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		<title>Proust br&#251;lait-il des cal&#232;ches ? </title>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'ascenseur social d&#233;traqu&#233; de Marcel Proust&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton142.jpg?1731403042' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s l'avoir longtemps m&#233;pris&#233;, la culture fran&#231;aise d'&#201;tat a fini par faire de Proust le produit le plus luxueux de sa vitrine litt&#233;raire. Cette nationalisation de l'&#233;crivain (pourtant juif &#224; l'&#233;poque de Dreyfus, pourtant homosexuel dans une France catholique) s'est accompagn&#233;e de son assimilation &#224; la classe dominante. Proust serait l'&#233;crivain bourgeois par excellence. S'il y a toutefois une tradition litt&#233;raire dans laquelle il s'inscrit, c'est bien, n'en d&#233;plaise &#224; Gallimard, celle de la haine de la bourgeoisie. En voici le mobile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les lieux de drague et de cruising du Paris sale et glamour de la Belle &#201;poque, Proust a fr&#233;quent&#233; des hommes de toute classe sociale. Si son exp&#233;rience homosexuelle lui a ainsi permis de d&#233;passer l'horizon &#233;troit dont il &#233;tait issus, cette d&#233;viance vis-&#224;-vis de la norme bourgeoise a &#233;galement contribu&#233; &#224; lui forger une sensibilit&#233; &#224; la cause ouvri&#232;re et aux id&#233;es socialistes qui irrigue souterrainement toute son &#339;uvre. L'univers que d&#233;crit Proust est un monde caract&#233;ris&#233; par les vicissitudes de l'histoire et la vanit&#233; de la soci&#233;t&#233; de classe. La &lt;i&gt;R&lt;/i&gt;&lt;i&gt;echerche du temps perdu &lt;/i&gt;est d&#232;s lors une tentative de d&#233;couverte de la v&#233;rit&#233; et de la logique des &#233;v&#233;nements par-del&#224; leur absurdit&#233;, un essai de r&#233;cup&#233;ration spirituelle du pass&#233; contre le temps ali&#233;n&#233; auquel nous sommes soumis. Son dessein est de r&#233;aliser, gr&#226;ce &#224; l'art, au niveau subjectif, psychique, ce que le mouvement ouvrier et anarcho-syndicaliste de son temps, nombreux et organis&#233;, a cherch&#233; &#224; accomplir &#224; l'&#233;chelle sociale et historique : une rupture compl&#232;te avec l'histoire de la soci&#233;t&#233; de classe et une bifurcation vers un autre monde. Le texte qui suit sugg&#232;re quelques pistes pour explorer cette affinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_399 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1-2.jpg?1731402992' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les clivages de la conscience domestique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des personnages proustiens les plus int&#233;ressants pour aborder les logiques de classe &#224; l'oeuvre dans la &lt;i&gt;Recherche &lt;/i&gt;est assur&#233;ment Fran&#231;oise. En tant que domestique de la famille, bourgeoise, du narrateur, elle se trouve dans une position profond&#233;ment cliv&#233;e : objectivement prol&#233;taire, elle tend, comme les domestiques d'une pi&#232;ce comique, &#224; modeler sa subjectivit&#233; sur celle de ses ma&#238;tres. Ainsi, lorsque la petite famille part en vill&#233;giature &#224; la station baln&#233;aire de Balbec (Trouville), elle se montre difficile d'acc&#232;s, voire quelque peu m&#233;prisante, envers le &#171; prol&#233;tariat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot est de Proust. Voir le tome 4 de l'&#233;dition blanche (num&#233;ris&#233;e en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des employ&#233;s de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ceux qui partagent la condition de classe de Fran&#231;oise ont au premier abord du mal &#224; l'approcher parce qu'elle reproduit vis-&#224;-vis d'eux les apparences d'une distance de classe, une fois conquise, elle est au contraire pr&#234;te &#224; favoriser ses comp&#232;res plut&#244;t que ses ma&#238;tres, &#171; de sorte que nous ne pouvions plus avoir d'eau chaude parce que Fran&#231;oise &#233;tait devenue l'amie de celui qui la faisait chauffer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 191.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'amiti&#233; prol&#233;tarienne est donc possible, elle est le fruit d'un privil&#232;ge, le signe d'une valeur accord&#233;e et reconnue &#224; l'autre : &#171; Les prol&#233;taires, s'ils avaient quelque peine &#224; &#234;tre trait&#233;s en personnes de connaissance par Fran&#231;oise et ne le pouvaient qu'&#224; de certaines conditions de grande politesse envers elle, en revanche, une fois qu'ils y &#233;taient arriv&#233;s, &#233;taient les seules gens qui comptassent pour elle &#187;. La &#171; grande politesse &#187; constitue ainsi l'&#233;l&#233;ment distinctif sur la base duquel une alliance de classe peut &#234;tre scell&#233;e : les valeurs bourgeoises servent de garant &#224; l'amiti&#233; prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domestique appara&#238;t ainsi comme un personnage cliv&#233;, contradictoire, coinc&#233;e qu'elle est entre la bourgeoisie et les ouvriers. Cette scission du domestique qu'analyse Proust dans le personnage de Fran&#231;oise ne s'arr&#234;te pas &#224; ses fr&#233;quentations de vacances mais organise &#233;galement sa vie morale et ses consid&#233;rations politiques. Ainsi, un peu plus loin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 7, p. 73.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que la grand-m&#232;re du narrateur est au plus mal, et qu'il voudrait que Fran&#231;oise reste aupr&#232;s d'elle, un &#171; ouvrier &#233;lectricien &#187;, avec qui la famille avait pris rendez-vous avant la maladie, sonne &#224; la porte. Le narrateur consid&#232;re qu'au vu des circonstances on peut bien le faire attendre, voire m&#234;me ne pas lui r&#233;pondre ; Fran&#231;oise estime au contraire que c'est la grand-m&#232;re qui devra attendre. Rien ne saurait en effet remettre en cause la cordialit&#233; que l'on doit avoir pour un ouvrier. Ici aussi, la norme bourgeoise de la politesse s'est int&#233;rioris&#233;e et autonomis&#233;e, au point de se retourner contre l'int&#233;r&#234;t des ma&#238;tres. Mais la d&#233;consid&#233;ration qu'elle implique envers la maladie grave d'une personne &#226;g&#233;e met Fran&#231;oise en contradiction avec ses valeurs fondamentales. La chose est encore plus frappante au niveau politique. La f&#233;tichisation de la politesse conduit Fran&#231;oise &#224; renier son pacifisme spontan&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand &#233;clata la guerre russo-japonaise, elle &#233;tait g&#234;n&#233;e, vis-&#224;-vis du czar, que nous ne nous fussions pas mis en guerre pour aider &#034;les pauvres Russes&#034; &#034;puisqu'on est allianc&#233;&#034;, disait-elle. Elle ne trouvait pas cela d&#233;licat envers Nicolas II qui avait toujours eu &#034;de si bonnes paroles pour nous&#034; ; c'&#233;tait un effet du m&#234;me code [&#8230;] qui faisait que, si pr&#232;s de la mort de ma grand'm&#232;re, la m&#234;me malhonn&#234;tet&#233; dont elle jugeait coupable la France, rest&#233;e neutre &#224; l'&#233;gard du Japon, elle e&#251;t cru la commettre, en n'allant pas s'excuser elle-m&#234;me aupr&#232;s de ce bon ouvrier &#233;lectricien qui avait pris tant de d&#233;rangement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;moire est ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Proust trouve les fondements des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et politiques tels que le soutien &#224; une guerre dans la psychologie, il utilise &#224; l'inverse la mati&#232;re du monde social pour comprendre l'int&#233;riorit&#233; et d&#233;crire les m&#233;canismes psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la m&#233;moire est con&#231;ue comme une &#171; ouvri&#232;re invisible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 2, p. 406.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rappelons d'embl&#233;e que la m&#233;moire constitue l'&#233;l&#233;ment central du roman de Proust : elle est ce qui permet au &#171; temps perdu &#187; d'&#234;tre retrouv&#233; et r&#233;appropri&#233; par le sujet &#224; travers l'art pour &#233;chapper ainsi &#224; l'action destructrice du temps objectif et de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en arriver l&#224;, c'est d&#233;j&#224; gr&#226;ce &#224; la m&#233;moire que le narrateur encore enfant, &#224; la relecture de la page d'un livre de son &#233;crivain pr&#233;f&#233;r&#233; offert par la fille dont il est &#233;pris, prend conscience que cet amour est en train de toucher &#224; sa fin. Le r&#233;el commence &#224; lui appara&#238;tre par-del&#224; la sublimation et l'id&#233;alisation amoureuses. La lib&#233;ration de cet amour, con&#231;u, comme toujours chez Proust, comme une illusion passionnelle, est le fruit d'une &#171; ouvri&#232;re inconnue &#187; qui dessine un &#171; ordre nouveau &#187;. Cette ouvri&#232;re travaille dans l'ombre du narrateur &#224; d&#233;placer la signification de ses souvenirs, &#224; donner un sens nouveau aux actions de celle dont il a jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;t&#233; amoureux. L'ouvri&#232;re, lentement, le d&#233;sesp&#232;re de l'id&#233;e qu'elle l'ait un jour aim&#233;. Et c'est gr&#226;ce &#224; ce d&#233;sespoir, qui est aussi l'or&#233;e d'un jour nouveau, que le narrateur peut lui proposer de renoncer &#224; leurs anciens rapports et de jeter les bases d'une nouvelle amiti&#233;. L'ouvri&#232;re inconnue &#171; ne laisse pas au rebut les fils arrach&#233;s et les dispose, sans souci de lui plaire et de travailler &#224; son bonheur, dans un ordre diff&#233;rent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. Citation modifi&#233;e &#224; la troisi&#232;me personne.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; l'ouvri&#232;re invisible &#187; fait implicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la femme d'Ulysse, P&#233;n&#233;lope, qui d&#233;fait chaque nuit la toile qu'elle a tiss&#233;e dans la journ&#233;e, la r&#233;p&#233;tition du nom d'&#171; ouvri&#232;re &#187;, avec le jeu de variation sur l'expression (&#171; ouvri&#232;re inconnue &#187;), indique bien que le terme n'est pas choisi au hasard. &#192; une &#233;poque o&#249; les usines sont encore dans la ville, il suffit pour quelqu'un comme Proust de lever les yeux pour constater que c'est le prol&#233;tariat qui travaille chaque jour, dans l'ombre, &#224; conditionner le monde dans lequel il &#233;volue. De m&#234;me que l'ouvrier donne forme au monde mat&#233;riel, c'est la m&#233;moire qui construit la coh&#233;rence du monde psychique. Elle permet de saisir la v&#233;rit&#233; camoufl&#233;e derri&#232;re les illusions de l'esprit, et de comprendre, au-del&#224; de toute consolation factice, la logique &#224; l'oeuvre dans le r&#233;el. L'instance psychique capable de saisir, au-del&#224; des illusions passionnelles, la v&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience subjective et d'en tisser une synth&#232;se est m&#233;taphoris&#233;e par la figure ouvri&#232;re, de m&#234;me que, chez Marx, seul le point de vue du prol&#233;tariat est capable de saisir la logique totale de la soci&#233;t&#233; de classe au-del&#224; des illusions de l'id&#233;ologie bourgeoise. L'ouvri&#232;re inconnue d&#233;barrasse du manteau de l'illusion amoureuse, r&#233;v&#232;le la structure autot&#233;lique du d&#233;sir, pour exprimer la r&#233;alit&#233; crue des rapports amoureux et sociaux. C'est cette figure qui permet de prendre conscience et d'affronter le malheur dans sa coh&#233;rence au lieu de l'esquiver par les excuses et l'id&#233;ologie : &#171; Il disait enfin, l'ordre nouveau dessin&#233; par l'ouvri&#232;re invisible, que si nous pouvons d&#233;sirer que les actions d'une personne qui nous a pein&#233;s jusqu'ici n'aient pas &#233;t&#233; sinc&#232;res, il y a dans leur suite une clart&#233; contre quoi notre d&#233;sir ne peut rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 409.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gr&#226;ce &#224; l'oeuvre de la m&#233;moire, le narrateur peut prendre acte de la r&#233;alit&#233;, accepter de mettre un terme &#224; une forme de relation mensong&#232;re et acc&#233;der ainsi &#224; l'&#171; un de ces jours qui ne sont pas pareils aux autres, o&#249; le temps recommence sur de nouveaux frais en rejetant l'h&#233;ritage du pass&#233;, en n'acceptant pas le legs de ses tristesses &#187;. Le vocabulaire mat&#233;rialiste, ayant trait &#224; l'&#233;conomie (&#171; nouveaux frais &#187;) et au droit (&#171; h&#233;ritage &#187;), r&#233;sonne avec cet &#171; ordre nouveau dessin&#233; par l'ouvri&#232;re &#187;, pour le figurer comme une r&#233;volution, qui changerait du tout au tout le partage du sensible et l'&#233;tat du monde. Dans ce nouvel ordre, le d&#233;sir de se faire bien voir par l'&#234;tre aim&#233; n'am&#232;nerait plus le narrateur &#224; avoir honte de Fran&#231;oise, &#171; cette bonne dont je rougissais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/11111.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/11111.jpg?1731402994' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas d'amour heureux dans une soci&#233;t&#233; de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la m&#233;moire, dans sa fonction la plus messianique de lib&#233;ration des contraintes destructrices du temps, est model&#233;e sur la figure d'une &#171; ouvri&#232;re &#187; invisible, l'ombre de la soci&#233;t&#233; de classe et la perspective de son d&#233;passement donnent &#233;galement forme &#224; un autre &#233;l&#233;ment essentiel de la vie int&#233;rieure chez Proust : le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir, nous l'avons d&#233;j&#224; entrevu, est toujours con&#231;u et v&#233;cu sous la forme du manque. Les grands personnages amoureux du roman vivent constamment dans l'angoisse que l'&#234;tre aim&#233; leur &#233;chappe. Cette asym&#233;trie affective, par laquelle l'amour ne fonctionne qu'&#224; sens unique, se double d'une asym&#233;trie structurelle. L'&#234;tre aim&#233; est d'une mani&#232;re ou d'une autre socialement inf&#233;rieur &#224; celui qui l'aime. On sait que le grand amour (malheureux) du narrateur, Albertine, a &#233;t&#233; model&#233; sur Alfred Agostinelli, qui fut &#224; la fois le chauffeur de Proust mais aussi l'objet d'une passion non partag&#233;e. La m&#234;me dynamique se retrouve dans l'obsession que d&#233;veloppe le baron de Charlus &#224; l'&#233;gard du giletier Jupien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 7, p. 313.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le grand bourgeois Swann vis-&#224;-vis de la cocotte Odette ou de l'aristocrate Saint-Loup pour la prostitu&#233;e Rachel quand du Seigneur. C'est l'in&#233;galit&#233; de classe qui provoque syst&#233;matiquement l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce qui attire d'abord le narrateur chez Albertine lorsqu'il la croise pour la premi&#232;re fois sur la plage, c'est qu'il la situe dans un milieu &#171; interlope &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 5, p. 162.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsqu'il se rend compte de son erreur et comprend qu'elle est une fille de la &#171; petite bourgeoisie fort riche &#187;, il est envahi d'une vive d&#233;ception et note que ce milieu petit bourgeois &#171; &#233;tait celui qui de prime abord [l']'int&#233;ressait le moins, n'ayant pour [lui] le myst&#232;re ni du peuple, ni d'une soci&#233;t&#233; comme celle des Guermantes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 163.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ind&#233;termination de la petite bourgeoisie est un &#233;l&#233;ment constitutif du d&#233;sir malheureux du narrateur. C'est parce qu'Albertine peut se comporter aussi bien en &#171; interlope &#187; qu'en bourgeoise respectable qu'elle est inatteignable pour le narrateur, et que le d&#233;sir de ce dernier est n&#233;vrotique. Le narrateur, Swann, Charlus et Saint Loup vivent des amours malheureuses pour Albertine, Odette, Morel et Rachel qui s'inscrivent dans une m&#234;me dynamique de classe : le sujet d&#233;sirant s'amourache d'un individu qui, tout en lui &#233;tant socialement inf&#233;rieur, est susceptible d'une ascension sociale dans laquelle la relation amoureuse jouerait un r&#244;le moteur et strat&#233;gique. Tandis que le sujet aimant se trouve dans une situation sociale stable, l'&#234;tre aim&#233; est au contraire en mouvement : contre la fixit&#233; de l'amour, ce mouvement trace une ligne dont le point de fuite tend &#224; d&#233;passer la position du sujet. C'est parce que le sujet amoureux risque de se voir instrumentalis&#233; dans la strat&#233;gie de promotion de classe de l'objet aim&#233;, que la machine infernale de son d&#233;sir s'emballe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines de l'amour intrins&#232;quement malheureux pour Proust se trouvent donc dans les contradictions de la soci&#233;t&#233; de classe : si l'amour r&#233;el ne peut jamais se d&#233;ployer dans la narration et n'est accessible que dans l'instant &#233;vanescent de l'union charnelle, ponctuelle et accidentelle, c'est parce que les personnages cherchent &#224; travers l'amour &#224; consolider leur position dans cette soci&#233;t&#233; de classe au lieu de l'abolir. La conception de l'amour qui se d&#233;gage de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; traduit l'&#233;tat des relations en un d&#233;but de si&#232;cle o&#249; les classes se m&#233;langent et s'entrecroisent constamment &#224; Paris. La jalousie maladive du narrateur est aussi la jalousie d'un sujet qui regarde avec envie les deux classes qui l'entourent, sans parvenir jamais &#224; &#234;tre tout &#224; fait de l'une ni de l'autre. Comme dans le cas de la subjectivit&#233; de Fran&#231;oise, domestique cliv&#233;e entre des valeurs prol&#233;taires et bourgeoises, le moi bourgeois du narrateur est polaris&#233; : la classe travailleuse repr&#233;sente en termes freudiens le &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; du narrateur. Elle est ce qui fait travailler le d&#233;sir et le met en branle tandis que l'aristocratie constitue son surmoi. Dans cette structure hi&#233;rarchique, l'objet de d&#233;sir, le p&#244;le du &#231;a, tend &#224; utiliser le narrateur pour monter socialement. C'est cette mobilit&#233; et l'angoisse fascin&#233;e d'&#234;tre utilis&#233; dans cette ascension qui d&#233;termine la structure n&#233;vrotique d'un amour n&#233;cessairement malheureux. Le malheur affectif est en somme int&#233;gralement produit par la soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/1111.jpg?1731402994' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ascenseur social ne sera pas r&#233;par&#233; : br&#251;lons l'h&#244;tel !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inhumanit&#233; de cette soci&#233;t&#233; qui hi&#233;rarchise les &#234;tres humains, de cette structure de classe qui mine la possibilit&#233; m&#234;me d'un amour r&#233;el, est explicitement reconnue et condamn&#233;e par le narrateur. Alors qu'il s&#233;journe &#224; Balbec au bord de la mer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 10, p. 335.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le narrateur se retrouve coinc&#233; dans un ascenseur cass&#233; avec le lift de l'h&#244;tel qui l'ass&#232;ne de consid&#233;rations sur le caract&#232;re &#171; tr&#232;s superbe &#187; de Monte Carlo et de Paris. L'ambition d&#233;goulinante de ce personnage fascin&#233; par la richesse n'a d'&#233;gal que son ind&#233;licatesse puisqu'il tousse all&#233;grement en expliquant au narrateur qu'il a contract&#233; la coqueluche alors que ce dernier est asthmatique. Le comique atteint son point d'orgue lorsque, voulant &#233;chapper &#224; cette discussion et &#224; la maladie, le narrateur se voit contraint par le lift &#224; reprendre l'ascenseur que ce dernier vient enfin de r&#233;parer : &#171; &#231;a ne risque plus rien maintenant, j'ai arrang&#233; le bouton &#187;. La description de la r&#233;paration de l'ascenseur suite aux th&#233;orisations sociales du lift semble faire basculer la sc&#232;ne dans l'all&#233;gorie : l'ascenseur, qui monte et descend de fa&#231;on irrationnelle tout au long de la sc&#232;ne, est celui de l'ascension sociale. La satire, mise en sc&#232;ne dans le d&#233;r&#232;glement de la technologie de pointe de l'&#233;poque, repose ainsi sur la contradiction entre les pr&#233;occupations mondaines du lift et son statut r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que fait irruption une nouvelle forme de comique : le quiproquo. Ainsi, lorsque le narrateur pose une question sur l'identit&#233; de quelqu'un venu lui rendre visite en son absence, le lift r&#233;pond &#171; le monsieur avec qui vous &#234;tes sorti hier &#187;. Le narrateur croit alors que le lift veut parler, puisqu'il s'agit d'un &#171; monsieur &#187;, de son ami Saint-Loup, mais il se rend compte qu'il s'agit en fait du chauffeur &#8211; qui co&#239;ncide vraisemblablement avec celui dont le Proust r&#233;el est amoureux &#8211; comme si le lift lui &#171; apprenait par la m&#234;me occasion qu'un ouvrier est tout aussi bien un monsieur que ne l'est un homme du monde &#187;. C'est l'occasion pour le narrateur d'affirmer qu'il n'a &#171; jamais fait de distinction entre les classes &#187;, classes qu'il nomme pourtant avec pr&#233;cision &#171; les ouvriers, les bourgeois et les grands seigneurs &#187;, pour affirmer, quelques lignes plus tard, que s'il devait le faire, il aurait &#171; une certaine pr&#233;f&#233;rence pour les ouvriers, et apr&#232;s cela pour les grands seigneurs &#187;. Cette pr&#233;f&#233;rence accord&#233;e aux ouvriers pourrait surprendre : la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, n'est-ce pas avant tout l'histoire d'un bourgeois qui est fascin&#233; par l'aristocratie ? Imagine-t-on un romancier plus bourgeois que Proust ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de cette hi&#233;rarchie est &#224; chercher dans la raison de la sup&#233;riorit&#233; des aristocrates sur la bourgeoisie aux yeux du narrateur : contrairement aux bourgeois, les grands seigneurs ne &#171; d&#233;daignent pas les ouvriers &#187; parce qu'ils sont &#171; volontiers polis envers n'importe qui &#187;. La &lt;i&gt;valeur &lt;/i&gt;de l'aristocratie ne r&#233;siderait donc pas sa position sociale ni dans des qualit&#233;s qui lui seraient propres, mais dans sa capacit&#233; &#224; traiter toutes et tous de fa&#231;on &#233;galitaire. Dans la droite lign&#233;e du socialisme du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, l'&#233;galit&#233; est affirm&#233;e comme valeur fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le lift voulait lui donner &#171; une le&#231;on de mots &#187;, le narrateur en profite pour exposer une th&#233;orie de l'&#233;galit&#233; r&#233;elle, et non seulement formelle : &#171; de mots seulement &#187;. Il ne suffit pas en effet de pr&#233;senter un ouvrier comme un monsieur pour que les hi&#233;rarchies de classe (voire de &#171; castes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 337.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) soient abolies. Cette rencontre avec le lift ridicule et ambitieux s'av&#232;re ainsi le pr&#233;texte &#224; l'un des d&#233;veloppements politiques les plus explicites de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. En d&#233;crivant alors, &#224; travers la figure de sa m&#232;re, &#171; l'esprit de Combray [r&#233;gion d'origine de la famille du narrateur] si r&#233;fractaire qu'il faudra des si&#232;cles de bont&#233; [&#8230;] de th&#233;ories &#233;galitaires, pour arriver &#224; le dissoudre &#187;, le narrateur s'affirme sans ambigu&#239;t&#233; dans l'h&#233;ritage r&#233;volutionnaire de la gauche au sens originel du terme : il se place &#224; la gauche du Roi, pour l'&#233;galit&#233; universelle entre les hommes. Son jugement de valeur sur les classes se comprend dans cette perspective : les bourgeois sont les plus honnis, car ils sont ceux qui s'opposent avec le plus de virulence &#224; l'&#233;galit&#233; entre les hommes et cherchent &#224; se distinguer des ouvriers. Les prol&#233;taires incarnent au contraire l'&#233;galit&#233; universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le communisme comme horizon de l'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la classe ouvri&#232;re fournissait &#224; Proust le mod&#232;le de la m&#233;moire r&#233;demptrice du temps, c'est cette aspiration diffuse &#224; l'abolition des classes qui sous-tend la vision de l'art d&#233;velopp&#233;e dans le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la critique de &#171; l'art populaire &#187; dans le dernier volume du roman, &lt;i&gt;Le temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, consiste &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e que les ouvriers sont non seulement tout &#224; fait capables de lire, mais qu'ils lisent mieux que &#171; les gens du monde &#187; des textes qui ne sacrifieraient pas la forme, leur dimension artistique, &#224; un contenu didactique ou id&#233;ologique. Pour le narrateur, ces &#171; gens du monde sont (&#8230;) les v&#233;ritables illettr&#233;s, et non les ouvriers &#233;lectriciens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome 15, p. 52.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce serait donc pour les mondains qu'il faudrait un &#171; art populaire par la forme &#187; davantage que pour les membres de la &#171; Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail &#187;. En plaidant ainsi pour une &#233;ducation par un &#171; art populaire par la forme &#187; pour &#171; les membres du Jockey &#187;, le narrateur confirme &#224; nouveau la pr&#233;&#233;minence, non plus seulement morale mais aussi artistique et intellectuelle, qu'a pour lui la classe ouvri&#232;re sur les deux autres. &#192; rebours de certains r&#233;formistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cles qui se concevaient comme &#233;ducateurs du prol&#233;tariat, il affirme &#233;galement que ce sont ceux qui pr&#233;tendent &#233;duquer qui doivent l'&#234;tre en v&#233;rit&#233;. Les livres &#233;crits &#171; pour &#187; le peuple sont aussi vains que ceux &#233;crits &#171; pour &#187; les enfants. Proust sugg&#232;re ainsi que c'est d'abord par les ouvriers que son livre sera lu, puisque ce sont eux qui sont le plus capables de le lire la litt&#233;rature telle qu'il la con&#231;oit : comme un art autonome et affranchi de tout devoir didactique et id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette valorisation de la classe ouvri&#232;re contre la b&#234;tise bourgeoise se prolonge dans la critique de l'art patriotique : &#171; si m&#234;me [cette id&#233;e] n'avait pas &#233;t&#233; dangereuse, [elle] me semblait ridicule &#187;. S'en prenant directement &#224; Barr&#232;s, le narrateur rejoint l'internationalisme prol&#233;tarien soutenu par la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (qui &#233;tait, &#224; cette &#233;poque, tr&#232;s majoritairement anarcho-syndicaliste). Il explique en ce sens que l'artiste &#171; ne peut servir [sa] patrie qu'en &#233;tant artiste, c'est-&#224;-dire qu'&#224; condition, [&#8230;] de ne pas penser &#224; autre chose &#8211; f&#251;t-ce &#224; la patrie &#8211; qu'&#224; la v&#233;rit&#233; qui est devant lui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 53.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Proust revendique ici une autonomie de la v&#233;rit&#233; artistique &#8211; de la m&#234;me mani&#232;re qu'il y a une autonomie des v&#233;rit&#233;s scientifiques ou philosophiques &#8211; vis-&#224;-vis des conflits politiciens imm&#233;diats et des int&#233;r&#234;ts particuliers. En affirmant une telle position, il se d&#233;solidarise de la bourgeoisie nationale qui ne peut concevoir l'art que comme subordonn&#233; &#224; ses strat&#233;gies de classe. L'autonomie de cette v&#233;rit&#233;, potentiellement politique, par rapport aux int&#233;r&#234;ts politiciens, implique aussi un d&#233;tachement de l'art vis-&#224;-vis de la morale dominante, en tant qu'elle exprime une id&#233;ologie de classe. Comme le dit Adorno, &#171; en d&#233;montrant que les m&#339;urs sociales, tant de l'aristocratie que de la bourgeoisie, &#233;taient soumises au temps et donc au d&#233;p&#233;rissement, Proust a contribu&#233; &#224; d&#233;naturaliser les rapports de classes, et &#224; les inscrire dans l'histoire. M&#234;me sa conception de l'amour et de l'art est inscrite dans une critique de la soci&#233;t&#233;, puisque ceux-ci sont rendus comme impossibles dans un monde qui les &#233;touffe de conventions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petit commentaire de Proust, in Note sur la litt&#233;rature, p.. 148&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les ouvriers &#8211; contrairement aux &#171; gens du monde &#187; &#8211; ne sont pas pris dans des cat&#233;gories r&#233;ifi&#233;es et fallacieuses (les enfants ont leurs livres, le peuple les siens) qu'ils sont le mieux dispos&#233;s &#224; comprendre la v&#233;rit&#233; de l'art dans son autonomie par rapport aux strat&#233;gies politiciennes, et donc &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt; elle-m&#234;me. La d&#233;solidarisation de classe est une condition de possibilit&#233; de la th&#233;orie proustienne de l'art. Elle s'op&#232;re &#224; travers et gr&#226;ce &#224; l'alt&#233;rit&#233; ouvri&#232;re. Si, contrairement &#224; Marx, Proust ne th&#233;orise pas l'abolition de la soci&#233;t&#233; de classe, sa th&#233;orie de l'art en affirme la n&#233;cessit&#233;. En ce sens Proust retrouve les avant-gardes artistiques dont il &#233;tait le contemporain. Elles aspiraient &#224; l'abolition de l'art pour la r&#233;alisation du communisme ; il con&#231;oit la r&#233;alisation de l'art comme cons&#233;quence de l'abolition de la soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_400 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/11-3.jpg?1731402994' width='500' height='573' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Instituto Gemeinwesen&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot est de Proust. Voir le tome 4 de l'&#233;dition blanche (num&#233;ris&#233;e en ligne), p. 190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. p. 191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 7, p. 73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 2, p. 406.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. Citation modifi&#233;e &#224; la troisi&#232;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. p. 409.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 7, p. 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 5, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 10, p. 335.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 337.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome 15, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Petit commentaire de Proust&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Note sur la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, p.. 148&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ta petite &#171; R&#234;volution virile &#187; tu peux te la foutre au cul, Camarade !</title>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>Ann&#233;es 1970</dc:subject>
		<dc:subject>FHAR</dc:subject>
		<dc:subject>Gazolines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; A fleur d'eau, &#224; plat ventre, &#224; quatre pattes, et &#224; corps et &#224; cris, &#224; table ou accroupies, les Filles du Peuple te feront voir en moins de deux, exactement ce que c'est que la R&#234;volution ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-FHAR-+" rel="tag"&gt;FHAR&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-gazolines-+" rel="tag"&gt;Gazolines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton135.png?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='127' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons notre s&#233;rie consacr&#233;e au FHAR avec un document atypique, de grande importance car &#233;crit &#224; chaud au cours de l'ann&#233;e 1971 et publi&#233; aux &#233;ditions Jean-Jacques Pauvert. &lt;i&gt;L&#226;che ton cul camarade&lt;/i&gt; est un r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne dont l'&#233;nergie et la ferveur r&#233;volutionnaire viennent r&#233;sonner jusqu'&#224; nous. Entendre les mots d'une g&#233;n&#233;ration, celle de mai 68, avec son argot, ses codes, ses jeux de langage courant jusqu'&#224; la limite du non-sens et de la folie, ses tripes et sa rage, ses victoires et ses d&#233;ch&#233;ances voil&#224; qui nous ram&#232;ne toujours &#224; nous, &#224; l'actualit&#233; brulante de la possibilit&#233; r&#233;volutionnaire. Et pour cause, c'est le seul motif d'&#233;criture de Nicole Bley. Que savons-nous &#224; propos de Nicole Bley ? Peu de choses. Son roman &#224; caract&#232;re autobiographique, &lt;i&gt;La panth&#232;re bleue&lt;/i&gt;, paru en 1971 raconte la trajectoire de celle qui, surnomm&#233;e &#171; Tubaises &#187; &#224; l'adolescence dans sa campagne, montera &#224; Paris et se lancera &#224; corps perdu dans la R&#233;volution en cours. Elle connaitra la banlieue, les HLM, la rue, la prison, la marginalit&#233;. Elle connaitra &#233;galement le mariage avec un intellectuel mao&#239;ste de bonne famille, les voyages aux &#201;tats-Unis, les r&#233;ceptions intellectuelles. Puis elle succombera &#224; nouveau aux sir&#232;nes de l'agitation, de la rue, de la ville. Elle contribuera &#224; des revues underground du d&#233;but des ann&#233;es 70 comme &lt;i&gt;Zinc&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;parapluie&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Actuel&lt;/i&gt;. Elle serait morte &#224; 35 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous proposons ci-apr&#232;s trois extraits de &lt;i&gt;L&#226;che ton cul camarade&lt;/i&gt;, racontant la manifestation du 1er mai 1971 dans laquelle le FHAR d&#233;ploie sa banderole &#171; Prol&#233;taire de tous les pays caressez-vous &#187; ou encore une in&#233;narrable r&#233;union des Gazolines au point ou No&#235;l Godin, dans son anthologie de la subversion carabin&#233;e qualifiera le livre de Gazoline manifesto. L&#226;che ton cul camarade est une boule incandescente qui consume les &#233;v&#232;nements, &#171; apprivoisant les mots comme autant de Bastilles, un &#224; un, afin d'en faire autant de projectiles non r&#233;cup&#233;rables par un autre parti que celui de la col&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C'EST LA MANIFE, (NIFE NIFE) DU PREMIER MAI ! (GAY ! GAY !...)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est la f&#234;te &#224; N&#339;ud-N&#339;ud !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Des filles s'emparent d'un haut-parleur : &#171; Courez !... Courez ! Pauvres mecs !... Les grands &#233;ducateurs-du-Peuple, l&#224; !... Hop ! Hop ! Hop !... Car la R&#234;volution vous fait la nique ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la f&#234;te &#224; N&#339;ud-N&#339;ud !&lt;br class='autobr' /&gt;
La grande kermesse traditionnelle du premier mai, qui glisse son long filet beuglant, comme un bouillon d'onze heures sur le Boulevard chauff&#233; &#224; blanc !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont tous l&#224; ; tous les Biteseuls, les Bites-auvent ; tous les Bites-niques, les Bites-sch&#246;nes ; et tous les d&#233;bit&#233;s !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils en mettent un coup (comme au lit), serr&#233;s en rangs d'harengs, hurlant Vengeance et Vaincre, scandants, braillants, brandissants leurs bouts-de-bois en drapeaux ; leurs effigies de m&#226;les, et leurs organes ouvri&#233;ristes !...&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;tants le feu par les naseaux, et la mo&#235;lle &#233;pini&#232;re emmanch&#233;e droit dans le cul, la race des Seigneurs du Sexe Sup&#233;rieur (S. S.). D&#233;collent au pas de l'oie ; prot&#233;g&#233;s, &#233;paul&#233;s, encadr&#233;s de leur Service d'Ordre, toujours &#224; l'Avant-Garde, casqu&#233; et vigilant ; qui ne rigole pas !...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la grande foire d'empoigne &#224; qui qu'aura la plus belle bite et la plus grosse, pour devenir le Chef !&lt;br class='autobr' /&gt;
Prise en sandwich entre la Ligue et le Secours-Rouge, la manife &#171; &#224; P&#233;dales &#187;, harpente le Boulevard sans tambour ni trompette, avec les Gouines, et les handicap&#233;s-sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le F.H.A.R&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est rose, enjuponn&#233;, et tr&#233;pidant, rempli de taches de rouge &#224; l&#232;vres, luisant sous le make-up, clinquant sous les paillettes ; chantant la d&#233;rision de cette f&#234;te bouffonne &#224; la virilit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bhein quoi, le gauchisme, c'est pas du maquillage, peut-&#234;tre ?... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est Elles les plus marrantes !... Un badaud bat des mains : &#171; Bravo ! C'est Mardi-Gras !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lesbienne : &#171; Non monsieur, c'est des Lesbiennes et des p&#233;d&#233;s qui descendent dans la rue, au lieu de se cacher ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gauchistes jouent des coudes autant qu'ils peuvent, pour qu'on soit rejet&#233;es, qu'on &#171; perde les p&#233;dales &#187; ; qu'on disparaisse au loin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ca beugle l'Internationale pour recouvrir nos voix&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors le F.H.A.R. enturbann&#233; d'une banderole de dentelle avec &#233;crit dessus : &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, caressez-vous &#187;, la voix en contre-rut entonne aussi son Internationale, pour le plaisir des travailleurs : &#171; C'est l'orgasme fin&#226;&#226;&#226;-l ! Tous au lit et demain, les Gouines et les P&#233;dales soeuront le genre humain !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Femmes, les Gouines et les Folles d&#233;filent sans mot d'ordre ; mais font aucun cadeau aux &#171; cockers &#187; du gauchisme qui sont forc&#233;s d'hurler en aboyant autant qu'y peuvent, pour recouvrir le bruit des cris des insurg&#233;es ; mutines factieuses, re-Belles et bonnes &#224; mettre au mur, qui ont le culot de venir pendant Leur manifestation &#224; eux tout seuls, sans les laisser tranquilles faire leur petite f&#234;f&#234;te bien sage et bien l&#233;ch&#233;e, sans aucun heurt ni confusion ; autoris&#233;e par Marcellin !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gauchistes grimpent d'un ton leurs Slogans, pour emp&#234;cher que les badauds per&#231;oivent le son des sacril&#232;ges !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gouine Rouge : &#171; On a besoin d'un haut-parleur !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Pas de &#231;a, ch&#233;rie, pas de proth&#232;se, voyons ! Nos voix de femmes suffisent !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle-de-joie balance des cabas au bout de ses deux bras : &#171; Je suis all&#233;e au march&#233;, et je suis devenu P&#233;d&#233; !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle danse aussi le French-Cancan sur l'air de Mistinguett : &#171; On dit que je suis une tapette, c'est vrai !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; cockers &#187; rougeoyants : &#171; Patron, salaud, le Peuple aura ta peau !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gouines Rouges : &#171; Pas de Patron &#224; l'usine, &#224; la maison !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des Lesbiennes : &#171; A bas la virilit&#233; fasciste : S.C.U.M., S.C.U.M. ! &#187; &#8230; (bruit de tenailles et de ciseaux.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde : &#171; Les Femmes dans la rue ! pas dans la cuisine ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les Femmes dans la rue ! pas dans les vitrines ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Non ! nous n'aurons plus d'enfants, non ! non ! non ! Pour faire de la chair &#224; canon ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les handicap&#233;s-sociaux : &#171; Travail, Famille, Patrie, y en a marre ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les photographes et les enregistreurs pompent le P.H.A.R. autant qu'ils peuvent : &#171; Micros, phallus, m&#234;me combat !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#226;t-haut, Marl&#232;ne, m&#234;me combat !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le P.H.A.R. est rose, la Chine le sera bient&#244;t !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les poings au fond des poches, tous les badauds s'en mettent plein la vue, en se marrant doucement, appuy&#233;s sur l'&#233;paule des bourgeoises de leur c&#339;ur. Mais leurs sourires se figent, quand les homosexuelles les invitent &#224; se joindre avec nous : &#171; Les P&#233;d&#233;s, les Lesbiennes avec nous !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les coqs sur leurs ergots ressortent leurs vieux slogans, avec un enterrement de retard : &#171; Nous vengerons Overney !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le P.H.A.R. : &#171; Nous vengerons Lazareff !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Lazareff !... Y'en a plus baise-zef !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le P.H.A.R. : &#171; Nous sommes un fl&#233;au social !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un mec se faufilant dans la manife : &#171; demandez &#171; Rouge &#187;, le journal de la Ligue Communiste !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Folles : &#171; Demandez Rouge &#224; L&#232;vres !... &#187; (Ca te gratouille, ou &#231;a te chatouille, mec ? Tu l&#232;ves le poing de quel c&#244;t&#233; que ca te d&#233;mange le plus.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ton cin&#233;ma, ta sup&#233;riorit&#233;, tes m&#233;caniques et ta puret&#233;, &#231;a marche plus, dis donc !... &lt;br class='autobr' /&gt;
On en a trop bav&#233; de tes machins de mec, alors on en veut plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Filles en lutte : &#171; Mon mec est un grand militant, au Peuple il donne tout son temps ! Et moi, j'lui donne le mien !... &#8230;Mais le Peuple lui a r&#233;pondu : Ta petite R&#234;volution, tu peux te la foutre au cul, elle fait pas jouir !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gouines rouges&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Gouines rouges=Un groupe de Filles Lesbiennes du M.L.F. qui sont aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; A bas l'ordre bourgeois, et l'ordre Patriarcal, A bas l'Ordre h&#233;t&#233;ro, et l'ordre capitalo ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8230; Ta petite &#171; R&#234;volution virile &#187; tu peux te la foutre au cul, Camarade !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Folles : &#171; Aaaaaaaaaaaaaah !... C'est bon, de se faire enculer !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est comme &#231;a, Ha ! Ha ! qu'&#224; force de jouer &#224; la gu&#233;guerre avec vos p'tits drapeaux, que vous vous &#234;tes blous&#233;s vous-m&#234;mes ; forc&#233;s &#224; faire un demi-tour, envers et contre toutes vos th&#233;ories ; ou de filer comme des moutons dans le ventre du capital, afin de l'engraisser et de le sublimer !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Lesbiennes : &#171; La virilit&#233;, c'est le fascisme !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A bas la virilit&#233; fasciste !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
A cause que la virilit&#233; est une chose qui existe pas. C'est un phantasme et du bidon. Et la R&#234;volution, contrairement &#224; tout ce que vous laissez faire croire, pour vos propres avantages, n'est pas du tout une affaire de courage !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vous qu'allez solliciter les j't'hars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les flics&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour qu'ils vous courent apr&#232;s, et vous &#233;chauffent la raie des fesses !&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#233;vitez encore le corps &#224; corps, parce que &#231;a fait bobo, mais bient&#244;t vous l'aurez votre bite de j't'harpouille quelque part, quand vous ferez la chasse aux femmes et aux homosexuels ; quand vous leur raserez la t&#234;te ! apr&#232;s l'&#233;puration&#8230; main dans la main et cul &#224; cul avec les C.R.S. S.S. !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les grouins et les poings en avant, &#231;a sera votre tour de faire la chasse aux R&#234;volutionnaires, nan&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous les d&#233;busquerez dans leurs maquis, et vous les truciderez ; vous les torturerez, et vous les pourchasserez dans des r&#233;serves !...&lt;br class='autobr' /&gt;
De quoi, vous irez plus en guerre contre le capitalisme ? Contre l'homosexualit&#233;, c'est le napalm que vous manipulerez. Parce que si le capital vous chauffait les oreilles, les R&#234;volutionnaires, eux, vous mettent la main aux couilles, et &#231;a, &#231;a pardonne pas !&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous joindrez &#224; l'Occident pour tuer et massacrer l'homosexualit&#233; qui ose s'affirmer comme seule R&#234;volutionnaire. De leurs maquis, les R&#234;volutionnaires te font pourtant le bras-d 'honneur, parce que eux ont rien du tout &#224; perdre, seulement leur vie. Pauvre vie qu'ils vivent avec la honte qui les poisse et les oblige &#224; vivre en chiens-couchants-rasants les murs, interdits de partout, m&#234;me dans les manifestations gauchistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand la R&#234;volution passera dans la rue, tu la reconna&#238;tras m&#234;me pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et m&#234;me, encore plus, tu lui tireras dessus avec les autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarzan, tu peux rouler ta caisse, elle est crev&#233;e. Ta force existe pas ; ta frime c'est de la gonflette qu'a perdu sa rustine !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ton cin&#233;ma, ta sup&#233;riorit&#233;, tes m&#233;caniques et ta puret&#233;, &#231;a marche plus sur nous, vu qu'on en a trop bav&#233;, de tes machins de mec !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les types, on veut vous voir chialer, trembler de peur et de l&#226;chet&#233; ; on veut vous voir vous amuser b&#234;tement, et faire areu areu tout en pissant et chiant dans vos culottes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand vous serez pass&#233;s par les &#233;preuves de la d&#233;gonfle, quand &#231;a vous sera &#233;gal d'&#234;tre habill&#233;s en &#171; filles &#187; ; quand vous aurez un petit v&#233;lo dans la cervelle et une p&#233;dale dans le trou du cul ; quand vous roulerez sur vos sphincters &#224; la vaseline pour vous faire mettre, et mettre &#224; votre tour ; alors on verra bien si c'est possible de vous causer, pour la R&#234;volution&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour l'instant, fais demi-tour Camarade ch&#233;ri ; parce que tu t'es blous&#233; toi-m&#234;me ! Et que sinon tu seras forc&#233; de filer comme un mouton dans le ventre du Capital, pour l'engraisser et le d&#233;fendre !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tels que vous &#234;tes en ce moment les mecs gauchistes, vous &#234;tes l'espoir de la Patrie ; parce que vos couilles d'h&#233;t&#233;ros, qui sont porteuses de son Avenir, l'int&#233;ressent dr&#244;lement ! Bhein oui, chers Camarades, ce sont seulement vos couilles, et votre globuline, qui int&#233;ressent cette vieille phallope de bourgeoisie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Compl&#232;tement &#224; l'envers de tout ce qui fait courir les Camarades, l'esprit de R&#234;volution a rien du tout &#224; voir avec leurs grandes id&#233;es des &#171; R&#234;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous on est faibles et l&#226;ches, on vise aux couilles, on est girouettes, hyper-sensibles, et fatigu&#233;es de naissance. Nous on est pas les &#171; Ma&#238;tres &#187; d'aucune sp&#233;cialit&#233; ; on est les crack de rien du tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs on n'a m&#234;me pas &#224; employer le verbe &#171; &#234;tre &#187; quand il s'agit de nous ; &#224; cause que la R&#234;volution, c'est uniquement un &#233;tat d'&#226;me&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
On est seulement vos anciens chiens qui rasent plus les murs, et qui vous l&#226;cheront plus, jusqu'&#224; l'&#233;gorgement du dernier des phallauds !&lt;br class='autobr' /&gt;
On est une zone &#233;rog&#232;ne hyper-vivante et Folle, qui vit son Dien-Bien-Folle ; tout en voulant tout faire sauter et plastiquer la phallocratie !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CR&#202;VENT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On est ni faites ni &#224; faire ;&lt;br class='autobr' /&gt;
On est la f&#234;te, pas les affaires !...&lt;br class='autobr' /&gt;
On est des &#171; Filles-Folles-du-Peuple &#187;, aux Gazolines !...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gazoline, &#231;a ne s'explique pas. On est une Gazoline (certaine m&#234;me sans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vos A.G. des Beaux-Arts, transform&#233;es en corbeilles de la Bourse, avec ses Jules aboyeurs qui nous envoient des postillons h&#233;t&#233;ros-flics, et qui se servent de nous comme spectacle pour en tirer du fric et ouvrir des canards, &#231;a nous change pas tellement de l'oppression qui nous connait d&#233;j&#224; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement nous, on n'a pas que &#231;a &#224; foutre, vu qu'on travaille demain matin ; alors notre r&#233;union, on va la faire ailleurs ch&#233;ries !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Gazolines &#187; c'est un &#233;tat d'&#226;me, comme la R&#234;volution&#8230; C'est nous qui la pr&#233;parent, sans fric, et sans compromissions ; avec seulement l'Amour, et de l'eau fra&#238;che !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a de l'eau dans le Gaz, &#224; &#171; Gazolines &#187;, avec des bombes au plastique qui se pr&#233;parent !...&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;RAGNAGNAS !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'A.G. des Gazolines, c'est l'&#233;glantine qu'on met au rebord d'un petit pot de chambre, pour faire une farce &#224; un enfant : Pour les ch&#233;ries, c'est jamais l'heure ; ni avant l'heure, ni apr&#232;s l'heure, parce qu'avec elles on sait jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Le pet ! est un petit vent qui passe par la raie des fesses pour annoncer l'arriv&#233;e du G&#233;n&#233;ral &#171; Caca &#187; !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lesbienne, apostrophe un journaliste h&#233;t&#233;ro, qui fait le voyeur dans l'A.G. : &#171; A cinquante piges, vieux chnoque, t'es riche, t'es l&#226;che, mais &#231;a fait rien parce que tu brilles ! T'es un vieux pou qui trempe dans la brillantine !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la f&#234;te au vieux chauve qui s'est gliss&#233; parmi les folles !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D'ailleurs t'es h&#233;t&#233;ro&#8230; On le sait que t'es mari&#233;, vieille poule ! Ts, ts, ts, essaie pas de te d&#233;fendre. On veut que tu te tires d'ici, t'es pas une Gazoline. T'as rien &#224; foutre dans notre r&#233;union ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux montre la porte : &#171; L'entr&#233;e est libre, que je sache&#8230; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines sont belles, et elles s'en foutent de tout, mais il suffit qu'elles aient un h&#233;t&#233;ro sous l'&#339;il, pour qu'elles montrent les dents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs crocs sont jeunes, qu'elles aff&#251;tent sauvagement : &#171; Elle est pas libre pour les h&#233;t&#233;ros qui viennent nous espionner pour faire du fric dans un canard !... On veut que tu t'en ailles. On te fera chier, et on t'insultera jusqu'&#224; ce que t'en puisses plus !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux remonte ses b&#233;sicles, en faisant le geste qu'il s'en balance. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous voyez qu'il est maso !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines s'&#233;nervent jamais, elles jettent un &#339;il sur les journaux du soir et sur les tracts, en insultant le vieux qui se raccroche au strapontin de l'amphi. Il a une bafouille &#224; faire pour son journal, et il tiendra le temps qu'il faut pour avoir son papier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu verras rien, qu'on te dit !... on fera pas la r&#233;union tant que tu seras l&#224; ! Tu perds ton temps, aux Gazolines ! Va plut&#244;t au Flore, l&#224;-bas des folles &#224; exploiter t'en trouveras plein, qui seront contentes de t'enculer pour pas un rond en plus !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le journaleux gigote sur sa place, le visage empourpr&#233;, et les mains agit&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si t'es maso, et que t'attends qu'on te casse la gueule pour te faire sortir, on te dit tout de suite qu'on est pas des gauchistes !... On n'a pas leurs m&#233;thodes ! On t'aura &#224; l'usure, mais ton papier tu l'auras pas !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; se demander si elles d&#233;sirent vraiment de le voir partir. Parce que si il parait maintenant, elles auraient plus personne &#224; qui jeter &#224; la figure tout ce qu'elles retiennent comme insultes dans leur c&#339;ur &#224; chaque instant de tous les jours, quand elles seront anonymes, m&#233;lang&#233;es &#224; la foule h&#233;t&#233;ro qui les r&#233;prime et les d&#233;prime ; qui les m&#233;prise en les voyant &#171; eff&#233;miner &#187; : &#171; D'ailleurs c'est l'heure de la soupe ! tu dois rentrer dans tes foyers ma belle ! ta femme et tes enfants t'attendent &#224; la maison !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait un geste, comme pour d&#233;fendre les petites t&#234;tes blondes de son foyer. L&#224;, il a fait une connerie : &#171; Ils sont mignons, tes fils, au fait ! on les a vus &#224; la t&#233;l&#233;, l'autre soir ! Tu ferais mieux de nous les envoyer !... Non, mais c'est vrai, ces petites, &#224; l'&#226;ge qu'elles ont, elles doivent se masturber toutes seules, et se faire enculer dans les caves de l'&#233;cole !... Franchement, c'est du g&#226;chis ; tu ferais mieux de les envoyer aux Gazolines !... Leur faire passer le bapt&#234;me homosexuel, au lieu de leur communion !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le p&#232;re regarde vers le plafond.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu flanches, p&#233;p&#232;re !... Et qu'est-ce que t'en dirais si on passait &#224; ton &#233;pouse ?... D'abord qu'est-ce qu'elle penserait si elle savait que tu viens aux Gazolines, dans cet &#233;gout ?... Parce que tu vas pas dire que c'est par pur hasard que c'est justement toi que ton journal a envoy&#233; ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux secoue le fauteuil devant lui : &#171; C'est moi qui ai voulu venir ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines s'esclaffent : &#171; Justement ma ch&#233;rie !... Mais tu fais des progr&#232;s, tu vois !... Tu vas devenir une Gazoline, si &#231;a continue, ma grosse !... Tiens, comme bon point, on va te faire un grand cadeau !... On va te mettre du rouge &#224; l&#232;vres !... Ts, ts, ts, on veut personne qui soit sans rouge &#224; l&#232;vres aux Gazolines ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;t&#233;ro se laisse faire &#224; contre c&#339;ur, avec le cou raidi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu as d&#233;j&#224; moins l'air d'une poule de la Mondaine, comme &#231;a, ma ch&#233;rie !... Vrou ! mais c'est qu'elle m'exciterait, cette grande folle !... Pas ta bouche en cul de poule pour causer, hein, maintenant laisse-toi aller, salope ! fais un peu la coquette, pour nous montrer ton sex-appeal derri&#232;re ton n&#339;ud de cravate !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mec desserre son n&#339;ud de cravate.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu vois, ch&#233;rie, c'est le miracle du rouge &#224; l&#232;vres ! Maintenant t'&#233;prouves l'envie d'enlever ton &#171; travesti &#187; viril ! C'est &#233;tonnant, quand m&#234;me ! &#199;a m&#233;rite encore un autre bon point !... Si, si, j'insiste ! Parce que quand t'en auras dix, t'auras une belle image ! On te fera cadeau d'une photo de groupe des Gazolines, pour que tu la mettes dans ton portefeuille ! Aline, ch&#233;rie, fouille dans mon sac &#224; commissions, tu trouveras ma perruque ; je veux la voir sur ce cr&#226;ne chauve ; cette t&#234;te de n&#339;ud capitaliste &#233;pouvantable ! qui jure dans notre r&#233;union poilue ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aline lui lance la perruque couleur queue-de-vache, aux cheveux maigres et parsem&#233;s : &#171; C'est une fausse perruque, mais &#231;a fait rien, l&#224; !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mec est archi-chouette, dans le genre pas content !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le jour que tu seras heureux et fier de rentrer comme &#231;a chez toi, ch&#233;rie, on t'acceptera aux Gazolines ! Mais pour l'instant t'as rien d'une chochote&#8230; T'es qu'un pauvre h&#233;t&#233;ro, qui baise conjugalement trois fois par mois ; parce que les vieux comme toi &#231;a utilise encore la m&#233;thode Ogino pour la contraception !... Et encore, avec des caoutchoucs Olla !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La perruque en travers, il fait un geste nerveux avec la main : &#171; Tu connais mieux, pour l'instant, que les capotes pour se prot&#233;ger ; et qui soit en vente libre ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines se marrent doucement : &#171; Vous entendez, la pauvre ch&#233;rie, elle avoue ! Mais va au M.L.F. comme t'es maintenant, ma grosse, on va te pr&#234;ter une jupe, enl&#232;ve ta cravate, elles verront pas que t'es un mec, et renseigne-toi sur la pilule ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines sont agac&#233;es par tant de mufleries b&#234;tasses : &#171; Dehors, la vieille ! On voudrait faire notre r&#233;union !... Si les contraceptifs t'emmerdent, t'as qu'&#224; te faire p&#233;d&#233; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lib&#232;re ta femme et tes enfants, vieille chnoque ! Tu nous d&#233;go&#251;tes !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Va-t-en ! Sinon on va passer par les menaces !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle torse nu : &#171; Si tu te tires pas tout de suite, on t&#233;l&#233;phone &#224; ton &#233;pouse afin de lui dire que t'as laiss&#233; ton tube de vaseline dans la chambre d'Anita ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On en rapporte un usag&#233; &#224; ton patron !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On te va au cul par force !... C'est peut-&#234;tre tout ce que tu attends, d'ailleurs !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines maquill&#233;es, torse nu, entour&#233;es de boas, lui tournent autour, en l'insultant &#224; la figure, quant tout d'un coup l'une d'elles prend une photo flash de tout le groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux bondit soudain : &#171; Donnez-moi ce rouleau !... Je vais d&#233;poser plainte !... J'expliquerai tout &#224; mon journal !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines, qui ne s'en laissent plus conter depuis longtemps, sont des nanas, qui ont de la d&#233;fense : &#171; Tu vois, ch&#233;rie, on te l'avait dit que t'es avec les flics !... T'es un h&#233;t&#233;ro-flic, on te l'a pas fait dire !... Seulement on en a rien &#224; foutre ! Ton rouleau tu l'auras pour No&#235;l, si tu parles pas de nous dans les journaux !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mec se d&#233;bine de rage, en essuyant ses l&#232;vres sur son mouchoir, et en jetant les poils de sa perruque. Une Lesbienne mettant sa main en porte-voix : &#171; Ton rouleau tu l'auras, quand t'auras obtenu la pilule pour les mecs !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre fille lesbienne : &#171; Demain, il va nous pondre un de ces articles sur les pratiques abusives de la conception !... Je vois &#231;a en tr&#232;s grand : &#171; La Femme martyre de la sexualit&#233; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ha, dis donc, le jour o&#249; un titre comme &#231;a para&#238;tra dans la Presse de tout le monde !... Mais moi je crois qu'on a fait des progr&#232;s pour ce soir !... Parce que le journaliste on se le tient !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline, enceinte (avec un coussin sous son pull) : &#171; &#199;a va, les Lesbiennes ! extrapolez pas trop, vous oubliez les ruses faux-jetonnes des vieilles salopes h&#233;t&#233;ros, pour se tirer d'affaire, quand il s'agit d'homosexualit&#233; !... Ce mec il est p&#233;d&#233; comme pas possible, seulement il passera jamais par-dessus &#171; la morale !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fille Lesbienne : &#171; C'est un p&#233;d&#233; mari&#233; qu'&#224; des enfants pour donner le change, et qui se tringle une femme homosexuelle, qu'il retient sous sa panse, gr&#226;ce au commerce des femmes, qui sont sur terre pour mettre bas et continuer l'&#339;uvre fumi&#232;re de la phallocratie !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines aiment pas tellement les discussions s&#233;rieuses. Et si elles c&#232;dent jamais, c'est avec le sourire, et en se bidonnant, autant qu'elles peuvent, tout en faisant des envol&#233;es : &#171; Ca suffit les Lesbiennes, mes ch&#233;ries !... Vous &#234;tes aux Gazolines ici. Allez au M.L.F., si vous voulez parler s&#233;rieux !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'atmosph&#232;re se d&#233;tend tout d'un coup, avec tout le monde qui rit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gouine Rouge : &#171; Si c'est le M.L.F. qui vous fait rire, vous &#234;tes des belles salopes !... D'ailleurs c'est bien connu que les p&#233;d&#233;s sont les pires misogynes qui existent !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Pire, ma ch&#233;rie, t'exag&#232;res ! Disons qu'on est pas des faux-jetonnes !... C'est pas parce qu'on vous couvre pas de bijoux pour vous forcer &#224; faire la vaisselle, qu'on est plus misogynes que les &#171; larrons de l'occasion &#187; !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; T'aimerais qu'on vous entra&#238;ne dans le &#171; Travail, Famille, Patrie &#187;, et qu'on vous y d&#233;fende &#224; coups de litres de &#171; rouge &#187; et de camembert Bridel, ch&#233;rie ?... Quand &#231;a sera pas &#171; le Rocquefort d'abord &#187;, ou les &#171; maman, j'ai rien aux dents ! &#187; alors que ton gosse &#233;touffe de partout !... &#187; Au fond t'es une petite bourgeoise comme toutes les autres, ma ch&#233;rie !... Va &#171; militer &#187; au M.L.F., Nana, si tu &#171; en es &#187; !... Mais fous la paix aux Gazolines !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne debout sur un strapontin, un long fume-cigarettes aux doigts, et perdant &#224; moiti&#233; l'&#233;quilibre, mimant une femme-femme en train de stripteaser, rejette des boas, tout en roulant des hanches : &#171; On me demande de chanter l'Internation&#226;&#226;le !... &#187; (sa voix est basse, son maquillage et sa perruque emp&#234;chent qu'on la reconnaisse).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines atterr&#233;es : &#171; T'es Gazoline ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Viens-y voir, ma ch&#233;rie&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Franchement, t'est f&#226;&#226;me, ou mec ?... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tiens, tiens, toi aussi, t'en es, ch&#233;rie !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous voyez pas qu'elle voudrait mettre notre p&#233;d&#233;rastie en doute ! C'est une Lesbienne !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline qui marche &#224; reculons s'empare des jambes de la fille, et la serre dans tes bras en tournanant avec elle : &#171; Si on faisait joujou aux h&#233;t&#233;ros, tous deux ?... Tu m'excites, ma ch&#233;rie !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Lesbienne : &#171; Mes lunettes ! Rendez-moi mes organes, j'en ai besoin pour m'en servir !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Borgne ou aveugle, y'a pas de reine aux Gazolines !... Tes proth&#232;ses, ma ch&#233;rie, garde-les plut&#244;t pour quand tu seras dehors !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline, montrant les crocs en direction du couple : &#171; Franchement, il a des couilles au cul, ce mec !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Vraiment ?... Comment qu'il fait pour s'asseoir ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'assoit pas, ch&#233;rie, un mec c'est debout ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fille Lesbienne : &#171; Des fois quand &#231;a s'abaisse, c'est juste de temps de se grandir pour se mettre &#224; plat ventre pour baiser !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour faire des m&#244;mes et pour prouver qu'il est &#171; viril &#187; !... Un jour, il y'a un mec mari&#233; qui m'a racont&#233; que quand sa m&#244;me est n&#233;e, il marchait &#224; &#231;a du sol, tellement qu'il &#233;tait fier !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fille : &#171; Pauvre m&#244;me !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Avec les femmes, &#231;a, vous aurez beau dire, mais &#231;a finit toujours en larmes sur le pauvre sort des m&#244;mes, des m&#232;res et des papas !... Franchement les Gouines, vous valez pas plus cher que les r&#233;formistes !... (Pis suivez pas mon regard, vous savez tr&#232;s tr&#232;s bien de qui je veux parler !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; En tous les cas, si je peux vous dire un truc, les Gazolines ! c'est que vos r&#233;unions, &#231;a vaut pas mieux qu'une discussion gauchiste !... &#199;a brille, c'est tr&#232;s intelligent !... Humoristique &#224; l'occasion ; toujours tr&#232;s culturel, et cultiv&#233;&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines ensemble : &#171; C'est vrai, ch&#233;rie, t'as bien raison !... On est puantes !... Changeons de conversation !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des Gazolines : &#171; Pas de conversation !... Que dalle !... M'enfin !... Pourquoi pas un programme en plus ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelqu'un : &#171; Demandez le programme !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle &#233;mue, qui dit rien d'habitude : &#171; Savez-vous qu'il existe encore des h&#233;t&#233;rosexuels ?... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Pourquoi, t'es es ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Folle rougissante : &#171; Un petit peu d'indulgence, on peut rien dire ici, vous effrayez tout le monde ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Si t'es timide, c'est parce que t'es orgueilleuse, ch&#233;rie !... Nous on n'a rien &#224; faire l&#224;-dedans !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline r&#233;pugn&#233;e : &#171; Et viens pas nous parler d'indulgence !... O&#249; tu te crois ici, ch&#233;rie enfin !... T'es pas dans la bourgeoisie lib&#233;rale !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Folle intimid&#233;e, mais voulant dire ce qu'elle a &#224; dire, se met a d&#233;biter ses phrases machinalement ; debout dans la rang&#233;e : &#171; Dieu est en nous !... Dieu est partout, Dieu est en chacun de nous !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines ne rel&#232;vent m&#234;me pas la t&#234;te, elles continuent de lire leurs tracts, ou de flirter et bavarder ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Notre Seigneur J&#233;sus &#233;tait homosexuel ! Et Dieu, son p&#232;re est un homosexuel !... Tous ses disciples &#233;taient homosexuels !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lesbienne : &#171; Et son &#226;ne gris quelle couleur qu'il &#233;tait ? Y'a que la vierge Marie, l&#224;-dedans, qui &#233;tait pas homosexuelle, parce que elle, elle a mis un gosse au monde !... Toutes les femmes sont des homosexuelles qui mettent des gosses au monde !... Marie vivait qu'avec des femmes, je te signale, ma ch&#233;rie !... Et puis en plus de &#231;a il faudrait voir comment qu'elle l'a trait&#233; son Jules !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Tu veux dire sa Joseph !... Ha !... mes ch&#233;ries !... Ca vous arrive des fois de penser &#224; la R&#234;volution ?... Quel ennui, tous ces gens qui causent de trucs qu'existent pas ! Bon bhein J&#233;sus &#233;tait p&#233;d&#233; ! Et alors ? Elles est morte maintenant !... Elle a d'ailleurs assez souffert comme &#231;a, la pauvre ch&#233;rie !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Je trouve &#231;a d&#233;goutant que vous reparliez de trucs pareils !... J&#233;sus a exist&#233; dans l'imagination sordide des phallocrates ! C'est un H&#233;ros-H&#233;t&#233;ro de Science-Fiction !... Est-ce que je vous parle des m&#339;urs sexuelles du dernier James Bond que j'ai lu, moi ! C'est pas int&#233;ressant, c'est du phantasme, mes ch&#233;ries ! autant que la virilit&#233;, si ch&#232;re aux h&#233;t&#233;ros&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi tu lis James Bond, toi aussi !... Reconnais devant nous qu'les jules virils, &#231;a te d&#233;pla&#238;t pas non plus !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Ch&#233;rie qui vient de nous parler de cette &#233;poque miraculeuse o&#249; tous les hommes pouvaient se toucher le petit J&#233;sus entre eux, et les nanas aussi ; dis-nous ch&#233;rie, &#224; quoi tu penses quand tu te masturbes ?... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Elle se branle pas la pauvre ch&#233;rie, elle fait pr&#234;chi-pr&#234;cha&#8230; Elle tire le ch&#232;vrefeuille par les cheveux, pour se retenir !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Ce qui est formidable dans l'histoire de J&#233;sus, c'est qu'on peut voir l&#224;-dedans tous les phantasmes des h&#233;t&#233;ros-flics qu'on puisse imaginer !... Prenez Marie, par exemple, figure classique de la femme ; sacrifiant toute sa vie &#224; son m&#244;me ! Marie-Madeleine, fille du Peuple, est une putain d&#233;vou&#233;e, admirative du fils-&#224;-papa !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ha ! les Lesbiennes !... Assez mes ch&#233;ries !... Vous monterez en chaire au M.L.F. !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On va vous appeler les &#171; s&#233;rieuses &#187;, y'a vraiment pas moyen que vous desserriez les fesses, mes ch&#233;ries, alors !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Rel&#226;chez vos sphincters, mes ch&#233;ries !... parce que pour l'instant l'h&#233;misph&#232;re gauche de votre cerveau est en train de se faire broyer avec l'h&#233;misph&#232;re droit !... C'est pas des pierres que vous avez, &#224; la place de votre mati&#232;re molle, mes ch&#233;ries !... Ce sont des meules de contrebande !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Tant qu'on ne pourra pas aller s'exprimer ailleurs qu'en &#233;tant avec des homosexuels mecs, on se fera claquer la gueule !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu vois, comme t'es, ch&#233;rie !... Si y'a du mec ici, c'est les filles-mecs !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L&#226;chez vos muscles, et l&#226;chez tout !... Laissez pisser, laissez couler. Laissez venir &#224; nous la grande R&#234;volution !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline, avec un foulard jaune autour du front, assise &#224; la table du prof ; lisant le Monde : &#171; Ha mes ch&#233;ries ! Les discours d'Assembl&#233;e&#8230; C'est mieux qu'&#224; Gazoline !... C'est le serrage de cul le plus jouissif qu'on puisse trouver !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; N'emp&#234;che que c'est quand m&#234;me cette grande Folle de Chaban qui les serre le plus fort !... du moins &#224; l'Assembl&#233;e !... Celle-l&#224;, mes petites ch&#233;ries, elle doit avoir les h&#233;morro&#239;des qui font du bruit comme des graviers !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et la Duclos, c'est pas g&#233;nial, comme travesti ? &#199;a d&#233;passe le Brassens !... &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle dansant : &#171; Des gens de Sodome et Gomorrhe, les copains d'abord !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Folle au foulard jaune : &#171; Ecoutez &#231;a !... La Pompidou !... C'est vrai ce que je vous raconte mes ch&#233;ries ; c'est dans le Monde de ce soir !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Ch&#233;rie tu me fais de la peine !... T'es comme les noirs intellectuels qui laissent jamais passer un num&#233;ro du Monde parce qu'elles y croient, les pauvres ch&#233;ries !... Et tous les soirs dans le m&#233;tro tu peux les voir le nez plong&#233; l&#224;-n'dans !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; A moi tu me rappelles l'&#233;poque o&#249; je pratiquais encore la voile et la vapeur !... je vivais avec un intellectuel de gauche ; et lui et tous ses potes allongeaient un par un chaque num&#233;ro du Monde sous leur biblioth&#232;que, pour les garder tous empil&#233;s jusqu'&#224; ce qu'ils soient jaunis !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En fait il y a pas plus fumier que ce canard !... &#199;a pue la merde phallocrate sur le retour d'&#226;ge !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Avec des mouches et des verrues partout !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; &#171; Des mouches et des verrues &#224; particules !... Des vieux michetons, tout &#231;a !... Avec des testicules qu'elles sont forc&#233;es de maintenir avec des suspensoirs, pour bien les s&#233;parer de leurs h&#233;morro&#239;des !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Folle : &#171; Les Lesbiennes, mes ch&#233;ries, vous surpassez les Gazolines quand vous vous y mettez !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Lesbienne : &#171; Peut-&#234;tre que tous les mecs se d&#233;fendront jusqu'au dernier pour pas &#234;tre encul&#233; ; en tous les cas les femmes qui trimbalent pas tous leurs fardeaux d'ali&#233;nation, vont finir par comprendre une fois qu'elles sont toutes homosexuelles !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre Lesbienne : &#171; Apr&#232;s le M.L.F., il y aura une vraie lutte des femmes, et elles vous surpasseront dans votre lutte &#224; la virilit&#233;&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais oui, ch&#233;ries ! et on sera avec vous !... Est-ce qu'on est pas des femmes aussi ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Gazoline : &#171; Nous, on se drape dans la mis&#232;re !... On est pas des bourgeoises !... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Gouines rouges=Un groupe de Filles Lesbiennes du M.L.F. qui sont aussi les seules r&#234;volutionnaires du Mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les flics&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gazoline, &#231;a ne s'explique pas. On est une Gazoline (certaine m&#234;me sans le savoir) ou on le sera jamais. Ce sont les Folles du P.H.A.R., qu'ont eu l'id&#233;e de faire un groupe entre elles, afin de se d&#233;fendre de la brutalit&#233; rapace de certains &#171; jules &#187; du mouvement, qui profitent de leurs deux identit&#233;s sexuelles-sociales pour jouer le jeu &#171; viril &#187; dehors, et d&#233;fendre leurs affaires (de journaux en g&#233;n&#233;ral) ; et venir la ramener dans les AG.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; jules &#187; du P.H.A.R. sont bien souvent politis&#233;s, et viennent m&#234;ler leurs histoires de Marxisme &#224; quelque chose qui est d&#233;j&#224; la R&#234;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Gazolines, qui se sont d'abord appel&#233;es les &#171; Camping-Gaz Girls &#187;, se r&#233;unissent aux Beaux-Arts une fois par semaine. Et parmi elles il y a aussi des filles lesbiennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Performer la d&#233;sidentit&#233; - par Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Identit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>
		<dc:subject>Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Un homme ? O&#249; as-tu vu un homme ? &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Queer-+" rel="tag"&gt;Queer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Jose-Esteban-Munoz-+" rel="tag"&gt;Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton137.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous savons que nous voulons nous retrouver. Tout ce dont nous avons besoin, c'est des c&#233;r&#233;monies qui nous rassembleront &#187;, &#233;crit la po&#233;tesse africaine-am&#233;ricaine et &lt;/i&gt;queer troublemaker Alexis Pauline Gumbs. Les noms que nous utilisons pour nous dire font parfois office de c&#233;r&#233;monies : un nom nous appelle, et nous r&#233;pondons &#224; son invocation. Ce peut &#234;tre un cri de ralliement, comme &#171; Not GAY as in Happy but QUEER as in Fuck You ! &#187;, mais m&#234;me les collectifs les plus &#233;meutiers et les plus retors &#224; l'identification courent le risque, en se nommant, de se voir r&#233;assigner &#224; r&#233;sidence par l'interpellation polici&#232;re (&#171; h&#233; toi, l&#224;-bas ! &#187;). Comment &#233;viter les pi&#232;ges de l'identit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Disidentification : Queers of Color and the Performance of Politics &lt;/i&gt; (1999), l'historien de l'art cubain-am&#233;ricain Jos&#233; Esteban Mu&#241;oz propose le concept de &#171; d&#233;sidentit&#233; &#187; pour d&#233;signer les pratiques des artistes queers noir&#183;es et latinx qui ont d&#233;velopp&#233; des techniques pour ne pas r&#233;pondre &#224; l'injonction institutionnelle &#224; produire un art &#171; ethnique &#187; ou estampill&#233; &#171; queer &#187;. Dans cet extrait (qui para&#238;t ce mois-ci dans le &lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/82-multitudes-82-printemps-2021/mineure-82-desidentifications/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro 82&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/82-multitudes-82-printemps-2021/mineure-82-desidentifications/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Multitudes&lt;/a&gt;, le minimalisme de Felix Gonz&#225;lez-Torres permet d'aborder la d&#233;sidentit&#233; sous la forme d'&#339;uvres qui d&#233;jouent les interpellations stigmatisantes du multiculturalisme tout en s'adressant &#224; un contre-public d'alli&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'identit&#233; contre elle-m&#234;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Felix Gonzalez-Torres &#233;tait un artiste queer et &lt;i&gt;cubano&lt;/i&gt; qui vivait avec le sida. Son travail ne repose pourtant jamais sur l'invocation explicite d'&#233;l&#233;ments identitaires. Il s'appuie sur un lexique symbolique minimal mais il ne s'identifie pas au minimalisme et &#224; son auto-r&#233;f&#233;rentialit&#233;. Par contraste avec le minimalisme classique, le minimalisme de Gonzalez-Torres sugg&#232;re en effet des significations, il recourt &#224; la connotation discr&#232;te. Autrement dit, il utilise le minimalisme pour &#233;largir son public et d&#233;placer les enjeux de l'identit&#233;. En d&#233;tournant le minimalisme, il se donne une occasion de repenser l'identit&#233; et d'opter, &#224; la place, pour la d&#233;sidentit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Nul besoin de nous tourner vers les critiques d'art pour le v&#233;rifier ; l'artiste lui-m&#234;me en parle avec &#233;loquence. Dans toute son &#339;uvre, ses entretiens, ses cours, ses conf&#233;rences publiques, il se rebelle activement contre toute compr&#233;hension r&#233;ductrice de son identit&#233; et de la mani&#232;re dont elle affecte ses productions culturelles. Ainsi, en r&#233;ponse &#224; l'artiste Tim Rollins qui l'interroge sur le &#171; contenu &#187; de son travail, Gonzalez-Torres formule une compr&#233;hension de la formation identitaire qui complique les mod&#232;les familiers du multiculturalisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tim [Rollins] : Felix, j'ai entendu pas mal de plaintes concernant le manque de contenu ouvertement politique ou latino dans ton travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
[Felix] Gonzales-Torres : (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;) Et apr&#232;s on me demandera de faire des sculptures de maracas ? D&#233;sol&#233;, je suis pas un tr&#232;s un bon &lt;i&gt;token&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT. Le mot token (litt&#233;ralement : &#8220;jeton&#8221;, comme dans un jeu de soci&#233;t&#233;) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne porte pas les bonnes couleurs. J'ai mes propres priorit&#233;s. Certaines personnes veulent promouvoir le multiculturalisme, mais bien s&#251;r, c'est parce qu'elles peuvent elles-m&#234;mes en &#234;tre les promotrices et diriger le cirque m&#233;diatique. Et l'on attend de nous des choses tr&#232;s sp&#233;cifiques. Comme dans une vitrine de magasin, &#8220;nous&#8221;&#8212;qui sommes &#8220;l'autre&#8221;&#8212;sommes cantonn&#233;&#183;e&#183;s aux rituels et aux performances exotiques qui plairont &#224; la majorit&#233;. Quel ennui, cette parodie ! Qui va d&#233;finir ma culture ? Ce n'est pas seulement Borges et Garcia Marquez, mais aussi Gertrude Stein, Freud et Guy Debord&#8212;tous&#183;tes font partie de ma formation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tim Rollins, &#171; Interview with Felix Gonzalez-Torres &#187;, in Felix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Gonzalez-Torres demande, avec frustration : &#171; qui va d&#233;finir ma culture ? &#187;, il exprime un point de vue que partagent quasiment tous&#183;tes les artistes que j'ai &#233;tudi&#233;es dans &lt;i&gt;Disidentifications&lt;/i&gt;. Les r&#244;les qui sont disponibles au sein de la culture dominante pour les Latinx et les autres identit&#233;s minoritaires sont restreints et statiques. Souvent, ce sont des constructions identitaires exotisantes dont les performances sont strictement d&#233;limit&#233;es par la culture &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Ces r&#233;cits de l'identit&#233; attendus par la culture &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; sont, dans la plupart des cas, incapables de rendre compte de la sp&#233;cificit&#233; des vies noires ou latinx ou queer (ou de tout autre fusion de d&#233;signations minoritaires). L'&#339;uvre de Gonzalez-Torres persiste &#224; parler de fa&#231;on queer et &#224; bousculer l'identit&#233; latina, mais elle le fait de mani&#232;re oblique. Par l&#224;, son &#339;uvre fonctionne comme un obstacle formidable aux conceptions simplistes de l'identit&#233;. Gonzalez-Torres &#233;labore des formes de repr&#233;sentation fond&#233;es sur l'invisibilit&#233;. Il convoque une d&#233;sidentit&#233; qui s'appuie sur la transparence et le quotidien plut&#244;t que sur des mod&#232;les familiers de l'identit&#233; minoritaire qui se pr&#233;valent, quant &#224; eux, de couleurs et de rituels exotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand son interlocuteur sugg&#232;re que l'&#339;uvre Gonzalez-Torres est apolitique, ce n'est pas seulement Gonzales-Torres qu'il attaque, mais avec lui tous&#183;tes celleux qui refusent d'affronter la culture dominante sur le terrain qu'elle prescrit. L'&#339;uvre de Gonzalez-Torres permet un d&#233;bat sur la publicit&#233; (&lt;i&gt;publicity&lt;/i&gt;) dans les espaces dominants. Elle permet en particulier de contester l'appel au multiculturalisme ou plut&#244;t l'interpellation du multiculturalisme qui force les minorit&#233;s &#224; s'identifier comme minorit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT. Dans un passage que nous avons &#233;lid&#233;, Mu&#241;oz discute de la r&#233;cup&#233;ration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (...). Au lieu de cela, Gonzalez-Torres met le multiculturalisme &#224; l'&#233;preuve. Il l'entrave par une s&#233;rie de man&#339;uvres d&#233;sidentificatoires calibr&#233;es pour forger un activisme contre-publicitaire et anti-identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;sidentification, th&#233;orie sociale et binarisme public/priv&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) Un sujet qui est interpell&#233; par l'appel des policiers de l'id&#233;ologie, par leur &#8220;h&#233; toi !&#8221;, peut y r&#233;pondre en usant d'une &lt;i&gt;non-reconnaissance tactique&lt;/i&gt;, comme celle que le personnage de Molina oppose &#224; Valentin dans &lt;i&gt;Le baiser de la femme araign&#233;e&lt;/i&gt; de Manuel Puig. Valentin lance &#224; son compagnon de cellule gay : &#171; Soit un homme ! &#187; Molina, une folle chevronn&#233;e, lui r&#233;pond en s'exclamant : &#171; Un homme ? O&#249; as-tu vu un homme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de non-reconnaissance tactique permet au sujet de d&#233;mystifier l'exigence dominante de publicit&#233;. Elle expose cette publicit&#233; comme un espace &#171; discursivement pr&#233;-constitu&#233; &#187; qui, souvent, maintient des hi&#233;rarchies strictes et oppressives &#224; l'int&#233;rieur du social. La contre-publicit&#233; na&#238;t ainsi d'une modalit&#233; de d&#233;sidentification qui se pr&#233;sente essentiellement comme un acte de non-reconnaissance tactique. Elle fonctionne comme un rempart aux effets de publicit&#233; dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les performances et les installations de Gonzalez-Torres produisent une non-reconnaissance tactique de la binarit&#233; public/priv&#233; au sein de la publicit&#233; dominante. Gonzalez-Torres est un habile tacticien et un excellent philosophe de la publicit&#233;. Dans un essai intitul&#233; &#171; Repenser la sph&#232;re publique &#187;, la philosophe nord-am&#233;ricaine Nancy Fraser explique succinctement comment la binarit&#233; public/priv&#233; renforce le public dominant en disant que la s&#233;paration public/priv&#233; &#171; restreint certaines questions &#224; certaines zones discursives sp&#233;cialis&#233;es afin de les exclure du d&#233;bat g&#233;n&#233;ral. &#187; Et elle conclut : &#171; ceci fonctionne g&#233;n&#233;ralement &#224; l'avantage des groupes et des individu&#183;e&#183;s dominant&#183;e&#183;s et au d&#233;savantage des subalternes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nancy Fraser, &#8220;Rethinking the Public Sphere&#8221;, in Bruce Robbins (dir.), The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Fraser parle ici sp&#233;cifiquement de l'exp&#233;rience des femmes et de la mani&#232;re dont la binarit&#233; public/priv&#233; a historiquement &#233;t&#233; utilis&#233;e pour perp&#233;tuer leur subordination. Gonzalez-Torres partageait certes ces pr&#233;occupations f&#233;ministes, mais son propre horizon d'exp&#233;rience &#233;tait celui d'un homme gay, dont l'identit&#233; &#233;tait autrement subordonn&#233;e : du point de vue de la culture dominante, son identit&#233; gay relevait du &#171; &lt;i&gt;don't ask, don't tell&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT. Don't ask, don't tell (&#171; Ne demandez pas, n'en parlez pas &#187; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Gonzalez-Torres vivait aussi avec le sida, et il avait perdu son amant, Ross, lors de la pand&#233;mie. Comme nous le verrons, c'est pr&#233;cis&#233;ment au travers de ce deuil que Gonzalez-Torres refuse l'injonction de s&#233;parer les domaines public et priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa remise en cause de la binarit&#233; public/priv&#233; est aussi une critique du sujet individuel universalis&#233;. (...) L'artiste a notamment souvent travaill&#233; avec des images obliques, c'est-&#224;-dire des images strat&#233;giquement invisibles pour le public hostile, mais visibles pour les diff&#233;rents contre-publics initi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une interpr&#233;tation convaincante des logiques d'invisibilisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces images obliques partagent certaines des philosophies esth&#233;tiques caract&#233;ristiques de l'art d'ACT-UP et d'autres groupes queer/impliqu&#233;s dans la lutte contre le VIH/sida. L'interpr&#233;tation propos&#233;e par Douglas Crimp du c&#233;l&#232;bre logo Silence=Mort peut nous donner quelque id&#233;e des strat&#233;gies de ce mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La signification de notre embl&#232;me implique que l'on reconnaisse le triangle rose comme ce marqueur qui &#233;tait utilis&#233; dans les camps de concentration pour identifier les gays. Elle implique que l'on connaisse l'histoire de sa r&#233;appropriation par le mouvement gay et comment cette r&#233;appropriation avait pour fonction de rappeler l'histoire refoul&#233;e de notre oppression tout en inversant sa signification (les hommes dans les camps de la mort portaient un triangle rose orient&#233; vers le bas ; le triangle de Silence=Mort est orient&#233; vers le haut). Silence=Mort d&#233;clare que le silence sur l'oppression et l'annihilation des gays, &lt;i&gt;alors et maintenant&lt;/i&gt;, doit &#234;tre bris&#233; pour notre survie. Aussi historiquement probl&#233;matique que soit une analogie entre le sida et les camps de la mort, elle r&#233;sonne profond&#233;ment pour les hommes gays et pour les lesbiennes, sp&#233;cifiquement dans la mesure o&#249; cette analogie est d&#233;j&#224; m&#233;di&#233;e par l'adoption du triangle rose dans le mouvement gay. Mais, ce n'est pas simplement &lt;i&gt;ce que&lt;/i&gt; Silence=Mort dit qui lui donne sa force singuli&#232;re, c'est aussi &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; le logo s'exprime qui produit un effet puissant. La puissance de l'&#233;quivalence plac&#233;e sous le signe du triangle, c'est de comprimer une connotation sous la forme d'un logo. C'est un logo si frappant que tu es oblig&#233;&#183;e de demander : &#8220;Qu'est-ce que cela veut dire ?&#8221; Et ce sont les r&#233;ponses que nous sommes oblig&#233;&#183;e&#183;s de donner, ce sont ces actions directes, discr&#232;tes et quotidiennes, qui lui donnent sa signification au-del&#224; de la communaut&#233; initi&#233;e des lesbiennes et des gays.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Douglas Crimp, AIDSDEMOGRAPHICS, Seattle, Bay Press, 1990, p. 14.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Gonzalez-Torres &#233;tait en phase avec nombre de ces strat&#233;gies activistes postmodernes de la lutte contre le sida. Consid&#233;rez les panneaux d'affichage que Gonzalez-Torres a install&#233;s dans tout New York o&#249; l'on voit un lit vide et d&#233;fait ainsi que deux oreillers marqu&#233;s par la forme de deux t&#234;tes absentes. Consid&#233;r&#233;e d'un point de vue latino ou queer (pour ne nommer que deux des communaut&#233;s vuln&#233;rables que Crimp aurait pu d&#233;crire comme &#8220;initi&#233;es&#8221;), cette image vague, indirecte, commente la crise qui affecte ces identit&#233;s. Pour certain&#183;e&#183;s spectateur&#183;ice&#183;s, ce qui est sugg&#233;r&#233; n'est rien de plus qu'une image banale de la vie quotidienne. Et pourtant, il y a quelque chose dans cette image, agrandie et re-situ&#233;e dans la sph&#232;re publique, qui laisse planer une ombre de myst&#232;re sur la sc&#232;ne. Les spectateur&#183;ice&#183;s qui ne sont pas &#171; au fait &#187; sont plac&#233;&#183;e&#183;s dans une position o&#249; iels &#171; &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; demander &#187;, s'iels ne sont pas &#171; d&#233;j&#224; au courant &#187; : &#171; Qu'est-ce que cela veut dire ? &#187; Pour les autres, celleux qui ont &#233;t&#233; touch&#233;&#183;e&#183;s par la catastrophe du sida et d'autres &#233;pid&#233;mies g&#233;nocidaires, l'image renvoie &#224; la perte, &#224; l'absence, &#224; la n&#233;gation des vies queer, latinxs et d'autres communaut&#233;s &#224; risque ou d'autres personnes qui partagent la m&#234;me structure de sentiment. Les panneaux d'affichage remettent en cause puissamment les notions de vie publique et de vie priv&#233;e. L'image, r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; travers la ville, repr&#233;sente non seulement une pr&#233;sence, une identit&#233;, mais aussi une absence, une lacune, un vide qui signale une autre chose, pr&#233;cieuse, aim&#233;e et disparue. &lt;i&gt;La disparition priv&#233;e d'un&#183;e proche est restructur&#233;e et devient un art public.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les init&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&#183;e&#183;s&lt;/i&gt; qui pourraient &#171; comprendre &#187; ce que raconte l'image de l'&#233;pid&#233;mie de sida ne sont pas sujet&#183;te&#183;s &#224; simplement &#171; s'y identifier &#187;. On ne peut s'identifier &#224; rien &#8211; aucune figure, aucun texte, aucun geste, &#224; peine un objet, rien qu'une absence. Ce qui est &#233;voqu&#233;, c'est une &#171; structure de sentiment &#187; qui touche certaines communaut&#233;s latinxs et queers mais qui n'est exclusive &#224; aucun groupe identitaire. L'image connote une d&#233;sidentit&#233;, une version de soi con&#231;ue &#224; travers autre chose que des pratiques repr&#233;sentationnelles inconscientes ; une version de soi produite &#224; travers une pleine et enti&#232;re d&#233;sidentification avec ces pratiques et avec la binarit&#233; public/priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;349&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/dancer1.jpg?1731403012' width='500' height='338' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;i&gt;&#034;Untitled&#034; (Go-Go Dancing Platform)&lt;/i&gt;, 1991. Installed in &lt;i&gt;Every Week There is Something Different&lt;/i&gt;. Andrea Rosen Gallery, New York, NY. 2 May &#8211; 1 Jun. 1991. [A four-part project by Felix Gonzalez-Torres].&lt;br class='autobr' /&gt;
Photographer : Peter Muscato. Image courtesy of Andrea Rosen Gallery.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; Felix Gonzalez-Torres&lt;br class='autobr' /&gt;
Courtesy of the Felix Gonzalez-Torres Foundation
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Performance et contexte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;171&lt;/strong&gt;) (&#8230;) Une installation sans titre produite par Gonzalez-Torres en 1991 fournit un exemple flagrant du d&#233;placement de son &#339;uvre vers la performance et de la mani&#232;re dont elle restructure l'espace de la galerie. L'installation place un jeune homme &#224; la peau brune, probablement latino, en position de &lt;i&gt;gogo-dancer&lt;/i&gt; sur une plateforme entour&#233;e de lumi&#232;res. Il porte un slip et un t-shirt rouge dont il se d&#233;fait pendant son num&#233;ro. Ce corps latino, re-contextualis&#233; au sein de la galerie, en perturbe l'espace. La performance du danseur n'est pas le type d'activit&#233; que l'on aper&#231;oit habituellement au sein d'une galerie new-yorkaise. Cette image serait plus probablement disponible &#224; la consommation dans des spectacles sur Times Square ou des clubs comme l'Eros ou la Gaiety Burlesque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne suis pas totalement certain que cette personne aux cheveux bruns et &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'installation de Gonzalez-Torres rappelle certaines pratiques queer du pop art dont Andy Warhol avait &#233;t&#233; le pionnier dans les ann&#233;es 1960. Les films de Warhol transportaient de jeunes prostitu&#233;s de Times Square dans le milieu des galeries d'art et des cin&#233;mas ind&#233;pendants. De nombreux anciens prostitu&#233;s, tels que Joe Dallesandro, figuraient dans les films de Warhol &#224; cette p&#233;riode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Eros a &#233;t&#233; ferm&#233; en 1997 par Rudolph Giulini, alors maire de New York, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette recontextualisation remet en cause l'int&#233;grit&#233; des distinctions entre le divertissement &#233;rotique populaire et la haute culture. Les mondes-de-la-vie de la bo&#238;te de strip-tease et de la galerie de Soho se bloque l'un l'autre. Dans cet exemple, &#224; travers la performance &#233;rotique, l'identit&#233; queer est d&#233;sorganis&#233;e et d&#233;plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'installation se pr&#233;sente &#233;galement comme un commentaire sur la place de la &lt;i&gt;latinidad &lt;/i&gt;dans la culture gay. Dans la culture commerciale gay, les corps comme ceux du gogo danseur sur la plateforme sont consomm&#233;s &#224; l'occasion de projections pornographiques priv&#233;es et dans le (semi-)secret des &lt;i&gt;dark rooms&lt;/i&gt; comme celle de l'Eros.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un article paru dans le Village Voice s'int&#233;resse au Latino Fan Club, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'installation de Gonzalez-Torres d&#233;place le corps latino hors de sa position traditionnelle dans la culture gay. Elle r&#233;v&#232;le et d&#233;construit le r&#244;le fig&#233; de la &lt;i&gt;latinidad&lt;/i&gt; queer. Le d&#233;sir privatis&#233; et compartiment&#233; pour les corps latinos devient une question publique. L'installation fonctionne aussi comme une publicisation de l'acte sexuel queer qui l'&#233;l&#232;ve au-del&#224; de sa position de vice priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Gonzalez-Torres ne s'identifiait clairement ni avec les politiques de la gestion du SIDA, ni avec l'hyper-stratification de l'art, ni avec l'&#233;rotisation du corps racis&#233;. Cependant, comme je l'ai sugg&#233;r&#233;, c'est&lt;i&gt; exactement ce qu'il a fait&lt;/i&gt;. Par sa pratique agile de la d&#233;sidentification avec la binarit&#233; public/priv&#233;, Gonzalez-Torres a r&#233;ussi &#224; performer un activisme politique. La n&#233;gociation entre identification et contre-identification dans l'oeuvre de l'artiste est avant tout un mode de performativit&#233; critique. J'identifie ce mode comme une non-reconnaissance tactique des grilles public/priv&#233; qui structurent le social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#171; soi &#187; anonyme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;178&lt;/strong&gt;) (...) Je voudrais &#224; pr&#233;sent sugg&#233;rer que l'interpr&#233;tation distanci&#233;e et nuanc&#233;e de l'identit&#233; que propose Gonzalez-Torres, ce que j'appelle &#171; d&#233;sidentit&#233; &#187;, fonctionne comme une contre-publicit&#233; qui g&#233;n&#232;re des visions possibles de relations de pouvoir alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire en un mot : qu'est-ce que le &#171; soi &#187; de la d&#233;sidendit&#233; ? C'est un soi impersonnel. Suivant les r&#233;flexions de Paul Veyne dans sa discussion des pratiques de soi comme &#171; possibilit&#233; strat&#233;gique &#187; dans les derniers travaux de Foucault, David Halperin sugg&#232;re que &#171; pratiquer une stylistique de soi, c'est cultiver la part de soi-m&#234;me qui m&#232;ne au-del&#224; de soi, qui transcende le soi : c'est &#233;laborer les possibilit&#233;s strat&#233;giques de ce qui est le plus impersonnel, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; &#224; se &#8220;r&#233;aliser soi-m&#234;me&#8221; en devenant &#8220;autre que ce que l'on est&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Veyne, &#171; Le dernier Foucault et sa morale &#187;, in Critique, n&#176; 471/472, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8221;. &#187; Le soi cultiv&#233; dans l'&#339;uvre de Gonzalez-Torres manifeste visuellement &#8220;les possibilit&#233;s strat&#233;giques&#8221; de cette &#8220;dimension la plus impersonnelle de la vie personnelle.&#8221; Bien plus, le soi impersonnel qui est produit dans son &#339;uvre remet en cause le soi toujours-d&#233;j&#224; r&#233;duit par les productions en s&#233;rie du discours multiculturaliste. Enfin, chez Gonzalez-Torres, le soi impersonnel est fa&#231;onn&#233; au travers de d&#233;sidentifications strat&#233;giques qui rejettent les discours dominants sur &#171; l'individualit&#233; &#187;. Il pr&#233;sente le potentiel de &#171; cultiver cette part de soi-m&#234;me qui m&#232;ne au-del&#224; de soi, qui transcende le soi. &#187; Ce moment de transcendance, o&#249; des contre-publics deviennent imaginables, regorge de possibilit&#233;s pour une politique transformative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur de la d&#233;sidentification se reconna&#238;t aux politiques transformatives qu'elle offre aux sujets et aux groupes d'imaginer. Les contre-publics ne se produisent pas de mani&#232;re magique et instantan&#233;e par d&#233;sidentification. Ils sont sugg&#233;r&#233;s, pr&#233;par&#233;s et articul&#233;s par elle. Les d&#233;sidentifications sont des strat&#233;gies invoqu&#233;es par les sujets minoritaires tout au long de leur vie quotidienne. Les productions culturelles et les performances que j'ai &#233;tudi&#233;es dans &lt;i&gt;Disidentifications&lt;/i&gt; amplifient et souvent expliquent ces pratiques quotidiennes. Elles offrent un m&#233;ta-r&#233;cit de la d&#233;sidentification qui d'un c&#244;t&#233; renforce l'atomisation et de l'autre acc&#233;l&#232;re la diffusion de ces pratiques d&#233;sidentificatoires. Ce livre peut donc &#234;tre compris comme un compl&#233;ment &#224; leur travail culturel qui s'efforce d'en repousser les limites. Mon d&#233;sir est de perp&#233;tuer la d&#233;sidentification et de l'offrir non seulement comme une herm&#233;neutique mais aussi une possibilit&#233; de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par&lt;br class='autobr' /&gt;
Tarek Lakhrissi et Emma Big&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***Cr&#233;dit photo couverture :
&lt;i&gt;&#034;Untitled&#034;&lt;/i&gt;, 1991. Third Avenue and East 137th Street, Bronx, NY. 1 of 24 outdoor billboard locations throughout New York, with 1 indoor location, as part of the exhibition &lt;i&gt;Projects 34 : Felix Gonzalez-Torres&lt;/i&gt;. The Museum of Modern Art (MoMA), New York, NY. 16 May &#8211; 30 Jun. 1992. Photography : Peter Muscato and Aleessandra Mannoni. Image courtesy of The Museum of Modern Art, New York, NY.
&#169; Felix Gonzalez-Torres
Courtesy of the Felix Gonzalez-Torres Foundation &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT. Le mot &lt;i&gt;token &lt;/i&gt;(litt&#233;ralement : &#8220;jeton&#8221;, comme dans un jeu de soci&#233;t&#233;) est parfois utilis&#233; en fran&#231;ais sans traduction pour d&#233;signer les pratiques de &#8220;quota&#8221; qui consistent, pour une institution, &#224; embaucher tel ou tel membre suppos&#233;ment repr&#233;sentatif d'un groupe consid&#233;r&#233; comme minoritaire. Ce &#8220;jeton&#8221; sert ainsi d'alibi (ou de cache-mis&#232;re) cens&#233; prouver &#8220;l'engagement envers la diversit&#233;&#8221; de l'institution en question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tim Rollins, &#171; Interview with Felix Gonzalez-Torres &#187;, in &lt;i&gt;Felix Gonzalez-Torres&lt;/i&gt;, William S. Bartman (dir.), New York, A.R.T. Press, 1993, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT. Dans un passage que nous avons &#233;lid&#233;, Mu&#241;oz discute de la r&#233;cup&#233;ration spectaculaire-marchande du multiculturalisme. Dans cette r&#233;cup&#233;ration (que Mu&#241;oz appelle &#8220;pluralisme&#8221;), le multiculturalisme permet &#224; la culture dominante d'interpeller ses minorit&#233;s en r&#233;duisant leurs identit&#233;s &#224; des &#171; pratiques &#187; (pratique latina, pratique queer&#8230; ), sans leur laisser la main sur la th&#233;orie ou la critique de ces pratiques, et encore moins, bien s&#251;r, sur la th&#233;orie ou la critique de la culture dominante. Un multiculturalisme radical se caract&#233;riserait au contraire par une &#171; attention &#224; d&#233;mystifier la gestion du pluralisme multiculturaliste et &#224; la combattre &#187;, conclut-il en citant Wahneema Lubiano (&#171; Like Being Mugged by a Metaphor : Multiculturalism and State Narratives &#187;, in Avery Gordon et Christopher Newfield, &lt;i&gt;Mapping Multiculturalism&lt;/i&gt;, Minneapolis : University of Minnesota Press, 1996, p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nancy Fraser, &#8220;Rethinking the Public Sphere&#8221;, in Bruce Robbins (dir.), &lt;i&gt;The Phantom Public Sphere&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1993, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT. &lt;i&gt;Don't ask, don't tell &lt;/i&gt;(&#171; Ne demandez pas, n'en parlez pas &#187; en fran&#231;ais) est une l&#233;gislation discriminatoire en vigueur de 1994 &#224; 2011 dans les forces arm&#233;es des &#201;tats-Unis qui emp&#234;che toute personne homo-, bi- ou transexuelle au service des Forces am&#233;ricaines de r&#233;v&#233;ler son identit&#233; sexuelle ou de parler de ses relations amoureuses, y compris dans des cas de mariage et d'homoparentalit&#233;. L'expression est parfois utilis&#233;e, comme ici, pour parler plus g&#233;n&#233;ralement de l'imp&#233;ratif de confiner son homosexualit&#233; &#171; au placard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une interpr&#233;tation convaincante des logiques d'invisibilisation publique et de visibilisation priv&#233;e au sein de la sph&#232;re publique, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. Lauren Berlant, &#171; National Brands/National Body : &lt;i&gt;Imitation of Life &lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;The Phantom Public Sphere&lt;/i&gt;, Bruce Robbins (dir.), Minneaopolis, University of Minnesota Press, 1993, pp. 173-208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Douglas Crimp, &lt;i&gt;AIDSDEMOGRAPHICS&lt;/i&gt;, Seattle, Bay Press, 1990, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne suis pas totalement certain que cette personne aux cheveux bruns et &#224; la peau olive &#233;tait un homme latino. Parce que les Latinos peuvent &#234;tre de n'importe quel groupe ethnique, un homme noir &#224; la peau fonc&#233;e, un homme asiatique ou un anglo-descendant blond pourraient aussi bien &#234;tre latinos. Cependant ma lecture de cette installation implique d'en appeler &#224; l'iconographie du gogo danseur latino. Cette iconographie est famili&#232;re celleux qui sont habitu&#233;&#183;e&#183;s des bars gays et de la &lt;i&gt;club culture&lt;/i&gt; new-yorkaises. Le jeune gogo danseur latino fait partie des &#171; types &#187; convoit&#233;s et f&#233;tichis&#233;s dans ces cercles. Gonzalez-Torres a aussi employ&#233; des strip-teaseuses dans ses pi&#232;ces, mais, pour ce que je peux en percevoir, il l'a fait moins fr&#233;quemment. La grande majorit&#233; des documentations de ses performances repr&#233;sentent des danseurs masculins (des jeunes gens aux cheveux bruns et aux corps bodybuild&#233;s) qui correspondent &#224; l'iconographie du gogo danseur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Eros a &#233;t&#233; ferm&#233; en 1997 par Rudolph Giulini, alors maire de New York, au cours de sa &#171; campagne pour une meilleure qualit&#233; de vie &#187; qui prenait pour cible l'industrie du sexe et la culture sexuelle publique queer ainsi que les sans-domiciles et les familles qui vivaient gr&#226;ce &#224; l'assistance publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un article paru dans le &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt; s'int&#233;resse au Latino Fan Club, une entreprise pornographique sp&#233;cialis&#233;e qui produisait &#224; la fois des sc&#232;nes de sexe entre &#8220;mecs&#8221; latinos et des sc&#233;narios fantasmatiques avec des hommes blancs dans des prisons ou des centres de d&#233;sintoxication. L'auteur g&#233;n&#233;ralise &#224; la relation entre hommes latinos et hommes blancs dans la culture gay consum&#233;riste : &#8220;La relation entre les hommes gays blancs et les Latinos, qu'elle soit attraction mutuelle ou exploitation mutuelle, a ses traditions, sa litt&#233;rature, et regorge d'anecdotes.&#8221; (Vince Alettii, &lt;i&gt;Village Voice&lt;/i&gt;, June 28, 1994, pp. 30-31).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Veyne, &#171; Le dernier Foucault et sa morale &#187;, in &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, n&#176; 471/472, 1986 ; David Halperin, &lt;i&gt;Saint Foucault&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Didier Eribon, Paris, EPEL, 2005, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Michel Foucault est-il soluble dans sa biographie ? </title>
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		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>cancel culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Alain Brossat et Alain Naze r&#233;pondent &#224; la pol&#233;mique autour de Michel Foucault et tentent d'exorciser la pens&#233;e de la morale militante, de la pulsion de vengeance de la cancel culture et de la haine de la pens&#233;e dont Guy Sorman est un triste repr&#233;sentant.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-cancel-culture-+" rel="tag"&gt;cancel culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton139.jpg?1731403042' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat&lt;/strong&gt; est Fellow Researcher &#224; l'Universit&#233; nationale Chiao-Tung, &#224; Ta&#239;wan. Il a publi&#233; notamment Le pl&#233;b&#233;ien enrag&#233; (Le passager clandestin, 2016) et Ab&#233;c&#233;daire Foucault (D&#233;mopolis, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Naze&lt;/strong&gt; enseigne la philosophie en Bretagne. Il a &#233;crit plusieurs ouvrages, dont Manifeste contre la normalisation gay (La Fabrique, 2017) et co&#233;crit avec Alain Brossat Interroger l'actualit&#233; avec Michel Foucault. T&#233;h&#233;ran 1978/Paris 2015 (Eterotopia France, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ORDO SEXUALIS, r&#233;flexions sur l'ordre (et le d&#233;sordre) sexuel paru aux &#233;ditions Eterotopia france (collection rhizome) portait une analyse critique de la civilisation, consistant en une d&#233;construction infinie des illusions automoralisatrices des soci&#233;t&#233;s modernes en questionnant les changements de normes r&#233;gissant la vie sexuelle, les relations entre les sexes et la codification des questions de genre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Que les accusations de Guy Sorman, vieux cheval lib&#233;ral sur le retour en qu&#234;te d'un regain de notori&#233;t&#233;, apparaissent comme d&#233;lirantes et d&#233;nu&#233;es de fondements, cela suffit-il pour traiter par la simple d&#233;n&#233;gation cette question d'une &#233;ventuelle transgression sexuelle de Foucault ? Qu'il soit pour le moins l&#233;gitime d'avoir un peu de mal &#224; imaginer un Foucault, en Tunisie, violant sur des tombes, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, de jeunes Tunisiens de huit ans (Sorman a reconnu par la suite ne pas &#234;tre tr&#232;s s&#251;r de cet &#226;ge...), cela justifie-t-il pour autant de se livrer &#224; une simple contre-expertise, visant &#224; invalider les faits all&#233;gu&#233;s par l'essayiste ? &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt; m&#232;ne une enqu&#234;te de terrain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frida Dahmani, &#171; Tunisie : Michel Foucault n'&#233;tait pas p&#233;dophile, mais il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, certes, mais aupr&#232;s d'amis du philosophe &#8211; risque suppl&#233;mentaire car propre &#224; pr&#234;ter le flanc au soup&#231;on d'une solidarit&#233; de coterie. Au fond, la question qui se pose consiste &#224; savoir si une position unanimement d&#233;fensive est suffisante &#8211; de la m&#234;me mani&#232;re qu'&#224; propos des &#233;v&#233;nements de Tarnac, si l'on pouvait juger mensong&#232;re l'implication de Coupat et ses ami(e)s dans les actes qui leur &#233;taient reproch&#233;s juger inconsistant le dossier &#224; charge fabriqu&#233; par les sp&#233;cialistes de la lutte antiterroriste, on ne pouvait pas non plus &#233;viter la question de savoir si, dans le cas o&#249; ils auraient envisag&#233; de commettre les actes qui leur &#233;taient reproch&#233;s, ils n'auraient &#233;t&#233; pour autant des ennemis de l'humanit&#233;... , ils auraient pour autant &#233;t&#233; ind&#233;fendables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat, Tous Coupat tous coupables, Paris, Editions Lignes, 2009.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet la question qui se pose de toute &#233;vidence : quand bien m&#234;me Foucault aurait entretenu des relations avec des moins de quinze ans, cela justifierait-il pour autant un jugement d&#233;pr&#233;ciatif sur son &#339;uvre ? En tout cas, on aurait l&#224; un &#233;clairage singulier et paradoxal sur cette &#339;uvre : l&#224; o&#249; Foucault posait comme &lt;i&gt;probl&#232;me&lt;/i&gt; la constitution historiquement d&#233;termin&#233;e de certaines conduites comme transgressives, et donc jug&#233;es socialement, moralement, judiciairement inacceptables, on devrait aujourd'hui juger de cette &#339;uvre &#224; partir d'un crit&#232;re d'honorabilit&#233; d&#233;cern&#233; &#224; l'auteur, crit&#232;re propre &#224; notre &#233;poque, et qu'il s'agirait donc de faire n&#244;tre, sans question. Bref, sauver l'&#339;uvre en passerait par la n&#233;cessit&#233; de sauver l'id&#233;e d'un Foucault indemne de tout comportement possiblement transgressif. Ce serait l&#224; le meilleur moyen pour d&#233;samorcer son &#339;uvre : ce ne serait qu'&#224; distance qu'il parlerait du discr&#233;dit portant sur les parias d'une &#233;poque, se r&#233;servant, pour lui-m&#234;me, une position normative accr&#233;dit&#233;e. Or, si Foucault nous int&#233;resse, c'est aussi en tant que philosophe susceptible de transgression. Que lui-m&#234;me puisse fuir la pl&#232;be (des suppos&#233;s p&#233;dophiles en l'occurrence), cela ne pourrait &#234;tre interpr&#233;t&#233; autrement que comme un manquement, une mani&#232;re de prendre ses distances &#224; l'&#233;gard des r&#233;prouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cette rupture avec la pl&#232;be, il n'est pas interdit de penser que Foucault e&#251;t pr&#233;f&#233;r&#233; soutenir une position qui, tout en r&#233;tablissant la v&#233;rit&#233; le concernant (et que nous ne connaissons certainement pas en certitude de fa&#231;on assur&#233;e), aurait contenu la r&#233;serve d'un &#171; Et quand bien m&#234;me &#187;. En effet, il para&#238;t difficilement envisageable que Foucault, face &#224; de telles accusations, du moins si l'on se place du point de vue de son &#339;uvre (tout individu a ses faiblesses), e&#251;t fait valoir l'id&#233;e qu'il avait toujours agi en fonction de la loi, condamnant ainsi tout comportement suppos&#233; d&#233;viant. De cela il d&#233;coule qu'une d&#233;fense, aujourd'hui, de Foucault, &#224; travers une simple contestation des accusations de Sorman est insuffisante. De fait, s'il s'agit seulement de contester les all&#233;gations de Sorman (et pas seulement dans leurs exag&#233;rations), alors on valide l'accusation. On soutient, de cette mani&#232;re, que si Sorman avait eu raison, alors l'&#339;uvre de Foucault ne pouvait que s'&#233;crouler. Dans ce cas, on apporte de l'eau au moulin de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est &#233;vident qu'on n'est pas oblig&#233; d'&#234;tre en rapport d'empathie avec un auteur pour juger de la port&#233;e de son &#339;uvre. Que Schopenhauer ait &#233;t&#233; un misanthrope doubl&#233; d'un misogyne, cela nuit-il pour autant &#224; la puissance de son syst&#232;me philosophique ? Ou alors, il faudrait accepter l'id&#233;e qu'une pens&#233;e philosophique est strictement d&#233;pendante des d&#233;sirs de qui la d&#233;fend &#8211; qui d&#233;fend l'&#233;galit&#233; des sexes devrait, par cons&#233;quent, se situer dans un rapport contractuel avec son conjoint (selon la logique de l'&#233;poque). Cette fa&#231;on de voir s'av&#232;re compl&#232;tement d&#233;connect&#233;e de l'existence effective &#8211; Simone de Beauvoir, toute f&#233;ministe qu'elle &#233;tait, entretenait une correspondance avec Nelson Algren, indiquant combien ses positions de principe (th&#233;oriques) pouvaient entrer en contradiction avec ses pratiques amoureuses / &#233;rotiques. Cela implique-t-il pour autant une remise en question des prises de positions de Simone de Beauvoir ? Si l'on peut prendre ses distances vis-&#224;-vis de sa th&#233;orie du f&#233;minisme, c'est &#224; partir du texte lui-m&#234;me, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, notamment en ce qui concerne sa vision de la &#171; lesbienne &#187;, et aucunement &#224; partir de sa simple biographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; voit-on que Foucault ait index&#233; ses pratiques sur les normes (y compris juridiques) propres &#224; son &#233;poque ? Or, la d&#233;fense actuelle de Foucault, par ses d&#233;fenseurs, consiste, pour une partie, &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e que ses amants auraient eu entre 17 et 18 ans. S'ils avaient eu moins de 15 ans, cela rendrait-il pour autant son &#339;uvre infr&#233;quentable ? Il y a une marge entre le viol (accompagn&#233; de violence) et une red&#233;finition, contemporaine, comme viol, de toute relation d'un majeur avec un moins de 15 ans. Imagine-t-on Foucault (selon son &#339;uvre) d&#233;fendre l'id&#233;e du caract&#232;re d&#233;fendable des seules relations entre majeurs et gar&#231;ons d'au moins dix-huit ans ? Encore une fois, il ne s'agit pas de soutenir que Foucault ait entretenu des relations sexuelles avec des mineurs, mais si tel avait &#233;t&#233; le cas, en quoi l'&#339;uvre de Foucault en serait-elle affect&#233;e ? Ou il d&#233;fend des positions purement rh&#233;toriques, ce qui pr&#233;senterait, reconnaissons-le un int&#233;r&#234;t limit&#233;, ou ses prises de positions produisent un effet de r&#233;alit&#233; &#8211; et dans ce cas, &#224; nous de nous tenir &#224; la hauteur de Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Pasolini se d&#233;fendait d'avoir entretenu des rapports sexuels avec des mineurs, dans l'&#233;cole o&#249; il &#233;tait affect&#233;, il tentait tout simplement d'&#233;viter un licenciement &#8211; et la suite nous montra combien son d&#233;part du Frioul pour Rome, avec sa m&#232;re, fut v&#233;cu comme un d&#233;chirement. On comprend que, d&#232;s lors, il ait d&#233;fendu une position le d&#233;douanant. Mais, cela &#233;tant, que ces gar&#231;ons avec lesquels il entretenait des relations buissonni&#232;res, aient &#233;t&#233; des gar&#231;ons d'une quinzaine d'ann&#233;es, cela n'entache en rien l'&#339;uvre du po&#232;te. Il y a les arguments r&#233;serv&#233;s pour un usage judiciaire, et il y a l'aveu, existentiel, de sa propre sensibilit&#233; &#8211; Pasolini n'a jamais reni&#233; son admiration, ni son amiti&#233; envers Sandro Penna, dont on sait que les gar&#231;ons qui b&#233;n&#233;ficiaient de sa pr&#233;dilection n'avaient pas dix-huit ans. Et les &#233;crits de Pasolini rev&#234;tent bien souvent la clart&#233; d'un aveu amoureux, insoucieux des normes et des lois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pier Paolo Pasolini, Actes impurs, suivi de &#171; Amado moi &#187;, Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cas de Michel Foucault, la mort l'ayant &#233;cart&#233; de toute suite judiciaire, ayons la d&#233;cence de ne pas parler &#224; sa place, et de lui laisser, &lt;i&gt;post mortem&lt;/i&gt;, le choix d'une articulation entre son &#339;uvre et sa vie. Si notre &#233;poque n'est pas capable de faire la distinction entre un monstre d'immoralit&#233; et quelqu'un ayant peut-&#234;tre des penchants r&#233;prouv&#233;s par les lois de l'&#233;poque, n'en faisons pas porter le poids &#224; quelqu'un qui a pu agir selon sa passion, sans violenter personne. Et, encore une fois, de l'existence intime et sexuelle de Foucault, nous ne savons pas grand-chose, mais essayons, &#224; cet &#233;gard, de nous tenir &#224; la hauteur de ses &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le philosophe d&#251;t &#234;tre un pl&#233;b&#233;ien pour les temps &#224; venir, cela m&#234;me plaiderait pour sa cause. Ce n'est pas en conf&#233;rant &#224; Foucault un brevet de respectabilit&#233; que nous le servirons &#8211; quand bien m&#234;me celles et ceux qui ont fond&#233; leur carri&#232;re universitaire sur sa m&#233;moire nous inciteraient-ils &#224; le d&#233;fendre, en ce proc&#232;s en honorabilit&#233;. Foucault a eu la vie qu'il a eue, et si son &#339;uvre nous mobilise, ce n'est pas quelque proc&#232;s qui lui soit fait qui changera quoi que ce soit. S'il s'agit de sauvegarder des postes universitaires, cela n'est gu&#232;re notre affaire &#8211; Benjamin a longtemps &#233;t&#233; un auteur inapte &#224; procurer &#224; quiconque une carri&#232;re universitaire, et si les choses changent un peu aujourd'hui, cela n'ajoute, ni ne retranche rien &#224; son g&#233;nie. Bref, laissons l'&#339;uvre de Foucault se d&#233;fendre par elle-m&#234;me, non pas contre des accusations multiples, mais en fonction de sa valeur intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Br&#232;ve de comptoir : mais non, Foucault n'&#233;tait pas p&#233;dophile, il &#233;tait &lt;i&gt;zoophile&lt;/i&gt; : la preuve, le soutien enthousiaste qu'il a apport&#233; au livre de cet &#226;ne b&#226;t&#233; de Glucksmann, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres-penseurs&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet qu'il arrive de plus en plus souvent que la b&#234;tise de l'&#233;poque soit si oppressante qu'une grosse boutade, un immense &#233;clat de rire, apparaissent comme les moyens les plus appropri&#233;s &#224; en rompre l'encerclement. La figure qui revient en force avec ce qu'il faut bien appeler &#171; l'effet Sorman &#187; nous est devenue, depuis quelque temps d&#233;j&#224;, tr&#232;s famili&#232;re : c'est celle de la d&#233;nonciation ou de la r&#233;paration d'une faute, d'un tort ou d'un mal r&#233;els ou suppos&#233;s et dont le propre est de &lt;i&gt;ne rien r&#233;parer du tout&lt;/i&gt; mais simplement de cr&#233;er un autre tort et d'&#234;tre une nouvelle source d'accablement. Ou bien encore, une autre op&#233;ration qui se subsume sous cette figure, c'est celle du pr&#233;sent comme &#233;poque qui juge (avec une implacable s&#233;v&#233;rit&#233;) le pass&#233; r&#233;cent entendu comme l'&#233;poque d'avant, forc&#233;ment coupable et d&#233;faillante, et qui, tant dans la fa&#231;on d'&#233;noncer ses verdicts que dans les cons&#233;quences de ceux-ci, &lt;i&gt;ne fait que d&#233;voiler sa propre inconsistance, voire carr&#233;ment son pacte avec la Grande B&#234;tise&lt;/i&gt;. Cette figure suscite l'apparition d'un diagramme, un espace d'inclusion dont il est infiniment difficile de s'&#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, cette topographie mentale, si l'on peut dire, est celle dans laquelle vous allez vous trouver mis en demeure de choisir entre le camp, toujours plus peupl&#233;, des n&#233;o-d&#233;lateurs, et celui des vertueux s'activant &#224; &#171; sauver l'honneur &#187; de Foucault et &#224; se porter garants de son honorabilit&#233; sexuelle et morale. Des premiers, il n'y a pas grand chose &#224; dire, si ce n'est qu'ils sont le visage de M&#233;duse de l'&#233;poque, les rois d'une &#233;poque qui carbure aux micro-fascismes. Mais les seconds nous ext&#233;nuent aussi passablement, tant il est &#233;vident que leur but premier et dernier n'est pas de r&#233;tablir des faits (par d&#233;finition, dans le cas pr&#233;sent, impossibles &#224; conna&#238;tre avec certitude) mais de conjurer le cauchemar d'un Foucault devenu, aux conditions du pr&#233;sent, &lt;i&gt;infr&#233;quentable&lt;/i&gt;, un Foucault sur lequel le couvercle de la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt; se serait durablement abattu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce champ dont l'existence m&#234;me d&#233;finit &lt;i&gt;l'homog&#233;n&#233;it&#233; de fond des deux positions &lt;/i&gt; qui se combattent et qui parlent dans le m&#234;me vocabulaire approximatif et moralisant - Foucault &#233;tait-il un &lt;i&gt;pr&#233;dateur sexuel&lt;/i&gt; ? - qu'il faut s'extraire, geste vital, salutaire - la ligne de fuite qui sauve et qui &#233;mancipe. D'abord en disant que la question, telle qu'elle est pos&#233;e dans ce contexte - Foucault &#233;tait-il p&#233;dophile ?, cochez la case -, &lt;i&gt;c'est une question de journaliste&lt;/i&gt;, une question qui se situe au niveau de la pens&#233;e de journalisme et dans la vision du monde de l'esp&#232;ce qui en peuple les espaces - une pens&#233;e de trottoir constell&#233; de d&#233;jections canines, le genre de question auquel on r&#233;pond d'un haussement d'&#233;paules - on s'en contrefout et si vous voulez que nous r&#233;pondions &#224; vos questions, faites en sorte qu'elles aient trait &#224; des questions qui pr&#233;sentent un int&#233;r&#234;t quelconque - &lt;i&gt;qui importent&lt;/i&gt;. Ce qui n'est pas le cas de la question de savoir si les gar&#231;ons avec lesquels sortait Foucault lorsqu'il &#233;tait carthaginois avaient 15 ou 17 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'affect qui soutient le geste philosophique de Foucault, tout au long de son parcours, se discerne une intensit&#233; qui exerce ses effets tout particuli&#232;rement &#224; la jointure de l'&#339;uvre, entendue comme travail, travail de recherche et d'&#233;criture, et de la vie ou de l'existence du sujet philosophique/philosophant. En d'autres termes, Foucault passe beaucoup de temps, quand il parle de son travail ou en expose les effets et les prolongements dans le pr&#233;sent, &#224; mettre en sc&#232;ne et en jeu le franchissement des lignes et les passages &#224; la limite, la qu&#234;te d'un &#171; dehors &#187; variable, les effets de souffle du parler vrai, etc. Ce n'est pas seulement qu'il se d&#233;territorialise sans fin, s'&#233;chappe hors du champ de la philosophie universitaire, c'est qu'il entre dans la peau d'un personnage, celui du &lt;i&gt;philosophe dangereux&lt;/i&gt;, une notion qu'a retenue, &#224; son propos, la post&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ceux qui viennent apr&#232;s lui et qu'inspirent ses travaux, ont le choix : ils peuvent parfaitement consid&#233;rer que ce personnage, Foucault le campe en grand professionnel froid, &#224; l'image du vrai com&#233;dien de Diderot, dans le but de produire des impressions de v&#233;rit&#233;, &#224; des fins pratiques - mais sans que jamais cela cesse d'&#234;tre &lt;i&gt;un r&#244;le&lt;/i&gt;. Mais ils peuvent aussi &#234;tre port&#233;s &#224; penser (et plus ils sont en empathie avec leur ma&#238;tre et h&#233;ros, plus ils le feront &#224; coup s&#251;r) que Foucault&lt;i&gt; ne joue pas&lt;/i&gt;, qu'il s'expose constamment, que le danger le stimule et fait monter l'adr&#233;naline de sa pens&#233;e, irrigue sa philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on adopte cette position, alors il faut bien admettre que Foucault, en tant qu'il &#233;tablit ce continuum ou du moins ces circulations intenses entre la vie et l'&#339;uvre, c'est tout un bloc d'intensit&#233;s qu'il est impossible de faire co&#239;ncider avec la figure du philosophe dont l'honorabilit&#233; est indiscutable. C'est plus ou moins la piste que suivait, mais non sans une certaine vulgarit&#233; journalistique vaguement &lt;i&gt;gore&lt;/i&gt;, James Miller, l'un des biographes de Foucault. Si l'on tient &#224; consid&#233;rer l'assignation de Foucault au syntagme &lt;i&gt;philosophe dangereux&lt;/i&gt;, alors il faut bien accepter l'id&#233;e qu'il ait pu &lt;i&gt;l'&#234;tre vraiment et continuer &#224; l'&#234;tre&lt;/i&gt; non pas seulement au d&#233;tour de tel ou tel d&#233;veloppement paradoxal ou rentre-dedans, mais aussi bien, dans sa vie d'&#233;nergum&#232;ne sexuel - au regard des r&#232;gles au respect desquelles veille aujourd'hui la gendarmerie des m&#339;urs. Il faut en accepter l'&#233;ventualit&#233; au lieu de s'&#233;chiner &#224; d&#233;montrer l'ind&#233;montrable et &#224; fabriquer le sophisme parfait selon lequel jamais un tel g&#233;nie philosophique n'aurait pu se laisser aller &#224; enculer de&lt;i&gt; tr&#232;s jeunes gens &lt;/i&gt; - et pourquoi pas ? La philosophie, comme m&#233;tier et cr&#233;ation, inclut-elle une garantie tous risques contre les inconduites sexuelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a mille fa&#231;ons d' &#171; aimer &#187; Foucault et de vivre en concubinage intellectuel avec lui, interminablement. C'est une question de qualit&#233;, de mani&#232;re de faire. Quand bien m&#234;me il devrait s'av&#233;rer que Foucault, d&#233;cid&#233;ment, n'entre pas dans les cases de la nouvelle police des m&#339;urs, cela ne nous ferait ni froid ni chaud. Dans tous les cas, nous pr&#233;f&#233;rerions cohabiter avec lui comme nous cohabitons (heureusement et dangereusement) avec Sade que le faire &#224; la mani&#232;re d'Onfray cohabitant avec Camus - &#224; ce &lt;i&gt;niveau-l&#224;&lt;/i&gt;, &#231;a n'est plus du concubinage philosophique, c'est le degr&#233; z&#233;ro de la pornographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la page 43 de &lt;i&gt;La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, Foucault &#233;voque un fait divers pass&#233;, l'histoire d'un simple d'esprit de village qui, en 1867 est d&#233;nonc&#233; pour s'&#234;tre livr&#233; &#224; des attouchements sur une fillette. Ce qui int&#233;resse Foucault, dans cette histoire, c'est la fa&#231;on dont la d&#233;nonciation met en branle (hum...) tout un dispositif d'enqu&#234;te et de production d'un savoir d'un seul tenant policier, administratif, judiciaire, m&#233;dical. A partir de ce que Foucault pr&#233;sente comme un non-&#233;v&#233;nement relevant de la vaste cat&#233;gorie des &#171; d&#233;lectations buissonni&#232;res &#187;, jeux sexuels furtifs de granges et d'&#233;curies, se construit une affaire dont l&#8216;horizon et l'enjeu est moins, ici, de s&#233;vir et normaliser que de faire parler le sexe - o&#249; l'on rejoint la th&#232;se g&#233;n&#233;rale de&lt;i&gt; La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;. Si l'on tient &#224; faire une lecture tant soit peu d&#233;constructionniste ou symptomale de ce bref passage du livre (des f&#233;ministes &#233;tats-uniennes, autre gendarmerie acad&#233;mique, n'ont pas manqu&#233; de le faire), on notera que ce texte s'&#233;crit selon un pli tout &#224; fait distinct - que de bruit et d'agitation pour de l'infime, avec la construction de cet &#171; appareil &#224; discourir &#187; (sur le sexe et les infractions sexuelles), l&#224; o&#249; il ne s'est &#224; peu pr&#232;s rien pass&#233; - un idiot de village a&lt;i&gt; obtenu quelques caresses d'une petite fille, au bord d'un champ&lt;/i&gt;. Plus loin, Foucault parle de &#171; ces gestes sans &#226;ge [&#8230;] ces plaisirs &#224; peine furtifs qu'&#233;changeaient les simples d'esprit avec les enfants &#233;veill&#233;s &#187;. Il s'amuse de ce que l'infracteur ait port&#233; le nom pr&#233;destin&#233; de Jouy et la bonne humeur qui accompagne cette mention indique suffisamment que l'auteur est bien loin de consid&#233;rer ledit Jouy comme un inf&#226;me &lt;i&gt;pr&#233;dateur sexuel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, imaginez cette anecdote r&#233;&#233;crite aujourd'hui sous le r&#233;gime narratif et discursif Schiappa-Blanquer and co.. Jouy s'y voit automatiquement d&#233;signer comme un p&#233;dophile, il se trouve tout aussi in&#233;luctablement un expert psychiatre f&#233;ru de psychanalyse pour attester que tout simplet qu'il est sa responsabilit&#233; p&#233;nale n'en est pas moins pleine et enti&#232;re, un journal local pour couvrir l'affaire, rapidement relay&#233; par la presse nationale et les t&#233;l&#233;s, un quarteron de d&#233;put&#233;s de droite de droite ou de droite de gauche pour insister sur la n&#233;cessit&#233; de l&#233;gif&#233;rer d'urgence, une f&#233;ministe de plateau de t&#233;l&#233; pour encha&#238;ner, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophiquement parlant, la le&#231;on premi&#232;re que l'on puisse tirer de cet exemple est celle-ci : &lt;i&gt;il y a mille fa&#231;ons de raconter une histoire&lt;/i&gt;, et si vous pr&#233;f&#233;rez celle-ci en mode Schiappa plut&#244;t qu'en mode Foucault, libre &#224; vous... Mais si vous tenez &#224; appeler &#231;a le progr&#232;s et &#224; nous convaincre que le mode Schiappa &lt;i&gt;c'est un progr&#232;s&lt;/i&gt; relativement au mode Foucault, alors permettez-nous de vous rappeler que le progr&#232;s, en effet, ne s'est jamais aussi bien port&#233; que depuis qu'il avance d'un pas vif, une canne d'aveugle &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat et Alain Naze&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frida Dahmani, &#171; Tunisie : &lt;i&gt;Michel Foucault n'&#233;tait pas p&#233;dophile, mais il &#233;tait s&#233;duit par de jeunes &#233;ph&#232;bes&lt;/i&gt; &#187;, avril 2021, source Internet : &lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1147268/politique/tunisie-michel-foucault-netait-pas-pedophile-mais-il-etait-seduit-par-les-jeunes-ephebes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1147268/politique/tunisie-michel-foucault-netait-pas-pedophile-mais-il-etait-seduit-par-les-jeunes-ephebes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat, Tous Coupat tous coupables, Paris, Editions Lignes, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pier Paolo Pasolini, Actes impurs, suivi de &#171; Amado moi &#187;, Paris, Gallimard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Hommes mis en cage ou femmes entrav&#233;es ?</title>
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		<dc:subject>BDSM</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&#171; Avoir la clef pousse &#224; &#234;tre l'esclave de celui dont on s'occupe &#187;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton140.jpg?1731403042' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le t&#233;moignage suivant est celui de Maylis Castet, &#224; la fois Dominatrice professionnelle et sexologue. Comme elle l'explique, c'est en reprenant des &#233;tudes de sexologie, ouvertes aux professionnel.es du soin, et notamment dans le but de payer la r&#233;novation d'un cabinet de consultation, qu'elle a d&#233;cid&#233; de faire du Bdsm (Bondage/discipline, Domination/Soumission, Sadisme/Masochisme), et particuli&#232;rement de la Domination, une activit&#233; r&#233;mun&#233;ratrice. Parall&#232;lement, elle a fait porter son m&#233;moire de sexologie sur la Sexualit&#233; Masculine Contr&#244;l&#233;e (la SMC), un ph&#233;nom&#232;ne qui se r&#233;pand dans le milieu Bdsm sous le nom de chastet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail universitaire se penche sur les diff&#233;rentes formes que prend cette privation sexuelle consentie et &#233;rotis&#233;e, notamment &#224; travers l'usage de la cage de chastet&#233;. Il fait le constat que les mod&#232;les existants de description des r&#233;actions sexuelles humaines ne permettent pas de d&#233;crire les effets physiologiques et psychologiques de la SMC, et propose une mod&#233;lisation plus fine. Au-del&#224; d'une r&#233;flexion m&#233;dicale, ce travail interroge n&#233;cessairement le ph&#233;nom&#232;ne sous un angle plus psychosociologique, notamment ce que la SMC modifie, ou non, dans les relations h&#233;t&#233;rosexuelles et les masculinit&#233;s des personnes concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas directement question dans son travail de recherche de pr&#233;senter la SMC comme un outil th&#233;rapeutique, l'exp&#233;rience de Maylis Castet en tant que Dominatrice est en tous cas venue nourrir sa r&#233;flexion sur la possibilit&#233; d'utiliser la SMC pour aider des personnes aux prises avec la masturbation compulsive, &#224; modifier leurs habitudes et diversifier leurs fantasmes. Dans ce t&#233;moignage Maylis Castet &#233;voque les diff&#233;rents paradoxes soulev&#233;s par la SMC, qui met &#224; distance le g&#233;nital et la p&#233;n&#233;tration tout en les consid&#233;rant comme primordiaux, et se voit contrainte &#224; se focaliser sur un d&#233;sir &#171; masculin &#187; qu'elle pr&#233;tend justement rendre moins omnipr&#233;sent et envahissant dans la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit nous semble offrir une photographie int&#233;ressante de ce que se racontent les hommes &#224; propos de leur masculinit&#233; et leur sexualit&#233;, sans qu'il soit pourtant possible d'affirmer que ces pratiques participent d'un remaniement r&#233;el des subjectivations. Enfin, le fait que Maylis Castet aborde ces questions au prisme de son exp&#233;rience personnelle et de son activit&#233; de Dominatrice professionnelle participe &#224; l'int&#233;r&#234;t de ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon projet de m&#233;moire initial portait sur le primat de la p&#233;n&#233;tration chez les personnes s'identifiant comme h&#233;t&#233;rosexuelles. En faisant des recherches sur des forums, je suis tomb&#233;e sur un gars qui cherchait une femme pour garder les clefs d'une cage. Il n'avait pas d'exp&#233;rience, il constatait simplement que, m&#234;me lorsqu'elle &#233;tait relationnelle, sa sexualit&#233; &#233;tait masturbatoire, ennuyeuse, m&#233;canique. Qu'elle g&#233;n&#233;rait certes une d&#233;charge des tensions sexuelles physiologiques accumul&#233;es, mais ne lui procurait pas de r&#233;el plaisir. Il &#233;tait triste de cet &#233;tat de fait, et il faisait l'hypoth&#232;se qu'&#234;tre priv&#233; de jouissance, ou de la libert&#233; de jouir quand il voulait, par le truchement d'une cage et d'une partenaire pour en d&#233;tenir la cl&#233;, pourrait am&#233;liorer sa sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a r&#233;sonnait avec mon histoire sexuelle et affective, alors j'ai creus&#233;. Le d&#233;nominateur commun avec mon sujet initial, c'est le dogme de la p&#233;n&#233;tration, de l'&#233;jaculation et de la jouissance des hommes dans les relations h&#233;t&#233;rosexuelles, la normativit&#233; qui en est &#224; la fois la source et l'effet. Et les cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a parait peut-&#234;tre banal comme hypoth&#232;se, c'est Orph&#233;e et Eurydice, la privation qui attise le d&#233;sir. &#199;a revient &#224; dire qu'un pendule qu'on emp&#234;che d'aller dans un sens est charg&#233; d'une puissance plus forte vers l'autre p&#244;le quand on le l&#226;che. Mais en r&#233;alit&#233;, l'id&#233;e que priver/&#234;tre priv&#233; peut am&#233;liorer la qualit&#233; de la jouissance n'est pas si &#233;vidente que &#231;a. La privation peut &#234;tre v&#233;cue tr&#232;s n&#233;gativement. J'aurai l'occasion d'en parler, mais dans la SMC il y a un param&#232;tre important qui est celui du consentement, au sens d'acceptation de l'&#233;tat de fait d'y &#234;tre soumis. Le principal int&#233;ress&#233; consent g&#233;n&#233;ralement &#224; &#171; subir &#187; cette privation, cette contrainte, voire il en est l'instigateur. C'est ce qui fait qu'une personne va, pour une m&#234;me situation, &#233;rotiser la contrainte ou au contraire se retrouver avec une frustration d&#233;l&#233;t&#232;re ou une inhibition, qui serait plus de l'ordre de &#171; tuer le sexuel en soi &#187;. M&#234;me si bien s&#251;r c'est ce que certains hommes recherchent, la castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a, je l'ai d&#233;couvert progressivement, et comme je suis plut&#244;t du genre observation participante, c'est en bossant sur ce que j'ai appel&#233; la Sexualit&#233; Masculine Contr&#244;l&#233;e que j'ai plong&#233;e s&#233;rieusement dans le Bdsm, et dans la domination en particulier. Alors que je commen&#231;ais ma recherche, j'ai eu une relation avec un homme qui pratiquait la SMC. Sa motivation initiale pour la chastet&#233; avait &#233;t&#233; d'accorder ses d&#233;sirs &#224; ceux de sa compagne face &#224; une baisse de &#171; libido &#187; (je n'aime pas ce mot, mais c'est celui qu'utilisent les patient.es) apr&#232;s un accouchement. J'ai trouv&#233; &#231;a &#233;mouvant, pour moi la cage &#233;voquait une d&#233;marche de r&#233;gulation du d&#233;sir ou du moins de son expression, pour permettre au d&#233;sir de la partenaire d'&#233;merger &#224; son rythme, ne pas le foutre en l'air &#224; force de le brusquer. Du contr&#244;le certes, mais avec une vis&#233;e de temp&#233;rance, pas de faire monter la pression. &#199;a provenait de mon exp&#233;rience personnelle, d'avoir &#233;t&#233; confront&#233;e de fa&#231;on r&#233;currente &#224; des comportements de &#171; for&#231;eurs &#187;, au point de ne plus &#234;tre tr&#232;s au clair avec mon d&#233;sir. Sauf que, concr&#232;tement, la cage rendait ce type surexcit&#233; sans arr&#234;t, et au fond c'est ce qu'il y cherchait. Gros malentendu, gros sentiment de solitude, j'ai d&#233;couvert &#224; mes d&#233;pens le paradoxe qui traverse la &#171; chastet&#233; &#187;, et plus largement l'univers de la domination : dire &#171; ta bite n'est rien &#187; tout en la mettant au centre, &#224; un homme qui vient jouir de l'id&#233;e qu'on va l'emp&#234;cher de jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon exp&#233;rience de terrain foireuse a d'abord &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par les quelques trois-cents r&#233;ponses &#224; mon questionnaire d'enqu&#234;te et une dizaine d'entretiens. &#201;videmment les causes du port de la cage, comme les effets, &#233;taient multiples, et souvent loin de l'id&#233;e que je m'en faisais. C'&#233;tait passionnant et perturbant. Certains assumaient la dimension sextoy de la cage, faite pour s'exciter, notamment les c&#233;libataires. Certains ne mettaient la cage que pour faire monter la pression avant de se masturber, ou pour jouir &#224; travers les barreaux avec un vibro. Et de l'autre c&#244;t&#233; du spectre, d'autres portaient la cage H24 toute l'ann&#233;e, avaient pris l'habitude de ne jamais jouir ou de ne jamais se toucher. Certains de ceux-l&#224; expliquaient qu'ils &#233;taient plus collants quand ils portaient la cage, et que leurs femmes &#233;taient contentes, elles qui ne s'&#233;taient pas senties d&#233;sir&#233;es par leur mari depuis vingt ans. Ce qui &#233;tait l'inverse total de mon exp&#233;rience v&#233;cue comme du harc&#232;lement. Il faut pr&#233;ciser que c'est rarement une femme qui va &#224; un moment de la relation prendre la main ou coincer le mec &#224; son corps d&#233;fendant, le soumettre et l'encager. Ce sont en g&#233;n&#233;ral les hommes qui sont &#224; l'initiative du port de cage, et qui vont chercher quelqu'un &#224; qui se soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En explorant les diff&#233;rentes dimensions de la SMC, je suis pass&#233;e de l'int&#233;r&#234;t pour un &lt;i&gt;sex toy&lt;/i&gt;, permettant soi-disant de booster le d&#233;sir avec un point de vue tr&#232;s socio, &#224; quelque chose de plus m&#233;dical. Jusqu'&#224; aboutir au concept d'excitabilit&#233;, qui est pour le coup tr&#232;s sexologique. Il s'agissait de repartir de Masters et Johnson, des pionniers de la sexologie moderne qui ont mod&#233;lis&#233; les r&#233;actions sexuelles physiologiques en quatre phases. Une phase de mont&#233;e de l'excitation, par laquelle ces chercheurs entendent des r&#233;actions physiologiques comme l'&#233;rection des corps caverneux ou la lubrification. Celle-ci se stabilise en &#171; plateau &#187;, et &#224; force d'accumuler des stimulus aboutit &#224; un pic orgastique correspondant &#224; la r&#233;solution des tensions sexuelles accumul&#233;es (augmentation du rythme cardiaque, de l'afflux sanguin&#8230;), avec une d&#233;charge pulsionnelle. Et enfin une phase r&#233;fractaire durant laquelle on n'est plus excitable physiologiquement (ici l'&#233;rection p&#233;nienne puisqu'on parle des hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le internationalement reconnu, utilis&#233; pour d&#233;crire la sexualit&#233;, ne permet pas de rendre compte de ce qui se passe dans la sexualit&#233; des gens qui pratiquent la SMC. Notamment, une accumulation des p&#233;riodes d'excitation sans d&#233;charge des tensions sexuelles, qui va produire un certain nombre d'effets, comme regarder les femmes diff&#233;remment, faire plus souvent les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, se tenir &#224; carreau parce qu'on veut une r&#233;compense ou se sentir apaiser parce qu'on n'a plus &#224; d&#233;cider&#8230; Ces effets sont inscrits dans le corps, et la sexologie devrait s'y int&#233;resser. D'une certaine fa&#231;on, elle le fait puisqu'une des premi&#232;res m&#233;thodes propos&#233;es dans les ann&#233;es 50 par Masters et Johnson &#233;tait ce qu'ils nommaient : le &lt;i&gt;sensate focus&lt;/i&gt;. Ils proposaient &#224; des couples une cure de trois semaines et demandaient &#224; ce qu'il n'y ait pas de p&#233;n&#233;tration pendant les deux premi&#232;res semaines. Ils invitaient leurs patient.es &#224; explorer une sexualit&#233; autre que p&#233;n&#233;trante, voire autre que g&#233;nitale. L'id&#233;e &#233;tant de permettre aux uns de se d&#233;tendre vis-&#224;-vis de l'injonction &#224; la performance, aux autres d'&#234;tre rassur&#233;es sur le fait que la p&#233;n&#233;tration n'est pas le seul objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le ph&#233;nom&#232;ne n'a pas &#233;t&#233; pens&#233; en sexologie, par exemple la r&#233;flexion sur les effets psycho et physiologique de l'absence d'orgasme est inexistante. Or il me semblait que la SMC apportait d'une certaine fa&#231;on des hypoth&#232;ses d'outils pour travailler sur les pathologies sexologiques. Le propos n'&#233;tait pas de dire qu'il faudrait utiliser la SMC en th&#233;rapie, mais d'un point de vue clinique, il semblait int&#233;ressant de se dire que s'interdire quelque chose pouvait permettre de r&#233;organiser les fa&#231;ons de d&#233;sirer et d'obtenir du plaisir. Et d'un point de vue conceptuel c'&#233;tait aussi int&#233;ressant, parce que cela permettait de poser des questions sur la fa&#231;on de d&#233;crire et de mod&#233;liser l'excitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai explor&#233; la SMC en tant que dominatrice professionnelle, en proposant des suivis &#224; distance. Il y a des Dommes qui assument compl&#232;tement le c&#244;t&#233; &#171; votre d&#233;sir est path&#233;tique, regardez comme vous &#234;tes vuln&#233;rables quand on joue avec &#187;. Savoir que le gars est surexcit&#233; en permanence, mais n'en avoir rien &#224; faire et lui balancer une vid&#233;o de temps en temps pour qu'il s'excite peut tout &#224; fait fonctionner, si fonctionner signifie que les deux sont contents. Pour moi, il y avait quelque chose de trop s&#233;rieux pour s'en amuser. Alors j'ai &#233;t&#233; et je reste tr&#232;s ambivalente. Comme j'avais mis en avant sur mon site de Domina cette id&#233;e de la SMC comme r&#233;&#233;ducation, comme th&#233;rapie, avec un discours du type &#171; vous &#234;tes d&#233;sesp&#233;r&#233;, je peux vous aider &#224; reprendre le contr&#244;le de votre sexualit&#233; &#187;, j'ai eu le public correspondant : des hommes aux prises avec la masturbation compulsive, ultra paradoxaux dans leurs d&#233;marches. Ils voulaient &#234;tre canalis&#233;s, ils voyaient bien qu'ils &#233;taient prisonniers, et en m&#234;me temps ce n'est pas une sexologue qu'ils &#233;taient all&#233;s consulter, mais une travailleuse du sexe. Donc je ne pouvais pas leur reprocher d'&#234;tre surexcit&#233;s &#224; la simple pens&#233;e de se mettre au travail avec moi ni que ce soit consciemment ce qu'ils pouvaient chercher. Coinc&#233;s dans l'ambivalence entre &#171; j'ai besoin d'aide pour g&#233;rer ce truc qui me d&#233;passe &#187; et &#171; l'id&#233;e d'&#234;tre contr&#244;l&#233; m'excite et nourrit mon probl&#232;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse, je me suis retrouv&#233;e &#224; coacher des types qui, comme des b&#233;b&#233;s, avaient besoin d'&#234;tre rassur&#233;s toutes les deux heures. Comme des enfants qui viennent d'&#234;tre sevr&#233;s du sein, ou qui angoissent lorsqu'ils sont d&#233;pos&#233;s &#224; l'&#233;cole pour la premi&#232;re fois. Ils ont besoin d'entendre que leur m&#232;re va venir le rechercher &#224; la fin de la journ&#233;e, ou qu'ils pourront de nouveau &#234;tre nourris s'ils ont faim. Une panique, et un envahissement complet par des &#233;motions tr&#232;s primaires et tr&#232;s primitives. Concr&#232;tement, ce shoot hormonal que l'on a fait des centaines ou des milliers de fois par an pendant 40 ans, et la puissance de ce que &#231;a active dans le circuit de la r&#233;compense et dans le circuit de la r&#233;p&#233;tition/de l'habitude, est devenue un besoin physiologique. Donc &#231;a peut bouger, mais &#231;a ne va pas dispara&#238;tre du jour au lendemain. Je me suis retrouv&#233;e avec une r&#232;gle du jeu qui ne pouvait que me rendre dingue : je les contraignais &#224; de la privation puisque c'&#233;tait le propos, mais la moindre contrainte les surexcitait, parfois si je ne r&#233;pondais pas dans l'heure ils craquaient. Souvent des passages &#224; l'acte d&#232;s le deuxi&#232;me jour, alors m&#234;me qu'ils ont eu le droit de se masturber. Le non-respect de l'engagement pris m'obligeait &#224; les punir pour garder ma cr&#233;dibilit&#233;. Sauf que punir c'est v&#233;rifier que la punition est bien faite, donc passer encore plus de temps &#224; s'occuper des bites de ces messieurs, pour &#224; peine cent balles/semaine. Un enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'&#233;tait &#224; la fois passionnant et &#233;mouvant. C'&#233;tait tr&#232;s concr&#232;tement souvent la premi&#232;re fois en quarante ans que les mecs ne se touchaient pas le sexe pendant deux jours d'affil&#233;e. Je suis face &#224; des gens qui vivent une hypersexualit&#233;, qu'eux comme moi estimons pathologique, parce qu'elle g&#233;n&#232;re de la souffrance. Certains en sont encore &#224; se raconter que s'ils se masturbent autant c'est uniquement parce que c'est quelque chose de vraiment cool. Mais voir l'&#233;tat dans lequel ils sont lorsqu'on leur demande de ne pas se toucher pendant plus de quelques heures me semble suffisant pour pouvoir parler d'addiction. Et ils d&#233;crivent bien ce que &#231;a a modifi&#233; ou produit dans leur rapport aux femmes, que &#231;a cr&#233;e des tensions avec leur partenaire, qu'ils ont un regard d&#233;gueulasse sur les meufs et qu'ils se branlent dans la cabine de la piscine parce qu'une des femmes de l'aquabike &#171; a un beau cul &#187;. Il y a une partie de moi que tout &#231;a rebute parce que &#231;a appuie sur le bouton &#171; les hommes sont des bites sur pattes mis&#233;rables &#187;. Et de l'autre c&#244;t&#233;, mon moi de sexologue comprend. Alors je leur propose un programme &#224; la fois absurde et tr&#232;s calibr&#233;, en fonction de leurs habitudes et de ce que je per&#231;ois de leur profil psychologique, de leur rapport aux femmes, &#224; la masculinit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gars qui a l'habitude de se masturber six fois par jour, on ne peut pas lui ordonner de ne se toucher qu'une fois par jour, et en plus de ne pas jouir. Comme avec le geste de la clope, on n'est pas seulement addict &#224; la substance, mais aussi au geste et &#224; la place qu'il prend dans la socialisation. Un gars comme &#231;a je vais le faire se frotter six fois par jour &#224; une table en regardant un &#233;talon en rut qui baise un cheval d'ar&#231;on parce qu'on a mis une pouliche &#224; c&#244;t&#233;, en disant &#171; je ne vaux pas mieux qu'un animal quand je me laisse dominer par mes pulsions &#187;. C'est du Bdsm, parce que c'est humiliant et infantilisant, mais c'est sexo parce que &#231;a int&#232;gre des contraintes dans une routine automatis&#233;e et rigide : il ne choisit pas &#224; quelle heure, &#224; quel tempo, avec quel support d'excitation. Et le jour d'apr&#232;s je vais l'obliger &#224; &#233;couter des podcasts f&#233;ministes et &#224; &#233;crire une dissertation sur le sujet, s'ils veulent avoir le droit de se toucher. Je peux aussi extraire un &#233;l&#233;ment du carnet de bord de leur vie sexuelle que je leur fais remplir quotidiennement, par exemple l'&#233;rection que le type a, chaque fois qu'il voit sa coll&#232;gue avec un d&#233;collet&#233;, et travailler dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie aussi de faire bouger les repr&#233;sentations pour &#233;largir leurs scripts sexuels. Je cherche aussi &#224; assouplir leurs habitudes masturbatoires, &#224; mettre des b&#226;tons dans la roue de l'engrenage tr&#232;s fig&#233; de leur compulsion. Quand je fais l'exercice du rut, par exemple, c'est plut&#244;t pour &#233;c&#339;urer de la masturbation, en la rendant ridicule, en la g&#226;chant, pour ensuite y introduire une autre coloration, induire d'autres associations. Mais d'abord g&#226;cher une chose qui, normalement, conduit tr&#232;s rapidement et syst&#233;matiquement &#224; un plaisir dont ils disent eux-m&#234;mes qu'il est devenu m&#233;diocre, et que je vais rendre encore plus ennuyeux ou perturbant. Une autre chose qui me semble th&#233;rapeutique consiste &#224; d&#233;corr&#233;ler masturbation et &#233;jaculation. C'est un combat personnel bien s&#251;r. Faire la guerre &#224; l'exigence des mecs pour qui toute stimulation sexuelle doit n&#233;cessairement aboutir &#224; un orgasme comme on dit en sexo, c'est-&#224;-dire &#224; une d&#233;charge pulsionnelle, pas forc&#233;ment assortie de plaisir, mais une d&#233;charge quand m&#234;me. L'orgasme ennuyeux des types qui ne le font plus que m&#233;caniquement pour g&#233;rer leur nervosit&#233;, m&#234;me si c'est dans leur meuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais des exp&#233;riences sur le sevrage en quelque sorte, c'est un jeu de petit chimiste. Comme pour exorciser une exp&#233;rience de vie o&#249; le d&#233;sir masculin est quelque chose d'effrayant, cette esp&#232;ce de puissance qui rend aveugle &#224; l'autre en face et &#224; son consentement. Parfois c'est surtout frustrant, parce que ce sont souvent des mecs ultras centr&#233;s sur leur d&#233;sir dont la gestion implique une charge mentale de ouf. Comme je le disais tout &#224; l'heure, il y a peut-&#234;tre des femmes qui sont contentes de voir que leur mec est surexcit&#233;, mais &#231;a reste un myst&#232;re pour moi vu la charge que c'est, outre le fait qu'on devrait pouvoir &#234;tre chacun responsable de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des hommes &#224; qui j'ai dit que ce n'&#233;tait pas possible de continuer au bout de deux ou trois jours, aussi contents soient-ils de ma prestation, parce qu'ils passaient leur temps &#224; enfreindre le contrat. Leurs passages &#224; l'acte de l'ordre du &#171; plus fort qu'eux &#187; &#233;taient ing&#233;rables, c'est pas pour rien que les addictions sont souvent trait&#233;es dans des centres pluridisciplinaires. Mais parfois c'est extr&#234;mement gratifiant, il y a quand m&#234;me des gars que mon approche a &#171; gu&#233;ri &#187;, forc&#233;ment &#231;a vient flatter la soignante en moi. La forme que prend la SMC va de toute fa&#231;on d&#233;pendre de ce &#224; quoi ressemble la sexualit&#233; du type &#224; la base. C'est assez bien illustr&#233; par mes deux exp&#233;riences les plus personnelles de SMC. Je me suis d'abord retrouv&#233;e &#224; produire un &#233;tat de surexcitation permanent chez un gars qui ne pouvait pas porter la cage plus d'un jour &#224; c&#244;t&#233; de moi, alors qu'il avait pu se masturber pendant des semaines sans jouir pour une inconnue en se branlant sur un m&#233;tronome dans des croissants, puis avec un autre homme qui souffrait de masturbation compulsive, avec qui l'on est pass&#233;s en quelques semaines &#224; un truc tr&#232;s apais&#233;, o&#249; jouir ou pas, se masturber ou pas n'&#233;tait plus un enjeu. Pour qui la SMC a &#233;t&#233; un vrai outil de connaissance de soi, qui a pu permettre de mettre le doigt sur le fait que la masturbation r&#233;pondait &#224; une &#233;conomie du stress, puis &#224; tout un tas d'autres d&#233;couvertes enrichissantes. Ce qui est s&#251;r, c'est que si un mec est capable, accompagn&#233; par quelqu'un, de se branler trois fois moins que d'habitude, ou de le faire avec des contraintes, c'est d&#233;j&#224; un b&#226;ton dans la roue d'un automatisme qui s'est emball&#233; et a pris la main. C'est ce qui fait que je me sens vivante dans ce truc. J'ai int&#233;gr&#233; &#224; ma pratique sexo des outils d&#233;velopp&#233;s pour la SMC avec les patients souffrant de compulsion, en les transformant un peu, notamment la tenue du calendrier, et des t&#226;ches &#224; faire pour explorer ce que &#231;a fait quand on apporte des modifications &#224; une routine, c'est tr&#232;s utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes enjeux personnels, en tant que Dominatrice, sont avec les hommes, et ma recherche a port&#233; uniquement sur les hommes. Mais les enjeux sont les m&#234;mes pour tout le monde du point de vue des effets physiologiques de la frustration sexuelle induite et accept&#233;e consciemment et volontairement. Sauf qu'on ne peut que constater une diff&#233;rence profonde entre les genres en mati&#232;re de construction de la sexualit&#233; masturbatoire. Il y a quelque chose d'&#224; la fois plus ancr&#233; dans les habitudes des hommes et donc dans leur corps, une routine, un truc identitaire, en plus du fait que la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique fait que c'est plus &#171; autoris&#233; &#187; chez les hommes que chez les femmes de se masturber. Bon, et &#233;videmment, inutile de dire qu'il n'y a rien d'&#233;tay&#233; scientifiquement &#224; propos des diff&#233;rences hommes/femmes face &#224; la privation d'orgasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon aspiration &#224; la ma&#239;eutique c'est du f&#233;minisme guerrier sociologico-soignant. Je suis profond&#233;ment convaincue qu'il faut faire bouger les mecs malgr&#233; eux, parce que si on ne les remue pas ils ne vont pas pouvoir le faire d'eux-m&#234;mes, m&#234;me ceux qui y aspirent ont de la merde plein les yeux. En tant que dominatrice je suis pile dans la br&#232;che, parce que les gars ne viennent pas chercher &#224; &#234;tre pris en soin, mais en m&#234;me temps l'id&#233;e d'&#234;tre model&#233; leur parle, ne serait-ce que parce qu'ils sont impr&#233;gn&#233;s de l'univers de &#171; tu es un minable je vais faire de toi ce qui me chante &#231;a sera toujours mieux &#187;. Le sexe fait alors figure de levier de changement, que ce soit pour faire de l'autre une Sissy, une sous-merde, ou une version 2.0 de lui-m&#234;me. L&#224; o&#249; les th&#233;rapeutes comportementalistes vont mettre en place un conditionnement pour qu'une personne soit plus fonctionnelle, les Dominatrices vont utiliser leur emprise pour faire bouger des choses. Et ma maladie &#224; moi c'est de vouloir que les hommes soient des hommes meilleurs. Se dire que puisqu'ils sont tous d&#233;faillants, qu'ils ne cherchent pas &#224; &#233;voluer seuls, et que m&#234;me en &#233;tant amoureux ils ne trouvent pas en eux le courage, la force et la lucidit&#233; de bouger tout seuls, je vais utiliser la seule chose qui a l'air d'avoir un impact, &#224; savoir la puissance de leur d&#233;sir sexuel, pour les coincer et les am&#233;liorer contre leur gr&#233; ! Enfin je continue &#224; &#234;tre tiraill&#233;e entre les moments o&#249; je me dis que les mecs n'ont qu'&#224; se d&#233;merder et bosser sur eux-m&#234;mes, genre ras le bol de faire de la p&#233;dagogie, et les moments o&#249; je me dis qu'ils n'ont tellement aucune id&#233;e de la situation qu'il faut bien leur expliquer&#8230; Le pragmatisme vs la th&#233;orie. C'est terrible de devoir expliquer &#224; un mec de 45 ans que si on dort c'est qu'on n'a pas envie de sexe, ou que n'avoir pas envie &#224; ce moment ne signifie pas qu'on ne l'aime pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La SMC n'est pas une solution au probl&#232;me de fond, mais tout le monde ne cherche pas &#224; travailler sur soi. Certains souhaitent juste avoir une sexualit&#233; fonctionnelle, ils ont 60 ans, ils n'ont aucune envie de faire une psychanalyse, et ils vont se d&#233;placer vers l'anal parce que c'est ce qu'il leur reste quand ils ne bandent plus. Certains vont consid&#233;rer que les pilules sont une solution magique. Je vais me situer entre les deux, puisque c'est efficace, mais qu'il est dommage d'&#233;viter de se poser des questions. Mais il faut tout de m&#234;me prendre les gens comme ils sont, et c'est tr&#232;s bien s'ils se sentent &#224; leur place dans l'histoire qu'ils se racontent. Et les hommes ne se racontent pas de la m&#234;me mani&#232;re ce que c'est qu'&#234;tre un homme, ce qu'est une relation avec une femme, selon leur &#226;ge et leur milieu social. Il est int&#233;ressant par exemple de voir comment la SMC vient r&#233;pondre &#224; des enjeux de masculinit&#233; li&#233;s aux dysfonctions sexuelles. On va trouver beaucoup de gens qui ont des probl&#232;mes d'&#233;rection, souvent des personnes de plus de 50 ans, qui vont &#234;tre contents d'&#234;tre soumis et trouver pratique d'&#234;tre mis sous cage parce que cela les d&#233;douane de l'obligation de bander et de p&#233;n&#233;trer. C'est int&#233;ressant, m&#234;me si associer soumission et incapacit&#233; &#224; bander ne me semble pas &#234;tre une bonne pente. Mais en tant que sexologue je suis curieuse de voir comment peuvent &#233;voluer des scripts sexuels chez une personne vieillissante qui, de fait, va &#234;tre moins &#171; performante &#187; et va devoir r&#233;inventer sa sexualit&#233; pour ne pas &#234;tre malheureuse. Tout r&#233;cit est bon &#224; prendre s'il permet de r&#233;inventer sa sexualit&#233; en faisant fi de la culpabilit&#233;, de la honte ou de la pathologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore une fois, si je cautionne les cat&#233;gories de normal et de pathologique qui font consensus parmi les soignants tant que pathologie est entendue comme souffrance, reste &#224; savoir qui souffre. J'ai eu la sensation d&#233;sagr&#233;ablement r&#233;currente tout au long de cette exploration de la SMC que c'est une fausse solution, parce que &#231;a d&#233;chargerait juste les hommes du probl&#232;me en le refilant aux femmes. Ce n'est pas comme cela que je l'ai &#233;crit dans mon m&#233;moire, parce que ce serait trop militant, mais c'est ce que cela dit, qu'il y a un bras de fer, que le rapport est tr&#232;s in&#233;galitaire, que la jouissance des hommes en tant que d&#251; a pris trop de place, et qu'il y a un travail monstre pour sortir de cela, &#224; tel point que la seule solution que l'on trouve est de &#171; donner le pouvoir &#187; aux femmes sur ce d&#233;sir qui leur pourrit la vie. Et c'est mon r&#233;sum&#233; : s'en occuper reste un probl&#232;me, parce qu'on ne devrait pas avoir &#224; s'en pr&#233;occuper. Dans des relations o&#249; le d&#233;sir serait sainement et finement exprim&#233;, on pourrait jouer &#224; contr&#244;ler. Mais chez tout un tas de gens, c'est tout sauf un jeu, et les femmes sont coinc&#233;es face &#224; de vrais enjeux, qui sont l'envahissement, l'&#233;gocentrisme, le nombrilisme et la c&#233;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est primordial que les sexologues pensent le fait que les femmes construisent massivement une sexualit&#233; o&#249; l'orgasme n'est pas syst&#233;matique, jusqu'&#224; devenir non n&#233;cessaire, dans leur t&#234;te et dans leur corps, voire optionnel, tout en assimilant que celui du mec est syst&#233;matique et n&#233;cessaire. Et donc penser &#224; frustrer les mecs est int&#233;ressant, parce que &#231;a fait r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui se joue entre les hommes et les femmes dans le lit, cette id&#233;e qu'une pulsion est l&#224; pour &#234;tre assouvie, qui cr&#233;e des violences inou&#239;es m&#234;me pas rep&#233;r&#233;es comme telles par les victimes (si on laisse de c&#244;t&#233; le fait que les hommes sont &#171; victimes &#187; de la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique ou en tout cas qu'ils la subissent). Et la sexologie s'en fout. Un des plus gros impens&#233;s de la discipline reste : &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; d'une sexualit&#233; qui ne serait pas co&#239;tale, et qui serait exempte de l'assouvissement et de la r&#233;solution des tensions sexuelles, et qui pourtant serait v&#233;cue joyeusement par les protagonistes ? Les sexologues ont beau reservir la soupe du &lt;i&gt;sensate focus&lt;/i&gt; de Masters et Johnson, eux aussi ne voyaient l&#224; qu'une &#233;tape n&#233;cessaire avant de reprendre le sexe papa dans maman, leur mod&#233;lisation le montre, le sexe normal c'est 4 phases, et &#231;a finit par un orgasme. La question de savoir ce qu'est une sexualit&#233; o&#249; les tensions ne sont pas r&#233;solues m'int&#233;resse notamment parce que c'est en fait la sexualit&#233; de plein de femmes. Parce que pour les hommes c'est depuis l'adolescence une &#233;vidence que l'excitation est &#233;quivalente &#224; la stimulation, manuelle ou co&#239;tale, qui est elle-m&#234;me &#233;gale &#224; une &#233;jaculation et donc &#224; une r&#233;solution des tensions, au point qu'ils ne se rendent m&#234;me pas compte qu'il est possible de r&#233;pondre &#224; une excitation autrement que par une masturbation et une &#233;jaculation. Et donc dans le co&#239;t &#231;a leur para&#238;t un d&#251; de finir par jouir. &#199;a scelle toute l'&#233;conomie de la relation sexuelle h&#233;t&#233;rosexuelle. Et c'est un drame. Il faut lire le dernier livre d'Ovidie, o&#249; elle &#233;crit des lettres &#224; nos amants foireux, dont une &#171; lettre &#224; celui qui a ferm&#233; boutique d&#232;s qu'il a &#233;jacul&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette aventure n'a fait que m'apporter toujours plus de perplexit&#233;. Si je suis honn&#234;te, l'enjeu pour moi &#224; l'origine &#233;tait de rendre inoffensif un d&#233;sir per&#231;u comme intrusif, &#231;a je m'en suis rendu compte en route. Mais avoir la clef pousse &#224; &#234;tre l'esclave de celui dont on s'occupe. Un homme peut pr&#233;f&#233;rer exprimer sans arr&#234;t son d&#233;sir, se prendre des gifles &#224; chaque fois qu'il le fait &#224; mauvais escient ou au mauvais moment, plut&#244;t que de devoir &#234;tre vigilant &#224; ne pas heurter l'autre. Parce que &#231;a lui &#233;vite de grandir, d'&#234;tre adulte, d'apprendre &#224; &#233;valuer quand l'autre a envie, &#224; comprendre la communication non verbale et le langage du corps, etc. J'ai une vision assez noire de la SMC, parce que dans beaucoup de cas c'est encore maman qui s'occupe du b&#233;b&#233; qu'il faut nourrir ou de l'adolescent dont on doit d&#233;cider des heures de sortie. Il n'y a que des m&#233;taphores de cela&#8230; Ce qui me tient c'est de me dire qu'il y a souvent de la souffrance associ&#233;e, et qu'en travaillant dessus j'&#339;uvre pour la sant&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Maylis Castet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;maylis.castet@gmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Sofagate, un f&#233;minisme pour femmes puissantes</title>
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		<dc:date>2021-04-28T09:05:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TrouNoir</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Chronique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ne soyons pas dupes des femmes et hommes puissants qui utilisent les id&#233;es f&#233;ministes pour les retourner contre nous.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Chronique-+" rel="tag"&gt;Chronique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton141.jpg?1731403042' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre chroniqueur Ignace Fambeaux d&#233;couvre chaque mois le sens de l'univers dans les plus petits d&#233;tails. Il d&#233;crypte aujourd'hui un terrible &#233;v&#233;nement g&#233;opolitique qui s'est jou&#233; autour de deux dirigeants europ&#233;ens, le pr&#233;sident turc et un canap&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; Ankara, capitale de Turquie, dans le palais pr&#233;sidentiel. Trois protagonistes : le pr&#233;sident turc Recep Tayyip Erdo&#287;an, dirigeant autoritaire, conservateur religieux, et menant une politique brutale de d&#233;-la&#239;cisation du pays ; le pr&#233;sident du Conseil europ&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui est l'institution qui rassemble les chefs d'Etat de l'Uniion europ&#233;enne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Charles Michel, ancien premier ministre belge, lib&#233;ral convaincu et dont le principal soutien n'est autre qu'Emmanuel Macron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; la pr&#233;sidente de la Commission europ&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institution qui est en quelque sorte le &#171; gouvernement &#187; de l'Union europ&#233;enne&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ursula von der Leyen, ancienne ministre de la Famille, du Travail, puis de la D&#233;fense en Allemagne, repr&#233;sentant la frange progressiste et mod&#233;r&#233;e du parti chr&#233;tien conservateur allemand, la CDU. Que du beau monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_1.jpg?1731403032' width='500' height='306' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes le 7 avril 2021, il ne pleut pas sur Ankara. Cependant, l'histoire ne dit pas si le temps &#233;tait d&#233;gag&#233;, si le soleil &#233;tait &#233;clatant, ou si le ciel &#233;tait gris&#226;tre. Aussi, dans tous les articles que j'ai pu lire, l'heure n'&#233;tait jamais mentionn&#233;e. Peut-&#234;tre &#233;tait-ce le matin, Erdogan ayant &#224; peine fini de dig&#233;rer ses tartines et son grand verre de jus d'orange lui fournissant l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; &#234;tre un grand dirigeant. Ou peut-&#234;tre &#233;tait-il 11h30, juste avant le d&#233;jeuner, et la faim se faisait sentir pour Charles Michel qui se disait que ce grand bol de c&#233;r&#233;ales n'avait pas &#233;t&#233; suffisant pour repr&#233;senter avec panache le Conseil europ&#233;en. Peut-&#234;tre 19h00, la journ&#233;e ayant &#233;t&#233; harassante pour tout le monde, Ursula von der Leyen se demandait si elle allait plut&#244;t commander de la viande ou du poisson pour d&#238;ner. Mais tout cela n'est que litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_2.jpg?1731403032' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il nous faut parler am&#233;nagement d'int&#233;rieur. En effet, la disposition des meubles est un personnage &#224; part enti&#232;re de ce drame. Le d&#233;cor a &#233;t&#233; organis&#233; comme suit : Deux canap&#233;s et deux fauteuils dispos&#233;s en demi-carr&#233; pour permettre aux photographies de se faire et aux reportages d'&#234;tre film&#233;s. Les deux canap&#233;s se font face ; les deux fauteuils sont sur un m&#234;me c&#244;t&#233; et font face aux journalistes. Au sol, un gigantesque tapis. Les fauteuils sont dor&#233;s, d&#233;cor&#233;s de moulures et recouverts d'un &#233;l&#233;gant tissu damass&#233;. Les canap&#233;s sont d'un style plus moderne. Ils semblent briller, s&#251;rement recouverts de soie - aucune chance que cela soit de la viscose. Au mur, il y a de grands tableaux aux cadres dor&#233;s. On peut apercevoir un immense portrait d'Atat&#252;rk. Il y a derri&#232;re les fauteuils deux drapeaux : celui de l'Union europ&#233;enne et de la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_5.jpg?1731403033' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; la trag&#233;die elle-m&#234;me. Tout s'est pass&#233; tr&#232;s vite. Les trois protagonistes entrent dans la pi&#232;ce, tous affubl&#233;s d'un masque. Ils ont l'air solennel des grands moments. Tout &#224; coup, Ursula von der Leyen se rend compte qu'il n'y a que deux fauteuils qui font face aux journalistes. Charles Michel et Recep Tayyip Erdo&#287;an, s'y installent. S'ensuit un moment de flottement, o&#249; la pr&#233;sidente de la Commission europ&#233;enne reste debout et interdite, lan&#231;ant plusieurs &#171; hum &#187; d'incompr&#233;hension &#224; l'attention des deux autres hommes. O&#249; &#233;tait son fauteuil ? Quelqu'un lui signifie alors que sa place est sur le canap&#233;, dispos&#233; sur le c&#244;t&#233;, formant un angle droit avec les journalistes. Elle s'y assoit, contenant visiblement sa col&#232;re d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;e au second rang du protocole, &#224; la m&#234;me place que le ministre des affaires &#233;trang&#232;res turc, Mevl&#252;t &#199;avu&#351;o&#287;lu, assis en face d'elle. Scandale ! Un outrage intergalactique vient d'avoir lieu sous nos yeux de simples mortels. C'est le &lt;i&gt;Sofagate.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_3.jpg?1731403032' width='500' height='247' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions ne manqu&#232;rent pas. On a accus&#233; Erdo&#287;an de sexisme. Le Premier ministre italien Mario Draghi a d&#233;clar&#233; :&#171; Avec ces dictateurs &#8212; appelons-les comme ils sont &#8212; il faut &#234;tre franc en exprimant sa diversit&#233; de points de vue et de visions de la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On a violemment critiqu&#233; Michel d'avoir accept&#233; cette disposition, certains demandant m&#234;me sa d&#233;mission : &#171; Pourquoi Michel s'est-il assis ? Pourquoi ne pouvait-il pas&#8230; regarder Mme von der Leyen et montrer sa solidarit&#233; ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que s'est-il r&#233;ellement pass&#233; ? Beaucoup ont simplement analys&#233; ce drame comme du sexisme grossier de la part d'Erdo&#287;an. Ce serait simplement la suite logique de sa d&#233;cision un mois plus t&#244;t de faire quitter la Turquie de la Convention d'Istanbul, qui engageait ses signataires &#224; combattre les violences faites aux femmes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pourtant l'affaire est beaucoup plus trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ankara, les demandes de l'UE ont &#233;t&#233; strictement respect&#233;es.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais les services de von der Leyen ont r&#233;torqu&#233; que la pi&#232;ce n'avait pas pu &#234;tre v&#233;rifi&#233;e &#224; l'avance par ses services.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, beaucoup on fait remarquer, photos &#224; l'appui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que son pr&#233;d&#233;cesseur masculin, Jean-Claude Junker avait eu droit &#224; son fauteuil lors de visites du m&#234;me type. Pour les services de Michel, l'incident serait d&#251; &#224; &#171; l'interpr&#233;tation stricte des r&#232;gles protocolaires par les services turcs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autres ont pu interpr&#233;ter &#231;a comme le r&#233;sultat de la rivalit&#233; et la d&#233;testation mutuelle existant entre von der Leyen et Michel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'explication la plus vraisemblable est donn&#233;e au &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; par le sp&#233;cialiste de la Turquie Jean Marcou : &#171; C'est toujours tr&#232;s difficile d'&#233;valuer un incident comme celui-l&#224;, car tout le monde dit que ce n'est pas de sa faute. Mais dans cette affaire, sans vouloir d&#233;fendre la Turquie, il semble que le protocole europ&#233;en n'ait pas &#233;t&#233; d'une limpidit&#233; folle [&#8230;] Il s'agissait d'une r&#233;union de pacification, &#224; laquelle tenaient les Turcs, ils n'avaient donc pas forc&#233;ment envie de la faire tourner &#224; l'eau de boudin pour une histoire de fauteuil &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Entre une politicienne de droite et un dirigeant autoritaire, qui croire ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate7.jpg?1731403032' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis sentie bless&#233;e et seule &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d&#233;clar&#233; Ursula von der Leyen le 26 avril, revenant sur l'incident. &#171; Le respect des droits des femmes doit &#234;tre un pr&#233;alable &#224; la reprise du dialogue avec la Turquie, mais il est loin d'&#234;tre le seul pr&#233;alable &#187;. Quoiqu'il se soit pass&#233;, la pr&#233;sidente de la Commission europ&#233;enne a ainsi superbement instrumentalis&#233; cette affaire pour qu'elle ne puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233;e qu'en termes de sexisme, se faisant passer pour la pauvre victime innocente d'un affreux musulman patriarcal, cachant de ce fait les v&#233;ritables rapports de forces g&#233;opolitiques qui &#233;taient &#224; l'&#339;uvre. Loin de moi l'id&#233;e de d&#233;fendre Erdo&#287;an et sa politique ultraconservatrice, pourtant on ne peut pas dire qu'il &#233;tait en position de force dans cette rencontre, si l'on compare le poids politique qu'ont respectivement l'Union europ&#233;enne et la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la pr&#233;sidente de la Commission europ&#233;enne nous a servi un beau moment de f&#233;mo-nationalisme. Selon la chercheuse am&#233;ricaine Sara R. Farris, &#224; l'origine du concept, c'est un f&#233;minisme de droite utilis&#233; par le pouvoir pour justifier des positions x&#233;nophobes ou nationalistes, &lt;i&gt;au nom du droit des femmes&lt;/i&gt;. En effet, selon l'interpr&#233;tation faite par la dirigeante de l'incident, c'est une &#233;vidence qu'il a eu lieu parce que le pr&#233;sident turc est profond&#233;ment sexiste au point de perdre toute intelligence diplomatique. Elle se donne le beau r&#244;le de d&#233;fenseuse du droit des femmes contre les musulmans forc&#233;ment r&#233;trogrades. Les ficelles sont grosses, mais la communication est efficace.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sofagate_6.jpg?1731403032' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, Ursula von der Leyen est la digne repr&#233;sentante d'un &lt;i&gt;f&#233;minisme pour femmes puissantes&lt;/i&gt;. Les femmes doivent pouvoir &#234;tre des politiciennes sordides, des DRH brutales, des industrielles &#233;go&#239;stes, ou des arrivistes sans foi ni loi &lt;i&gt;comme peuvent l'&#234;tre les hommes. &lt;/i&gt;Elles doivent avoir leur place dans l'&#233;lite mondiale, pouvoir faire de brutales tractations g&#233;opolitiques, et &lt;i&gt;comme un homme&lt;/i&gt; ne pas supporter qu'on entrave la bonne marche de leur pouvoir. Une femme puissante doit &#234;tre trait&#233;e comme un homme puissant, et une femme pauvre avec le m&#234;me m&#233;pris qu'un homme pauvre. Ainsi, von der Leyen fait partie de ces femmes qui &lt;i&gt;comme les hommes&lt;/i&gt; participent chaque jour &#224; cr&#233;er un monde un peu plus merdique, plus capitaliste, plus pollu&#233;, plus raciste, plus brutal, plus in&#233;galitaire, en le d&#233;peignant comme un progr&#232;s pour l'&#233;galit&#233; et le f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous laissons pas avoir par cette propagande. &#192; ce f&#233;minisme lib&#233;ral et nationaliste (dont la meilleure repr&#233;sentante en France est Marl&#232;ne Schiappa), nous devons opposer un f&#233;minisme r&#233;solument &lt;i&gt;communiste&lt;/i&gt;, qui consid&#232;re que la lutte pour l'&#233;mancipation de toutes les femmes n'est pas compatible avec le principe de valorisation capitaliste qui m&#232;ne le monde, pas plus qu'avec le monde politique qui en est le garant et l'ex&#233;cutant. Si nous pouvons nous r&#233;jouir que les id&#233;es f&#233;ministes aient infus&#233; &#224; ce point dans toute la soci&#233;t&#233;, ne soyons pas complices de gens puissants qui s'en emparent (comme avec l'&#233;cologie ou la lutte contre l'homophobie par exemple) pour les utiliser contre nous, en nous faisant croire n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ignace Fambeaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui est l'institution qui rassemble les chefs d'Etat de l'Uniion europ&#233;enne et dont le pr&#233;sident est charg&#233; de trouver des compromis&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/03/le-belge-charles-michel-un-allie-d-emmanuel-macron-a-la-presidence-du-conseil-europeen_5485035_3210.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/03/le-belge-charles-michel-un-allie-d-emmanuel-macron-a-la-presidence-du-conseil-europeen_5485035_3210.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institution qui est en quelque sorte le &#171; gouvernement &#187; de l'Union europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/monde/turquie/recep-tayyip-erdogan/sofagate-mario-draghi-traite-erdogan-de-dictateur-la-turquie-parle-de-propos-hideux-acbe71d8-9905-11eb-9a6f-78d2651024e7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ouest-france.fr/monde/turquie/recep-tayyip-erdogan/sofagate-mario-draghi-traite-erdogan-de-dictateur-la-turquie-parle-de-propos-hideux-acbe71d8-9905-11eb-9a6f-78d2651024e7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/international/sofagate-cinq-minutes-pour-comprendre-cet-incident-diplomatique-europeen-09-04-2021-UM6JX7QKSRB5VDBE3SZH3GCYHY.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.leparisien.fr/international/sofagate-cinq-minutes-pour-comprendre-cet-incident-diplomatique-europeen-09-04-2021-UM6JX7QKSRB5VDBE3SZH3GCYHY.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/monde/20210408.OBS42472/sofagate-ces-fois-ou-le-president-de-la-commission-avait-bien-le-droit-a-un-fauteuil.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nouvelobs.com/monde/20210408.OBS42472/sofagate-ces-fois-ou-le-president-de-la-commission-avait-bien-le-droit-a-un-fauteuil.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/14/ursula-von-der-leyen-et-charles-michel-sommes-de-s-expliquer-apres-le-sofagate_6076784_3210.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/14/ursula-von-der-leyen-et-charles-michel-sommes-de-s-expliquer-apres-le-sofagate_6076784_3210.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/international/je-me-suis-sentie-blessee-et-seule-ursula-von-der-leyen-revient-sur-le-sofagate-27-04-2021-X6G4HZM3XZEG7PYPDSQNHOMWFM.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.leparisien.fr/international/je-me-suis-sentie-blessee-et-seule-ursula-von-der-leyen-revient-sur-le-sofagate-27-04-2021-X6G4HZM3XZEG7PYPDSQNHOMWFM.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;ministes, nous luttons contre la r&#233;pression d'&#201;tat</title>
		<link>https://trounoir.org/Feministes-nous-luttons-contre-la-repression-d-Etat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Feministes-nous-luttons-contre-la-repression-d-Etat</guid>
		<dc:date>2021-04-09T10:36:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Police</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Tribune</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des intellectuel.le.s et des artistes, dont Fran&#231;oise Verg&#232;s, Isabelle Stengers, Paul B. Preciado et plusieurs collectifs f&#233;ministes s'allient pour affirmer &#171; leur peur et leur col&#232;re face &#224; la course s&#233;curitaire men&#233;e par le gouvernement &#187;, et r&#233;clamer la lib&#233;ration des militants arr&#234;t&#233;s le 8 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-QUATORZE-" rel="directory"&gt;QUATORZE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Police-+" rel="tag"&gt;Police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Luttes-+" rel="tag"&gt;Luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Tribune-+" rel="tag"&gt;Tribune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton134.png?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='43' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tribune f&#233;ministe publi&#233;e le 8 avril 2021 sur Mediapart et soutenue par TROU NOIR.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 8 d&#233;cembre dernier, sept personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es et mises en examen pour association de malfaiteur terroriste &#171; &lt;i&gt;en vue d'attaques contre les forces de l'ordre &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, de l'aveu m&#234;me des services de police et/ou du parquet qui ont fait fuiter des morceaux de l'affaire dans la presse, aucun projet concret d'&#171; attentat &#187; ne leur est pourtant attribu&#233;. Dans cette construction digne de &lt;i&gt;Minority Report&lt;/i&gt;, la justice pr&#233;dictive n'a besoin que du rapprochement &lt;a href=&#034;https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de faits mineurs voire anodins&lt;/a&gt;, d'un pr&#233;tendu groupe (alors que les sept inculp&#233;&#183;e&#183;s ne se connaissent pas tous entre eux) et d'une id&#233;ologie, qualifi&#233;e &#171; d'ultragauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette &#233;tiquette polici&#232;re, c'est tout un panel d'id&#233;es et de pratiques qui est cibl&#233;, notamment celles qui luttent contre les oppressions syst&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que partie prenante du mouvement f&#233;ministe, nous tenons &#224; nous solidariser avec les personnes interpell&#233;es et &#224; d&#233;noncer les diverses formes de r&#233;pression politique &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Operation-antiterroriste-du-8-decembre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qui cherchent &#224; museler nos luttes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de l'antiterrorisme, la justice fran&#231;aise permet qu'on arr&#234;te, enferme et condamne des personnes pour de simples suspicions d'intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les 96 heures de leur garde &#224; vue, la DGSI aura d'ailleurs pos&#233; plus de questions sur leurs opinions politiques (que pensent-elles&#183;ils du v&#233;ganisme, de la politique gouvernementale, de l'antifascisme, des violences polici&#232;res ?) que sur des faits pr&#233;cis qui pourraient leur &#234;tre reproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces bases, la justice maintient cinq des sept inculp&#233;&#183;e&#183;s depuis trois mois en d&#233;tention provisoire, sous le dur r&#233;gime des &#171; &lt;i&gt;d&#233;tenus particuli&#232;rement signal&#233;s &lt;/i&gt; &#187; : restriction des visites et du courrier, isolement s&#233;v&#232;re, r&#233;veil toutes les deux heures, limitation de l'acc&#232;s aux maigres activit&#233;s qu'offre la prison, humiliation de la fouille &#224; nu &#224; chaque parloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire du 8 d&#233;cembre est une illustration de plus de la fonction tr&#232;s politique et des ressorts fondamentalement paradoxaux de l'antiterrorisme : il ne s'agit pas de combattre la peur, mais d'en faire un moyen de gouverner. En commen&#231;ant par la r&#233;pandre le plus possible, si besoin en inventant une menace de toute pi&#232;ce, comme c'est le cas ici. En d&#233;signant ensuite la figure de qui nous devons avoir peur, ce qui permet &#224; la fois de stigmatiser des parties de la population et d'invisibiliser le fond du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en exer&#231;ant une r&#233;pression f&#233;roce, ce qui accr&#233;dite la menace et fait monter le niveau de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que f&#233;ministes, nous identifions bien certains de ces ressorts. Nous avons l'habitude que le pouvoir joue avec nos peurs. Peurs d'&#234;tre pris&#183;e&#183;s pour cible par des fanatiques, peur de nous faire violer dans une ruelle sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui nous avons peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que femmes, hommes trans ou personnes non-binaires, on nous a scrupuleusement appris &#224; avoir peur, &#224; voir nos corps comme vuln&#233;rables et soumis &#224; n'importe quel d&#233;sir de possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, aujourd'hui, ces mensonges ne prennent pas. Les peurs qui nous habitent ne sont pas celles qu'on veut nous construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons peur du fascisme, auquel ce gouvernement est en train d'ouvrir la voie. Un fascisme dans lequel nos libert&#233;s de femmes, hommes trans ou personnes non-binaires, n'auront plus aucune place, si ce n'est celle d'&#234;tre la &#171; femme de &#187; quelqu'un. (Il est notable que dans le traitement m&#233;diatico-policier des derni&#232;res affaires antiterroriste concernant &#171; l'ultragauche &#187;, il n'a pas manqu&#233; de journalistes d'un autre si&#232;cle pour d&#233;crire les femmes impliqu&#233;es comme des personnes sous l'influence de leur compagnon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons peur de la police. Parce que ses marges de man&#339;uvres semblent sans limite, y compris celles de nous humilier, de nous violer, de nous tuer &#8211; tant son impunit&#233; est scandaleuse. Parce qu'elle est arm&#233;e et compte en son sein un nombre non n&#233;gligeable de conjoints violents et de fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis diff&#233;rentes positions sociales et politiques, nous nous allions aujourd'hui pour affirmer ensemble notre peur et notre col&#232;re face &#224; la course s&#233;curitaire men&#233;e par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militant&#183;e&#183;s, universitaires, chercheur&#183;euse&#183;s, activistes, travailleur&#183;euse&#183;s sociales, artistes, nous sommes f&#233;ministes. Et alors que les mouvements f&#233;ministes n'ont jamais &#233;t&#233; aussi massifs et puissants, nous souhaitons r&#233;affirmer que nous ne sommes pas dupes du patriarcat qui est au fondement m&#234;me de l'&#201;tat qui nous dirige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ligne d'&#233;coute privatis&#233;e ou un Grenelle ne nous feront jamais oublier l'invisibilisation des personnes trans et non-binaires, les violences institutionnelles et l'enfermement subis par les personnes exil&#233;es, la criminalisation des travailleur&#183;euse&#183;s du sexe, la valorisation de la violence sexiste et de la virilit&#233;, la d&#233;cision de ne prot&#233;ger que certains corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, nous affirmons nous opposer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/loi-securite-globale-notre-dossier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la loi &#171; s&#233;curit&#233; globale &#187;&lt;/a&gt;, qui donne toujours plus de pouvoir &#224; la police. Alors qu'il n'est plus possible pour personne de nier les violences polici&#232;res, le gouvernement augmente la possibilit&#233; de la surveillance de masse par tous les agents de la s&#233;curit&#233;. Renforcer la police, c'est renforcer le patriarcat d'&#201;tat dont elle est le bras arm&#233;. Le texte pr&#233;voit de toujours plus p&#233;naliser les moyens &#224; disposition des luttes pour s'en d&#233;fendre. Nous refusons de laisser la police nous filmer, les agents de s&#233;curit&#233; nous palper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Au &#171; f&#233;minisme &#187; d'&#201;tat, qui transforme nos souffrances en pr&#233;texte &#224; la p&#233;nalisation et au s&#233;curitarisme. Nous n'accordons aucune confiance aux sph&#232;res &#233;tatiques qui refusent de voir que le viol est une culture, la domination une &#233;ducation. Si nous reconnaissons que la justice permet &#224; certaines victimes de trouver une sorte de r&#233;paration, nous ne doutons pas que le syst&#232;me p&#233;nal privil&#233;giera encore et toujours les dominants, quand les corps racis&#233;s seront les coupables id&#233;aux. P&#233;naliser les actes sexistes ne les emp&#234;chent pas, et la question reste inaudible pour le gouvernement : que faut-il faire pour emp&#234;cher les hommes de violer ? Le projet de loi contre le s&#233;paratisme illustre bien ce &#171; f&#233;minisme &#187; d'&#201;tat : que viendra r&#233;soudre l'interdiction des certificats de virginit&#233; ou une &#233;ni&#232;me loi sur le voile, &#224; part r&#233;duire nos libert&#233;s en renfor&#231;ant le contr&#244;le sur nos corps et alimenter l'islamophobie en pr&#233;textant une fois de plus nous lib&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; la r&#233;pression des mouvements de lutte qui s'abat sur celles et ceux qui se mobilisent contre ce monde patriarcal, &#224; travers la r&#233;pression juridique et la violence physique. Violence physique &#171; contr&#244;l&#233;e &#187;, qui est la base de la virilit&#233; polici&#232;re. R&#233;pression juridique pour laquelle des militant&#183;e&#183;s politiques sont d&#233;sormais des &#171; terroristes &#187;, diabolis&#233;&#183;e&#183;s comme ultra-violent&#183;e&#183;s quand des groupes d'extr&#234;me droite tabassent des rassemblements f&#233;ministes en toute impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arrestations du 8 d&#233;cembre servent opportun&#233;ment de contre-feu au large mouvement mondial de remise en cause de la police. Mouvement, est-il besoin de le rappeler, dont les figures de proue sont des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le courage de dire nos peurs avec force, et nous appelons toutes celles et ceux qui agissent pour la destruction du patriarcat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#224; militer pour la pr&#233;vention, l'auto-d&#233;fense, l'empowerment et la construction d'une justice transformatrice,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &lt;a href=&#034;https://www.cotizup.com/soutien-8-12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; soutenir toutes celles et ceux qui sont touch&#233;&#183;e&#183;s par la r&#233;pression, et &#224; refuser que la cat&#233;gorie de terroriste puisse servir &#224; briser celles et ceux qui militent contre la violence de l'&#201;tat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#224; r&#233;clamer en cons&#233;quence la lib&#233;ration des cinq personnes encore incarc&#233;r&#233;es en d&#233;tention provisoire depuis le 8 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sororit&#233; est notre force,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signataires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Isabelle Stengers, Paul B. Preciado, Elsa Dorlin, Isabelle Cambourakis, Emilie Hache, Nathalie Quintane, Nacira Guenif, Emilie Noteris, Wendy Delorme, Naruna Kaplan de Macedo, Isabelle Fr&#233;meaux, Hourya Bentouhami, Anne Emmanuelle Berger, Tissot Sylvie, Jules Falquet, Yala Kisukidi, Val&#233;rie Rey Robert, Fatou Dieng, Awa Gueye et le collectif V&#233;rit&#233; et Justice pour Babacar, Aur&#233;lie Garand et le collectif Justice pour Angelo, Nous Toutes 35, collectif toutes en gr&#232;ve 31, Marseille F&#233;ministe, collectif Nous Toutes 76 Le Havre , Union Pirate, Les Enlaidies, UCL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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