<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://trounoir.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TROU NOIR</title>
	<link>https://trounoir.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://trounoir.org/spip.php?id_rubrique=20&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi on se fait niquer ?</title>
		<link>https://trounoir.org/Pourquoi-on-se-fait-niquer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Pourquoi-on-se-fait-niquer</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Dialogue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Discussion f&#233;ministe autour du texte DE LA PUISSANCE DES FEMMES WOLOFS AU S&#201;N&#201;GAL paru sur TROU NOIR en mars 2020.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Dialogue-+" rel="tag"&gt;Dialogue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton155.jpg?1731403043' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2020, l'article &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?De-la-puissance-des-femmes-wolofs-au-Senegal&#034;&gt;La puissance des femmes Wolofs&lt;/a&gt; publi&#233; sur TROU NOIR a donn&#233; lieu &#224; une discussion passionnante lors d'une des s&#233;ances de l'atelier f&#233;ministe de l'&#201;cole de Philosophie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'atelier f&#233;ministe y a r&#233;uni r&#233;guli&#232;rement une quinzaine de personnes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Suite &#224; cette discussion, nous nous sommes retrouv&#233;es &#224; trois dans le but d'&#233;crire notre propre r&#233;cit de cette exp&#233;rience marquante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet apr&#232;s-midi-l&#224;, quelque chose s'est pass&#233;, des mots ont &#233;t&#233; dits et nous avons voulu les mettre sur le papier pour en &#233;tendre la port&#233;e. Nous sommes rest&#233;es plus de 6 heures dans cette pi&#232;ce &#224; discuter. Nous &#233;tions vingt femmes, majoritairement blanches, allant de 16 &#224; 40 ans. Certaines ont beaucoup parl&#233;, d'autres pas du tout. Nous &#233;tions en g&#233;n&#233;ral un peu plus d'une dizaine &#224; prendre la parole et pas uniquement celles qui ont assez d'habitude ou d'autorit&#233; acad&#233;mique pour le faire. C'est beaucoup, surtout pour parler de sexualit&#233; pendant des heures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Je dirais qu'on a v&#233;cu l'esp&#232;ce de magie qui op&#232;re quand la parole circule vraiment. On a commenc&#233; par un tour qui consistait &#224; dire en deux mots notre rapport au f&#233;minisme et pourquoi l'on venait &#224; l'atelier. Je pense que &#231;a compte &#233;norm&#233;ment, parce que souvent, dans les discussions collectives, celleux qui prennent la parole dans les premi&#232;res minutes sont celleux qui l'occuperont ensuite. Il semble qu'on pourrait en faire une astuce syst&#233;matique.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certaines ont dit des choses tr&#232;s intimes, difficiles &#224; dire, qui les remuaient et qu'elles n'avaient jamais dites &#224; un groupe. Elles ont parl&#233; des pens&#233;es qui les traversaient quand elles faisaient l'amour. Une autre, du moment o&#249; elle ne supportait plus la p&#233;n&#233;tration parce que &#231;a faisait trop mal. Puis, encore une autre du fait qu'elle avait &#233;t&#233; travailleuse du sexe. On a voulu &#234;tre &#224; la hauteur de la confiance qui nous &#233;tait t&#233;moign&#233;e par les premi&#232;res courageuses, comme un pacte, une promesse tacite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a eu une forme de contagion.&lt;br class='autobr' /&gt;
La discussion a dur&#233; des heures sans pour autant qu'on perde le fil, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me - &#224; savoir, pourquoi on se fait niquer. Nous avons oscill&#233; entre des r&#233;cits d'exp&#233;riences et des formulations th&#233;oriques qui nous ont permis d'avoir des mots communs et des moyens de nous en emparer collectivement. C'&#233;tait grisant. On a parl&#233; pour des raisons multiples : pour se plaindre, pour &#234;tre en col&#232;re, pour essayer de comprendre, pour voir si les autres pouvaient comprendre ce qu'on avait cru si intime et si impartageable, pour trouver des solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Le fait que l'architecture de notre discussion ait plusieurs &#233;chelles et qu'il nous soit possible d'y monter ou d'y descendre sans trop de probl&#232;me, c'&#233;tait peut-&#234;tre &#231;a, la dynamique essentielle de notre discussion, le truc magique.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La grande arnaque&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - J'avais lu l'article de Delcy Ball et celui de Paola Tabet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paola TABET, La grande arnaque. Sexualit&#233; des femmes et &#233;change (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour pr&#233;parer la discussion. Ce qui nous a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; de la soci&#233;t&#233; wolof me semble &#224; la fois confirmer et questionner la th&#232;se de Tabet, que je r&#233;sumerais comme ceci : il y a une &#171; grande arnaque &#187; qui consiste &#224; priver les femmes de l'acc&#232;s au capital (ou au pouvoir social) pour les obliger &#224; y acc&#233;der par le sexe, lors d'&#233;changes dont les r&#232;gles sont g&#233;n&#233;ralement avantageuses aux hommes. Tabet donne de nombreux exemples anthropologiques de cette id&#233;e. Or la soci&#233;t&#233; wolof donne l'image d'un monde o&#249; cette th&#232;se est &#224; la fois confirm&#233;e et infirm&#233;e par une certaine honn&#234;tet&#233; dans les rapports h&#233;t&#233;rosexuels : oui, il y a l&#224; un &#233;change, et oui, cet &#233;change est in&#233;gal puisque ce sont les femmes qui prennent en charge la sexualit&#233; (pr&#233;paration, s&#233;duction, etc). Pour compenser cette in&#233;galit&#233;, les hommes doivent offrir cadeaux ou argent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Attention, les hommes ne payent pas leur &#233;jaculation, mais bien le soin pris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pourtant, dans ce monde qui n'est pas centr&#233; sur la sph&#232;re du travail salari&#233;, les femmes wolofs semblent avoir un r&#233;el pouvoir social : elles organisent les c&#233;r&#233;monies fondamentales de la vie collective (mariages, enterrements, bapt&#234;me, etc), r&#232;gnent sur leur maisonn&#233;e et sur un dense r&#233;seau de relations. Comme si le fait d'assumer la dimension d'&#233;change de la sexualit&#233;, d'en faire une dimension &#224; part enti&#232;re de la vie sociale, codifi&#233;e, signifiante, donnait plus de pouvoir aux femmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, pour moi l'exemple de la soci&#233;t&#233; wolof telle qu'elle nous a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e dit quelque chose de la sexualit&#233; et de ses cons&#233;quences sur les rapports de genre : il s'agit d'un &#233;change r&#233;gl&#233; o&#249; hommes et femmes n'&#233;changent pas la m&#234;me chose. Et il semblerait qu'assumer collectivement cette dimension d'&#233;change puisse &#234;tre &#224; l'avantage des femmes, car ce qu'elles donnent dans le sexe peut alors leur &#234;tre rendu ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Communaut&#233; de femmes&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Moi aussi j'ai &#233;t&#233; marqu&#233;e par le caract&#232;re assum&#233; d'&#233;change dans la sexualit&#233; maritale wolof - parce qu'on ne parle que de &#231;a, et que cela pose &#233;videmment le probl&#232;me de celles qui n'ont pas ou ne veulent pas de ce statut. J'ai &#233;t&#233; marqu&#233;e surtout par la mani&#232;re dont les femmes wolofs tirent une capacit&#233; d'agir d'un cadre habituellement consid&#233;r&#233; comme simple domination, le mariage h&#233;t&#233;rosexuel traditionnel. Il me semble qu'&#224; s'en tenir au prisme des rapports homme/femme dans l'analyse de ce cadre, on invisibilise cette puissance f&#233;minine qui se joue beaucoup dans les rapports femme/femme. Il y a un exemple que j'ai trouv&#233; &#233;clairant : dans la soci&#233;t&#233; wolofs le mariage semble moins une affaire de couple qu'une affaire de communaut&#233; de femmes (belle-m&#232;re, belle-s&#339;ur, co-&#233;pouse) qui se constitue, se n&#233;gocie, s'organise au quotidien. Cette cohabitation entre femme au sein d'une situation maritale n&#233;cessite de la patience, (c'est avec le temps qu'on gagne de l'espace au sein de la maison, et du respect) mais surtout une intelligence relationnelle redoutable. C'est un travail du et au quotidien dans lequel finalement le mari est le grand absent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a compl&#232;tement d&#233;plac&#233; ma mani&#232;re d'envisager la sexualit&#233;. J'ai pris v&#233;ritablement conscience, et surtout pour toujours, que la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro est une zone de contact, de combat. Il est clair que dans cette zone de combat, pratiquer l'&#233;change &#233;conomico-sexuel peut &#234;tre une arme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Je crois que dans cette discussion, on a fait un bon usage de l'anthropologie. On aurait pu passer des heures &#224; se demander si les femmes wolofs &#233;taient plus ou moins domin&#233;es que nous, ou &#224; quel endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - Et au lieu de cela, on s'est rapidement servi de la mani&#232;re dont d'autres femmes vivent leur sexualit&#233; pour penser la n&#244;tre. On a &#233;chapp&#233; &#224; l'exotisme, &#224; l'exaltation ou au contraire au rejet en bloc. C'est le fameux &#171; miroir invers&#233; &#187; de L&#233;vi Strauss, o&#249; l'&#233;tude des autres nous renvoie le reflet de nos propres sch&#232;mes de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - On s'est donc demand&#233; si pour &#8220;nous&#8221; &#8211; et l&#224; il va falloir faire cet exercice difficile qui consiste &#224; d&#233;finir le nous ! - la sexualit&#233; n'&#233;tait pas aussi un &#233;change in&#233;gal, et si cette hypoth&#232;se ne pouvait pas nous permettre de r&#233;soudre un certain nombre de nos probl&#232;mes, ou du moins de les formuler. Parce que pour &#171; nous &#187;, &#233;lev&#233;es en tant que femmes dans la culture occidentale, n&#233;es apr&#232;s la fameuse r&#233;volution sexuelle, si l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est encore un &#233;change, elle est suppos&#233;e &#234;tre un libre &#233;change de plaisir(s), d&#233;li&#233;e des anciennes r&#232;gles du mariage et des angoisses de la procr&#233;ation. Et pourtant. On se fait niquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Pourquoi ? &#8220;Pourquoi on se fait niquer ?&#8221; La question a eu l'effet d'une d&#233;flagration. Je dirais que c'est &#224; la fois sa formulation crue et cash ainsi que sa dimension polys&#233;mique qui nous a percut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Pas toujours, pas tout le temps, mais quand m&#234;me, la formule faisait sens.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Je ne vais pas re-raconter ici les diff&#233;rentes histoires qui ont fait &#233;cho &#224; la formule. Mais je dirais que d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, dans la sexualit&#233;, on se fait baiser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les deux termes ont &#233;t&#233; utilis&#233;s indistinctement pendant la discussion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire on perd, dans les tous les sens du terme : en termes de plaisir, en termes de d&#233;sir, en termes de souffrance, en termes de valorisation sociale, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est spontan&#233;ment &#224; l'avantage des hommes. Au-del&#224; de ce constat partag&#233;, on a voulu comprendre pr&#233;cis&#233;ment &#224; quel endroit on se faisait niquer, c'est-&#224;-dire ce qui dans l'&#233;change &#233;tait in&#233;gal. &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'&#233;change pas des plaisirs dans un libre jeu d'attraction-r&#233;pulsion. Il se passe autre chose, et on a besoin de comprendre pr&#233;cis&#233;ment quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Et pour moi, tr&#232;s vite, presque simultan&#233;ment, s'est formul&#233;e la question de savoir comment on r&#233;siste &#224; ce qui semble parfois &#234;tre inh&#233;rent &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; : un rapport de force dans lequel la femme est perdante. Pour moi ces deux questions &#8220;pourquoi on se fait niquer&#8221; et &#8220;comment on r&#233;siste&#8221; ont &#233;t&#233; les deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce qu'on a fait tourner incessamment tout au long de notre discussion. Et c'est &#231;a qui m'a donn&#233; la sensation d'en sortir v&#233;ritablement arm&#233;e, en ne faisant pas simplement l'exp&#233;rience d'un constat accablant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - Quand la question a &#233;t&#233; pos&#233;e, j'ai eu l'impression que cela faisait &#233;cho en chacune d'entre nous. J'ai eu tout de suite dans la t&#234;te les moments de vague naus&#233;e et de mauvaise conscience qui succ&#232;dent &#224; certaines baises malheureuses, mais aussi les moments de doutes et de blocages dans les plus belles de mes histoires d'amour. D'une certaine mani&#232;re, mes voyages m'ont donn&#233; le sentiment que les femmes Wolofs savaient quelles &#233;taient leurs armes, envisageaient la sexualit&#233; comme un combat et qu'elles en tiraient du pouvoir. Et elles me disaient que moi je me faisais avoir. Je ressens de la col&#232;re &#224; pleins de moments contre ce que je vis dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, et il m'a toujours &#233;t&#233; difficile de mettre des mots dessus. La question de C. m'a permis de formuler cette col&#232;re avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Que le m&#234;me terme puisse renvoyer &#224; la sexualit&#233; ou &#224; la d&#233;faite, rien que cela devait suffire &#224; motiver une enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Imbriquer le fait de baiser et celui de se faire avoir nous a tout de suite permis de formuler d'autres questions.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Alors qu'est-ce qu'on &#233;change exactement, nous, dans la sexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On n'entend pas par l&#224; seulement le moment du rapport sexuel, mais tout ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Pourquoi on se fait encore niquer, alors que soi-disant &#231;a y est on est lib&#233;r&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - Qu'est-ce qu'on &#233;change dans le sexe si ce n'est pas du plaisir contre du plaisir - parce que &#231;a c'est l'exception et pas la r&#232;gle. La plupart du temps, on &#233;change aussi et surtout de l'affection, du pouvoir, de la reconnaissance, de la s&#233;curit&#233;, etc. Pourquoi les femmes sont-elles perdantes dans cet &#233;change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Quel est notre horizon d'attente quand on a une relation sexuelle avec un mec ? Pourquoi cet horizon est-il d&#233;&#231;u ? Qu'est ce qui nous manque ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA GRANDE ARNAQUE DE LA SPONTAN&#201;IT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - La premi&#232;re r&#233;ponse qui m'a &#233;clair&#233;e, c'est quelqu'une qui a dit &#171; On se fait baiser parce qu'on ne conna&#238;t pas les r&#232;gles du jeu &#187;. La s&#233;duction comme les rapports sexuels sont clairement un jeu ultra codifi&#233;, les films, les livres et les musiques ne parlent que de cela, mais on fait comme si tout devait se passer naturellement. Alors on joue le jeu, on en jouit m&#234;me, et parfois on se baise nous-m&#234;mes, parce qu'il y a tout un tas de cons&#233;quences cach&#233;es bien au-del&#224; de la sph&#232;re du sexe qui sont difficiles &#224; ma&#238;triser. Les normes sont diffuses et contradictoires, et on n'a pas remplac&#233; l'enseignement m&#233;nager par des cours de sociologie du genre ou d'&#233;ducation sexuelle. Du coup on perd des ann&#233;es ne serait-ce qu'&#224; capter d'o&#249; vient le probl&#232;me - pourquoi des femmes sont viol&#233;es, pourquoi des femmes vivent dans l'ombre d'un type qu'elles kiffent plus ou moins, pourquoi on m&#233;prise les femmes qui jouent trop bien le jeu de la s&#233;duction, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - Tr&#232;s vite, les difficult&#233;s de nos sexualit&#233;s/relations h&#233;t&#233;rosexuelles ont &#233;t&#233; mises en lien avec le fait de ne pas savoir exactement ce qu'on &#233;change, quand cela s'arr&#234;te, ce que cela va donner comme suite. Dans beaucoup de cas, notre sexualit&#233; n'est pas comprise dans une dur&#233;e au sein de laquelle on peut n&#233;gocier et comprendre ses enjeux : ce moment qui d&#233;bute avec le co&#239;t et finit plus ou moins sur l'orgasme d'un ou des deux, est s&#233;par&#233; du reste de la vie. La sexualit&#233; n'est pas int&#233;gr&#233;e dans un quotidien et une lente pr&#233;paration comme c'est le cas chez les wolofs, qui se solde par le cadeau de l'homme et pas seulement son orgasme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne s'agit pas ici d'id&#233;aliser la sexualit&#233; maritale wolof, que pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;&#8220;Le silence qui r&#232;gne sur la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro et l'invisibilisation des codes qui la traversent profitent et servent aux d&#233;sirs des hommes.&#8221; inscrit tel quel dans mon carnet.&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Apr&#232;s on peut toujours se demander pourquoi la zone de flou profite aux hommes. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'on aurait int&#233;r&#234;t &#224; reconstituer les r&#232;gles du jeu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Je me souviens qu'&#224; un moment une femme a dit : &#8220;C'est la grande arnaque de la spontan&#233;it&#233; qui fait qu'on se fait niquer&#8221;. Celle qui fait que &#231;a doit &#234;tre simple, &#233;vident, silencieux, qu'un regard peut suffir &#224; jeter les d&#233;s du d&#233;sir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Imaginons un sc&#233;nario avec pour titre : &lt;i&gt;La grande arnaque de la spontan&#233;it&#233;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant imaginons l'&#233;pisode 1 de la saison 1 avec pour titre :&lt;i&gt; Du eye contact &#224; l'&#233;jaculation&lt;/i&gt;. Ou, plus romantique : &lt;i&gt;Je t'ai regard&#233;, tu m'as regard&#233;e, on s'est souri et tu as jouis. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - La grande arnaque de la spontan&#233;it&#233;, je crois que c'est ce qui caract&#233;rise la sexualit&#233; pour nous, les petites-filles des ann&#233;es soixante-dix. On nous a dit qu'il n'y avait plus de r&#232;gles, en fait c'est juste qu'elles sont devenues implicites. On se fait toujours niquer, mais diff&#233;remment. La r&#233;volution sexuelle des pays europ&#233;ens n'a pas vraiment bris&#233; le tabou : le sexe est toujours du c&#244;t&#233; de la nature, de la pulsion ou du sale - m&#234;me s'il est pr&#233;sent partout. Tout le monde mate du porno, mais on ne s'interroge pas &#224; la table du quotidien sur la signification d'un geste, d'une parole ou d'un malaise. On ne discute pas de nos pratiques sexuelles comme on questionne nos habitudes alimentaires, leur port&#233;e politique ou leur ad&#233;quation &#224; nos besoins physiologiques singuliers. La sexualit&#233; demeure une sph&#232;re pr&#233;tendument s&#233;par&#233;e du reste du monde. Rien d'&#233;tonnant donc si rien ne change. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, la spontan&#233;it&#233;, c'est du mytho. C'est juste un vieux pr&#233;texte pour continuer &#224; baiser des meufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - On a r&#233;fl&#233;chi &#224; ce qu'on &#233;changeait vraiment, dans la sexualit&#233;. Parfois, comme dans la s&#233;duction, c'est aussi tout simplement la confirmation du fait d'&#234;tre d&#233;sirable. On confirme notre existence et sa valeur dans les bras de l'autre, sauf que cette existence est genr&#233;e et que l'&#233;change n'est pas r&#233;ciproque. Il s'agit de performance : un homme performe sa masculinit&#233; quand il baise, il a sa reconnaissance, parce qu'&#234;tre un homme, c'est quand m&#234;me plut&#244;t socialement cool. Une femme qui fait du sexe n'est pas reconnue pour cela, le stigmate de la putain p&#232;se sur elle. Performer la f&#233;minit&#233;, c'est toujours &#224; double tranchant. Voil&#224; pourquoi l'&#233;change &#233;conomico-sexuel est parfois r&#233;confortant : l'argent peut &#234;tre la prolongation dans le quotidien de ce que nous donnons dans la sexualit&#233; et qui ne nous est pas rendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de l'anthropologie et des discussions en non-mixit&#233; pour reconstituer les r&#232;gles du jeu. La deuxi&#232;me r&#233;ponse qui a fait sens, c'est une femme qui a dit &#171; Ce qu'on &#233;change dans la sexualit&#233;, c'est la confirmation des r&#244;les f&#233;minin/masculin &#187;. Quand on joue le sc&#233;nario h&#233;t&#233;rosexuel de base - s&#233;duction pr&#233;liminaires orgasme - c'est cela que nos gestes op&#232;rent. Sauf que les r&#244;les n'ont pas la m&#234;me valeur, ni dans le sexe ni dans le monde. C'est &#224; cet endroit que se situe l'in&#233;galit&#233; dans l'&#233;change h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE SEXE EST UN JEU DE R&#212;LE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Dans cet &#233;change, dans ce r&#233;gime, qu'on appelera celui de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, les corps s'incarnent en homme ou en femme. Celleux qui ne rentrent pas dans ces normes tacites sont mis.es &#224; l'amende et consid&#233;r&#233;.es comme d&#233;viant.es. La sexualit&#233; semble &#234;tre un des domaines privil&#233;gi&#233;s de cette confirmation des r&#244;les f&#233;minin/masculin et de leur dimension soi-disant &#8220;naturelle&#8221;. On se rassure en silence et presque sans le savoir : &#8220;ouf je rentre dans les cases, je suis d&#233;sirable, je suis performant, je suis une femme, je suis un homme et demain matin le monde continuera de tourner &#224; sa cadence habituelle&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; ce qu'est venue formuler notre discussion pour moi, une forme d'asservissement sexuel inconscient dans lequel j'ai baign&#233; pendant des ann&#233;es. Pendant la discussion beaucoup de moment que j'avais v&#233;cu, des moments douloureux mais pas que, fondateurs en tout cas, me sont revenus. Et je me suis demand&#233; pourquoi j'avais mis autant de temps &#224; saisir, &#224; comprendre que tout &#231;a n'&#233;tait qu'un jeu de r&#244;le et qu'apparemment tout portait &#224; croire que j'avais pas tir&#233; le &#8220;bon&#8221;. Combien de naus&#233;es, d'oubli &#8220;salvateur&#8221; a-t-il fallu pour que tous ces petits bugs dans la matrice bien huil&#233;e de l'h&#233;t&#233;ro-patriarcat, tous ces infimes moment o&#249; tu sens bien que quelque chose r&#233;siste en toi, ne se plie pas totalement au pull bleu mais tout de m&#234;me bien cintr&#233; que ta m&#232;re t'a offert, pour que tous ces petits rien ou ces grosses gal&#232;res qui font trembler l'&#233;difice depuis que t'as l'&#226;ge de te masturber, soudain prennent forme, comme dans les jeux de point &#224; relier, et te p&#232;te &#224; la gueule ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la sexualit&#233; est un th&#233;&#226;tre politique que nous jouons plus ou moins consciemment, il est possible, une fois cette chose l&#224; rendue publique et explicite, de faire d&#233;railler la machine, de d&#233;caler les sc&#233;narios, de rejouer mal et &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FAIRE ENTRER LE SEXE DANS LE MONDE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Si on veut changer les r&#244;les il faut parler et exp&#233;rimenter. Dans cette discussion on a surtout parl&#233; mais c'&#233;tait quand m&#234;me d&#233;j&#224; pas mal. Par exemple, quelqu'une a dit : je suis une femme, &#231;a veut dire &#8220;je suis un objet de d&#233;sir&#8221;. Qu'est-ce qu'on fait de cela ? Si on d&#233;cide de jouer activement ce r&#244;le, ou de le refuser, qu'est-ce que &#231;a produit ? Et les fantasmes de soumission ? P&#233;n&#233;trer un homme avec un gode-ceinture, &#231;a change quoi ? Et pleins d'autres questions passionnantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[/&lt;i&gt;Le sexe est un jeu de r&#244;le &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les r&#244;les dans le sexe changent les r&#244;les dans le monde&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pour changer le monde il faut changer le sexe&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pour changer le sexe il faut changer le monde&lt;/i&gt;/]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - Pour moi une solution a &#233;t&#233; de consid&#233;rer que j'&#233;tais arm&#233;e et non d&#233;sarm&#233;e par mon sexe et que je pouvais en tirer parti. Aujourd'hui je vois les limites de cette vision guerri&#232;re de la sexualit&#233; o&#249; il s'agit de gagner pour ne pas perdre, mais je ne suis pas encore s&#251;re de savoir o&#249; cela va me mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#176; !&lt;/strong&gt; - Si ce qu'on &#233;change dans un rapport h&#233;t&#233;rosexuel c'est la confirmation silencieuse des r&#244;les f&#233;minin/masculin et que tout &#231;a perp&#233;tue le sentiment de se faire niquer alors plusieurs solutions s'ouvrent &#224; nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Coucher ensemble. Jouer &#224; l'homme, jouer &#224; la femme. Ne pas jouer &#224; l'homme, ne pas jouer &#224; la femme. Parler de sexe, parler pendant le sexe, parler apr&#232;s le sexe. Faire descendre l'orgasme de son pi&#233;destal. Savoir ce qui nous fait jouir. Se faire payer. Pratiquer le BDSM. Acheter un gode ceinture. Accumuler un max d'attributs f&#233;minins. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SPECTRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Le grand fant&#244;me de cette discussion c'&#233;tait la sexualit&#233; lesbienne. Alors certes, le sujet de la discussion c'&#233;tait les &#233;changes dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Mais c'est tout de m&#234;me vraiment &#233;tonnant qu'on se soit priv&#233;es de ces relations, ne serait-ce que comme &#233;l&#233;ment de comparaison. Il y a juste une personne qui a dit vers la fin de la discussion qu'elle ne couchait qu'avec des femmes, et que pourtant la plupart des choses qui avaient &#233;t&#233; dites lui parlaient &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !+ !&lt;/strong&gt; - A cela il y a eu une r&#233;action qui consistait &#224; dire &#171; dommage, je pensais que c'&#233;tait un peu un refuge ou une solution &#187;. Puis on est pass&#233;es. On est pass&#233;es sans creuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; !&#167; !&lt;/strong&gt; - Les r&#244;les de genre ne sont pas soud&#233;s au sexe du partenaire, et &#231;a nous aurait sans doute beaucoup &#233;clair&#233;es de comprendre ce que l'homosexualit&#233; d&#233;pla&#231;ait ou conservait dans les termes de l'&#233;change. Le silence est d'autant plus &#233;tonnant que plusieurs d'entre nous ont des rapports lesbiens ou bisexuels et qu'ils sont suppos&#233;s &#234;tre parfaitement accept&#233;s dans nos milieux. Cela montre bien l'invisibilisation de ces rapports. D'ailleurs j'ai dit sexualit&#233; au lieu d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; dans la moiti&#233; de mes r&#233;ponses. Ce tabou a suffisamment g&#234;n&#233; l'une d'entre nous pour qu'elle en fasse le sujet d'une des s&#233;ances de l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pilogue &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion s'est tenue en f&#233;vrier 2021. En janvier nous avions parl&#233; de rivalit&#233; f&#233;minine. En mars, deux femmes ont partag&#233; leur pratique du BDSM. Ces discussions continuent et continueront. Elles ont toutes sortes de ramifications : nous avons &#233;crit des lettres &#224; nos amant.es, rompu et nou&#233; des relations, parl&#233; avec nos parents, fait des scandales, commencer &#224; faire payer des hommes, individuellement et collectivement, pris soin de nos ami.es, fait des coming-out, d&#233;li&#233; d'autres langues et nous serions heureuses que cet article engendre de nouveaux embranchements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://ecoledephilosophie.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ecoledephilosophie.org/&lt;/a&gt; L'atelier f&#233;ministe y a r&#233;uni r&#233;guli&#232;rement une quinzaine de personnes en non mixit&#233; choisie au cours de l'ann&#233;e 2020-2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paola TABET, La grande arnaque. Sexualit&#233; des femmes et &#233;change &#233;conomico-sexuel, Paris, L'Harmattan, Biblioth&#232;que du f&#233;minisme, 2004, chapitre 1&#171; Probl&#232;mes de d&#233;finition, questions de pouvoir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Attention, les hommes ne payent pas leur &#233;jaculation, mais bien le soin pris par les femmes &#224; la prise en charge (affective et mat&#233;rielle) de ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les deux termes ont &#233;t&#233; utilis&#233;s indistinctement pendant la discussion, puisqu'ils renvoient tous les deux &#224; la fois &#224; la sexualit&#233; et &#224; la d&#233;faite. Pourtant, ils ne sont pas &#233;quivalents.&#8220;Baise-moi&#8221;, cela se dit. La baise peut faire l'objet d'un d&#233;sir positif, mais personne ne veut se faire niquer. Comprendre &#224; quelles conditions on peut vouloir se faire baiser sans perdre pourrait &#234;tre l'objet d'un autre texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On n'entend pas par l&#224; seulement le moment du rapport sexuel, mais tout ce qui l'entoure, le pr&#233;pare, le rend possible ou en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne s'agit pas ici d'id&#233;aliser la sexualit&#233; maritale wolof, que pour la plupart nous connaissons tr&#232;s mal. Mais ce qui nous en a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; nous a servi de contrepoint pour &#233;clairer l'esp&#232;ce de tabou obsessionnel que repr&#233;sente la sexualit&#233; dans nos mondes. Pour plus de pr&#233;cisions, nous vous renvoyons &#224; l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon existence est r&#233;volution</title>
		<link>https://trounoir.org/Mon-existence-est-revolution</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Mon-existence-est-revolution</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>FHAR</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Expression d'une sensibilit&#233; fhariste.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Annees-1970-+" rel="tag"&gt;Ann&#233;es 1970&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-FHAR-+" rel="tag"&gt;FHAR&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-revolution-+" rel="tag"&gt;r&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton156.png?1731403043' class='spip_logo spip_logo_right' width='142' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En permettant une lib&#233;ration collective de la parole des homosexuels, en permettant la possibilit&#233; de &#171; passer &#224; l'offensive &#187;, en bousculant le sens du mot politique dans un contexte satur&#233; d'id&#233;ologies marxistes et de groupuscules, les fharistes ont litt&#233;ralement jailli dans l'espace public, inventant leur langue et leurs actions, construisant leur sensibilit&#233;, leur originalit&#233;, leur esth&#233;tique en force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de cette &#233;bullition nous est accessible &#224; travers un certain nombre publications dont le fameux &lt;i&gt;Rapport contre la normalit&#233;&lt;/i&gt;, le num&#233;ro 12 de la revue Recherches &lt;i&gt;Trois milliards de pervers Grande Encyclop&#233;die des Homosexualit&#233;s&lt;/i&gt; de mars 1973, le num&#233;ro 12 du journal TOUT ! d'avril 1971, ou encore les journaux Le Fl&#233;au Social et l'Antinorm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'exprimer ce nouveau rapport au politique est manifeste, m&#234;lant exp&#233;rience individuelle et collective, r&#233;cit politique, liaison avec la vague r&#233;volutionnaire mondiale ; besoin vital que l'on retrouve dans le texte qui va suivre, issu du num&#233;ro 5 du journal l'Antimorm de novembre-d&#233;cembre 1973.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;A la m&#233;moire d'Adriana&lt;br class='autobr' /&gt;
Une de nos camarades du Front Unitaire Homosexuel R&#233;volutionnaire Italien (FUORI) est morte. Comment ? Je l'ignore, nous l'ignorons tous. Une mort impr&#233;vue, anonyme et si discr&#232;te qu'en France, pendant six mois, nul ne l'a su alors que ce d&#233;c&#232;s eut lieu &#224; Paris... Je m'adresse particuli&#232;rement &#224; celles qui connaissent cet anonymat r&#233;pressif celui qui pousse en douceur vers le d&#233;sespoir et le n&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adriana est morte. &#171; L'ANTINORM &#187; reproduit ici son dernier article, paru le mois m&#234;me de sa mort dans le journal du FUORI. Cet article est un message d'amour et de vie pour moi, pour vous, pour nous femmes homosexuelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/antinorme-n05.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/antinorme-n05.png?1731403091' width='500' height='852' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je veux vivre maintenant, vite, et non demain. Je veux d&#233;truire la &#171; politique &#187; la r&#233;alisation -renvoy&#233;e &#224; un futur impr&#233;cis - de mes-tes exigences et de mes-tes besoins. Je veux finalement que mon &#234;tre et mon agir ne soient pas un moyen, m&#234;me pour la R&#233;volution, mais une fin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux que ce soit, m&#234;me imparfaitement, la r&#233;alisation imm&#233;diate d'une dimension et d'une r&#233;alit&#233; diff&#233;rente, non dans le respect d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique abstrait, m&#234;me marxiste, mais parce que vous, moi, nous ne pouvons plus vivre sans cette dimension alternative. Ici, dans cette soci&#233;t&#233;-prison, je n'y tiens plus, je survis avec peine. Alors, je romps une barri&#232;re, toutes les barri&#232;res, et je deviens, vis, pratique la R&#233;volution. Pour le reste, que nous ont enseign&#233; nos p&#232;res ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A renoncer, au nom d'un principe de la r&#233;alit&#233; in&#233;luctable et sans piti&#233;, &#224; ne pas jouir, &#224; ne pas &#234;tre, et cela en fonction d'une efficacit&#233;-normativit&#233; individuelle, qui est seulement une couverture imposant &#224; chacun une finalisation exclusive de soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
On doit ob&#233;ir, &#234;tre &#233;duqu&#233;, &#233;tudier.&lt;br class='autobr' /&gt;
On doit dire bonjour, manger de fa&#231;on mesur&#233;e, &#234;tre ordonn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne doit pas courir, sauter, rire, crier, faire l'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n'est pas bien, d&#233;sormais sois adulte. Il faut &#234;tre &#233;quilibr&#233;, m&#251;r efficace. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous sommes tous pouss&#233;s en graine, supervis&#233;s, r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'objets. Nous nous r&#233;duisons nous-m&#234;mes &#224; l'&#233;tat d'objets, et toute action d'aujourd'hui doit &#234;tre justifi&#233;e en tant qu'instrument pour la r&#233;alisation d'un avenir hypoth&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement je suis r&#233;duite &#224; l'&#233;tat de marchandise quand je travaille, au moment o&#249; je suis ins&#233;r&#233;e dans le processus de production, mais tout acte, toute pens&#233;e de notre horrible vie quotidienne devient marchandise dans la mesure o&#249; nous sommes exclusivement finalis&#233;s en fonction du capital. Le sexe, le &#171; temps libre &#187;, l'amour, la &#171; culture &#187; sont programm&#233;s et r&#233;alis&#233;s sur des rails longs et rigides qui ne font rien d'autre que renforcer notre assujettissement &#224; une r&#233;alit&#233; qui n'est pas la n&#244;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien dit-on alors, on doit faire la R&#233;volution. Le prol&#233;tariat (encore une fois, on d&#233;l&#232;gue aux autres le soin de notre Lib&#233;ration) doit prendre conscience du fait qu'il est opprim&#233;, prendre le pouvoir et &#8211; ce que disent les plus radicaux - d&#233;truire les classes sociales et (peut-&#234;tre) le pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore une fois, les &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, qui n'ont m&#234;me pas commenc&#233; &#224; d&#233;truire l'image du p&#232;re qu'ils ont int&#233;rioris&#233;es, renvoient &#224; demain la R&#233;volution, renvoient &#224; demain le moment o&#249; l'on pourra cr&#233;er, &#234;tre heureux, jouir sans se sentir en faute. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, ils font de la politique, parlent, discutent, distribuent des tracts, font des journaux (&#171; ... C'est fatigant, tu sais, difficile, je ne dors pas la nuit tellement j'ai &#224; faire &#187;), ils vont devant les usines, dans les &#233;coles, les bars, sur les trottoirs, ils &#233;crivent des articles pour &#233;tablir des alliances, pour se donner des instruments d'organisation, pour &#234;tre pr&#233;sents, connus et tout cela pour cr&#233;er les conditions de la &#171; R&#233;volution &#187; qui est longue, difficile, douloureuse, qui exige des sacrifices, de la fermet&#233;, bref des couilles au cul ! &lt;br class='autobr' /&gt;
On constate que cette pratique &#171; r&#233;volutionnaire &#187; est l'unique possible pour les marxistes orthodoxes, les forts, les virils, ces tristes figures qui pensent que le levier des contradictions est l'usine, que le sujet r&#233;volutionnaire est la classe ouvri&#232;re, ou plut&#244;t eux-m&#234;mes au nom de la classe ouvri&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui est extr&#234;mement grave, c'est que nous aussi, nous r&#233;p&#233;tions la m&#234;me erreur sur un plan macroscopique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que r&#233;futer les r&#244;les masculins/f&#233;minins selon le sch&#233;ma fonctionnel production/ procr&#233;ation, soumission/pouvoir, passivit&#233;/ action, norme/anormalit&#233;, qu'est-ce que, cela signifie sinon arracher enti&#232;rement depuis les racines le principe de n&#233;cessit&#233;/ r&#233;alit&#233; au nom d'une alternative qui n'a de sens r&#233;volutionnaire que dans la mesure o&#249; elle est lib&#233;ration imm&#233;diate, maintenant, tout de suite, et non demain ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous faisons nos r&#233;unions, quand certains d'entre nous font leur journal, quand l'unique action propos&#233;e consiste &#224; distribuer des tracts aux autres, &#224; diffuser, &#224; diffuser des affiches pour faire conna&#238;tre le journal (notre fa&#231;ade publique) ; quand leurs seuls discours sont : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu sais, le manifeste, la gauche a r&#233;agi positivement. Nous devons nous organiser. C'est une question de pouvoir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ? Je veux dire que nous r&#233;p&#233;tons m&#233;caniquement les mod&#232;les, les st&#233;r&#233;otypes de la soci&#233;t&#233; patriarcale (capitaliste). &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons tellement int&#233;rioris&#233; l'exigence d'une projection dans le futur, l'exigence du r&#233;alisme de la productivit&#233; que nous enfermons encore une fois la vie, la R&#233;volution dans ce qui est l'oppos&#233; m&#234;me de la vie. Encore une fois nous &#233;valuons la validit&#233; de notre action, de notre &#234;tre selon des crit&#232;res d'efficience/transcendance, qui se traduisent et s'affirment en termes de pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les solutions finales qui comptent pour vous, chers homosexuels chauvinistes ; vous ne pouvez &#234;tre et agir qu'en fonction de cela, et non dans cet instant, dans le pr&#233;sent qui seul d&#233;tient suffisamment de force pour modifier r&#233;ellement, totalement la vie (la soci&#233;t&#233;, les structures, pour se faire comprendre par les &#171; marxistes &#187;.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous ne faites que r&#233;aliser la victoire habituelle du principe m&#226;le, du pouvoir m&#226;le, de la logique m&#226;le comme transcendance oppos&#233;e &#224; l'&#234;tre de la femme, &#233;difi&#233; 'comme immanence du moment, qui vit et r&#233;&#233;value le moment actuel et non le futur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc moi, nous, femmes homosexuelles, nous en avons assez de tout cela. Je revendique la valeur, l'exigence &#233;ternelle du pr&#233;sent, de la dimension existentielle (et tant pis si je suis trait&#233;e de petite bourgeoise). Je veux vivre ce moment, et puis cet autre, car ce moment est exceptionnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#234;tre diff&#233;rent, le mien, le v&#244;tre est la seule action qui, non seulement n'est pas la v&#233;rification d'une id&#233;ologie, mais est, au contraire, la destruction de la n&#233;cessit&#233; id&#233;ologique. Cet instant est &#233;nergie, pens&#233;e, courage, folie, il est expansion de moi jusqu'&#224; ce que je sois aussi libre que possible. Gardez vos r&#233;unions ennuyeuses, votre journal qui a une immense signification politique. Gardez vos exigences d'organisation, votre efficience qui sert &#224; compenser votre virilit&#233; qui n'est plus reconnue au niveau social, et &#224; neutraliser vos angoisses pathologiques &#224; l'&#233;gard d'un pouvoir que vous n'avez pas encore mais dont vous ressentez un besoin d&#233;sesp&#233;r&#233;. Du reste, vous avez de bonnes chances d'avoir au moins une bride de ce pouvoir, puisque vous &#234;tes suffisamment afflig&#233;s de cette forme particuli&#232;re d'ali&#233;nation qui vous permet de vous mettre sur les rangs pour l'obtenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi/nous, femmes homosexuelles, nous sommes conscientes, nous agissons dans le sens de nos d&#233;sirs ; nous voulons, parce que c'est notre exigence, une co&#239;ncidence imm&#233;diate entre le I faire, le sentir et la valeur du faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons d&#233;livrer notre &#234;tre et notre agir du crit&#232;re de la r&#233;ussite, de la garantie de toute &#171; culture &#187;, m&#234;me marxiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous refusons, parce que nous sommes diff&#233;rentes maintenant, et non demain, la comp&#233;titivit&#233; productiviste, le rendement maximum, l'instrumentalisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes la R&#233;volution, la vie, moyen et fin en m&#234;me temps. Nous n'avons pas besoin du futur pour commercer &#224; &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ADRIANA.&lt;br class='autobr' /&gt;
FUORI, n&#176;8, mars 1973,&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'italien par A.-M. FAURET.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Technologies de la jouissance</title>
		<link>https://trounoir.org/Technologies-de-la-jouissance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Technologies-de-la-jouissance</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ne sont-ils pas rares les moments o&#249; on se sent dans son corps ? &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Analyse-+" rel="tag"&gt;Analyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Technologie-+" rel="tag"&gt;Technologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton157.png?1731403043' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Donna Haraway &#233;crit en 1991 qu'il vaut mieux &#234;tre un cyborg qu'une d&#233;esse, c'est-&#224;-dire qu'il faut partir de l'impuret&#233; de nos corps-machines plut&#244;t que de r&#234;ver &#224; une quelconque origine naturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul B. Preciado particuli&#232;rement et les th&#233;ories queer plus g&#233;n&#233;ralement pensent les corps comme un amalgame impurs de proth&#232;ses, de smartphone comme prolongement de mains, de godemich&#233;s, de pilules contraceptives ou pour bander. Avec la mise a l'&#233;preuve de la fronti&#232;re entre corps et technique et &#224; travers l'exemple des sextoys connect&#233;s on peut se demander o&#249; l'on jouit lorsqu'on jouit ? Jouit-on avec un organe en peau, dans le cloud, ou par du caoutchouc ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation issue de la semaine sur la num&#233;risation du monde organis&#233;e par l'&#201;cole de Philosophie &#224; Toulouse du 02 au 06 juin et intitul&#233;e &#171; Des r&#233;seaux et des uns &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;fl&#233;chissant &#224; ce vaste sujet, je me suis demand&#233;e quelle &#233;tait la place du corps l&#224;-dedans. Parce que la technologie fait des choses &#224; mon corps, elle le fait d&#233;sirer, elle le stimule et l&#224; son principal pouvoir. L'interface technologique excite. Mais l'excitation a recours, toujours &#224; des objets, li&#233;s aux technologies de leur &#233;poque. Mais qu'est-ce que la num&#233;risation change l&#224;-dedans ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, on peut baiser &#224; distance, les sextoys connect&#233;s sont un nouveau march&#233;, on a du plaisir avec un corps autre, par &#233;crans interpos&#233;s, et on jouit. Je me disais, la jouissance se passe dans un de ces c&#226;bles sous-marins, dans un relais internet, dans ma box, je jouis et c'est traduit en 0 et en 1. La question de comment le plaisir se traduit reste enti&#232;re, beaucoup de 1 pour un orgasme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que c'est du sans contact de jouir dans une connexion num&#233;rique ? Parce que, je me disais, &#171; ah le confinement, le sans contact, les gestes barri&#232;res et puis, le sexe &#224; distance &#187;. Mais sans toutefois croire &#224; cette analogie rapide, persuad&#233;e que dans le sexe &#224; distance, quelque chose d'autre se jouait : la distance d'avec le sexe, l'outil dans la sexualit&#233;. D'o&#249; cette toute petite histoire partiale de certains sextoys et des technologies de la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sexe &#224; distance, on pourrait opposer la pr&#233;sence. Les corps en pr&#233;sence qui sont ensemble, s'&#233;prouvent et se touchent. Mais cela me semblait trop facile, et porteur d'une magie bon march&#233;. Ensuite, la pr&#233;sence me posait deux probl&#232;mes :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier : Deux corps, dans leur plus simple appareil, qui se trouvent pour acc&#233;der &#224; la jouissance. C'est comme un conte de f&#233;e h&#233;t&#233;rosexuel. Nos corps s'emboiteront dans la naturalit&#233; de leur nudit&#233; et de l&#224;, le plaisir jaillira comme d'une fontaine magique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second : la g&#234;ne de la pr&#233;sence &#224; soi. Qu'est-ce que &#231;a veut dire &#234;tre dans son corps ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire se sentir dans son corps ? Ne se sent-on pas souvent en dehors, au-del&#224;, ou &#224; c&#244;t&#233; ? Et m&#234;me, ne sont-ils pas rares les moments o&#249; on se sent dans son corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, soyons honn&#234;tes, si on me demande de me d&#233;tendre et de sentir des choses dans mon corps, je ne sens rien. Par contre, je sais &#233;crire des textos sans regarder, &#224; v&#233;lo, en me brossant les dents, ou sous la table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je sais mieux &#233;crire des textos que me masturber, puis-je r&#233;ellement consid&#233;rer que mon sexe organique est plus &#171; mon corps &#187; que cet objet t&#233;l&#233;phone qui est constamment accroch&#233; &#224; ma main ? Est-ce que cela a un sens de me dire que mon sexe serait plus partie de mon corps que ce t&#233;l&#233;phone, fabriqu&#233; dans des conditions d'exploitation effroyable ? Et, est-ce que ce sexe, fabriqu&#233; lui aussi dans des conditions effroyables, c'est du moi ? Est-ce que si je gal&#232;re plus &#224; me donner du plaisir avec mes propres mains et sans machine pour m'aider, qu'&#224; &#233;crire un texto, est-ce que vraiment, je peux parler de cette pr&#233;sence qui imposerait sa loi du corps par lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais donc pas satisfaite d'un d&#233;coupage opposant la pr&#233;sence des corps &#224; la distance des machines. Car, les machines ont un corps, les machines vibrent, elles donnent du plaisir, les &#233;crans font bander, et nous-m&#234;mes nous incorporons cela, nous ne sommes pas des corps indemnes dans un monde technologique. Les technologies ont un corps - il suffit de voir la taille des c&#226;bles sous-marins pour la fibre optique &#8211; et nos corps sont un ensemble de technologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos corps sont un ensemble de technologies qui va &#224; l'inverse de cette id&#233;e de l'inn&#233;, m&#234;me si depuis les ann&#233;es 90, on entend &#231;a. Mais bon, quand m&#234;me, n&#233;gocions les op&#233;rations inn&#233;es &#8211; faire pipi par exemple &#8211; je nais avec un corps et je sais presque faire avec. La technologie c'est ce qui s'oppose au naturel, donc ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;, en pr&#233;sence. Deux corps en pr&#233;sence et dans leur plus simple appareil auraient donc une mani&#232;re plus naturelle de produire de la jouissance que des corps avec &#233;crans interpos&#233;s, des combis en latex et des godes branch&#233;s &#224; un minitel. Les corps en pr&#233;sence sauraient comment se faire jouir. L'absence d'&#233;ducation sexuelle sur la question du plaisir par exemple le montre bien : avoir un orgasme, &#231;a se travaille et conna&#238;tre son plaisir est tout sauf inn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sexe et le genre sont un ensemble de technologies complexes, qui se donnent des atours de naturalit&#233; : voil&#224; notre point de d&#233;part qui est celui des pens&#233;es queer, m&#234;me si je ne me concentre pas sur les corps concern&#233;s par ces pens&#233;es. Je voulais penser depuis cette contestation, tout en &#233;tant &#224; c&#244;t&#233;, alli&#233;e sans &#234;tre concern&#233;e, mais c'est la seule pens&#233;e qui me permettait de penser toute sorte de sexualit&#233;s par la technologie, de penser les objets proth&#233;tiques des corps. Le corps trans est donc au c&#339;ur de ces pens&#233;es qui d&#233;truisent la naturalit&#233; et pourtant il n'est pas au c&#339;ur de ce texte, puisque je voulais parler de la technologie des objets sexuels de plaisir connect&#233;s mais aussi de comment la technologie se nourrit d'un rapport d&#233;sirant, masturbatoire au geste (les concepteurs des IPhones reconnaissent avoir cr&#233;&#233; des gestes qui produisent de l'endorphine). 1/3 de la bande passante d'Internet est utilis&#233;e par le porno, bref, la technologie est une infrastructure du plaisir sexuel, Internet est un vaste sas masturbatoire sur lequel nous reviendrons &#224; la fin de cet expos&#233;. Et le corps n'en est pas exclu, il cr&#233;e des donn&#233;es de plaisir, il fait tourner la machine, comme un bon ouvrier. La technologie n'est pas hors de nos corps, elle est en nous et c'est bien l&#224; sa force, l'incorporation. C'est cette histoire que nous voulons retracer et les pens&#233;es &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; nous donnent des outils critique d'un r&#233;gime politique patriarcal donc capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot technologie est &#224; double sens : &#224; la fois j'en parle dans un sens tr&#232;s courant (smartphones, ordinateurs, &#233;crans) et &#224; la fois dans son sens plus large. La technologie selon le dictionnaire c'est un &#171; ensemble de termes techniques propres aux arts, sciences, m&#233;tiers &#187; donc disons la mani&#232;re de sophistiquer, de travailler quelque chose avec des techniques propres. &lt;br class='autobr' /&gt;
La technologie ne se passe pas d'outils. Ces outils sont une m&#233;diation, ils sont donc un agent de la distance entre le corps et la production du corps. Disons, dans la question du plaisir entre le corps et l'orgasme par exemple, est-ce qu'il y a distance parce qu'il y a outil ? Lorsque je mets un vibromasseur &#224; l'int&#233;rieur de moi-m&#234;me, o&#249; se situe ma jouissance ? Est-ce que chaque orgasme est une distance d'avec son corps ? Un mouvement en dehors de soi ? Ne dit-on pas sortir de son corps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut se demander lorsque l'on jouit, si on jouit dans son corps organique &#8211; par-l&#224;, j'entends un corps restreint aux limites de sa peau &#8211; ou dans l'objet, ou &#224; la p&#233;riph&#233;rie de son corps pour reprendre une belle expression de Catherine Malabou, ou dans un espace imaginaire de fantasme. Et peut-on, justement, d&#233;limiter une fronti&#232;re si claire entre les objets et notre corps, est-ce que mon corps s'arr&#234;te l&#224; o&#249; ma peau s'arr&#234;te ? Quelle est la place de ce qui est autre et inorganique, dans notre vision du corps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si organique et inorganique sont li&#233;s, si mon &#233;cran devient un peu du moi, dans le cadre par exemple de Second Life&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Second Life (SL) est un m&#233;tavers (ou univers virtuel) en 3D sorti en 2003 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : mon avatar peut coucher avec quelqu'un dans l'interface. Mon avatar est-ce du moi ? Et surtout, est-ce que si mon corps s'&#233;tend &#224; mon &#233;cran, si cet avatar, est une proth&#232;se sexuelle de ma jouissance, alors est-ce que la notion de pr&#233;sence est encore &#224; prendre au s&#233;rieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour interroger ces fronti&#232;res entre distance &#8211; pr&#233;sence &#8211; jouissance et corps et technologies, nous allons commencer par &#233;tudier le rapport patriarcal &#224; la technologie, c'est-&#224;-dire en quoi nos corps sont produits par un syst&#232;me id&#233;ologique, ensuite comment cette technologie patriarcale lie plaisir masculin et technologie &#224; travers l'exemple de Playboy, et jouissance f&#233;minine et m&#233;decine &#224; travers l'histoire du vibromasseur. Nous nous int&#233;resserons ensuite au gode comme technologie &#233;mancipatrice, puis nous verrons ce que la num&#233;risation sexuelle nous dit de la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_423 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/bdsm_second_life_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/bdsm_second_life_-_copie.jpg?1731403008' width='500' height='261' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Technologie patriarcale&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**1.1 Technologie du genre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; permet de penser contre la tradition philosophique occidentale qui, de la m&#233;taphysique jusqu'&#224; la ph&#233;nom&#233;nologie, a toujours pens&#233; le corps comme nature et comme origine : pour Butler, pour Haraway, pour Preciado, le corps est une construction produite par imitation, par performance, par &#233;ducation, par dressage, par discipline, par incitation, bref, par tout un ensemble de technologies sociales qui le fa&#231;onnent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos corps sont construits, par des op&#233;rations de langages, de m&#233;decine, de structure, nos corps sont construits d'instruments proth&#233;tiques, du t&#233;l&#233;phone, &#224; l'ordinateur, &#224; l'&#233;cran, nos &#233;crans sont des proth&#232;ses de nos yeux, nos habits sont les proth&#232;ses d'une repr&#233;sentation de nous-m&#234;me. Par exemple, comment avec le corps que j'ai, je me construis contre ou avec une certaine image de la femme : c'est &#224; dire, je vais &#234;tre une meuf bandante dans un r&#233;gime h&#233;t&#233;rosexuel, et pour cela je vais mettre en place tout un tas de technologies de maquillage, de r&#233;gime, d'&#233;pilation. Et puis, j'en aurais marre et je changerais de strat&#233;gie de corps. Avoir une strat&#233;gie de corps, c'est avoir des techniques pour incorporer, et incarner ces strat&#233;gies. Nos corps sont une constante surface de repr&#233;sentation d'un placement par rapport &#224; cette ontologie sexuelle qui se pr&#233;sente comme naturelle. Cette ontologie binaire, qui d&#233;finit, selon Haraway, une politique, car &#171; toute ontologie d&#233;finit une politique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce binarisme pr&#233;sent&#233; comme de la nature est un d&#233;coupage politique du monde, qui justifie des dominations masculines, racistes et capitalistes. S'il est naturel que les hommes aient plus de d&#233;sir sexuel que les femmes, alors il est naturel qu'ils cherchent constamment &#224; les attaquer sexuellement. S'il y a un instinct maternel alors c'est normal qu'une femme s'occupe de ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul B. Preciado parle d'un codage des organes par un cadre social qui leur assignent une certaine fonction. Il n'y a pas dans un premier temps une r&#233;alit&#233; biologique et ensuite une sophistication technologique qui les d&#233;naturerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le &lt;i&gt;Manifeste contrasexuel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste contra-sexuel (trad. Sam/Marie-H&#233;l&#232;ne Bourcier), Diable Vauvert, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il &#233;crit, &#171; Les organes sexuels n'existent pas en tant que tel. Les organes que nous reconnaissons comme naturellement sexuels sont d&#233;j&#224; le produit d'une technologie sophistiqu&#233;e qui prescrit le contexte dans lequel les organes acqui&#232;rent leur signification (relations sexuelles) et sont utilis&#233;s proprement et conform&#233;ment &#224; leur nature (relations h&#233;t&#233;rosexuelles) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de technologie est un vaste champ qui, pour Preciado, inclut beaucoup d'op&#233;rations sur le corps, et parfois ce terme para&#238;t tr&#232;s extensif. Technologie seraient un d&#233;riv&#233; du mot op&#233;ration mais une op&#233;ration technique. C'est une expression qui se revendique justement en opposition &#224; la nature, ce n'est donc pas &#233;tonnant que ce ne soit pas &#171; technique &#187; de corps, ou &#171; construction &#187; mais bien technologie car la technologie connote l'artefact, et inclut un certain degr&#233; de scientificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet sexuel est donc &lt;i&gt;en-gendr&#233; [en-gendered]&lt;/i&gt; &#8211; comme le dit Haraway dans le &lt;i&gt;Cyborg manifesto&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste cyborg et autres essais. Sciences - Fictions - F&#233;minismes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet engendrement (le jeu de mot ne marche plus) fait de nos corps des amalgames probl&#233;matiques et agenc&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La fin du XXe si&#232;cle, notre &#233;poque, ce temps mythique est arriv&#233; et nous ne sommes que chim&#232;res, hybrides de machines et d'organismes th&#233;oris&#233;s puis fabriqu&#233;s ; en bref, des cyborgs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si le sexe est une technologie, qu'est-ce que la technologie &#8211; ici entendu dans un sens commun : &#233;cran, outils, machines- dit des sexes ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quels rapports de pouvoir sont maintenus ou d&#233;jou&#233;s par la technologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les f&#233;ministes parlent de la construction de leur corps, comme si le corps masculin &#233;tait naturel, le patriarcat naturalise les femmes pour les assigner &#224; devoir &#234;tre avec les enfants&#8230; Car la technologie est le crit&#232;re du colonisateur pour d&#233;terminer le degr&#233; de culture et de progr&#232;s atteint par ceux qu'il asservit, les femmes et les indig&#232;nes n'ont donc pas acc&#232;s &#224; la technologie et sont d&#233;peint comme faisant partie de la &#171; nature &#187;. En cela ils deviennent des ressources &#224; mater et exploiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
En bref, dans la construction sociale et historique du patriarcat, un homme avec des proth&#232;ses technologiques est un homme augment&#233;, une femme avec des proth&#232;ses technologiques est un corps contr&#244;l&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons le voir &#224; travers deux exemples de technologies : Playboy et le vibromasseur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la masculinit&#233; est d&#233;crite en fonction de sa relation avec les appareils technologiques, l'outil le prolonge voire le remplace. On a fait des proth&#232;ses aux mutil&#233;s de guerre apr&#232;s 1918 pour les renvoyer &#224; l'usine, pour reconstruire le corps et l'asservir &#224; l'industrie. Le corps prol&#233;taire masculin est un corps qui doit &#234;tre apte &#224; l'outil, au travail &#224; la cha&#238;ne, quitte &#224; le suppl&#233;er technologiquement pour que jamais, il ne d&#233;faille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps f&#233;minin lui est &#233;tranger &#224; toute forme de sophistication instrumentale et se pr&#233;sente comme du sexe, et capable de reproduction : par exemple, les techniques d'&#233;ducation des enfants d&#233;velopp&#233;es par les femmes ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme des techniques mais comme du sexe. Le corps f&#233;minin est d&#233;crit en fonction de sa disponibilit&#233; sexuelle, m&#234;me si cette fameuse reproduction sexuelle confin&#233;e &#224; la nature et aux corps des femmes est de fait, contamin&#233;e par des technologies culturelles (contraception ou avortement), mais tout de m&#234;me le miracle naturel de l'enfantement, ouf ! &#199;a, &#231;a reste de la nature Haraway, avec sa proposition politique du cyborg &#8211; dont on ne parlera pas &#8211; a cherch&#233; &#224; heurter a&#768; bon escient la longue tradition technophobe de la culture f&#233;minine (&#171; la technique, c'est une affaire d'hommes, excepte&#769; peut-&#234;tre dans la sph&#232;re priv&#233;e domestique e&#769;lectrome&#769;nage&#768;re &#187;) et du f&#233;minisme (&#171; la technologie masculine a prouv&#233; qu'elle &#233;tait invasive et opprimante et l'un des outils de contr&#244;le du corps des femmes par les hommes &#187;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**1.2 L'homme augment&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour parler du rapport du corps masculin &#224; la technologie, nous allons prendre un exemple de Paul B. Preciado issu de &lt;i&gt;Pornotopie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pornotopie : &#034;Playboy&#034; et l'invention de la sexualit&#233; multim&#233;dia, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui reprend son travail de th&#232;se en th&#233;orie de l'architecture. Continuant le travail de Foucault, Preciado analyse comment Hugh Heffner, cr&#233;ateur de Playboy, construit une nouvelle masculinit&#233; connect&#233;e &#224; travers un &#233;ventail de technologies, qu'elles soient architecturales ou m&#233;diatiques. Preciado voit dans Heffner l'indice de l'invention dans les ann&#233;es 1950 d'une nouvelle &#232;re qu'il appelle pharmaco-pornographique, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime politique lib&#233;ral post-industriel et global, dans lequel le sexe, la sexualit&#233; et le corps deviennent l'enjeu politique et &#233;conomique principal. Ce terme prend la suite du mot &#171; biopolitique &#187; propos&#233; par Michel Foucault d&#233;signant les syst&#232;mes de contr&#244;le social du corps des individus. Il nomme des nouvelles formes de contr&#244;le biochimiques et num&#233;riques ultraconnect&#233;s qui participent &#224; la transformation contemporaine des processus de subjectivation, comme le travail immat&#233;riel, espace post-domestique, r&#233;gulation psychotropique de la subjectivit&#233;, gestion pharmacologique de la reproduction, production politico-sexuelle, cybersurveillance et consommation de l'intimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dispositifs pharmacopornographiques typiques sont des laboratoires &#233;tatiques miniaturis&#233;s (la pilule contraceptive, le Prozac, le Viagra, le Tepazepam, la Ritaline, etc.) qui ont la capacit&#233; de codifier, imiter, et r&#233;p&#233;ter coercitivement des processus biologiques qui brouillent la fronti&#232;re entre &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;vivant&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; occidentale d&#233;crite par Preciado est donc &#171; habit&#233;e par des subjectivit&#233;s toxico-pornographiques [qui se d&#233;finissent] par la ou les substance(s) qui dominent leur m&#233;tabolisme, par les proth&#232;ses cybern&#233;tiques qui leur permettent d'agir [et] par le type de d&#233;sirs pharmacopornographiques qui orientent leur action &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***a) Le cadre : le puritanisme, les pavillons, la guerre froide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hugh Heffner est n&#233; en 1926, il lance Playboy en 1953 dans l'Am&#233;rique de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/famille_-_copie.jpg?1731403014' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, et l'arm&#233;e, en temps de guerre avaient diffus&#233; des photographies de femmes nues aux soldats, reproduites &#224; grande &#233;chelle en tant que &#171; soutien strat&#233;gique des troupes &#187; selon la d&#233;finition du gouvernement, prenant en charge les pratiques masturbatoires masculines h&#233;t&#233;rosexuelles des soldats. En temps de paix, des m&#234;mes images sont condamn&#233;es car elles menacent la reconstruction de la famille. De soutien psychologique &#224; pornographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc dans l'apr&#232;s-guerre que s'&#233;labore la premi&#232;re d&#233;finition l&#233;gale de la pornographie li&#233;e explicitement aux nouvelles technologies de reproduction de l'image donc la photographie et leur acheminement, le courrier postal par chemin de fer ou voie a&#233;rienne. Le service du courrier fonctionnant comme un v&#233;ritable r&#233;seau &#233;tatique de contr&#244;le et la diffusion de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1952, c'est &#171; Fight for America &#187; de Mc Carthy et la guerre aux communistes. Dans un revirement parano&#239;aque et immunitaire, l'&#201;tat retourne ses instruments d'espionnage, de suret&#233; et de torture contre ses propres citoyens, en consid&#233;rant le corps, le genre et la sexualit&#233; comme d'authentiques expressions de la fid&#233;lit&#233; nationale, c'est-&#224;-dire les corps doivent &#234;tre des corps h&#233;t&#233;rosexuels, blancs et capitalistes pour qu'on ne leur fasse pas la guerre en mettant tous les pr&#233;sum&#233;s homosexuels et communistes sur une liste rouge. La guerre froide a d&#233;plac&#233; la confrontation de l'espace g&#233;ographique de l'&#201;tat-nation vers la surface glissante des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique de l'apr&#232;s-guerre, c'est l'Am&#233;rique puritaine donc, de pavillons de banlieue qui sont une traduction architecturale de cette red&#233;finition de la masculinit&#233;. Une Am&#233;rique de famille nucl&#233;aire, avec un homme, p&#232;re de famille qui travaille et ram&#232;ne l'argent au foyer. C'est ce contre quoi va se battre Hefner, en tentant de construire un nouvel homme, lib&#233;r&#233; sexuellement. Officiellement, c'est un homme de la lib&#233;ration sexuelle, mais avant tout masculiniste. Il a r&#233;ussi &#224; tenir en interview une id&#233;e &#171; f&#233;ministe &#187; de lui-m&#234;me, les femmes se lib&#233;rant sexuellement &#224; travers son empire, niant enti&#232;rement l'exploitation et la domination. &#202;tre une &lt;i&gt;playmate&lt;/i&gt; c'est &#234;tre disponible pour &#234;tre un fantasme et un objet sexuel 24h sur 24, les &lt;i&gt;playmates&lt;/i&gt; habitent chez leur patron et n'ont aucun espace priv&#233;. Le priv&#233; n'existe plus pour le lumpen prol&#233;tariat de l'empire du sexe, mais Hefner nie les conditions mat&#233;rielles, et parle de lib&#233;ration sexuelle. Ce qu'il lib&#232;re r&#233;ellement, c'est des litres de sperme dans des salles de bain ferm&#233;es de pavillons de banlieue, et ce qu'il met en place c'est le syst&#232;me de repr&#233;sentation du d&#233;sir actuel et la colonisation du priv&#233; par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***b) La technologie lib&#232;rera l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet politique d'Hefner c'&#233;tait de construire un homme d'int&#233;rieur qui n'ait en aucun cas de caract&#233;ristiques f&#233;minines. Pour cela, Hefner remplace la naturalit&#233; de la femme (m&#232;re, femme au foyer) par une sophistication technologique. Par exemple, la cuisine du c&#233;libataire de Playboy n'est pas habit&#233;e par une femme qui serait la preuve d'une conjugalit&#233; enfermante pour la libido de l'homme Playboy, mais par tout un tas de machines, qui lui permettent de se faire &#224; manger tout seul, sans rien faire qui le f&#233;miniserait. Dans le premier num&#233;ro de Playboy paraissent les plans architecturaux du penthouse de c&#233;libataire &#8211; dans un magazine &#233;rotique, publier de l'architecture, c'est os&#233;, c'est dire &#224; quel point le projet est politique, &#224; quel point le magazine promeut une forme de vie) &#8211; o&#249; les appareils &#233;lectrom&#233;nagers sont d&#233;taill&#233;s, comme la machine &#224; cuire des steaks. (Hefner construit un homme d'int&#233;rieur parce qu'il s'adresse &#224; un public d'hommes urbains, sophistiqu&#233;s, on imagine Mad Men, et &#224; l'&#233;poque, la presse masculine est domin&#233;e par des magazines comme Chasse et P&#234;che, une masculinit&#233; des grands espaces. Les hommes d'Hefner sont carnassiers, ils mangent de la viande mais ils ne la chassent pas, ils la mangent en peignoir avec un appareil qui l'aura fait cuire pour eux.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, l'homme est sauv&#233;, il peut &#234;tre un homme d'int&#233;rieur, sans femme, et sans devoir s'abaisser &#224; ces t&#226;ches. Hefner n'a peur de rien et va plus loin : l'homme &#171; reconquiert &#187; l'espace domestique dont il a &#233;t&#233; expropri&#233; par les femmes, qui elles, d&#233;fendent naturellement l'&#233;quation naturelle couple / famille. Reprenant la formule de Woolf, &lt;i&gt;Une chambre &#224; soi&lt;/i&gt;, Hefner se bat pour un nouvel espace int&#233;rieur masculin, pens&#233; comme tour de contr&#244;le. L'homme d'int&#233;rieur est pilote de son monde, il voit tout et il peut tout t&#233;l&#233;commander.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***c) La maison surveill&#233;e, l'intimit&#233; capitalis&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/hugh_heffner_-_copie.jpg?1731403017' width='500' height='245' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hefner produit des magazines et des films pornographiques &#224; destination des hommes, afin de les lib&#233;rer sexuellement, c'est-&#224;-dire c&#233;libataires et actifs sexuellement. Pour cela, Hefner a construit un empire d&#233;lirant : sa mansion. Il n'en est pas sorti les 40 derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, ayant &#224; disposition des playmates, et pouvant diriger son empire capitaliste depuis son lit rond, en pyjama. Ce lit rond est entour&#233; de moyens de communications avec l'ext&#233;rieur (t&#233;l&#233;phone) mais aussi d'&#233;crans de contr&#244;le de la maison, maison qui produit en continu ses propres images sexuelles (shooting, tournage porno&#8230;) mais aussi de vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hefner depuis son lit &#224; connexions multim&#233;dias, peut savoir tout ce qui se passe dans la maison sans quitter ses quartiers priv&#233;s. Le lit sert autant au contr&#244;le d'un empire capitaliste qu'&#224; la sexualit&#233;. Le lit n'est plus l'endroit du sommeil mais celui de la veille m&#233;diatique, le lit ne conna&#238;t pas la nuit, il ne dort jamais, il filme, il retransmet, il broadcast. M&#234;me quand l'occupant dort, les connexions le maintiennent en &#233;veil dans le monde, dehors. Mais Hefner ne dort pas beaucoup, il prend beaucoup d'amph&#232;tes et de Pepsi. Son corps est tenu en &#233;veil dans un lit qui ne dort pas. Le lit d'Hefner est une proth&#232;se et le corps d'Hefner, pr&#233;sent partout par son regard m&#233;canique, le corps d'Hefner c'est ce lit, il ne le quitte pas, et ce serait un d&#233;coupage du r&#233;el bien &#233;trange de se dire qu'il y a une diff&#233;rence ontologique entre le corps organique de Hugh Hefner et son lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison playboy est une machine de production d'information, de plaisir et de subjectivit&#233;, dont l'excitation sexuelle vient de ce rapport entre la maison priv&#233;e et la technologie, donc entre distance et pr&#233;sence : &#234;tre comme l&#224;, voir comme si on &#233;tait l&#224;, tout en n'y &#233;tant pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Public et priv&#233; est une distinction qui n'a plus de sens : il re&#231;oit depuis son lit, il diffuse ce qui se passe chez lui et il cr&#233;e l'excitation sexuelle de ses lecteurs sur la dimension priv&#233;e de ce qu'ils voient. On bande parce que c'est &#224; la maison. Hefner retourne donc aussi la position de voyeur &#224; celle d'exhibitionniste. Chacun peut se mettre &#224; r&#234;ver &#224; la capitalisation de son intimit&#233;, &#224; la dimension excitante de sa propre intimit&#233;. Chacun se r&#234;ve en exhib et &#231;a rapporte gros.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; une &#233;poque, il tentera de transformer des f&#234;tes dans un salon ferm&#233; et hyper connect&#233; en une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision. C'est le brouillage entre des espace tr&#232;s selects et pouvoir les diffuser &#224; l'infini qui en jeu et pour cela, il utilise les technologies de pointe de l'&#233;poque. Ce qu'Hefner vend, c'est la masturbation sur le fantasme d'&#234;tre in, il fait r&#234;ver, pas uniquement sur le corps des playmates, il fait r&#234;ver sur le cadre architectural qui contient ces corps f&#233;minins bandants. Il fait bander sur sa propre maison, qui pourtant reste inaccessible mais qu'il ne fait que diffuser. La pr&#233;sence est impossible mais on peut se branler sur la distance. C'est un r&#234;ve de contr&#244;le absolu que r&#233;alise Hefner : les corps bandants en pr&#233;sence (ceux des playmates qui elles, dorment au dernier &#233;tage de la maison dans des dortoirs dignes d'un internat de jeunes filles) sont contr&#244;l&#233;s par un &#339;il &#224; distance, remettant au go&#251;t du jour le fameux panopticon donc Foucault parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hefner plaide pour une masculinit&#233; fabriqu&#233;e, l'effet d'un ensemble de technologies de l'image et de l'information. La fiction qui correspond bien &#224; celle du penthouse du play-boy, c'est celle de l'espion qui voit tout : on passe d'une vision masculine du soldat, (on se situe dans l'apr&#232;s-guerre) &#224; celle de l'espion (on est en pleine guerre froide), et de la figure du mari &#224; celle de l'amant. L'homme se sophistique, abandonnant sa virilit&#233; combattive pour une sophistication d'homme d'int&#233;rieur en peignoir de satin, &#224; l'abri de l'ext&#233;rieur, de la guerre froide. Il observe depuis ses &#233;crans, et peut recevoir des playmates &#224; domicile, sans pour autant devoir vivre une conjugalit&#233;. En ayant des relations sexuelles on cr&#233;e de l'information, on cr&#233;e du d&#233;sir (photo ou films). La question est de savoir si l'on se met &#224; baiser pour faire des images ou pour baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir masculin est d'observer sans &#234;tre vu, et ce d&#233;sir masturbatoire est cr&#233;&#233; (ou rendu possible) par cette maison super-connect&#233;e, super surveill&#233;e, par ce dispositif m&#233;diatique sans fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela change donc radicalement la repr&#233;sentation de la pin-up : Hefner a rendu d&#233;sirables des femmes, prises dans des situations de quotidiennet&#233;, chez elles. Playboy met en sc&#232;ne des filles chez qui on va voir derri&#232;re les rideaux de douches, dans l'intimit&#233;, prises sur le fait, &#171; une jeune fille se pr&#233;pare &#224; une soir&#233;e et met ses bas &#187; Bref, Playboy s'autorise &#224; mater dans l'espace domestique, de m&#234;me qu'Hefner, de son lit peut &#233;pier chaque pi&#232;ce de son manoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L333xH491/playmate_radiographie_-_copie-eb21a.jpg?1765891215' width='333' height='491' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La plus paradigmatique de ces images est celle de la pin-up qui exhibe carr&#233;ment une radio de son abdomen. Le dernier mur, celui de la peau, tombe. On publie l'int&#233;rieur m&#234;me des corps, cela n'appartient plus au cach&#233;. Cette image t&#233;moigne d'une technologie de l'&#233;poque qui permet de tout voir, et l'excitation vient de cette omnipotence du regard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'effectue Hefner c'est qu'il transforme la &lt;i&gt;girl next door&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;sex symbol &lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire que les filles bien, les filles, comme votre voisine qui a un travail et qui est s&#233;rieuse, cette fille bien aime le sexe. Les &lt;i&gt;playmates&lt;/i&gt; deviennent des agents anonymes de la re-sexualisation de la vie quotidienne. Si l'on se place du point de vue de l'homme, alors tout est &#224; la port&#233;e de son d&#233;sir, la fille d'&#224; c&#244;t&#233;, pourrait vouloir me sucer, elle est disponible, et ce partant d'un &#171; d&#233;sir &#187; car elle n'est pas une prostitu&#233;e, c'est une fille prise par le capitalisme et la lib&#233;ration sexuelle : elle aime le cul.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; la girl next door est &#224; l'&#233;conomie pharmaco-pornographique de l'apr&#232;s-guerre ce qu'a &#233;t&#233; l'automobile au fordisme : le produit en s&#233;rie d'un processus de production de bio-capital &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance entre travail, sexe, public et priv&#233; s'estompe. Playboy inaugure une pratique de travail qui est devenue courante aujourd'hui, et qui fait entrer de plein pied ce que l'on consid&#233;rait comme l'espace priv&#233; (domestique, le corps, l'intime et la communication) dans un processus de production &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***d) Le support m&#233;diatique masturbatoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que Preciado appelle Pornotopie c'est la production d'un r&#233;gime domestique orchestr&#233; et chor&#233;graphi&#233; par des dispositifs techniques de surveillance et de reproduction audiovisuels. Int&#233;rieur post-domestique qui n'est plus d&#233;fini par son caract&#232;re priv&#233; mais o&#249; les habitants sont conscients de leur double condition th&#233;&#226;trale : acteurs et spectateurs, voyeurs et exhibitionnistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; surexposition &#187; m&#233;diatique du manoir le d&#233;compose et le recompose autant qu'il le constitue. L'habitat est transform&#233; en donn&#233;es et en information qui le fait, dans l'utopie cybern&#233;tique contemporaine, nous dit Preciado, ne poss&#233;der ni lieu fixe ni limites. Le lit de Hefner fonctionne pendant la guerre froide comme un espace de transition o&#249; se mod&#233;lise le nouveau sujet proth&#233;tique utraconnect&#233; de la modernit&#233; &#224; venir. Le capitalisme de guerre mute en capitalisme de consommation et d'information qui place le plaisir, le corps et le sexe au centre de la gestion politique. Le corps et la sexualit&#233;, sortis de l'espace intime et soudain publics, sont eux aussi transform&#233;s en donn&#233;s et d&#233;corporalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme place au centre la gestion du plaisir en cr&#233;ant un continuum entre plaisir et capital : c'est-&#224;-dire que si Hefner travaille depuis son lit, et qu'il a une relation sexuelle depuis ce m&#234;me lit, peut &#234;tre que cette relation sexuelle pourra servir &#224; nourrir son empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Playboy &lt;/i&gt; a abord&#233; cette diff&#233;rence en proposant la cr&#233;ation d'une nouvelle enclave de vie : le penthouse totalement connect&#233; aux nouvelles technologies de communication dont le nouveau producteur n'a pas besoin de sortir pour travailler ni pour faire l'amour &#8211; des activit&#233;s qui, d'ailleurs, sont devenues indiscernables. &#187; Le manoir est en r&#233;seau avec le club, le journal, et les &#233;missions de t&#233;l&#233; : complexe m&#233;diatico immobilier capable de tisser un circuit de production : espace &#8211; sexe -image &#8211; capital &#224; l'&#233;chelle globale. C'est le 1er bordel multim&#233;dia.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut voir la continuation de Playboy et du manoir dans Big Sister (Lol) un e-bordel &#224; Prague o&#249; le client ne paie pas pour le service sexuel mais il accepte d'&#234;tre film&#233; durant l'acte et retransmis sur Internet. Le client du service sexuel n'est donc pas celui qui le pratique, transform&#233; en acteur mais celui qui le visionne. Comme il y a une d&#233;territorialisation de l'espace m&#234;me du bordel, les cr&#233;ateurs ont choisi Prague qui est moins cher que Los Angeles, desservi par des lignes &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; et qui a une importante population de travailleuses du sexe &#224; moindre co&#251;t. Car l'espace m&#234;me du bordel est d&#233;mat&#233;rialis&#233;. Ce qui est primordial pour le client c'est de pouvoir &#171; tout voir &#224; tout moment sans que rien ne lui soit cach&#233; &#187;. Le plaisir provient donc pas du sexe mais du fait de regarder et d'&#234;tre regard&#233;. On d&#233;localise le plaisir dans ses appareillages technologiques et panoptiques. L'acte sexuel se passe donc plut&#244;t entre l'acteur qui prend du plaisir &#224; &#234;tre regard&#233; et le visiteur internaute qui prend du plaisir &#224; regarder, oblit&#233;rant ainsi le corps de la femme. Ce qui se passe entre eux est &#224; la fois intime et public. Cela se passe dans le c&#226;ble, le plaisir vient de cette notion de la connexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jouissance se passe donc, non plus vraiment dans les corps eux-m&#234;mes, mais dans la cr&#233;ation de donn&#233;es, d'images de la jouissance. Le plaisir vient de ce que l'acte sexuel vaut et rapporte au-del&#224; de lui-m&#234;me. On peut souvent voir la jouissance, ou le plaisir sexuel comme une sortie de son corps, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de penser la proth&#232;se, de penser les p&#233;riph&#233;ries du corps, ce qui le continue. Le plaisir sort du corps de l'homme pour se re-mat&#233;rialiser en image et donc en valeur marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute cette petite histoire, le plaisir du corps de la femme est absent : dans l'exemple du bordel de Prague, on voit bien que la seule qui est oblit&#233;r&#233;e de cet espace virtuel d&#233;sirant, c'est la prostitu&#233;e qui, fait son travail, en donnant, gratuitement d'une certaine mani&#232;re son image, la sophistication technologique ne lui rapportant rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On va faire maintenant un saut en arri&#232;re et revenir au 19&#232;me si&#232;cle et &#224; l'invention du vibromasseur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**1.3 La femme contr&#244;l&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire entre technologie et corps de la femme est une histoire de contr&#244;le et de r&#233;pression, dont parle notamment Elsa Dorlin dans le chapitre&lt;i&gt; Fureur et ch&#226;timents dans la matrice de la race&lt;/i&gt; dont la th&#232;se est que la race a une histoire, qui renvoie &#224; l'histoire de la diff&#233;rence sexuelle. Au XVIIe si&#232;cle, les discours m&#233;dicaux con&#231;oivent le corps des femmes comme un corps malade et l'affligent de mille maux : &#171; suffocation de la matrice &#187;, &#171; hyst&#233;rie &#187;, &#171; fureur ut&#233;rine &#187;, etc. Le sain et le malsain justifient efficacement l'in&#233;galit&#233; des sexes et fonctionnent comme des cat&#233;gories de pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elsa Dorlin reprend Foucault et son histoire de la sexualit&#233; sur la notion de pouvoir, et de quels discours se mettent &#224; modeler la sexualit&#233;. Je citerais aussi Preciado dans le &lt;i&gt;Manifeste contrasexuel&lt;/i&gt; qui accorde cr&#233;dit &#224; la th&#232;se de Rachel Maines dans &lt;i&gt;Technologie de l'orgasme&lt;/i&gt;, th&#232;se qui par la suite a &#233;t&#233; critiqu&#233;e pour son manque de rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_425 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L293xH512/fureur_-_copie-278cf.jpg?1765891215' width='293' height='512' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1771, M. Bienville &#233;crit un trait&#233; sur la nymphomanie ou la fureur ut&#233;rine. Selon lui, la composition de l'appareil g&#233;nital f&#233;minin le rend sensible et excitable &#224; tous les frottements. Or, la femme ne devrait pas, selon la m&#233;decine des humeurs, &#234;tre chaude mais froide. Il faut refroidir la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fureur ut&#233;rine est diagnostiqu&#233;e au 18&#232;me si&#232;cle, alors que l'hyst&#233;rie pullule au 19&#232;me si&#232;cle. Elsa Dorlin utilise la fureur ut&#233;rine comme exemple de l'attouchement m&#233;dical, l&#224; o&#249; Rachel Maines pose la naissance du vibromasseur dans le traitement de l'hyst&#233;rie. Les deux maladies sont d&#233;crites de mani&#232;re assez similaire. Le mot hyst&#233;rie vient lui-m&#234;me du mot ut&#233;rus, l'hyst&#233;rie est &#171; ce qui rel&#232;ve de l'ut&#233;rus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 18&#232;me, la sexualit&#233; devient un des caract&#232;res distinctifs des individus notamment parce qu'on la m&#233;dicalise, comme l'explique Foucault dans l'histoire de la sexualit&#233;. Et parce que la sexualit&#233; est m&#233;dicalis&#233;e, le pouvoir m&#233;dical, d'une certaine mani&#232;re se sexualise et dramatise les moments troubles : on l'autorise &#224; fr&#244;ler les corps, les caresser des yeux, &#233;lectriser des surfaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maladie transforme les femmes en b&#234;tes de sexe. Cette sensualisation du pouvoir est perceptible chez les m&#233;decins de femmes. Le discours m&#233;dical du 18&#232;me si&#232;cle sur les femmes est un m&#233;lange d'excitation du corps f&#233;minin et une codification sexuelle li&#233;e au genre et au sexe, qui s'oppose &#224; toute une s&#233;rie de pratique jug&#233;es contre nature (comme la sodomie qui ne correspond &#224; aucune fonction reproductive, l'anus &#233;tant exclu de la sexualit&#233;). On doit concentrer les femmes sur leur conjugalit&#233;. On scrute les sexualit&#233;s h&#233;r&#233;tiques dans les manuels qui s'incarnent ensuite en types pathologiques. Il ne s'agit pas de les r&#233;primer mais comme le dit Foucault &#171; de les faire fructifier en autant de points de pouvoir sur les corps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bonne sant&#233; pr&#233;dispose &#224; la fureur ut&#233;rine, c'est donc une maladie des femmes du peuple (prostitu&#233;es, paysannes, domestiques) qui ne s'enferment pas dans des robes &#224; baleines, et qui ne correspondent &#224; l'image de la f&#233;minit&#233; diaphane bourgeoise. Elle est caract&#233;ris&#233;e par une excitabilit&#233; jug&#233;e trop grande des femmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la calmer, le traitement conseill&#233; est la vibroth&#233;rapie : galop de cheval, violon, voiture, mais aussi attouchements par le m&#233;decin, jusqu'au paroxysme (orgasme) qui calme la malade. (On peut aussi pratiquer l'hydroth&#233;rapie, qui rendra la douche toujours suspecte, et ce bien longtemps).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour gu&#233;rir la fureur rien n'est plus efficace que le mariage nous dit Bienville car &#171; seul lui gu&#233;rit la nymphomanie, surtout quand elle a pris sa source dans une violente passion pour l'objet qu'il est enfin permis de poss&#233;der &#187;. Le meilleur traitement, c'est le co&#239;t, le p&#233;nis est la meilleure gu&#233;rison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes sont donc malades de leur d&#233;sir : elles d&#233;sirent bien trop de p&#233;nis, et pour cela, il faut soit les marier, et si on ne peut pas encore les marier, alors on va les caresser.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est long pour les m&#233;decins, mais et la masturbation et l'homosexualit&#233; sont consid&#233;r&#233;es comme des causes aggravantes &#224; la nymphomanie, et contre-nature, ce qui rend les attouchements fait par le prol&#233;tariat de la m&#233;decine, c'est &#224; dire les infirmi&#232;res, proscrits. Dans le d&#233;tail de ces sophistications m&#233;dicales et morales, il y a quelque chose de presque comique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me m&#233;dical masculin, se voit dans une position d&#233;licate qui est de d&#233;terminer un seuil : une femme doit d&#233;sirer des p&#233;nis, c'est bien l&#224; le propre de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; mais elle ne doit pas avoir trop de d&#233;sir sexuel, pas trop d'excitation, surtout si l'objet n'est pas masculin (la masturbation est solitaire). Un d&#233;sir sexuel qui n'ait pas pour objet le p&#233;nis et / ou la reproduction est pathologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, l'id&#233;e de devoir calmer la fureur en provoquant m&#233;dicalement des orgasmes &#224; la patiente et ce, sans pouvoir le faire faire aux infirmi&#232;res est un sujet sulfureux pour toute la communaut&#233; m&#233;dicale, comme en t&#233;moigne ce court extrait d'un m&#233;decin, Virey : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; je pourrais parler de plusieurs &#233;v&#232;nements justifi&#233;s par l'exp&#233;rience, qui mettent fin &#224; la fureur ut&#233;rine mais comme ils sont d'une nature &#224; ne point &#234;tre expos&#233;s avec d&#233;cence aux yeux du lecteur, on me permettra de les passer sous silence &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 19&#232;me avec le traitement de l'hyst&#233;rie, le toucher devient un probl&#232;me : les massages pelviens mettent trop de temps et on cherche &#224; tenir &#224; distance l'ut&#233;rus et le sexe f&#233;minin des mains des m&#233;decins. L'objet devient donc une m&#233;diation pour r&#233;pondre &#224; la question qui occupe les m&#233;decins : comment provoquer un orgasme dans un corps f&#233;minin en un minimum de temps et avec un maximum d'efficacit&#233; et sans toucher ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vibromasseur est donc le meilleur rem&#232;de apr&#232;s des tentatives avec des chaises, des b&#226;tons, des tables,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_426 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L400xH384/machine_a_penetrer_-_copie-b4e40.jpg?1765891215' width='400' height='384' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;des douches&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1883, le docteur Joseph Mortimer Granville invente un appareil th&#233;rapeutique appel&#233; marteau de Granville ou percuteur ou vibromasseur qui est destin&#233; &#224; lutter contre les douleurs musculaires. Il a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233; de son usage par d'autres m&#233;decins, qui s'en servent pour masturber leurs patientes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, appara&#238;t le Weiss entre 1870-90 que Charcot &#224; La Salp&#234;tri&#232;re, utilise.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'exposition universelle de Paris un grand nombre d'appareils sera expos&#233;, mais ils sont encore trop encombrants pour un usage domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'Electro massage&lt;/i&gt;, ou machine de (John) Butler sera commercialis&#233; d'abord dans un but m&#233;dical puis dans un but domestique. Disons, pour rire qu'en tant que technologie domestique de la production de plaisir le vibromasseur contemporain descend de la machine de Butler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la vente par correspondance dans les ann&#233;es 10, on peut le diffuser, &#224; titre de &#171; petit appareil &#233;lectrom&#233;nager &#224; usage personnel &#187;. Les publicit&#233;s de l'&#233;poque, quoique subtiles, r&#233;v&#232;lent son usage r&#233;el, m&#234;me si toutes les femmes en photographie se frottent la joue d'un air s&#233;rieux avec. Une publicit&#233; trouv&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Women's Home Companion&lt;/i&gt; en 1910 promet &#171; &#224; chaque femme la quintessence de la jeunesse &#233;ternelle &#187;. Une autre affirme : &#171; Gr&#226;ce &#224; lui, vous sentirez palpiter en vous tous les plaisirs de la jeunesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_420 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/pub_vibro_-_copie.jpg?1731403030' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hyst&#233;rie a des sympt&#244;mes proches d'une autre maladie qui donnera lieu &#224; d'autres technologies : la maladie masturbatoire. La masturbation se pathologise en raison de th&#233;ories &#233;nerg&#233;tiques du corps (cf &lt;i&gt;Manifeste contra-sexuel&lt;/i&gt;). Le plaisir est un sous-produit d'un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique global, l'&#233;nergie du corps doit &#234;tre utilis&#233;e pour le travail ou l'activit&#233; sexuelle d&#233;di&#233;e &#224; la procr&#233;ation donc la masturbation est une perte d'&#233;nergie (qui peut amener &#224; des formes de d&#233;pression). La diff&#233;rence avec la condamnation morale historique de la masturbation depuis la Renaissance par l'&#233;glise, puis sa pathologisation, c'est qu'au 19&#232;me, elle peut &#234;tre r&#233;prim&#233;e technologiquement par toute une s&#233;rie d'appareil, que je ne vous d&#233;crirais pas mais qui s'apparentent clairement &#224; de la torture, de la ceinture de chastet&#233; &#224; des appareils affreux qui doivent emp&#234;cher tout frottements produits par Kellogs et Graham. Tout l'enjeu de ses appareils est d'&#233;viter la connexion main / parties g&#233;nitales, c'est la connexion interdite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kellogg_s_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kellogg_s_-_copie.jpg?1731403023' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Kellogs et Graham ont aussi perc&#233; dans les c&#233;r&#233;ales et ce n'est pas un hasard, selon moi, s'ils mettent au centre de leur activit&#233; le petit d&#233;jeuner familial-patriarcal. Avec cette opposition petit-d&#233;jeuner / masturbation, c'est un syst&#232;me politique qui s'exprime.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, avec la masturbation, la jouissance est une perte d'&#233;nergie, de l'autre, avec l'hyst&#233;rie on doit provoquer l'orgasme &#224; l'aide d'un appareillage technologique. Ce qui est s&#251;r c'est que l'orgasme f&#233;minin est paradoxal. Le vibromasseur est donc une technologie efficace de r&#233;pression et de production d'orgasme qui vont, quoi qu'il en soit dans le sens d'une gestion de la sexualit&#233; f&#233;minine.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'usage des vibromasseurs &#224; la maison reste un tabou, car les femmes qui l'utilisent ont peur d'&#234;tre frigides aux hommes, d'&#234;tre vues comme des masturbatrices. On pourrait se demander si c'est que dans ces cas, le plaisir qui est recherch&#233; est non-h&#233;t&#233;rosexuel, ou du moins &#233;chappe &#224; la conjugalit&#233; parce qu'elle se branche sur la machine. Les crises hyst&#233;riques sont une des maladies les plus fr&#233;quentes, on parle de pand&#233;mie &#224; l'&#233;poque. Une pand&#233;mie du corps de la femme qui se refuse &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, dans ce qu'elle organise de la sexualit&#233; (la femme est disponible mais ne d&#233;cide pas de son propre d&#233;sir, si elle en a un par elle-m&#234;me, elle est malade).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps de la femme hyst&#233;rique est un genre de machine capricieuse qui ne r&#233;agit pas aux stimuli de la p&#233;n&#233;tration h&#233;t&#233;rosexuelle et qui doit &#234;tre connect&#233;e &#224; l'appareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'orgasme est donc le produit d'un &lt;i&gt;double-bind&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;, la maladie et la gu&#233;rison : c'est &#224; la fois le vice masturbatoire &#224; combattre et la gu&#233;rison hyst&#233;rique, il doit &#234;tre r&#233;prim&#233; par la force des appareils et doit &#234;tre provoqu&#233; par des technologies de pointe. Ce qui est s&#251;r, c'est que dans les deux cas, l'orgasme est repr&#233;sent&#233; comme n'appartenant pas &#224; la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vibromasseur est donc un objet &#233;trange : l'orgasme vient de la machine. On a cr&#233;&#233; une machine pour remplacer le meilleur traitement selon Bienville, c'est &#224; dire le p&#233;nis. Mais dans la cr&#233;ation de cette machine pour remplacer le p&#233;nis, il n'y a pas d'homme. C'est une machine qui d'un coup se d&#233;tache de son origine imaginaire : l'homme et son p&#233;nis qui soignerait la femme atteinte de fureur, ou la femme r&#233;calcitrante aux stimuli h&#233;t&#233;rosexuels. Et contrairement au p&#233;nis, la machine ne faillit jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Preciado &#233;crit &#171; L'orgasme vient de la machine. La femme connect&#233;e est la machine qui jouit. &#187;, ce n'est pas que la machine jouit pour moi. C'est que je deviens la machine, je suis une machine &#224; orgasmes. Il y a une m&#233;canisation du plaisir, m&#233;canisation qui parfois para&#238;t magique : comment &#231;a peut marcher &#224; tous les coups ? Ce plaisir m&#233;canique est sans faille. L'objet prend mon corps, mon vagin se m&#233;canise, c'est &#224; dire, il n'est plus pris dans un monde imaginaire, par exemple, celui de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Il n'est pas dans un monde imaginaire, non, il ne fait que r&#233;pondre &#224; un signal &#233;lectrique, et il jouit de ce signal. Ou alors, s'il est pris dans un monde imaginaire, c'est justement un monde de l'hybridation entre mon corps et la machine, qui ne font qu'un, un monde sans faille.&lt;br class='autobr' /&gt;
La machine pourrait ne jamais s'arr&#234;ter, le corps devient une machine &#224; orgasme. Le d&#233;placement qui s'op&#232;re, n'est pas, comme avec le gode, un d&#233;placement de genre. C'est une hybridation entre inanim&#233; et anim&#233;. Mon corps n'est plus un corps, et l'objet de mon plaisir est cette machine, ce bruit de machine qui ne s'arr&#234;tera seulement quand mon corps n'en pourra plus. Mon corps jouit de la machine, sa seule limite &#233;tant, contrairement &#224; la machine qui s'arr&#234;te quand elle n'a plus de piles, que &#231;a ne peut pas durer ind&#233;finiment. Peut-&#234;tre ce qui met fin &#224; cette hybridation merveilleuse entre sexe et vibromasseur, c'est la limite. La limite de ce qu'un corps peut supporter, de quelle dose de plaisir. C'est dans cette notion de limite que se redessine une diff&#233;rence entre mon corps et l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de la technologie et des discours sur le sexe, est qu'elle ne r&#233;prime pas mais qu'elle construit un certain type de d&#233;sir. On ne peut se targuer d'&#234;tre indiff&#233;rent au plaisir technologique. La technologie du sexe cr&#233;e des &#233;nonc&#233;s de v&#233;rit&#233;s sur nos d&#233;sirs. Elle les modifie, les assouvit.&lt;br class='autobr' /&gt;
La technique est un micro pouvoir artificiel et productif selon Foucault relu par Preciado, qui n'op&#232;re pas de haut en bas mais circule &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; (niveau abstrait de l'&#233;tat &#224; celui de la corporalit&#233;) Le contr&#244;le de la sexualit&#233; n'est pas l'interdiction de certaines pratiques mais la production de diff&#233;rents d&#233;sirs et plaisir qui ont l'air de d&#233;river de pr&#233;disposition naturelles (h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&#8230;) qui seront ultimement r&#233;ifi&#233;es et objectifi&#233;es comme des identit&#233;s sexuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les techniques disciplinaires de la sexualit&#233; ne sont pas un m&#233;canisme r&#233;pressif mais des structures &#171; re &#187; productrice et techniques de d&#233;sir et de plaisir qui g&#233;n&#232;rent les sujets du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour Haraway, la force avec laquelle de discours f&#233;ministe a d&#233;sign&#233; le corps f&#233;minin comme produit de l'histoire politique et non d'une naturalit&#233; est une des grandes ruptures &#233;pist&#233;mologiques du 20&#232;me si&#232;cle. Mais pour nombre de f&#233;ministes des ann&#233;es 70-80, plut&#244;t anti-tech, la technologie renvoie &#224; un ensemble de techniques qui objectifient et contr&#244;lent leur corps. Il faut donc se lib&#233;rer du pouvoir coercitif des m&#226;les et de la technologie, ce qui aboutit &#224; une re-naturalisation : une r&#233;duction et diabolisation des technologies de sexe, le corps des femmes doit redevenir purement naturel et le pouvoir dominateur des hommes est transform&#233; en techniques de contr&#244;le et de possession technologique sur ce qui serait la capacit&#233; la plus essentielle des femmes : la reproduction. Toute forme de technologie est assimil&#233;e au patriarcat et la femme est donc repouss&#233;e vers un essentialisme reproducteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un &#233;chec du f&#233;minisme institutionnel &#224; concevoir les technologies comme sites de r&#233;sistance. Il faudra attendre le queer et les mouvements trans, o&#249; la modification du corps devient une lutte politique pour que la technologie ne soit pas un mal absolu, mais &#224; voir en quoi, vouloir s'en abstraire est vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le corps est une technologie, alors il faut l'adapter pour construire son propre corps, son propre sexe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le terme adapter est utilis&#233; par Preciado et nous pourrions y voir un terme &#233;conomique : l'adaptabilit&#233; n&#233;o-lib&#233;rale. &#192; r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir en quoi le gode est une tentative de d&#233;saffectation des organes sexuels tel qu'ils apparaissent comme naturel dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; : un bon vieux missionnaire avec un vagin qui s'ouvre et un p&#233;nis qui p&#233;n&#232;tre. La jouissance est d&#233;plac&#233;e de deux mani&#232;res : notre propre corps n'est pas forc&#233;ment familier, il ne nous appara&#238;t pas comme &#233;vident, ou donn&#233;. Mais il y a besoin de distance, de la m&#233;diation d'un outil pour que justement, il puisse appara&#238;tre dans toute son &#233;tranget&#233;. Le gode est un outil de l'&#233;tranget&#233;, qui fait trembler le mythe de la pr&#233;sence &#224; soi. Dans cet autre qu'est le gode, dans la distance &#233;trange d'&#234;tre soi-m&#234;me un corps, il peut remettre en question les fronti&#232;res de nous-m&#234;mes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Le gode, l'impur dans la baise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Paru en 2000, tout d'abord en fran&#231;ais, le Manifeste contra sexuel est un des premiers textes connus de Paul B. Preciado. Il voit dans la structure sociale un contrat social h&#233;t&#233;rocentriste, qui comprend notamment un d&#233;coupage du corps selon des zones de pouvoir dans la sexualit&#233; : le p&#233;nis, et le vagin pour recevoir le p&#233;nis, ces &#171; performances normatives qui s'imposent dans le corps comme des v&#233;rit&#233;s biologiques &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Preciado cherche &#224; remplacer ce contrat social h&#233;t&#233;ro par un contrat social contra-sexuel, qui est &#171; une th&#233;orie du corps, qui se trouve en dehors de l'opposition entre masculin et f&#233;minin entre m&#226;le et femelle entre h&#233;t&#233;rosexuel et homosexuel. Il d&#233;finit la sexualit&#233; comme une technologie et consid&#232;re les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du syst&#232;me de sexe et de genre (&#8230;) tout comme ses pratiques et ses identit&#233;s sexuelles &#187;. La contra-sexualit&#233; se donne pour objet d'&#233;tude les transformations technologiques des corps sexu&#233;s et &lt;i&gt;genderis&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contra c'est le contrat et aussi ce qui est contre. Soit tout contre la sexualit&#233;, soit contre une sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro. La soci&#233;t&#233; contra sexuelle favorise le d&#233;veloppement de tous les savoirs et de toutes les technologies qui vont dans le sens d'une transformation radicale des corps et d'une interruption de l'histoire de l'humanit&#233; en tant que source d'oppression g&#233;n&#233;ralis&#233;e et cela par une p&#233;dagogie sexuelle high-tech afin de maximiser les surfaces &#233;rotiques, de diversifier et d'am&#233;liorer les pratiques contra-sexuelles. C'est donc l'&#233;rotisation du corps contre l'architecture &#233;rotique des corps h&#233;t&#233;rosexuels pr&#233;sent&#233;e comme la seule possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre il y a des propositions de contrat, pour les diff&#233;rents membres de la soci&#233;t&#233; contra-sexuel. Dans ces contrats, on renonce &#224; son identit&#233; sexuelle, renon&#231;ant &#224; toute id&#233;e naturaliste d'eux m&#234;me, et le contrat ne se rapporte qu'&#224; l'acte lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Preciado cherche &#224; cr&#233;er une nouvelle g&#233;ographie du corps gr&#226;ce &#224; l'anus, et au gode. Chaque partie du corps peut-&#234;tre un gode, mais c'est aussi le gode tel qu'on le pratique, c'est &#224; dire du caoutchouc. Le gode oscille constamment entre une figure mythique de d&#233;placement des zones de plaisir, donc ma main peut&#8212;&#234;tre un gode pour le cul de X, mais aussi le gode en tant qu'objet d&#233;tach&#233; de mon corps et ayant cette &#233;tranget&#233; dont nous parlions. J'en parle ici, plut&#244;t comme de l'objet mill&#233;naire devenu objet-caoutchouc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/godes_-_copie.jpg?1731403017' width='500' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que les st&#233;r&#233;otypes de genres sont abolis, le nouveau centre universel contra-sexuel devient l'anus. Le fist-fucking est une des hautes technologies de la contra-sexualit&#233;, car dans l'architecture corporelle politique, il y a un oubli de l'anus : parce que c'est une zone sans diff&#233;rence sexuelle, et une zone de refabrication du corps en tant que contra-sexuel. Il est abandonn&#233; de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; comme n'&#233;tant ni une zone de romantisme ni un organe de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le d&#233;lire autour des contrats politiquement pose un probl&#232;me. On peut dire que cela vient clairement d'une culture du SM, o&#249; les comportements sexuels sont r&#233;gl&#233;s par contrats. Cette id&#233;e du contrat, m&#234;me si elle se rattache &#224; un imaginaire social-d&#233;mocrate g&#234;nant, est une premi&#232;re r&#233;ponse &#224; notre probl&#232;me de la pr&#233;sence, du donn&#233;, ou de la spontan&#233;it&#233; suppos&#233;e du corps : avec un contrat, on d&#233;termine son d&#233;sir comme ne d&#233;coulant pas des corps en pr&#233;sence qui le trouvent ou qui le d&#233;cident, c'est quelque chose de d&#233;termin&#233; &#224; l'avance. Le contrat est fait dans la distance des corps pour ensuite se rassembler et trouver du plaisir dans son ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**1. D&#233;naturaliser le p&#233;nis, d&#233;naturaliser le plaisir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la logique du gode ? Est-ce une parodie ironique ou une r&#233;p&#233;tition grossi&#232;re de p&#233;nis, ou ni l'un ni l'autre ? Est-ce une r&#233;manence de l'ordre patriarcale ? Et en quoi la baise avec un gode n'est pas h&#233;t&#233;rosexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans beaucoup de discours lesbiens et f&#233;ministes des ann&#233;es 80, le gode est mal vu : ce serait un objet qui recentrerait la sexualit&#233; lesbienne autour du phallus. Dorothy Allison parle tr&#232;s bien de sa honte du gode aupr&#232;s des f&#233;ministes avec lesquelles elle s'organise, notamment dans&lt;i&gt; Peau&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce serait &#224; la fois du phallocentrisme et la projection du d&#233;sir des hommes dans la sexualit&#233; lesbienne, car &#231;a r&#233;pond unilat&#233;ralement &#224; la question : mais comment les lesbiennes baisent sans p&#233;nis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait d'avoir sorti du corps, sous forme de gode, l'organe qui institue le corps masculin doit &#234;tre compris comme un acte structural et historique d&#233;cisif dans le processus de d&#233;construction de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; comme nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'invention du gode, c'est la fin du p&#233;nis comme source de la diff&#233;rence sexuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Si le p&#233;nis est &#224; la sexualit&#233; ce que dieu est &#224; la nature, le gode rend effectif la mort de dieu annonc&#233;e par Nietzsche dans le domaine de la sexualit&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que nous dit le gode que le f&#233;minisme ne nous dit peu ? La d&#233;naturalisation f&#233;ministe du genre initi&#233; par Beauvoir : on ne nait pas femme on le devient &#233;choue en ne proc&#233;dant &#224; la pareille pour les hommes. La femme est construite, mais l'homme et son p&#233;nis serait naturel. Et si la grande question du f&#233;ministe a toujours &#233;t&#233; : est-ce qu'une femme existe, elle n'a jamais &#233;t&#233; est ce qu'un homme existe ? Le gode vient offrir une r&#233;plique au p&#233;nis. On ne na&#238;t pas homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gode vient d&#233;nier l'authenticit&#233; du p&#233;nis car il est une r&#233;plique de forme, de taille de p&#233;nis, mais il est d&#233;tach&#233; du corps masculin. Et il en reste toujours ext&#233;rieur, qu'il s'ajoute ou se substitue au sexe, il est en dehors du corps organique. Il peut se rapprocher tant qu'il veut de l'original, il ne sera jamais l'original, il est duplicable &#224; l'infini. Des milliers et des milliers de bites &#224; vendre. Et dans cette distance qu'il ne comblera jamais, il dresse le p&#233;nis contre sa naturalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avoir un p&#233;nis, c'est &#234;tre ma&#238;tre dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Mais en avoir deux, c'est une monstruosit&#233;, et quel est le gode, et quel est le vrai p&#233;nis, lorsqu'ils sont deux ? Et ne pas avoir de p&#233;nis, et d'un coup avoir un gode, cela rend monstrueuse cette femme naturelle faite pour recevoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'il est &#233;tranger &#224; l'organe, et qu'il restera toujours une copie, le gode d&#233;tourne le sexe de son origine authentique. Le gode produit une technologie sexuelle du p&#233;nis, au risque de se substituer au p&#233;nis, qui est point&#233; non plus comme masculinit&#233; authentique mais comme technologie de genre. Le p&#233;nis doit trembler devant le gode, car finalement, les p&#233;nis ne sont rien de plus que des godes, sauf qu'on ne peut pas les acheter. Le gode dit que le p&#233;nis comme sexe est un mensonge, dans cette distance d'avoir l'original qui ne sera jamais combl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est cette distance qui est fondamentale dans l'utilisation du gode : on n'utilise pas un p&#233;nis, on ne veut pas utiliser un p&#233;nis, ce que l'on veut utiliser c'est un gode car il est fondamentalement autre chose dans la production de sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gode produit non pas du m&#234;me mais de la diff&#233;rence, il g&#233;n&#232;re la diff&#233;rence mais il ne s'identifie pas &#224; elle parce qu'il n'est pas une essence, il ne fait que trahir et parodier la v&#233;rit&#233; de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/godes_pub_-_copie.jpg?1731403017' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le gode est un objet mobile, qui n'a pas vocation &#224; faire croire qu'il est un p&#233;nis (les godes ont cette force de la r&#233;plication un peu cheap qui est forte parce qu'elle est cheap. Par exemple, la question des veines sur les godes. Les veines en caoutchouc sont &#233;tranges, on se demande si on doit y croire, c'est comme si l'objet devenait se d&#233;guiser en organique.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; cette mobilit&#233;, parce qu'il s'accroche au corps pour un temps, parce qu'il devient organe, le gode joue un r&#244;le de limite mouvante car il renvoie &#224; l'impossibilit&#233; de d&#233;limiter un contexte : il remet en question la possibilit&#233; de consid&#233;rer le corps comme contexte propre de la sexualit&#233;. Il remet en question l'id&#233;e selon laquelle le corps masculin est le contexte naturel de la proth&#232;se du p&#233;nis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et par l&#224; m&#234;me, il restructure ce que l'on entend par organe : il devient organe, il d&#233;sorganise (d&#233;s-organise) les p&#233;nis et vagin, se substitue, et se substitue dans une diff&#233;rence. Le plaisir n'est plus dans les organes organiques, il est dans cet &#233;cart, dans ce d&#233;placement des fronti&#232;res du corps effectu&#233; par le gode.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parlait de d&#233;territorialisation du plaisir et de la cartographie h&#233;t&#233;rosexuelle, le gode vient donc comme une forme nomade et mobile du d&#233;sir, il peut aller partout, et d&#233;centrer les zones de plaisir. D'ailleurs, pour celle ou celui qui porte un gode, le plaisir vient du gode, pas du corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps devient une superficie, un terrain de d&#233;placement et d'emplacement du gode.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**2. L'&#233;tranger dans la baise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on baise avec un gode, il y a un certain nombre de corps et une chose, ou un certain nombre de choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
La proth&#232;se (sexuelle) a un statut en lisi&#232;re : elle signifie l'impossibilit&#233; de tracer des limites nettes entre le naturel et l'artificiel, entre le corps et la machine. En effet, elle appartient au corps vivant pour un temps mais r&#233;siste dans le m&#234;me temps &#224; son incorporation d&#233;finitive : elle reste une proth&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut enfiler un gode, puis l'enlever, la proth&#232;se est d&#233;tachable, rempla&#231;able. M&#234;me dans le cas des mutil&#233;s, le membre ajout&#233; n'est jamais tout &#224; fait le membre. On peut toujours changer de proth&#232;se, m&#234;me si c'est une jambe. La proth&#232;se reste toujours &#224; la limite du corps et ne fait pas semblant d'&#234;tre du corps. Elle s'entretient donc comme objet, m&#234;me lorsqu'elle est attach&#233;e au corps mais semble aussi dou&#233;e de vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette distance, toujours maintenue entre le corps et la proth&#232;se qui introduit une distance d'avec son propre corps, parce qu'il est en prise avec un objet qui le modifie, le rend plus &#233;tranger, et qui pourtant r&#233;siste &#224; une incorporation, ce n'est pas un &#171; nouveau corps &#187;, c'est un autre corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Le gode, c'est donc l'&#233;tranger dans la baise. Le gode est l'impropre qui vient d&#233;nier la v&#233;rit&#233; du plaisir comme &#233;tant quelque chose qui s'originerait en moi. Le gode vient nier que le plaisir a lieu dans un organe qui m'appartient. Le gode est l'impropre, l'abject, en ce qu'il est un objet non organique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'&#233;tranget&#233; du gode, mon corps m&#234;me devient possiblement &#233;tranger. Enfin, on peut affirmer que ce corps n'est pas inn&#233;, qu'il n'est pas familier. Avoir un corps, &#231;a coule pas de source, et le gode nous dit, comme pour nous rassurer, &#171; t'inqui&#232;tes pas, c'est bizarre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avoir possiblement un phallus alors qu'on n'en poss&#232;de pas habituellement, c'est se donner la possibilit&#233; de ne pas se reconna&#238;tre soi-m&#234;me, c'est enfin nommer l'&#233;l&#233;phant dans la pi&#232;ce de : &#224; quoi correspond ce corps ? Car ce corps, n'est jamais tout &#224; fait moi, il est constamment autre, alien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gode op&#232;re donc comme coupure d'avec le corps, il ne r&#233;pond pas &#224; un manque (manque de phallus), il d&#233;place le suppos&#233; centre organique de production sexuelle dans un lieu externe du corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
La coupure d'avec le corps op&#233;r&#233;e par le gode d&#233;place des centres de significations (p&#233;nis- p&#233;n&#233;tration- chatte). Le gode trahit l'organe anatomique en termes d'excitation sexuelle en se d&#233;pla&#231;ant vers d'autres espaces de signification qui vont &#234;tre resexualis&#233;s. N'importe quoi peut devenir gode, m&#234;me un p&#233;nis. Ce qui fait du gode le gode, c'est ce rapport maintenu d'&#233;tranget&#233;, cette distance d'avec l'organe, et donc d'avec son propre corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;O&#249; se trouve le sexe d'un corps qui porte un gode ? Qui jouit ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gode, dans sa d&#233;territorialisation des zones &#233;rog&#232;nes h&#233;t&#233;rosexuelles du corps baisant, remet aussi en question les limites de la chair comme limites du corps. Le plaisir peut venir du gode lui-m&#234;me, il ne se limite plus au corps organique, il &#233;tend le corps organique, sans se doter de vie, c'est une proth&#232;se de jouissance. Mais lorsqu'on porte un gode, o&#249; se trouve le sexe organique de celui qui le porte ? Est-il toujours l&#224; en tant que sexe ? Dans cette hybridation, la fronti&#232;re entre organique et inorganique tremble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car, la relation entre le corps et la machine n'est pas un simple assemblage de parties articul&#233;es pour accomplir une t&#226;che. La relation entre corps et machine cr&#233;e non pas une addition mais un rapport diff&#233;rent au corps. Peut-&#234;tre dire une hybridation serait &#224; la fois id&#233;ologique et faux, disons une : 1+1 n'est pas &#233;gal &#224; 2. Mais pas non plus &#224; 3. Disons que 1+1 reste 1+1.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Les sextoys connect&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet historique de plusieurs types de sextoys, on assiste ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; un d&#233;veloppement de sextoys connect&#233;s. Ceux-ci apparaissent comme une hybridation nouvelle entre corps organique, et machine reli&#233;e &#224; un cloud. On relie nos corps &#224; du soi-disant immat&#233;riel, on se traduit en donn&#233;es pour jouir, ou alors on jouit des donn&#233;es, ou alors on jouit de la traduction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***a) &#201;jaculer des donn&#233;es, produire des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des hommes peuvent se masturber et ensuite publier leurs donn&#233;es, leur performance sur les r&#233;seaux sociaux gr&#226;ce au SexFit, le bracelet connect&#233; qui analyse les donn&#233;es. La masturbation est pr&#233;sent&#233;e, dans les pubs, comme un entra&#238;nement, on est revenu &#224; un plaisir qui sert, je me masturbe comme je me purge. Un plaisir sportif, un plaisir de corps sain pour le capitalisme, ces corps qui se branlent comme ils font du crossfit, dans leur salon. La masturbation est entr&#233;e dans le domaine du bio (dans le sens des l&#233;gumes bios de supermarch&#233;), du sain, du r&#233;gime, du sport, de l'utile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que l'on produit en jouissant, ce n'est plus de la reproduction, du sperme ou du plaisir, c'est de la donn&#233;e. Hefner en mettant en place un bordel multim&#233;dia faisait jouir de l'image, du flux. Aujourd'hui on produit de la donn&#233;e personnalis&#233;e. Ce que l'on appelle le &lt;i&gt;quantified self&lt;/i&gt;, la quantification de soi &#224; travers des instruments de mesures technologiques, de la montre qui analyse le pouls, &#224; la balance connect&#233;e, &#224; l'application qui analyse le sommeil jusqu'aux sextoys connect&#233;s, d&#233;finit ce nouveau rapport m&#233;dicalis&#233; et analytique &#224; son propre corps : enfin, j'ai les outils pour &#234;tre ma propre police.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps devient un ensemble de donn&#233;es m&#233;dicales, pr&#233;cises, de courbes et de sch&#233;ma. De performances : en combien de temps ais-je joui ? Avec quelle image ? Peut-&#234;tre un algorithme pourra d&#233;terminer que X aime jouir avec des images de montagnes, qu'il jouit plus vite avec des pornos gonzo ? Le rapport m&#233;dical au corps se transf&#232;re envers un rapport auto-m&#233;diqu&#233; &#224; son propre corps, Doctissimo pour soi, un Doctissimo interpr&#233;tatif, &#224; l'aff&#251;t de l'anomalie du chiffre. On devient son propre analyste, son propre flic, et son propre champion du monde du sport. On peut exposer ses performances, partager ce dont nos corps sont capables. Spinoza dirait &#171; ce qu'un corps peut &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le capitalisme mod&#232;le et cr&#233;e des d&#233;sirs, le capitalisme connect&#233; se nourrit litt&#233;ralement de son caract&#232;re masturbatoire. 1/3 de la bande passante d'internet est utilis&#233; par du porno. Et des casques de r&#233;alit&#233; virtuels branch&#233;s &#224; des masturbateurs masculins permettent de mimer des gestes des actrices, afin d'&#234;tre comme dans le film. Les films ne produisent plus vraiment des images fantasmatiques. La disparition de l'&#233;cran de projection au profit du corps dans l'espace, du &#234;tre comme l&#224;. Dans ces deux dispositifs de visions, on voit bien que l'on entretient la distance, tandis que l'autre la comble. Cet espace entre le spectateur et l'&#233;cran, qui &#233;tait le rapport premier &#224; l'image : l'image c'est l'image, je ne peux pas &#234;tre DANS l'image, je regarde l'image. &#199;a y est, je peux &#234;tre dans l'image et bouger mon bassin en croyant y &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le 2&#232;me chapitre de &lt;i&gt;Testo Junkie&lt;/i&gt;, Preciado parle du caract&#232;re masturbatoire de la technologie, le capitalisme carbure &#224; l'excitation g&#233;n&#233;rale, on branle le capital pour participer &#224; ce qu'il appelle cette &#171; grande &#233;jaculation plan&#233;taire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux choses, je ne vais pas m'&#233;tendre parce que tout se r&#233;v&#232;le &#234;tre extensif, et donc ces expressions para&#238;tront peut-&#234;tre trop &#171; expressions vides &#187;. Mais ce dont il parle c'est de tout ce travail sexuel, de tout ce d&#233;sir sexuel cr&#233;&#233;, et entretenu par le capitalisme : le travail sexuel est devenu le processus de subjectivation, et la possibilit&#233; de faire du sujet une r&#233;serve in&#233;puisable d'&#233;jaculation transformable en abstraction, en donn&#233;es num&#233;riques et en calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons avec Hefner que la sexualit&#233; se transforme en image et que cette image est produite de la valeur et un empire masturbatoire masculin h&#233;g&#233;monique. Je disais avec cette image de la pin-up qui montre sa radio que c'&#233;tait id&#233;e qui devenait excitante que la technologie pouvait tout montrer et que c'est ce tout qui est excitant : aujourd'hui avec le vibromasseur Svakom Gaga qui est dot&#233; d'un appareil int&#233;gr&#233;, on peut &#171; d&#233;couvrir les parties les plus intimes de votre partenaire et sauvegardez les photos ou les vid&#233;os sur votre smartphone ou votre ordinateur. Comprend un c&#226;ble USB et CD &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que c'est ce vibromasseur qui m'a donn&#233; envie de faire tout &#231;a, parce que &#231;a me casse la t&#234;te. Bien s&#251;r, le plaisir ne se trouve pas du tout dans le moment m&#234;me de se masturber. Le plaisir vient du fait de cr&#233;er des images de soi, &#224; l'int&#233;rieur, mais excit&#233;e. Et il n'y a plus aucune op&#233;ration de m&#233;taphore : revivre ses orgasmes comme il est propos&#233; de le faire, c'est voir de la chair qui bouge, c'est pas m&#233;taphorique. Je me demande ce qui se passerait si j'envoyais mon int&#233;rieur &#224; quelqu'un en bluetooth. J'ai vu des vid&#233;os d'une femme, qui teste le vibromasseur. On la voit se filmer en train de parler, mais autant Svagom Gaga a une cam&#233;ra, il n'a pas de micro. Elle se filme, elle parle mais on ne l'entend pas, et &#224; un moment, elle ouvre la bouche et filme l'int&#233;rieur de sa bouche comme si c'&#233;tait un vagin. Puis, &#231;a s'arr&#234;te. Et j'ai vu les dents et la glotte de cette femme. Une t&#233;l&#233;vision russe a fait une d&#233;monstration de l'appareil : des gants en latex noirs manipulent l'objet. Puis, il p&#233;n&#232;tre sas rel&#226;che un vagin en caoutchouc : l'&#233;cran est scind&#233; en deux : l'int&#233;rieur et les gants en latex qui manipulent le vagin. Le corps sans m&#233;taphore, encore une fois, c'est un corps m&#233;dical. Finalement, les cam&#233;ras sur qui filment l'int&#233;rieur des intestins et autres anus, &#231;a fait longtemps. &#171; The Closer you get, the more details you've got &#187;. C'est finalement un travail de pr&#233;cision qu'on nous demande, une exploration scientifique de soi-m&#234;me et sur laquelle on peut se branler. Bien s&#251;r &#231;a marche avec FaceTime. On peut donc plugger son vibro sur face time. Je ne sais pas ce que &#231;a dit sur nos visages. J'imagine que ce n'est pas qu'un visage dit plus qu'un intestin, c'est qu'on a plus de cl&#233;s interpr&#233;tatives d'un visage. Le vagin depuis l'int&#233;rieur est un langage peu parl&#233;, des images qu'il faut apprendre &#224; analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disions que l'orgasme permettait de sortir de soi, de son corps, s&#251;rement. Mais l&#224; on se regarde depuis l'int&#233;rieur sortir de soi. C'est une vision biologique, une preuve que tout se passe, bien dans le corps, que sinon on ne verrait rien. Or on doit voir quelque chose pour bien l'envoyer en bluetooth.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***b) CYBER SEX : L'interface s'efface&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les publicit&#233;s pour les gode connect&#233;s, deux choses sont mises en avant :&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re &#233;tant la r&#233;duction du bruit m&#233;canique li&#233;e &#224; la technologie plus d&#233;velopp&#233;e, donc une invisibilisation du m&#233;canique. Comme je disais, ce qui me pla&#238;t dans le romasseur, c'est le bruit lui-m&#234;me, le fait que justement, je sois en prise avec une machine. La machine veut se camoufler en tant que machine invisible. Contrairement aux combinaisons des ann&#233;es 90 o&#249; il &#233;tait impossible d'oublier que ce qui se jouait c'&#233;tait une pratique sexuelle &#224; distance parce que les ordinateurs &#233;taient grands, les gens branch&#233;s litt&#233;ralement &#224; des c&#226;bles, aujourd'hui on veut oublier l'interface. La distance &#233;tait rendue visible par une installation bien trop complexe pour &#234;tre commercialis&#233;e, aujourd'hui, la plupart des gode sont connect&#233;s sans que cela ne change grand-chose au tarif, ou &#224; la pratique. Enfin c'est un plus, et cela peut s'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L420xH315/film_-_copie-d8307.jpg?1765891215' width='420' height='315' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le sexe &#224; distance a commenc&#233; au milieu des ann&#233;es 90, et il &#233;tait li&#233; au monde de l'art, et du BDSM (&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/62553692&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vimeo.com/62553692&lt;/a&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait des installations extr&#234;mement complexes, de combinaisons en latex, &#233;quip&#233;es de harnais &#233;lectriques et de capteurs qui allaient avec la distance d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le BDSM. Il y a mise en sc&#232;ne, on cr&#233;&#233; un monde pour ses d&#233;sirs, on ne peut pas croire qu'on est en train faire autre chose que &#231;a : au fond la mise en sc&#232;ne permet de ne pas mentir sur ce qui se joue.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2003, Second life fait son entr&#233;e sur le march&#233;, et en 2006 sont lanc&#233;s des vibromasseurs connect&#233;s en USB qui permettent d'avoir des sensations &#171; r&#233;elles &#187; depuis l'avatar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cybersexe est un terme g&#233;n&#233;rique, induisant l'utilisation d'outils dans les pratiques sexuelles et incluant toutes les pratiques cybersexuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cybersexe passif : (passive cybersex) consommation passive d'&#339;uvres &#233;rotiques ou pornographiques v&#233;hicul&#233;es par des media. (magazines, BD, DVD, webzines...) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cybersexe interactif : (interactive cybersex) Consommation &#034;semi-active&#034; d'&#339;uvres &#233;rotiques ou pornographiques ayant des caract&#233;ristiques interactives sommaires. (jeux vid&#233;o, animations graphiques interactives, stimulations &#233;lectro-m&#233;caniques automatiques,FPS ) mais n'&#233;tablissant pas de relation ni d'interaction avec un autre partenaire humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cybersexe connect&#233; : (&lt;i&gt;wired cybersex&lt;/i&gt;) Pratiques cybersexuelles mettant en relation des humains au travers d'un syst&#232;me technique. (t&#233;l&#233;phonie, informatique, m&#233;canique, virtuel, r&#233;seaux sociaux, t&#233;l&#233;dildonique)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_421 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/poupe_e_gonfable_-_copie.jpg?1731403030' width='500' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les dispositifs d'interactions cybersexuelles en r&#233;seau sont des syst&#232;mes relativement sommaires en termes de stimulation physique, essentiellement &#224; base de vibration, ou stimulations &#233;lectriques synchronis&#233;es avec des repr&#233;sentations en 3D temps r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre syst&#232;me cognitif r&#233;agit de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente selon qu'ils sont en mode &#034;automatique&#034;, activ&#233;s uniquement par l'informatique, ou en mode &#034;t&#233;l&#233;op&#233;r&#233;s&#034; par un autre humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'efficacit&#233; sensuelle des stimuli &#233;lectriques et m&#233;caniques est d&#233;cupl&#233;e si nous savons que c'est un humain qui d&#233;termine l'intensit&#233; et le type de stimulations. Pour le cerveau, la &#034;signification&#034; du stimulus change, l'effet aussi. On jouit donc de l'autre cach&#233;. Ce n'est pas ce que la machine a d'autre qui excite, c'est l'humain &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_422 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/sextoys_connecte_s1_-_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/sextoys_connecte_s1_-_copie.png?1731403094' width='500' height='255' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***c) Le contr&#244;le &#224; distance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose centrale dans les sextoys connect&#233;s, c'est le contr&#244;le, via une application.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/sextoys_connecte_s_2_-_copie.png?1731403094' width='500' height='251' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; joue sur le &#171; jeux coquins &#187; de couples h&#233;t&#233;rosexuels qui peuvent mutuellement contr&#244;ler le plaisir de leur partenaire via l'application.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le terme de &lt;i&gt;contr&#244;le &#224; distance&lt;/i&gt; revient tr&#232;s souvent. Ce que l'on fait via cette application c'est contr&#244;ler la jouissance de l'autre, let on ne peut pas s'emp&#234;cher de penser &#224; l'histoire du vibromasseur au d&#233;but, c'est &#224; dire des m&#233;decins qui contr&#244;lent des orgasmes. Bien s&#251;r, ce n'est pas &#171; homme contr&#244;le le plaisir de ta femme &#187;. C'est &#171; femme, tu peux contr&#244;ler le plaisir de ton homme &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas &#224; quel moment, comme horizon d&#233;sirable, le fait de contr&#244;ler le plaisir de quiconque est devenu un argument de vente. Quelle &#233;trange mani&#232;re de s'exciter de la domination, non pas en la jouant, mais en la rendant cool. Parce que oui, c'est super cool, c'est coquin m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, donc, il y a une simultan&#233;it&#233; possible de la jouissance malgr&#233; la distance par le biais d'une application. On peut se dire que cela ne change pas, on pouvait s'exciter avec des t&#233;l&#233;phones fixes. On n'a pas d&#251; attendre les sextos pour se masturber en pensant &#224; quelqu'un. M&#234;me si lors d'une correspondance &#233;rotique, selon la distance, il ne pouvait pas y avoir de simultan&#233;it&#233; de l'acte de masturbation. Si ta lettre met trois mois &#224; arriver, bon... De ce fait, l'effet produit dans le r&#233;el n'est pas ce qui m'&#233;chappe mais ce qui ne m'&#233;chappe pas. Avec mon t&#233;l&#233;phone, je n'ai de possibilit&#233; d'action que par ma voix, je peux donner des ordres, mais cela ne peut que m'&#233;chapper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dispositif du contr&#244;le via l'application, c'est la n&#233;gation de la distance en tant que distance. On peut faire comme si on faisait l'amour, on peut faire comme si on jouissait ensemble. Je te d&#233;clenche, tu jouis, nous sommes en face-time. Que l'on soit face &#224; face dans la fameuse pr&#233;sence, ou &#224; travers l'application, on joue &#224; la m&#234;me chose. L'application s'excite de la distance en niant cette distance. On se dit que c'est comme si on &#233;tait ensemble et tout est mis en place pour qu'on le croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du consentement se pose d'autant plus, que c'est un geste o&#249; l'on n'est pas confront&#233; aux effets qu'il a directement dans le r&#233;el. J'appuie sur un bouton et cela d&#233;clenche des choses dans le corps de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un geste intrusif malgr&#233; la distance, pour compenser les kilom&#232;tres. Sur une des publicit&#233;s pour ce sextoys, un couple qui est connect&#233; &#224; distance entre New-York et Londres, comme une image de ce capitalisme qui ne conna&#238;t plus la distance, et qui, de fait, peut en faire son nouveau r&#233;gime politique. Dans des AirBnB, en FaceTime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons des distances de s&#233;curit&#233; dans le bus, mais nous ne connaissons plus la distance entre New-York et Londres pour avoir partag&#233; un moment d'intimit&#233; sexuelle comme cela est dit sur la publicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec les sextoys connect&#233;s on mime la pr&#233;sence, on mime une relation sexuelle qui serait du m&#234;me, on veut dans ce rapport technologique mimer l'&#234;tre ensemble, mimer une sexualit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle bas&#233;e sur le contr&#244;le du corps de l'autre, dans la distance ou dans la pr&#233;sence. On triche avec les kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait comme si c'&#233;tait pareil, et c'est cette &#233;quivalence qui ne fait plus r&#233;sonner dans ce objet technologique &#233;tranger sa fonction d'&#233;tranget&#233; mais qui veut plut&#244;t le rendre familier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La publicit&#233; propose m&#234;me de sauver le couple de l'adult&#232;re : en mimant la pr&#233;sence, on sauve un ordre h&#233;t&#233;rosexuel. On a r&#233;encod&#233; l'objet.&lt;br class='autobr' /&gt;
On assiste donc &#224; une reterritorialisation d'une pratique sexuelle h&#233;t&#233;rosexuelle, alors m&#234;me qu'elle est &#224; distance. La question de la distance, n'est donc pas, comme nous l'avions compris une question de kilom&#232;tres, mais bien une question d'avoir de l'autre en soi, de d&#233;territorialiser son propre plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trahir la pr&#233;sence. &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; On trahit les puissances fixes qui veulent nous retenir, les puissances &#233;tablies de la terre. (&#8230;) Tra&#238;tre au monde des significations dominantes et de l'ordre &#233;tabli. C'est tr&#232;s diff&#233;rent du tricheur : le tricheur lui, pr&#233;tend s'emparer de propri&#233;t&#233;s fixes, ou conqu&#233;rir un territoire, ou m&#234;me instaurer un nouvel ordre. Le tricheur a beaucoup d'avenir mais pas de devenir &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dialogues, Gilles Deleuze et Claire Parnet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les sextoys peuvent nous permettre, c'est de trahir, trahir l'ordre genr&#233; du monde, trahir cette soi-disant familiarit&#233; que l'on devrait avoir avec notre corps, trahir une identit&#233; et donc une jouissance codifi&#233;e par un genre construit. L'objet est de l'autre en nous-m&#234;me et pourrait permettre une plus grande distance, et dans cette distance c'est une naturalit&#233; des corps qui est mise &#224; mal. Nous avons vu que certaines pratiques ne trahissent pas, mais trichent car elles miment la pr&#233;sence et r&#233;encodent le d&#233;sir malgr&#233; la distance, les &#233;crans, et tout ce qui fait que nous ne reconna&#238;trions plus le jardin d'Eden.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tricher, c'est mimer la pr&#233;sence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trahir c'est accepter qu'on ne sache pas ce que signifie sensiblement &#234;tre en pr&#233;sence de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; toutes ces nouvelles technologies de la jouissance, la question n'est pas de choisir d'&#234;tre des cyborgs ou non. Nous sommes des cyborgs incorporant des proth&#232;ses cybern&#233;tiques et robotiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les technologies ne sont pas des objets neutres, dans un paradis scientifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces technologies (des syst&#232;mes high tech de la communication internet au baiser) sont des syst&#232;mes politiques qui viennent assurer la reproduction de structures socio-&#233;conomiques pr&#233;cises. Pour Donna Haraway, les cyber technologies sont le r&#233;sultat de structures de pouvoir autant qu'elles repr&#233;sentent un site de r&#233;sistance, et un espace de r&#233;invention de la fiction de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme le mouvement le plus sophistiqu&#233; de la technologie, c'est de se pr&#233;senter elle-m&#234;me comme nature, peut-&#234;tre qu'un crit&#232;re est justement de se m&#233;fier de ce qui se pr&#233;sente comme de la nature. De ce qui vendrait, car c'est une strat&#233;gie marketing, du plaisir comme &#171; en vrai &#187;, l&#224; o&#249; on pourrait jouir de la distance &#224; son propre corps dans ce qu'il ne nous appartient pas, et dans la distance &#224; l'autre dans ce qu'il ne nous appartient pas non plus, et dans le fait que notre jouissance n'est jamais compl&#232;tement n&#244;tre, ni sienne et que c'est dans ce geste de trahison &#224; la pr&#233;sence &#224; nous-m&#234;me, &#224; la nature, qu'il peut y avoir des lignes de fuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; il y a toujours de la trahison dans une ligne de fuite &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Jenny Fer)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/le_monde_-_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/le_monde_-_copie.png?1731403092' width='500' height='152' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Second Life (SL) est un m&#233;tavers (ou univers virtuel) en 3D sorti en 2003 et gratuit. Ce logiciel permet &#224; ses utilisateurs d'incarner des personnages virtuels dans un monde cr&#233;&#233; par les r&#233;sidents eux-m&#234;mes. Les utilisateurs peuvent concevoir le contenu du jeu : v&#234;tements, b&#226;timents, objets, animations et sons, etc., ainsi qu'acqu&#233;rir des parcelles de terrain dont ils obtiennent la jouissance en utilisant une monnaie virtuelle aupr&#232;s de Linden Lab, la soci&#233;t&#233; qui &#233;dite le programme informatique open-source. Celle-ci g&#232;re la connexion et le rendu graphique de l'univers virtuel, et assure la maintenance du mat&#233;riel requis pour l'h&#233;bergement des donn&#233;es. Ayant connu une grande m&#233;diatisation en 2003-2007 (d'o&#249; l'investissement de divers acteurs commerciaux et institutionnels pour y &#234;tre repr&#233;sent&#233;s), l'univers conna&#238;t un franc d&#233;clin &#224; partir de d&#233;but septembre 2007, &#224; la fois &#224; cause de la crise des subprimes, qui affecte aussi les banques de Second Life2, et du fait que la plupart des investisseurs et clients ont d&#233;sert&#233; un espace virtuel (offre en ligne) consid&#233;r&#233; comme trop complexe et redondant3. Cependant, l'univers est p&#233;renne, le nombre de connexions quotidiennes &#233;tant de l'ordre de 60 000 depuis le 1er janvier 20121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manifeste contra-sexuel (trad. Sam/Marie-H&#233;l&#232;ne Bourcier), Diable Vauvert, 2011 (1re &#233;d. 2000)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manifeste cyborg et autres essais. Sciences - Fictions - F&#233;minismes, Anthologie &#233;tablie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan, Paris, &#233;ditions Exils, coll. &#171; Essais &#187;, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pornotopie : &#034;Playboy&#034; et l'invention de la sexualit&#233; multim&#233;dia, Paris, Climats, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre &#224; celles et ceux qui pensent combattre le fascisme gr&#226;ce &#224; l'int&#233;gration et le nationalisme du genre</title>
		<link>https://trounoir.org/Lettre-a-celles-et-ceux-qui-pensent-combatte-le-fascisme-grace-a-l-integration</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Lettre-a-celles-et-ceux-qui-pensent-combatte-le-fascisme-grace-a-l-integration</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Tribune</dc:subject>
		<dc:subject>marche des fiert&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Le triomphe d'une id&#233;ologie qui ne vient que renforcer les fondations, pourtant vacillantes, d'un monde qu'on refuse. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Tribune-+" rel="tag"&gt;Tribune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-marche-des-fiertes-+" rel="tag"&gt;marche des fiert&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton159.jpg?1731403043' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui suit est une lettre qui nous a &#233;t&#233; envoy&#233;e suite &#224; la Marche radicale de Bordeaux qui a eu lieu le 13 juin 2021. Elle met en relief un des malaises g&#233;n&#233;rationnels qui parcourent les diff&#233;rentes organisations de Marche des fiert&#233;s (radicales ou officielles) en France. La difficult&#233; &#224; transmettre des combats, des questionnements, des doutes, et la n&#233;cessit&#233; d'un regard critique et historique sur le moment politique qui est le n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les regards sur ces &#233;v&#233;nements sont &#233;videmment multiples et contradictoires, parfois conflictuels, nous vous encourageons &#224; nous envoyer vos r&#233;cits de pride et vos r&#233;flexions pour d'&#233;ventuelles publications sur le site de Trou Noir. Un d&#233;bat au long cours doit s'ouvrir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne vais plus aux Pride. Qu'elles soient organis&#233;es par les institutions LGBTQIA+, ou par les groupes dits &#171; radicaux &#187; quand bien m&#234;me je suis fier de voir que ces derniers r&#233;unissent toujours un peu de monde pour tenter d'apporter autre chose que ce qui se dit et se fait g&#233;n&#233;ralement sur ces questions en juin un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, cela fait quelque temps que je suis les actions militantes d'un peu loin, parce qu'il m'est impossible de participer &#224; des actions dont la principale motivation est d'&#233;tablir des diff&#233;rences et des s&#233;parations entre les &#234;tres afin de se r&#233;clamer d'un pouvoir illusoire dont les Femmes, les Queers et d&#233;sormais les Non-binaires auraient &#233;t&#233; priv&#233;s. Mais aussi, il m'est difficile de me battre avec celles et ceux qui s'accommodent d'une r&#233;pression &#233;rotique toute puritaine et d'une pollution qui r&#233;duit l'imaginaire &#224; une peau de chagrin d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de l&#224;, la r&#233;volte devant l'impossibilit&#233; d'&#234;tre qui existe dans chacune de nos sensibilit&#233;s dispara&#238;t peu &#224; peu sous les coups de &#171; la b&#234;tise militante &#187; instaurant comme leitmotiv principal une obligation d'&#234;tre, &#224; n'importe quel prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en suit le triomphe d'une id&#233;ologie qui ne vient que renforcer les fondations, pourtant vacillantes, d'un monde qu'on refuse. Cette id&#233;ologie s'inscrit d'abord dans une logique de sur-identification o&#249; chaque sp&#233;cificit&#233; devient une identit&#233;, o&#249; la position de victime est hi&#233;rarchiquement sanctifi&#233;e au point qu'elle devient le seul mode d'existence possible, venant par l&#224; effacer n'importe quelle lutte commune ainsi que tout d&#233;sir de complicit&#233; avec d'autres. Dans un deuxi&#232;me temps, cette id&#233;ologie vient faire un matraquage &#224; la bienveillance &#224; tout va d'o&#249; il d&#233;coule une &#233;radication de toute critique, de toute violence et donc de toute forme n&#233;gative par une &lt;i&gt;coercition au positif&lt;/i&gt; nous faisant devenir plus policier que la police et plus moraliste que la morale. Enfin, elle a pour seule strat&#233;gie la visibilit&#233;, peu importe le co&#251;t, du moment que &#231;a se vend. La visibilit&#233; donc, dans les m&#233;dias, les pride, les passages clout&#233;s, les drapeaux, les v&#234;tements, les accessoires, les s&#233;ries la liste serait trop longue &#224; faire mais cette r&#233;duction du champ strat&#233;gique entra&#238;ne de facto une disparition de l'horizon de lutte contre les politiques identitaires, la mise en march&#233; de nos sensibilit&#233;s et le capitalisme Reflet bien m&#233;diocre de l'&#233;poque encore plus m&#233;diocre dans laquelle nous vivons. Je vous &#233;cris non pas pour attaquer votre r&#233;volte que j'esp&#232;re sinc&#232;re, mais pour attaquer un certain nombre d'id&#233;es que vous v&#233;hiculez, depuis quelques ann&#233;es maintenant, et qui viennent se greffer sur cette r&#233;volte au point de la caricaturer, voire de l'amoindrir ou pire de l'annihiler. Mais, &#233;galement pour mettre en garde de participer, sous pr&#233;texte de lib&#233;ration, &#224; l'abomination contemporaine, c'est-&#224;-dire &#224; devenir les laquais d'une id&#233;ologie totalitaire et oppressive d&#233;termin&#233;e par la n&#233;gation de notre histoire, de la po&#233;sie et du d&#233;sir qui nous habitent tous, pour la plupart, de la mani&#232;re la plus sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des diff&#233;rentes actions et discours militants ces derni&#232;res ann&#233;es je dirais donc que c'est un point de vue tristement moyen sur l'id&#233;ologie tristement moyenne des politiques minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; voir avec quelle force et fracas il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de repeindre &#224; nouveau le passage clout&#233; arc-en-ciel de la Mairie, qui avait &#233;t&#233; repeint par les fachos d'un drapeau fran&#231;ais, par un nouveau drapeau arc-en-ciel en prenant soin d'y &#233;crire, &#171; c'est &#231;a aussi la France &#187; &#224; Bordeaux, &#224; voir comment il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par le centre LGBT d'annuler la Pride &#224; Tours &#224; cause des &#171; menaces et des risques encourus pour l'association mais aussi pour toutes les personnes qui souhaitaient s'y rendre &#187;, &#224; voir enfin comment a &#233;t&#233; organis&#233;e la Pride dite &#171; radicale &#187; &#224; Paris ce week-end &#224; coup de cort&#232;ge segment&#233; arbitrairement sur la hi&#233;rarchie des oppressions, de service d'ordre et de bienveillance bouffonne dans un digne simulacre d'un meeting de LREM, j'avoue avoir &#233;t&#233; d&#233;rang&#233; par cette servilit&#233; et cette faiblesse due, pour beaucoup je crois, aux manquements &#224; notre histoire et &#224; la sensibilit&#233; et cela me laisse les plus grands doutes quant &#224; la fa&#231;on dont vous entendez changer le monde et &#171; changer la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, je me permets de rappeler plusieurs choses m&#234;me si &#171; en mati&#232;re de r&#233;volte nul n'a besoin d'anc&#234;tres &#187;, mais je voudrais ajouter : et surtout pas de &#171; martyres &#224; mi-temps press&#233;s d'&#233;changer les recettes de l'insoumission (queer) de A &#224; Z &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Concernant le passage pi&#233;ton arc-en-ciel &#224; Bordeaux, je pense que c'est un exemple criant de ce qui se passe dans les milieux dit &#171; radicaux &#187;. Il a &#233;t&#233; install&#233; dans le cadre de la politique de lutte contre l'homophobie et la transphobie par la mairie sous la mandature d'Alain Jupp&#233; avec la participation tr&#232;s active du Girofard (le centre LGBTI+ de Bordeaux) et de l'&#233;lu en charge de ces questions &#224; l'&#233;poque Marik Fetouh (ancien adjoint Modem en charge de l'&#233;galit&#233; et de la citoyennet&#233; aujourd'hui conseiller municipal d'opposition). Il fait partie de 20 points de lutte contre les discriminations dans l'espace public tous aussi aberrants, inutiles et inefficaces que les gens qui les ont port&#233;s. Avec la nouvelle municipalit&#233;, il y en aura m&#234;me d&#233;sormais un dans chaque quartier de la ville. Le premier a &#233;t&#233; implant&#233; dans l'un des endroits les plus bourgeois de la ville et il ne sert depuis sa r&#233;alisation qu'&#224; faire de jolies photos pour les r&#233;seaux sociaux comme dans la plupart des villes o&#249; ce genre d'installation existe. C'est plus un gadget touristique qu'une menace. Pensez-vous que ce genre d'initiative ait une quelconque utilit&#233; sur les questions d'homophobie et de transphobie ? Et ne pensez-vous pas qu'en prendre soin et tenter de le prot&#233;ger soit une perte de temps qui ne fasse que cristalliser vos forces l&#224; o&#249; elles d&#233;rangent le moins du monde, voir l&#224; o&#249; elles servent carr&#233;ment le pouvoir ? En d&#233;finitive plut&#244;t que de repeindre leur peinture ridicule dans une sorte de surench&#232;re maternelle-nationalisto-phallocrate (qui ne sert que les desseins les plus crasses de l'int&#233;gration et de la norme v&#233;hicul&#233;s par la Mairie et les institutions LGBT, voir l'&#233;radication souhait&#233;e par les fascistes) ne vaut-il mieux pas &#171; marcher sur les drapeaux &#187; plut&#244;t que de les agiter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; On est h&#233;ritiers d'un ensemble de mouvements de lutte et d'&#233;clats d'individualit&#233;s qui n'ont presque jamais travesti la r&#233;volte qui nous habite et que chacun semble ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non exhaustivement je citerai les queers de Stonewall et de la caf&#233;t&#233;ria Compton, le Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire, les luttes noires, les luttes d'&#233;mancipation au Br&#233;sil, en Alg&#233;rie, au Pays-Basque entre autres, les Groupes de Lib&#233;ration Homosexuelles, Act-up et les diff&#233;rents groupuscules affinitaires de Bash Back ! aux &#201;tats-Unis. Je citerai aussi les parcours d'Angela Davis &#224; Jean Genet, de Marsha P. Johnson &#224; H&#233;l&#232;ne Hazera, de Guy Hocqenghem &#224; Djamila Bouhired, de Yoyes &#224; Louise Michel, de Gris&#233;lidis R&#233;al &#224; Silvia Rivera, de Jos&#233; Esteban Munoz &#224; Virginia Woolf, d'Arthur Rimbaud &#224; Oscar Wilde, du marquis de Sade &#224; Annie Le Brun, de Oswald di Andrade &#224; Miriam Marthinho, de Larry Kramer &#224; Sarah Hegazi, de Mario Mieli &#224; Pier Paolo Pasolini&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains parcours sont teint&#233;s de paradoxes ou de contradictions, certains brillent plus par fragments que dans leur totalit&#233;. Toutefois, ils ont, pour la plupart, souvent d&#233;sert&#233; toutes les id&#233;ologies et se sont m&#233;fi&#233;s comme de la peste des institutions, du pouvoir et de l'universit&#233;. C'&#233;tait des gens qui utilisaient l'identit&#233; de mani&#232;re strat&#233;gique et pas pour mieux marquer la diff&#233;rence afin de pouvoir tous se ressembler et nier l'individualit&#233; de chacun. Des gens pour qui le queer ou le non-binarisme ne sont pas des identit&#233;s mais des positions politiques li&#233;es d'une part &#224; une tension et un conflit permanent et d'autre part en opposition absolue &#224; tout ce qui emp&#234;che la libert&#233; d'advenir pour soi et pour les Autres. Enfin, des gens qui repr&#233;sentaient un v&#233;ritable danger pour la norme o&#249; qu'elle se trouve y compris la plus immonde, celle du fascisme, et qui n'auraient pas h&#233;sit&#233; une seule seconde pour trouver n'importe quelle ordure responsable d'attaques envers les n&#244;tres, quelles qu'elles soient, afin de devenir de v&#233;ritables menaces pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Enfin, je rappellerai que le passage pi&#233;ton arc-en-ciel bordelais a &#233;t&#233; d&#233;grad&#233; une premi&#232;re fois peu apr&#232;s son inauguration, en mai 2019 par un groupe qui s'appelait Riposte Trans afin de d&#233;noncer le pinkwashing et l'inefficacit&#233; du dispositif mais aussi son hypocrisie ainsi que le nationalisme du symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappellerai &#233;galement qu'il a exist&#233; et existe encore, un peu partout, des groupes qui embrassent cette r&#233;volte dont le Front Monstrueux Insurrectionnel &#224; Bordeaux qui a port&#233; une dissidence certaine &#224; l'int&#233;rieur des Pride et de quelques mouvements sociaux en braquant la t&#234;te du cort&#232;ge de la Pride officielle pendant 3 ans avec des messages tels que &#171; &#192; bas la dictature des normaux &#187; ; &#171; Ne tombez pas amoureu* du pouvoir &#187; ; &#171; Nous errons dans un jour bombard&#233; &#187; et &#171; La seule position possible est r&#233;volutionnaire &#187;. Ils ont fait des liens avec le mouvement des Gilets Jaunes, la lutte de 2016 contre la loi travail, contre Macron etc. Mais au vu de votre &#171; C'est &#231;a aussi la France &#187; sous un drapeau arc-en-ciel je me souviens surtout d'un tract du FMI qui disait &#171; P&#233;d&#233;.e.s plut&#244;t que fran&#231;ais, Trans* plut&#244;t que fran&#231;ais.e, Lesbiennes plut&#244;t que fran&#231;aise., Noir.e.s plut&#244;t que fran&#231;ais.e&#8230; &#187; Le message &#233;tait plut&#244;t limpide, notre identit&#233;, notre d&#233;sir, notre couleur de peau, notre sexualit&#233; ne serait jamais int&#233;gr&#233;e et soluble dans le nationalisme et les valeurs de ce pays. Et quitte &#224; choisir une case fixe on pr&#233;f&#233;rerait toujours celles de P&#233;d&#233;.e.s, de Trans*, de Lesbienne, de Noir.e.s&#8230; Alors qu'avec ce &#171; C'est &#231;a aussi la France &#187;, avec ces courbettes dociles face aux menaces et votre bienveillance grotesque vous ne faites que menacer chacun d'entre nous au plus profond de sa libert&#233; &#224; travers cette int&#233;gration insidieuse que vous faites porter &#224; tous par la conformit&#233; des identit&#233;s au capitalisme, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse consid&#233;rer pour terminer, que derri&#232;re les valeurs auxquelles vous nous assimilez, ce qu'ont pu subir les n&#244;tres, hier et aujourd'hui au nom de Dieu, de la Nature, de la Famille, de la Patrie, du Travail, de la Norme ou de l'Homme.. Et c'est ainsi que vous faites revenir, sous pr&#233;texte de lutte, tout ce par quoi nous avons &#233;t&#233; et sommes toujours traditionnellement amoindris, enferm&#233;s, tortur&#233;s ou tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'actions militantes sont consternantes et je me suis toujours m&#233;fi&#233; de celles qui se drapent de l'id&#233;ologie pour se justifier mais je dois convenir que les actions et d&#233;cisions de ce mois de juin viennent rejoindre cette triste liste avec une r&#233;sonance aussi m&#233;prisable politiquement que moralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anal Winter &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bordeaux, le 20 juin 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rose et le jaune</title>
		<link>https://trounoir.org/Le-rose-et-le-jaune</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Le-rose-et-le-jaune</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>marche des fiert&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quels pas devons-nous faire pour ne pas vivre dans des dimensions parall&#232;les, sans affection r&#233;elle entre les passions ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-marche-des-fiertes-+" rel="tag"&gt;marche des fiert&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton160.jpg?1731403043' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2019, nous f&#234;tions le cinquanti&#232;me anniversaire des &#233;meutes du Stonewall. C'&#233;tait aussi l'ann&#233;e de la longue r&#233;volte des Gilets Jaunes en France. Un petit groupe de dissidence sexuelle, le Front Monstrueux Insurrectionel, appelait &#224; faire se rejoindre le rose et le jaune aux diff&#233;rentes Marches des fiert&#233;s. Bien plus qu'une convergence des luttes, un rapprochement de deux d&#233;sirs de soul&#232;vement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; une premi&#232;re fois en mars 2019 sur le site lundmatin. Nous vous en proposons une nouvelle lecture dans cette rubrique &#034;Avant Hier&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette ann&#233;e les marches des fiert&#233;s s'appr&#234;tent &#224; f&#234;ter l'origine de leur existence : il y a 50 ans &#233;clat&#232;rent les &#233;meutes de Stonewall &#224; New York. Des &#233;meutes de folles, de trans, de lesbiennes et de p&#233;d&#233;s comme expression de la rage et de la col&#232;re face &#224; la r&#233;pression polici&#232;re qui accablaient ces vies invisibilis&#233;es et interdites. Des &#233;meutes, c'est-&#224;-dire, une appropriation mais aussi un apprentissage n&#233;cessaires de la violence &#224; l'encontre d'une brutalit&#233; polici&#232;re banalis&#233;e : arrestations, tabassages, meurtres, maintien dans la pr&#233;carit&#233; et interdiction de se rassembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la c&#233;l&#233;bration de ces r&#233;voltes se fera dans le contexte &#233;lectrique du mouvement des Gilets Jaunes qui est lui aussi l'expression du ras-le-bol d'une invisibilisation, celle des p&#233;riph&#233;ries de nos m&#233;tropoles, une autre sortie du placard en quelques sortes, dans lequel toute une population ne voulait plus se contenter d'y chuchoter leurs blessures, mais d'en d&#233;foncer les gonds puis les portes, et d&#233;ferler dans les rues jusqu'au Fouquet's.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si, pour une fois, nous pensions les choses ensemble ? Ces diff&#233;rentes invisibilisations et mises au placard ne sont pas dues au hasard ni &#224; un oubli soci&#233;tal, c'est une mani&#232;re de g&#233;rer la population en requalifiant cette volont&#233; de soul&#232;vement en saute d'humeur irrationnelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et [les Gilets Jaunes] n'&#233;tant en fait que les porte-voix d'une foule haineuse, s'en prennent aux &#233;lus, aux forces de l'ordre, aux journalistes, aux juifs, aux &#233;trangers, aux homosexuels, c'est tout simplement la n&#233;gation de la France ! Le peuple est souverain. Il s'exprime lors des &#233;lections. Il y choisit des repr&#233;sentants qui font la loi pr&#233;cis&#233;ment parce que nous sommes un &#201;tat de droit. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Emmanuel-Macron-Pr&#233;sident-de-la-R&#233;publique-fran&#231;aise, 31 d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le placard rose et le placard jaune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, d&#232;s les premi&#232;res manifestations des Gilets Jaunes, nous avons entendu les insultes homophobes, misogynes et antis&#233;mites, et cela fut comme un coup de massue au milieux d'autres slogans anticapitalistes et antigouvernementaux auxquels nous &#233;tions plus habitu&#233;s. Et, comme tout le monde, nous lisons les journaux, les &#233;ditoriaux, &#233;coutons les experts, qui ont tr&#232;s vite soulign&#233; le caract&#232;re parfois haineux envers les minorit&#233;s prononc&#233;s par des Gilets Jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en nous rendant &#224; ces &#171; Actes &#187;, on s'est confront&#233; &#224; la complexit&#233; de ce mouvement bien plus fragment&#233; qu'il n'y para&#238;t. Nous la connaissons d&#233;j&#224; parfaitement cette homophobie, aucun gouvernement n'a besoin de nous l'apprendre, elle nous revient en pleine gueule du pass&#233;, depuis nos enfances et nos adolescences, celle de nos familles, de nos &#233;coles, des territoires recul&#233;s de la France, des campagnes et des villes de banlieues. Ou, pour le dire autrement, c'est la premi&#232;re fois de notre vie que nous avons l'impression de faire des manifs' avec nos tantes et nos oncles. En fait, absolument &lt;i&gt;tout &lt;/i&gt; revient de ce pass&#233;, &lt;i&gt;tous &lt;/i&gt; les impens&#233;s politiques et &lt;i&gt;toutes &lt;/i&gt; les contradictions. On comprend rapidement qu'on ne peut pas appr&#233;hender ce mouvement de la m&#234;me mani&#232;re que ceux que nous avions connu jusqu'alors (contre le loi travail, les retraites, CPE, etc.) qui avaient toujours une loi lib&#233;rale pr&#233;cise &#224; faire tomber. Ici, c'est une d&#233;fiance politique totale face &#224; une classe d'experts arrogante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;barquant dans les centre-villes, les Gilets Jaunes ont emmen&#233; avec eux, en plus de leur col&#232;re, le refoul&#233; de notre soci&#233;t&#233; qui a toujours &#233;t&#233; et qui reste structurellement raciste, homophobe, misogyne. Alors, au lieu de juger ce mouvement depuis sa clart&#233; ou sa coh&#233;rence, il faut parvenir &#224; prendre au s&#233;rieux l'expression de certaines haines envers les minorit&#233;s, il faut y r&#233;pondre, y faire face et l'affronter. Non pas en changeant de bord (celui de la police, du gouvernement ou de la l&#233;gendaire neutralit&#233; fran&#231;aise qu'on appelle apolitisme) mais depuis le refus total de s'adapter &#224; la r&#233;alit&#233; capitaliste qu'on nous propose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne serait pas la premi&#232;re fois qu'un mouvement LGBT+ ou queer rallie un mouvement populaire au sein duquel l'homosexualit&#233; et la transexualit&#233; &#233;taient probl&#233;matiques, qu'on pense au mouvement gay am&#233;ricain avec le Black Panther Party ou au Lesbians &amp; Gays Support the Miners soutenant la gr&#232;ve des mineurs anglais en 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que, que nous le voulions ou non, nous jouons un r&#244;le dans ce mouvement, parce que nous y sommes pr&#233;sents, mais aussi parce que nous sommes instrumentalis&#233;s par le pouvoir (cf. la citation ci-dessus de Monsieur le Pr&#233;sident). Comme toujours, la peur est l'instrument du pouvoir. Il n'y a pas si longtemps, la peur de la contagion du sida &#233;tait une arme efficace pour identifier les gays comme une population &#224; risque. Et aujourd'hui, nous devrions avoir peur de la violence des manifestants qui engendrerait &#171; l&#233;gitimement &#187; celle de la police :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il faut maintenant dire que lorsqu'on va dans des manifestations violentes, on est complice du pire &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Emmanuel-Macron-Pr&#233;sident-de-la-R&#233;publique-fran&#231;aise, mardi 26 f&#233;vrier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous jouons aussi un r&#244;le car notre cat&#233;gorie LGBT+ est aujourd'hui utilis&#233;e plus largement en &#233;tendard de la politique progressiste d'&lt;i&gt;Emmanuel-Macron-Pr&#233;sident-de-la-R&#233;publique-fran&#231;aise&lt;/i&gt;, faisant passer toute attaque contre les progr&#232;s sociaux pour une entreprise r&#233;actionnaire. Macron a choisi son ennemi, l'extr&#234;me-droite et consorts, pour faire passer ses ambitions n&#233;olib&#233;rales comme un moindre mal, comme une adaptation n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alit&#233; de notre monde qui avance &#224; toute vitesse et se fluidifie &#224; l'int&#233;rieur d'une logique financi&#232;re. Bien &#233;videmment, il s'agit d'une d&#233;fense de fa&#231;ade, un pur discours de communication. Le gouvernement peut tout &#224; fait s'inqui&#233;ter un jour de la mont&#233;e des extr&#233;mismes au Br&#233;sil (&#233;lection de Jair Bolsonaro) et demander, un autre jour, l'expulsion d'un homosexuel br&#233;silien vers son pays o&#249; il est menac&#233; de mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; On essaie de mettre en place une Gay Pride &#224; Ajaccio &#187;, &lt;i&gt;Marl&#232;ne-Schiappa-Secr&#233;taire-d'&#201;tat-charg&#233;e-de-l'&#201;galit&#233;-entre-les-femmes-et-les-hommes-et-de-la-lutte-contre-les-discriminations&lt;/i&gt; en est m&#234;me &#224; vouloir organiser une marche des fiert&#233;s en Corse, outrepassant l'avis des associations LGBT sur place &#224; qui reviendrait une telle d&#233;cision, l'&#201;tat fran&#231;ais s'imagine en organisateur de comm&#233;moration d'une &#233;meute de folles ! Outre l'arrogance d'une homophilie d'&#201;tat s'achetant une l&#233;gitimit&#233; dans la d&#233;fense des minorit&#233;s qu'elle tient sous son joug (pr&#233;cisons qu'on a troqu&#233; le terme de &#171; Gay Pride &#187; pour &#171; Marche des fiert&#233;s &#187; depuis 2001 afin de repr&#233;senter un ensemble plus large de subjectivit&#233;s), il nous faut aussi porter notre attention sur l'op&#233;ration qui consiste &#224; faire r&#233;agir l'opposition : la droite conservatrice. Une bonne mani&#232;re d'&#233;valuer le potentiel de la haine d'en face et de passer pour des sauveurs &#224; la prochaine campagne &#233;lectorale. C'est ainsi que du Parti socialiste &#224; la R&#233;publique en marche, on organise durablement la mont&#233;e de l'homophobie face &#224; leur progressisme lib&#233;ral et r&#233;publicain. En face, &#201;galit&#233; et R&#233;conciliation (Alain Soral) et Boulevard Voltaire (Robert M&#233;nard) en profitent pour d&#233;zinguer la papesse du f&#233;minisme institutionnel et, au passage, pour faire un petit &#233;loge de la bonne vieille homosexualit&#233; discr&#232;te du fond des terres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8230; l'ambiance LGBT du cru serait plut&#244;t &#224; la discr&#233;tion. Le genre &#171; youpi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le retour au placard rose pour soulager les esprits franchouillards. Comme cela en soulageraient d'autres que les Gilets Jaunes retournent au placard d'o&#249; ils sont sortis avec fracas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne faisons pas de fausse opposition, donc, entre les politiques des minorit&#233;s de genre, de sexualit&#233; et le mouvement des Gilets Jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, on a pu entendre ici et l&#224; quelques voix de personnes issues des luttes queers d&#233;fendant le mouvement des Gilets Jaunes. On peut lire Paul B. Preciado : &#171; Les m&#234;mes politiques brutales appliqu&#233;es en Gr&#232;ce ont &#233;t&#233; progressivement &#233;tendues d'Ath&#232;nes &#224; Paris : n&#233;olib&#233;ralisation du march&#233; du travail, &#233;tranglement fiscal des classes moyennes, d&#233;mant&#232;lement des institutions publiques, pr&#233;carisation des travailleurs pauvres, militarisation des politiques migratoires, accentuation des langages institutionnels racistes comme seul moyen de donner une coh&#233;sion nationale &#224; un tissu social fractur&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilets nus de Paul B. Preciado :&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais aussi Didier Lestrade : &#171; Cette d&#233;sillusion homosexuelle, qui s'est transform&#233;e en impuissance et col&#232;re, est d&#233;sormais fig&#233;e dans un grondement envers ce pr&#233;sident qui ne comprend d&#233;cid&#233;ment rien &#224; rien, surtout au syst&#232;me minoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le regard parano&#239;aque sur les gilets jaunes de Didier Lestrade :&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ou encore une militante trans du CLAQ participant au cort&#232;ge queer durant les premiers actes des Gilets Jaunes : &#171; C'est tr&#232;s critiqu&#233; dans la communaut&#233; queer, mais on pense que c'est notre devoir, en tant que queers, de ne pas c&#233;der la place aux fachos, de revendiquer des principes d'extr&#234;me gauche, et de ne pas laisser les 'transp&#233;d&#233;gouines' et les femmes de c&#244;t&#233; comme chaque fois lors des mouvements sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec les militants queers qui ont rejoint les gilets jaunes :&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces sorties du placard, qu'il soit rose ou jaune, provoquent in&#233;vitablement un d&#233;sordre social car elles viennent perturber la mise sous silence de nos mis&#232;res existentielles et &#233;conomiques. C'est non seulement dire une v&#233;rit&#233; mais aussi dire l'ignorance qui l'entoure et la surveille. Une ignorance comme projet de soci&#233;t&#233; &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ne tombez pas amour* du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous autres, homosexuel.le.s, avons tout. Nous avons les droits, les devoirs, les amours, les secrets, les espaces, l'ivresse, les images, les supermarch&#233;s, les minimas sociaux, la culture et les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait bien sacrifier quelque chose en &#233;change, nous nous sommes d&#233;barrass&#233;s du reste que formait la diff&#233;rence, par soustraction de l'&#233;thique et multiplication de l'ali&#233;nation au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous avons la culture sans la connaissance, la libert&#233; sans l'aventure, le sexe sans le corps, la positivit&#233; sans l'affirmation. Autrement dit, nous n'avons que des illusions, de la poudre de perlimpinpin comme dirait l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels pas devons-nous faire pour ne pas vivre dans des dimensions parall&#232;les, sans affection r&#233;elle entre les passions ? On s'utilise &#224; des fins sexuelles ou sentimentales, on cherche &#224; quantifier la valeur de notre individualit&#233; dans le march&#233; &#224; ciel ouvert de la drague queer &#224; paillettes. Quand allons-nous nous sentir responsables de notre devenir collectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus difficile de r&#233;pondre &#224; cette question que &#171; l'int&#233;gration du monde &#224; ses propres normes est en soi une &#171; lib&#233;ration &#187; et un &#171; progr&#232;s &#187;, un pas vers l'universalisation d'une conception sup&#233;rieure de l'humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Massad, &#171; L'Empire de la sexualit&#233; en question &#187;, 2013&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes contraints &#224; &#234;tre libres, voil&#224; le th&#233;or&#232;me cach&#233; du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci engage un regard qui se d&#233;tourne du pouvoir. Attaquer le Fouquet's ou Jeanne d'Arc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le samedi 30 juin 2018 &#224; Paris lors de la Marche des fiert&#233;s, des queers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en sont des exemples. De telle mani&#232;re que nous devenions des intrus dans le th&#233;or&#232;me du pouvoir. Alors, avoir des t&#234;tes de liste roses ou jaunes aux &#233;lections ne peut pas &#234;tre un signe de victoire, ce serait au contraire le moment o&#249; le pouvoir vient recouvrir les balbutiements r&#233;volutionnaires, un signe de capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la pr&#233;sence actuelle de Apple, Google, Mastercard dans les Marches des fiert&#233;s illustre parfaitement ce recouvrement politique sous des airs d'&#233;mancipation. Qui peut imaginer aujourd'hui qu'&#224; l'origine des pride se cachent de belles nuits de r&#233;voltes enflamm&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui pend au nez de tous les mouvements de contestation (qu'ils soient Gilets Jaunes, queers, racis&#233;s, f&#233;ministes, etc.) d&#232;s lors qu'ils abandonnent l'horizon qu'ils ont commenc&#233; &#224; dessiner jour apr&#232;s jour, d&#232;s lors que les manifestants deviennent des politiciens. Il y a cette tr&#232;s belle phrase de Mario Mieli, folle furieuse de l'Italie des ann&#233;es 70 : &#171; Tous les r&#233;volutionnaires, cessant d'&#234;tre politiciens, deviendront des amants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne tombez pas amoureux du pouvoir, c'&#233;tait une banderole du pink bloc de la pride de Bordeaux en 2018, c'&#233;tait aussi une phrase de Michel Foucault dans son texte &#171; Introduction &#224; la vie non-fasciste &#187;. On pourrait en extraire une autre : &#171; N'imaginez pas qu'il faille &#234;tre triste pour &#234;tre militant, m&#234;me si la chose qu'on combat est abominable. C'est le lien du d&#233;sir &#224; la r&#233;alit&#233; qui poss&#232;de une force r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a au moins une chose &#224; sauver et &#224; poursuivre dans les Marches des fiert&#233;s, c'est la joie qui s'y d&#233;ploie et qu'on ne retrouve pas dans les manifestions de gauche (et encore moins de droite). Quelque chose de cette joie a &#233;t&#233; reconnu dans les Gilets Jaunes, une joie affinitaire et contagieuse qui s'est faite combat (et inversement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle folie cela pourrait &#234;tre de voir se rejoindre, s'entrecroiser, se chevaucher, le rose et le jaune lors des samedis de juin 2019. &#192; supposer que le combat demeure et qu'il accepte de tels niveaux d'interp&#233;n&#233;trations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas &#224; s'inqui&#233;ter d'une guerre civile en France. Nous pourrions, au contraire, nous r&#233;jouir que l'ordre civil fran&#231;ais soit boulevers&#233; afin de faire remonter &#224; la surface tous nos impens&#233;s politiques et les affronter s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait encore beaucoup de choses &#224; dire. Dans son contenu comme dans sa forme, ce texte est forc&#233;ment incomplet, lacunaire, insatisfaisant. Nous esp&#233;rons qu'il suscitera des r&#233;ponses et des continuations. Son objectif est au moins de rendre pensable un croisement entre le mouvement de contestation des Gilets Jaunes avec la p&#233;riode des Marches des fiert&#233;s, de la m&#234;me mani&#232;re qu'on a pu voir des femmes Gilets Jaunes dans certaines marches de nuits f&#233;ministes le 08 mars dernier. Car il existe un antagonisme similaire. Les Gilets Jaunes ne veulent pas faire partie du d&#233;cors des Champs-Elys&#233;es, ils veulent d&#233;truire les Champs-Elys&#233;es. Et les prochaines &#233;lections europ&#233;ennes ne semblent int&#233;resser que les politiciens et les experts-journalistes. Dans les ann&#233;es 70, lors d'une assembl&#233;e du Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire la f&#233;ministe Fran&#231;oise d'Eaubonne lan&#231;ait cette phrase qui pourrait ravir plus d'un Gilet Jaune : &#171; Vous dites que la soci&#233;t&#233; doit int&#233;grer les homosexuels, moi je dis que les homosexuels doivent d&#233;sint&#233;grer la soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#234;tons donc dignement les 50 ans des &#233;meutes de Stonewall, poursuivons les r&#233;voltes en cours, c&#233;l&#233;brons cette victoire sur la peur et que l'humiliation se fasse d&#233;fi. Ainsi s'op&#232;re un renversement des rapports de force. D&#233;barquer en gilets jaunes aux marches des fiert&#233;s serait le refus de b&#226;tir des fortification au moi d&#232;s qu'il est pers&#233;cut&#233;. Il s'agit d'effectuer un travail continu d'analyse, de compr&#233;hension, de r&#233;activit&#233; et de sensibilit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sortons donc tous au grand jour &#8211; non pour nous joindre &#224; ceux qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, ont presque toujours tout d&#233;fini et d&#233;termin&#233;, mais plut&#244;t par g&#233;n&#233;rosit&#233;, pour qu'ils aient la chance de se reconna&#238;tre en nous et de prendre part &#224; la grande aventure d&#233;j&#224; commenc&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Homos. Repenser l'identit&#233;. Leo Bersani.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FMI (Front monstrueux insurrectionnel) de Bordeaux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mars 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/120119/homophobie-et-mise-en-danger-de-personne-au-cra-de-vincennes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/120119/homophobie-et-mise-en-danger-de-personne-au-cra-de-vincennes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#8230; l'ambiance LGBT du cru serait plut&#244;t &#224; la discr&#233;tion. Le genre &#171; youpi tralala &#187; sur le cours Napol&#233;on ne serait pas trop l'esprit maison. De la tenue, de la r&#233;serve&#8230; Ni honte, ni fiert&#233;. Homo corse et puis voil&#224;. &#187; &lt;a href=&#034;http://www.bvoltaire.fr/marlene-schiappa-vers-une-gay-pride-corse-sans-homosexuels-dedans/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bvoltaire.fr/marlene-schiappa-vers-une-gay-pride-corse-sans-homosexuels-dedans/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilets nus de Paul B. Preciado : &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2019/01/11/gilets-nus_1702394&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/debats/2019/01/11/gilets-nus_1702394&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le regard parano&#239;aque sur les gilets jaunes de Didier Lestrade : &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/171948/gilets-jaunes-colere-lgbt-macron-sida-mouvements-populaires&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.slate.fr/story/171948/gilets-jaunes-colere-lgbt-macron-sida-mouvements-populaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec les militants queers qui ont rejoint les gilets jaunes : &lt;a href=&#034;https://www.vice.com/fr/article/vbap9m/avec-les-militants-queers-qui-ont-rejoint-les-gilets-jaunes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.vice.com/fr/article/vbap9m/avec-les-militants-queers-qui-ont-rejoint-les-gilets-jaunes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Massad, &#171; L'Empire de la sexualit&#233; en question &#187;, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le samedi 30 juin 2018 &#224; Paris lors de la Marche des fiert&#233;s, des queers radicales se sont hiss&#233;es sur la statue de Jeanne d'Arc et lui ont pos&#233; une cagoule sur le visage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Homos. Repenser l'identit&#233;&lt;/i&gt;. Leo Bersani.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Criminalisation de l'homosexualit&#233; en France</title>
		<link>https://trounoir.org/Criminalisation-de-l-homosexualite-en-France</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Criminalisation-de-l-homosexualite-en-France</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Police</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Homophobie</dc:subject>
		<dc:subject>Drague</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pourquoi l'&#201;tat a-t-il fait le choix &#224; diff&#233;rents moments historiques de surveiller et punir l'homosexualit&#233; ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Police-+" rel="tag"&gt;Police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Homophobie-+" rel="tag"&gt;Homophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Drague-+" rel="tag"&gt;Drague&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton161.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De quoi parlons-nous lorsqu'on dit qu'il a eu une criminalisation de l'homosexualit&#233; en France ? L'objectif de cet article est de revenir sur les diff&#233;rents moments et les mani&#232;res dont l'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e en France. Si le contr&#244;le de l'homosexualit&#233; fut bien une fa&#231;on de mater la population enti&#232;re, tout le monde n'&#233;tait pas log&#233; &#224; la m&#234;me enseigne en mati&#232;re de sanctions p&#233;nales et de surveillance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est un jardin extraordinaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des canards qui parlent anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je leur donne du pain, ils remuent leur derri&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
En me disant 'Thank you very much, Monsieur Trenet'. &lt;br class='autobr' /&gt;
On y voit aussi des statues&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui se tiennent tranquilles tout le jour, dit-on&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais moi, je sais que, d&#232;s la nuit venue,&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles s'en vont danser sur le gazon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Papa, c'est un jardin extraordinaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils vendent du grain, des petits morceaux de gruy&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme clients ils ont Monsieur le maire et le Sous-Pr&#233;fet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Charles Trenet, &lt;i&gt;Le Jardin extraordinaire&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Savoir s'il y a eu ou s'il n'y a pas eu de criminalisation de l'homosexualit&#233; en France peut pr&#234;ter &#224; d&#233;bat. En soi, il n'y a plus de l&#233;gif&#233;ration sp&#233;cifique sur l'homosexualit&#233; depuis l'abolition du crime de sodomie en 1791&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thierry Pastorello, Sodome &#224; Paris. Fin XVIIe-milieu XIXe si&#232;cle : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, on peut voir r&#233;appara&#238;tre dans l'histoire de la justice fran&#231;aise des formes de discriminations institutionnalis&#233;es &#224; l'encontre de &lt;i&gt;certaines pratiques&lt;/i&gt; de l'homosexualit&#233;. Celles-ci n'&#233;taient pas sans rapport avec les pers&#233;cutions post&#233;rieures puisqu'elles cherchaient &#233;galement &#224; prot&#233;ger un ordre social bas&#233; sur la sexualit&#233; des citoyens et par extension &#224; d&#233;finir une sexualit&#233; qui serait l&#233;gale et morale. Le retour &#224; la r&#233;pression de l'homosexualit&#233; le plus manifeste fut instaur&#233; durant le r&#233;gime de Vichy, &#224; partir d'ao&#251;t 1942, par modification de l'article 334 du Code p&#233;nal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi du 6 ao&#251;t 1942, alin&#233;a 1er : &#171; Sera puni d'un emprisonnement de six mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui pr&#233;voit une majorit&#233; sexuelle plus &#233;lev&#233;e (21 ans) concernant les rapports &#171; contre-nature &#187;, c'est-&#224;-dire homosexuels. C'est sur cette nouvelle base juridique que la criminalisation de l'homosexualit&#233; s'&#233;tablit en France sur les d&#233;cennies suivantes. En effet, cette loi fut conserv&#233;e lors de la Lib&#233;ration jusqu'en 1982&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parall&#232;lement en Allemagne, le paragraphe 175 du Code p&#233;nal allemand qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, date de son abrogation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Boninchi, Vichy et l'ordre moral, PUF, 2005. Dans cet ouvrage, l'auteur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contextualisation &#224; grands traits permet de voir qu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la &#171; Lib&#233;ration &#187; ne fut pas pour tout le monde, et qu'au contraire l'ordre social qui en d&#233;coule puise certaines de ses racines dans des dispositions politiques prises par la France &#171; collaboratrice &#187; du Mar&#233;chal P&#233;tain. D'apr&#232;s les premi&#232;res recherches militantes et scientifiques sur le sujet, il en ressort que certaines populations sont plus vis&#233;es que d'autres par la police usant de cet article du Code p&#233;nal. L'objectif de cet article est de comprendre les raisons pour lesquelles les gouvernements successifs ont trouv&#233; n&#233;cessaire de placer les homosexuels comme cible de la police et de la justice et, &#224; partir des r&#233;sultats des travaux de recherche, poser la question s'il existait une gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels fond&#233;e sur cette r&#233;pression sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;senterons dans la premi&#232;re partie les diff&#233;rentes recherches qui ont cherch&#233; &#224; d&#233;crire et comprendre la criminalisation de l'homosexualit&#233; en France depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'en 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde partie, nous nous attarderons sur la question de la gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels qui &#233;mane des r&#233;sultats de ces travaux de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#201;tat des recherches militantes et scientifiques sur la criminalisation de l'homosexualit&#233; en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le militantisme homosexuel pr&#233;curseur des recherches&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1958 que le militant Daniel Gu&#233;rin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin (1904-1988) est connu pour avoir travers&#233; diff&#233;rentes luttes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; publie un long article intitul&#233; &#171; La r&#233;pression de l'homosexualit&#233; en France &#187;. Il est le premier &#224; analyser les statistiques du &lt;i&gt;Compte g&#233;n&#233;ral de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'administration de la justice criminelle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;(CG&lt;/i&gt;&lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt; o&#249; on peut entre autres retrouver le recensement des infractions relevant de l'article 331 du Code p&#233;nal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s la Lib&#233;ration, l'article 334 du Code p&#233;nal modifi&#233; par le r&#233;gime de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses recherches se portent sur les ann&#233;es 1953-54-55. Il rel&#232;ve notamment que les cibles sont majoritairement ouvri&#232;res (42%), masculine (97,5%) et fran&#231;aise (95,5%). Il est important pour lui de montrer que la population est principalement touch&#233;e par la r&#233;pression sur le d&#233;lit homosexuel lorsqu'il s'adresse &#224; la gauche fran&#231;aise : &#171; Contrairement &#224; une id&#233;e fausse tr&#232;s r&#233;pandue, notamment dans les milieux de gauche et partag&#233;e par L&#233;nine, l'homosexualit&#233; n'est pas l'apanage des classes privil&#233;gi&#233;es. (&#8230;) Ce n'est pas sur l'&#233;crivain de renom, la vedette de l'&#233;cran, le parlementaire influent que s'acharne la r&#233;pression, mais sur le petit, le faible, l'anonyme &#187;. La conclusion qu'il tire de ces chiffres est d&#233;cisive pour comprendre le biais de discrimination &#233;tabli par l'application de cette loi dans la continuation du r&#233;gime de Vichy. Et on le comprendra mieux lorsque les recherches s'&#233;tendront sur les ann&#233;es suivantes, pendant la guerre d'ind&#233;pendance en Alg&#233;rie, et qu'une plus grande proportion d'&#233;trangers figureront parmi les cibles de cette loi. Nous analyserons ce fait dans la deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la litt&#233;rature militante, on peut aussi mentionner le livre &lt;i&gt;Les homosexuels et les autres&lt;/i&gt; de Claude Courouve publi&#233; en 1977 dans lequel un chapitre entier, &#171; Lois et politique &#187; est consacr&#233; aux d&#233;lits d'homosexualit&#233; en France. Claude Courouve se trouve &#224; l'intersection du militantisme et de la recherche universitaire. En 1975, il fonde l'association du CIDH (Centre d'Information et de Documentation sur l'Homosexualit&#233;). Ses actions consist&#232;rent en l'envoi de dossiers document&#233;s aux partis politiques et aux hommes d'&#201;tat afin de demander l'abrogation des lois punissant l'homosexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai recueilli ces informations sur le blog de Claude Courouve. URL :&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces travaux militants furent motiv&#233;s par une r&#233;pression r&#233;elle mais invisibilis&#233;e qui s'est accentu&#233;e de 1960 &#224; 1980 par l'instauration de l'amendement du d&#233;put&#233; gaulliste Paul Mirguet (promulg&#233; le 30 juillet 1960) classant l'homosexualit&#233; dans la liste des &#171; fl&#233;aux sociaux &#187; (au m&#234;me titre que l'alcoolisme, la prostitution, la toxicomanie, etc.). Cet amendement consistait &#224; faire de l'homosexualit&#233; un facteur aggravant en cas d'outrage public &#224; la pudeur par exemple. Ce qui a conduit &#224; une r&#233;pression accrue dans les lieux de drague publics homosexuels (parc, jardins, toilettes publiques, etc.) par la police. Mirguet d&#233;clare au Parlement : &#171; Il est inutile d'insister longuement, car vous &#234;tes tous conscients de la gravit&#233; de ce fl&#233;au qu'est l'homosexualit&#233;, fl&#233;au contre lequel nous devons prot&#233;ger nos enfants&#8230; Au moment o&#249; notre civilisation dangereusement minoritaire en pleine &#233;volution devient si vuln&#233;rable, nous devons lutter contre tout ce qui peut diminuer son prestige &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Jackson, Arcadie. La vie homosexuelle en France, de l'apr&#232;s-guerre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est contre cet amendement que le mouvement du FHAR (Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire) se f&#233;d&#233;ra en 1971 autour du slogan, retourn&#233; du stigmate : &#171; Nous sommes un fl&#233;au social ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le film documentaire FHAR de Carole Roussopoulos. Dans ce film de 1971 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce moment politique est celui de la publicisation du v&#233;cu homosexuel en France (un v&#233;cu entrelac&#233; avec la vie ouvri&#232;re et immigr&#233;e) et de sa conflictualit&#233; avec les institutions politiques, les instances juridiques et les forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La reprise de la probl&#233;matique par les sciences sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs en sciences sociales J&#233;r&#233;mie Gauthier et R&#233;gis Schlagdenhauffen ont publi&#233; en 2019 un article tr&#232;s pr&#233;cis et complet sur la criminalisation de l'homosexualit&#233; en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#233;mie Gauthier, R&#233;gis Schlagdenhauffen, &#171; Les sexualit&#233;s &#171; contre-nature &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette recherche s'inscrit dans un plus vaste projet portant sur l'articulation homosexualit&#233;-police intitul&#233; Homocop&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; HOMOCOP - La cause homosexuelle dans les m&#233;tiers d'ordre &#187;, EHESS. URL :&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils prolongent l'hypoth&#232;se de Daniel Gu&#233;rin selon laquelle une certaine couche de la population (ouvri&#232;re et masculine) est surrepr&#233;sent&#233;e dans la criminalisation de l'homosexualit&#233;. Ils r&#233;coltent et analysent les donn&#233;es du CGJ : &#171; Ces condamnations sont relev&#233;es dans la rubrique 'Homosexualit&#233;' qui devient 'outrage public &#224; personne de m&#234;me sexe' &#224; partir de 1976 avant d'&#234;tre agr&#233;g&#233;e &#224; partir de 1979 au sein de la cat&#233;gorie 'autres attentats aux m&#339;urs' pour finalement dispara&#238;tre en 1982. &#187; En &#233;tendant l'analyse de ces donn&#233;es jusqu'&#224; la d&#233;p&#233;nalisation, leurs travaux permettent de recenser plus de 10.000 condamnations pour homosexualit&#233; sur cette p&#233;riode, et de rendre compte d'autres biais de discrimination &#224; l'usage de cette loi anti homosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, l'historien Julian Jackson dans son ouvrage &lt;i&gt;Arcadie. La vie homosexuelle en France, de l'apr&#232;s-guerre &#224; la d&#233;p&#233;nalisation&lt;/i&gt;, revient le contexte historique des diff&#233;rents mouvements de lib&#233;ration homosexuelle. Il d&#233;crit tr&#232;s bien la permanence du conservatisme entre le r&#233;gime de Vichy et le gouvernement de De Gaulle : &#171; Vichy et la R&#233;sistance se sont disput&#233; un terrain partag&#233; et ce processus s'est accentu&#233; &#224; mesure que la R&#233;sistance s'enracinait dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et cessait d'&#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; une &#233;lite isol&#233;e. (&#8230;) &#192; l'approche de la Lib&#233;ration, la R&#233;sistance s'identifie davantage &#224; l'action militaire, l'image type du r&#233;sistant en 1944 devenant celle du soldat-citoyen en armes sur les barricades, et l'image type de la collaboration, celle de la femme tondue &#187; (Jackson, p. 47). L'homosexualit&#233; sera suspect&#233;e des m&#234;mes compromissions avec l'ennemi que la femme (cf. cette th&#233;orisation est &#224; rapprocher de celle qui rapprochait homosexualit&#233; et fascisme avec l'exemple des SA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, notons l'article d'Emmanuel Blanchard &#171; Le mauvais genre des Alg&#233;riens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Blanchard, &#171; Le mauvais genre des Alg&#233;riens &#187;, Clio. Histoire&#8218; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il historicise la r&#233;pression de l'homosexualit&#233; en France en faisant une lecture intersectionnelle avec le contr&#244;le de la sexualit&#233; des immigr&#233;s alg&#233;riens en France par la police.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Comprendre la gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels &#224; travers la criminalisation de l'homosexualit&#233; en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Identification des biais de discrimination&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de &#171; gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une d&#233;finition de la &#171; gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes &#187; : &#171; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L'article de J&#233;r&#233;mie Gauthier et R&#233;gis Schlagdenhauffen qui &#171; propose une analyse quantitative des peines prononc&#233;es entre 1945 et 1978 par la justice p&#233;nale fran&#231;aise pour 'homosexualit&#233;' ainsi qu'un profilage sociologique des personnes condamn&#233;es pour ce motif, &#224; partir des statistiques fournies par le Compte g&#233;n&#233;ral de la justice (CGJ) &#187; sera longuement mobilis&#233; ici pour &#233;tayer la pertinence de cette question. Cette notion utilis&#233;e par Michel Foucault dans &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, &#224; laquelle l'attribut &#171; sexuel &#187; a &#233;t&#233; ajout&#233; pour sp&#233;cifier l'id&#233;e d'une r&#233;gulation de la vie sexuelle des citoyens fran&#231;ais, va nous permettre de voir de quelle mani&#232;re la discrimination homosexuelle s'articule avec d'autres facteurs de discrimination (de classe, de genre et de race).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re gestion diff&#233;rentielle est celle qui vise l'homosexualit&#233;. La diff&#233;rence de majorit&#233; sexuelle entre l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; (15 ans &#224; partir de 1945) et l'homosexualit&#233; (21 ans en 1945 ; 18 ans en 1974) est un premier marqueur de discrimination. Pour Gauthier et Schlagdenhauffen : &#171; L'homosexualit&#233; entre adultes consentants est rest&#233;e l&#233;gale tant qu'elle ne faisait pas l'objet d'outrages publics &#224; la pudeur. La l&#233;gislation r&#233;pressive en question ne visait que les relations homosexuelles impliquant un&#183;e ou plusieurs mineur&#183;e&#183;s, ou les conduites homosexuelles susceptibles d'&#234;tre qualifi&#233;es d'outrages publics &#224; la pudeur. (&#8230;) Ainsi, le droit p&#233;nal de l'&#233;poque, tout comme l'action des juges, traduisent bien une gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels entre h&#233;t&#233;ro- et homosexuel&#183;le&#183;s. &#187;. Les circonstances aggravantes d'homosexualit&#233; lors d'OPP (outrage public &#224; la pudeur) constituent le deuxi&#232;me marqueur de discrimination. &#192; tout cela s'ajoute l'arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral de Paris mis en place entre 1948 et la fin des ann&#233;es 1960 qui interdisait de danser entre hommes en public et l'interdiction des revues aux contenus homosexuels (la revue homophile Arcadie se vendait clandestinement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'histoire de la revue Arcadie est &#224; ce titre int&#233;ressante. A la fois vendue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me biais de discrimination est celui du genre. Les recherches de Gauthier Schlagdenhauffen concordent pour dire que la grande majorit&#233; des condamn&#233;s sont des hommes : &#171; Entre 1953 et 1978, on compte 7 559 hommes condamn&#233;s contre seulement 106 femmes, soit 1,4 % du total &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me biais de discrimination est celui de la cat&#233;gorie socio-professionnelle : &#171; Les condamnations pour &#171; homosexualit&#233; &#187; touchent en majorit&#233; les classes populaires (62 %). Les classes moyennes (20 %) repr&#233;sentent quant &#224; elles un cinqui&#232;me et les classes sup&#233;rieures environ 5 % de l'&#233;chantillon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier biais de discrimination est plus complexe &#224; appr&#233;hender, il s'agit de celui de la race. &#171; Entre 1953 et 1978, ce sont 6 170 personnes de nationalit&#233; fran&#231;aise et 546 personnes &#233;trang&#232;res (8 %) qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;es &#224; des peines de prison et d'amende. La part des &#233;trangers condamn&#233;s pour ce motif est donc marginale. L'&#233;volution sur la p&#233;riode des cat&#233;gories employ&#233;es pose toutefois quelques probl&#232;mes d'interpr&#233;tation en raison principalement des changements en termes de nationalit&#233; et de territoire li&#233;s &#224; la d&#233;colonisation. &#187; Gauthier et Schlagdenhauffen vont donc r&#233;organiser eux-m&#234;mes la nomenclature pour faire &#233;merger les diff&#233;rentes nationalit&#233;s parmi les &#233;trangers condamn&#233;s pour homosexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Concernant les condamn&#233;&#183;e&#183;s de nationalit&#233; fran&#231;aise, nous nous fondons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela permet de voir que les Marocains, les Tunisiens et les Alg&#233;riens repr&#233;sentent 58 % des condamnations concernant des &#233;trangers entre 1960 et 1978. Il s'agit d'un biais de discrimination &#224; l'int&#233;rieur de la cat&#233;gorie des &#233;trangers envers les populations colonis&#233;es par la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Analyse des biais de discrimination&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Le biais de l'homosexualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'&#201;tat a-t-il fait le choix &#224; diff&#233;rents moments historiques de surveiller et punir l'homosexualit&#233; ? Pourquoi la criminalisation de l'homosexualit&#233; s'applique-t-elle &#224; une population plut&#244;t qu'&#224; une autre ? Est-ce un biais de discrimination relevant des agents de police, de l'institution p&#233;nale ou de l'&#201;tat ? D&#233;m&#234;ler ces questions n'est pas ais&#233;, car elles sont toutes inextricablement li&#233;es entre elles. C'est pour cette raison qu'il est important de garder en t&#234;te la notion d'ordre social comme aboutissement de ces dispositifs r&#233;pressifs. On peut n&#233;anmoins les s&#233;parer provisoirement pour faire appara&#238;tre les diff&#233;rents ressorts sur lesquels repose la norme qui veut &#234;tre &#233;tablie par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julian Jackson attribue plusieurs raisons au fait que les homosexuels soient durement r&#233;prim&#233;s apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale : &#171; L'article 330.1 du Code p&#233;nal, l'interdiction &#224; Paris de danser publiquement entre hommes, l'id&#233;ologie virile de la R&#233;sistance, l'ombre de la collaboration, l'obsession nataliste, le culte de la famille, les craintes de la d&#233;linquance et le souci de prot&#233;ger la jeunesse &#187; (Jackson, p. 59). P&#232;se sur les homosexuels non seulement une s&#233;rie d'interdiction mais aussi un poids moral qui les confine dans la honte. Et cette honte a donn&#233; une forme &#224; la socialit&#233; homosexuelle contrainte de s'&#233;tablir dans la clandestinit&#233; (jardins, parcs, toilettes publiques, salons priv&#233;s, prostitution). C'est-&#224;-dire que la loi pousse &#224; la fois les homosexuels &#224; rechercher une forme de sexualit&#233; dans les lieux retranch&#233;s d'une ville et la r&#233;prime d&#232;s lors qu'elle est confondue. Il existait, selon Claude Courouve, un &#171; groupe de contr&#244;le des homosexuels &#187; &#233;manant de la Pr&#233;fecture de Police, comptant &#171; cinq inspecteurs &#187; charg&#233;s des OPP : &#171; Le travail de ce groupe consiste pour une part en la r&#233;pression des outrages publics &#224; la pudeur par des homosexuels dans les saunas, jardins publics, clubs et autres lieux o&#249; certains peuvent &#234;tre tent&#233;s de 'consommer sur place' &#187; (Courouve, p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Le biais du genre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres les plus explicites concernent la part de condamnations pour homosexualit&#233; &lt;i&gt;masculine &lt;/i&gt;qui en repr&#233;sentent la quasi-totalit&#233;. Gauthier et Schlagdenhauffen expliquent la tr&#232;s faible repr&#233;sentation des femmes dans ces condamnations par trois arguments. 1) Leur invisibilisation sociale : &#171; Le syst&#232;me de domination et de contr&#244;le des p&#232;res et des maris sur les filles et les &#233;pouses limite donc de fait l'acc&#232;s des femmes &#224; l'espace public et a fortiori aux lieux de rencontre homo&#233;rotiques, quasi inexistants pour les lesbiennes dans l'espace public &#187;. 2) Les prises en charge p&#233;nales sont diff&#233;rentes selon le sexe de la personne interpell&#233;e, &#171; les hommes ont tendance &#224; int&#233;grer les fili&#232;res p&#233;nales alors que les femmes sont orient&#233;es vers les dispositifs de &#171; protection &#187; ou la psychiatrie &#187;. 3) La notion de d&#233;viance n'est pas attribu&#233;e selon les m&#234;mes crit&#232;res &#224; un homme ou &#224; une femme par l'institution judiciaire : &#171; Concernant les jeunes filles, ce sont les rapports h&#233;t&#233;rosexuels hors mariage qui sont per&#231;us comme d&#233;viants, car, tout en contrevenant &#224; la morale dominante, ils impliquent un risque de grossesse et peuvent parfois &#234;tre assimil&#233;s par les juges &#224; de la prostitution. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Le biais de la classe sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont majoritairement les classes populaires qui se rendaient dans ces lieux publics poreux &#224; une intrusion de la police, contrairement aux classes bourgeoises (et de pouvoir) qui b&#233;n&#233;ficiaient d'espaces priv&#233;s clandestins plus sujets &#224; la surveillance qu'aux contr&#244;les. On retrouve cette derni&#232;re remarque dans les travaux de Gwena&#235;lle Mainsant sur la Brigade mondaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gw&#233;na&#235;lle Mainsant, &#171; Comment la &#171; Mondaine &#187; construit-elle ses populations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La cr&#233;ation d'un &#171; groupe de contr&#244;le des homosexuels &#187; sp&#233;cifique aux OPP visait donc principalement &#224; condamner des ouvriers et des citadins plut&#244;t que des classes ais&#233;es et rurales. C'est ainsi que les classes populaires sont plus soumises &#224; la captation polici&#232;re. L'article de Gauthier et Schlagdenhauffen rel&#232;ve enfin un dernier argument confirmant ce biais de discrimination par la classe sociale qui est ce qu'ils nomment &#171; la s&#233;lection sociale par le syst&#232;me p&#233;nal &#187;, c'est-&#224;-dire que les classes privil&#233;gi&#233;es sont condamn&#233;es moins s&#233;v&#232;rement voire acquitt&#233;s pour les m&#234;mes faits, car ils poss&#232;dent davantage de moyens pour se d&#233;fendre : garanties de repr&#233;sentation, argent, avocats, soutien des proches et capital culturel pour pouvoir se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Le biais de la race&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de recherche de R&#233;gis Revenin sur la prostitution masculine dans l'apr&#232;s-guerre en France d&#233;montrent que la majorit&#233; de la client&#232;le ne se d&#233;finit pas comme &#171; homosexuelle &#187;, elle est principalement constitu&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1950 de jeunes ouvriers, sans famille, maghr&#233;bins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gis Revenin. &#171; Jalons pour une histoire culturelle et sociale de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui nous am&#232;ne au biais de la race qu'Emmanuel Blanchard a notamment &#233;tudi&#233; dans son article &#171; Le mauvais genre des Alg&#233;riens &#187; concernant les intrications entre la clandestinit&#233; des relations homosexuelles et l'immigration alg&#233;rienne dans les grandes villes fran&#231;aises : &#171; La cartographie de la sc&#232;ne homosexuelle recouvrait alors, en partie, celle de l'immigration alg&#233;rienne &#224; Paris &#187; (Blanchard). Ce qui fournissait une &#171; population disponible &#187; &#224; la police qui pouvait ais&#233;ment contr&#244;ler la sexualit&#233; des hommes alg&#233;riens per&#231;us par l'imaginaire colonial comme &#171; incapables de ma&#238;triser leurs d&#233;sirs &#187; (Gauthier, Schlagdenhauffen), soit le m&#234;me type d'attribut accord&#233; &#224; l'homosexualit&#233; masculine qui &#171; prolif&#232;re &#187; dans les villes et &#171; corrompt &#187; la jeunesse. Blanchard donne &#233;galement un argument important pour comprendre l'obsession polici&#232;re pour la sexualit&#233; des Alg&#233;riens : le rapport que la police entretient avec sa propre notion de virilit&#233;. Les policiers ont en commun avec les Alg&#233;riens de se caract&#233;riser par un entre-soi masculin, une &#171; communaut&#233; d'hommes sans femmes &#187;, il fallait donc bien distinguer deux notions de la masculinit&#233; : l'une virile et de bonne conjugalit&#233; (pour la police), et l'autre &#171; contre-nature &#187; et eff&#233;min&#233;e (pour les Alg&#233;riens).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la gestion de l'ordre social, la police joue le r&#244;le d'interm&#233;diaire entre la population et l'&#201;tat. Ces derni&#232;res interrogations que nous avons abord&#233;es sur le genre de la police, sa d&#233;finition de la masculinit&#233; et de l'ordre sexuel, sont-elles produites par les d&#233;rives de la corporation polici&#232;re ou par les choix politiques des gouvernants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que ces condamnations se basent toutes sur des articles du Code p&#233;nal qui ont &#233;t&#233; d&#233;fendus et vot&#233;s par des d&#233;put&#233;s. Il n'est jamais fait mention de &#171; bavures polici&#232;res &#187; mais d'une n&#233;cessit&#233; de &#171; prot&#233;ger la jeunesse &#187; et de redorer le &#171; prestige &#187; de la civilisation fran&#231;aise de &#171; fl&#233;au social &#187;. La criminalisation de l'homosexualit&#233; peut &#234;tre historicis&#233;e &#224; partir de la fin du XIX&#176; si&#232;cle, c'est-&#224;-dire &#224; partir du moment o&#249; l' &#171; homosexuel &#187;, terme naissant, devient un &#171; personnage social &#187; (&lt;i&gt;La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, Foucault) introduit dans l'imaginaire collectif. Cette politisation de l'homosexualit&#233;, c'est-&#224;-dire son institutionnalisation dans l'ordre social, a conduit &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'encadrer pour qu'elle ne trouble pas l'ordre public en questionnant des notions fondatrices d'une soci&#233;t&#233; comme la famille, la virilit&#233; et la moralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la police et de la justice fut donc de maintenir cet ordre social en agissant l&#224; o&#249; ils avaient facilement acc&#232;s, et l&#224; o&#249; il &#233;tait le plus vuln&#233;rable : les lieux publics. Leur r&#244;le est &#224; la fois d'user de la force et de punir, mais &#233;galement de surveiller et de maintenir un &lt;i&gt;regard&lt;/i&gt; sur la sexualit&#233; d'une population. Nous avons vu que cette &#171; population disponible &#187; &#224; la police &#233;tait majoritairement &#171; masculine, urbaine, populaire et ouvri&#232;re &#187;. Et que pour Emmanuel Blanchard, &#171; la police des m&#339;urs visait &#224; sanctionner, de mani&#232;re formelle ou informelle, l'ensemble des hommes et des femmes contrevenant &#224; la 'performance de genre' attendue d'eux. &#187;. On voit ici un ordre social se dessiner et prendre les contours d'une morale d'&#201;tat attach&#233;e &#224; son application par les citoyens eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, ce regard sur le contr&#244;le de l'ordre sexuel s'est d&#233;plac&#233;. Ce n'est plus l'homosexualit&#233; qui est dans le viseur mais l'homophobie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Est adopt&#233;e depuis la loi du 27 janvier 2017, l'article 132-77 du Code p&#233;nal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le politiste &#201;ric Fassin nomme ce d&#233;placement &#171; l'inversion de la question homosexuelle &#187; o&#249; ce n'est plus l'homosexualit&#233; qui est inqui&#233;t&#233;e par le pouvoir, mais l'homosexualit&#233; qui est mise &#224; contribution pour &#233;tablir un nouvel ordre social (cf. l'application de signalement LGBTphobes lanc&#233;e par l'association Flag ! cr&#233;&#233;e par des policiers homosexuels). Il faudrait aujourd'hui interroger la teneur de cette inversion afin de voir si la gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes sexuels s'est r&#233;ellement dissip&#233;e : que deviennent l'homophobie, le racisme et le virilisme qui ont jusqu'ici aliment&#233; les pratiques de maintien de l'ordre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr. Jerome Fontana&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Expert en police intergalactique et chauffeur de limousine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Ouvrages&lt;br class='autobr' /&gt;
Courouve Claude, &lt;i&gt;Les homosexuels et les autres&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de l'Athanor, 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jackson Julian, &lt;i&gt;Arcadie. La vie homosexuelle en France, de l'apr&#232;s-guerre &#224; la d&#233;p&#233;nalisation&lt;/i&gt;, &#201;ditions Autrement, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pastorello Thierry, &lt;i&gt;Sodome &#224; Paris. Fin XVIIe-milieu XIXe si&#232;cle : l'homosexualit&#233; masculine en construction&lt;/i&gt;, Cr&#233;aphis &#233;ditions, 2011, collection &#171; Silex &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Chapitres d'ouvrages&lt;br class='autobr' /&gt;
Boninchi Marc, &#171; La r&#233;pression de l'homosexualit&#233; &#187;, in &lt;i&gt;Vichy et l'ordre moral&lt;/i&gt;, PUF, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gu&#233;rin Daniel, &#171; La r&#233;pression de l'homosexualit&#233; en France &#187;, in &lt;i&gt;Shakespeare et Gide en correctionnelle ?&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Scorpion, 1959.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Articles&lt;br class='autobr' /&gt;
Gauthier J&#233;r&#233;mie, Schlagdenhauffen R&#233;gis, &#171; Les sexualit&#233;s &#171; contre-nature &#187; face &#224; la justice p&#233;nale. Une analyse des condamnations pour &#171; homosexualit&#233; &#187; en France (1945-1982) &#187;, &lt;i&gt;D&#233;viance et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2019/3 (Vol. 43), p. 421-459. DOI : 10.3917/ds.433.0421. URL : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2019-3-page-421.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2019-3-page-421.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenin R&#233;gis. &#171; Jalons pour une histoire culturelle et sociale de la prostitution masculine juv&#233;nile dans la France des Trente Glorieuses &#187;. Revue d'histoire de l'enfance &#8220; irr&#233;guli&#232;re &#8221; &lt;i&gt;Le Temps de l'histoire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2008, pp.75-95. halshs-01418790 &lt;br class='autobr' /&gt;
Blanchard Emmanuel, &#171; Le mauvais genre des Alg&#233;riens &#187;, Clio. Histoire&#8218; femmes et soci&#233;t&#233;s [En ligne], 27 | 2008, mis en ligne le 05 juin 2010, consult&#233; le 25 avril 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/clio/7503 &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/clio/7503&#160;&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/clio.7503&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/clio.7503&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Documents audiovisuels&lt;br class='autobr' /&gt;
Roussopoulos Carole, &lt;i&gt;FHAR&lt;/i&gt;, 1971.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thierry Pastorello, &lt;i&gt;Sodome &#224; Paris. Fin XVIIe-milieu XIXe si&#232;cle : l'homosexualit&#233; masculine en construction&lt;/i&gt;, Cr&#233;aphis &#233;ditions, 2011, collection &#171; Silex &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loi du 6 ao&#251;t 1942, alin&#233;a 1er : &#171; Sera puni d'un emprisonnement de six mois &#224; trois ans et d'une amende de 2 000 francs &#224; 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d'autrui, excit&#233;, favoris&#233; ou facilit&#233; habituellement la d&#233;bauche ou la corruption de la jeunesse de l'un ou de l'autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe &#226;g&#233; de moins de vingt et un ans. &#187;, source L&#233;gifrance, &lt;br class='manualbr' /&gt;URL : &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000705020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000705020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parall&#232;lement en Allemagne, le paragraphe 175 du Code p&#233;nal allemand qui criminalisait toute forme d'homosexualit&#233; et qui fut utilis&#233; pour envoyer des personnes homosexuelles en camp de concentration, fut conserv&#233; apr&#232;s la chute du III&#176; Reich jusqu'en 1994. Cette prolongation de l'interdiction de l'homosexualit&#233; en Allemagne a grandement participait au manque de reconnaissance de la d&#233;portation des homosexuels durant le nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Boninchi, &lt;i&gt;Vichy et l'ordre moral&lt;/i&gt;, PUF,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;2005. Dans cet ouvrage, l'auteur consacre un chapitre intitul&#233; &#171; La r&#233;pression de l'homosexualit&#233; &#187; : &#171; Le 6 ao&#251;t 1942, le mar&#233;chal P&#233;tain et plusieurs de ses ministres appos&#232;rent leur signature au bas d'une loi modifiant l'article 334 du Code p&#233;nal et qui introduisait des innovations consid&#233;rables dans le droit criminel fran&#231;ais en permettant une r&#233;pression sp&#233;cifique des comportements homosexuels. Elle ne fut abrog&#233;e que le 4 ao&#251;t 1982, &#224; la suite de la victoire de la gauche aux &#233;lections pr&#233;sidentielles et &#224; la demande des associations de d&#233;fense des droits des homosexuels, qui s'insurgeaient contre le maintien en vigueur de cette mesure &#224; caract&#232;re discriminatoire. Les d&#233;bats sur ce projet d'abrogation provoqu&#232;rent de tr&#232;s vives pol&#233;miques, aliment&#233;es par les origines vichystes de ce texte de loi et par le fait qu'il soit parvenu &#224; survivre au r&#233;tablissement de la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine. &#187; (p. 143).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin (1904-1988) est connu pour avoir travers&#233; diff&#233;rentes luttes du XX&#176; si&#232;cle (Front Populaire, R&#233;sistance, D&#233;colonisation de l'Indochine et de l'Alg&#233;rie, Lib&#233;ration afro-am&#233;ricaine), mais aussi pour avoir initi&#233; les premi&#232;res luttes de lib&#233;ration homosexuelle avant et apr&#232;s Mai 68 (Arcadie, FHAR). Il a consacr&#233; plusieurs de ses &#233;crits (articles de journaux et autobiographies) &#224; l'&#233;tude du v&#233;cu homosexuel en France et notamment dans ses liens avec les mouvements ouvriers et d&#233;coloniaux. Daniel Gu&#233;rin consid&#233;rait son homosexualit&#233; comme un moteur pour &#233;tablir une transversalit&#233; dans toutes ces luttes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s la Lib&#233;ration, l'article 334 du Code p&#233;nal modifi&#233; par le r&#233;gime de Vichy est d&#233;plac&#233; dans l'article 331.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai recueilli ces informations sur le blog de Claude Courouve. URL : &lt;a href=&#034;https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.com/2012/06/legitimisations-et-depenalisations-de.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.com/2012/06/legitimisations-et-depenalisations-de.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julien Jackson, &lt;i&gt;Arcadie. La vie homosexuelle en France, de l'apr&#232;s-guerre &#224; la d&#233;p&#233;nalisation&lt;/i&gt;, Autrement, 2009, p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le film documentaire &lt;i&gt;FHAR&lt;/i&gt; de Carole Roussopoulos. Dans ce film de 1971 qui capte une assembl&#233;e du FHAR, les militants choisissent de nommer &#171; H&#233;t&#233;roflics &#187; et &#171; Homoflics &#187; les formes de r&#233;gulation normatives et assimilationnistes de la sexualit&#233;. URL : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ESd4tZho9nc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ESd4tZho9nc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a id=&#034;iso_690_FR&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J&#233;r&#233;mie Gauthier, R&#233;gis Schlagdenhauffen, &#171; Les sexualit&#233;s &#171; contre-nature &#187; face &#224; la justice p&#233;nale. Une analyse des condamnations pour &#171; homosexualit&#233; &#187; en France (1945-1982) &#187;, &lt;i&gt;D&#233;viance et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2019/3 (Vol. 43), p. 421-459. DOI : 10.3917/ds.433.0421. URL : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2019-3-page-421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2019-3-page-421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; HOMOCOP - La cause homosexuelle dans les m&#233;tiers d'ordre &#187;, EHESS. URL : &lt;a href=&#034;https://www.ehess.fr/fr/homocop-cause-homosexuelle-dans-m%C3%A9tiers-dordre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ehess.fr/fr/homocop-cause-homosexuelle-dans-m%C3%A9tiers-dordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Blanchard, &#171; Le mauvais genre des Alg&#233;riens &#187;, Clio. Histoire&#8218; femmes et soci&#233;t&#233;s [En ligne], 27 | 2008, mis en ligne le 05 juin 2010, consult&#233; le 25 avril 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/clio/7503 &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/clio/7503&#160;&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/clio.7503&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/clio.7503&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une d&#233;finition de la &#171; gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes &#187; : &#171; Le fait que les transgressions de la loi - qu'elles soient ou non intentionnelles- soient diversement sanctionn&#233;es selon la cat&#233;gorie &#224; laquelle appartient celui ou celle qui les commet &#187; (Igor Martinache, &#171; Nicolas Fischer, Alexis Spire, Etat et ill&#233;galismes &#187;, Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 26 d&#233;cembre 2009, consult&#233; le 24 avril 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/lectures/876 &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/lectures/876&#160;&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/lectures.876&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/lectures.876&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'histoire de la revue Arcadie est &#224; ce titre int&#233;ressante. A la fois vendue clandestinement pour ne pas &#234;tre confondue par la censure et pour assurer l'anonymat de ses adh&#233;rents, son directeur, Andr&#233; Baudry, nouait &#233;galement des liens avec des &#233;lus et des agents de police pour s'assurer une &#171; protection &#187; en &#233;change de la discr&#233;tion de la revue. Cette discr&#233;tion politique sera par la suite reproch&#233;e par les militants homosexuels du FHAR dans les ann&#233;es 1970. Pour une histoire de la revue, voir l'ouvrage de Julian Jackson.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a id=&#034;pa44&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Concernant les condamn&#233;&#183;e&#183;s de nationalit&#233; fran&#231;aise, nous nous fondons sur la cat&#233;gorie &#171; Fran&#231;ais n&#233; en m&#233;tropole &#187; qui est renseign&#233;e entre 1953 et 1978 &#224; laquelle nous avons agr&#233;g&#233; les cat&#233;gories &#171; N&#233; en Afrique du nord non musulman &#187; (renseign&#233;e de 1953 &#224; 1955, puis &#224; nouveau entre 1974 et 1978), &#171; Fran&#231;ais n&#233;s en France ou en Alg&#233;rie musulmans &#187; (renseign&#233;e de 1956 &#224; 1960), &#171; Fran&#231;ais n&#233;s dans la communaut&#233; et les d&#233;partements d'Outre-mer &#187; (renseign&#233;e de 1953 &#224; 1978) et &#171; Fran&#231;ais par naturalisation et n&#233;s &#224; l'&#233;tranger &#187; (renseign&#233;e de 1953 &#224; 1978). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a id=&#034;iso_690_FR1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gw&#233;na&#235;lle Mainsant, &#171; Comment la &#171; Mondaine &#187; construit-elle ses populations cibles ? Le genre des pratiques polici&#232;res et la gestion des ill&#233;galismes sexuels &#187;, Gen&#232;ses, 2014/4 (n&#176; 97), p. 8-25. DOI : 10.3917/gen.097.0008. URL : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-geneses-2014-4-page-8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-geneses-2014-4-page-8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gis Revenin. &#171; Jalons pour une histoire culturelle et sociale de la prostitution masculine juv&#233;nile dansla France des Trente Glorieuse s &#187;. Revue d'histoire de l'enfance &#8220; irr&#233;guli&#232;re &#8221; &lt;i&gt;Le Temps de l'histoire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2008, pp.75-95. halshs-01418790&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Est adopt&#233;e depuis la loi du 27 janvier 2017, l'article 132-77 du Code p&#233;nal pr&#233;voyant la &lt;i&gt;circonstance aggravante&lt;/i&gt; pour tous les crimes et d&#233;lits LGBTphobes punis d'une peine d'emprisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TOP 10 des commentaires gays pro-police</title>
		<link>https://trounoir.org/TOP-10-des-commentaires-gays-pro-police</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/TOP-10-des-commentaires-gays-pro-police</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Police</dc:subject>
		<dc:subject>TOP 10</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Les musulmans lgbt vont t ils &#234;tre du corretege ? &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Police-+" rel="tag"&gt;Police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-TOP-10-+" rel="tag"&gt;TOP 10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton162.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but juin, &lt;a href=&#034;https://tetu.com/2021/06/03/paris-gay-pride-2021-flag-police-marche-fiertes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le magazine T&#234;tu publiait un article annon&#231;ant l'absence exceptionnelle de FLAG&lt;/a&gt; (association de policiers LGBT) &#224; la prochaine Marche des fiert&#233;s de Paris. En effet, celle-ci ayant choisi de s'&#233;lancer depuis Pantin en Seine-Saint-Denis, &#171; des quartiers o&#249; les policiers ne sont pas toujours les bienvenus &#187;, selon Johan Cavirot pr&#233;sident du FLAG. A cela s'ajoute la crainte d'une &#034;menace terroriste&#034;, les mesures sanitaires, et le fait que le police a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; assez &#034;&#233;prouv&#233;e&#034; ces derniers fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour rire, voici un floril&#232;ge des commentaires facebook de la page T&#234;tu les plus pro-police r&#233;agissant &#224; cet article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends l'intention mais regrette profond&#233;ment ce nouveau recul face aux racailles. On est l&#224; pour les museler voir leur faire rendre gorge. La peur doit changer de camp de mani&#232;re radicale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#202;tre policier et gay cela et naturelle chacun vie &#231;a vie point bard &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pas du tout la gay pride n'a jamais &#233;t&#233; politiser d&#232;s le d&#233;but . C'est des f&#233;ministes organiser la premi&#232;re gay pride et bien d'autres &#224; Paris et sur tout le territoire fran&#231;ais . Je sais de quoi je parle . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les indig&#233;nistes qui ont noyaut&#233;s les associations lgbt sont un cancer pour nos associations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; vous n'avez jamais assist&#233; a l'agression de Flag par les militants gays d'extreme gauche ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Totale solidarit&#233; avec le syndicat des Policiers LGBT et des Policiers sympathisants LGBT c'est eux qui sont en premi&#232;re ligne pour faire une &#233;volution des &#233;tats d'esprit dans leur profession. La marche des fiert&#233;s doit &#234;tre inclusive c'est &#231;a raison d'&#234;tre, aucun LGBT ou aucune association doit faire pression sur d'autres LGBT ou sympathisants LGBT pour ne pas venir ou point d'un renoncement de participation, c'est une d&#233;rive sectaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils n'ont surtout pas vraiment le choix &#224; cause des gens d extr&#234;me gauche qui appellaient &#224; manifester contre le fait qu'ils soient dans le cort&#232;ge.. Pauvre France.. On va de reculades en recullades. Les associations lgbtqia+ gangr&#232;n&#233;es par l extr&#234;me gauche ont au final fait passer notre mouvement de bienveillance et de tol&#233;rance &#224; un mouvement sectaire.. Qui ne tol&#233;re que ses id&#233;es de cancel culture.premi&#232;re ann&#233;e depuis 30 ans que Je ne participerais pas &#224; une pride car elle ne me ressemble plus.. Et je ne suis pas le seul. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les musulmans lgbt vont t ils &#234;tre du corretege ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; alors ta cancel culture tu sais o&#249; tu peux te la fourrer ? Et bien profond &#231;a te changera peut &#234;tre les id&#233;es. Avec des gens comme toi je suis m&#234;me pr&#234;t &#224; faire une contre manifestation.. Faut arr&#234;ter de rendre les gens cingl&#233;s avec vos soit disant privil&#232;ges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes . Il faut simplement suivre les infos du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur c'est tout . Et j'ai des amis avocat qui d&#233;fendent nos droits . Mais chut il faut rien dire car la r&#233;alit&#233; fait peur. Mais ce qu'ils subissent le disent bien , et ceux qui se retrouvent dans les m&#233;dias &#231;a parle bien qui tabasse les homosexuels . J'ai eu quelques amis aussi qui se sont fait tabasser et comme par hasard c'est des gens qui sont musulmans . Apr&#232;s &#231;a vous regarde de vous de dire que c'est des personnes de la religion chr&#233;tienne . &#194;ge a lui aussi oubli&#233; c'est aussi des homo de confession musulmane qui tape aussi des homo car ils sont pas bien dans leur peau , avant c'&#233;tait des homo d'origine bien fran&#231;ais qui n'&#233;tait pas bien dans leur peau qui tabasse et les homos , maintenant il y a les deux . &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>28 jours - (Nique la) Pr&#233;face Collective</title>
		<link>https://trounoir.org/28-jours-Nique-la-Preface-Collective</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/28-jours-Nique-la-Preface-Collective</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;d&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je r&#234;ve du jour o&#249; toutes les folles &#233;criront des livres&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pede-+" rel="tag"&gt;P&#233;d&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Lecture-+" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton163.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://terrasses.net/index.php/2020/12/10/cycle-ecriture-contemporaine-et-collective-1-28-jours-de-l-bigorra/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;28 jours&lt;/i&gt; est le premier roman&lt;/a&gt; d'un &#233;crivant p&#233;d&#233; fabriqu&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 2010 au moment o&#249; il prend un traitement post-exposition VIH. Ce texte explore les sexualit&#233;s p&#233;d&#233;es, la question du SIda, de la vie urbaine, du sexe, de l'assimilation des minorit&#233;s dans le monde contemporain &#224; l'&#232;re post-sida en Occident dans un style romanesque brut, sans cesse &#224; la limite de la po&#233;sie. &lt;i&gt;28 jours &lt;/i&gt; ouvre un cycle d'&#233;criture contemporaine et collective (Fatou S., L. Juniper, L. Bertrand&#8230;) port&#233;e par les &#233;ditions Terrasses en 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'ensemble qui suit, nous avons rassembl&#233; la parole de camarades, que leur mots, leurs tripes et leurs fonds et formes puissent investir l'espace de la pr&#233;face. Radicalement occup&#233;e par les sachant.e.s, par les valid&#233;.e.s de l'institution, ce petit territoire du livre, nous allons le rendre au reste du monde, un monde qui ne dit pas son nom et ne revendique ni d&#233;sir de projecteur, ni une place sur un podium, juste une volont&#233; que ses choix, ses phrases, ses souffles existent parmi ceux des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Au d&#233;but, il y a la peste. On m&#233;conna&#238;t encore le lieu et la date exacte de son apparition. On imagine que vers 1920, en Afrique Centrale ou de l'Ouest, un virus simien aurait mut&#233; et, traversant les barri&#232;res entre les esp&#232;ces, aurait contamin&#233; les hommes. Un singe aurait probablement mordu un chasseur de viande de brousse, lequel aurait &#233;t&#233; vaccin&#233; dans un h&#244;pital de L&#233;opoldville avec des seringues mal st&#233;rilis&#233;es, lesquelles auraient &#233;t&#233; utilis&#233;es avec d'autres personnes, lesquelles auraient remont&#233; le fleuve Congo jusqu'&#224; la c&#244;te Atlantique. Gr&#226;ce aux progr&#232;s des transports, le virus est parvenu vers 1960 &#224; Ha&#239;ti. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il a atterri en Am&#233;rique du Nord et d&#233;barqu&#233; en Europe, dans le sang, les muqueuses et le sperme d'un marin norv&#233;gien ou peut-&#234;tre d'un steward canadien, qui aurait eu plus de 2500 rapports sexuels avec d'autres hommes qui auraient eu plus de 2500 rapports avec d'autres hommes qui auraient eu plus de 2500 rapports avec d'autres hommes. La communaut&#233; homosexuelle naissante a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;e ; les utilisateurs de drogues injectables, les patients transfus&#233;s et les travailleuses du sexe aussi. On parlait des maladies des quatre h(aches) : Ha&#239;tiens, homosexuels, h&#233;mophiles, h&#233;ro&#239;nomanes. On parlait aussi de cancer gay, de peste rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Au d&#233;but, alors, il a la terreur : la terreur de contracter la peste. Cette terreur a frapp&#233; les hommes attir&#233;s par d'autres hommes qui ont d&#233;couvert leur sexualit&#233; entre les ann&#233;es 1980 et 2000. Au d&#233;but, il n'y avait pas de traitement. &#202;tre contamin&#233; par le VIH revenait &#224; signer son certificat de d&#233;c&#232;s. Cette terreur a transform&#233; de fond en comble les pratiques sexuelles, tra&#231;ant une ligne entre le safe sexe et le sexe &#224; risque. Le sperme est devenu un fluide qui donnait la mort, et le rectum, une tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Au d&#233;but, aussi, il y a la science. En 1983, on d&#233;couvre le virus &#224; l'institut Pasteur (&#224; cette &#233;poque l'institut Pasteur avait une existence). On lui a donn&#233; un nom passablement laid : VIH. On a mis au point les premiers tests de diagnostic s&#233;rologique. On a essay&#233; des m&#233;dicaments qui &#233;taient parfois plus pernicieux que la maladie elle-m&#234;me, avec des effets secondaires tr&#232;s lourds, parfois d&#233;vastateurs. Comme toujours, la science a fait des progr&#232;s et les laboratoires ont centupl&#233; leurs chiffres d'affaires. Vers le milieu des ann&#233;es 1996, on a associ&#233; plusieurs mol&#233;cules qui bloquaient la multiplication du virus, mais ne parvenaient pas &#224; l'&#233;radiquer compl&#232;tement de l'organisme. Mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; pas mal. Maladie mortelle, le VIH est devenu une maladie chronique, comme le diab&#232;te, l'asthme ou le cholest&#233;rol. On a oubli&#233;, on a tourn&#233; la page et on est pass&#233; &#224; une autre peste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- A l'origine de 28 jours, il y a la peste, la terreur et la science. Apr&#232;s une nuit fauve, le protagoniste se rend aux urgences de l'h&#244;pital Saint-Antoine pour demander un TPE, un &#171; traitement post-exposition &#187;. Cette petite pilule, ingurgit&#233;e tous les matins ou soirs pendant vingt-huit jours, &#233;vite la contamination aux s&#233;ron&#233;gatifs ayant &#233;t&#233; expos&#233;s au virus. 28 jours est le journal de cette exp&#233;rience qui noue le sexe et l'amour, les voyages et l'amiti&#233;, la politique et la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- La o&#249; il y a une peste, il y a toujours une histoire &#224; raconter pour se distraire, pour ne pas oublier et pour tromper la mort qui vient nous chercher. En suivant les traces d'Herv&#233; Guibert, Cyril Collard ou Guillaume Dustan, L. Big&#242;rra raconte la sienne. Mais cette fois, ce n &#8216;est pas l'auto-bio-patho-graphie de quelqu'un frapp&#233; par un mal incurable, qui d&#233;crirait la proximit&#233; inexorable de la fin. 28 jours donne la parole &#224; des s&#233;ron&#233;gatifs, au moment o&#249; l'on trouve un traitement pr&#233;ventif qui permet de r&#234;ver de nouveau, sans craintes, de la backroom &#224; ciel ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Etc.&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un pays&lt;br class='autobr' /&gt;
Le journal d'une fugue&lt;br class='autobr' /&gt;
Des vertiges &#224; sucer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un r&#233;cit&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fuite en avant&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; tu te jettes comme d'autres sautent d'un pont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une esth&#233;tique de l'errance, &lt;br class='autobr' /&gt; une esth&#233;tique de l'erreur, &lt;br class='autobr' /&gt; une esth&#233;tique de la marge,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la d&#233;route d'une bite avec un mec autour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps chauds, bouche froide&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu cumules,&lt;br class='autobr' /&gt;
les s&#233;ances de baises en enfilade, successions de petites morts, dans lesquelles tu d&#233;rives jusqu'au bout du d&#233;compte&lt;br class='autobr' /&gt;
28 jours et puis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de l'innocence, la mort de l'enfance,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le trop plein int&#233;rieur qui d&#233;borde et cr&#232;ve la surface,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa langue &#224; lui qui mord le mot &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa langue &#224; lui qui tord la phrase&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa langue qui l&#232;che jusqu'&#224; la derni&#232;re fibre de l'intime&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa langue dans LA langue&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;crit comme d'autres lancent des couteaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il essore son c&#339;ur dans ton cul&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses cris dans ta gorge&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa peur dans ton ventre&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est doux mais c'est vici&#233;, tu comprends pas, c'est tendre et &#231;a te tue &#224; petit feu ;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'existence, les sensations de vie, c'est jaillir d'un coup et puis passer le temps qui reste &#224; mourir,&lt;br class='autobr' /&gt;
En combien d'ann&#233;es tu parviens &#224; crever,&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pas un d&#233;tail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;alors tu prends le texte, tu t'y confrontes, l'index tremp&#233; tu tournes les pages, rebais&#233; peut-&#234;tre mais tu le sais pas,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu prends le texte, &lt;br class='autobr' /&gt;
et en dedans ,&lt;br class='autobr' /&gt;
soudain,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est tout comme rouler en caisse et appuyer &#224; fond sur l'acc&#233;l&#233;rateur, &lt;br class='autobr' /&gt;
rouler, &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours errer,&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours plus fort et toujours plus vite,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que les cadavres d'insectes giclent sur ton pare-brise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit la libert&#233; se gagne dans l'anarchie, la libert&#233; c'est l'histoire dans l'histoire, la libert&#233; c'est s'affranchir de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en toi &#231;a palpite, le soul&#232;vement est viral, enfin tu peux l'embrasser tu peux en jouir tu peux&lt;br class='autobr' /&gt;
TOUT ACCUEILLIR, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tourbillon de vuln&#233;rabilit&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
les rencontres avides, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ennui,&lt;br class='autobr' /&gt; l'amour-la crasse,&lt;br class='autobr' /&gt;
la grande m&#233;lasse de tr&#233;buchements, &lt;br class='autobr' /&gt;
les questionnements,&lt;br class='autobr' /&gt;
la gr&#226;ce, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le coup de feu est tir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une procession flamboyante de branleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
Br&#251;le comme un brasier idiot&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bouquets de braguettes tendres&lt;br class='autobr' /&gt;
Et brillent dans la nuit chaude&lt;br class='autobr' /&gt;
Les corps botaniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des oiseaux perch&#233;s, Cr&#233;teil Amazone. Toundra Val de Marne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta bouche crev&#233;e de lumi&#232;re dure&lt;br class='autobr' /&gt;
Avale joyeuse les rues humides&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bitume chaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Et renverse intarissable le pli creux des boulevards.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les corps, nos corps aimaient ce territoire conquis &#224; la sueur du cul et de la bite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta bite des d&#233;combres&lt;br class='autobr' /&gt;
Insolente de verdeur&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;borde friable des p&#233;riph&#233;ries&lt;br class='autobr' /&gt;
Et projette des &#238;les plein soleil de calcaire dur&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; br&#251;lent les cl&#233;matites &lt;br class='autobr' /&gt;
Les saillies de rocaille blanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les corps sont lourds, les bites sont dures, le d&#233;sir ne s'arr&#234;te jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu bandes comme les fleurs sont fragiles&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les pans de murs en ruine&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'odeur v&#233;g&#233;tale des lisi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La marge, allonge toi dans la marge et s&#232;che. D&#233;sir et pyramide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan d&#233;pliant tes d&#233;sirs&lt;br class='autobr' /&gt;
Les talus les palissades &lt;br class='autobr' /&gt;
Les tra&#238;n&#233;es de banlieue r&#233;sidentielle&lt;br class='autobr' /&gt;
Obstin&#233;e profuse ta bite&lt;br class='autobr' /&gt;
Des lieux vagues &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour des romances nouvelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faut bander sinon &#224; quoi bon lutter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu erres estival &lt;br class='autobr' /&gt;
D'arbuste en asphalte&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre les lotissements les palmiers&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour d&#233;plier le territoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Tracer les rep&#232;res d'une ville souterraine&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;langer nos salives dans les herbes folles&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ripisylves les cl&#244;tures&lt;br class='autobr' /&gt;
Se branler de partout &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249; &#231;a sent l'humide et la ruine &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ailantes et la pisse&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta bouche submersible un paradis.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a avanc&#233; comme &#231;a dans l'univers, la main dans le pantalon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu bandes dur dans la broussaille&lt;br class='autobr' /&gt;
Les massifs de foutre parfum&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les palais de banlieues&lt;br class='autobr' /&gt;
Buffalo Grill ton cul&lt;br class='autobr' /&gt;
Bouleversante ta bite&lt;br class='autobr' /&gt;
Ville fleurie 4 &#233;toiles &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le mamelon herbeux du rond-point&lt;br class='autobr' /&gt;
Un royaume de pelouse rase.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais plus comment &#234;tre un p&#233;d&#233; qui encule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre devoir, n&#233;cessit&#233; et jet&lt;br class='autobr' /&gt;
dans cette nouvelle faille th&#233;orico-politique qu'on peut ENFIN tenir dans nos mains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la po&#233;sie peut imposer&lt;br class='autobr' /&gt;
sexe-drogue-folie contemporaine&lt;br class='autobr' /&gt;
Au raisonnement qui fait sortir de l'ombre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule elle casse les lectures qui sommeillent au plus profond des cellules viriles qui inonde mon tissu m&#226;le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENFIN&lt;br class='autobr' /&gt;
comprendre non pas le go&#251;t d'une bite&lt;br class='autobr' /&gt;
mais le sens d'un nouveau paradigme qui peut sauver&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en charger, par le style,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme on charge sa t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
Chab rassi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans se so&#251;ler, justement, sans for&#231;age&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme vivre l'extase sans avoir &#224; jouir selon la norme&lt;br class='autobr' /&gt;
sans se salir forc&#233;ment, mais avec du sale qui n'est rien d'autre que le r&#233;el refusant le lustre corrompu&lt;br class='autobr' /&gt;
sans obligations mais par l'extase transmise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre alors, au fond l'important :&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ali&#233;nation d'une culture structurellement violente qu'on vomit de partout et qu'on nettoie de tous les fluides &#224; notre port&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la folie libre du corps libre et de l'&#233;criture collective&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin un hommage dans un ascenseur, une rue&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin un hommage car le vers est prose et devient accessible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la po&#233;sie peut ENFIN m'aider &#224; faire rimer pd et paradigme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENFIN comme un souffle d'apaisement&lt;br class='autobr' /&gt;
comme un poids qui part&lt;br class='autobr' /&gt;
comme un style qui na&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
et cette haine visc&#233;rale pas facile &#224; cultiver d'un culte de la personnalit&#233; qu'attise le capital et sa cohorte &#233;crivante et savante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENFIN ce SALE qui donne envie&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il lib&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt; sans salir qui que ce soit, sinon peut &#234;tre le bourgeois (mais bon&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il fait na&#238;tre l'inqui&#233;tude l&#224; o&#249; il pose son cul (ou ses burettes), ou autre chose de lui on s'en fout au final, &lt;br class='autobr' /&gt;
ses mots !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un poids enfin qui s'envole&lt;br class='autobr' /&gt;
pour enfin voir l'humain &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui des marges qui se renouvellera toujours plus vite que les sales cellules viriles des pouvoirs en tous genres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;analcronike&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y'a des Corps L&#233;gitimes&lt;br class='autobr' /&gt;
qui peuvent ouvrir leur Bouche&lt;br class='autobr' /&gt;
qui peuvent Parler &lt;br class='autobr' /&gt;
qui peuvent &#201;crire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y'a des corps que la vie a tabass&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
et comme j&#233;sus&lt;br class='autobr' /&gt;
ont appris &#224; tendre l'autre fesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y'a des corps &#224; la gueule cass&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
qui chaque jour tous les jour&lt;br class='autobr' /&gt;
oublient jamais qu'ils sont en guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y'a des corps que chaque jour tous les jours&lt;br class='autobr' /&gt;
aiguisent &lt;br class='autobr' /&gt;
ses ongles sa langue ses genito&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y'a des corps qui de la douleur font pousser des armes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y'a des corps ill&#233;gitimes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; qui on a ferm&#233; la bouche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais ils ont ouvert leur culs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ils porte fi&#232;rement leur marque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T x R x A x I x T x R x E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 jours c'est un apr&#232;s-midi au soleil avec L. Big&#242;rra&lt;br class='autobr' /&gt;
les aventures d'une p&#233;dale qui n a pas le temps&lt;br class='autobr' /&gt;
qui doit tracer dans cette vie &lt;br class='autobr' /&gt;
de business pute de l'ACAB industry&lt;br class='autobr' /&gt;
qui doit tout transformer en litt&#233;rature&lt;br class='autobr' /&gt;
seigneur des anus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 jours c'est L. Big&#242;rra&lt;br class='autobr' /&gt;
folle&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#234;nante&lt;br class='autobr' /&gt;
de trop dans un entourage qui pr&#233;f&#232;re la cacher&lt;br class='autobr' /&gt;
l'enfermer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je r&#234;ve du jour &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; toutes les folles &#233;criront des livres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je r&#234;ve du jour&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; toutes les rues porteront le nom des putes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je r&#234;ve du jour&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le dessus descende&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les trous s &#233;changent&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les corps qui utilisaient le trou du cul ouvrent leur bouche&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les corps qui utilisaient leur bouchent ouvrent leur trou du cul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je r&#234;ve du jour&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les trous interchang&#233;s articulent ensemble un cri de rage et de jouissance&lt;br class='autobr' /&gt;
un chant dysphonique de sir&#232;nes d&#233;form&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
qui noient la normalit&#233; g&#233;nocide&lt;br class='autobr' /&gt;
dans leur fluides puants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les folles&lt;br class='autobr' /&gt;
les putes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les g&#234;nantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;faut les entendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;faut se noyer dans leurs fluides&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les putes sont encore ill&#233;gales&lt;br class='autobr' /&gt;
les folles sont encore enferm&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
l'humanit&#233; est un jeu de domestication&lt;br class='autobr' /&gt;
L. Big&#242;rra est un sale tra&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;28 jours&lt;/i&gt; de L. Big&#242;rra &#8211; en librairie le 25 juin 2021&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://terrasses.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Editions Terrasses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/?Ioshua-une-poesie-punk-et-pede&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ioshua - une po&#233;sie punk et p&#233;d&#233;e&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/?Los-Putos-Entretien-avec-les-editions-Terrasses&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Los Putos - Entretien avec les &#233;ditions Terrasses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps queer</title>
		<link>https://trounoir.org/Le-temps-queer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Le-temps-queer</guid>
		<dc:date>2021-06-27T20:51:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Irene Silt</dc:subject>
		<dc:subject>Travail du sexe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Travailleuse et marchandise &#224; la fois - Ir&#232;ne Silt&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-SEIZE-" rel="directory"&gt;SEIZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Recit-+" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Irene-Silt-+" rel="tag"&gt;Irene Silt&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Travail-du-sexe-+" rel="tag"&gt;Travail du sexe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton164.jpg?1731403044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Irene Silt est une travailleuse du sexe qui &#233;crit sur le pouvoir, la haine du travail, la joie et la d&#233;viance. Dans une s&#233;rie de textes recueillis sous le titre L'heure de passe (The tricking hour), elle d&#233;fend le droit d'&#234;tre pute en d&#233;pit de la politique r&#233;pressive men&#233;e par la ville de la Nouvelle-Orl&#233;ans ; fermetures successives des clubs de striptease et descentes de polices sont le lot quotidien des habitant.e.s du &#034;French quarter&#034; o&#249; exercent de nombreuses travailleuses du sexe. Son &#233;criture explore la prostitution dans toutes ses dimensions existentielles et politiques. Nous avons dans le dernier num&#233;ro publi&#233; le texte &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?L-heure-de-passe&#034;&gt;L'heure de passe&lt;/a&gt;, issus du receuil homonyme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous pensez qu'en me prostituant, je vends mon corps ? Que je me transforme, que je compartimente mon identit&#233; pour devenir straight, devenir femme, pour devenir (au moins une fois par jour) quelque chose d'autre quand je suis en relation avec d'autres corps ? Vous croyez que je performe cela plus que vous ? Que je mens ? La propagande contre le trafic du sexe qui suinte des messages d'int&#233;r&#234;t public, emp&#234;che tout t&#233;moignage de premi&#232;re main sur le travail du sexe et fait taire l'opposition au son du cri &#171; sauvez les enfants &#187;. Cela soul&#232;ve plusieurs probl&#232;mes, celui de mon lieu de travail, qui n'est autre que mon corps dont je suis rarement s&#233;par&#233;e, et celui de mon corps qui n'est jamais compl&#232;tement mien. Mon corps est mon usine. Travailleuse et marchandise &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'essaie d'&#233;crire que je suis gay, je pense &#224; toute ma vie si enti&#232;rement que je ne peux pas en former une phrase. &#202;tre gay est quelque chose qui me constitue profond&#233;ment, autant que la forme litt&#233;rale de mon corps. C'est une part intrins&#232;que et fondamentale de moi-m&#234;me. Cependant mon homosexualit&#233;, comme le reste de ce que je suis, est faite de flux, constitu&#233;e par moi-m&#234;me mais aussi par des forces ext&#233;rieures &#8212; que d&#233;finissent les normes culturelles et les attentes, les projections et les assomptions des autres &#224; mon sujet, la confrontation aux institutions punitives comme &#224; celles du bien-&#234;tre. Mon homosexualit&#233; importe donc peu, elle se fait et se d&#233;fait, prise dans l'incessant mouvement que je vis au contact du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes sentiments sont les m&#234;mes quand je travaille. Je ressens les choses de la m&#234;me mani&#232;re : je ressens la bite que je baise ; j'&#233;prouve du plaisir et de la douleur ; j'&#233;prouve de l'empathie et de la rage. Je me sens gay. Parfois, je suis si intens&#233;ment moi-m&#234;me que je glisse dans un &#233;tat de vuln&#233;rabilit&#233; et m'expose comme la lesbienne que je suis toujours. Peu importe qui je baise et pourquoi. Un homme me demandera : as-tu souvent envie de faire du sexe avec des femmes ? Quels sex-toys utilises-tu ? Est-ce que tu es toujours comme &#231;a ? Je plains ces hommes qui se tiennent hors de l'inconnu queer, qui voient les femmes comme des &#234;tres biologiques, des cat&#233;gories statiques. Les femmes font l'amour avec tout leur corps. Quand je baise avec une femme, je ressens mon corps plus puissamment et j'aspire tant au sien que le monde entier s'&#233;croule dans ma chatte. Je suis pleine. Enroul&#233;e en moi-m&#234;me, consomm&#233;e par un plaisir qui d&#233;tricote le besoin que j'ai d'un moi solide, mon identit&#233; se brise car je suis r&#233;duite au continuum sensoriel de mon corps, d&#233;faite. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conservatisme de certaines femmes sur la question du travail du sexe est compr&#233;hensible. Ces femmes &#233;changent souvent du sexe contre des choses moins tangibles que l'argent, comme le capital social et la proximit&#233; avec le pouvoir des hommes par exemple. C'est parce que ces actes sexuels sont perform&#233;s sous l'apparence ou dans la r&#233;alit&#233; d'un d&#233;sir mutuel, qu'ils sont moins ouverts &#224; la n&#233;gociation. Il m'arrive aussi d'avoir des rapports sexuels avec des amis mecs, par amour et par attirance &#224; la fois. Mais faire l'amour avec des hommes est toujours un travail : h&#233;t&#233;ro ou gay, pay&#233; ou non. Plus j'&#233;change ces performances d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et de plaisir pour de l'argent, plus je relie directement ces exp&#233;riences &#224; leurs valeurs multiples. L'&#233;change d'argent ouvre un espace de possibilit&#233;s pour des exp&#233;riences sexuelles que votre partenaire ne d&#233;sirerait peut-&#234;tre pas sinon, car les travailleuses du sexe ne font pas de discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essayiste Pat Califia situe les travailleuses du sexe dans le domaine du sexe d&#233;viant et qui ne s'excuse pas de l'&#234;tre. Homosexualit&#233; et prostitution continuent tous deux &#224; r&#233;sister &#224; l'ordre social : reproduction, amours monogames h&#233;t&#233;ro-romantiques, puret&#233; et citoyennet&#233;. Le sexe comme profession, me rend plus homo que je ne me sens quand je glisse mon poing dans les orifices de mes amant.e.s. Je veux que vous connaissiez ce sentiment, lorsque vous ne vous heurtez pas simplement &#224; l'autre mais que vous vous int&#233;grez &#224; son noyau. Mes amantes font impression sur moi, tout comme je fais impression sur elles. L'identit&#233; s'effrite. L'identit&#233; tombe quand on accepte si brutalement que nos corps soient en relation l'un avec l'autre. Elle se reconstitue cependant aussit&#244;t que je sors dans la rue, forc&#233;e d'incarner ce pour quoi l'on me reconna&#238;t. Mon homosexualit&#233; n'est pas solidifi&#233;e par la fa&#231;on dont je m'identifie, mon apparence, les personnes qui m'aiment. Elle ne peut pas &#234;tre articul&#233;e, seulement ressentie de mani&#232;re r&#233;elle et constante. &#199;a ne peut pas &#234;tre bais&#233; en moi ou hors de moi. Ce n'est pas une identit&#233;, mais une perturbation de l'identit&#233; elle-m&#234;me. C'est le plaisir sans limite que les putes offrent, les salopes-sans-engagement qui se d&#233;placent dans les r&#233;seaux criminels souterrains, exposant les fictions qui gouvernent la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours navigu&#233; dans des mondes diff&#233;rents, travers&#233; de nombreuses vies. Cela semble &#234;tre une banale exp&#233;rience queer, ou criminelle, n&#233;e d'un d&#233;sir d'autonomie et de communaut&#233;. Ces mondes et ces vies se sentent sans cesse en concurrence semblent concurrents, sans d&#233;but ni fin. La classe des &#233;pouses et des m&#232;res ne peut pas reconna&#238;tre celle des putes et laisse ainsi les travailleuses domestiques dans une situation d'&#233;garement et d'exploitation &#233;conomique tout en maintenant pour elles-m&#234;mes un semblant d'apparence straight. La m&#232;re et la femme qui sont aussi des putes incarnent un r&#233;seau de secrets d'autant plus intense qu'elles subviennent aux besoins de leurs familles en supplantant une &#233;conomie construite pour le profit des hommes. En d&#233;pit de ce qu'elles accomplissent industrieusement, elles sont d&#233;nigr&#233;es comme putes, criminelles pay&#233;es pour les m&#234;mes actions qu'elles r&#233;alisent &#224; la maison. Le th&#233;oricien social Michel Foucault &#233;crit, &#034;La criminalisation de l'&#233;change du sexe avec une prostitu&#233;e est un autre moyen par lequel l'&#201;tat d&#233;truit les formes alternatives de sexualit&#233;. Ce n'est pas moi faisant untel qui est une menace, puisque cela contribue &#224; pr&#233;server l'institution du mariage.&#034; C'est plut&#244;t l'&#233;change d'argent et la forme de vie (ainsi que l'autonomie et la mobilit&#233; qui les accompagnent) qui ne peuvent pas &#234;tre tol&#233;r&#233;s. La criminalisation du travail du sexe a en partie pour but de tenir les putes &#224; distance des femmes mari&#233;es (deux femmes qui baisent le m&#234;me homme selon des termes bien diff&#233;rents). La possibilit&#233; que ces deux classes se rencontrent r&#233;v&#232;le la contingence des femmes qui ne demandent pas de r&#233;tribution pour le sexe, le soin, le soutien &#233;motionnel, pour tout le travail reproductif dont le capital d&#233;pend. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de savoir quelle est la perturbation, quelle est l'activit&#233; criminelle dans laquelle je suis la plus investie : &#234;tre queer ou &#234;tre pute. J'ai soif d'une conspiration qui r&#233;girait les deux, harmonieuse, d&#233;sirante, sans limite&#8212; ou le sentiment est tout, l'ennui et le travail, rien. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis jur&#233;e de ne jamais volontairement sortir de mon corps au travail (en d'autres termes, d'arr&#234;ter intentionnellement de dissocier). Bien que, d'un autre c&#244;t&#233;, je sache que je ne peux pas non plus sortir de la prostitution pendant le reste de ma journ&#233;e. Je me demande si je suis plus proche ou plus loin du rejet de l'usine universelle (l'omnipr&#233;sence de notre travail, de ton travail). La mani&#232;re dont avoir un travail nous transforme en objets de moindre existence, en commodit&#233;s. Tout comme d'autres, je suis d&#233;sorient&#233;e par la multiplicit&#233; des signifiants que je porte/ Qui m'entoure ? (souvent genr&#233;s par l'apparence que n&#233;cessite mon travail, je suis salu&#233;e par mes potes comme femme &#224; cause de ma peau soyeuse et de la pile de mes produits capillaires haut-de-gamme. Mes amant.e.s h&#233;sitent &#224; me toucher pour &#233;viter de me rappeler quelques inconnu et suppos&#233; trauma. Je finis par &#234;tre plus d&#233;sorient&#233;e par l'impact du travail du sexe sur le reste de ma vie que par l'absurde performance de f&#233;minit&#233; et le fait de coucher avec des hommes cis pour le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail ordonne le reste de notre vie : nos matins, nos vacances, nos achats, ce que nous lisons, ce qui nous int&#233;resse, le sexe et le plaisir, nos maisons, la nuit. M&#234;me hors de mes heures, mon cerveau carbure entre deux et quatre heures du matin, parce que ce sont les meilleures heures pour vendre des carr&#233;s VIP. L'usine est l'espace et le temps de notre subsistance journali&#232;re. Les mouvements r&#233;p&#233;titifs et la suppression des &#233;motions au club de strip tease peuvent &#224; tout moment devenir davantage miens que ceux qui requi&#232;rent que je me reproduise moi-m&#234;me pour bouger d'une certaine fa&#231;on tout la nuit. Br&#251;lez l'usine ! R&#233;appropiez vous les moyens de production ! Est-ce que ce lieu n'est pas aussi ma bouche qui mange, mes mains qui tirent la chasse d'eau, mes hanches qui se pressent contre mes amant.e.s ? Je veux que toutes les putes chuchotent des id&#233;es dans mon oreille : notre propre plateforme de publicit&#233;, nos propres clubs, nos propres maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si mon corps est mon lieu de travail, il offre des possibilit&#233;s permanentes de sabotage. Souvent je reste immobile dans mon rejet de l'usine &#233;ternelle. Je ne peux pas d&#233;crire ad&#233;quatement le plaisir de l'oisivet&#233; qui est est de l'autre c&#244;t&#233; du travail, lorsque j'enfile le dos boutonn&#233; de ma copine dans la loge d'un club de strip-tease, ou lorsque je suis allong&#233;e nue dans un lit d'h&#244;tel, apr&#232;s avoir termin&#233; mon travail mais dans les m&#234;mes draps. Mon plus grand plaisir c'est d'&#234;tre avec d'autres travailleuses du sexe et nos proches, de r&#234;ver et de nous pr&#233;parer &#224; r&#233;volutionner la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irene Silt, 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit par Yoann X&lt;br class='autobr' /&gt;
illustrations &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/tinylittlehappy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Happy Burbeck&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La version originale de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;e dans Tripwire, un journal consacr&#233; aux exp&#233;rimentations po&#233;tiques, artistiques et politiques radicales contemporaines &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
