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	<title>TROU NOIR</title>
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		<title>La p&#233;n&#233;tration anale - Pour une po&#233;tique des entrailles</title>
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		<dc:subject>Anus</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sies</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Extrait</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Il n'est jamais tout &#224; fait facile, sans r&#234;ver, de devenir la proie poss&#233;d&#233;e d'une telle extase. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-DIX-NEUF-" rel="directory"&gt;DIX-NEUF&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Poesie-+" rel="tag"&gt;Po&#233;sies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Extrait-+" rel="tag"&gt;Extrait&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton181.jpg?1731403045' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, notre &#233;poque est celle de la lib&#233;ration de la parole. Arrive enfin &#224; se dire et &#224; s'assumer ce que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes gardaient enfoui &#224; l'int&#233;rieur dans la lourdeur du secret. Pourtant cette lib&#233;ration accompagne un mouvement plus g&#233;n&#233;ral autour de la parole, divisant celle-ci entre ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Les mots sont devenus lourds et dangereux. On ne rit plus impun&#233;ment. Chaque d&#233;tail se veut un signe d'all&#233;geance, &#224; une cat&#233;gorie, &#224; une id&#233;ologie, &#224; un comportement. Il est d'usage, chez les militants par exemple, de lire une personne &#224; l'aune de la premi&#232;re phrase qu'elle prononcera. Il y a quelque chose de glac&#233;, de p&#233;trifi&#233; dans la parole et dans les mots. D'o&#249; notre envie de pr&#233;senter le texte qui va suivre, extrait de &lt;i&gt;Variations scatologiques. Pour une po&#233;tique des entrailles&lt;/i&gt; de Bob O'Neill paru aux &lt;a href=&#034;https://www.lamusardine.com/l-attrape-corps/1758-variations-scatologiques.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions La Musardine&lt;/a&gt; en 2005. Ce petit livre est un voyage dans l'obsc&#232;ne et dans l'impur, un dictionnaire contre la morale. Trouver les bons mots, les formules odorantes, les imaginaires d&#233;lur&#233;s, abuser des mots, encore et encore, rencontrer avec les doigts, avec la langue et jusque dans les recoins du corps des plus improbables. Voil&#224; l'antidote &#224; la nouvelle police civilisationnelle que d&#233;crit Bob O'Neill : &#171; L'humanit&#233; toute enti&#232;re est victime des farces et fac&#233;ties des illusions d'une &#171; puret&#233; lib&#233;ratrice &#187;. Les racines de l'ethnocentrisme, de la x&#233;nophobie et du chauvinisme puisent leurs forces dans les craintes de devoir se salir au contact des d&#233;jections du corps des autres. Les id&#233;es d'&#233;puration, de purification, de blanchiment, de moralisation, de confession, les conceptions immacul&#233;es, etc. s'adressent toujours au petit c&#244;t&#233; f&#233;cal et p&#233;tochard de notre personnalit&#233;. L'homme pue et a toujours &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi de catastrophes miasmatiques et d&#233;l&#233;t&#232;res. C'est pourquoi il est &#224; ce point attir&#233; par les purges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitons de ce plaisir de l&#226;cher prise amenant un peu de l&#233;g&#232;ret&#233; et de chaleur, quelques nouveaux mots, et l'envie d'y plonger plus avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci aux &#233;ditions La Musardine de nous autoriser &#224; reproduire le texte qui suit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La p&#233;n&#233;tration anale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et si la p&#233;n&#233;tration anale est vilipend&#233;e, d&#233;cri&#233;e et condamn&#233;e par beaucoup, il n'en reste pas moins qu'elle est pratiqu&#233;e tr&#232;s couramment dans la confidentialit&#233;. La foultitude de mots qui la d&#233;signent ne fait que souligner sa r&#233;alit&#233; occulte qui, &#224; l'instar de son caract&#232;re clandestin, attire et s&#233;duit silencieusement les foules. La richesse argotique est un bon indice de l'importance des pr&#233;occupations anales et nous ne r&#233;sistons pas ici, en nous inspirant tr&#232;s largement, entre autres ouvrages, du &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;rotique&lt;/i&gt; de Guiraud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guiraud Pierre, Dictionnaire &#233;rotique, Payot, 1993.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; citer quelques expressions des plus croustillantes : alcibiadiser, al&#233;ser, aller chez le voisin, aimer le goudron ou la terre jaune, endosser, baiser &#224; la riche, bichonner, biter, en cacher, casser coco, casser le dix/ le pot, chaldiciser, changer de religion, chevaucher &#224; l'antique, communier sous les esp&#232;ces, faire le con cocu, consommer son kabyle, courir &#224; rebours, crever l'oeil, culer, culeter, divorcer avec la nature, dofer, s'&#233;garer, embestialiser, empaffer, empaler, emmancher, emp&#233;tarder, empouper, emproser, empapaouter, encaldosser, enclouer, enculer, endauffer, enfifrer, enfigner, enfiler, enfoirer, enganym&#233;der, englander, enrouter, enquiller, s'envoyer, enviander, se faire casser le pot, se faire d&#233;foncer la past&#232;que (la motte), se faire dorer la feuille ou la lune, se faire endosser, se faire taper dans la lune, se farcir, fouiller, fourrer, fourailler, foutre, fricoter, se frotter le lard, fauconner, filer une p&#233;t&#233;e, florentiner, galipoter le fondement, gauler, gitonner, godailler, gomorrhiser, grimper, janculer, jouer du reversis, laconiser (vieilli et d&#233;suet), loyoliser, mahom&#233;tiser, &#234;tre de la manchette, mettre, mettre au petit, mettre le cul comme un champ de fraise, mettre &#224; la voile par la voie s&#232;che, miser, momiser, niquer, piner, planter, prendre par le manche du gigot, prendre du bronze/du chouette /par derri&#232;re / l'objet &#224; rebours /de l'ogne /du dos / la bague /du dix/du rond/du tal /du talon, etc., &#234;tre de la procession, queuter, repousser les crottes, retourner la m&#233;daille, saccader en cul, sauter, socratiser, sodomiser, tirer, tourner le feuillet / la page, travailler du cul /de l'&#233;tui ou de la vigne, tringler, se tromper d'endroit / de porte, trouducuter, trousser etc. Cent vingt fa&#231;ons de dire et nous sommes loin de tout dire. Une chose est s&#251;re. Si on d&#233;sire passer &#224; l'acte, ce ne sont jamais les mots qui manquent pour le faire et le faire savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je vous ferai gr&#226;ce de la richesse &#171; anusologique &#187; p&#233;tulante et claironnante de San-Antonio si ce n'est au passage pour vous &#233;voquer la tringluche arri&#232;re de l'entr&#233;e des fourbisseurs en bilboquant le fouinosoff, caram&#233;lisant la pastille, cognant dans la lune en l'encaustiquant tout en embroquant &#224; la Peyrefitte pour poignarder le fouissard et enfourner le pot d'&#233;chappement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Guide pratique de la vie du couple&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elia (D.) et Waynberg (J.) Le guide pratique de la vie du couple, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;des Docteurs David Elia et Jacques Waynberg, nous trouvons une information tr&#232;s compl&#232;te et pr&#233;cise sur la morphologie anatomique et la pratique de la sodomie &#224; laquelle nous emprunterons ces extraits : &#171; L'anus est, sexuellement parlant, beaucoup plus qu'un simple &#8220;orifice&#8221;, nous disent-ils, c'est tout un appareil comprenant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. un tube cutan&#233; de 3 &#224; 4 cm de long, ceintur&#233; par 4 cercles de muscles tr&#232;s herm&#233;tiquement contract&#233;s. Une extr&#233;mit&#233; de ce tube d&#233;bouche &#224; l'ext&#233;rieur en constituant l'orifice anal proprement dit, dont les berges, pliss&#233;es, irr&#233;guli&#232;res, plus oumoins velues, dessinent des reliefs tr&#232;s diff&#233;rents les uns des autres. L'extr&#233;mit&#233; interne du canal fait la jonction avec la muqueuse du rectum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. le rectum, ultime segment du tube digestif est compar&#233; &#224; une &#8220;ampoule&#8221; tant ses parois sont amples et &#233;lastiques. Fait essentiel, cette ampoule rectale est &#8220;sangl&#233;e&#8221; en son milieu par des muscles extr&#234;mement puissants (muscles releveurs de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'anus) qui la plie en deux. Autrement dit le rectum est pour moiti&#233; &#224; angle droit de l'axe du canal anal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. le canal et la zone cutan&#233;e externe qui l'entoure sont tr&#232;s richement innerv&#233;s, qui plus est par des filets nerveux issus des m&#234;mes troncs que ceux qui irriguent les organes g&#233;nitaux. Le rectum &#224; l'inverse &#8211; tout comme la muqueuse&lt;br class='autobr' /&gt;
vaginale- est pratiquement insensible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlions du p&#233;rin&#233;e et du muscle pubo-coccigien, nous avons &#233;voqu&#233; l'importance que prennent ces zones &#233;rog&#232;nes imbriqu&#233;es. Le Docteur G&#233;rard Zwang, dans son ouvrage &lt;i&gt;Le Sexe de la femme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zwang (G.) Le sexe de la femme, La Musardine, 1997.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;crivant les muscles p&#233;rin&#233;aux, pr&#233;cise que, vu sa fonction, le muscle releveur de l'anus &#171; pourrait &#224; juste titre se nommer constricteur du vagin : c'est sa corde &#233;paisse qui se contracte quand la femme serre les fesses. &#187;, Et plus loin il poursuit et insiste : &#171; La commande des muscles pelvi-p&#233;rin&#233;aux est double : volontaire et r&#233;flexe. Mais seuls, le releveur de l'anus, le sphincter anal et, pour certaines dou&#233;es, le constricteur de la vulve sont accessibles &#224; la volont&#233;. De toute fa&#231;on, la contraction de ces muscles est synergique, si bien que la femme peut mettre volontairement en jeu les muscles de son sexe &#8220;en serrant les fesses&#8221; ; c'est un exemple caract&#233;ristique de la d&#233;pendance des organes p&#233;rin&#233;aux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il reste aussi &#224; souligner c'est les diff&#233;rences anatomiques entre l'homme et la femme qui permettent aux deux parties, selon leur sexe respectif, l'accomplissement d'exp&#233;riences sodomiques uniques et incomparables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la constitution de l'appareil anal est identique pour les deux sexes, lit-on dans &lt;i&gt;Le Guide Pratique de la Vie du Couple&lt;/i&gt;, il faut noter une diff&#233;rence fondamentale du point de vue sexuel, qui tient chez l'homme au voisinage de la prostate,&lt;br class='autobr' /&gt;
adoss&#233;e &#224; la paroi ant&#233;rieure du rectum, &#224; quelques centim&#232;tres de l'orifice interne du canal anal. Chez la femme, le rectum est en rapport avec la face post&#233;rieure du vagin, et seulement tout en haut du col de l'ut&#233;rus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors ais&#233;ment comprendre que, dans ces conditions, la p&#233;n&#233;tration anale n'entra&#238;nera jamais, dans deux morphologies h&#233;t&#233;rog&#232;nes, le m&#234;me type d'&#233;motion &#233;rotique. Les exp&#233;riences sodomiques masculines et f&#233;minines sont donc &#224; tout jamais irr&#233;ductibles et intransmissibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, selon Sade, &#171; le libertin trouve avec un jeune homme deux plaisirs, celui d'&#234;tre &#224; la fois amant et ma&#238;tresse, alors qu'une fille ne lui permet qu'une jouissance, [...] on distingue deux types de sodomie : la sodomie imparfaite (quand elle s'effectue avec une fille dans le &#8220;vase ill&#233;gitime&#8221;)&lt;br class='autobr' /&gt;
et la sodomie parfaite (avec un gar&#231;on) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos rapport&#233;s par J.L. Hennig, Br&#232;ve histoire des fesses, Zulma, 1995.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bob O'Neill&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lamusardine.com/l-attrape-corps/1758-variations-scatologiques.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Variations scatologiques. Pour une po&#233;tique des antrailles&lt;/a&gt; &lt;/i&gt; (La Musardine).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/variations-scatologiques_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/variations-scatologiques_-_copie.jpg?1731403035' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guiraud Pierre, &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;rotique&lt;/i&gt;, Payot, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elia (D.) et Waynberg (J.) &lt;i&gt;Le guide pratique de la vie du couple&lt;/i&gt;, Filipacchi, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zwang (G.)&lt;i&gt; Le sexe de la femme&lt;/i&gt;, La Musardine, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos rapport&#233;s par J.L. Hennig, &lt;i&gt;Br&#232;ve histoire des fesses&lt;/i&gt;, Zulma, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que fait-on des p&#233;d&#233;&#183;es et des trans ?</title>
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		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>Transphobie</dc:subject>
		<dc:subject>Homophobie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour &#234;tre claire, je tiens &#224; pr&#233;ciser que ma misandrie vient d'une haine du patriarcat et non des &#171; masculinit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homophobie-+" rel="tag"&gt;Homophobie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/sans_titre.png?1731403062' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis misandre et je le revendique. Il est pour moi important de l'&#234;tre pour diverses raisons et il est &#233;vident que depuis que je l'ai conscientis&#233;, ma vie est bien plus agr&#233;able. Je ne vais pas approfondir l'int&#233;r&#234;t et l'importance de la misandrie, ce n'est pas l'objet de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble malgr&#233; tout important de soulever certaines limites &#224; de la misandrie et de garder une vigilance pour ne pas reproduire de comportements oppressifs envers d'autres oppress&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, pour &#234;tre claire, je tiens &#224; pr&#233;ciser que ma misandrie vient d'une haine du patriarcat et non des &#171; masculinit&#233;s &#187;. Il n'y a pas d'&#171; essence masculine &#187; toxique mais bien un cis-t&#232;me oppressif qui se nomme patriarcat, largement v&#233;hicul&#233; par les mecs cis* h&#233;t&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais aussi pr&#233;ciser que ma misandrie n'est tourn&#233;e que vers les mecs cis h&#233;t&#233;ro. Parce que les p&#233;d&#233;s* cis n'ont pas la m&#234;me place sociale que ces derniers, qu'eux aussi subissent le patriarcat, et qu'eux aussi sont des rebuts du cis-t&#232;me h&#233;t&#233;ro-normatif. Ils enfreignent les codes de la &#171; masculinit&#233; &#187;, qui est cens&#233;e se construire en opposition &#224; la &#171; f&#233;minit&#233; &#187;, ne serait-ce que par leur relations/attirances amoureuses et/ou sexuelles. Ils sont &#233;galement dans les premiers &#224; faire voler les normes de genre. Par cons&#233;quent, ils se retrouvent expos&#233;s &#224; des violences quotidiennes dans les espaces sociaux. Il existe encore et toujours des agressions et des meurtres homophobes bien trop souvent tus et invisibilis&#233;s dans les milieux f&#233;ministes. L'homophobie n'est qu'une forme parmi d'autres de sexisme et de misogynie. Ces personnes subissant les m&#234;mes violences syst&#233;miques que moi, accumulant, comme moi, de la col&#232;re, de la tristesse, de la haine envers ce monde qui leur est hostile, devant s'adapter et risquer des agressions quotidiennes, comme moi, je ne peux pas les d&#233;tester sous pr&#233;texte qu'ils appartiendraient &#224; la classe des mecs cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si on reprend la pens&#233;e de Wittig qui dit que les lesbiennes ne sont pas des femmes, parce que les femmes et les hommes existent dans les syst&#232;mes de pens&#233;e et &#233;conomique h&#233;t&#233;ro (&lt;i&gt;La pens&#233;e straight&lt;/i&gt;, Monique Wittig), ne peut-on pas dire que les p&#233;d&#233;s ne sont pas des hommes ? Dans ce cas, la misandrie ne leur est pas adress&#233;e. Dans tous les cas, pas la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a autre chose que peut entra&#238;ner la misandrie et les espaces en mixit&#233; choisie sans mecs cis (qui ne vont pas forc&#233;ment de paire, mais dont les impacts sont similaires). C'est l'isolement des personnes trans, et en particulier des personnes transfem*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est une personne transfem, avant de sortir du placard on est socialement consid&#233;r&#233;&#183;es comme des mecs cis. Si nous sommes en plus gouine*, avant coming out*, nous serons vu.es comme des mecs cis h&#233;t&#233;ro. Tant que nous ne sommes pas sorties du placard, nous n'avons pas acc&#232;s aux espaces en mixit&#233; choisie sans mec cis, ou sans mec cis h&#233;t&#233;ro. Et c'est dans ces espaces que l'on peut trouver de l'aide et du soutien pour comprendre et avancer sur nos identit&#233;s, s'identifier &#224; des personnes que l'on rencontre et tout simplement ne pas &#234;tre seul&#183;e. Du coup, si nous n' y avons pas acc&#232;s, nous sommes oblig&#233;&#183;es de nous d&#233;battre dans un cis-t&#232;me qui nous emp&#234;che d'exister, de trouver les r&#233;ponses &#224; nos questions, d'envisager notre vie en dehors de ce cis-t&#232;me, seul&#183;e, sans personnes avec qui partager nos v&#233;cus. Tout &#231;a peut emp&#234;cher des personnes de sortir du placard ou alors les faire vite y retourner apr&#232;s avoir d&#251; affronter seul&#183;e la transmisogynie du monde. Et dans ces conditions, si nous arrivons &#224; sortir du placard, c'est que nous avons une force incroyable que seules poss&#232;dent les personnes trans. Mais en plus, nous restons longtemps isol&#233;&#183;es, parce que nous avons avanc&#233; en solitaire et que par cons&#233;quent, nous n'avons pas pu cr&#233;er de r&#233;seau autour de nous pour nous regrouper et nous donner de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me quand nous arrivons dans les milieux f&#233;ministes et queer, il n'est pas rare que nous soyons la&#183;e seul&#183;e personne transfem du groupe. Parce que la structure m&#234;me de ces espaces nous les rend difficilement accessibles et donc nous isole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux personnes transmasc*, les espaces de mixit&#233; choisie sans mecs cis vont obliger celleux qui ont un bon passing* de s'outer* en tant que personne trans, ne serait-ce que par leur pr&#233;sence. Et &#231;a peut &#234;tre violent au point que certaines personnes n'aient pas l'envie ou la force d'aller dans ces endroits-l&#224;. Et donc nous les isolons aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir sur les p&#233;d&#233;s cis, en tant que transfem, je me sens beaucoup plus proche de leur v&#233;cu que de celui de n'importe quelle meuf cis, parce que je suis per&#231;ue socialement comme un p&#233;d&#233;, un travelo et autres &#171; suce-couilles &#187;. De m&#234;me, beaucoup de transmasc peuvent avoir des passing de p&#233;d&#233;s, subir l'homophobie et donc avoir des v&#233;cus similaires aux p&#233;d&#233;s cis. L'absence des p&#233;d&#233;s cis de nos espaces sociaux rend plus compliqu&#233; nos rencontres et donc les possibilit&#233;s de partager nos v&#233;cus, se donner de la force et prendre soin de nous. Donc encore une fois, on isole les personnes trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant d'isolement, les p&#233;d&#233;s cis n'ont pas plus d'espace de sociabilit&#233; que nous, il peut leur &#234;tre tout aussi compliqu&#233; que nous d'&#233;voluer dans le monde cis-h&#233;t&#233;ro-norm&#233; et en compagnie de mecs cis h&#233;t&#233;ro. Sauf qu'ils n'ont pas non plus acc&#232;s &#224; nos espaces en mixit&#233; choisie sans mecs cis. Cette mixit&#233; choisie et la misandrie les isolent &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, la misandrie est importante. Oui, il est n&#233;cessaire, &#224; mon go&#251;t, de la cultiver tant que le patriarcat existera, de m&#234;me que tous les espaces et toutes les formes de mixit&#233; choisie (sauf celles entre oppresseureuses) tant que les oppressions existeront. Mais il m'est impensable, sous couvert de misandrie d'isoler les trans*, les p&#233;d&#233;&#183;es et n'importe quelles autres personnes oppress&#233;es par le cis-t&#232;me h&#233;t&#233;ro-norm&#233; patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;cis : personne qui se reconna&#238;t dans le genre qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trans, p&#233;d&#233;&#183;es, gouin&#183;e : insultes r&#233;appropri&#233;es par les personnes concern&#233;es. Si vous n'&#234;tes pas trans p&#233;d&#233;&#183;e gouin&#183;e, merci de nous respecter et de ne pas utiliser ce vocabulaire. On parlera plut&#244;t de lesbiennes, de gay et de personnes transgenres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;transfem : personne assign&#233;e gar&#231;on &#224; la naissance dont le genre est sur le spectre dit f&#233;minin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;transmasc : personne assign&#233;e fille &#224; la naissance dont le genre est sur le spectre dit masculin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;coming out : de l'anglais &lt;i&gt;coming out of the closet, &lt;/i&gt;est le fait de rendre publique son homosexualit&#233;, sa transidentit&#233;, sa non binarit&#233;, etc., (aussi appel&#233; &#171; sortie du placard &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;passing : est le fait de &#171; passer pour &#187; une personne cis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;out&#233; : conjugaison francis&#233;e de &#171; coming out &#187;, est l'action de sortir du placard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui d&#233;truira l'Enfant Queer ?</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#171; O&#249; se situe aujourd'hui la fronti&#232;re Enfant Queer/Adulte Queer ? &#187;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/img_20211127_224505_567.jpg?1731403060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai pris du temps pour conna&#238;tre ma g&#233;n&#233;alogie transf&#233;ministe. J'ai d&#251; partir loin pour enfin comprendre certains textes. Tu vois de quels textes je parle, tu t'en doutes. Les g&#233;n&#233;rations de mon &#226;ge m'avaient appris &#224; ha&#239;r le transf&#233;minisme queer : souvent les &#171; premi&#232;res versions &#187; qu'on entend sont souvent les plus fausses. Et souvent, sache-le, les jeunes g&#233;n&#233;rations ne sont pas si ouvertes d'esprit que tu crois. Aujourd'hui, j'ai appris &#224; me rapprocher de celleux qui sont tax&#233;-e-s de &#171; probl&#233;matiques &#187; au Tribunal de Twitter. Pour comprendre cela, j'ai fait de ma vie un &lt;i&gt;road-movie&lt;/i&gt;. Sauf que la CAF ne donne pas suffisamment d'argent pour payer les p&#233;ages Vinci. Souvent &#231;a a &#233;t&#233; &#224; pied et j'arrive &#224; Paris saignant des pieds, des genoux. Je me sens dans une qu&#234;te &#233;ternelle d'un Pedro P&#225;ramo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pedro P&#225;ramo est un roman de Juan Rulfo&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui se trouve partout et nulle part, et qui est pourtant cens&#233; s'appeler Juan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis l'Enfant Queer dont tu parles tout le temps dans tes textes, sans pour autant jamais le citer. Je tra&#238;ne mes vieilles baskets H&amp;M jusqu'&#224; ton portail. Je tape la sonnette en encre brouill&#233;e par l'humidit&#233; de la pluie parisienne. Je monte non sans efforts les &#233;tages de l'immeuble, et je frappe &#224; ta porte pour t'annoncer la nouvelle de ma mort imminente. Une fois la porte ouverte, un petit canid&#233; court et saute &#224; mes genoux, les chien-ne-s aiment toujours jouer avec les os et la chair en d&#233;composition. Tu me re&#231;ois avec des cernes plus grandes qu'un sac de ALDI, la coupe de cheveux de Rebeka Warrior, et un survet' de Wati B couleur rouge vif. T'as d&#233;cid&#233; de te mettre en contact avec ton c&#244;t&#233; jeune, tu m'expliques &#231;a pendant que tu me sers un Nespresso. Je d&#233;cide du coup de changer le plan que j'avais pr&#233;vu et t'annonce que &#231;a fait au moins 8 ans que Sexion d'Assaut n'existe plus. Je comprends par ton regard que tu sais pas que Wati B est la maison de disques de Sexion d'Assaut, que t'as choisi le pull vraiment au pif. Je t'explique toute l'histoire de Sexxion d'Assaut jusqu'&#224; ce que la nuit tombe, pendant que le french bulldog finit de d&#233;vorer mes pieds, orteil par orteil, laissant un chemin de sang, d'os tritur&#233;s, et de baves.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est, tellement, tellement int&#233;ressant ce que tu me racontes &#187;, me dis-tu, assis sur ton fauteuil bleu, les jambes crois&#233;es. &#171; Vous, les jeunes, vous savez tellement de choses, vous &#234;tes le futur &#187;. Tu me prends vraiment pour un con. Comment ne pas avoir une certaine amertume quand tu me dis &#231;a ? Plus tu continues avec tes propos, plus ma rage augmente. Peut-&#234;tre que je ne comprends rien, que mon r&#244;le, c'est &#231;a, &#234;tre le dernier de la classe, le paum&#233; de cette &lt;i&gt;telenovela&lt;/i&gt; transf&#233;ministe qu'on a cr&#233;&#233;e entre toustes. Ou peut-&#234;tre que je voudrais juste que tu m'aimes, juste &#234;tre un-e &lt;i&gt;millennial&lt;/i&gt; exasp&#233;r&#233;-e qui cherche &#224; attirer l'attention. Or, suis-je le seul au juste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La troisi&#232;me fois que tu dis &#171; Les jeunes queers vous &#234;tes le futur &#187; je te laisse pas finir. Mes l&#232;vres, qui commencent &#224; devenir violettes, embrassent les tiens afin que tu te taises. L'Enfant Queer n'a rien &#224; voir avec le petit J&#233;sus blond immacul&#233; devant lequel tu priais &#224; l'&#233;cole catholique de nonnes du nord de l'Espagne, ce cygne de la jeunesse dont tu r&#234;ves. J'ai rien d'un cygne moi, je suis un vilain canard &#224; peau mate, barbe de 3 semaines, des boucles noirs, et une &#233;rection de 4cm pr&#234;ts &#224; te baiser ou &#224; baiser n'importe quelle chatte qui croise mon chemin &#224; ce moment m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu n'opposes aucune r&#233;sistance, je sais pas si c'est &#224; cause de ta faim de jeunesse ou &#224; cause de ta faim tout court. Tu te sens menac&#233; d'un coup, t'essayes de prendre le contr&#244;le, tu mets ma t&#234;te contre le fauteuil, tu veux pas voir mon visage. T'as jamais voulu voir mon visage. Tu me baises avec ton poing tr&#232;s, tr&#232;s fort, jusqu'aux larmes, je kiffe. Tu cherches &#224; ce que j'&#233;jacule le plus vite et le plus abondamment possible. Tu veux pas que je prenne du plaisir, tu veux juste boire mon &lt;i&gt;squirting&lt;/i&gt; comme s'il &#233;tait la fontaine de la jeunesse &#233;ternelle. Aucun &lt;i&gt;squirting&lt;/i&gt; ne sort de mes trous pour autant, juste du sang qui coule par litres sur le parquet, sur tes boxers Balenciaga, sur ta peau p&#226;le. &#199;a me fait pas du mal, au contraire : j'ai un orgasme. T'arr&#234;tes, tu regardes horrifi&#233; ta main droite, t'avais oubli&#233; d'enlever ta bague au cr&#226;ne d'argent. Comme quoi c'est impossible de se confronter &#224; ma chatte sans un peu de pulsion de mort. Ou sans &#234;tre un peu gothique, si le deleuzien le pr&#233;f&#232;re formul&#233; ainsi. Tu t'excuses cent mille fois. Tu pleures toutes les larmes de ton corps jusqu'&#224; les m&#234;ler avec mon sang. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais, tu sais&#8230; &#187; Je l&#226;che la phrase, comme si j'allais braquer une banque, comme si j'avais un explosif dans mon corps &#171; J'&#233;tais d&#233;j&#224; en &#233;tat de d&#233;composition, moi. Tu t'es pas rendu compte de mes l&#232;vres p&#226;les ? &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est l&#224; que je me d&#233;cide &#224; te donner la nouvelle de la mort imminente de l'Enfant Queer. Aujourd'hui, il se trouve que c'est &#224; mon tour d'&#234;tre cet Enfant imagin&#233; par toi. Or, l'Enfant Queer pourrait &#234;tre aussi une p&#233;dale punk avec bretelles &#224; la voix tremblante. L'Enfant Queer pourrait &#234;tre aussi ta voisine de 20 ans qui veut que tu lises son livre. L'Enfant Queer pourrait aussi &#234;tre n'importe quelle personne de n'importe quelle &#226;ge ou d'origine qui, &#224; tort ou &#224; raison, te pose une &#233;nigme. Parce qu'en r&#233;alit&#233;, l'Enfant Queer n'existe pas et n'a jamais exist&#233;, il est juste une version progressiste du &#171; miroir de la frustration des adultes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Guy Hocquenghem, Co-ire, album syst&#233;matique de l'enfance&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout comme, par contraste, l'Adulte Queer (s'il existe un enfant, il doit exister aussi un adulte, logique binaire) n'existe pas non plus ; et qu'il est tout de m&#234;me le miroir de la frustration de beaucoup de jeunes queer qui traitent leurs a&#238;n&#233;-e-s de boomers ou de r&#233;trogrades. O&#249; se situe aujourd'hui la fronti&#232;re Enfant Queer/Adulte Queer ? Si on ne fait que r&#233;p&#233;ter en boucle que l'esp&#233;rance de vie des personnes trans est de 30 ans (statistique biais&#233;e ceci dit) est-ce que &#231;a veut dire qu'on devient des boomers d&#233;j&#224; &#224; l'&#226;ge de 20 ans ? Peut-&#234;tre. Ou peut-&#234;tre qu'on est tout simplement une bande de paum&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu es mon p&#232;re, mais aussi mon fils, mon fr&#232;re, mon cousin, ma s&#339;ur, ma m&#232;re, mon chien, ma chienne, ma muse et mon ficus. Et en m&#234;me temps, rien de tout cela. Tu es le monstre au-dessus de mon lit que j'embrasse. J'ai une blessure, et un gilet pare-balle qui ne sert plus &#224; rien. Je voudrais pleurer contre ta poitrine, tout comme je voudrais que tu frappes contre la mienne afin que la balle ne sorte plus jamais. Allez, encore un effort, tiens ta m&#233;taphore jusqu'au bout et fais crever l'Enfant Queer une putain de fois afin de faire dispara&#238;tre l'opposition factive entre toi et moi. Tout est &#224; d&#233;truire et &#224; refaire, rien ne peut se refl&#233;ter via les taxonomies de l'ancien monde. Ni amiti&#233; ni amour ni haine ; ni gouine, ni p&#233;d&#233;, ni non-binaire, ni encore moins h&#233;t&#233;rosexuelle. M&#234;me pas trans. Oui, m&#234;me pas trans, sauf peut-&#234;tre transmasculin. Sans statut ni r&#244;le. Sans attendre le Grand Soir. Sans attendre les vagues de la mer, ni les vaches qui gravent la montagne, ni n'importe quel &lt;i&gt;locus amoenus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Locus amoenus : &#171; lieu am&#232;ne &#187; en latin, expression indiquant un &#171; lieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : fraudons la RATP du Binarisme Sexuel ici et maintenant en pratiquant le vandalisme de genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gender vandalism manifest &#8211; Glimmer&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;fions la mort, vivons le pr&#233;sent parce que, comme disaient d'autres anciens (ceux du rap) &lt;i&gt;demain c'est loin&lt;/i&gt;. Nous, les millennials, nous n'avons que &#231;a : l'angoisse d'un futur incertain&lt;br class='autobr' /&gt;
Je murmure dans ton oreille un sortil&#232;ge inintelligible que je serais incapable de reproduire en fran&#231;ais, m&#234;me pas dans une langue humaine. Tu embrasses mon torse poilu, tu respires de fa&#231;on agit&#233;e. Tu mords mon cou suffisamment fort pour faire couler un fil de sang. Tu mords mes seins jusqu'&#224; les couper (les deux) d'un coup sec et pour que le chien les mange. On commence &#224; s'entre-branler. Nos musculatures deviennent deux fois leur volume : ta montre Gucci s'&#233;crase avec l'impact, et se fond par terre avec l'acide de mon sang, comme poss&#233;d&#233; par Gaud&#237;. Nos dicklits poussent jusqu'&#224; &#233;craser les vitres de la fen&#234;tre et faire sauter l'alarme de l'&#233;difice. Mais personne ne viendra nous sauver de nous-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde par moments le ciel : il n'y a plus d'&#233;toiles, plus de corps c&#233;lestes tout court, sauf une miette de Lune. Tout est noir. Je prends ton visage entre mes mains, je sens tes grognements canid&#233;s, ton haleine : Gouine Garou est de retour. Transmasc Garou. Adieu omerta familiale, adieu &#224; l'Enfant Queer, nous nous embarquons dans des &#238;les ni brillantes ni radieuses, dans un futur sombre o&#249; les yeux ne nous serviront plus&#8230; Sauf si c'est pour regarder l'envers de nos globes oculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jordi Ellez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pedro P&#225;ramo&lt;/i&gt; est un roman de Juan Rulfo&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Guy Hocquenghem, &lt;i&gt;Co-ire, album syst&#233;matique de l'enfance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Locus amoenus &lt;/i&gt; : &#171; lieu am&#232;ne &#187; en latin, expression indiquant un &#171; lieu idyllique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gender vandalism manifest &lt;/i&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;https://docs.google.com/document/d/1IAIuz4tNPQFiU3KEy19iaEA_Pjt1kws3Vg8Or6V8iRU/edit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glimmer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Cavali&#232;re et les autres &#8211; Entretien avec Nathalie Quintane</title>
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		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Nelly &#233;tait comme &#231;a, elle disait &#224; voix haute tout son d&#233;sir tout le temps. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/lacavaliere_quintane.jpg?1731403060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-5389-8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Cavali&#232;re de Nathalie Quintane&lt;/a&gt; a paru aux &#233;dition P.O.L. en octobre dernier. Le livre revient sur une affaire qui a r&#233;ellement eut lieu, dans les ann&#233;es 1970, dans la petite ville de Digne-Les-Bains. Une affaire de moeurs, comme ils disent : &#171; Des partouzes chez la jolie prof de philo du lyc&#233;e mixte. &#187; en guise de gros titre dans un journal &#224; scandales. Elle, la prof de philo, c'est Nelly Cavallero, pass&#233;e par le Mouvement pour la libert&#233; de l'avortement et de la contraception, aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e, a &#233;t&#233; radi&#233;e de l'Education Nationale en 1976 pour &#171; incitation de mineurs &#224; la d&#233;bauche &#187;. Ce retour &#224; Digne est l'occasion pour Nathalie Quintane de chercher &#224; comprendre ce que les soubressauts sexuels et politiques des ann&#233;es 1970 ont encore &#224; nous raconter. Les &#233;carts de g&#233;n&#233;rations, de slogans, de lois, d'attitudes et de langages sont au coeur de &lt;i&gt;La Cavali&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour commencer, peux-tu expliquer l'affaire qui concerne Nelly Cavallero, l'objet de l'accusation et la fa&#231;on dont la presse s'en est ressaisie &#224; l'&#233;poque ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Il y a eu plusieurs proc&#232;s. Ce qui s'est pass&#233; c'est tout un ensemble tr&#232;s repr&#233;sentatif de l'&#233;poque. Elle militait au MLAC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MLAC : Mouvement pour la libert&#233; de l'avortement et de la contraception. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle avait achet&#233; un local en plein centre-ville qu'elle ne fermait jamais. Tous ceux qui voulaient y passer, pouvaient y passer. En particulier les jeunes gens. Majeurs ou mineurs. Et l'une des personnes qui l'avaient aid&#233;e &#224; retaper ce local, c'&#233;tait, comme on dit, un &#171; homosexuel notoire &#187; qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accus&#233; quelques ann&#233;es auparavant de d&#233;tournement de mineurs. La majorit&#233; sexuelle pour les relations homosexuelles &#233;tait &#224; 21 ans. En plus, elle &#233;tait prof de philo au lyc&#233;e et elle a &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir fait &#233;tudier un po&#232;me d'Antonin Artaud &#224; ses &#233;l&#232;ves, un po&#232;me qui se terminait par ce vers : &#171; Dans le con d'une boniche morte. &#187; Artaud &#233;tait au programme mais &#231;a a scandalis&#233; certains parents qui l'ont signal&#233; au proviseur. Et puis elle s'est baign&#233;e avec des jeunes, &#224; poil dans un torrent, &#231;a s'est su&#8230; Bref, c'est multifactoriel, quoi ! Il y avait aussi, et &#231;a je l'ai compris au bout d'un moment, un procureur dans la ville qui &#233;tait farouchement contre la lib&#233;ration de l'avortement et qui ne voulait certainement pas qu'une femme comme &#231;a qui disait vraiment tout haut ce qu'elle pensait et faisait ce qu'elle disait reste dans la ville de D., surtout en pleine p&#233;riode de campagne &#233;lectorale&#8230; Elle a d&#233;barqu&#233; dans cette ville en 1975, elle n'y est pas rest&#233;e apr&#232;s. Ils ont tout fait pour l'emp&#234;cher de &#034;nuire&#034; et il y a ce journal r&#233;gional, &lt;i&gt;Nice Matin&lt;/i&gt;, qui s'est empar&#233; de l'affaire et qui a fait un premier papier sur elle d&#233;but 1976. Ensuite, &#231;a a &#233;t&#233; comme une tra&#238;n&#233;e de poudre genre &#171; l'ange qui pervertit la jeunesse &#224; Digne, calme pr&#233;fecture des Alpes de Haute Provence &#187;. Et la presse &#224; scandale de l'&#233;poque, &lt;i&gt;France Dimanche&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ici Paris&lt;/i&gt;, a fait des pages enti&#232;res sur cette affaire. Un journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; est venu &#224; Digne faire un reportage. Il y a eu aussi &lt;i&gt;Hara Kiri&lt;/i&gt; qui en a parl&#233;. Enfin, &#231;a a fait un peu le tour de la presse de l'&#233;poque. C'&#233;tait une flamb&#233;e, &#231;a n'a pas dur&#233;&#8230; Mais on en a parl&#233; partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quels ont &#233;t&#233; les choix formels qui ont &#233;t&#233; op&#233;r&#233;s dans le texte. Et quels ont &#233;t&#233; les questions et les probl&#232;mes qui ont guid&#233; ces choix ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Comme je vis &#224; Digne, c'est un ami tr&#232;s proche qui m'a parl&#233; de cette affaire. Et depuis une dizaine d'ann&#233;es, il me disait &#171; bon alors, tu fais quelque chose sur Nelly Cavallero ? O&#249; t'en es ? &#187; Moi, je ne voulais pas. Pour plusieurs raisons, parce que je vis dans cette ville, parce que c'est une ville o&#249; les gens n'aiment pas qu'on mette le nez dans de vieilles affaires comme &#231;a. Et puis, parce que je ne me sentais pas vraiment de m'engager dans ce gros travail d'aller chercher des t&#233;moins, de faire malgr&#233; tout le portrait de quelqu'un qui n'&#233;tait plus l&#224;. Puisqu'elle est morte en 2007. Et puis peu &#224; peu par un concours de circonstances que je raconte dans le livre, je me suis d&#233;cid&#233;e finalement, il y a trois-quatre ans. J'ai commenc&#233; &#224; m'entretenir assez souvent avec des gens que je connaissais depuis longtemps, et quelques-uns que je connaissais un peu moins, en gros une dizaine de personnes, pas toutes de Digne, d'ailleurs. Donc tr&#232;s peu. Je n'ai pas v&#233;ritablement fait une enqu&#234;te. Je ne suis pas all&#233;e voir les minutes du proc&#232;s, je ne suis pas all&#233;e chercher tous les articles de presse sur cette affaire&#8230; parce que ce qui m'int&#233;ressait, ce n'&#233;tait pas sp&#233;cialement elle, Nelly Cavallero&#8230; c'&#233;tait une sorte de point d'entr&#233;e pour comprendre ce moment pr&#233;cis du milieu des ann&#233;es 1970. Mai 68 &#233;tait d&#233;j&#224; loin, les espoirs de r&#233;volution s'&#233;taient bien cass&#233; la figure&#8230; une sorte d'entre-deux politique avant les ann&#233;es 1980. Je voulais saisir des choses, des bribes, des phrases, et savoir si &#231;a nous disait encore quelque chose, s'il y avait encore de l'&#233;cho&#8230; Ou si nous &#233;tions devenus sourds. J'ai compris, par exemple, que nous n'avions pas du tout le m&#234;me rapport &#224; l'argent&#8230; Que vivre en collectif, ce n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose que vivre en communaut&#233;&#8230; Je me suis aper&#231;ue que j'essayais de mettre &#224; jour plut&#244;t que de fouiller, de mettre au jour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Plus pragmatiquement, les personnes que tu as rencontr&#233;es, tu les as enregistr&#233;es ? Comment t'y es-tu prise ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Je leur ai demand&#233; &#224; tous et &#224; toutes, parce que c'est surtout des femmes, si je pouvais les enregistrer &#8212; je n'y tenais pas sp&#233;cialement. Tous m'ont r&#233;pondu : non. Je me suis dit, c'est pas grave, je vais prendre des notes. Quand j'ai fait la premi&#232;re version du texte, j'ai simplement tap&#233; des parties de notes qui m'int&#233;ressaient. Apr&#232;s je me suis dit, il y a forc&#233;ment un &#233;cart d'avec ce qu'ils m'ont dit... Je les ai revus, ou alors je leur ai envoy&#233; la premi&#232;re version du texte. Enfin, le passage qui les concernait. Et je leur demandais si c'&#233;tait bon, et si c'&#233;tait pas bon de rectifier. Assez souvent ils ont rectifi&#233; un mot, une phrase ou carr&#233;ment &#171; non ce n'est pas du tout &#231;a... &#187; Et je n'ai pas enlev&#233;, je n'ai pas effac&#233; ce que j'avais mis dans la premi&#232;re version, je l'ai gard&#233; et j'ai ajout&#233; la rectification en sp&#233;cifiant que c'&#233;tait une correction du t&#233;moin. Donc j'ai gard&#233; l'&#233;cart entre deux versions parce que dans la premi&#232;re il y avait peut-&#234;tre la mani&#232;re dont j'avais compris les choses&#8230; Je ne suis pas de la m&#234;me &#233;poque, je suis d'apr&#232;s. C'&#233;tait aussi ces &#233;carts que j'essayais de cerner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Il y a aussi un recours &#224; la litt&#233;rature dans le livre, notamment &#224; Christiane Rochefort. Pourquoi passer par elle ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Il y a pas mal de r&#233;f&#233;rences &#224; Christiane Rochefort, elle a un r&#244;le important. Et il y a aussi pas mal de r&#233;f&#233;rences &#224; des films parce que c'est difficile de faire saisir l'ambiance de cette &#233;poque... La rage, l'excitation encore l&#224;&#8230; Christiane Rochefort en fait, elle arrive par l'un des t&#233;moins, qui s'appelle Fran&#231;oise, qui est la personne qui m'a vraiment d&#233;cid&#233; &#224; commencer le texte, elle &#233;tait enseignante, elle a connu Nelly, et puis elle s'est faite radier, tr&#232;s vite d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970. Quand elle a compris le projet, elle m'a dit : je t'envoie ce que j'ai chez moi comme archives sur ma propre radiation. J'ai r&#233;cup&#233;r&#233; une partie des courriers administratifs, les lettres qu'elle avait r&#233;dig&#233;es, les compte-rendus de conseil de classe... dont je me suis tr&#232;s partiellement servis. Or l'un des reproches qu'on faisait &#224; Fran&#231;oise, c'&#233;tait d'avoir fait &#233;tudier &#224; ses &#233;l&#232;ves de seconde &lt;i&gt;Printemps au parking&lt;/i&gt; de Christiane Rochefort. J'ai lu &lt;i&gt;Printemps au parking&lt;/i&gt; &#224; la suite de &#231;a, je me suis dit qu'est-ce qu'il se passe pour qu'on lui reproche de l'avoir fait &#233;tudier&#8230; Dans ce livre, il y a un ado qui a en gros 16 ans, il passe devant la t&#233;l&#233; que son p&#232;re regarde et son p&#232;re s'&#233;nerve et lui ordonne de se tirer. L'ado le prend au mot et s'en va, s'en va vraiment. Il fugue. La fugue c'est un des leitmotivs de pas mal de films des lendemains de Mai 68. Donc cet ado, c'est un fils de prolo, il part et rencontre dans une biblioth&#232;que un &#233;tudiant majeur et ils commencent &#224; sympathiser, et puis le jeune de 16 ans comprend qu'il est amoureux de cet &#233;tudiant et que c'est r&#233;ciproque. Ce roman, c'est l'histoire de l'identification progressive d'un d&#233;sir, comme dans &lt;i&gt;Bof... Anatomie d'un livreur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bof... Anatomie d'un livreur est un film fran&#231;ais r&#233;alis&#233; par Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, quelque chose de tr&#232;s l&#233;ger, de tr&#232;s &#233;vident, sans culpabilit&#233; aucune. Et &#231;a, &#231;a m'a paru tr&#232;s proche de ce que j'avais vu dans le film de Faraldo, on part, on c&#232;de &#224; son d&#233;sir sans culpabilit&#233;&#8230; dans une sorte de surgissement vital, d'exacerbation de la vie. Impossible de le faire passer au lyc&#233;e... Comme &lt;i&gt;Les petits enfants du si&#232;cle&lt;/i&gt;, un best-seller &#224; l'&#233;poque, qu'on ne peut plus lire aujourd'hui&#8230; Trop cru. Il y a un extrait que je fais assez r&#233;guli&#232;rement malgr&#233; tout : Josiane, l'ado du livre, est face &#224; la conseill&#232;re d'orientation qui lui demande ce qu'elle veut faire plus tard, &#171; et &#231;a, &#231;a te plairait ? &#187;, etc. Et Josiane pense : &#171; mais qu'est-ce qu'elle me veut celle-l&#224;, elle croit que &#231;a va m'amuser d'aller &#224; l'usine, de toute fa&#231;on la vie si c'est pour se faire chier jusqu'&#224; la retraite c'est pas la peine... &#187; Ces phrases que je fais avec les &#233;l&#232;ves, je ne suis pas s&#251;re qu'ils en saisissent vraiment la port&#233;e subversive. C'est un passage qui n'a l'air de rien mais qui aujourd'hui est vraiment subversif parce que c'est une fin de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;En lisant &#034;La cavali&#232;re&#034;, j'ai pens&#233; &#224; un autre de tes livres, &#034;Cr&#226;ne chaud&#034; (2012), qui aborde aussi l'articulation entre la sexualit&#233; et la politique. Mais dans &#034;Cr&#226;ne chaud&#034; il y avait quelque chose de plus joueur, de plus joyeux que &#231;a ne l'est dans &#034;La cavali&#232;re&#034; qui semble porter une plus grande inqui&#233;tude. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Cr&#226;ne chaud&lt;/i&gt;, c'est une esp&#232;ce de stade interm&#233;diaire entre le texte fantastique et une forme d'autofiction o&#249; il n'y a aucune obligation &#224; raconter une histoire avec un d&#233;but, un milieu, une fin. Mais &#224; partir du moment o&#249; il n'y a pas cette obligation, il n'y a pas de plan, pas de structure &#224; suivre, &#231;a permet beaucoup de souplesse dans le passage d'une phrase &#224; une autre, dans les associations de mots et d'images, dans les bifurcations&#8230; Le principe, c'est de partir d'un point A, en l'occurrence Brigitte Lahaye ou plut&#244;t son &#233;mission (de radio) sans pr&#233;voir le point B ! Aucune obligation de &#034;r&#233;alisme&#034; et pourtant des d&#233;tails bien r&#233;els&#8230; Ce qui soutient &lt;i&gt;La cavali&#232;re&lt;/i&gt;, c'est cette question sur ce que cette &#233;poque a encore &#224; nous dire aujourd'hui, qu'est-ce qui ressemble, qu'est-ce qui diff&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#034;La cavali&#232;re&#034; est un livre plus ma&#238;tris&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Je ne sais pas si c'est une histoire de ma&#238;trise, l'id&#233;e c'est que &#231;a tienne, et &#231;a tient par la phrase. Si la phrase tient, j'estime que tout tient. &#192; tort, s'en doute parce que les gens peuvent se perdre, comme je me perds moi. C'est pas grave, de toute fa&#231;on ce que je fais, c'est des livres o&#249; on se perd, o&#249; il n'y a pas de centre. Des livres excentr&#233;s travers&#233;s par des excentriques. M&#234;me dans &lt;i&gt;La cavali&#232;re&lt;/i&gt;, quoi. Parce qu'il y a toujours des esp&#232;ces d'intrusions, en fait. Toujours des intrus qui arrivent en plein milieu&#8230; &lt;i&gt;Th&#233;or&#232;me&lt;/i&gt;, non ? S'il y a une ressemblance entre &lt;i&gt;La cavali&#232;re &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Cr&#226;ne chaud&lt;/i&gt;, c'est &#231;a, c'est que c'est heurt&#233;, &#231;a n'arr&#234;te pas d'&#234;tre interrompu, et donc il y a des reprises. &#199;a fonctionne tout le temps comme &#231;a : interruption, reprise, bifurcation, intrusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; Justement, une de ces intrusions c'est Patrick, celui qui aime beaucoup raconter les histoires de cul de l'&#233;poque. Comment l'as-tu mis dans le livre ? Est-ce que lui aussi est une cavali&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Quintane :&lt;/strong&gt; Lui, c'est l'intrus par excellence. C'est l'intrus de la ville de D., le t&#233;moin vivant que quelque chose comme &#231;a a exist&#233; il y a 50 ans. C'est lui le grand t&#233;moin de la ville, c'est le seul, les autres, ils n'ont pas la libert&#233; qu'ils avaient &#224; l'&#233;poque, forc&#233;ment, y compris la libert&#233; sexuelle&#8230; Ils se sont retir&#233;s. Lui ne s'est pas retir&#233;. Quand il marche dans la ville, il peut s'arr&#234;ter au milieu du trottoir et commencer &#224; faire une blague &#224; voix tr&#232;s haute&#8230; A parler de cul&#8230; Comme si on &#233;tait en 72 ! C'est lui qui me raconte dans le livre comment une fille qui avait &#233;t&#233; prise en auto-stop s'ennuyait mortellement, je crois que l'ennui est une cl&#233; de tout &#231;a, &#224; c&#244;t&#233; du mec qui l'avait prise en stop, elle avait un jean tr&#232;s serr&#233;, elle s'est mise &#224; bouger et s'est faite jouir comme &#231;a en bougeant. Il raconte cette histoire, sauf qu'il la raconte en plein resto et qu'il la raconte tr&#232;s fort. Il y en a qui rigolent derri&#232;re, d'autres qui font semblant de ne pas entendre&#8230; Il revient dans le texte parce qu'au fond c'est une reprise de Nelly, parce que Nelly &#233;tait comme &#231;a, elle disait &#224; voix haute tout son d&#233;sir tout le temps. Parce qu'elle voulait que les choses soient dites, et &#224; voix haute, pas seulement dans les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en novembre 2021.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvres cit&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Nathalie Quintane, &lt;i&gt;La cavali&#232;re&lt;/i&gt;, P.O.L., 2021.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Nathalie Quintane, &lt;i&gt;Cr&#226;ne chaud&lt;/i&gt;, P.O.L., 2012.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Christiane Rochefort, &lt;i&gt;Les petits enfants du si&#232;cle&lt;/i&gt;, Le livre de poche, 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Christiane Rochefort, &lt;i&gt;Printemps au parking&lt;/i&gt;, Grasset, 1969.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Antonin Artaud, &lt;i&gt;Histoire v&#233;cue d'Artaud-M&#244;mo&lt;/i&gt;, Fata Morgana, 1943.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Bof&#8230; Anatomie d'un livreur&lt;/i&gt;, film de Claude Faraldo, 1971.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MLAC : Mouvement pour la libert&#233; de l'avortement et de la contraception. Fond&#233; en avril 1973 le MLAC multiplie les manifestations et les provocations, en pratiquant ouvertement des avortements ill&#233;gaux (et aussi des accouchements), en organisant, au vu et au su de tous, des d&#233;parts group&#233;s vers les Pays-Bas et la Grande Bretagne pour ces milliers de femmes qui ne pouvaient avorter en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bof... Anatomie d'un livreur&lt;/i&gt; est un film fran&#231;ais r&#233;alis&#233; par Claude Faraldo, sorti en mars 1971. C'est un &#233;loge du droit &#224; la paresse, d&#233;crivant la d&#233;sertion du travail d'un livreur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fragments t&#233;ratopolitiques - Ce que le Monstre signe</title>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;lix Alibert</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Refusant l'innocence et ses mythes, le Monstre ne promet aucun apaisement. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/the_dragon_devouring_the_companions_of_cadmus_lacma_m.81.158.jpg?1731403065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : &#171; Monstre horrible, affreux, &#233;norme, priv&#233; de la lumi&#232;re &#187; (Virgile, Eneide, liv. III, v.658)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Ce que le Monstre signe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du conflit incessant avec la Civilisation, le volte-face qui est le n&#244;tre du Monstre. Il ne na&#238;t pas par hasard, comme un &#233;chec de la structure et qu'il viendrait confirmer dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;. On dit du Monstre qu'il annonce plut&#244;t qu'il na&#238;t, qu'il perce un monde plut&#244;t qu'il y vient. Il est enseignement, non de quelque myst&#232;re sacr&#233; inconnu aux &#234;tres, mais d'une voie nouvelle &#224; d&#233;gager et &#224; suivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emile Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes. Tome 2 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est &lt;i&gt;signe &lt;/i&gt;d'une m&#233;tamorphose &#224; deux &#233;chos : m&#233;tamorphose effective du corps et m&#233;tamorphose &#224; accomplir du style d'&#234;tre. Cette perc&#233;e dans l'ordre des choses est celle d'une alt&#233;rit&#233; extr&#234;me venant troubler toute mise en langage rationnelle &#8211;toute possibilit&#233; d'une &lt;i&gt;t&#233;ratologie&lt;/i&gt;&#8211; et corrompre les cat&#233;gories de l'identit&#233;. La raison monstrueuse, en opposition &#224; la raison autonome et universelle qui affirme une normativit&#233; des comportements, fait valoir ses droits &#224; la perversion : elle produit sa propre illogique des comportements de sorte qu'il y a une mani&#232;re monstrueuse de sentir et d'agir &#8211;Sade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monstre, en ce qu'il signe, n'est nullement une recherche r&#233;demptrice : refusant l'innocence et ses mythes, le Monstre ne promet aucun apaisement mais au contraire oppose &#224; l'ontologie innocente une ontologie d&#233;braill&#233;e, aussi excessive que les passions qui conspirent en ses membres. Pas de promesse : l&#224; o&#249; les identit&#233;s politiques des LGBT et des nouveaux queers s'adressent &#224; l'&#201;tat, obs&#233;crations &#224; genoux. Au v&#339;u insistant, presque trop marqu&#233; du vice, des LGBT &lt;i&gt;d'int&#233;gration&lt;/i&gt;, le Monstre oppose l'entreprise belliqueuse d'une&lt;i&gt; monstruosit&#233; int&#233;grale&lt;/i&gt;. Une jet&#233;e vers la limite &#8211;langagi&#232;re, institutionnelle, corporelle&#8211; tant qu'elle &#233;loigne de tout centre, de toute identit&#233; : r&#233;pulsion pour se constituer comme l'Autre h&#233;t&#233;rog&#232;ne au Moi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Ce que le Monstre abomine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La relance du geste de fuite vers la radicale, la limite jamais atteinte &#8211;le Monstre exp&#233;rimente dans la r&#233;gion du p&#233;nulti&#232;me&#8211; offre la seule garantie d'une d&#233;sidentification. Car le Monstre r&#233;pugne &#224; l'identit&#233;, comme il consid&#232;re avec d&#233;go&#251;t toute propri&#233;t&#233; et toute responsabilit&#233; du moi. Cette cl&#244;ture de l'identit&#233;, impos&#233;e par le r&#233;seau discursif, par le M&#233;decin, par le Juriste, par le Patriarche, ne lui appara&#238;t que comme la mainmise d'une rationalit&#233; totalement &#233;trang&#232;re et mensong&#232;re sur les passions, qui sont le moteur vrai de l'insurrection des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;laiss&#233; le Progr&#232;s, toute cette id&#233;ologie dont les LGBTQ+ se gorgent comme les gorets suppliqueurs de mamelles &#8211;toute politique de l'identit&#233; est une cochonnerie, disons-le. Le progr&#232;s s'inscrit dans le r&#233;gime d'innocence de la Civilisation et dans la promesse de l'avenir bienheureux d'un ordre social apais&#233; o&#249; tout le monde, queer au premier chef, sera int&#233;gr&#233; dans la vaste porcherie o&#249; l'on vit et o&#249; l'on pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monstre d&#233;figure&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le progr&#232;s : d&#233;voile la violence de son proc&#232;s qu'est l'institutionnalisation. Il &lt;i&gt;promet&lt;/i&gt; cette m&#234;me logique de la d&#233;figuration &#224; litt&#233;ralement tout et, surtout, d'y tenir. La promesse de d&#233;figurer est la seule contrainte passionnelle qui s'exerce sur lui, qu'il admette : il est le phantasme dans sa contrainte obs&#233;dante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Klossowski, Du signe unique. Feuillets in&#233;dits.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;figurer pour ne pas s'int&#233;grer car il faut le r&#233;p&#233;ter encore : le queer ne &#171; questionne &#187; pas les normes mais affirme les voies d'une dissidence &#8211;mouvement de r&#233;pulsion du centre&#8211;, d'une voie&lt;i&gt; &lt;/i&gt;monstrueuse qui sera tout enti&#232;re consacr&#233;e &#224; la destruction fulgurante des normes et des institutions g&#233;n&#233;rales. Si le monstre est une aberration ce n'est pas que relativement aux normes existantes : ce serait faire du monstre quelque chose de partiel, soit un int&#233;grable. Tout au contraire, le monstre est une aberration qui vise un autre mode de totalit&#233; : il veut &#233;tablir la contre-g&#233;n&#233;ralit&#233;, soit la monstruosit&#233; int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. La Monstruosit&#233; int&#233;grale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre tour &#224; tour Olibrius, l'occiseur d'innocents. Heliogabale &#224; l'anus imp&#233;rial toujours affam&#233;. Schreber d&#233;lirant, &#233;pouse de Dieu. Le monstre est profond&#233;ment singulier mais son but est de faire de cette singularit&#233; une contre-g&#233;n&#233;ralit&#233;. Aux antipodes des politiques de l'identit&#233; qui veulent s'int&#233;grer dans la g&#233;n&#233;ralit&#233; pour en faire une simple variation, une orientation, un go&#251;t. Le projet politique LGBTQ r&#233;clame le banal comme issue ; il est la d&#233;faite du mouvement d&#233;sirant dans son conflit avec les moi institu&#233;s et civilis&#233;s. Alors il faut changer de sc&#232;ne pour que puisse encore exister le conflit entre le Civilisationnel et le Monstre ; et que celui-ci puisse retenir par le bout du col celle-l&#224; dans sa furie destructrice. L'entreprise de monstruosit&#233; int&#233;grale doit emp&#234;cher la&lt;i&gt; normalisation&lt;/i&gt; de la violence civilisationnelle&#8211;tout en affirmant la d&#233;truire. Vouloir d&#233;truire la civilisation, c'est limiter sa puissance destructrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise de la monstruosit&#233; int&#233;grale est tromperie temporaire : son but n'est pas qu'il n'y ait plus de monstres. L'entreprise de la monstruosit&#233; ne peut se faire que dans l'espace institutionnel de la civilisation occidentale et dans ses cat&#233;gories : elle est une activation de la tension avec le Civilisationnel. Elle permet la politique car sa vis&#233;e toujours maintenue, dans sa contrainte obs&#233;dante, relance le combat entre le Monstre et le Civilisationnel. Si cette poursuite dispara&#238;t, plus rien ne s'oppose au Civilisationnel et la politique dispara&#238;t &#8211;r&#232;gne du banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement qui se d&#233;gage est ce qui prime : il rend possible le devenir-monstre en tant que processus de d&#233;sidentification de la modernit&#233;. L'exigence de mettre un terme au moi responsable identique &#224; lui-m&#234;me et &#224; la propri&#233;t&#233;. On voit alors appara&#238;tre, dans le volte face, le monstrueux en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;lix Alibert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emile Benveniste, &lt;i&gt;Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes. Tome 2 : pouvoir, droit et religion&lt;/i&gt;, Paris, Editions Minuit, 1969, p. 256-257.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; Pierre Klossowski, Du signe unique. Feuillets in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les m&#226;les dans la boite - Entretien avec Marc Martin</title>
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		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>masculinit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Drague</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Les f&#233;tichistes sont de nature romanesque et sont souvent de grands romantiques. C'est ce qui m'attire chez eux. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Drague-+" rel="tag"&gt;Drague&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/beaumenteur_marcmartin2.jpg?1731403054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les urinoirs, les toilettes publiques, sont les lieux des premiers &#233;mois interdits o&#249; on lutte contre ce regard qui tient absolument &#224; yeuter chez le voisin... Et puis, on retourne chez soi, dans sa chambre o&#249; les fantasmes cueillis pendant la journ&#233;e vont s'&#233;mousser. Ces allers-retours entre les int&#233;rieurs et les ext&#233;rieurs de la sexualit&#233; gay ont &#233;t&#233; mis en images par le photographe Marc Martin via &#171; Les Tasses, Toilettes Publiques, Affaires Priv&#233;es &#187; et &#171; Beau Menteur &#187;. Dans cet entretien, on revient sur les diff&#233;rentes facettes de la masculinit&#233;, entre apories et d&#233;sirs, qui fa&#231;onnent nos sexualit&#233;s actuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvrages du photographe &lt;a href=&#034;https://www.marcmartin.paris/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marc Martin&lt;/a&gt; sont parus aux &lt;a href=&#034;https://elagua.eu/shop.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions Agua&lt;/a&gt;. &#171; Les Tasses, Toilettes Publiques, Affaires Priv&#233;es &#187; a re&#231;u le Prix Sade 2020 du livre d'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Alors que &#171; Les Tasses &#187; prenait l'air avec ses mises en sc&#232;nes photographi&#233;es de lieux de cruising dans des toilettes publiques, &#171; Beau Menteur &#187; se pr&#233;sente dans une boite, &#224; travers des photographies d'int&#233;rieur. Comment expliques-tu ce passage de l'un &#224; l'autre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Martin :&lt;/strong&gt; La bo&#238;te est l'embl&#232;me du secret. Benjamin, personnage pluriel de &#171; Beau Menteur &#187; et mod&#232;le unique de ce projet, y cache ses failles, ses doutes. Il y d&#233;voile ses fantasmes et ses errances aussi... Son image est loin d'&#234;tre fid&#232;le &#224; celle de son portrait et c'est bien l&#224; l'int&#233;r&#234;t. &#171; Beau Menteur &#187; se joue des apparences pour d&#233;jouer les clich&#233;s. J'ai choisi ce format de coffret pour permettre aux multiples facettes du personnage de se d&#233;tacher de la forme classique du livre et de la hi&#233;rarchie qu'&#233;tablissent les chapitres. Dans ce coffret, il n'y a pas de pagination. Chaque feuillet se d&#233;plie ind&#233;pendamment et chaque photographie raconte sa propre histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La passerelle avec mon projet sur les pissoti&#232;res se trouve dans les fronti&#232;res entre espace public et espace priv&#233;. Autrefois, les hommes qui fr&#233;quentaient les tasses, endroit public mais isol&#233; du regard des passants par des parois tout autour, y trouvaient un semblant de refuge pour vivre librement ce qu'on appelait leur &#171; anomalie &#187;. Aujourd'hui, c'est en priv&#233;, dans son intimit&#233;, que &#171; Beau Menteur &#187; s'expose en public. Question de g&#233;n&#233;ration. Autrefois, pour vivre une sexualit&#233; d&#233;brid&#233;e, la population se retrouvait dehors, dans les espaces sombres de la ville. Je pense aux parcs, aux toilettes publiques, aux cin&#233;mas, aux bordels et bars &#224; cul&#8230; Aujourd'hui les jeunes privil&#233;gient plut&#244;t le confort de leur chambre &#224; coucher. Ils re&#231;oivent &#224; domicile. J'aime que tu fasses ce lien d'embl&#233;e entre mes photographies int&#233;rieures et ext&#233;rieures. D'ailleurs, tu l'as vu, j'emm&#232;ne quand m&#234;me le personnage de &#171; Beau Menteur &#187; en ext&#233;rieur la nuit sur une aire d'autoroute, talons hauts et porte- jarretelles, titiller les routiers&#8230; Cette s&#233;rie s'appelle &#171; Bitume &#187; en clin d'&#339;il au pseudo d'un acteur porno culte. Ses sc&#232;nes dans Pig-Prod &#233;taient souvent tourn&#233;es dehors dans la nuit. Il lui suffisait d'&#234;tre &#224; poil dans la rue, ou dans un buisson, pour se mettre &#224; bander comme un &#226;ne. En revanche, dans d'autres sc&#232;nes en studio, j'ai toujours trouv&#233; Bitume moins&#8230; motiv&#233;, disons &#231;a comme &#231;a (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;La sexualit&#233; d&#233;peinte semble moins phallique et davantage port&#233;e sur les caract&#232;res f&#233;tiches du corps masculin (les pieds, la nuque, les t&#233;tons, les cuisses, les poils) ainsi que ceux portant sur des accessoires, v&#234;tements. Il en &#233;mane des odeurs mais aussi des contrastes d'ombres et de lumi&#232;re. Qu'est-ce qui t'excite dans ce d&#233;centrage de l'&#233;rotisme masculin ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Martin :&lt;/strong&gt; Oui, &#171; Beau Menteur &#187; est f&#233;tichiste. Les f&#233;tichistes sont de nature romanesque et sont souvent de grands romantiques. C'est ce qui m'attire chez eux. Les tabous li&#233;s &#224; leurs pratiques sexuelles les rendent encore plus attachants. Leur mauvaise r&#233;putation, y compris dans notre communaut&#233;, les rend encore plus excitants &#224; mes yeux. Tu me parles de d&#233;centrer l'&#233;rotisme masculin, je dirais qu'il s'agit plus d'&#233;largir le champ des possibles. On en revient &#224; la notion de fronti&#232;re. La fronti&#232;re qui existe entre pornographie et po&#233;sie passe par les odeurs, les accessoires, les v&#234;tements souill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin n'&#233;tait pas tr&#232;s &#224; l'aise avec la nudit&#233; quand on s'est rencontr&#233;s. C'est aussi ce qui m'a int&#233;ress&#233; : accessoiriser sa nudit&#233;. Il a beaucoup &#233;volu&#233; au cours des trois ann&#233;es pass&#233;es ensemble sur le projet mais, comme beaucoup de jeunes, il reste influenc&#233; par des r&#233;seaux sociaux fond&#233;s sur les valeurs puritaines des Etats Unis. Pour lui, int&#233;grer du sexe au projet le rel&#233;guait automatiquement au rayon des obsc&#233;nit&#233;s. Pour moi, contourner la censure invite souvent &#224; p&#233;n&#233;trer des zones d'ombres encore plus inattendues &#8211; &#233;rotiquement parlant. Un slip sale, soigneusement mis en lumi&#232;re, est aussi un signe de r&#233;bellion face &#224; l'hyper hygi&#233;nisme de notre soci&#233;t&#233;. Ces natures mortes &#8211; bien vivantes dans la r&#233;alit&#233; gr&#226;ce aux odeurs qui s'en &#233;manent &#8211; se nichent ainsi dans le coffret. Elles &#233;voquent, mieux qu'un jeune homme de 25 ans ne saurait le faire, le temps qui passe, le temps pass&#233;, le temps qui reste. Des chaussures l&#226;ch&#233;es par terre, des sous-v&#234;tements jet&#233;s en boule, peuvent signifier le plaisir hors champ. Ils peuvent aussi pointer l'absence de celui ou celle qui les portait et qui n'est plus l&#224;. Des traces de pisse ou des traces de foutre le peuvent tout autant. Cette double lecture fait partie du message transgressif lanc&#233; par &#171; Beau Menteur &#187; : la sexualit&#233;, sous toutes ses formes, est synonyme de vie. N'en d&#233;plaise aux culs serr&#233;s de tout bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Malgr&#233; les diff&#233;rentes transgressions entreprises par Benjamin, il y en a une qui semble ind&#233;passable, c'est celle de l'homme bien foutu, bien membr&#233;, et jeune. Ne penses-tu pas que ceci soit pourtant la norme ultime du genre gay masculin actuel qu'il faudrait remettre en question ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Martin :&lt;/strong&gt; &#171; Beau Menteur &#187; est une utopie, un personnage de fiction. Il n'a pas pour mission de refaire le monde. Je m'attaque d&#233;j&#224; &#224; l'id&#233;e qu'un homme soit consid&#233;r&#233; par d&#233;faut comme &#233;tant h&#233;t&#233;rosexuel. Je remets en question des st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s &#224; la virilit&#233;. &#171; Beau Menteur &#187; n'est pas sur tous les fronts. Aurais-je d&#251; renoncer au projet lorsque j'ai d&#233;couvert que Benjamin poss&#233;dait un service trois pi&#232;ces bien garni ? Ou parce que mon mod&#232;le est jeune, cis et blanc ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'a plu chez lui, c'est le contraste entre sa grosse moustache et son allure gracile. Il faut avoir rencontr&#233; Benjamin en vrai pour saisir toute l'ampleur du projet. Il se cherche et il s'invente une vie r&#234;v&#233;e. Sa jeunesse n'est pas synonyme d'arrogance mais de construction. Elle d&#233;construit des id&#233;es re&#231;ues. &#171; Beau Menteur &#187; tend un miroir qui pousse &#224; voir au-del&#224; du reflet. Je suis flatt&#233; que ce soit lui qui me fasse entrer aujourd'hui dans la dissidence sexuelle de Trou Noir. Si mon projet pr&#233;c&#233;dent sur les pissoti&#232;res cochait toutes les cases, celui-ci, plus nuanc&#233;, est aussi plus personnel, artistiquement. M&#234;me incarn&#233; par Benjamin, il joue le jeu du Je. Et, pour l'anecdote personnelle, j'ai toujours pr&#233;f&#233;r&#233; aux hommes avec des gros pecs, ceux avec des grosses cuisses. Aux hommes avec une grosse bite, ceux avec un gros cul&#8230; et volontiers avec du poil dessus. C'est plus une question de go&#251;t qu'une question de norme ici (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Justement la pilosit&#233; est un motif qui circule entre tes photographies. Lui accordes-tu une symbolique particuli&#232;re dans la d&#233;finition d'un d&#233;sir pour la masculinit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Martin :&lt;/strong&gt; A priori, quoi de plus viril que le poil au menton ? Sauf que la barbe, m&#234;me si elle fait m&#226;le, joue parfois un r&#244;le trompeur dans les apparences qui symbolisent la masculinit&#233;. &#192; fleur de peau, mon mod&#232;le porte une barbe pour montrer aussi tout ce qu'elle peut dissimuler. Courte ou longue, blonde ou brune, comme un fil d'Ariane, elle relie les photographies entre elles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la l&#233;gende de Sainte Wilgeforte, femme &#224; barbe crucifi&#233;e comme un homme au XIII&#232;me si&#232;cle, joue un r&#244;le cl&#233; dans &#171; Beau Menteur &#187;. J'ai d&#233;couvert cette histoire gr&#226;ce au sociologue Eric Fassin. Barbe et robe y jouent des partitions sym&#233;triques jusqu'&#224; mettre en ab&#238;me les questions de genre. Je trouve qu'elle m&#233;riterait d'&#234;tre une figure de proue de la communaut&#233; queer. Avec la s&#233;rie &#171; Wilgeforte mon amour &#187; j'encense l'ic&#244;ne barbue pour avoir jet&#233; le trouble dans les repr&#233;sentations binaires. Et en plus des photographies, je lui consacre un essai dans le coffret. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, si je questionne la symbolique dont l'homme charge son visage, mon int&#233;r&#234;t pour la pilosit&#233; de &#171; Beau Menteur &#187; ne s'est pas cantonn&#233; &#224; son seul visage. Le poil pubien rel&#232;ve du sacr&#233; et du profane : symbole de souillure et de libido incontr&#244;l&#233;e, les moralisateurs de tout crin le regardent d'un sale &#339;il. Alors, quand le poil est vulgaire, d&#233;boule la calvitie ! Benjamin n'a plus un poil sur le caillou. Et &#171; Beau Menteur &#187; en joue. Bien des cultures, bien des religions ont pr&#234;ch&#233; les bienfaits de la tonsure. Selon le peintre Bastille (1929 &#8211; 1990) une t&#234;te chauve ressemble &#224; un gland. Et la rumeur veut que les chauves soient de bons coups, sexuellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour finir, dans ce qui diff&#233;rencie &#171; Les Tasses &#187; de &#171; Beau Menteur &#187; en plus des d&#233;cors ext&#233;rieurs et int&#233;rieurs, c'est aussi la sexualit&#233;. Elle n'y est plus collective mais au contraire repr&#233;sent&#233;e dans sa solitude. Comment as-tu travaill&#233; cet aspect-l&#224; de l'homosexualit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Martin :&lt;/strong&gt; La question du sexe en solo est au c&#339;ur du projet : &#171; Beau Menteur &#187; recherche la place de l'autre dans l'&#233;change. Si le caract&#232;re narcissique de l'autorepr&#233;sentation agit comme un r&#233;v&#233;lateur, il n'est pas sp&#233;cialement r&#233;v&#233;lateur d'homosexualit&#233;. La solitude du personnage renvoie &#224; un message visuel. La relation qu'il noue avec son miroir existe bel et bien. Et sa sexualit&#233; passe par l'illusion du reflet dans la glace. Au final, &#171; Beau Menteur &#187; est moins seul que solitaire. Un aspect m&#233;connu du narcissisme est qu'il provient d'un vide &#224; combler. Le narcissique essaie de compenser ce qu'il per&#231;oit en lui-m&#234;me comme une faiblesse. Et ce sont bien les failles de Benjamin qui m'ont attir&#233; chez lui. En le faisant entrer dans la peau de ce personnage, j'ai cherch&#233; &#224; lui faire l&#226;cher prise sur le folklore num&#233;rique et la culture du selfie. En regard de mes photographies, Claude-Hubert Tatot auteur et historien de l'art, a donn&#233; corps au r&#233;cit. Il a &#233;crit sans avoir rencontr&#233; Benjamin au pr&#233;alable. L'imaginaire est le sien. C'est toute sa force. Il lui a invent&#233; une histoire o&#249; cette solitude dont tu parles transpire &#224; chaque page. Contemporaine, alors que mes images sont plut&#244;t imbib&#233;es de nostalgie. Entre spectacle de soi et jardin secret, &#171; Beau Menteur &#187; m&#234;le la pudeur &#224; l'exhibition. Jouer un personnage n'est-il pas n'est pas la mani&#232;re la moins obsc&#232;ne de s'afficher en public ? &#171; Beau Menteur &#187; se fait des films. Voil&#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en novembre 2021.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les ouvrages du photographe &lt;a href=&#034;https://www.marcmartin.paris/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marc Martin&lt;/a&gt; sont parus aux &lt;a href=&#034;https://elagua.eu/shop.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions Agua&lt;/a&gt;. &#171; Les Tasses, Toilettes Publiques, Affaires Priv&#233;es &#187; a re&#231;u le Prix Sade 2020 du livre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/beaumenteur_marcmartin1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/beaumenteur_marcmartin1.jpg?1731403009' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;minisme, moralisme et pornographie - par Ellen Willis</title>
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		<dc:date>2021-11-27T23:05:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pornographie</dc:subject>
		<dc:subject>Ellen Willis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e que la pornographie donne &#224; voir la violence plut&#244;t que la sexualit&#233; est encore plus probl&#233;matique. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pornographie-+" rel="tag"&gt;Pornographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Ellen-Willis-+" rel="tag"&gt;Ellen Willis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/2013_06_12_cerbere.jpg?1731403036' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est toujours passionnant de se replonger dans les d&#233;bats militants d'une &#233;poque qu'on n'a pas connu. Et on peut dire que la f&#233;ministe am&#233;ricaine Ellen Willis savait o&#249; frapper pour que r&#233;sonne encore des questions sensibles telles que la sexualit&#233; de l'enfance (&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Pour-l-amour-d-Emma-par-Ellen-Willis&#034;&gt;Pour l'amour d'Emma&lt;/a&gt;) ou que la pornographie avec ce texte. Entre les abolitionnistes du porno et les entrepreneurs z&#233;l&#233;s se nichent des id&#233;es beaucoup plus percutantes sur le porno.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ellen Willis (1941-2006) est une essayiste et militante f&#233;ministe am&#233;ricaine. Elle fut membre du groupe New York Radical Women et cofondatrice avec Shulamith Firestone du groupe f&#233;ministe radical Redstockings. Elle consid&#233;rait l'autoritarisme politique et la r&#233;pression sexuelle comme &#233;troitement li&#233;s, une id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par Wilhelm Reich. Une grande partie de l'&#233;criture de Willis pr&#233;sente une analyse reichienne ou freudienne radicale de ces ph&#233;nom&#232;nes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article &#034;&lt;i&gt;F&#233;minisme, moralisme et pornographie&lt;/i&gt;&#034; a paru dans The Village Voice en 1979, elle est traduite pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais par Fanny Qu&#233;ment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte publi&#233; par l'excellente maison d'&#233;dition &lt;a href=&#034;https://audimat-editions.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AUDIMAT&lt;/a&gt; dans le &lt;a href=&#034;https://audimat-editions.fr/catalogue/helen-willis-sexe-et-liberte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recueil d'Ellen Willis Sexe et libert&#233;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et traduit par Fanny Qu&#233;ment. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les femmes, la vie est une &#233;ternelle histoire de gentils flics et de m&#233;chants flics. Les gentils flics sont le mariage, la maternit&#233;, et ce gentilhomme v&#233;n&#233;rable et courtois, la galanterie. Si vous coop&#233;rez, disent-ils (tout en croisant les doigts), on n'aura pas la main trop lourde. Plus besoin de gagner votre vie ni de pousser la moindre porte. On vous trouvera m&#234;me un peu d'amour &#224; l'eau de rose. Mais si vous faites la maligne, vous aurez affaire &#224; notre pote le viol, et c'est une vraie terreur : rien ne l'arr&#234;te, on n'y peut rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pornographie fonctionne souvent comme un m&#233;chant flic. Si le viol nous avertit qu'en l'absence d'un homme pour nous prot&#233;ger, la chasse est ouverte, l'image pornographique hardcore sugg&#232;re quant &#224; elle que nous sommes soit des &#233;pouses, soit des putes. Plus les femmes sont &#171; r&#233;pr&#233;hensibles &#187;, plus les flics appellent les vicelards en renfort : la prolif&#233;ration du porno dans ce qu'il a de plus choquant et violent (le viol symbolique) est une riposte &#224; leur encontre. Mais m&#234;me un citoyen mod&#232;le peut se scandaliser (en toute na&#239;vet&#233;, ou par hypocrisie) d'une telle brutalit&#233; polici&#232;re. M&#234;me si le viol est largement cautionn&#233;, il reste ill&#233;gal. M&#234;me si l'on crie sur tous les toits que le porno est aussi sain que du muesli, il n'attire que parce qu'il garde son aura de tabou. C'est parce qu'ils montrent un parfait m&#233;pris des r&#232;gles que les m&#233;chants flics peuvent semer la terreur &#8212; sous le regard secr&#232;tement approbateur des citoyens mod&#232;les, qui aimeraient bien enfreindre ces r&#232;gles, eux aussi. La diff&#233;rence entre le m&#233;chant flic et le hors-la-loi tient &#224; peu de choses. Le viol et la pornographie refl&#232;tent l'un comme l'autre une mentalit&#233; masculine qui fait fi des lois, rejette les conventions de la romance et maintient, sans ambages, que les femmes sont des salopes. Si l'indignation morale que le viol (ou &lt;i&gt;Hustler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) Magazine pornographique &#233;tats-unien, destin&#233; &#224; un public masculin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;) inspire aux esprits conservateurs n'a absolument rien &#224; voir avec la col&#232;re politique des f&#233;ministes, c'est que les f&#233;ministes, elles, ont compris que le probl&#232;me ne vient ni des m&#233;chants flics ni des hors-la-loi, mais des flics et de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, la campagne de lutte que les femmes m&#232;nent actuellement contre la pornographie sugg&#232;re une ferme intention de gommer cette diff&#233;rence. La critique f&#233;ministe de la pornographie sexiste et misogyne n'a rien de nouveau : le porno est une cible &#233;vidente dans la mesure o&#249; il participe de structures d'oppression plus globales, comme la r&#233;duction du corps f&#233;minin &#224; une marchandise (avec la prostitution comme paradigme), l'intimidation sexuelle qui conduit les femmes &#224; voir l'espace public comme un territoire ennemi (avec le viol comme paradigme), l'imagerie et plus g&#233;n&#233;ralement la propagande sexiste. Mais l&#224;, ce n'est pas la m&#234;me histoire. En quelques tours de passe-passe linguistiques, les militantes antiporno parviennent &#224; d&#233;montrer la logique f&#233;ministe d'un mouvement &#233;troitement cibl&#233;, coup&#233; de tout grand contexte politique et fond&#233; sur des pr&#233;suppos&#233;s moraux conservateurs d'autant plus dangereux qu'ils sont inavou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai appris l'existence d'un groupe appel&#233; &#171; Women Against Pornography &#187; (WAP), j'ai tiqu&#233;. Pouvais-je me dire &#171; contre la pornographie &#187; ? Pas vraiment. Je ne crois pas que la pornographie (sur ce point, mon dictionnaire et moi-m&#234;me sommes d'accord : le terme d&#233;signe toute image ou description produite ou utilis&#233;e pour provoquer une excitation sexuelle) constitue en elle-m&#234;me un motif justifi&#233; pour partir en croisade. En un coup d'&#339;il, on verra que le porno prend de nombreuses formes diff&#233;rentes, de la plus pernicieuse &#224; la plus b&#233;nigne. La seule g&#233;n&#233;ralisation que l'on puisse faire, c'est que la pornographie, c'est le retour du refoul&#233;, des affects&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) En anglais : feelings. Nous avons souvent choisi de traduire &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des fantasmes jet&#233;s au rebut par une culture qui atomise la sexualit&#233;, d&#233;finissant l'amour comme une noble aventure du c&#339;ur et de l'esprit, et la libido&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) En anglais, Willis oppose &#171; love &#187; et &#171; lust &#187;, l'amour et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme une pulsion bassement animale, venue d'organes tabous. La lubricit&#233; (la disposition que j'associe &#224; la pornographie) implique une id&#233;e du sexe comme plaisir interdit, secret, coup&#233; de tout contexte &#233;motionnel ou social. J'ai l'impression qu'en utopie, le porno dispara&#238;trait avec l'&#201;tat, l'h&#233;ro&#239;ne et le Coca-Cola. &#192; l'heure actuelle, n&#233;anmoins, les &#233;lans sexuels sur lesquels joue la pornographie font partie de la psychologie de presque tout individu. Pour d'&#233;videntes raisons politiques et culturelles, le porno est quasiment toujours sexiste en ce qu'il est le produit d'une imagination masculine ciblant un march&#233; masculin. Les femmes sont moins susceptibles de s'int&#233;resser consciemment &#224; la pornographie, de satisfaire leur curiosit&#233; ou de trouver du porno qui les excite. Mais si vous croyez que la pornographie laisse simplement les femmes indiff&#233;rentes, c'est que vous n'avez jamais vu une bande d'adolescentes faire tourner un roman ol&#233; ol&#233;. Dans ma vie, j'ai appr&#233;ci&#233; plus d'une histoire pornographique (parfois du genre sordide, fa&#231;on quarante-deuxi&#232;me rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) Situ&#233;e dans le quartier de Manhattan, la quarante-deuxi&#232;me rue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et je sais que je suis loin d'&#234;tre la seule. Le fantasme, apr&#232;s tout, est plus souple que la r&#233;alit&#233;, et les femmes ont appris, par instinct de survie, &#224; fa&#231;onner les fantasmes des hommes pour les mettre &#224; leur service. Si la pornographie &lt;i&gt;per se&lt;/i&gt; devient l'ennemi des f&#233;ministes, de nombreuses femmes auront honte de leurs affects sexuels et peur de les avouer. Et s'il y a bien une chose dont les femmes n'ont pas besoin, c'est qu'on leur resserve une louch&#233;e de honte, de culpabilit&#233; et d'hypocrisie&#8230; sous couvert de f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc faire abstraction des diff&#233;rences qualitatives et condamner &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; tout type de pornographie ? Les coordinatrices des WAP r&#233;pondent &#224; cette question (ou l'&#233;ludent) en red&#233;finissant la pornographie. Elles affirment que la pornographie n'est pas vraiment une histoire de sexe, mais de violence envers les femmes. Soit, avec un peu plus de verve : &#171; La pornographie, c'est la th&#233;orie, le viol, c'est la pratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) &#171; Pornography is the theory, and rape is the practice. &#187; La phrase (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles avancent entre autres que la pornographie m&#232;ne &#224; la violence, rappelant avec insistance que Charles Manson et David Berkowitz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) Deux tueurs en s&#233;rie dont les meurtres ont &#233;t&#233; tr&#232;s m&#233;diatis&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;taient fins connaisseurs en la mati&#232;re. C'est le genre de logique invers&#233;e qui pr&#233;sume que la marijuana est dangereuse parce que la plupart des h&#233;ro&#239;nomanes ont commenc&#233; par l&#224;. C'est l'hostilit&#233; des hommes envers les femmes, &#224; laquelle s'ajoute le pouvoir d'exprimer cette hostilit&#233; sans v&#233;ritablement risquer d'en &#234;tre inqui&#233;t&#233;, qui est la cause des violences sexuelles. Quand elle donne une forme concr&#232;te (et donc, vu l'air du temps, une l&#233;gitimit&#233; sociale) &#224; des fantasmes sadiques, il se peut que la pornographie fasse passer &#224; l'acte certains hommes influen&#231;ables. Mais si &lt;i&gt;Hustler&lt;/i&gt; dispara&#238;t de tous les rayons d&#232;s demain, je doute que l'on voie diminuer le nombre de viols ou de violences domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que la pornographie donne &#224; voir la violence plut&#244;t que la sexualit&#233; est encore plus probl&#233;matique. Puisque la pornographie est par d&#233;finition explicitement sexuelle, alors qu'elle est rarement explicitement violente, cette &#233;quivalence ne peut &#234;tre &#233;tablie sans l'appui de quelque subtil raisonnement. L'une des t&#226;ches que les WAP s'&#233;taient donn&#233;es, pour leur conf&#233;rence du mois de septembre, &#233;tait de produire ce raisonnement. Robin Morgan et Gloria Steinem s'en charg&#232;rent en essayant de distinguer la pornographie de l'&#233;rotica. Selon elles, l'&#233;rotica (du grec &#171; eros &#187;, l'amour sexuel) exprime une sexualit&#233; int&#233;gr&#233;e, fond&#233;e sur l'affection et le d&#233;sir que partagent deux personnes &#233;gales, tandis que la pornographie (du grec &#171; porne &#187;, la prostitu&#233;e) refl&#232;te une sexualit&#233; d&#233;shumanis&#233;e, fond&#233;e sur la domination et l'exploitation masculines des femmes. La distinction est s&#233;duisante, mais elle ne tient pas. L'&#233;rotica est habituellement d&#233;finie par la pr&#233;sence de th&#233;matiques sexuelles dans des &#233;crits ou des images, qu'elle remplisse ou non la fonction fondamentalement utilitaire de la pornographie. L&#233;g&#232;rement flou, moins directement associ&#233; &#224; l'acte sexuel en lui-m&#234;me, le terme &#171; &#233;rotica &#187; sert bien souvent &#224; d&#233;signer par euph&#233;misme le &#171; porno chic &#187;. Quand la pornographie prend la forme d'ouvrages litt&#233;raires ou de photographies co&#251;teuses consomm&#233;s par les classes moyennes sup&#233;rieures, c'est de l' &#171; &#233;rotica &#187;. Le porno du pauvre, qui ne peut pr&#233;tendre qu'&#224; faire bander, &#231;a reste du porno. Opposer &#233;rotica et pornographie, c'est &#233;viter la question (embarrassante ?) de l'usage du porno. Cette approche promeut la description du sexe tel qu'on peut l'id&#233;aliser et condamne la description du sexe tel qu'il est trop souvent, que ce soit dans les faits ou seulement dans nos fantasmes. Mais si la pornographie a pour fonction d'&#234;tre excitante, il faut bien qu'elle s'adresse &#224; ce que nous ressentons et non &#224; ce que, selon quelque norme utopique, nous devrions ressentir. Cette culture a si profond&#233;ment d&#233;politis&#233; le sexe qu'il est impossible de distinguer clairement les &#233;lans sexuels &#171; authentiques &#187; de ceux conditionn&#233;s par le patriarcat. Entre les deux extr&#233;mit&#233;s du spectre &#8213; disons, &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; d'un c&#244;t&#233;, et &lt;i&gt;Snuff&lt;/i&gt; de l'autre &#8213; l'&#233;rotica / la pornographie v&#233;hicule toutes sortes de messages composites qui suscitent des r&#233;actions complexes et personnelles. Concr&#232;tement, vouloir faire le tri entre la bonne &#233;rotica et le mauvais porno, c'est immanquablement finir par affirmer ceci : &#171; Ce qui m'excite est &#233;rotique, ce qui t'excite est pornographique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait plus clair et plus logique de simplement reconna&#238;tre que certaines images &#224; caract&#232;re sexuel sont offensantes, tandis que d'autres ne le sont pas. Mais la logique et la clart&#233; semblent &#233;trang&#232;res (voire contraires) &#224; l'objectif inavou&#233; des militantes antiporno, qui est d'exprimer le ressenti traditionnellement associ&#233; au mot &#171; pornographie &#187;. Comme je l'ai sugg&#233;r&#233;, il existe un lien social et psychique entre la pornographie et le viol. Selon les termes de la moralit&#233; patriarcale, ils constituent l'une comme l'autre des expressions de la libido masculine, suppos&#233;e vicieuse par nature, et des atteintes &#224; l'innocence sexuelle pr&#233;sum&#233;e des femmes &#171; vertueuses &#187;. Mais les f&#233;ministes partent, en th&#233;orie, de pr&#233;misses diff&#233;rentes : d'une part, chez les hommes, la confusion entre d&#233;sir sexuel et agression pr&#233;datrice refl&#232;te un syst&#232;me sexiste, et non la biologie des hommes ; d'autre part, la femme vertueuse (chaste) n'existe pas plus que la femme corrompue (d&#233;bauch&#233;e), car il n'existe au fond que des &#234;tres sexuels, hommes ou femmes. De ce point de vue, il est dangereusement simpliste d'associer la pornographie au viol. Le viol est une agression physique violente. La pornographie peut constituer une agression psychique, par son contenu comme par ses intrusions dans l'espace public, mais pour les femmes autant que pour les hommes, elle peut aussi &#234;tre une source de plaisir &#233;rotique. Une femme qui subit un viol est une victime, une femme qui trouve du plaisir dans la pornographie (quand bien m&#234;me elle prendrait plaisir &#224; fantasmer le viol) est en un sens rebelle, car elle revendique un aspect de sa sexualit&#233; jusqu'alors consid&#233;r&#233; comme une pr&#233;rogative masculine. En tant qu'elle glorifie la supr&#233;matie masculine et l'ali&#233;nation sexuelle, la pornographie est profond&#233;ment r&#233;actionnaire. Mais en tant qu'elle refuse la r&#233;pression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) Notons qu'en anglais, repression d&#233;signe aussi bien la r&#233;pression (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sexuelle et l'hypocrisie (dont les femmes ont encore plus souffert que les hommes), elle est l'expression d'un &#233;lan radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre encore cet &#233;lan, &#224; l'heure actuelle et chez les f&#233;ministes elles-m&#234;mes, est &#233;vidente au regard des visions du sexe qui ont &#233;merg&#233; du mouvement antiporno. Dans la rh&#233;torique de ce mouvement, le mot &#171; pornographie &#187; d&#233;signe en langage cod&#233; la libido vicieuse des hommes. Si l'on objecte que le porno excite aussi des femmes, la r&#233;ponse type est que cela montre bien, justement, &#224; quel point les femmes ont int&#233;gr&#233; les valeurs masculines &#8212; bien qu'une brochure des WAP aille jusqu'&#224; sugg&#233;rer que les femmes qui pr&#233;tendent aimer le porno mentent, pour &#233;viter de tomber en disgr&#226;ce aux yeux des hommes. (Notons l'opposition de la gentille &#224; la mauvaise fille, motif qui revient sous d'autres formes, saine vs malade, ou honn&#234;te vs perfide ; pour &#171; se faire laver le cerveau &#187;, comprendre &#171; se laisser s&#233;duire &#187;). Et la vision de la sexualit&#233; qui &#233;merge le plus souvent des discussions sur l' &#171; &#233;rotica &#187; est aussi sentimentale et &#233;dulcor&#233;e que le mot lui-m&#234;me : faire l'amour, ce devrait &#234;tre beau, romantique, doux, joli et propret, sans rien de chaotique ou de vulgaire, sans aucun &#233;lan de domination ou, en effet, sans agressivit&#233; d'aucune sorte. Mais surtout, il faudrait se concentrer sur &lt;i&gt;les relations&lt;/i&gt;, bien plus que sur &lt;i&gt;les organes &lt;/i&gt; (beurk). Cet &#233;rotisme de sainte nitouche n'est pas f&#233;ministe, il est f&#233;minin. C'est justement le sexe en tant que pratique agressive, indigne d'une dame, l'expression d'&#233;motions violentes qui n'ont rien de joli, un travail du pouvoir &#233;rotique et une exp&#233;rience sp&#233;cifiquement g&#233;nitale qui est tabou chez les femmes. Nous ne sommes pas non plus cens&#233;es admettre que nous aussi, nous avons des &#233;lans sadiques, que nos fantasmes sexuels peuvent refl&#233;ter l'envie irr&#233;pressible et inavouable d'inverser les r&#244;les pour nous venger des hommes. (Quand une femme est excit&#233;e par un fantasme de viol, peut-&#234;tre s'identifie-t-elle aussi bien au violeur qu'&#224; la victime ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la conf&#233;rence des WAP, les s&#233;paratistes lesbiennes ont d&#233;fendu l'id&#233;e suivante : la pornographie refl&#232;te les relations sexuelles patriarcales, les relations sexuelles patriarcales se fondent sur le pouvoir des hommes, qui s'appuie sur leur force, donc la pornographie est violente. Ce syllogisme douteux, que l'on pourrait aussi bien appliquer aux romans &#224; l'eau de rose, r&#233;duit l'ensemble de la question &#224; un marasme d&#233;sesp&#233;rant. Si toute manifestation de la sexualit&#233; patriarcale est violente, alors la lutte contre la violence ne peut justifier que la pornographie (mais pas les romans &#224; l'eau de rose) soit d&#233;sign&#233;e comme cible unique. De plus, ce r&#233;ductionnisme ne laisse pas aux femmes la possibilit&#233; de distinguer l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; consentie du viol. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le but : comme plusieurs femmes pr&#233;sentes lors de cette conf&#233;rence l'ont fait remarquer, &#171; dans une soci&#233;t&#233; patriarcale, tout rapport sexuel avec un homme est pornographique &#187;. Bien s&#251;r, s'en prendre &#224; la pornographie tout en l'assimilant aux rapports h&#233;t&#233;rosexuels, c'est implicitement stigmatiser non seulement les femmes qui aiment la pornographie, mais aussi celles qui couchent avec des hommes. On conna&#238;t la chanson. Ce n'est pas la premi&#232;re fois que cet argument, selon lequel les femmes h&#233;t&#233;rosexuelles collaborent avec l'ennemi, est une fa&#231;on de sugg&#233;rer poliment qu'elles pactisent avec le diable, entre autres. Pendant la conf&#233;rence, je ne pouvais pas m'emp&#234;cher de voir les partisanes du s&#233;paratisme comme l'&#233;quivalent moderne de ces femmes qui, &#224; une &#233;poque o&#249; la pruderie pure et simple &#233;tait socialement acceptable, entraient dans les ordres pour &#233;chapper aux vulgaires besoins sexuels des hommes. J'avais l'impression que leur aversion pour l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#233;tait un voile de pacotille jet&#233; sur leur d&#233;go&#251;t du sexe en lui-m&#234;me. En tout cas, une sexualit&#233; f&#233;minine aseptis&#233;e, qu'elle soit &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;gay&lt;/i&gt;, est aussi limit&#233;e que la sexualit&#233; pr&#233;datrice masculine, et pas moins oppressive pour les femmes : une des principales fonctions de la pornographie misogyne est de nous y faire adh&#233;rer par la peur. Et pour finir de nous en convaincre, les gentils flics sont toujours l&#224; pour nous assurer de notre incontestable sup&#233;riorit&#233; morale sur les hommes, et nous dire que notre &#171; douceur &#187; et notre &#171; non-violence &#187; (comprendre &#171; passivit&#233; &#187; et &#171; impuissance &#187;) sont notre force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont tent&#233;es de croire &#224; ce mythe r&#233;confortant, et c'est bien compr&#233;hensible. La droiture a toujours &#233;t&#233; une arme f&#233;minine, une fa&#231;on tol&#233;r&#233;e de faire culpabiliser les hommes. Ironie du sort : la soci&#233;t&#233; tol&#232;re que les femmes se montrent violemment agressives dans leur croisade contre le vice de l'homme, ce qui fournit un exutoire &#224; la col&#232;re des femmes sans que le pouvoir des hommes s'en trouve menac&#233;. Le mouvement pour la temp&#233;rance, qui fit de l'alcool le symbole de la violence des hommes, n'am&#233;liora en rien la situation des femmes. Remplacer le d&#233;mon du rhum par celui du porno ne marchera pas mieux. Notamment parce que cela renforce le clivage entre gentilles et mauvaises filles. Cela exclut, ouvertement ou implicitement, les femmes qui aiment le porno ou le sexe &#171; pornographique &#187;, ou qui travaillent dans l'industrie du sexe. Si les WAP ont refus&#233; de se positionner sur la question de la prostitution, leurs activit&#233;s (notamment celles en soutien du grand nettoyage de Times Square) auront des cons&#233;quences sur la vie des prostitu&#233;es. La prostitution soul&#232;ve son propre lot de questions compliqu&#233;es. Mais il n'est clairement pas dans l'int&#233;r&#234;t des femmes de monter les &#171; gentilles &#187; f&#233;ministes contre les &#171; m&#233;chantes &#187; salopes (putes, gogo danseuses, mannequins de charme&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la question qui a domin&#233; le d&#233;bat public au sujet de cette campagne de lutte contre la pornographie est celle d'une &#233;ventuelle atteinte &#224; la libert&#233; d'expression. Sur ce point &#233;galement, les contradictions du mouvement sont nombreuses. Susan Brownmiller et d'autres coordinatrices des WAP se disent contre la censure et refusent d'entrer dans le d&#233;bat sur les libert&#233;s individuelles, car il s'agirait d'une fausse piste lanc&#233;e par des hommes incapables d'admettre que la pornographie opprime les femmes. En m&#234;me temps, les WAP partagent l'avis de la Cour Supr&#234;me, qui exclut l'obsc&#233;nit&#233; des formes d'expression prot&#233;g&#233;es &#8212; doctrine o&#249; je vois (comme la plupart des libertaires civiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) En anglais, &#171; civil libertarians &#187;.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) une atteinte manifeste aux droits &#233;nonc&#233;s dans le Premier amendement. Brownmiller r&#233;p&#232;te que le Premier amendement avait pour but de prot&#233;ger la dissidence politique et non l'expression d'une violence haineuse envers les femmes. Mais en faisant cette distinction, elle met en d&#233;route l'amendement lui-m&#234;me, car elle laisse implicitement le droit au gouvernement de d&#233;finir &#171; le politique &#187;. (A-t-on d&#233;j&#224; vu un gouvernement pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre que ses opposant&#8729;es ne sont pas qu'une bande d'&#233;nergum&#232;nes en rupture avec la soci&#233;t&#233; ?) Quoi qu'il en soit, s'&#233;riger contre la pornographie parce qu'elle constitue une propagande sexiste, puis faire machine arri&#232;re en disant qu'elle n'est pas politique, cela n'a aucun sens. Cette autre proposition des WAP ne rassurera pas davantage les libertaires : &#171; Nous voulons changer la d&#233;finition de l'obsc&#233;nit&#233; pour que ce soit une question de violence, pas de sexe &#187;. Quelle que soit leur cible, les lois sur l'obsc&#233;nit&#233; confisquent le droit de s'exprimer librement &#224; celles et ceux qui transgressent les limites officielles de la biens&#233;ance. Et pour ma part, je ne crois pas que les limites d&#233;finies par les WAP soient v&#233;ritablement moins oppressives que celles de Warren Burger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(N.d.&#201;) Pr&#233;sident de la Cour Supr&#234;me de 1969 &#224; 1986. S'il vota pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est pas bien grave, puisque les WAP font preuve d'une effarante na&#239;vet&#233; en s'imaginant qu'elles vont influencer la d&#233;finition de l'obsc&#233;nit&#233;. Le principal objectif des lois sur l'obsc&#233;nit&#233; est et a toujours &#233;t&#233; de renforcer les tabous culturels sur la sexualit&#233; et de r&#233;primer le f&#233;minisme, l'homosexualit&#233; et d'autres formes de dissidence sexuelle. Jamais aucun pornographe ne fut puni pour sa haine des femmes, mais, encore tout r&#233;cemment, la documentation sur la sexualit&#233; des femmes, la contraception et l'avortement &#233;tait suppos&#233;e obsc&#232;ne. Dans une soci&#233;t&#233; phallocrate, la seule loi sur l'obsc&#233;nit&#233; qui ne sera pas utilis&#233;e contre les femmes, c'est l'absence de toute loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme alternative &#224; la censure pure et simple de la pornographie, Brownmiller et d'autres ont r&#233;clam&#233; des limites &#224; sa diffusion. On peut en effet faire valoir l'id&#233;e que des images misogynes, diffus&#233;es si largement qu'on ne peut y &#233;chapper, sont coercitives, comme une sorte de harc&#232;lement actif qui d&#233;passerait les limites de la libert&#233; d'expression. Mais en plus de l'&#233;vitement qu'implique l'amalgame entre pornographie et misogynie ou sadisme sexuel, il n'y a aucune raison l&#233;gale ou logique de traiter le sexisme diff&#233;remment (par exemple) de la propagande raciste ou antis&#233;mite : une loi &#233;quitable devrait prohiber tout type de diffamation publique. Et la simple id&#233;e d'une loi si vaste a de quoi rendre inquiet quiconque sait faire preuve d'imagination. Les catholiques pourraient-ils&#8729;elles se pr&#233;tendre harcel&#233;s par des portraits cochons du pape ? Les r&#233;fugi&#233;&#8729;es russes pourraient-ils&#8729;elles affirmer que la diffusion d'&#233;crits communistes est une forme de torture psychologique ? La documentation proavortement serait-elle retir&#233;e des &#233;tag&#232;res pour diffamation des f&#339;tus ? Je ne pr&#233;f&#232;re pas savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, la question du Premier amendement reste en suspens : le mouvement s'est concentr&#233; sur l'organisation de manifestations et d'autres actions publiques soulevant la question de la pornographie. Cette strat&#233;gie est parfaitement l&#233;gitime. Pourtant, je suis de plus en plus g&#234;n&#233;e de la tournure que prend la lutte contre la pornographie et par le genre de conscience qu'elle promeut : elle s'est progressivement d&#233;tourn&#233;e d'une critique f&#233;ministe rationnelle ciblant des points pr&#233;cis, pour aller vers une col&#232;re moraliste globale et d&#233;magogique. Manifester contre un film misogyne, saccager un panneau d'affichage qui suit une logique d'exploitation ou boycotter une maison de disques en raison de la misogynie de ses pochettes, cela fait passer un message qui n'a rien &#224; voir avec celui des grands rassemblements contre la pornographie. De m&#234;me, il y a une diff&#233;rence entre expliquer au livreur de journaux du quartier pourquoi on n'aime pas particuli&#232;rement se prendre un Penthouse en pleine poire, et choisir comme principale cible l'endroit qui, pour toute la droite bien-pensante, symbolise le p&#233;ch&#233; de la grand-ville : Times Square.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse du mouvement pour les droits &#224; l'avortement, contre lequel l'opposition se d&#233;cha&#238;ne, la campagne de lutte contre la pornographie est respectable. La presse approuve et la ville coop&#232;re, car elle mise gros (d&#233;veloppement du tourisme, s&#233;curisation du quartier en vue de sa gentrification) sur le grand m&#233;nage de Times Square. Cette campagne commence &#224; attirer des femmes dont les id&#233;es n'ont par ailleurs rien de f&#233;ministe (&#171; Je suis contre l'avortement &#187;, une manifestante a-t-elle d&#233;clar&#233; &#224; un journaliste lors d'un rassemblement des WAP sur Times Square, &#171; mais l&#224;-dessus, je les rejoins &#187;). Malgr&#233; l'insistance avec laquelle les coordinatrices des WAP disent soutenir la libert&#233; sexuelle, leur ligne en appelle aux &#233;motions antisexuelles dont la riposte s'alimente. Sciemment ou non, elles font le sale boulot des gentils flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ellen Willis&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Village Voice, octobre et novembre 1979&lt;/i&gt; - Traduction de Fanny Qu&#233;ment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : June 2013 - Cerbere, Douanes France/Espagne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) Magazine pornographique &#233;tats-unien, destin&#233; &#224; un public masculin h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) En anglais : &lt;i&gt;feelings&lt;/i&gt;. Nous avons souvent choisi de traduire &#171; feelings &#187; par &#171; affects &#187;, ou en utilisant le verbe &#171; ressentir &#187; dans une p&#233;riphrase. Le mot &#171; affect &#187; permet en effet de rendre le m&#233;lange complexe de sensation, d'&#233;motion et de sentiment qu'il peut y avoir dans &lt;i&gt;feelings&lt;/i&gt;, dans un rapport fluctuant &#224; la conscience ou &#224; la cognition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) En anglais, Willis oppose &#171; love &#187; et &#171; lust &#187;, l'amour et la luxure, c'est-&#224;-dire l'amour et le d&#233;sir de la chair ou, plus g&#233;n&#233;ralement, tout d&#233;sir imp&#233;rieux, irr&#233;pressible. Or, si le mot &lt;i&gt;lust&lt;/i&gt; est bel et bien lourd de connotations morales et religieuses, il nous semble qu'en fran&#231;ais, la &#171; luxure &#187; rel&#232;ve trop exclusivement du vocabulaire religieux pour rendre correctement ce qui se joue dans ce terme au sein de l'ensemble des &#233;crits de Willis. Le terme &#171; luxure &#187; aurait pu fonctionner dans cette phrase, mais ce n'&#233;tait pas le cas ailleurs. Par souci de concordance, nous avons donc choisi de traduire toutes les occurrences de &#171; lust &#187; par &#171; libido &#187;. Notons n&#233;anmoins que nous employons ce terme dans son acception courante, pour d&#233;signer l'app&#233;tit sexuel, et non dans son sens sp&#233;cifiquement freudien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) Situ&#233;e dans le quartier de Manhattan, la quarante-deuxi&#232;me rue abritait de nombreux &lt;i&gt;peep shows&lt;/i&gt; et cin&#233;mas pour adultes aujourd'hui disparus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) &#171; Pornography is the theory, and rape is the practice. &#187; La phrase est de Robin Morgan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) Deux tueurs en s&#233;rie dont les meurtres ont &#233;t&#233; tr&#232;s m&#233;diatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) Notons qu'en anglais, &lt;i&gt;repression&lt;/i&gt; d&#233;signe aussi bien la r&#233;pression que le refoulement. Les deux se trouvent donc implicitement li&#233;s dans le discours de Willis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) En anglais, &#171; civil libertarians &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(N.d.&#201;) Pr&#233;sident de la Cour Supr&#234;me de 1969 &#224; 1986. S'il vota pour l'avortement au nom du droit &#224; la vie priv&#233;e, sa politique n'en &#233;tait pas moins misogyne (refusant la nomination de toute femme &#224; la Cour Supr&#234;me) et homophobe (soutenant que les lois devaient continuer de punir l'homosexualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Homosexualit&#233; pendant la Seconde Guerre mondiale</title>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Homophobie</dc:subject>
		<dc:subject>2nde guerre mondiale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tour d'horizon du sort des homosexuels dans l'Europe en guerre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-DIX-NEUF-" rel="directory"&gt;DIX-NEUF&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homophobie-+" rel="tag"&gt;Homophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-2nde-guerre-mondiale-+" rel="tag"&gt;2nde guerre mondiale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/camp_de_concentration_-_copie.png?1731403055' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La fin de la guerre ouvre un long processus de r&#233;flexions historiques, autour de la m&#233;moire des disparus et des survivants, des &#233;v&#232;nements, des crimes et des id&#233;ologies y ayant conduit. Ce processus, que l'on nomme devoir de m&#233;moire, se destine &#224; rappeler &#224; chacun l'inhumanit&#233; dont l'homme a &#233;t&#233; capable. Ce devoir est conditionn&#233; par l'&#233;criture de l'histoire dont on dit g&#233;n&#233;ralement qu'elle est &#233;nonc&#233;e par les vainqueurs. Par les &#201;tats victorieux d'abord, puis les &#233;lites au sein de chaque pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;criture commence avec les proc&#232;s de Nuremberg et ceux qui lui feront suite, puis avec la reconnaissance et l'indemnisation des victimes de la d&#233;portation et des spoliations. Il existe un lien direct entre la reconnaissance des victimes du nazisme, leurs t&#233;moignages et l'&#233;criture de l'histoire telle que nous la connaissons. Reconnaissance et m&#233;moire &#233;tant imbriqu&#233;s l'une dans l'autre, tant dans la mani&#232;re dont les historiens m&#232;nent leurs recherches que dans les c&#233;r&#233;monies et hommages officiels. Il faudra attendre le d&#233;but des ann&#233;es 60 pour comprendre et reconnaitre l'importance et la centralit&#233; de la Shoah dans l'Allemagne nazie, attendre 1982 pour reconnaitre le g&#233;nocide tzigane, et que dire de l'extermination des personnes en situation de handicap. La pers&#233;cution des homosexuels, longtemps &#233;cart&#233;e des c&#233;r&#233;monies donc de l'histoire, sera reconnue en 1985. Reconnaissance tardive et discr&#232;te et qui le reste encore aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt; L'injustice c'est que pour le triangle rose il n'y a pas d'ext&#233;rieur, pas de revanche &#224; esp&#233;rer, ni de compassion&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt; Ce livre est fait pour tous ces gar&#231;ons, pour tous ceux auquel le plus grand mensonge historique encore vivant a fait ressentir, au moins une fois, face &#224; l'indiff&#233;rence et l'incr&#233;dulit&#233;, le d&#233;sespoir devant une injustice qui ne sera jamais r&#233;par&#233;e. Et c'est peut-&#234;tre cela, &#234;tre homosexuel encore aujourd'hui : savoir qu'on est li&#233; &#224; un g&#233;nocide pour lequel nulle r&#233;paration n'est pr&#233;vue.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots sont ceux de Guy Hocquenghem dans sa pr&#233;face &#224; l'ouvrage de Heger Heinz &lt;i&gt;Les hommes au triangle rose &#8211; Journal d'un d&#233;port&#233; homosexuel 1939-1945 &#187; paru aux &#233;ditions Persona en 1980&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre s'arr&#234;te v&#233;ritablement pour les rescap&#233;s homosexuels lorsque l'histoire permet de mettre des mots sur le sort qu'ils ont subi. Aussi, pour les homosexuels rescap&#233;s du nazisme, la guerre ne s'est pas arr&#234;t&#233;e en 1945. Le &#167;175 de la l&#233;gislation allemande ayant entrain&#233; les condamnations, incarc&#233;rations et d&#233;portations des homosexuels n'est abrog&#233; qu'en 1994. Guy Hocquenghem parle d'injustice et c'est un fait maintenant connu que les rescap&#233;s homosexuels ont v&#233;ritablement continu&#233; de subir leur sort apr&#232;s la guerre. Celle d'&#234;tre une &#171; mauvaise victime &#187;, celle de devoir dissimuler sa d&#233;portation sous le signe du triangle rose, celle de l'indiff&#233;rence enfin envers des personnes dont on ne sait pas bien si elles sont une population, une maladie ou un vice. Si l'expression de &#171; g&#233;nocide homosexuel &#187; dont parle Guy Hocquenghem est maximaliste, elle a le m&#233;rite d'arracher &#224; l'oubli la condition des homosexuels sous le r&#233;gime nazi &#224; une &#233;poque qui &#233;tait encore muette sur le sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude qui va suivre portera sur les conditions qui seront faites aux homosexuels pendant la seconde guerre mondiale en Europe. Et bien que celle-ci ne soit qu'une esquisse non exhaustive, nous esp&#233;rons qu'elle contribuera &#224; une meilleure connaissance des m&#233;canismes r&#233;gissant l'homophobie et la haine, m&#233;canismes encore &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HOMOSEXUALIT&#201; EN EUROPE DANS L'ENTRE-DEUX-GUERRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aborder la question des homosexuels pendant la guerre n&#233;cessite de se tourner vers la p&#233;riode qui la pr&#233;c&#232;de, dans l'entre-deux-guerres et d'esquisser un rapide portrait de la soci&#233;t&#233; &#224; travers les prismes de la r&#233;pression et de la sociabilit&#233; homosexuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les pays europ&#233;ens h&#233;ritent du si&#232;cle pass&#233; des l&#233;gislations r&#233;pressives concernant les pratiques homosexuelles entre hommes. En Allemagne, le &#167;175 punit les actes sexuels entre hommes (ainsi qu'entre homme et animaux). Le Royaume-Uni avec son &lt;i&gt;Criminal Law Amendment Act&lt;/i&gt; de 1885 &#233;tend la l&#233;gislation anti-sodomie passible de prison &#224; toutes les pratiques sexuelles entre hommes. Le cas de l'Autriche est singulier puisque depuis 1852 le &#167;129 lb interdit &#171; la fornication contre nature entre les personnes de m&#234;mes sexes &#187; et condamne identiquement hommes et femmes. La France et l'Italie ont un profil d'un autre type. L'homosexualit&#233; y est d&#233;criminalis&#233;e. En France depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, le crime de sodomie est d&#233;p&#233;nalis&#233;. Cela ne comprenait pas uniquement ce qu'on appelle de nos jours homosexualit&#233;, mais l'ensemble des actes sexuels sans vis&#233;e procr&#233;ative. En Italie, les relations homosexuelles sont d&#233;criminalis&#233;es &#224; partir de 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du droit n'est pas suffisante pour comprendre les effets de r&#233;pression contre les personnes homosexuelles. En effet, l'Allemagne dont la l&#233;gislation pr&#233;voyait des peines s&#233;v&#232;res contre les actes homosexuels vit se d&#233;velopper un ensemble de sous-cultures homosexuelles florissantes. Les pratiques de police et les lois concernant les mineurs et les atteintes &#224; la pudeur permettaient la mise en place d'une r&#233;pression plus diffuse, consid&#233;r&#233;e comme une question d'hygi&#232;ne ou de sant&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pourtant pas le cadre du droit ou les pratiques r&#233;pressives de police qui vont d&#233;finir la sociabilit&#233; homosexuelle. &#192; la sortie de la guerre, le besoin de f&#234;te, de rire et de l&#233;g&#232;ret&#233; va venir d&#233;finir les ann&#233;es folles. L'&#233;poque corset&#233;e et rigide de la fin du XIXe si&#232;cle laisse place &#224; des tendances lib&#233;rales. Les th&#233;ories m&#233;dicales font &#233;voluer l'opinion g&#233;n&#233;rale sur les pratiques homosexuelles. On passe de pratiques sexuelles condamn&#233;es comme p&#233;ch&#233;, corruption sociale et offense contre nature &#224; une personnalit&#233; homosexuelle caract&#233;ris&#233;e par l'inn&#233;e ou la maladie. Sigmund Freud d&#233;clarera ainsi, &#224; propos d'un scandale concernant l'homosexualit&#233; d'un personnage public : &#171; &lt;i&gt;L'homosexualit&#233; ne rel&#232;ve pas du tribunal et j'ai m&#234;me la ferme conviction que les homosexuels ne doivent pas &#234;tre trait&#233;s comme des gens malades, car une telle orientation sexuelle n'est pas une maladie. Cela ne nous obligerait-il pas &#224; caract&#233;riser comme malades de nombreux grands penseurs que nous admirons pr&#233;cis&#233;ment en raison de leur sant&#233; mentale [&#8230;] Les personnes homosexuelles ne sont pas des malades&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Kenneth Lewes, The Psychoanalytic Theory of Male Homosexuality, NY (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne occupe une place &#224; part dans l'essor de milieux homosexuels. Clubs, cabarets, bar &#233;taient les lieux privil&#233;gi&#233;s de la sociabilit&#233; homosexuelle. Les spectacles de travestis avaient pignon sur rue, et la prostitution masculine abondait. Il ne s'agissait pas seulement de quelques lieux marginaux. Chaque classe sociale poss&#233;dait ses adresses. Il en allait de m&#234;me pour les femmes qui fr&#233;quentaient leurs propres lieux. La culture donnait le pas et l'on pouvait d&#233;couvrir tant dans le cin&#233;ma que dans les chansons populaires, la peinture et la litt&#233;rature des r&#233;f&#233;rences explicite &#224; l'homosexualit&#233; qui accompagnait le premier mouvement de militantisme homosexuel europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/gay-weimar_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/gay-weimar_-_copie.jpg?1731403016' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment le plus visible de cette expansion est sans aucun doute la parution puis la prolif&#233;ration de revues homosexuelles. Revues pour les hommes, mais aussi pour les femmes dont la plus illustre est sans doute &lt;i&gt;Der Eigene&lt;/i&gt;. Ces revues &#233;taient une sorte de prolongement des affrontements th&#233;oriques et politiques &#224; propos de l'homosexualit&#233;. Car les associations &#233;taient nombreuses avec chacune un journal t&#233;moignant de leurs prises de position et de leurs inspirations culturelles. Le cr&#233;ateur de la revue &lt;i&gt;Der Eigene&lt;/i&gt;, Adolph Brand, fonda la &#171; communaut&#233; des sp&#233;ciaux &#187; pour donner corps &#224; ses th&#233;ories. Sa vision de l'homosexualit&#233; &#233;tait teint&#233;e de virilisme, de libert&#233; et de naturisme. Fortement influenc&#233;e par le mod&#232;le antique, cette communaut&#233; organisait des camps de marche avec un fonctionnement comparable &#224; celui du scoutisme. Il n'h&#233;sita pas &#224; attaquer Hirschfeld sur ses th&#233;ories en assimilant ses th&#233;ories humanistes et bienveillantes &#224; un point de vue oriental h&#233;rit&#233; de sa jud&#233;it&#233; (comprendre ici que la d&#233;fense des folles et des travestis passait pour une affirmation &#233;rotique exog&#232;ne &#224; l'Allemagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du XIXe si&#232;cle fut une p&#233;riode propice durant laquelle le sujet de l'homosexualit&#233; fut abord&#233; par des juristes et des m&#233;decins r&#233;clamant un regard scientifique sur la question et un abandon de sa p&#233;nalisation. Magnus Hirschfeld, m&#233;decin et sexologue d'origine juive, fonda en 1897 le &lt;i&gt;Comit&#233; Scientifique Humanitaire&lt;/i&gt; dont le but ouvertement affich&#233; consistait en la d&#233;fense des homosexuels en militant sous la forme d'un groupe de pression et d'information aupr&#232;s des politiques pour l'abrogation du &#167;175, en &#233;duquant la soci&#233;t&#233; sur les th&#233;ories de l'homosexualit&#233; par le biais de brochures, d'articles et de conf&#233;rences et en interpellant les homosexuels eux-m&#234;mes pour la d&#233;fense de leurs droits. Une p&#233;tition pour la suppression du &#167;175 fut sign&#233;e par des noms prestigieux tels que : Thomas Mann, Rainer Maria Rilke, Stephan Zweig, Lou Andr&#233;as Salom&#233;, Franz Oppenheimer, Richard Von Crafft-Ebing, Martin Buber, Albert Einstein, Emile Zola ou L&#233;on Tolsto&#239;. La notori&#233;t&#233; de Magnus Hirschfeld &#233;tait importante et se trouva renforc&#233;e par ses multiples voyages &#233;maill&#233;s de conf&#233;rences autour de sa th&#233;orie de l'homosexualit&#233; qu'il condensait dans la formule : &#171; une &#226;me de femme dans un corps d'homme &#187;. Th&#233;orie qui prenait en compte diff&#233;rents niveaux d'hermaphrodisme ou d'intersexualisme pour comprendre le sexe de chaque individu. En 1919 il fonda l'institut de sexologie &#224; Berlin qui se voulait un centre de recherche et de documentation sur l'homosexualit&#233;. Mais aussi une biblioth&#232;que et un mus&#233;e. Enfin et surtout un lieu d'accueil, d'&#233;coute, et d'exp&#233;rimentation m&#233;dicale. Le comit&#233; et l'Institut jouirent d'une aura europ&#233;enne favorisant l'organisation du mouvement ainsi que la liaison avec d'autres structures partageant les m&#234;mes vis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Royaume-Uni, sous l'influence du &lt;i&gt;Comit&#233; Scientifique Humanitaire&lt;/i&gt; se d&#233;veloppa un militantisme discret symbolis&#233; par la figure d'Edward Carpenter. La cr&#233;ation de la &lt;i&gt;British Society for the Study of Sex Psychology&lt;/i&gt; en 1914 resta timide politiquement et confidentielle dans son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la relative tol&#233;rance juridique et l'absence de tradition communautaire ou organisationnelle concentr&#232;rent les discours homosexuels autour de quelques grandes figures intellectuelles comme Marcel Proust ou Andr&#233; Gide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 30 viennent sonner le glas de cette libert&#233; homosexuelle. L'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir am&#232;ne la fermeture des espaces de sociabilit&#233;s, des bordels, des clubs. Les journaux sont interdits pour obsc&#233;nit&#233;. Les associations prennent peur et se dissolvent. Symbole de cette politique, la mise &#224; sac et l'auto-da-f&#233; de l'institut de sexologie de Magnus Hirschfeld le 6 mai 1933 par les jeunesses hitl&#233;riennes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;PRESSION ANTI-HOMOSEXUELLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous venons de le voir pour l'Allemagne, la r&#233;pression de l'homosexualit&#233; s'exerce au moyen du &#167;175 de son code p&#233;nal. Peu appliqu&#233;e, l'Allemagne et particuli&#232;rement sa capitale Berlin offrira un espace de libert&#233; sans pr&#233;c&#233;dent aux homosexuels europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'accession du NSDAP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti National-Socialiste des Travailleurs allemands ou parti nazi. Fond&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au pouvoir en 1933, les nazis entretiennent une ambigu&#239;t&#233; sur la question homosexuelle. Plus qu'une ambigu&#239;t&#233;, il s'agit de tendances contradictoires au sein du parti. L'id&#233;e de virilit&#233;, de nature, de nudit&#233; comme hygi&#232;ne de l'homme nouveau laissait une place ind&#233;niable aux relations particuli&#232;res entre hommes. Hans Bl&#252;her le th&#233;orisera avec le M&#228;nnerbund, c'est-&#224;-dire la camaraderie masculine tr&#232;s forte, de caserne, sur le mod&#232;le de l'antiquit&#233; grecque. De m&#234;me, l'iconographie nazie qui se d&#233;veloppe au travers de l'art, du cin&#233;ma et de la litt&#233;rature prend la forme d'une imagerie homo&#233;rotique masculine. Seuls les discours, image d'une construction politique et sociale en cours, rejettent l'homosexualit&#233;. Officiellement, la voix du parti s'exprime clairement en faveur de la lutte contre le fl&#233;au homosexuel :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &lt;i&gt;(le NSDAP) est au contraire d'avis que ces gens du &#167;175, c'est-&#224;-dire les actes sexuels contre nature entre hommes, doivent &#234;tre combattus de toutes nos forces, parce qu'un tel vice va conduire le peuple allemand &#224; la ruine. Naturellement ce sont les juifs, Magnus Hirschfeld et ceux de sa race, qui ici encore agissent en tant que guides et en tant qu'initiateurs, au moment o&#249; toute la morale juive ravage effectivement le peuple allemand.&lt;/i&gt; &#187; On peut encore citer Himmler, fervent ennemi du fl&#233;au homosexuel : &#171; &lt;i&gt; les seigneurs de la guerre : &#171; l'homme normalement constitu&#233; sera d&#233;savantag&#233; et le monde vicieux des homosexuels prendra le dessus. Une telle situation, p&#233;rilleuse pour l'&#201;tat, doit &#234;tre &#233;vit&#233;e et les homosexuels doivent &#234;tre &#233;limin&#233;s totalement&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Hans Peter Bleuel La morale des seigneurs, les m&#339;urs et la vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/caricature_rohm_-_copie.jpg?1731403010' width='500' height='351' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette position qui assimile l'homosexualit&#233; &#224; une force exog&#232;ne, &#224; une maladie susceptible d'&#234;tre soign&#233;e, un symbole de cette ambigu&#239;t&#233; des nazis subsiste et s'incarne dans la personne d'Ernst R&#246;hm. Chef des Sections d'Assauts et nazi de premier plan, celui-ci ne cache pas son homosexualit&#233;. Hilter semble peu int&#233;ress&#233; par ce qui n'est pas encore une question avant son acc&#232;s au pouvoir : &#171; &lt;i&gt;notre mouvement n'a rien &#224; voir avec les vertus bourgeoises. Nous repr&#233;sentons l'aspiration de notre nation &#224; la puissance. Ce n'est pas moi qui emp&#234;cherai mes partisans de prendre du plaisir. Si je veux qu'ils m&#232;nent &#224; bien notre t&#226;che, je dois leur laisser la libert&#233; d'agir comme bon leur semble, et non pas comme le voudraient les vieilles bigotes. Dieu sait que mes homes ne sont pas des saints, et ils n'ont nul besoin de l'&#234;tre. Ce sont des lansquenets et ils doivent le rester. Je n'ai que faire des sournois et des bigots. Je ne m'occupe pas de leurs vies priv&#233;es&#8230; Le parti n'a que faire des palabres et des discours stupides sur le renouveau moral &lt;/i&gt; &#187;. C'est lorsque l'homosexualit&#233; deviendra une question &#224; part enti&#232;re qu'Hitler choisira une r&#233;ponse pragmatique en instrumentalisant la question pour justifier la nuit des longs couteaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La nuit des longs couteaux est le nom que l'on donne aux assassinats (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'assassinat de R&#246;hm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la premi&#232;re vague de r&#233;pression entrainant la fin des lieux et des r&#233;seaux de sociabilit&#233;s homosexuelles, la Gestapo met en place, d&#232;s 1934 un fichier national r&#233;pertoriant les hommes connus pour avoir des pratiques homosexuelles. L'ann&#233;e suivante, le &#167;175 est renforc&#233;. Dor&#233;navant, tout acte ou intention homosexuelle est punissable. Les condamnations &#224; ce titre se multiplient. Des incarc&#233;rations pr&#233;ventives ont lieu. Ainsi, fin juin 1935, 413 hommes sont d&#233;tenus au camp de concentration de Lichtenburg sans avoir comparu devant un magistrat. En 1936, la pers&#233;cution s'intensifie avec la cr&#233;ation de la Centrale pour la lutte contre l'homosexualit&#233; et l'avortement. &#192; partir de 1940, les homosexuels ayant purg&#233; leurs peines de prison sont transf&#233;r&#233;s, le jour de leur sortie en camp de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rafles de police repr&#233;sentant 10 % des arrestations des homosexuels (rafles dans des bars&#8230;), c'est surtout par les d&#233;nonciations que les homosexuels furent fich&#233;s par la Gestapo. Les arrestations avec interrogatoire et torture permettant de r&#233;v&#233;ler les cercles de sociabilit&#233;s homosexuels. Une &#233;crasante majorit&#233; des homosexuels arr&#234;t&#233;s &#233;taient caract&#233;ris&#233;s par leur jeunesse et par leur appartenance aux milieux populaires. Moins arm&#233;s pour se d&#233;fendre ou pour organiser la dissimulation de leur pr&#233;f&#233;rence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Autriche, sit&#244;t l'annexion du territoire par Hitler en 1938, se mit en place le m&#234;me syst&#232;me de r&#233;pression pour l'&#233;radication de l'homosexualit&#233;. C'est d'abord la Gestapo puis la police une fois la guerre d&#233;clar&#233;e qui prirent en charge la r&#233;pression homosexuelle qui s'amplifia tr&#232;s rapidement. Nombre d'homosexuels furent intern&#233;s en camp de concentration sur ordre de la police ou de la Gestapo tandis que les cours de justice pronon&#231;aient des peines tr&#232;s lourdes allant jusqu'&#224; la peine de mort. Le doit autrichien, et son &#167;129Ib fut r&#233;interpr&#233;t&#233; en 1940 pour que l'expression &#171; fornication contre nature &#187; prisse un sens comparable &#224; la justice allemande, permettant de condamner un regard ou une pens&#233;e. Ce durcissement de la loi s'appliqua &#233;galement aux lesbiennes, condamn&#233;es en Autriche comme les homosexuels masculins et subissant le caract&#232;re syst&#233;matique de la pers&#233;cution de l'homosexualit&#233; par les nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tch&#233;coslovaquie, le sort des homosexuels d&#233;pendait de deux l&#233;gislations diff&#233;rentes. Les r&#233;gions occidentales d&#233;pendaient de la l&#233;gislation autrichienne tandis que les r&#233;gions orientales d&#233;pendaient de celle de la Hongrie, plus souples et ne condamnant que l'homosexualit&#233; masculine. Les accords de Munich vinrent complexifier encore la situation puisque le droit allemand allait s'appliquer sur l'ensemble du territoire pour les ressortissants allemands tandis que dans la petite r&#233;gion de Teschen devenue polonaise, les actes homosexuels &#233;taient d&#233;criminalis&#233;s. Les archives du tribunal p&#233;nal de Prague montrent une croissance r&#233;guli&#232;re des pers&#233;cutions jusqu'&#224; son paroxysme en 1943. Les femmes homosexuelles suivant le m&#234;me destin en vertu de la l&#233;gislation autrichienne. Sous le joug nazi, les peines d'incarc&#233;ration pass&#232;rent de moins de six mois &#224; plus de douze. Concernant les d&#233;portations, il n'y a pas de trace d'une organisation visant &#224; &#233;purer le territoire des homosexuels pr&#233;sents. Par contre, il est &#224; noter que l'homosexualit&#233; apparait dans les proc&#232;s et les dossiers comme un motif aggravant, int&#233;ressant le l&#233;gislateur et faisant l'objet de commentaires. Jean Seidl indiquant tout de m&#234;me qu'il existait une r&#233;pression extrajudiciaire envers les homosexuels tch&#232;ques d&#232;s lors qu'ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme irr&#233;cup&#233;rables. Avec la guerre, les pratiques de prostitution et de chantages s'aggrav&#232;rent. Des bandes de prostitu&#233;s organis&#233;s formaient de v&#233;ritables gangs. La police et les tribunaux, tant allemand que ceux du protectorat, se concentraient davantage sur la lutte contre le chantage que sur la r&#233;pression des actes homosexuels en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alsace et en Moselle, territoires fran&#231;ais annex&#233;s en 1940 par l'Allemagne, la situation est &#233;galement complexe. Le maintien de la l&#233;gislation fran&#231;aise en mati&#232;re de m&#339;urs n'emp&#234;che pas la r&#233;pression de s'abattre gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de d&#233;crets permettant &#224; la police de proc&#233;der &#224; des arrestations en dehors de tout cadre l&#233;gal. Un fichage se met en place et conduit dans un premier temps &#224; l'expulsion des homosexuels en territoire fran&#231;ais. Apr&#232;s 1942 et l'introduction du droit allemand, les expulsions tendent &#224; s'arr&#234;ter au profit des m&#233;thodes r&#233;pressives appliqu&#233;es en Allemagne. Des d&#233;tentions extrajudiciaires ont lieu dans le camp de r&#233;&#233;ducation de Schirmeck&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'autobiographie de Pierre Seel, cit&#233; ci-apr&#232;s dans la biographie.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ouvert en Alsace en 1940. Des internements sans preuve permettaient de se substituer &#224; une condamnation judiciaire. &#192; partir de 1942 les peines prononc&#233;es en faveur du &#167;175 sont lourdes et correspondent g&#233;n&#233;ralement &#224; des ann&#233;es de travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la condition des homosexuels n'a rien de comparable &#224; la situation allemande. Pourtant, le r&#233;gime de Vichy, accusant la troisi&#232;me r&#233;publique d'avoir d&#233;virilis&#233; et d&#233;peupl&#233; la France, cherche &#224; durcir sa l&#233;gislation. L'homosexuel est un ennemi de la famille aux yeux du r&#233;gime. La police et les magistrats cherchent &#224; faire pression pour prot&#233;ger la jeunesse de ce vice. Le 6 aout 1942, une ordonnance du mar&#233;chal P&#233;tain modifie l'article 334 du Code p&#233;nal relevant &#224; 21 ans la majorit&#233; sexuelle pour actes homosexuels et pr&#233;voyant une amende et une peine d'emprisonnement. Les mineurs &#233;tant eux-m&#234;mes passibles de poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE L'ARRESTATION &#192; LA D&#201;PORTATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sort des homosexuels pendant la seconde guerre mondiale en Europe, leur pers&#233;cution, incarc&#233;ration et d&#233;portation, n'est pas seulement le fruit de la politique eug&#233;niste nazi. Bien que celle-ci se soit donn&#233; les moyens industriels de parvenir &#224; ses fins, les politiques r&#233;pressives europ&#233;ennes &#224; l'&#233;gard de l'homosexualit&#233; sont le fruit de pratiques de police en vigueur depuis la fin du XIXe si&#232;cle. Et malgr&#233; un militantisme et une certaine libert&#233;, le droit est rest&#233; inflexible lorsqu'il s'agissait de traiter du sort de cette figure inqui&#233;tante qu'est l'homosexuel. Les pratiques de police consistaient en la surveillance des lieux de dragues homosexuelles, urinoirs et vespasiennes, parc, gares, routes, quais, mais aussi les espaces de sociabilit&#233;s comme les caf&#233;s, les bars, les clubs, les cabarets, les dancings&#8230; Il existait bon nombre d'indicateurs et les autorit&#233;s encourageaient fortement la d&#233;lation. Certaines polices pratiquaient le fichage (en 1940, l'office central du Reich pour la lutte contre l'homosexualit&#233; et l'avortement comptait 41 000 noms d'homosexuels condamn&#233;s ou suspect&#233;s). On comprend d&#232;s lors que la r&#233;pression telle qu'elle commen&#231;a en 1933 avec l'accession au pouvoir de Hitler ne fut d'abord qu'une intensification et un durcissement des pratiques de police assorties de mesure d'interdiction li&#233;s &#224; des questions de d&#233;cence, d'ordre public ou d'hygi&#232;ne. Il est important de souligner ce lien entre la r&#233;pression organis&#233;e par le Troisi&#232;me Reich et les structures d&#233;j&#224; en place ayant permis de le faire comme le droit avec le &#167;175 ou les pratiques de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prostitution masculine tenait une place &#224; part dans cette surveillance puisqu'elle &#233;tablissait un lien direct entre une pratique criminelle punissable par la loi et un penchant sexuel et social. C'est donc naturellement &#224; son encontre qu'allait commencer la r&#233;pression, inaugurant les pratiques de d&#233;tention pr&#233;ventive, de maltraitance et d'abus. D&#232;s 1933, on commen&#231;a &#224; envoyer les &#171; criminels sexuels &#187; dans le camp de concentration de Lichtenburg parfois sans m&#234;me avoir &#233;t&#233; jug&#233;. De 1937 &#224; 1940, on compte entre 7000 et 8000 condamnations, les chiffres baissant ensuite avec la guerre entre 3000 et 4000. La r&#233;pression du r&#233;gime nazi consistait en des peines de prisons ou de travaux forc&#233;s de plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime, et particuli&#232;rement Himmler, menait une lutte implacable contre l'homosexualit&#233;, mais cherchait &#233;galement &#224; la comprendre, par des th&#232;ses m&#233;dicales diverses, dans le but de r&#233;&#233;duquer ces hommes qui s'&#233;taient laiss&#233;s s&#233;duire par une poign&#233;e d'invertis inn&#233;s donc irr&#233;cup&#233;rable. C'est cette approche qui ouvrit la voie aux exp&#233;rimentations m&#233;dicales comme la castration qui d&#232;s 1937 &#233;taient pratiqu&#233;es dans 73 centres m&#233;dicaux rattach&#233;s &#224; des prisons ou des camps de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Dachau fut ouvert durant l'&#233;t&#233; 1933. On y interna imm&#233;diatement des homosexuels dont le c&#233;l&#232;bre Egon W&#252;st, travesti far du cabaret Eldorado. Sachsenhausen emprisonna des homosexuels d&#232;s 1936. Ils seront l&#224;-bas environs 700 entre 1939 &#224; 1943, mais seulement une centaine apr&#232;s cette date. On &#233;value g&#233;n&#233;ralement &#224; moins de 1 % de l'effectif global la part d'homosexuels dans les camps. Florence Tamagne, reprenant le travail Andreas Sternweiler distingue trois p&#233;riodes dans l'histoire des homosexuels &#224; Sachsenhausen. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re (automne 1936-automne 1939) correspond &#224; la construction et aux premiers trans-ports de d&#233;port&#233;s, transf&#233;r&#233;s notamment du camp de Lichtenburg. Elle voit aussi l'augmentation croissante du nombre d'homosexuels (ce qui n'emp&#234;chait pas des lib&#233;rations partielles), dispers&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du camp et soumis, comme tous les d&#233;tenus, &#224; une entreprise de d&#233;gradation et de d&#233;personnalisation, ainsi qu'au sadisme des gardiens. La deuxi&#232;me phase (novembre 1939-aout 1942) se distingue par la r&#233;duction du nombre des lib&#233;rations, et le durcissement des conditions de d&#233;tention avec l'entr&#233;e en guerre. Cette p&#233;riode est la plus difficile, caract&#233;ris&#233;e par une volont&#233; d'&#233;limination syst&#233;matique alors que les homosexuels &#233;taient plac&#233;s dans une partie s&#233;par&#233;e du camp : 600 d'entre eux auraient &#233;t&#233; assassin&#233;s entre avril 1940 et avril 1943, avec un pic entre juillet et aout 1942. La troisi&#232;me phase (&#233;t&#233; 1943 &#224; janvier 1945) vit une nouvelle augmentation du nombre des homosexuels et une normalisation relative de leur situation dans le camp, alors que la priorit&#233; allait &#224; l'utilisation des d&#233;tenus pour l'effort de guerre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;portation des homosexuels durant la seconde guerre mondiale, Florence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/deportes_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/deportes_-_copie.jpg?1731403013' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les homosexuels &#233;taient fr&#233;quemment employ&#233;s aux travaux les plus p&#233;nibles comme les carri&#232;res. Au camp de Buchenwald, la plupart des homosexuels furent castr&#233;s. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils &#233;taient utilis&#233;s pour toute sorte d'exp&#233;rimentation m&#233;dicale, sur la typho&#239;de ou sur la malaria. Dans la plupart des camps, les homosexuels &#233;taient s&#233;par&#233;s des autres d&#233;tenus et dans leurs activit&#233;s et dans leur baraquement pour &#233;viter toute forme de contagion. Le statut des homosexuels ne permettait pas de recevoir une aide ext&#233;rieure, les amis ne pouvant leur &#233;crire ou leur venir en aide et la famille se d&#233;tournant par honte. Leur faible nombre ne permettait pas de vraies pratiques de solidarit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort des lesbiennes &#233;tait encore plus difficile. Souvent incarc&#233;r&#233;es pour d'autres pr&#233;textes que l'homosexualit&#233; (puisque non punissable dans la l&#233;gislation allemande), on les retrouvait avec les asociales, les criminelles, les politiques bien que le triangle rose exist&#226;t &#233;galement. Il semble qu'elles aient souvent &#233;t&#233; victimes d'humiliation et de viols et parfois forc&#233; &#224; se prostituer dans les bordels de camp. Himmler voyait dans ces bordels l'occasion d'une th&#233;rapie de conversion pour les homosexuels et souhaitait qu'ils s'y rendent chaque semaine comme moyen de les gu&#233;rir de leur penchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les sources de l'administration allemande et le travail des historiens, on &#233;value &#224; 100 000 le nombre d'homosexuels fich&#233;s, et parmi eux, plus de 50 000 qui furent condamn&#233;s. Entre 8000 et 15 000 furent d&#233;port&#233;s dans des camps de concentration o&#249; une majorit&#233; trouva la mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le travail des historiens sur la r&#233;pression des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale est encore en construction. La reconnaissance tardive et partielle de la pers&#233;cution des homosexuels par les autorit&#233;s de chaque pays est le signe que l'histoire n'est pas &#233;crite et n'est pas d&#233;finitive. Il semble manifeste que l'homosexualit&#233; contemporaine est hant&#233;e par son histoire du si&#232;cle pass&#233;. L'identit&#233; homosexuelle, en construction depuis la fin du XIXe si&#232;cle, se construira en majeure partie durant l'entre-deux-guerres. D'un c&#244;t&#233;, l'int&#233;r&#234;t que repr&#233;sente les attractions homosexuelles pour les milieux m&#233;dicaux et de l'autre la visibilit&#233; et les lieux de sociabilit&#233;s homosexuels permirent, m&#234;me dans les contextes de r&#233;pression, de faire exister et consister la figure de l'homosexuel, pour le meilleur et pour le pire, d'un d&#233;sir tourn&#233; vers son propre sexe. &#192; gu&#233;rir ou &#224; d&#233;truire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces oubli&#233;s de l'histoire pour qui il n'y a pas eu de r&#233;paration doivent nous interroger sur le projet anthropologique contenu dans toute politique : quelle humanit&#233; construisons-nous et sous quels augures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DIVA &amp; Tati-Gabrielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Courte bibliographie pour aller plus loin :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Homosexuel.le.s en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale&lt;/i&gt;, R&#233;gis Schlagdenhauffen, Julie Le Gac et Fabrice Virgili, nouveau monde &#233;ditions, 2017.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939&lt;/i&gt;, Florence Tamagne, &#233;ditions du Seuil, 2000.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;La d&#233;portation des homosexuels durant la seconde guerre mondiale&lt;/i&gt;, Florence Tamagne, revue d'&#233;thique et de th&#233;ologie morale, 2006.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Le triangle rose, la d&#233;portation des homosexuels (1933-1945)&lt;/i&gt;, Jean Boisson, &#233;ditions Robert Laffont, 1988.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Les hommes au triangle rose, journal d'un d&#233;port&#233; homosexuel 1939-1945&lt;/i&gt;, Heinz Heger, &#233;ditions Persona, 1981.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Moi Pierre Seel, d&#233;port&#233; homosexuel&lt;/i&gt;, Pierre Seel en collaboration avec Jean Le Bitoux, &#233;ditions Calmann-Levy, 1994.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Paragraphe 175&lt;/i&gt;, film documentaire de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sorti en 2000. Ayant peu circul&#233;, il sera &#224; nouveau sur les &#233;crans de cin&#233;ma &#224; partir de janvier 2022.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Kenneth Lewes, The Psychoanalytic Theory of Male Homosexuality, NY Meridian&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parti National-Socialiste des Travailleurs allemands ou parti nazi. Fond&#233; en 1920 au d&#233;but de la r&#233;publique de Weimar, le NSDAP parvient au pouvoir le 30 janvier 1933 lorsque son chef, Adolf Hitler, est nomm&#233; chancelier du Reich. Il est la seule force politique autoris&#233;e dans le Troisi&#232;me Reich de juillet 1933 &#224; la d&#233;faite de 1945.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Hans Peter Bleuel La morale des seigneurs, les m&#339;urs et la vie sexuelle sous le IIIe Reich, &#233;ditions Belfond 1974, page 221.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La nuit des longs couteaux est le nom que l'on donne aux assassinats perp&#233;tr&#233;s par les nazis au sein de leurs propres mouvements entre le vendredi 29 juin et le lundi 02 juillet 1934. Dans le souci d'unifier et de restructurer son parti, Hilter se d&#233;barrasse de R&#246;hm et des chefs des Sections d'Assaut, &#233;l&#233;ments les plus instables du parti pr&#244;nant une r&#233;volution sociale, aux antipodes du rapprochement d'Hitler avec les forces conservatrices Allemande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'autobiographie de Pierre Seel, cit&#233; ci-apr&#232;s dans la biographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La d&#233;portation des homosexuels durant la seconde guerre mondiale, Florence Tamagne, Editions du cerf, Revue d'&#233;thique et de th&#233;ologie morale, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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