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		<title>POUR UN MARXISME &#9773;UEER</title>
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		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>Famille</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Manifeste du collectif El Rojo del Arco&#237;ris (Le Rouge de l'Arc-en-ciel).&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/manifeste_-_copie.jpg?1731403061' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui va suivre est le Manifeste du collectif El Rojo del Arco&#237;ris qui a &#233;merg&#233; en Espagne &#224; l'automne 2021. RDA est un projet de th&#233;orie critique, marxiste et queer, qui cherche &#224; reconqu&#233;rir l'espace retir&#233; depuis toujours aux dissidents sexuels de la classe ouvri&#232;re au sein de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. La partie queer du marxisme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons que l'oppression subie par les dissident.es sexuel.les de la classe ouvri&#232;re doit &#234;tre abord&#233;e avec les outils d'analyse et de transformation de la r&#233;alit&#233; que nous offre le marxisme. Nous faisons n&#244;tres les paroles de nos camarades britanniques d'&lt;i&gt;Invert&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Invert est une revue marxiste contemporaine ax&#233;e sur l'abolition du genre et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lorsqu'elles &#233;noncent que &#171; la dissolution des formes statiques dans les rapports sociaux est au c&#339;ur m&#234;me de la dialectique marxienne &#187;. Le potentiel queer du mat&#233;rialisme historique et dialectique repose donc dans la possibilit&#233; de r&#233;v&#233;ler le caract&#232;re de classe, et ainsi socialement construit, de tout ce qui nous a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme naturel et immuable. Cependant, ce potentiel radical de remise en question de la normativit&#233; a &#233;t&#233; historiquement n&#233;glig&#233; par les organisations r&#233;volutionnaires, aboutissant &#224; la reproduction d'id&#233;es bourgeoises concernant la famille et, par cons&#233;quent, l'&#233;ros. Nombreux sont les noms de camarades queers qui, en raison de leur dissidence, durent abandonner la lutte pour le socialisme. Pedro Lemebel, Mario Mieli, Sylvia Rivera, Nastasia Rampova, Nestor Perlongher, Jean Nicolas, Daniel Gu&#233;rin, Pier Paolo Passolini, ne sont qu'une infime partie d'entre eux.elles. Plus nombreux encore sont les camarades queers dont nous ne connaitrons pas m&#234;me le nom, comme la camarade qui se cache derri&#232;re le nom d'Amanda Klein, &#224; cause des pr&#233;jug&#233;s r&#233;actionnaires de ceux qui aspiraient autrefois &#224; la r&#233;volution. Ces pr&#233;jug&#233;s ont emp&#234;ch&#233; de comprendre que la sexualit&#233; &#233;tait aussi un rapport de production &#224; r&#233;volutionner. Nous n'&#233;tudions donc pas les dimensions classistes de l'h&#233;t&#233;rosexisme et du cissexisme uniquement en ce qu'elles concerneraient notre exp&#233;rience de transp&#233;d&#233;gouines ; mais parce que notre exp&#233;rience de transp&#233;d&#233;gouine nous permet de mettre en &#233;vidence que la &lt;i&gt;matrice h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;/i&gt; n'est pas prise en compte dans les analyses de la totalit&#233; capitaliste, laissant incontest&#233; &#8212; voire naturalis&#233; &#8212; un aspect central de l'h&#233;g&#233;monie bourgeoise. Nous perp&#233;tuons l'h&#233;ritage de Leslie Feinberg : notre oppression n'est pas pr&#233;sente de toute &#233;ternit&#233;, mais elle est apparue avec la soci&#233;t&#233; de classes. Utilisons, comme elle, une vieille cl&#233; pour ouvrir de nouvelles portes. Il est temps de permettre au potentiel queer, que le marxisme a toujours recel&#233; en son sein, de s'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pour le rose, contre la morale bourgeoise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que le marxisme s'enorgueillit d'&#234;tre contraire &#224; l'id&#233;ologie bourgeoise, il se juge lui-m&#234;me constamment &#224; l'aune de quelques normes, de celles qui sont d&#233;centes ou s&#233;rieuses, construites au c&#339;ur m&#234;me de valeurs fa&#231;onn&#233;es par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'est &#233;galement oppos&#233; avec ferveur et en maintes occasions &#224; tout ce que la morale bourgeoise juge perverti de quelque mani&#232;re que ce soit, et qui vise g&#233;n&#233;ralement tout ce qui est f&#233;minin. Les esth&#233;tiques et les valeurs des organisations se r&#233;clamant du marxisme se teintent ainsi de connotations archa&#239;ques et folkloriques &#8212; et masculines &#8212; dans le but de se doter d'un certain statut. Depuis &lt;i&gt;El Rojo del Arco&#237;ris&lt;/i&gt;, nous revendiquons tout ce que la morale bourgeoise h&#233;g&#233;monique ne consid&#232;re pas comme acceptable ou digne, car nous n'avons nul besoin de l'approbation de quiconque est mu par des normes n&#233;es dans le berceau de l'exploitation. Et c'est pourquoi nous affichons avec orgueil une esth&#233;tique &lt;i&gt;femme&lt;/i&gt; et frivole, au-del&#224; de ce que la bourgeoisie nous avait fait consid&#233;rer comme valable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Sexe, genre et famille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous soutenons que la matrice de la diff&#233;rence sexuelle ne se situe pas dans le champ de la biologie, mais dans celui de l'&#233;conomie politique, particuli&#232;rement dans l'institution de la famille monogame bourgeoise. Nous proclamons ainsi que la famille produit l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, et avec elle, les r&#233;alit&#233;s d'homme et de femme. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; comme produit de la circonstance historique de la domination bourgeoise, est bien plus qu'une orientation du d&#233;sir, elle est le m&#233;canisme qui naturalise la reproduction de l'&#233;tat actuel des choses. De m&#234;me, l'id&#233;e qu'il existe deux sexes distincts ne pr&#233;c&#232;de pas la production &#8212; historiquement d&#233;fini &#8212; de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Les cadres de masculinit&#233; et de f&#233;minit&#233; aujourd'hui nomm&#233;s depuis l'appellation de genre, ne sont donc pas le r&#233;sultat de la politisation des diff&#233;rences naturelles de nos corps, ils sont eux-m&#234;mes responsables de la production de la fiction bourgeoise de la naturalit&#233; de la diff&#233;rence sexuelle. La mutilation g&#233;nitale subie par les b&#233;b&#233;s intersexes r&#233;v&#232;le la mani&#232;re dont le capital adapte les corps aux normes de genre en coulisses, dans le but de faire passer la division du travail pour in&#233;luctable, tel qu'elle existe aujourd'hui. Pourtant, ni homme ni femme ne sont des destins naturels. Ils apparaissent plut&#244;t comme des relations sociales n&#233;cessaires &#224; la perp&#233;tuation d'un monde divis&#233; entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploit&#233;s, ainsi qu'un produit incarn&#233; de cette m&#234;me division. L'abolition de la diff&#233;rence sexuelle, diff&#233;rence par laquelle le capital institutionnalise nos corps comme espaces de reproduction des classes sociales et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, n&#233;cessite l'abolition de la famille, fruit d'une abolition pr&#233;alable du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Totalit&#233; capitaliste et autod&#233;termination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis RDA, nous affirmons que l'oppression des personnes queer n'est pas ant&#233;rieure ou ext&#233;rieure aux relations de classes, mais qu'elle s'inscrit dans celles-ci. Cela s'applique &#233;galement &#224; d'autres dynamiques oppressives telles que le racisme, le validisme et le sexisme, qui bien que pr&#233;sent&#233;es comme ind&#233;pendants, font partie des m&#234;mes relations de production et de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partageons la vision unitaire de notre camarade Holly Lewis lorsqu'elle soutient que &#171; la classe sociale n'est pas seulement un autre vecteur d'oppression ; c'est la mystification de toutes les relations sociales afin de les mettre au service de la production de plus-value &#187;. Par cons&#233;quent, nous ne rejetons pas seulement toute position LGBTI interclassiste, en tant qu'elle r&#233;concilie des int&#233;r&#234;ts antagonistes, mais nous nous opposons &#233;galement &#224; une position ouvri&#233;riste qui perp&#233;tue le d&#233;classement de la sexualit&#233; comme champ &#233;tranger aux relations productives, en r&#233;sonance avec la division bourgeoise entre le public et le priv&#233;. En d'autres termes, dire que l'oppression d'un.e transp&#233;d&#233;gouine de la classe ouvri&#232;re est fond&#233;e sur la classe, suppose que cette oppression ne se r&#233;duit pas &#224; sa d&#233;possession des moyens de production. Cette oppression suppose &#233;galement que sa propre subjectivit&#233; de dissident.e sexuel.le est un produit de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons n&#244;tres les mots des camarades de Pinko&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pinko est un collectif qui cherche &#224; penser ensemble un communisme gay. Ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qui dans l'ordre capitaliste &#171; la libert&#233; sexuelle ou de genre que nous poss&#233;dons n'est rien de plus que la libert&#233; de reproduire l'ordre social existant &#187;. Nous remettons en question les fausses strat&#233;gies d'inclusion des dissident.e.s sexuel.le.s que m&#232;ne la bourgeoisie. Comme l'expose l'anthropologue marxiste queer Gianfranco Rebucini, cette inclusion dans l'ordre capitaliste s'effectue dans la mesure o&#249; elle fait de nous des consommateurs acceptables, au prix de l'expulsion d'un &lt;i&gt;Autre&lt;/i&gt; racialis&#233;. Il faut ajouter que cela est &#233;galement vrai pour les dissidences qui ne se soumettent pas, celles des psychiatris&#233;s et des personnes en situation de handicap. Nous ne voulons pas d'une &#233;galit&#233; lib&#233;rale permettant &#224; quelques un.e.s de gravir l'&#233;chelle sociale. Nous nous battons pour une politique r&#233;volutionnaire qui la d&#233;truira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons que &#171; l'autod&#233;termination du genre &#187; ne peut &#234;tre atteinte sous le r&#232;gne du capitalisme. L'effort pour la r&#232;glementer sous l'augure des normes bourgeoises est non seulement insuffisant, puisqu'il maintient intacts les m&#233;canismes sociaux coercitifs, mais il ne parvient pas davantage &#224; soutenir la tentative de naturalisation de la division sexuelle du travail. En outre, le genre ne peut &#234;tre abord&#233; depuis une perspective individuelle, puisque, comme le souligne Pinko, &#171; il est actuellement le lieu o&#249; se naturalise le travail de reproduction des classes sociales. Bien qu'il soit v&#233;cu comme quelque chose de profond&#233;ment personnel &#8212; comme l'essence m&#234;me d'une personne &#8212; il est l'une des exp&#233;riences politiques majeures v&#233;cues par les masses dans la soci&#233;t&#233; capitaliste &#187;. Le genre ne peut se comprendre comme le produit d'un r&#233;cit biologique, comme le pr&#233;tendent certaines voix qui persistent dans un r&#233;cit r&#233;actionnaire et anhistorique, qu'&#224; condition de rester &#233;loign&#233;es d'une analyse mat&#233;rialiste de l'oppression des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne d&#233;truirons les cha&#238;nes qui nous oppriment que dans un acte collectif, nous ne parviendrons &#224; l'autod&#233;termination de genre qu'en abolissant la soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Abolition de la famille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des gens, un avenir sans la famille est aussi inconcevable qu'un avenir sans capitalisme. Il est difficile d'imaginer une vie quotidienne en dehors de ce syst&#232;me. L'&#201;tat capitaliste se d&#233;charge sur la famille des soins, de l'&#233;ducation, de la subsistance et des autres responsabilit&#233;s qui devraient &#234;tre collectives. Il est donc compr&#233;hensible que diff&#233;rents sujets de la classe ouvri&#232;re la consid&#232;rent comme un refuge, voire comme le seul moyen de survie. Cette perception de la famille comme bastion des liens ouvriers, face aux formes liquides des affects sous l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale, a r&#233;cemment impuls&#233; un tournant nostalgique en revendiquant la dimension d'accueil contenu dans la famille. Et cela en utilisant une rh&#233;torique naturalisante et binaire les &#233;loignant de l'analyse mat&#233;rialiste historique du capitalisme et de ses institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille est avant tout reproduction, non seulement au sens litt&#233;ral, c'est-&#224;-dire biologique du terme, mais concernant &#233;galement l'aspect social du r&#233;gime capitaliste. Ce r&#233;gime a pour mod&#232;le la famille nucl&#233;aire dans laquelle la prog&#233;niture est une propri&#233;t&#233;, qui doit &#234;tre dirig&#233;e vers les int&#233;r&#234;ts de la classe bourgeoise, afin de garantir la subsistance de la plus-value conserv&#233;e par l'unit&#233; familiale. Les individu.e.s qui, consciemment ou inconsciemment ne correspondent pas &#224; ce mod&#232;le, mettent en danger la stabilit&#233; du r&#233;gime familial et avec elle, la stabilit&#233; de la &lt;i&gt;matrice&lt;/i&gt; du capital. C'est pourquoi il.elle.s sont d'abord pouss&#233;.e.s au changement et, lorsqu'il.elle.s persistent, se retrouvent exil&#233;.e.s de l'&#233;conomie politique familiale. L'&#201;tat bourgeois accentue &#233;galement l'impraticabilit&#233; et l'insignifiance de toute forme de solidarit&#233; ouvri&#232;re construite en marge de la filiation biologique. Ce sont des exp&#233;riences qui traversent les t&#233;moignages d'une majorit&#233; de queers et de camarades qui tissent des r&#233;seaux d'entraide r&#233;ciproque, de formation et de soutien &#233;motionnel en dehors de la logique de la famille nucl&#233;aire bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que les espaces dans lesquels sont entrelac&#233;s ces r&#233;seaux de survie que Nat Raha appelle :&lt;i&gt; reproduction sociale queer&lt;/i&gt; perp&#233;tuent la fiction capitaliste selon laquelle nous ne pouvons prendre soin des &#171; n&#244;tres &#187; que dans des unit&#233;s intimes et domestiques. Nous avons compris que l'abolition de la famille ne consiste pas &#224; reproduire la fiction familiale &#224; travers l'id&#233;e de &#171; familles choisies &#187;, mais &#224; une prise en charge communautaire de tou.te.s. Nous construisons le refuge pour les vies, que le capitalisme dans sa logique impersonnelle, d&#233;cide qu'elles ne comptent pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/rouge_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/rouge_-_copie.jpg?1731403031' width='500' height='710' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les sujets politiques queers partagent souvent le lourd h&#233;ritage historique de mise &#224; la marge, de b&#226;illonnement et d'expulsion de leur propre famille. Il.elle.s doivent &#234;tre conscients que l'abolition du capitalisme implique n&#233;cessairement l'abolition de sa principale institution de reproduction : la famille. Pour reprendre les mots de Holly Lewis : &#171; l'abolition de la famille n'est pas un appel &#224; abolir les liens entre les personnes qui s'aiment &#187;. Nous cherchons &#224; d&#233;truire la capacit&#233; de la classe capitaliste &#224; exploiter et contr&#244;ler nos affects et nos r&#233;seaux de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, nous comprenons que les queers de la classe ouvri&#232;re, de la m&#234;me mani&#232;re que d'autres communaut&#233;s opprim&#233;es, sont &#224; l'avant-garde de la reproduction sociale &#224; venir. Ainsi, les corps noirs que le capitalisme m&#233;prise, les corps queers que le capitalisme m&#233;prise, les corps en situation de handicap et psychiatris&#233;es que le capitalisme m&#233;prise, contiennent le potentiel imaginatif n&#233;cessaire aux relations sociales de l'avenir communiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. Abolition de l'exploitation des corps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous nous confrontons &#224; la question du travail en tant que communistes, nous partons du principe que personne ne devrait avoir &#224; travailler. Le salaire sous-tend une relation d'exploitation dont nous voulons lib&#233;rer tous les corps. La division du travail elle-m&#234;me est &#224; l'origine des probl&#233;matiques de classe, et c'est pourquoi nous nous d&#233;clarons abolitionnistes du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, en tant que personnes queers au sein du marxisme, nous comprenons qu'il ne peut y avoir de libert&#233; en mati&#232;re de sexualit&#233; tant que nous vivons dans le syst&#232;me capitaliste. Par cons&#233;quent, l'objectif des transp&#233;d&#233;gouines de la classe ouvri&#232;re consiste &#224; mettre fin &#224; l'existence du travail et non pas seulement &#224; la mani&#232;re particuli&#232;re dont ce syst&#232;me exerce une r&#233;pression sur la dissidence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous dissocions, par ailleurs, du courant ouvri&#233;riste mystificateur qui consid&#232;re le travail salari&#233; comme &#171; noble &#187;, il n'est rien de plus qu'un pi&#232;ge du capital. Il fait appel &#224; une suppos&#233;e fiert&#233; de classe, quand en r&#233;alit&#233; il ne cherche qu'&#224; reproduire l'h&#233;g&#233;monie capitaliste tout en entravant l'&#233;lan r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, en nous faisant croire que nous tirons un b&#233;n&#233;fice du simple fait de travailler. C'est-&#224;-dire, comme si nous devions remercier nos patrons et nos chefs de nous &#171; laisser &#187; travailler. Le mythe de l'&#233;panouissement individuel par le travail salari&#233; est l'antith&#232;se de notre &#171; travail &#187; en RDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, reconnaissons que le lieu de l'exploitation est le lieu &#224; partir duquel la classe ouvri&#232;re se socialise et s'organise, facilitant la dimension collective, et ayant ainsi le potentiel de g&#233;n&#233;rer des espaces de possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires et de solidarit&#233;s. C'est pourquoi la bourgeoisie tente de d&#233;truire tout espace d'organisation, en particulier ceux qui naissent au sein de la production sociale, comme un maillon faible de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain a la capacit&#233; de d&#233;velopper des technologies qui automatisent les processus de production jusqu'&#224; ce que notre temps soit lib&#233;r&#233; et que nous puissions d&#233;velopper d'autres activit&#233;s pour nous-m&#234;mes &#8212; et non pour survivre sous le r&#232;gne capitaliste. Nous voulons jouir et non pas nous vendre. Voil&#224; qui est difficile &#224; imaginer dans un environnement n&#233;olib&#233;ral, o&#249; m&#234;me nos passe-temps et nos passions sont devenus des marchandises pour cr&#233;er du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, nous comprenons que l'objectif de l'abolition du travail inclut l'abolition du travail sexuel. Nous ne voyons aucune contradiction entre cet objectif et l'aide aux travailleur.euse.s dans leurs luttes pour survivre &#224; l'horreur capitaliste. Comme Silvia Federici, nous disons : &#171; Je suis aussi une abolitionniste : je veux abolir le capitalisme ; je veux abolir le travail salari&#233; ; je veux abolir l'exploitation &#187;. Mais, dans le m&#234;me temps, nous ne pouvons pas dire : &#171; tel type d'exploitation est acceptable et tel autre ne l'est pas &#187;. Pour nous, l'abolitionnisme du travail n'implique pas une alliance avec les propositions n&#233;olib&#233;rales bas&#233;es sur des fantasmes punitivistes, qui cherchent &#224; donner plus de pouvoir &#224; l'&#201;tat bourgeois &#224; partir de ses outils r&#233;pressifs et coloniaux. De m&#234;me, en tant que communistes, nous sommes oppos&#233;es &#224; l'exercice d'une quelconque tutelle sur les autres travailleur.euse.s, car tant que nous sommes unies par l'oppression, nous ne pouvons que construire la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, lorsqu'on aborde la question de l'exploitation des corps, il est in&#233;vitable de mentionner la traite des &#234;tres humains. Comme le souligne Holly Lewis, &#171; la traite - sexuelle ou autre &#8212; est un probl&#232;me d'&#233;conomie politique, et non de morale ou de patriarcat &#187;. La diff&#233;rence entre le march&#233; du travail conventionnel et la traite des &#234;tres humains est que le statut de travailleur est d&#233;fini sur la base de l'exploitation, alors que les personnes asservies sont elles-m&#234;mes des marchandises. La s&#233;paration entre exploitation et d&#233;shumanisation s'amenuise, mais elle s'accompagne d'un &#171; changement de paradigme &#187;. Pour reprendre les mots de Lewis : &#171; le fait qu'une transaction &#233;conomique soit li&#233;e au sexe ne transforme pas par magie le fonctionnement du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;manciper &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les corps de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les oppressions, pour faire p&#233;rir l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, cette cr&#233;ation du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. Culture pour une nouvelle soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pouvoir du capitalisme semble absolu, comme l'&#233;tait autrefois le droit divin des rois. Cependant, les &#234;tres humains peuvent r&#233;sister au pouvoir, le transformer.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Imaginons nos mondes afin de les cr&#233;er. L'art n'est pas exclusivement bourgeois. Ne rel&#233;guons pas l'esth&#233;tique &#8212; selon les termes d'Herbert Marcuse &#8212; &#224; une place &#171; mineure &#187; &#224; &#233;manciper. Nous suivons des personnalit&#233;s comme Raymond Williams pour qui la culture s'entend comme quelque chose d'ordinaire, constamment produite et reproduite. Pour offrir de nouveaux horizons &#224; la communaut&#233;, nous misons sur une communication de proximit&#233; : nous n'avons pas l'intention d'imposer quoi que ce soit &#224; une masse ignorante, car nous ne consid&#233;rons pas les gens comme une masse ignorante. Notre intention n'est pas d'&#233;crire pour &#233;taler nos connaissances. La culture que nous &#233;laborons ici est issue de la communaut&#233; et en direction de celle-ci. Nous ne voulons ni de la culture visant &#171; la populace &#187;, produite uniquement pour ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, ni celle que la classe capitaliste consid&#232;re traditionnellement comme de bon gout. Pour la bourgeoisie, nous sommes d&#233;j&#224; les m&#233;chant.e.s queers auxquels l'oligopole de Disney a fait une place : soyons donc celles et ceux qui offrent une direction communiste &#224; la culture de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont le capitalisme utilise l'art pour se reproduire doit &#234;tre analys&#233;e afin de prouver &#224; chacun qu'il n'y a pas d'alternative &#224; ce pouvoir &#171; absolu &#187;. Il a cherch&#233; &#224; &#233;teindre nos &#233;nergies r&#233;volutionnaires par des concessions qui peuvent sembler importantes pour des individus &#8212; la repr&#233;sentation des personnes LGBT dans l'art &#8212; mais ceux-ci ont &#233;t&#233; coopt&#233;s pour nous rendre complices de l'oppression capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#233;galement &#233;tudier l'art queer comme un possible lieu de r&#233;volution, pour soutenir et renforcer ses diff&#233;rentes expressions, pour trouver de nouvelles formes de cr&#233;ation &#224; m&#234;me d'&#233;branler l'impasse du pr&#233;sent capitaliste. Mais aussi retirer ses outils &#224; la bourgeoisie. Qui mieux que les personnes queers, qui se sont historiquement r&#233;appropri&#233; leur stigmate, sont &#224; m&#234;me de changer les significations h&#233;g&#233;moniques qui conditionnent la fa&#231;on dont nous percevons le monde ? Nous devons &#339;uvrer &#224; se r&#233;approprier notre pass&#233;. Combien d'&#233;coles de cin&#233;ma cachent encore le fait que l'un des cr&#233;ateurs du montage, Sergei Eisenstein, &#233;tait homosexuel ? Combien de contributions de personnes queers risquent de disparaitre pour avoir essay&#233; de contribuer &#224; une culture &#233;mancipatrice ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;clarons la guerre &#224; l'h&#233;g&#233;monie existante et, bien que nous connaissions les limites que nous impose le syst&#232;me capitaliste, nous proposons de produire et d'exp&#233;rimenter de nouvelles fa&#231;ons de vivre ensemble. Nous pensons qu'une h&#233;g&#233;monie alternative est possible, dans laquelle nous pourrons donner du poids &#224; ces formes &#233;mergentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. Nous entraider dans la r&#233;volte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la division sexuelle du travail, les femmes ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;es au travail domestique. Prendre soin de la famille &#233;tait le pilier stable qui maintenait les engrenages du capitalisme. Il &#233;tait de leur ressort de prendre soin des bouches &#224; nourrir qui, plus tard, feraient de m&#234;me. Le soin dispens&#233; &#233;tait unidirectionnel, altruiste, moral. Le courant h&#233;g&#233;monique lui a conf&#233;r&#233; le biologisme qui impr&#233;gnait d&#233;j&#224; les r&#244;les de genre f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es les plus sombres de l'histoire, les dissident.e.s sexuel.le.s et de genre ont &#233;t&#233; contraint. e. s de se cacher, au risque d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;. e. s, voire assassin&#233;. e. s. Mais c'est au cours de ces ann&#233;es d'extr&#234;me marginalisation et de criminalit&#233; que nous avons commenc&#233; &#224; nous rencontrer et &#224; nous reconna&#238;tre. Se rassembler pour survivre, pour l&#233;gitimer notre existence. Et au fil du temps, partager culture et identit&#233;, et m&#234;me se projeter dans un avenir dans lequel nous appartiendrions &#224; la norme. Nous avons exist&#233; pour le capitalisme, il nous a m&#234;me sembl&#233; &#234;tre accept&#233; par le syst&#232;me, mais &#224; quel prix ? Une fois que Chueca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chueca est le quartier gay de Madrid, p&#244;le de la communaut&#233; LGBT d'Espagne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Torremolinos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ville baln&#233;aire d'Andalousie, reconnu mondialement comme une destination far (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Gaixample&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaixample, form&#233; des termes catalan &#171; gai &#187; et &#171; eixample &#187; est le nom (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont &#233;t&#233; conquis par les int&#233;r&#234;ts du capitalisme et que les num&#233;ros des transformistes et des drags du quartier ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par RuPaul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rupaul's drag race est une &#233;mission de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; mettant en sc&#232;ne une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toutes les ann&#233;es d'apprentissage de l'autogestion et de la cr&#233;ation d'espaces accueillants ont &#233;t&#233; d&#233;finitivement annihil&#233;es. C'est ce qui s'est pass&#233; pour Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson, sanctifi&#233; par le capitalisme, mais qui v&#233;curent dans une absolue mis&#232;re du fait d'&#234;tre des travailleuses queers. Sauv&#233;es de l'histoire uniquement pour en faire des martyrs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la mont&#233;e des violences &#224; l'encontre des r&#233;alit&#233;s LGTBI, et particuli&#232;rement des personnes dissidentes, nous avons provoqu&#233; un autre incendie de radicalit&#233;. Comme au cours de la crise du VIH, comme sous le r&#233;gime franquiste, les marginalis&#233;.e.s se sont montr&#233;.e.s solidaires dans des moments de profonde impuissance et de rage. Il est de notre responsabilit&#233; d'employer toute cette force contre-productive &#224; nous organiser, en cherchant ou en fondant de nouveau, des espaces accueillants dans lesquels nous pouvons d&#233;velopper des projets p&#233;dagogiques et r&#233;volutionnaires. Nous voulons r&#233;cup&#233;rer les espaces qui nous appartiennent, en rassemblant et en d&#233;battant de l'ensemble de notre corpus th&#233;orique, en le construisant avec des blocs conceptuels solides, ciment&#233;s avec soin et solidarit&#233;. Nous reproduisons ainsi les vies que le syst&#232;me souhaiterait mortes. Brice Chamouleau nous indique la direction &#224; emprunter : &#171; prendre les armes contre un monde symbolique profond&#233;ment in&#233;galitaire, et contre ceux qui reproduisent ces in&#233;galit&#233;s sociales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, nous sommes plus fort que tout. Nous sommes sortis de la petite ruelle dans laquelle nous nous &#233;tions cach&#233;s depuis la r&#233;volution sexuelle &#8212; et dans laquelle nous &#233;tions toujours rest&#233;s. Nous avons lutt&#233; contre les pr&#233;jug&#233;s intracommunautaires. Nous avons essay&#233; de gu&#233;rir le ressentiment g&#233;n&#233;rationnel. Nous avons &#233;t&#233; une arm&#233;e d'amoureux. Et nous avons lutt&#233;. Parce que nous avons bien compris que notre ennemi est le capital et que celui-ci favorise la concurrence, les niches, l'intol&#233;rance et la m&#233;fiance, le geste le plus combatif que nous pouvons lui opposer est celui de nous unir et de prendre soin les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouver dans nos relations le foyer qui nous a &#233;t&#233; enlev&#233;, mais ne jamais devenir propri&#233;taire ; tout br&#251;ler jusqu'&#224; ce que notre maison soit l'Univers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX. Nous voulons tout&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si vous les laissez attaquer les rouges, ils attaqueront les noirs, et si vous les laissez attaquer les noirs, ils attaqueront les p&#233;d&#233;s. Nous sommes tou.te.s li&#233;.e.s, c'est pourquoi nous devons rester ensemble.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Syndicat national des cuisiniers de marine et stewards &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien ne terrifie plus la classe capitaliste que la solidarit&#233; entre les opprim&#233;.e.s et les exploit&#233;.e.s du monde entier. Dans la lutte, les personnes queers entrelacent les solidarit&#233;s avec les personnes racis&#233;es, les personnes en situation de handicap, les personnes psychiatris&#233;es, les migrant.e.s et les luttes de femmes. &#192; partir de notre praxis politique, nous construisons des solidarit&#233;s offensives qui partagent le m&#234;me horizon d'&#233;mancipation que le reste des luttes. Comme l'ont d&#233;j&#224; dit les camarades de &lt;i&gt;Third World Gay Revolution&lt;/i&gt; : leurs victoires seront &#233;galement nos victoires. Notre libert&#233; ne viendra que lorsque nous serons tou.te.s libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe des capitalistes souhaite nous atomiser, car comme nous l'ont appris Marx et Engels, &#171; Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citation du Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils exploitent les dissidences sexuelles qui nous constituent pour nous maintenir s&#233;par&#233;s les un.e.s des autres. Au cri de &#171; p&#233;d&#233; &#187;, ils corrodent la solidarit&#233; entre nous. Cependant, la classe ouvri&#232;re cish&#233;t&#233;ronormative ne profite aucunement de l'oppression des personnes queers. Ce jeu de division entre la classe ouvri&#232;re cish&#233;t&#233;ronormative et les transp&#233;d&#233;gouines de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; jou&#233; par des secteurs r&#233;actionnaires qui s'autoproclament communistes. Ils cr&#233;ent de fausses dichotomies entre les besoins de la classe ouvri&#232;re et un soi-disant lobby queer dont ils consid&#232;rent les besoins comme frivoles. Sant&#233; publique ou langage inclusif ? Droits du travail ou toilettes mixtes ? Nous voulons tout. On veut le pain et on veut les roses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous r&#233;approprier et redonner du sens au mot camarade. Pour tisser les luttes du pr&#233;sent, nous devons construire, tous ensemble, un horizon commun, une id&#233;ologie suffisamment commune, un engagement collectif qui s'&#233;tend au-del&#224; du partage des actions sectorielles. Comme nous le rappelle la camarade Jodi Dean, un camarade est celui avec qui vous pouvez mener le combat au long cours. Pour se faire, nous devons construire un d&#233;sir commun partag&#233; avec les personnes racis&#233;es, les personnes en situation de handicap, les psychiatris&#233;.e.s, les migrant. e. s, les femmes, la classe ouvri&#232;re cis-h&#233;t&#233;ronormative et nous, les dissident.e.s sexuel.le.s. C'est ce d&#233;sir commun partag&#233; qui nous permettra de rompre avec les identitarismes et les fractures : tout donner, tout transformer, demander l'impossible, ne laisser aucune relation sociale intacte de ce bouleversement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X. R&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation des dissident.e.s sexuel.le.s de la classe ouvri&#232;re n'a qu'une seule voie : rompre avec les cha&#238;nes des relations sociales capitalistes qui nous maintiennent attach&#233;s &#224; une vieille institution familiale dans laquelle nos corps et nos mani&#232;res d'&#234;tre ne seront jamais pleinement possibles. Enrayons le rouage h&#233;t&#233;ronormatif de la plus-value et mettons fin &#224; la violence disciplinaire que la soci&#233;t&#233; de classe exerce sur les vies queers. Plus jamais de reproduction de l'ancien monde au nom de la normalit&#233; : tout ce qui est acceptable m&#233;rite de p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la temp&#234;te bourgeoise, nous sommes le rouge de l'arc-en-ciel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte traduit par Duchesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Invert&lt;/i&gt; est une revue marxiste contemporaine ax&#233;e sur l'abolition du genre et la lib&#233;ration des femmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://invertjournal.org.uk/posts?view=articles&amp;post=7498198#transsexual-solidarity-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://invertjournal.org.uk/posts?view=articles&amp;post=7498198#transsexual-solidarity-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pinko est un collectif qui cherche &#224; penser ensemble un communisme gay. Ils publient un num&#233;ro papier semestriel, des zines p&#233;riodiques et h&#233;bergent diverses contributions, essais, traductions, documents d'archives, sur leur site Web.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://pinko.online/magazine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pinko.online/magazine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chueca est le quartier gay de Madrid, p&#244;le de la communaut&#233; LGBT d'Espagne, et l'un des plus importants au monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ville baln&#233;aire d'Andalousie, reconnu mondialement comme une destination far du tourisme LGBT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaixample, form&#233; des termes catalan &#171; gai &#187; et &#171; eixample &#187; est le nom d&#233;signant le quartier gay de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rupaul's drag race&lt;/i&gt; est une &#233;mission de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; mettant en sc&#232;ne une comp&#233;tition entre drag queen destin&#233;e &#224; d&#233;crocher le titre d'&lt;i&gt;America's next drag superstar&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citation du Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, publi&#233; en 1848. Premi&#232;re partie : Bourgeois et prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voici... Zouc</title>
		<link>https://trounoir.org/Voici-Zouc</link>
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		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
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		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>
		<dc:subject>Zouc</dc:subject>
		<dc:subject>Herv&#233; Guibert</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des films, des spectacles, un clip avec Myl&#232;ne Farmer, un entretien avec Marguerite Duras et un autre avec Herv&#233; Guibert. Voici&#8230; Zouc.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-" rel="directory"&gt;VINGT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Portrait-94-+" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Herve-Guibert-+" rel="tag"&gt;Herv&#233; Guibert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/zouc.jpg?1731403067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Zouc, ne la d&#233;couvrant que r&#233;cemment, lorsqu'&#224; la mort du chanteur Patrick Juvet en avril dernier, une vid&#233;o d'elle lui d&#233;clarant sa flamme sur un plateau de la t&#233;l&#233;vision suisse circule sur les r&#233;seaux sociaux. La com&#233;dienne y d&#233;ploie son art de la mise en sc&#232;ne, sachant pertinemment qu'une d&#233;claration d'amour doit aller jusqu'au bout sans se faire couper par cet animateur t&#233;l&#233; soucieux que le public comprenne bien ce qu'il se passe. Elle attrape un lecteur-cassette qu'elle a amen&#233; sur le plateau et nous fait &#233;couter un live de la chanson &#171; Les bleus au c&#339;ur &#187; qu'elle a enregistr&#233;e. &#171; Les gens ils vont comprendre, ils ne sont pas cons &#187;. Pas besoin d'explication. C'est un coup de foudre qui devait s'approfondir en allant &#224; la rencontre de ce qu'elle a fait des ann&#233;es 1970 jusqu'aux ann&#233;es 1990 : des films, des spectacles, un clip avec Myl&#232;ne Farmer, un entretien avec Marguerite Duras et un autre avec Herv&#233; Guibert. Voici&#8230; Zouc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe height=700 src=&#034;https://www.rts.ch/play/embed?urn=urn:rts:video:11540339&amp;subdivisions=false&#034; allowfullscreen allow=&#034;geolocation *; autoplay; encrypted-media&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que d'aucuns ne pardonnent pas &#224; Zouc, c'est son indiscr&#233;tion, son sans-g&#234;ne, son rire fraternellement sacril&#232;ge et d&#233;mystificateur, c'est de sauter joyeusement les cl&#244;tures, de regarder ce qui ne vous regarde pas, d'ignorer les tabous, d'ouvrir tout grand les tabernacles, cabinet de m&#233;decins, salle de malades, jusqu'au cercueil du cher disparu, c'est de d&#233;ranger et de perturber joyeusement la bonne conscience, qui n'est d'ailleurs souvent qu'une tranquille inconscience &#187; (Roger Montandon)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On entre gentiment dans l'int&#233;rieur des gens. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Zouc est n&#233;e en 1950 et a grandi en Suisse, dans le canton du Jura. A 16 ans, elle entre au conservatoire de Lausanne et pr&#233;sentera ses premiers num&#233;ros deux ans plus tard. Mais elle &#233;touffe dans sa Suisse natale, quelque chose ne tourne pas rond et elle fait un s&#233;jour en h&#244;pital psychiatrique. Un plus tard, elle d&#233;barque &#224; Paris et frappe &#224; la porte du peintre Roger Montandon qu'elle avait d&#233;j&#224; rencontr&#233; dans son adolescence. La rencontre avec cet artiste va prendre de l'&#233;paisseur lorsqu'elle posera pour lui. Elle commence sa carri&#232;re de com&#233;dienne dans le tout petit th&#233;&#226;tre de &lt;i&gt;La Vieille Grille&lt;/i&gt; &#224; Paris. Puis joue &#171; L'Alboum &#187; au th&#233;&#226;tre de &lt;i&gt;L'Atelier&lt;/i&gt; en 1972, un spectacle rendu ensuite disponible sur vinyle. Elle interpr&#232;te des personnages qu'elle a observ&#233;s ou qu'elle a connus. En 1970, elle est form&#233;e par la com&#233;dienne Tania Balachova, grande enseignante d'art dramatique ayant notamment travaill&#233; avec Antonin Artaud (et plusieurs artistes suivront ses cours comme Michael Lonsdale, Delphine Seyrig, Maurice Garrel ou Josiane Balasko). N&#233;anmoins, Zouc insiste pour dire que ses plus grandes exp&#233;riences ne viennent pas de la sc&#232;ne mais de ce qu'elle a pu saisir de la vie elle-m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;Je mets sur un plateau des sc&#232;nes que j'ai vues, c'est tout&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme une com&#233;dienne debout sur un n&#233;nuphar dans un lac de cin&#233;ma, quand elle se penche vers la surface de l'eau plusieurs personnes apparaissent : la m&#232;re, la folle, le cur&#233;, la fille, l'idole, l'&#233;coli&#232;re, la grosse, la bourgeoise, la solitaire, la paysanne, la patronne, la t&#233;m&#233;raire, la s&#233;ductrice, la bonne, l'institutrice, le commer&#231;ant, la spectatrice, le m&#233;decin, la magicienne. Tous ces personnages sont puis&#233;s dans son existence, ce sont des rencontres, des observations minutieusement op&#233;r&#233;es notamment dans sa famille, son entourage et &#224; l'&#233;cole, mais aussi &#224; l'h&#244;pital psychiatrique o&#249; elle a &#233;t&#233; intern&#233;e pendant 18 mois &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il suffit qu'elle se d&#233;place, qu'elle modifie l&#233;g&#232;rement son timbre de voix, pour qu'un nouveau personnage apparaisse, sans transition car ses personnages ne sont jamais annonc&#233;s, les changements (montage) se font de l'int&#233;rieur emport&#233;s par un flux vital imperturbable (sans fin). Cette polyphonie est sans interruption, d&#233;nu&#233;e de spectacle, elle proc&#232;de par variations successives : Zouc se rend disponible &#224; ces autres qui sont aussi ses avatars.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'aimerais que par moi on arrive &#224; traverser, c'est-&#224;-dire que je sois le joint, et que par ma pr&#233;sence en sc&#232;ne &#231;a &#233;veille en chacun ce qu'il a en lui. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une des plus belles interviews est celle qu'elle a accord&#233;e &#224; Marguerite Duras en d&#233;cembre 1984. Il s'agit plut&#244;t d'un dialogue, finalement, entre ces deux femmes se d&#233;couvrant une complicit&#233; cr&#233;atrice. On y comprend que s'il existe une technique propre &#224; Zouc pour interpr&#233;ter ses personnages &#8211; entrer gentiment dans quelqu'un &#8211;, il s'agit moins d'une astuce de com&#233;dienne que d'une fa&#231;on de vivre et de dialoguer avec les gens. Elle dit &#224; Duras : &#171; &lt;i&gt;Le plan physique, c'est le plus important pour recevoir ce que je fais. J'ai d&#233;cid&#233; que je ne pourrais vivre la vie que si j'ai des contacts de personne &#224; personne, mais au point d'oublier tout, tout le reste, et n'&#234;tre qu'avec cette personne, la regarder jusqu'au fond de ce qu'elle a v&#233;cu. Il me faut tout le temps me gommer pour ne recevoir que ce qu'on me donne.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, technique tout de m&#234;me, cela rappelle ces mani&#232;res de se retirer de soi-m&#234;me pour laisser la place &#224; &#171; quelque chose &#187; ou &#224; &#171; quelqu'un &#187; comme le fait &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Jack-Spicer-ou-la-passivite-primordiale-175&#034;&gt;le po&#232;te Jack Spicer&lt;/a&gt; qui se compare &#224; une antenne de radio lorsqu'il se met &#224; &#233;crire, ou comme la cin&#233;aste Chantal Akerman qui devient une plaque photo-sensible lorsqu'elle tourne un documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/lj5V29j9YIg&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain Herv&#233; Guibert a 22 ans lorsque Zouc le choisit pour qu'il r&#233;alise un entretien avec elle. En huit apr&#232;s-midi, Zouc et Guibert se sont retrouv&#233;s pour qu'elle parle et pour accoucher de ce qui sera publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;Zouc par Zouc&lt;/i&gt; en 1978. Les questions, les relances, les mots de Guibert ont &#233;t&#233; gomm&#233;s pour laisser uniquement la place &#224; la retranscription manuscrite de la parole de Zouc mont&#233;e par th&#232;mes : le jeu, le village, l'enterrement, l'asile, les gros n&#233;n&#233;s et les hauts talons, les paysans, la r&#233;pulsion, le plaisir, les images, etc. Et &#224; propos du genre, des hommes et des femmes, elle dira : &#171; &lt;i&gt;Faisant partie des nanas qu'on pr&#233;sente facilement aux copains, puisque je n'&#233;tais pas une relation de d&#233;sir, j'ai l'habitude que l'homme me parle comme &#224; un copain. C'&#233;tait &#224; la fois ma chance et mon malheur. Parce que je sais ce que les hommes recherchent, ce qui les fait souffrir et les bloque, j'ai un rapport privil&#233;gi&#233; avec eux, et comme je ne veux pas me laisser avoir dans le pi&#232;ge du sexe, j'ai le m&#234;me int&#233;r&#234;t pour les femmes que pour les hommes. Mon int&#233;r&#234;t c'est que la personne en face de moi ait la possibilit&#233; de me parler en mettant de c&#244;t&#233; son &#233;ducation, en oubliant ses notions de bien et de mal. Il faut qu'elle sache que, m&#234;me si elle va tr&#232;s loin, dans n'importe quel sens, elle ne me fera nullement peur.&lt;/i&gt; &#187; (Zouc par Zouc, p. 25)&lt;br class='autobr' /&gt;
Expuls&#233;e des relations de d&#233;sir, ce corps de gros bloc sombre, dr&#244;le, et sans-g&#234;ne, ne pouvait que prendre sa part d'observation pour transformer le manque en un singulier champ de force magn&#233;tique qui attire les fous, les d&#233;traqu&#233;s, les d&#233;prim&#233;s, cherchant &#224; raconter quelques v&#233;rit&#233;s inentendables. Qui est encore capable de &#231;a aujourd'hui sans se sentir oblig&#233; d'apposer une grille de lecture sociologique, de d&#233;livrer un &#171; message &#187;, ou de faire passer l'auteur avant le personnage ? Il ne s'agit pas pour Zouc de se placer au-dessus de ses objets de m&#233;pris ou d'admiration, ni de g&#233;n&#233;rer un commentaire social &#224; partir d'eux, mais de donner une occasion aux spectateurs d'exp&#233;rimenter une lecture authentique du monde &#224; partir de ce qui leur &#233;chappe, c'est-&#224;-dire : le moins avouable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai une grande tendresse pour ceux qui r&#233;agissent, m&#234;me maladroitement, &#224; la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle poss&#232;de un profond sens du tragique qui a certainement d&#251; plaire &#224; Myl&#232;ne Farmer (eh oui, comme quoi apr&#232;s Marguerite Duras, Herv&#233; Guibert, Patrick Juvet, il ne manquait plus qu'elle pour faire de Zouc une parfaite fille &#224; p&#233;d&#233;s) et qui dira de Zouc sur un plateau t&#233;l&#233; o&#249; elle est pr&#233;sente : &#171; &lt;i&gt;C'est quelqu'un qui a le geste, la voix et surtout le silence et c'est pour moi un personnage de Bergman et Dieu sait que j'aime le cin&#233;ma de Bergman.&lt;/i&gt; &#187; Zouc interpr&#233;tera deux mois apr&#232;s ce passage t&#233;l&#233; un r&#244;le important dans le clip vid&#233;o &#171; Sans contrefa&#231;on &#187; r&#233;alis&#233; par Laurent Boutonnat o&#249; elle joue une magicienne donnant vie &#224; un pantin de bois &#224; l'effigie de Myl&#232;ne Farmer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/mylene-farmer-1987-tournage-clip-sans-contrefacon-joel-casano-101m2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/mylene-farmer-1987-tournage-clip-sans-contrefacon-joel-casano-101m2.jpg?1731403026' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Zouc et Myl&#232;ne Farmer. Tournage du clip &#034;Sans contrefa&#231;on&#034;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Zouc a &#233;galement jou&#233; dans quelques films de cin&#233;ma tels que &#171; Parlez-moi d'amour &#187; (1975) de Michel Drach o&#249; elle joue une boulimique d&#233;pressive, le film d&#233;lirant de William Klein &#171; Le couple t&#233;moin &#187; (1977) avec An&#233;mone et Andr&#233; Dussollier, et surtout dans le magnifique &#171; Monsieur Abel &#187; (1983) de Jacques Doillon tourn&#233; pour la t&#233;l&#233;vision. Elle y interpr&#232;te Gervaise, la gouvernante de Monsieur Abel qui se rend compte de sa fascination de celui-ci pour les jambes de femmes et qui d&#233;cide de lui procurer un cadavre aux jambes magnifiques&#8230; Un film d&#233;licieux de f&#233;tichisme et de surr&#233;alisme, avec ce personnage de Gervaise qui ressemble tellement &#224; ceux qu'elle interpr&#232;te dans ses spectacles. Une variation zoucienne suppl&#233;mentaire donc, mais avec la mise en sc&#232;ne de Doillon comme nouveaut&#233;. Ce film est arriv&#233; &#224; un moment difficile de sa vie o&#249; ses spectacles ne lui avaient pas permis de se r&#233;concilier avec le monde social : &#171; &lt;i&gt;Un jour j'ai d&#251; arr&#234;ter, je ne pouvais plus continuer avec antid&#233;presseurs, calmants, anxiolytiques, somnif&#232;res et en arr&#234;tant les m&#233;dicaments des choses arrivent qu'il faut encore soigner, il faut aller chercher autre chose. Et c'est Monsieur Abel qui est arriv&#233;, avec Jacques Doillon. Je touchais le fond. Il m'a t&#233;l&#233;phon&#233; un jour, je me souviens, je passais l'aspirateur, et j'ai tout de suite senti une sympathie, un vrai d&#233;sir de sa part. Je me suis lanc&#233;e, &#231;a m'a fait recommuniquer de fa&#231;on urgente. C'&#233;tait plus qu'une exp&#233;rience, un bout de vie avec quelqu'un.&lt;/i&gt; &#187; (Entretien pour les Cahiers du cin&#233;ma, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zouc a du arr&#234;ter sa carri&#232;re &#224; cause de graves probl&#232;mes de sant&#233; qui lui ont fait perdre souffle suite &#224; une maladie nosocomiale contract&#233;e lors d'une op&#233;ration du cancer du sternum. Ce qui fait qu'elle a produit peu d'&#339;uvres, disons quelques spectacles, quelques films, quelques apparitions t&#233;l&#233;visuelles, quelques entretiens. Mais rien ne doit nous emp&#234;cher de faire retour de temps en temps vers son travail de com&#233;dienne, d'aller puiser dans cette honn&#234;tet&#233; qui la caract&#233;rise et qui forme la mati&#232;re m&#234;me de ses spectacles. Parce qu'elle va chercher le rire et le malaise dans un m&#234;me mouvement pour faire appel &#224; nos n&#233;vroses contemporaines, Zouc sugg&#232;re que l'acte de cr&#233;ation n'est pas un geste qui s'effectue en dehors du monde r&#233;el mais &#224; dada sur sa limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/img_20211223_182910.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/img_20211223_182910.jpg?1731403021' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin dans la d&#233;couverte de Zouc : &lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Le documentaire de Charles Brabant &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ceqhQWSAm80&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Zouc, le miroir des autres&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; r&#233;alis&#233; en 1976.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ceqhQWSAm80&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce reportage o&#249; Zouc nous fait d&#233;couvrir&lt;/a&gt; la petite ville suisse de Saignel&#233;gier o&#249; elle a v&#233;cu son enfance.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/344300725&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Dans ma chambre&#034;, montage vid&#233;o de Yves-Marie Mah&#233;&lt;/a&gt; o&#249; Zouc parle de son internement de 6 mois en h&#244;pital psychiatrique.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Le livre d'entretien avec Herv&#233; Guibert &lt;a href=&#034;https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-arbalete-Gallimard/Zouc-par-Zouc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Zouc par Zouc&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/zouc-je-n-ai-pas-l-experience-de-la-scene-j-ai-l-experience-d-un-petit-apercu-de-la-vie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'entretien radiophonique&lt;/a&gt; pour l'&#233;mission la &#171; Salle de r&#233;daction &#187; en 1972.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Le &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1984/12/13/duras-zouc_3022569_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dialogue entre Zouc et Marguerite Duras&lt;/a&gt; pour Le Monde en 1984.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Portrait de Magnus Hirschfeld</title>
		<link>https://trounoir.org/Portrait-de-Magnus-Hirschfeld</link>
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		<dc:date>2021-12-27T22:39:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>Ann&#233;es 1920</dc:subject>
		<dc:subject>Homosexualit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Exploration d'une &#233;poque au travers d'une figure de son temps : Magnus Hirschfeld.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-" rel="directory"&gt;VINGT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Portrait-94-+" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1920-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1920&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homosexualite-+" rel="tag"&gt;Homosexualit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/portrait.jpg?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La publication de l'article &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Homosexualite-pendant-la-Seconde-Guerre-mondiale&#034;&gt;&#034;Homosexualit&#233; pendant la Seconde Guerre mondiale&#034;&lt;/a&gt;le mois dernier, ouvrait une porte sur une s&#233;rie d'interrogations &#224; propos du rapport qu'entretient l'homosexualit&#233; avec la politique. Non seulement comme une figure clivante, pourchass&#233;e et pers&#233;cut&#233;e, mais d&#232;s l'entre-deux-guerres comme un champ politique &#224; part enti&#232;re dont la lecture aurait comme pouvoir la cons&#233;cration ou la ruine d'une soci&#233;t&#233;. C'est pour approfondir ces questions que nous proposons ce portrait de Magnus Hirschfeld.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Attendu que, d&#232;s 1869, les administrations sanitaires centrales autrichiennes comme Allemande &#8211; dont sont membres des hommes comme Lagenbeck et Virchow &#8211; firent une expertise command&#233;e selon laquelle les menaces de p&#233;nalisation des rapports homosexuels devraient &#234;tre abolies, all&#233;guant que les actes en question ne se distinguaient pas des autres actes, nulle part jusqu'&#224; pr&#233;sent menac&#233;s de p&#233;nalisation, actes qui seraient perp&#233;tr&#233;s sur son propre corps, entre femmes ou entre hommes et femmes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vu que l'abrogation de telles dispositions p&#233;nales en France, en Italie, en Hollande et dans de nombreux autres pays ne s'est ensuivie d'aucune d&#233;pravation et n'a pas eu d'autres cons&#233;quences f&#226;cheuses ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Consid&#233;rant que la recherche scientifique, qui s'est occup&#233;e ces vingt derni&#232;res ann&#233;es tr&#232;s s&#233;rieusement de la question homosexuelle (amour sensuel entre personnes du m&#234;me sexe), anim&#233;e par des savants de langue allemande, anglaise et fran&#231;aise, a &#233;tabli ceci sans exception &#8211; ce qu'exprim&#232;rent d&#233;j&#224; les premiers savants qui se pench&#232;rent sur cette question &#8211; qu'il devait s'agir, quant &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne aussi g&#233;n&#233;ralement r&#233;pandu dans l'espace et le temps de par sa nature, du r&#233;sultat d'une disposition due &#224; la constitution interne du sujet ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignant qu'il est pour ainsi dire consid&#233;r&#233; comme acquis actuellement que les origines de ce ph&#233;nom&#232;ne, &#224; premi&#232;re vue myst&#233;rieux, sont &#224; chercher parmi les conditions de l'&#233;volution, lesquelles d&#233;pendent de la constitution bisexuelle (androgyne) primitive de l'homme, d'o&#249; il s'ensuit que personne ne peut se voir attribuer une quelconque culpabilit&#233; morale pour une telle disposition affective ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vu que cette disposition homosexuelle a besoin la plupart du temps de passer &#224; l'acte &#224; un m&#234;me degr&#233;, et souvent encore &#224; un plus haut degr&#233;, que la normale ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Attendu que, selon l'avis de tous les experts, le co&#239;t anal et oral est relativement rare dans l'&#233;change sexuel inverti et, en tous cas, pas plus r&#233;pandu que dans l'acte sexuel normal ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tant donn&#233; que, parmi ceux qui &#233;prouv&#232;rent cette sorte de sentiments, comme cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; non seulement pour l'Antiquit&#233; classique, mais pour toutes les &#233;poques, la n&#244;tre comprise, se sont trouv&#233; des hommes et des femmes de la plus grande valeur intellectuelle ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Consid&#233;rant que la loi existante ne d&#233;livre aucun inverti de ses instincts, mais qu'en revanche elle a pourchass&#233; un grand nombre de braves gens utiles, &#224; qui la nature porte plus qu'assez pr&#233;judice et qu'elle les a pouss&#233;s injustement &#224; la honte, au d&#233;sespoir et m&#234;me &#224; la folie et &#224; la mort, m&#234;me lorsque la peine n'&#233;tait que d'un jour de prison &#8211; dans l'Empire allemand, c'est la peine minimale pour cette conduite &#8211; ou lorsque seule une instruction pr&#233;liminaire a &#233;t&#233; ouverte ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compte tenu de ce que ces dispositions p&#233;nales ont grandement favoris&#233; le r&#232;gne du chantage &#224; grande &#233;chelle et la prostitution masculine, hautement r&#233;pr&#233;hensible, les soussign&#233;s, dont les noms r&#233;pondent du s&#233;rieux et de l'int&#233;grit&#233; de leurs intentions, anim&#233;s par la passion de la v&#233;rit&#233;, de la justice et de l'humanit&#233;, d&#233;clarent que la version actuelle du Paragraphe 175 du Code p&#233;nal est inconciliable avec les progr&#232;s de la connaissance et incitent le corps l&#233;gislatif &#224; modifier ce paragraphe le plus rapidement possible, de telle sorte que, &#224; l'instar des pays susnomm&#233;s, soit condamnables les actes sexuels entre personnes du m&#234;me sexe aussi bien qu'entre personnes de sexes diff&#233;rents (homosexuels comme h&#233;t&#233;rosexuels), quand ils sont pratiqu&#233;s en faisant usage de la violence, quand ils impliquent des personnes &#226;g&#233;es de moins de seize ans ou quand ils sont l'occasion d'une &#171; atteinte publique &#224; la pudeur &#187; (c'est-&#224;-dire en infraction au Paragraphe 183 du Code p&#233;nal). &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;tition est le premier geste public et assum&#233;, d'envergure internationale, &#224; l'encontre de la loi allemande anti-homosexuelle, le paragraphe 175&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un approfondissement concernant le paragraphe 175, voir l'article de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes en 1897 et ce coup d'&#233;clat vient d'&#234;tre orchestr&#233; par Magnus Hirschfeld &#224; travers le fraichement cr&#233;&#233; Comit&#233; humanitaire et scientifique, WhK. En quelques ann&#233;es, cette p&#233;tition obtiendra plus de six mille signatures parmi lesquelles celles d'artistes comme Hermann Hesse, Thomas Mann, Rainer Maria Rilke, Stephan Zweig, Lou Andr&#233;a Salom&#233;, Karl Jaspers, Georg Grosz, Gerhart Hauptmann, de m&#233;decins comme Sigmund Freud, d'hommes politiques comme celle du futur ministre des Finances Rudolf Hilferding, des leaders sociod&#233;mocrates August Bebel, Karl Kautsky, Eduard Bernstein, des sociologues comme Max Scheller et Franz Oppenheinmer, des sexologues comme Richard von Krafft-Ebing, des th&#233;ologiens comme Martin Buber et des scientifiques comme Albert Einstein. On y trouve aussi des noms prestigieux &#233;trangers comme Emile Zola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Rosenfeld a post&#233; ce commentaire li&#233; &#224; la signature d'Emile Zola : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et L&#233;on Tolsto&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/world_league_for_sexual_reform_conference_b.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/world_league_for_sexual_reform_conference_b.jpg?1731403035' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette aube du si&#232;cle nouveau, Magnus Hirschfeld entame sa carri&#232;re de personnalit&#233; m&#233;diatique dont la r&#233;putation ira grandissant, faisant de lui le m&#233;decin d&#233;fenseur de l'homosexualit&#233;. Alors que la science et particuli&#232;rement la m&#233;decine s'impose au d&#233;triment de la morale religieuse dans la course &#224; l'intelligibilit&#233; du monde, la loi est red&#233;finie en profondeur pour faire face aux changements sociaux que subit l'Allemagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La loi se psychiatrise, renonce &#224; sa pr&#233;tention au savoir total pour se conformer aux directives d'une science m&#233;dicale seule capable, en d&#233;finitive, de dire o&#249; commence le pathologique, l' &#171; impudique &#187;, seule capable de l'expliquer par l'expertise du sujet. Elle affirme punir les seuls actes, mais elle profile, par la jurisprudence, par les rapports de police, par les instructions, un homosexuel type, ou des types d'homosexualit&#233; dont les actes susceptibles de sanction juridique n'en sont que l'&#233;mergence ponctuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de RACE D'EP ! Un si&#232;cle d'images de l'homosexualit&#233;, republi&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe s'en trouve illustr&#233; par une s&#233;rie d'affaires de m&#339;urs retentissantes &#224; caract&#232;re homosexuel qui &#233;maill&#232;rent la fin du si&#232;cle. Ces affaires sont le reflet d'affrontements de tendances sociales cherchant &#224; aiguiller la marche du progr&#232;s. L'homosexualit&#233; devient une question m&#233;dicale, sociale et m&#233;diatique incontournable autour de la figure de l'homosexuel. Comme l'analyse brillamment Michel Foucault :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homosexuel du XIXe si&#232;cle est devenu un personnage : un pass&#233;, une histoire et une enfance, un caract&#232;re, une forme de vie ; une morphologie aussi, avec une anatomie indiscr&#232;te et peut &#234;tre une physiologie myst&#233;rieuse. Rien de ce qu'il est au total n'&#233;chappe &#224; sa sexualit&#233;. Partout en lui, elle est pr&#233;sente : sous-jacente &#224; toutes ses conduites parce qu'elle en est le principe insidieux et ind&#233;finiment actif ; inscrite sans pudeur sur son visage et sur son corps parce qu'elle est un secret qui se trahit toujours. Elle lui est consubstantielle, moins comme un p&#233;ch&#233; d'habitude que comme une nature singuli&#232;re. Il ne faut pas oublier que la cat&#233;gorie psychologique, psychiatrique, m&#233;dicale de l'homosexualit&#233; s'est constitu&#233;e du jour o&#249; on l'a caract&#233;ris&#233;e &#8212; le fameux article de Westphal en&lt;br class='autobr' /&gt;
1870, sur les &#8220;sensations sexuelles contraires&#8221; peut valoir comme date de naissance &#8212; moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualit&#233; de la sensibilit&#233; sexuelle, une certaine mani&#232;re d'intervertir en soi-m&#234;me le masculin et le f&#233;minin. L'homosexualit&#233; est apparue comme une des figures de la sexualit&#233; lorsqu'elle a &#233;t&#233; rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d'androgynie int&#233;rieure, un hermaphrodisme de l'&#226;me. Le sodomite &#233;tait un relaps, l'homosexuel est maintenant une esp&#232;ce. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault Histoire de la sexualit&#233; I, La volont&#233; de savoir, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s d'Oscar Wilde eut un retentissement dans l'Europe enti&#232;re. Suite &#224; des injures profess&#233;es par le p&#232;re de son amant, Oscar Wilde porta l'affaire en justice pour d&#233;fendre son honneur. Celle-ci conduisit &#224; un non-lieu apr&#232;s que de jeunes prostitu&#233;s vinrent t&#233;moigner de leur relation avec le dandy. Il s'en suivit deux autres proc&#232;s dans lesquels il fut mis en accusation d'outrage aux bonnes m&#339;urs et de sodomie. Le 25 mai 1895, Oscar Wilde est condamn&#233; &#224; deux ans de travaux forc&#233;s pour grave immoralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, l'Allemagne fut &#233;branl&#233;e par un scandale politique r&#233;v&#233;lant l'homosexualit&#233; de personnalit&#233;s publiques. Cette affaire participa grandement &#224; faire de l'homosexuel une figure clivante. &lt;br class='autobr' /&gt;
1907. Maximilian Harden, journaliste au &lt;i&gt;Die Zukunft&lt;/i&gt; accusa dans ses articles le diplomate Philipp zu Eulenburg, proche du Kaiser Guillaume II et le comte Kuno von Moltke commandant de Berlin d'&#234;tre des homosexuels. Cette campagne de diffamation, dont les mobiles sont d'ordre politique, accusait les deux protagonistes d'avoir transmis des informations au premier secr&#233;taire de la l&#233;gion fran&#231;aise &#224; Berlin, connu pour &#234;tre un homosexuel notoire. Cette affaire d'&#201;tat eut pour cons&#233;quence d'affaiblir le pouvoir de Guillaume II en discr&#233;ditant son entourage et en remettant en cause la politique &#233;trang&#232;re allemande. Les deux accus&#233;s durent d&#233;missionner et rendre leurs d&#233;corations. Dans cette affaire aussi les accus&#233;s, cherchant &#224; sauver leur honneur, plaid&#232;rent leur cause devant le tribunal. Le proc&#232;s tourna tr&#232;s vite en leur d&#233;faveur. Les r&#233;v&#233;lations se succ&#233;d&#232;rent. On apprit entre autres choses que la femme de von Moltke, venue t&#233;moigner, n'avait eu que deux rapports sexuels avec son mari et que celui-ci pla&#231;ait une casserole d'eau entre eux la nuit pour la d&#233;courager de ses ardeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/scandale.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/scandale.jpg?1731403031' width='500' height='671' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Magnus Hirschfeld, interrog&#233; en qualit&#233; de sp&#233;cialiste lors du proc&#232;s, expliqua que la sensibilit&#233; f&#233;minine de von Moltke faisait certainement de lui un homosexuel. Pour lui, chaque occasion de porter publiquement un discours d'acceptation &#224; l'&#233;gard des homosexuels &#233;tait bonne &#224; prendre. En outre, il cherchait &#224; mettre en lumi&#232;re l'hypocrisie de l'&#201;tat qui d'un c&#244;t&#233; tol&#233;rait l'homosexualit&#233; des &#233;lites politiques tandis qu'il condamnait de l'autre les homosexuels lambda par le paragraphe 175. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s plusieurs proc&#232;s, la r&#233;tractation de l'avis m&#233;dical de Magnus Hirschfeld et la pathologisation de la femme de von Moltke comme hyst&#233;rique, Harden fut condamn&#233; &#224; quatre mois de prison pour ses articles. Comme le souligne Florence Tamagne : &#171; Eulenbourg fut disgraci&#233; et ruin&#233;, et la presse et le grand public assimil&#232;rent d&#233;sormais les homosexuels &#224; des traitres &#224; la nation. L'intervention d'Hirschfeld, juif et homosexuel, dans le proc&#232;s, imposa l'id&#233;e d'une conspiration des deux groupes visant &#224; la ruine de l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un peu en arri&#232;re pour comprendre comment un tel personnage a pu voir le jour et se construire. Chaque &#233;poque se clarifie en quelques figures, canalisant rapports de forces, attributs psychologiques, conditions d'existence, langages, contenus dans l'ensemble du social. Par sa seule existence, la figure polarise la soci&#233;t&#233;, chacun la connait et elle ne laisse personne indiff&#233;rent. Magnus Hirschfeld est sans aucun doute une figure de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Origines d'un homme de son temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Magnus Hirschfeld vint au monde en 1868 &#224; Kolberg dans la r&#233;gion prussienne de Pom&#233;ranie. Il est le septi&#232;me enfant de Hermann Hirschfeld et Frederika Mann, juifs s&#233;cularis&#233;s et bien &#233;tablis dans la r&#233;gion. Hermann Hirschfeld, notable et m&#233;decin r&#233;put&#233;, fut un patriote allemand r&#233;compens&#233; pour ses m&#233;rites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1885, un an apr&#232;s sa mort, les habitants de Kolberg &#233;rig&#232;rent un monument (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'influence du p&#232;re de Magnus sur lui et ses fr&#232;res et s&#339;urs sera d&#233;terminante dans leur carri&#232;re respective puisque beaucoup emprunteront la voie de la m&#233;decine. Le jeune Magnus se passionne pour l'&#233;tude des langues et leur analyse historique. &#192; 16 ans, il &#233;crit un essai intitul&#233; &lt;i&gt;Traum einer Weltsprache&lt;/i&gt; (R&#234;ve d'une langue mondiale) qui pr&#233;figure d&#233;j&#224; son esprit cosmopolite et internationaliste. C'est pourtant &#224; la m&#233;decine et aux sciences naturelles qu'il donne sa priorit&#233;. &#192; Berlin, il se lie d'amiti&#233; avec August Bebel, pr&#233;sident du parti social-d&#233;mocrate, et se forge une culture politique socialiste. Mais c'est seulement lors de son transfert &#224; Munich (1891) que Magnus va s'&#233;panouir et concr&#233;tiser son d&#233;sir de renomm&#233;e intellectuelle. Sa rencontre avec le dramaturge norv&#233;gien Henrik Ibsen et les fr&#232;res Wedekind, Frank et Donald, le projette dans les mouvements culturels d'avant-garde, remettant en cause la moralit&#233; bourgeoise et ses m&#339;urs sexuelles corset&#233;es. Il est particuli&#232;rement proche du mouvement naturaliste qui cherche &#224; d&#233;peindre les maux de la modernit&#233;, ainsi que leurs causes, comme l'alcoolisme ou l'extr&#234;me pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son dipl&#244;me de m&#233;decin obtenu, Magnus va entreprendre une s&#233;rie de voyages pendant les deux ann&#233;es qui vont suivre. Il rencontre l'&#233;lite m&#233;dicale des pays qu'il traverse comme la France, l'Italie et les &#201;tats-Unis o&#249; il donne des conf&#233;rences m&#233;dicales sur les modes de vie naturels. Il s'installe &#224; Magdebourg en tant qu'obst&#233;tricien. Il exerce deux ann&#233;es puis part s'installer &#224; Berlin conciliant ainsi ses engagements en faveur du progr&#232;s social avec son amour pour la litt&#233;rature et les arts. Il participe &#224; des groupes d'avant-garde et des associations comme la &lt;i&gt;Neue Gemeinschaft&lt;/i&gt; (Nouvelle communaut&#233;) d'inspiration socialiste, qui cherche &#224; rendre la culture accessible aux classes populaires et &#224; donner aux travailleurs une place dans la culture au travers de magazine et de journaux, de clubs litt&#233;raires et th&#233;&#226;traux. Magnus Hirschfeld est &#233;galement membre de l'association &lt;i&gt;Friedrichshagener Dichterkreis&lt;/i&gt; (Cercle po&#233;tique de Friedrichshagen) qui comptait les &#233;crivains modernistes Detlev von Liliencron et Richard Dehmel, les dramaturges naturalistes Frank Wedekind, Gerhart Hauptmann et Karl Hauptmann, ainsi que les c&#233;l&#232;bres anarchistes Erich M&#252;hsam, Gustav Landauer, Leo Berg, Martin Buber et Franziska Mann (s&#339;ur de Magnus Hirschfeld). L'association a donn&#233; naissance &#224; une soci&#233;t&#233; communautaire appel&#233;e &#171; l'Ordre pour la vie v&#233;ritable &#187;. Magnus prit ses distances avec cette communaut&#233; lors de son tournant spiritualiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1192458784.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1192458784.jpg?1731402994' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Magnus Hirschefeld est tout entier un homme de la modernit&#233;. Il d&#233;couvre son homosexualit&#233; en c&#244;toyant les avant-gardes litt&#233;raires, et croit fermement en la m&#233;decine, seule capable de r&#233;pondre aux probl&#232;mes sociaux de son temps. Il est d&#233;j&#224; reconnu comme m&#233;decin et participe de ces moments internationaux au cours desquels circulent les nouvelles th&#233;ories et pratiques m&#233;dicales. C'est lors du suicide d'un militaire qui se savait homosexuel que Magnus Hirschfeld va v&#233;ritablement &#233;pouser la cause homosexuelle et y vouer son existence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tourment&#233; par la conscience de sa nature et l'envie de satisfaire aux exigences de son statut social, l'officier se tira une balle dans la t&#234;te la veille de son mariage. On retrouva une lettre pr&#232;s du cadavre, adress&#233;e &#224; Magnus Hirschfeld. Dans cette lettre, l'officier racontait sa trag&#233;die personnelle et qualifiait son homosexualit&#233; de &#171; mal&#233;diction contre la nature humaine et la loi &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cet &#233;pisode qui permettra &#224; Magnus d'imaginer une strat&#233;gie capable d'enrayer ce genre de drame bien trop fr&#233;quent. Sa volont&#233; de diffuser ses connaissances scientifiques au sujet des diff&#233;rentes manifestations de l'amour chez les humains entrainerait in&#233;vitablement &#224; ses yeux la dissipation de l'ignorance, des pr&#233;jug&#233;s et de la morale concernant l'amour entre personnes du m&#234;me sexe. En 1896 et sous le pseudonyme de Theodor Ramien, Magnus Hirschfeld publie &lt;i&gt;Sappho und Sokrates : oder wie erkl&#228;rt sich die Liebe der M&#228;nner und Frauen zu Personen des eigenen Geschlechts ?&lt;/i&gt; (Sappho et Socrate : ou comment s'explique l'amour des hommes et des femmes pour les personnes de leur propre sexe ?). Il y poursuit et y d&#233;veloppe les th&#233;ories de Karl Heinrich Ulrich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de Histoire de l'homosexualit&#233;, pr&#233;c&#233;demment cit&#233; de Florence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon lequel les homosexuels ou &#171; uranien &#187; se distinguaient des h&#233;t&#233;rosexuels en ce qu'ils poss&#233;daient une &lt;i&gt;anima muliebris in corpore virili inclusa&lt;/i&gt; (une &#226;me de femme dans un corps d'homme). La th&#233;orie de Magnus &#233;tait enrichie par de nouvelles d&#233;signations en fonction du degr&#233; de masculinisation ou de la f&#233;minisation d'une personne. Aux c&#244;t&#233;s de la femme et de l'homme, une riche vari&#233;t&#233; de types sexuels vient complexifier les pr&#233;jug&#233;s binaires inh&#233;rents &#224; l'amour et la sexualit&#233;. Notre th&#233;oricien les classera en quatre cat&#233;gories principales : hermaphrodites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui, on ne parle plus d'hermaphrodisme mais d'intersexuation.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, androgynes, homosexuels, travestis. Suivra une trentaine d'autres ouvrages d&#233;veloppant ses th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observateur infatigable empruntant &#224; la m&#233;decine, la sociologie et l'anthropologie, Magnus Hirschfeld utilisait des sources vari&#233;es comme des t&#233;moignages, des photos, des lectures scientifiques et des questionnaires pour &#233;tayer et construire ses th&#233;ories relatives aux comportements amoureux et sexuels humains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1597938060925_magnus-hirschfeld-institut-100__v-16x9_2dl_-6c42aff4e68b43c7868c3240d3ebfa29867457da.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1597938060925_magnus-hirschfeld-institut-100__v-16x9_2dl_-6c42aff4e68b43c7868c3240d3ebfa29867457da.jpg?1731402995' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comit&#233; scientifique et humanitaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;tition, et la recherche d'une visibilit&#233; de la cause homosexuelle trouvent sa concr&#233;tisation dans la cr&#233;ation d'une institution capable d'entreprendre une telle d&#233;marche. Avec l'aide de son &#233;diteur Max Spohr, du juriste Eduard Oberg et de l'&#233;crivain Franz Joseph von B&#252;low, Magnus Hirschfeld fonde, le 14 mai 1897, le &lt;i&gt;Wissenschaftlich-humanit&#228;res Komitee&lt;/i&gt; (comit&#233; humanitaire et scientifique) &#224; Berlin. Dot&#233; d'un fonctionnement coll&#233;gial, le comit&#233;, ind&#233;pendant politiquement, avait pour but la d&#233;fense des homosexuels en militant sous la forme d'un groupe de pression et d'information aupr&#232;s des partis politiques pour l'abrogation du paragraphe 175, en &#233;duquant la soci&#233;t&#233; sur les th&#233;ories de l'homosexualit&#233; par le biais de brochures, d'articles et de conf&#233;rences et en interpellant les homosexuels eux-m&#234;mes pour la d&#233;fense de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention rat&#233;e de Magnus Hirschfeld lors des proc&#232;s de von Moltke et Eulenburg porte imm&#233;diatement atteinte au comit&#233; scientifique humanitaire. Celui-ci y perd ses principaux soutiens financiers. Dans la foul&#233;e de cette affaire, un nouveau projet du Code p&#233;nal proposait d'&#233;tendre la criminalisation de l'homosexualit&#233; masculine au lesbianisme. Magnus Hirschfeld se rapproche alors de militantes f&#233;ministes pour lutter contre ce projet de r&#233;forme judiciaire. Il tint un meeting en 1911 avec H&#233;l&#232;ne St&#246;cker, figure centrale du mouvement f&#233;ministe allemand. La vision des femmes d'H&#233;l&#232;ne St&#246;cker, diff&#233;rentes culturellement et biologiquement des hommes, l'amenait &#224; percevoir cette diff&#233;rence comme une force. Pr&#244;nant la &#171; r&#233;volution sexuelle &#187;, elle plaida contre la criminalisation de l'avortement et fonda l'Union de la protection des m&#232;res en menant une politique d'&#233;ducation sexuelle et d'information autour de la contraception, de l'hygi&#232;ne et de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de cette p&#233;riode que Magnus Hirschfeld soutint ses coll&#232;gues f&#233;minines en promouvant l'&#233;galit&#233; des femmes avec les hommes. Jusqu'en 1908, les femmes n'&#233;taient pas admises &#224; l'universit&#233;. Il faut noter en outre que l'obtention du droit de vote des femmes &#224; la sortie de la guerre provoqua chez lui un vif enthousiasme. Il publiera dans la foul&#233;e un texte co-&#233;crit avec sa s&#339;ur intitul&#233; &lt;i&gt;Was jede Frau vom Wahlrecht wissen muss&lt;/i&gt; (Ce que chaque femme devrait savoir sur le suffrage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1912, le comit&#233; scientifique humanitaire appela &#224; voter pour les partis de gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s 1898, August Bebel, auteur du tr&#232;s remarqu&#233; Die Frau und derSozialismus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soutenant l'abrogation du paragraphe 175 en publiant un encart explicite dans les journaux : &#171; Vous, du troisi&#232;me sexe, n'oubliez pas ceci : les conservateurs ont toujours parl&#233; contre vous. La gauche a parl&#233; en votre faveur. Tenez-en compte. &#187; Magnus Hirschfeld chercha toujours &#224; se distancier de la politique. Se disant lui-m&#234;me apolitique, il croit en la m&#233;decine dont il fait d&#233;couler des principes logiques et rationnels. Cet appel du comit&#233; nous renseigne donc sur la pr&#233;gnance de la question homosexuelle qui semble non seulement &#234;tre une question sociale de premier plan, mais de surcro&#238;t une question clivante creusant le foss&#233; entre progressistes et conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/conference.jpg?1731403011' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA GUERRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutes les pr&#233;occupations sociales vol&#232;rent en &#233;clat avec l'imminence de la guerre. Le fort sentiment d'appartenance &#224; la nation allemande, qui &#224; cette &#233;poque transcende partis politiques et classe sociale, pousse &#224; l'unit&#233; et &#224; la guerre. Fruit de la propagande et d'un fort sentiment national personnel, Magnus Hirschfeld, comme la plupart des Allemands, se laisse entrainer dans l'euphorie de la guerre. Ce premier moment pass&#233;, il s'engagera aupr&#232;s des antiguerres et des pacifistes, pourfendant la folie du conflit dans ses articles et ses discours. Il soignera les bless&#233;s comme m&#233;decin de la Croix-Rouge et aidera bon nombre d'hommes et de femmes, homosexuels ou non, &#224; s'engager dans la guerre par des conseils relatifs &#224; leurs apparences et leurs comportements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de Gilles Tr&#233;hel, MAGNUS HIRSCHFELD (1868-1935) ET LA FEMME (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il pr&#233;voyait de rapporter publiquement leurs actes d'h&#233;ro&#239;sme dans le bulletin du Comit&#233; humanitaire et scientifique et invitait tous les homosexuels &#224; lui &#233;crire leurs exp&#233;riences de la guerre. Dans de nombreux cas o&#249; des activit&#233;s homosexuelles ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes dans l'arm&#233;e, Hirschfeld est intervenu, avec succ&#232;s, en faveur de ces soldats pour att&#233;nuer les sanctions. Il en tirera une histoire de la sexualit&#233; pendant la premi&#232;re guerre mondiale en deux volumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la guerre est &#233;galement celle de l'Empire. La r&#233;volution amorc&#233;e par les conseils de soldats puis d'ouvriers proclame la R&#233;publique dans une agitation qui durera plusieurs ann&#233;es. Le mouvement socialiste mod&#233;r&#233; acc&#232;de au pouvoir. Remarqu&#233; pour ses efforts de guerre au sein de la Croix-Rouge, Magnus Hirschfeld est invit&#233; &#224; prononcer un discours saluant la nouvelle R&#233;publique allemande devant le Reichstag le 10 novembre 1918. Cette date symbolise &#224; bien des &#233;gards, la p&#233;riode en train de s'ouvrir de l'entre-deux-guerres. Alors que Magnus salue la bravoure, des soldats et des marins ayant d&#233;clench&#233; la R&#233;volution sociale, promesse d'&#233;mancipation et de renouveau de l'Allemagne, &#224; l'ext&#233;rieur des monarchistes tirent sur les soldats et la foule entrainant des combats de rue. Magnus, ami de longue date d'August Bebel, est exalt&#233; par les promesses du socialisme dont certaines des premi&#232;res mesures augurent les changements sociaux tant attendus, mue par les forces du progr&#232;s. Voici un extrait de son discours :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'union de tous les citoyens d'Allemagne, l'entraide mutuelle, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; en un seul organisme, l'&#233;galit&#233; pour tous, tous pour tous et tous pour chacun. Et ce que nous voulons encore plus : l'unit&#233; de toutes les nations de la terre ; nous devons lutter contre la haine des autres nations, lutter contre le chauvinisme national. Nous voulons la fin des barri&#232;res &#233;conomiques et personnelles entre les nations, et le droit du peuple &#224; choisir son propre gouvernement. Nous voulons un pouvoir judiciaire du peuple et un Parlement mondial. Personne ne jamais dire &#224; l'avenir &#171; Prol&#233;tariat uni &#187;, mais &#171; les peuples de la terre unis &#187;. Citoyens d'Allemagne, ayons confiance dans le nouveau gouvernement r&#233;volutionnaire. Je vous demande &#224; tous de le soutenir afin que le pays puisse vivre dans la paix et l'ordre. Alors nous pouvons esp&#233;rer de mener &#224; nouveau, bient&#244;t, une vie de dignit&#233; humaine et de fiert&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait issu de : Magnus Hirschfeld and the Quest for sexual freedom. A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fort de ses bonnes relations avec le gouvernement social-d&#233;mocrate, Hirscheld contribue, avec ses coll&#232;gues m&#233;decins lib&#233;raux Julius Moses et Alfred Grotjahn, &#224; la r&#233;daction d'une p&#233;tition pour la nationalisation des services de sant&#233;. Dans sa vision, la r&#233;forme des services de sant&#233; devrait inclure les soins de sant&#233;, l'&#233;ducation et les frais de justice. Sa vision &#233;galitaire impliquait une refonte du syst&#232;me de soins de sant&#233; qui conduirait non seulement &#224; l'abolition de la m&#233;decine priv&#233;e, mais transformerait &#233;galement les m&#233;decins et les avocats en fonctionnaires d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'institut des sciences sexuelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Moins d'un an &#224; peine apr&#232;s la fin de la guerre, et fort d'un soutien financier de la part de l'&#201;tat, Hirschfeld fonde l'Institut pour la science sexuelle &#224; Berlin comme une prolongation scientifique de la r&#233;volution allemande. L'institut &#233;tait un centre de recherche scientifique collectant tout document &#224; propos d'homosexualit&#233; dans ses dimensions biologique, pathologique, sociologique et anthropologique. L'institut comprenait &#233;galement un mus&#233;e et une biblioth&#232;que. Il permit la mise au point de proc&#233;dures m&#233;dicales exp&#233;rimentales comme la premi&#232;re tentative de r&#233;assignation sexuelle. Ce lieu avait la vocation d'aider les homosexuels de Berlin en offrant la possibilit&#233; d'une aide psychologique et m&#233;dicale et en servant d'espace de sociabilit&#233; et de rencontre. Son aura le fit tr&#232;s vite connaitre dans le monde entier et de prestigieux visiteurs s'y press&#232;rent tant du monde de la m&#233;decine que des hommes de la culture comme Andr&#233; Gide ou Ren&#233; Crevel. Enfin, l'institut servit naturellement de si&#232;ge au Comit&#233; scientifique humanitaire, de quartiers r&#233;sidentiels pour les membres du personnel et de logements pour les patients et les invit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/magnus_institut_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/magnus_institut_-_copie.jpg?1731403025' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne occupe une place &#224; part dans l'essor de milieux homosexuels. Clubs, cabarets, bar &#233;taient les lieux privil&#233;gi&#233;s de la sociabilit&#233; homosexuelle. Les spectacles de travestis avaient pignon sur rue, et la prostitution masculine abondait. Il ne s'agissait pas seulement de quelques lieux marginaux. Chaque classe sociale poss&#233;dait ses adresses. Il en allait de m&#234;me pour les femmes qui fr&#233;quentaient leurs propres lieux. La culture donnait le pas et l'on pouvait d&#233;couvrir tant dans le cin&#233;ma que dans les chansons populaires, la peinture et la litt&#233;rature des r&#233;f&#233;rences explicite &#224; l'homosexualit&#233; qui accompagnait le premier mouvement de militantisme homosexuel europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/georges-brassai-danseurs-gays-paris-expo-lgbt.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/georges-brassai-danseurs-gays-paris-expo-lgbt.jpg?1731403016' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment le plus visible de cette expansion est sans aucun doute la parution puis la prolif&#233;ration de revues homosexuelles. Revues pour les hommes, mais aussi pour les femmes dont la plus illustre est sans doute &lt;i&gt;Der Eigene&lt;/i&gt;. Ces revues &#233;taient une sorte de prolongement des affrontements th&#233;oriques et politiques &#224; propos de l'homosexualit&#233;. Car les associations &#233;taient nombreuses avec chacune un journal t&#233;moignant de leurs prises de position et de leurs inspirations culturelles. Le cr&#233;ateur de la revue&lt;i&gt; Der Eigene&lt;/i&gt;, Adolph Brand, fonda la &#171; communaut&#233; des sp&#233;ciaux &#187; pour donner corps &#224; ses th&#233;ories. Sa vision de l'homosexualit&#233; &#233;tait teint&#233;e de virilisme, de libert&#233; et de naturisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la mission de l'institut consistait &#224; int&#233;grer le grand public dans les discussions concernant la sant&#233;, les politiques sexuelles et la socialisation des homosexuels, des travestis, des lesbiennes. L'un des moyens d'y parvenir &#233;tait d'organiser des conf&#233;rences et des &#233;v&#233;nements. C'est &#224; cette activit&#233; que Magnus Hirschfeld se consacrera durant la d&#233;cennie des ann&#233;es 20, combattant inlassablement les lois punissant l'homosexualit&#233; en faisant la lumi&#232;re sur les origines et les sensibilit&#233;s homosexuelles. En effet, les homosexuels &#233;taient fort souvent victimes de chantage de la part de r&#233;seaux de prostitu&#233;s masculins capable d'extorquer des sommes consid&#233;rables &#224; leurs victimes les poussant parfois jusqu'au suicide. C'est pour d&#233;noncer cette r&#233;alit&#233; et pour atteindre le plus de monde possible que Magnus Hirschfeld participe activement au premier film homosexuel militant &lt;i&gt;Anders als die Anderen&lt;/i&gt; (Diff&#233;rents des autres). Magnus y joue son propre r&#244;le de m&#233;decin fustigeant l'intol&#233;rance &#224; l'&#233;gard des homosexuels et appelant &#224; la suppression du paragraphe 175. Remportant un grand succ&#232;s populaire, le film se voit pourtant supprimer des salles apr&#232;s des incidents lors de projections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/film.jpg?1731403015' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Devenu un personnage public important, Magnus Hirschfeld canalise une haine double, celle de sa jud&#233;it&#233; et celle de son homosexualit&#233;. Adolph Brand, dont la vision de l'homosexualit&#233;, spartiate et masculine s'oppose &#224; celle de Magnus Hirschfeld, n'h&#233;sita pas &#224; attaquer Hirschfeld sur ses th&#233;ories en assimilant ses th&#233;ories humanistes et bienveillantes &#224; un point de vue oriental h&#233;rit&#233; de sa jud&#233;it&#233; (comprendre ici que la d&#233;fense des folles et des travestis passait pour une affirmation &#233;rotique exog&#232;ne &#224; l'Allemagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, comme il s'adresse &#224; une assembl&#233;e &#224; Munich, Hirschfeld est bless&#233; par une attaque antis&#233;mite. Les journaux nationaux-socialistes &#233;crivent : &#171; Par bonheur, le Dr Hirschfeld a &#233;t&#233; si bien battu que sa bouche &#233;loquente ne pourra jamais plus recevoir les baisers de ses disciples &#187;. En 1921, toujours &#224; Munich, une autre attaque le laisse pour mort dans la rue, le cr&#226;ne ouvert. En 1923, c'est &#224; coups de r&#233;volver que les nazis attaquent Hirschfeld &#224; Vienne, lors d'une pr&#233;sentation du film &lt;i&gt;Anders als die Anderen&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; scientifique humanitaire continua sa lutte contre le paragraphe 175. Il lutta &#233;galement contre la r&#233;forme de la loi relative &#224; la prostitution masculine qui alourdissait les peines de travaux forc&#233;s. Le comit&#233; &#339;uvra comme un lobby aupr&#232;s des forces politiques allemandes. Il s'&#233;vertua &#224; politiser la question homosexuelle en envoyant &#224; chaque d&#233;put&#233; une brochure contre le paragraphe 175. Son estimation de la population homosexuelle d'Allemagne ouvrait &#224; la tentative de f&#233;d&#233;rer les citoyens homosexuels comme un groupe large capable d'orienter les politiques publiques. Il envisagea m&#234;me de fonder un parti politique homosexuel destin&#233; &#224; l'abolition du paragraphe 175. Le comit&#233; se lia &#224; plusieurs reprises &#224; d'autres organisations homosexuelles dont des revues homosexuelles de premier plan dans le but d'organiser la lutte contre le paragraphe 175. En 1927, le comit&#233; soutient tr&#232;s activement un contre-projet de loi (en opposition au nouveau projet maintenant la r&#233;pression de l'homosexualit&#233;) dont la pol&#233;mique remit l'abrogation du paragraphe 175 sur les devants de la sc&#232;ne. Il milita &#233;galement pour l'&#233;galit&#233; des hommes et des femmes, pour une r&#233;forme de l'avortement et la diffusion de moyen contraceptif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; des dissensions internes, Magnus Hirschfeld d&#233;missionne de son poste au sein du comit&#233;. &#192; partir de 1929, les pers&#233;cutions des nazis &#224; son &#233;gard s'amplifi&#232;rent et il lui devint presque impossible de paraitre en public. Il part donc en voyage en Europe et aux &#201;tats-Unis, continuant &#224; donner des conf&#233;rences et publie en 1933 le tour du monde d'un sexologue. Le 6 mai 1933, apr&#232;s l'accession au pouvoir du parti nazi, l'Institut des sciences sexuelles est mis &#224; sac, les dossiers des patients utilis&#233;s comme preuve pour incarc&#233;rer les homosexuels et la biblioth&#232;que et l'&#233;norme documentation d&#233;truite dans un autodaf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/autodafe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/autodafe.jpg?1731403008' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'entre-deux-guerres fut d&#233;fini par le destin crois&#233; de deux puissances, issu de deux r&#233;volutions, l'Allemagne et l'URSS. L'esprit internationaliste inspira Magnus Hirschfeld qui tenta toujours de construire des ponts entre les diff&#233;rents mouvements homosexuels et plus g&#233;n&#233;ralement les mouvements de lib&#233;ration des sexualit&#233;s. En 1921, &#233;tait organis&#233; dans les locaux de l'Institut des sciences sexuelles le premier congr&#232;s international de la R&#233;forme sexuelle. Magnus Hirschfeld d&#233;couvrit alors la suppression de la discrimination anti-homosexuelle russe, entrainant un &#233;lan de sympathie pro-communiste. Et pour cause, le destin russe augurait l'&#233;veil de l'Europe en mati&#232;re de progr&#232;s social, de tol&#233;rance et d'&#233;galit&#233;. Or, la fin des ann&#233;es 20 marque &#233;galement un changement radical quant &#224; la question homosexuelle. Changement d'autant plus marqu&#233; qu'il se construit en parall&#232;le, s'imitant l'un l'autre, et se renvoyant les m&#234;mes arguments quant &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de leur peuple respectif. D&#232;s 1928, un sexologue russe, Paasche-Oseski d&#233;signait l'homosexualit&#233; comme un p&#233;ril social. C'est lui qui construisit la th&#233;orie selon laquelle l'homosexualit&#233; &#233;tait un vice r&#233;siduel de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. En 1934, l'Union sovi&#233;tique proc&#232;de &#224; de grandes rafles et envoie les homosexuels dans des goulags en Sib&#233;rie. L'Allemagne suivit le m&#234;me sch&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de TROU NOIR Homosexualit&#233; pendant la Seconde Guerre mondiale.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maxime Gorki &#233;crivit dans l'&lt;i&gt;Humanisme prol&#233;tarien&lt;/i&gt; : &#171; Dans les pays fascistes, l'homosexualit&#233; ruine la jeunesse et fleurit sans punition. Alors que dans les pays socialistes, l'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e crime social et est punie s&#233;v&#232;rement, c'est presque un slogan d'&#234;tre homosexuel en Allemagne. SUPPRIMEZ L'HOMOSEXUEL ET LE FASCISME DISPARAITRA &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnus Hirschfeld d&#233;c&#232;de &#224; Nice, d'une crise cardiaque en 1935 apr&#232;s avoir utilis&#233; ses derni&#232;res forces &#224; reconstruire son institut de sexologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Duchesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un approfondissement concernant le paragraphe 175, voir l'article de TROU NOIR du mois dernier : &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Homosexualite-pendant-la-Seconde-Guerre-mondiale&#034;&gt;Homosexualit&#233; pendant la Seconde Guerre mondiale&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Rosenfeld a post&#233; ce commentaire li&#233; &#224; la signature d'Emile Zola : ni Zola ni Tolsto&#239; ne figurent sur la liste des signataires de cette p&#233;tition, seuls des citoyens de l'Empire allemand peuvent le signer. Si Hirschfeld d&#233;clare s'&#234;tre adress&#233; &#224; eux, les archives d'&#201;mile Zola n'ont aucune trace d'une telle lettre. Les archives Hirschfeld &#224; Berlin n'ont aucune trace d'une &#233;ventuelle r&#233;ponse de Zola.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de RACE D'EP ! Un si&#232;cle d'images de l'homosexualit&#233;, republi&#233; en 2018 par les &#233;ditions la Temp&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault Histoire de la sexualit&#233; I, La volont&#233; de savoir, &#201;ditions Gallimard, 1976. Page 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939, &#201;ditions du Seuil, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1885, un an apr&#232;s sa mort, les habitants de Kolberg &#233;rig&#232;rent un monument en son honneur qui sera d&#233;truit en 1933 apr&#232;s l'accession au pouvoir du parti nazi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de Histoire de l'homosexualit&#233;, pr&#233;c&#233;demment cit&#233; de Florence Tamagne : &#171; Seul Karl Heinrich Ulrichs, lui-m&#234;me homosexuel et inventeur de la notion d'uranisme, se distingua. Il milita pour la d&#233;p&#233;nalisation de l'homosexualit&#233;, d'abord sous le nom de Numa Numantius, puis sous le sien propre, et soutint que l'homosexualit&#233; n'&#233;tait pas une maladie, mais une simple variation sexuelle qui n'avait pas plus de cons&#233;quences que la couleur des cheveux. Sa d&#233;finition des homosexuels comme un &#034;troisi&#232;me sexe&#034;, qu'il tenta de d&#233;finir par un syst&#232;me complexe de classification &#224; entr&#233;es multiples, rencontra un succ&#232;s prodigieux, et fut ensuite reprise par Hirschfeld. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aujourd'hui, on ne parle plus d'hermaphrodisme mais d'intersexuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s 1898, August Bebel, auteur du tr&#232;s remarqu&#233; &lt;i&gt;Die Frau und derSozialismus&lt;/i&gt; (la femme et le socialisme) r&#233;clama au Reichstag l'abolition du paragraphe 175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le texte de Gilles Tr&#233;hel, MAGNUS HIRSCHFELD (1868-1935) ET LA FEMME SOLDAT, publi&#233; dans l'esprit du temps n&#176;125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait issu de : Magnus Hirschfeld and the Quest for sexual freedom. A history of the first international sexual freedom movement. Elena Mancini 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de TROU NOIR &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Homosexualite-pendant-la-Seconde-Guerre-mondiale&#034;&gt;Homosexualit&#233; pendant la Seconde Guerre mondiale&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et l'avenir de TROUNOIR ?</title>
		<link>https://trounoir.org/Et-l-avenir-de-TROUNOIR</link>
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		<dc:date>2021-12-27T22:39:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TrouNoir</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; Propos</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Discutons un peu du pass&#233; et de nos projets futurs&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-" rel="directory"&gt;VINGT&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-A-Propos-+" rel="tag"&gt;&#192; Propos&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/47343047c5_105832_ciel-bleu-01_1_.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cela fait bient&#244;t deux ans que TROUNOIR existe &#8211; le site a &#233;t&#233; lanc&#233; le 28 janvier 2020 &#8211; et il nous semblait important de faire un point sur ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233;, pour ensuite vous parler de nos projets futurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pass&#233; est en feu. L'avenir est en miettes. C'est le moment d'en profiter &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Brigitte Fontaine&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, et &#231;a n'a rien d'une politesse de youtubeur, nous voudrions remercier toutes celles et ceux qui nous lisent chaque mois ; toutes celles et ceux qui ont fait un travail pas possible pour nous envoyer des articles de grande qualit&#233; ; toutes celles et ceux qui ont pass&#233; des heures harassantes &#224; faire de la traduction pour nous faire d&#233;couvrir des textes encore in&#233;dits en fran&#231;ais (on remercie notamment Emma Big&#233; et Fanny Qu&#233;ment) ; toutes celles et ceux qui prennent le temps de nous &#233;crire pour nous faire des retours, nous remercier, nous signaler des erreurs, etc. ; toutes celles et ceux qui font lire TROUNOIR &#224; leur entourage, en discutent, partagent. Un grand merci &#224; vous toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pass&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de TROUNOIR a germ&#233; dans nos esprits &#224; partir de 2019. Partant du constat qu'il n'existait pas de tel journal, le genre qu'on aimerait lire et qui chercherait &#224; interroger et politiser la sexualit&#233; sous toutes ses formes, sans avoir peur d'&#234;tre tranchant ou &#224; contre-courant, nous nous sommes mis &#224; discuter, &#233;crire et programmer. Au bout de quelques mois de labeur, le site &#233;tait n&#233; ! Le 28&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;28 comme un cycle complet de la lune. Pour &#234;tre pr&#233;cis, si l'on parle d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; janvier 2020 sortait le premier num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROUNOIR nous a fait d&#233;couvrir beaucoup de choses, mis au contact d'univers dont nous ne soup&#231;onnions m&#234;me pas l'existence. Que ce soit Ellen Willis ; la condition des femmes wolofs ; les prises de position d'Andrea Long-Chu, de Mario Mieli, de Guy Hocquenghem ; la prose de Nicole Bley ; les d&#233;bats autour de Guillaume Dustan ; des analyses sur la police, sur le capitalisme, sur les milieux militants ; de nombreux textes du FHAR ; et tant d'autres choses ; tout cela nous l'avons d&#233;couvert ensemble. &#192; vrai dire, c'est ce dont nous sommes le plus fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, et parce que cela nous passionne, notre tr&#232;s petite &#233;quipe a travaill&#233; sur le site et l'a financ&#233; sur ses fonds propres. Aussi, ce projet n'a pu exister que gr&#226;ce &#224; toutes celles et ceux qui y ont particip&#233; en faisant des traductions, en &#233;crivant des articles, en nous relisant, etc. Tout ce travail accumul&#233; a donc permis de faire que TROUNOIR existe, et nous fasse d&#233;couvrir beaucoup d'articles de grande qualit&#233;, sans que l'argent n'y soit un frein.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nous sommes maintenant &#224; un moment charni&#232;re pour le site. Premi&#232;rement, nous allons prendre des vacances au mois de janvier, donc pas de TROUNOIR le mois prochain. Il nous faut souffler un peu. Et de fait ce ne seront pas totalement des vacances puisque nous nous accordons aussi ce temps pour travailler sur un autre projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, cela fait quelque temps que nous en &#233;voquions l'id&#233;e entre nous &#8211; plusieurs personnes nous l'ont m&#234;me r&#233;clam&#233; sans qu'on ait rien &#224; leur donner : nous avons d&#233;cid&#233; de sortir un format papier de TROUNOIR. Il s'agira de mettre sur papier des articles d&#233;j&#224; parus avec des in&#233;dits &#233;crits sp&#233;cialement pour l'occasion, et donc d'avoir un bout de trounoir.org dans sa biblioth&#232;que ! C'est un projet qui nous excite beaucoup, et qui normalement (si tout se passe bien) devrait sortir en milieu de l'ann&#233;e 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous a amen&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir sur notre mani&#232;re de nous financer. Comme vous l'avez compris, nous nous finan&#231;ons exclusivement sur nos fonds propres, sans payer les autrices et auteurs, et sans nous payer nous-m&#234;mes. Pour ce projet de livre, il ne nous sera pas possible de fonctionner avec notre propre argent, puisqu'il faut investir une certaine somme d'argent (que nous n'avons pas) pour l'impression avant m&#234;me de pouvoir rentrer dans nos frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc d&#233;cid&#233; de lancer un financement participatif qui commencera le mois prochain. Cela nous permettra de faire en sorte que ce projet voit le jour. Pour l'instant on travaille dessus, on vous en dira plus tr&#232;s bient&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en ce qui concerne le site, apr&#232;s cette pause en janvier, celui-ci continue ! On vous laisse donc d&#233;couvrir ce num&#233;ro de d&#233;cembre, et on vous souhaite une bonne fin d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quipe de TROU NOIR&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : N'h&#233;sitez toujours pas &#224; nous &#233;crire sur trounoir [arobase] riseup [point] net pour des questions, des propositions d'articles, des retours, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;28 comme un cycle complet de la lune. Pour &#234;tre pr&#233;cis, si l'on parle d'un mois sid&#233;ral, synodique, anomalistique, tropique ou draconitique les choses sont un peu diff&#233;rentes. Mais impossible de sortir un num&#233;ro le 29,530 588 85 f&#233;vrier dans une ann&#233;e non bissextile et dans un mois lunaire synodique !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Elle leur retire leurs noms &#8211; par Ursula K. Le Guin</title>
		<link>https://trounoir.org/Elle-leur-retire-leurs-noms-par-Ursula-K-Le-Guin</link>
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		<dc:date>2021-12-27T22:39:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Identit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Ursula K. Le Guin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Quelques probl&#232;mes apparurent avec les animaux de compagnie &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/haeun_jo_sans_titre_2020.jpg?1731403058' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; She Unnames Them &#187; est une fable-&#233;clair d'Ursula K. LeGuin &lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&#249;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la SF (Science-Fiction) rencontre la SF (Sp&#233;culation F&#233;ministe). &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'&#233;crivaine &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nord-am&#233;ricaine y&lt;/i&gt;&lt;i&gt; propose une paling&#233;n&#233;sie du r&#233;cit de la Cr&#233;ation, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;demandant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; : que se passerait-il si, au lieu de ranger les animaux dans les cat&#233;gories bien convenues de la biologie classifiante, nous nous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;offrions le cadeau de les d&#233;-nommer&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Illustration : haeun jo, sans titre, 2020.]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart d'entre elles avaient accept&#233; de perdre leurs noms avec la m&#234;me indiff&#233;rence dans laquelle elles avaient si longtemps accept&#233; et ignor&#233; ceux qu'on leur avait donn&#233;s. Les baleines et les dauphins, les phoques et les loutres de mer ont consenti avec une gr&#226;ce et une alacrit&#233; particuli&#232;res, se glissant dans l'anonymat comme dans leur &#233;l&#233;ment. Certes, une faction de yaks avait bien protest&#233;, arguant que &#171; yak &#187; sonnait juste et que toutes les personnes qui les connaissaient les appelaient ainsi. Contrairement aux cr&#233;atures qui, comme les rats et les puces, sont si r&#233;pandues dans le monde qu'on a fini par les appeler par des centaines ou des milliers de noms diff&#233;rents depuis Babel, les yaks pouvaient vraiment dire, c'&#233;tait du moins leur argument, qu'elles avaient &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nom&lt;/i&gt;. Elles discut&#232;rent de la question tout l'&#233;t&#233;. Puis un conseil des anciennes se r&#233;unit et finit par convenir que si le nom pouvait &#234;tre utile &#224; d'autres, il &#233;tait si redondant du point de vue des yaks qu'elles ne le pronon&#231;aient jamais elles-m&#234;mes, et qu'on pouvait tout aussi bien s'en passer. Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; l'argument sous cet angle aux taureaux, un consensus complet n'a &#233;t&#233; retard&#233; que par l'apparition de violents blizzards pr&#233;coces. Peu apr&#232;s le d&#233;but du d&#233;gel, les yaks parvinrent &#224; un accord et l'appellation &#171; yak &#187; fut rendue &#224; celui qui l'avait donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les animaux domestiques, peu de chevaux s'&#233;taient souci&#233;s du nom qu'on leur donnait depuis l'&#233;chec de la tentative, par Jonathan Swift, d'utiliser pour les nommer des sons qui viendraient directement de leurs bouches. Les vaches, les moutons et les brebis, les porcs et les laies, les &#226;nes et les &#226;nesses, les mules et les ch&#232;vres, ainsi que les poules, les oies et les dindes, ont toutes accept&#233; avec enthousiasme de rendre leurs noms &#224; celleux qu'elles appelaient elles-m&#234;mes &#171; leurs propri&#233;taires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques probl&#232;mes apparurent avec les animaux de compagnie. Les chat&#183;tes, bien s&#251;r, ont fermement ni&#233; avoir jamais eu d'autres noms que ceux qu'elles s'&#233;taient donn&#233;s &#224; elles-m&#234;mes, noms extr&#234;mement priv&#233;s et que nul&#183;le n'avait jamais entendu. (Le po&#232;te T. S. Eliot avait bien sp&#233;cul&#233; sur le fait que les f&#233;lines m&#233;ditent, tout le jour durant, sur leurs noms, tandis que d'autres t&#233;moins avaient sugg&#233;r&#233; qu'elles contemplent en r&#233;alit&#233; la Souris Platonicienne Parfaite. La question reste ouverte.) En tous cas, c'est avec les chien&#183;nes, et avec quelques perroquets, couples d'ins&#233;parables, corbeaux et autres mainates, que les probl&#232;mes ont commenc&#233;. Particuli&#232;rement dou&#233;es pour la parole, ces cr&#233;atures ont commenc&#233; par affirmer que leurs noms leur &#233;tait d'une grande utilit&#233;, et par refuser cat&#233;goriquement de s'en s&#233;parer. Du moins jusqu'&#224; ce qu'elles comprennent que personne ne comptait leur interdire d'utiliser leurs petits noms, et que quiconque voulait s'appeler Rover, ou Froufrou, ou Polly, ou Birdie &#233;tait parfaitement libre de le faire. Aucune d'entre elles n'e&#251;t alors la moindre objection &#224; se s&#233;parer des appellations g&#233;n&#233;riques &#171; caniche &#187;, &#171; perroquet &#187;, &#171; chien &#187; ou &#171; chat &#187;, et de tous ces qualificatifs linn&#233;ens qui les avaient suivis pendant deux cents ans comme des bo&#238;tes de conserve attach&#233;es &#224; la queue d'un chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insectes se s&#233;par&#232;rent de leurs noms en de vastes essaims de syllabes &#233;ph&#233;m&#232;res qui bourdonn&#232;rent, piqu&#232;rent, vrombirent, s'envol&#232;rent, ramp&#232;rent et creus&#232;rent des tunnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux poissons des mers, leurs noms se dispers&#232;rent en silence dans les oc&#233;ans comme de faibles et sombres taches d'encre de seiche, et d&#233;riv&#232;rent sur les courants sans laisser de trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus aucune cr&#233;ature n'avait de nom qu'on puisse lui retirer. Je les sentais plus proches de moi qu'elles ne l'avaient jamais &#233;t&#233; quand leurs noms nous s&#233;paraient : si proches que la peur que j'avais d'elles et la peur qu'elles avaient de moi ne faisaient plus qu'une. Et l'attraction que beaucoup d'entre nous ressentions les unes pour les autres ne faisait qu'une avec la peur. On ne pouvait distinguer la chasseuse de la chass&#233;e, ni celle qui servirait de nourriture de celle qui la mangerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel avait plus ou moins &#233;t&#233; l'effet vis&#233;, en bien plus puissant que tout ce que j'avais pu pr&#233;voir. Le r&#233;sultat fut si puissant, &#224; dire vrai, que je me rendis compte que je ne pouvais, en toute conscience, m'en excepter. J'ai alors mis ma peur de c&#244;t&#233; pour aller voir Adam, et je lui ai dit : &#171; Toi et ton p&#232;re, vous m'avez pr&#234;t&#233;&#8230; non&#8230; vous m'avez donn&#233; ce nom. Il m'a &#233;t&#233; tr&#232;s utile, mais il ne me semble plus vraiment adapt&#233;. Merci quand m&#234;me. &#199;a m'a &#233;t&#233; tr&#232;s utile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de rendre un cadeau sans avoir l'air contrari&#233; ou ingrat, et je ne voulais pas lui laisser cette impression. En l'occasion, il ne faisait de toute fa&#231;on pas bien attention &#224; moi et il m'a simplement r&#233;pondu : &#171; Pose-le l&#224;, d'accord ? &#187; tout en continuant &#224; faire ce qu'il faisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais agi ainsi, c'&#233;tait justement parce que nos discussions ne menaient g&#233;n&#233;ralement nulle part, mais j'ai tout de m&#234;me &#233;t&#233; un peu d&#233;&#231;ue. Je m'&#233;tais pr&#233;par&#233;e &#224; d&#233;fendre ma d&#233;cision. Et je pensais que peut-&#234;tre, lorsqu'il s'en rendrait compte, il serait boulevers&#233; et voudrait parler. J'ai rang&#233; certaines choses, bricol&#233; un peu de &#231;a de l&#224;, mais il a continu&#233; &#224; faire ce qu'il &#233;tait en train de faire et &#224; ne faire attention &#224; rien d'autre. Finalement, j'ai dit : &#171; Eh bien, au revoir, ch&#233;ri. J'esp&#232;re que tu retrouveras la cl&#233; du jardin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il assemblait des pi&#232;ces les unes dans les autres, et a dit, sans regarder autour de lui. &#171; D'accord, tr&#232;s bien, ch&#233;rie. Et quand est-ce qu'on mange ? &#187; &#171; Je ne suis pas s&#251;re, ai-je dit. Je vais y aller maintenant. Avec le. . . &#187; J'ai h&#233;sit&#233;, puis j'ai dit : &#171; Avec elles, tu sais &#187;, et je suis sortie. En fait, je venais tout juste de r&#233;aliser &#224; quel point il m'aurait &#233;t&#233; difficile de m'expliquer. Je ne pouvais pas bavarder comme j'avais l'habitude de le faire, en prenant tout pour acquis. Mes mots devaient maintenant &#234;tre aussi lents, aussi nouveaux, aussi simples, aussi h&#233;sitants que les pas que je faisais en descendant le chemin qui partait de la maison, entre les grandes branches des arbres, danseuses immobiles et sombres contre l'&#233;clat de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Emma B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : haeun jo, sans titre, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte : Copyright &#169; 1985 by Ursula K. Le Guin. &#171; She Unnames Them &#187; first appeared in &lt;i&gt;The New Yorker&lt;/i&gt;, published in 1985, then in &lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;uffalo Gals&lt;/i&gt;, published by Capra Press in 1987. Reprinted by permission of Ginger Clark Literary, LLC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Se dire prosexe &#8211; par val flores</title>
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		<dc:date>2021-12-27T22:39:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>Pornographie</dc:subject>
		<dc:subject>val flores</dc:subject>
		<dc:subject>prosexe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Se dire prosexe, c'est interroger sans rel&#226;che et de mani&#232;re invitante les politiques sexuelles et les positions anti-sexuelles dans les lois, les normes institutionnelles et les relations personnelles. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;val flores (n&#233;e &#224; Buenos Aires, 1973) est po&#232;te, &#233;crivaine, activiste dissidente lesbienne, marimacho, queer et pro-sexe. Elle a &#233;crit une vingtaine d'ouvrages de po&#233;sie et de production th&#233;orique, o&#249; elle brouille les fronti&#232;res entre les diff&#233;rentes disciplines. Comme d'autres philosophes et &#233;crivain.e.s de ce courant, elle introduira de fortes critiques de la visibilit&#233; m&#233;diatique et de l'identitarisme croissant de nos luttes. Face &#224; cela, elle nous propose des politiques autres : l'opacit&#233;, l'inintelligibilit&#233;, et dans la lign&#233;e d'une lecture queer et pro-sex de Monique Wittig, le rapprochement &#224; des grammaires &#233;rotiques et des affects. Il est pour cela important que ces propositions soient toujours collectives, corps &#224; corps, dans un soucis d'horizontalit&#233;. En France, val flores a r&#233;cemment organis&#233; un atelier d'&#233;criture avec Sayak Valencia &lt;a href=&#034;https://blogs.univ-tlse2.fr/cartotrans/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans le cadre du colloque de cARTographies transf&#233;ministes et queer&lt;/a&gt; &#224; l'Universit&#233; Toulouse 2 Jean Jaur&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article &#233;crit en ao&#251;t 2015 et qu'on peut aussi trouver en espagnol dans sa compilation de textes plus r&#233;cente &lt;i&gt;Romper el corazon del mundo : Modos fugitivos de hacer teoria&lt;/i&gt; (Editions Continta Me Tienes, 2021), s'inscrit dans le contexte suivant : le 1er juillet 2015, une performance post-porn a lieu dans le hall central de l'UFR de Sciences Sociales &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires dans le cadre d'une activit&#233; organis&#233;e par le labo de Communication, Genre et Sexualit&#233;s de la licence de Sciences de la Communication. Cette performance compta sur la participation d'activistes du milieu post-porn argentin comme Laura Milano, Milo Brown, Rosario Castelli, ainsi que deux membres groupe post-porn espagnol Post-Op (Elena Urko et Majo). Ces deux derni&#232;res se trouveront en proc&#232;s avec la justice argentine pour d&#233;lit d' &#8220;exhibitions obsc&#232;nes&#8221;. La m&#233;diatisation et la pol&#233;mique seront telles qu'elles feront les d&#233;lices des journaux la fachosph&#232;re, aussi bien argentins qu'espagnols. C'est ainsi que val flores d&#233;cide de mettre la question du sexe sur la table, ou plut&#244;t sur la &lt;i&gt;mesita&lt;/i&gt; (la petite table qu'on verra dans la dite performance).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Photographie : de Valeria Gonz&#225;lez, lors de la performance &lt;i&gt;sexo (en) p&#250;blico&lt;/i&gt; en 2019]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est une position politique critique issue des activismes sexuels qui luttent contre la pathologisation et la m&#233;dicalisation de certaines pratiques et expressions sexuelles ; contre la censure et l'interdiction de l'industrie pornographique par l'&#201;tat, les secteurs religieux et conservateurs, ainsi que les f&#233;ministes ; contre les crit&#232;res de biens&#233;ance et de pudeur dans la r&#233;glementation de la visibilit&#233; d'images de sexe explicite et implicite dans les pratiques artistiques, &#224; la t&#233;l&#233;vision, dans la publicit&#233;, dans le cin&#233;ma, dans les jeux vid&#233;o, sur internet ; contre les disciplines morales ; et contre la pers&#233;cution, la criminalisation et la stigmatisation des travailleur.ses du sexe. Se dire prosexe, c'est se battre pour la reconnaissance du travail du sexe et sans n&#233;cessairement adh&#233;rer au r&#233;glementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe n'est pas une mani&#232;re radicale de baiser &#8211; si tant est qu'il y en ait une &#8211;, ni d'usage des plaisirs. Il ne s'agit pas de dire oui &#224; une proposition sexuelle, d'&#234;tre excit&#233; en permanence ni de rev&#234;tir une certaine esth&#233;tique corporelle. Se dire prosexe, c'est inciter &#224; une critique radicale des plaisirs, de leurs autorisations, l&#233;gitimations, censures, interdictions, pers&#233;cutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est interroger sans rel&#226;che et de mani&#232;re invitante les politiques sexuelles et les positions anti-sexuelles dans les lois, les normes institutionnelles et les relations personnelles. C'est entretenir une suspicion active &#224; l'&#233;gard des modes de r&#233;pression et de surveillance des corps, des sexualit&#233;s et des d&#233;sirs dans les espaces publics et intimes. Se dire prosexe, c'est comprendre la militarisation de l'espace urbain, notamment dans les quartiers populaires, comme des formes de contr&#244;le sexuel, racial et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe ne renvoie pas &#224; une pratique individuelle, mais &#224; une identification politique et &#224; une pratique &#233;thique pour contester les significations qui planent sur le 'sexuel', qui cr&#233;ent des exclusions, des s&#233;gr&#233;gations, des hi&#233;rarchies, des in&#233;galit&#233;s. Cela ne signifie pas que nous devons tous.tes participer imp&#233;rativement &#224; des orgies, &#224; des d&#233;monstrations de sexe dans des espaces publics, au postporn, &#224; la non-monogamie ou au BDSM. Se dire prosexe exprime la d&#233;fense du libre exercice de ces pratiques, tout en identifiant l'hypocrisie, l'oppression et les paniques morales qui sous-tendent la politique des droits sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est se reconna&#238;tre dans une histoire des f&#233;minismes qui r&#233;v&#232;lent les effets racistes et de classe de la l&#233;gislation et des m&#339;urs sociales actuelles sur le sexe et les sexualit&#233;s, l'exact oppos&#233; des f&#233;minismes carc&#233;raux qui encouragent les politiques punitives et prohibitives. Se dire prosexe, c'est s'attaquer &#224; l'aseptisation de la sph&#232;re publique et &#224; la pr&#233;vention de toute dissidence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est d&#233;fendre une conception bienveillante du sexe et de sa variabilit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent, en s'opposant &#224; la fausse &#233;quation selon laquelle le sexe est toujours synonyme de violence, une conception qui effraie et d&#233;responsabilise. Se dire prosexe, ce n'est pas porter de jugement moral sur les pratiques des autres, ni sur celles des tenants d'une position abolitionniste particuli&#232;re, mais remettre en cause la morale dominante qui nous gouverne socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est affirmer et pr&#233;server l'autod&#233;termination sexuelle et la libert&#233; d'expression. Il s'agit de promouvoir la cr&#233;ativit&#233; sexuelle et &#233;rotique, en maintenant un horizon ouvert de possibilit&#233;s et de d&#233;sirs qui &#233;largit et multiplie les imaginaires et les r&#233;pertoires disponibles de ses pratiques. Se dire prosexe, c'est d&#233;fendre la libert&#233; sexuelle, sachant que toute libert&#233; dans l'h&#233;t&#233;ro-capitalisme patriarcal, raciste et colonial est une provocation constante et un levier d'&#233;mancipation imparfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est encourager les alliances avec les travailleur.ses de l'industrie du sexe, qu'il s'agisse de travailleur.ses du sexe, d'actrices et d'acteurs pornographiques, de r&#233;alisateur.ses, de danseuses &#233;rotiques, de vedettes, d'escortes, ainsi qu'avec cell.eux qui pratiquent l'endoctrinement id&#233;ologique sur le sexe, tels que les enseignant.es, les m&#233;decins, les avocat.es, les publicistes, les journalistes, les universitaires, les artistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est combattre les repr&#233;sentations du sexe comme &#233;tant dangereux, destructeur, n&#233;gatif, qu'il doit se conformer &#224; un mod&#232;le unique, et qu'il y a une fa&#231;on de le faire meilleure que toutes les autres, et que tout le monde doit le faire de cette fa&#231;on. Se dire prosexe, c'est un seuil critique qui constate que ces conceptions produisent ou refusent la reconnaissance de la sant&#233; mentale, de la respectabilit&#233;, de la l&#233;galit&#233;, de la mobilit&#233; physique et sociale, du soutien institutionnel et des apports mat&#233;riels et &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est mettre en &#339;uvre des p&#233;dagogies de la sexualit&#233; qui encouragent des conceptions de l'enfance et de l'adolescence comme des sujets sexuels et de plaisir, loin de l'innocence primitive et de la victimisation anticip&#233;e. Il s'agit de d&#233;noncer les valeurs conservatrices des sch&#233;mas d'&#233;ducation sexuelle, de questionner l'&#226;ge du consentement par rapport &#224; celui de la responsabilit&#233; et des droits civiques. Se dire prosexe, c'est r&#233;v&#233;ler les composantes homophobes et lesbophobes des discours sur l'abus sexuel des enfants, et lutter contre ces formes de violence en en donnant de la puissance aux enfants et les adolescent.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est une technique d'interpr&#233;tation de la spatialisation et de la s&#233;gr&#233;gation des manifestations sexuelles, qui probl&#233;matise les crit&#232;res d'appropri&#233;/inappropri&#233;, d&#233;cent/ obsc&#232;ne, autoris&#233;/interdit qui les l&#233;gif&#232;rent. Il s'agit de r&#233;fl&#233;chir &#224; la brutalit&#233; de la censure, &#224; l'effacement et &#224; la mise en silence des images, des voix, des corps, des pratiques, des contextes, des histoires. Se dire prosexe, c'est d&#233;noncer l'hypersexualisation des corps mais aussi leur d&#233;sexualisation selon des normes de racialisation, de nationalisme, de genre, de handicap, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est un mode de sensibilit&#233; politico-affective qui ressent et comprend les guerres capillaires du sexe comme des formes de maintien et d'exercice d'un r&#233;gime de privil&#232;ges h&#233;t&#233;rosexuels, racistes, patriarcaux, capitalistes, cissexuels, nationalistes et normatifs, distribuant la vuln&#233;rabilit&#233; &#233;conomique, politique, &#233;rotique et culturelle de mani&#232;re mortellement in&#233;gale. Se dire prosexe, c'est soutenir une politique d'&#233;coute active et d&#233;sirante des corps, sans les consid&#233;rer comme des victimes a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, c'est probl&#233;matiser les politiques de visibilit&#233; et de visualit&#233; dans la soci&#233;t&#233; de l'h&#233;g&#233;monie des technologies m&#233;diatiques et de leurs processus de spectacularisation. Il s'agit de comprendre que l'&#339;il contemporain est &#233;duqu&#233; par les codes de la pornographie grand public qui naturalise l'exposition flagrante et quotidienne de sc&#232;nes de violence sexuelle, d'inceste, de viol, d'abus sexuel sur enfant, de mutilation, et surveille avec z&#232;le les images au contenu sexuel explicite. Se dire prosexe, c'est d&#233;faire et refaire &#224; partir d'un &#233;lan libertaire les normes &#224; travers lesquelles les corps sont v&#233;cus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est une exp&#233;rience politique et po&#233;tique de subversion des codes h&#233;t&#233;ronormatifs qui r&#233;gulent la production acad&#233;mique de la connaissance et sa vie institutionnelle. Il s'agit de rendre visible les positionnements prosexe des auteur.ices utilis&#233;s dans les programmes d'&#233;tudes de genre et queer, sans domestiquer leur activisme sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe, ce n'est pas promouvoir une doctrine des pratiques sexuelles, mais inciter &#224; l'op&#233;ration politique de leur d&#233;naturalisation. Il s'agit de cr&#233;er une &#233;pist&#233;mologie (micro)politique des pratiques de r&#233;sistance qui d&#233;sarticule et perturbe les structures de compr&#233;hension, les orientations pratiques, le langage habituel et les r&#233;alisations id&#233;ales de la sexualisation normative de la d&#233;cence publique, qui r&#233;git ce qui peut &#234;tre fait en public, ce qui peut &#234;tre dit, ce qui est permis et ce qui est interdit. Se dire prosexe, c'est &#234;tre attentif* &#224; la morale dominante qui s'impose comme synonyme &#224; l'appareil d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est une convocation au dialogue et au d&#233;bat puisqu'ils contiennent dans leur &#233;nonciation propre le nom de ce que socialement et culturellement on pousse &#224; effacer derri&#232;re la naturalisation du pouvoir et du contr&#244;le des corps. Se dire prosexe est un antagonisme n&#233;cessaire, urgent et inventif &#224; une &#233;poque o&#249; les &#233;conomies &#233;rotiques de l'an&#233;antissement sont toujours vivantes et ravagent les corps des femmes, des trans, des travestis, des lesbiennes, des queers et des travailleur.ses du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire prosexe est un appel &#224; faire de toutes les &lt;i&gt;mesitas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mesitas fait r&#233;f&#233;rence &#224; la petite table utilis&#233;e dans la performance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (petites tables), sans distinction de couleur, de texture, de taille, de marque, d'&#226;ge, de filiation et de lieu, un champ d'exp&#233;rimentation de la conduite sexuelle en tant qu'exp&#233;rience politique collective qui &#233;branle les mod&#232;les prescriptifs et restrictifs des sexualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;val flores, 2015&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation et traduction de Ricardo Robles et Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mesita&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; fait r&#233;f&#233;rence &#224; la petite table utilis&#233;e dans la performance post-porn dans le hall central de l'UFR de Sciences Sociales &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Geoffroy de Lagasnerie et le d&#233;sir s'enfuit</title>
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		<dc:date>2021-12-27T22:39:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture de &#171; Mon corps, ce d&#233;sir, cette loi &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-VINGT-" rel="directory"&gt;VINGT&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/encounter.jpg?1731403056' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plus d'un an apr&#232;s la pol&#233;mique concernant les &#233;crits sur l'enfance de Guy Hocquenghem sur laquelle il &#233;tait rest&#233; silencieux ; apr&#232;s plusieurs d&#233;bats, textes et r&#233;flexions port&#233;s par des courants f&#233;ministes anticarc&#233;raux qu'il ne cite jamais ; apr&#232;s des s&#233;ries de selfies, de tweets et de billets d'humeur mettant en sc&#232;ne son cercle affectivo-politique, Geoffroy de Lagasnerie (GDL pour la suite du texte) prend enfin son courage &#224; deux mains et publie dans sa propre collection chez Fayard un essai sur la politique de la sexualit&#233; et ses effets r&#233;pressifs, pas moins de 112 pages interligne 1,5 de transcription d'une conf&#233;rence donn&#233;e le 19 juin 2021 lors du colloque &#171; &#201;douard Louis : &#233;crire la violence &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre se pr&#233;sente en 4&#232;me de couverture de cette mani&#232;re : &#171; Et s'il fallait aujourd'hui s'appuyer sur de tout autres principes pour penser la sexualit&#233; et la lutte contre les violences sexuelles ? C'est ce que propose Geoffroy de Lagasnerie dans ce texte qui se donne pour projet de transformer l'espace de la discussion sur les principaux enjeux de la politique de la sexualit&#233; : la domination sexuelle, le consentement, la zone grise, l'emprise, l'impunit&#233;, la parole des victimes&#8230; Un livre qui pose les bases d'une conception renouvel&#233;e, pluraliste, lib&#233;ratrice et non r&#233;pressive du corps, du d&#233;sir et de la loi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque fois qu'un moment politique &#233;merge (ici celui de #metoo), il y a toujours des commentateurs pour dire &#171; c'est pas comme &#231;a qu'il faut faire &#187;, &#171; on a chang&#233; de paradigme &#187;, &#171; ces m&#233;thodes sont r&#233;cup&#233;rables &#187;, &#171; nous sommes en train de perdre &#187;, etc. Parfois avec raison d'ailleurs, le constat qu'&#233;tablit GDL sur le fait que les luttes actuelles se battent pour conserver des droits alors que celles du pass&#233; se battaient pour en gagner est exact. C'est ce qu'il raconte dans une interview pour T&#234;tu en ajoutant que les luttes LGBT+ actuelles (mariage pour tous et PMA) sont ces rares cas o&#249; on se bat pour &lt;i&gt;gagner&lt;/i&gt; quelque chose. Certes, mais c'est aussi la suite logique d'une politique progressiste qui d&#233;bouche syst&#233;matiquement dans la m&#234;me impasse : que se passe t-il lorsque les conditions d'&#233;galit&#233; entre notre situation minoritaire pr&#233;caire co&#239;ncident avec l'&#233;thos bourgeois de la soci&#233;t&#233; ? On se calme, on se range, la paix sociale s'ach&#232;te aussi par ces petites avanc&#233;es d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi et le droit fondent l'espace de discussion de ce livre sur la politique de la sexualit&#233;, &#233;tant entendu que ces notions propres au monde juridique d&#233;passent les fronti&#232;res institutionnelles du tribunal et des minist&#232;res puisqu'elles infusent dans tous les autres espaces de discussion que sont les m&#233;dias, les assembl&#233;es militantes, les r&#233;seaux sociaux, les universit&#233;s, etc. N&#233;anmoins, le noyau vers lequel tout converge reste celui concret de la politique d&#233;cisionnelle, celle qui &#233;tablit et fait respecter les lois et qui renouvelle donc toujours les objets de sa r&#233;pression. C'est l'intention du livre de GDL qui critique, &#224; juste titre, le renforcement toujours plus &#233;largi de la logique s&#233;curitaire en mati&#232;re de sexualit&#233;. Le probl&#232;me c'est qu'on a l'impression tout au long du livre d'assister &#224; une d&#233;fense ti&#232;de (h&#233;t&#233;rosexuelle) de la notion de d&#233;sir o&#249; celui-ci ne constitue pas un &lt;i&gt;moteur&lt;/i&gt; (machine d&#233;sirante) d'&#233;mancipation collective et individuelle, ni une &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt; qui briserait la structure normative centre/p&#233;riph&#233;rie, mais un objet, une occasion, dont il faut se saisir opportun&#233;ment pour remplacer les sujets qui occupent les postes de pouvoir par d'autres plus avertis (l&#233;gitimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit courts chapitres constituent ce livre, on pourrait les r&#233;sumer ainsi : 1- La sexualit&#233; n'est pas un sujet de discussion comme les autres, elle est un domaine en proie &#224; une forme d'&#171; irrationalit&#233; &#187;. Il nous faut accepter le pluralisme des exp&#233;riences. 2- Dans un mouvement social, il faut se demander quelles sont les voix absentes et ce qu'on leur fait dire. 3- Il y a dans nos soci&#233;t&#233;s un &#171; exceptionnalisme sexuel &#187; &#224; partir duquel la gauche abandonne sa critique de la politique carc&#233;rale et r&#233;pressive. 4- Le viol est &#171; un processus externe o&#249; un corps s'impose &#224; un autre corps &#187; et la justice d'&#201;tat emp&#234;che la victime de l'externaliser, de l'oublier, en rappelant sans cesse par la proc&#233;dure le lien entre le violeur et la victime. 5- &#171; Une politique rationnelle de la sexualit&#233; doit n&#233;cessairement r&#233;inscrire la sexualit&#233; dans ses fonctions sociales et vitales et prendre en compte son articulation &#224; d'autres dimensions subjectives &#187;. 6- Il faudrait d&#233;dramatiser la sexualit&#233;, voire d&#233;-sexualiser le droit. C'est-&#224;-dire envisager le viol d'abord comme une violence physique (et non sexuelle) : &#171; d&#232;s que la sexualit&#233; se transforme en viol, elle se dissout comme sexualit&#233;, elle devient un rapport de violence corporelle, un rapport d'arrachement, de destruction &#187;. 7- Chapitre uchronique : et si la relation entre GDL et Didier Eribon (GDL avait 19 ans et DE en avait 47 lors de leur rencontre) avait &#233;t&#233; jug&#233;e a posteriori comme de l'emprise ou un abus ? &#171; Didier aurait &#233;t&#233; maltrait&#233; sur les r&#233;seaux sociaux voire publiquement d&#233;nonc&#233;, que peut-&#234;tre il aurait d&#251; d&#233;m&#233;nager, n'aurait plus &#233;t&#233; publi&#233; ou invit&#233; aux &#201;tats-Unis &#187;. 8- Le but de la politique est de diminuer la quantit&#233; de violence (et notamment la violence que l'&#234;tre humain s'inflige &#224; lui-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un objet du discours de l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce livre de GDL s'ouvre par la comparaison et le rapprochement fait entre &#201;douard Louis et Samantha Geimer qui partagent un point commun : &#171; Ils ont tous les deux &#233;t&#233; victimes d'un viol. Je dis bien : ils ont tous les deux &lt;i&gt;&#233;t&#233;&lt;/i&gt; les victimes d'un viol et non pas : ils sont des victimes de viol. &#187; (p. 10) La conjugaison au pass&#233; permet, selon GDL, de d&#233;jouer l'essentialisation de la victime avec son traumatisme, ce que ne fait pas l'instance p&#233;nale d'un &#201;tat (et les cons&#233;quences m&#233;diatiques) qui rappellerait constamment la victime &#224; sa condition traumatique. GDL s'emploie tout au long de son livre &#224; faire un commentaire du r&#233;cit d'&#201;douard Louis, &lt;i&gt;Histoire de la violence&lt;/i&gt;, dans lequel l'&#233;crivain raconte l'agression sexuelle qu'il a subi le soir du r&#233;veillon de No&#235;l de 2012 par un d&#233;nomm&#233; Reda, et la fa&#231;on dont il a d&#233;pass&#233; son traumatisme gr&#226;ce &#224; l'&#233;criture m&#234;me de ce r&#233;cit (et non gr&#226;ce &#224; la justice d'&#201;tat) qui lui a permis de le mettre derri&#232;re soi, de passer &#224; autre chose. Il est vrai que la justice d'&#201;tat individualise tout processus de r&#233;paration, favorise une sentence punitive &#224; l'encontre du pr&#233;venu, et reproduit du traumatisme en demandant de r&#233;p&#233;ter &#224; l'infini le r&#233;cit de l'agression. L'argument de GDL est que la sentence punitive ne pousse pas l'accus&#233; &#224; s'engager dans la voie de la &#171; v&#233;ridiction &#187;, de dire la v&#233;rit&#233; et rien que la v&#233;rit&#233;, mais &#224; mettre en place une d&#233;fense dont l'objectif sera d'&#233;viter la punition et donc pour cela de produire des contre-v&#233;rit&#233;s. Et le r&#233;cit d'&#201;douard Louis offrirait selon lui la possibilit&#233; d'envisager autrement le traitement de l'agression et du traumatisme, d'abord en pla&#231;ant la focale sur l'&#233;nonciation d'une v&#233;rit&#233;, puis en d&#233;-essentialisant le bin&#244;me victime-blessure. &#171; &lt;i&gt;Histoire de la violence&lt;/i&gt; pourrait de ce point de vue &#234;tre lu comme un geste quasi anarchiste de mise en sc&#232;ne de ce que serait un dispositif de justice qui placerait au centre la victime plut&#244;t que la logique de l'appareil d'&#201;tat. Cette affirmation donne forme &#224; une exp&#233;rimentation de la possibilit&#233; de mettre, &#224; travers un processus de v&#233;ridiction, les blessures derri&#232;re soi. &#187; (p. 43)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il omet volontairement de dire c'est que ce r&#233;cit n'est constitu&#233; que de la seule voix de la victime et qu'il &#233;vacue totalement le point de vue de l'accus&#233;, ici r&#233;interpr&#233;t&#233;, recrach&#233;, par la grille de lecture sociologique (et r&#233;ifiante) propre au trio Eribon/Louis/de Lagasnerie depuis quelques ann&#233;es : &#171; En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son p&#232;re, en r&#233;fl&#233;chissant &#224; l'&#233;migration, au racisme, &#224; la mis&#232;re, au d&#233;sir ou aux effets du traumatisme, je voudrais &#224; mon tour comprendre ce qui s'est pass&#233; cette nuit-l&#224;. &#187; De plus, hors du livre, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; subsiste encore le tiers &#233;vacu&#233; (v&#233;rit&#233; refoul&#233;e), le d&#233;roulement juridique de cette affaire a abouti &#224; la relaxe de l'accus&#233; en raison, selon le tribunal correctionnel, de &#171; l'inconstance des d&#233;clarations d'&#201;douard Louis &#187;. Si cette relaxe n'est pas en soi plus l&#233;gitime qu'une v&#233;rit&#233; int&#233;rieure, elle r&#233;v&#232;le surtout la confusion &#233;thique et politique qui a conduit &#201;douard Louis &#224; regretter d'avoir port&#233; plainte, d'avoir fait entrer cette histoire dans un dispositif &#233;tatique ali&#233;nant mais quand m&#234;me pas au point de cesser d'&#234;tre repr&#233;sent&#233; par un avocat jusqu'au bout du jugement (qui passera en appel d&#233;but 2022) ; mais aussi de croire et faire croire qu'un r&#233;cit aussi inclusif et critique soit-il, publi&#233; dans une grande maison d'&#233;dition &#224; grand renfort de communication et d'interviews presse-radio-t&#233;l&#233; (puis adapt&#233; au th&#233;&#226;tre avec rebelote de communication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article &#171; Histoire du mensonge &#187; analyse justement les formes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ne pourrait pas lui aussi instituer un rapport de pouvoir entre celui qui &lt;i&gt;parle&lt;/i&gt; et celui qui &lt;i&gt;est parl&#233;&lt;/i&gt;. La critique de la justice que fait GDL, &#224; travers l'exemple de &lt;i&gt;Histoire de la violence&lt;/i&gt; et des propos de Samantha Geimer, peut tout &#224; fait &#234;tre adress&#233;e &#224; la solution sociologico-litt&#233;raire qu'il d&#233;fend : &#171; le fait de voir sa vie et son r&#233;cit pris en charge et examin&#233;s par d'autres, de se retrouver d&#233;poss&#233;d&#233;e de son histoire, scrut&#233;e dans sa cr&#233;dibilit&#233; par la police et des experts &#8211; et de devenir ainsi, &#224; travers toutes ces op&#233;rations, un objet du discours de l'autre &#187; (p. 12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici un des arguments principaux de GDL, le pouvoir r&#233;pressif-punitif a besoin d'administrer des &#171; corps objet &#187; (inspir&#233;e de la &#171; classe objet &#187; de Pierre Bourdieu) disponibles &#224; son propre exercice, des corps dont on se sert et qu'on rejette toujours dans l'optique de la satisfaction d'un ordre social et non dans l'int&#233;r&#234;t propre d'une victime. Mais il faut rappeler que la &#171; classe objet &#187; de Bourdieu &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re GDL s'exprime aussi en ces termes : &#171; Domin&#233;es jusque dans la production de leur image du monde social et par cons&#233;quent de leur identit&#233; sociale, les classes domin&#233;es ne parlent pas, elles sont parl&#233;es. Les dominants, ont entre autres privil&#232;ges, celui de contr&#244;ler leur propre objectivation et la production de leur propre image : non seulement en ce qu'ils d&#233;tiennent un pouvoir plus ou moins absolu sur ceux qui contribuent directement &#224; ce travail d'objectivation (peintres, &#233;crivains, journalistes, etc.) ; mais aussi en ce qu'ils ont les moyens de pr&#233;figurer leur propre objectivation par tout un travail de repr&#233;sentation, comme on disait autrefois, c'est-&#224;-dire par une th&#233;&#226;tralisation et une esth&#233;tisation de leur personne et de leur conduite qui visent &#224; manifester leur condition sociale et surtout &#224; en imposer leur repr&#233;sentation. &#187; (Pierre Bourdieu, &#171; Une classe objet &#187;). En lisant ces lignes de Bourdieu, il m'est impossible de ne pas voir dans la description des dominants les visages d'&#201;douard Louis et de Geoffroy de Lagasnerie. C'est quelque chose qui arrive souvent dans les d&#233;monstrations intellectuelles de GDL, lorsque les arguments qu'il mobilise pour d&#233;finir un ennemi finissent pas &#233;clairer &#233;galement le visage de celui qui l'&#233;nonce (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=DCMYS1ypEdo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on peut notamment voir ou revoir ce grand moment argumentatif&lt;/a&gt; o&#249; GDL tente de nous d&#233;montrer que la pens&#233;e de droite n'existe pas pour finalement nous faire douter de la sienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, il ne s'agit pas ici d'inverser les r&#244;les de victime et de coupable, je ne remets pas en cause l'agression qu'&#201;douard Louis a subi. N&#233;anmoins, je m'interroge sur la pertinence d'effacer &#224; ce point toute parole de la personne mise en accusation, que soit dans un tribunal ou dans un livre, quand on cherche &#224; s'inscrire dans une justice r&#233;paratrice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et le d&#233;sir s'enfuit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la promotion de son livre, GDL est all&#233; dire dans une interview pour T&#234;tu : &#171; Je pense qu'il faut r&#233;-affirmer une forme d'autonomie de la sexualit&#233; et du d&#233;sir par rapport &#224; la politique. Le geste qu'il faut accomplir est de d&#233;politiser le d&#233;sir, ne pas l'appr&#233;hender avec un vocabulaire politique. On peut tr&#232;s bien fantasmer de coucher avec quelqu'un qui se d&#233;guise en policier et qui menotte, insulte ou frappe, et lutter contre les violences polici&#232;res &#187;. Premi&#232;rement, aller affirmer aupr&#232;s des lecteurs d&#233;j&#224; tr&#232;s d&#233;politis&#233;s de T&#234;tu (mais socialo-centristes tout de m&#234;me lors des &#233;lections) de d&#233;politiser le d&#233;sir, me semble &#234;tre une grande farce. Surtout ce que cela sous-entend, c'est que le d&#233;sir doit &#234;tre ce territoire immunis&#233; de toute conflictualit&#233;, aussi basse soit-elle, or si le d&#233;sir a encore un sens aujourd'hui c'est bien dans la confrontation permanente qu'il entretient avec l'ordre et la norme, dans son instabilit&#233; permanente (queer) ne le rendant certainement pas intouchable. Deuxi&#232;mement il faudrait aller plus loin que de dire que coucher avec quelqu'un d&#233;guis&#233; en policier ne veut pas dire qu'on adh&#232;re &#224; un besoin de police : on peut dire qu'on peut coucher avec un flic un soir et lui faire face sur une barricade un autre jour. De toute fa&#231;on dans les vapeurs d'un sauna, dans un jardin public, ou sous les n&#233;ons d'une bo&#238;te de nuit, on demande rarement sa carte d'identit&#233; &#224; l'autre qu'on baise ou qui nous baise ; nous venons y chercher ce qui pr&#233;cis&#233;ment n'existe pas dans le monde social : un monde sans miroir. C'est toute cette part du d&#233;sir homosexuel qui n'existe pas dans le livre de GDL, et effa&#231;ant ce d&#233;sir, il efface &#233;galement toute l'histoire politique et charnelle propre &#224; l'homosexualit&#233; pour en faire la remorque d&#233;sirante du f&#233;minisme. Alors un d&#233;sir n'est pas une chose pr&#233;cieuse, &#231;a se malm&#232;ne, &#231;a se critique, &#231;a se tra&#238;ne dans la boue et dans la lumi&#232;re, et tant mieux si &#224; des moments de l'histoire des mouvements critiques ou &#233;mancipateurs viennent le troubler ; &#231;a ne se range certainement dans un processus de rationalisation de la sexualit&#233; ni dans une stabilisation lib&#233;ratrice qui trouverait sa place dans des&#8230; voici la proposition juridique de GDL : &#171; dispositifs l&#233;gaux qui soient par essence immanents, pluralistes, qui fonctionneraient beaucoup plus &#224; la jurisprudence, au cas par cas, que par le recours &#224; une norme abstraite d&#233;cid&#233;e par quelques-uns aux noms des autres, et qui pourraient ainsi exercer des effets protecteurs ou lib&#233;rateurs selon les situations. &#187; (p. 85)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que GDL, ne l'oublions pas, ne veut plus que la gauche perde. Il ne saurait se contenter d'une id&#233;e aussi abstraite que l'anarchisme du d&#233;sir. Et le plus s&#251;r moyen d'obtenir une victoire, pour la gauche, semble encore une fois se situer sur le terrain du droit. Il ne s'agit plus ici de gagner un droit pour un groupe social particulier, &#8211; oubliez les gr&#232;ves, les manifestations, les &#233;meutes, les occupations ill&#233;gales, toutes ces formes d'actions collectives consid&#233;r&#233;es comme des gestes d'&#171; automates &#187; selon GDL dans ses pr&#233;c&#233;dents bouquins &#8211; mais de r&#233;former le code p&#233;nal vers le traitement au &#171; cas par cas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/max-fraisier-roux/blog/030220/histoire-du-mensonge&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Histoire du mensonge &#187;&lt;/a&gt; analyse justement les formes de l'adaptation th&#233;&#226;trale de &lt;i&gt;Histoire de la violence&lt;/i&gt; avec l'id&#233;ologie antiraciste qu'elles sous-tendent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pierre Molinier Underground </title>
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		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
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		<dc:subject>Androgynie</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Molinier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quelques particules de Pierre Molinier remontent jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/le_grand_combat_-_copie.jpg?1731403060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre Molinier est n&#233; avec le XXe si&#232;cle, en 1900, &#224; Agen. Il s'est &#233;teint en 1976 avec l'av&#232;nement de la Disco, des r&#233;volutions f&#233;ministes et punk. En 1951, lors du 20e Salon des artistes ind&#233;pendants bordelais, il pr&#233;sente &lt;i&gt;Le Grand Combat&lt;/i&gt;, un tableau ambigu, ni tout &#224; fait abstrait, ni tout &#224; fait figuratif, repr&#233;sentant des corps entrelac&#233;s pris dans un tourbillon &#233;rotique &#233;nerg&#233;tique. Jug&#233;e ind&#233;cente, l'&#339;uvre devient le motif d'une rupture fracassante et m&#233;diatis&#233;e avec la &#171; bonne soci&#233;t&#233; &#187; bordelaise (notables et artistes compris). &#192; 50 ans, l'artiste rompt d&#233;finitivement avec les valeurs morales et esth&#233;tiques dominantes et passe fi&#232;rement dans les marges artistiques et culturelles de la fin de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1994, dans la revue &lt;i&gt;Longue Vue&lt;/i&gt;, le neurobiologiste Jean-Didier Vincent, qualifie Pierre Molinier &#171; d'idiot du village &#187; n'ayant int&#233;ress&#233; la soci&#233;t&#233; bordelaise qu'en raison de son accointance avec les surr&#233;alistes. Le portrait que fait le m&#233;decin n'est pas flatteur. Il le qualifie de &#171; petit pervers pas tr&#232;s intelligent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf, Jean-Didier Vincent, &#171; Mort d'un petit diable &#187;, in La longue vue, n&#176;1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Molinier, explique-t-il, avait un petit num&#233;ro bien rod&#233;. Si on le visitait, il expliquait la mani&#232;re dont il s'auto-stimulait sexuellement, montrait des photos de ses jambes, de ses fesses... Si une fille &#233;tait l&#224;, il lui soulevait les jupes, la palpait. Pour le m&#233;decin ses images sont sinistres et sans int&#233;r&#234;t hors du contexte m&#233;dical. &#171; Molinier n'appartient pas &#224; l'histoire de l'art, mais &#224; l'histoire de l'homme, &#233;crit-il, c'est de la sociologie, c'est de la psychologie, ce n'est pas de l'art ni m&#234;me de l'art brut ! &#187; Ses productions sont totalement d&#233;savou&#233;es. Hors de l'art et du langage, elles sont ramen&#233;es &#224; un niveau pathologique. Plus que cela m&#234;me, le m&#233;decin exclut l'artiste de la sph&#232;re contre-culturelle des ann&#233;es 60-70, &#224; laquelle il appartient pourtant bien, de par son caract&#232;re pr&#233;tendument narcissique, opportuniste et r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende urbaine raconte qu'apr&#232;s avoir donn&#233; son corps &#224; la science (en le confiant au fameux m&#233;decin), le cerveau de l'artiste aurait &#233;t&#233; extrait puis expos&#233; dans un bocal de formol lors du Festival de performances Sigma. Une personne de l'entretien l'aurait bris&#233; par accident. Apr&#232;s nettoyage le cerveau de Molinier aurait finalement rejoint les &#233;gouts de la ville dans lesquels ses mol&#233;cules, on l'imagine, flottent encore...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuelle Debur m'a racont&#233; cette anecdote. Elle l'a &#233;galement relat&#233; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le neurobiologiste raconte aussi avoir fait partie d'un groupe de personnes rassembl&#233;es autour de l'artiste : esth&#232;tes de province, majoritairement des artisans et des notables, qui dans les ann&#233;es 60, encore marqu&#233;es en France par l'aura sulfureuse du Surr&#233;alisme, se d&#233;lectent des relectures du Marquis de Sade publi&#233;es par Jean-Jacques Pauvert en 1947, des publications d'&#201;ric Losfeld dont &lt;i&gt;Emmanuelle&lt;/i&gt; distribu&#233;e clandestinement en 1959, de la litt&#233;rature de Georges Bataille... Des lectures auxquelles on peut ajouter tout un corpus d&#233;fiant la censure juridique et morale de l'&#233;poque : &lt;i&gt;Roberte, ce soir&lt;/i&gt; de Pierre Klossowski publi&#233; aux &#233;ditions de Minuit en 1953,&lt;i&gt; L'Image&lt;/i&gt; de Catherine Robbe-Grillet en 1956 chez le m&#234;me &#233;diteur, &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt; de Vladimir Nabokov, publi&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; Paris par Maurice Girodias en 1955... Ces &#339;uvres participent de diff&#233;rentes sc&#232;nes litt&#233;raires qui ne sont pas li&#233;es pour autant. Parmi les publications embl&#233;matiques, il y a aussi le scandaleux &lt;i&gt;Histoire d'O&lt;/i&gt; de Pauline R&#233;age aux &#201;ditions Pauvert en 1954. Molinier en poss&#232;de un exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste a lui-m&#234;me &#233;tabli les pr&#233;misses &#224; l'&#233;laboration d'une secte &#233;rotique dite la &#171; secte des voluptueux &#187; constitu&#233;e de proches et d'ami.es de passage. Il s'agit d'un club dont le but est de rassembler &#224; l'occasion des personnes se donnant et recevant du plaisir &#171; sans tabous ni jugements &#187;. Dans ses notes, non dat&#233;es, Molinier demande aux participant.es d'&#234;tre propres, soign&#233;.es, ras&#233;.es. &#171; L'androgynie est de rigueur, &#233;crit-il. Ne peut &#234;tre admis dans la secte celui ou celle qui a la pr&#233;tention d'&#234;tre essentiellement femme ou homme. (...) Les accoutrements &#233;rotiques, maquillage, parfums, sont de rigueur pour les deux sexes qui devront faire en sorte de se confondre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Molinier, &#171; Secte des voluptueux &#187;, in Pierre Molinier, je suis n&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Pour ce groupe de praticiens et d'autres encore, l'artiste incarne un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; et tangible &#224; une sexualit&#233; lib&#233;r&#233;e, audible, r&#233;cr&#233;ative et contestataire, savante et non conventionnelle dans la France conservatrice des ann&#233;es pr&#233;-68. Avec lui, ils et elles renversent la table en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Merci&#233; explique qu'&#224; Bordeaux, Molinier &#233;pate son monde (qui comprend d'ailleurs des personnalit&#233;s de milieux et d'&#226;ges tr&#232;s divers) au moyen d'affabulations d&#233;velopp&#233;es et &#233;tay&#233;es sur plusieurs ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf, Jean-Luc Mercier, &#171; Bas les masques &#187;, in Pierre Molinier, je suis n&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il aime scandaliser, d&#233;ranger, r&#233;viser sa biographie, faire rire et promouvoir ses exploits sexuels. Il raconte ainsi s'&#234;tre allong&#233; et avoir joui sur le cadavre de sa s&#339;ur adolescente d&#233;c&#233;d&#233;e en 1918. Il raconte aussi avoir eu une relation intime avec sa fille ill&#233;gitime Monique Fournigault qu'il prostitue &#224; l'occasion. Molinier est presque un bonimenteur. Certains s'emploient d'ailleurs &#224; discr&#233;diter les dires d&#233;rangeants qui ternissent son image et pourraient d&#233;valuer la valeur de ses productions : jamais les parents de l'artiste ne l'auraient autoris&#233; &#224; rester dans la chambre d'une s&#339;ur morte de la grippe espagnole.... rien ne prouve que Monique soit sa fille en raison du manque de test ADN... Les &#233;l&#233;ments biographiques, invent&#233;s ou gonfl&#233;s par l'artiste, sont la preuve m&#234;me de la capacit&#233; de l'artiste &#224; s'inventer un personnage conforme &#224; ses d&#233;sirs. Il maquille et construit sa biographie comme il le fait avec ses montages photographiques. On peut donc en d&#233;duire que l'inceste fait partie d'un vocabulaire qui permet &#224; l'artiste d'aller au-del&#224; des limites, d'assoir son autorit&#233; licencieuse et de s'inscrire dans l'histoire sulfureuse de la litt&#233;rature qu'il admire, de braver la morale qu'il r&#233;prouve tout en testant les limites d'acceptation de son auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inceste, n&#233;crophilie, violence, blasph&#232;me... Molinier pratique un langage qu'il souhaite irr&#233;cup&#233;rable. Pour la 17e &#233;dition de L'&lt;i&gt;&#201;trange Festival&lt;/i&gt;, &#224; Paris, en 2020, la s&#233;ance sp&#233;ciale consacr&#233;e &#224; son travail est pr&#233;sent&#233;e par l'auteur et r&#233;alisateur Jean-Pierre Bouyxou, ami et mod&#232;le de l'artiste. Lui-m&#234;me l'a film&#233; dans une &#339;uvre exp&#233;rimentale en 1968 intitul&#233;e &lt;i&gt;Satan bouche un coin&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Satan bouche un coin, 1968, r&#233;alisation Rapha&#235;l Marongiu, Jean-Pierre Bouyxou&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour cette s&#233;ance, Bouyxou aborde justement le th&#232;me de l'inceste avec h&#233;sitation. Moins cat&#233;gorique que Merci&#233;, il reconnait que ces propos ne sont certainement pas vrais, que rien n'est v&#233;rifi&#233;, qu'avec Molinier on ne sait jamais, mais qu'il l'a dit... Car Molinier raconte &#224; propos des histoires horribles en ricanant &#224; la face d'un public restreint et bien choisi. Il pouffe en grima&#231;ant et renvoi &#224; son auditoire, comme &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, une image caricaturale de ses non-dits par go&#251;t de la provocation, moquerie, radicalit&#233; et conviction politique. Il est la hy&#232;ne de Bordeaux. Il transforme ainsi ses auditeurs en voyeurs, puritains ou complices. Devant eux, il c&#233;l&#232;bre la libert&#233; totale, la lutte contre l'hypocrisie, le g&#233;nie. En accord avec sa foi dans les avant-gardes et l'&#226;ge des manifestes (qu'il pastiche aussi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1951, il se s&#233;pare de la Soci&#233;t&#233; des Artistes ind&#233;pendants bordelais. Il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) il pousse &#224; l'extr&#234;me la provocation. Il revendique d'ailleurs sa propre &#171; monstruosit&#233; &#187; assimil&#233;e dans son esprit au g&#233;nie artistique. On trouve ainsi dans ses notes &#233;parses, conserv&#233;es et r&#233;&#233;dit&#233;es, celle-ci &#233;crite au crayon rouge :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le grand art r&#233;side dans la monstruosit&#233;, car la monstruosit&#233; est l' &#171; unique &#187; et l'unique ne peut exister que par une aberration de la nature, ou par la r&#233;alisation contre nature de l'homme. L'artiste qui modifie la nature, la contre, c'est-&#224;-dire cr&#233;e, se rapproche de l'essence divine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Molinier, fragment, in Pierre Molinier, je suis n&#233; homme-putain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces notes, on trouve aussi le brouillon d'une lettre, certainement plus tardive, adress&#233;e &#224; Skind&#246;, amie, belle et jeune travesti. Molinier lui dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tu es celui qui arrive et je suis celui qui s'en va comme tu le dis si bien. C'est la vie. (...) L'ambigu&#239;t&#233; de ton personnage est des plus troublantes. La perfection de ton corps est un v&#233;ritable chef-d'&#339;uvre de la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p.149.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'artiste vieillissant adresse ces mots &#224; un &#234;tre plus jeune que lui ayant trouv&#233; les moyens de vivre sa vie et de transformer son corps selon ses propres termes. Le caract&#232;re l&#233;g&#232;rement m&#233;lancolique de ce fragment et l'admiration sinc&#232;re de Molinier pour Skind&#246; qui y transpara&#238;t me font supposer que l'artiste a peut-&#234;tre souffert r&#233;trospectivement du personnage qu'il a construit : je parle du fait qu'il se soit pr&#233;sent&#233; et identifi&#233;, dans les actes et le langage, comme un &#171; monstre &#187; et un &#171; pervers &#187; en accord avec les diagnostics pos&#233;s sur sa personne ; je parle aussi du contexte social de l'&#233;poque et de sa sur- identification avec les valeurs esth&#233;tiques et contestataires des avant-gardes d&#233;j&#224; disparaissantes qui ont pu aussi l'emp&#234;cher de d&#233;velopper des formes et une vie plus ad&#233;quate avec sa sensibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encourag&#233; par Andr&#233; Breton, il affirme &#224; partir de 1955, avec plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son int&#233;gration dans le mouvement surr&#233;aliste, dont il a su tirer profit, ainsi que l'admiration que cet accueil a suscit&#233; &#224; Bordeaux, a peut-&#234;tre contribu&#233; &#224; enfermer son travail et son personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 70, Molinier d&#233;couvre ainsi fascin&#233; les autoportraits en sphinge de l'artiste suisse Luciano Castelli. Il a 23 ans. Les dimensions drag et queer du travail du jeune artiste ouvrent des perspectives nouvelles &#224; Molinier qui l'invite &#224; poser pour lui. Castelli raconte ainsi avoir pass&#233; trois jours rue des Faussets, dont une soir&#233;e pleine d&#233;di&#233;e &#224; la photographie. Molinier lui indique la pose &#224; tenir. Il est excit&#233;. &#171; &#192; chaque prise, dit Castelli, il disparaissait aussit&#244;t en blouse grise dans la chambre noire, attendait impatiemment le r&#233;sultat pour revenir &#224; bout de souffle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf, Luciano Castelli, &#171; Chez Pierre Molinier &#187;, propos recueillis par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castelli est maquill&#233;, il porte des bas noirs, une chemise ouverte et transparente. La plupart de ses poses, tr&#232;s suggestives, ont &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;es par Molinier auparavant, il y a des ann&#233;es. C'est comme s'il lui faisait jouer son propre personnage et qu'il revoyait sur ces courbes sa propre puissance &#224; lui. C'est pourquoi ces images sont &#233;mouvantes. Derri&#232;re la figure, un simple drap blanc est tendu. Au d&#233;veloppement, Molinier cr&#233;e un halo noir &#224; la main de sorte qu'il semblerait que nous regardions avec lui comme au travers d'un trou de serrure ou depuis l'embrasure d'une porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article paru en 1979, suite aux r&#233;trospectives posthumes consacr&#233;es au travail de l'artiste au Centre Pompidou et &#224; la galerie Agathe Gaillard, Herv&#233; Guibert, coiff&#233; de sa casquette de journaliste pour la rubrique photo du Monde, &#233;crit au sujet des images de Molinier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;(...) elles sont doublement vicieuses parce que les corps vautr&#233;s, pantins d&#233;sarticul&#233;s, encha&#238;n&#233;s et flagell&#233;s sur de hauts tabourets de bar ou poup&#233;es hypertrophi&#233;es, trou&#233;es de toutes parts, se d&#233;tachent sur le satin noir, dans une tache de lumi&#232;re, sur le halo d'un papier peint-berg&#232;re, comme sous le projecteur blafard et vacillant d'un num&#233;ro de strip, &#224; travers le trou d'une serrure ou le double rond voyeur d'une paire de jumelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Guibert, &#171; Pierre Molinier, succube et &#171; d&#233;maudit &#187;, Le Monde, 26 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Guibert explique encore que Molinier, dans son appartement, &#171; dort sous ses grands tableaux qui semblent le menacer, et dont les cr&#233;atures s'&#233;chappent de leurs cadres pour composer avec lui des figures orgiaques (...) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chambre-boudoir-atelier compos&#233;e de deux pi&#232;ces, l'artiste d&#233;veloppe, au milieu de son cadre domestique un travail photographique et pictural &#224; la marge des institutions, &#224; contre-courant des normes et lois qui gouvernent les corps dans la France des ann&#233;es 60. C'est &#224; cette date qu'apparaissent ses premi&#232;res photographies en gu&#234;pi&#232;res, talons aiguilles, bas r&#233;sille. Molinier se met en sc&#232;ne dans ses jeux auto-&#233;rotiques. Il les enregistre et les communique. Techniquement, il se sert d'un appareil &#224; soufflet qui n&#233;cessite de longs temps de pose. En auto-repr&#233;sentation, il prend et tient la pose des deux c&#244;t&#233;s de l'appareil. Sa cuisine est sa chambre noire. C'est l&#224; qu'il d&#233;veloppe, parfait et compose ses images &#171; faites maison &#187; au sens litt&#233;ral du terme puisque sa maison est une extension de sa camera obscura. L'ampoule accroch&#233;e dans le couloir qui m&#232;ne &#224; la cuisine lui permet d'impressionner ses papiers. Sinon il glisse le n&#233;gatif dans un ch&#226;ssis de bois qu'il expose presque &#224; main lev&#233;e dans le carr&#233; de format 6X6 d&#233;coup&#233; dans le volet de la fen&#234;tre de la cuisine. Il retouche ensuite les images au crayon gras, d&#233;coupe, agence. Il lui a ainsi fallu plusieurs ann&#233;es pour obtenir &lt;i&gt;Le Chaman&lt;/i&gt;, une &#339;uvre singuli&#232;re pour laquelle il a lui- m&#234;me pos&#233;. Ici, il design apr&#232;s montages et collages sa personae magique, super-sexuelle, extra- terrestre. Il invente ainsi, gr&#226;ce aux moyens du photomontage, des fictions &#233;rotiques dont il est le h&#233;ros et l'orchestrateur. Ce type de repr&#233;sentation c&#244;toie une imagerie plus directe et &#171; post- performative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une expression que j'emprunte &#224; ma coll&#232;gue Marie de Brugerolle.&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Souvent, il pose &#224; c&#244;t&#233; de ses mannequins afin de produire un jeu trouble sur les identit&#233;s et les d&#233;sirs suppos&#233;s des figures. Ce type de photographies hypersexualis&#233;es se d&#233;ploie &#224; c&#244;t&#233; d'un travail sur la figuration et son potentiel ornemental : des images sophistiqu&#233;es de phallus reposant sur des surfaces fleuries brillantes de ros&#233;e, des jeux g&#233;om&#233;triques sur des profils f&#233;minins tir&#233;s sur des papiers velout&#233;s. Les compositions faites de corps accumul&#233;s, d&#233;ploy&#233;s en corolles ou dans des poses acrobatiques, parfois comiques, &#233;voquent le dieu hindou Shiva, figure de la destruction et g&#233;n&#233;ratrice de mondes nouveaux. Car l'influence orientale est tr&#232;s importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire raconte qu'en 1936 (mais Pierre Petit estime qu'il s'agit plut&#244;t de 1946) des envoy&#233;s du Dala&#239;-Lama sont venus &#224; Bordeaux commander &#224; l'artiste des dessins &#224; reproduire - certainement des mandalas - afin de d&#233;corer un temple. On peut imaginer que la pratique de la peinture murale et d&#233;corative a permis &#224; Molinier, peintre en d&#233;cor et en b&#226;timent de formation, d'ex&#233;cuter ces &#339;uvres. Mais plus que cela : ce travail, dont certains doutent qu'il n'ait jamais exist&#233;, est devenu fondamental dans le d&#233;veloppement de sa pratique. Gr&#226;ce &#224; cette exp&#233;rience, l'artiste r&#233;-oriente son approche de la figuration comme son rapport au monde. Il bifurque vers l'&#233;sot&#233;risme comme l'indiquent par la suite les titres d'&#339;uvres tels &lt;i&gt;Le festin de Man&#232;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Baphomet&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mandrake se r&#233;gale&lt;/i&gt; tout en continuant &#224; pratiquer r&#233;guli&#232;rement le blasph&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De cet &#233;pisode capital, il dit : &#171; Ma peinture a &#233;volu&#233;, elle a certainement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, on trouve dans sa volumineuse biblioth&#232;que des livres sur l'&#201;gypte, la Perse, l'Inde, le Tibet, le Cambodge... Ses compositions prennent la forme de mandalas o&#249; les corps sont pris dans cette dynamique ornementale et &#233;sot&#233;riques, en forme d'&#233;toile ou en svastika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mandalas sont des repr&#233;sentations cosmologiques qui organisent l'univers selon une dynamique de construction et disparition. Molinier place au c&#339;ur de ses r&#233;interpr&#233;tations la question de la contraction et de l'orgasme, de leur pouvoir de transformation et de mutation. Celle-ci est corporelle, spirituelle, elle engage un &#233;parpillement identitaire. Ses &#339;uvres sont tantriques dans le sens o&#249; elles permettent &#224; l'artiste de retrouver l'unit&#233; spirituelle de son &#234;tre dans la jouissance. C'est en cela qu'il qualifie sa pratique de &#171; magique &#187;. Ainsi, le chaman, alter ego androgyne et puissance sexuelle auquel s'identifie Molinier, est un sorcier et un gu&#233;risseur. Il pratique la m&#233;tamorphose sur son corps et ceux des autres, il a pour fonction de r&#233;organiser le monde et le soigner. Il ouvre la possibilit&#233; &#224; la cr&#233;ation d'un langage occulte, plus queer, ayant son propre rythme et tempo, d&#233;velopp&#233; en marge des valeurs &#233;conomiques, sociales et technologiques modernes. En cette fin de modernit&#233;, l'influence orientale est donc une ouverture qui permet &#224; l'artiste de sortir d'une histoire de l'art occidentale h&#233;g&#233;monique, pour lui aussi d&#233;j&#224; trop dominatrice. Dans sa grotte, il fa&#231;onne donc un monde alternatif et organise une petite soci&#233;t&#233; underground r&#233;unie autour d'un m&#234;me projet de lib&#233;ration des d&#233;sirs et de soin des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Canet &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Marie Canet est critique d'art et commissaire d'exposition.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/le_grand_combat_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/le_grand_combat_-_copie.jpg?1731403025' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf, Jean-Didier Vincent, &#171; Mort d'un petit diable &#187;, in La longue vue, n&#176;1, juillet 1994, Bordeaux&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuelle Debur m'a racont&#233; cette anecdote. Elle l'a &#233;galement relat&#233; dans son ouvrage Sigma - 1965/1996, histoire d'un festival d'avant-garde, Editions Atlantica, 2017. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Molinier, &#171; Secte des voluptueux &#187;, in &lt;i&gt;Pierre Molinier, je suis n&#233; homme-putain&lt;/i&gt;, &#201;crits et dessins in&#233;dits, &#201;ditions Biro &#201;diteurs et Kamel Mennour, 2005, p.79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf, Jean-Luc Mercier, &#171; Bas les masques &#187;, in &lt;i&gt;Pierre Molinier, je suis n&#233; homme-putain&lt;/i&gt;, op. cit., non pagin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Satan bouche un coin&lt;/i&gt;, 1968, r&#233;alisation Rapha&#235;l Marongiu, Jean-Pierre Bouyxou&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1951, il se s&#233;pare de la Soci&#233;t&#233; des Artistes ind&#233;pendants bordelais. Il publie un texte provocateur et insultant &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Molinier, fragment, in &lt;i&gt;Pierre Molinier, je suis n&#233; homme-putain&lt;/i&gt;, &#201;crits et dessins in&#233;dits, op. cit. p.136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p.149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encourag&#233; par Andr&#233; Breton, il affirme &#224; partir de 1955, avec plus de radicalit&#233; encore, la singularit&#233; de sa d&#233;marche li&#233;e directement &#224; la nature de ses d&#233;sirs. Les surr&#233;alistes se m&#233;fient d'ailleurs de son approche trop directe. Au contraire des membres du groupe, Molinier n'est pas dans l'id&#233;alisation du d&#233;sir. Sa pratique se caract&#233;rise par le passage &#224; l'acte permanent. Dans son livre sur le &lt;i&gt;Surr&#233;alisme et la sexualit&#233;&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1971, l'historienne de l'art Xavi&#232;re Gauthier, amie de Molinier, note ainsi que l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et les fantasmes lib&#233;r&#233;s de l'artiste le placent en marge des banalit&#233;s &#233;rotiques et misogynes publi&#233;es par le groupe. Trop h&#233;t&#233;rosexuelle, parfois pudibonde, intellectuelle, leur litt&#233;rature n'est pas en phase avec le langage mal d&#233;grossi et l'art pornographique de Molinier. Jean-Jacques Pauvert explique &#224; Pierre Petit, biographe de Molinier : &#171; Comme Andr&#233; Breton &#233;tait quand m&#234;me le patron, il a r&#233;ussi &#224; imposer Molinier ; mais tout le monde, dans le petit groupe, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait contre. Il y a eu une sorte de traumatisme : ce c&#244;t&#233; compl&#232;tement sexuel de la peinture de Molinier, &#231;a les repoussait un petit peu... &#187; Cf, Pierre Petit, &lt;i&gt;une vie d'enfer&lt;/i&gt;, &#201;ditions Ramsey / Jean-Jacques Pauvert, 1992, p.91. Et puis, Molinier est un prol&#233;taire. Pour Breton, il repr&#233;sente la figure de l'homme brut, quasi inculte, anim&#233; par des forces occultes capables de lui faire produire des images fantasmatiques. Dans ce contexte, la brutalit&#233; sociale de Molinier le pr&#233;destine aux visions m&#233;dianimiques et magiques. Breton voit du myst&#232;re l&#224; o&#249; Molinier joue son corps.... Et plus il joue son corps plus Breton prend ses distances avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf, Luciano Castelli, &#171; Chez Pierre Molinier &#187;, propos recueillis par Jean-Luc Monterosso, in Luciano Castelli &lt;i&gt;le miroir du d&#233;sir&lt;/i&gt;, Maison europ&#233;enne de la photographie, Paris, 1996, p.82&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herv&#233; Guibert, &#171; Pierre Molinier, succube et &#171; d&#233;maudit &#187;, Le Monde, 26 septembre 1979, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/&lt;/a&gt; archives/article/1979/09/26/pierre-molinier-succube-et-demaudit_2783707_1819218.html, article consult&#233; le 4 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une expression que j'emprunte &#224; ma coll&#232;gue Marie de Brugerolle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De cet &#233;pisode capital, il dit : &#171; Ma peinture a &#233;volu&#233;, elle a certainement subi l'influence de ces gens qui pensaient peut-&#234;tre diff&#233;remment de moi. &#199;a m'a donn&#233; l'id&#233;e de l'&#233;sot&#233;risme. Mon inspiration a subi une sorte de bifurcation. &#192; ce moment-l&#224;, j'ai essay&#233; de faire des choses autres que ce que j'avais peint jusqu'alors &#187;. Cf, Pierre Petit, une vie d'enfer, p.41&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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