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	<title>TROU NOIR</title>
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		<title>Nos nuits - par L. Big&#242;rra</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>L. Big&#242;rra</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Cette rencontre, cette triangulation &lt;i&gt;lui-moi-la-nuit&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;

-
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-L-Bigorra-+" rel="tag"&gt;L. Big&#242;rra&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/nosnuits1.jpg?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un triptyque sexuel sign&#233; L. Big&#242;rra, auteur de &lt;a href=&#034;https://terrasses.net/index.php/2020/12/10/cycle-ecriture-contemporaine-et-collective-1-28-jours-de-l-bigorra/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;28 jours&lt;/a&gt; paru aux &#233;ditions Terrasses (Prix du roman gay 2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I
&lt;p&gt;manifeste du sale&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes anesth&#233;si&#233;es par l'id&#233;e que la chose peut se produire, qu'un amour peut na&#238;tre dans une nuit poisseuse de l'&#233;t&#233;-fin-du-monde. Toute la vie que nous y croisons porte malgr&#233; elle, la beaut&#233; d'un crime &#224; exiger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le JE les bande &#8211; les gar&#231;ons improbables - dans son slip quand il tire avide sur un bout de clope triste, assis seul sur un banc, seul comme un proie, seul comme un loup. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette famine, elle pourrait avaler tous les hommes de Stalingrad jusqu'&#224; la Villette. JE est un bagnard &#233;vad&#233; d'une &#233;ternit&#233; en d&#233;sert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici est un territoire difficile, un territoire qui ne veut pas du nous, petits monstres ridicules, volontaires et tenaces. C'est toujours ces nuits-l&#224; que nos paupi&#232;res se dissolvent et on croit qu'on pleure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la mer qui scintille sur le canal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Y'a ces solitudes, elles sont dures avec leurs triques d'une autre si&#232;cle. Elles nous obligent &#224; garder le menton haut et le regard franc malgr&#233; les bi&#232;res &#224; 8 degr&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Y a ces nuits o&#249; croire rel&#232;ve d'un effort plus grand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il y a ces nuits o&#249;, quand nous abandonnons presque, le d&#233;mon s'avance vers nous pour insuffler cet oxyg&#232;ne, m&#233;lange de peur et de foutre. Parce que nous savons son absence future, nous le ch&#233;rissons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes le bas-fond et Nous appelons les hommes solitaires et vaincus pour les entourer de notre chaleur. Et Nous pers&#233;v&#233;rons malgr&#233; leur haine de la folle, de la p&#233;dale qui voudraient susurrer des mots-miels le long des nuques-crasses. Nous pers&#233;v&#233;rons toujours dans la recherche de (nos) camarades. Ce nous est une r&#234;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous r&#234;vons meutes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le JE ne cherche pas &#224; sourire. Le sourire pue la s&#233;duction, pare le visage de fleurs et laisse froid l'homme-voleur &#224; la trique malsaine. Nous devons fixer l'homme crois&#233;, l'homme provoqu&#233; comme le bourreau &#224; qui on s'abandonne dans l'effroi de la douleur ou de la fin d&#233;finitive de la douleur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons peur du rien et pas du coup de poing. Nous en faisons fuir plus d'un juste avec notre immense faim. Nos d&#233;sirs, une arme sans chien ni g&#226;chette.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme-voleur ne peut pas nous aimer. De sa haine, nous devons lire une d&#233;claration d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre notre arrogance, le voleur-violeur-gicleur doit imposer sa virilit&#233;, comme un duel. S'il se d&#233;filait, il serait la tarlouze. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lui comme nous connaissons les lieux de la paix et du plaisir. Nous comme eux masquons la pauvret&#233; pour inventer des palais mythiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est qu'un buisson pour le monde mais pour nous c'est Broc&#233;liande. &#201;cras&#233; entre le d&#233;but du canal St Denis et des restes d'&#233;quarrissages en plaza, des mouchoirs froiss&#233;s et des bouteilles cass&#233;es y fleurissent de terre. Des bouts de matelas-mousse en d&#233;claration d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est pas cach&#233; dans cette for&#234;t mais personne ne peut nous apercevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trop sale. Trop puant. Spermes et crachats sont rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ici que l'amour quitte leurs corps pour finir dans nos bouches, nos r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
II
&lt;p&gt;Les Bas-Fonds&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'attends sur le banc. J'attends pas loin du bosquet. M&#234;me si j'suis 1312, m&#234;me les keufs je les mate. C'est tellement le feu dans mon int&#233;rieur, je laisse l'oxyg&#232;ne dehors. Pourtant je le sais. Je suis fixe. Immobile. Patient comme la pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois je me l&#232;ve pour dire que je suis en vie, je suis disponible, le sang pas tout &#224; fait froid. Avant d'arriver dans ce bout de territoire, j'avais d&#233;j&#224; crois&#233; assez de chance pour plus jamais vouloir rentrer dans mes bercails. La Nuit-Capitale m'a ouvert le c&#339;ur et la peur et mes jambes st&#233;ro&#239;des ont compris qu'elles s'arr&#234;teraient seulement le corps calleux satisfait. Et aucun risque ne serait trop grand ou grave. Devenir d&#233;finitif. &#202;tre d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme grand et jeune s'approche de moi. Il colle tout son corps contre le mien, l'endroit de sa bite contre mes fesses et il impulse un mouvement &#233;rotique. Malgr&#233; la surprise et la sueur, je ressens sa main plonger dans la poche de mon pantalon noir. Il y cherche l'or que je n'ai pas. Je renonce &#224; rejeter sa main imm&#233;diatement de ma poche vide. Garder son bas-ventre un peu encore contre mes anches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je grogne pour stopper notre chor&#233;graphie. Sa main vide quitte ma poche vide. Il s'&#233;carte et je suis seul &#224; nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme reste en position alors qu'arrive celui que j'imagine &#234;tre son camarade. Moins grand, plus fin, rassurant presque. Il me parle avec ses mains. Il me parle avec sa main gauche qui attrape son paquet et ses yeux sourient on pourrait dire &#224; cause de la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment je regarde sa main qui mime sa bite. &#201;videmment c'est maintenant que je souhaiterais mourir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me dit viens je voudrais que tu me suces. Il me rappelle que j'aime &#231;a et je ne le contredis pas. Je ne fais pas m&#234;me l'effort de sourire. Pas besoin. Je le suis juste sur les bords des rails du tramway. Il y a un bosquet qui la nuit se transforme en for&#234;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'assoit presque grand-fr&#232;re sur le rebord-b&#233;ton. Il sort de sa braguette sa bite d&#233;j&#224; dure, d&#233;j&#224; grosse et la pose dans ma bouche-&#233;crin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'&#233;quation d&#233;sir-patience-nuit-violence trouve son r&#233;sultat &#8211; la bite du voleur dans notre bouche -, l'interrogation trou noir, fin du monde et big bang se tait pour de vrai et presque comme pour de bon. Nous sommes alors l&#224;, dans notre for&#234;t temporaire, je peux toujours voir la silhouette patiente de son camarade, celui qui est large, assise sur mon banc, patient, inoffensif je me dis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime sa bite et l'odeur de d&#233;charge mais sur mes gardes, et malgr&#233; mes poches vides, une col&#232;re-frustration me donne envie de partir. Pour baisser le niveau de la peur. Que ma solitude dans le monde se retrouve sereine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le repousse et me l&#232;ve et il veut que je reste. Il me retiens presque romantique. Je sors des bois les &#233;paules d&#233;cisives. Il s'accroche et m'implore. Je pense m&#234;me entendre un s'il te pla&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
On se r&#233;installe sous les branches et c'est avide que je lui l&#232;che les couilles. J'y mets de la conviction et je ne remarque m&#234;me pas si je bande mais suis appliqu&#233;. Il geint un peu et son bassin en mouvement me vole de la respiration. J'aspire son gland parce que c'est la fin de l'idylle, je le sais. Sa bite convulse et rel&#226;che de longs jets de sperme. J'avale avec application. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine soulag&#233;, il me tombe dessus, et essaie de me faire tomber par terre. Ses mains essaient d'entrer encore dans mes poches. Le go&#251;t de son sperme encore sur ma langue, je lib&#232;re une v&#233;ritable col&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non tu ne me voleras pas&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui je peux te faire jouir mais ne me vole pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une force de folle me prend et je l'expulse de mon dessus, de mon corps. &#201;tonn&#233; de ma r&#233;bellion et sonn&#233; d'orgasme, il sort en premier du bosquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rev&#234;che, je le poursuis un peu et crie pour casser la collaboration de la nuit, sa passivit&#233; surtout. Je veux lui faire peur. Qu'il comprenne que ma soumission temporaire est un acte d'amour et de d&#233;sir. Que je le contr&#244;le. Qu'il n'est pas seul d&#233;tenteur du monopole de la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il trotte vers son camarade qu'il presse de fuir loin de moi, la folle folle ou folle folle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis le P&#233;d&#233; de la nuit, le P&#233;d&#233; qui crie !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III
&lt;p&gt;Les Bas-fonds, encore la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il arrive en prince, costume-jogging, grand tr&#232;s grand, si grand qu'assis sur mon banc je suis minuscule. Il sait ma soif. Il veut ma thune. 10 euros il me dit. Pas d'argent je r&#233;ponds. On parlemente dans des langues inconnues. Je ne saurai jamais d'o&#249; il vient. Lui sait que je viens d'ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traduis sa main sur sa queue. Je traduis le d&#233;sir dans son regard de violence. Il voudrait que j'ai peur mais il me supplie&#8230; me supplie de le croire indispensable &#224; mon &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fiert&#233; d'une &#233;ducation que je m&#233;prise, je m'&#233;loigne parce que je sais qu'il va me suivre. Qu'il veut ma bouche plus que ma bourse, qu'il veut mon love plus que mon or. De &#231;a j'ai une foi plus &#233;paisse que celle des Templiers et des kamikazes. Mes oreilles en alerte, j'ai peur du coup sur la t&#234;te. Ou de la balayette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tape sur mon &#233;paules et j'm'arr&#234;te. Je cache dans mon col ma pomme d'Adam qui arrive pas &#224; descendre. Je respire m&#234;me pas. En visible suis en roc. Y'a mes yeux qui doutent de rien et la-violence-la-nuit-la-rue-nos-coeurs me portent &#224; l'aimer gratos. Pour de vrai surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre dans notre palais-feuillage. On est pas le premiers &#224; venir, mais ensemble, c&#233;r&#233;monial, presque il me porte, parade nuptiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il redemande de l'argent pour la mise en sc&#232;ne, v&#233;rification d&#233;termin&#233;e &#224; recommencer mon r&#244;le de p&#233;d&#233; outr&#233;. Je me retourne pour quitter la sc&#232;ne. Gagnons du temps il signifie quand il sort sa bite de son surv&#233;t'. M&#234;me dans la nuit, elle brille g&#233;ante. Je m'assois sur le si&#232;ge-b&#233;ton, la rue enti&#232;re nous cache. Son gland mouill&#233; p&#233;n&#232;tre ma bouche en valse de parquet cir&#233;. J'avale tout et la famine repue me tire des presque-larmes. Y a les os de ses hanches que mes empreintes caressent. &#199;a le surprend, je le sens, que j'applique affectif de la tendresse dans la chor&#233;graphie. Y'a ma banane qui le tente. Il glisse ses doigts de ma t&#234;te, je couine, amant-amour, vers la braguette de la sacoche. Je le laisse l'ouvrir pour le prendre en flagrance. Je mords un peu son gland et serre ses couilles main-gauche. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis une truc du genre non, tu vas pas me voler du rien. Il cache son &#233;chec avec sa bite-villebrequin en fond de gorge. Nouvelles larmes qui se me m&#234;lent aux premi&#232;res. Ensemble elles se perdent dans ma barbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai presque gagn&#233;, le faire abandonner le larcin pour juste qu'on s'aime, qu'on s'baise. Il passe ses mains sous mes &#233;paules pour m'amener &#224; nous. Entre deux arbustes tr&#232;s tristes mais utiles, il nous m&#232;ne sur un vieux matelas en mousse d&#233;fonc&#233;e. Je pense punaise de lit et je bande dans mon jean noir et taille haute. On reste timide. Sa bite touche c&#339;ur et pancr&#233;as, mes genoux dans la boue, lui en prince, la Terre et sa Queue se lib&#232;rent dans mon orbite-langue-palais-luette-gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'essuie m&#234;me pas les l&#232;vres et part dans la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais je ne voudrais le revoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'erre toujours comme un poisson trop faible pour lutter. Les mar&#233;es m'emportent et j'h&#233;site en bas de l'immeuble-maison &#224; dispara&#238;tre. &#192; abdiquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche encore, insatiable de cet espoir, insatiable de cette foi. Je vais aimer et &#234;tre aim&#233;. Par n'importe qui. Je suis donn&#233;. Je suis offert. Je suis gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore l&#224;, celui pour qui je suis un &#233;tranger. Il me parle toujours sans se soucier de la compr&#233;hension. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me dit viens avec ses doigts. Il passe sa main baladeuse sur mon &#233;paule. Presque affectif, je lui scrute son r&#233;flexe-voleur-salvateur. Sa main gauche, la sacr&#233;e, plonge sur la ligne couille-nombril pour agite sa bite d&#233;j&#224; ferme. J'ai peur parce que je veux. J'ai peur parce que je vis tout ce qui m'importe. Cette rencontre, cette triangulation lui-moi-la-nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait raconter comment lorsqu'on se r&#233;veille, il y a ce go&#251;t de vie, de sciure et de sang s&#233;ch&#233;. Cette beaut&#233; &#224; laquelle on ne doit plus croire pour accepter la chaleur du soleil. La lumi&#232;re contre la paupi&#232;re, on peut pas la vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre la fen&#234;tre et plonge mon torse nu dans les yeux des voisins forc&#233;ment hagards. Mes seins pointent vers l'arrogance et je me roule dans les images de celui dont je ne comprenais pas les mots et qui ne comprenait pas les miens. Je me roule aussi dans ses derniers mots. Pas peur. Pas voleur. Et moi qui le suce dans la petite ruelle qui accueille les clochards, lui pacha sur un canap&#233; laiss&#233; l&#224;, mes mains-caresses arpentant ses cuisses longues et maigres. Lui mon cr&#226;ne entre les siennes. Son sperme encore irriguera toutes les veines de mon syst&#232;me quand d&#233;j&#224; lui sera mort de toute possibilit&#233; de se croiser encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une statistique &#224; faire fr&#233;mir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L. Big&#242;rra&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faites Entrer Les Fractales !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ou, Le multifeste fractal : une (Trans)(Crip)tion&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/wheelie-map.png?1731403067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partant du constat de la mont&#233;e de la transphobie et de l'handiphobie au sein des universit&#233;s nord-am&#233;ricaines sous l'administration Trump, des militant&#183;es et universitaires queer, trans et crip&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : On retrouve le mot crip dans la TransCRIPtion qui fait le titre de cet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, proposent un manifeste &#233;crit &#224; huit mains. Un &#171; multifeste&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Manyfesto est un jeu de mot combinant manifesto qui veut dire &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; &#187; qui relie les v&#233;cus des minorit&#233;s queer, handies, racis&#233;es, trans*, les politiques d'int&#233;gration et d'accessibilit&#233;, et s'efforce de penser les r&#233;currences g&#233;om&#233;triques qui segmentent les discours et les espaces en fronti&#232;res et en marges.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gende de l'image en frontispice&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Carte isochrone montrant le temps n&#233;cessaire pour atteindre diff&#233;rents endroits de Paris &#224; partir d'un lieu situ&#233; dans le XI&#232;me arrondissement, avec quelques contraintes : temps maximal d'utilisation de la chaise de 30 minutes en fauteuil, avec possible utilisation des r&#233;seaux ferr&#233;s accessibles. Nous pouvons voir que la personne roulante ne peut circuler qu'&#224; l'int&#233;rieur de zones pr&#233;cises, d&#233;termin&#233;es par de rares stations de m&#233;tros accessibles, constitu&#233;es en archipels discontinues cr&#233;ant des trous, et correspondant &#224; moins de 17% de l'aire urbaine fr&#233;quentable par les marchants. &lt;/i&gt;Source : Enka Blanchard, &lt;a href=&#034;https://www.espacestemps.net/articles/discreet-crips-in-a-discrete-world-spatialities-and-temporalities-of-disability/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Spatialit&#233;s et temporalit&#233;s du handicap I : des corps discrets dans un monde discret &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;EspacesTemps.net&lt;/i&gt;, mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tu sais d&#233;j&#224; ce dont nous allons parler. Nous allons parler de ce qui arrive quand tu &#233;choues &#224; te conformer, &#224; trouver ta place. Qu'importe les formes que tu te donnes, tu sais qu'il y a des fronti&#232;res qui, infiniment, r&#233;gressent et te confinent toujours davantage. Ces scripts coloniaux, qui d&#233;cident des mani&#232;res dont nous nous rencontrons, de qui nous rencontrons, dessinent des horizons toujours plus inatteignables. Ils t'en demandent toujours plus. Chaque affirmation de ton identit&#233; &#8211; ordinaire ou extra ordinaire &#8211; devient un champ de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste est une invitation &#224; Faire Entrer Les Fractales (EPLF). Cela t'&#233;puise de te fondre dans le moule des autres, d'essayer d'en &#233;pouser la forme. Nous en savons quelque chose. Cela t'&#233;puise d'assister &#224; la s&#233;questration de tes ami&#183;es, &#224; leur emprisonnement, leur &#233;viction, leur institutionnalisation, leur d&#233;portation. &#199;a, nous le savons aussi. Et tu es &#233;puis&#233;&#183;e d'essayer d'&#233;crire/enseigner/apprendre dans un endroit pour lequel tu n'es pas fait&#183;e. Nous en avons particuli&#232;rement conscience. Et c'est pourquoi ce manifeste est fait pour toi. Ce manifeste t'est d&#233;di&#233;, ainsi que l'espace qui s'y invente, un espace encore imaginaire peut-&#234;tre, mais dans lequel tu peux entrer, te complexifier, te transformer, t'&#233;tendre et t'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les personnes trans et les personnes handicap&#233;es ont le droit de vivre et de s'&#233;panouir. Dans un monde con&#231;u pour engendrer la mort des personnes trans et handicap&#233;es, il n'y a pas de position neutre. Lorsque, aux &#201;tats-Unis, 77 % des enfants trans ont fait l'objet de harc&#232;lements avant leur entr&#233;e au lyc&#233;e, lorsque 24 % des enfants trans ont &#233;t&#233; physiquement harcel&#233;&#183;es &#224; l'&#233;cole, lorsque, d&#232;s leur entr&#233;e dans l'&#226;ge adulte, la pr&#233;carit&#233;, les difficult&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'emploi ainsi qu'au logement, accompagnent les violences qu'iels subissent, nous pouvons affirmer que l'inaction politique participe &#224; la marginalisation et &#224; la mise en danger des personnes trans. De la m&#234;me fa&#231;on, les personnes handicap&#233;es sont oblig&#233;es de traverser des architectures physiques et sociales con&#231;ues pour leur exclusion &#8211; pour limiter leur acc&#232;s au logement autonome, &#224; l'emploi et au soin. Ce n'est pas un hasard si 39 % des personnes trans s'identifient comme handicap&#233;es, contre 15 % pour la population g&#233;n&#233;rale (Grant &amp; al. ; Puar). Les exp&#233;riences v&#233;cues des personnes trans et handicap&#233;es sont profond&#233;ment li&#233;es, et l'&#233;mancipation de ces deux populations repose sur une articulation claire et mutuelle de leurs oppressions conjointes. Pour ce faire, nous appelons &#224; une co-conspiration trans et handie, une mobilisation massive pour mettre fin au capacitisme et au cis-sexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre collaboration s'est cristallis&#233;e en r&#233;action &#224; la naissance de projets de recherches dans le champ des &#233;tudes sur le handicap, projets ouvertement transphobes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : R&#233;f&#233;rence &#224; la revue Disability &amp; Society, une revue historique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qui sont les reflets des tendances discursives g&#233;n&#233;rales des universit&#233;s, &#224; l'&#233;chelle nationale comme internationale. De r&#233;centes tentatives pour l'inclusion des personnes trans dans les &#233;tudes rh&#233;toriques (notre champ disciplinaire) ont bien &#233;t&#233; tent&#233;es, mais elles n'ont pas r&#233;ussi &#224; embrasser le caract&#232;re multi-dimensionnel de l'exp&#233;rience trans. Elles n'ont pas non plus r&#233;ussi, comme ont pu le faire les personnes trans racis&#233;es, les queer racis&#233;&#183;es et le f&#233;minisme et l'activisme des femmes racis&#233;es, &#224; cr&#233;er un lieu d'expression pour la diversit&#233; de genre (Pritchard). Par leur caract&#232;re restrictif et autoritaire, ces tentatives non seulement emp&#234;chent une lecture intersectionnelle de l'exp&#233;rience trans (c'est-&#224;-dire le fait que beaucoup de personnes trans sont aussi handicap&#233;es et s'identifient &#224; des minorit&#233;s sexuelles, religieuses et/ou racis&#233;es), mais elles interdisent aussi a priori la formation d'alliances puissantes entre communaut&#233;s de personnes handicap&#233;es et d'autres communaut&#233;s, permettant d'&#339;uvrer pour des mondes plus inclusifs et accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous offrons cette (Trans)(Crip)tion pour transcrire les imbrications des vies trans et des vies handies, toutes deux in&#233;vitablement intriqu&#233;es dans des mondes sociaux qui sont aussi transform&#233;s par celles et ceux qui ne sont ni trans ni handi*es. Cette TransCription propose des scripts alternatifs pour l'identit&#233; et l'appartenance qui bravent les assimilations et le contr&#244;le aux fronti&#232;res. Elle souligne les paradoxes de l'assignation de genre &#8211; l'horizon &#233;ternellement r&#233;g&#233;n&#233;r&#233; de la f&#233;minit&#233; et de la masculinit&#233; racialis&#233;es dont nous ne sommes que de pi&#232;tres approximations. Comme texte, cette TransCription est une invitation &#8211; une tentative de d&#233;coupage de l'espace discursif par laquelle nous pouvons contester, tordre, d&#233;jouer et rejeter les structures de la race, du genre et des normes corporelles qui leur sont associ&#233;es, et enfin, les rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce manifeste, nous nous proposons une &lt;i&gt;pens&#233;e-en-mouvement avec les fractales&lt;/i&gt;, une tentative de penser de concert les diff&#233;rences et les interconnexions des exp&#233;riences trans, handicap&#233;es et LGBQ, ainsi que les r&#233;gimes discursifs qui structurent le racisme, la misogynie et le colonialisme. Les fractales donnent formes aux structures litt&#233;raires et au d&#233;veloppement des genres litt&#233;raires (Dimock ; Finan). Et si les fractales structuraient aussi les mondes sociaux, historiques, les forces rh&#233;toriques et les luttes de pouvoir ? Et si les fractales structuraient la chor&#233;graphie des t&#234;tes qui tournent et nous regardent fixement lorsque nous entrons dans une &#233;picerie (Garland-Thompson) et structuraient, comme le dit ce vers d'Audre Lorde, &#171; la texture de la lumi&#232;re par laquelle nous examinons notre vie &#187; ? Comme les fractales, les rencontres sociales sont aussi caract&#233;ris&#233;es par de la r&#233;p&#233;tition, de l'it&#233;ration et des impl&#233;mentations au sein de structures sociales plus grandes. Les fractales &#233;closent, et organisent l'espace dans sa clart&#233;. De la m&#234;me fa&#231;on, la logique sociale organise nos vies via des intersections de vecteurs identitaires, &#224; la fois gigantesques et microscopiques. Nous sommes imbriqu&#233;&#183;es dans les structures sociales d'une mani&#232;re qui est tout &#224; la fois corporelle et psychique, id&#233;ologique et mat&#233;rielle, abstraite et concr&#232;te. Ces structures infiltrent nos voix et font vibrer nos os. Nous ne pouvons nous en d&#233;faire. Elles nous imposent les conditions de notre survie, et parfois, simultan&#233;ment, nous facilitent la vie. Connect&#233;&#183;es que nous sommes &#224; ces g&#233;om&#233;tries sociales extensives, nous sommes toutes et tous impliqu&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fractales sont d&#233;finies par la fa&#231;on dont elles impr&#232;gnent l'espace, avec des d&#233;marcations qui se complexifient &#224; chaque it&#233;ration. Les fractales sont connect&#233;es par des motifs similaires, et anim&#233;es par des principes math&#233;matiques de parall&#233;lisme qui les d&#233;veloppent dans l'espace et &#224; travers diff&#233;rentes &#233;chelles. Ce sont des boucles de r&#233;tro-actions g&#233;om&#233;triques qui traversent plusieurs &#233;chelles, articulant des instruments de diff&#233;rentes tailles &#224; travers (et par-del&#224;) le plan. Les fractales s'organisent selon des motifs qui cr&#233;ent continuellement de nouvelles lignes en essayant de se d&#233;limiter. C'est un processus de territorialisation sans terminaison, de formation d'une identit&#233; en crise perp&#233;tuelle. &#192; mesure que les fractales d&#233;limitent leurs fronti&#232;res, elles se r&#233;it&#232;rent &#8211; une dialectique &#224; l'infini de rapetissement et d'&#233;largissement, de &#171; param&#232;tres finis et du d&#233;veloppement infini &#187;, du d&#233;tail microscopique et de ce qui &#171; ne cesse de s'&#233;chapper en tourbillonnant, de dessiner des spirales sans fin &#187; (Dimock, 88-89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez par exemple, le flocon de Koch (Fig.1). Dans sa premi&#232;re it&#233;ration, le flocon de Koch appara&#238;t comme un triangle &#233;quilat&#233;ral. Dans sa seconde it&#233;ration, trois versions plus petites du triangle &#233;mergent depuis le centre de chaque c&#244;t&#233; du premier triangle, transformant la figure en une &#233;toile &#224; six branches. Dans sa troisi&#232;me it&#233;ration, deux autres triangles &#233;mergent de chaque nouveau triangle ainsi form&#233;. Dans chacune des autres it&#233;rations, le p&#233;rim&#232;tre du flocon de neige gagne une multiplicit&#233; de faces suppl&#233;mentaires &#8211; il est multi-face mais jamais complet. Toute repr&#233;sentation visuelle du flocon de Koch est une simplification, un clich&#233; d'une identit&#233; toujours-en-train-de-se-faire. Ainsi, les fractales &#233;tendent leurs principes math&#233;matiques au travers des &#233;chelles et des espaces, impr&#233;gnant et codifiant le territoire dans une aspiration asymptotique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L161xH147/100002010000016f000001512a568a1e-2-5b40e.png?1765891476' width='161' height='147' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bookmark=id.gjdgxs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Fig. 1. Un flocon de neige de Koch montre comment un triangle devient une fractale (image tir&#233;e de &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:KochFlake.svg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Wikimedia Commons&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons fructueuse la pens&#233;e qui lie pouvoir, identit&#233; et relation au sein d'une m&#234;me formation fractale. Si nous nous concevons comme op&#233;rant au sein d'un fractale, nous avons alors la possibilit&#233; de nous voir les un&#183;es les autres comme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. connect&#233;&#183;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. distinct&#183;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. participant &#224; des relations de pouvoir r&#233;currentes et distributives, c'est-&#224;-dire : &#171; auto-similaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : L'autosimilarit&#233; est la capacit&#233; d'un objet fractal &#224; r&#233;p&#233;ter les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est possible de regarder nos vies comme des entit&#233;s &#171; relationnelles et constell&#233;es &#187;, c'est que nos pratiques ordinaires &#171; sont b&#226;ties, form&#233;es et d&#233;mantel&#233;es par les fa&#231;ons dont nous nous rencontrons les un&#183;es les autres &#224; travers des syst&#232;mes particuliers &#187; (Powell &amp; al.). La mont&#233;e r&#233;cente du f&#233;minisme &#171; critique du genre &#187; (ou TERF, f&#233;minisme radical excluant les personnes trans*) est un exemple de l'incapacit&#233; d'observer ou de reconna&#238;tre comment les connections se r&#233;it&#232;rent au sein des oppressions sociales &#8211; comment les personnes indig&#232;nes, immigrantes, asiatiques, latino-am&#233;ricaines et africaines-am&#233;ricaines ont &#233;t&#233; d&#233;shumanis&#233;&#183;es pour avoir &#233;chou&#233; &#224; ob&#233;ir aux id&#233;aux blancs du genre ; comment les femmes trans sont punies pour avoir viol&#233; les structures de la f&#233;minit&#233; utilis&#233;es pour d&#233;limiter l'identit&#233; cis femme ; comment les personnes handicap&#233;es sont sujettes aux m&#234;mes processus d'infantilisation et de privation de libert&#233; que ceux dont ont &#233;t&#233; victimes les personnes trans et les personnes racis&#233;es. Avec l'extension des pouvoirs politiques et socio-&#233;conomiques occidentaux, on peut reconna&#238;tre les scripts de racialisation du genre d'un continent &#224; l'autre, op&#233;rant une classification entre plusieurs groupes de dits &#171; Autres &#187; tout en d&#233;niant les intimit&#233;s de nos histoires continentales (Lowe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste/multi-feste est consacr&#233; &#224; la question suivante : qu'est-ce que cela signifie de regarder la coalition comme une fractale &#8211; comme un r&#233;-examen continu et une re-n&#233;gociation de nos fronti&#232;res ordinaires ? Nous ne pouvons pas ne pas remarquer par exemple que les m&#234;mes sortes de micro-agressions se r&#233;p&#232;tent &#224; travers diff&#233;rents contextes et au sein de diff&#233;rentes communaut&#233;s, et que ces micro-agressions s'amplifient pour devenir des macro-agressions qui nous sont elles aussi famili&#232;res. Inversement, nous avons besoin de r&#233;p&#233;tition pour sculpter nos propres espaces &#8211; de batailles r&#233;currentes pour affirmer notre pr&#233;sence, de fa&#231;ons d'expliquer et de justifier notre existence. Flocons de Koch que nous sommes, nous handi-formons, nous trans-formons, nous queerisons ces espaces par les collaborations et les communaut&#233;s que nous y formons &#8211; apr&#232;s tout, le queer est un processus intime et relationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si certaines de nos fractales sont approuv&#233;es par les pouvoirs coloniaux, nos mani&#232;res r&#233;p&#233;titives de d&#233;couper l'espace sont souvent d&#233;crites comme pathologiques, et consid&#233;r&#233;es comme des &#233;cholalies, des tocs (Yergeau, &lt;i&gt;Authoring Autism&lt;/i&gt;) ou de l'obstination (Ahmed, &lt;i&gt;F&#233;ministes rabat-joie&lt;/i&gt;). Lorsqu'elles ne sont pas approuv&#233;es par les pouvoirs coloniaux, nos fractales rh&#233;toriques apparaissent comme des obsessions tautologiques, des fixations inappropri&#233;es (des ent&#234;tements ?) provenant d'individus qui ne savent pas s'arr&#234;ter de parler de genre et de handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les tocs sont con&#231;us comme pathologiques pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils n'arrivent pas &#224; s'arr&#234;ter (Bliss). Un toc est une tautologie incorpor&#233;e, un &#233;cho incorpor&#233; : il s'amplifie et se recroqueville &#224; la fois, il navigue de fa&#231;on r&#233;cursive &#224; travers le corps, se liant et se connectant &#224; d'autres tocs, formant des r&#233;seaux, des groupes, des coalitions &#171; d'&#233;nonc&#233;s sensoriels &#187; complexes (pour reprendre l'expression de certain&#183;es universitaires comme Nolan &amp; McBride). Inversement, les fractales peuvent nous permettre de concevoir cet &#171; &#233;chec &#187;, cette incapacit&#233; &#224; s'arr&#234;ter, comme une certaine tendance &#224; s'&#233;panouir, comme un potentiel &#224; &lt;i&gt;partir, bouger, lier, consteller, constituer, forger, s'allier, se d&#233;chirer, r&#234;ver, &#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le dictionnaire anglais d'Oxford, la racine latine de &#171; stimulus &#187; renverrait soit &#224; un stylet (stylo) soit &#224; un aiguillon. Les &lt;i&gt;stim&lt;/i&gt; &#8211; que les m&#233;dicophiles appellent &#171; comportements d'auto-stimulation &#187; &#8211; renvoient pour nous &#224; une mani&#232;re continuelle de faire monde. Nous nous stimulons &#8211; avec un stylet, nous laissons notre empreinte sur notre &#234;tre ; nous poussons l'aiguillon de l'existant entre nous et &#224; l'int&#233;rieur de nous ; et, &#224; l'aide d'un b&#226;ton, nous tra&#231;ons les contours de notre &#234;tre dans la boue. De cette fa&#231;on, nos identit&#233;s et nos corps, sont inscrites &#224; m&#234;me notre programme &#8211; nous devenons TransCription &#224; mesure que nous d&#233;limitons la TransCription. TransCripter d&#233;signe alors l'acte r&#233;it&#233;r&#233; de fabrication de l'espace trans et de l'espace &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; guid&#233; par une ob&#233;issance loyale &#224; un programme et par une obsession &#224; suivre ce programme. De la m&#234;me fa&#231;on qu'une fractale s'&#233;tend et se complexifie en suivant les principes des math&#233;matiques (ex : l'ensemble de Mandelbrot, Fig.2), notre collaboration s'&#233;tend et se complexifie selon les principes du handicap et de la justice de genre. De la m&#234;me fa&#231;on que les syst&#232;mes coloniaux infusent leur nu&#233;e toxique de performances de genre dans toutes choses &#8211; des stylos aux zygotes en passant par les prisons &#8211; notre invitation &#224; Faire Entrer Les Fractales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : L'expression &#171; Get The Frac In &#187; en anglais joue sur plusieurs niveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; nous enivrer de notre programme, s'&#233;tend inexorablement. TransCripter d&#233;signe alors une pers&#233;v&#233;ration pathologique &#8211; une performance incorpor&#233;e, automatique et neuroqueer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ndt : Neuroqueer est un terme d&#233;fini par Nick Walker dans son blog (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'un devenir &#171; aussi r&#233;sistant&#183;e qu'un TOC ou qu'un stim &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L285xH380/1000020100000174000001f0a3a7ba4a-2-3c3be.png?1765891476' width='285' height='380' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bookmark=id.30j0zll&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Fig. 2.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Un ensemble de Mandelbrot montre comment les fractales gonflent et s'intensifient.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;stimming&lt;/i&gt; est un monde, mais c'est un monde continuellement expos&#233; au risque d'extinction. Les violences structurelles que sont le capacitisme et la transphobie ne sont pas seulement des &#233;tiquettes ou des oppressions qui touchent certaines personnes ; ce sont aussi des syst&#232;mes qui se manifestent &#224; la surface du corpsesprit gr&#226;ce &#224; la r&#233;p&#233;tition routinis&#233;e de formes d'(auto) gouvernance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le paradigme du corps-esprit est un paradigme d&#233;velopp&#233; par Dychtwald K. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On nous apprend &#224; dissimuler nos diff&#233;rences et &#224; consid&#233;rer les identit&#233;s minoritaires comme des aberrations qui interrompent le cours de nos vies quotidiennes. Le handicap, la race et le genre ont une importance cruciale absolument partout mais seulement quelques-uns de ces agencements d'identit&#233;s r&#233;ussissent &#224; demeurer invisibles et, ce faisant, &#224; devenir la norme (Browne and Misra ; Kafer). Tanya Titchkosky parle de ces variations comme d'une &#171; exclusion justifiable &#187; (77). Comment cette n&#233;gation, cette absence, a-t-elle pu devenir justifiable et raisonnable ? Remarquant la raret&#233; des personnes handicap&#233;es sur son lieu de travail, Titchkosky &#233;crit : &#171; les personnes handicap&#233;es ne manquent pas dans ce b&#226;timent, et pourtant elles ne sont pas l&#224; &#187;. Nous sommes l&#224; et pourtant nous ne sommes pas l&#224;. Vous &#234;tes l&#224;, et pourtant vous n'y &#234;tes pas. Il y a quelques chercheureuses ouvertement trans, non-binaires, et/ou bispirituel&#183;les dans notre discipline qui &#233;voquent les effets continus d'un tel refoulement &#8211; une r&#233;it&#233;ration fractale de &#171; l'exclusion justifiable &#187; dont parle Titchkoksy. En accord avec les rh&#233;toricien&#183;nes trans, bispiritue&#183;les et non-binaires, nous plaidons pour l'&#233;laboration et l'acceptation de formes plus imaginatives de production de connaissances (Rawson, LeMaster et Johnson ; LeMaster &amp; al. ; Patterson ; Hsu ;Driskill, &#171; Doubleweaving &#187;). Beaucoup d'entre nous avons &#233;t&#233; &#233;ject&#233;&#183;es du plan fractal, avons &#233;t&#233; contenu&#183;es, restreint&#183;es, rationalis&#233;&#183;es et rejet&#233;&#183;es hors du domaine de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, sur un campus de 30.000 personnes, &#171; nous &#187; n'aurions besoin que de 5 toilettes accessibles et non-genr&#233;es. Voil&#224;, chaers lecteurices, qui continuera &#224; &#234;tre reconnu et applaudi comme un succ&#232;s de l'inclusion et du progr&#232;s social, parce que nous sommes l&#224; et cependant, nous ne sommes pas l&#224;, parce que nos savoirs et nos contributions aux champs de la connaissance et aux mondes sont ignor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Solidarit&#233; fractale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les fractales dessinent les g&#233;om&#233;tries de la collaboration. &#171; Fractaliser &#187; c'est creuser, ici et ailleurs, des acc&#232;s et des sorties &#224; l'int&#233;rieur de certains sujets tout en &#233;laborant des coalitions politiques &#224; travers cette multiplicit&#233;. Les fractales impr&#232;gnent les territoires de leurs principes d'organisation, transformant les agglom&#233;rats spatiaux en syst&#232;mes de signification (ex : le tapis de Sierpinski, Fig:3). Ainsi, pour interpr&#233;ter l'espace social comme une fractale, il faut suivre les lignes qui associent les corps blancs propri&#233;taires du capital au bouclier de l'&#201;tat, aux rituels sociaux et religieux de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, au racisme, &#224; la x&#233;nophobie, au capacitisme et &#224; la transphobie. La solidarit&#233; fractale orchestre des collaborations par-del&#224; les distances et les diff&#233;rences d'&#233;chelles, int&#233;grant chacun des points dans un processus collaboratif de re-signification et de renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L221xH221/10000201000001200000012040c90aff-2-aa33f.png?1765891476' width='221' height='221' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bookmark=id.1fob9te&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Fig. 3.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Le tapis de Sierpinski r&#233;plique des versions toujours plus petites d'une m&#234;me forme &#224; l'infini. (image tir&#233;e du &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://publicdomainvectors.org/en/free-clipart/Sierpinski-carpet/63420.html)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Public Domain Vectors&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant notre excursion de l'&#233;chelle micro &#224; l'&#233;chelle macro et vice versa, nous mettons en pratique ce que Stryker, Currah et Moore d&#233;crivent comme &#171; transer &#187; &#8211; au lieu de s'attarder sur le &#171; trans &#187; comme une migration horizontale le long du spectre du genre, Stryker et ses coll&#232;gues d&#233;finissent le geste de &#171; transer &#187; comme un mouvement vertical qui &#171; transe &#187; les corpsesprits individuels pour s'int&#233;resser aux structures des &#171; nations, &#201;tats et des montages capitalistes &#187; au travers desquelles ces vies individuelles sont forc&#233;es de vivre. Dans notre coalition fractale, nous nous m&#233;nageons des acc&#232;s et des sorties depuis nos contextes culturels, embrassant autant le friable que l'immense. Nous sommes &#224; la recherche de socialit&#233;s mutualistes, dont diff&#233;rentes conceptions r&#233;sonnent dans les rh&#233;toriques culturelles, les th&#233;ories d&#233;coloniales, les communaut&#233;s crip et l'activisme crip et d'autres communaut&#233;s soutenues par des personnes dont les pratiques sont orient&#233;es par des pens&#233;es ancr&#233;es dans l'exp&#233;rience incarn&#233;e (Powell et col. ; Escobar ; Moraga et Anzald&#250;a ; Calafell ; Hamraie et Fritsch). Par-del&#224; les fronti&#232;res disciplinaires et les points de vue, nous nous appuyons sur nos relations pour cr&#233;er des savoirs constell&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque moment de notre vie nous contribuons &#224; divers champs disciplinaires, appartenons &#224; diverses communaut&#233;s, sommes sujet&#183;tes &#224; des r&#233;glementations f&#233;d&#233;rales et &#233;tatiques et &#224; d'autres contextes d'appartenance. Pour cette raison, lorsque nous militons pour les communaut&#233;s trans ou pour la justice des personnes handicap&#233;es, nous ne pouvons exprimer des int&#233;r&#234;ts qui soient en d&#233;faveur de l'un ou l'autre groupe. Nous n'avons pas non plus besoin de traduire notre solidarit&#233; en int&#233;r&#234;ts personnels avant de passer &#224; l'action. Les liens qui nous lient nous laissent &#224; penser que &#171; leurs &#187; probl&#232;mes sont aussi &#171; nos &#187; probl&#232;mes &#8211; et ce sans &#233;liminer nos diff&#233;rences (ex. : la distance ou les diff&#233;rences d'intensit&#233;) et sans exiger d'obtenir, gr&#226;ce &#224; nos demandes de justice collective, des b&#233;n&#233;fices individuels. Chaque identit&#233; que nous revendiquons est un lieu de pouvoir, mais un tel pouvoir demande une attention particuli&#232;re et engage des contraintes, des consid&#233;rations, et des responsabilit&#233;s. Nous devons &#234;tre conscient&#183;es de la fa&#231;on dont nos manifestations, nos actions et nos discours peuvent r&#233;duire d'autres personnes au silence, et les exclure. De plus, nous ne pouvons pas contribuer, en tant que chercheureuses et enseignant&#183;es &#224; l'&#233;volution de disciplines qui nient les aspects de notre identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celleux d'entre nous qui sommes marginalis&#233;&#183;es &#224; plusieurs titres savent &#224; quel point nous sommes contraint&#183;es &#224; d&#233;velopper de multiples formes d'expertise dans le but de justifier notre existence. Nous devons continuellement &#233;duquer les autres sur &#171; ce que &#231;a signifie de vivre en tant que &#187; trans et/ou non binaire et/ou personne racis&#233;e et/ou personne handicap&#233;e, et seule une faible partie de ce travail est r&#233;mun&#233;r&#233;e (dans les rares cas o&#249; nous finissons par l'&#234;tre). Vous comme nous, savez que l'acc&#232;s aux ressources des institutions n'est pas &#224; prendre pour acquis ; nous ne savons que trop bien ce que c'est que d'&#234;tre interdit&#183;es d'acc&#232;s &#224; ces ressources. Une partie de notre travail consiste d&#232;s lors &#224; auto-g&#233;rer l'acc&#232;s &#224; ces ressources &#8211; que ce soit en for&#231;ant collectivement les institutions &#224; s'adapter &#224; la forme de nos corpsesprits ou en nous effor&#231;ant d'ajouter au temps lui-m&#234;me des minutes voire des heures suppl&#233;mentaires pour finir nos t&#226;ches (en repoussant l'heure du sommeil par exemple ou d'autres t&#226;ches importantes de maintenance), ou en d&#233;veloppant par nous-m&#234;mes la connaissance et le savoir-faire qui nous permettront d'extraire nos propres ressources, le tout en subissant la d&#233;n&#233;gation et le d&#233;nigrement constants de notre exp&#233;rience v&#233;cue. Puisque nous sommes si intimement famili&#232;r&#183;es des exp&#233;riences d'isolement et d'&#233;puisement inh&#233;rentes &#224; ce travail, nous prenons tr&#232;s au s&#233;rieux l'appel de Shawn Wilson &#224; pratiquer la recherche, l'enseignement et le militantisme avec, pour pr&#233;ceptes principaux, le respect, la r&#233;ciprocit&#233; et la mutualit&#233; de fa&#231;on &#224; &#171; faire en sorte que nos actes restent fid&#232;les &#224; ce qui a &#233;t&#233; entendu, observ&#233; et appris &#187; (59). Nous m&#233;ritons toustes d'&#234;tre trait&#233;&#183;es avec le minimum de dignit&#233;, mais nous exigeons plus. Nous voulons &#234;tre d&#233;barrass&#233;&#183;es de la crainte. Nous voulons la libert&#233;. Nous voulons la joie. Tout d'abord collectivement, ensuite nous nous investirons aupr&#232;s des communaut&#233;s pour leur s&#233;curit&#233;, leur dignit&#233;, leur lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fractales nous rappellent que toutes les oppressions sont interconnect&#233;es. La transphobie &#233;merge de la dysmorphophobie li&#233;e &#224; la construction coloniale, capitaliste et masculine du genre, et elle est aujourd'hui reproduite par des mod&#232;les &#233;conomiques n&#233;olib&#233;raux qui tirent profit de la rigidit&#233; des normes de genre (Driskill et al., &lt;i&gt;Asegi Stories, &lt;/i&gt;&#8220;Doubleweaving,&#8221; ; Boellstorff et al. ; Besnier et Alexeyeff ; Green et Bey ; Snorton ; Chen). Le m&#234;me colonialisme qui tente d'&#233;liminer, par un g&#233;nocide physique, la pluralit&#233; des genres que les natif&#183;ves am&#233;ricain&#183;nes ont construite sans faire appel &#224; la binarit&#233; cis &#8211; ce m&#234;me colonialisme est une menace directe pour les personnes trans et celleux dont le genre est consid&#233;r&#233; comme non-conforme, en particulier les personnes handicap&#233;&#183;es, les personnes racis&#233;es, les pr&#233;caires et toustes celleux qui sont forc&#233;&#183;es par l'expansionisme occidental &#224; im/migrer, &#224; traverser les fronti&#232;res. Le travail d&#233;colonial effectu&#233; au sein des salles de classe et en dehors de leurs murs doit prendre en consid&#233;ration ces efforts entrepris pour cr&#233;er des mani&#232;res de relationner, trans et non conformes aux normes de genre &#8211; dans le cas contraire, un tel travail ne fait que renforcer le colonialisme et l'imp&#233;rialisme galopant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons refuser la violence de ces tendances &#224; ce que certain&#183;es d'entre nous avons appel&#233; la &#171; normativit&#233; par la diversit&#233; &#187;. La normativit&#233; par la diversit&#233; se produit lorsque la majorit&#233; s'avise qu'elle a omis de prendre en consid&#233;ration les exp&#233;riences et les besoins qui diff&#232;rent des siens, elle s'efforce alors d'op&#233;rer un travail de r&#233;paration (Dolmage ; Yergeau et al. ; Wood), ce qui implique souvent d'entrer dans une relation de marchandage et souligne l'incapacit&#233; &#224; penser &#224; ces autres d&#233;j&#224; ali&#233;n&#233;&#183;es. En effet, la r&#233;paration est une strat&#233;gie &#171; passive-agressive &#187;, qui &#171; repousse l'acc&#232;s &#224; plus tard, et d'une fa&#231;on souvent violente &#187; tout en laissant penser que le travail d'inclusion a &#233;t&#233; men&#233; &#224; bien (Dolmage 77). De la m&#234;me fa&#231;on, nous devons trouver d'autres mod&#232;les pour projeter une vari&#233;t&#233; de corps et d'exp&#233;riences, de nouveaux modes de constructions de coalitions, qu'ils soient intentionnels ou spontan&#233;s, un nouveau Design Universel pour la survie, un nouvel engagement nous permettant de Faire Entrer Les Fractales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Faire Entrer Les Fractales ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste/multi-feste est une invitation &#224; joindre un ch&#339;ur d'universitaires et de militant&#183;es qui entonne l'hymne TransCripteur. Nous vous invitons &#224; prendre place dans notre constellation d'&#233;nergies afin d'inventer de nouveaux mondes affectifs et mat&#233;riels pour les personnes trans et handicap&#233;es. Les fractales sont tout &#224; la fois massives et mobiles. &#192; travers cet &#233;lan de solidarit&#233;, par la cr&#233;ation d'un faire-monde trans et crip, nous nous engageons &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* reconna&#238;tre et estimer la vie et l'exp&#233;rience d'autrui &#224; l'aune de ses valeurs propres plut&#244;t qu'&#224; l'aune de son utilit&#233; pour nous. Nous alignerons nos positions non sur la base de nos similarit&#233;s mais sur la base d'une volont&#233; concert&#233;e de fonder ensemble une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* inqui&#233;ter les notions de neutralit&#233; et de passivit&#233;. Nous remarquons que les positions &#171; neutres &#187; et &#171; passives &#187; suivent les r&#233;p&#233;titions des contours fractals, g&#233;n&#233;rant une sensation d'isolement par rapport &#224; une plus large totalit&#233;. Plus particuli&#232;rement, nous estimons qu'&#234;tre cisgenre n'est pas une position &#171; par d&#233;faut &#187; et que cette position est tout autant le r&#233;sultat d'un &#171; choix &#187; qu'&#234;tre transgenre &#8211; que la binarit&#233; est une fiction inocul&#233;e par la taxonomie coloniale de l'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* inspirer la confiance. Cela vaut sp&#233;cifiquement pour celleux qui, sans y appartenir, travaillent en collaboration avec des groupes rel&#233;gu&#233;s &#224; la marge de l'Histoire. Faire Entrer Les Fractales exige de l'humilit&#233;. &#202;tre un&#183;e alli&#233;&#183;e, ce n'est pas une identit&#233;, c'est un savoir-faire. &#202;tre un&#183;e alli&#233;&#183;e signifie que tu apprends aupr&#232;s de celleux qui vivent ces vies, pas que tu d&#233;bats &#224; partir de tes connaissances th&#233;oriques. Les alli&#233;&#183;es doivent s'atteler &#224; la t&#226;che de b&#226;tir des espaces trans et crip (et accepter de les laisser ensuite &#224; d'autres !). L'alliance performative et la course au m&#233;rite ne servent qu'&#224; souligner &#224; nouveau le privil&#232;ge de celleux qui ont le moins de choses &#224; perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* devenir de meilleurs complices dans les combats des un&#183;es et des autres en &#233;tudiant les irr&#233;gularit&#233;s des architectures sociales au sein desquelles nous habitons, et en visant des mondes toujours plus inclusifs et lib&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* prendre la responsabilit&#233; du bien-&#234;tre des communaut&#233;s &#224; propos desquelles nous &#233;crivons et &#224; qui nous nous adressons. Mettre en pratique ce qu'Alexis Pauline Gumbs et Eric Darnell Pritchard nous inspirent : des savoirs et des transmissions &#171; capables de rendre des comptes &#224; leurs communaut&#233;s &#187; et qui se laissent &#171; guider par les anc&#234;tres &#187; (Pritchard, &lt;i&gt;Fashioning Lives&lt;/i&gt;, &#8220;On Black Queer Literacies et Activism&#8221;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ; Gumbs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* comprendre que les politiques de la citation sont importantes, que les effets de nos recherches sont importants, et qu'il ne s'agit l&#224; ni d'un sport, ni d'une comp&#233;tition mais d'une pratique de soin mutuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* d&#233;manteler les &lt;i&gt;cis&lt;/i&gt;t&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Contraction des termes &#171; cisgenre &#187; et &#171; syst&#232;me &#187; d&#233;signant le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; universitaires qui excluent les personnes trans. Le savoir trans d&#233;passe les limites de quelques niches obscures. Les espaces universitaires ne seront &#233;mancipateurs qu'&#224; la condition de lutter collectivement contre l'opposition trans, l'exclusion trans, l'effacement trans et toutes les formes d'enfermement trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* reconstruire des infrastructures &#233;ducatives sur le principe de l'entraide plut&#244;t que sur le mythe de la m&#233;ritocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* veiller &#224; la distribution des privil&#232;ges et des ressources en soutien aux communaut&#233;s marginalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* reconna&#238;tre le bon moment pour faire de l'espace, pour occuper l'espace, pour dissoudre cet espace, pour se retirer de l'espace de fa&#231;on &#224; rendre visibles celleux qui sont les plus directement concern&#233;&#183;es par le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* prendre le risque de l'&#233;chec, de l'imperfection et de la g&#234;ne en visant l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233;. Ce processus, toujours en cours, d'un devenir-complice est brouillon et parfois douloureux. M&#234;me emprunt&#183;es des meilleures intentions, nous risquons de nous blesser les un&#183;es les autres et il faudra que nous nous rendions capables de r&#233;pondre des blessures que nous infligeons. Nous devons comprendre qu'une r&#233;putation irr&#233;prochable peut, dans certains cas, &#234;tre une forme de privil&#232;ge, et que la peur des sanctions sociales ne peut excuser celleux qui ne parviennent pas &#224; devenir les complices des luttes de leurs alli&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment mettons-nous en place ce soin communautaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce projet est en soi une pratique de soin communautaire &#224; travers laquelle nous cr&#233;ons des opportunit&#233;s de dialogue &#233;crit et oral, d'&#233;coute de nos diff&#233;rences mutuelles, et de partage d'exp&#233;riences et de d&#233;sirs avec un large public. Dans la continuit&#233; des travaux de Leah Lakshi Piepzna-Samarasinha, nous esp&#233;rons que ce manifeste pourra &#234;tre re&#231;u comme une invitation &#8211; une invitation permettant aux membres de nos domaines de recherche d'explorer des opportunit&#233;s nouvelles leur permettant d'oser s'avancer dans des champs universitaires moins conventionnels, et de rendre visible ce travail essentiel qu'est la cr&#233;ation de champs de recherche plus inclusifs, de favoriser le libre &#233;change d'id&#233;es, de craintes et d'espoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons de &#171; soins communautaires &#187; et non de &#171; soins auto-administr&#233;s &#187; car nous sommes aux prises avec des syst&#232;mes de pouvoir, d'affects, de contraintes mat&#233;rielles et sociales qui s'&#233;tendent bien plus au-del&#224; du pouvoir &#171; souverain &#187; de la volont&#233; individuelle. Chaque it&#233;ration d'une fractale repose sur l'it&#233;ration qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Comme les fractales, nous nous situons &#224; l'int&#233;rieur de structures g&#233;n&#233;ratrices de formes. La notion de &#171; soins auto-administr&#233;s &#187; part du principe qu'existerait une structure de soin accessible de fa&#231;on universelle, et permettant &#224; chacun&#183;e de pouvoir se soigner sans condition. Si vous pensez qu'un tel &#171; soin auto-administr&#233; &#187; est possible, c'est que vous ne rendez pas justice &#224; toutes ces personnes et &#224; tous ces syst&#232;mes qui prennent soin de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concevoir quelque chose comme un soin communautaire nous permet d'identifier les formes de soin disponibles dans un contexte de structures sociales in&#233;galitaires. Regarder le soin communautaire par le prisme des fractales nous permet d'identifier les moyens de construction de telles communaut&#233;s de pouvoir. La co-cr&#233;ation de cet article est un exemple de ce que signifie construire un soin communautaire. Lors de l'&#233;criture de ce texte, chacun&#183;e des auteurices s'est constitu&#233;&#183;e en n&#339;ud de renfort pour les autres. Nous avons construit, au sein de ce r&#233;seau de validation sociale, un espace social offrant un refuge loin des relents validistes et transphobes des formations universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les fractales, nous cr&#233;ons des raccords afin de r&#233;it&#233;rer ces espaces d'appartenance &#8211; des espaces d&#233;termin&#233;s par les structures affectives, mat&#233;rielles et sociales de notre design collaboratif. Bien que nous esp&#233;rions que d'autres poursuivent, &#233;tendent, transportent et transforment nos id&#233;es, nous proposons les principes pr&#233;liminaires suivants pour une communaut&#233; de soin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soin communautaire demande de la pers&#233;v&#233;rance, un engagement &#171; pathologique &#187; &#224; construire des espaces de justice sociale. &lt;/strong&gt;Nous devons nous rassembler en une m&#234;me force de r&#233;it&#233;ration (&lt;i&gt;&#171; fus ro DAH !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Cri de guerre prononc&#233; dans le jeu massivement multijoueur Skyrim et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;) et&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d'articulation de notre foyer communautaire. Le soin communautaire signifie &#339;uvrer pour un environnement o&#249; chacun&#183;e peut se sentir appr&#233;ci&#233;&#183;e et soutenu&#183;e. Nos identit&#233;s individuelles n'ont pas &#224; &#234;tre d&#233;battues, et cela quoi qu'en disent les protocoles de la Cour Supr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : L'actualit&#233; nord-am&#233;ricaine est parsem&#233;e de litiges concernant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soin communautaire prend acte des conditions mat&#233;rielles et affectives qui structurent le monde universitaire. &lt;/strong&gt;La carri&#232;re universitaire tout comme le bien-&#234;tre &#233;motionnel, le sentiment d'accomplissement ainsi que l'aptitude &#224; op&#233;rer des changements positifs au sein de la communaut&#233;, reposent en grande partie sur la capacit&#233; &#224; payer un loyer. Nous devons &#234;tre vigilant&#183;es quant &#224; la fa&#231;on dont notre pratique du tutorat, notre activation des proc&#233;dures officielles, et la fa&#231;on dont nous citons et rendons visibles certains travaux affectent les autres &#224; l'int&#233;rieur et en dehors des murs des universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soin communautaire reconna&#238;t qu'une personne, pour survivre, puisse avoir besoin de l'appui de la communaut&#233;&lt;/strong&gt;. Ces besoins ne r&#233;pondent pas &#224; un manque ou un d&#233;ficit, ils soulignent les manquements structurels qui r&#233;duisent au silence et excluent les individus et les communaut&#233;s marginalis&#233;es. Le mod&#232;le universel d'ajustements raisonnables renforce la violence normative, en particulier envers les identit&#233;s multiples. Regarder la diversit&#233; comme un concept abstrait et non comme un concept enracin&#233; dans des r&#233;alit&#233;s corporelles et mat&#233;rielles peut &#171; au mieux &#187; d&#233;boucher sur un travail de r&#233;paration et, au pire, sur une compl&#232;te n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soin communautaire signifie &#233;duquer les gens ou, au besoin, d&#233;noncer leurs comportements et prendre des d&#233;cisions strat&#233;giques pour limiter les situations traumatiques pour nos &#233;tudianz* et nos coll&#232;gues.&lt;/strong&gt; Le soin communautaire signifie apprendre &#224; &#233;viter de publier dans des revues, &#224; &#233;viter de diriger ou de recommander des revues qui ne reconnaissent pas les points de vue des histoires minoritaires ou qui publient des papiers invalidant notre exp&#233;rience. Cela prend en compte les travaux d'&#233;tudes du handicap qui refusent de reconna&#238;tre les liens inextricables entre le capacitisme, la transphobie et autres formes d'oppression sociale. Un tel travail est aussi n&#233;faste sur le plan interpersonnel qu'il est irresponsable sur le plan de l'&#233;thique scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Invitation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons &#224; une collaboration des inadapt&#233;&#183;es. Nous sommes les flocons de neige de leurs trous en forme de Mandelbrot. Prenant appui sur le travail de Rosemarie Garland-Thomson, Aimi Hamraie d&#233;crit la compatibilit&#233; et l'incompatibilit&#233; comme &#171; des cat&#233;gories mat&#233;rielles-discursives, relationnelles et interd&#233;pendantes &#187;. Comme nous l'ont montr&#233; Hamraie et Kelly Fritsch, les inadapt&#233;&#183;es sont bien plus que des produits collat&#233;raux des forces d'oppression ; ce sont des &#171; agent&#183;es actives de la reconstruction &#187;. En ce sens, la TransCription appelle &#224; rejoindre le programme de survie par le d&#233;sordre &#8211; &#224; survivre en tra&#231;ant les contours d'espaces pour soi-dans-la-communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant ce manifeste, nous te demandons si tu veux venircollaborer avec nous, explorer tes TOC avec nous, nous aider &#224; inventer, p&#233;renniser et partager des espaces trans et crip ? Si tu es pr&#234;t&#183;e &#224; d&#233;ployer la Trans(Crip)tion avec nous. Si tu veux te joindre au Grand Plan Gay&#8482;. Pas parce que tu es trans. Pas parce que tu es handicap&#233;&#183;es. Mais parce que tu partages avec les communaut&#233;s handies-trans un m&#234;me projet de faire-monde. Parce que tes TOC, ton identit&#233; queer (et/ou non-binaire), ton d&#233;sir, te procurent du plaisir. Nous t'invitons &#224; venir avec nous dans l'obsession. Dans l'&#233;cho. Dans la pers&#233;v&#233;ration. &#192; venir d&#233;river dans la temp&#234;te de flocons de Koch et &#224; couvrir tes sols de tapis de Sierpinski. &#192; te connecter et &#224; te manifester avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'universitaires et enseignant&#183;es, les choix que nous devons faire sont difficiles. Nous avons des carri&#232;res, des familles, des &#233;tudiant&#183;es, des coll&#232;gues qui comptent sur notre pr&#233;sence dans ces diff&#233;rents champs. Nous sommes li&#233;&#183;es les un&#183;es aux autres par des scripts coloniaux. D&#233;couper de nouveaux espaces, (trans)gresser et (trans)crire ces contours est un acte exigeant sur le plan mat&#233;riel et &#233;motionnel. Pour toutes ces raisons, nous savons que certain&#183;es de nos coll&#232;gues vont continuer &#224; se tenir &#224; l'ext&#233;rieur de nos fractales. Celleux-l&#224; continueront &#224; suivre les scripts qu'on leur a donn&#233;s, et &#224; rejouer les histoires qui leur sont d&#233;j&#224; connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tu veux peut-&#234;tre quelque chose d'autre. Dans ce cas, bienvenu&#183;e ! Fais Entrer Les Fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis)&lt;br class='autobr' /&gt;
par Lucas Aloyse Fritz, avec Emma B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article original : Sophia Maier, V. Jo Hsu, Christina V Cedillo, &amp; M. Remi Yergeau, &#171; &lt;strong&gt;GET THE FRAC IN ! Or, The Fractal Many-festo : A (Trans)(Crip)t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Peitho&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, vol. 22, issue 4, Summer 2020 ; &lt;a href=&#034;https://cfshrc.org/article/get-the-frac-in-or-the-fractal-many-festo-a-transcript/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cfshrc.org/article/get-the-frac-in-or-the-fractal-many-festo-a-transcript/&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos des auteurices :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia Maier&lt;/strong&gt; est titulaire d'un Master de l'universit&#233; d'&#201;tat de Pennsylvanie. Elle &#233;tudie les rh&#233;toriques du handicap et s'int&#233;resse plus particuli&#232;rement aux interactions entre les rh&#233;toriques du handicap et les th&#233;ories f&#233;ministes, queer, coloniales et les rh&#233;toriques des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V Jo Hsu&lt;/strong&gt; est professeur&#183;e adjoint&#183;e d'Anglais et directeurice adjoint&#183;e du programme R&#233;thorique et Composition &#224; l'Universit&#233; d'Arkansas. Sa recherche et son enseignement se concentrent sur les interrelations entre identit&#233;, &#233;criture narrative et les luttes pour la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christina Cedillo&lt;/strong&gt; est professeur&#183;e adjoint&#183;e d'&#201;criture et R&#233;thorique &#224; l'Universit&#233; de Huston Clear Lake. Son travail se concentre sur le r&#244;le de l'incarnation dans la communication, et notamment dans son interaction avec la race, le genre et le handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M Remi Yergeau&lt;/strong&gt; est professeur&#183;e associ&#233;&#183;e d'Anglais et directeur&#183;trice associ&#233;&#183;e de l'Institut d'&#201;tudes Digitales &#224; l'Universit&#233; de Michigan. En tant qu'universitaire autiste, ses int&#233;r&#234;ts universitaires concernent les &#233;tudes des pratiques d'&#233;criture, les &#233;tudes digitales, la rh&#233;torique queer et les &#233;tudes sur le handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note de fin de texte &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aimerions remercier les &#233;tudianz* du cours FemRhet de Jo et plus particuli&#232;rement Alex Rogers pour avoir trouv&#233; le terme &#171; Multi-Feste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travaux cit&#233;s.&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ahmed, Sara. &lt;i&gt;Living A Feminist Life&lt;/i&gt;. Duke UniversityPress, 2016 ; [NdT : en fran&#231;ais, on peut notamment lire sur des sujets similaires : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2012-2-page-77.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les rabat-joie f&#233;ministes (et autres sujets obstin&#233;s)&lt;/a&gt; &#187;, traduit par Oristelle Bonis,&lt;i&gt;Cahiers du genre&lt;/i&gt;, #53, 2012/2&lt;strong&gt; ; &lt;/strong&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Vandalisme-Queer-77&#034;&gt;Vandalisme queer&lt;/a&gt; &#187;, traduit par Emma B.,&lt;i&gt;Trounoir.org, &lt;/i&gt;#8, oct. 2020.]&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Besnier, Niko, and KalissaAlexeyeff, editors. &lt;i&gt;Gender on the Edge : Transgender, Gay, and Other Pacific Islanders&lt;/i&gt;. University of Hawai'i Press, 2014.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bliss, Joseph. &#8220;Sensory Experiences of Gilles de la Tourette Syndrome.&#8221; &lt;i&gt;Archives of General Psychiatry&lt;/i&gt;, vol. 37, no. 12, 1980, pp. 1343-1347.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Boellstorff, T., et al. &#8220;Decolonizing Transgender : A Roundtable Discussion.&#8221; &lt;i&gt;TSQ : Transgender Studies Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 1, no. 3, Jan. 2014, pp. 419&#8211;39, doi:10.1215/23289252-2685669.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Browne, Irene, and Joya Misra. &#8220;The Intersection of Gender and Race in the Labor Market.&#8221; &lt;i&gt;Annual Review of Sociology&lt;/i&gt;, vol. 29, no. 1, 2003, pp. 487-513.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Calafell, Bernadette Marie. &#8220;Rhetorics of Possibility : Challenging the Textual Bias of Rhetoric through the Theory of the Flesh.&#8221; &lt;i&gt;Rhetorica in Motion : Feminist Rhetorical Methods &amp; Methodologies&lt;/i&gt;, edited by Eileen Schell and K. J. Rawson, University of Pittsburgh Press, 2010, pp. 104&#8211;17.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Chen, Mel Y. &#8220;EVERYWHERE ARCHIVES : Transgendering, Trans Asians, and the Internet.&#8221; &lt;i&gt;Australian Feminist Studies&lt;/i&gt;, vol. 25, no. 64, June 2010, pp. 199&#8211;208.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dimock &#8220;Genre as a World System : Epic and Novel on Four Continents.&#8221; &lt;i&gt;Narrative&lt;/i&gt;, vol. 14, no. 1, 2006, pp. 85-101.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dolmage, Jay T. &lt;i&gt;Academic Ableism : Disability and Higher Education&lt;/i&gt;. University of Michigan Press, 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Driskill, Qwo-Li. &lt;i&gt;Asegi Stories : Cherokee Queer and Two-Spirit Memory&lt;/i&gt;. The University of Arizona Press, 2016.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8212;. &#8220;Doubleweaving Two-Spirit Critiques : Building Alliances between Native and Queer Studies.&#8221; &lt;i&gt;GLQ : A Journal of Lesbian and Gay Studies&lt;/i&gt;, vol. 16, no. 1-2, 2010, pp. 69-92.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Driskill, Qwo-Li, et al., eds. &lt;i&gt;Sovereign Erotics : A Collection of Two-Spirit Literature&lt;/i&gt;. University of Arizona Press, 2011.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Escobar, Arturo. &lt;i&gt;Designs for the Pluriverse : Radical Interdependence, Autonomy, and the Making of Worlds&lt;/i&gt;. Duke University Press, 2018.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Finan, E. Thomas. &#8220;&#8216;The &#8220;Lords of Life' : Fractals, Recursivity, and &#8216;Experience'.&#8221; &lt;i&gt;Philosophy &amp; Rhetoric&lt;/i&gt;, vol. 45, no. 1, 2012, pp. 65-88.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Garland-Thomson, Rosemarie. &#8220;The Politics of Staring : Visual Rhetorics of Disability in Popular Photography.&#8221; &lt;i&gt;Disability Studies : Enabling the Humanities&lt;/i&gt;, edited by Sharon L. Snyder, Brenda Brueggemann, and Rosemarie Garland-Thomson, Modern Language Association of America, 2002, pp. 56-75.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Grant, Jaime M., et al. &lt;i&gt;Injustice at Every Turn : A Report of the National Transgender Discrimination Survey&lt;/i&gt;. National Center for Transgender Equality and National Gay and Lesbian Task Force, 2011.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Green, Kai M., and Marquis Bey. &#8220;Where Black Feminist Thought and Trans* Feminism Meet : A Conversation.&#8221; &lt;i&gt;Souls&lt;/i&gt;, vol. 19, no. 4, Oct. 2017, pp. 438&#8211;54.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Hamraie, Aimi. &#8220;&lt;a href=&#034;http://dsq-sds.org/article/view/3871/3411&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Designing Collective Access : A Feminist Disability Theory of Universal Design.&lt;/a&gt;&#8221; &lt;i&gt;Disability Studies Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 33, no. 4, 2013.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Hamraie, Aimi, and Kelly Fritsch. &#8220;&lt;a href=&#034;https://catalystjournal.org/index.php/catalyst/article/view/29607/24772&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Crip Technoscience Manifesto&lt;/a&gt;.&#8221; &lt;i&gt;Catalyst&lt;/i&gt;, vol. 5, no. 1, 2019.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Hsu, V. Jo. &#8220;&lt;a href=&#034;http://www.enculturation.net/disciplinary-transformations&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disciplinary (Trans)Formations : Queering and Trans-Ing Asian American Rhetorics.&lt;/a&gt;&#8221; &lt;i&gt;Enculturation&lt;/i&gt;, 27, Dec. 2018.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Kafer, Alison. &#8220;Un/Safe Disclosures : Scenes of Disability and Trauma.&#8221; &lt;i&gt;Journal of Literary &amp; Cultural Disability Studies&lt;/i&gt;, vol. 10, no. 1, 2016, pp. 1-20.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Kendi, Ibram X. &lt;i&gt;How to Be an Antiracist&lt;/i&gt;. One World, 2019.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; LeMaster, Benny, et al. &#8220;Unlearning Cisheteronormativity at the Intersections of Difference : Performing Queer Worldmaking through Collaged Relational Autoethnography.&#8221; &lt;i&gt;Text and Performance Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 39., no. 4, 2019, pp. 1&#8211;30.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; LeMaster, Benny, and Amber L. Johnson. &#8220;Unlearning Gender&#8212;Toward a Critical Communication Trans Pedagogy.&#8221; &lt;i&gt;Communication Teacher&lt;/i&gt;, vol. 33, no. 3, July 2019, pp. 189&#8211;98.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Lorde, Audre. &lt;i&gt;Sister Outsider : Essays and Speeches&lt;/i&gt;. Quality Paper Book, 1984.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Lowe, Lisa. &lt;i&gt;The Intimacies of Four Continents&lt;/i&gt;. Kindle Edition, Duke University Press, 2015.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Moraga, Cherr&#237;e, and Gloria Anzald&#250;a, eds. &lt;i&gt;This Bridge Called My Back : Writings by Radical Women of Color&lt;/i&gt;. Kitchen Table/Women of Color Press, 1983.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Nolan, Jason, and Melanie McBride. &#8220;Embodied Semiosis : Autistic &#8216;Stimming' as Sensory Praxis.&#8221; &lt;i&gt;International Handbook of Semiotics&lt;/i&gt;, edited by Peter P. Trifonas, Springer, 2015, pp. 1069&#8211;78.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Patterson, G. &#8220;Entertaining a Healthy Cispicion of the Ally Industrial Complex in Transgender Studies.&#8221; &lt;i&gt;Women and Language&lt;/i&gt;, vol. 41, no. 1, 2018, pp. 146&#8211;51.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Piepzna-Samarasinha, Leah Lakshmi. &lt;i&gt;Care Work : Dreaming Disability Justice&lt;/i&gt;. Arsenal Pulp Press, 2018.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Powell, Malea, et al. &#8220;&lt;a href=&#034;http://enculturation.net/our-story-begins-here&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Our Story Begins Here : Constellating Cultural Rhetorics.&lt;/a&gt;&#8221; &lt;i&gt;Enculturation : A Journal of Rhetoric, Writing, and Culture&lt;/i&gt;, vol. 25, 2014.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pritchard, Eric Darnell. &lt;a href=&#034;http://constell8cr.com/4c4e/interview_eric_darnell_pritchard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Eric Darnell Pritchard on Black Queer Literacies and Activism&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Interview by Liz Lane and Don Unger, Aug. 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8212;. &lt;i&gt;Fashioning Lives : Black Queers and the Politics of Literacy&lt;/i&gt;. Southern Illinois University Press, 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8212;.&#8220;&lt;a href=&#034;http://carmenkynard.org/featured-scholar-eric-darnell-pritchard-when-you-know-better-do-better-honoring-intellectual-and-emotional-labor-through-diligent-accountability-practices/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8216;When You Know Better, Do Better' : Honoring Intellectual and Emotional Labor Through Diligent Accountability Practices.&lt;/a&gt;&#8221; &lt;i&gt;Education, Liberation &amp; Black Radical Traditions for the 21st Century&lt;/i&gt;, 8 July 2019.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Puar. Jasbir. &#8220;Bodies with New Organs : Becoming Trans, Becoming Disabled.&#8221; &lt;i&gt;Social Text&lt;/i&gt;, vol. 33, no. 3, 2015, pp. 45&#8211;73.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Rawson, K. J. &#8220;Queering Feminist Rhetorical Canonization.&#8221; &lt;i&gt;Rhetorica in Motion : Feminist Rhetorical Methods &amp; Methodologies&lt;/i&gt;, edited by Eileen E. Schell and K. J. Rawson, University of Pittsburgh Press, 2010, pp. 104&#8211;17.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Snorton, C. Riley. &lt;i&gt;Black on Both Sides : A Racial History of Trans Identity&lt;/i&gt;. University of Minnesota Press, 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Titchkosky, Tanya. &lt;i&gt;The Question of Access : Disability, Space, Meaning&lt;/i&gt;. U of Toronto P, 2011.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Wilson, Shawn. &lt;i&gt;Research Is Ceremony : Indigenous Research Methods&lt;/i&gt;. Fernwood Publishing, 2008.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Wood, Tara. &#8220;Cripping Time in the College Composition Classroom.&#8221; &lt;i&gt;College Composition and Communication&lt;/i&gt;, vol. 69, no. 2, 2017, pp. 260-286.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Yergeau, Melanie. &lt;i&gt;Authoring Autism : On Rhetoric and Neurological Queerness&lt;/i&gt;. Duke University Press, 2018.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Yergeau, Melanie, Elizabeth Brewer, Stephanie L. Kerschbaum, Sushil K. Oswal, Margaret Price, Cynthia L. Selfe, Michael J. Salvo, and Franny Howes. &lt;a href=&#034;http://kairos.technorhetoric.net/18.1/coverweb/yergeau-et-al/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Multimodality in Motion : Disability and Kairotic Spaces&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;http://kairos.technorhetoric.net/18.1/coverweb/yergeau-et-al/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;. &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;http://kairos.technorhetoric.net/18.1/coverweb/yergeau-et-al/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Kairos : A Journal of Rhetoric, Technology, and Pedagogy&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;http://kairos.technorhetoric.net/18.1/coverweb/yergeau-et-al/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;,&lt;/a&gt; vol. 18, no. 1, 2013.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : On retrouve le mot &lt;i&gt;crip &lt;/i&gt;dans la TransCRIPtion qui fait le titre de cet article. &lt;i&gt;Crip&lt;/i&gt; est le diminutif de &lt;i&gt;cripple&lt;/i&gt; en anglais, et l'&#233;quivalent en fran&#231;ais du mot &#171; &#233;clop&#233;* &#187;. Cette insulte fait l'objet d'un renversement du stigma par les communaut&#233;s militantes handies aux &#201;tats-Unis et ce depuis les ann&#233;es 1960. Il est devenu un signe de ralliement et un champ de r&#233;flexion &#224; part enti&#232;re, qu'on d&#233;signe sous le terme de &#171; crip theory &#187; : une th&#233;orie critique de la cat&#233;gorie de handicap regardant notamment l'effet du capitalisme sur les corps et les normes de productivit&#233; et l'effet du n&#233;o-lib&#233;ralisme sur le syst&#232;me de sant&#233; et de soin. Pour plus d'informations, voir notamment le livre de Robert McRuer, &lt;i&gt;Crip Theory : Cultural Signs of Queerness and Disability&lt;/i&gt;, New York, New York University Press, 2006&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; En fran&#231;ais, on peut voir aussi le travail de la psychologue Charlotte Puiseux, &#171; handicap + queer = crip &#187;, &lt;i&gt;Les ourses &#224; plumes&lt;/i&gt;, 2018 ; &lt;a href=&#034;https://lesoursesaplumes.info/2018/12/11/handicap-queer-crip/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lesoursesaplumes.info/2018/12/11/handicap-queer-crip/&lt;/a&gt; ou celui de la g&#233;ographe Enka Blanchard, &#171; Spatialit&#233;s et temporalit&#233;s du handicap II : une typologie syst&#233;matique des taxes temporelles &#187;, &lt;i&gt;EspacesTemps.net&lt;/i&gt;, 2020 ; &lt;a href=&#034;https://www.espacestemps.net/articles/spatialites-et-temporalites-du-handicap-ii-une-typologie-systematique-des-taxes-temporelles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.espacestemps.net/articles/spatialites-et-temporalites-du-handicap-ii-une-typologie-systematique-des-taxes-temporelles/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : &lt;i&gt;Manyfesto&lt;/i&gt; est un jeu de mot combinant &lt;i&gt;manifesto&lt;/i&gt; qui veut dire &#171; manifeste &#187; et &lt;i&gt;many&lt;/i&gt; qui veut dire &#171; plusieurs &#187; &#8211; il s'agit l&#224; autant d'un manifeste d'une pluralit&#233; d'identit&#233;s que de la revendication d'une &#233;criture plurielle, &#233;criture &#224; plusieurs mains et &#233;criture renvoyant &#224; plusieurs traditions, comme nous le verrons par apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : R&#233;f&#233;rence &#224; la revue &lt;i&gt;Disability &amp; Society&lt;/i&gt;, une revue historique de publications scientifiques dans le champ du handicap. Sa directrice, apr&#232;s des propos ouvertement transphobes tenus sur Twitter, a particip&#233; &#224; un ouvrage collectif traitant du transgenrisme forc&#233; chez les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : L'autosimilarit&#233; est la capacit&#233; d'un objet fractal &#224; r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes formes ou presque les m&#234;mes formes &#224; diverses &#233;chelles, r&#233;alisant ainsi le paradoxe du tout qui est plus petit que la somme de ses parties.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : L'expression &#171; Get The Frac In &#187; en anglais joue sur plusieurs niveaux de sens : &lt;i&gt;get the frac in&lt;/i&gt; veut litt&#233;ralement dire &#171; faites entrer les frac(tales) &#187;, mais on peut aussi songer au syntagme &lt;i&gt;get the fuck in&lt;/i&gt;, &#171; entrez, bordel ! &#187;, o&#249; &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt; est remplac&#233; ici par &lt;i&gt;frac&lt;/i&gt; (une r&#233;f&#233;rence possible &#224; la s&#233;rie SF &lt;i&gt;Battlestar Galactica&lt;/i&gt;, o&#249; le juron &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt; est syst&#233;matiquement remplac&#233; par le mot &lt;i&gt;frack &lt;/i&gt;afin de contourner la censure des mots orduriers &#224; la t&#233;l&#233;vision nord-am&#233;ricaine) ; mais &lt;i&gt;frac&lt;/i&gt; est aussi manifestement une abr&#233;viation de &#171; fractale &#187;, le concept-clef du manifeste, qu'il s'agit donc de &#171; faire entrer &#187; ou d'&#171; utiliser pour entrer &#187; et faire b&#233;gayer la machine n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ndt : &lt;i&gt;Neuroqueer&lt;/i&gt; est un terme d&#233;fini par Nick Walker dans son blog &lt;a href=&#034;http://neurocosmopolitanism.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;neurocosmopolitanism.com&lt;/a&gt; Dans sa forme adjectivale, il d&#233;signe les corps qui, en raison de leur particularit&#233; neurologique, manifestent un comportement d&#233;viant de la norme. Dans sa forme verbale, il d&#233;signe l'activit&#233; consciente de faire d&#233;vier son comportement de la norme neurologique. Ce terme est pr&#233;sent&#233; comme &#233;tant le fruit d'&#233;changes entre Nick Walker, Remi Yergeau et Athena Lynn Michaels-Dillon&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le paradigme du corps-esprit est un paradigme d&#233;velopp&#233; par Dychtwald K. dans le texte &#233;ponyme, &lt;i&gt;Bodymind&lt;/i&gt;. New York : Jove Publications ; 1978. Ce paradigme permet de d&#233;passer la dualit&#233; corps et esprit en les consid&#233;rant tous deux comme une entit&#233; unique sur laquelle s'exercent des rapports de pouvoir et d'&#233;mancipation : les repr&#233;sentations mentales se mat&#233;rialisent dans les gestes du corps et vice versa, les imaginaires sociaux comportent toujours une image du corps organique humain, son emplacement et son d&#233;placement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : Contraction des termes &#171; cisgenre &#187; et &#171; syst&#232;me &#187; d&#233;signant le syst&#232;me de ce qu'on pourrait appeler la la &#171; contrainte &#224; la cissexualit&#233; &#187;, pour paraphraser Adrienne Rich (&lt;i&gt;La contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et autres essais&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve-Lausanne, Mamam&#233;lis, 2010), ou encore le &#171; privil&#232;ge cissexuel &#187;, pour reprendre l'expression de Julia Serano (&lt;i&gt;Manifeste d'une femme trans&lt;/i&gt;, Cambourakis, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : Cri de guerre prononc&#233; dans le jeu massivement multijoueur Skyrim et accompagnant une attaque de zone, &#233;jectant les ennemis. Cette onomatop&#233;e est devenue populaire sur les forums de jeux vid&#233;os aux &#201;tats-Unis comme en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : L'actualit&#233; nord-am&#233;ricaine est parsem&#233;e de litiges concernant les discriminations de genre, notamment autour de la fr&#233;quentation des toilettes genr&#233;s par les personnes trans. Certains de ces litiges ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s &#224; la Cour Supr&#234;me, charg&#233;e de l'interpr&#233;tation des lois f&#233;d&#233;rales anti-discriminations, et notamment du &#171; titre IX &#187; de ces lois qui lutte contre la discrimination de sexe (et aujourd'hui de genre) &#224; l'&#233;cole. Sous l'administration Obama, les lois anti-discriminations s'&#233;tendaient aux personnes trans, et la Cour Supr&#234;me tranchait r&#233;guli&#232;rement en faveur des personnes trans dans des cas de discrimination. L'administration Trump est revenue en 2018 &#224; une conception sexu&#233;e des discriminations, en refusant notamment le droit aux personnes trans d'utiliser les toilettes de leur choix. Sous l'administration de Biden, il faut attendre juin 2021 pour que le titre IX soit &#224; nouveau amend&#233; pour y int&#233;grer les personnes trans, soit plus d'un an apr&#232;s l'&#233;criture de cet article, mais la constitution, sous la pr&#233;sidence Trump, d'une Cour Supr&#234;me &#224; majorit&#233; conservatrice ne donne gu&#232;re d'optimisme pour les droits des minorit&#233;s sexuelles. &lt;a href=&#034;https://www.axios.com/education-title-ix-transgender-biden-a3ca1a9f-e836-48b4-b925-833c23dc75b9.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.axios.com/education-title-ix-transgender-biden-a3ca1a9f-e836-48b4-b925-833c23dc75b9.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un pays qui se tient sage : une br&#232;che au c&#339;ur du r&#233;cit des brutalit&#233;s polici&#232;res</title>
		<link>https://trounoir.org/Un-pays-qui-se-tient-sage-une-breche-au-coeur-du-recit-des-brutalites</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Un-pays-qui-se-tient-sage-une-breche-au-coeur-du-recit-des-brutalites</guid>
		<dc:date>2022-02-27T23:56:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Sol&#232;ne Andr&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Analyse du film de David Dufresne &#034;Un pays qui se tient sage&#034; sorti en 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Solene-Andre-+" rel="tag"&gt;Sol&#232;ne Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/illu_docu_web.jpg?1731403059' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Analyse du film du journaliste David Dufresne &lt;i&gt;Un pays qui se tient sage&lt;/i&gt; sorti en 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
Synopsis : Alors que s'accroissent la col&#232;re et le m&#233;contentement devant les injustices sociales, de nombreuses manifestations citoyennes sont l'objet d'une r&#233;pression de plus en plus violente. &#171; Un pays qui se tient sage &#187; invite des citoyens &#224; approfondir, interroger et confronter leurs points de vue sur l'ordre social et la l&#233;gitimit&#233; de l'usage de la violence par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un pays qui se tient sage&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; par l'&#233;crivain, journaliste et r&#233;alisateur David Dufresne, est un film documentaire sorti le 30 septembre 2020 dans les salles dans un contexte tout &#224; fait singulier du fait de la crise sanitaire et de la r&#233;pression polici&#232;re qui ass&#232;ne une partie de la population dans ce m&#234;me contexte. Le titre du documentaire est une r&#233;f&#233;rence directe aux paroles d'un policier lors de l'&#233;v&#233;nement de d&#233;cembre 2018 au lyc&#233;e Saint-Exup&#233;ry de Mantes-la-Jolie &#171; Voil&#224; une classe qui se tient sage ! &#187;, et il annonce d'embl&#233;e le th&#232;me du film : les affrontements entre le corps policier et le reste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parler du &#171; reste &#187; dans le temps de l'introduction est un choix d&#233;lib&#233;r&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou encore, et les autres. Ces affrontements sont d&#233;peints &#224; partir de vid&#233;os tourn&#233;es depuis les t&#233;l&#233;phones portables, de plus en plus pr&#233;sents dans les mouvements sociaux ces derni&#232;res ann&#233;es, dans le but de creuser la question du maintien de l'ordre et de sa l&#233;gitimit&#233;. Ces images ne sont pas seulement port&#233;es &#224; l'&#233;cran par David Dufresne pour effrayer ou &#233;veiller l'&#233;motion de tout-un chacun, elles ont une vis&#233;e tout autre : ouvrir le dialogue sur la l&#233;gitimit&#233; et la teneur m&#234;mes de celles-ci. Pour ouvrir le d&#233;bat, et croiser les r&#233;ponses des intervenants aux appartenances diverses (syndicats de police, manifestants, intellectuels), David Dufresne fait lire une citation c&#233;l&#232;bre : &#171; L'&#201;tat revendique le monopole de la violence physique l&#233;gitime. &#187;, tir&#233;e du &lt;i&gt;Savant et Politique&lt;/i&gt; du sociologue Max Weber, publi&#233; en 1917, pour d&#233;crire l'une &#8211; si ce n'est la plus importante &#8211; des caract&#233;ristiques de l'&#201;tat en tant que groupement politique, &#224; savoir le droit de mettre en &#339;uvre pour lui seul, sur son territoire, la violence physique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudra revenir, dans notre travail, sur les &#233;quivoques autour de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les diff&#233;rents intervenants vont discuter cette citation tout au long du documentaire, parfois seuls face cam&#233;ra, parfois au sein d'un dialogue avec un des autres intervenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce th&#232;me, nous observons qu'un certain dispositif est mis en place dans le documentaire. Premi&#232;rement, pour ouvrir cet espace de r&#233;flexion autour de la question de la l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;pression telle qu'elle est men&#233;e par la police, David Dufresne proc&#232;de par une mise en ab&#238;me : nous sommes non seulement spectateurs du film, mais les intervenants sont, eux aussi, spectateurs &#171; au premier degr&#233; &#187;, des images de la r&#233;pression. &#192; vrai dire, la mise en ab&#238;me est tant&#244;t tangible par le fait que nous voyons les intervenants en train de visionner ces images, tant&#244;t gomm&#233;e par le fait que ces m&#234;mes images tourn&#233;es depuis les t&#233;l&#233;phones portables adviennent sur l'&#233;cran, format 4 :3, soit le format des images prises avec le capteur des smartphones. Le jeu de r&#233;flexion est lanc&#233;, le dispositif de mise en ab&#238;me est mis en place, et tout cela permet un processus de r&#233;flexivit&#233; dans lequel les spectateurs sont invit&#233;s, par le processus de r&#233;flexion, &#224; sortir du visionnage du film en ouvrant eux-m&#234;mes un d&#233;bat &#224; partir de la discussion lanc&#233;e par David Dufresne dans le documentaire en lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est, en tout cas, l'un des effets du film constat&#233; par David Dufresne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible cependant de mener une telle tentative de r&#233;flexion autour du documentaire sans souligner l'une de ses caract&#233;ristiques principales, qui constituera comme un point d'ancrage dans l'&#233;tude men&#233;e et auquel, sans doute, il faudra revenir assez ponctuellement. Il s'agit sans doute, &#224; titre personnel, de la premi&#232;re impression marquante au visionnage du documentaire : si les smartphones donnent &#224; voir des images qui jusque-l&#224; ne pouvaient advenir que dans l'espace des r&#233;seaux sociaux, David Dufresne op&#232;re une &lt;i&gt;d&#233;territorialisation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut entendre ici d&#233;territorialisation au sens deleuzien du terme. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de ces images pour les faire advenir au cin&#233;ma. Par le dispositif de r&#233;flexion, ces images sont, dans un premier mouvement, donn&#233;es &#224; voir sur un &#233;cran de cin&#233;ma aux intervenants, et donn&#233;es &#224; voir aux spectateurs du film documentaire en lui-m&#234;me. Double d&#233;territorialisation donc, laquelle il s'agira d'analyser. Nous pourrions dire que le film, en lui-m&#234;me, est un dispositif de visibilit&#233; au second degr&#233;. Le tour de force se loge dans cet acte qui semble encore davantage souligner le mouvement r&#233;flexif du documentaire &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment. Si l'on prend les concepts de &lt;i&gt;surveillance&lt;/i&gt; foucaldienne et de &lt;i&gt;soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le&lt;/i&gt; avec Deleuze, qu'il faudra expliciter, nous dirions que le film de David Dufresne est un dispositif qui imite ce mouvement de surveillance tel qu'il advient dans des soci&#233;t&#233;s dites de contr&#244;le (dont les machines et les technologies modernes constituent le centre et le moyen m&#234;me du contr&#244;le). Or s'il s'agit d'un dispositif de &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt; de la surveillance, celui-ci se fait en vue de poser une question essentielle et, dirons-nous, en vue de poser une question de l'ordre de la survie : que disent les r&#233;pressions polici&#232;res telles qu'elles adviennent dans les mouvements sociaux ces derni&#232;res ann&#233;es de la violence l&#233;gitime exerc&#233;e par l'&#201;tat ? Qu'est-ce que cela nous dit du rapport de l'&#201;tat &#224; son appareil violent et de la d&#233;l&#233;gation de celui-ci sur le corps policier dont nous savons qu'en France, il est rattach&#233; directement &#224; l'appareil d'&#201;tat et au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet acte r&#233;flexif au sortir du visionnage, je tenterai d'op&#233;rer par un proc&#233;d&#233; similaire &#224; celui du r&#233;alisateur avec son film dans cette &#233;tude : ouvrir une piste de r&#233;flexion autour du film et de ses qualit&#233;s, mais aussi de ses possibles manquements, dont nous discuterons la validit&#233; gr&#226;ce &#224; des r&#233;f&#233;rences sociologiques et philosophiques, qui permettront, je l'esp&#232;re, de mettre en lumi&#232;re la grande originalit&#233; du dispositif filmique et des questions qu'il soul&#232;ve. En somme, il s'agit l&#224; de tenter de faire ce que David Dufresne fait dans son film, &#224; savoir ouvrir une r&#233;flexion, men&#233;e par une &#233;tude &#233;tay&#233;e de concepts philosophiques et sociologiques qui serviront comme autant d'outils auxquels se r&#233;f&#233;rer, afin de proposer une lecture proprement personnelle du documentaire. Pour ce faire, il me semble n&#233;cessaire, dans un premier mouvement, de mettre en place les concepts de &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique Quessada, &#171; De la sousveillance. La surveillance globale, un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de &#171; veille invers&#233;e &#187; comme r&#233;ponse &#224; cette m&#234;me &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;. Cela semble constituer un point de d&#233;part essentiel pour comprendre le dispositif filmique original (II). Somme toute, il sera n&#233;cessaire de s'interroger sur les manquements potentiels du documentaire, dont nous verrons qu'ils constituent en r&#233;alit&#233; un parti-pris correspondant &#224; la d&#233;marche m&#234;me du r&#233;alisateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; la surveillance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. La sousveillance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le dispositif du film documentaire de David Dufresne para&#238;t int&#233;ressant, c'est parce qu'il ouvre, en premier lieu, une r&#233;flexion sur les moyens utilis&#233;s par lesquels les surveillants ou, du moins, ceux charg&#233;s de surveiller (entendre ici, traditionnellement, les policiers) se retrouvent surveill&#233;s par ceux qui sont traditionnellement surveill&#233;s (entendre ici, traditionnellement, les manifestants dans le cadre de mouvements sociaux, et, plus largement, les individus). Il faut, pour &#233;tayer notre r&#233;flexion, revenir sur le concept fameux de surveillance tel que Foucault le d&#233;crit amplement dans la quatri&#232;me partie de &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;. Comprendre que l'on se trouve dans des soci&#233;t&#233;s disciplinaires parce que nos soci&#233;t&#233;s se fondent sur les lieux d'enfermement auxquelles les prisons renvoient assez directement semble chose ais&#233;e. Si les soci&#233;t&#233;s disciplinaires atteignent leur paroxysme au XXe si&#232;cle, il semblerait que pour comprendre la complexit&#233; de la conjoncture des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles le film documentaire de David Dufresne se situe n&#233;cessite de faire plusieurs d&#233;tours, parmi lesquels Deleuze, Guattari, mais aussi Dominique Quessada et le concept de &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il propose &#224; partir de la lecture des philosophes structuralistes. Dans le &#171; Post-scriptum sur les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Deleuze et Guattari soulignent la crise des milieux d'enfermement d&#233;crits par Foucault (prison, h&#244;pital, usine, &#233;cole, famille) dont la r&#233;forme serait inutile et aboutit &#224; une gestion de l'agonie par une substitution de ces soci&#233;t&#233;s par les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le. Celles-ci nous viennent directement de l'&#233;crivain William Burroughs, pour qui le terme de contr&#244;le est &#171; le nouveau monstre, et que Foucault reconna&#238;t comme notre proche avenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors que la discipline s'&#233;tablissait dans des milieux d'enfermement, des lieux clos (dont le corps serait le parfait exemple, ce qui permet de mettre en valeur le concept de biopouvoir), le contr&#244;le s'apparente davantage &#224; une modulation, un &#171; moule originel &#187; qui se d&#233;forme au gr&#233; des variables des lieux d'enfermement. Le processus de subjectivation de la machine capitaliste telle qu'elle est d&#233;crite dans &lt;i&gt;Capitalisme et Schizophr&#233;nie&lt;/i&gt; s'apparente d&#233;sormais &#224; une modulation (par le d&#233;codage des flux de d&#233;sirs), une variation continue comprise dans le sch&#233;ma du moule originel, qui se d&#233;forme et se reforme &#224; mesure que nous traversons les diff&#233;rentes variables de la machine capitaliste, toujours coexistantes. L'un des points les plus int&#233;ressants d&#233;crits par Deleuze et Guattari dans le &lt;i&gt;Post-scriptum&lt;/i&gt; demeure sans doute les machines au moyen desquelles les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le peuvent fonctionner, et elles sont de nature plus pernicieuse encore que les machines des soci&#233;t&#233;s disciplinaires puisqu'elles sont num&#233;riques, informatiques, machines dites &#171; du troisi&#232;me type &#187;. Elles sont la continuit&#233; du dispositif de surveillance panoptique d&#233;crit par Foucault dans la mesure o&#249; elles ne requi&#232;rent plus les murs pour enfermer et les yeux pour surveiller, mais elles op&#232;rent sur le mode de l'invisible et rep&#232;rent les individus qu'elle fa&#231;onne et mod&#232;le par de nouveaux principes de subjectivation. Guattari imagine m&#234;me la possibilit&#233; d'une cartographie au moyen de ces machines de troisi&#232;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que permet de penser la surveillance telle qu'elle est pos&#233;e par Deleuze et Guattari dans les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le, c'est la fa&#231;on dont, en &#233;largissant ses moyens d'action, elle &#233;largit, par l&#224; m&#234;me, l'objet surveill&#233;. Alors qu'elle &#233;tait verticale dans le dispositif foucaldien, elle devient horizontale. Quessada pose l'une des caract&#233;ristiques principales de la surveillance contemporaine : celle-ci est composite parce qu'elle travaille sur les m&#234;mes bases de donn&#233;es avec lesquelles nous travaillons. En d'autres termes, la surveillance contemporaine op&#232;re par le m&#234;me moyen par lequel les individus travaillent (machines de troisi&#232;me type), ainsi &#171; Surveiller n'est plus voir, mais calculer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Quessada, &#171; De la sousveillance &#187;, art cit.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, dans les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ce qui est visible n'est pas d'embl&#233;e &#233;cart&#233; du champ de ce qui est surveill&#233;, mais c'est le champ de la surveillance qui s'est &#233;largi en lui-m&#234;me et qui a quitt&#233;, par l&#224; m&#234;me, le paradigme du visible. Alors m&#234;me que la surveillance reposait sur un dispositif scopique, dont l'&#233;l&#233;vation permettait la contemplation des surveill&#233;s, la surveillance contemporaine semble op&#233;rer par le bas, en dessous de ce qui est visible, vers ce qui est de l'ordre du rep&#233;rable, de l'analysable, du calculable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette sousveillance qui &#233;chappe en grande partie au scopique pour rentrer dans l'ordre invisible du computationnel, y compris lorsqu'il s'agit de vid&#233;osurveillance, n'a pas besoin d'yeux, ouverts ou ferm&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; ne sont pas minimes. En op&#233;rant par le bas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quessada utilise la m&#233;taphore du tapis ou de la moquette pour imager le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; permet d'observer non plus seulement une certaine partie de la population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceux que Deleuze aurait appel&#233;s les &#171; d&#233;viants &#187;, non pas parce qu'ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais les masses. L'objet m&#234;me de la &#171; surveillance par le bas &#187; se trouve chang&#233;. Le glissement op&#233;r&#233; par Quessada dans cet article pr&#233;cieux entre la surveillance reposant sur le paradigme du visible et la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; qui proc&#232;de par le bas permet de recouper la distinction faite par Deleuze entre les soci&#233;t&#233;s disciplinaires et les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le. Si les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ne reposent plus sur les milieux d'enfermement pour fonctionner c'est parce que ceux-l&#224; parviennent &#224; leur fin. Ainsi s'agit-il de trouver d'autres m&#233;thodes qui permettent un m&#234;me contr&#244;le que les milieux d'enfermement dans lesquels les processus de subjectivation des consciences op&#232;rent au moyen des corps. Si la &lt;i&gt;sousveillance &lt;/i&gt;globale n'est pas un projet unifi&#233; par la machine capitaliste, c'est avant tout parce qu'il faut la comprendre comme un dispositif, un &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; &lt;i&gt;par lequel&lt;/i&gt; capturer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. &#171; L'arme des d&#233;sarm&#233;s &#187; : un effet de panoptique invers&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant compris la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; comme dispositif, comme moyen par lequel capturer, il semble &#233;vident que ce que David Dufresne appelle &#171; l'arme des d&#233;sarm&#233;s &#187; pour d&#233;signer la possibilit&#233; de capter des images par le biais du t&#233;l&#233;phone portable, appara&#238;t somme toute comme un moyen de &lt;i&gt;sousveillance &lt;/i&gt;tout aussi l&#233;gitime que celui qui &#233;mane de l'&#201;tat ou encore, dans des termes deleuziens, de la machine capitaliste. Autrement dit, le concept de &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; n'est pas &#224; entendre comme pouvant &#233;maner seulement du c&#244;t&#233; de l'&#201;tat, la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; peut aussi &#233;maner du c&#244;t&#233; de ceux qui sont traditionnellement surveill&#233;s. Pour d&#233;crire ce processus, David Dufresne utilise la m&#233;taphore de l'armement : le t&#233;l&#233;phone portable se pr&#233;sente d&#233;sormais comme une arme l&#233;gitime dans la mesure o&#249; elle appara&#238;t comme le seul moyen d'un renversement pour ceux qui ne poss&#232;dent pas d'armes au sens usuel du terme. Alors que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'&#224; son irruption, les images de la r&#233;pression &#233;taient massivement tourn&#233;es du point de vue de la police, par des cameramen embarqu&#233;s et prot&#233;g&#233;s, en quelque sorte, par la police. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amal Bentounsi et al., Police, La fabrique., Paris, La Fabrique, 2020, p.&#8239;15.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;sormais la cam&#233;ra de poche du c&#244;t&#233; des manifestants ou des individus qui permet le renversement du paradigme de la vue. &#171; La cam&#233;ra de poche accomplit un renversement de perspective &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;crit David Dufresne. Alors que la surveillance &#233;tait omnipotente, unilat&#233;rale et verticale, le passage de la surveillance foucaldienne &#224; la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; et aux soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le avec Deleuze permet d'une part d'&#233;largir le champ d&#233;sormais surveill&#233;, et d'autre part, de donner la possibilit&#233; aux surveill&#233;s d'op&#233;rer un mouvement similaire. Puisque la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; se fonde, pour op&#233;rer, sur les m&#234;mes outils avec lesquels les individus travaillent, il semble que ces derniers peuvent assez ais&#233;ment se saisir eux aussi de ces outils pour tenter d'inverser la perspective. David Dufresne d&#233;crit ce mouvement inverse comme un effet de &#171; panoptique invers&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#233;galement une image utilis&#233;e par l'&#233;crivain Alain Damasio dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour replacer ce renversement panoptique dans le temps, il faudrait admettre qu'il arrive avec le mouvement des Gilets Jaunes qui permettent d'assister &#224; une v&#233;ritable profusion des images. &#192; ce propos, David Dufresne a enti&#232;rement conscience qu'il s'agit l&#224; de la partie &#233;merg&#233;e d'un iceberg qui recoupe toute une violence insidieuse, pernicieuse, ordinaire qui op&#232;re en dehors des mouvements sociaux, dans les banlieues, dans les commissariats, hors des zones visibles. La &lt;i&gt;profusion&lt;/i&gt; d'images qui arrive avec les Gilets Jaunes permet donc l'un des premiers signes de manifestation tangible de ces violences, sur lesquelles d&#233;sormais les doutes ne sont plus permis. Enfin, pour David Dufresne, si ces images ont pu prolif&#233;rer dans l'espace des mouvements sociaux c'est parce que la foule, se sentant vis&#233;e, agit en quelque sorte en &#171; miroir &#187;. Parce que les individus ass&#233;n&#233;s par la violence qui &#233;mane de l'autre c&#244;t&#233;, ils se rendent visibles voire &#171; hyper-visibles &#187; par la diffusion de ces images m&#234;me sur les r&#233;seaux. &#192; partir du moment o&#249; elle devient massive, la diffusion des images en partage sur les r&#233;seaux permet donc ce mouvement de r&#233;flexion, de miroir par lequel la toute-puissance de la &lt;i&gt;sousveillance &lt;/i&gt;se voit menac&#233;e,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;quand elle &#233;mane du c&#244;t&#233; de l'&#201;tat. Ce processus de r&#233;flexion ou cet &#171; effet miroir &#187; est assez clairement mis en sc&#232;ne dans le film documentaire de David Dufresne. Il est, en r&#233;alit&#233;, au c&#339;ur m&#234;me du processus du film qui ne s'interroge pas sur la teneur v&#233;ridique de ces images, mais bien sur ce qu'elles donnent &#224; voir. Autrement dit, ce que la diffusion massive d'images permet, c'est le fait qu'elles puissent &#234;tre visibles par tous, et donc admises dans leur existence propre. Rien ne sert de s'avancer : bien qu'admises, la l&#233;gitimit&#233; de cette brutalit&#233; n'est, quant &#224; elle, pas admise par tout-un chacun. La diffusion massive des images permet dans un premier temps le renversement de la perspective de la surveillance, et, dans un second, la possibilit&#233; d'une &#171; veille invers&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Agir en miroir pour modifier le monopole du r&#233;cit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, David Dufresne part du constat de la &lt;i&gt;souveillance&lt;/i&gt; tel qu'il est pr&#233;sent&#233; par Dominique Quessada pour dresser le constat selon lequel celle-ci peut autant &#233;maner du c&#244;t&#233; traditionnel de la force (soit dans l'appareil d'&#201;tat et ses d&#233;l&#233;gations), que de celui des surveill&#233;s. La &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt; &#233;mane ainsi du c&#244;t&#233; des individus dont la diffusion massive d'images est une des manifestations tangibles de celles-ci. Les processus de subjectivation de la machine &#233;tatique et capitaliste se trouvent ainsi chang&#233;s. Si la machine capitaliste, telle qu'elle est d&#233;crite par Deleuze dans &lt;i&gt;Capitalisme et Schizophr&#233;nie&lt;/i&gt;, appara&#238;t comme un moyen de produire de nouvelles subjectivit&#233;s par un processus de d&#233;codage des flux de d&#233;sirs individuels, la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;, quand elle &#233;mane du c&#244;t&#233; des individus, quant &#224; elle, appara&#238;t comme un moyen de reprendre, dans une certaine mesure, le contr&#244;le sur ce processus &#224; premi&#232;re vue unilat&#233;ral. Avec l'irruption de ces images &#233;mane un nouveau sujet, et dirons deux sujets : le sujet objet des brutalit&#233;s, qui jusqu'ici n'&#233;tait que trop peu visible, et le spectateur, en mesure d'assister &#224; la sc&#232;ne par &#233;cran interpos&#233;. Avec le son, et notamment dans le cadre de mouvements sociaux comme ceux des Gilets Jaunes, le spectateur est immerg&#233; dans la sc&#232;ne dont le son semble occuper une place tout &#224; fait particuli&#232;re. Ces images amateur immergent le spectateur de telle sorte &#224; ce qu'il puisse ressentir ou pressentir ce qui est donn&#233; &#224; voir dans ces images. Par son caract&#232;re imm&#233;diat, amateur et spontan&#233;, la capture au moyen du smartphone permet de faire appel &#224; divers ressorts &#233;motionnels qui permettent de faire subir aux individus spectateurs un v&#233;ritable choc, le m&#234;me que celui qui frappent les spectateurs de la sc&#232;ne r&#233;elle. Or, ce choc &#233;motionnel en provoque un autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui survient dans la rue advient sur les &#233;crans multipli&#233;s. Le choc des r&#233;cits peut sonner. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Bentounsi et al., Police, op. cit., p. 16.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dirons-nous, avec David Dufresne, &#171; ce qui survient dans la rue advient sur les &#233;crans multipli&#233;s &#187;, et advient d&#233;sormais sur le grand &#233;cran. Au-del&#224; de ce d&#233;placement singulier op&#233;r&#233; par le dispositif filmique, l'arriv&#233;e massive de ces images sur nos &#233;crans et sur le grand &#233;cran permet quelque chose de primordial, jusque-l&#224; &#233;vinc&#233; par le manque de visibilit&#233; de celles-ci par les masses : le changement du monopole du r&#233;cit. Le r&#233;cit, jusqu'ici monopolis&#233; par l'appareil d'&#201;tat et utilis&#233; comme moyen de l&#233;gitimer sa violence, change d&#233;sormais de point de vue. Alors qu'elle &#233;tait la &#171; seule &#224; parler &#187;, donc la seule &#224; pouvoir user de moyens rh&#233;toriques par lesquelles l&#233;gitimer ou amoindrir sa violence, elle doit d&#233;sormais faire face &#224; l'arriv&#233;e d'un narrateur nouveau dans le r&#233;cit. Par l'entrave qu'elle produit, la diffusion massive de ces images produit un changement radical du point de vue du narrateur de l'histoire des brutalit&#233;s polici&#232;res. L'acte de r&#233;flexion des brutalit&#233;s produit par l'arriv&#233;e des t&#233;l&#233;phones portables dans le dispositif vertical du panoptique permet un retournement de point de vue. Ainsi peut se poser la question de la brutalit&#233; polici&#232;re assez clairement, mais surtout celle de sa l&#233;gitimit&#233;. Le point de vue omniscient, dont la parole &#233;tatique profitait jusqu'alors se trouve remis en question par un nouvel enjeu narratif auquel l'appareil policier r&#233;pond par un d&#233;sir d'anonymisation : retrait de &lt;i&gt;copwatching&lt;/i&gt;, loi de s&#233;curit&#233; globale afin d'opacifier les modes d'action et le fonctionnement des m&#233;thodes mises en place. Si le renversement du monopole du r&#233;cit par la police est une r&#233;elle avanc&#233;e, celui-ci devrait s'accompagner en revanche du renversement du monopole de la violence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 35.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voil&#224; l'&#233;tat des troupes aujourd'hui : la police appara&#238;t prise de court, et &#224; revers (la &lt;i&gt;sousveillance &lt;/i&gt;contre la surveillance) (&#8230;) Le monopole du r&#233;cit se trouve chang&#233; et permet d'inverser le paradigme discursif de l'&#201;tat, ou, du moins, permet d'ouvrit le versant de ce paradigme, et ouvrir le r&#233;cit des surveill&#233;s, et de fait, des violent&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voyons-nous assez distinctement la fa&#231;on dont la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;, concept mis en place pour d&#233;signer le nouveau moyen d'action &#233;tatique dans la prolongation d'une discipline par le corps &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; les milieux d'enfermement propre aux soci&#233;t&#233;s disciplinaires, permet de penser l'av&#232;nement d'un nouveau r&#233;gime d'images capable de renverser le monopole du discours &#233;tatique tel qu'il s'&#233;tablit autour de la question des brutalit&#233;s polici&#232;res. Bien loin encore de remettre en cause la question de sa l&#233;gitimit&#233; dans le discours politique, David Dufresne, par un dispositif filmique original, tente, dans son documentaire, d'en pr&#233;senter les tenants et les aboutissants gr&#226;ce au recueil de la parole d'intervenants divers : universitaires (Ludivine Batigny, Vanessa Codaccioni, Fabien Jobard, Sebastien Roch&#233;, Monique Chemillier-Gendreau) ; journalistes (Taha Bouahafs) ; &#233;crivains (Alain Damasio) ; avocats (Ari&#233; Alimi), militants (J&#233;r&#244;me Rodrigues, M&#233;lanie Ngoye Gaham).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un dispositif filmique original&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. &#171; Deux r&#233;gimes d'images &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un pays qui se tient sage, David Dufresne - D&#233;bordements, , (consult&#233; le 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film-documentaire est original en ce qu'il fait d'embl&#233;e appel &#224; deux r&#233;gimes d'images particuliers, tels que Florent Le Demazel et Romain Lefebvre le d&#233;crivent dans l'article paru en octobre 2020 au sein de la revue &lt;i&gt;D&#233;bordements&lt;/i&gt; : le dispositif s'appuie en effet sur, d'une part les images d'affrontement avec les forces de l'ordre film&#233;es par les manifestants, et, d'autre part, celles des intervenants qui commentent ou r&#233;pondent &#224; ces images, ou &#224; la citation choisie par l'auteur sur laquelle nous reviendrons. Dans certaines sc&#232;nes, les intervenants qui r&#233;pondent &#224; la citation sont regroup&#233;s en duo de sorte qu'une discussion puisse &#233;merger, &#224; partir de la citation et de ce qui est donn&#233; &#224; voir, en parall&#232;le. Ces deux r&#233;gimes d'image provoquent non seulement un effet de mise en ab&#238;me mais aussi la possibilit&#233; d'instaurer un espace de dialogue entre les intervenants, dont les ressorts sont tout &#224; fait diff&#233;rents des d&#233;bats politiques propos&#233;s sur les cha&#238;nes traditionnelles de t&#233;l&#233;vision. Une sc&#232;ne en t&#233;moigne : le journaliste Taha Bouhafs, connu pour partager, sur les r&#233;seaux sociaux, des sc&#232;nes de brutalit&#233;s polici&#232;res, est confront&#233; &#224; un d&#233;l&#233;gu&#233; du syndicat policier Alliance. Toute discussion est assez vite &#233;court&#233;e par le refus m&#234;me du syndicaliste d'admettre la teneur choquante ou violente de la sc&#232;ne, et donc de se poser la question de la l&#233;gitimit&#233; de ces violences dans la mesure o&#249; le r&#244;le de la police rev&#234;t un seul r&#244;le : celle du maintien de l'ordre. Faute de se situer dans le m&#234;me paradigme donc, la discussion bute dans ce cas sur une aporie. Il n'en demeure pas moins que, comme le rappelle Ludivine Batigny, historienne, : &#171; Le dissensus est constitutif de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres duos, comme celui d'Alain Damasio et Fabien Jobard, respectivement &#233;crivain et sociologue, permettent en revanche d'ouvrir un r&#233;el espace de r&#233;flexion &#224; propos de la question de la l&#233;gitimit&#233; de ces brutalit&#233;s. Si David Dufresne met en place des duos &#233;ph&#233;m&#232;res, c'est dans la mesure o&#249; il tente d'ouvrir la question de la l&#233;gitim&#233; de la violence &#224; partir &#8211; et il faudra revenir dessus &#8211; d'une r&#233;flexion sur la diff&#233;rence entre la violence et la brutalit&#233;. Ce que font &#233;merger de tels duos, ce sont des questions qui tournent autour de la l&#233;gitimit&#233; de ces violences, et du r&#244;le de la police en tant que tel dans le syst&#232;me d&#233;mocratique. Peuvent alors &#233;merger d'autres questions encore plus profondes : quelles structures pour qu'une institution telle que la police puisse &#234;tre r&#233;gul&#233;e et fonctionner pour l'int&#233;r&#234;t commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, ce que ces discussions permettent revient apr&#232;s tout au m&#234;me geste que celui que Foucault d&#233;ploie lorsqu'il se place en surveillant de la surveillance, qui repose elle-m&#234;me sur le principe de l'observation. Ces images ainsi d&#233;territorialis&#233;es puis reterritorialis&#233;es sur le grand &#233;cran prennent alors un fonctionnement, une fonction et un sens diff&#233;rents selon les intervenants. Le syndicaliste d'Alliance fait, par exemple, appel au registre &#233;motionnel lorsqu'il commente les images qui lui sont donn&#233;es &#224; voir, en utilisant des termes que &#171; les coll&#232;gues &#187;, alors m&#234;me que d'autres duos, comme celui de Damasio et Jobard, s'attellent davantage &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ces images &#224; partir de la citation de Weber. Il semblerait pour autant faux de dire que ces derniers m&#232;nent la discussion ou encore la dominent : si le film-documentaire de David Dufresne n'a pas pour vis&#233;e un consensus autour de la question des brutalit&#233;s polici&#232;res, c'est parce qu'il int&#232;gre &lt;i&gt;tout type de discours&lt;/i&gt; et, de ce fait, ne privil&#233;gie pas le discours des intellectuels sur celui des manifestants dont les corps font l'objet, en eux-m&#234;mes, de ces brutalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Instaurer un espace de r&#233;flexion en lien avec le corps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les all&#233;es et venues entre les deux r&#233;gimes d'image d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment permettent de d&#233;jouer l'id&#233;e selon laquelle il y aurait, d'un c&#244;t&#233; ceux qui pensent et discutent autour de la question des brutalit&#233;s et ceux qui la subissent. Si le corps des manifestants appara&#238;t comme la marque tangible de ces brutalit&#233;s, il semblerait tout de m&#234;me que ce soit avant tout la parole des manifestants, et, dans le cadre du film, des deux Gilets Jaunes qui permettent de r&#233;int&#233;grer le corps dans une r&#233;flexion commune sur les brutalit&#233;s polici&#232;res. Les intervenants J&#233;r&#244;me Rodrigues et M&#233;lanie Ngoye Gaham ne cessent de r&#233;int&#233;grer leurs discours, empreints d'une certaine &#233;motion parce que directement ass&#233;n&#233;s de coups parfois irr&#233;versibles, un espace discursif commun par le biais du collectif. J&#233;r&#244;me Rodrigues va jusqu'&#224; dire qu'il n'a pas &#233;t&#233; &#233;borgn&#233; par un individu, mais bien par un dispositif qui &#233;merge au moment du mouvement Gilet Jaune privil&#233;giant la brutalit&#233; et l'affrontement direct. M&#233;lanie Ngoye Gaham, quant &#224; elle, revient sur les violences subies quotidiennement par les travailleuses et travailleuses sociaux. Les universitaires, quant &#224; eux, ne manquent pas non plus d'&#233;motions face aux images qui leur sont montr&#233;es : le proc&#233;d&#233; m&#234;me de la mise en ab&#238;me propos&#233; par le film repose dans le fait de donner &#224; voir des images aux intervenants, et de s'exprimer dans un deuxi&#232;me temps. L'empathie de ces derniers n'est pas absente de leur dialogue, elle permet m&#234;me de r&#233;activer l'urgence de la question de la l&#233;gitimit&#233; des brutalit&#233;s polici&#232;res. Peut-&#234;tre ne font-ils rien d'autre que d'appr&#233;hender ces sc&#232;nes avec les outils intellectuels qui leur apparaissent comme &#233;tant n&#233;cessaires pour les lire. Par ailleurs, le documentaire ne se pr&#233;sente, jusque dans la bouche de David Dufresne, ni comme un film sur les Gilets Jaunes ou depuis le point de vue des Gilets Jaunes, ni comme un film dont la vis&#233;e ultime et exclusive repose sur l'espace discursif ouvert &#224; partir des images donn&#233;es &#224; voir. Les discours de chacun des intervenants ne font que dialoguer, se r&#233;pondre, s'opposer, se compl&#233;ter, s'&#233;largir par le montage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Un pays qui se tient sage : un acte de cr&#233;ation&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, Gilles, Qu'est-ce que l'acte de cr&#233;ation ? Conf&#233;rence donn&#233;e dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces quelques r&#233;flexions sur le dispositif filmique singulier du documentaire de David Dufresne na&#238;t une comparaison qui semble int&#233;ressante. Il n'appara&#238;t pas commun, voire peu esth&#233;tique, pour un film de reprendre des images issues de smartphones. D'autre part, l'importance des d&#233;bats pour David Dufresne peut appara&#238;tre comme la volont&#233; de se situer dans une d&#233;marche militante. Pourtant la grande force du documentaire se situe r&#233;ellement dans le fait de d&#233;jouer les crit&#232;res esth&#233;tiques classiques tout en faisant de la question des images le c&#339;ur m&#234;me de la r&#233;flexion. La force du dispositif filmique se loge dans le fait m&#234;me d'ignorer volontairement tous les crit&#232;res de l'esth&#233;tique classique pour ouvrir une r&#233;flexion sur l'objet m&#234;me de l'esth&#233;tique, &#224; savoir les images donn&#233;es &#224; voir. D'une certaine mani&#232;re, le dispositif filmique &#233;merge du fait m&#234;me de la diffusion massive de ces images sur les r&#233;seaux sociaux, et par l&#224; m&#234;me, &#233;merge en r&#233;alit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne. Le film se fonde sur un ph&#233;nom&#232;ne pour en provoquer d'autres nombreux encore : &#233;tonnement, discussions autour du film. V&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne, &lt;i&gt;Un pays qui se tient sage&lt;/i&gt; appara&#238;t comme ce que Deleuze appelle un acte de cr&#233;ation, c'est-&#224;-dire un acte de r&#233;sistance, de contre-information. Il faut entendre contre-information ici comme ce qui vient d&#233;jouer les lignes verticales de l'information telles qu'elles sont dessin&#233;es par des mots d'ordre. Renverser le monopole du r&#233;cit revient exactement &#224; faire ce que Deleuze appelle &#171; r&#233;sister &#187;, c'est-&#224;-dire, cr&#233;er. Si les informations font circuler des mots d'ordre tels qu'elles adviennent dans nos soci&#233;t&#233;s, tout ce qui discute ces mots d'ordre est de l'ordre de la r&#233;sistance, et du c&#244;t&#233; de la cr&#233;ation. Par acte de r&#233;sistance pouvons-nous entendre ici tout ce qui ne va pas dans le sens direct des discours tels qu'ils sont pos&#233;s par les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; de l'information. Participer &#224; la visibilit&#233; de ces images qui ne sont pas destin&#233;es au grand &#233;cran, appeler &#224; questionner la l&#233;gitimit&#233; de la violence polici&#232;re, c'est proposer quelque chose aux spectateurs sur un objet en lui-m&#234;me contentieux de sorte &#224; sortir des sch&#233;mas m&#233;diatiques traditionnels. Il n'est d&#233;sormais plus possible pour le pouvoir d'interdire la diffusion de ces images massivement, dont nous savons qu'elles deviennent encore plus acte de r&#233;sistance (au sens deleuzien) &#224; mesure que les violences qui y sont pr&#233;sent&#233;es sont ni&#233;es, et David Dufresne fait sans doute, avec ce documentaire, r&#233;sistance &#224; l'information en mettant en lumi&#232;re les moyens m&#234;mes de la contre-information afin d'ouvrir un dialogue sur ce que la communication fait quand elle propage des informations. Il n'en demeure pas moins que si film de David Dufresne s'apparente davantage &#224; un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sistance qu'&#224; un film &#224; la port&#233;e intellectuelle &#224; partir d'un socle commun, il semble toujours l&#233;gitime de se demander ce qui lui fait d&#233;faut, ou ce qui aurait gagn&#233; &#224; &#234;tre explicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Incompl&#233;tudes sur la question des brutalit&#233;s polici&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. La question de la violence l&#233;gitime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le dispositif filmique tourne autour des images issues des smartphones projet&#233;es sur le grand &#233;cran, David Dufresne propose aussi aux intervenants de partir de la c&#233;l&#232;bre d&#233;finition de la violence l&#233;gitime donn&#233;e par Weber dans le &lt;i&gt;Savant et le politique&lt;/i&gt;. L'&#233;quivoque autour de cette citation est fameuse et nombreux sont ceux qui ne retiennent que la citation en elle-m&#234;me, et non pour elle-m&#234;me. Catherine Colliot-Th&#233;l&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Colliot-Th&#233;l&#232;ne, La sociologie de Max Weber, Paris, La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le rappelle : ignorer l'arri&#232;re-fond de la pens&#233;e de Weber est probl&#233;matique en ceci que cela pousse &#224; un contresens. La description de l'appareil &#233;tatique par Weber est &#233;tatique : il d&#233;crit ce qu'il est et non ce qu'il doit &#234;tre. Weber d&#233;crit en effet les &#233;tats en tant qu'entit&#233;s politiques et la fa&#231;on dont ils se sont constitu&#233;s (sur la violence). Il s'agit donc bien d'une d&#233;finition et non d'une l&#233;gitimation de celle-ci. La violence, tel qu'elle advient dans l'appareil d'&#201;tat est un moyen de garantir le droit, et avec une telle d&#233;finition Weber ne fait que s'extirper des d&#233;finitions plus classiques de l'&#201;tat fond&#233;es sur ses buts pour se replier sur une d&#233;finition par ses moyens. L'&#201;tat a donc un moyen pour parvenir &#224; ses fins : celui du monopole de la violence physique. En somme, il ne fait rien d'autre que de d&#233;finir la souverainet&#233; moderne. Et le film gagnerait-il &#224; poser d'embl&#233;e cette &#233;quivoque afin de gagner en pertinence ? Si l'on se situe dans la ligne directe de ce qui a &#233;t&#233; mis en place dans cette analyse depuis le d&#233;but il semblerait que cela soit totalement inutile, puisqu'elle impliquerait l'intervention et la parole d'individus dont le socle commun prendrait pour acquis ce qui est un &#233;tat de fait, un constat et non une acquisition. Ce qui permet de faire tomber cette &#233;quivoque, dans une certaine mesure, se loge peut-&#234;tre dans la distinction entre violence et brutalit&#233; que propose l'&#233;crivain Alain Damasio lorsqu'il tente de r&#233;pondre &#224; partir de la citation aux images qui lui sont donn&#233;es &#224; voir. Il s'appuie, pour ce faire, sur un c&#233;l&#232;bre texte de Jean Genet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rote-Armee-Fraktion et Ulrike Marie Meinhof (eds.), Textes des prisonniers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans lequel violence et brutalit&#233; sont mises en opposition. Selon Genet, la violence n'est rien d'autre que la manifestation de la vie. La vie est un arrachement pouss&#233; par un ph&#233;nom&#232;ne vital qui n&#233;cessite une force cr&#233;atrice. La violence est &#233;mancipatrice, elle se loge du c&#244;t&#233; de l'&#233;mancipation par l'arrachement. La brutalit&#233;, quant &#224; elle, est r&#233;pressive en ceci qu'elle d&#233;signe ce mouvement qui contrarie la croissance m&#234;me des choses. Elle met fin au ph&#233;nom&#232;ne vital et naturel de force par une violence organis&#233;e, disciplinaire. Ce qui se joue ici, c'est une distinction par Damasio entre la violence des manifestants, force cr&#233;atrice, et la brutalit&#233; organis&#233;e du corps policier. Il faut entrevoir la violence des manifestants comme un &#233;lan de vie dont les objets sont per&#231;us comme des obstacles (nasses, barri&#232;res, cordons). En face assiste-t-on sans doute &#224; la brutalit&#233; polici&#232;re organis&#233;e autour d'un silence comme strat&#233;gie d'&#233;touffement de ces &#233;lans vitaux que repr&#233;sentent les manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Apories m&#233;thodologiques sur le r&#244;le de la violence d'&#201;tat dans le maintien de l'ordre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Replonger dans la r&#233;f&#233;rence de Damasio &#224; Jean Genet pour poser la distinction entre brutalit&#233; et violence pour cette &#233;tude peut &#234;tre mis en relation avec un autre type de distinction nous permettant d'enrichir encore ce qui est dit dans le documentaire. Il m'a &#233;t&#233; en effet impossible de ne pas penser aux trois violences que l'&#233;crivain et archev&#234;que de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, Dom Helder, met en place&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camara H&#233;lder, Spirale de violence, Descl&#233;e De Brouwer., Rio de Janeiro, 1970.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lorsqu'il distingue trois sortes de violences. La premi&#232;re forme de violence est institutionnelle et permet de perp&#233;tuer les dominations, les oppressions et les exploitations &#233;tatiques, de sorte &#224; &#171; &#233;craser &#187; et &#171; laminer &#187; les hommes &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; ses rouages silencieux. En d'autres termes, elle s'apparente l&#224; &#224; ce que Bourdieu a appel&#233; la violence symbolique, &#224; savoir celle qui permet de maintenir l'ordre social in&#233;galitaire par l'int&#233;gration des dominants des hi&#233;rarchisations et des classifications, et l'int&#233;gration, par les domin&#233;s, de ces rapports d'in&#233;galit&#233;s entretenus avec eux. La deuxi&#232;me forme de violence, quant &#224; elle, vient s'opposer &#224; la violence institutionnelle dans la mesure o&#249; elle na&#238;t de la volont&#233; d'abolir la premi&#232;re d&#233;finition. Elle est, par d&#233;finition, une violence r&#233;volutionnaire. Enfin, la troisi&#232;me forme de violence est r&#233;pressive et d&#233;coule de la seconde violence, qui d&#233;coule elle-m&#234;me de la premi&#232;re forme de violence. La troisi&#232;me forme de violence &#233;touffe la seconde en se faisant l'auxiliaire et la complice de la premi&#232;re, &#224; l'origine de toutes les autres. Autrement dit, selon Camara, ce qui peut &#234;tre dangereux, c'est d'appeler violence celle qui se retourne contre la premi&#232;re forme de violence, qui, en r&#233;alit&#233;, l'engendre, et qui fait na&#238;tre la troisi&#232;me dont le r&#244;le est de tuer la seconde. Il y a une sorte d'hypocrisie qui se loge dans le fait de ne parler de violence en ne d&#233;signant que la deuxi&#232;me forme de violence, en omettant son origine et le rapport causal qu'elle entretient avec la premi&#232;re. Tout comme Damasio le montre par la r&#233;f&#233;rence &#224; Jean Genet, H&#233;lder Camara n'oublie pas de &lt;i&gt;recontextualiser&lt;/i&gt; la violence qui &#233;mane des domin&#233;s dans un syst&#232;me violent &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, si David Dufresne ne s'&#233;panche pas sur la d&#233;finition du &#171; monopole de la violence l&#233;gitime &#187; lorsque la phrase de Weber est donn&#233;e &#224; lire aux intervenants, c'est sans doute parce que le film cherche davantage &#224; poser des questions et des pistes de r&#233;flexion qu'&#224; s'ancrer dans un socle commun de r&#233;f&#233;rences toutes pr&#234;tes autour de la question de la violence. Encore une fois, il semble assez juste de voir le film comme un v&#233;ritable &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187; social qui ne peut pas, par l&#224; m&#234;me, &#233;viter des dissensus. De plus, la question de la l&#233;gitimit&#233; de la violence n'est pas &#233;vinc&#233;e pour autant : elle est pos&#233;e par le duo Damasio / Jobard et sera reprise par les universitaires Vanessa Codaccioni, ou encore Ludivine Batigny. Le fait qu'elle soit tant&#244;t pos&#233;e, tant&#244;t &#233;vit&#233;e doit nous pousser aussi &#224; comprendre ce qui se joue derri&#232;re ce jeu-l&#224; : qu'est-ce que cela dit de ce qui se joue sur le plan politique quand la violence n'est pas reconnue comme la r&#233;ponse &#224; un autre type de violence ? Qu'est-ce qui se joue quand le probl&#232;me de la violence, quand elle &#233;mane du c&#244;t&#233; des forces de l'ordre, n'est pas reconnu non plus ? Pire encore : qu'est-ce qui se joue quand la violence des manifestants est accus&#233;e de tous les maux, et de produire, en partie, la violence dont la police ass&#232;ne les corps des individus ? Qu'est-ce que cela dit de la strat&#233;gie politique en jeu autour de la question de la violence ? Au-del&#224; d'un dissensus autour de ces questions, ce que David Dufresne pointe aussi du doigt en creux, c'est l'in&#233;galit&#233; de valeur entre ces paroles dans l'espace social et politique. Ce constat peut &#234;tre fait notamment &#224; partir des contrechamps du documentaire, dans lequel le r&#233;alisateur a ins&#233;r&#233; les interventions des politiques, surtout lorsqu'ils se refusent &#224; admettre toute forme de violence &#233;manent de l'appareil &#233;tatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fameuse intervention de Macron le 7 mars 2019, lors du dixi&#232;me Grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par la parole du pouvoir int&#233;gr&#233;e dans les contrechamps, nous comprenons que si le dispositif filmique permet de mettre en lumi&#232;re le dissensus autour de la question des violences polici&#232;res, mais dans le but de mettre en lumi&#232;re les rapports de pouvoir qui se jouent autour de cette question &#224; l'origine d'un tel dissensus. Si le paradigme n'est pas le m&#234;me pour tous les intervenants, c'est parce qu'eux-m&#234;mes appartiennent &#224; des structures diff&#233;rentes, et les opinions sur la question de ces violences en t&#233;moignent. En filigrane se joue ainsi une repr&#233;sentation des diff&#233;rents rapports de pouvoir et de domination, similaires &#224; celles qui galvaudent la soci&#233;t&#233;. Le manque d'un socle commun des intervenants ou l'absence d'un pr&#233;dicat autour du terme de violence ne joue donc pas en d&#233;faveur de la qualit&#233; du film-documentaire de David Dufresne. Bien au contraire et au-del&#224; du fait de repr&#233;senter le dissensus qui consisterait &#224; ranger les &#171; d'accord &#187; d'un c&#244;t&#233; et les &#171; pas d'accord &#187; de l'autre, David Dufresne montre la fa&#231;on dont, en creux, certaines paroles sont &#233;cout&#233;es, valoris&#233;es, dominantes, et &#233;touffent sans arr&#234;t la narration multiple d'un r&#233;cit aux preuves pourtant d&#233;sormais tangibles. Si la diffusion massive des images de brutalit&#233;s polici&#232;res permet au moins de s'accorder sur la v&#233;racit&#233; et la vraisemblance de ces faits, elle ne permet pas encore d'emp&#234;cher que le monopole du r&#233;cit soit sans arr&#234;t, m&#234;me quand il semble appartenir aux domin&#233;s, r&#233;cup&#233;r&#233; par la classe politique dont les rouages solides permettent de faire &#233;maner une r&#233;ponse qui, dans un premier cas, se refuse &#224; admettre l'existence m&#234;me de ces violences, dans un deuxi&#232;me cas, les l&#233;gitime comme force de r&#233;pression &#224; l'&#233;gard des violences des manifestants. L'impasse m&#233;thodologique est ostentatoire, et David Dufresne ne fait que tenter de la figurer. En faisant cela, n'oublie-t-il pas toute une partie de la question reposant sur l'origine des brutalit&#233;s polici&#232;res qui permettrait d'expliquer les rapports de dominations &#224; l'&#339;uvre dans celles-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. S'exempter des questions des lieux originels des brutalit&#233;s polici&#232;res : un choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des reproches que l'on pourrait au film de David Dufresne repose sur une omission : il semblerait que les relations de dominations et d'oppressions telles qu'elles sont donn&#233;es &#224; voir dans le film ne soient pas trait&#233;es d'un point de vue de ceux pour qui cette violence est quotidienne. Une simple id&#233;e de ce que sont les &#233;tudes postcoloniales permet de formuler ce point, qui consiste &#224; dire que le r&#244;le de la police dans le contr&#244;le et la reproduction du dispositif de surveillance ne peut pas se s&#233;parer du lieu dans lequel elle est mise en place. De ce point de vue, avoir recours &#224; des auteurs tels que Mathieu Rigouste peut appara&#238;tre assez utile. Dans la &lt;i&gt;Domination polici&#232;re&lt;/i&gt;, celui-ci propose des outils pour &#171; d&#233;montrer les m&#233;canismes de la domination &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Rigouste, La domination polici&#232;re : une violence industrielle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et retracer la g&#233;n&#233;alogie coloniale de la gestion des populations. L'enqu&#234;te adopte le parti-pris de la description de la violence polici&#232;re depuis le point de vue des opprim&#233;s, ou encore, des &#171; damn&#233;s de l'int&#233;rieur &#187;. L'&#233;volution du syst&#232;me colonial fran&#231;ais, suite &#224; la guerre d'Alg&#233;rie, n'a pas frein&#233; les pratiques de surveillance et de s&#233;gr&#233;gation propres au syst&#232;me colonial sur le territoire fran&#231;ais, bien au contraire : elles se sont adapt&#233;es &#224; la modernit&#233; et aux flux migratoires apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, et la fin des guerres de d&#233;colonisation. Ainsi le concept de &lt;i&gt;s&#233;gr&#233;gation endocoloniale &lt;/i&gt;lui permet-il de d&#233;crire le r&#244;le de la police dans le contr&#244;le et la reproduction des zones de surveillance dans des lieux sp&#233;cifiques tels que la banlieue en France. La &lt;i&gt;s&#233;gr&#233;gation endocoloniale &lt;/i&gt;permet la cr&#233;ation d'un ennemi int&#233;rieur sur lequel la police doit maintenir des rapports de domination de classe et de race. Ainsi trouve-t-il un argument th&#233;orique gr&#226;ce auquel la police appara&#238;t comme l'appareil qu'il faut prot&#233;ger au sein des relations de pouvoir caract&#233;ristiques du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme. L'ordre capitaliste et les discours socio-&#233;conomiques que soutient ce syst&#232;me cr&#233;e sont indissociables de la cr&#233;ation de la guerre et de l'armement, qui ont besoin d'instances de pouvoir et de sp&#233;cialistes de la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire ce reproche au film documentaire de David Dufresne semble l&#233;gitime dans une certaine mesure. Ce dernier ne manque pas de dire qu'il s'agit l&#224; de la partie &#233;merg&#233;e d'un &#171; iceberg de violences physique et symbolique fait &#233;galement de brimades, de palpations, de coups port&#233;s &#224; l'abri des cam&#233;ras, dans les cars de police comme dans les commissariats, des gardes &#224; vue hors du monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Bentounsi et al., Police, op. cit., p. 16.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son point de vue sur les brutalit&#233;s polici&#232;res demeure de fait assez lucide sur ces r&#233;alit&#233;s qui ne naissent pas directement des mouvements sociaux, mais qui y trouvent dedans un moyen d'&#234;tre th&#233;&#226;tralis&#233;es et mises en sc&#232;ne. Encore une fois le film doit &#234;tre pens&#233; comme un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergeant lui-m&#234;me des ph&#233;nom&#232;nes &#224; l'&#339;uvre dedans, &#224; savoir les mouvements sociaux. Pens&#233; comme ph&#233;nom&#232;ne, il ne peut &#234;tre que tr&#232;s difficilement repr&#233;sentatif d'un fond th&#233;orique commun pour penser ces brutalit&#233;s polici&#232;res. La question ne se fait ainsi pas autour de la g&#233;n&#233;alogie des violences polici&#232;res comme Mathieu Rigouste, mais bien de leur double d&#233;territorialisation sur le champ des mouvements sociaux et sur celui des r&#233;seaux sociaux de fa&#231;on massive. Partant d'un point de vue diff&#233;rent, David Dufresne peine &#224; entrer en profondeur dans ces questions de g&#233;n&#233;alogie de la violence, sans doute aussi limit&#233; par le format de l'&#339;uvre en question : il y aurait beaucoup plus &#224; dire sur les brutalit&#233;s polici&#232;res selon qu'on souhaite les traiter de tel ou tel points de vue. Ce qui peut manquer, en revanche, ce sont des intervenants directement victimes des brutalit&#233;s quotidiennes, syst&#233;miques et racistes. La question des brutalit&#233;s polici&#232;res telle qu'elle est trait&#233;e dans le film gagnerait &#224; int&#233;grer, dans son d&#233;bat, les victimes qui habitent ces lieux originels o&#249; les corps sont objets de discriminations quotidiennes, au moins pour montrer qu'il ne s'agit pas que d'un probl&#232;me propre aux ph&#233;nom&#232;nes que sont les mouvements sociaux, puisqu'apr&#232;s tout partout o&#249; elles adviennent les brutalit&#233;s polici&#232;res tendent &#224; &#234;tre visibles par la capture, et plusieurs affaires en t&#233;moignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film-documentaire de David Dufresne, en faisant advenir des images jusque-l&#224; exclusivement destin&#233;es &#224; &#234;tre diffus&#233;es sur les r&#233;seaux sociaux op&#232;rent par un d&#233;tournement de celles-ci un geste purement original, sans doute l'un des plus singuliers au cin&#233;ma des derni&#232;res ann&#233;es. Appr&#233;hender le film comme un ph&#233;nom&#232;ne permet d'ouvrir un d&#233;bat autour de la question des rapports de pouvoir entre des institutions telles que la police et les individus est le ma&#238;tre mot. Si la prison, avec Foucault, &#233;tait une technologie &#224; part enti&#232;re, capable de transformer les individus en v&#233;ritables d&#233;linquants, c'est parce qu'en plus de fonctionner sur le dispositif de la surveillance par le haut, celle-ci se constituait un savoir sur les d&#233;tenus &#224; partir de documentations, dont elle se servait comme principe r&#233;gulateur de la pratique p&#233;nitentiaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Surveiller et punir : naissance de la prison, s.l., 2014.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pr&#233;lever un savoir, nous le savons avec Foucault, permet de proc&#233;der &#224; une forme de domination sur les individus, et donc, de pouvoirs. Or, les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le telles que Deleuze les d&#233;crit semblent travailler &#224; partir d'un dispositif qui ne recoupe plus seulement le visible mais bien le &lt;i&gt;tout juste rep&#233;rable&lt;/i&gt;. Une chose demeure cependant commune aux soci&#233;t&#233;s disciplinaires et aux soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le : le savoir comme moyen en vue d&#233;cliner toute forme de pouvoirs sur les individus. La prolif&#233;ration du savoir est accompagn&#233;e de celle des technologies, qui ne cessent de se multiplier et de se sophistiquer. Le film-documentaire de Dufresne est le parfait exemple que si la prolif&#233;ration technologique permet la &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;, il est aussi une des manifestations du renversement du monopole du discours traditionnellement d&#233;tenu par ceux qui d&#233;tiennent aussi les pouvoirs. &lt;i&gt;Un pays qui se tient sage &lt;/i&gt;fait br&#232;che dans un r&#233;cit dont l'&#233;conomie ne peut plus se faire par l'exclusive prise de parole de ceux qui ass&#232;nent les corps et qui omettent, par l&#224; m&#234;me, un &lt;i&gt;rizhome&lt;/i&gt; de brutalit&#233;s qui trouve son explication dans l'inextricable lien qu'elles entretiennent avec le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sol&#232;ne ANDR&#201;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;&#171; Un pays qui se tient sage &#187; de David Dufresne ausculte les violences polici&#232;res, entre images-choc et r&#233;flexion salutaire&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/documentaires/un-pays-qui-se-tient-sage-de-david-dufresne-ausculte-les-violences-policieres-entre-images-choc-et-reflexion-salutaire_4117117.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/documentaires/un-pays-qui-se-tient-sage-de-david-dufresne-ausculte-les-violences-policieres-entre-images-choc-et-reflexion-salutaire_4117117.html&lt;/a&gt; , 27 septembre 2020, consult&#233; le 14 d&#233;cembre 2020.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Bentounsi Amal, Bernanos Antonin, Coupat Julien, Dufresne David, Hazan &#201;ric et Lordon Fr&#233;d&#233;ric, &lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, La fabrique., Paris, La Fabrique, 2020, 121 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Colliot-Th&#233;l&#232;ne Catherine, &lt;i&gt;La sociologie de Max Weber&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Deleuze Gilles et Guattari F&#233;lix, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 2008.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Deleuze Gilles et Guattari F&#233;lix, &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit., Paris, (coll. &#171; Critique &#187;), 1980, vol. 2/Capitalisme et Schizophr&#233;nie, 645 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Deleuze Gilles, Guattari F&#233;lix et Deleuze Gilles, &lt;i&gt;L' anti-&#338;dipe&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de Minuit (coll. &#171; Capitalisme et schizophr&#233;nie &#187;), 2012, 500 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Derrida Jacques, &lt;i&gt;Marges de la philosophie&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de Minuit (coll. &#171; Collection &#8220;Critique&#8221; &#187;), 2006, 396 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Dufresne David, &lt;i&gt;Un pays qui se tient sage&lt;/i&gt;, s.l., Jour2F&#234;te, 2020.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Foucault Michel, &lt;i&gt;Surveiller et punir : naissance de la prison&lt;/i&gt;, s.l., 2014.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Foucault Michel, Ewald Fran&#231;ois, Fontana Alessandro et Senellart Michel, &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique : cours au Coll&#232;ge de France, 1978-1979&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard : Seuil (coll. &#171; Hautes &#233;tudes &#187;), 2004, 355 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Garo Isabelle, &lt;i&gt;Foucault, Deleuze, Althusser &amp; Marx : La politique dans la philosophie :&lt;/i&gt;, Demopolis., Paris, 2011, 417 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;H&#233;lder Camara, &lt;i&gt;Spirale de violence&lt;/i&gt;, Descl&#233;e De Brouwer., Rio de Janeiro, 1970.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La mule du pape, &lt;i&gt;&#171; Un pays qui se tient sage &#187; pr&#233;sent&#233; par David Dufresne&lt;/i&gt;, s.l., 2020.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Quessada Dominique, &#171; De la sousveillance. La surveillance globale, un nouveau mode de gouvernementalit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2010, vol. 40, no 1, p. 54&#8209;59.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Rigouste Mathieu, &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique &#233;ditions, 2012, 257 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Rote-Armee-Fraktion et Meinhof Ulrike Marie (eds.), &lt;i&gt;Textes des prisonniers de la Fraction Arm&#233;e Rouge et derni&#232;res lettres d'Ulrike (Marie) Meinhof&lt;/i&gt;, Paris, Maspero (coll. &#171; Cahiers libres &#187;), 1977, 244 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Un pays qui se tient sage, David Dufresne - D&#233;bordements&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.debordements.fr/Un-pays-qui-se-tient-sage-David-Dufresne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.debordements.fr/Un-pays-qui-se-tient-sage-David-Dufresne&lt;/a&gt;, consult&#233; le 23 novembre 2020.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parler du &#171; reste &#187; dans le temps de l'introduction est un choix d&#233;lib&#233;r&#233; afin d'&#234;tre la plus rigoureuse possible. Bien que le film semble centrer son attention sur les affrontements entre la police et les manifestant.es lors des mouvements sociaux, il ne faut pas oublier l'&#233;v&#233;nement du lyc&#233;e Saint-Exup&#233;ry de Mantes-la-Jolie, dont les protagonistes ne sont rien d'autre que des lyc&#233;ens au moment de l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudra revenir, dans notre travail, sur les &#233;quivoques autour de cette c&#233;l&#232;bre citation, dont la r&#233;cup&#233;ration par l'ignorance du contexte des &#233;crits de Weber par les politiques fait l'objet, en vue de l&#233;gitimer leur politique violente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est, en tout cas, l'un des effets du film constat&#233; par David Dufresne lui-m&#234;me lors des avant-premi&#232;res. Voir &#224; ce propos l'avant-premi&#232;re film&#233;e et retransmise sur YouTube du 21 septembre &#224; Montpellier, au cin&#233;ma Diagonal, ainsi que l'article r&#233;dig&#233; par le m&#233;dia ind&#233;pendant &lt;i&gt;La Mule du pape &lt;/i&gt;sur la s&#233;ance en question : La mule du pape, &lt;i&gt;&#171; Un pays qui se tient sage &#187; pr&#233;sent&#233; par David Dufresne&lt;/i&gt;, s.l., 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut entendre ici d&#233;territorialisation au sens deleuzien du terme. La d&#233;territorialisation, est, d'apr&#232;s la d&#233;finition donn&#233;e par Robert Sasso et Arnaud Villani : &#171; [la] sortie d'un territoire (au sens propre ou figur&#233;) qui capte et code les flux qui la traversent ; 2) [l'] entr&#233;e dans un territoire nouveau &#8211; les deux mouvements entra&#238;nant, pour la m&#234;me chose, des changements de fonctionnement, de fonction et de sens. &#187; &lt;i&gt;In &lt;/i&gt;Arnaud Villani et Robert Sasso, &lt;i&gt;Le vocabulaire de Gilles Deleuze&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 2004, p.&#8239;82. La d&#233;territorialisation des images de brutalit&#233;s polici&#232;res revient ici &#224; les faire advenir au cin&#233;ma, afin qu'elles sortent du territoire conquis par les r&#233;seaux sociaux et les m&#233;dias, tout en captant la symbolique de ces images pour les reterritorialiser sur le grand &#233;cran, o&#249; leur symbolique se trouve chang&#233;e et doubl&#233;e selon qu'elles ouvrent le d&#233;bat par les intervenants du documentaire en lui-m&#234;me, ou encore les spectateurs du film de David Dufresne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Quessada, &#171; De la sousveillance. La surveillance globale, un nouveau mode de gouvernementalit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, 2010, vol. 40, no 1, p. 54&#8209;59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Quessada, &#171; De la sousveillance &#187;, art cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quessada utilise la m&#233;taphore du tapis ou de la moquette pour imager le concept de &lt;i&gt;sousveillance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ceux que Deleuze aurait appel&#233;s les &#171; d&#233;viants &#187;, non pas parce qu'ils d&#233;vient &#224; une certaine norme &#233;tablie de mani&#232;re arbitraire par les soci&#233;t&#233;s, mais ceux qui tracent des lignes de fuite au processus de subjectivation &#233;mis par la machine capitaliste en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amal Bentounsi et al., &lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, La fabrique., Paris, La Fabrique, 2020, p.&#8239;15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est &#233;galement une image utilis&#233;e par l'&#233;crivain Alain Damasio dans le documentaire, qui parle du t&#233;l&#233;phone portable comme un obstacle venant se placer entre la ligne de surveillance des surveillants vers les surveill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Bentounsi et al., &lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un pays qui se tient sage, David Dufresne - D&#233;bordements, &lt;a href=&#034;http://www.debordements.fr/Un-pays-qui-se-tient-sage-David-Dufresne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.debordements.fr/Un-pays-qui-se-tient-sage-David-Dufresne&lt;/a&gt;, (consult&#233; le 23 novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, Gilles, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'acte de cr&#233;ation ? &lt;/i&gt; Conf&#233;rence donn&#233;e dans le cadre des mardis de la fondation de la Femis, 17 mars 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Colliot-Th&#233;l&#232;ne, &lt;i&gt;La sociologie de Max Weber&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2014, 128 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rote-Armee-Fraktion et Ulrike Marie Meinhof (eds.), &lt;i&gt;Textes des prisonniers de la Fraction Arm&#233;e Rouge et derni&#232;res lettres d'Ulrike (Marie) Meinhof&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1977, 244 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camara H&#233;lder, &lt;i&gt;Spirale de violence&lt;/i&gt;, Descl&#233;e De Brouwer., Rio de Janeiro, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La fameuse intervention de Macron le 7 mars 2019, lors du dixi&#232;me Grand d&#233;bat &#224; Gr&#233;oux-les-Bains : &#171; Ne parlez pas de r&#233;pression et de violences polici&#232;res, ces mots sont inacceptables dans un &#201;tat de droit. &#187; en est un parfait exemple, au m&#234;me titre que d'autres interventions dans des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathieu Rigouste, &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique &#233;ditions, 2012, 257 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Bentounsi et al., &lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et punir : naissance de la prison&lt;/i&gt;, s.l., 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Dialogues avec le monde sourd</title>
		<link>https://trounoir.org/Dialogues-avec-le-monde-sourd</link>
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		<dc:date>2022-02-27T23:56:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Giuseppina Comito</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ah, c'&#233;tait un homme, dommage. Vous avez donc 5 fois plus de chance sur 1 million d'&#234;tre contamin&#233;e par la d&#233;ception. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Fiction-+" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Giuseppina-Comito-+" rel="tag"&gt;Giuseppina Comito&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/patrickwelde.png?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='149' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dialogues avec le monde sourd &lt;/i&gt;est un texte court de Giuseppina Comito qui a notamment publi&#233; &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Pardon-je-me-rattraperai&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pardon, je me rattraperai&lt;/a&gt; sur le site Lundi Matin. Giuseppina vient des arts vivants et performatifs, de la sc&#232;ne parl&#233;e, et l'&#233;criture est pour elle : &#034;un espace de silence, o&#249; la transmission invisible permet un &#233;change plus intime&#034;. Bonne lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s important d'adopter les bons gestes en ces temps sp&#233;cialement durs, et nous devons nous montrer solidaires. Lorsque nous arrivons sur notre lieu de travail, il est primordial de trouver un endroit chaud et confortable pour poser notre t&#234;te et piquer un petit somme d'au moins une demi-heure pour r&#233;cup&#233;rer du trajet r&#233;alis&#233; pour venir, qui souvent constitue un effort &#233;nergivore sous-estim&#233; et nous prend, si on est r&#233;aliste, entre une demi-heure et une heure et demi. Et cela n'est qu'une moyenne. Au r&#233;veil de cette mini sieste, ce qu'il se passe la plupart du temps c'est que la/le sup&#233;rieur hi&#233;rarchique nous instruit, parfois avec une voix tr&#232;s agit&#233;e, de tout ce qu'il y a &#224; faire, c'est toujours tr&#232;s press&#233; et la liste est souvent plus longue que les heures de la journ&#233;e, donc l&#224;, juste pour &#233;vacuer l'intonation de la voix et la formulation que la personne a adopt&#233;e &#224; notre &#233;gard, il faudrait faire imm&#233;diatement un jeu l&#233;ger d'environ deux heures o&#249; on pourrait entrer en connexion avec les meubles de la pi&#232;ce comme si ils &#233;taient des personnes et pouvoir rire avec eux et retrouver l'envie de faire. &#199;a peut &#234;tre par exemple, jouer &#224; cache-cache avec l'&#233;tag&#232;re n&#176;6, comment faire pour qu'elle ne me voit pas et trouver tous les recoins o&#249; je peux &#234;tre sans que je sois dans son champs de vision. Car ce jeu va aussi nous aider &#224; m&#233;taboliser toutes les t&#226;ches &#224; accomplir et &#233;viter le stress et la pression que celles-ci inspirent in&#233;vitablement &#224; notre organisme. Bien s&#251;r, on peut &#234;tre &#224; court d'imagination mais c'est justement &#231;a qui est important, il faut pas l&#226;cher parce que les meilleurs jeux sont invent&#233;s quand on croit qu'on a plus d'id&#233;e, et d'ailleurs ce sont souvent les objets qui nous les apprennent. Lorsque ce temps de r&#233;cup&#233;ration &#233;nerg&#233;tique et cr&#233;atif a &#233;t&#233; pris, g&#233;n&#233;ralement c'est le temps de la pause d&#233;jeuner et il ne faut surtout pas se sous-alimenter, passer son tour, ou croire qu'on n'a pas faim parce que c'est jamais vrai. Une fois qu'on a re&#231;u l'&#233;nergie d'un d&#233;jeuner joyeux, il est g&#233;n&#233;ralement 15h si on a bien pris le temps d'ingestion et de digestion recommand&#233; par les autorit&#233;s de sant&#233;, il faut pas l&#233;siner l'effort de mastication, alors seulement on peut se mettre tranquillement &#224; r&#233;soudre une t&#226;che apr&#232;s l'autre avec un maximum d'affection pour l'environnement dans lequel on respire, les objets avec lesquels on est en contact, peut-&#234;tre les regards qu'on croise, et tous nos micro-muscles qui nous permettent invisiblement de tenir notre colonne vert&#233;brale &#224; la verticale et de faire chaque merveilleux et insignifiant mouvement, utile &#224; la r&#233;alisation de nos t&#226;ches laborantines ou simplement &#224; notre propre plaisir. Si d'aventure, nous avons &#224; faire &#224; des clients en plus de toutes ces interactions, nous pouvons penser, apr&#232;s chaque &#233;change, &#224; expirer profond&#233;ment et discr&#232;tement par la bouche qui fait un petit &#171; o &#187; comme si elle avait une paille entre les l&#232;vres. Cela permet ensuite de reprendre une longue inspiration r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e et recharger en sympathie pour soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je choisis de prendre un temps solitaire parce que je suis au travail ou en voyage, je peux par exemple m'enfermer dans les toilettes si je veux vraiment &#234;tre seule, mais je peux aussi trouver un mur un peu d&#233;laiss&#233; et me poser face &#224; lui, il faut esp&#233;rer que les mauvaises odeurs n'ont pas choisi le m&#234;me endroit que nous. Sinon, dans ma voiture si j'en ai une, ou bien c'est aussi un temps qui peut &#234;tre pris en public selon le degr&#233; de public et l'intensit&#233; souhait&#233;e. C'est un temps qui peut &#234;tre plus ou moins spirituel, c'est-&#224;-dire li&#233; &#224; des pens&#233;es, des fantasmes, des r&#234;veries. Mais c'est important de ressentir que je les vis dans mon corps quand m&#234;me, dans l'instant o&#249; mon imagination les cr&#233;e. Par exemple si je suis en train de me promener dans la rue et je respire profond&#233;ment parce que j'ai d&#233;cid&#233; de prendre ce temps en mouvement et dans l'espace public, je peux imaginer que mes t&#233;tons sont en train d'&#234;tre croqu&#233;s et suc&#233;s par un &#234;tre vivant, mais &#231;a me modifie in&#233;vitablement. &#199;a va me modifier dans ma respiration, dans ma marche, et &#231;a va m&#234;me pouvoir cr&#233;er des hallucinations bienfaisantes concernant l'environnement qui m'entoure, et tout va devenir plus agr&#233;able. Si j'ai pris un temps au calme, je peux faire tout un tas de choses, seul.e ou avec d'autres personnes, objets, animaux, qui ont aussi besoin de caresses et hormones positifs au bonheur. Dans ce cas l&#224;, je ne donnerai pas d'exemple, chacun doit pouvoir entendre son corps et si on n'a pas encore l'habitude, parce que c'est nouveau ce truc, eh bien &#231;a va venir avec l'exercice et on sera de plus en plus aiguis&#233; et pr&#233;cis dans cette &#233;coute, ce qui d&#233;veloppera consid&#233;rablement l'imagination et les sensations de plaisir, &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;ratif de prendre soin de nous ne peut clairement pas &#234;tre consid&#233;r&#233; autrement qu'en prenant un temps quotidiennement consacr&#233; &#224; la sexualit&#233;, exclusivement pour notre plaisir personnel et gratuit. Les mol&#233;cules d'amour qui sont dans l'espace n'attendent effectivement que notre attention et notre d&#233;sir de les partager, et nous avons absolument besoin d'elles pour faire face &#224; la d&#233;pression chronique li&#233;e &#224; l'alliance des grandes puissances financi&#232;res sans lesquelles nous n'aurions pas tous ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A pr&#233;sent, il est possible de renommer une r&#233;alit&#233; et changer totalement le paradigme dans lequel on a v&#233;cu toute notre vie, &#231;a nous permet de ne pas nous ennuyer et surtout d'envisager qu'il y a des mondes parall&#232;les et que nous pouvons basculer de l'un &#224; l'autre facilement, enfin plut&#244;t que nous pouvons glisser dans un autre monde sans recourir &#224; la vaseline. Effectivement, on ne sait pas si on peut revenir dans le pr&#233;c&#233;dent parce que &#231;a para&#238;t avancer tr&#232;s tr&#232;s vite et, certaines r&#233;alit&#233;s ayant le vent en poupe, &#231;a permet de se faire beaucoup d'argent. A pr&#233;sent, je peux avoir un mal de t&#234;te, une IST, un torticolis paralysant, une infection urinaire, ressentir rien du tout ou une gastro, c'est la m&#234;me chose. Je ne me sens pas malade ou je suis en train de crever &#224; la mort, c'est pareil. Je n'ai jamais partag&#233; une sexualit&#233; avec quiconque et j'ai d&#233;j&#224; partag&#233; une sexualit&#233; avec au moins une personne en plus de moi-m&#234;me, il n'y a pas de diff&#233;rence fondamentale au regard du syst&#232;me de sant&#233; sociale et psychique. C'est merveilleux. Plus on accepte cette virtualit&#233; virtuose, plus nous pourrons nous &#233;panouir tout en souplesse. Certaines subtilit&#233;s ne viennent plus nous emmerder la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment je dois rester 10 jours chez moi parce que je suis pas vraiment d&#233;sir&#233;e dans l'espace de travail en commun mais je peux travailler depuis chez moi, nouvelle option merveilleuse de ce monde en &#233;volution, parce que m&#234;me si je suis en train de cracher mes poumons je peux lire la quarantaine de mails qui arrivent sur la bo&#238;te et les traiter depuis mes chiottes sur lesquels ma t&#234;te repose entre deux r&#233;gurgitations. Quand mes yeux ne tombent pas dans les abysses sombres de la faiblesse, je peux voir les messages de ma chef et &#231;a c'est quand m&#234;me incroyable parce que j'aurais besoin &#224; ce moment-l&#224; de lire un texto de ma meuf qui me dit qu'elle m'aime inconditionnellement, mais comme je ne l'ai pas re&#231;u, &#231;a me fait chaud au c&#339;ur quand m&#234;me de voir que quelqu'un pense &#224; moi. M&#234;me si elle me dit de faire trois trucs que j'aurais pas le temps de faire de toute fa&#231;on entre les mails que j'ai d&#233;j&#224; re&#231;us, mon temps sexuel quotidien minimum, mon temps de repos syndical et mon temps de r&#234;ve obligatoire. Ce qui est bizarre c'est que je me sens malade comme une chienne mais personne me consacre un temps de maladie, qui incontestablement pourrait remplacer tous les autres pour une p&#233;riode ind&#233;termin&#233;e d'avance puisque on ne sait pas quand les monstres vont quitter la teuf g&#233;ante qui visiblement s'organise une POOL PARTY dans mon organisme. La piscine &#224; d&#233;bordement &#231;a devait &#234;tre trop luxe pour eux donc c'est moi qui me charge des &#233;vacuations en attendant. C'est comme &#231;a que les carreaux de ma salle de bain deviennent mes nouveaux coll&#232;gues, sur lesquels je peux hurler sans qu'ils fassent les yeux ronds. Je peux aussi les caresser, m'assoir contre eux, frotter ma bouche et tourner ma langue pour retrouver des sensations perdues. J'avoue &#231;a fait du bien dans les moments o&#249; mes yeux voudraient tr&#232;s fort pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excusez, moi mademoiselle, je dois v&#233;rifier l'&#233;tat de votre glaire cervicale parce que seules les personnes qui ont pris du plaisir il y a moins de 72h peuvent entrer dans ce bistrot, et si elle est totalement invisible &#231;a n'ira pas, vous permettez que je mette mon doigt sur l'enregistrement de votre dernier orgasme pour contr&#244;ler que c'est bien votre voix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eumh&#8230; il n'y a pas de lien entre l'&#233;tat de la glaire cervicale &#224; un instant T et le pl&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous permettez, je dois v&#233;rifier la date et votre date de naissance pour faire un lien avec l'orgasme de votre conception. Ah, &#224; voir votre t&#234;te on dirait qu'il n'y en avait pas ?! Mince, oui, &#231;a arrive. Malheureusement, sous la pression de la reproduction de la population riche et blanche de moins de 35 ans, beaucoup d'enfants qui naissent ont &#233;t&#233; con&#231;us sans orgasme. Cela n'a aucune incidence sur votre sant&#233;, heureusement et vous &#234;tes libre de prendre du plaisir autant que possible. &lt;i&gt;TEMPS.&lt;/i&gt; Apr&#232;s, si vous ne produisez pas de cyprine en quantit&#233; suffisante pour effacer la douleur p&#233;n&#233;trante, et que vous n'avez pas envie de faire recours &#224; des adjuvants, pensez qu'il est possible d'avoir d'autres types de rapports avec les autres. Vous pouvez par exemple jouir de l'introduction d'un corps &#233;tranger &#8211; contendant ou moelleux &#8211; dans vos canaux nasaux, auriculaires ou rectal. La bouche &#233;tant &#224; prescrire vu le nombre de microbes qui peuvent se transmettre par la langue. Il faut savoir que la bouche est la plus grande cavit&#233; humaine, et telle la grotte de Lascaux, beaucoup de tr&#233;sors s'y conglom&#232;rent. Le sexe f&#233;minin en revanche est auto-nettoyant et, de plus, il se trouve compl&#232;tement &#224; l'int&#233;rieur du corps donc, aucun risque. La seule chose qui puisse se passer, c'est qu'on lui apporte des mauvaises bact&#233;ries, le pauvre, par introduction d'objets ou de chairs &#233;trang&#232;res. Mais lui ne peut rien transmettre s'il ne l'a pas re&#231;u d'abord de l'ext&#233;rieur. Quelle merveille de l'humanit&#233;, n'est-ce pas. Jouissez donc avec des organes f&#233;minins et vous serez en s&#233;curit&#233;. Je peux contr&#244;ler l'identit&#233; de votre dernier partenaire ? Ah, c'&#233;tait un homme, dommage. Vous avez donc 5 fois plus de chance sur 1 million d'&#234;tre contamin&#233;e par la d&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, plus que si c'&#233;tait une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si c'est une personne trans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, alors &#231;a d&#233;pend si la personne a introduit quelque chose dans votre corps ou bien si elle a simplement agi sur sa surface, retour &#224; la premi&#232;re question n'est-ce pas. La salive d&#251; aux l&#232;chements du corps, que ce soit par d&#233;sir altruiste ou par un d&#233;sir refoul&#233; d'engloutissement, disons m&#234;me par &#171; amour &#187;, est tout &#224; fait inoffensive sur toutes les parties du corps, sauf &#224; l'int&#233;rieur de la cavit&#233; buccale et nasale. La langue peut entrer dans le sexe sans aucun risque, et m&#234;me faire des petits mouvements en cerceau de mani&#232;re infinie le plus loin possible. &lt;i&gt;TEMPS&lt;/i&gt;. Il faut juste penser &#224; la d&#233;sinfecter avant. Avec de l'aloe Vera ou simplement du bicarbonate, &#224; mettre sur vos mains en frottant bien cinq fois dans chaque sens comme si vous aviez froid aux doigts. Ensuite la langue sera pr&#234;te automatiquement sans autre pr&#233;caution. Par contre, vous ne pourrez plus introduire vos mains en compl&#233;ment dans le vagin sans les avoir pr&#233;alablement lav&#233;es, parce qu'on sait bien qu'elles sont d'une grande aide dans la cr&#233;ation du plaisir. Vous avez besoin de l'explication pour ce qui concerne votre partenaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa s&#233;curit&#233;, comme il vient de se faire injecter un produit pour atteindre un pic d'orgasme plus longs &#8211; entre 1 et 10 minutes de climax &#8211;, il doit s'entrainer avec un maximum de personnes d'ici les 15 prochains jours pour que le produit comprenne bien qu'il va devoir s'activer pour fonctionner normalement. On lui a donn&#233;48h pour tester une mont&#233;e d'orgasme en 30 minutes avec 10 minutes de climax et si &#231;a ne fonctionne pas, il devra refaire une injection mais dans ce cas, il risque aussi de doubler le temps du climax, ce qui pour le moment ne l'int&#233;resse pas vraiment. En m&#234;me temps, s'il n'y arrive pas en 48h, cela signifie aussi qu'il n'atteindra jamais les dix minutes de climax orgasmique, ce qui est quand m&#234;me l'effet recherch&#233;. A partir de quand on peut dire que l'injection n'a servi &#224; rien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, moi je fais le service, le placement, le contr&#244;le et l'avertissement dans ce bistrot, o&#249; je pr&#233;pare aussi les caf&#233;s et les encaissements, donc je saurais pas vous dire, mais je crois que pour les personnes trans c'est plus complexe le temps que le produit s'adapte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, d'accord. Bien s&#251;r c'&#233;tait pr&#233;vu qu'il demande lui-m&#234;me, mais vous &#234;tes aussi un bon conseiller en mati&#232;re de plaisir parce que vous avez &#233;t&#233; oblig&#233; de vous former &#224; force de contr&#244;ler les gens et le temps sexuel qu'ils s'accordent quotidiennement pour pouvoir les assoir au caf&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est vrai, d'ailleurs j'ai vachement plus d'exp&#233;rience maintenant que je re&#231;ois sur mon smartphone tous les enregistrements des orgasmes des clientes et clients, m&#234;me s'ils sont crypt&#233;s on reconna&#238;t plusieurs tendances et plusieurs intensit&#233;s, ce qui fait que je sais mieux en faire moi aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
6.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait j'ai pas vraiment besoin de mettre ma main &#224; l'int&#233;rieur, je peux juste mettre ma langue dans une bouche et c'est une zone suffisamment accessible pour me permettre de racler les mol&#233;cules vivantes qui se trouvent juste &#224; la limite du palais mou et des amygdales, parce que c'est l&#224; o&#249; elles sont le plus vari&#233;es et riches, en vitamine D notamment. Donc j'ai envie de dire que pour baiser utile, ce type de p&#233;n&#233;tration s'est av&#233;r&#233;e beaucoup plus efficace et en plus il y a plus d'&#233;quit&#233; parce qu'on a tous une bouche, les amygdales c'est pas s&#251;r mais la bouche, il y a quand m&#234;me peu de chance qu'elle soit compos&#233;e diff&#233;remment d'une personne &#224; l'autre. Parfois il y a des petites bouches donc si je m'aventure jusqu'au larynx je peux avoir l'impression d'&#234;tre un peu intrusive, mais si la personne a envie de vomir d'un coup, je le comprends tout de suite et je change de strat&#233;gie, je peux lui faire des gratouilles au palais avec le bout de ma langue pour la r&#233;conforter par exemple. Il faut savoir que ce type de transaction humaine (il n'est pas v&#233;rifi&#233; que les m&#234;mes effets soient produits par des &#233;changes salivaires entre humains et animaux) g&#233;n&#232;re une forte expansion puissante de nos d&#233;fenses immunitaires qui pourra ensuite coder sans difficult&#233; tous les &#233;l&#233;ments et &#234;tres qu'il rencontrera, afin de l'aider dans son syst&#232;me de protection. Ce qu'on ne m'avait pas dit tout de suite, et que malheureusement j'ai d&#233;couvert en pratiquant, c'est qu'il y a des effets secondaires &#224; ce type d'exploration, qui peuvent &#234;tre g&#234;nants ou ind&#233;sirables selon votre rythme de vie et vos ambitions, c'est que &#231;a cr&#233;e assez automatiquement une accoutumance, pour pas dire une addiction, alors avec ce besoin exponentiel de baiser, je passe de plus en plus longtemps et aussi de plus en plus de temps &#224; faire &#231;a ou &#224; penser &#224; &#231;a ou &#224; planifier &#231;a ou &#224; enclencher un processus d'&#233;change de consentement mutuel &#224; vis&#233;e sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, je me suis retrouv&#233;e avec un bracelet &#233;lectronique, mais on ne m'avait pas pr&#233;venue alors c'&#233;tait trop tard, j'avais tellement r&#234;v&#233; ce monde que ma col&#232;re n'&#233;tait plus suffisante pour faire marche arri&#232;re. Il me fallait faire des projets au jour le jour mais quand m&#234;me avec une forte comp&#233;tence en calcul mental et essences florales pour m&#233;langer les salives des gens et des choses que je voulais embrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression de faire les bons m&#233;langes, les bons timings, est-ce que je me sens assez bien pour mettre l'Artemisia avec la lavande ou je devrais plut&#244;t me contenter de l'essence de bananier. Est-ce que 87 dans 32m2 &#231;a fait une quantit&#233; suffisante de salive disponible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je prends le train r&#233;gional, c'est plus &#233;cologique qu'un transport personnel - j'entends voiture personnelle ou chauffeur - et au niveau de l'&#233;cologie de l'esprit aussi c'est plus sain parce qu'on est plusieurs dedans. &#199;a permet de nous f&#233;d&#233;rer ensemble pendant un certain temps, parce que parfois j'ai besoin de r&#233;aliser que les gens sont r&#233;els, qu'ils existent vraiment, et d'&#234;tre avec eux dans un train par exemple, c'est un bon moyen de les regarder vivre et de me rendre compte qu'on partage une r&#233;alit&#233; en commun, m&#234;me si on n'a pas une validation vraiment scientifique de cette impression, on peut au moins avoir un sentiment de partager quelque chose. M&#234;me si le doute persiste au sein de ce sentiment rassurant. Du coup je pr&#233;f&#232;re accorder le plus de temps possible &#224; mon trajet, pour pouvoir laisser cette sensation m'habiter et esp&#233;rer gagner de plus en plus de confiance en l'existence d'une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. Apr&#232;s, j'avoue que je prends aussi le train r&#233;gional parce que, pour entrer dans le train, il y a un agent de s&#233;curit&#233; qui doit v&#233;rifier le billet et effectuer des contr&#244;les suppl&#233;mentaires au niveau du tronc, en mettant sa main sous nos fesses, mais vraiment entre nos jambes en fait, et de cette fa&#231;on, il peut relever un peu deux doigts et bouger sa paume de gauche &#224; droit assez rapidement pour palper au niveau de l'anus et aussi devant. Et &#231;a, vraiment, je trouve important pour la sant&#233; publique parce que si tout va bien &#224; ce niveau-l&#224; c'est qu'on passera un bon moment dans le train en compagnie des autres voyageurs, qui ne se regardent pas les uns les autres parce que c'est assez intrusif de prendre en consid&#233;ration un voyageur pendant son voyage, mais au moins on sait qu'ils vont bien et c'est l'essentiel. &#199;a nous remplit le c&#339;ur de joie de pouvoir &#234;tre en pleine sant&#233;. Parce que dans le train rapide, les contr&#244;les s'effectuent un peu diff&#233;remment, apr&#232;s chacun choisi ses pr&#233;f&#233;rences, et selon ses besoins, parce que quand m&#234;me notre corps nous appartient. Du coup, si vous pr&#233;f&#233;rez que l'agent mette sa main par l'avant, il vaut mieux prendre les TGV, Lyria, Ouigo, et tout &#231;a, c'est une autre technique qui permet de d&#233;tecter des anomalies l&#233;g&#232;rement diff&#233;rentes mais tout de m&#234;me, parce qu'en le faisant comme &#231;a, parfois il y a quatre doigts d'un coup qui entrent dans le vagin s'il est un peu press&#233; et s'il se trouve que c'&#233;tait glissant pour une raison quelconque, &#231;a peu &#234;tre un peu d&#233;sagr&#233;able sur le moment. Mais apr&#232;s &#231;a d&#233;pend surtout d'&#224; quel endroit on a le plus besoin d'&#234;tre pris en charge. Parce que si c'est pour ne passer qu'une heure trente &#224; faire le trajet, autant que &#231;a nous serve vraiment &#224; quelque chose d'&#234;tre contr&#244;l&#233; par devant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'ai un peu du mal avec les rapports hi&#233;rarchiques dans le sexe parce que il y a en a d&#233;j&#224; partout, alors je ne me sens pas vraiment bien int&#233;gr&#233;e parce que pour avoir l'allocation du &lt;i&gt;droit &#224; la vie pour tous&lt;/i&gt; il faut justifier de participations r&#233;guli&#232;res &#224; des pratiques BDSM, et bon, &#224; la limite &#231;a ne me d&#233;range pas de jouer encore &#224; subir des trucs pour le sexe mais au moins alors je demande &#224; avoir les yeux band&#233;s, et parfois on me bande aussi la bouche pour que je ne pose pas des questions quand je n'ai pas compris ce qu'on me demande de faire, parce que oui, dans mes pr&#233;f&#233;rences sur ma carte vitale de s&#233;curit&#233; on a pu cocher nos pr&#233;f&#233;rences, et j'ai dit que j'aimerais mieux qu'on me challenge pour faire des actions les yeux band&#233;s plut&#244;t que de juste me soumettre, alors ils ont accept&#233;s parce que le but de l'espace sexuel c'est quand m&#234;me que &#231;a nous fasse plaisir, donc la condition c'est qu'ils trouveraient quelqu'un qui prenne du plaisir &#224; me donner des ordres, enfin des actions &#224; faire les yeux band&#233;s, c'est comme &#231;a que je me suis retrouv&#233;e au bord d'un ravin sans le savoir la derni&#232;re fois et il m'a demand&#233; d'avancer comme si j'&#233;tais au feu vert dans la rue des Archives, une travers&#233;e tout &#224; fait inoffensive, un feu o&#249; on peut passer d'un pas tranquille et d&#233;cid&#233; m&#234;me quand il est rouge, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Giuseppina Comito&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;dit photo : Patrick Weld&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bordel ! - par Alain Burosse</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Alain Burosse</dc:subject>
		<dc:subject>Groupe de Lib&#233;ration Homosexuelle (GLH)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cit de la lutte homosexuelle des ann&#233;es 70 au travers des souvenirs d'Alain Burosse.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recit-+" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Alain-Burosse-+" rel="tag"&gt;Alain Burosse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Groupe-de-Liberation-Homosexuelle-GLH-+" rel="tag"&gt;Groupe de Lib&#233;ration Homosexuelle (GLH)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/77_-_copie.jpg?1731403037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir vu passer sur les r&#233;seaux sociaux une image d'un tract dactylographi&#233; intitul&#233; &#171; Manifeste du groupe de lib&#233;ration homosexuelle tendance politique et quotidien &#187; post&#233; par Alain Burosse, nous avons souhait&#233; le contacter pour mettre en contexte, en souvenirs, ce document qui permet de situer l'esprit politique qui r&#233;gnait alors autour de la question homosexuelle. La seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70 pourtant riche politiquement, nous est trop peu connue. Nous pouvons tout de m&#234;me nous en faire une certaine id&#233;e gr&#226;ce au travail de Mathias Qu&#233;r&#233; : &lt;i&gt;Qui s&#232;me le vent r&#233;colte la tapette, une histoire des groupes de lib&#233;ration homosexuels en France de 1974 &#224; 1979&lt;/i&gt; aux &#233;ditions tahin party. Alain Burosse revient sur son parcours d'activiste homosexuel et sur les moments marquant de sa participation au GLH. Nous le remercions chaleureusement de partager son t&#233;moignage, son joyeux bordel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Finalement, apr&#232;s avoir bien fouill&#233; mon capharna&#252;m, je n'ai conserv&#233; que bien peu de documents originaux de ma glorieuse d&#233;cennie des 70's. Un comble, car je baignais alors en plein dans les archives, avec mes &#233;tudes d' arch&#233;ologie puis la magn&#233;toth&#232;que d' Europe1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Un num&#233;ro de &lt;i&gt;Tout&lt;/i&gt; &#171; Ce que nous voulons : Tout ! &#187; , du &lt;i&gt;Torchon br&#251;le&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Fl&#233;au Social&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Deux num&#233;ros de l' &lt;i&gt;Antinorm&lt;/i&gt; &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, caressez-vous &#187; dans lequel j'&#233;crivais et dessinais sous le pseudo de M&#232;re Guez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Le num&#233;ro 0 de &lt;i&gt;Gai Pied&lt;/i&gt;, d&#233;but 79 : la couverture est une version follasse de la Marseillaise de Rude, le mec en cagoule et chaussettes blanches c' est moi. La photo a &#233;t&#233; faite une nuit au repaire de l' &lt;i&gt;Elephant Rose&lt;/i&gt;, le caf&#233; underground de l' Olympic-Entrep&#244;t, o&#249; nous nous retrouvions souvent (et o&#249; eut lieu la premi&#232;re programmation de films homosexuels en Avril 77).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L450xH700/gay_pied_no0_-_copie-59437.jpg?1765891476' width='450' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Gai pied n&#176;8 1979
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Le mythique catalogue du &lt;i&gt;festival de La Pagode&lt;/i&gt;, organis&#233; par le GLH et Lionel Soukaz .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Et enfin ce tract du GLH-Politique et Quotidien. J' avais 25 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je replonge dans mes carnets intimes 74-78, mais j'y &#233;voque plus souvent mes amants (oh la la combien j'en ai oubli&#233;) que ma vie militante (du genre : &#171; 26 F&#233;vrier, AG PQ, d&#233;bat sur la participation &#224; la journ&#233;e du 8 Mars &#187;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors pour confronter des souvenirs flous, je branche ma copine des 400 coups, Maxime Journiac, avec qui j'allais vendre l' Antinorm rue de la Huchette entre deux cours d'&#233;gyptologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Maxime, Fred &#171; Shalimar &#187; et G&#233;rard (la Folle Masculine, 2m, &#171; moumoute orange et moustache verte &#187; : impossible de passer inaper&#231;us), nous avions form&#233;, pendant la longue d&#233;liquescence du FHAR, un groupe, une petite troupe la la la, une bande de quatre sans nom d&#233;fini. On se retrouvait toutes au &lt;i&gt;bar des Artistes&lt;/i&gt;, rue Dauphine. De l&#224;, nous partions en goguette, parfois avec des robes achet&#233;es aux Puces et on prenait le m&#233;tro en criant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; BORDEL ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordel, comme &#233;tait le FHAR, grand et magnifique bordel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre mod&#232;le c' &#233;tait bien s&#251;r les Gazolines qui nous avaient tant inspir&#233;, galvanis&#233;, fascin&#233;, terroris&#233;, dans l&#180;amphi des Beaux-Arts rue Bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec cette bande qu'on avait jet&#233;, un soir d'&#233;t&#233;, une grande poubelle sur Jean Poiret, qui d&#238;nait en terrasse d'un restaurant chic en bord de Seine et qui triomphait dans &lt;i&gt;la Cage aux Folles&lt;/i&gt;, que nous n'avions &#233;videmment pas vu mais que nous d&#233;testions f&#233;rocement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Briser cette cage dans laquelle les h&#233;t&#233;roflics phallocrates nous enfermaient depuis si longtemps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous avons hurl&#233;, plus fort que jamais : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; BORDEL ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de d&#233;taler sous les insultes de Poiret (La M&#232;re Guez en a fait un mauvais po&#232;me-recette dans l' &lt;i&gt;Antinorm&lt;/i&gt;, et Anna Morphose r&#233;alisa plus tard une petite vid&#233;o, &#171; Poubell's girls &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papoter, ricaner, disserter sur les parfums, faire une permanente (&#231;a c'est moi) et provoquer... &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait jouissif ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il fallait bien aussi parall&#232;lement se structurer, se dimensionner politiquement, pour mieux continuer le combat contre l'amendement Mirguet, le maire de Tours, la r&#233;pression polici&#232;re et psychiatrique, bref tout le patriarcat r&#233;actionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
CCC : Cellule Commission Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les comit&#233;s &lt;i&gt;Sexpol&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;s autour de l' &lt;i&gt;Antinorm&lt;/i&gt;, s' agglom&#233;rait chez les uns ou les autres une faune bigarr&#233;e de trotskards, de mao-spontex et d' anars, d'invertis sans parti, d' intellos autoproclam&#233;s (mais pas l'&#233;lite vincennoise), de transfuges d'Arcadie (hou les vilaines planqu&#233;es homophiles), de Gouines Rouges tr&#232;s d&#233;cid&#233;es &#224; exister face aux m&#226;les dominants, de v&#233;t&#233;rans tels Daniel Guerin (respect !) et Francoise d' Eaubonne (respect !) dont nous buvions les paroles. On balbutiait &#224; d&#233;couvrir notre identit&#233; et notre communaut&#233; en discutant sans fin de Wilhelm Reich, du &lt;i&gt;Gay Liberation Front&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis, de l'appr&#233;ciation ou de la d&#233;testation du &#8220;Comme ils disent&#8221; d'Aznavour, de la relation tordue entre politique et sexualit&#233;, de la mixit&#233; et de la lutte commune avec le MLF... &lt;br class='autobr' /&gt;
Et aussi de la p&#233;dophilie, de la pornographie, des rapports de d&#233;sirs avec les arabes ou les berb&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ensemble nous &#233;tions d' accord sur un point : contribuer &#224; l'inexorable et imminente destruction de l'ordre moral bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on se retrouvait toutes et tous aux manifs du 1er Mai : pas facile de trouver sa place entre une Lutte Ouvri&#232;re quasi-militaris&#233;e et hypercoinc&#233;e du cul, et le service d' ordre aussi viril qu' hostile de la CGT qui nous jugeait malades ou pervers. Le mythe post-soixante-huitard de l' alliance anticapitaliste avec la classe ouvri&#232;re commen&#231;a &#224; s'&#233;corner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; NOUS SOMMES UN FL&#201;AU SOCIAL ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, &#224; quelques dizaines, nous suivions les Gazolines qui faisaient virevolter leurs boas et soulevaient leurs jupes en scandant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; TIENS MARCHAIS, VOILA DU MUGUET &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 35 CENTIM&#200;TRES, ON PREND RIEN EN DESSOUS ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; TAXI COCKTAIL INTERVIEW Y EN A MARRE ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#226;mes chagrines ou effarouch&#233;es s' offusquaient de ces d&#233;bordements scandaleux qui d&#233;cr&#233;dibilisaient notre cause ha ha. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et on chantait &#224; tue-t&#234;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C est l' orgaaaaasme final /&lt;br class='autobr' /&gt;
Couchons-nous et demain / &lt;br class='autobr' /&gt;
Les gouines les p&#233;daaaaales/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Seront le genre humain &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BORDEL ! R&#201;VOLUTION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin du FHAR - r&#233;duit &#224; une backroom- et de l' &lt;i&gt;Antinorm&lt;/i&gt;, rong&#233; &#224; son tour par les &#233;gos et les dissensions gauchistes, naquit dans la foul&#233;e &#224; Paris le Groupe de Lib&#233;ration Homosexuel, associant int&#233;grationnistes et d&#233;sint&#233;grationnistes, libertaires, r&#233;formistes et radicaux. Ce collectif homoclite ne tarda pas &#224; &#233;clater en trois tendances qui d&#233;montraient d&#233;j&#224; la diversit&#233; du mouvement : le &lt;i&gt;GLH-14 D&#233;cembre&lt;/i&gt; (jour de la scission, 1975), le &lt;i&gt;GLH-Groupe de base&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;GLH-Politique et Quotidien&lt;/i&gt; qui privil&#233;giait le combat politique et perdura plus longtemps que les deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque groupe avait plus ou moins son leader : un mec. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;unions se tenaient &#224; la fac de Jussieu. Tour 41, me pr&#233;cise le carnet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maxime est all&#233; d&#233;but 1976 d&#233;poser les statuts du GLH-PQ &#224; la pr&#233;fecture et il en fut la premi&#232;re pr&#233;sidente, flanqu&#233;e de Kevin Kratz la secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale et de Fran&#231;ois Graille la tr&#233;sori&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle bande des Quatre (en ironique soutien &#224; la veuve Mao, Jian Qing) voit alors le jour avec Frank Arnal, Audrey Coz, Pablo Rouy (l&#233;gendaire Pablote) et Maxime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maxime : &#171; Les nouveaux penseurs politiques ( Jean le Bitoux, etc.) &#233;laboraient dans une ambiance studieuse, boulevard Voltaire, le programme et les actions du groupe et nous, on tournait tout en d&#233;rision. Dans ce grand appartement, il y avait une ron&#233;o. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tract !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/tract_glh_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/tract_glh_-_copie.jpg?1731403034' width='500' height='684' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_676 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/tract_glh_2_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/tract_glh_2_-_copie.jpg?1731403034' width='500' height='734' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Je ne sais plus o&#249; j'ai distribu&#233; ce tract.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la fac de Censier ou de Jussieu ? Au quartier latin ? Peut &#234;tre rue Sainte-Anne que nous avions bloqu&#233;e un soir pour protester contre la premi&#232;re concentration gay commerciale, celle du &lt;i&gt;Sept&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Colony&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Bronx&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES P&#201;D&#201;S DANS LA RUE, PAS DANS LES GHETTOS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois maintenant les visages de mes deux grands amours de cette d&#233;cennie, RIP Mark et Philippe et outre ceux d&#233;j&#224; cit&#233;s, ceux des trois Alain ( Fleig, Huet, Prique), de Guy Maes, d' Anne-Marie et Marie-Jo, du tr&#232;s beau et charismatique Guy, de Maud et Marl&#232;ne, de G&#233;rard Vappereau, de Sister Tui, de Pierre Hahn, de &#171; Jeanne d' Arc &#187; , du couple Jacquemard-Senecal, d' Herv&#233; d&#233;j&#224; photographe, de Jean-Louis la shit&#233;e, de Jo&#235;l, du petit Claude mon p&#226;tissier pr&#233;f&#233;r&#233;, de Mathias que j' avais d&#233;tourn&#233; de la LCR, de Raymond, de Fran&#231;ois, de Jean-Mimi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la vie en communaut&#233;, les squats du 14eme, les drogues et les dragues, la plong&#233;e dans la musique, les voyages lointains sans le sou, les aventures et les exp&#233;riences sexuelles multiples, le boulot &#224; la magn&#233;toth&#232;que... J'allais moins &#224; Jussieu, mais mon carnet me rappelle deux dates :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 25 Juin 77, contre l'oppression et la r&#233;pression, la premi&#232;re marche homosexuelle autonome (mais pas encore Gay Pride) organis&#233;e par le GLH avec le MLF, en r&#233;action &#224; la croisade de l'abomination Anita Bryant : &#171; Tuer un homosexuel pour l'amour du Christ &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre premi&#232;re manif &#224; nous ! Des p&#233;d&#233;s et des lesbiennes libres !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah, la t&#234;te ahurie des passants devant ce spectacle in&#233;dit, joyeux, vocif&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ANITA C'EST PAS BRILLANT &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LES P&#201;D&#201;S DANS LA RUE, PAS SUR LES TROTTOIRS ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/manif_77_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/manif_77_-_copie.jpg?1731403026' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et le 20 Novembre 77, ma derni&#232;re violence militante (ou activiste, comme pr&#233;f&#232;re dire H&#233;l&#232;ne Hazera) : nous sommes en AG &#224; Jussieu et des copines nous indiquent que les serveurs du &lt;i&gt;caf&#233; Apollinaire&lt;/i&gt;, boulevard Saint Germain, tenaient des propos homophobes &#224; leur &#233;gard. Vengeance ! Nous partons en petits groupes nous installer aux tables du caf&#233; et d'un coup les consommateurs se m&#233;tamorphosent en folles hyst&#233;riques et renversent les tables en hurlant (on aimait beaucoup hurler &#224; l'&#233;poque) et d' un coup de pied je p&#232;te la vitre de la devanture qui s'effondre devant moi. Poursuivi longtemps sur le boulevard par un serveur, je n ai jamais couru aussi vite de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BORDEL !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Activisme transmasculin et avortement</title>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Blas Radi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Blas Radi est professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires (UBA), doctorant rattach&#233; au CONICET (CNRS argentin), et activiste. Il est coordinateur de la C&#225;tedra Libre de Estudios Trans*, projet de trans studies &#224; l'int&#233;rieur de l'UFR de Philosophie et Lettres. Blas Radi est aussi un des impulseurs du respect de l'identit&#233; de genre dans le domaine universitaire, puis il fera parti du Front National pour la Loi de l'Identit&#233; de Genre de 2012 en Argentine. Il a &#233;galement contribu&#233; &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Argentine-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Blas-Radi-+" rel="tag"&gt;Blas Radi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/blasradi2.jpg?1731403054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blas Radi est professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires (UBA), doctorant rattach&#233; au CONICET (CNRS argentin), et activiste. Il est coordinateur de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&#225;tedra Libre de Estudios Trans*&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#225;tedra Libre de Estudios Trans*&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;projet de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;trans studies &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; l'int&#233;rieur de l'UFR de Philosophie et Lettres. Blas Radi est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aussi &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un des impulseurs du respect de l'identit&#233; de genre dans le domaine universitaire, puis il fera parti du Front National pour la Loi de l'Identit&#233; de Genre de 2012 en Argentine. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l a &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;galement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;contribu&#233; &#224; la traduction et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la r&#233;daction de guides d'accompagnement &#224; l'avortement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pour&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les personnes transmasculines.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MANUAL DE SERVICIOS DE ABORTO TRANS-INCLUSIVOS : pol&#237;ticas y pr&#225;cticas &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cet article, publi&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;dans la&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Revista Citrica &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en d&#233;cembre 2020&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article en castillan, Revista Citrica, 28 d&#233;cembre 2020&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, Blas Radi &#233;voque l'absence d'hommes trans dans le d&#233;bat sur l'IVG en Argentine et il se souvient des apports historiques de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'activisme transmasculin, &#233;talant ainsi sa r&#233;flexion sur la temporalit&#233; de nos luttes, les oublis et les silences, ou, de ce qu'il va appeler dans d'autres travaux, des &#171; m&#233;canismes d'absences &#187;. M&#234;me si ancr&#233; dans le contexte argentin, aujourd'hui, ce texte conserve toute sa pertinence dans d'autres contextes, tels que la d&#233;p&#233;nalisation de l'IVG en Colombie, ou le rallongement du d&#233;lai l&#233;gal pour avorter en France&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avortement : le d&#233;lai l&#233;gal passe de 12 &#224; 14 semaines en France&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;. Depuis &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous souhaiterions r&#233;fl&#233;chir sur l'effacement de&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; personnes transmasculines, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sur &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ses diff&#233;rentes formes, ainsi qu'aux cons&#233;quences mat&#233;rielles (voire m&#234;me n&#233;cropolitiques) de ces absences.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res semaines j'ai &#233;t&#233; invit&#233; &#224; r&#233;pondre plusieurs fois &#224; la m&#234;me question concernant le projet de loi de d&#233;p&#233;nalisation de l'IVG en Argentine : &lt;i&gt;Que pensez-vous de l'inclusion historique de l'expression &lt;/i&gt;&#171; cuerpos gestantes &#187; (&lt;i&gt; &#171; corporalit&#233;s ayant capacit&#233; de gestation &#187;) dans le projet de loi ? &#187; &lt;/i&gt;Je trouve qu'il y a tellement de probl&#232;mes dans cette question, que la plupart des fois j'ai fait le choix de ne pas y r&#233;pondre. Or, cela m'a fait r&#233;fl&#233;chir sur les suppositions et les attentes de celleux qui insistent l&#224;-dessus. Aux vues de nos &#233;changes, on dirait que le rajout de cette expression serait une concession spontan&#233;e du f&#233;minisme des foulards verts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N de la T (avec l'aide de l'auteur) : R&#233;f&#233;rence au mouvement social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, par cons&#233;quent, ce qui est attendu de nous devrait &#234;tre une &lt;i&gt;manifestation publique de gratitude.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai discut&#233; avec des amis qui ont re&#231;u la m&#234;me invitation de fa&#231;on insistante : &#171; &lt;strong&gt;Pourquoi s'attendent-elles &#224; ce que nous disions merci &#224; des personnes qui pendant des ann&#233;es ont entrav&#233; (et continuent &#224; entraver !) notre participation dans la cr&#233;ation de politiques de sant&#233; reproductive, ont finalement adopt&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es ressources que nous-m&#234;mes avons mis en circulation ?&lt;/strong&gt; &#187; - me disait Tom M&#225;scolo, il y a quelques jours. Et elles s'attendent &#233;galement &#224; ce que nous pr&#233;tendions que par 'participation', nous entendions '&lt;i&gt;inclusion terminologique&lt;/i&gt;'. Mais prenons un peu de recul, l'aspect historique de cette inclusion &#171; historique &#187; m'intrigue &lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uelle est cette histoire que devrions-nous &#234;tre en train de c&#233;l&#233;brer ?&lt;/strong&gt; Celle (de la construction) de notre propre insignifiance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est &#224; la fois une succession d'&#233;v&#232;nements pass&#233;s et le r&#233;cit que nous construisons &#224; leur sujet. Dans cette trame, nous participons en tant qu'agents historiques et en tant que narrateurices. Autrement dit, nous intervenons &#224; la fois dans le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements et dans la construction des r&#233;cits. &lt;strong&gt;Il serait tr&#232;s na&#239;f pr&#233;tendre qu'un point de vue neutre et objectif sur &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ce d&#233;roulement&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; existerait. &lt;/strong&gt;Cependant, cela veut dire aucunement que toute narration du pass&#233; est &#171; valide &#187; ou que tous les points de vue sont vrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, souvent les communaut&#233;s sont suspicieuses des r&#233;cits, des sources, et des archives sur lequel cette Histoire (avec une grande H) s'appuie. Elles sont aussi suspicieuses des cl&#233;s d'interpr&#233;tation. C'est pourquoi, comme dit le romancier ha&#239;tien Lyonel Trouillot (op.cit.) &#171; Parfois les indiens morts reviennent sur Terre et hantent les historiens &#187;. De toute fa&#231;on, l'historiographie professionnelle n'a pas le monopole de la construction des sens du pass&#233;, et les disputes ne sont uniquement des bras de fer entre activistes. De plus, lorsque ce qui est en jeu est le pass&#233; r&#233;cent, les acteurs sociaux n'avons pas besoin de sortir des tombeaux pour se faire justice eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour les mouvements sociaux, il est tr&#232;s important de s'investir dans la production &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d'une&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; m&#233;moire collective.&lt;/strong&gt; Dans la n&#233;gociation du souvenir et de l'oubli des identit&#233;s sont produites, des ordres sociaux sont l&#233;gitim&#233;s, des jugements moraux sont port&#233;s, et les bases pour l'action pr&#233;sente et future s'habilitent. C'est pourquoi l'attention port&#233;e au pass&#233;, loin d'&#234;tre une perte de temps, est un pari pour l'expansion de ce que nous pouvons faire aujourd'hui et ce que nous y pourrons demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'activisme transmasculin en Argentine est tr&#232;s &#233;loquent l&#224;-dessus. En tant que groupe politique, il est d&#233;fini fr&#233;quemment en termes n&#233;gatifs, souvent &#224; partir de comparaisons implicites : &lt;strong&gt;On est moins nombreux, on manque d'organisation, on est moins visibles, on n'a pas d'urgence&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;La &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nouveaut&#233; perp&#233;tuelle &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fait partie de la m&#234;me logique : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n n'a pas de pass&#233;&lt;/strong&gt;. Ceci n'est pas banale. La reconnaissance&lt;strong&gt; r&#233;p&#233;t&#233;e de chaque &#171; premier homme trans &#187; en tant que &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;premier&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;suppose une condition de constante &#233;mergence. Ceci veut dire un renoncement &#224; l'inscription dans une trajectoire commune et la puissance momentan&#233;e que cela peut donner (il y n'a eu personne avant). &lt;strong&gt;La succession des &#171; premiers hommes trans &#187; est un pr&#233;sent constant, et cela convient tr&#232;s bien aux relations de domination.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les initiatives qui se d&#233;roulent sous la forme du jeu de soci&#233;t&#233; &#171; &lt;strong&gt;Speed Jungle&lt;/strong&gt; &#187; naissent souvent d'une opportunit&#233; : c'est souvent la seule chose qui est permise. De plus, pour ses &#233;ph&#233;m&#232;res personnages cela peut &#234;tre tr&#232;s profitable &#224; &#233;chelle individuelle et &#224; court terme. &lt;strong&gt;Or, dans les processus &#224; moyen et long terme, et &#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;chelle collective, le prix &#224; payer revient tr&#232;s cher. Le d&#233;bat public sur la sant&#233; et les droits reproductifs en est un bon exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins une d&#233;cennie, les groupes des foulards verts ont d&#233;ploy&#233; des strat&#233;gies diverses afin d'emp&#234;cher la participation d'activistes et d'organisations transmasculines &#224; la mise en &#339;uvre et au suivi des initiatives l&#233;gislatives et des politiques publiques en mati&#232;re de sant&#233; et les droits reproductifs. Certaines strat&#233;gies ont consist&#233; &#224; bloquer cette participation. D'autres visaient &#224; faire en sorte qu'elle ne soit pas efficace, par exemple, en &#233;tablissant des crit&#232;res de s&#233;lection m&#233;diatique d'activistes d&#233;butants, ou en limitant leurs interventions uniquement aux &#233;nonc&#233;s constatifs des caract&#233;ristiques physiques (avoir un ut&#233;rus fonctionnel, donc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, &lt;strong&gt;on promeut des figures qui&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; visent &#224; consolider leur &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;&#233;minence&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; dans la sph&#232;re publique &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avec&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la rh&#233;torique du &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;je l'ai vu avant !&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;,&lt;/strong&gt; c'est-&#224;-dire : aux d&#233;pens de l'histoire de l'activisme transmasculin sur ce sujet, dont ses apports sont soit omis, soit attribu&#233;s au f&#233;minisme (comme le disait Dante Neptuno il y a quelques jours &#171; l'inclusion des personnes trans assign&#233;es femme &#224; la naissance est due &#224; tout sauf aux personnes trans assign&#233;es femme &#224; la naissance &#187;). Dans le deuxi&#232;me cas, on ne d&#233;passe jamais le constat &#171; nous avons la capacit&#233; de gestation &#187;. Tout fonctionne selon &lt;strong&gt;la logique de la nouveaut&#233;&lt;/strong&gt;, qui sort de temps en temps le m&#234;me message avec de soi-disantes &#233;nergies renouvel&#233;es, ancrant la dispute dans le terrain de l'existence de l'ici et maintenant et dans la n&#233;cessit&#233; de projets futurs. &lt;strong&gt;Son ex&#233;cution enterre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la trajectoire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; du mouvement dans les fosses communes du pass&#233;.&lt;/strong&gt; Et, avec lui, l'expertise, la maturit&#233;, les d&#233;bats, les plans d'action, et la plateforme collective depuis laquelle on pourrait contester bien plus que l'inclusion symbolique. Il ne reste rien de tout cela dans le registre collectif. Ou, plut&#244;t, sur cela il ne reste que le silence. Un silence actif qui profite de l'impact strat&#233;gique de la &lt;strong&gt;nouveaut&#233; perp&#233;tuelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Argentine, l'activisme trans &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en faveur des&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; droits reproductifs pr&#233;c&#232;de la Loi d'Identit&#233; de Genre d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Mai 2012 et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;durant&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; plus d'une d&#233;cennie ce combat f&#251;t men&#233; par des activistes transmasculins.&lt;/strong&gt; Les tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es de cr&#233;er des coalitions avec les initiatives pour la d&#233;p&#233;nalisation de l'IVG n'ont pas abouti en raison du cissexisme de celles-ci et de ses coordinatrices. Les femmes trans camarades de lutte ne nous ont pas accompagn&#233; non plus. Certaines s'opposaient fermement &#224; l'IVG. D'autres &#233;taient pour mais comme un sujet de sant&#233; pour les femmes (cis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur du travail politique des activistes transmasculins, et leur existence m&#234;me, est encore difficile &#224; dig&#233;rer pour beaucoup de personnes, trans y compris. Et, lorsqu'iels ne peuvent plus l'ignorer, iels mettent tous leurs efforts pour faire croire que c'est r&#233;cent, peu significatif et que, dans tous les cas, m&#233;rite une lign&#233;e qui ait &lt;i&gt;des travesties&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N de la T (avec l'aide de l'auteur) : Dans le contexte argentin, &#171; travestie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des personnes cis sur le devant de la sc&#232;ne : s'il existe aujourd'hui un noyau de revendications transmasculines en mati&#232;re de sant&#233; et de droits reproductifs, alors &lt;i&gt;ces demandes sont issues de ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; &lt;/i&gt;elles sont &lt;i&gt;conc&#233;d&#233;es&lt;/i&gt;. Et bien s&#251;r, &lt;i&gt;elles sont issues de fa&#231;on spontan&#233;e, &lt;/i&gt;parce que, s'il y a eu quelque chose avant, &#171; ce n'&#233;tait que du bruit &#187; admettent-t-iels, se justifiant et m&#233;prisant leur valeur politique. En revanche, s'il s'agit d'un mouvement significatif, digne de reconnaissance, si au lieu d'une &#171; critique &#187; f&#251;t-t-il un travail original de d&#233;fense de l'autonomie, de l'int&#233;grit&#233; corporelle et de disputes des sens normatifs concernant la reproduction, alors ce mouvement m&#233;rite d'&#234;tre attribu&#233; &#224; d'autres genTEs &#8211; faut pas d&#233;conner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blas Radi&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
28 d&#233;cembre 2020 (&lt;a href=&#034;https://www.revistacitrica.com/activismo-transmasculino-y-aborto.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article en langue originale&lt;/a&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Ricardo Robles Rodriguez&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://seube.filo.uba.ar/c&#225;tedra-libre-de-estudios-trans&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#225;tedra Libre de Estudios Trans*&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://otdchile.org/biblioteca/manual-de-servicios-de-aborto-trans-inclusivos-politicas-y-practicas-argentina-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MANUAL DE SERVICIOS DE ABORTO TRANS-INCLUSIVOS : pol&#237;ticas y pr&#225;cticas &#8211; Argentina&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revistacitrica.com/activismo-transmasculino-y-aborto.html?fbclid=IwAR1-WaaRn0K78JBBxoWj1-B-_rSStjIcA3tLk8N6oc8ewcOs5GVT_lhIJRA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Article en castillan, Revista Citrica, 28 d&#233;cembre 2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france24.com/fr/france/20220223-france-l-allongement-du-d&#233;lai-de-l-ivg-de-12-&#224;-14-semaines-adopt&#233;-par-le-parlement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avortement : le d&#233;lai l&#233;gal passe de 12 &#224; 14 semaines en France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N de la T (avec l'aide de l'auteur) : R&#233;f&#233;rence au mouvement social f&#233;ministe autour de la d&#233;p&#233;nalisation de l'IVG, fond&#233; en 2005 sous le nom de Campa&#241;a Nacional por el Derecho al Aborto Legal Seguro y Gratuito, puis massifi&#233; plus tard, entre 2018 et 2020. Il est aussi connu sous le nom de &#171; la r&#233;volution des foulards verts &#187; en raison du choix de porter des foulards de la dite couleur. Leur profil &#233;tait souvent cis, h&#233;terosexuel et blanc. D&#232;s les premiers moments, les personnes transmasculines ont essay&#233; de les rejoindre, avec beaucoup de r&#233;sistances de leur part, qui finissaient souvent en grandes embrouilles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N de la T (avec l'aide de l'auteur) : Dans le contexte argentin, &#171; travestie &#187; est un mot non-p&#233;joratif, tr&#232;s revendiqu&#233;, et, pourrait-t-on dire, parfois m&#234;me utilis&#233; en tant que synonyme de &#171; personnes transf&#233;minines &#187;, comme c'est le cas du texte ci-pr&#233;sent. Il s'agit d'une identit&#233; culturelle caract&#233;ristique des pays de l'Am&#233;rique du Sud. Les organisations &lt;i&gt;travesties &lt;/i&gt;ont beaucoup de poids politique, de visibilit&#233; et de reconnaissance en Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nos corps sont vos champs de bataille - Entretien avec Isabelle Solas</title>
		<link>https://trounoir.org/Nos-corps-sont-vos-champs-de-bataille-Entretien-avec-Isabelle-Solas</link>
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		<dc:date>2022-02-27T23:55:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Transphobie</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien &#224; propos de la sortie le 16 mars 2022 du documentaire &#034;Nos corps sont vos champs de bataille&#034;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transphobie-+" rel="tag"&gt;Transphobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transgenre-+" rel="tag"&gt;Transidentit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Argentine-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/7.nccb_-_dublin_films_-_les_alchimistes.jpg?1731403037' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Dans une Argentine schizophr&#232;ne, divis&#233;e entre un conservatisme profond et un &#233;lan f&#233;ministe in&#233;dit, le film d&#233;peint les trajets de Claudia et Violeta, dans leur cheminement politique et leur vie intime. Femmes trans se revendiquant travesties, elles se heurtent avec leurs camarades &#224; la violence patriarcale, jusque dans leur chair. Convaincues d'&#234;tre les actrices d'une r&#233;volution en cours &#224; la crois&#233;e des luttes, face &#224; la d&#233;fiance du vieux monde elles redoublent d'&#233;nergie pour inventer le pr&#233;sent, aimer et rester en vie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tourn&#233; de 2016 &#224; 2019 entre Buenos Aires et La Plata en Argentine, le film documentaire &lt;a href=&#034;https://dublinfilms.fr/portfolio/nos-corps/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nos corps sont vos champs de bataille&lt;/a&gt; s'appr&#234;te &#224; sortir officiellement le 16 mars prochain. Plusieurs dates de projection sont d'ores et d&#233;j&#224; annonc&#233;es (voir la liste en fin d'article) et pour accompagner la sortie nous vous proposons un entretien avec la r&#233;alisatrice Isabelle Solas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/qU71CceRBsc&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; On suit deux personnages, dans ton film, Claudia et Violeta. Est-ce que tu peux nous les pr&#233;senter ? Et pourquoi as-tu choisi de les suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Solas :&lt;/strong&gt; Oui. Alors, c'est Claudia V&#225;squez Haro, et Violeta Alegre, qui font toutes les deux partie du tissu d'activistes trans/travesti.e.s en Argentine &#8211; enfin, surtout sur Buenos Aires et La Plata. C'&#233;tait d&#233;j&#224; une grande d&#233;cision de me limiter &#224; cet endroit de l'Argentine, qui est, en fait, la capitale, et la province de la capitale. &#199;a reste un endroit hyper central en Argentine, o&#249; la r&#233;alit&#233;, pour cette communaut&#233;-l&#224;, n'est pas du tout la m&#234;me que dans d'autres provinces. Il fallait bien que je m'arr&#234;te &#224; un endroit. Et je les ai choisi, ces deux-l&#224;... d&#233;j&#224; parce qu'humainement, on s'est rencontr&#233;es, et qu'il s'est pass&#233; un truc assez fort. Et je trouvais &#231;a int&#233;ressant, parce qu'elles ont quasi le m&#234;me &#226;ge. Il y en a une qui est dans une posture tr&#232;s maternelle, et l'autre dans une posture tr&#232;s adolescente. Enfin, presque tout les oppose. &#199;a a dessin&#233; la structure du film : faire un double portrait. Je savais que j'allais partir dans des conceptions du militantisme tr&#232;s diff&#233;rentes. Et, &#224; mon avis, assez compl&#233;mentaires, malgr&#233; le fait qu'elles ont l'impression que c'est contradictoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc Claudia V&#225;squez, est assez kirchneriste, et tr&#232;s tr&#232;s militante. Le kirchnerisme, c'est un peu l'h&#233;ritier du p&#233;ronisme, en Argentine. Donc, une gauche r&#233;formiste, mod&#233;r&#233;e, mais qui est quand m&#234;me&#8230; C'est un dr&#244;le de truc. Nous, en Europe, on n'a pas trop ces cat&#233;gories-l&#224;... qui sont proches de Ch&#225;vez, de Castro, un peu h&#233;ritiers des mouvements des non-align&#233;s, avec toute une tradition syndicaliste / classe moyenne. Claudia est immigr&#233;e p&#233;ruvienne. Elle vient dans ce pays avec l'id&#233;e qu'elle a acquis des droits, que c'est ce pays qui l'a aid&#233;e &#224; transitionner, que l'&#233;ducation y est gratuite, contrairement au P&#233;rou d'o&#249; elle vient. Elle a un ancrage politique traditionnel, je dirais. Elle est encart&#233;e. Elle a mont&#233; une association, de son c&#244;t&#233;, pour revendiquer les droits des personnes trans. Elle n'arr&#234;te pas, entre le soutien au parti, et son association, elle est a 200 % dans l'activisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de l'autre c&#244;t&#233;, il y a Violeta, qui est argentine, et vient d'un milieu social s&#251;rement plus ais&#233; &#8211; sa m&#232;re &#233;tait m&#233;decin. Elle a grandi dans une banlieue de Buenos Aires, une banlieue tranquille, elle n'a pas &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; une violence due &#224; une pr&#233;carit&#233; &#233;conomique en tout cas. Elle est venue assez tard &#224; l'universit&#233; o&#249; elle a fait des &#233;tudes dans les secteurs du f&#233;minisme et des &#233;tudes de genre. Et, pour elle, &#234;tre dans la politique, c'est &#234;tre du c&#244;t&#233; de la philosophie, de la th&#233;orie. Elle est un peu inspir&#233;e par Foucault, Deleuze, l'id&#233;e de micropolitique, et, qu'en fait c'est en partant de soi-m&#234;me qu'on change les choses, le monde... qu'on modifie un peu les autres. Et, &#224; la diff&#233;rence de Claudia, qui lutte pour ses camarades, pour ses &lt;i&gt;cumpa&#241;eras&lt;/i&gt;, Violeta s'adresse au monde norm&#233;, en disant : peut-&#234;tre, c'est &#224; vous de bouger, parce que c'est trop violent ce que vous proposez comme soci&#233;t&#233;. Elle n'est absolument pas kirchneriste, absolument pas fi&#232;re d'&#234;tre argentine &#8211; elle n'a d'ailleurs pas beaucoup d'identit&#233; nationale, Violeta, elle est un peu loin de toutes ces questions-l&#224;. Elle est dans une remise en question totale des rapports de pouvoir et de domination, et donc, elle ne veut pas jouer le jeu des partis politiques. Et puis, au-del&#224; de &#231;a &#8211; on le voit dans le film &#8211;, elle est aussi dans une d&#233;marche vegan, elle r&#233;fl&#233;chit &#224; la question de l'amour, du couple. Elle respire la politique, mais plut&#244;t du c&#244;t&#233;, je dirais, r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#231;a : l'encart&#233;e, et la r&#233;volutionnaire. Ou l'anarchiste&#8230; je ne sais pas comment dire, mais d'ailleurs c'est un peu deux figures qu'on retrouve dans tous les mouvements sociaux. Quand il y a une lutte politique, souvent, il y a des gens qui disent : on rentre dans les arcanes du pouvoir pour le changer de l'int&#233;rieur. Et il y a ceux qui disent : on ne peut pas reprendre pour nous un fonctionnement qui est hi&#233;rarchique, et donc qui est dans la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Est-ce que tu pourrais nous dire, aussi, quel &#233;tait le climat politique, pour les personnes trans, au moment o&#249; tu as commenc&#233; le film &#8211; et s'il y a des choses qui ont &#233;volu&#233; depuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Solas :&lt;/strong&gt; Oui, &#231;a n'a pas arr&#234;t&#233; de changer, en fait. Quand j'y suis all&#233;e, au d&#233;but, &#231;a m'a donn&#233; l'impression d'un truc super puissant, et, peut-&#234;tre, plus uni que &#231;a ne l'a &#233;t&#233; par la suite. Parce qu'il y a la loi d'identit&#233; de genre qui a &#233;t&#233; vot&#233;e en 2012, o&#249; l'on peut choisir sur ses papiers comment on veut &#234;tre genr&#233;.e ; c'est une loi qui est pass&#233;e sous le mandat de Cristina Kirchner. &#199;a, c'&#233;tait hyper int&#233;ressant, un &#233;tat qui arrivait &#224; dire : il n'y a pas d'instance de contr&#244;le qui doit dire &#224; la place des citoyens comment ils consid&#232;rent leur identit&#233; de genre. Moi c'est &#231;a qui m'int&#233;ressait, c'est pour &#231;a que j'ai &#233;t&#233; en Argentine. L&#224;, il y avait un gros mouvement, assez li&#233; au f&#233;minisme, qui me semblait assez uni. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il y a eu la mort de Lohana Berkins et de Diana Sacayan la m&#234;me ann&#233;e, et c'&#233;tait quand m&#234;me deux r&#233;f&#233;rentes tr&#232;s importantes pour l'Argentine, qui avaient pos&#233; des bases sur la mani&#232;re de lutter, de se rassembler, comment &#234;tre visible dans les m&#233;dias, dans les partis &#8211; justement, Lohana Berkins &#233;tait au parti communiste. Diana Sacayan, c'est elle qui avait commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; l'id&#233;e qu'il y ait un quota d'emplois pour les personnes trans dans les services publics. Suite &#224; leur d&#233;c&#232;s &#224; toutes les deux, c'est comme si le mouvement avait un peu perdu ses leaders, et derri&#232;re &#231;a a &#233;t&#233; un peu compliqu&#233;, j'ai l'impression qu'il y a eu aussi des luttes&#8230; d'egos, pour savoir qui allait &#234;tre la r&#233;f&#233;rente, qui allait parler pour la communaut&#233;. Avec le film, ce que j'ai voulu montrer, c'est qu'il n'y a pas de communaut&#233;, il y a des tas de mouvements qui traversent ce groupe-l&#224;, d'un c&#244;t&#233;. Et de l'autre c&#244;t&#233;, elles embrassent des luttes qui sont beaucoup plus larges que la lutte pour les droits des membres de la communaut&#233;. Donc, l&#224;, &#231;a a &#233;t&#233; un peu plus compliqu&#233;, il y a eu des batailles d'egos, qui allait se pr&#233;senter, dans quel parti, qui allait &#234;tre r&#233;f&#233;rent.e, rentrer au minist&#232;re de quoi&#8230; Je pense qu'il y a aussi la question de l'avortement, qui n'&#233;tait toujours pas l&#233;gal en Argentine, qui a g&#233;n&#233;r&#233; plus de tensions autour du r&#244;le des personnes trans dans les luttes f&#233;ministes. Parce que finalement, elles avaient acquis des droits, avant le droit &#224; l'avortement, qui a beaucoup tard&#233; &#224; se mettre en place. Ce que montre le film, c'est qu'elles sont aussi au c&#339;ur des probl&#233;matiques TERF [f&#233;minisme radical excluant les personnes trans]. Avec ce qui se passe avec le f&#233;minisme aujourd'hui, bizarrement, il y a des mouvements r&#233;actionnaires, tr&#232;s essentialistes, qui reviennent sur le devant de la sc&#232;ne, ce qui fait que l'union n'est pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/4.nccb_-_c_dublin_films_-_les_alchimistes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/4.nccb_-_c_dublin_films_-_les_alchimistes.jpg?1731403002' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Justement, il y a une sc&#232;ne du film, o&#249; on voit Claudia &#224; un rassemblement f&#233;ministe, avec d'autres camarades trans. Il y a un moment conflictuel dans cette sc&#232;ne-l&#224;, parce qu'elle souhaite prendre la parole, et monter sur sc&#232;ne. Est-ce que tu peux d&#233;crire cet &#233;v&#232;nement, dans le film ? Le conflit, les raisons du conflit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Solas :&lt;/strong&gt; Cet &#233;v&#232;nement-l&#224;, il s'appelle les Rencontres des Femmes [&lt;i&gt;Encuentro de Mujeres&lt;/i&gt;]. Enfin, &#231;a s'appelait les Rencontres des Femmes ; l&#224;, c'&#233;tait la 34e, que j'ai film&#233;. C'est un rendez-vous national. Il y a m&#234;me des mouvements f&#233;ministes d'autres pays qui viennent. Ils prennent, en fait, une ville : c'&#233;tait &#224; La Plata, cette ann&#233;e-l&#224;. Tout le monde se retrouve dans une des villes d'Argentine, et il y a des ateliers, des rencontres, des manifestations, des communiqu&#233;s, dans la presse&#8230; C'est un moment de r&#233;flexion, pour le f&#233;minisme argentin. Il se trouve que Lohana Berkins, qui &#233;tait une des pionni&#232;res, justement, de la lutte trans dans les ann&#233;es 90, a commenc&#233; &#224; int&#233;grer ces r&#233;seaux-l&#224;, et &#231;a a &#233;t&#233; tr&#232;s compliqu&#233;. Au d&#233;but, il y avait beaucoup de femmes qui refusaient la pr&#233;sence des femmes trans dans les A.G., dans les r&#233;unions, etc. L&#224;, ce que j'ai film&#233;, c'&#233;tait la 34e (ou la 35e, je ne sais plus exactement), qui se passait &#224; La Plata, donc dans la ville de Claudia, et l'enjeu c'&#233;tait, pour elle, de faire changer le nom des rencontres, pour que &#231;a devienne les Rencontres des femmes, mais aussi des trans, des travesti.e.s, des non-binaires, des lesbiennes, des bisexuel.le.s&#8230; pour qu'il n'y ait plus l'ombre d'un doute sur le fait qu'elles soient l&#233;gitimes dans ces milieux-l&#224;. Et donc, malgr&#233; le fait qu'il y ait eu pas mal de n&#233;gociations en amont, que Claudia &#233;tait quand m&#234;me int&#233;gr&#233;e &#224; toute l'organisation de cette manifestation, finalement elle a &#233;t&#233; un peu &#233;vinc&#233;e. On lui avait promis qu'elle pourrait prendre la parole, &#224; la fin de ces rencontres &#8211; c'est &#231;a, cette sc&#232;ne. &#199;a a &#233;t&#233; une sorte de manigance, un peu politicienne. C'est-&#224;-dire que le service d'ordre des rencontres des femmes, qui doit venir de plusieurs partis politiques &#8211; en tout cas, c'est les videurs, quoi &#8211;, elles avaient pas envie qu'on change le nom de ces rencontres, et qu'on affirme que la pr&#233;sence de toutes ces identit&#233;s, plus dissidentes, apparaissent dans le titre du truc. C'est &#231;a qui se passe : on lui refuse quelque chose qui avait &#233;t&#233; n&#233;goci&#233; au d&#233;part, on essaie de la forcer &#224; se taire. Et donc ce qu'elle fait, c'est qu'elle passe par-dessus la barri&#232;re. Dans la sc&#232;ne, on voit que des deux c&#244;t&#233;s il y a des gens qui la poussent pour qu'elle rentre, et il y a des gens qui la poussent pour ne pas qu'elle rentre. Ce qu'elle raconte apr&#232;s dans la sc&#232;ne de repas de famille, c'est qu'elles ont compris : celles qui ont fait en sorte qu'elle ne puisse pas parler ont fini par l&#226;cher, parce qu'elles se sont rendues compte qu'elles allaient passer pour des femmes du c&#244;t&#233; de la censure, pour les m&#233;dias. En fait, elle a r&#233;ussi &#224; avoir gain de cause, et &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1.nccb_-_c_dublin_films_-_les_alchimistes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1.nccb_-_c_dublin_films_-_les_alchimistes.jpg?1731402992' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; J'imagine qu'au montage, il a fallu faire des choix importants, pour structurer le film. Quels probl&#232;mes se sont impos&#233;s, au moment du montage ? Et quels choix ont &#233;t&#233; pris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Solas :&lt;/strong&gt; Ce qui &#233;tait compliqu&#233; pour r&#233;aliser le film, c'est que je voulais faire un film choral. Donc, j'avais des tonnes de personnages. J'en ai laiss&#233; plein de c&#244;t&#233;, vraiment &#224; regret. Notamment tous les plus jeunes, ceux qui s'identifient comme non-binaires, donc toute la question de la fin de la monogamie, des choses qui me semblent hyper int&#233;ressantes, mais que je n'ai pas pu traiter du tout. Et aussi, comme j'ai mis vachement de temps &#224; faire ce film, j'y suis retourn&#233;e plein de fois, et j'avais chaque fois l'impression qu'il y avait des histoires, qui s'amor&#231;aient dans ce que je filmais, et que je ne pouvais pas aller au bout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notamment il y a une femme, qui faisait partie de l'association de Claudia, que j'avais film&#233; la premi&#232;re ann&#233;e o&#249; j'y suis all&#233;e, qui est morte en prison. M&#234;me pas en prison, d'ailleurs : je crois qu'elle est morte au commissariat, elle a &#233;t&#233; enferm&#233;e de fa&#231;on abusive, on ne lui a pas donn&#233; ses m&#233;dicaments, alors qu'elle avait des probl&#232;mes cardiaques. Claudia avait tout un r&#233;cit de &#231;a. C'est elle, Claudia, qui avait &#233;t&#233; faire la reconnaissance du corps. Ce sont des femmes qui n'ont pas de famille&#8230; Pour la question de la violence, ce qui est arriv&#233;, et ce qui continue d'arriver tous les jours l&#224;-bas, - ici aussi, d'ailleurs &#8211; je trouvais &#231;a int&#233;ressant, plus qu'int&#233;ressant d'ailleurs, j'&#233;tais &#233;mue, par cette histoire, et &#231;a n'appara&#238;t pas du tout dans le film, par exemple. Il y en a une autre, qui a disparu, qui est tr&#232;s jeune, une jeune femme noire, qu'on voit avec Claudia se pr&#233;parer avant un anniversaire. Elle a compl&#232;tement disparu, alors que pour moi c'&#233;tait un personnage super important, parce qu'elle &#233;tait en m&#234;me temps super fragile, et avec une sorte de force de revendication. Elle faisait partie de mon sc&#233;nario, et puis, voil&#224;, elle a disparu. Plein de choses, comme &#231;a, dont j'&#233;tais s&#251;re que &#231;a allait &#234;tre le c&#339;ur du r&#233;cit du film, et en fait pas du tout. Pour parler de la violence un peu invisible, mais quand m&#234;me pr&#233;gnante tout le temps, dans tout ce qu'elles font &#8211; c'est quelque chose qu'elles ont au-dessus de la t&#234;te tout le temps, je ne savais pas trop comment j'allais pouvoir raconter &#231;a. Et notamment, le proc&#232;s, qu'on voit au d&#233;but, par exemple : je n'ai pas pu rester en Argentine jusqu'&#224; la d&#233;lib&#233;ration, alors que c'est un truc super important. Que pour la premi&#232;re fois, on a reconnu que cette mort, que la violence du meurtre &#233;tait aussi due &#224; l'identit&#233; de genre de la victime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#231;a c'&#233;tait un peu compliqu&#233;, et tout &#231;a s'est dessin&#233; un peu sur l'&#233;quilibre entre les deux personnages, un peu ce que je racontais au d&#233;but : comment un mouvement, &#231;a se cr&#233;&#233; entre des forces qui sont presque antagonistes, et qui finalement font que &#231;a &#233;quilibre quelque chose. Et puis, il y a eu cette histoire avec la Rencontre des Femmes, qui &#233;tait assez importante. La question des &#233;lections, en filigrane, genre on y adh&#232;re, on y adh&#232;re pas. Apr&#232;s, c'est plut&#244;t des choses de temporalit&#233;, qui m'ont aid&#233;e &#224; construire le film. L'arriv&#233;e des 40 ans de Violeta, qu'elle redoutait, mais qui finalement &#233;tait&#8230; un tournant dans sa vie, je pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en f&#233;vrier 2022&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agenda des s&#233;ances 2022 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 8 mars &#224; 20h30 &#8211; Bagnolet &#8211; Cin'Hoche : Avec l'association Acceptess-T (Giovanna Rincon)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 9 mars &#224; 20h30 &#8211; Blanquefort &#8211; Cin&#233;ma les Colonnes, avec CINA : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 10 mars &#8211; Lyon &#8211; Festival &#201;crans Mixtes / projection en biblioth&#232;que &#8211; 18h&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; &#201;gletons &#8211; Cin&#233;ma l'Esplanade, avec CINA &#8211; 18h : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Tulle &#8211; Festival PluriELLES / Cin&#233;ma VEO, avec CINA &#8211; 20h30 : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 14 mars &#8211; Paris &#8211; Cin&#233;ma du R&#233;el &#8211; : En pr&#233;sence de Silvia Lippi et de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 16 mars &#8211; Montreuil &#8211; Cin&#233;ma le M&#233;li&#232;s &#8211; 16 mars : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; partir du 17 mars &#8211; Bordeaux &#8211; Cin&#233;ma Utopia&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 17 mars &#224; 20h &#8211; Paris &#8211; Saint-Andr&#233; des Arts : en pr&#233;sence de Oc&#233;an, Giovanna Rincon et de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 20 mars &#8211; Toulouse &#8211; Utopia Tournefeuille&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 22 mars &#224; 21h &#8211; Marennes, avec CINA : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 23 mars &#8211; Saint-Pierre d'Ol&#233;ron, avec CINA : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 24 mars &#8211; Saint Jean d'Angely, avec CINA : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 25 mars &#8211; Poitiers &#8211; Cin&#233;ma le Dietrich, avec CINA : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 26 mars &#8211; Mulhouse &#8211; Festival Autres Regards - Cin&#233;ma Bel Air : : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 31 mars &#8211; Marseille &#8211; La Baleine : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1er avril &#8211; Avignon &#8211; Cin&#233;ma Utopia Manutention : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 8 avril &#8211; Pau &#8211; Cin&#233;ma le M&#233;li&#232;s, Journ&#233;e de la visibilit&#233; Trans : Avec les associations Arcolan et Les Bascos et la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 9 avril &#8211; Bayonne &#8211; Cin&#233;ma l'Atalante, dans le cadre des Rencontres sur les Docks : en pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 10 avril &#8211; La R&#233;ole &#8211; Dans le cadre de Cin&#233;marges avec Cam&#233;o et CINA : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 11 avril &#8211; Cr&#233;on &#8211; Cin&#233;max Linder, avec CINA et l'ACPG : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 12 avril &#8211; Terrasson &#8211; Dans le cadre de Cin&#233;marges : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 14 avril &#8211; Saint M&#233;dard en Jalles, avec CINA et l'ACPG : En pr&#233;sence de la r&#233;alisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 19 mai &#224; 20h30 &#8211; Besan&#231;on &#8211; Cin&#233;ma Aux 2 sc&#232;nes, avec l'association XYZ et Amnesty International&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leo Bersani (1931 - 2022) : Hommage &#224; un tra&#238;tre</title>
		<link>https://trounoir.org/Leo-Bersani-1931-2022-Hommage-a-un-traitre</link>
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		<dc:date>2022-02-27T23:55:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Dubois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; L'anus sera producteur de vie &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Portrait-94-+" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Quentin-Dubois-+" rel="tag"&gt;Quentin Dubois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/bersani.jpg?1731403054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devrions &#234;tre l&#224; pour refuser que la jouissance se laisse r&#233;duire &#224; une v&#233;rit&#233;. Et puisque l'appel &#224; la v&#233;rit&#233; a toujours servi d'arme puissante dans les projets de domination, toute atteinte &#224; la notion de v&#233;rit&#233; m&#233;rite d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un acte de r&#233;sistance au pouvoir. Dans notre soif d'assimilation, nous risquons d'oublier ce que nous savons peut-&#234;tre mieux que personne : que le sexe est &#8211; que je suis &#8211; un sujet sans v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Bersani, Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise&lt;i&gt;, Le rectum est-il une tombe ?, &lt;/i&gt;1998.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas par une pratique ex&#233;g&#233;tique que l'on peut esp&#233;rer maintenir vivante la pens&#233;e d'un grand disparu, mais seulement par sa reprise et sa remise en acte, aux risques et p&#233;rils de ceux qui s'y exposent, pour r&#233;ouvrir son questionnement et pour lui apporter la chair de ses propres incertitudes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;F. Guattari, Hommage &#224; Michel Foucault, &lt;/i&gt;1985.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che semble impossible, &#224; chaque fois, de dire de mani&#232;re unique le bouleversement que provoque l'&#233;v&#233;nement ; c'est l&#224; une chose fr&#233;quente que la mort d'un &#234;tre et l'on se confond souvent &#224; relever cette banalit&#233; &#8212; chose faite. Et l'on cherche souvent les ultimes mots, quelques jours, quelques semaines avant le d&#233;c&#232;s, comme l'assurance que s'y trouverait encore log&#233;e, si pas avec plus grand &#233;clat encore, toute l'intensit&#233; d'une vie. Pour nous, cette intensit&#233; se loge dans chaque page que nous avons lues et lues &#224; nouveau. Leo Bersani a &#233;t&#233; d&#233;couvert par la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente en France lors du colloque &lt;i&gt;Les &#233;tudes gay et lesbiennes &lt;/i&gt;du 23 et 27 juin 1997 organis&#233; &#224; Beaubourg, aux c&#244;t&#233;s de Wittig, De Lauretis, Sedgwick, Bourdieu,&#8230; Mais pour&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;nous qui n'avons jamais rencontr&#233; Leo Bersani, il y a pourtant la proximit&#233; d'un deuil qui point et nous intime de maintenir vivante sa pens&#233;e. Cette mort signe ici &#224; notre encontre une rupture ; car si nous pouvions avant elle penser encore hors de Leo Bersani, voire dans une semi-convocation ou dispute, s'exerce d&#233;sormais la contrainte de penser &#224; partir de lui et dans l'espace discursif nouveau qu'il a produit. Pour notre g&#233;n&#233;ration qui apprend &#224; penser &#8212; ensemble ou dans un certain retrait du &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; &#8212;, Leo Bersani est celui qui offre le plus de courage en soulignant inlassablement que la pens&#233;e est une prise de risque, souvent douloureuse mais dont la joie est inh&#233;rente &#224; la prise. Il est vrai que pour nous, p&#233;d&#233;rastes &#233;prouv&#233;s, qui sommes soucieux de l'h&#233;ritage intime d'une identit&#233; homosexuelle de la drague de parc ou de pissoti&#232;re &#8212; peu honteuse mais jouissant dans le dissimul&#233; &#8212;, d'une homosexualit&#233; &#224; la d&#233;rive, l'&#339;uvre de Leo Bersani est un indispensable complice, si pas amant. Notre apprentissage s'est souvent fait en tenant d'une main&lt;i&gt; Le D&#233;sir homosexuel &lt;/i&gt;d'Hocquenghem et de l'autre les &lt;i&gt;Queer Zones &lt;/i&gt;de Bourcier, d'une part les homosexualit&#233;s dragueuses et immorales et d'autre part les subjectivit&#233;s punk du queer ; et cet exercice a longtemps produit des schizes d&#233;plaisantes, du comment-je-tiens-tout-ensemble. Bersani, tutoy&#233; dans la proximit&#233; ici convoqu&#233;e, par ton &lt;i&gt;Homos &lt;/i&gt;(1995) tu nous as permis d'apprendre &#8212; c'est l&#224; un &lt;i&gt;Bildungsroman&lt;/i&gt; pour tout pervers, et non un manuel du bon queer ! &#8212; le plaisir de la pratique du fil-de-f&#233;riste qui tu as de nombreuses fois fait valoir dans ta pens&#233;e &#8212; tu parlais d'&#233;quilibrisme. Ce que nous prenions pour nos propres incoh&#233;rences subjectives &#224; liquider (les sp&#233;cificit&#233;s gays du projet d'(auto)destruction, de nos fantasmes de violence ou d'&#234;tre corps p&#233;n&#233;trable &#224; l'envi), comme des r&#233;sidus d'une mauvaise lecture, sont devenues les points de friction &#224; intensifier pour la production du neuf. Tout comme tu le soulignais dans ton analyse de&lt;i&gt; Pompes fun&#232;bres&lt;/i&gt; de Genet &#8212; las, las on ne mesure d'autant plus ta perte qu'&#224; l'aune de ce texte ! &#8212; le d&#233;chet est f&#233;cond et l'anus produit la vie. Et nous l'avons entendu ainsi : les ratages et les risques ouvrent &#224; quelque chose de nouveau et &#224; partir de ces d&#233;chets, reprendre l'exercice de la pens&#233;e. Une &#233;thique de l'&#233;chec (&lt;i&gt;failure&lt;/i&gt;) et d'un acharnement dans cet &#233;chec pour lutter contre le nihilisme. Nous en avons tir&#233; une pratique vitaliste de l'&#233;chec face &#224; l'autoconservation du s&#233;rieux &#8212; militant ou acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne souvent l'extr&#234;me richesse et originalit&#233; de tes &#233;crits. Ta th&#233;orie queer toute singuli&#232;re prend ses racines dans ton travail acad&#233;mique autour de la litt&#233;rature fran&#231;aise &#8212; Proust, Gide, Balzac, Mallarm&#233;, Beckett, Baudelaire, Genet &#8212; et de ses discussions avec la psychanalyse freudienne. &lt;i&gt;Is the Rectum a Grave &lt;/i&gt;(1987) fut le texte d'une g&#233;n&#233;ration qui, au c&#339;ur de l'&#233;pid&#233;mie du sida, a cherch&#233; &#224; penser ensemble identit&#233;, genre et sexualit&#233; d'une mani&#232;re r&#233;solument nouvelle, c'est-&#224;-dire adapt&#233;e &#224; la parano&#239;a anti-homosexuelle que l'&#233;pid&#233;mie venait r&#233;activer, mais aussi des formes nouvelles de relationnalit&#233; qui en furent d&#233;gag&#233;es par la complicit&#233; communautaire. La subtilit&#233; introduite &#224; partir de l'analyse de l'identit&#233; et de son r&#232;glement de compte, que nous poursuivons, par la th&#233;orie queer, fait l'objet de &lt;i&gt;Homos. &lt;/i&gt;Si les mouvements queer et leurs &#233;crits ont port&#233; un coup quasi fatal aux th&#233;ories de l'identit&#233; &#8212; du moins dans les ann&#233;es 90 car depuis, nous assistons &#224; une production quantitative de nouvelles identit&#233;s, le nec plus ultra du n&#233;olib&#233;ralisme, r&#233;clamant chacune une reconnaissance et des oppressions nouvelles dans une rh&#233;torique de la vuln&#233;rabilit&#233; politiquement inop&#233;rante &#8212; ils ont en m&#234;me temps rendu presque non-identifiable la communaut&#233; en portant leurs coups sur les vieilles identit&#233;s homosexuelles. Les critiques queer de l'homosexualit&#233; et de l'identit&#233; ont produit une &lt;i&gt;d&#233;sexualisation &lt;/i&gt;du d&#233;sir qui lui a &#233;t&#233; fatale. Ils ont oubli&#233; que l'identit&#233; gay, en se d&#233;gageant de l'identit&#233; homosexuelle comme quasi-nature psychologique produite depuis 1870 par la m&#233;decine et criminalis&#233;e par le droit, s'&#233;tait d&#233;finie elle-m&#234;me et dans ses propres termes. Tu as longuement insist&#233; sur l'ind&#233;termination du d&#233;sir homosexuel et le site de r&#233;sistance aux projets disciplinaires de la Modernit&#233; qu'il offre par sa mobilit&#233;. Par ses propres pratiques de drague, ses railleries de la monogamie des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt;, par p&#233;n&#233;tration d&#233;licieuse, par comment je t'embrasse dans le cou cependant que tu me baises. Et ainsi, tu nous permets de r&#233;pondre &#224; cette question insistante : pourquoi, cette drague quasi disparue, les fantasmes qui s'y d&#233;ployaient persistent encore en nous ? Tandis que le lieu de leur effectivit&#233; se neutralise, ils s'agitent toujours autant ; disons l'incommunicabilit&#233; du &lt;i&gt;phantasme&lt;/i&gt; qui est toujours une extension de soi. C'est &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'homo&#239;t&#233;&lt;/i&gt; : une nouvelle mani&#232;re de me retrouver en l'autre sans aucune forme de r&#233;demption, un rythme intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tes discussions avec le dernier Freud, le pessimiste du &lt;i&gt;Malaise&lt;/i&gt;, et la litt&#233;rature homosexuelle, tu proposes un renouvellement de la th&#233;orie de l'agressivit&#233;, de la pulsion de mort et de la sexualit&#233; que nous comprenons, dans nos montages conceptuels fharesques, comme la plus excitante poursuite du projet contre-civilisationnel d'Hocquenghem, dont le mot d'ordre est de faire du d&#233;sir homosexuel &#8211; de le ranimer ou de l'intensifier car il n'en a jamais &#233;t&#233; autrement&#8211; l'assassin des moi civilis&#233;s. Mais qu'on ne se m&#233;prenne pas : aucune passion mortif&#232;re d'abolition et de pure destruction ; il s'agit de r&#233;investir la menace homosexuelle &#224; partir de la pulsion de mort. Ou d&#233;truire ceux qui veulent nous d&#233;truire, ceux qui veulent liquider d&#233;finitivement nos corps (fascisme h&#233;t&#233;rosexiste) ou nous assimiler dans une subjectivit&#233; plate et standardis&#233;e (fascisme de la consommation). Fil-de-f&#233;riste encore : entre l'h&#233;ritage d'une subjectivit&#233; homosexuelle et gay, et le particularisme queer, entre la production d'une singularit&#233; culturelle et d'exp&#233;rience homosexuelle et l'exigence renouvel&#233;e de la menace de destruction. Face aux vagues protestations r&#233;formistes des LGBT et des queer actuels, la t&#226;che est d'&#233;viter, &#224; tout prix, que puisse dispara&#238;tre et s'&#233;vanouir la force d'opposition civilisationnelle &#8212; la menace &#8212; que repr&#233;sentent une certaine homosexualit&#233; et un certain queer : &#171; Il y a de glorieux pr&#233;c&#233;dents au projet de concevoir l'homosexualit&#233; comme une r&#233;elle menace &#8212; comme une force qui ne se limite pas &#224; l'espoir modeste d'une tol&#233;rance sociale de la diff&#233;rence, mais rend imp&#233;ratif le choix politiquement inacceptable et pourtant indispensable d'une existence hors la loi. &#187; (homos p.98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}On pourrait se m&#233;prendre en lisant &lt;i&gt;Homos&lt;/i&gt;. Ta critique de la th&#233;orie et des micropolitiques queer, ce ton r&#233;solument pol&#233;mique qui nous sert de guide lorsque nous voulons &#233;crire des textes d'intervention&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques consid&#233;rations sur la pride radicale&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas de m&#233;chancet&#233;. Ce mot d'ordre de la pol&#233;mique comme venant relancer la discussion et sortir des impasses est tout entier dirig&#233; contre une certaine &lt;i&gt;trahison&lt;/i&gt; des mouvements queer de la radicalit&#233; de leurs ambitions premi&#232;res. Tu nous rappelles ainsi que toute critique s'effectue dans les moments d'impasse intellectuelle et politique en vue de r&#233;affirmer collectivement les objectifs militants et th&#233;oriques. Au risque &#8212; une fois de plus ce risque n&#233;cessaire &#8212; de la m&#233;prise. On y trouve ce refus de la fixation militante sur la question des injustices seules, qui ne feront que se renouveler c'est-&#224;-dire trouver un chemin nouveau pour r&#233;appara&#238;tre &#8212; le freudien est l&#224;, surtout lorsque tu lis le politique !&#8212; ; tant que les mod&#232;les de communaut&#233; et de relationnalit&#233;, dont les probl&#232;mes d'injustice et de violence d&#233;coulent, n'auront pas subi l'examen de la critique &#8212; et &lt;i&gt;in fine &lt;/i&gt;d&#233;truits &#8212;, alors nous n'&#233;chapperons ni &#224; l'iniquit&#233; ni &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton obsession d'une pens&#233;e de l'homosexualit&#233; hors communaut&#233; &#8212; le fameux &lt;i&gt;antisocial turn &lt;/i&gt;au centre des d&#233;bats anglo-saxons &lt;i&gt;&#8212; &lt;/i&gt;s'entend dans cette phrase lanc&#233;e par Genet que tu as faite tienne : &#171; J'encule le monde ! &#187; Le geste de l'incontestable volont&#233; de destruction en ce qu'il refuse toute forme de socialit&#233; d&#233;j&#224; fond&#233;e. Mais ce geste de destruction indique &#8212; et c'est l&#224; qu'il n'est pas la pure forme de transgression de ce sergent du sexe qu'est Sade &#8212; le renouveau possible de toute activit&#233; relationnelle. L'homosexualit&#233; devient l'exemple de nouveaux modes de relation : tu l'as nomm&#233; &lt;i&gt;homo&#239;t&#233;&lt;/i&gt;, cette rupture avec l'humanit&#233; civilis&#233;e et qui fait de l'inf&#233;cond et du d&#233;chet, le point de d&#233;part d'une production de plaisir. L'homo&#239;t&#233; comme une relationnalit&#233; s'&#233;laborant sur le m&#234;me plut&#244;t que sur une hi&#233;rarchie des diff&#233;rences antagonistes. Ce rejet du social, cette enculade du monde, rend possible la sortie de l'aporie r&#233;volutionnaire : comment briser le cercle de la r&#233;p&#233;tition dans laquelle les r&#233;volutionnaires s'engagent, en reproduisant les conditions oppressives qui ont provoqu&#233; la r&#233;volution sociale et d&#233;sirante ? R&#233;ponse nette : rien ne nous garantit que de nouvelles structurations des relations humaines apparaissent, les structures d'oppressions survivent aux oppresseurs. La pens&#233;e politique qui s'en d&#233;gage est celle d'un &lt;i&gt;pari incertain &lt;/i&gt;sur l'avenir : &#171; Mais rien ne &lt;i&gt;peut &lt;/i&gt;changer dans ce monde &#8212; ou plut&#244;t (&#8230;) entre l'oppression d'aujourd'hui et la libert&#233; &#224; venir, il doit peut-&#234;tre y avoir une rupture radicale avec le social lui-m&#234;me. &#187; (&lt;i&gt;homos&lt;/i&gt; p.200) Les renversements que nous attendons et fomentons au-dedans de nos corps, dans les entrailles o&#249; s'accumulent les d&#233;chets avant que d'en &#234;tre expuls&#233;s, ne pourront avoir lieu que lorsque le champ des possibilit&#233;s de resignification aura &#233;t&#233; enti&#232;rement d&#233;vast&#233;. &#192; ce moment donc, l'anus sera producteur de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton &lt;i&gt;Homos &lt;/i&gt;rompt aussi avec toute l'hypocrisie des militants (et encore plus des petits universitaires sp&#233;cialistes de la r&#233;volution &#8212; je confesse !). Tu affirmes un &lt;i&gt;narcissisme communautaire, &lt;/i&gt;&#233;labor&#233; sur le m&#234;me, qui doit faire &#233;clater toutes les formations mo&#239;ques &#8212; &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, je pense que ; &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, je te d&#233;fends de ; &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, je te dis que tu &lt;i&gt;me&lt;/i&gt; dois &#224; &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; ceci comme dette,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; je t'intime de signer le contrat social qui garantit tout &#224; &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; phallus &#8212; et c'est cet &#233;clatement des moi civilis&#233;s qui est la condition premi&#232;re et n&#233;cessaire d'une restructuration du social. Ici il faut encore en souligner l'exacte pertinence pour nous lorsque tu t'attardes &#224; relever la r&#233;pugnance de nombreux queer &#224; l'encontre de l'identification &#224; une subjectivit&#233; homosexuelle trop dat&#233;e &#8212; et maintenant cible de nombreuses attaques &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;queer &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;f&#233;ministes dans le m&#234;me ton que les homophobes ; une homosexualit&#233; perverse, &#224; la sexualit&#233; d&#233;brid&#233;e, danger pour l'enfance &#8212;, attaques qui ratent les relationnalit&#233;s sp&#233;cifiques que cette homosexualit&#233; a produites &#8212; interg&#233;n&#233;rationnalit&#233; comprise ! &#8212; comme autant de menaces du contrat social straight. Mais aussi de l'utilisation d'un terme queer, devenu signifiant vide, qui revendique dans les termes de l'assimilation une identit&#233; qui se penserait encore subversive alors qu'elle ne cesse de montrer patte blanche &#224; la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rosexiste, notamment dans sa traque des fantasmes pervers homosexuels. On sait maintenant que l'on doit se m&#233;fier avant tout des r&#233;gimes d'innocence que nous pouvons produire et auxquels, pis encore, nous donnons cr&#233;ance. Comment peut-on, en effet, encore porter un projet de subversion ou de destruction lorsque l'on d&#233;sire &#234;tre de bons parents, de bons soldats, de bons pr&#234;tres et flics &#8212; pr&#234;tres et flics dans sa t&#234;te et dans la couche des autres, ou dans le champ social, c'est la m&#234;me chose, la m&#234;me angoisse d&#233;ploy&#233;e et le m&#234;me panoptique ! Les entreprises de resignification des identit&#233;s normatives &#8212; notamment de cette &lt;i&gt;pastorale &lt;/i&gt;que tu tiens &#224; juste titre en horreur, la sacro-sainte famille ! &#8212; ne peuvent mener qu'&#224; des effets d'assimilation plut&#244;t que de subversion, risquant de ne pas produire le fameux &lt;i&gt;advenir queer &lt;/i&gt;que l'on nous promet depuis quelques ann&#233;es. Face &#224; la promesse assur&#233;e des nouvelles &#171; familles queer &#187;, nous optons pour ton pari de l'advenir incertain et la n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire toute structure monogame et familialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; pr&#233;sent la t&#226;che que l'on cherche &#224; se donner dans ce moment &#233;trange entre le d&#233;but d'un deuil et le travail de relecture qui s'en suit &#8212; avant la fixation n&#233;faste dans une certaine hagiographie ou &lt;i&gt;L&#233;gende dor&#233;e des p&#233;dales&lt;/i&gt;. Sans doute s'affirme ici un devoir d'insolence, soit d'une tra&#238;trise amoureuse &#224; l'encontre du d&#233;funt. Trou Noir constitue un de ces sites d'exp&#233;rience collective marqu&#233;e par ta pens&#233;e : les relectures de Hocquenghem et de la parano&#239;a anti-homosexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Hocquenghem 2 : L'&#201;ducation antisexuelle &#8211; La parano&#239;a anti-homosexuelle&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les variations autour du civilisationnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Homosexualit&#233; et civilisaton&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les travaux de relecture de Lee Edelman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. La structure du queer&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou encore les reprises heureuses du &lt;i&gt;n&#233;gativisme&lt;/i&gt; dans les coordonn&#233;es du transf&#233;minisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui d&#233;truira l'enfant queer ? - Transmat&#233;rialisme is the new queer ?&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le chantier bersanien en cours, il nous faudra &#233;galement prendre acte du d&#233;placement qui a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; depuis le sujet d&#233;sirant vers le sujet esth&#233;tique, enjeu du dialogue entre Freud et Foucault dans &lt;i&gt;Sexth&#233;tique&lt;/i&gt;. Avec l'intime certitude que notre auto-effacement que tu redoutais tant n'aura pas lieu car nous apprendrons, dans la tra&#238;trise ouverte, &#224; maintenir vivante ta pens&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gays et les lesbiennes courent aujourd'hui le danger de dispara&#238;tre dans leur propre hyperconscience de la mani&#232;re dont ils ont &#233;t&#233; construits en tant que gays et que lesbiennes. Le discr&#233;dit dans lequel est tomb&#233;e l'id&#233;e d'identit&#233; sp&#233;cifiquement gay (et la m&#233;fiance corr&#233;lative &#224; l'&#233;gard des investigations &#233;tiologiques de l'homosexualit&#233;) a un effet curieux mais pr&#233;visible : &#233;liminer les bases indispensables si nous voulons pouvoir r&#233;sister, pr&#233;cis&#233;ment, aux r&#233;gimes h&#233;g&#233;moniques de la normalit&#233;. En voulant d&#233;naturaliser les fondements &#233;pist&#233;miques et politiques sur lesquels repose notre construction, nous nous sommes nous-m&#234;mes effac&#233;s. &#187; (homos p.24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin Dubois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?Quelques-considerations-sur-la-Pride-radicale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques consid&#233;rations sur la pride radicale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?Lire-Hocquenghem-II-L-Education-antisexuelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire Hocquenghem 2 : L'&#201;ducation antisexuelle&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?La-paranoia-anti-homosexuelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La parano&#239;a anti-homosexuelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?Homosexualite-et-civilisation-perspectives-vitalistes-a-partir-de-l-anus&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Homosexualit&#233; et civilisaton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?LA-STRUCTURE-DU-QUEER&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La structure du queer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?Qui-detruira-l-Enfant-Queer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui d&#233;truira l'enfant queer ?&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;https://www.trounoir.org/?Transmaterialisme-is-the-new-queer-173&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transmat&#233;rialisme&lt;/a&gt; is the new queer ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hermaphrophobia - par Jules Gleeson</title>
		<link>https://trounoir.org/Hermaphrophobia</link>
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		<dc:date>2022-02-27T23:55:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>
		<dc:subject>Jules Gleeson</dc:subject>
		<dc:subject>intersexuation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; L'hermaphrodisme met en &#233;vidence la nature plastique de l'&#234;tre humain. C'est ce principe de r&#233;alit&#233; qui caract&#233;rise toujours la chair &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-ET-UN-" rel="directory"&gt;VINGT-ET-UN&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Communisme-+" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jules-Gleeson-+" rel="tag"&gt;Jules Gleeson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-intersexuation-+" rel="tag"&gt;intersexuation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/hermaphrodite_-_copie.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;crit par Jules Gleeson, historienne queer londonnienne, et publi&#233; originellement sur le site de l'excellente revue &lt;a href=&#034;https://pinko.online/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;PINKO&lt;/a&gt;, ce texte se pr&#233;sente comme un manifeste politique destin&#233; &#224; penser la question hermaphrodite sous le patronage de Mario Mieli et de sa conception de la transsexualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La lib&#233;ration d'&#201;ros et l'accomplissement du communisme passent n&#233;cessairement par la (re) conqu&#234;te de la transsexualit&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mario Mieli, Vers un communisme gay, 1977&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Mario Mieli dresse le constat que l'homophobie est dirig&#233;e en premier lieu contre la &#171; transsexualit&#233; &#187;, il fournit aux queers d'aujourd'hui une puissante focale qui n'a pas encore &#233;t&#233; utilis&#233;e &#224; sa juste valeur pour renverser les oppressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Mieli &#224; nos c&#244;t&#233;s, nous aspirons &#224; mieux qu'&#224; une &#233;num&#233;ration m&#233;ticuleuse d'angoisses : homophobie, transphobie, interphobie&#8230; Une vision communiste gay d&#233;montre que chacune d'entre elles est amalgam&#233;e aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, cette affirmation peut sembler inopportune : alors que la transphobie semble s'accroitre au sein du mouvement f&#233;ministe, les personnes intersexu&#233;es restent trop peu consid&#233;r&#233;es (le mot d'ordre est &#224; la distinction fondamentale entre les inters et les trans, sans laisser d'espace n&#233;cessaire pour expliquer comment de nombreuses personnes peuvent &#234;tre les deux.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, l'interphobie et la transphobie ont toujours &#233;t&#233; conjointes. Elles sont mues par un d&#233;sir aveugle que le corps soit plus simple qu'il ne l'est, ou ne pourront jamais l'&#234;tre, que la diff&#233;rence entre les sexes soit si d&#233;terminante qu'elle ne n&#233;cessite plus de clarification pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Mieli, la virilit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle ne peut s'obtenir qu'en excisant et en niant la transsexualit&#233; de l'existence humaine. Une ind&#233;termination fondamentale dont on nous d&#233;pouille inexorablement lors de notre entr&#233;e dans la soci&#233;t&#233;. Les h&#233;t&#233;rosexuels ne pouvaient devenir tels qu'en renon&#231;ant &#224; une partie d'eux-m&#234;mes, dans un processus que Mieli a d&#233;crit comme une automutilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; dessein que ce langage provoque un certain fr&#233;missement, un certain malaise : en d&#233;crivant notre parcours de la naissance &#224; la brutalit&#233; de l'enfance et jusqu'&#224; la virilit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle comme une forme limit&#233;e et contrainte, Mieli aspire &#224; bouleverser ce destin. Il s'agit donc d'&#233;branler les postulats d'une identit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle suppos&#233;ment naturelle, &#224; laquelle Mieli et d'autres &#233;crivains des d&#233;buts de la lib&#233;ration gay n'ont jamais donn&#233; cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieli nous enseigne que la vie homosexuelle a toujours &#233;t&#233; une menace pour ceux qui subissent un tel processus en devenant h&#233;t&#233;rosexuels. Car ce faisant, elle rend manifeste la mutilation fondamentale h&#233;t&#233;rosexuelle dont le conditionnement, toujours incomplet, les d&#233;figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un h&#233;t&#233;rosexuel qui rencontre un homosexuel est contraint d'affronter le souvenir d'une certaine perte, d'une d&#233;figuration partielle et auto-inflig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homophobie n'est donc pas simplement une manifestation d'ignorance, ni m&#234;me une peur sans fondement : aussi longtemps que la formation d'un moi se structurant comme h&#233;t&#233;rosexuel, reste un processus d'excision et de limitation, la coexistence pacifique avec les homosexuels qui ont refus&#233; ce processus (par quelque moyen que ce soit) est sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute manifestation d'exub&#233;rance et de joie ouvertement eff&#233;min&#233;e de la part d'un homosexuel ne peut que r&#233;v&#233;ler ce qui a &#233;t&#233; perdu par tout h&#233;t&#233;rosexuel au cours de sa marche vers la virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi les h&#233;t&#233;rosexuels nourrissent un ressentiment &#224; l'&#233;gard des homosexuels. Non en raison d'un quelconque renoncement des queers au futur, mais parce que leur pr&#233;sence m&#234;me hante les identit&#233;s h&#233;t&#233;rosexuelles qui ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;es par la diminution qu'elles ont subie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un argument universel. Mieli soutient que c'est exactement ce que les hommes homosexuels et h&#233;t&#233;rosexuels ont en commun qui est moteur de la haine. La raison du d&#233;gout, de la rage et de l'obsession des hommes h&#233;t&#233;rosexuels trouve son origine dans la brutale divergence des parcours d'avec les hommes homosexuels alors qu'ils ont en commun la m&#234;me &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que soient les particularit&#233;s de la vie homosexuelle aussi minoritaire que puisse &#234;tre cet underground, le m&#233;pris et le d&#233;gout qu'elle suscite traduisent une certaine relation avec elle. Les h&#233;t&#233;rosexuels se sont violemment d&#233;foul&#233;s pour &#233;viter de faire r&#233;&#233;merger le souvenir de leur automutilation. Contrairement au truisme lib&#233;ral selon lequel les agresseurs d'homosexuels sont des &#171; homosexuels eux-m&#234;mes &#187;, Mieli propose ce renversement : il n'y a pas d'h&#233;t&#233;rosexuels sans homophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine de ce point de vue est r&#233;solument freudienne : remaniant le concept freudien de &#171; bisexualit&#233; &#187; originaire pr&#233;civilisationnelle, Mieli en a fait une arme. Il se situe du c&#244;t&#233; des personnes qui travaillent &#224; leur &#233;mancipation de la pr&#233;visible haine quotidienne et des acc&#232;s de violence que notre simple pr&#233;sence au monde semble susciter. Son ambition n'&#233;tait pas de comprendre l'Italie du milieu du 20e si&#232;cle d'o&#249; il &#233;crivait, mais de la transformer par le biais d'un mouvement flamboyant et d&#233;sinvolte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des manifestations d'homosexualit&#233; continuent de menacer le r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel de la soci&#233;t&#233;. Particuli&#232;rement celles qui bouleversent intentionnellement la distinction des genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les hommes h&#233;t&#233;rosexuels (et pour les femmes h&#233;t&#233;rosexuelles dans une moindre mesure) prot&#233;ger l'ordre social suppose la haine de tout ce qui viendrait rappeler l'op&#233;ration de d&#233;ni de soi &#224; la base de toute identit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les homosexuels ont &#233;t&#233; les vestiges vivants d'une purge dont le but fut de produire des h&#233;t&#233;rosexuels. Cela reste vrai aujourd'hui, car s'opposer &#224; la normalisation des vies ouvertement gay est une pr&#233;occupation centrale des mouvements nationalistes &#233;mergeant partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat premier, partag&#233; par tous et hant&#233; par la pr&#233;sence de l'homme gay, Mieli le nomme &#171; transsexualit&#233; &#187; dans un &#233;lan politique d'appropriation extravaguant. Il qualifiait &#171; d'homoflics &#187; les hommes gays qui construisaient leur homosexualit&#233; par l'exclusion des attitudes eff&#233;min&#233;es (ceux que nous appelons aujourd'hui &#171; masc4masc &#187;). Avec une grande acuit&#233;, Mieli a pu observer qu'on ne pouvait pas compter sur les hommes gays pour s'abstenir de s'invectiver &#224; &#171; &#234;tre un vrai mec &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'interpr&#233;tation de la &#171; transsexualit&#233; &#187; de Mieli fonctionne, elle n'en est pas le dernier mot. De nouvelles visions de la &#171; transsexualit&#233; &#187; ont fleuri, et beaucoup nous ont m&#234;me exhort&#233;s &#224; abandonner l'id&#233;e de changement de sexe. Aujourd'hui, les politiques trans sont loin de se situer dans le mouvement de lib&#233;ration gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses personnes peuvent engager une transition sans jamais avoir eu leur place dans une sc&#232;ne ou un mouvement gay. Politiquement, il existe un mouvement transgenre distinct, de plus en plus important, avec ses propres pr&#233;occupations, organisations, cultures et humours. L'activiste transgenre d'aujourd'hui est plus enclin &#224; s'affirmer comme une fille martyris&#233;e &#8212; victime du sexisme comme les autres &#8212; que comme une personne qui tente d'exister entre les mondes face aux limites de la banalit&#233;. Notre &#233;clat exotique &#8212; au fil du temps &#8212; s'est obscurci &#224; la faveur d'engagement civique plus acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous pouvons encore puiser dans l'approche d'un communisme gay pourtant r&#233;volue pour saisir et vaincre ceux chez qui nous r&#233;veillons les blessures les plus profondes. Nous pouvons &#233;tendre, plus loin encore, la vision que Mieli avait de la transsexualit&#233; pour comprendre les transsexuels eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que Mieli a situ&#233; la question de l'homophobie dans la formation du moi h&#233;t&#233;rosexuel au-del&#224; de tout d&#233;gout pour des actes sexuels particuliers, nous pouvons saisir les contours de la haine ordinaire dans la g&#234;ne que suscite nos meilleurs moments d'autoc&#233;l&#233;bration et d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous pouvons consid&#233;rer que les peurs les plus profondes de la transphobie sont aujourd'hui imbriqu&#233;es dans une peur globale de la chair hermaphrodite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle lumi&#232;re vient &#233;clairer ce que le mouvement intersexe appelle &#171; interphobie &#187; : une aversion pour les personnes pr&#233;sentant des variations intersexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons tout d'abord la transition : alors que les variations sont des caract&#233;ristiques physiologiques largement inn&#233;es &#8212; sur lesquelles la science clinique s'empresse d'affirmer sa domination (jamais avec un succ&#232;s total, toujours &#224; un co&#251;t effroyable) &#8212; la transition est un projet dans lequel on s'embarque volontairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il y a de plus beau dans une transition qui horrifie le plus ceux qui se dressent contre nous. Qu'une stricte s&#233;paration entre les sexes soit justifi&#233;e par un mandat divin ou par la coh&#233;rence d'une th&#233;orie sociale, et le fait de voir des gens s'&#233;garer au-del&#224; de ces fronti&#232;res g&#233;n&#232;re un profond malaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition est un travail que nous vivons du mieux dont nous sommes capables (ou qui essaie de se donner la peine de le faire) &#8212; avec le travail combin&#233; des prescriptions fournies par les endocrinologues, des exercices de coachs vocaux, des lasers de nos esth&#233;ticiennes, des reconfigurations r&#233;alis&#233;s par les chirurgiens, de la maitrise de l'image des photographes, des conseils avis&#233;s des maquilleurs pros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#171; l'essence &#187; de la transition, ou si c'est une essence, celle-ci ne se d&#233;ploie jamais librement. D'un contexte &#224; l'autre, les caract&#233;ristiques les plus observables changent : les techniques et les traitements n&#233;cessaires pour passer inaper&#231;us lorsqu'on chante dans une chorale ne sont pas les m&#234;mes que celles qui nous serviront dans un sauna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une transition consid&#233;r&#233;e comme &#171; r&#233;ussie &#187; par le r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel est celle qui a le plus efficacement &#233;limin&#233; les vestiges de sa vie pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce qui horrifie le plus les h&#233;t&#233;rosexuels &#224; propos des transitions, c'est qu'elles se produisent gr&#226;ce &#224; une combinaison de d&#233;terminations personnelles, de chirurgies programm&#233;es, de luttes bureaucratiques, d'ajustements vestimentaires et de communaut&#233;s sympathisantes, que des personnes remod&#232;lent leurs apparences sociales, leurs identit&#233;s administratives, leurs corps physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous renvoie toujours au fait que les alt&#233;rations que nous choisissons ne sont jamais suffisantes (&#233;changer F pour M, M pour F), ou le sont trop (une mutilation, une parodie, un gaspillage de ressources).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous apparait clairement que la transition elle-m&#234;me ne pourra jamais &#234;tre assimil&#233;e par le r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel. L'angoisse induite par l'id&#233;e de transition peut prendre des directions diff&#233;rentes, mais poss&#232;de une source unique : que ce que l'on prenait pour quelque chose d'inn&#233; (le corps) est en fait contingent, jamais compl&#232;tement fix&#233; et peu fiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il est possible de faire demi-tour sur le chemin hermaphrodite d'o&#249; l'on vient, et de recommencer &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effroi suscit&#233; par cette perspective chez les *phobes prend diff&#233;rentes formes caract&#233;ristiques : certains rejettent d'embl&#233;e cette possibilit&#233; (un homme est un homme, une femme une femme, et c'est tout !), tandis que d'autres r&#233;duisent le processus de transformation &#224; &#171; l'op&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel, les positions anti-trans n'ont rien compris de la recherche en endocrinologie du si&#232;cle dernier. Et encore moins des th&#233;ories pr&#233;existantes concernant la bisexualit&#233; originelle d'o&#249; &#233;mergerait ensuite (toujours incompl&#232;tement) la diff&#233;rence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; refus de savoir &#187; rel&#232;ve clairement d'une ignorance affirm&#233;e et cultiv&#233;e : ces caract&#233;ristiques corporelles doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme inn&#233;es pour que le r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel maintienne sa coh&#233;rence. C'est le mode le plus courant des *phobes : une assertion selon laquelle &#171; je ne veux pas penser &#224; tout cela &#187;, doubl&#233;e d'une croyance aveugle qui sait tout ce qu'il y a &#224; savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, une nouvelle vague de *phobes d&#233;termin&#233;s &#224; se pr&#233;senter comme progressistes, s'attarde sur des d&#233;tails macabres de transitions, qualifient de &#171; mutilation &#187; les op&#233;rations chirurgicales librement consenties (et souvent pay&#233;es grassement), compilent des photos en gros plan d'inversions, d'avant-bras d&#233;pourvus de morceaux de chair, de r&#233;cits m&#233;lodramatiques de ligatures, et qualifient le traitement hormonal substitutif de &#171; gonflette aux st&#233;ro&#239;des &#187;. Ces approches d&#233;contextualis&#233;es viennent mettre en difficult&#233; chaque &#233;tape dirig&#233;e vers une expression du moi moins douloureuse. Elles pr&#233;sentent la transition comme un spectacle d'horreur, une s&#233;rie incoh&#233;rente de regards aga&#231;ants d'id&#233;ologues qui s'emm&#234;lent les pinceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la transition explore, et sur lequel elle s'appuie, c'est l'absence m&#234;me de fixit&#233; du sexe. Il n'appara&#238;t pas comme une pierre taill&#233;e tomb&#233;e du ciel, mais comme une culture de la chair, permutable et &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assertions obstin&#233;es selon lesquelles le sexe ne peut jamais changer sont en v&#233;rit&#233; des injonctions normatives : il ne doit ou ne devrait pas &#234;tre d&#233;tourn&#233; de la forme &#224; laquelle il &#233;tait initialement destin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette capacit&#233; de changement et de transformation volontaire que la culture trans a c&#233;l&#233;br&#233;e dans ses meilleurs moments, qui est &#224; l'origine du profond malaise des *phobes. J'appelle cette qualit&#233; d'incarnation &#171; hermaphrodisme &#187; suivant la m&#234;me logique que Mieli avec son concept de &#171; transsexualit&#233; &#187;, pour permettre la mise en valeur ces deux visages. Comment des personnes peuvent-elles &#234;tre si promptes &#224; d&#233;clarer qu'il s'agit l&#224; d'une impossibilit&#233; totale, tout en se sentant oblig&#233; d'y souscrire du bout des doigts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hermaphrodisme est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; comme un mythe : il n'y a gu&#232;re d'&#234;tres humains qui poss&#232;dent deux jeux complets d'organes g&#233;nitaux diff&#233;rents. Mais le m&#233;lange des caract&#232;res sexuels semble avoir &#233;t&#233; suffisant pour d&#233;stabiliser et perturber des appr&#233;hensions que beaucoup pr&#233;f&#233;reraient garder au-del&#224; de leur r&#233;flexion consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience des personnes intersexu&#233;es prouve le manque de clart&#233; de &#171; l'inn&#233; &#187; qui d&#233;coule de la variation des corps, les limites de la plastique humaine pouvant alors &#234;tre modifi&#233;es en formes famili&#232;res exig&#233;es par les normes sociales les plus &#233;troites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les horreurs couramment inflig&#233;es aux personnes n&#233;es avec des variations intersexuelles, mais aussi l'&#233;chec d'op&#233;rations chirurgicales ou l'&#233;ducation mensong&#232;re de l'ordonnancement des corps en deux sexes distincts, nous montrent qu'il reste une ind&#233;termination obstin&#233;e que les experts m&#233;dicaux parfaitement form&#233;s n'ont jamais r&#233;ussi &#224; &#233;radiquer compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde m&#233;dical a &#233;tabli une logique selon laquelle toutes les personnes intersexu&#233;es sont in&#233;vitablement des hommes ou des femmes, leurs d&#233;fauts mis &#224; part. Pourtant, il semble que ces &#171; anomalies &#187; (c'est ainsi que les m&#233;decins d'aujourd'hui d&#233;signent nos variations) soient au-del&#224; de leurs rem&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les b&#233;b&#233;s n&#233;s intersexu&#233;s menacent souvent de troubler la partition sexuelle fondamentale, qui va du cri familier de &#171; C'est un gar&#231;on/une fille ! &#187;, aux couleurs vestimentaires suppos&#233;es appropri&#233;es, en passant par une &#233;ducation nettement diff&#233;rente tout au long de l'enfance. Autrefois, on r&#233;solvait la plupart de ces probl&#232;mes en &#171; choisissant un camp &#187; et en faisant des organes g&#233;nitaux de l'enfant un sujet de honte et de silence (ou dans certains contextes par l'infanticide).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrialisation des h&#244;pitaux a permis d'augmenter le nombre de d&#233;tections d'enfants intersexu&#233;s, mais a &#233;galement permis aux m&#233;decins qui supervisent maintenant les proc&#233;dures le recours &#224; la chirurgie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rejouons cette histoire d&#233;j&#224; cent fois racont&#233;e. Qui sont les &#171; intersexes &#187; ? Pourquoi avons-nous &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s dans une cat&#233;gorie m&#233;pris&#233;e ? Et pourquoi ce terme est-il aujourd'hui discr&#232;tement abandonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du milieu du XXe si&#232;cle, les m&#233;decins se sont lanc&#233;s dans l'entreprise prom&#233;th&#233;enne de &#171; corriger &#187; les enfants intersexu&#233;s en tentant d'&#233;radiquer toute trace d'ambigu&#239;t&#233; corporelle qui se pr&#233;sentait &#224; eux. Fid&#232;les &#224; leur r&#233;putation d'&#234;tre l'une des professions les plus conservatrices, ils ont manifest&#233; un malaise &#233;vident &#224; l'&#233;gard de l'ind&#233;termination elle-m&#234;me. Des normes grossi&#232;rement arbitraires concernant les tissus clitoridiens &#171; superflus &#187; ont &#233;t&#233; fix&#233;es et il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'op&#233;rer tout exc&#232;s suppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme a &#233;t&#233; vaguement justifi&#233; par une avanc&#233;e conceptuelle. Les m&#233;decins ont d&#233;clar&#233; que les personnes n&#233;es avec un sexe ambigu &#233;taient des &#171; pseudo-hermaphrodites &#187; (ce terme pompeux figure encore dans les dossiers m&#233;dicaux de nombreuses personnes intersexu&#233;es vivantes).&lt;br class='autobr' /&gt;
La logique d&#233;velopp&#233;e ici consistait &#224; mettre en lumi&#232;re un niveau sous-jacent de &#171; v&#233;ritable &#187; sexuation r&#233;sidant sous la surface de chair, et de permettre &#224; la chirurgie de sauver les futurs invertis d'une vie de monstre queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me logique se retrouve dans le nouveau vocable &#171; troubles du d&#233;veloppement sexuel &#187; (rejet&#233; par le mouvement intersexe). Les m&#233;decins diagnostiquant des &#171; TSD &#187; consid&#232;rent que notre corps ne se pr&#233;sente pas sous sa v&#233;ritable forme, avec sa propre dignit&#233;, sa beaut&#233; et son int&#233;grit&#233;, et qu'il n'existe que deux trajectoires (M/F) desquelles nous avons &#233;t&#233; pathologiquement d&#233;vi&#233;s, mais qui, esp&#233;rons-le, pourraient encore &#234;tre corrig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail conceptuel exig&#233; par la profession m&#233;dicale consistait &#224; maintenir le &#171; pseudo &#187; dans l'expression &#171; pseudo-hermaphrodite &#187;, quel qu'en soit le co&#251;t humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les h&#233;t&#233;rosexuels &#233;prouvaient du ressentiment &#224; l'encontre de l'homosexualit&#233; pour leur avoir rappel&#233; le prix d'une identification h&#233;t&#233;rosexuelle sure d'elle-m&#234;me, les pseudo-hommes et un nombre croissant de pseudo-femmes qui composaient la profession m&#233;dicale se sont attaqu&#233;s aux personnes intersexu&#233;es, en essayant de les faire rentrer dans le moule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une minorit&#233; de ces proc&#233;dures visaient &#224; corriger des probl&#232;mes non esth&#233;tiques, la plupart d'entre elles &#233;taient principalement orient&#233;es vers le maintien des normes de genre, au d&#233;triment de ceux qui n'&#233;taient pas encore en mesure de donner leur consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment aux exigences de l'ordre h&#233;t&#233;rosexuel, la priorit&#233; &#233;tait toujours donn&#233;e &#224; la p&#233;n&#233;tration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les personnes qui en &#233;taient incapables devaient subir une ablation des tissus afin d'&#234;tre &#233;lev&#233;es comme des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans d'autres cas, les personnes jug&#233;es incapables de se tenir debout pour uriner &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des hommes non viables (m&#234;me justification pour les corrections d'hypospadias, par ailleurs purement cosm&#233;tiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les personnes n&#233;es avec un vagin qui semblait trop peu profond pour accueillir un p&#233;nis devaient subir un &#233;largissement du vagin pour le bien du futur mari pr&#233;sum&#233; de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut maintenant voir tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle fonctionne en dessinant &#224; son insu des anatomies conformes &#224; ses attentes. Ce genre de d&#233;cisions &#233;tant g&#233;n&#233;ralement prises plus d'une d&#233;cennie avant la pubert&#233;, il s'agissait d'un effort bricol&#233; pour r&#233;tablir une norme imaginaire, par le biais de directives arbitraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, ces traitements chirurgicaux invasifs, qui ont tent&#233; de remodeler les corps intersexu&#233;s sur des normes impos&#233;es n'ont pas produit d'hommes et de femmes satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les constats des premi&#232;res prises de conscience des personnes intersexu&#233;es ont mis en &#233;vidence les horreurs commises par les chirurgies destin&#233;es &#224; &#171; corriger &#187; l'ambigu&#239;t&#233; g&#233;nitale. D'innombrables personnes intersexu&#233;es ne comptent plus le nombre d'op&#233;rations chirurgicales subies dans leur enfance pour &#171; donner suite &#187; &#224; la faute initiale dont elles ont &#233;t&#233; victimes. Plut&#244;t que de creuser pour r&#233;v&#233;ler une v&#233;rit&#233; limpide situ&#233;e aux del&#224; des apparences du corps, ces proc&#233;dures consistaient en une accumulation de traumas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement appelle ces proc&#233;dures &#171; mutilations g&#233;nitales des personnes intersexu&#233;es &#187;. Il ne s'agit pas simplement d'une rh&#233;torique provocatrice : la l&#233;gislation contre les mutilations g&#233;nitales f&#233;minines exempte souvent explicitement les clitoridectomies pratiqu&#233;es sur les enfants et les nourrissons intersexu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pratiques sont motiv&#233;es par une incompr&#233;hension sur la mani&#232;re dont on peut vivre une vie sexuellement ind&#233;termin&#233;e, plut&#244;t que par le projet r&#233;ussi visant &#224; imposer l'ordre de la diff&#233;rence sexuelle dans toute chair. Ce &#171; refus de savoir &#187; se manifeste clairement dans l'insistance du corps m&#233;dical &#224; suivre les proc&#233;dures aussi bien que dans l'avis des parents qui y consentent formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux cas, les activistes intersexes d&#233;sireux d'&#233;largir la perception du public mettront l'accent sur des estimations hautes des enfants n&#233;s intersexes. En affirmant par exemple que ceux d'entre nous qui pr&#233;sentent ces variations sont &#171; aussi communs que les personnes rousses &#187;. L'espoir est de secouer un monde qui refuse d'admettre que nous existons, avec la force num&#233;rique que nous repr&#233;sentons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de l'establishment m&#233;dical, en coh&#233;sion avec des parents pleinement engag&#233;s dans la &#171; normalisation &#187; de leurs enfants, fait qu'en v&#233;rit&#233;, nous ne conna&#238;trons jamais le nombre de personnes n&#233;es avec une variation intersexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t qu'une identit&#233; &#224; part enti&#232;re, dans de nombreux cas, l'intersexuation est consid&#233;r&#233;e comme un fardeau qu'il vaut mieux garder priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant les directives officielles, les m&#233;decins am&#233;ricains ont demand&#233; aux parents de mentir &#224; leurs enfants, couvrant ainsi les traces des interventions. Face &#224; ce silence, &#224; cette tromperie syst&#233;matique et cette tentative d'&#233;radication, la majorit&#233; des personnes intersexu&#233;es vivront une grande partie de leur vie d'adulte sans &#234;tre conscientes de leur cat&#233;gorisation m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un linceul de mensonges est sur nous lorsque l'on nous refuse des termes abstraits pour d&#233;signer notre condition commune alors que nous avons tendance &#224; nous consid&#233;rer nous-m&#234;mes comme des monstres, et part trop isol&#233;e (m&#234;me lorsque nous partageons un foyer familial ou une classe d'enfant avec des camarades intersexes !). La soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle ne nous donnera jamais acc&#232;s &#224; la langue dont nous avons besoin pour parler ouvertement de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que les militants intersexes doivent affronter une ignorance g&#233;n&#233;rale face &#224; la situation critique des personnes n&#233;es avec des organes g&#233;nitaux &#171; ambigus &#187;, ainsi qu'aux hypoth&#232;ses normatives omnipr&#233;sentes qui r&#233;sistent &#224; tout militantisme LGBT (QI). Le slogan &#171; il n'y a que deux genres &#187; se lit, pour nous, comme la d&#233;claration d'intention qu'il a toujours &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rejoindre le mouvement intersexe est d'abord un moyen de sortir de la solitude aigu&#235; et de l'individuation chronique que nos diff&#233;rences sont susceptibles de provoquer. Mais pass&#233; cet &#233;veil, la prise de conscience que l'ordre du monde est configur&#233; contre nous et le nombre de personnes naissant dans des conditions communes aux n&#244;tres et risquant d'&#234;tre trait&#233;es de fa&#231;on d&#233;sastreuse, peut &#234;tre d&#233;vastatrice et facilement entrainer le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence m&#234;me d'un mouvement politique international qui se consacre &#224; exposer ces pratiques, &#224; confronter les responsables et &#224; y mettre fin d&#233;montre &#224; quel point ces proc&#233;dures ont &#233;chou&#233; &#224; mettre en place un ordre sexuel bas&#233; sur la diff&#233;rence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutilation g&#233;nitale des personnes intersexu&#233;es est &#224; la fois le point final de l'ordre de la diff&#233;rence sexuelle, mais aussi une d&#233;monstration de sa futilit&#233; ultime. Toutes ces souffrances, toutes ces possibilit&#233;s perdues, n'ont rien r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En essayant de corriger les &#171; d&#233;sordres &#187;, cr&#233;e par la nature et en essayant de remodeler nos corps en conformit&#233; avec des normes civilisationnelles, les pratiques m&#233;dicales ont eu des cons&#233;quences d&#233;vastatrices, entrainant une ali&#233;nation aigu&#235; et devenant un cas exemplaire de la fa&#231;on dont les objectifs macabres d'une vision ont tendu &#224; &#233;liminer ceux qui se situent au-del&#224; des normes sexuelles conventionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous restons obstin&#233;s, malgr&#233; toutes les d&#233;cennies de techniques m&#233;dicales et de directives officielles qui s'opposent &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me haine issue d'une logique d'&#233;puration s'exprime tant dans les railleries visant les personnes en transition que dans les efforts infructueux visant &#224; remodeler les corps intersexu&#233;s sur d'in&#233;vitables formes dyadiques. L'un et l'autre font apparaitre la nostalgie de ce que l'hermaphrodisme assum&#233; vient mettre en crise : la pr&#233;sence d'une v&#233;rit&#233; venant d&#233;terminer une distinction originelle des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer le manque de fixit&#233; du sexe n'entrave en rien la puissance de l'id&#233;e qu'il devrait l'&#234;tre. Pour beaucoup qui entreprennent une transition, l'ancien moi ne repose pas facilement en paix. Alors que les personnes que vous rencontrez dans la rue vous consid&#232;rent sans probl&#232;me comme appartenant au genre que vous souhaitez, le poids de toutes les ann&#233;es (ou d&#233;cennies) v&#233;cues d'une autre mani&#232;re se fait sentir et peut encore persister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui souhaitent voir dans la diff&#233;rence sexuelle une base solide pour que deux formes compl&#233;mentaires puissent s'accorder, ou ceux qui souhaitent l'&#233;mergence d'un in&#233;vitable conflit se trouveront tout aussi frustr&#233;s face &#224; la r&#233;alit&#233; tenace de la transsexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes s'&#233;cartant des normes attendues par des pratiques de transition provoquent offense et horreur. Ces r&#233;actions sont suscit&#233;es par notre affirmation du concept d'ind&#233;termination (et non de vide) qui accompagne celui de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous choisissions de d&#233;voiler ou non notre statut, le pouvoir de choquer ou de d&#233;stabiliser est palpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;clarant que l'ind&#233;termination sexuelle (qu'elle soit volontaire ou inn&#233;e) est au-del&#224; du domaine du possible, en d&#233;clarant que M est &#224; jamais distinct de F, ceux qui d&#233;finissent l'ordre logique du monde nous expulsent de la r&#233;alit&#233; historique pour nous projeter dans le pathologique. Ils nous abandonnent dans des costumes exotiques qui sont nos propres os, nos propres corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en restant des individus, on projette sur nous des mythes maladifs et des regards qui ne savent pas trop quoi faire de nous et en m&#234;me temps ne peuvent pas s'en d&#233;tacher compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hermaphrodisme met en &#233;vidence la nature plastique de l'&#234;tre humain. C'est ce principe de r&#233;alit&#233; qui caract&#233;rise toujours la chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les adeptes de la taxonomie la plus stricte d&#233;clarent que l'hermaphrodisme humain est impossible, des lectures perverses de la psychanalyse et autres sciences homosexuelles nous ont d&#233;montr&#233; que la cr&#233;ature d'entre toute la plus mythique est un &#234;tre qui serait purement d&#233;fini par l'un ou l'autre sexe de la diff&#233;rence sexuelle. C'est un point que beaucoup s'efforcent d'atteindre sans r&#233;fl&#233;chir, la vue de personnes n'&#233;tant pas aussi clairement d&#233;finies leur causant des sueurs froides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec cette multiplicit&#233; des formes humaines semble horrifier ceux qui sont attach&#233;s &#224; un monde plus ordonn&#233;, &#224; des distinctions pr&#233;visibles et &#224; des lignes de d&#233;marcation claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on a nomm&#233; &#171; interphobie &#187; et &#171; transphobie &#187; converge et m&#234;me se chevauche souvent. Il est impossible pour le r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel de distinguer r&#233;ellement les personnes transsexuelles et intersexu&#233;es, m&#234;me si cela peut nous monter les uns contre les autres &#224; certains moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les distinctions analytiques bien ordonn&#233;es semblent se dissoudre rapidement dans la peur des *phobes. Ils ne nous voient pas pour ce que nous sommes, mais pour ce qui nous fait d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; la fois o&#249; j'ai &#233;crit un article sur les droits des personnes intersexu&#233;es pour un magazine web populaire. Lors du post de l'article sur ses pages des m&#233;dias sociaux, ceux-ci se sont retrouv&#233;s encombr&#233;s de propos transphobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment inconscient de toute distinction, le magazine a post&#233; un &#233;ventail typique de m&#232;mes transphobes qu'il avait vraisemblablement gard&#233;s quelque part pr&#234;t &#224; l'emploi pour une occasion de ce genre. Il est clair que ces bigots n'ont pas la moindre id&#233;e de la diff&#233;rence entre les personnes transgenres et intersexu&#233;es, et qu'ils ne semblent pas s'en soucier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous une forme beaucoup plus &#233;dulcor&#233;e, le document de la congr&#233;gation pour l'&#233;ducation catholique de 2019 &#171; Il les cr&#233;a homme et femme &#187; met dans le m&#234;me panier l'ensemble des d&#233;viants de genre dans l'espoir de nous d&#233;livrer tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; l'une des premi&#232;res d&#233;clarations officielles &#224; propos des personnes intersexu&#233;es, m&#234;me s'il s'inscrit dans la veine de nombreux propos consid&#233;rant les personnes trans comme pathologiques. Le texte donne toute latitude aux m&#233;decins pour proc&#233;der &#224; des &#171; interventions th&#233;rapeutiques &#187; lorsque les enfants naissent ind&#233;termin&#233;s. Mais concentrons-nous un instant sur le raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il les cr&#233;a homme et femme &#187; refuse toute approche analytique de l'exp&#233;rience trans et intersexe, arguant que cela masquerait la trag&#233;die de l'ind&#233;termination elle-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le processus d'identification est entrav&#233; par la construction fictive d'un &#8220;genre neutre&#8221; ou &#8220;troi-si&#232;me genre&#8221;. On occulte ainsi la sexualit&#233; en tant que qualification structurante des identit&#233;s mas-culine et f&#233;minine. La tentative de d&#233;passer la diff&#233;rence constitutive homme-femme, comme il advient dans l'intersexualit&#233; ou le transgenre, conduit &#224; une ambigu&#239;t&#233; masculine et f&#233;minine, qui pr&#233;suppose de mani&#232;re contradictoire la diff&#233;rence sexuelle que l'on entend nier ou d&#233;passer. Cette oscillation entre homme et femme devient, &#224; la fin, une exposition uniquement &#8220;provoca-trice&#8221; contre les pr&#233;tendus &#8220;sch&#233;mas traditionnels&#8221; et ne tient pas compte des souffrances de ceux qui vivent dans une condition ind&#233;termin&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces eccl&#233;siastiques, il ne peut y avoir de position transgenre ou intersexe : comme le titre du document l'indique, il n'y a que l'homme et la femme. Reconna&#238;tre une exp&#233;rience diff&#233;renci&#233;e, et de surcro&#238;t deux positions interm&#233;diaires choisies sur la base du genre ou du sexe, serait risquer une &#171; annihilation &#187; de la distinction humaine fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la diff&#233;renciation entre les personnes trans et intersexu&#233;es pourrait &#234;tre utile aux analyses progressistes, les r&#233;actionnaires m&#233;langent d&#233;lib&#233;r&#233;ment ces deux cat&#233;gories dans un d&#233;sordre effrayant. Nous sommes r&#233;duits &#224; de la bouillie, &#224; ce dont on ne devrait pas parler, et lorsque l'on en parle, ce n'est que de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, jamais avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que soient les diff&#233;rences de nos exp&#233;riences singuli&#232;res, les intersexes et les transsexuels suscitent &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me r&#233;action : nous sommes interchangeables dans la mesure o&#249; nous sommes embarrassants, indigestes pour le monde h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bigots ordinaires et les th&#233;ologiens &#233;rudits l'affirment de concert : M est distinct de F, et tous ceux qui s'&#233;cartent de cette r&#232;gle doivent &#234;tre mis au pas, que cela n&#233;cessite des op&#233;rations chirurgicales, des moqueries ou de grandioses trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre la mani&#232;re dont on distingue les transitions des variations intersexuelles, consiste &#224; comprendre pourquoi elles se chevaucheront sans cesse : l'assignation &#224; la naissance rev&#234;t un caract&#232;re inn&#233; qui ne peut fonctionner que par le biais d'une affirmation intentionnellement aveugle. Affirmer &#171; C'est un gar&#231;on &#187; ou &#171; C'est une fille &#187; revient &#224; nier la r&#233;ponse &#171; Nous ne savons pas encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; ce point je dois &#234;tre clair : renverser l'oppression que subissent les personnes trans ou intersexu&#233;es dans n'importe quelle soci&#233;t&#233; ne sera pas un simple exercice de pens&#233;e. Nous avons besoin d'un mouvement de lib&#233;ration plus large &#224; m&#234;me de renverser l'ensemble du syst&#232;me des droits de propri&#233;t&#233;, de division du travail et de classification des corps inspir&#233;e par la colonisation, avec lesquels nous sommes li&#233;es du fait des offenses particuli&#232;res dont nous sommes victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous refusons &#233;galement de permettre que les exp&#233;riences intersexes soient r&#233;duites &#224; des objets de v&#233;rit&#233; symbolique, &#224; l'all&#233;gorie ultime dont on peut s'inspirer, et dont les vies sont r&#233;duites &#224; quelque exemple provoquant l'embarras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa mani&#232;re, le mouvement trans qui gagne en popularit&#233; risque de voir ce r&#244;le passer simplement des femmes trans (sujets maintenant reconnus depuis peu) aux intersexes (encore exotiques, inconnus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;gager un espace pour de nouveaux projets exige de notre part une remise en cause des mani&#232;res dont nous avons donn&#233; un sens au monde et de renoncer &#224; la responsabilit&#233; d'&#234;tre l'arbitre ultime de ce qui est normal ou pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas besoin de reconnaissance ou des mesures de protection d'une autorit&#233; ou d'un organisme mondial pour nous lib&#233;rer (m&#234;me si l'obtention de ces mesures peut nous servir de tactique en cours de route).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre passage vers un communisme gay aujourd'hui n'est pas non plus un simple travail d'&#233;ducation, de rectification de fausses id&#233;es et de mise en lumi&#232;re de la bigoterie. Un changement plus important est n&#233;cessaire pour que les hermaphrodites puissent bien vivre. Un changement en profondeur dans l'ordonnancement de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration des personnes intersexu&#233;es n&#233;cessiterait un renversement de la division du travail existante, une d&#233;ch&#233;ance et un remplacement de l'autorit&#233; m&#233;dicale en tant que garant et producteur de la diversit&#233; humaine. Mais aussi un espace enti&#232;rement nouveau pour les personnes qui vivent (depuis la naissance) des vies ind&#233;termin&#233;es, sans coercition pour trouver un attachement ou une affinit&#233; dans l'une ou l'autre branche de la division dyadique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration trans exige de tirer le meilleur parti de la flexibilit&#233; qui d&#233;finit le sexe, de la plasticit&#233; qui est &#224; la fois toujours pr&#233;sente et toujours ni&#233;e, de se lib&#233;rer des attentes de la naissance par tous les moyens m&#234;me les plus inappropri&#233;s. Et aussi une syst&#233;matisation des multiples fa&#231;ons de se soutenir mutuellement que nous pratiquons aujourd'hui de mani&#232;re ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous avons vu que l'approche consistant &#224; &#233;liminer ce qui diverge de la diff&#233;rence sexuelle guide un ensemble vari&#233; de bigoteries, et justifie un ensemble de tourments pour les personnes qui sortent du rang et que l'on destine g&#233;n&#233;ralement &#224; des &#171; corrections &#187;. En tant que communistes, c'est notre r&#244;le de mettre fin &#224; cette violence, et de proposer une autre approche de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la situation exige, parmi les nombreux outils d'&#233;mancipation, est une nouvelle d&#233;termination dans nos concepts. Nous devons penser au-del&#224; du &#171; pseudo &#187; de &#171; pseudo-hermaphrodite &#187;. Ce qui a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; impossible doit &#234;tre affirm&#233; fermement comme faisant partie du r&#233;el. Alors que la pens&#233;e des *phobes exige que chaque individu soit classifi&#233; en deux cat&#233;gories de sexe (approche d'&#233;puration), nous devrions plut&#244;t affirmer qu'il n'existe que des modes d'&#234;tre diff&#233;rents, choisis et cultiv&#233;s dans un contexte historique toujours particulier (vision expressive).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons observer comment les analyses que nous &#233;laborons sont dissoutes par les phobies des bigots, comment nos complexit&#233;s disparaissent dans la vision des *phobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que notre existence durable et dissidente soit une merveille ne signifie pas qu'elle ne puisse pas b&#233;n&#233;ficier d'une nouvelle science gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'une nouvelle logique, qui parte de l'hermaphrodite, plut&#244;t que d'exiger que nous soyons exclus, mis de c&#244;t&#233; et finalement &#233;radiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mouvement, pour ces raisons, doit s'&#233;vertuer &#224; fracturer un espace dans lequel vivre, des lieux et des moments o&#249; notre ind&#233;termination pourrait ouvertement survivre, et ne pas &#234;tre oubli&#233;e. Nous devons arriver &#224; comprendre comment nous avons d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; survivre. &#8881;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jules Gleeson&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais par Tati-gabrielle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/illufinacementtn1_3-2.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='59' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De plus en plus nombreu.se.s &#224; nous r&#233;clamer une version papier de TROU NOIR, nous avons donc d&#233;cid&#233; de sauter le pas pour approfondir l'exp&#233;rience queer amorc&#233;e il y a deux ans. Alors que notre site a d&#233;but&#233; en pleine p&#233;riode de confinement, nous esp&#233;rons que le lancement d'une revue papier pourra permettre ce qui nous &#233;tait interdit jusque-l&#224;, nous rencontrer en chair et en os, discuter de nos situations respectives et permettre de s'organiser partout o&#249; cela est possible et favorable. C'est avec grand plaisir que nous r&#233;pondrons aux invitations qui nous seront formul&#233;es, saisir le Kairos est plus que jamais une n&#233;cessit&#233; dans un temps devenu volatile et instable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mener &#224; bien le projet de la revue Trou Noir, nous avons besoin de votre soutien. C'est pourquoi &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/trou-noir/collectes/revue-trou-noir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nous lan&#231;ons ce crowdfunding&lt;/a&gt; qui permettra &#224; la version papier de Trou Noir de prendre son envol !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Origine de la revue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/&#034;&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir est une revue en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; dont l'aventure a commenc&#233; en janvier 2020. Le 28 de chaque mois, elle explore l'actualit&#233;, les archives et l'histoire de la dissidence sexuelle &#224; travers des textes d'analyses, des entretiens, des recensions, de la po&#233;sie et des tracts. H&#233;riti&#232;re des mouvements de lib&#233;ration sexuelle des ann&#233;es 1970 (FHAR, MLF), des combats contre le sida et de l'essor de la pens&#233;e queer, elle tente d'en r&#233;actualiser les th&#232;ses politiques et de les mettre en tension avec notre &#233;poque. Deux ans apr&#232;s son lancement sur internet, la revue Trou Noir prend le chemin des librairies avec une version imprim&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trou Noir en ligne c'est 6500 visites mensuelles en moyenne, 180.000 visites depuis ses d&#233;buts, 170 articles publi&#233;s, 36 traductions, deux ans d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/trou-noir/collectes/revue-trou-noir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;POUR FAIRE UN DON, C'EST ICI !&lt;/a&gt; &lt;&lt;&lt;&lt;&lt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet de la version papier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira de mettre sur papier des articles d&#233;j&#224; parus ainsi que des in&#233;dits &#233;crits sp&#233;cialement pour l'occasion, et donc d'avoir un bout de trounoir.org dans sa biblioth&#232;que ! C'est un projet qui nous excite beaucoup, et qui normalement (si tout se passe bien) devrait sortir au printemps de l'ann&#233;e 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur notre mani&#232;re de nous financer. Comme vous l'avez compris, nous nous finan&#231;ons exclusivement sur nos fonds propres, sans payer les autrices et auteurs, et sans nous payer nous-m&#234;mes. Pour ce projet de livre, il ne nous sera pas possible de fonctionner avec notre propre argent, puisqu'il faut investir une certaine somme d'argent (que nous n'avons pas) pour l'impression avant m&#234;me de pouvoir rentrer dans nos frais. Nous avons donc d&#233;cid&#233; de lancer ce financement participatif qui permettra &#224; ce projet de se concr&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/trou-noir/collectes/revue-trou-noir&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/don1-2.jpg?1731403013' width='500' height='79' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; trouvera-t-on la revue ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons choisi de multiplier les types de lieux de vente de la revue. Elle sera pr&#233;sente et commandable dans les &lt;strong&gt;librairies&lt;/strong&gt;, nous l'enverrons dans des &lt;strong&gt;lieux militants&lt;/strong&gt;, nous ferons des &lt;strong&gt;ventes directes&lt;/strong&gt; &#224; prix libre lors d'&#233;v&#233;nements, elle sera vendue &lt;strong&gt;sur le site de Trou Noir&lt;/strong&gt;, et offerte aux diff&#233;rents &lt;strong&gt;centres d'archives LGBTQI+&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A quoi servira l'argent collect&#233; ?&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/financementtn1_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/financementtn1_2.jpg?1731403015' width='500' height='148' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frais d'impressions&lt;/strong&gt; : Tirage &#224; 1000 exemplaires - Format poche 11x18 - Papier de couverture : Symbol Card (Fedrigoni) - Impression offset en France.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mun&#233;ration contributions&lt;/strong&gt; : Chaque contribution (texte, trad, graphisme, etc.) sera r&#233;mun&#233;r&#233;e de mani&#232;re &#233;galitaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Voyages, voyages &lt;/strong&gt; : Pour venir pr&#233;senter la revue : les frais de d&#233;placements, d'h&#233;bergements, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Offrandes au monde &lt;/strong&gt; : Pour pouvoir offrir gratuitement des exemplaires aux centres et archives LGBTQI+, lieux et biblioth&#232;ques militantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Vers le num&#233;ro 2&lt;/strong&gt; : Si l'objectif des 2000&#8364; est d&#233;pass&#233;, nous pourrons envisager un deuxi&#232;me num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour info : sur un exemplaire vendu 10&#8364; en librairie, nous touchons 35% du prix de vente qui sert &#224; rembourser tous les frais engag&#233;s (impression et r&#233;mun&#233;ration). Les 65% restants reviennent &#224; la librairie, aux diffuseurs, aux distributeurs, et &#224; la T.V.A.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/trou-noir/collectes/revue-trou-noir&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/don1-2.jpg?1731403013' width='500' height='79' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel sera le sommaire du premier num&#233;ro papier de Trou Noir ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une proposition d'exp&#233;rience politique et charnelle du monde qui, dans ce premier volume, explore les antagonismes internes &#224; notre soci&#233;t&#233; : le fascisme de Renaud Camus de sa litt&#233;rature homosexuelle du Tricks &#224; son Grand Remplacement ; la violence transphobe jug&#233;e dans le th&#233;&#226;tre d'une justice d'&#201;tat ; la remont&#233;e &#224; la surface des &#233;crits subversifs de Guillaume Dustan ; la psychanalyse dans le viseur d'une politique du Monstre chez Preciado ; et l'affirmation d'un gai communisme avec Mario Mieli. En renouvelant la critique du pass&#233;, du pr&#233;sent, et du futur &#224; l'aune de nos sexualit&#233;s, trou noir s'inscrit d'ors et d&#233;j&#224; dans l'histoire fi&#233;vreuse des revues sur la dissidence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Pour un communisme gay&lt;/i&gt; - par Une bande de chats homosexuels fous d'amour pour le communisme&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Mario Mieli &#233;pouse Jacques Camatte&lt;/i&gt; - par Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Un trou de souris - Divagations sur le lib&#233;ralisme avec et sans Guillaume Dustan&lt;/i&gt; - par Olivier Cheval&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;&#171; Dustan &#233;crivain de l'espoir &#187;&lt;/i&gt; - par Tim Madesclaire&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Transphobie et justice : il est intol&#233;rable d'&#234;tre tol&#233;r&#233;&lt;/i&gt; - par Melle Durex et Melle Latex&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;De Tricks au Grand Remplacement : politique et homosexualit&#233; chez Renaud Camus&lt;/i&gt; - par Tati-Gabrielle&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Le Monstre au cabinet&lt;/i&gt; - par Quentin Dubois&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nos partenaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;diter la revue Trou Noir nous collaborerons avec les &lt;a href=&#034;https://editionslatempete.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ditions la Temp&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui nous accueillent dans leur catalogue et prendront en charge une partie des frais d'impression. Cette maison d'&#233;dition propose des ouvrages orient&#233;s vers la philosophie et les essais politiques depuis 2015. La diffusion &#224; destination des librairies est prise en charge par l'&#233;quipe de &lt;a href=&#034;https://www.hobo-diffusion.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hobo diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;qui promeut l'&#233;dition ind&#233;pendante, engag&#233;e, libertaire et contre-culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contreparties&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/carte_postale_et_marquepage.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/carte_postale_et_marquepage.png?1731403091' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/revue.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/revue.png?1731403093' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/affiche.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/affiche.png?1731403091' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/totebag2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/totebag2.png?1731403094' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cartes postales, stickers, marque-pages, Trou Noir #1, tote-bag, affiche s&#233;rigraphi&#233;e (S&#233;rigraphie sur papier 290g - 60x40cm), abonnement &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/contrepartiestn1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/contrepartiestn1.jpg?1731403011' width='500' height='219' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;iframe id=&#034;haWidget&#034; allowtransparency=&#034;true&#034; src=&#034;https://www.helloasso.com/associations/trou%20noir/collectes/revue-trou-noir/widget-bouton&#034; style=&#034;width:100%;height:70px;border:none;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;div style=&#034;width:100%;text-align:center;&#034;&gt;Propuls&#233; par &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;HelloAsso&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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