt&#233;raire du savoir f&#233;ministe ?&#8221;, dans ATAK Margaret, FELL Alison S., HOLMES Diana, LONG Imogen, (dir.), &lt;i&gt;French Feminisms 1975 and After&lt;/i&gt;, New Readings, New Texts, Peter Lang, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beno&#238;t Auclerc et Yannick Chevalier (dir.), &lt;i&gt;Lire Monique Wittig aujourd'hui. Op. cit., &lt;/i&gt;p. 48-49, (g&#233;n&#233;r&#233; le 18 septembre 2020). Disponible sur Internet : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://books.openedition.org/pul/4167&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://books.openedition.org/pul/4167&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ilana Eloit, &#171; Trouble dans le f&#233;minisme. Du &#171; Nous, les femmes &#187; au &#171; Nous, les lesbiennes &#187; : gen&#232;se du sujet politique lesbien en France (1970-1980) &#187;, &lt;i&gt;Op. cit.,&lt;/i&gt; p. 130.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claudine Fischer, &#171; Le f&#233;minisme d'H&#233;l&#232;ne Cixous &#187;, Fatou Sow &#233;d., &lt;i&gt;La recherche f&#233;ministe francophone. Langue, identit&#233;s et enjeux. &lt;/i&gt;Karthala, 2009, p. 237-242.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &#171; Monique Wittig et les lesbiennes barbues &#187;, &lt;i&gt;Actuel&lt;/i&gt;, no 38, janvier 1974, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida, &lt;i&gt;L'universit&#233; sans condition&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2001, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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