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		<title>&#171; Tu me fais violence ! &#187; &#8211; Jack Halberstam</title>
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		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
		<dc:subject>Militantisme</dc:subject>
		<dc:subject>Jack Halberstam</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La rh&#233;torique n&#233;olib&#233;rale de la blessure, du danger et du traumatisme&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jack-Halberstam-+" rel="tag"&gt;Jack Halberstam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton165.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jack Halberstam est un universitaire am&#233;ricain central dans le champ des &lt;i&gt;queer studies&lt;/i&gt;. Avec Lee Edelman et Leo Bersani, Jack Halberstam assume et affirme la n&#233;gativit&#233; inh&#233;rente au queer. Sa mani&#232;re de se r&#233;approprier la notion d'&#233;chec (l'&#233;chec de ce que doit &#234;tre un vrai homme, une vraie femme, une bonne situation&#8230;) est une voie politique qu'il construit avec les minorit&#233;s et les d&#233;viants pour s'opposer au n&#233;o-lib&#233;ralisme et au r&#233;gime politique h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve chez lui l'id&#233;e que lutter consiste &#224; ouvrir des espaces, et non &#224; les refermer. Analysant notre &#233;poque, son militantisme queer et les pratiques de &#171; &lt;i&gt; safe space&lt;/i&gt; &#187;, il d&#233;montre avec des exemples issus de la culture populaire, de l'Art et du langage les impasses des politiques identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sam Bourcier, dans une vid&#233;o de &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4vK4QJgPZIY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Regards.fr&lt;/a&gt; aborde cette probl&#233;matique. &#171; On est au bout de la politique des identit&#233;s en mati&#232;re d'affirmation puisque finalement ce n'est que le droit qui d&#233;finit ce que c'est que les gais et les lesbiennes : plainte contre les discriminations, demande de protection aupr&#232;s des services de l'&#201;tat et de la police. C'est une impasse dans la mani&#232;re de traiter des politiques de la violence : les nouvelles subjectivit&#233;s notamment num&#233;riques [&lt;i&gt;se constituent en partie par la mise en accusation de discours et de pratiques&#8230; phobes&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'un collectif ne se transforme pas en milieu, pour que lutter ou s'organiser ne glisse pas vers un mode de vie ou une croyance, une critique des formes d'organisations politiques doit accompagner toute analyse. Et comme on peut le lire dans l'extrait de l'id&#233;al historique dans ce m&#234;me num&#233;ro, les pi&#232;ges et m&#233;canismes du militantisme se r&#233;p&#232;tent inexorablement de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. C'est ici que l'on mesure la valeur d'un tel texte qui nous pousse en avant plut&#244;t que de se complaire dans les rets de normes, aussi marginales soient-elles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous remercions Cl&#233;mence Garrot &amp; Suzanne Renard, traductrices du texte, et Jack Halberstam pour leur autorisation de publication.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique de la blessure et du traumatisme pour parler de toute violence dans les milieux &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; produit non seulement un devenir victimaire g&#233;n&#233;ralis&#233; mais une atomisation des communaut&#233;s et des luttes. L'appel &#224; la constitution d'espaces prot&#233;g&#233;s et rassurants fonctionne de concert avec une gentrification qui masque toutes les probl&#233;matiques de classe et de race locales et globales. On peut en rire ou chercher &#224; comprendre comment la vigilance linguistique, d'un enjeu l&#233;gitime et essentiel, finit par se retourner en police des consciences. Un appel &#224; reconsid&#233;rer la situation intellectuelle et politique de la violence faite aux corps des autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;le titre original de cet article est You are triggering me ! publi&#233; sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, en revoyant &lt;i&gt;La Vie de Brian&lt;/i&gt;, cette parodie d&#233;capante de la vie de J&#233;sus r&#233;alis&#233;e par les Monty Python en 1979, je me suis aper&#231;u que la plupart des sketchs du film seraient per&#231;us comme blessants aujourd'hui. Je crois m&#234;me, vu la satire religieuse qu'il propose et certaines de ses sc&#232;nes, comme celle de J&#233;sus et des voleurs chantant en ch&#339;ur sur leur croix, qu'il ne sortirait plus en salles. &lt;i&gt;La Vie de Brian&lt;/i&gt; a bien s&#251;r suscit&#233; des d&#233;bats &#224; sa sortie, et dans diff&#233;rents pays les censeurs tent&#232;rent de restreindre sa diffusion, mais les Monty Python utilis&#232;rent leur savoureux sens de l'humour pour retourner cela &#224; leur avantage : l'interdiction du film en Norv&#232;ge leur donna l'id&#233;e du slogan &#171; Tellement dr&#244;le qu'il a &#233;t&#233; interdit en Norv&#232;ge ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ressorts classiques de l'humour sont l'inattendu (&#171; Personne n'attend l'Inquisition espagnole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; &#171; The Spanish Inquisition &#187;, un sketch de la s&#233;rie des Monty (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187;), le comique de r&#233;p&#233;tition (&#171; vous pouvez avoir des &#339;ufs, du bacon et du p&#226;t&#233;, ou du p&#226;t&#233;, des &#339;ufs, du p&#226;t&#233; et de la saucisse, ou encore du p&#226;t&#233;, du p&#226;t&#233;, du p&#226;t&#233; et du p&#226;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; &#171; Spam &#187;, un sketch de la s&#233;rie des Monty Python Flying Circus.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187;), la b&#234;tise, les ruptures dans le r&#233;cit, la caricature et une combinaison anarchique de s&#233;rieux et de satire. C'est quelque chose dont on accuse les f&#233;ministes en particulier, et les personnes qui tiennent des positions politiques radicales en g&#233;n&#233;ral, de manquer cruellement. Des controverses ont &#233;clat&#233; il y a peu au sein des communaut&#233;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, qui portaient sur des questions de vocabulaire, d'argot, de repr&#233;sentations satiriques ou ironiques et de sentiments d'avoir &#233;t&#233; injuri&#233;-e ou agress&#233;-e ; des controverses qui ont donn&#233; lieu &#224; des d&#233;bats pas tr&#232;s dr&#244;les et ont suscit&#233; des vell&#233;it&#233;s d'interdictions, de censure et de changements de nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des personnes qui poursuivent un m&#234;me id&#233;al ne soient pas d'accord sur tout, cela n'a absolument rien de nouveau. Je me rappelle mes premiers pas de lesbienne dans les ann&#233;es 1970 et 1980, dans un monde fa&#231;onn&#233; par le f&#233;minisme culturel et le s&#233;paratisme lesbien. Il se d&#233;roulait alors rarement un &#233;v&#233;nement sans que quelqu'un-e ne se sente agress&#233;e-e, bless&#233;-e ou traumatis&#233;-e par une question maladroite, un mot mal choisi ou m&#234;me la simple trace d'un parfum dans la pi&#232;ce. Nombreuses &#233;taient les personnes qui, parce qu'elles &#233;taient fatigu&#233;es pour diff&#233;rentes raisons, hyper-allergiques ou parce qu'elles avaient mal dig&#233;r&#233; certains traumatismes, &#233;taient pr&#234;tes &#224; organiser des rassemblements afin de d&#233;clarer haut et fort que ce que quelqu'un-e avait dit, fum&#233; ou vaporis&#233; pr&#232;s d'elles avait rendu l'air irrespirable et que cela leur avait fait violence. Les autres s'adapt&#232;rent, limit&#232;rent leur utilisation de d&#233;odorant, essay&#232;rent de bannir de leur vocabulaire les expressions patriarcales, r&#233;fl&#233;chirent avant de parler, se r&#233;confort&#232;rent les un-e-s les autres, pleur&#232;rent, r&#233;par&#232;rent les pots cass&#233;s, et finalement se d&#233;sint&#233;gr&#232;rent en un fouillis chaotique et pas tr&#232;s sexy d'individus larmoyants, hypo-allergiques, psychosomatiques, rabat-joie, anti-sexe, anti-porno, pro-drama, hyper-r&#233;flexifs et post-politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment politique en chasse un autre et lorsque les ann&#233;es 1980 laiss&#232;rent place aux ann&#233;es 1990, que le f&#233;minisme des bourgeoises blanches &#233;plor&#233;es laissa le champ libre au d&#233;ploiement d'un f&#233;minisme multi-racial, post-structuraliste et intersectionnel dont l'histoire remontait &#224; bien plus loin, les gens commenc&#232;rent &#224; rire, &#224; se d&#233;tendre, &#224; voir au-del&#224; de leur petite personne, &#224; &#233;changer entre eux ; ils prirent conscience que l'ennemi n'&#233;tait pas parmi nous et avait tout &#224; voir avec les nouvelles formes pr&#233;datrices du syst&#232;me &#233;conomique. Cela va sans dire, pour les f&#233;minismes des femmes de couleur, les enjeux ont toujours &#233;t&#233; plus importants et les politiques identitaires ont toujours jou&#233; diff&#233;remment. Dans les ann&#233;es 1990, la parution de livres sur le n&#233;olib&#233;ralisme, la performativit&#233; du genre et le capital racial a donc d&#233;tourn&#233; l'attention de la blessure individuelle et nous a permis de d&#233;masquer nos ennemis. En d&#233;non&#231;ant la mani&#232;re dont les formes n&#233;olib&#233;rales du capitalisme dissimulent l'exploitation &#233;conomique sous un discours de libert&#233; et d'autonomie, il nous semblait que l'on pouvait d&#233;laisser le sujet bless&#233; pour reformuler notre discours en termes de multitudes, de collectifs, de collaborations et de projets moins centr&#233;s sur les individus et leurs malheurs. En racontant les choses de cette mani&#232;re, j'ai bien conscience que je suis en train d'aplanir les variations historiques et culturelles au sein des histoires elles-m&#234;mes multiples du f&#233;minisme, de l'identit&#233; &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et des mouvements sociaux. Mais ce raccourci est fait &#224; propos, puisque je souhaite proposer ici une analyse de la r&#233;&#233;mergence d'une rh&#233;torique fond&#233;e sur la blessure et le traumatisme qui remod&#232;le toutes les diff&#233;rences sociales en termes d'offenses subies et qui divise les individus d'une m&#234;me alliance politique selon une &#233;chelle de stigmates.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 1990, le f&#233;minisme des bourgeoises blanches &#233;plor&#233;es laissa le champ libre au d&#233;ploiement d'un f&#233;minisme multi-racial, post-structuraliste et intersectionnel.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le moment est bien choisi pour parler du sketch des &#171; quatre hommes du Yorkshire &#187; des Monty Python, dans lequel quatre vieux amis &#233;voquent leurs enfances d&#233;sargent&#233;es. Le premier dit &#171; Nous vivions dans une petite maison en ruines &#187;, ce &#224; quoi le deuxi&#232;me r&#233;agit avec un &#171; Une maison ?! Vous aviez de la chance d'habiter une maison. Nous, on vivait dans une seule pi&#232;ce... &#187; Le troisi&#232;me rench&#233;rit : &#171; Une pi&#232;ce ? Vous aviez de la chance d'avoir une pi&#232;ce, nous, on vivait dans un couloir ! &#187; Le quatri&#232;me boucle alors la boucle : &#171; Un couloir ! Nous r&#234;vions d'habiter dans un couloir ! &#187; Comparer de la sorte ce que l'on a subi, mais sans l'humour de ce dialogue, voil&#224; un &#233;l&#233;ment caract&#233;ristique de la g&#233;n&#233;ration &#171; tu me fais violence &#187; [&lt;i&gt;trigger generation&lt;/i&gt;]. En effet, rares sont les conf&#233;rences, festivals ou autres rassemblements auxquels je participe qui ne deviennent pas le th&#233;&#226;tre de protestations v&#233;h&#233;mentes contre un mode de repr&#233;sentation qui aurait fait violence &#224; quelqu'un-e, quelque part. Tout le monde se met alors &#224; montrer du doigt quelqu'un-e d'autre et dans ce qui devient vite un concours de divas, on perd toute perspective et on finit par d&#233;pecer les coalitions pour lesquelles on s'&#233;tait ardemment battu-e-s, au lieu d'en construire de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie du discours politique r&#233;cent sur les offenses et les blessures s'est concentr&#233;e sur le langage, l'argot et les d&#233;nominations. Ainsi, une controverse a &#233;clat&#233; il y a quelques mois &#224; propos du nom d'un club qui a pignon sur rue &#224; San Francisco, le &#171; Trannyshack &#187;, et on en est venu &#224; d&#233;battre de la possibilit&#233; m&#234;me d'utiliser le mot de &#171; &lt;i&gt;tranny&lt;/i&gt; &#187; [travelot]. Certaines personnes ont perdu tout sens de la mesure dans ces d&#233;bats, au point que le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;performer queer&lt;/i&gt; Justin Vivian Bond a publi&#233; une lettre ouverte sur sa page Facebook, &#233;crivant &#224; ses lecteur-ice-s et fans combien &#171; ces conneries sans int&#233;r&#234;t [le mettaient] en col&#232;re &#187;. Bond y rappelle que de nombreuses personnes sont &#171; ravies d'&#234;tre des travelots &#187;, et bien moins d'&#234;tre r&#233;duites au silence et &#224; la honte par la &#171; police du langage &#187;. Bond et d'autres ont aussi rappel&#233; la tradition &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de se r&#233;approprier les expressions insultantes et de les transformer en expressions valorisantes et affectueuses. Lorsque dans notre recherche de respectabilit&#233; et d'assimilation nous en venons &#224; proscrire des termes comme celui de &#171; &lt;i&gt;tranny&lt;/i&gt; &#187;, nous abondons en fait pr&#233;cis&#233;ment dans le sens des syst&#232;mes de pens&#233;e sur lesquels se fondent l'homophobie et la transphobie ! Dans &lt;i&gt;La Vie de Brian&lt;/i&gt;, Brian refuse de contribuer au mouvement anti-S&#233;mites, ce qui conduit sa m&#232;re &#224; lui dire que lui aussi est un Romain. Dans un courageux discours de &#171; &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; &#187;, il proteste : &#171; Je ne suis pas un Romain, maman, je suis un feuj, un youpin, un youtre, un nez-crochu, je suis casher maman, je suis un marcheur de la Mer Rouge, et fier de l'&#234;tre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est bien loin aujourd'hui. La controverse autour du terme &#171; &lt;i&gt;tranny&lt;/i&gt; &#187; n'est pas un cas isol&#233; ; de tels accrochages sont devenus des passages oblig&#233;s dans un certain nombre de conf&#233;rences et de r&#233;unions. Il devient en effet difficile de parler, de se produire en public, de pr&#233;senter son travail sans que quelqu'un-e, quelque part, ne d&#233;clare &#234;tre bless&#233;-e ou traumatis&#233;-e de nouveau. Toute manifestation culturelle, peinture, pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, discours, utilisation anodine d'une formulation argotique, mani&#232;re de d&#233;crire quelque chose ou caricature s'expose &#224; ce risque &#8212; et le fait que l'&#233;l&#233;ment blessant fasse partie d'un travail esth&#233;tique plus large et complexe n'y change rien. Lors d'une conf&#233;rence, la repr&#233;sentation d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qui mettait en sc&#232;ne la mutilation du corps f&#233;minin au xviie si&#232;cle fut qualifi&#233;e de transphobe ; les dommages inflig&#233;s aux personnes trans qui y avaient assist&#233; furent l'objet de multiples r&#233;unions publiques. Au cours de la m&#234;me conf&#233;rence, une performance qui pr&#233;sentait un personnage de &#171; diseuse de bonne aventure &#187; fut d&#233;nonc&#233;e comme participant des clich&#233;s orientalistes. &#192; un autre &#233;v&#233;nement auquel j'assistai et qui portait sur les masculinit&#233;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, les organisateur-rice-s se virent accuser de marginaliser les f&#233;minit&#233;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Et dans un cours que j'ai donn&#233; il y a peu, une jeune personne s'est inqui&#233;t&#233;e d'avoir pu faire violence &#224; un-e &#233;tudiant-e trans en se trompant de pronom pour parler d'un-e troisi&#232;me &#233;tudiant-e &#8212; qui lui/elle ne semblait pas s'en soucier. Un-e autre &#233;tudiant-e m'a r&#233;cemment dit que la projection du film &lt;i&gt;La Bataille d'Alger&lt;/i&gt; dans un cours sur le colonialisme lui avait fait violence. Dans nombre de ces situations les groupes offens&#233;s r&#233;clament des excuses, et obtiennent la promesse que les parties blessantes de telle ou telle &#339;uvre seront supprim&#233;es &#224; l'avenir ; ainsi, dans le cas de &#171; Trannyshack &#187;, le nom du club a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;L'&#233;mergence de r&#233;actions r&#233;ductrices face &#224; des &#339;uvres esth&#233;tiques et acad&#233;miques va de pair avec une simplification outranci&#232;re des d&#233;finitions du traumatisme.&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de telles r&#233;actions r&#233;ductrices face &#224; des &#339;uvres esth&#233;tiques et acad&#233;miques va de pair avec une simplification outranci&#232;re des d&#233;finitions du traumatisme. Nous disposons de toute une s&#233;rie d'&#233;tudes nuanc&#233;es sur le traumatisme, h&#233;rit&#233;e de d&#233;cennies de travaux sur la m&#233;moire, la violence politique et la maltraitance. Ces travaux nous offrent des analyses multiples de la mani&#232;re dont un souvenir charg&#233; en &#233;motions li&#233; &#224; une douleur, de la maltraitance, des actes de torture ou un emprisonnement peut &#234;tre raviv&#233; par des situations ou des associations d'id&#233;es ; le corps va alors &#234;tre submerg&#233; par des souvenirs enterr&#233;s depuis longtemps, et ce avec des r&#233;sultats impr&#233;visibles. Or tout ce travail, men&#233; entre autres par Shoshana Felman, Macarena Gomez-Barris, Saidiya Hartman, Cathy Caruth, Ann Cvetkovich et Marianne Hirsch, a &#233;t&#233; rejet&#233; au loin par cette nouvelle vague de personnes pour qui il y a toujours quelque chose qui va mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui disent se sentir violent&#233;es mobilisent une conception litt&#233;rale et simpliste de la douleur &#233;motionnelle et pr&#233;sentent les &#233;v&#233;nements traumatiques comme une souffrance mal enterr&#233;e qui peut facilement refaire surface d&#232;s lors que l'on est confront&#233;-e &#224; une repr&#233;sentation ou une association d'id&#233;e qui fait penser &#224; l'exp&#233;rience douloureuse originelle, voire juste &#224; son th&#232;me. Dans le pass&#233;, on se tournait vers les &#233;crits mystiques de Freud pour penser la m&#233;moire, celle-ci se pr&#233;sentant comme un palimpseste sur lequel des couches successives d'&#233;critures ont recouvert l'original. Nous la voyons maintenant comme un fil &#233;lectrique qui attend sagement dans la psych&#233; qu'une &#233;tincelle le parcoure. L&#224; o&#249; auparavant nous d&#233;crivions le rappel traumatique comme un ensemble de sympt&#244;mes &#233;nigmatiques que manifestait le corps, on r&#233;duit d&#233;sormais la r&#233;surgence d'un souvenir en employant le terme fourre-tout de &#171; &lt;i&gt;trigger&lt;/i&gt; &#187;, comme si la douleur &#233;motionnelle &#233;tait une sorte de muscle endolori : une chose qui fait mal d&#232;s qu'on la d&#233;ploie, une blessure dont il faut prendre soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quinze ou vingt ans, des livres comme &lt;i&gt;States of Injury&lt;/i&gt; (1995) de Wendy Brown ou &lt;i&gt;The Melancoly of Race : Psychoanalysis, Assimilation and Hidden Grief&lt;/i&gt; (2001) d'Anna Cheng invitaient les lecteurs et lectrices &#224; une r&#233;flexion sur la mani&#232;re dont l'expression de dol&#233;ances se transformait en celle de douleurs, dont la politique en venait &#224; requ&#233;rir l'invocation d'une blessure et dont la rh&#233;torique n&#233;olib&#233;rale de la douleur individuelle masquait la violence des fondements de l'in&#233;galit&#233; sociale. Il semblerait que les nouvelles g&#233;n&#233;rations de personnes&lt;i&gt; queer &lt;/i&gt; n'aient retenu qu'une partie du propos ; au lieu de voir que c'est pr&#233;cis&#233;ment en psychologisant la diff&#233;rence politique, en individualisant les exclusions structurelles et en vidant de sa substance le changement politique que le n&#233;olib&#233;ralisme op&#232;re, certain-e-s activistes d'aujourd'hui semblent avoir mis en &#233;quation militantisme et description de blessures individuelles et de douleurs psychiques. Soyons clair : dire que l'on se sent bless&#233;-e parce qu'une autre personne &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; emploie un terme qui a fait l'objet d'un retournement, comme &#171; travelot &#187;, et organiser une action contre l'utilisation de ce mot, &#231;a n'est &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt; du militantisme. C'est de la censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; post-&lt;i&gt;affirmative action&lt;/i&gt; [discrimination positive] qui rel&#232;gue l'histoire pourtant r&#233;cente de violences politiques telles que l'esclavage et le lynchage &#224; un pass&#233; distant et d&#233;connect&#233; du pr&#233;sent, toutes les difficult&#233;s travers&#233;es sont mises sur le m&#234;me plan. Certain-e-s &#233;tudiant-e-s, habitu&#233;-e-s &#224; ressasser des r&#233;cits d'&#233;v&#233;nements douloureux de leur enfance (la mort de leur animal ou de leur perroquet de compagnie, une blessure au sport) dans leurs dossiers de candidature pour entrer &#224; l'Universit&#233; ou dans d'autres mises en sc&#232;ne similaires, en sont venu-e-s &#224; se consid&#233;rer comme autant de petits soi nus, tremblants et fr&#233;missants : trop vuln&#233;rables pour accepter qu'on les charrie, trop endommag&#233;s pour pouvoir faire des blagues. Dans les communaut&#233;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, certaines personnes pr&#244;nent d&#233;sormais une conscientisation version &#171; &lt;i&gt;It gets better&lt;/i&gt; &#187; [&#231;a va aller] qui fait des jeunes gays et lesbiennes des personnes suicidaires, d&#233;pressives et tyrannis&#233;es qui luttent, tels des manchots empereurs, pour traverser le paysage polaire d&#233;sol&#233; qu'est l'hiver de l'enfance. Avec l'aide d'adultes amicaux, de la th&#233;rapie, des groupes de jeunes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et des campagnes nationales, ces m&#234;mes jeunes int&#233;riorisent un r&#233;cit de violences qu'ils/elles peuvent avoir e-lles-ux-m&#234;mes exp&#233;riment&#233;es ou pas. Les groupes de jeunes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en particulier mettent en place un univers fond&#233; sur le traumatisme et incitent les jeunes LGBT &#224; se percevoir comme &#171; menac&#233;s &#187; ou &#171; pr&#233;caires &#187;, qu'ils/elles se ressentent vraiment ainsi ou pas, et que leur &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; en tant que lesbienne, gay, bi ou trans ait eu des cons&#233;quences violentes ou pas ! Lorsqu'elles deviendront &#171; trop vieilles &#187; pour rester dans ces groupes de jeunes, ces personnes LGBT en partiront avec comme bagage une hypersensibilit&#233; aux signes et aux indices de cette violence dont elles ont tant parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La revendication d'espaces safe a fonctionn&#233; de concert avec les politiques urbaines d'accroissement de la surveillance des quartiers pauvres et de gentrification des autres.&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il lorsque les jeunes, qui h&#233;ritent des combats de plusieurs g&#233;n&#233;rations de militant-e-s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, e-lles-ux-m&#234;mes devenu-e-s quadrag&#233;naires ou quinquag&#233;naires (et qui, eux, dans leur enfance, ne pouvaient pas faire appel &#224; des campagnes contre le harc&#232;lement ou &#224; des services sociaux, ni b&#233;n&#233;ficier de multiples repr&#233;sentations d'autres personnes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; construisant leur vie), se sentent violent&#233;-e-s, traumatis&#233;-e-s, abandonn&#233;-e-s, non reconnu-e-s, battu-e-s, frapp&#233;-e-s et bless&#233;-e-s ? Ces jeunes, avec leurs alli&#233;-e-s h&#233;t&#233;ros, leurs parents qui les soutiennent et leur nouveau droit au mariage appellent r&#233;guli&#232;rement &#224; la constitution d'&#171; &lt;i&gt;espaces safe&lt;/i&gt; &#187;. Or, comme le d&#233;montre le livre de Christina Hanhardt &lt;i&gt;Safe Space : Neighborhood History and the Politics of Violence&lt;/i&gt; qui a re&#231;u le prix Lambda Literary, le programme politique que repr&#233;sente la revendication d'espaces safe a fonctionn&#233; de concert avec les politiques urbaines d'accroissement de la surveillance des quartiers pauvres et de gentrification des autres. &lt;i&gt;Safe Space&lt;/i&gt; retrace le d&#233;veloppement des politiques LGBT aux &#201;tats-Unis de 1695 &#224; 2005 et explique la mani&#232;re dont l'activisme LGBT, d'un mouvement de coalition populaire et multi-racial qui avait construit des liens solides avec les groupes de lutte contre la pauvret&#233; et les organisations antiracistes, est devenu un mouvement mainstream anti-violence qui aspire &#224; une reconnaissance institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les communaut&#233;s LGBT font de la &#171; s&#233;curit&#233; &#187; leur priorit&#233; absolue (et ce en pleine &#232;re militariste et s&#233;curitaire) en se fondant sur une surench&#232;re de r&#233;cits de traumatisme, elles laissent compl&#232;tement tomber la lutte contre les formes toujours plus agressives d'exploitation, contre le capitalisme mondialis&#233; et contre les syst&#232;mes politiques corrompus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce cela, la fin du monde ? Quand des groupes de personnes qui partagent une cause, des r&#234;ves utopiques et un m&#234;me but se condamnent entre elles au lieu d'an&#233;antir les banques et les banquiers, les politiciens et les parlements, les pr&#233;sidents d'universit&#233; et les PDG ? Au lieu de prendre conscience que, comme Moten et Hearny le formulent dans &lt;i&gt;The Undercommons&lt;/i&gt;, &#171; nous nous devons tout les un-e-s aux autres &#187;, nous d&#233;cidons de mesures disciplinaires, nous nous &#233;vin&#231;ons les un-e-s les autres de projets qui devraient nous unir, et nous r&#233;unissons en petits r&#233;seaux &#233;rotiques p&#233;tris d'autosatisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est temps de prendre nos responsabilit&#233;s et de cesser les g&#233;n&#233;ralit&#233;s abusives : tou-te-s les jeunes LGBT ne sont pas suicidaires, toutes les personnes LGBT ne subissent pas des formes de violence et de harc&#232;lement, et de fait la classe et la race restent des facteurs bien plus cruciaux lorsqu'il s'agit de rendre compte de la vuln&#233;rabilit&#233; &#224; la violence, &#224; la brutalit&#233; polici&#232;re, au harc&#232;lement, de l'acc&#232;s r&#233;duit &#224; l'&#233;ducation et des difficult&#233;s rencontr&#233;es dans le monde du travail. Cessons ce moralisme de diva, questionnons les d&#233;sirs contemporains de messages pr&#233;m&#226;ch&#233;s sur le progr&#232;s, le d&#233;veloppement et les horizons des possibles ; regardons bien en face les privil&#232;ges qui permettent l'indignation et l'&#233;talage public de la douleur ; admettons qu'&#234;tre &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; ne signifie plus syst&#233;matiquement &#234;tre brutalis&#233;-e et plaidons pour des r&#233;cits plus situ&#233;s de la marginalisation, du traumatisme et de la violence. Ne faisons pas la f&#234;te ailleurs quand Rome (ou Paris) br&#251;le, ne nous laissons pas happer par cette rh&#233;torique de la blessure individuelle quand les eaux montent, ne pleurons pas quand les b&#234;tises s'accumulent ; regardons ces guerres internes comme la distraction qu'elles sont devenues. Il fut un temps o&#249; l'appellation &#171; &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#187; d&#233;signait une opposition aux politiques identitaires, une volont&#233; d'alliance, une vision de mondes alternatifs. C'est d&#233;sormais le cache-sexe d'une f&#233;d&#233;ration d'inqui&#233;tudes identitaires. Il est temps de bouger, de confondre l'ennemi, de devenir illisibles, invisibles, anonymes (voir l'article de Preciado sur l'anonymat et les Zapatistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Jos&#233; Mu&#241;oz dirait &#171; Nous n'avons jamais &#233;t&#233; queer. &#187; Un grand chevalier des Monty Python dirait &#171; Nous ne sommes plus les chevaliers qui disent &#8220;Ni, nous sommes les chevaliers qui disent Ekke Ekke Ekke Ekke Ptangya Ziiinnggggggg Ni&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;le titre original de cet article est &lt;i&gt;You are triggering me !&lt;/i&gt; publi&#233; sur le blog &lt;i&gt;Bully Bloggers&lt;/i&gt;. Le verbe trigger renvoie litt&#233;ralement &#224; &#171; d&#233;clencher &#187;, &#171; appuyer sur la g&#226;chette &#187;. Il s'agit de d&#233;clencher chez quelqu'un une r&#233;action forte, de r&#233;veiller un traumatisme ou une sensibilit&#233; particuli&#232;re. D'o&#249; les &lt;i&gt;Trigger warning&lt;/i&gt; qui peuvent accompagner une vid&#233;o ou un article qui montre des sc&#232;nes violentes. Il n'y a pas de traduction fran&#231;aise satisfaisante. Nous avons g&#233;n&#233;ralement traduit par &#171; faire violence &#187; ou &#171; violenter &#187;, qui semble &#234;tre l'&#233;quivalent en termes d'usage communautaire et politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; &#171; The Spanish Inquisition &#187;, un sketch de la s&#233;rie des Monty Python &lt;i&gt;Flying Circus&lt;/i&gt; (disponible avec un sous-titrage fran&#231;ais sur YouTube)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; &#171; Spam &#187;, un sketch de la s&#233;rie des Monty Python &lt;i&gt;Flying Circus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://bullybloggers.wordpress.com/2014/06/11/transfeminist-marcos-by-beatriz-marcos-preciado&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bullybloggers.wordpress.com/2014/06/11/transfeminist-marcos-by-beatriz-marcos-preciado&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le supp&#244;t &#8211; par Fran&#231;ois Fourquet</title>
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		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>[Avant-Hier]</dc:subject>
		<dc:subject>Militantisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Impossible d'&#233;viter les impasses &#224; moins de se d&#233;barrasser des formations de d&#233;sir que le militantisme a d&#233;pos&#233;es en nous comme un lourd h&#233;ritage. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-DIX-SEPT-" rel="directory"&gt;DIX-SEPT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-48-+" rel="tag"&gt;[Avant-Hier]&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Militantisme-+" rel="tag"&gt;Militantisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Desir-+" rel="tag"&gt;D&#233;sir&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton166.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'extrait qui suit est tir&#233; du num&#233;ro 14 de la revue Recherches de janvier 1974 intitul&#233; : L'id&#233;al historique. Critique de l'id&#233;ologie marxiste de son &#233;poque, l'ouvrage pointe l'angle mort du militantisme, &#171; l'activit&#233; pulsionnelle de la libido &#187; et &#171; l'appareil de pouvoir &#187;. Fr&#232;re de la Volont&#233; de savoir de Michel Foucault, ce texte offre une porte de sortie &#224; l'impasse militante qui refuse d'affronter le paradoxe des subjectivit&#233;s. Ce n'est qu'en resituant la question du d&#233;sir au sein des formes d'organisations politiques qu'une nouvelle analyse du pouvoir pourra surgir. Il ne s'agira plus de forces r&#233;actives, ressentimentales et parano&#239;aques bas&#233;s sur la fiction de l'individu ou du groupe, mais de lib&#233;rer des puissances h&#233;t&#233;rog&#232;nes capables de se lier et de se d&#233;lier au gr&#233; des situations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La condition d'existence d'un groupe quelconque est l'int&#233;gration de l'individu comme &#233;l&#233;ment d'une totalit&#233; : en ce sens, tout groupe exerce une pression morale sur ses membres en les liant par le &#171; serment &#187; sartrien ou tout autre engagement qui contiennent la violence des pulsions dont l'individu est le supp&#244;t. Mais si un groupe a l'ambition d'&#234;tre la plaque sensible et l'espace de d&#233;ploiement des forces r&#233;prim&#233;es dans le champ social, il se heurte &#224; une contradiction insurmontable. S'il s'agit de d&#233;clencher les &#233;nergies du groupe, il faut affirmer toutes les puissances du d&#233;sir, avec ce qu'elles ont de profond&#233;ment immoral et anti-militant : jeu excitant des rapports de force, &#171; passion de dominer &#187;, s&#233;duction sexuelle et drague infatigable, go&#251;t des masques et de la dissimulation. Mais il est clair que rien, dans cette effervescence sauvage, ne contribue &#224; l'harmonie du groupe, et le serment constitutif se disloque sous l'effet des forces centrifuges du d&#233;sir ; il est impensable que l'affirmation des valeurs les plus singuli&#232;res et les plus inint&#233;grables concoure miraculeusement &#224; maintenir la coh&#233;rence du groupe. Qu'est-ce qui emp&#234;chera la d&#233;sint&#233;gration ? Il est clair que la r&#233;ponse est : rien ! Absolument rien ! Le groupe est destin&#233; &#224; &#233;clater, &#224; moins de s'imposer une r&#232;gle morale susceptible d'endiguer les d&#233;bordements de libido et les forces explosives qui le parcourent en tous sens ; et s'il y r&#233;ussit, ce ne peut &#234;tre qu'au prix d'une r&#233;gularisation qui le fige bient&#244;t dans l'inertie d'un fonctionnement plus ou moins bien tol&#233;r&#233; par l'appareil r&#233;pressif. Cette morale est impos&#233;e au groupe par un sous-groupe qui, ayant conquis le pouvoir, tente de le conserver par l'&#233;puration et l'&#233;limination, comme l'a montr&#233; toute l'exp&#233;rience historique des groupes r&#233;volutionnaires. L'id&#233;e d'une harmonie &#233;rotique du groupe est une mystification, la derni&#232;re en date dans laquelle nous soyons tomb&#233;s. Le groupe est comme le Moi : derri&#232;re l'apparente unit&#233; du serment, il est tendu &#224; l'extr&#234;me par la violence des pulsions qui s'emparent de lui, et sa calme coh&#233;rence se brise le long des lignes des forces sociales qui le traversent et le divisent. Derri&#232;re la hi&#233;rarchie individu/groupe/soci&#233;t&#233; et leurs diverses modalit&#233;s sociologiques, se meuvent &#224; l'infini les constellations fluides et instables de forces actives et d'inertes puissances, s'organisant et se d&#233;sorganisant au gr&#233; des crises, des d&#233;sirs et des compromis toujours provisoires &#8212; vision volcanique et mouvante du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Moi, le Sujet individuel et personnel, le sujet de la moralit&#233; et de la connaissance, ne pr&#233;existe pas &#224; l'oppression : il se forme dans cette oppression m&#234;me. Avant l'oppression et la Loi qu'elle impose, il n'y a pas de Moi, il n'y a qu'un champ de forces disparates et nomades. Un groupe de forces domine l'ensemble des autres et s'&#233;rige en puissance sociale de domination : cela ne suffit pas encore &#224; d&#233;terminer le Moi. Les forces domin&#233;es peuvent ruser, calculer ; dans cette oppression &#171; objective &#187;, elles ne pr&#234;tent aucun sentiment particulier aux forces dominantes. Pour qu'il y ait Moi, il faut que les forces domin&#233;es se retournent contre elles-m&#234;mes, que la r&#233;pression externe devienne autor&#233;pression. Une mutation radicale s'op&#232;re : l'oppresseur devient pers&#233;cuteur ; la libido produit un Moi, &#171; son &#187; Moi, attribuant en m&#234;me temps &#224; l'oppresseur un Moi libre de l'opprimer ou pas, d'&#234;tre ou pas une libre puissance. Nietzsche a d&#233;couvert le secret du sujet : cette &#233;trange facult&#233; que le ressentiment et la mauvaise conscience attribuent &#224; la puissance dominante. Il faut qu'il y ait quelque part une instance &#171; responsable &#187; de cette oppression, quelqu'un qui me veut du mal, un &#339;il qui me poursuit partout et ne me l&#226;che pas, et pour cause, puisqu'il est en Moi et me suivra dans la tombe. Il faut un sujet central pers&#233;cuteur pour mieux masquer que la seule force responsable de cette agression constante, de cette torture minutieuse et de tous les instants, c'est (ma) propre libido, (ma) propre volont&#233; de puissance retourn&#233;e contre elle-m&#234;me ; et cet &#171; elle-m&#234;me &#187; devient Moi. Moi n'existe pas avant ce retournement, il est ce que la libido investit n&#233;gativement. Moi est le r&#233;pondant de cet autre Moi qui l&#224;-bas me poursuit. Moi est cet int&#233;rieur qu'assi&#232;ge cet autre Moi dehors, &#224; l'ext&#233;rieur. Moi est, par nature, parano&#239;aque. Pas &#233;tonnant que je devine, derri&#232;re cette haine effroyable que me porte cet Autre, quelque amour secret et bien dissimul&#233; ! Cet oppresseur me hait, mais ne m'aime-t-il pas sans le savoir ? Cependant l'oppresseur r&#233;el ne hait point. Au-del&#224; du bien et du mal, il est tout aussi bien au-del&#224; de l'amour et de la haine. Il s'en fout. Vision insupportable : voir, d'une &#233;clatante et sombre v&#233;rit&#233;, que nous sommes asservis sans raison, sans justice, sans recours, sans appel. Sans consolation, sans amour. Sans finalit&#233; historique, sans m&#234;me un int&#233;r&#234;t ou une crainte quelconque chez l'oppresseur. Il s'en fout. Il est indiff&#233;rent. Le parano&#239;aque, lui, voit dans l'oppresseur un sujet susceptible d'amour et de haine : il faut que l'autre le ha&#239;sse pour pouvoir, en lui, laisser sans retenue couler sa haine r&#233;active !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Madame a toujours raison &#187;</title>
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		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>BDSM</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; D&#233;couvrir qu'on peut vouloir baiser en dehors d'une transaction sexuelle d&#233;guis&#233;e en relation amoureuse &#233;quilibr&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recit-+" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton167.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les fragments &#224; suivre sont issus du livre &#224; venir de Maylis Castet, dominatrice professionnelle et sexologue. Nous faisions sa connaissance en avril dernier, lorsqu'elle nous pr&#233;sentait son travail de recherche autour des diff&#233;rentes formes que prend la privation sexuelle consentie et &#233;rotis&#233;e dans l'article : &#034;&lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Hommes-mis-en-cage-ou-femmes-entravees&#034;&gt;Hommes mis en cage ou femmes entrav&#233;es ?&lt;/a&gt;&#034;. Le livre d&#233;crit, &#224; travers le r&#233;cit de son exp&#233;rience de Dominatrice professionnelle, le v&#233;cu d'une jeune femme h&#233;t&#233;rosexuelle qui tente de d&#233;m&#234;ler les fils de sa biographie sexuelle et amoureuse : d'un c&#244;t&#233; ce qui peut &#234;tre expliqu&#233; par son histoire de vie ; de l'autre, les tristes effets d'un patriarcat encore bien pr&#233;sent dans les rapports entre les femmes et les hommes, notamment dans la sph&#232;re sexuelle et affective. L'autrice y alterne de courtes vignettes crues et sans complaisance d&#233;peignant des s&#233;ances de domination ou des &#233;pisodes de vie, et des chapitres plus r&#233;flexifs, qui explorent de fa&#231;on tout aussi franche ce qui se joue dans le sexe et dans le couple aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ce t&#233;moignage r&#233;sonne le vieux slogan f&#233;ministe : &#034;le priv&#233; est politique&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;glement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis dominatrice professionnelle. Les hommes qui ach&#232;tent une heure de mon temps m'appellent Madame, et quoi qu'ils se racontent, ce sont des clients. Quand je les rencontre pour la premi&#232;re fois, et apr&#232;s les avoir d&#233;pouill&#233;s de leurs fringues et de leurs billets, je me juche sur mon bureau, et les somme de ramper nus dessous. Ils y trouvent le r&#232;glement int&#233;rieur des lieux, qu'ils doivent lire &#224; voix haute, nonobstant le b&#226;illon dont je les ai affubl&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Madame ne me doit rien. &#202;tre &#224; ses pieds est un privil&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
2/ La satisfaction de Madame passe avant celle de mon petit plaisir &#233;go&#239;ste.&lt;br class='autobr' /&gt;
3/ J'ob&#233;is aux consignes que me donne Madame sans y r&#233;fl&#233;chir. Je ne la contredis jamais, m&#234;me en pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ Madame a toujours raison. Elle sait ce qui est bon pour moi mieux que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
5/ L'attention de Madame ne m'est pas due. Je ne m&#233;rite pas mieux que ce qu'elle daigne m'accorder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Handicap&#233;s qui par son astigmatie, qui par sa rigidit&#233; cervicale, et chacun par le foulard qui leur barre la bouche et les fait baver de fa&#231;on tr&#232;s in&#233;l&#233;gante, ils sont path&#233;tiques. Alors j'enfonce mes talons dans la chair de leur dos. Histoire de donner le ton.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) O&#249; l'on se demande si la dominatrice est une prostitu&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ne dites plus &#8220;p&#233;ripat&#233;ticienne&#8221; : faites comme tout le monde, dites &#8220;&lt;i&gt;escort&lt;/i&gt;&#8221;. Par quel tour de passe-passe une soci&#233;t&#233; r&#233;ussit-elle &#224; renommer la vile prostitution en un terme propret, voire positivement connot&#233; ? &#192; ravaler la fa&#231;ade de l'activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e &#224; la fois la plus sale et la plus demand&#233;e ? La Congolaise sans papiers prisonni&#232;re des r&#233;seaux est la seule &#224; &#234;tre encore prostitu&#233;e. Toutes les autres font de l'&lt;i&gt;escorting&lt;/i&gt;, c'est classe, c'est l&#233;ger. &#199;a gomme la fronti&#232;re entre celles qui paradent au bras d'un vieux riche et qui sucent seulement si affinit&#233;, et les autres, qui re&#231;oivent dans leur lit, sans champagne, avec leurs enfants &#224; c&#244;t&#233;, et sont clairement l&#224; pour se faire baiser. Sont-ce les hommes que cette arnaque langagi&#232;re rassure le plus, parce qu'en bannissant le terme de leur vocabulaire ils esp&#232;rent tenir &#224; distance les IST et la culpabilit&#233; ? Ou les femmes concern&#233;es elles-m&#234;mes, parce qu'elles en ont marre d'&#234;tre l'opprobre de leur sexe et de la soci&#233;t&#233;, alors qu'elles rendent service &#224; la nation en faisant office de trou ou de psy &#224; la moiti&#233; de l'autre moiti&#233; de l'humanit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sinon, dites &#8220;travailleuse du sexe&#8221;, TDS si vous voulez avoir l'air int&#233;gr&#233;&#183;e. &#199;a ne dit rien de rien de la r&#233;alit&#233;, mais &#231;a laisse entendre qu'on s'est renseign&#233;&#183;e sur le sujet. Camgirl*, bar &#224; strip-tease, vendstaculotte.com, actrices, &lt;i&gt;girlfriend-experience&lt;/i&gt;*, domination, trottoir, passes en camionnette. Pour s'acheter des fringues ch&#232;res ou arrondir les fins de mois, plut&#244;t que de faire des m&#233;nages, parce qu'autant le faire pour de l'argent, pour ne pas crever la dalle, pour se venger des mecs, parce qu'on a piti&#233; d'eux, pour se sentir d&#233;sir&#233;e. Alors dire &#8220;travail du sexe&#8221;, c'est moins pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que les unes et les autres font n'a parfois rien de commun, et pourtant on les met toutes dans le m&#234;me grand sac de travail du sexe. On ne parle pas de travail de la sant&#233;, de travail de l'&#233;ducation ou du b&#226;timent, parce que l'incommensurabilit&#233; entre les comp&#233;tences d'une aide-soignante, celle d'une sage-femme ou celle d'un orthoptiste nous semble &#233;vidente. Non, on parle des &#8220;m&#233;tiers du soin&#8221;. Mais on ne parle pas de &#8220;m&#233;tiers du sexe&#8221;. Il y a bien les gyn&#233;cos, urologues, gastro-ent&#233;rologues et autres sexologues auxquel&#183;les on reconna&#238;t le statut de m&#233;tiers. Mais pas en tant que &#8220;professionnel&#183;les du sexe&#8221;, tout au plus comme sp&#233;cialit&#233;. Parce que, eux, c'est diff&#233;rent, ils ont une formation. Et surtout, ils s'occupent du sexe propre, ils s'int&#233;ressent &#224; &#8220;la sexualit&#233;&#8221;. Pas au cul qui coule et qui jouit. Ils ne touchent &#224; rien, ou alors seulement avec une main gant&#233;e et un air affect&#233;. Les comp&#233;tences n&#233;cessaires au TDS sont un impens&#233;, et la fronti&#232;re entre les mondes est une affaire de bouches et de vagins remplis ou d&#233;sir&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle aussi du &#8220;corps&#8221; m&#233;dical et du &#8220;corps&#8221; enseignant. Alors pourquoi ne pas &#234;tre le &#8220;corps du sexe&#8221;, comme le corps du Christ, et squatter les &#233;glises pour faire des c&#233;l&#233;brations du sacrifice fait aux hommes par les putes ? On serait plein de meufs assises sur l'autel, les clients d&#233;vots avanceraient silencieusement en file indienne devant nous, et &#224; chacun on ferait l&#233;cher nos doigts couverts du sang des r&#232;gles apr&#232;s les avoir plong&#233;s en nous, en disant &#8220;ceci est mon corps, le corps du sexe&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les clients ne veulent pas conna&#238;tre les coulisses du sacrifice. Les miens se braquent lorsque je parle de moi comme d'une pute. Aller voir une dominatrice, c'est encore plus absolvant que d'aller chez une escort. Ils ne supportent pas l'id&#233;e que je sois de la m&#234;me engeance, ils sont convaincus et contents d'eux de ne pas se souiller en venant chez moi. Et &#231;a m'&#233;nerve de devoir admettre qu'ils ont un peu raison. J'&#233;crase ma chatte sur leurs visages, je m'empale sur des godes sous leurs yeux, je malm&#232;ne leur queue &#224; longueur de s&#233;ance. Mais c'est vrai que je n'ai pas eu &#224; tapiner, que j'ai pu choisir la niche o&#249; les mecs sont l&#224; pour s'en tenir &#224; d&#233;sirer, o&#249; ils viennent justement pour ne pas baiser. Et je ne peux m'emp&#234;cher d'observer que la fronti&#232;re entre la prostitution et la domination tient dans les esprits, le mien compris, &#224; l'injonction &#224; la p&#233;n&#233;tration. &#192; trois orifices offerts &#224; des queues qui se sentent l&#233;gitimes &#224; y entrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicat du travail sexuel en France, le STRASS, est tax&#233; par certaines f&#233;ministes de minimiser l'horreur du &#8220;ph&#233;nom&#232;ne prostitutionnel&#8221;. Ses militant&#183;es &#339;uvreraient &#224; banaliser une r&#233;alit&#233; &#224; abolir, en revendiquant l'acc&#232;s &#224; des droits fondamentaux pour les personnes que les pouvoirs publics pr&#233;f&#232;rent appeler &#8220;en situation de prostitution&#8221;. Gommant en quelque sorte la diff&#233;rence entre les personnes prostitu&#233;es, et les personnes se prostituant. Ce n'est pas aussi simple, cependant le STRASS n'est port&#233; que par 1 % des personnes qui sucent et qui baisent, et ce n'est pas par les plus vuln&#233;rables que la cause est d&#233;fendue. Moi je fais partie de ce 1 %. Pourtant je me sens d&#233;sormais infiniment plus proche de toutes les putes que des femmes qui, dans leur couple, ont mille fois fait semblant &#8220;gratuitement&#8221;, en comptant plus ou moins clairement sur les avantages associ&#233;s &#224; cette gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hormones&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ma carri&#232;re de trou entour&#233; d'une fille potable, il m'est arriv&#233; d'&#234;tre &#8220;bais&#233;e&#8221; par de gros muscl&#233;s. Celui-l&#224; est basketteur professionnel. Sa vie semble n'&#234;tre qu'un bain de st&#233;ro&#239;des anabolisants, puisque, non content d'&#234;tre gonfl&#233; au Nutrimuscle, il fait partie d'une fili&#232;re de vente de &#8220;produits vitamin&#233;s&#8221;, o&#249; on est pay&#233; au nombre de gens qu'on recrute pour recruter des gens qui vont recruter d'autres gens. Genre de t&#233;moins de J&#233;hovah des produits dopants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me &#8220;baise&#8221; donc lourdement, gigantesque masse de chair br&#251;lante sur mes cinquante kilos. La sueur qui goutte me pique les yeux. Sur ses bras ob&#232;ses et turgescents, les vaisseaux qui serpentent sont si saillants qu'on les croirait pos&#233;s sur la peau. G&#233;n&#233;reux et impliqu&#233;, mon bienfaiteur a tent&#233; comme il se doit et de son plein gr&#233; de me faire un cunni pour commencer. Mais le vaillant aventurier a d&#251; rebrousser chemin lorsqu'il est tomb&#233; nez &#224; nez avec&#8230; des poils pubiens. Comme il avait oubli&#233; sa machette, il a d&#233;clar&#233; forfait sans m&#234;me prendre le temps d'embrasser vaguement la jungle de mon sexe intol&#233;rablement mal &#233;lagu&#233;. &#034;Non mais c'est hors de question, j'ai l'impression de l&#233;cher un mec&#034;. &#199;a l'a coup&#233; dans son &#233;lan, le pauvre, alors il est parti s'acheter un Mac Do pour se remettre de sa d&#233;ception manifeste de se taper une f&#233;ministe touffue. Un hamburger apr&#232;s et une fois la case fellation coch&#233;e, il ne reste plus &#224; son r&#233;pertoire d'activit&#233;s sexuelles que de me besogner, ce qu'il fait avec ferveur et abn&#233;gation, principalement tout de m&#234;me pour son propre int&#233;r&#234;t. Il bourrine ; il a manifestement des choses &#224; se prouver. Lorsqu'il jouit il se retire imm&#233;diatement, et scande un : &#8220;Je suis s&#251;r que vu comment je t'ai d&#233;fonc&#233;e tu vas plus pouvoir marcher&#8221;. En disant cela, il enfourne le reste de frites froides qui tra&#238;ne &#224; m&#234;me le lit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) O&#249; je p&#233;n&#232;tre l'&#233;tranget&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas toujours &#233;t&#233; une pro des remontrances et des fess&#233;es. Je me suis int&#233;ress&#233;e au BDSM sur le tard, d'abord en chaussant des lunettes de sociologue. BDSM &#231;a veut dire Bondage/discipline, Domination/soumission, Sado/Masochisme, mais c'est trop long &#224; dire, et de toute fa&#231;on, comme toutes les sexualit&#233;s chelous n'ont rien trouv&#233; de mieux pour s'abriter, &#231;a ne dit plus grand chose de la r&#233;alit&#233;. La premi&#232;re chose que j'ai rep&#233;r&#233;e chez les soumis, c'est que la grande broyeuse de la vie rend leur univers &#233;rotique plus &#233;triqu&#233;, triste et fig&#233; au fil des ann&#233;es. La trentaine, ils sont int&#233;rimaires, vivant leurs inclinations comme un jeu ponctuel plut&#244;t joyeux, conciliable avec des relations amoureuses classiques. Ils s'interrogent avec l&#233;g&#232;ret&#233; et curiosit&#233; sur ce d&#233;sir qui les anime et ne correspond pas &#224; ce qu'on leur a vendu comme &#233;tant la sexualit&#233;. Vers quarante ans, &#231;a commence &#224; &#234;tre une souffrance de devoir n&#233;gocier leur d&#233;sir avec le poids du secret. La frustration est fonction de la situation maritale et du degr&#233; de r&#233;signation. &#192; partir de cinquante ans, l'&#233;crasante majorit&#233; m&#232;ne une double vie depuis plusieurs ann&#233;es, de fa&#231;on plus ou moins d&#233;complex&#233;e. Du fait qu'ils aient ou non une &#8220;Ma&#238;tresse&#8221; d&#233;pend leur &#233;panouissement ou leur d&#233;sesp&#233;rance.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai ensuite d&#233;couvert que certains soumis avaient des affinit&#233;s tr&#232;s pr&#233;cises avec certaines pratiques, ce qui ne manquait pas de me heurter parfois. Pour moi, seuls des vieux pouvaient &#234;tre passionn&#233;s par les lavements. Ce f&#233;tiche me semblait certes plus propice &#224; les catapulter dans un univers d'EHPAD qu'au salon de l'&#233;rotisme. Mais c'&#233;tait justement la raison pour laquelle je pouvais envisager la complicit&#233; entre les s&#233;niors et les couches sans &#234;tre perturb&#233;e. Alors ce beau t&#233;n&#233;breux, ce st&#233;r&#233;otype de jeune connard tombeur friqu&#233; qui drague avec son alliance et baise avec son froc ?! Que celui-l&#224; veuille &#234;tre lang&#233;, &#231;a a mis du temps &#224; connecter. Comment aurais-je pu &#234;tre dispens&#233;e d'un temps de deuil apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; qu'aussi bien, le beau gosse qui n'avait pas voulu de moi en stage de plong&#233;e m'avait &#233;conduite non pas parce qu'il ne me trouvait pas baisable, mais parce qu'il pr&#233;f&#233;rait &#234;tre torch&#233; et talqu&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La domination professionnelle vaut bien un stage en psychiatrie pour comprendre intimement les chemins que prend le d&#233;sir, erratiques et myst&#233;rieux. De quoi est fait le sexuel ? Une bouche, un vagin. Une bite, des menottes, un doberman, de la cire, du chocolat. Ce qui est excitant pour l'un laisse l'autre d&#233;go&#251;t&#233; ou indiff&#233;rent. D&#233;couvrir que la sexualit&#233; de certains hommes consiste &#224; se tartiner de pur&#233;e puis &#224; se cellophaner de la t&#234;te aux pieds, &#231;a accro&#238;t autant la tol&#233;rance que la perplexit&#233;. Je croise des f&#233;tichistes des collants qui se sont roul&#233;s, enfants, dans les tiroirs de lingerie de leur maman. Des masos dont les premiers souvenirs d'excitation remontent au coll&#232;ge, lieu pour eux d'&#233;motions intenses provoqu&#233;es par l'humiliation et le harc&#232;lement, qui ont besoin d'un flot d'insultes et d'un regard m&#233;prisant pour contacter les &#233;mois qui ont model&#233; leurs pulsions. Des fans de contention qui d&#233;collent d&#232;s qu'on leur recr&#233;e un placenta ou un cocon. Je refuse ceux qui paient pour se faire rouler sur les mains et les pieds par une voiture, et &#233;changent sur des forums des techniques pour pouvoir, sans mourir, se faire &#233;craser sur le corps tout entier. Je m'&#233;merveille qu'il existe des films pornos avec des aliens, et d'autres se r&#233;sumant &#224; des blondes en tenue fluo des ann&#233;es 1980 s'asseyant, dans des salles de kin&#233;, sur des ballons de baudruche pour les faire &#233;clater. Qu'il y ait des noms pour qualifier ceux qui aiment servir de meuble, et qu'il y ait des paraphilies du vomi et du pet. Que les &#8220;soupeurs&#8221; d&#233;plorent la disparition des pissoti&#232;res, parce qu'il devient moins ais&#233; d'y disposer de la mie de pain et de revenir la chercher une fois que suffisamment de monde a urin&#233; dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La multiplicit&#233; des empreintes qu'a laiss&#233;es chez chacun&#183;e la collusion intime et singuli&#232;re entre les &#233;v&#233;nements et l'excitation du corps ne m'&#233;tonne plus, mais elle ne cesse de me fasciner. La majorit&#233; du temps, je me raconte que toutes les pratiques sont acceptables tant que tout le monde est consentant. Mon point d'achoppement reste la mise en pr&#233;sence, comme c'est arriv&#233; en Allemagne dans les ann&#233;es 2000, de deux &#234;tres qui consentent l'un &#224; &#234;tre mang&#233;, l'autre &#224; le faire revenir &#224; la po&#234;le avec des oignons caram&#233;lis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;G&#233;ographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La trentaine, beau, rose et souriant, Monsieur Blond est venu chercher des fess&#233;es. J'explique que chez moi on n'est pas puni sans raison, qu'il faut d'abord &#234;tre un cancre ou un vilain gar&#231;on. Je lui tends une carte vierge de l'Europe chapard&#233;e &#224; un ami professeur des &#233;coles, sur laquelle est pr&#233;cis&#233; qu'il s'agit d'une &#233;valuation de CE2. &#192; quatre pattes il s'ex&#233;cute, alors qu'assise sur son dos j'observe en caressant le duvet de son sillon interfessier. Cinq minutes plus tard, il n'a pas su placer plus de six pays. Pas m&#234;me l'Allemagne. Pire que ce &#224; quoi je m'attendais. Je lui tends une fiche avec les r&#233;ponses, et un feutre rouge pour l'auto-correction. Je me tourne, le tarif c'est une double fess&#233;e par pays faux ou non renseign&#233;. Hilare, je le fais r&#233;p&#233;ter &#034;je suis une merde en g&#233;ographie&#034;. Son cul soyeux rosit gentiment. Ni lui ni moi ne savons que je vais le r&#233;interroger dessus dans une heure, et que le r&#233;sultat sera dramatiquement &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me. Il doit me remercier en se prosternant de ne pas lui avoir inflig&#233; la carte de l'Afrique. En acceptant le ridicule, il a gagn&#233; ma sympathie, et avec elle, une s&#233;ance sensuelle et joyeuse, en plus d'&#234;tre douloureuse comme il le souhaitait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;35) O&#249; je ponds un pamphlet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme pute est une aporie. Subir le patriarcat et devoir, pour s'en &#233;manciper, le perp&#233;tuer. Vouloir &#234;tre des Robin des bois du sexe qui renverseraient un syst&#232;me d&#233;cadent en prenant l'argent aux m&#233;chants vieux riches blancs pour le redistribuer aux indigents, mais devoir affronter un constat affligeant : encore et toujours des transactions entre des femmes encore baisables et des cinquantenaires ventripotents. Des ing&#233;nieurs et des PDG dont le train de vie n'est pas perturb&#233; par cinq cents kilos de pute par mois. Et la thune qui devait te lib&#233;rer sur le papier, tu en r&#233;injectes la moiti&#233; &#224; acheter de quoi &#234;tre l'ic&#244;ne qu'ils ont envie de baiser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans la puterie, le nerf de la guerre, c'est l'argent. Vouloir cesser d'&#234;tre une pute non r&#233;mun&#233;r&#233;e d&#233;guis&#233;e en femme &#233;mancip&#233;e ou en m&#232;re au foyer. Ne plus accepter de payer de son corps les avantages offerts par le march&#233; de dupes du couple h&#233;t&#233;ro, restaurants Saint-Valentin et s&#233;curit&#233;. D&#233;couvrir qu'on peut vouloir baiser en dehors d'une transaction sexuelle d&#233;guis&#233;e en relation amoureuse &#233;quilibr&#233;e. Mettre des mots sur l'arnaque. Parce qu'alors on peut rentrer chez soi rassur&#233;e que la baise ne soit plus l'objet d'un chantage larv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pense du mal qui veut. En parle celle qui s'est vue se dire que le type avec qui elle est en couple est un connard mais que si elle le quitte elle ne sait pas o&#249; habiter. Ou plus prosa&#239;quement que le type est un harceleur, mais que c'est quand m&#234;me bien pratique de se faire offrir des trucs qu'on ne pourrait pas s'acheter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me n'est pas la prostitution, c'est celui de la guerre entre les hommes et les femmes, doubl&#233; de la question du travail et de ses conditions. L'effigie de cette absurdit&#233;, c'est la f&#233;ministe pute. Et elle, elle se noie dans ses contradictions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Quand tout le pays fut mari&#233;, ou presque &#187; &#8211; par Ellen Willis</title>
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		<dc:date>2021-09-27T20:43:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Ellen Willis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; La fibre morale, je m'en suis toujours pass&#233;e, et je m'en porte tr&#232;s bien. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Ellen-Willis-+" rel="tag"&gt;Ellen Willis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton172.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ellen Willis (1941-2006) est une essayiste et militante f&#233;ministe am&#233;ricaine. Elle fut membre du groupe New York Radical Women et cofondatrice avec Shulamith Firestone du groupe f&#233;ministe radical Redstockings. Elle consid&#233;rait l'autoritarisme politique et la r&#233;pression sexuelle comme &#233;troitement li&#233;s, une id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par Wilhelm Reich. Une grande partie de l'&#233;criture de Willis pr&#233;sente une analyse reichienne ou freudienne radicale de ces ph&#233;nom&#232;nes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons publi&#233; en mai dernier un autre texte de Ellen Willis : &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Pour-l-amour-d-Emma-par-Ellen-Willis&#034;&gt;&lt;i&gt;Pour l'amour d'Emma&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Quand tout le pays fut mari&#233;&#034; est la dystopie d'une Am&#233;rique o&#249; il n'y aurait plus qu'une seule personne c&#233;libataire, une loi ayant rendu le mariage obligatoire (tout en autorisant le mariage entre personnes du m&#234;me sexe).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1984, suite au vote du Congr&#232;s sur la Loi f&#233;d&#233;rale pour la S&#233;curit&#233; des Familles, le nombre de mariages se mit tr&#232;s vite &#224; augmenter. La plupart des mesures pr&#233;vues r&#233;glaient simplement de vieilles questions qui n'avaient que trop tra&#238;n&#233; : abolir le divorce, autoriser les communes &#224; poursuivre les c&#233;libataires pour vagabondage, obliger les futurs employ&#233;s du service public &#224; faire v&#339;u de monogamie, faire du trafic inter&#233;tatique de quiche un crime f&#233;d&#233;ral, etc. Mais gr&#226;ce &#224; deux clauses r&#233;volutionnaires, ce qui n'avait jusqu'alors &#233;t&#233; qu'un r&#234;ve impossible allait pouvoir devenir une r&#233;alit&#233; : le mariage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure pour la puret&#233; de l'enfant, plus commun&#233;ment appel&#233;e &#171; L'Amendement Chaud Devant &#187;, emp&#234;chait les relations sexuelles pr&#233;conjugales en autorisant les parents &#224; marier un enfant &#224; un partenaire ad&#233;quat sit&#244;t que l'enfant montrait des signes de lubricit&#233;. &#171; Apr&#232;s tout, mieux vaut le mariage que l'Enfer &#187;, comme l'avait si justement fait remarquer le Pr&#233;sident Ray Gun. Notons au passage qu'un autre amendement, qui pr&#233;voyait d'inclure les enfants en gestation dans cette mesure, avait &#233;t&#233; rejet&#233; pour cause d'outrage &#224; l'innocence des f&#339;tus. Un autre grand changement apport&#233; par cette loi fut la l&#233;galisation du mariage homosexuel. C'&#233;tait le volet le plus controvers&#233; de ce texte, car il scindait le mouvement pro-famille en deux camps : les puristes, qui soutenaient que l'homosexualit&#233; &#233;tait un p&#233;ch&#233;, point barre, et les pragmatiques, qui signalaient qu'en refusant le sacrement du mariage aux personnes homosexuelles, on risquait de les d&#233;courager dans leur qu&#234;te d'une vraie respectabilit&#233;, de faire prosp&#233;rer des lieux de d&#233;pravation comme Greenwich Village et de faire le jeu des f&#233;ministes qui pr&#233;tendaient que de toute fa&#231;on, les femmes ne voulaient pas vraiment se marier. On parvint finalement au compromis suivant : les personnes homosexuelles qui feraient v&#339;u d'abstinence auraient le droit de se marier, et celles qui refuseraient de b&#233;n&#233;ficier de ce privil&#232;ge seraient d&#233;port&#233;es en Arabie Saoudite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s la ratification de cette loi par le Pr&#233;sident Gun, nous interroge&#226;mes une partie de ces petits couples heureux qui faisaient la queue devant la mairie, parfois depuis deux ou trois jours, pour obtenir leur autorisation de mariage. Les personnes h&#233;t&#233;rosexuelles pr&#233;cisaient syst&#233;matiquement que leur d&#233;cision n'avait rien &#224; voir avec la Loi pour la S&#233;curit&#233; des Familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'&#233;tait parfaitement spontan&#233;, d&#233;clara une jeune femme, radieuse. Nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon propri&#233;taire allait faire doubler mon loyer, expliqua le jeune fianc&#233;, radieux. Il pense, et je peux le comprendre, que les hommes c&#233;libataires attirent les amateurs de quiche dans le secteur. &#199;a m'a fait r&#233;fl&#233;chir, et j'ai r&#233;alis&#233; que je voulais vraiment m'installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'&#233;tait trop mignon, sa demande en mariage, l'interrompit la jeune femme. Il est pass&#233; me voir dans l'apr&#232;s-midi, alors que je cousais des C &#233;carlates sur mes v&#234;tements&#8230; c'&#233;tait le dernier jour pour le faire, et j'avais procrastin&#233;, comme toujours. Il m'a embrass&#233;e et m'a dit : &#171; Pourquoi perdre ton temps l&#224;-dessus, alors que tu pourrais t'occuper de mes boutons ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous discut&#226;mes ensuite avec deux jeunes lesbiennes, radieuses, qui d&#233;clar&#232;rent que ce jour &#233;tait le plus beau de leur vie. Tandis que nous tentions subtilement de savoir si l'abstinence ne les d&#233;rangerait pas trop, l'une d'entre elles r&#233;pondit froidement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est une question sectaire, h&#233;t&#233;rocentr&#233;e. Pourquoi les h&#233;t&#233;ros s'imaginent-ils toujours que nous sommes accros au sexe ? Nous pensons, tout comme vous, que le sexe est sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est par amour que nous voulons nous marier, sa fianc&#233;e d&#233;clara-t-elle, et pour nos futurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous leur demand&#226;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'envisagez-vous, l'adoption ou l'ins&#233;mination artificielle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne soyez pas ridicules ! Nous aurons les n&#244;tres. L'id&#233;e que les femmes ont besoin d'hommes pour faire des enfants, c'est de la propagande patriarcale. Vous croyez toujours que c'est Dieu, le p&#232;re du petit J&#233;sus ? Comme dans les contes de f&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un mois, le 30 juin, apr&#232;s que les hommes d'&#201;glise et les repr&#233;sentants du gouvernement eurent travaill&#233; sans rel&#226;che pour satisfaire la demande en mariages, que des &#233;meutes eurent &#233;clat&#233; dans deux villes o&#249; un usage excessif du mat&#233;riel m&#233;dical avait rendu les analyses de sang impossibles, et que les derniers d&#233;mons d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s furent exp&#233;di&#233;s vers le Moyen-Orient, le pr&#233;sident annon&#231;a fi&#232;rement que les pri&#232;res de toute l'Am&#233;rique avaient &#233;t&#233; entendues : tout le monde, &#224; Washington D. C. comme dans l'ensemble des 50 &#233;tats, &#233;tait mari&#233;. Le lendemain, notre journal re&#231;ut un appel outr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ici Tuesday.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix tenait &#224; la fois du ronron et de l'aboiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les mecs, je vous appelle parce qu'on dit que vous &#234;tes plut&#244;t ouverts. Votre r&#233;dac chef, il avait pas d&#233;fendu le divorce en cas de danger de mort pour les enfants ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous lui r&#233;pond&#238;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas le divorce. Juste la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; OK. Mais vous &#234;tes d'accord pour dire qu'ils y vont un peu fort, l&#224;, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous lan&#231;&#226;mes d'une voix nerveuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, Monsieur&#8230; Madame ?&#8230; ah oui, Tuesday. Pourquoi nous appelez-vous, au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous en foutrai, des &#171; Madame &#187; ! notre interlocutrice s'exclama-t-elle. C'est bien pour &#231;a que je vous appelle. Le pr&#233;sident est un menteur. Comme il le sait tr&#232;s bien, vu que les loubards qui lui servent d'agents secrets m'ont cuisin&#233;e pendant cinq heures hier, je suis aussi c&#233;libataire que le jour o&#249; je suis n&#233;e ! Et d'ailleurs, je n'ai aucune intention de me marier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tenions un scoop. Quelques instants plus tard, nous partions &#224; la rencontre de Ruby Tuesday, la seule Am&#233;ricaine encore c&#233;libataire, pour une interview exclusive. Nous la retrouv&#226;mes &#224; la station Union Square, car elle habitait une rame abandonn&#233;e de l'East Side. On ne pouvait pas la rater. Pas parce qu'elle avait les cheveux verts, mais parce qu'au lieu du simple C &#233;carlate impos&#233; par la loi (une obligation que nous avions na&#239;vement crue obsol&#232;te), elle portait une combinaison transparente et satin&#233;e enti&#232;rement tiss&#233;e de C &#233;carlates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Entrez, dit-elle. Prenez donc une part de quiche. Vous en faites pas, c'est du fait maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le culot du pr&#233;sident et des services secrets continuait de lui faire lever les yeux au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et dire que j'ai vot&#233; pour ce mec. Il avait promis que le gouvernement me laisserait tranquille&#8230; comment je pouvais deviner ? Ce truc, &#231;a m'a&#8230; ah oui, &#231;a m'a radicalis&#233;e, comme on dit. Vous savez ce qu'ils voulaient faire, ces enfoir&#233;s ? Rapatrier un des pauvres types qu'en peuvent plus en Arabie Saoudite pour qu'il m'&#233;pouse, et que ce soit Jerry Falwell qui s'en charge, &#224; la t&#233;l&#233;, juste avant l'annonce du pr&#233;sident. Les Soviets se chierait dessus, qu'ils disaient. Pff ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Apparemment, vous n'&#234;tes pas d'accord avec cette analyse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, faudrait pas croire, je suis pas communiste ! S&#251;rement pas ! Mais qu'est-ce qui pourrait &#234;tre plus communiste que de vouloir que tout le monde vive ensemble ? Et au fait, je suis juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demand&#226;mes &#224; Ruby pourquoi elle s'opposait si r&#233;solument au mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il m'a fallu 15 ans pour am&#233;nager cette voiture exactement comme je voulais, r&#233;pondit-elle. Pourquoi faudrait que j'la partage avec le premier trouduc venu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais l'intimit&#233; ? La communion ? L'engagement ? &#199;a ne vous manque pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Diriez-vous que vous &#234;tes narcissique ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruby fron&#231;a les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais que vous &#234;tes juste l&#224; pour faire votre taf, dit-elle, mais restons polis. On est tous aussi cingl&#233;s les uns que les autres, mais ya des trucs que je fais pas, m&#234;me pour l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous excus&#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voulez bien nous indiquer votre orientation sexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mmm. Bah, des fois, je penche plut&#244;t pour de la baise de base, &#224; l'ancienne. En m&#234;me temps, y'a rien de tel que de se faire l&#233;cher le cul et sucer la chatte en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; En fait, nous voudrions surtout savoir si vous pr&#233;f&#233;rez les hommes ou les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, r&#233;pondit Ruby d'une voix enthousiaste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cid&#226;mes de changer de tactique et lui demand&#226;mes comment la population r&#233;agissait en la voyant refuser de faire ce que nous consid&#233;rions majoritairement comme un devoir patriotique &#224; remplir pour en finir avec cette d&#233;pendance humiliante envers la fibre morale des Japonais. Ruby leva les yeux au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La fibre morale, je m'en suis toujours pass&#233;e, et je m'en porte tr&#232;s bien, r&#233;pondit-elle. Mais plus personne ne voudra y croire ! Il faut admettre que je ne suis pas tr&#232;s populaire. Tout le monde se fait des films. Les femmes pensent que je cours apr&#232;s leurs maris et les maris pensent que je cours apr&#232;s leurs femmes. Je suis pas l&#224; pour briser des m&#233;nages, mais que voulez-vous que j'y fasse ? Des &#233;pouses et des maris, c'est tout ce qu'il reste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce que vous &#234;tes ou avez &#233;t&#233; f&#233;ministe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis pour le salaire &#233;gal &#224; travail &#233;gal, r&#233;pondit Ruby avec conviction, et tous ceux qui sont pas d'accord peuvent aller se faire foutre. Pour le reste, je sais pas. Une fois, je suis all&#233;e &#224; un meeting des Women Against Pornography, mais c'&#233;tait plut&#244;t pour rencontrer des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous n'avez pas peur de vous faire embarquer pour vagabondage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nan. Ils peuvent pas m'approcher. J'ai v&#233;rifi&#233; : la Cour Supr&#234;me a d&#233;cid&#233; qu'on peut pas m'emmerder du moment que je reste tranquille, mais faudrait pas que je refourgue une sucette &#224; un gosse. Et y'a que deux juges qu'ont &#233;t&#233; assassin&#233;s depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais la Loi pour la S&#233;curit&#233; des Familles rend cette d&#233;cision caduque. Selon les textes, &#171; le Congr&#232;s trouve que la Cour Supr&#234;me fait vraiment de la merde en autorisant ces dangereux resquilleurs &#224; r&#244;der dans nos rues ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruby s'obstinait &#224; faire non de la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est mort, jusqu'&#224; ce qu'ils en descendent un autre, de juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; ce moment-l&#224;, vous prendrez&#8230; euh, vous prendrez le maquis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et comment ! C'&#233;tait le pays de la libert&#233;, ici ! Jamais j'me rendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strass des cils de Ruby brillaient de bravoure. Nous remarqu&#226;mes qu'elle nous reluquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes mari&#233;es ? nous demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bien s&#251;r, que nous sommes mari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; voulait-elle en venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212; Alors ils ont r&#233;ussi &#224; vous intimider, dit-elle en nous regardant comme si elle avait eu piti&#233; de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;ponse fut virulente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas du tout ! Nous nous sommes mari&#233;es parce que c'&#233;tait ce que nous voulions ! Nous avions besoin d'intimit&#233;, de communion et d'engagement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Foutaises, r&#233;torqua Ruby, qui nous regardait toujours d'un air que nous commencions &#224; trouver troublant. Vous allez vraiment me dire que &#231;a n'a rien &#224; voir avec cet ordre de d&#233;portation que vous avez re&#231;u ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous roug&#238;mes jusqu'aux oreilles et fin&#238;mes par r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment le savez-vous ? Personne n'est au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh, &#231;a ne m'&#233;chappe jamais, quand je plais &#224; quelqu'un, r&#233;pondit Ruby, avec un sourire complaisant. Vous savez, vous &#234;tes pas mal non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que nous perdions quelque peu nos moyens, nous tent&#226;mes de nous ressaisir et de faire preuve de professionnalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Merci de nous avoir accord&#233; un peu de votre temps. Nous allons vous laisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlions d'une voix emprunt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Restez-donc ici ce soir, dit Ruby. Vous ne le regretterez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien&#8230; ce serait un plaisir, mais&#8230; non. Non, ce n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est trop risqu&#233;. Et si le Conseil National de l'Information s'en rendait compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis tr&#232;s discr&#232;te. La seule chose &#224; laquelle il faut faire attention, c'est le rassemblement dehors. Mais avec un sac sur la t&#234;te, vous devriez vous en tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non&#8230; non, vraiment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruby nous caressait d&#233;j&#224; le dos tout en nous embrassant l'oreille. Nos c&#339;urs s'emball&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Reprenez-donc un peu de quiche, susurra-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'anglais am&#233;ricain par Fanny Qu&#233;ment&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Titre original : &#171; The Last Unmarried Person in America &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Publication originale : &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt;, juillet 1981&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jack Spicer ou la passivit&#233; primordiale</title>
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		<dc:subject>Micka&#235;l Temp&#234;te</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Plus le Dada est grand, plus gros est le trou. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton175.jpg?1731403045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte, &#233;crit avec de la vodka, a cherch&#233; &#224; retourner sur les chemins entrepris lors de mes premi&#232;res lectures de po&#232;mes et conf&#233;rences de Jack Spicer dont les &lt;a href=&#034;http://www.vies-paralleles.org/book/plus-grand-que-les-faits-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;l&#233;gies imaginaires ont paru au printemps dernier aux &#233;ditions Vies Parall&#232;les&lt;/a&gt;. Parti vite, &#224; 40 ans, mais laissant derri&#232;re lui une &#339;uvre dont l'importance se fera de plus en plus grandissante avec le temps, compos&#233;e en grande partie de po&#232;mes s&#233;riels ou narratifs r&#233;partis essentiellement en une douzaine de livres que l'on retrouve au complet dans cet ouvrage. On peut &#233;galement trouver dans &lt;a href=&#034;https://www.thty.fr/#!/parution/2013/jack-spicer/trois-lecons-de-poetique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Trois le&#231;ons de po&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; la retranscription de conf&#233;rences qu'il a donn&#233;es dans un appartement de Vancouver en 1965 dans lesquelles il tentait d'expliquer ses m&#233;thodes d'&#233;criture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il m'a fallu plusieurs mois pour venir &#224; bout de l'anthologie des po&#232;mes de Jack Spicer. Le livre pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; des toilettes, il accompagnait mes d&#233;f&#233;cations quasi quotidiennes, et parfois quand un po&#232;me m'emportait plus que les autres j'en ressassais la lecture &#224; d'autres moments de la journ&#233;e. Par exemple : &#171; Les fabricants de miroirs connaissent le secret &#8211; on ne fait pas un miroir pour qu'il ressemble &#224; une personne, on am&#232;ne une personne devant le miroir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je ne comprends pas grand-chose &#224; la po&#233;sie. Surtout depuis qu'au coll&#232;ge, on nous faisait apprendre par c&#339;ur &#171; Le H&#233;ron &#187; de Jean de la Fontaine. Ce fut un calvaire de l'apprendre, ce fut m&#234;me impossible d'aligner plus de deux vers, rien ne passait par moi, tout &#233;tait r&#233;gurgit&#233;, je captais que dalle comme on dit. Avec Jack Spicer, bizarrement, on &#233;tait sur la bonne fr&#233;quence. Ce n'est pas s&#251;r que j'ai tout &lt;i&gt;compris&lt;/i&gt;, bien s&#251;r, mais gr&#226;ce &#224; ses po&#232;mes, ma joie fut double d'aller aux toilettes (d&#233;f&#233;quer &#233;tant une joie premi&#232;re).&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fait, qui est Jack Spicer ? C'est ce mec des ann&#233;es 1950 qui veut vous faire croire que les extra-terrestres existent, qu'ils viennent la nuit pendant que vous dormez dans votre chambre, et qu'ils changent l'emplacement des meubles. Vous vous r&#233;veillez le matin et la commode est au bord de la fen&#234;tre : c'est un message et vous devez le d&#233;coder. Les po&#232;mes devraient agir de cette m&#234;me mani&#232;re, s'inspirer de cette m&#233;thode de communication. Il faut entrer par effraction chez les gens et les rendre inquiets. [Est-ce qu'il pourrait se passer quelque chose sans cette inqui&#233;tude ?] Il se peut aussi que nous nous laissions &#224; nous-m&#234;mes des messages &#233;tranges sans nous en rendre compte, par exemple : un somnambule qui irait ouvrir la porte du four &#224; gaz, enclencher le thermostat 6, et retourner se coucher. Ou bien, encore plus bizarre, quand on se sent pousser par une force obscure &#224; aller porter plainte au commissariat de police pour une agression imaginaire. Voil&#224;, je crois que c'est &#231;a la m&#233;thode des extra-terrestres selon Jack Spicer. Il s'agit, pour que le po&#232;me advienne, de mettre en place une r&#233;ceptivit&#233; nue, de se rendre disponible &#224; une passivit&#233; primordiale. Laissez les choses venir...&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste encore &#224; &#233;tablir la communication et ce n'est pas aussi simple. Pour parvenir &#224; entrer en contact avec les extra-terrestres, il faut faire de la place. [Sinon, ils se prendraient les pieds dans le tapis et repartiraient aussit&#244;t. On a d&#233;j&#224; vu &#231;a.] Jack Spicer a dit : &#171; &#8230; bien faire le m&#233;nage, de sorte que les envahisseurs, les choses qui vous parasitent et cr&#233;ent les po&#232;mes, aient envie d'entrer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jack Spicer a dit &#231;a dans &#171; Trois le&#231;ons de po&#233;tique &#187;, paru chez Th&#233;&#226;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fin de la r&#233;partition des t&#226;ches, il va falloir nettoyer son bordel par soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mertz !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie, par exemple, de ne pas obstruer le signe sexuel de trop de contenus. On attend souvent de la po&#233;sie soit qu'elle sublime le sexe, qu'elle en fasse des douceurs de lait, soit qu'elle surjoue le sexe, qu'elle lui attribue la couronne de la transgression. Avec Jack Spicer, c'est plut&#244;t l'absurde et la d&#233;concertation qui priment, au point qu'on doute r&#233;ellement qu'il soit toujours en train de parler de sexe. Ici un extrait de son &#171; Manifeste unverti &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous trouverez ce po&#232;me &#224; la page 99 des &#201;l&#233;gies imaginaires, paru &#224; Vies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;1) Un unverti n'est ni un inverti ni un exverti, un perverti ou un converti, un introverti ou un r&#233;troverti. Un unverti choisit de n'avoir aucune possibilit&#233; pour se retourner.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) On devrait toujours se masturber &#224; l'angle des rues.&lt;br class='autobr' /&gt;
3) L'unversion est une tentative pour faire en sorte que l'acte sexuel soit aussi rare que la p&#233;talerose. Cela consiste &#224; &#233;tablir le lien entre le sexuel et les grandes forces cosmiques de l'univers &#8211; le non-sens ou, comme nous pr&#233;f&#233;rons le nommer, MERTZ.&lt;br class='autobr' /&gt;
4) Le sexe devrait &#234;tre une exp&#233;rience effrayante comme une blague salace ou un ange.&lt;br class='autobr' /&gt;
5) Les blagues salaces ou les anges devraient &#234;tre une exp&#233;rience effrayante.&lt;br class='autobr' /&gt;
6) Un unverti ne doit pas &#234;tre homosexuel, h&#233;t&#233;rosexuel, bisexuel ou autosexuel. Il doit &#234;tre m&#233;tasexuel. Il doit trouver du plaisir &#224; aller se coucher avec ses propres larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
7) Mertz !&lt;br class='autobr' /&gt;
8) Tout l'univers se moque de toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
9) La po&#233;sie, la peinture et la fellation sont les moyens des unvertis pour faire rire Dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
10) Plus le Dada est grand, plus gros est le trou.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bon, bien s&#251;r qu'il parle de sexe, mais il en parle au premier degr&#233;, un degr&#233; pas si facile &#224; atteindre finalement parce que nous avons &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s des mots. Ce premier degr&#233; n'est possible que si on enl&#232;ve les couches successives qui ont envelopp&#233; le sexe. En faisant fuir le mot sexe, en l'&#233;loignant des r&#233;flexes de surcharge &#233;motionnelle habituels on trouve un jeu de signes &#224; d&#233;coder. Pour Spicer, une s&#233;paration a provoqu&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un recodage des signes : &#171; Dieu ne nous a pas s&#233;par&#233;s en diff&#233;rentes langues &#8211; Il a s&#233;par&#233; &#8211; Les mots des hommes. &#8211; Les hommes et les mots &#8211; Il appela les mots anges. &#187; (&#171; &lt;i&gt;Babel 3 &lt;/i&gt; &#187;). Et quoi de mieux pour conjurer la s&#233;paration des mots et des hommes que d'accueillir la descente vers les uns et la mont&#233;e vers les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La passivit&#233; primordiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spicer ne parle pas de passivit&#233;, mais celle-ci &#233;claire (et sexualise) sa m&#233;thode d'&#233;criture. La cause et l'origine du d&#233;sir de po&#232;me ne sont pas &#224; l'int&#233;rieur de soi, mais &#224; l'ext&#233;rieur ; c'est une disposition de r&#233;ceptivit&#233; &#224; l'&#233;v&#233;nement &#8211; quelque chose que je ne connais pas encore est &#224; l'origine de mon mouvement et que la &lt;i&gt;passivit&#233; primordiale&lt;/i&gt; (mots de Levinas) accueille. Pour que le muscle du Moi &#8211; le sphincter &#8211; se d&#233;contracte et re&#231;oive les messages du dehors (les martiens ?), il faut avoir une pratique radicale et soutenue de la passivit&#233;. &#171; Comprends-moi, Martien c'est juste un mot pour X, tu le sais &#187; (&lt;i&gt;Trois le&#231;ons de po&#233;tique&lt;/i&gt;). Et X, c'est le plut haut degr&#233; de l'abstraction qui provoque en nous un tr&#232;s grand sentiment de vuln&#233;rabilit&#233;, un &#233;branlement des rep&#232;res qui formaient l'unit&#233; de notre identit&#233;. &#171; Le truc c'est qu'on doit d&#233;barrasser son esprit de tout le foutoir qui va interf&#233;rer avec le po&#232;me qui advient, et il y a toutes sortes de techniques pour le faire. Une technique consiste &#224; faire intervenir l'arbitraire, on peut par exemple chanter &#171; Dixie &#187; en faisant le poirier. Et le truc de la rime, en particulier ces rimes compliqu&#233;es, est tr&#232;s arbitraire. Si le Martien ne peut s'y manifester, il est encore plus improbable qu'on le puisse, et ce grand message qu'on voulait faire entendre a encore de moins de chances de passer que celui que le Martien voulait faire entendre. C'est l'un des avantages de la structure rim&#233;e serr&#233;e &#8211; &#231;a vous tient en dehors. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on n'enfile pas une camisole pour s'interdire de se gratter le nez &#187; (&lt;i&gt;Trois le&#231;ons de po&#233;tique&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
On doit &#234;tre disponible et vuln&#233;rable, sensible comme une antenne de radio qui doit se d&#233;battre avec ses parasites pour entendre de dr&#244;les de fr&#233;quences. Cette histoire de radio, &#171; le po&#232;te est une radio &#187; (Spicer), me fait penser &#224; l'&#171; &#233;ponge planque-sensible &#187; de Chantal Akerman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chantal Akerman &#224; Thierry Garrel, ancien directeur des documentaires sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quand elle fait du documentaire &#171; &#224; l'aveugle &#187;. Le corps, se comporte de la m&#234;me mani&#232;re, emp&#234;tr&#233; par ses parasites &#224; lui (la loi, la honte, la peur) mais il reste notre moyen le plus sensible pour explorer le monde. [Je me souviens de cette phrase inscrite sur une large bande de papier accroch&#233;e sur le mur des toilettes d'un appartement o&#249; je vivais &#224; Bordeaux. Elle avait &#233;t&#233; &#233;crite, je crois, par une ex-amante de ma coloc, les mots furent pr&#233;cis&#233;ment les suivants : &#171; Tu es un moyen sensible pour explorer le monde &#187;. Et &#224; chaque fois que je tirais la chasse, je me disais que ma merde allait encore une fois beaucoup plus voyager que moi.] &lt;br class='autobr' /&gt;
La passivit&#233; primordiale du corps, c'est la possibilit&#233; de la douleur, de la maladie, du vieillissement &#8211; nous faisons l'exp&#233;rience de la &lt;i&gt;disparition de l'&#234;tre&lt;/i&gt; plut&#244;t que celle du &lt;i&gt;manque &#224; &#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant la lettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des choses que permet de faire l'exp&#233;rience de la disparition de l'&#234;tre, c'est de se prendre pour quelqu'un d'autre. Spicer fait passer le &#171; Manifeste unverti &#187; cit&#233; plus haut pour un manuscrit sign&#233; Oliver Charming retrouv&#233; dans la salle des livres rares de la librairie municipale de Boston. Ou encore, il ins&#232;re en introduction &#224; son &#171; D'apr&#232;s Lorca &#187;, une lettre du po&#232;te Federico Garc&#237;a Lorca &#233;crite &#224; Grenade 20 vingt apr&#232;s sa mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une pr&#233;face qu'avait accord&#233; Nathalie Quintane &#224; une &#233;dition ant&#233;rieure de Jack Spicer : &#171; Spicer avait pr&#233;vu tout &#231;a : de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration et par del&#224; les g&#233;n&#233;rations, les po&#232;tes se parlent &#8211; il pensait m&#234;me qu'ils s'&#233;coutent &#8211;, se refilent leurs probl&#232;mes de vocabulaire et de po&#233;tique comme autant de patates chaudes : Lorca, fusill&#233; par les franquistes vingt ans plus t&#244;t, discute &#233;thique et technique avec Jack, les lettres de Jack ne resteront pas mortes apr&#232;s sa mort, elles infusent, et il est tout &#224; fait possible &#224; quiconque s'int&#233;resse &#224; la po&#233;sie de continuer avec ou contre Spicer les conversations qu'il eut avec... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Quintane, &#171; Crapauds r&#233;els &#187;, in Les livres de Jack Spicer. C'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors voil&#224;, &#233;crire des po&#232;mes qui viennent de l'Ext&#233;rieur et non de l'Int&#233;rieur, conduit &#224; se poser la question de la langue avec laquelle on parle. Cette langue, est-ce bien la n&#244;tre ? la poss&#233;dons-nous r&#233;ellement ? Utiliser une langue &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, la langue de Lorca par exemple, d&#233;fait les r&#233;flexes possiblement &#233;gotiques de l'&#233;criture ; la gestation d'un texte, d'une &#339;uvre se produit en dehors du ventre. Plus encore, ce que nous croyons poss&#233;der de prime abord, naturellement, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;notre corps&lt;/i&gt;, est une illusion tenace de laquelle nous devons apprendre &#224; nous d&#233;prendre [ne serait-ce que pour se d&#233;faire de la langue du propri&#233;taire]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci pour introduire &#224; l'ultime partie de ce texte, qui est une lettre de Jack Spicer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une lettre de Jack Spicer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lettres &#224; James Alexander&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
par Jack Spicer (in &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies imaginaires&lt;/i&gt;, trad. &#201;ric Such&#232;re, &#233;d. Vies parall&#232;les)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cher James,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la monotonie de la nature mais les po&#232;mes au-del&#224; de la nature qui s'interpellent par-dessus les t&#234;tes des po&#232;tes. Les t&#234;tes des po&#232;tes faisant partie de la nature. Il ne nous appartient pas de pr&#233;ciser les vers de la nature. C'est au po&#232;me de pr&#233;ciser les vers de la nature. &#192; cause de l'attraction pour les vers de la nature, pour nos t&#234;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous instituons une r&#233;volution silencieuse. Les po&#232;mes au-dessus de nos t&#234;tes, sans langues, sont fatigu&#233;s de se parler par-dessus le charabia de nos croyances, de nos personnalit&#233;s litt&#233;raires, de nos tentatives pour amener nos conversations silencieuses jusqu'au public. Quand nous donnons notre langue, nous amplifions. Nous sommes un standard t&#233;l&#233;phonique qui fait croire qu'il devient une cha&#238;ne hi-fi. Les terribles haut-parleurs doivent avoir droit au silence. Ils ne nous parlent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment est, alors, notre travail pour &#233;voquer la r&#233;volution &#8211; nous &#224; la t&#234;te de la po&#233;sie, l'un se nommant Jack et l'autre se nommant James et trois, au loin, se nomment Ebbe, Charles et Robert ? C'est parce que nous, en tant que leurs victimes, en tant que leurs porte-paroles, devons apprendre &#224; devenir totalement des victimes, &#224; faire totalement partie de leurs bouches. Nous devons apprendre que nos l&#232;vres ne sont pas n&#244;tres. Une r&#233;volution est une &#233;ducation sauvage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des gens qui parlent de la po&#233;sie comme des repr&#233;sentants d'assurance fatigu&#233;s parlent de baseball. Ils doivent &#234;tre d&#233;truits par notre silence. M&#234;me la haine qu'on leur porte interrompt la conversation que nos po&#232;mes veulent poursuivre. M&#234;me les mentionner me fait parler, plonger dans des paradoxes qui &#233;taient leur v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'&#233;crivons pas les uns pour les autres. Nous sommes des postes de radio (l'image sur le mur d'une t&#234;te de cheval parlant dans le premier Orph&#233;e de Cocteau &#233;tait une image plus fid&#232;le) mais nos po&#232;mes &#233;crivent les uns pour les autres, obs&#233;d&#233;s par leurs propres buts, sans aucun doute pas plus myst&#233;rieux dans notre univers que les n&#244;tres dans le n&#244;tre. Et nos l&#232;vres ne sont pas nos l&#232;vres. Mais sont les l&#232;vres de t&#234;tes de po&#232;tes. Et devraient crier r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affectueusement,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Temp&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***Photo de l'article : Jack Spicer tenant la T&#234;te de Spicer, &#224; l'appartement de Robin Blaser. Photographie de Robert Berg, fin des ann&#233;es 1950. &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jack Spicer a dit &#231;a dans &#171; Trois le&#231;ons de po&#233;tique &#187;, paru chez Th&#233;&#226;tre Typographique, et traduit par Bernard Rival en 2013. Il s'agit de trois conf&#233;rences assez folles qu'il a donn&#233; &#224; quelques-uns de ses amis po&#232;tes et po&#232;tesses dans un petit appartement de Vancouver en 1965. On y apprend son amour du baseball et du parasitage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous trouverez ce po&#232;me &#224; la page 99 des &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies imaginaires&lt;/i&gt;, paru &#224; Vies parall&#232;les en 2021, traduit par Eric Such&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chantal Akerman &#224; Thierry Garrel, ancien directeur des documentaires sur Arte : &#171; Vous m'avez demand&#233; de pr&#233;ciser ma pens&#233;e. Vous aimeriez savoir par quel bout je vais pouvoir prendre ce sujet. Moi aussi, je me sentirai mieux, plus tranquille, et aussi sans doute moins int&#233;ress&#233;e par le projet. Parce que ce qui me fascine et m'effraie &#224; la fois, quand je me mets en t&#234;te de faire un documentaire, c'est bien de le d&#233;couvrir ce documentaire, de le d&#233;couvrir en le faisant. Et pr&#233;ciser ma pens&#233;e serait, je crois, aller &#224; l'encontre m&#234;me du projet documentaire, et me fait donc un peu peur. Parce que, en le faisant, je me laisse conduire, je dirais presque &#224; l'aveugle, je deviens une sorte &#8220;d'&#233;ponge-plaque sensible&#8221; qui aurait une &#233;coute flottante et d'o&#249; surnagerait ou se r&#233;v&#233;lerait au bout d'un long moment, le film. Ce qui me fait peur, ce n'est pas de penser, mais bien d'enfermer un documentaire dans du d&#233;j&#224; &#8220;pr&#233;pens&#233;&#8221; alors que ce que j'essaie, c'est d'arriver sur &#8220;les lieux du crime&#8221; presque vierge, et que ce soit la mati&#232;re m&#234;me du documentaire qui vienne m'occuper et pas le contraire. C'est presque impossible bien s&#251;r, et l'on arrive toujours quelque part avec tout ce qu'on tra&#238;ne, et tout ce qui vous constitue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Quintane, &#171; Crapauds r&#233;els &#187;, in &lt;i&gt;Les livres de Jack Spicer. C'est mon vocabulaire qui m'a fait &#231;a&lt;/i&gt;, &#233;ditions Le bleu du ciel, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Raconter les &#233;cologies d&#233;viantes &#8211; Entretien avec Cy Lecerf Maulpoix</title>
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		<dc:date>2021-09-27T20:43:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Il est de plus en plus urgent de nous emparer de ces probl&#233;matiques et de produire une autre critique de la technique et des technologies &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#233;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton170.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vient de para&#238;tre aux &#233;ditions Cambourakis, le premier livre de Cy Lecerf Maulpoix, &lt;a href=&#034;https://www.cambourakis.com/tout/sorcieres/ecologies-deviantes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ecologies d&#233;viantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, fruit de plusieurs ann&#233;es de voyage, de recherche et d'&#233;criture sur l'articulation des luttes contemporaines (queer et &#233;cologistes). D&#233;couvrez notre entretien avec lui :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Je voudrais commencer par le titre, &#201;cologies d&#233;viantes. Peux-tu d&#233;crire cette &#233;cologie normative &#224; laquelle s'opposent nos d&#233;viances ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;tait d'ouvrir une voie, des voix diff&#233;rentes des mani&#232;res dont l'&#233;cologie peut exister aujourd'hui. Il &#233;tait important de critiquer des formes d'&#233;cologie r&#233;actionnaire, c'est-&#224;-dire les visions qui gravitent autour de la revue &lt;i&gt;Limites&lt;/i&gt;, de l'&#201;cologie Int&#233;grale et qui infusent certains courants proches de la Manif pour tous. Mais je voulais aussi soulever les tensions et les formes de violences qui peuvent exister au sein des &#233;cologies plus large et qui sont impr&#233;gn&#233;es, par une certaine id&#233;ologie de la nature, et de son revers, la contre-naturalit&#233;, des &#233;cologies qui ne s'int&#233;ressent pas &#224; l'h&#233;t&#233;rocisnormativit&#233; qui structure leur concept m&#234;me de nature. En ce sens, cela se manifeste aussi au sein de partis politiques dits de gauche, d'organisation anticapitaliste ou altermondialistes. Et puis, enfin, fondamentalement, il s'agissait aussi de conceptualiser, ou en tous les cas de construire l'exp&#233;rience de la d&#233;viance comme une exp&#233;rience plus r&#233;volutionnaire et profond&#233;ment anticapitaliste, ou incompatible avec une &#233;cologie r&#233;formiste ou une forme de capitalisme vert tel qu'on le voit se d&#233;velopper actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Il y a aussi toute une dimension de l'&#233;cologie militante, du c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#244;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233; des anti-technologies comme Pi&#232;ces et mains-d'&#339;uvre...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de la d&#233;croissance ou de la sobri&#233;t&#233; heureuse. Dans tous les cas, la d&#233;fense de la bonne naturalit&#233;, la critique des d&#233;rives ou du syst&#232;me Technique, le retour &#224; la nature, ou &#224; une forme de simplicit&#233; market&#233;e fa&#231;on Pierre Rabhi produisent des discours particuli&#232;rement violents &#224; l'encontre de nos vies. A propos de l'anti-technicisme, il s'agit parfois de choix assum&#233;s, notamment du c&#244;t&#233; du groupe grenoblois Pi&#232;ces et Main d'Oeuvre qui ont publi&#233; un texte ouvertement LGBTQIphobe il y a quelques ann&#233;es. J'avais tr&#232;s envie de mettre le doigt sur ces choix et ces positions qui subsistent aussi au sein de courants avec lesquels on pourrait avoir envie de s'allier. PMO en faisait partie, mais il n'y avait pas qu'eux, il y avait aussi certaines figures au sein d'EELV, d'ATTAC qui, sous couvert de critiquer la Technique, la destruction et les syst&#232;mes d'exploitation que les nouvelles technologies produisent, assimilent toute modification, transformation, intervention sur le vivant et sur la reproduction &#224; des formes de perversion d'une nature sacr&#233;e dont il ne faudrait pas transgresser les limites. Une forme d'anti-technicisme queerphobe est en train malheureusement de se r&#233;activer, d'associer abusivement des exp&#233;riences de vie trans, non-binaires au trans-humanisme, les vies LGBTQI &#224; des vies perverties par le lib&#233;ralisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est de plus en plus urgent de nous emparer de ces probl&#233;matiques et de produire une autre critique de la technique et des technologies qui &#233;chappe &#224; la dualit&#233; nature/technique, nature/culture. Comme si nos vies n'&#233;taient pas travers&#233;es, nourries, enrichies mais aussi parfois pollu&#233;es, violent&#233;es par la technique et les technologies. Mon livre a pour but de poser des hypoth&#232;ses de travail, d'ouvrir des espaces de discussion &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quels sont les penseurs ou th&#233;oriciens de l'&#233;cologie, pas forc&#233;ment queer, qui existent comme r&#233;f&#233;rence pour toi ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis volontairement assez &#233;loign&#233; des textes canoniques ou des auteurs qui m'int&#233;ressent par ailleurs comme Andr&#233; Gorz ou Murray Bookchin. Concernant l'&#233;cologie ou les d&#233;buts de l'environnementalisme, j'ai &#233;t&#233; plus naturellement port&#233; par des th&#233;ories &#233;cof&#233;ministes ou alors li&#233;es &#224; des perspectives d&#233;coloniales. Donc Greta Gaard est quelqu'un qui a compt&#233; car elle a &#233;tabli dans les ann&#233;es 1990 des rapprochements entre les luttes f&#233;ministes, d&#233;coloniales et queer, et une lutte &#233;cologiste oppos&#233;e au capitalisme. Catriona Sandilands &#233;galement avec son travail sur les communaut&#233;s lesbiennes et sur l'&#233;cologie queer. Fran&#231;oise Flamant en France. Apr&#232;s il y a l'apport de la pens&#233;e d&#233;coloniale, l'ouvrage de Malcolm Ferdinand a &#233;t&#233; important aussi dans sa mani&#232;re de th&#233;oriser les diff&#233;rentes formes de fractures mais aussi de liens entre les luttes environnementales et d&#233;coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L500xH416/carpenter_et_merrill-d752a.jpg?1765891233' width='500' height='416' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Edward Carpenter &#224; gauche et George Merrill (son amant) &#224; droite v. 1900
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Parlons d'Edward Carpenter, c'est une figure importante, voire inaugurale de la g&#233;n&#233;alogie queer que tu tisses de l'&#233;cologie. Comment en es-tu venu &#224; t'int&#233;resser &#224; lui ? Et quelle est sa pens&#233;e ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; Edward Carpenter lors de mon premier voyage aux &#201;tats-Unis dans plusieurs maisons de &lt;i&gt;radical faeries&lt;/i&gt;. J'ai remarqu&#233; son portrait dans un appartement habit&#233; par des anciennes f&#233;es dont une qui avait particip&#233; aux premiers rassemblements, une f&#233;e collectionneuse du nom de Joey. Joey vit &#224; San Francisco et op&#232;re depuis longtemps un travail d'inventaire, m&#233;moriel sur tous les penseurs, les artistes, les &#233;crivains gays, notamment d'extr&#234;me gauche. J'&#233;tais h&#233;berg&#233; dans une grande biblioth&#232;que dans laquelle se trouvaient &#233;norm&#233;ment d'ouvrages, notamment des &#233;ditions de Walt Whitman, Henry David Thoreau et d'Edward Carpenter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a n&#233;anmoins fallu quelques ann&#233;es pour que je puisse v&#233;ritablement lire les textes de Carpenter, en me rendant dans un centre d'archives &#224; Sheffield en acqu&#233;rant moi-m&#234;me par internet des ouvrages des premi&#232;res &#233;ditions. Ce qui m'a paru tr&#232;s int&#233;ressant chez Carpenter, c'est qu'il y a &#224; la fois une dimension th&#233;orique et pratique tr&#232;s forte, c'est-&#224;-dire que diff&#233;remment de Thoreau, c'est quelqu'un qui a cherch&#233; &#224; mettre en pratique ce sur quoi il &#233;crivait. Mais il a aussi particip&#233; &#224; la transmission et au d&#233;veloppement du socialisme anglais &#224; la fin du 19&#232;me, a &#233;crit sur la mani&#232;re dont il pouvait &#233;clairer le monde social dans lequel il se trouvait. Il a &#233;t&#233; un ardent soutien aux luttes ouvri&#232;res puisqu'il a effectu&#233; un mouvement important pour l'&#233;poque qui est celui de se d&#233;placer de son milieu bourgeois pour aller dans le nord industriel. C'&#233;tait aussi quelqu'un qui a &#233;t&#233; important pour son soutien &#224; l'&#233;mergence des luttes f&#233;ministes de l'&#233;poque. Et puis enfin, Carpenter a &#233;t&#233; essentiel pour deux autres raisons, la forme de pens&#233;e &#233;cologiste qu'il &#233;labore au travers de sa critique l'industrialisation de masse, de la pollution et en d&#233;veloppant une vie simplifi&#233;e plus proche de la &#171; nature &#187;. Et pour la th&#233;orie sexuelle qu'il &#233;labore assez t&#244;t, en parall&#232;le de Havelock Ellis qui est l'un des premiers sexologues anglais &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#233;crire sur la question de l'inversion sexuelle. Cependant Carpenter se d&#233;marque d'une d&#233;marche scientifique. Il essaye de proposer une v&#233;ritable vision politique de l'uranisme ou de ce qu'il qualifie de &#171; sexe interm&#233;diaire &#187; pour d&#233;finir celles et ceux qui d&#233;veloppent des attachements et une sexualit&#233; non-h&#233;t&#233;rosexuelle, mais aussi parfois un rapport au genre plus fluide ou non-binaire. L&#224; o&#249; un sexologue comme Havelock Ellis cherche plus &#224; avoir une approche scientifique, Carpenter propose au contraire de les construire comme sujets politiques r&#233;volutionnaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, il d&#233;veloppe concr&#232;tement l'id&#233;al d'une nouvelle vie qui est celui d'une vie dans une ferme, &#224; plusieurs, &#224; la fois avec des familles de classes populaires qui viennent travailler avec lui. Ce lieu devient progressivement un espace d'accueil pour des amants, des amiEs, des militantEs. Il s'y cr&#233;e une communaut&#233;, une sorte d'&#233;cosyst&#232;me politique, affectif, sexuel. Edward Carpenter &#233;tait comme un agent de liaison entre diff&#233;rents groupes et diff&#233;rentes pens&#233;es en recherche de coh&#233;rence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Tu dis que c'est un portrait souvent aper&#231;u chez les faeries, peux-tu d&#233;crire le projet politique des radical faeries ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet des &lt;i&gt;faeries&lt;/i&gt; s'inscrit dans la continuit&#233; des engagements de la vie militante de Harry Hay qui, d&#232;s les ann&#233;es 1950, cr&#233;e ce groupe, la Mattachine society, identifi&#233; comme un des premiers groupes homophiles aux &#201;tats-Unis. La cr&#233;ation des &lt;i&gt;radical faeries&lt;/i&gt; en 1979 est l'aboutissement d'une recherche intime, du d&#233;sir de cr&#233;er une communaut&#233; d'hommes gays, dans lequel il serait possible d'explorer la signification de cet esprit gay &#171; &#233;ternel &#187;, de questionner sa masculinit&#233;, sa f&#233;minit&#233;, d'enrichir une forme de contre-culture critique des formes de subjectivit&#233;s gays &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; qui &#233;tait en train d'arriver &#224; un point d'assimilation probl&#233;matique. Il s'agissait aussi de renouer avec une forme de vie commune et collective fantasm&#233;e comme originaire ou primitive. Les &lt;i&gt;radical faeries&lt;/i&gt; et les mod&#232;les des premiers rassemblements en non-mixit&#233; entre hommes dans l'Arizona d&#232;s 1979 r&#233;pondent &#224; cette tentative de faire exister un temps collectif de retrouvailles, de vie, et d'exploration sexuelle et affective. Dans le m&#234;me temps, elles s'inscrivent aussi dans la continuit&#233; d'un mouvement de ruralisation, de formes de vies collectives &#224; la campagne d&#233;velopp&#233;es depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Joey, la f&#233;e que tu as rencontr&#233;e, te dit dans le livre : 'Cette chose que j'ai v&#233;cue, cette exploration historique, ce n'est probablement pas au sein des f&#233;es qu'elle se m&#232;ne aujourd'hui'. Comment interpr&#232;tes-tu son propos ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joey, s'est construit une identit&#233; gay &#224; une &#233;poque diff&#233;rente, o&#249; le terme de queer n'&#233;tait pas une cat&#233;gorie revendiqu&#233;e, les subjectivit&#233;s transp&#233;d&#233;gouines ne se configuraient pas de la m&#234;me mani&#232;re. Et puis il a sans doute &#233;t&#233; profond&#233;ment impr&#233;gn&#233; par la dimension politique port&#233;e par Harry Hay. C'est quelque chose qui peut &#234;tre d&#233;battu ou discut&#233;, mais un d&#233;calage semble s'&#234;tre cr&#233;&#233; entre ces premi&#232;res exp&#233;riences avec une dimension utopiste tr&#232;s forte marqu&#233;e par la contre-culture des ann&#233;es 1970, la volont&#233; de cr&#233;er des espaces s&#233;paratistes, et puis la mani&#232;re dont certains rassemblements f&#233;&#233;riques aux USA aujourd'hui peuvent selon Joey ressembler de plus en plus &#224; des sortes de retraites rurales pour gays CSP+ en mal de campagne et de spiritualit&#233;. Ce que semble dire Joey, c'est que cette dimension contestataire f&#233;&#233;rique s'est perdue ou amoindrie. Et c'est d'ailleurs quelque chose contre lequel Harry Hay s'est battu pendant les d&#233;cennies qui ont suivi l'apparition des &lt;i&gt;Radical Faeries&lt;/i&gt;, de faire en sorte que les f&#233;es non seulement se questionnent, s'enrichissent collectivement, mais reviennent dans le monde en &#233;tant un sujet dissident. Les rassemblements n'&#233;tant pas seulement un lieu de &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, de soin intime et collectif, m&#234;me si c'est tr&#232;s important, mais aussi un lieu de formation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;J'ai une derni&#232;re question qui concerne le travail d'&#233;criture, pas la phase de recherche, mais celle de l'&#233;criture. Comment tu t'y es mis, dans quelle condition et quelles ont pu &#234;tre les difficult&#233;s ou moments de facilitations ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question des conditions mat&#233;rielles d'&#233;criture me semble vraiment importante. &#199;a a &#233;t&#233; un travail assez long, qui aurait pu &#234;tre plus court, pour des raisons mat&#233;rielles. Isabelle Cambourakis, de la collection 'Sorci&#232;res', m'a propos&#233; d'&#233;crire sur ce sujet &#224; un moment o&#249; sur le plan militant, j'essayais de r&#233;fl&#233;chir &#224; des formes d'intersection entre luttes minoritaires et &#233;cologistes. Le travail d'&#233;criture s'est d'abord mis en place par des formes d'articles de blog que j'ai &#233;crit qui sont ensuite devenus des articles de journaliste pigiste parce que j'avais besoin de gagner ma vie. Donc &#231;a a d'abord &#233;t&#233; sous forme d'articles et d'enqu&#234;tes et beaucoup de mes d&#233;placements ont &#233;t&#233; financ&#233;s par le fait que c'&#233;tait vendu sous forme de reportages. Ce qui fait aussi que dans les premi&#232;res ann&#233;es, le livre ne s'est pas v&#233;ritablement &#233;crit et que plusieurs fois j'ai abandonn&#233; le projet. J'ai fini par obtenir une bourse du CNL juste un mois avant le premier confinement de la crise du covid et &#231;a a cr&#233;&#233; un espace d'&#233;criture que je n'arrivais pas &#224; produire depuis un an et demi &#224; jongler entre diff&#233;rents boulots, mon boulot de prof de yoga, mes piges et mon engagement militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te le 20 septembre 2021.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques consid&#233;rations sur la Pride radicale </title>
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		<dc:date>2021-09-27T20:43:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>marche des fiert&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire bander les chefs et fr&#233;mir les pervers ?&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton174.jpg?1731403045' class='spip_logo spip_logo_right' width='145' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 20 juin 2021 eut lieu une Marche des fiert&#233;s radicale dans le but d'&#034;exiger l'application de nos droits les plus fondamentaux, sans concessions et sans n&#233;gociation avec les pouvoirs dirigeants&#034; et surtout de se d&#233;marquer de la Pride officielle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette marche radicale, plus militante et anticapitaliste, s'&#233;tait dot&#233;e pour l'occasion de toute une armada &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/pqa.collectif/photos/pcb.827229611534310/171788468294897/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de r&#232;gles sanitaires et sociales&lt;/a&gt; &#224; appliquer, et &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/QTPOCautonomes/photos/pcb.827904064800198/340111477465139/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;surtout d'un quadrillage scindant le cort&#232;ge&lt;/a&gt; en plusieurs cat&#233;gories identitaires et sexuelles hi&#233;rarchis&#233;es selon une pyramide des privil&#232;ges valid&#233;e par les autorit&#233;s comp&#233;tentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte qui suit r&#233;pond et commente &#224; ce r&#232;glement int&#233;rieur du militantisme &#034;queer&#034; actuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-&#234;tre il semblera au lecteur incongru, ou d'un d&#233;sir v&#233;tilleux, de revenir sur l'&#233;v&#233;nement de la Pride radicale qui eut lieu le 20 juin. Si un retour sur un &#233;v&#233;nement tarde, s'il ne s'&#233;crit pas dans l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#233;v&#233;nement, ce retour n'aurait au final, dit-on, que peu d'int&#233;r&#234;t. Du moins, si l'on ne parvient pas &#224; l'extraire de cette instantan&#233;it&#233; pour l'amener dans le royaume de la conjoncture politique et de l'urgence subjective qui s'impose aux minorit&#233;s d&#233;sirantes contemporaines. C'est l&#224; le talent de l'historien de lui donner une &#233;paisseur historique ; c'est l'exigence du militant de l'inscrire dans l'urgence politique de la situation. Ne portant pas sur l'initiative militante, nos consid&#233;rations pr&#233;liminaires visent &#224; discuter deux points : le mode d'organisation contre-r&#233;volutionnaire de la Pride radicale et la mise en place du doublet victime-vuln&#233;rabilit&#233; comme subjectivit&#233; politique queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pride radicale est un &#233;v&#233;nement (peu) singulier, non par son ampleur ou par ses cons&#233;quences politiques et r&#233;volutionnaires, mais par l'affirmation, dans toute organisation queer &#224; venir, d'une &#233;pist&#233;mopolitique de la vuln&#233;rabilit&#233; dont la figure de la victime remplace celle des anormaux ou des dissident.es. D'un point de vue organisationnel, la Pride radicale d&#233;termine un ensemble de r&#232;gles &#224; scrupuleusement respecter qui figurent dans une sorte de Codex Queerianus qui fait bander les chefs et fr&#233;mir les pervers. Un package de tout le verbiage queer actuel au sein duquel les mots de safe, de bienveillance, de trigger warnings et d'emotional support occupent une place d'&#233;lection, et dont la proximit&#233; avec le langage de la start-up, ce stade supr&#234;me d'un capitalisme profond&#233;ment analphab&#232;te, reste encore &#224; questionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge est strictement quadrill&#233; : en avant de la marche, les collectifs antiracistes et les queer racis&#233;.es, suivis du cort&#232;ge dit calme regroupant handi.es et neuroatypiques &#8211;dont on ne sait jamais trop la consistance de cette cat&#233;gorie cognitivo-comportementaliste. En troisi&#232;me instance, les personnes trans et enfin, en tout dernier, en queue de cort&#232;ge ou &#171; arri&#232;re de la marche &#187;, le cort&#232;ge mixte compos&#233; des anciennes subjectivit&#233;s politiques d&#233;pass&#233;es et plus-tr&#232;s-trendy : soit les p&#233;d&#233;s et les gouines, aux c&#244;t&#233;s des fameux alli&#233;.es h&#233;t&#233;ros. Un quadrillage qui suit la hi&#233;rarchisation des identit&#233;s fix&#233;e depuis quelques ann&#233;es par le saint-patron des queer qu'est Twitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre, usuel, est : po-li-ti-que. Et pourtant il y a quelque chose qui tient plus de la r&#233;action que de la r&#233;volution dans l'organisation de cette marche : dans son codex comme dans une organisation cherchant &#224; contrecarrer tout risque de d&#233;bordement, toute expression de la forme-&#233;meute, dont se r&#233;clament pourtant nombre des associations organisatrices mais aussi, pancartes lev&#233;es, des participant.es &#8211; Stonewall was a riot comme notre antienne queer. Les collectifs organisateurs l'&#233;crivent : les r&#232;gles &#224; suivre ne sont pas des suggestions et le service d'ordre veillera &#224; les appliquer, gestes barri&#232;res en prime (sortir du cort&#232;ge pour boire, pour fumer, pour toute action impliquant d'&#244;ter son masque &#8211; obligatoire au sein du cort&#232;ge). La pr&#233;sence d'un service d'ordre, non sans rappeler l'organisation traditionnelle des manifestations, veillant &#224; la &#171; s&#233;curit&#233; &#187; des participant.es et &#224; battre le rythme de la Pride, renforce cette impression qu'il faut que rien ne d&#233;borde et que tout soit r&#233;gl&#233; (du rythme comme des &#233;nonc&#233;s). Un service d'ordre pour quoi faire si ce n'est r&#233;it&#233;rer que le collectif n'est pas capable de se soutenir et de veiller &#224; sa s&#233;curit&#233; &#8211; que le collectif ne d&#233;passe pas la s&#233;rialit&#233;, un ensemble d'individus au mieux insensibles &#224; chacun, au pire potentiellement dangereux (relevant alors d'une anthropologie lib&#233;rale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, l'&#233;vidence d'une question : ces ensembles codifi&#233;s (le Codex-r&#232;glement et le quadrillage des identit&#233;s) permettent-ils d'entrevoir une forme de r&#233;sistance et d'action dite &#171; radicale &#187; ou bien m&#232;nent-ils &#224; des investissements collectifs mortif&#232;res (chacun le flic de chacun), des r&#233;ifications (l'identit&#233;) et &#224; l'inaction (la marche tranquille et sans d&#233;bordement possible) ? Dans le vocabulaire des ann&#233;es 60, il y a ce terme de groupe-assujetti qui d&#233;signe tout groupe (la s&#233;rialit&#233;) se repliant sur soi-m&#234;me et ne parvenant pas &#224; produire une rupture avec la logique organisationnelle classique : hi&#233;rarchie et fonctionnement vertical, ensemble de r&#232;gles visant &#224; l'auto-conservation et &#224; la fixation des identit&#233;s et des r&#244;les et promotion d'un inconscient collectif de flic et de pr&#234;tre. C'est bien l'&#339;dipe v&#234;tu d'un haillon queer qui hante nos milieux militants et dont la Pride ne fait que l'articuler dans une organisation &#233;v&#233;nementielle massive. C'est la promotion de petits chefs et de petites cheffes, contr&#244;lant les agirs collectifs et individuels, devant mettre au pas par la culpabilit&#233; celles et ceux qui entendraient rompre avec un mode d'action d&#233;pass&#233; et plus codifi&#233; que la manif syndicale de papa. L&#224;, donc, r&#233;action plut&#244;t que r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la teneur de la Pride si ce n'est qu'elle atteste de l'oedipianisation des subjectivit&#233;s queer ? D'un queer qui a pour certitude que les vieilles (non-)identit&#233;s des ann&#233;es 70 des p&#233;d&#233;s et des gouines r&#233;volutionnaires sont d&#233;pass&#233;es voire m&#234;me dans le langage militant appauvri, dominantes/oppresseures, qu'en tout cas il tient pour inappr&#233;ciables dans l'&#233;vidence hi&#233;rarchique qu'il a fix&#233;e. Il y a pourtant une r&#233;sistance de la part de cet h&#233;ritage politique r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 70, celui du FHAR, des Gouines Rouges et des Gazolines, qui ne parvient pas &#224; &#234;tre ext&#233;nu&#233; par les disciples de la culpabilit&#233;. Celles et ceux qui rigolent face &#224; l'&#233;l&#233;gante formule du Codex de la Pride : &#171; Ne soyez pas d&#233;sagr&#233;ables &#187; &#8211;&#224; entendre : ne soyez pas folles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;volutionnaire persiste, c'est dans l'exigence que certain.es se fixent d'une &#233;nonciation politique sans flicage &#8211; une &#233;nonciation qui ne cherche ni le confort du safe ni la douceur sans consistance de la bienveillance, encore moins les certitudes militantes et les petits r&#244;les de chef et de flic que certain.es rev&#234;tissent et dans lesquels ils et elles jouissent &#8211; ; bref d'une &#233;nonciation non-contrainte qui consid&#232;re le queer r&#233;volutionnaire comme catalyse des &#233;nonc&#233;s de rupture qui sont en cours ou dissimul&#233;s au sein de la soci&#233;t&#233; patriarcale et capitaliste. De la fin de toutes les petites hi&#233;rarchies, des petits patrons, flics, papa et maman qui grondent, de l'instituteur qui surveille dans le panoptique de l'enfance, tous ces traqueurs de pervers. Il n'est pas anodin que cette Pride ait pr&#233;f&#233;r&#233; choisir comme r&#233;f&#233;rence collective le sempiternel Stonewall &#233;dulcor&#233; par Netflix et les cybermilitants (la brique et Marsha) plut&#244;t que de c&#233;l&#233;brer les premiers groupes r&#233;volutionnaires (le FHAR et les Gouines Rouges) qui se constitu&#232;rent il y a 50 ans, en 1971, et cherch&#232;rent des politiques de d&#233;sidentification collective menant folles et travesties (les Gazolines) &#224; des formes nouvelles d'action, des formes folles. &#192; mille lieues des politiques mortif&#232;res de la culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant alors d'une logique de la situation, c'est-&#224;-dire pour que l'&#233;v&#233;nement ait une efficace &#8211; sur le plan social et sur le plan d&#233;sirant &#8211;, il doit produire des affects de lutte qui s'inscrivent en rupture avec les affects de peur et de culpabilit&#233; qui alimentent les institutions. Le collectif diagnostique une certaine scl&#233;rose ou impasse subjective &#224; laquelle il r&#233;pond par la production de nouvelles subjectivit&#233;s dissidentes. La culpabilit&#233; n'est pas un affect qui offre la possibilit&#233; et d'un d&#233;bordement (&#233;meute) et d'une d&#233;sidentification : elle n'a que des effets de contenir. Elle n'ouvre ni &#224; l'alt&#233;rit&#233; ni &#224; l'action, mais maintient le collectif dans les contours du moi fictionnel. Ce n'est pas par la culpabilit&#233; que peuvent grossir la r&#233;sistance et l'action directe &#8211; mais c'est par elle que l'on respecte les petites r&#232;gles, les petits chefs, que l'on ne dit pas un mot de travers. La culpabilit&#233; surplombe l'enti&#232;ret&#233; des affects politiques de son visage de mort et ne produit que des corps ali&#233;n&#233;s, soumis &#224; ce visage, des corps angoiss&#233;s et persuad&#233;s d'&#234;tre vuln&#233;rables. Ou pour le dire encore autrement : la culpabilit&#233; est l'affect civilisationnel qui pr&#234;che, comme un bon pr&#234;tre, pour l'autoconservation et la retenue. Elle rend impossibles les puissances collectives de soul&#232;vement et de cr&#233;ation politique d'alternatives &#8211;le collectif comme puissance d'affirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question politique qui se pose d&#232;s lors &#224; nous est celle du mode de subjectivation collective des &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Affirmons le diagnostic que l'&#233;nonciation contemporaine mineure queer rel&#232;ve d'une forme d'ali&#233;nation profonde, c'est-&#224;-dire d'un c&#244;t&#233; enkyst&#233;e dans un doublet victime-vuln&#233;rable et de l'autre c&#244;t&#233;, celui de la praxis, incapable de produire des alternatives politiques en rupture avec les coordonn&#233;es du droit, de la m&#233;decine et de l'&#201;tat. La forme de la victime g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#8211; g&#233;n&#233;ralis&#233;e au sens qu'elle aplatit toute autre forme de subjectivation, laquelle se trouve rapport&#233;e, comme ali&#233;n&#233;e, &#224; cet &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral h&#233;g&#233;monique de la Victime : toute &#233;nonciation et toute exp&#233;rience est somm&#233;e de se rapporter &#224; cette r&#233;f&#233;rence premi&#232;re &#8211; est une recherche double de reconnaissance aupr&#232;s des institutions : une reconnaissance psy comme victime (le drame traumatique, condamn&#233; &#224; se rejouer) et une reconnaissance par le droit comme vuln&#233;rable. Il faut ici poser le paradoxe des politiques queer de l'identit&#233; &#8211; une recherche de reconnaissance venant des institutions qui nous violentent et une reprise non performative de leurs cat&#233;gories discursives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de Chi-Chi Shi, &#171; La souffrance individuelle (et collective) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce doublet victime-vuln&#233;rabilit&#233; a-t-il quelque efficace dans la liquidation des identit&#233;s modernes ? Il faut en douter : tant que l'on reste dans l'encodage corporel et subjectif de la modernit&#233; (le droit et la m&#233;decine), cet objectif qui est (&#233;tait) tout entier celui des politiques queer et transp&#233;d&#233;gouines ne peut qu'&#234;tre faussement atteint. Le r&#233;formisme dont tiennent davantage les politiques queer actuelles ne sort pas de ces coordonn&#233;es : il continue &#224; s'adresser &#224; l'&#201;tat, au juge et au psychiatre comme &#224; un bon p&#232;re de famille dont ils r&#233;clament la reconnaissance d'un statut que la modernit&#233; occidentale a elle-m&#234;me forg&#233;e pour eux. Abandon du legs r&#233;volutionnaire du FHAR, celui de l'anormal et du terrifiant, et de toute son efficience politique, au profit de la victime vuln&#233;rable : non plus &#224; craindre, non plus porteur d'un potentiel de rupture et qui doit bouleverser l'&#233;pist&#233;m&#232; sexuelle, mais le corps sans puissance d'agir, dont la seule &#233;nonciation est celle de la plainte, adress&#233;e &#224; l'encontre du bourreau. La r&#233;volution, si on nous permet encore de l'esp&#233;rer d&#233;sirante, est celle des pratiques et convergent avec d'autres luttes. Mais cette exigence des pratiques corporelles est contrecarr&#233;e par la reterritorialisation dans le combat pour le droit et l'&#233;galit&#233; ; ce qui m&#232;ne &#224; ce cynique paradoxe d'une &#171; radicalit&#233; &#187; qui se veut lover dans l'&#201;tat de droit et ses institutions, en r&#233;clamant protection et reconnaissance de leur vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la victime reste dans des cordonn&#233;es ancr&#233;es dans l'identit&#233; et le personnologique en ce qu'elle est une fixation de la subjectivit&#233; dans un pass&#233; entendu comme &#233;tat ind&#233;passable auquel le pr&#233;sent (comme expression d'une plainte de vuln&#233;rabilit&#233;) et le futur (comme fermeture des alternatives de rupture) sont ali&#233;n&#233;s au profit d'une demande de reconnaissance par l'&#201;tat, le Juge, le Psy. Tout au contraire, la subjectivation mineure est projet, c'est-&#224;-dire sortie de soi-m&#234;me qui n'&#233;merge que dans la formation collective : ce sont alors des pratiques collectives d&#233;sali&#233;nantes qui sont s&#233;cr&#233;t&#233;es : c'est-&#224;-dire &#224; vis&#233;e lib&#233;ratrice. La figure de la victime vuln&#233;rable avec son cort&#232;ge de mots d'ordre insistants (safe, bienveillant,...) rend impossible une telle production de pratiques &#224; haut coefficient d&#233;sali&#233;nant. C'est qu'il faut que le collectif accepte, sans r&#233;serve aucune, les divergences et les conflits de d&#233;sirs et d'int&#233;r&#234;ts : la d&#233;sali&#233;nation n&#233;cessite que soient mises en place et organis&#233;es des proc&#233;dures de confrontation et d'affrontement qui produisent un &#233;largissement des alternatives politiques. La politique est ainsi entendue d'abord comme une d&#233;sali&#233;nation collective (la destruction du moi) et la production d'une alt&#233;rit&#233; radicale et non homog&#232;ne au moi. La victime-vuln&#233;rable tend, inversement, &#224; restreindre le champ des alternatives et des potentialit&#233;s politiques au profit d'une interpellation assujettissante (&#234;tre reconnue comme victime et vuln&#233;rable) qui enkyste l'ensemble du collectif. Injonction au safe et &#224; la bienveillance viennent &#233;liminer conflictualit&#233; et discussion, du moins formellement car, ne pouvant trouver un lieu d'expression, ils ressurgissent dans les rapports inter-personnels, dans les fantasmes parano&#239;aques de pers&#233;cution dont le &lt;i&gt;call out&lt;/i&gt;, arme fatale de celui ou celle qui refuse la possibilit&#233; d'un discours en conflit avec ses int&#233;r&#234;ts et ses d&#233;sirs. Le mot d'ordre devient alors : &#171; Tu me fais violence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de Jack Halberstam, &#171; Tu me fais violence &#187; : https://www.cairn.in&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Victime vuln&#233;rable qui se transforme en quelques instants en pr&#234;tre et flic des plus redoutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;ductionnisme politique de la victime correspond &#224; un certain type d'agencement discursif (du droit et de la m&#233;decine) de la modernit&#233;. C'est en ce sens qu'il doit &#234;tre refus&#233;, d&#233;nonc&#233; : affirm&#233; comme inad&#233;quat &#224; la poursuite d'un projet r&#233;volutionnaire d'autonomie subjective. Les dimensions pr&#233;tendument &#233;mancipatrices de la vuln&#233;rabilit&#233; queer se lient &#224; des entreprises de normalisation et d'enfermement psychologique qui, bien loin d'&#233;loigner la violence physique et affective qui est &lt;i&gt;un des&lt;/i&gt; traits majeurs des exp&#233;riences queer, la renforcent. L'agresseur et l'&#201;tat nous affirment, nous assujettissent comme victimes et comme vuln&#233;rables, et c'est pour cette raison qu'ils peuvent l&#233;gitimement malmener nos corps, nous tuer. L'&#233;mancipation collective qui doit &#234;tre vis&#233;e par nos politiques est celle du refus du trauma d&#233;finitif et de la vuln&#233;rabilit&#233; : refus de tout enkystement dans une position de souffrance. Au vieux &#171; d'o&#249; tu parles ? &#187;, ayant mut&#233; en dispositif de confession de ses &#171; privil&#232;ges &#187;, il faut retrouver la question conflictuelle qui ne fuit pas les d&#233;sirs et fantasmes individuels et de groupe, qui n'&#233;pure pas. Il s'agit pour nous d'affirmer l'urgence de rompre avec l'ensemble des dispositifs de pouvoir contemporains qui tiennent de l'aveu et de la culpabilit&#233;. Une question r&#233;pondant &#224; une logique de la &lt;i&gt;situation &lt;/i&gt;et &#224; une intensification de la &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; : qu'est-ce qui se met &#224; parler &#224; travers nous dans cette situation ? Quels d&#233;sirs, quels int&#233;r&#234;ts s'y &#233;noncent et comment pouvons-nous les ressaisir dans une micropolitique tenace et efficace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victime, telle que formul&#233;e dans le queer actuel, trouve des &#233;chos dans le f&#233;minisme institutionnel ou r&#233;formiste, qui fait des corps dissidents et violent&#233;s, des corps incapables d'une pr&#233;sence agressive et terrifiante. Elle est une r&#233;ification du trauma en identit&#233;. La peur et l'angoisse s'inscrivent dans l'ordre disciplinaire de la production du moi civilis&#233;. &#202;tre une victime faible et d&#233;sarm&#233;e, inapte &#224; la r&#233;sistance violente, c'est toujours s'inscrire dans cette grammaire disciplinaire et s'en remettre &#224; ses institutions. En cherchant &#224; promouvoir une &#233;pist&#233;mopolitique de la vuln&#233;rabilit&#233; (commun&#233;ment partag&#233;e, disons-le encore un coup, avec le f&#233;minisme institutionnel et les arguments imp&#233;rialistes), aucune r&#233;sistance ne peut s'&#233;chafauder collectivement. La menace, tel qu'elle fut th&#233;oris&#233;e et appliqu&#233;e par le FHAR puis reprise par le transf&#233;minisme post-porn est une des voies royales pour la d&#233;sidentification de la victime (son &lt;i&gt;devenir-chienne&lt;/i&gt;) et pour une production de strat&#233;gies dissidentes, agressives &#224; la disciplinarit&#233; des subjectivit&#233;s. Ce qu'un Autre a pu nommer une &lt;i&gt;terreur anale&lt;/i&gt;. La schize politique est alors : &#224; la victime, pr&#233;f&#233;rons l'anormal et le dissident ; &#224; la respectabilit&#233; de la victime, la menace terrifiante. Il faut se saisir de la question r&#233;volutionnaire &#224; pr&#233;sent n&#244;tre : comment faire muter la victime en subjectivit&#233; dissidente s&#233;cr&#233;tant une praxis riche d'alternatives mettant fin au r&#233;gime de l'identit&#233; qui fut celui des politiques des ann&#233;es 90 et qui montre maintenant ses limites ? Comment engager la subjectivation collective dans la voie d'un post-identitaire qui prend pour objectif celui de la d&#233;naturalisation des signifiants de la diff&#233;rence sexuelle et celui d'une d&#233;sali&#233;nation massive du champ social et du champ d&#233;sirant ? Et de reformuler, alors, une politique r&#233;volutionnaire : la politique anale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CASQS&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Le Comit&#233; des Anus Solaires et des Queues Supplici&#233;es)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le texte de Chi-Chi Shi, &#171; La souffrance individuelle (et collective) est-elle un crit&#232;re politique ? &#187; URL : &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-la-condition-de-victime/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-la-condition-de-victime/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souscrivons pleinement &#224; cette remarque : &#171; Une politique de la demande remplace donc une politique de la cr&#233;ation, et en niant le pouvoir, en affirmant que l'oppression peut &#234;tre surmont&#233;e par la reconnaissance, le pouvoir du syst&#232;me existant s'en trouve renforc&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le texte de Jack Halberstam, &#171; Tu me fais violence &#187; : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-vacarme-2015-3-page-28.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-vacarme-2015-3-page-28.htm&lt;/a&gt;. Nos remarques s'entendent comme compl&#233;ments &#224; son texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Transmat&#233;rialisme is the new queer ?</title>
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		<description>&lt;p&gt;Comment faire un enfant dans le dos sans verser de pension alimentaire - par Ricardo Robles Rodriguez&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-DIX-SEPT-" rel="directory"&gt;DIX-SEPT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-transmasculinite-+" rel="tag"&gt;transmasculinit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton173.jpg?1731403045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis les derni&#232;res 5 ann&#233;es, nous pouvons constater un virage de l'activisme trans dans l'&#233;chelle internationale, et tr&#232;s concr&#232;tement en France, qui ressemble tout un flou qui va d'Andrea Dworkin jusqu'&#224; Jean Paul Gaultier. Si le mot &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;queer&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, comme constatait Preciado d&#233;j&#224; en 2009, s'est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;dolcegabanis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pouvons retrouver ce terme dans la version espagnole de Gare &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; jusqu'&#224; son effacement actuel, maintenant c'est le tour du &#171; trans mat&#233;rialisme &#187; &#224; devenir &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mainstream &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : il se concr&#233;tise de plus en plus (notamment &#224; partir de la publication de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://hysteriquesetassociees.org/2019/09/15/materialismes-trans/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mat&#233;rialismes trans&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, &#233;dit&#233; par Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; et dont un de ses principes c'est de s'opposer &#171; au queer &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clochec, Pauline (2021) Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;. Pourquoi cette rupture &#233;pist&#233;mologique, si jamais y en a une ? Quel est le diagnostic que nous pouvons faire du contexte actuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Celui qui lutte contre les monstres doit veiller &#224; ne pas le devenir lui-m&#234;me. Et quand ton regard p&#233;n&#232;tre longtemps au fond d'un ab&#238;me, l'ab&#238;me, lui aussi, p&#233;n&#232;tre en toi&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Nietzsche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Soy mala, pero estoy buenisima&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je suis m&#233;chante, mais je suis tr&#232;s bonne &#187;. La Materialista est une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Materialista, &lt;i&gt;Buenisima&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plut&#244;t amn&#233;siques que mat&#233;rialistes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus de jeunes trans de l'Hexagone d&#233;cident de se positionner contre &#171; le queer &#187; et se disent mat&#233;rialistes. Iels sont capables m&#234;me de mettre au m&#234;me niveau le mat&#233;rialisme de Marx, celui du MLF&#8230; et le leur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;strong&gt;Un tel trans-nombrilisme peut s'expliquer : soit comme le summum de la m&#233;galomanie queer &lt;/strong&gt;(je ne trouve rien de plus queer que de critiquer les queers !) ;&lt;strong&gt; soit comme un assimilationnisme trans &lt;/strong&gt; ;&lt;strong&gt; soit les deux&lt;/strong&gt;. Je vais examiner ici ces diff&#233;rentes hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990 et 2000, les vagues successives du &#171; queer &#187; &#233;taient simplement des ami-e-s trans, p&#233;d&#233; et/ou gouines de la m&#234;me tranche d'&#226;ge &#8211; voire du m&#234;me groupe affinitaire, m&#234;me promotion, ou m&#234;me centre d'&#233;tudes &#8211; qui se rassemblaient pour faire de la recherche ensemble (m&#234;me si leurs approches divergeaient parfois) en raison de leur isolement acad&#233;mique. C'est toujours comme &#231;a dans d'autres contextes. Souvent, la g&#233;n&#233;ration &#224; laquelle nous appartenons conserve certains reproches de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. On peut le constater dans les premiers travaux de Paul B. Preciado et de Sam Bourcier : les deux, avec d'autres personnes dans les s&#233;minaires du ZOO, formuleront certaines critiques de la performativit&#233; butl&#233;rienne. D'ailleurs, &lt;strong&gt;un des premiers auteurs &#224; parler de &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mat&#233;rialisme queer&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; sera Paul B. Preciado dans le &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Manifeste &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ontr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-sexuel&lt;/strong&gt;, m&#234;me si, plus tard, il abandonnera cette d&#233;nomination. Preciado, hier comme aujourd'hui, n'est pas int&#233;ress&#233; par les d&#233;bats &#233;ternels sur les processus identificatoires. Ce qui va l'int&#233;resser, ce sont les pratiques concr&#232;tes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question ne consiste pas &#224; privil&#233;gier une marque (f&#233;minine ou neutre) pour mettre en place une discrimination positive, la question n'est pas non plus d'inventer un nouveau pronom (&#8230;) Ce qu'il faut secouer, ce sont les technologies d'&#233;criture du sexe et du genre, ainsi que ses institutions. Il ne s'agit pas de substituer des termes par d'autres. Il ne s'agit pas non plus de se d&#233;barrasser des marques du genre ou des r&#233;f&#233;rences &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, mais de changer les positions d'&#233;nonciation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Preciado, Paul B. (2000) Manifiesto contrasexual. Trad. Carolina Meloni. Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ontr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-sexuel, &lt;/i&gt;Preciado pensait que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes (Judith Butler, Teresa De Lauretis), tout en continuit&#233; avec les m&#234;mes et avec des arguments bien fond&#233;s, qu'elles &#171; omettaient toute r&#233;f&#233;rence &#224; des pratiques sexuelles concr&#232;tes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid (p. 66)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voire d'&#234;tre &#171; clo&#238;tr&#233;es dans une tour de marbre litt&#233;raire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. op.cit&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;strong&gt;Bref, un peu de rupture par rapport &#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente ne fait jamais de mal&lt;/strong&gt; et elle permet de dynamiser une cadence mortif&#232;re o&#249; tout le monde se donne raison, et aussi, comme le souligne Jack Halberstam dans &lt;i&gt;Dark Feminisms (Queer Art of Failure&lt;/i&gt;, 2018), elle emp&#234;che une reproduction familialiste et quasi &#339;dipienne dans nos transmissions &#224; l'int&#233;rieur des dites &#171; &#233;tudes de genre &#187;. Il articule la critique de Sarah Ahmed sur la lin&#233;arit&#233; en ne regardant pas seulement devant mais aussi derri&#232;re (l'image digne des prog&#233;niteurs), le sujet queer &#233;tant ainsi &#171; entre l'optimisme h&#233;t&#233;rosexuel et sa r&#233;alisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Halberstam, J. (2018) El arte queer del fracaso. Trad. Javier Saez. Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il part d'une critique des dynamiques familialistes, racistes et &#339;dipianisantes que nous reproduisons souvent dans les laboratoires de &lt;i&gt;g&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ender Studies&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que je rejoigne une bonne partie de la proposition de Halberstam, reste &#224; dire que ces dynamiques &#339;dipianisantes sont bien plus complexes. Tel est le cas de la rupture actuelle entre les th&#233;oricien-ne-s dits &#171; queers &#187; et cette vague &#171; trans mat&#233;rialiste &#187;. Au vu de la ligne g&#233;n&#233;rale des articles de cette compilation, qui est la transcription d'une journ&#233;e d'&#233;tude tenue &#224; l'ENS en 2019, le probl&#232;me n'est pas tant son opposition aux th&#233;orisations queer que sa m&#233;connaissance, voire &lt;strong&gt;cette volont&#233; et cette &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;apologie de la m&#233;connaissance&lt;/strong&gt; : &#224; l'exception de &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Histoire critique de la notion d'identit&#233; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;genre &#187;&lt;/i&gt; de Philippa Ardin qui probl&#233;matise le corpus qu'elle critique, nous n'avons aucune trace bibliographique de tout ce qui est dit sur &#171; le queer &#187;.&lt;strong&gt; D'abord, personne n'&#233;voque le fait que lesdites &#171; th&#233;orisations queer &#187; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'existent plus&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; en tant que telles&lt;/strong&gt; : elles ont &#233;volu&#233; en tant que &lt;i&gt;wild theory &lt;/i&gt;(telle qu'elle est revendiqu&#233;e par Halberstam), en th&#233;ories anti-sociales, en r&#233;flexions sur l'utopie, en marxisme queer, des branches parfois oppos&#233;es entre elles comme l'optimisme queer et le n&#233;gativisme queer, etc. Il n'est pas possible non plus de parler d'un dit glissement de terrain qui se revendiquerait queer, son usage ayant &#233;t&#233; substitu&#233; progressivement par &#171; trans-p&#233;d&#233;-gouine &#187; en France, &#171; transfeminismo &#187; en Espagne, etc. Comme nous le rappelait Itziar Ziga, mais aussi Preciado, en 2009 dans la revue &lt;i&gt;Parole de Queer 1&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revue Parole de Queer 1 (2009) Disponible ici : https://es.scribd.com/fullscreen&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il est plut&#244;t normal que les personnes concern&#233;es ne soient pas &#224; l'aise avec un tel anglicisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple inqui&#233;tant &lt;i&gt;d'apologie de la m&#233;connaissance &lt;/i&gt;est le fait de r&#233;p&#233;ter &#8211; tel un mensonge racont&#233; maintes fois jusqu'&#224; ce qu'il s'&#233;tablisse comme une v&#233;rit&#233; &#8211; comment la &#171; th&#233;orie queer &#187; dans son ensemble serait &#171; trop centr&#233;e sur l'identit&#233; de genre &#187;, voire tr&#232;s empar&#233;e par le &#171; genre psychologique &#187;, ou encore, qui renforcerait la dualit&#233; nature-culture&#8230; Rien de plus &#233;loign&#233; de la v&#233;rit&#233; ! D&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Gender Trouble, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Butler d&#233;clare que &#171; il n'y a pas d'identit&#233; cach&#233;e derri&#232;re les expressions d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; genre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Butler, Judith (2005) Trouble dans le genre : Le f&#233;minisme et la subversion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; et utilise la notion de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;substantialisation du genre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pour faire r&#233;f&#233;rence&lt;/strong&gt; &#224; certaines approches essentialistes des f&#233;minismes de son &#233;poque. Aussi, Butler s'attaque &#224; la division sexe-genre afin de critiquer le constructivisme qui comprend le sexe comme variable fixe, en tant que &lt;i&gt;donn&#233; pr&#233;-discursif.&lt;/i&gt; Selon Butler, &#171; le genre, c'est aussi l'ensemble des moyens discursifs et culturels par quoi la &lt;i&gt;nature sexu&#233;e&lt;/i&gt; ou un &lt;i&gt;sexe naturel&lt;/i&gt; est produit et &#233;tabli dans un domaine &lt;i&gt;pr&#233;-discursif &lt;/i&gt;qui pr&#233;c&#232;de la culture, telle une surface politiquement neutre sur laquelle intervient la culture apr&#232;s-coup &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. (p. 69)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, sexe et genre feraient partie d'un m&#234;me tout qui se r&#233;tro-alimente ; selon le contexte et l'usage, l'auteur.ice mentionnera l'un ou l'autre. Il est vrai qu'iel dira &#224; plusieurs reprises qu'iel pr&#233;f&#232;re &#171; plut&#244;t &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Butler, Judith (2009) Ces corps qui comptent : De la mat&#233;rialit&#233; et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'usage de genre, qui lui para&#238;tra plus strat&#233;gique pour une articulation politique qui puisse esquiver les politiques d'identit&#233; ou la multiplication de positions subjectives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. (p. 170-181)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; nous verrons n&#233;anmoins plus tard avec l'amplification sans fin de l'acronyme LGTBIQA2SNB+ que, sur ce point, Butler avait tort dans sa strat&#233;gie de la prolif&#233;ration de genres. Dans tous les cas, dire que Butler adh&#232;re au dualisme sexe-genre, reviendrait &#224; dire qu'iel comprend le sexe comme une variable qui pr&#233;c&#232;de la loi symbolique, ce qu'iel ne fait&#8230; d&#233;cid&#233;ment pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Ces corps qui comptent : De la mat&#233;rialit&#233; et des limites discursives du &#171; sexe &#187; (1993), &lt;/i&gt;ouvrage ayant pour vis&#233;e de r&#233;pondre aux mauvaises lectures de &lt;i&gt;Gender trouble, &lt;/i&gt;Butler insistera sur comment &#171; ce qui a &#233;t&#233; compris comme performativit&#233; du genre, &lt;strong&gt;loin d'&#234;tre l'exercice d'un volontarisme&lt;/strong&gt; affranchi de toute contrainte, s'av&#232;re ne pouvoir &#234;tre pens&#233; ind&#233;pendamment de l'id&#233;e de telles contraintes politiques int&#233;gr&#233;es psychiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid (p. 146)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Iel propose ainsi de dissocier la &lt;i&gt;contrainte &lt;/i&gt;des &#171; positions essentialistes qui cherchent dans une nature sexuelle ou une structuration pr&#233;-culturelle de la sexualit&#233; la garantie d'un site ou d'une cause m&#233;taphysique pour ce sentiment de contrainte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa vis&#233;e est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s pragmatique : analyser quels sont les m&#233;canismes d'exclusion et de r&#233;pudiation pour lesquels un sujet assume une position sexu&#233;e ou une autre, afin de contester l'id&#233;e qu'une identit&#233; coh&#233;rente puisse constituer une base politique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid (p. 175) op. cit&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lacunes th&#233;oriques transform&#233;es en calomnies posent, en plus des nombreuses questions d&#233;ontologiques et &#233;thiques, des questions sur comment on affirme nos ruptures th&#233;oriques. La loi du tout ou rien, soit on tombe dans le &lt;i&gt;cruel optimisme et good vibes&lt;/i&gt; qui censure toute critique, soit on formule des ruptures &#233;pist&#233;mologiques (et personnelles) qui reproduisent les dynamiques de consommer-jeter du capitalisme. En y r&#233;fl&#233;chissant bien, la &#171; &lt;i&gt;urgence culture&lt;/i&gt; &#187; capitalistique (la culture de l'instantan&#233;, la culture &lt;i&gt;tik tok&lt;/i&gt;, la r&#233;tention de m&#233;moire de 15 secondes, la &lt;i&gt;story &lt;/i&gt;qui dure 24 heures, les 150 caract&#232;res), s'entend &#233;tonnamment bien avec un (trans)&lt;i&gt;f&#233;minisme plus amn&#233;sique que mat&#233;rialiste&lt;/i&gt;, et &lt;strong&gt;plus centr&#233; sur les besoins &#171; du nouveau &#187; de certaines maisons d'&#233;ditions que dans un dialogue critique avec nos a&#238;n&#233;-e-s&lt;/strong&gt;. Me concernant, je trouve plus int&#233;ressant d'&#233;tablir des ruptures &#233;pist&#233;mologiques &#224; partir d'un d&#233;bat bien fond&#233;, d'un v&#233;ritable &#233;change, et &lt;strong&gt;non en instituant en tant que savoirs intellectuels les &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;hot takes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; des r&#233;seaux sociaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Assimilationnisme trans et &lt;i&gt;cognitivisme de genre&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir sur certains principes de ce trans-mat&#233;rialisme, qui reconna&#238;t lui-m&#234;me sa diversit&#233; d'approches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clochec, Pauline (2021) Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de trouver des points assez &#233;tonnants, voire contradictoires. Le premier, la non-reconnaissance (soit, &#224; mi-voix) &lt;strong&gt;que les approches psychologisantes sur l'identit&#233; de genre ne viennent &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de ladite &#171; th&#233;orie queer &#187; mais&#8230; de l'assimilationnisme trans&lt;/strong&gt;. Pourquoi donc externaliser cette erreur historique sur Butler ? De plus, certains auteurs cit&#233;s, tels que Jay Prosser, Viviane Namast&#233; ou Julia Serano, sont cit&#233;s comme &lt;i&gt;joker&lt;/i&gt; pour &#171; d&#233;tr&#244;ner &#187; les approches queer (ces auteurs ou personnalit&#233;s cit&#233;s en abstract, dans un nous vs. eux les queers sans nom ni visage). Or, toute r&#233;f&#233;rence au naturalisme de ces auteurs est compl&#232;tement effac&#233;e. Plus encore, tout comme Jack Halberstam l'expose dans &lt;i&gt;Trans* : &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt; quick and quircky account of gender variability (2017)&lt;/i&gt;, il n'y a pas si longtemps que &#231;a (j'insiste, 2017 !), le reproche fait &#224; ladite &#171; th&#233;orie queer &#187; &#233;tait bien le contraire, &#224; savoir, d'&lt;i&gt;&#171; invalider l'identit&#233; de genre &#187;&lt;/i&gt; des personnes trans &#224; partir de la performativit&#233; butl&#233;rienne. &lt;strong&gt;L'institutionnalisation de l'assimilationnisme trans dans certains pays occidentaux va co&#239;ncider avec une rupture &#233;pist&#233;mologique de celui-ci contre certains auteurices dites &#171; queer &#187;.&lt;/strong&gt; Jack Halberstam fait l'observation que cette rupture va se centrer autour de la critique de la performativit&#233; de genre butl&#233;rienne, et de Judith Butler en g&#233;n&#233;ral. &#171; [Ces critiques] craignent le fait qu'adopter le terme de &lt;i&gt;performativit&#233; de genre &lt;/i&gt;implique, dans un sens transphobe, que le genre trans* n'est pas r&#233;el, mat&#233;riel, authentique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Feminismos trans. Halberstam, J (2018) Trans* : Una guia r&#225;pida y peculiar (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; la performativit&#233; butl&#233;rienne, ces auteurs vont imposer le &#171; genre ressenti &#187;. Le sociologue catalan et transf&#233;ministe Miquel Miss&#233; donne le nom d&lt;i&gt;'essentialisme de genre &lt;/i&gt;&#224; ce type d'approches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai juste saut&#233; d'un auteur &#224; un autre. Dans A la conquista cuerpo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les relie au transm&#233;dicalisme, c'est-&#224;-dire &#224; la croyance qu'il faut avoir un diagnostic de dysphorie de genre &#233;tablit par un psychiatre &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;faire une transition physique pour pouvoir s'auto-nommer trans*. &#192; quel point est-il pertinent d'&#233;tablir le rapport que Miquel Miss&#233; fait entre les deux &lt;strong&gt; ? Sans aller plus loin Julia Serano, partisane du &#171; genre ressenti &#187; d&#233;clare depuis toujours &#234;tre contre le transm&#233;dicalisme&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serano, Julia (2011) A Transsexual vs Transgender Intervention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;et&lt;/i&gt; soutient une approche holistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a pas si longtemps, Julia Serano faisait un thread sur Twitter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (Et peut-&#234;tre que c'est &#231;a le probl&#232;me, la deuxi&#232;me partie de la phrase). Personnellement je souhaiterais sortir de l'ancien d&#233;bat transm&#233;dicalistes vs. Queers, vu que cette dichotomie, en plus de ne plus &#234;tre valable, est arriv&#233;e depuis quelques ann&#233;es &#224; une sorte de &lt;i&gt;synth&#232;se&lt;/i&gt;, et l'a trouv&#233; dans le concept d'auto-d&#233;termination de genre, ou &lt;strong&gt;comme je pr&#233;f&#232;re le nommer dans mes travaux, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;cognitivisme de genre&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a vaudrait aussi la peine de chercher dans l'histoire de la psychologie, puisque depuis les ann&#233;es 1950 les notions sur l'esprit ont &#233;volu&#233;. Depuis 30 ans &lt;strong&gt;les neurosciences&lt;/strong&gt;, inqui&#233;t&#233;es par les accusations fr&#233;quentes d'essentialisme dans tous les champs de savoir o&#249; elle s'&#233;tale, se sont alli&#233;es avec les approches cognitivo-comportementales, et parfois &lt;strong&gt;se sont donn&#233;es aussi une fa&#231;ade &#171; sociale &#187;,&lt;/strong&gt; parfois m&#234;me psychanalytique, le tout souvent par le prisme de l'interdisciplinarit&#233;. Les approches biologistes du genre ont &#233;t&#233; largement contest&#233;es, et actuellement &lt;i&gt;l'approche dite sociocogniti&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ve&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de diff&#233;renciation du genre&lt;/i&gt; (Bandura, 1999) aurait progressivement pris la rel&#232;ve. Selon cette approche, aussi appel&#233;e triadique, la construction de genre du sujet d&#233;pend de trois instances s&#233;par&#233;es : les pr&#233;dispositions g&#233;n&#233;tiques, l'environnement, et la &lt;i&gt;capacit&#233; d'agencement&lt;/i&gt; de l'individu. Nous pouvons trouver ce m&#234;me raisonnement dans les articles de Serano, et il serait donc plus pertinent de la situer dans le &lt;i&gt;cognitivisme de genre &lt;/i&gt;que dans le biologisme ou le &#171; transm&#233;dicalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement vers le discours de la diff&#233;rence sexuelle est-il moins essentialiste ? &#192; premi&#232;re vue, nous pourrions arriver &#224; dire qu'il s'agit d'&#233;tudes tr&#232;s &lt;i&gt;progressistes&lt;/i&gt; dans la science et la psychologie. Mais, en s'y approchant, nous pouvons observer qu'il maintient encore la diff&#233;rence sexuelle. Contrairement &#224; la performativit&#233; butl&#233;rienne, &lt;strong&gt;le cognitivisme de genre fait une dissociation entre les r&#244;les de genre et l'identit&#233; de genre (le d&#233;tachant de toute mat&#233;rialit&#233;)&lt;/strong&gt;, argumentant qu'elle est n&#233;cessaire pour l'&#233;volution des mod&#232;les culturels, soit &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; du f&#233;minisme r&#233;formiste (&#171; les hommes peuvent pleurer, &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt; des femmes, etc. &#187;). Selon Bandura (1999), auteur qui a eu une forte ampleur sur les &#233;pist&#233;mologies actuelles en psychologie dite &lt;i&gt;int&#233;grative&lt;/i&gt;, &#171; l'identit&#233; de genre a pour seul besoin &lt;i&gt;l'habilit&#233; de s'auto-nommer&lt;/i&gt; homme &lt;i&gt;ou &lt;/i&gt;femme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bussey, K., &amp; Bandura, A. (1999). Social cognitive theory of gender (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et d&#233;mentit tout rapport entre l'identit&#233; de genre et son expression. Ult&#233;rieurement, plusieurs&lt;i&gt; trans studies&lt;/i&gt; vont rejoindre les id&#233;es de Bandura, m&#234;me sans le citer directement. &lt;strong&gt;L'identit&#233; de genre devient auto-d&#233;clar&#233;e, centr&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;dans&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;cognition &#224; tout moment modifiable, dans une volont&#233;&lt;/strong&gt;, le cognitivisme red&#233;finissant ainsi le concept d'auto-d&#233;termination de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; (homme, femme, parfois m&#234;me non-binaire) devient &lt;i&gt;localisable &lt;/i&gt;dans le cerveau (&lt;i&gt;v&#233;rit&#233; psychologique&lt;/i&gt;) et, de plus, &lt;strong&gt;sera revendiqu&#233;e par certains activistes trans &lt;/strong&gt;qui diront que nous ne pouvons pas pr&#233;tendre que le cerveau n'est pas sexu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serano, Julia (2017) Transgender people and biological sex myths (p.2-3)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, il ne s'agit plus d'un cerveau qui subit une &#171; pluie d'hormones &#187; du transm&#233;dicalisme des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, mais plut&#244;t d'un cerveau plastique, modifiable, qui d&#233;pend d'une volont&#233;, ainsi que d'une auto-r&#233;gulation. Cela voudrait-il dire que toute personne trans pourrait arr&#234;ter de l'&#234;tre si elle met suffisamment de &#171; volont&#233; &#187;, ne vaudrait-il pas la peine de &#171; changer le corps &#187; ? Notons le fort int&#233;r&#234;t de certain-e-s mat&#233;rialistes trans pour les d&#233;transitions, et notamment FTM, certain-e-s m&#234;me concern&#233;-e-s par la d&#233;transition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je citerais par exemple cet article de Max L. du blog &#171; Guerrill&#232;res &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ces approches, tout se passe comme si, &lt;strong&gt;finalement, l'identit&#233; &#233;manait de l'int&#233;rieur de soi, bien qu'avec avec une flexibilit&#233;, une surpuissance &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pour&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la modifier &#224; tout moment, et une &#171; fa&#231;ade &#187; sociale&lt;/strong&gt;. Si Christine Delphy, comme le souligne tr&#232;s bien Pauline Clochec&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clochec, Pauline (2021) Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est une antinaturaliste qui est en r&#233;alit&#233; une naturaliste qui ne dit pas son nom&#8230; Pourrions-nous dire la m&#234;me chose de certains d&#233;roulements th&#233;oriques du trans-mat&#233;rialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas, comme certain-e-s de mes coll&#232;gues, que les personnes trans soient &#171; manipul&#233;es par les f&#233;ministes mat&#233;rialistes fran&#231;aises &#187; : l&lt;strong&gt;e transmat&#233;rialisme, par certains aspects, pose les m&#234;mes soucis que l'activisme trans &#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;chelle internationale&lt;/strong&gt;, avec la seule diff&#233;rence d'une revendication plut&#244;t &lt;i&gt;folk &lt;/i&gt;(et je m'en doute que non pas tr&#232;s consensuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pendant que nous on est souci&#233;s &#224; faire des &#233;ni&#232;mes &#171; lectures h&#233;r&#233;tiques &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) du &lt;i&gt;french materialism. &lt;/i&gt;Notons par exemple l'insistance du transmat&#233;rialisme, &#171; malgr&#233; les diff&#233;rences de parcours MTF/FTM &lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt;,&lt;strong&gt; &#224; croire &#224; un &#171; nous &#187; de la communaut&#233; trans&lt;/strong&gt; (qui ne serait pas compos&#233; de jenesaispluscombien de genres comme dans &lt;i&gt;l'optimisme queer&lt;/i&gt;, mais deux : de filles et de gar&#231;ons), ce qui me semble un &#171; nous &#187; tr&#232;s contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un argument contestable est la &lt;strong&gt;volont&#233; de d&#233;poser dans un certain secteur (trans, surtout) toute id&#233;e d'avant-garde de lutte&lt;/strong&gt; : il est fort possible que, comme Beaubatie le signale (par ailleurs, Bourcier l'avait fait d'abord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourcier, Sam (2018) Nouvelles technologies des transmasculinit&#233;s. Dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) que certains secteurs des th&#233;orisations queer aient mis les hommes trans en premi&#232;re ligne ; or, &lt;strong&gt;il me semble contre-intuitif de formuler une telle critique pour finalement mettre les femmes trans (racis&#233;es, notamment), en premi&#232;re ligne : litt&#233;ralement&lt;/strong&gt; en premi&#232;re ligne, compte tenu des non-mixit&#233;s des manifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques consid&#233;rations sur la Pride radicale, Trou Noir n&#176;17 - 28 septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jusqu'&#224; quand ce trans-nombrilisme ? D'un certain aspect Emmanuel Beaubatie est extr&#234;mement lucide, sur le fait de dire que, historiquement, les personnes trans ont contribu&#233; elles-m&#234;mes &#224; la constitution, voire &#224; l'institutionnalisation, des savoirs sur eux (il donne l'exemple de la m&#233;decine) et qu'il n'y a pas de &lt;i&gt;eux contre nous&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaubatie, Emmanuel (2021) Le genre pr&#232;cede le sexe. Dans Mat&#233;rialismes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me avec Pauline Clochec lorsqu'elle dit dans une note de bas de page&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clochec, Pauline (2021) Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que les personnes trans existaient bel et bien avant la th&#233;orie queer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(et les ancrages sur le genre ressenti existent, eux aussi, bien avant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, on pourrait retourner tous ces arguments contre eux-m&#234;mes : &lt;strong&gt;il est temps que l'activisme trans assume ses erreurs historiques&lt;/strong&gt; concernant certaines notions (&#171; identit&#233; de genre &#187;, autod&#233;termination de genre), &lt;strong&gt;plut&#244;t que de l'externaliser&lt;/strong&gt; sur Judith Butler ou sur un mouvement th&#233;orique en extinction comme l'est le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. En revanche, l'assimilationnisme trans existe bel et bien et il serait temps d'affirmer que la communaut&#233; trans peut parfois aussi l'&#234;tre, au m&#234;me point que la communaut&#233; gay (cette derni&#232;re souvent cible de tous les maux !) : &lt;strong&gt;aucune lettre de l'ab&#233;c&#233;daire n'est &#233;pargn&#233;e par l'assimilation, par la complicit&#233; d'un capitalisme rose, par l'imp&#233;rialisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand le monstre se retourne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le ton de respectabilit&#233; immacul&#233;e qu'on ressent dans le fil conducteur de ces communications, certains d&#233;roulements de cette compilation de textes transmat&#233;rialistes ne sont pas &#233;pargn&#233;s d'une continuit&#233; avec certaines approches d'auteurs queer, sp&#233;cialement ceux situ&#233;s dans la transmasculinit&#233; : j'aimerais qu'il s'agisse des &lt;i&gt;goodpoints&lt;/i&gt;. Et bah non, justement. On pourrait constater principalement deux points de continuit&#233; avec les mauvaises accroches de ces auteurs queer &lt;strong&gt; : l'objectification des personnes trans et l'objectification des personnes racis&#233;es.&lt;/strong&gt; Les personnes trans sont mobilis&#233;es pour &#171; d&#233;montrer &#187; certaines hypoth&#232;ses : les personnes trans &lt;i&gt;montrent&lt;/i&gt; la construction de la n&#233;grophobie, les femmes trans &lt;i&gt;montrent&lt;/i&gt; la construction de la misogynie, les personnes trans &lt;i&gt;montrent&lt;/i&gt; la mobilit&#233; sociale&#8230;&lt;strong&gt; Les personnes trans sont&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; utiles&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, in fine, pour &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&#233;montrer&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; certaines grandes th&#233;ories pr&#233;existantes&lt;/strong&gt; du champ des sciences sociales, sans aucune pr&#233;tention de les modifier ou de se mettre en rupture, juste pour d&#233;montrer sa validit&#233;, sa p&#233;rennit&#233;, contrairement au reste de savoirs qui deviennent &#233;ph&#233;m&#232;res, jusqu'&#224; s'effacer. C'est exactement ce qui avait &#233;t&#233; reproch&#233; &#224; Judith Butler, non sans tort, dans sa mobilisation de la femme trans Venus Extravaganza pour expliquer la construction de la f&#233;minit&#233;. Ou encore ce qui a &#233;t&#233; reproch&#233; &#224; certains ouvrages (Halberstam et &lt;i&gt;Female Masculinities&lt;/i&gt;, Preciado et &lt;i&gt;Testo Junkie&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Manifeste cont&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ra&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-sexuel&lt;/i&gt;) comme quoi les hommes trans &lt;i&gt;montreraient&lt;/i&gt; la construction de la masculinit&#233;, plut&#244;t que de se positionner en rupture avec cette derni&#232;re (rupture que les auteurs de ces ouvrages, je le pr&#233;cise de suite, rejoindront de fa&#231;on plus contemporaine !). &lt;strong&gt;Notons que lorsqu'il s'agit d'expliquer le genre, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;quel que soit la chapelle d&#233;fendue, les groupes sociaux constamment objectifi&#233;s sont : les enfants, les indig&#232;nes, et les personnes trans, voire sp&#233;cialement les mineurs trans.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Quand va-t-on changer ces dynamiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour boucler la boucle, nous avons Emmanuel Beaubatie : &#233;voquant des notions telles &lt;strong&gt;que le &#171; voyage du genre &#187;, &#171; travers&#233;e de fronti&#232;res &#187; et les &#171; transfuges &#187; , etc. &lt;/strong&gt;L'auteur fait deux mouvements en un : d'un c&#244;t&#233; il rejoint les analogies raciales de Gayle Rubin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rubin, Gayle (1992) On Catamites and kings :Reflections on Butch, Gender and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (les deux parleront de &#171; guerres de fronti&#232;res &#187;) et du dernier Preciado (emprunt&#233;es &#224; son tour &#224; Monique Wittig) ; comme nous le rappelle &lt;strong&gt;Hourya Bentouhami&lt;/strong&gt;, il faudrait arr&#234;ter avec ces analogies entre l'&#233;mancipation trans, lesbienne ou f&#233;ministe et la racialisation : &#171; que cette analogie [celle de Wittig] entre &#233;mancipation f&#233;ministe et &#233;mancipation de l'esclavage rend inaudible la voix des femmes marronnes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bentouhami, Hourya (2018) &#171; Notes pour un f&#233;minisme marron. Du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce &#224; quoi je rajouterais : &lt;strong&gt;elle rend surtout inaudible la voix des hommes trans racis&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas forc&#233;ment li&#233; au texte, mais je tiens tout de m&#234;me &#224; relier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Female Masculinities &lt;/i&gt;de Jack Halberstam va &#234;tre le seul travail, &#224; ma connaissance, &#224; prendre du recul sur l'usage ces formules. Reprenant les m&#233;taphores mobilis&#233;es autant par Jay Prosser (&lt;i&gt;No Place Like Home) &lt;/i&gt;que par Gayle Rubin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 29&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Halberstam dit que c'est un danger de &#171; transposer des cadres conceptuels qui sont d&#233;j&#224; charg&#233;s de sens (le lieu, le voyage, le foyer, les fronti&#232;res) sur une autre probl&#233;matique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Halberstam, J (2008) Masculinidades femeninas. Trad. Javier Saez. Ed. Egales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; encore, il dit que dans ces m&#233;taphores &#171; l'identit&#233; de genre et l'identit&#233; nationale se pr&#233;sentent comme immuables et essentielles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;strong&gt; Ou pour le dire autrement, renforcent le genre et la nation en tant que r&#233;alit&#233;s pr&#233;-discursives au lieu de les d&#233;stabiliser.&lt;/strong&gt; Ceci nous &#233;voque plusieurs questions : q&lt;i&gt;ui peut se permettre les m&#233;taphores ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid (p. 199)&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Comment penser les transmasculinit&#233;s en dehors des&lt;strong&gt; voyages d'un point A &#224; un point B ?&lt;/strong&gt; Une cartographie transmasculine existe-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaubatie ne reconna&#238;t pas l'inspiration pr&#233;ciadienne ou rubinienne pour parler de son &#171; espace social du genre &#187;.&lt;/strong&gt; Il ne reconna&#238;t pas suffisamment non plus les travaux d'autres auteurs transmasculins &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; transmat&#233;rialistes, ils sont masqu&#233;s tel un &lt;strong&gt;dirty little secret&lt;/strong&gt;, contrairement aux f&#233;ministes mat&#233;rialistes (encore le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;folk&lt;/i&gt;) qui sont mises en avance. La bonne et mauvaise nouvelle, c'est qu'Emmanuel Beaubatie n'est pas le premier auteur transmasculin &#224; ne pas citer d'autres auteurs transmasculins. On pourrait aussi citer Preciado sur cette erreur : le philosophe argentin et trans &lt;strong&gt;Blas Radi&lt;/strong&gt;, analysant une partie de l'&#339;uvre pr&#233;ciadienne, dira que Preciado mobilise toute une s&#233;rie de m&#233;canismes d'absence de personnes transmasculines, Delgrace Vulcano entre autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Radi, Blas (2017) Fronteras epistemol&#243;gicas coloniales de la teor&#237;a queer : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Personnellement, de ce que j'ai pu observer dans mon travail acad&#233;mique, &#224; savoir centr&#233; sur les transmasculinit&#233;s, ces m&#233;canismes d'absence sont pr&#233;sents (bel oxymore) &lt;strong&gt;dans la totalit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;des auteurs transmasculins que j'ai &#233;tudi&#233;e.&lt;/strong&gt; Ce n'est pas pour autant qu'on ne se lit pas entre mecs trans. Bien s&#251;r qu'on se lit entre nous, mais &#231;a ne d&#233;passe pas le voyeurisme, comme dans des toilettes publiques masculines : &lt;strong&gt;finalement, chaque &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;transmasc&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; veut &#234;tre le roi de sa chapelle, chacun est un mec trans &#171; mais pas comme les autres &#187;, clashe le mec d'&#224; c&#244;t&#233; sans arguments, &#224; la limite s'auto-flagelle cinq minutes&lt;/strong&gt; sur &#171; comment les femmes trans sont plus militantes que nous &#187;, tout &#231;a afin de ne pas examiner en d&#233;tail les micropolitiques des personnes transmasculines. Je ne peux pas m'emp&#234;cher de voir un peu de &lt;strong&gt;refoulement de d&#233;sirs T4T&lt;/strong&gt; dans ce geste, sinon directement de &lt;strong&gt;l'homophobie&lt;/strong&gt; : entre mecs trans, on se fait des enfants dans le dos (pour reprendre l'expression de Deleuze), ou peut-&#234;tre par le &lt;i&gt;bussy&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bussy : boy pussy, ou &#171; chatte de mec &#187; une expression d'internet que je ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans pour autant verser une pension alimentaire &#224; cet enfant battu. Dit autrement, &lt;strong&gt;on s'inspire les uns des autres dans nos travaux intellectuels sans pour autant se cr&#233;diter, par peur de &#171; se fr&#244;ler trop &#187;&lt;/strong&gt;&#8230; M&#234;me les hommes cish&#233;t&#233;roexuels se citent plus entre eux, sans se sentir &#171; attaqu&#233;s &#187; dans leur masculinit&#233; ! Je souhaiterais, dans l'id&#233;al, proposer une transmasculinit&#233; qui d&#233;clare son apostasie autant de la feminit&#233; assign&#233;e &#224; la naissance que de la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique, soit de ce dit &#171; r&#233;genrement &#187;, que les transmat&#233;rialistes &#233;voquent. Mais bon, pour le moment je me conformerais &#224; la mise en examen de ces m&#233;canismes d'absence qui r&#232;gnent dans nos savoirs minoritaires, ainsi qu'&#224; &lt;strong&gt;la r&#233;flexion&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sur les&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;batailles de dicklits&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; entre hommes trans&lt;/strong&gt; (qu'ils soient chercheurs, acteurs, &lt;i&gt;celebrities&lt;/i&gt;, &#233;crivains, ou autre). Aussi, vaudrait-il la peine de se demander pourquoi, mecs trans, ne sommes-nous pas en train d'&#233;laborer des dispositifs qui nous permettent d'explorer nos masculinit&#233;s sans crainte et sans culpabilit&#233;, plut&#244;t que de tourner autour du pot sur des questions qui trouvent difficilement de r&#233;ponse, ou que, si elles en trouvent, elles importent si peu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;What goes around, comes around&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enfin pour conclure&lt;strong&gt;, le mat&#233;rialisme trans est travers&#233; par de nombreuses contradictions, par des forces aussi dynamiques et novatrices que profond&#233;ment r&#233;actionnaires, ce qui arrive dans tout chantier th&#233;orique nouveau&lt;/strong&gt;. Ces m&#234;mes forces contradictoires peuvent-t-elles traverser un m&#234;me auteur ou autrice : tel est le cas, par exemple, de Emmanuel Beaubatie, lequel d'ailleurs je rejoins lorsqu'il dit qu'il y a bien plus de nuances qu'une dichotomie de deux p&#244;les &#171; normatifs vs. subversifs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaubatie, Emmanuel (2021) Le genre pr&#232;cede le sexe. Dans Mat&#233;rialismes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans tous les cas, l'intention du transmat&#233;rialisme n'est pas nouvelle : il est un autre espace th&#233;orique qu'il aurait substitu&#233;, plus par un effet g&#233;n&#233;rationnel que par une victoire intellectuelle sur (ce qu'on entend par) &#171; le queer &#187; et qui essaie de tracer des ponts production th&#233;orique et activit&#233; militante trans. C'est ce que pr&#233;tendait aussi le transf&#233;minisme espagnol avant l'&#233;chec du projet de loi Trans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre avez-vous entendu parler ces derniers mois dans les m&#233;dias d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est aussi ce que pr&#233;tendait la vague de th&#233;oriciens d'apr&#232;s Butler (chaque auteurice a ses &#233;checs propres dont je m'abstiendrai de d&#233;tailler aujourd'hui). &lt;strong&gt;Le transmat&#233;rialisme ne r&#233;ussit pas, du moins ici, &#224; d&#233;passer les d&#233;bats m&#233;taphysiques&lt;/strong&gt; : &#224; l'exception de l'article de N&#246;omi Gruswald sur les exp&#233;riences tir&#233;es des ateliers d'autod&#233;fense&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grunenwald, No&#246;mi (2021) Des femmes comme les autres ? Penser les violences (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis du deuxi&#232;me volet de Pauline Clochec qui approfondit la construction corporelle des femmes trans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clochec, Pauline (2021) Les conditions sociales de l'acc&#232;s au corps. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le reste finit par &#234;tre une m&#233;taphysique totalement d&#233;tach&#233;e de toute mat&#233;rialit&#233; (chair, corps, processus d'inscription de masculinit&#233; et de f&#233;minit&#233;) qui parle de la dialectique des hommes et des femmes comme un mantra, &lt;strong&gt;sans pour autant sp&#233;cifier en quoi consiste exactement une transition&lt;/strong&gt;, ce qui &#224; mon avis n'est pas si clair pour tout le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si le milieu trans (et ses alliances avec d'autres secteurs) voulait, de &lt;strong&gt;fa&#231;on cyclique, r&#233;soudre certains probl&#232;mes qui reviennent chaque x ann&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s :&lt;/strong&gt; l'organisation, la praxis, le racisme, la pr&#233;carit&#233;, l'instrumentalisation des personnes trans par l'acad&#233;mie, la non-mixit&#233;, le remaniement de concepts&#8230; Sauf que finalement ce sont des probl&#232;mes qui ne se r&#233;solvent jamais : comme dans le village de Macondo (&lt;i&gt;Cent ann&#233;es de solitude&lt;/i&gt;, Gabriel Garcia Marquez) &#224; chaque fois les enfants naissent avec une queue de porc. M&#234;me Julia Serano reconna&#238;t cet &#233;ternel retour dans le milieu trans. &lt;strong&gt;Ne v&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aut-il &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la peine &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; se demander si nos subjectivit&#233;s ont encore, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;per se&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, un potentiel r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt; &#8211; autant d'un point de vue individuel que collectif &#8211; au lieu de nous interroger &lt;i&gt;ad vitam&lt;/i&gt; sur qui nous sommes et o&#249; nous sommes. Sans m&#233;priser les liens communautaires (moi-m&#234;me je me l&#232;ve certains jours avec des envies de proposer une transmasculinit&#233; s&#233;paratiste !), il faudrait reconna&#238;tre que toutes les &#171; soupes de lettres &#187; (LGBTIAQNB, TPG) et non-mixit&#233;s sexuelles sont assimil&#233;es, d'une fa&#231;on ou d'une autre, et qu'&lt;strong&gt;aucune subjectivit&#233; sexuelle ne devrait &#234;tre, et peu importe la raison, en premi&#232;re ligne pour une &#233;ventuelle r&#233;volution. &lt;/strong&gt;Il faudrait assumer de dire, surtout gr&#226;ce aux &lt;strong&gt;mouvements autonomes et anarchistes&lt;/strong&gt;, que le sujet contestataire est toujours en mouvement et qu'il n'y a rien qui garantisse qu'un secteur, aussi oppress&#233; soit-il, ne puisse pas virer conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il conviendrait que nos productions th&#233;oriques transf&#233;ministes ne soient pas centr&#233;es sur la re-reformulation d'un &#171; nous &#187; qui laissera toujours cruellement quelqu'un en dehors (qu'il ait la forme d'une soupe de lettres, de la &#171; transness &#187;, des dites &#171; multitudes queer &#187;, &#171; queer of color &#187;, de la classe sociale des femmes ou de &#171; women and fems &#187;, etc.) ; mais plut&#244;t sur la reformulation de &lt;strong&gt;nos fa&#231;ons de nous relationner, nos rapports avec le conflit&lt;/strong&gt; : non pas d'un point de vue du d&#233;veloppement personnel &#224; la Mr. Wonderful, encore moins de &#171; joie militante &#187; comme j'ai pu le lire cent mille fois sur instagram. &lt;strong&gt;Le conflit, la n&#233;gativit&#233; et m&#234;me la violence sont n&#233;cessaires&lt;/strong&gt;, plus que jamais, d'un point de vue politique. Or, le conflit doit se poser en &lt;strong&gt;termes de discours, non pas en des termes identitaires&lt;/strong&gt;. Nos conflits devront analyser soigneusement les m&#233;canismes de la r&#233;cup&#233;ration du capitalisme rose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une lecture du conflit g&#233;n&#233;rationnel qui a lieu dans les milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mon premier constat est que, dans un monde o&#249; les personnes trans et/ou racis&#233;es (ou m&#234;me parfois &#171; mat&#233;rialistes &#187;) travaillent de plus en plus avec les grandes marques de mode, le monde du coaching ou des pseudo-th&#233;rapies, font-iels des start-ups, etc., &lt;strong&gt;nous ne pouvons plus r&#233;duire l'assimilation en fonction de l'identit&#233;. Il est temps d'arr&#234;ter de dire que les &#171; white cis gay &#187;, les personnes transmasculines, &#171; les queers &#187;&lt;/strong&gt; (ou je ne sais plus quelle cible &#224; la mode, souvent sans forme ni visage)&lt;strong&gt; sont les plus assimil&#233;s/n&#233;olib&#233;raux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos conflits &#233;pist&#233;mologiques devront aussi &lt;strong&gt;retravailler les silences, les &#171; oublis &#187;, autant inconscients que compl&#232;tement conscients et volontaires&lt;/strong&gt; : dans ma compr&#233;hension t&#233;l&#233;novelesque et chaotique du conflit &#8211; &lt;i&gt;pantojista, &lt;/i&gt;pour reprendre encore une expression d'Itziar Ziga&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ziga, Itziar (2020) Devenir chienne. Ed. Cambourakis &#171; Pantojismo &#187;, est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; je suis int&#233;ress&#233; &#224; conna&#238;tre les drames qui entourent nos m&#233;moires collectives, souvent inter-locaux voire internationaux. La dichotomie m&#233;moire-oubli a pour objectif de refouler les drames. Ces &lt;i&gt;dramas &lt;/i&gt;destructeurs, ces tabous collectifs socialement instaur&#233;s et dont leur agressivit&#233; est en m&#234;me temps int&#233;ressante pour l'av&#232;nement d'un &lt;strong&gt;transn&#233;gativisme&lt;/strong&gt;, &#224; savoir, un &lt;strong&gt;transf&#233;minisme anarchiste&lt;/strong&gt;, insurrectionnel, en opposition avec les valeurs du vieux monde&lt;strong&gt;. Laissons, en bref, les &#171; silences de famille &#187; &#8211; et la famille en elle-m&#234;me &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aux&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; h&#233;t&#233;rosexuels.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ricardo Robles Rodriguez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pouvons retrouver ce terme dans la version espagnole de &lt;i&gt;Gare &#224; la Gouine Garou ! Ou comment se faire un corps queer &#224; partir de &lt;/i&gt;La pens&#233;e straight&lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, ayant le m&#234;me nom (&lt;i&gt;Devenir bollo-lobo o como hacerse un cuerpo queer a trav&#233;s de &lt;/i&gt;El Pensamiento heterosexual) dans la collection de textes &lt;i&gt;Teoria queer : Politicas bolleras, trans, mestizas &lt;/i&gt;dirig&#233; par Paco Vidarte, David Cordoba et Javier Saez. Notons que dans sa version fran&#231;aise, Dans Bourcier, Sam ; Robichon, Suzette (2002) &lt;i&gt;Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes : Autour de l'&#339;uvre politique, th&#233;orique et litt&#233;raire de Monique Wittig. Actes du colloque des 16-17 juin 2001. (&lt;/i&gt;Editions gaies et lesbiennes) ce paragraphe sera absent ; et qu'il a donc &#233;t&#233; rajout&#233; en 2009. Il dit ainsi (traduction espagnol &#8211; fran&#231;ais par mes soins) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tr&#232;s t&#244;t, le m&#234;me terme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; deviendra l'objet d'une appropriation marchande, de l'acad&#233;misme et de l'esth&#233;tisation. Cette rapide &lt;i&gt;dolcegabanissation&lt;/i&gt; nous aide pour reconna&#238;tre qu'il n'&#233;tait pas possible de gagner la bataille de la signification. On &#233;tait condamn&#233;s &#224; la d&#233;rive performative &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, nous pouvons sourire doucement avec ce paragraphe de 2001 et avec le Preciado du Gucci Fest de 2020 ; mais bon pour cela il faudrait peut-&#234;tre un autre article&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clochec, Pauline (2021) &lt;i&gt;Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Ed.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es (p.15-64)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je suis m&#233;chante, mais je suis tr&#232;s bonne &#187;. La Materialista est une chanteuse de reggaeton dominicaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Preciado, Paul B. (2000) &lt;i&gt;Manifiesto contrasexual. &lt;/i&gt;Trad. Carolina Meloni. Ed. Anagrama (p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid (p. 66)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid. op.cit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Halberstam, J. (2018) &lt;i&gt;El arte queer del fracaso.&lt;/i&gt; Trad. Javier Saez. Ed. Egales (p. 118)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revue &lt;i&gt;Parole de Queer 1 &lt;/i&gt;(2009) Disponible ici : &lt;a href=&#034;https://es.scribd.com/fullscreen/79992238?access_key=key-2l64jqncgcgodxmcd3jr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://es.scribd.com/fullscreen/79992238?access_key=key-2l64jqncgcgodxmcd3jr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Butler, Judith (2005) &lt;i&gt;Trouble dans le genre : Le f&#233;minisme et la subversion de l'identit&#233;.&lt;/i&gt; Trad. Cynthia Krauss. Ed. La D&#233;couverte (p.96)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. (p. 69)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Butler, Judith (2009) &lt;i&gt;Ces corps qui comptent : De la mat&#233;rialit&#233; et des limites discursives du sexe&lt;/i&gt;. Trad. Charlotte Normann. Ed. Amsterdam (p.170)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. (p. 170-181)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid (p. 175) &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clochec, Pauline (2021) &lt;i&gt;Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Ed.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es (p.47-50)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Feminismos trans. Halberstam, J (2018) &lt;i&gt;Trans* : Una guia r&#225;pida y peculiar para la variabilidad de g&#233;nero. &lt;/i&gt;Trad. Javier Saez. Madrid, Egales (p.154)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai juste saut&#233; d'un auteur &#224; un autre. Dans &lt;i&gt;A la conquista cuerpo equivocado&lt;/i&gt; (2018) Miss&#233; ne critiquera pas Julia Serano, du moins directement. Miss&#233; citera uniquement des exemples de l'&#233;tat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me dans la conf&#233;rence faite avec Bryn Rio pour la mairie de Vitoria Gasteiz &lt;i&gt;La compleja categoria de menores trans&lt;/i&gt; (2019) il en approfondira avec plus de d&#233;tails. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Qpd3GJdMN7M&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Qpd3GJdMN7M&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons appr&#233;cier aussi que les approches qu'il d&#233;nonce ne sont pas exactement ceux qui existent aujourd'hui. Je tiens &#224; souligner les nuances puisque les essentialismes sont, eux aussi, divers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serano, Julia (2011) &lt;i&gt;A Transsexual vs Transgender Intervention&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://juliaserano.blogspot.com/2011/09/transsexual-versus-transgender.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://juliaserano.blogspot.com/2011/09/transsexual-versus-transgender.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'y a pas si longtemps, Julia Serano faisait un thread sur Twitter expliquant les m&#233;conceptions autour de son oeuvre : &lt;a href=&#034;https://twitter.com/JuliaSerano/status/1318708548457484288&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://twitter.com/JuliaSerano/status/1318708548457484288&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bussey, K., &amp; Bandura, A. (1999). Social cognitive theory of gender development and differentiation. Psychological Review, 106, 676-713 (p. 680)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serano, Julia (2017) &lt;i&gt;Transgender people and biological sex myths &lt;/i&gt;(p.2-3)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je citerais par exemple cet article de Max L. du blog &#171; Guerrill&#232;res &#187; intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Lesbiennes, butches, FTMS : Lesbianisme et transitudes &lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;https://lesguerilleres.wordpress.com/2021/03/28/lesbianisme-et-transitudes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lesguerilleres.wordpress.com/2021/03/28/lesbianisme-et-transitudes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;cise que, ayant pens&#233; moi aussi des nombreuses fois &#224; la d&#233;transition, je ne suis pas pour la censure d'un tel sujet (ni d'aucun sujet, ceci dit). Or il me semble curieux comment, tout comme certains sources TERFs (ou pro-TERFs), le discours de cet article est-il construit : Premi&#232;re personne (discours du ressenti), l'identit&#233; de genre en tant qu'une r&#233;alit&#233; pr&#233;-discursive d&#233;j&#224; l&#224;, &#233;nonciation des oppressions et des privil&#232;ges en tant qu'une donn&#233;e individuelle, mention de troubles psychologiques&#8230; Ce qui revient &#224; ce cognitivisme de genre. Il me semble, &#224; minima contre-intuitif, critiquer le discours du ressenti d'un c&#244;t&#233;, puis construire tout un article autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clochec, Pauline (2021) &lt;i&gt;Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;(p.38)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pendant que nous on est souci&#233;s &#224; faire des &#233;ni&#232;mes &#171; lectures h&#233;r&#233;tiques &#187; d'untel ou d'untelle, que &#231;a soit de f&#233;monationalistes ou de psychanalystes, la vie suit son cours et ces derniers signent des tribunes transphobes, main dans la main de l'extr&#234;me droite. J'ai envie de dire que &#224; chacun-e ses h&#233;r&#233;sies&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/changement-de-sexe-chez-les-enfants-nous-ne-pouvons-plus-nous-taire-face-a-une-grave-derive_2158725.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/changement-de-sexe-chez-les-enfants-nous-ne-pouvons-plus-nous-taire-face-a-une-grave-derive_2158725.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bourcier, Sam (2018) Nouvelles technologies des transmasculinit&#233;s. Dans &lt;i&gt;Queer Zones : la trilogie. &lt;/i&gt;Ed. Amsterdam. (p. 583-602)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Quelques-considerations-sur-la-Pride-radicale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques consid&#233;rations sur la Pride radicale&lt;/a&gt;, Trou Noir n&#176;17 - 28 septembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beaubatie, Emmanuel (2021) &lt;i&gt;Le genre pr&#232;cede le sexe. &lt;/i&gt;Dans&lt;i&gt; Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;Ed. Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es (p.70-72) ; Beaubatie, Emmanuel (2021) &lt;i&gt;Transfuges de sexe &lt;/i&gt;Ed. La D&#233;couverte (p. 25-33)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clochec, Pauline (2021) &lt;i&gt;Du spectre du mat&#233;rialisme &#224; la possibilit&#233; de mat&#233;rialismes trans&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;Ed. Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es (p.59, note 101)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(et les ancrages sur le &lt;i&gt;genre ressenti &lt;/i&gt;existent, eux aussi, bien avant la dite th&#233;orie queer !).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rubin, Gayle (1992) &lt;i&gt;On Catamites and kings :Reflections on Butch, Gender and Boundaries. &lt;/i&gt;Dans &lt;i&gt;The Persistent Desire : A femme-butch reader, &lt;/i&gt;ed. Joan Nestl&#233; (p.466-483)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bentouhami, Hourya (2018) &#171; Notes pour un f&#233;minisme marron. Du corps-doublure au corps propre &#187;, Comment S'en Sortir ?, n&#176; 5, hiver 2017, p. 108-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas forc&#233;ment li&#233; au texte, mais je tiens tout de m&#234;me &#224; relier l'intervention de T*MOC (Janvier 2021) Webinar-discussion (trans)masculinit&#233;s noires et nord-africaines. Cycle &lt;i&gt;Emergences Queer.&lt;/i&gt; Paris VIII Vincennes. &lt;a href=&#034;https://soundcloud.com/user-412728119-685918491/podcast-tmoc-partie-transidentite-masculinite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://soundcloud.com/user-412728119-685918491/podcast-tmoc-partie-transidentite-masculinite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir note 29&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Halberstam, J (2008) &lt;i&gt;Masculinidades femeninas. &lt;/i&gt;Trad. Javier Saez. Ed. Egales (p. 195)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; (p. 199)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Radi, Blas (2017) &lt;i&gt;Fronteras epistemol&#243;gicas coloniales de la teor&#237;a queer : mecanismos de producci&#243;n de ausencias en la obra de Preciado. &lt;/i&gt;Interalia : A journal of queer studies. N&#176;12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bussy : &lt;/i&gt;boy pussy, ou &#171; chatte de mec &#187; une expression d'internet que je ne partage pas mais qui est quand m&#234;me marrante&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beaubatie, Emmanuel (2021) &lt;i&gt;Le genre pr&#232;cede le sexe. &lt;/i&gt;Dans&lt;i&gt; Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;Ed. Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es (p.77)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peut-&#234;tre avez-vous entendu parler ces derniers mois dans les m&#233;dias d'une soi-disant &#034;Loi trans&#034; en Espagne soi-disant propos&#233;e par le Parti Socialiste qui permettrait soi-disant les changements de sexe plus rapidement, y compris pour les mineurs. Ce qui est compl&#232;tement mensonger. Ce projet de loi trans existait depuis tr&#232;s longtemps. Bien qu'&#224; mon avis m&#234;me si c'&#233;tait tout aussi un projet de loi pas suffisamment solide concernant les modifications corporelles, c'&#233;tait un projet de loi vraiment inclusif avec tout le monde : personnes non-binaires, &#233;trangers intra et extra UE, et mineurs. Le plus important, c'est un projet de loi qui avait &#233;t&#233; construit depuis en bas, avec les militants de terrain, concern&#233;s ou alli&#233;s. Depuis cette proposition, une vague horrible de TERFs s'est r&#233;activ&#233;e en Espagne pour faire pression et faire reculer ce projet de loi. Le mouvement TERF en Espagne est n&#233;anmoins tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne : certaines organisations TERFs (comme le parti de Lydia Falcon, el Partido Feminista) se sont alli&#233;es &#224; VOX (extr&#234;me droite nostalgique de Franco), d'autres ont rest&#233; dans son parti politique d'origine &#224; savoir le PSOE (Parti Socialiste &#034;ouvrier&#034; Espagnol) afin de faire une campagne anti-trans depuis des partis ayant un peu plus d'ampleur. Autrement dit, le PSOE est gangr&#233;n&#233; de TERFS jusqu'&#224; la moelle. Les agressions commises par des TERFs, d'autant sur Internet qu'en pr&#233;sentiel, ont d&#233;coul&#233; dans des cons&#233;quences : le 18 mai, le projet de loi Trans est refus&#233; suite &#224; l'abstention massive du Parti Socialiste et le refus de VOX. Un peu plus tard, la vice-pr&#233;sidente du Parti Socialiste, Carmen Calvo (tr&#232;s connue pour c&#244;toyer des TERFs et pour son femonationalisme/purplewashing) a propos&#233; une &#034;loi LGBT&#034; , et en excluant de ce projet plusieurs associations trans et des associations de familles trans (certaines assos ont refus&#233; de leur propre volont&#233;). C'est la loi qui a &#233;t&#233; approuv&#233;e il y a quelques jours. Dans cette &#034;loi LGBT&#034;, il y a juste une r&#233;gularisation des d&#233;lits des dits &#034;discours de haine&#034; (bon, &#224; voir comment cela s'applique dans la pratique), et juste quelques points de l'ancien projet de loi Trans ont &#233;t&#233; sauv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grunenwald, No&#246;mi (2021) &lt;i&gt;Des femmes comme les autres ? Penser les violences faites aux femmes trans&#224; travers de la pratique d'autod&#233;fense f&#233;ministe.&lt;/i&gt; Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;Ed. Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clochec, Pauline (2021) &lt;i&gt;Les conditions sociales de l'acc&#232;s au corps. Pour une th&#233;orie mat&#233;rialiste des corps &#224; partir de la transsexuation. &lt;/i&gt;Dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialismes trans. &lt;/i&gt;Ed. Hyst&#233;riques et Associ&#233;Es&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une lecture du conflit g&#233;n&#233;rationnel qui a lieu dans les milieux militants queer, lire &lt;a href=&#034;https://360.ch/tendances/63304-fosse-generationnel-discutons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Foss&#233; g&#233;n&#233;rationnel ? Dicutons !&lt;/a&gt; paru r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ziga, Itziar (2020) &lt;i&gt;Devenir chienne. &lt;/i&gt;Ed. Cambourakis &#171; Pantojismo &#187;, est un concept de la f&#233;ministe basque Itziar Ziga pour faire r&#233;f&#233;rence au dramatisme hyperbolique, notamment f&#233;minin. Il trouve son origine dans Isabel Pantoja, une chanteuse de copla espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femellit&#233; universelle !</title>
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		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Identit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>masculin f&#233;minin</dc:subject>
		<dc:subject>Andrea Long Chu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture de &#034;Femelles&#034; de Andrea Long Chu paru aux &#233;ditions Premier Degr&#233; en avril 2021&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-DIX-SEPT-" rel="directory"&gt;DIX-SEPT&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Identite-+" rel="tag"&gt;Identit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://trounoir.org/+-masculin-feminin-+" rel="tag"&gt;masculin f&#233;minin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Andrea-Long-Chu-+" rel="tag"&gt;Andrea Long Chu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton168.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='58' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Tout le monde est femelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mauvais livres sont tous &#233;crits par des femelles. Tous les vols d'&#339;uvres d'art majeurs de ces trois cents derni&#232;res ann&#233;es sont le travail d'une femelle qui officiait toute seule ou avec d'autres femelles. Il n'existe pas de bons po&#232;tes femelles, tout simplement parce que les bons po&#232;tes n'existent pas tout court. Une liste des choses de provenance femelle comporterait : les avions, les t&#233;l&#233;phones, le vaccin contre la variole, le &lt;i&gt;ghosting&lt;/i&gt;, le terrorisme, l'encre, la jalousie, le rhum, les bals de promo, l'Espagne, les voitures, les dieux, le caf&#233;, le langage, les spectacles comiques, toutes les typologies de n&#339;uds, le stationnement en double file, le vernis &#224; ongles, la lettre tau, le nombre z&#233;ro, la bombe H, le f&#233;minisme et le patriarcat. Le sexe entre femelles n'est ni meilleur, ni moins bon que les autres modes de rapport sexuel parce qu'aucun autre mode de rapport sexuel n'existe. Les requins s'en prennent uniquement &#224; des victimes femelles. Tous les astronautes sont femelles, d'o&#249; il d&#233;coule que la lune est un lieu femelle en non-mixit&#233;. Le 1% est 100% femelle. La Cour supr&#234;me tout enti&#232;re est femelle. Le S&#233;nat des &#201;tats-Unis tout entier est femelle. Le pr&#233;sident est, &#231;a va de soi, femelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les femelles r&#232;gnent sur les professions ci-apr&#232;s : le gardiennage de zoo, la mercerie, l'am&#233;nagement paysager, la banque d'affaires, le transport routier, la lutherie, l'expertise-conseil, les ressources humaines, le droit de la responsabilit&#233; civile, la taxidermie, le d&#233;veloppement immobilier, l'orthodontie, l'administration p&#233;nitentiaire et la p&#232;gre. Toutes les femelles ne sont pas tueurs en s&#233;rie mais tous les tueurs en s&#233;rie, n&#233;crophiles &#224; l'avenant, sont de condition femelle. L'int&#233;gralit&#233; de la population carc&#233;rale est femelle. Toutes les victimes de viols sont des femelles. Tous les violeurs sont des femelles. La traite n&#233;gri&#232;re transatlantique est le fruit de tractations femelles. Tous les morts sont femelles. Tous les mourants aussi. Les h&#244;pitaux de ce monde en sont pleins : femelles au lit ou en ballade pr&#233;cautionneuse, percluses de maux, convalescentes, en voie de nous quitter. Tous les flingues dans le monde sont la propri&#233;t&#233; de femelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis femelle. Et toi, cher lecteur ou lectrice, tu es femelle aussi, m&#234;me &#8211; en particulier&#8211; si tu n'es pas une femme. Bienvenue. Navr&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Tout le monde est femelle et tout le monde d&#233;teste &#231;a &#187; est le pr&#233;ambule &lt;a href=&#034;https://premierdegre.com/index.php/produit/femelles-andrea-long-chu-papier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'opuscule d'Andrea Long Chu &lt;i&gt;Femelles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Cheminant avec Valerie Solanas, et particuli&#232;rement avec son alter ego Bongi dans sa pi&#232;ce &lt;i&gt;UP YOUR ASS&lt;/i&gt;, la narratrice de &lt;i&gt;Femelles&lt;/i&gt; expose sa th&#233;orie avec l'humour caract&#233;ristique des choses s&#233;rieuses. Un fait qui la rapproche de Valerie : &#171; C'est quelque chose qui, je crois, nous rassemble : une affection pour les d&#233;clarations ind&#233;fendables, le d&#233;sir de pousser nos ambivalences &#224; leur terme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea s'appuie sur les affirmations du &lt;i&gt;SCUM Manifesto&lt;/i&gt; selon lequel l'homme est une femme manqu&#233;e, un g&#232;ne incomplet, une fausse couche ambulante. L'unique r&#233;ussite de celui-ci aura &#233;t&#233; de s'attribuer les qualit&#233;s f&#233;minines et de faire croire aux femmes qu'elles sont des hommes (en leur attribuant les qualit&#233;s masculines). &lt;br class='autobr' /&gt;
Valerie Solanas propose donc de r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; sur les qualit&#233;s des deux sexes et ainsi faire &#233;merger une nouvelle &#233;quation, une reformulation radicale du conflit politique r&#233;el qui ne sera donc plus entre hommes et femmes, mais entre &#171; des femmes-hommes timor&#233;es, l&#232;che-cul, avides de reconnaissance &#187; et &#171; des femmes-femmes libres rouleuses, s&#251;res d'elles, ind&#233;pendantes et &#224; l'aise &#187; dans son genre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; le point de d&#233;part d'Andrea lorsqu'elle forge son concept de femellit&#233; dans la perspective de d&#233;crire le mieux possible notre condition commune, celle de femelle, mais &#233;galement de permettre une approche r&#233;volutionnaire de la diff&#233;rence des sexes. Et le r&#233;sultat est des plus troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femellit&#233; est le sexe universel. Non pas dans un sens anatomique ou g&#233;n&#233;tique, mais plut&#244;t comme la condition existentielle universelle, l'unique structure de la conscience humaine. Celle-ci est d&#233;finie par la n&#233;gation de soi, le sacrifice de soi au profit de la conscience des autres. &#202;tre femelle, c'est laisser quelqu'un d'autre mener le travail du d&#233;sir &#224; sa place. &#202;tre femelle, c'est &#234;tre objet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;finition appelle n&#233;cessairement &#224; resituer la question du genre dans la mesure o&#249; la femellit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme universelle. Si le genre est d'ordinaire entendu comme une construction sociale, alors il prend ici le sens d'une tentative consciente et inconsciente de conjurer sa propre femellit&#233; au travers de m&#233;canismes sociaux. Le genre est la forme sociale exprim&#233;e par la haine de soi, celle de son &#234;tre-femelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tayer son principe de femellit&#233;, Andrea cite une sp&#233;cialiste de la vaginoplastie dont les propos contribuent &#224; la reconnaissance de la femellit&#233;, pas uniquement comme sexe, mais comme sexe par d&#233;faut : &#171; Dans la mesure o&#249; tout le monde poss&#232;de des parties g&#233;nitales f&#233;minines aux premiers stades de la gestation, l'objet de la proc&#233;dure est de faire r&#233;gresser l'anatomie actuelle jusqu'&#224; sa structure initiale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anim&#233;e d'un gout tr&#232;s prononc&#233; pour les contrastes, Andrea puise ses exemples dans l'actualit&#233;. Les &lt;i&gt;red pillers&lt;/i&gt;, se r&#233;f&#233;rant &#224; Matrix pour signifier &#234;tre dans une qu&#234;te de v&#233;rit&#233;, sont des communaut&#233;s virtuelles regroupant incels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sous-culture incel (n&#233;ologisme signifiant c&#233;libataire involontaire en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, masculinistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le masculinisme est une identit&#233; contemporaine construite sur l'id&#233;e que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et phobiques de l'autre sexe. Elle montre la mani&#232;re dont leur masculinit&#233; doit en fait &#234;tre comprise comme une dysphorie de genre. Regard&#233;s sous cet angle, ils prennent l'allure de moutons s&#233;questr&#233;s dans le corps de loups, rong&#233;s par leur d&#233;sir obsessivement contenu de devenir femelles. Leur entourage les tient pour des meneurs, des pr&#233;sidents, des bienfaiteurs ; mais leur plus grande angoisse est que cette image flatteuse soit une chim&#232;re. L'homme est cet &#234;tre qui refoule son envie d'&#234;tre femme et dont le refoulement r&#233;sulte de la peur qu'ayant &#233;t&#233; castr&#233;, il jouisse de son &#233;masculation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auteure en rep&#232;re les signes &#224; travers une s&#233;rie d'exemples. Citons les vid&#233;os de dragues masculinistes dans lesquelles les hommes construisent un discours qui veut que pour qu'une femme soit certaine qu'un homme en vaille bien la peine, qu'elle se soumette &#224; lui, elle doit d'abord lui r&#233;sister, le dominer. Aussi les hommes appellent-ils &#224; endurer ces &#233;preuves, et &#224; les aimer. Pr&#234;t &#224; n'importe quoi pour prouver qu'il n'est pas une femme, il en devient une provisoirement. Citons &#233;galement la pornographie qui se charge de faire advenir le d&#233;sir &#224; notre place. Situation de passivit&#233;, d'abandon. La pornographie f&#233;minise, c'est ce que vous ressentez quand vous penser poss&#233;der un objet, mais qu'en r&#233;alit&#233; c'est lui qui vous poss&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mani&#232;re de Valerie, Andrea Long Chu se raconte, se met en sc&#232;ne et pousse son d&#233;sir jusqu'au bout, jusqu'&#224; la limite. Le trou du cul est un vagin universel accessible en toute circonstance faisant de tout un chacun des femelles, la plupart des d&#233;sirs ne sont pas d&#233;sir&#233;s comme celui d'&#234;tre une femelle. Elle vient ainsi recoudre l'accroc du 3 juin 1968&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 3 juin 1968 Val&#233;rie Solanas se rend &#224; la Factory, et tire sur Andy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et permettre &#224; Valerie de finir le travail. Car maintenant, c'est une femelle qui git devant elle et tous les hommes ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;DIVA&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire sur Trou Noir un texte de Andrea Long Chu :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Le-rose-Et-un-joyeux-nouveau-vagin&#034;&gt;Le Rose. Et un joyeux nouveau vagin&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Andrea Long Chu est autrice, critique et essayiste largement reconnue comme la pionni&#232;re de la &#171; deuxi&#232;me vague &#187; des &#233;tudes sur la trans&#173;ide&#173;n&#173;&#173;tit&#233;. Andrea Long Chu pr&#233;pare actuel&#173;lement sa th&#232;se en litt&#233;rature compar&#233;e &#224; l'Universit&#233; de New York. Ses publi&#173;cations sur le genre lui ont valu un large &#233;cho dans la recherche et dans la presse am&#233;ricaine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_434 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/femelle_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/femelle_-_copie.jpg?1731403014' width='500' height='767' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La sous-culture incel (n&#233;ologisme signifiant c&#233;libataire involontaire en fran&#231;ais) est la culture de communaut&#233;s en ligne dont les membres, presque exclusivement masculins, se d&#233;finissent comme incels, c'est-&#224;-dire comme &#233;tant incapables de trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle, &#233;tat qu'ils d&#233;crivent comme un c&#233;libat forc&#233;. Leurs discours se caract&#233;risent par un fort ressentiment, l'apitoiement, la misogynie, la misanthropie, la promotion de la violence contre les femmes et le sentiment que le sexe est un d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le masculinisme est une identit&#233; contemporaine construite sur l'id&#233;e que la masculinit&#233; est en crise &#224; cause d'un monde devenu int&#233;gralement f&#233;minin. Cette identit&#233; vise &#224; donner un fondement historique &#224; la supr&#233;matie masculine sur les femmes, &#224; &#233;riger la misogynie, le racisme et l'homophobie en valeurs ancestrales, en bon sens populaire qu'il est urgent de refaire &#233;merger devant l'imminence de la catastrophe (f&#233;minisation, m&#233;tissage et homosexualisation, transexualisation).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 3 juin 1968 Val&#233;rie Solanas se rend &#224; la Factory, et tire sur Andy Warhol. Celui-ci est touch&#233; gri&#232;vement. Warhol aurait acquis une telle emprise sur elle, poss&#233;dant sa pi&#232;ce Up you ass, qu'elle qualifia son geste de &#171; n&#233;cessaire &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elle ne pouvait pas, ne pas tirer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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