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		<title>&#201;loge de tout ce qui se m&#234;le (un monde queer possible)</title>
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		<dc:subject>Po&#233;sies</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A propos des &#034;Anthologie Douteuses (2010-2020)&#034; de &#201;lodie Petit et Marguerin Le Louvier.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton133.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Viennent de para&#238;tre en librairie les &#034;&lt;a href=&#034;https://www.rotoluxpress.com/catalogue/anthologie-douteuses&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthologie douteuses (2010-2020)&lt;/a&gt;&#034;, un voyage de dix ann&#233;es de po&#232;mes br&#251;lants imprim&#233;s sur des A5 ou A6 agraf&#233;s et distribu&#233;s sous le manteau pendant des soir&#233;es entre deux bi&#232;res. Cette anthologie est accompagn&#233;e d'une pr&#233;face de l'&#233;crivaine Anne Pauly. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici une lecture de ce voyage textuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;lodie Petit et Marguerin Le Louvier publient chez Rotolux Press &lt;i&gt;Anthologie Douteuses&lt;/i&gt; &#224; la couverture tape &#224; l'&#339;il : rose vive, tendance malabar fraise, avec surimpression du titre et du noms des auteur.e.s teinte argent. &#192; l'arri&#232;re-plan, en noir sur rose, un texte manifeste, qui se cl&#244;t sur ces quelques fragments : &#171; &#234;tre exp&#233;rimental&#183;e / et vuln&#233;rable / et hypersensible / offrir / habiter les marges / baiser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette couverture donne le ton de ce livre qui &lt;i&gt;tombe &#224; pic&lt;/i&gt;. &#192; vrai dire, &#231;a fait quelques temps qu'on a envie de lire dans la po&#233;sie contemporaine fran&#231;aise un peu plus de transpiration, un peu plus de Patricia Kaas, un peu plus de corps m&#234;l&#233;s et de &#171; se r&#233;approprier sa chatte / en subculture / et &#233;mancipation &#187; (p. 219). L'&lt;i&gt;Anthologie douteuses&lt;/i&gt;, qui se d&#233;ploie dans une constellation queer radicale/exp&#233;rimentale, fait avant tout l'&#233;loge des choses qui se m&#234;lent, et c'est l'une de ses grandes forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des corps d'abord qui se m&#234;lent, corps aux identit&#233;s multiples, parfois ind&#233;finies ou fluctuantes, parfois plus affirm&#233;es. Corps extraits du monde m&#233;diatiques, corps de cin&#233;ma, ou corps intimes. Et ces corps, ils sont vivants, affam&#233;s, plein d'un d&#233;sir de vivre puissant : ils baisent, s'excitent, se retrouvent fugaces, ou pour un moment plus long, ils sont violent&#233;s et souffrent. Parfois, comme beaucoup de corps, ils doivent s'habiller entrer dans le rer et partir travailler. Ces corps sont pris dans des mouvements contraires, qui sont &#233;voqu&#233;s assez parfaitement dans le texte &#171; O&#249; leurs bouches contre leurs paumes &#187; : &#171; elles descendent du sommet de leurs tours / fouler le sol communal / apporter paillettes et lumi&#232;res &#224; nouveaux sur les fronts / leurs ailes d&#233;ploy&#233;es en joie d&#233;mentielle / se mettent &#224; faire l'amour et &#224; baiser dans les coins mousseux / le b&#233;ton doux / Les bancs s&#233;par&#233;s / f&#234;ter les culottes tremp&#233;es / d&#233;monter chaque cam&#233;ra et chaque lunette de contr&#244;le / d&#233;placer l'intimit&#233; au public &#187; (p.213).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, cet usage du sexe s'&#233;nonce comme un geste politique. Ce sont les corps qui se lib&#232;rent des injonctions vari&#233;es, qui inventent leur propre histoire et g&#233;ographie, comme une fa&#231;on d'arracher quelques nuits, quelques soir&#233;es ou journ&#233;e sans stores ouverts au pouvoir. Il y a quelque fois des moments de joies pures, lorsque les corps r&#233;ciproques sont pris dans des draps, dans des plaisirs. Le texte &#171; Grande crue &#187; par exemple, par les rythmes et la fa&#231;on dont les mots suivent le corps, le moindre de ses fr&#233;missements s'impose comme un moment tr&#232;s fort : &#171; Je quitte bouche pour baver le long de ton long / ma main &#224; ta hanche serre ta chair sur l'os / j'am&#232;ne ton bassin au niveau de ma langue en salive / l&#232;che sur ta culotte ta fente en chair / mordille la peau sous tissus, / tu spasmes / je mets mes doigts l&#224; / et te p&#233;n&#232;tre tandis qu'il ne fait presque plus nuit &#187; (p. 220).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces corps, les registres linguistiques aussi se m&#234;lent. Elodie Petit et Marguerin Le Louvier s'opposent d'embl&#233;e &#224; toute forme de snobisme culturel et la d&#233;monstration est extr&#234;mement convaincante. Elle passe par l'humour, la th&#233;orie, l'outrance : on se r&#233;gale avec les &#171; Po&#232;mes amoureux de Patricia Kaas &#187; (p. 47-50), on prend plaisir &#224; suivre une vie possible de Jack Lang dans &#171; Va t'faire baise ailleurs, Jack Lang &#187; (p. 57-60) on assiste &#224; &#171; Stupre, Arthur Rimbaud la gouine &#187; (p. 253-257), on est tout &#224; fait convaincu par l'analyse des com&#233;dies sentimentales sous le prisme du genre : &#171; Les lois fondamentales de la biologie &#187; (p. 237), on rit fort devant &#171; homosexualit&#233; et civilisation extra-terrestre &#187; (p. 169-172). Quelques pr&#233;sences amicales passent aussi leurs visages par la fen&#234;tre : Michel Foucault, Donna Haraway, Didier Eribon. &#192; certains moments, surgissent comme des pr&#233;cipit&#233;s biographiques, ainsi le texte &#171; On ne sait plus pourquoi on vit et &#231;a d&#233;rape &#187;, (p. 91-95), qui rattache par une certaine forme de quotidien (non sans sarcasme) l'anthologie dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est beau ce livre, il est g&#233;n&#233;reux et d&#233;borde, comme la bi&#232;re dans un verre en plastique &#224; l'heure de la fermeture des bars. Tous les mots de l'&lt;i&gt;Anthologie Douteuses&lt;/i&gt; se heurtent et se cognent dans une joie amoureuse changeante, vulgaire et r&#233;volt&#233;e, &#224; l'image de deux peaux qui se d&#233;couvriraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maxime Morel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le principe de division, c'est la race et la classe</title>
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		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Sarah Schulmann&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;La gentrification des esprits&lt;/i&gt;, les &#233;ditions B42 viennent de publier l'essai de Sarah Schulmann &lt;i&gt;Le conflit n'est pas une agression&lt;/i&gt;. C'est un livre &#224; plusieurs &#233;gards d&#233;rangeant, qui bouscule l&#224; o&#249; il faut et qui permet de prendre de la distance et d'offrir des r&#233;flexions nouvelles sur des questions d&#233;licates. R&#233;dig&#233; avant le mouvement Meetoo, ce livre r&#233;sonne fortement avec l'actualit&#233;, m&#234;me si Sarah Schulmann a plut&#244;t refus&#233; de parler de ce mouvement dans le cours de notre entretien. Comment en sommes-nous arriv&#233;s &#224; d&#233;l&#233;guer &#224; l'&#201;tat la question de la justice ? Comment les agresseurs se font-ils passer pour des victimes ? Quel est le lien, dans la &#171; surestimation du pr&#233;judice &#187;, &#224; faire entre le niveau intime, &#233;tatique, et inter&#233;tatique ? Ce sont autant de questions que ce livre, &#233;crit sans langue de bois, permet d'aborder de front.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : En guise d'introduction &#224; ton livre et pour donner au lecteur une perspective historique, peux-tu nous expliquer comment le mouvement contre les violences faites aux femmes s'est trouv&#233; aux prises avec l'&#201;tat et ses institutions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son apparition dans les ann&#233;es 1970, le mouvement contre la violence faite aux femmes &#233;mergeait au sein d'un mouvement global de r&#233;volutions, d'ind&#233;pendances coloniales, de mouvements de lib&#233;ration. En relation avec le changement global qui avait lieu, construit entre les relations personnelles et les relations globales, &#233;conomiques, ce mouvement fut bouleversant, porteur d'&#233;normes changements. C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; les femmes n'&#233;taient pas dans le gouvernement, o&#249; elles n'&#233;taient pas des juges, elles ne si&#233;geaient pas au Congr&#232;s et n'&#233;taient pas avocates. L'&#201;tat &#233;tait donc l'ennemi des femmes. Quand le mouvement a commenc&#233;, elles n'ont pas demand&#233; &#224; l'&#201;tat de satisfaire leurs revendications, elles ont fait les choses par elles-m&#234;mes. Par exemple, l'avortement &#233;tait ill&#233;gal. Les gens ont donc mis en place un service ill&#233;gal dans lequel les femmes pouvaient se faire avorter clandestinement, ou encore si l'on avait &#233;t&#233; viol&#233;, on n'appelait pas les flics, on appelait un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone, un service de soutien o&#249; une autre femme r&#233;pondait et avec qui on pouvait discuter. Donc on a cherch&#233; des solutions &#224; distance de l'&#201;tat. On a cr&#233;&#233; des cliniques, on a cr&#233;&#233; des programmes, beaucoup de choses. Dans les ann&#233;es 1970, le gouvernement a mis en place un programme destin&#233; &#224; pourvoir aux salaires des dirigeants des diff&#233;rentes organisations et structure du mouvement. Mais en 1980, une fois &#233;lu, Reagan supprima ce financement. Sans argent, ces services furent totalement d&#233;sorganis&#233;s et eurent du mal &#224; continuer leur activit&#233; face &#224; une demande toujours plus importante. Le gouvernement commen&#231;a &#224; contr&#244;ler les services, &#224; promulguer des lois&#8230; Tout ce qui avait &#233;t&#233; mis en place par le mouvement contre les violences faites aux femmes tombait dans les mains du gouvernement. Celui-ci dirigeait et finan&#231;ait les services. Il fallait en outre avoir les dipl&#244;mes officiels reconnus par l'&#201;tat pour y travailler. Il y avait l&#224; une contradiction &#233;vidente, car le gouvernement am&#233;ricain &#233;tait l'une des grandes sources de violence du monde. Et c'est notre gouvernement qui disait &#234;tre l&#224; pour en finir avec les violences. C'&#233;tait bien &#233;videmment impossible. Ils ont impos&#233; un syst&#232;me exacerbant la vuln&#233;rabilit&#233; des pauvres. Les hommes mis en prisons pour des faits de violences domestiques sont les pauvres, pas les riches. C'est donc une sorte de contr&#244;le qui s'est mis en place, et &#231;a n'a pas emp&#234;ch&#233; les violences. &#199;a a remplac&#233; les violences. Jusqu'a aujourd'hui ou le pr&#233;sident Donald Trump est devenu le symbole de cette violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Aujourd'hui, on peut ressentir une forme de d&#233;possession de ces luttes li&#233;es &#224; l'int&#233;gration forc&#233;e des services mis en place par le mouvement &#224; l'appareil d'&#201;tat&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est plus que &#231;a. C'est le vocabulaire lui-m&#234;me, qui a &#233;t&#233; construit, travaill&#233; des ann&#233;es durant par le mouvement, qui se trouve appropri&#233; par ceux-l&#224; m&#234;mes contre qui il s'&#233;tait construit. Aujourd'hui, on a Trump, chef de l'&#201;tat, qui met en sc&#232;ne un discours dans lequel il se dit &#234;tre une victime, seule contre tous. C'est particuli&#232;rement patent concernant la politique d'Isra&#235;l. Mais c'est aussi quelque chose que l'on retrouve dans les relations personnelles. Nous vivons une p&#233;riode dans laquelle il n'y a plus aucune empathie, plus aucune compassion. Le seul moyen maintenant pour attirer de la compassion serait d'&#234;tre absolument irr&#233;prochable. Malheureusement, quand on est une personne, on est forc&#233;ment pleins de contradictions, et donc personne ne m&#233;rite d'empathie. Le probl&#232;me c'est que si quelqu'un d&#233;cide d'assumer sa responsabilit&#233; dans quelque chose qu'il a pu faire, il est exclu de toute forme de soutien, du fait de l'absence d'empathie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Entre le niveau des relations personnelles, celui de l'&#201;tat et de sa politique et celui de la g&#233;opolitique internationale, tu montres qu'il existe un lien dans le rapport &#224; la violence que l'on retrouve dans l'usage d'un certain vocabulaire pr&#233;sent pour chacune des trois dimensions (comme &#171; agresseur &#187; par exemple). Est-ce que tu peux pr&#233;ciser la diff&#233;rence que tu fais entre conflit et agression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit est une lutte d'int&#233;r&#234;t et de pouvoir, alors que l'agression est le fait d'exercer du pouvoir sur une personne. Par exemple, la politique isra&#233;lienne concernant les Palestiniens constitue un abus puisque ce sont les Isra&#233;liens qui d&#233;cident de ce qui se passe en Palestine. De leur c&#244;t&#233;, les Isra&#233;liens retraduisent l'abus en conflit, mais c'est un m&#233;susage de la langue qui leur permet de dissimuler leurs culpabilit&#233;s. Dans mon livre je pr&#233;cise bien qu'il est indispensable de faire du cas par cas et de regarder pr&#233;cis&#233;ment pour chacun d'eux quelle en est la configuration pr&#233;cise. Aujourd'hui l'agresseur, qui se fait passer pour une victime, est celui qui va avoir acc&#232;s en priorit&#233; &#224; l'appareil d'&#201;tat r&#233;pressif. Il va &#233;tatiser sa position de victime aux moyens des communications contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : L'&#201;tat s&#233;curitaire a-t-il pour corolaire le statut &#171; factice &#187; de victime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu as &#233;t&#233; socialis&#233; dans un groupe dominant, et quand on t'a toujours appris &#224; te sentir sup&#233;rieur, tu te sens en s&#233;curit&#233;, &#171; &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; &#187;, quand tu n'as pas &#224; te remettre en question. Quand un bourgeois ne se sent pas en s&#233;curit&#233;, c'est simplement qu'il est remis en question. Le bourgeois consid&#232;re comme un droit le fait de ne jamais &#234;tre mal &#224; l'aise, c'est-&#224;-dire remis en question. Les gens confondent le malaise et le danger. Par exemple, une personne raciste va projeter un sentiment d'ins&#233;curit&#233; sur l'ext&#233;rieur, alors qu'en fait c'est un malaise int&#233;rieur qui n'est pas un danger r&#233;el. Pour bien distinguer les deux, il faut revenir &#224; la d&#233;finition faite pr&#233;c&#233;demment entre conflit et agression. Si un abus est caract&#233;ris&#233; par le fait d'exercer un pouvoir sur une personne, on peut donc d&#233;finir un danger comme le fait qu'ind&#233;pendamment de toute action possible, tu es quand m&#234;me en danger sans que ta responsabilit&#233; ne puisse rien y changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Tu dis &#233;galement que la surexploitation du terme &#171; agression &#187; est pr&#233;judiciable aux vraies victimes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu'un, qui est en position de pouvoir, pr&#233;tend subir un abus ou une agression, c'est une mani&#232;re d'invisibiliser, de dissimuler son pouvoir r&#233;el et effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Penses-tu qu'il existe un lien entre la &#171; surestimation du pr&#233;judice &#187; et le fait d'&#234;tre aveugle &#224; la question de la race ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui en 2021 aux &#201;tats-Unis la question de la race est une probl&#233;matique centrale dans la culture am&#233;ricaine. Lorsque des nazis envahissent le Capitole, ils repartent chez eux sans encombre, alors qu'une personne noire peut se faire tuer dans la rue &#224; cause de sa couleur de peau. Il y a une inversion de la hi&#233;rarchie des r&#244;les entre l'agresseur et la victime. Par exemple, les blancs anxieux &#224; propos des questions raciales vont se pr&#233;senter comme des victimes alors qu'ils portent en r&#233;alit&#233; une forme de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez vous, en France, il existe une certaine islamophobie, y compris au sein des milieux f&#233;ministes. D&#232;s que la question de l'islamophobie est soulev&#233;e, les gens la repoussent et adoptent la position de victime venant d'&#234;tre accus&#233;e &#224; tort. J'esp&#232;re que ce livre contribuera &#224; apporter du changement dans ces attitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Et pour les queers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes gays blancs avec un certain statut social ont acc&#232;s &#224; presque toutes les positions de pouvoir. Les personnes r&#233;fugi&#233;es, les migrants, ce sont les personnes vraiment queers aujourd'hui. Le principe de division, c'est la race et la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TN : &lt;strong&gt;Comment as-tu v&#233;cu le mouvement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Black lives matter&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde entier a pu r&#233;aliser avec la prise du Capitole que la police am&#233;ricaine comptait beaucoup de supr&#233;matistes blancs, de racistes, d'antis&#233;mites&#8230; C'est une question globale qui a pour enjeu la refonte des institutions polici&#232;res et judiciaires aux &#201;tats-Unis. Et ce n'est pas Joe Biden qui le fera. Il y a une incarc&#233;ration massive des noirs aux &#201;tats-Unis et la prison fait partie int&#233;grante des dispositifs construisant la supr&#233;matie blanche. Les gens qui ont pris le capitole, les groupes n&#233;onazis&#8230; pr&#233;tendent &#234;tre les victimes des personnes noires. Ce qui valide ma th&#233;orie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Tu prends en exemple un probl&#232;me que tu as eu avec un &#233;l&#232;ve. Comment cela a-t-il aliment&#233; ta r&#233;flexion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un &#233;l&#232;ve qui &#233;tait amoureux de moi et qui m'&#233;crivait beaucoup sur internet. Des coll&#232;gues m'ont alors dit que c'&#233;tait du harc&#232;lement, qu'il fallait que je pr&#233;vienne le directeur de l'&#233;tablissement, m&#234;me si cela devait entrainer des cons&#233;quences et d&#233;truire la vie de cet &#233;tudiant. Ils m'enfermaient dans une position de victime ! Le probl&#232;me, c'est qu'ils ne m'ont jamais dit d'aller voir l'&#233;l&#232;ve et de lui parler ; lui demander pourquoi il faisait &#231;a, tout simplement. Finalement je l'ai appel&#233;, je lui ai dit que je ne pouvais plus &#234;tre son professeur et qu'il devait changer de classe. Nous avons convenu de discuter pour r&#233;soudre ce conflit. Et en fait &#231;a s'est r&#233;solu comme &#231;a, au bout de trois discussions, il y avait des signaux qui avaient &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;s de sa part, et puis voil&#224;, ce sont des choses qui arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TN : &lt;strong&gt;Cela rejoint des critiques que tu &#233;mets &#224; propos du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Call out&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; et du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Trigger Warning&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que c'est en France maintenant tout &#231;a ? On ne peut pas contr&#244;ler l'&#233;tat du monde. Si, d&#232;s que quelqu'un dit quelque chose qui te bouscule et que tu quittes la salle de classe, rien ne va pouvoir se passer puisqu'on ne peut pas parler. Un des principes de l'&#233;ducation, c'est quand m&#234;me de pouvoir discuter des choses m&#234;me si elles sont complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Ton livre semble enti&#232;rement travers&#233; par ta position singuli&#232;re de romanci&#232;re m&#234;me dans un &#233;crit politique comme celui-ci&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas une universitaire. Mes livres ne sont pas une somme de r&#233;f&#233;rences et de notes de bas de page. Je me contente de partager des id&#233;es en invitant le lecteur au d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Quelle r&#233;ception a eu ce livre aux &#201;tats-Unis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s int&#233;ressant cette question de la r&#233;ception. C'&#233;tait mon dix-neuvi&#232;me livre et j'ai &#233;t&#233; incapable de le publier aux &#201;tats-Unis. Il a &#233;t&#233; rejet&#233; de toute part, par toutes les maisons d'&#233;dition, les grandes comme les petites, celles de gauche&#8230; et je l'ai publi&#233; au Canada dans une toute petite presse queer &#224; Vancouver, de l'autre c&#244;t&#233; du continent. Et je pensais que jamais personne n'allait lire ce livre et qu'il allait tomber dans l'oubli. Mais des gens l'ont trouv&#233; &#8211; je ne sais pas comment &#8211; et ont commenc&#233; &#224; en parler sur internet. Et &#231;a a pouss&#233;, pouss&#233;, pouss&#233;&#8230; Le livre n'&#233;tait pas &#171; marchandis&#233; &#187; (&lt;i&gt;ici ce mot prend le sens d'appartenir &#224; un circuit commercial de distribution et de mise en valeur du produit, n.d.e)&lt;/i&gt; il n'y avait pas de publicit&#233;, rien. Et maintenant, j'ai vendu presque 40.000 exemplaires de ce petit livre. Je crois que les lecteurs sont en avance sur l'industrie du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Comment expliques-tu ce rejet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est compliqu&#233;. Aux &#201;tats-Unis la question de la Palestine fait resurgir des angoisses tr&#232;s fortes. L'utiliser comme exemple majeur pour &#233;largir la question de la violence &#224; un probl&#232;me plus g&#233;n&#233;ral n'est tout simplement pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Qu'est-ce qui t'a fait &#233;crire ce livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est une d&#233;construction de la propagande que l'on m'a longtemps ass&#233;n&#233;e &#224; propos de la situation palestinienne. Je suis n&#233;e 13 ans apr&#232;s la fin de l'holocauste, une grande partie de ma famille y est morte. Ma famille &#233;tait persuad&#233;e que les juifs &#233;taient les personnes les plus pers&#233;cut&#233;es du monde, et donc ils ont pris la r&#233;sistance palestinienne comme une &#233;ni&#232;me attaque qui venait du dessus, comme une nouvelle attaque contre les juifs. Et du coup il fallait renverser la perspective, accepter de reconnaitre que c'&#233;tait eux qui &#233;taient devenus les agresseurs. Les juifs qui soutiennent la fin de l'occupation sont vus comme des traitres. Ce qui est vraiment difficile, c'est d'&#234;tre suffisamment autocritique pour se dire que ma position de victime est factice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TN : Tu as des projets en cours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens de publier &lt;i&gt;Let the record show, a political history of Act Up New York 1987-1993 &lt;/i&gt;retra&#231;ant l'histoire d'Act Up. C'est un travail dense de 800 pages qui sortira au mois de mai. Et j'esp&#232;re qu'il sera traduit en Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Dustan &#233;crivain de l'espoir &#187; par Tim Madesclaire</title>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>
		<dc:subject>Guillaume Dustan</dc:subject>
		<dc:subject>Tim Madesclaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Un glissement s'op&#232;re au sein de la communaut&#233;, avec l'arriv&#233;e des traitements efficaces. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Tim-Madesclaire-+" rel="tag"&gt;Tim Madesclaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton129.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention donn&#233;e lors de la journ&#233;e d'&#233;tude &#171; J'ai toujours &#233;t&#233; pour tout &#234;tre &#187;, organis&#233;e par Raffa&#235;l Enault, universit&#233; Paris-Diderot, 28 mai 2019. Par Tim Joanny Madesclaire, co-fondateur de la magnifique &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/La-Revue-Monstre-117052575017611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Monstre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Dustan &#233;crivain de l'espoir &#187;, c'est ainsi que Raffa&#235;l Enault a intitul&#233; cette intervention &#224; la lecture de ma proposition (que j'avais oubli&#233; de titrer), et avec mon assentiment distrait. En fait, ma proposition n'&#233;tait pas si engag&#233;e, elle r&#233;sidait dans le constat que, plut&#244;t qu'une longue descente aux enfers entre contamination au sida et d&#233;pression chronique, la bibliographie de Dustan serait comme une sorte de manuel de bonne conduite, une collection d'illustrations et de conseils sur ce qui craint ou pas de faire, dans telle ou telle situation &#8211; je consid&#232;re que Dustan est un moraliste en ce sens. Voici comment j'avais pr&#233;sent&#233; la chose &#224; Raffa&#235;l - aussi peu pr&#233;cis&#233;ment que ce que je viens de dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;crit comme un &#233;crivain maudit et d&#233;pressif, surgi aux temps tragiques du sida et disparu dans la foul&#233;e de l'an 2000, Dustan fait l'objet de manipulations qui scindent son &#339;uvre de diff&#233;rentes mani&#232;res, mais toujours dans le sens de la noirceur, et finalement de l'emp&#234;chement. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le personnage &#224; la perruque verte de la t&#233;l&#233;vision qui cache l'&#339;uvre litt&#233;raire, c'est la figure de l'&#233;diteur imposteur, ou bien le m&#233;pris du cin&#233;aste. C'est encore la figure apolog&#233;tique du bareback, ennemi faire-valoir de Didier Lestrade, qui est adoss&#233;e &#224; la figure de l'&#233;crivain maudit aux &#233;crits sulfureux. C'est aussi le fruit de la mani&#232;re dont son &#339;uvre est d&#233;coup&#233;e en deux grandes phases chronologiques, la trilogie des trois premi&#232;res &#171; autobiopornographies &#187; - sur laquelle je vais revenir dans cette intervention - et le reste, lui-m&#234;me divis&#233; en deux parties (d'un c&#244;t&#233; &lt;i&gt;Nicolas Pages&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; G&#233;nie Divin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;LXiR&lt;/i&gt;, et de l'autre les deux derniers ouvrages obscurs &lt;i&gt;Dernier roman&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Premier essai&lt;/i&gt; ; le choix &#233;ditorial des &lt;i&gt;Oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; chez P.O.L).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je voudrais proposer une autre approche de Dustan, sous le signe de l'utile et de l'agr&#233;able. L'&#339;uvre de Dustan est mobilis&#233;e de fa&#231;on positive et fructueuse aujourd'hui, notamment par de jeunes artistes qui l'adaptent avec intelligence, mais d&#233;j&#224; hier, avec l'usage qu'en a fait Christophe Broqua dans sa th&#232;se sur Act Up-Paris &lt;i&gt;Agir pour ne pas mourir ! Act Up, les homosexuels et le sida.&lt;/i&gt; (2005, Presses de Sciences Po), o&#249; de larges extraits de &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt; sont utilis&#233;s comme mat&#233;riel sociologique premier, et dans celle de David Caron, &lt;i&gt;Marais gay, marais juif. Pour une th&#233;orie queer de la communaut&#233; &lt;/i&gt;(2015, Epel Eds). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet usage sociologique et politique de Dustan permet une compr&#233;hension de l'&#233;poque en prise directe avec celles et ceux qui l'habitent. En ce sens, je dirais que Dustan donnait &#224; celles et ceux dont il parlait une &#233;nergie vitale &#224; hauteur des &#233;preuves qu'ils et elles traversaient avec lui : l'&#339;uvre de Dustan est en ce sens une &#339;uvre profond&#233;ment emphatique d'une part, et a &#233;galement valeur d'information sans pareille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre cela, il faut proc&#233;der &#224; un autre d&#233;coupage de l'&#339;uvre litt&#233;raire, ou plut&#244;t accepter une re-division opportuniste et non syst&#233;mique : d'un c&#244;t&#233; &lt;i&gt;Dans ma chambre,&lt;/i&gt; publi&#233; en 1996 et &lt;i&gt;Plus fort que moi,&lt;/i&gt; publi&#233; en 1998, qui se d&#233;roulent tous deux en 93-94, c'est-&#224;-dire avant l'arriv&#233;e des trith&#233;rapies en 1996 ; de l'autre, le reste - y compris &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1997, c'est-&#224;-dire avant &lt;i&gt;Plus fort que moi, &lt;/i&gt;mais qui se d&#233;roule plus tard, apr&#232;s l'arriv&#233;e des trith&#233;rapies. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Plus fort que moi&lt;/i&gt; sont du c&#244;t&#233; du sida, quand le reste de l'&#339;uvre est d&#233;j&#224; dans l'apr&#232;s. Dustan souligne d'ailleurs &#224; maintes reprises que &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt; se d&#233;roule juste apr&#232;s l'apparition des trith&#233;rapies. &lt;br class='manualbr' /&gt;En reconsid&#233;rant &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Plus fort que moi&lt;/i&gt; comme les descriptions d'une &#233;poque meurtrie et menac&#233;e, tout ce qui y appara&#238;t provocateur ou &#171; sulfureux &#187; peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme, au contraire, plein d'espoir et de confiance. C'est mon objectif de montrer combien ce sont l&#224; des &#339;uvres positives et cr&#233;atrices/productrices de force. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai &#233;videmment pas suivi mon projet initial correctement car je me suis rapidement rendu compte qu'il aurait &#233;t&#233; fastidieux et/ou pusillanime de vouloir aborder tant de questions selon tant d'hypoth&#232;ses inv&#233;rifiables... Et puisque Raffa&#235;l a vu dans mon intention une relecture de Dustan &#171; sous le signe de l'espoir &#187;, bien que je n'y avais pas pens&#233; aussi clairement que &#231;a, la lecture d'un article oubli&#233; m'a convaincu d'assumer la proposition : &#171; The Ghetto Novels of Guillaume Dustan &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://escholarship.org/uc/item/1gr5c8cr&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;crit par Marc Siegel et Daniel Hendrickson, publi&#233; en 1998 dans la revue &lt;i&gt;Paroles Gel&#233;e&lt;/i&gt;s (volume XVI, UCLA French Studies). L'article explore les dispositions politiques/communautaires/litt&#233;raires/discursives/sexuelles/corporelles du &#171; ghetto &#187; dustanien, et cite, entre autre, cette phrase extraite de &lt;i&gt;Dans ma chambre &lt;/i&gt; : &#171; au bout d'un moment, effectivement, l'espoir est revenu. Il est revenu par la jambe gauche, je l'ai senti. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait y percevoir ironie et fantaisie, mais les auteurs insistent &#224; prendre cela au premier degr&#233;, en indiquant que l'espoir, ici, s'incarne dans le corps - par la jambe, en quelque sorte. Je vais continuer sur ce mode. Apr&#232;s tout, cette phrase fait partie du chapitre &#171; People are still having sex &#187;, titre emprunt&#233; &#224; la chanson pop &#233;ponyme de La Tour, de 1991, dont les paroles d&#233;mentent la panique sexuelle cons&#233;cutive &#224; l'apparition du sida. Espoir, espoir !&lt;br class='manualbr' /&gt;Je me suis concentr&#233; sur quelques points : l'usage fait de Dustan par les deux auteurs en sciences humaines mentionn&#233;s plus haut, l'usage que son lecteur peut faire de Dustan, et l'usage que Dustan fait de son entourage, usages communicants qui constituent, selon moi, le c&#339;ur de la v&#233;rit&#233; sous le r&#233;gime de l'auto-fiction. Et je vais aborder tous ces points &#224; travers le dernier, reformul&#233; en &#171; Ce que Dustan a fait de moi &#187;. En explorant mon moi dans Dustan, j'esp&#232;re illustrer la fa&#231;on dont il se/nous repr&#233;sente le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas tr&#232;s pr&#233;sent dans l'&#339;uvre de Dustan, je la traverse rapidement, il est donc facile de relever les passages o&#249; je suis, en particulier dans les deux premiers livres, ceux &#233;crits avant 96 : &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Plus fort que moi&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt;, je ne suis cit&#233; qu'une fois, pour mentionner un d&#238;ner (et la mort de mon compagnon). Cependant, et je ne m'en &#233;tais pas rendu compte alors, il y a un passage entier du chapitre &#171; People are still having sex &#187; qui est une &#233;vocation de ma vie et de nos &#233;changes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Il faudrait ne rien faire. Absolument rien. En attendant que l'espoir revienne. Comme si elle &lt;/i&gt;(Il repense &#224; une r&#233;plique de Jeanne Moreau dans un film am&#233;ricain) &lt;i&gt;&#233;tait s&#251;re que &#231;a revient toujours. Peut-&#234;tre qu'elle a raison. J'ai essay&#233; hier soir. Au lieu de faire du minitel ou d'aller boire un verre dans un bar comme d'habitude, j'ai attendu. Au bout de quelques minutes effectivement, l'espoir est revenu. Il est revenu par la jambe gauche, je l'ai senti. Un apaisement musculaire.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Tous les p&#233;d&#233;s que je fr&#233;quente font de la muscu. Sinon ils font de la natation. Ils sont presque tous s&#233;ropositifs. C'est fou ce qu'ils durent. Ils sortent toujours. Ils baisent toujours. Il y en a plein qui font des trucs, des m&#233;ningites, des diarrh&#233;es, un zona, un kaposi, une pneumocystose. Et puis &#231;a va. Ceux qui font un cmv ou d'autres trucs plus flippants, on ne les a pas vu en g&#233;n&#233;ral depuis un bout de temps. On n'en parle pas. Aucun de mes copains proches n'est mort cela dit. Quatre mecs avec qui j'ai bais&#233; sont morts, je le sais. J'en soup&#231;onne d'autres, pas beaucoup. Les gens ne meurent pas beaucoup, apparemment. Il para&#238;t que le sida &#233;volue vers un truc comme le diab&#232;te. Que tant que la s&#233;cu aura des sous, on nous soignera tout ce qui se pr&#233;sente. Il n'y a pas de souci &#224; se faire. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce passage a &#233;t&#233; consid&#233;rablement cit&#233; et utilis&#233;, et c'est justement en tombant dessus dans un livre d'un autre auteur que je m'en suis souvenu. Cette prise de conscience m'a alert&#233; sur la fa&#231;on dont des chercheurs ont pu utiliser Dustan : comme une source premi&#232;re, comme du mat&#233;riel d'entretiens qui auraient pu &#234;tre conduits aupr&#232;s de s&#233;ropositifs au temps du sida. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je rapporterai deux usages de ce type ici : dans le livre qu'il a tir&#233; de sa th&#232;se, Christophe Broqua cite ce passage de &#171; People are still having sex &#187; et &#171; l'exploite &#187; ainsi que d'autres, sur une bonne cinquantaine de pages. Au-del&#224; de l'ironie qui consiste &#224; faire appel &#224; Dustan pour expliciter Act Up-Paris, on comprend ce que Broqua y trouve : les premiers livres peuvent &#234;tre utilis&#233;s comme du mat&#233;riel ethnographique, et Broqua s'en sert ainsi, de fa&#231;on claire et assum&#233;e. Il s'appuie consid&#233;rablement sur les descriptions de Dustan, des corps, des actes sexuels, des lieux, des personnages&#8230; Il explique, &#224; travers Dustan, comment le sida s'est progressivement inscrit dans la vie des gays, comment les gays l'ont int&#233;gr&#233; dans leurs d&#233;finitions identitaires multiples, et pas seulement par la morbidit&#233;. Il montre surtout combien cette fabrique identitaire s'articule autour du couple &#171; sida-gays &#187;. Ceci est au fondement de la cr&#233;ation d'Act Up-Paris, mais &#233;chappe &#224; l'association au fur et &#224; mesure que l'&#233;pid&#233;mie s'installe, et surtout d&#232;s lors que la situation des s&#233;ropositifs s'am&#233;liore. Il donne ainsi une piste d'interpr&#233;tation du conflit d&#233;raisonnable et destructeur intra-communautaire autour de la pr&#233;vention du VIH, incarn&#233; par la rivalit&#233; Dustan/Lestrade. Un glissement s'op&#232;re au sein de la communaut&#233;, avec l'arriv&#233;e des traitements efficaces : on ne meurt plus du sida, on vit avec le VIH. Ce glissement est perceptible dans les premiers livres de Dustan : ce qui est pos&#233; comme un d&#233;fi, une menace dans &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt;, qui se d&#233;roule en 93-94 au pire moment du sida, est pos&#233; &#224; nouveau en r&#233;solution dans &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt;, qui se d&#233;roule en 97, soit apr&#232;s l'arriv&#233;e des traitements. Et qui correspond aussi au retour de Dustan parmi ses &#171; fr&#232;res du ghetto &#187; - apr&#232;s avoir exerc&#233; ses fonctions de juge administratif pendant un an &#224; Tahiti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; ghetto &#187;, c'est l'entr&#233;e qu'a prise David Caron dans &lt;i&gt;Marais gay, marais juif. Pour une th&#233;orie queer de la communaut&#233;&lt;/i&gt;, comparant le Marais juif de son p&#232;re au Marais gay qu'il fr&#233;quente, et dont Dustan est pour lui le meilleur chroniqueur. Caron aussi se sert de fa&#231;on extensive d'extraits des premiers livres, et comme dans Broqua, on a l'impression de lire autant d'extraits de romans que de r&#233;sultats d'entretiens ethnographiques interpr&#233;tatifs. Caron cite par exemple les &#233;changes lapidaires entre s&#233;ropositifs d&#233;crits par Dustan au &lt;i&gt;gay tea dance&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt;, et insiste sur leur bri&#232;vet&#233; en m&#234;me temps que leur intensit&#233; : &#171; &#231;a va ? - oui &#231;a va &#187;, et tout est dit. L'analyse qu'il fait de cette furtivit&#233; grave provient, nous explique t-il, de celle des r&#233;cits rapport&#233;s par Charlotte Delbo dans les camps de concentration, quand les prisonniers &#233;changent le minimum de mots qui indiquent qu'on tient le coup, ou pas. Caron ne met &#233;videmment pas les deux conditions (s&#233;ropositivit&#233; et incarc&#233;ration en camps de concentration) au m&#234;me niveau, il &#233;tablit cependant une correspondance entre les deux, de l'ordre de ce que Michael Pollak a d&#233;fini comme des &#171; exp&#233;riences limites &#187;, de l'ordre de celles qui font basculer l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, Caron utilise Dustan pour pr&#233;ciser en quoi consiste ce ghetto gay, pour le situer dans l'espace et dans le relationnel des gays. Chez Dustan, explique-t-il, le ghetto se d&#233;ploie selon deux modalit&#233;s spatiales : les &#233;tablissements (bars, bordels, clubs&#8230;) et les appartements. Ceci est d'ailleurs nomm&#233; d&#232;s les titres eux-m&#234;mes, &lt;i&gt;Je sors ce soir &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; Dans ma chambre. &lt;/i&gt;En effet, tout ce qui se d&#233;roule en dehors de ces espaces repr&#233;sente une menace ou un emp&#234;chement (et il donne des exemples). M&#234;me le sida, surtout le sida, est g&#233;rable dans ces espaces : c'est l&#224; qu'il est possible de le prendre &#224; bras-le-corps, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le passage de&lt;i&gt; Dans ma chambre&lt;/i&gt; (l'espoir qui remonte par la jambe gauche) est ins&#233;r&#233; dans le chapitre de Caron, &#224; c&#244;t&#233; des descriptions de corps, de pratiques sexuelles, d'accessoires, de lieux, bref, du ghetto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur ce passage me concernant : il refl&#232;te la vie des gays au d&#233;but des ann&#233;es 90. Tout concerne ma vie d'alors : la natation, les maladies encha&#238;n&#233;es, les disparitions des uns, la survie des autres, tout est l&#224;. Il faut noter la mention sous-jacente de la chronicisation du sida, ici compar&#233;e avec le diab&#232;te. A l'&#233;poque, en l'absence de traitement contre le virus, pour survivre, c'&#233;tait un suivi m&#233;dical rapproch&#233; qui comptait : la strat&#233;gie consistait &#224; anticiper les maladies opportunistes, et de fait, au fil des ann&#233;es, des solutions &#233;taient effectivement avanc&#233;es. J'ai subi, et dans l'ordre donn&#233;, toutes les maladies &#233;voqu&#233;es dans ce passage. J'ai eu cette discussion sur la chronicisation avec mon m&#233;decin. Dans son roman &lt;i&gt;L'Accompagnement&lt;/i&gt; (Gallimard, 1994), qui se d&#233;roule au m&#234;me moment que &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt;, Ren&#233; de Ceccaty raconte une discussion avec son ami pourtant mourant, au sujet de cette chronicisation. Elle est &#233;voqu&#233;e longtemps avant l'arriv&#233;e des traitements anti-r&#233;troviraux. Les mentions qui concernent cette chronicisation, comme celles qui concernent la prise en charge par la s&#233;cu, peuvent choquer le lecteur, elle peuvent donner l'impression d'une nonchalance, d'une l&#233;g&#232;ret&#233; face &#224; la situation du sida, qui serait ainsi minimis&#233;e par des gays s&#233;ropos h&#233;donistes et g&#226;t&#233;s, inconscients et irresponsables, reproches qui sera adress&#233; &#224; Dustan. Mais ce serait une erreur de croire que ces mentions, ainsi que celles, au premier abord violentes, sur la disparition des s&#233;ropositifs qui basculent dans le sida, constituent une forme de provocation, de minimisation, une marque d'irresponsabilit&#233; face aux dangers du sida. Au contraire, il faut les lire comme des rapports de ce qui circulait dans nos t&#234;tes, dans nos relations : ce sont les peurs qui hantent les esprits et ce sont les espoirs qui les conjurent. En fait, on peut lire ce passage comme le signalement des techniques de survie mises en place par les s&#233;ropos, et partag&#233;es entre eux. On peut les interpr&#233;ter comme des &#233;bauches de ce que plus tard l'on appellera l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, la transmission par les pairs ou l'expertise profane, qui seront les bases de l'&lt;i&gt;autosupport&lt;/i&gt; et de la r&#233;duction des risques. Le fait que ces r&#233;cits se d&#233;roulent avant le d&#233;but de la r&#233;solution de la crise, mais qu'ils soient publi&#233;s apr&#232;s, a sans doute rendu le propos confus &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; &lt;i&gt;Dans ma chambre&lt;/i&gt;, o&#249; ma pr&#233;sence est invisible, dans &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt;, Dustan me consacre un paragraphe, dressant de moi un portrait totalement fantasm&#233; et flatteur :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est toujours aussi mignon. Beaucoup plus m&#234;me, depuis qu'il est sous trith&#233;rapie. Comme m'a dit son &#233;ternel pote Georges &#224; la f&#234;te de l'asmf en f&#233;vrier, - C'est fou la p&#234;che que &#231;a leur donne ! Il faut dire qu'avant d&#233;j&#224; il &#233;tait toujours bronz&#233; &#224; cause des m&#233;dicaments qu'il prenait pour le kaposi. Son mec, un Am&#233;ricain qui gal&#233;rait pour trouver du boulot &#224; Paris, sans parler des titres de s&#233;jour, est mort il y a trois ans. &#199;a a &#233;t&#233; horrible, un an de diarrh&#233;e dans l'appart de Tom rue Quincampoix, et puis il est all&#233; mourir chez sa m&#232;re aux Etats-Unis. Tom est pour moi l'incarnation du courage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne d&#233;cevrai personne en corrigeant le tir, non par modestie mais par r&#233;alisme : en vrai, je n'avais rien d'extraordinaire, je ne faisais pas particuli&#232;rement partie des &lt;i&gt;beautiful people&lt;/i&gt; de la sc&#232;ne, m&#234;me si j'avais bonne r&#233;putation et pas mal d'amis. J'ai &#233;t&#233; touch&#233;, plut&#244;t que flatt&#233;, par cette mention de mon moi id&#233;al, parce qu'&#224; la fois il y correspondait plut&#244;t bien (ce que Dustan a su rep&#233;rer pertinemment), mais surtout car je l'ai re&#231;u comme de la bienveillance de William &#224; mon &#233;gard, une bienveillance &#233;videmment r&#233;ciproque. Bien s&#251;r il y a aussi, dans le texte, ici quelques piques, l&#224; une petite moquerie facile, de quoi signifier qu'il ne faut pas prendre tout trop au pied de la lettre. Car il y a plus, en fait, que simplement des amabilit&#233;s, dans les portraits que Dustan fait de ses personnages : celui que j'ai inspir&#233;, qui n'est pas vraiment moi (il s'appelle Tom), repr&#233;sente l'un de celles et ceux, nombreux, &#224; qui Dustan s'adresse, celles et ceux au nom de qui il parle, &#224; ses &#171; fr&#232;res du ghetto &#187; comme il les d&#233;signe. Dustan les valorise sur un mode &#224; la fois intime (il s'adresse &#224; chacun personnellement) et collectif (l'id&#233;alisation permet la typologie), et c'est cette double adresse qui, &#224; mon sens, donne une valeur ethnographique pertinente &#224; Dustan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai dit plus haut, &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt; se d&#233;roule l'ann&#233;e qui suit la mise en place des traitements efficaces pour les s&#233;ropositifs - traitements qui m'ont sauv&#233;, qui nous ont sauv&#233;s. Evidemment cela se voit sur les corps ! Comme Dustan le dit : &#171; C'est fou la p&#234;che que &#231;a leur donne ! &#187;. Ce commentaire vient avant le rappel d'une &#233;preuve douloureuse de ma vie, l'agonie puis le d&#233;c&#232;s de mon partenaire d'alors - deux ann&#233;es seulement s&#233;parent les deux moments, comme deux ann&#233;es s&#233;parent les histoires de &lt;i&gt;Dans ma chambre &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Plus fort que moi &lt;/i&gt;d'une part, et &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt; de l'autre. Ce commentaire s'inscrit en &#233;cho - tr&#232;s probablement involontaire - du &#171; C'est fou ce qu'ils durent &#187; de &lt;i&gt;Dans ma chambre.&lt;/i&gt; Dustan d&#233;finit ainsi &#224; travers ses personnages le contraste entre un pass&#233; pas si lointain, qui est dramatique, et le pr&#233;sent, plus serein, les deux &#233;tant tenus ensemble par le deuil de ceux qui avaient disparu dans le premier livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bienveillance litt&#233;raire de Dustan envers ses &#171; personnages &#187; va ainsi au-del&#224; de l'expression de l'amiti&#233; personnelle comme de la volont&#233; d'&#234;tre agr&#233;able. Elle vaut encouragements et reconnaissance de ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu par tout ceux et celles que ces personnages repr&#233;sentent. Mais plus encore, il me semble que cette reconnaissance bienveillante permet aussi &#224; Dustan d'inscrire de la pudeur dans son propos, la pudeur de celui qui est proche mais pas forc&#233;ment concern&#233; au m&#234;me point que ceux &#224; qui tout cela est adress&#233; : en effet, si Dustan est s&#233;ropositif, il n'est pas malade du sida, et cette distinction est essentielle. S&#233;ropositivit&#233;, on est du c&#244;t&#233; des vivants ; sida, on est du c&#244;t&#233; des morts. Dustan respecte scrupuleusement cette distinction. Cette distinction est encore &#224; l'&#339;uvre dans &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt;, mais on en voit le bout. Elle ne le sera plus dans les cinq livres qui suivront. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que la description id&#233;alis&#233;e de Tom indique : l'espoir qu'on puisse en voir le bout. Si j'ai &#233;t&#233; touch&#233; par cette description, c'est parce qu'elle sert &#224; acter des &#233;preuves surmont&#233;es. En ce sens, &lt;i&gt;Je sors ce soir&lt;/i&gt; est un roman d'espoir. Bizarrement, cet espoir menace d'&#233;chapper &#224; Dustan : &#224; la fin du livre, comme dans la r&#233;alit&#233;, Tom/moi, r&#233;appara&#238;t, accompagn&#233; de mon/son meilleur ami, au moment de quitter la f&#234;te, et Dustan balance : &#171; Je ne vous ai pas appel&#233;s parce que j'&#233;tais un peu d&#233;prim&#233; &#187;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;et on lui a fait signe que ce n'&#233;tait pas grave. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'essentiel, c'est qu'on &#233;tait vivants, et qu'on se reverrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://escholarship.org/uc/item/1gr5c8cr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://escholarship.org/uc/item/1gr5c8cr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Orientations : vers une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine</title>
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		<description>&lt;p&gt;par Sara Ahmed&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton128.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel est l'&#233;trange point commun qui r&#233;unit l'orientation spatiale, l'orientation sexuelle et l'orientalisme ? Comment notre exp&#233;rience intime de l'espace comme orient&#233; et nos peurs de d&#233;sorientation jouent-ils sur nos mani&#232;res d'appr&#233;hender les dissidences de genre et de sexualit&#233; ? Autant de questions que la Queer Phenomenology&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article qui suit traduit un texte de Sara Ahmed intitul&#233; &#171; Orientations : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine de Sara Ahmed explore en examinant ce qui permet de penser ensemble les exp&#233;riences de la d&#233;sorientation (spatiale), de la dissidence d'orientation (sexuelle) et de la provenance (g&#233;ographique/raciale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, qui s'interroge plus sp&#233;cifiquement sur les rapports entre non-conformit&#233; de genre et d&#233;sorientation spatiale, nous avons choisi de rendre queer tant&#244;t par &#171; queer &#187;, tant&#244;t par &#171; transp&#233;d&#233;gouine &#187;, tant&#244;t par &#171; d&#233;viant&#183;e &#187;. Ce dernier mot est affectivement charg&#233; : il rappelle &#224; l'imaginaire l'orthop&#233;die m&#233;dico-psychiatrique et &#224; ses d&#233;lires de redressement des dissidences de genre dont nos espaces h&#233;t&#233;ronorm&#233;s continuent d'h&#233;riter. Il nous paraissait n&#233;cessaire de le motiver pour faire sentir que c'est contre cette logique discursive h&#233;t&#233;ronormative que le texte d'Ahmed nous apprend &#224; revendiquer le queer comme une forme de d&#233;sob&#233;issance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***Cr&#233;dit photo : Meg Lavender
Avec : Stephen Thompson Hermine Dominique P&#233;trin
Dans : Culture Administration &amp; Trembling (2014) par Livingstone/ Lacey / Thompson/ P&#233;trin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que signifie &#171; &#234;tre orient&#233;&#183;e &#187; ? Comment peut-on trouver son chemin dans le monde ? Comment s'orienter dans un monde si instable qu'au moindre virage, il ne cesse de changer d'aspect ? Savoir o&#249; l'on en est (m&#234;me apr&#232;s un virage), voil&#224; ce que signifie &#234;tre orient&#233;&#183;e. C'est avoir ses rep&#232;res. C'est savoir comment se rendre d'un lieu &#224; un autre. Mais s'orienter, ce n'est pas seulement savoir o&#249; l'on est : c'est aussi avoir une orientation, une inclination pour certains objets. Des objets qui pr&#233;cis&#233;ment nous aident &#224; nous orienter, des objets dans lesquels nous nous reconnaissons, des objets dont la fr&#233;quentation d&#233;termine notre orientation. Ces objets se rencontrent dans notre environnement et ils constituent l'environnement au sein duquel nous pouvons nous rencontrer les un&#183;e&#183;s les autres. Cela pose la question de savoir : comment suis-je affect&#233;&#183;e par mes orientations envers telle ou telle chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon int&#233;r&#234;t quant &#224; la question tr&#232;s vaste de l'orientation est motiv&#233; par un int&#233;r&#234;t quant &#224; la question plus sp&#233;cifique de l'orientation sexuelle. Qu'est-ce que cela signifie, pour la sexualit&#233;, d'&#234;tre v&#233;cue comme orient&#233;e ? Qu'est-ce que cela change d'&#234;tre orient&#233;&#183;e vers telle ou telle personne ou tel ou tel objet quant &#224; la direction de notre d&#233;sir ? Si l'orientation pose la question de savoir comment nous habitons l'espace, alors l'orientation sexuelle pourrait bien elle aussi renvoyer &#224; la question de l'habiter. Elle pourrait bien elle aussi soulever la question de savoir comment nous habitons nos espaces et avec qui ou quoi nous les habitons. C'est ainsi que les g&#233;ographes transp&#233;d&#233;gouines nous ont montr&#233; la mani&#232;re dont les espaces sont sexualis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour quelques exemples de g&#233;ographie transp&#233;d&#233;gouine, voir David Bell et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si nous pla&#231;ons le concept d'orientation au premier plan, nous avons une opportunit&#233; : celle de reth&#233;oriser la sexualisation de l'espace et la spatialisation du d&#233;sir sexuel. Qu'est-ce que cela pourrait faire aux &#233;tudes transp&#233;d&#233;gouines de poser la question de l'orientation dans l'orientation sexuelle comme une question ph&#233;nom&#233;nologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article se confronte au concept d'orientation dans l'id&#233;e de mettre les &#233;tudes transp&#233;d&#233;gouines en dialogue avec la ph&#233;nom&#233;nologie. J'y propose une approche de la mani&#232;re dont les corps prennent forme &#224; travers l'attention qu'ils portent &#224; certains objets &#171; &#224;-port&#233;e-de-la-main &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire disponibles dans leurs horizons corporels. Cette approche est inform&#233;e par ma confrontation avec la ph&#233;nom&#233;nologie, m&#234;me si &#224; proprement parler mon approche n'est pas ph&#233;nom&#233;nologique (et sans doute, peut-on se r&#233;jouir de ce succ&#232;s de la ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine que d'&#233;chouer &#224; &#234;tre &#171; proprement &#187; une ph&#233;nom&#233;nologie). Et pourtant vous pourriez me demander, comme certain&#183;e&#183;s l'ont fait : pourquoi m'engager ainsi sur une voie ph&#233;nom&#233;nologique ? Je commence aux c&#244;t&#233;s de la ph&#233;nom&#233;nologie parce que la ph&#233;nom&#233;nologie a fait de l'orientation un point clef de sa th&#233;orie de la conscience. Pour la ph&#233;nom&#233;nologie, la conscience est en effet toujours dirig&#233;e vers des objets, toujours situ&#233;e dans le monde et incarn&#233;e. Ainsi, elle met l'accent sur l'exp&#233;rience v&#233;cue que nous avons d'habiter nos corps, ce que Husserl appelle &#171; le corps v&#233;cu &#187; (&lt;i&gt;Leib&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmund Husserl, La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la raison pour laquelle la ph&#233;nom&#233;nologie peut offrir des ressources pour les &#233;tudes transp&#233;d&#233;gouines : parce qu'elle met l'accent sur l'exp&#233;rience v&#233;cue, sur l'intentionnalit&#233; de la conscience, sur l'importance de ce qui se trouve &#224;-port&#233;e-de-la-main et sur le r&#244;le des actions r&#233;p&#233;t&#233;es et habituelles dans la formation des corps et des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine peut se tourner vers la ph&#233;nom&#233;nologie non seulement en examinant le concept d'orientation &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la ph&#233;nom&#233;nologie, mais plus encore en s'interrogeant sur l'orientation &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la ph&#233;nom&#233;nologie elle-m&#234;me. Ainsi cet article consid&#232;re-t-il l'importance des objets qui apparaissent dans l'&#233;criture ph&#233;nom&#233;nologique et le r&#244;le qu'ils jouent comme boussoles pour la ph&#233;nom&#233;nologie. D'un m&#234;me geste, faire une ph&#233;nom&#233;nologie d&#233;viante implique ainsi de faire d&#233;vier la ph&#233;nom&#233;nologie. En d'autres termes, la d&#233;viance n'a pas une relation d'ext&#233;riorit&#233; avec cela avec quoi elle entre en contact. Une ph&#233;nom&#233;nologie d&#233;viante peut ainsi r&#233;v&#233;ler ce qui est d&#233;viant dans la ph&#233;nom&#233;nologie et utiliser ces aspects de la ph&#233;nom&#233;nologie pour en tirer de nouvelles id&#233;es. Le fait est que la ph&#233;nom&#233;nologie est pleine de moments de d&#233;sorientation, de moments qui impliquent non seulement &#171; l'exp&#233;rience intellectuelle du d&#233;sordre, mais l'exp&#233;rience vitale du vertige et de la naus&#233;e qui est la conscience et l'horreur de notre contingence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Merleau-Ponty, Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception, Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Merleau-Ponty rend compte de la mani&#232;re dont nous nous remettons de ces moments de d&#233;sorientation, dont les corps se r&#233;orientent gr&#226;ce &#224; la &#171; verticalisation &#187; de leur perspective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'id&#233;e de &#171; verticalisation &#187;, voir PhP, p. 287.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine pourrait impliquer une orientation diff&#233;rente vis-&#224;-vis de ces moments : il se pourrait m&#234;me qu'elle trouve une certaine joie ou un certain plaisir dans l'horreur qu'ils suscitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En proposant une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine, je suis redevable au travail des universitaires f&#233;ministes qui se sont confront&#233;es, avec cr&#233;ativit&#233; et distance critique, &#224; la tradition ph&#233;nom&#233;nologique. Je pense notamment aux philosophes f&#233;ministes du corps, telles que Sandra Bartky, Judith Butler, Rosalyn Diprose, Elizabeth Grosz, Iris Marion Young et Gail Weiss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Sandra Bartky, Femininity and Domination : Studies in the Phenomenology (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gr&#226;ce &#224; ce corpus de textes, j'ai pu apprendre &#224; penser la mani&#232;re dont la ph&#233;nom&#233;nologie peut avoir tendance &#224; universaliser l'exp&#233;rience &#224; partir de mani&#232;res sp&#233;cifiques d'habiter le monde avec un corps ; mais j'ai aussi appris ce qu'une telle critique permet d'inventer, de penser et de faire de nouveau. En effet, ce que nous montr&#233; les philosophes f&#233;ministes, c'est la mani&#232;re dont les diff&#233;rences sociales ont des effets sur la mani&#232;re dont les corps habitent leurs espaces avec d'autres corps et elles ont mis l'accent sur l'intercorpor&#233;it&#233; de cet habiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant la nature orient&#233;e de l'habiter, mon but dans cet article n'est pas de prescrire la forme qu'une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine devrait prendre. D'autres que moi mettraient en sc&#232;ne la m&#234;me rencontre de mani&#232;re bien diff&#233;rente. C'est que les &#233;tudes transp&#233;d&#233;gouines aussi bien que la ph&#233;nom&#233;nologie impliquent des histoires intellectuelles et politiques diverses, histoires qu'on ne saurait stabiliser en deux syst&#232;mes clos qu'on pourrait simplement confronter l'un &#224; l'autre. La t&#226;che que je me propose est plus modestement de travailler &#224; partir du concept d'orientation tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; dans la ph&#233;nom&#233;nologie et de faire de ce concept le lieu d'une rencontre avec les &#233;tudes transp&#233;d&#233;gouines. Que se passe-t-il si on commence par l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_377 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/orientation4.jpg?1731403027' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Orientations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si nous commen&#231;ons par la question des orientations, nous pouvons commencer par remarquer que les orientations mettent en jeu des points de d&#233;part. Comme Husserl le remarque dans le second volume des &lt;i&gt;Ideen &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous consid&#233;rons la mani&#232;re dont le corps propre et dont les choses se pr&#233;sentent, nous trouvons l'&#233;tat de choses suivant : tout &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; a son domaine de perceptions chosique et il per&#231;oit n&#233;cessairement les choses dans une certaine orientation. Les choses apparaissent et elles le font sous telle ou telle face et dans ce mode d'apparition est inclus, sans qu'on puisse jamais l'abolir, le rapport avec un &#171; ici &#187; et ses directions fondamentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmund Husserl, Recherches ph&#233;nom&#233;nologiques pour la constitution, traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les orientations concernent la mani&#232;re dont nous commen&#231;ons et la mani&#232;re dont nous partons d'&#171; ici &#187;. Husserl relie la question des &#171; c&#244;t&#233;s &#187; de l'appara&#238;tre au &#171; ici &#187;, qu'il d&#233;crit &#233;galement comme le point z&#233;ro de l'orientation, le point &#224; partir duquel le monde se d&#233;ploie et qui fait que ce qui se trouve &#171; l&#224; &#187; est bien &#171; l&#224;-bas &#187; et non &#171; ici &#187;. C'est en fonction de ce point de d&#233;part qu'on peut faire la diff&#233;rence entre les faces d'un objet. C'est seulement &#224; partir de l'endroit o&#249; nous nous trouvons que le proche et le lointain sont v&#233;cus comme des signes relatifs de distance. Alfred Schutz et Thomas Luckmann d&#233;crivent &#233;galement l'orientation comme relevant de la question du point de d&#233;part : &#171; l'endroit o&#249; je me trouve, mon &#8216;&#8216;ici'' pr&#233;sent, est le point de d&#233;part de mon orientation dans l'espace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Schutz et Thomas Luckmann, The Structures of the Life-World, traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Le point de d&#233;part pour l'orientation est le point &#224; partir duquel le monde se d&#233;ploie : le &#171; ici &#187; du corps et le &#171; o&#249; &#187; de son habiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'o&#249; le monde (de Husserl) se d&#233;ploie-t-il ? Et jusqu'&#224; quel point ce monde se d&#233;ploie-t-il ? Commen&#231;ons l&#224; o&#249; Husserl commence, au premier volume de ses &lt;i&gt;Ideen&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire avec le monde donn&#233; depuis &#171; le point de vue de l'attitude naturelle &#187;. Ce monde est le monde o&#249; nous nous trouvons. C'est le monde o&#249; les choses prennent place autour de moi et sont plac&#233;es autour de moi : &#171; j'ai conscience d'un monde qui s'&#233;tend sans fin dans l'espace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmund Husserl, Id&#233;es directrices pour une ph&#233;nom&#233;nologie et une philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La ph&#233;nom&#233;nologie nous propose de devenir conscient&#183;e&#183;s de ce qui se trouve &#171; autour &#187;. Et ce monde qui se trouve &#171; autour &#187; est d&#233;j&#224; dot&#233; de certaines formes, et sp&#233;cifiquement : la forme du &#171; plus ou moins &#187; familier. Voil&#224; la description qu'en donne Husserl :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi des objets r&#233;els sont l&#224;, porteurs de d&#233;terminations, plus ou moins connus, faisant corps avec les objets per&#231;us effectivement, sans &#234;tre eux-m&#234;mes per&#231;us, ni m&#234;me pr&#233;sents de fa&#231;on intuitive. Je puis d&#233;placer mon attention, la d&#233;tacher de ce bureau que je viens de voir et d'observer attentivement, la porter, &#224; travers la partie de la pi&#232;ce que je ne voyais pas, derri&#232;re mon dos, vers la v&#233;randa, dans le jardin, vers les enfants sous la tonnelle, etc., vers tous les objets dont je &#8216;&#8216;sais'' justement qu'ils sont &#224; telle ou telle place dans l'environnement imm&#233;diatement co-pr&#233;sent &#224; ma conscience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 88.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde familier commence &#224; la table de travail, qui se trouve dans &#171; la pi&#232;ce &#187;. Cette pi&#232;ce est probablement le bureau de Husserl, l&#224; o&#249; il &#233;crit. &lt;i&gt;C'est de l&#224; que le monde se d&#233;ploie&lt;/i&gt;. Il commence &#224; la table de travail et puis se tourne vers d'autres parties de la pi&#232;ce, celles qui se trouvent derri&#232;re lui. Nous voil&#224; rappel&#233;&#183;e&#183;s au fait que ce qu'il peut d'abord voir d&#233;pend de la direction &#224; laquelle il fait face. Les choses qui se trouvent derri&#232;re lui sont aussi derri&#232;re la table &#224; laquelle il fait face : bien s&#251;r, il tourne le dos &#224; ce qui se trouve derri&#232;re lui. (On pourrait imaginer, soit dit en passant, qu'une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine, c'est-&#224;-dire une ph&#233;nom&#233;nologie d&#233;viante, serait une ph&#233;nom&#233;nologie dont la t&#226;che serait de faire face &#224; cela : &#224; ce qui se trouve derri&#232;re. Ce serait une ph&#233;nom&#233;nologie qui examinerait les coulisses &#171; derri&#232;re &#187; la ph&#233;nom&#233;nologie, qui h&#233;siterait &#224; la vue du dos d'un&#183;e philosophe.) Mais quoi qu'il en soit, ayant commenc&#233; ici, c'est-&#224;-dire &#224; cet endroit qui se partage entre une face avant (qui se trouve en face de la face) et une face arri&#232;re (qui se trouve derri&#232;re le derri&#232;re), Husserl se tourne vers d'autres espaces, qu'il d&#233;crit comme diff&#233;rentes pi&#232;ces dont il &#171; sait &#187; qu'elles sont pr&#233;sentes. Ce sont des espaces qui lui apparaissent au sens o&#249; ils lui sont donn&#233;s par sa m&#233;moire. Ces espaces, ces autres pi&#232;ces, sont co-per&#231;ues : elles ne sont pas singularis&#233;es, elles ne font pas l'objet de son attention, m&#234;me lorsqu'il les &#233;voque pour le&#183;la lecteur&#183;ice. Elles nous sont simplement rendues disponibles comme des arri&#232;res-plans du paysage domestique que d&#233;crit Husserl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;criture de Husserl, ce monde familier se glisse dans le monde familial : la maison est une maison de famille, une r&#233;sidence qui est habit&#233;e par des enfants. D'une certaine mani&#232;re, les enfants, qui sont &#171; au loin &#187;, pointent vers ce que la m&#233;moire (ou les savoirs habituels) peuvent rappeler : iels sont senti&#183;e&#183;s comme &#233;tant l&#224;, derri&#232;re lui, m&#234;me s'iels ne sont pas vraiment vu&#183;e&#183;s par lui &#224; ce moment. La maison familiale fournit, comme telle, l'arri&#232;re-fond sur lequel un objet (la table de travail) appara&#238;t dans le pr&#233;sent, en face de lui. La maison familiale n'est &#224; ce titre jamais que &lt;i&gt;co-per&#231;ue&lt;/i&gt; et c'est elle qui permet au philosophe de faire son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on les lit attentivement, les objets qui apparaissent dans l'&#233;criture de Husserl peuvent donner une id&#233;e de la mani&#232;re dont l'orientation envers certains objets plut&#244;t que d'autres enveloppe, potentiellement, une orientation g&#233;n&#233;rale envers le monde. La direction &#224; laquelle on fait face n'est pas accidentelle. Selon que nous regardons dans telle ou telle direction, d'autres choses et m&#234;me d'autres espaces sont rel&#233;gu&#233;s &#224; l'arri&#232;re-plan : ils ne sont alors jamais que co-per&#231;us. &#202;tre orient&#233;&#183;e en direction de la table de travail non seulement rel&#232;gue d'autres pi&#232;ces de la maison &#224; l'arri&#232;re-plan, mais d&#233;pend peut-&#234;tre aussi du &lt;i&gt;travail qui est fait pour garder la table de travail propre&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire tout le travail domestique qui est sans doute n&#233;cessaire pour que Husserl puisse faire de la table un objet philosophique. Certaines choses sont rel&#233;gu&#233;es &#224; l'arri&#232;re-plan pour soutenir une certaine direction, en d'autres termes, pour conserver l'attention dans la direction de cela qui se trouve en face de nous. La perception implique de tels actes de rel&#233;gations, qui sont oubli&#233;s &#224; la faveur de la pr&#233;occupation qui nous attache &#224; ce qui se trouve en face de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut poser des questions simples : qui fait face &#224; la table ? La table de travail a-t-elle une face qui appelle certains corps &#224; elle plut&#244;t que d'autres ? En lisant Husserl, on peut penser &#224; ce que d'autres &#233;crivain&#183;es ont pu &#233;crire &#224; propos de l'&#233;criture. Consid&#233;rons par exemple la mani&#232;re dont Adrienne Rich parle de son processus d'&#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les ann&#233;es 1950 et au d&#233;but des ann&#233;es 1960, je me souviens d'un cycle. Il commen&#231;ait au moment o&#249; j'ouvrais un livre ou essayais d'&#233;crire une lettre... L'enfant avait beau &#234;tre absorb&#233; par ses occupations, par ses mondes imaginaires, d&#232;s qu'il me sentait passer dans un monde qui ne l'incluait pas, il venait prendre ma main, demander mon aide, taper sur les touches du clavier. Et je sentais bien comment ces d&#233;sirs, dans ces moments-l&#224;, avaient quelque chose de malhonn&#234;te, comme une tentative gratuite de me d&#233;rober l'opportunit&#233; de vivre ne serait-ce que quinze minutes o&#249; j'aurais pu &#234;tre moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adrienne Rich, Of Woman Born, London, Virago, 1991, p. 23. Mes remerciements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir, du point de vue d'une m&#232;re, qui est aussi une &#233;crivaine, une po&#233;tesse et une philosophe, que donner son attention aux objets de l'&#233;criture, faire face &#224; ces objets, devient impossible : m&#234;me s'i&#183;els sont derri&#232;re vous, les enfants vous d&#233;tournent litt&#233;ralement de votre occupation. Cette perte du temps de l'&#233;criture est ressenti comme une perte d'un temps &#224; soi, puisque ce temps est r&#233;orient&#233; vers le travail qui consiste &#224; donner de l'attention aux enfants. On pourrait ainsi renvoyer &#224; l'&#233;conomie politique de l'attention : il y a une distribution in&#233;gale du temps d'attention entre celle&#183;ux qui arrivent &#224; la table de travail, ce qui affecte ce qu'i&#183;els peuvent y faire lorsqu'i&#183;els y arrivent (et bien s&#251;r, nombreu&#183;ses sont celle&#183;ux qui ne l'atteignent m&#234;me pas). Pour certain&#183;e&#183;s, avoir le temps d'&#233;crire (ce qui signifie : avoir le temps de se mettre en face de certains objets par lesquels l'&#233;criture arrive) rel&#232;ve d'une orientation impossible &#233;tant donn&#233;es les t&#226;ches permanentes d'attention et d'attachement qui les lient &#224; d'autres &#234;tres. Ainsi la question de savoir si l'on peut soutenir notre orientation en direction de la table de travail d&#233;pend d'une autre question : celle des orientations sociales qui affectent les objets en face desquels nous pouvons nous situer &#224; tel ou tel moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, consid&#233;rons la mani&#232;re dont ce qui se situe &#224; l'arri&#232;re-plan affecte ce qui entre dans notre champ visuel, et comment cet arri&#232;re-plan est aussi ce qui permet &#224; ce qui est vu d'&#234;tre vu. Dans les &lt;i&gt;Ideen&lt;/i&gt;, la rel&#233;gation de certaines portions non-per&#231;ues et de certaines pi&#232;ces &#224; l'arri&#232;re-plan qui constituent la frange du familier est suivie d'un second acte de rel&#233;gation. Car bien que Husserl dirige notre attention vers ces autres pi&#232;ces, ne serait-ce que comme arri&#232;re-plan de sa table de travail, il sugg&#232;re &#233;galement que la ph&#233;nom&#233;nologie doit &#171; mettre entre parenth&#232;se &#187; ou &#171; mettre hors circuit &#187; ce qui est donn&#233;, ce qui est rendu disponible &#224; la perception ordinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ideen I, &#167;31.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la ph&#233;nom&#233;nologie doit voir la table, sugg&#232;re Husserl, elle doit la voir sans l'attitude naturelle, qui nous maintient &#224; l'int&#233;rieur de ce qui nous est (plus ou moins) familier. En mettant de c&#244;t&#233; le familier, c'est-&#224;-dire en laissant le monde se d&#233;ployer depuis la table de travail, Husserl recommence sa description et r&#233;oriente notre attention en direction de la table comme cela qui est vu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Je ferme les yeux. Par mes autres sens je n'ai pas de rapport &#224; la table. Je n'ai plus d'elle aucune perception. J'ouvre les yeux et la perception repara&#238;t de nouveau. La perception ? Soyons plus exacts. En reparaissant elle n'est &#224; aucun &#233;gard individuellement identique. Seule la table est la m&#234;me : je prends conscience de son identit&#233; dans la conscience synth&#233;tique qui rattache la nouvelle perception au souvenir. La chose per&#231;ue peut &#234;tre sans &#234;tre per&#231;ue, sans m&#234;me que j'en aie cette conscience simplement potentielle (sous le monde de l'inactualit&#233; d&#233;crit pr&#233;c&#233;demment) ; elle peut &#234;tre sans changer. Quant &#224; la perception elle-m&#234;me, elle est ce qu'elle est, entra&#238;n&#233;e dans le flux incessant de la conscience et elle-m&#234;me sans cesse fluante : le maintenant de la perception ne cesse de se convertir en une nouvelle conscience qui s'encha&#238;ne &#224; la pr&#233;c&#233;dente, la conscience du vient-justement-de-passer ; en m&#234;me temps, s'allume un nouveau maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., &#167;41, p. 131-132.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation husserlienne sugg&#232;re que la table en tant qu'objet est donn&#233;e comme identique &#224; elle-m&#234;me. La table rel&#232;ve d'une donation qui prend forme dans le flux de la perception. Et en effet, telle est l'id&#233;e de Husserl : l'objet est constitu&#233; par l'intentionnalit&#233; perceptive. Comme Robert Sokolowski le dit : &#171; lorsque nous percevons un objet, nous ne faisons pas seulement l'exp&#233;rience d'un flux de profils ou d'une s&#233;rie d'impressions ; &#224; travers eux, nous avons affaire &#224; un seul et m&#234;me objet, et l'identit&#233; de cet objet se donne dans l'acte intentionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Sokolowski, Introduction to Phenomenology, Cambridge, Cambridge (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans ce cadre, l'histoire de l'identit&#233; de l'objet &#224; lui-m&#234;me implique tout un &#233;ventail d'absences et de non-pr&#233;sences. Car en d&#233;pit de l'identit&#233; de l'objet &#224; lui-m&#234;me, je ne le vois pas identique-&#224;-lui-m&#234;me. Je ne le vois jamais comme tel ; ce qu'il est ne peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;, de m&#234;me que je ne peux pas voir la table de tous les points de vue et d'un seul coup. La n&#233;cessit&#233; de faire le tour de l'objet, d'en saisir plus d'un profil, montre que les autres faces de l'objet me sont inaccessibles de l&#224; o&#249; je le vois, et c'est pourquoi je dois le viser intentionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Husserl encha&#238;ne alors sur une affirmation tout &#224; fait extraordinaire : seule la table reste la m&#234;me. La table est donc la seule chose qui permette au flux de la perception de ne pas partir en tous sens. Or je voudrais proposer d'ajouter &#224; l'&#233;tranget&#233; de cette proposition en cr&#233;ant sorte d'alliance &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; entre cette th&#232;se de Husserl sur l'intentionnalit&#233; d'une part, et le concept de &#171; derri&#232;re &#187; d'autre part. Husserl parle du caract&#232;re spectral de la m&#234;met&#233; : si la table est la m&#234;me, c'est parce que nous faisons appara&#238;tre en elle les c&#244;t&#233;s que nous ne voyons pas actuellement. Cette situation pourrait se traduire ainsi : si la table est la m&#234;me, c'est parce que nous faisons appara&#238;tre en elle son derri&#232;re. Et ce qui se trouve derri&#232;re l'objet, ce ne sont pas seulement les c&#244;t&#233;s que je ne vois pas actuellement, c'est aussi son historicit&#233;, les conditions qui ont contribu&#233; &#224; son arriv&#233;e ici devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Husserl sugg&#232;re que le monde familier est ce qui sert d'arri&#232;re-plan &#224; l'action : quand je vis dans le familier, les choses s'y retirent de telle sorte que je ne les vois plus. L'arri&#232;re-plan constitue ainsi un &#171; &lt;i&gt;horizon obscur&#233;ment conscient de r&#233;alit&#233; ind&#233;termin&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ideen I, &#167;27, p. 89.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Plut&#244;t que de penser &#224; cette table comme se retirant&lt;i&gt; dans&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'arri&#232;re-plan, plut&#244;t que de penser l'arri&#232;re-plan comme se trouvant &lt;i&gt;autour&lt;/i&gt; de la table, j'aimerais nous proposer de consid&#233;rer la mani&#232;re dont la table &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; par elle-m&#234;me un arri&#232;re-plan. On peut se souvenir des diff&#233;rentes significations de ce mot : arri&#232;re-plan. L'arri&#232;re-plan peut se r&#233;f&#233;rer aux &#171; parties qui se trouvent &#224; l'arri&#232;re &#187; (comme on parle des pi&#232;ces d'une maison qui se trouvent &#224; l'arri&#232;re) et par extension aux parties d'une image dot&#233;e de profondeur, auquel cas l'arri&#232;re-plan permet &#224; ce qui se trouve au premier plan de prendre sa forme, comme figure ou comme objet. Ces deux significations font &#233;tat de la dimension spatiale de l'arri&#232;re-plan. Or on pourrait aussi penser &#224; sa dimension temporelle. Quand on raconte l'histoire de quelqu'un&#183;e par exemple, il peut nous arriver de donner des informations sur ses origines [NdT : en anglais, litt&#233;ralement : son &lt;i&gt;background&lt;/i&gt;, son arri&#232;re-plan social]&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : en ce sens, on parlera bien de ce qui est &#171; derri&#232;re &#187; elle&#183;lui, o&#249; &#171; l'arri&#232;re &#187; en question se r&#233;f&#232;re &#224; ce qui est dans le pass&#233; ou &#224; ce qui s'est pass&#233; &#171; avant &#187;. On peut aussi parler du contexte [NdT : &#224; nouveau, &lt;i&gt;background&lt;/i&gt;] familial, qui sert de contenant &#224; l'arriv&#233;e de l'individu dans le monde, et au travers duquel la famille se constitue en donn&#233;e sociale primaire. Ainsi, les &#233;v&#233;nements aussi ont un arri&#232;re-plan : un arri&#232;re-plan qui peut rendre compte des conditions d'&#233;mergence ou d'arriv&#233;e de telle ou telle chose dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc si la ph&#233;nom&#233;nologie consiste dans l'attention donn&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan, il se pourrait qu'elle implique de rendre compte des conditions d'&#233;mergence des choses qu'elle examine, conditions qui ne sont pas n&#233;cessairement disponibles dans la mani&#232;re dont les choses se pr&#233;sentent d'elles-m&#234;mes &#224; la conscience, et qui ne se pr&#233;sentent jamais que d'un c&#244;t&#233;. Si nous ne voyons pas (mais visons) l'arri&#232;re de l'objet, il se pourrait tr&#232;s bien &#233;galement que nous ne voyions pas (mais visions) son arri&#232;re-plan temporel. Pour examiner ce que l'&#171; attitude naturelle &#187; a en vue, il nous faut faire face au derri&#232;re de l'objet, qu'on peut concevoir non seulement comme l'ensemble des conditions qui concourent &#224; l'&#233;mergence de l'objet (comment est-il arriv&#233; l&#224; ?) mais aussi comme l'ensemble des conditions qui concourent &#224; l'acte de percevoir cet objet, qui d&#233;pendent notamment de l'arriv&#233;e du corps qui les per&#231;ois. De nombreuses arriv&#233;es doivent co&#239;ncider pour que l'on puisse se trouver face &#224; un objet. L'arri&#232;re-plan de la perception implique cette intrication d'histoires d'arriv&#233;es, qui devraient avoir pour t&#226;che d'expliquer comment Husserl s'est retrouv&#233; dans la position qu'il occupe face &#224; sa table, qu'il peut prendre tour &#224; tour comme support pour &#233;crire et comme objet autour duquel sa ph&#233;nom&#233;nologie s'&#233;crit. Apr&#232;s tout, la ph&#233;nom&#233;nologie elle-m&#234;me a son propre &#171; arri&#232;re-plan &#187;, ses propres conditions d'&#233;mergence, qui incluent peut-&#234;tre jusqu'aux conditions mat&#233;rielles d'existence de cette table qui s'est un jour trouv&#233;e en face de Husserl.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/orientation3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/orientation3.jpg?1731403027' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Orientations corporelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en &#224; la table. Nous savons que l'attention de Husserl flotte, partant du bureau, pour se porter sur d'autres parties de la pi&#232;ce, espaces invisibles plong&#233;s dans la p&#233;nombre. Ce qu'il voit d&#233;pend de la direction qu'il a d&#233;j&#224; prise : ce qui lui est disponible, devant lui et &#224; sa port&#233;e, d&#233;pend de cette direction. R&#233;ciproquement, ce qu'il y a derri&#232;re lui, disponible &#224; l'arri&#232;re-plan de sa vision, prend forme sur fond de ce qu'il y a devant lui. Ainsi donc, il pourrait fixer son regard sur le papier devant lui, &#233;tant donn&#233; qu'il est assis &#224; son bureau et non &#224; un autre type de table, comme par exemple une table de cuisine. Un autre genre de table ne serait sans doute pas adapt&#233; au travail de l'&#233;laboration philosophique. Le genre de table appropri&#233; pour lui, c'est le bureau ; une table qui fournit une surface horizontale ad&#233;quate pour les philosophes. Ann Banfield observe ainsi dans son formidable livre &lt;i&gt;The Phantom Table &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;La table fant&#244;me&lt;/i&gt;] : &#171; Les bureaux et les chaises, les objets les plus &#224; port&#233;e de main du philosophe s&#233;dentaire (qui recevra peut-&#234;tre un jour une chaise/chaire de philosophie &#224; l'universit&#233;), sont les meubles de cette &#8220;chambre &#224; soi&#8221; depuis laquelle le monde r&#233;el est observ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ann Banfield, The Phantom Table : Woolf, Fry, Russell, and the Epistemology (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les tables, comme les chaises, sont &#224; port&#233;e de main, en tant que meubles garantissant la place elle-m&#234;me de la philosophie. Notre rapport aux tables montre pr&#233;cis&#233;ment l'orientation de la philosophie en indiquant, en partie, ce qui est &#224; proximit&#233; du corps des philosophes, ou ce qui entre en contact avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, nous sommes orient&#233;&#183;e&#183;s vers les objets en tant que choses dont nous nous servons pour &#8220;faire des choses&#8221;. Il n'est pas anodin que Martin Heidegger se tourne vers la table lorsqu'il soul&#232;ve cette question de l'occupation, de l'objet pr&#233;cis de notre occupation. Dans son &lt;i&gt;Ontologie. Herm&#233;neutique de la factivit&#233;&lt;/i&gt;, Heidegger distingue deux mani&#232;res de d&#233;crire une table. Dans son premier mod&#232;le, la table se manifeste comme &#171; objet dans l'espace&#8212;comme une chose spatiale &#187;. Il fait certainement r&#233;f&#233;rence &#224; la description de &#171; la table &#187; de Husserl, m&#234;me si Husserl n'est pas nomm&#233;, du moins &#224; ce moment-l&#224;. Il parle ainsi de la mani&#232;re dont &#171; les diff&#233;rentes faces de l'objet se r&#233;v&#232;lent et s'ouvrent &#224; nous de fa&#231;ons toujours nouvelles tandis que nous tournons autour de lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Heidegger, Ontology : the Hermeneutics of Facticity, traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et sugg&#232;re que cette description est inexacte, non parce qu'elle est fausse (la table se manifeste peut-&#234;tre bien de cette fa&#231;on), mais parce qu'elle ne rend pas compte du fait que la signification des objets n'est pas simplement &#171; dans &#187; les choses, mais est plut&#244;t une &#171; caract&#233;ristique de leur &#234;tre &#187;. Pour Heidegger, ce qui fait que la table est elle-m&#234;me, et non autre chose, c'est ce que la table nous permet de faire. Il s'ensuit une des plus riches descriptions ph&#233;nom&#233;nologiques de la table v&#233;cue du point de vue de celle&#183;ux partageant l'espace qu'elle habite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui se trouve dans cette pi&#232;ce-l&#224; o&#249; je vis c'est la table (et non &#171; une &#187; table parmi d'autres tables qu'on trouve ailleurs, dans d'autres pi&#232;ces et dans d'autres maisons), table &#224; laquelle je m'assois pour &#233;crire, manger, coudre ou jouer. Tout &#224; chacun&#183;e le per&#231;oit d'ailleurs imm&#233;diatement si l'on me rend visite : ceci est un bureau, ceci une table pour le d&#238;ner, ceci une table pour coudre&#8212;et telle est la mani&#232;re primaire selon laquelle la table comme telle est rencontr&#233;e. Cette caract&#233;ristique du &#171; en vue de faire quelque chose &#187; n'est pas simplement impos&#233;e &#224; la table quand nous entrons en relation avec elle ; nous ne l'assimilons pas, dans nos relations, &#224; quelque chose qu'elle n'est pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 69.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce que nous faisons de la table, ou ce que la table nous permet de faire, est essentiel &#224; la table. Nous utilisons la surface de la table, ce qui rend la table ce qu'elle est et conditionne son apparition. La formation de la table s'articule autour du support qu'elle fournit. Elle fournit une surface autour de laquelle se rassembler : Heidegger d&#233;crit &#171; sa femme &#187; lisant &#224; la table, et &#171; les gar&#231;ons &#187; s'occupant autour de la table. Autrement dit, la structure &#171; en vue de &#187; de la table signifie que les personnes autour de la table rendent la table ce qu'elle est, et non autre chose. On pourrait d'ailleurs noter que ce que les corps font autour de la table implique une modalit&#233; d'occupation genr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la signification de la table est non seulement en rapport avec son apparition, mais avec ce qu'elle nous permet de faire. En s&#233;lectionnant le bureau, Husserl distingue le bureau, et y associe sa propre occupation, ce qu'il fait lorsqu'il s'assied &#224; son bureau. Ce geste implique une intime cohabitation de l'espace par corps et objets. N&#233;anmoins, cela est loin de signifier que les corps sont simplement des objets aux c&#244;t&#233;s d'autres objets ; au contraire, c'est &#224; partir d'eux que le monde se d&#233;ploie. Merleau-Ponty montre bien que le corps propre n'est pas &#171; simplement un des objets du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Merleau-Ponty, &#171; Un in&#233;dit de Maurice Merleau-Ponty &#187;, Revue de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, c'est plut&#244;t &#171; notre point de vue sur le monde &#187;. Aussi, dans le second volume des &lt;i&gt;Ideen&lt;/i&gt;, Husserl se concentre-t-il sur le corps, ce qu'il appelle le corps v&#233;cu, et l'intimit&#233; du toucher. Sans surprise, la table r&#233;appara&#238;t. Mais c'est cette fois une table tr&#232;s diff&#233;rente, notre inclination vers elle est modifi&#233;e. &#192; ce moment, ce sont nos mains plut&#244;t que nos yeux qui tendent vers la table : &#171; la main repose sur la table. J'&#233;prouve la table comme quelque chose de solide, de froid, de lisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ideen II, p. 208-209.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Husserl exprime la proximit&#233; entre corps et objets, en tant que choses d&#233;passant la mati&#232;re : corps et objets peuvent &#234;tre sentis, pressentis et touch&#233;s, cr&#233;ent et laissent des impressions. Le corps est &#171; un objet touchant-touch&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 210.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ph&#233;nom&#233;nologie montre donc comment la surface de nos peaux est marqu&#233;e par l'impression des objets et d'autrui. L'objet tactile est ce qui est proche de moi, ou ce qui est &#224; ma port&#233;e. Lorsque l'objet est touch&#233;, il ne se d&#233;tache pas ; l'objet est senti par la peau et m&#234;me sur la peau. Autrement dit, nous ne percevons l'objet comme tel (comme une chose qui a sa propre int&#233;grit&#233; et qui est situ&#233;e dans l'espace) que parce que nous hantons cet espace, que parce que nous l'habitons avec lui, de sorte que la fronti&#232;re entre les cohabitants de cet espace se brouille. En plus de contenir, la peau met en relation. La non-opposition entre le corps se d&#233;pla&#231;ant autour d'objets et objets autour desquels les corps se meuvent montre comment diff&#233;rentes orientations supposent au moins un mouvement &#224; double sens, ou le &#8220;plus d'un&#8221; de la rencontre. Les orientations sont tactiles et impliquent plus d'une surface &#233;pidermique : en nous approchant d'une table ou d'une autre, nous sommes aussi approch&#233;-e-s par la table, qui nous touche lorsque nous la touchons : telle que la d&#233;crit Husserl, si sans doute la table est froide et lisse, je ne peux sentir l'&#233;tat de sa surface qu'une fois que je m'en approche. Ni l'objet ni le corps ne sont int&#232;gres : ils ne sont pas les m&#234;mes choses selon qu'ils sont ensemble ou s&#233;par&#233;s l'un de l'autre. Corps et objets prennent forme &#224; travers leur orientation les uns envers les autres, cette orientation pouvant &#234;tre v&#233;cue comme cohabitation ou partage de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact avec autrui et les objets alentours donne forme aux corps. Les corps sont inform&#233;s par leur rencontre avec &#8220;les choses&#8221; assez proches pour &#234;tre &#224; leur port&#233;e. Ceux-ci &#224; leur tour peuvent prendre forme par cette rencontre, ou prendre la forme m&#234;me de cette rencontre. La proximit&#233; d&#233;pend de ce que font les corps, et r&#233;ciproquement, conditionne ce qu'ils peuvent faire. La proximit&#233; entre le philosophe et le papier, l'encre et le bureau n'est pas seulement ce qui qualifie le lieu de travail du philosophe, ou l'espace qu'iel habite, comme si ce lieu pouvait &#234;tre s&#233;par&#233; de ce qu'iel y fait. Pr&#233;cis&#233;ment &#171; cela &#187; m&#234;me qu'iel fait place certains objets &#224; sa port&#233;e. Nos orientations sont les directions que nous prenons qui placent certaines choses &#224; notre port&#233;e, et d'autres pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut garder l'exemple de la table. En tant qu'objet, la table fournit un espace, qui est lui-m&#234;me un espace d'agir, adapt&#233; &#224; certains types de travaux. Comme nous le savons, la table de Husserl au premier volume des &lt;i&gt;Ideen&lt;/i&gt; est un bureau, et son orientation vers celui-ci, et non vers d'autres tables, montre l'orientation de sa philosophie, au moment m&#234;me o&#249; le bureau s'estompe. Autour de la table, l'horizon ou les marges de la perception s'appr&#233;hendent &#171; obscur&#233;ment &#187;. L'horizon indique ce qui est &#171; autour &#187;, alors que le corps s'occupe &#224; sa t&#226;che : comme l'&#233;crit Don Ihde, &#171; L'horizon appartient aux fronti&#232;res du champ environnemental v&#233;cu. Tout comme les extr&#233;mit&#233;s du champ visuel, les horizons situent ce qui est explicitement pr&#233;sent, tandis que dans l'exp&#233;rience des ph&#233;nom&#232;nes eux-m&#234;mes, l'horizon recule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Don Ihde, Technology and the Lifeworld : From Garden to Earth, Bloomington : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'horizon n'est pas un objet que j'appr&#233;hende : je ne le vois pas. L'horizon donne aux objets leurs contours et permet m&#234;me de les atteindre. Les objets sont contenus dans mon horizon ; l'acte de tendre &#171; vers eux &#187; les rend disponibles comme objets pour moi. L'horizon corporel d&#233;marque la &#171; ligne &#187; vers laquelle les corps peuvent tendre, ce qui est &#224; leur port&#233;e, en distinguant aussi ce qu'ils ne peuvent pas atteindre. Le corps prend forme comme corps, disposant de surfaces et de fronti&#232;res, par la d&#233;marcation des limites de ce qu'il peut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ph&#233;nom&#233;nologie permet d'explorer la formation historique des corps, qui s'effectue &#224; travers les comportements, les postures, et les gestes corporels. Apr&#232;s tout, Husserl et Merleau-Ponty qualifient tous deux l'horizon corporel comme une &#171; histoire s&#233;diment&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anthony Steinbock, Home and Beyond : Generative Philosophy After Husserl, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Sociologues et philosophes ont repris ce mod&#232;le de l'histoire comme s&#233;dimentation corporelle. Pierre Bourdieu d&#233;finit l'histoire par l'habitus, form&#233; de &#171; syst&#232;mes de dispositions durables et transposables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique, Gen&#232;ve, Droz, 1972, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, int&#233;grant les exp&#233;riences pass&#233;es dans une &#171; matrice de perceptions, d'appr&#233;ciations et d'actions &#187; n&#233;cessaires pour l'accomplissement &#171; de t&#226;ches infiniment diff&#233;renci&#233;es &#187;. Pour Judith Butler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, &#171; Performative Acts &#187;, art. cit., p. 406.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est pr&#233;cis&#233;ment par sa mise au jour du r&#244;le de la s&#233;dimentation historique dans la r&#233;p&#233;tition d'actes corporels que la ph&#233;nom&#233;nologie s'av&#232;re utile pour la pens&#233;e f&#233;ministe. Les tendances habituelles des corps ne sont pas originaires, mais sont des cons&#233;quences historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que l'histoire &#171; se produit &#187; pr&#233;cis&#233;ment par la r&#233;p&#233;tition de gestes, qui conf&#232;re aux corps leurs dispositions ou leurs tendances. Notons ici que l'effort sous-tendant ces r&#233;p&#233;titions est dissimul&#233; par l'effort lui-m&#234;me : travailler assid&#251;ment &#224; une t&#226;che cr&#233;e une apparence de facilit&#233;. C'est par ce paradoxe&#8212; l'effort g&#233;n&#232;re l'illusion d'une absence d'effort&#8212; que l'histoire s'efface au moment m&#234;me o&#249; elle se produit. La r&#233;p&#233;tition de l'effort permet l'effacement de cet effort m&#234;me. Il est important de consid&#233;rer non seulement ce qui est r&#233;p&#233;t&#233;, mais aussi comment la r&#233;p&#233;tition d'actes nous oriente dans certaines directions. Nous nous orientons aussi vers certains objets plus que d'autres, notamment des objets mat&#233;riels (comme diff&#233;rents types de tables), mais aussi des objets de pens&#233;e, d'&#233;motions, de jugement, et des objets au sens de buts, d'aspirations et d'objectifs. Je peux par exemple m'orienter vers l'&#233;criture, non seulement en tant que travail (bien que ce soit un travail, qui n&#233;cessite par ailleurs certains objets) mais aussi comme objectif : l'&#233;criture devient alors une activit&#233; &#224; laquelle j'aspire, assimilable m&#234;me &#224; une identit&#233; (devenir auteure). Ainsi, c'est aussi en tenant une position que nous aspirons &#224; occuper, que l'objet vis&#233;, celui que nous avons en vue, nous devient visible : l'action cherche &#224; satisfaire l'identit&#233; comme marque d'accomplissement(l'auteur-e devient auteur-e par l'action d'&#233;crire). On peut s'interroger sur les objets vers lesquels les corps ont tendance &#224; se tendre, et comment ces tendances informent la direction dans laquelle les corps se tendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corps acqui&#232;rent donc une orientation en r&#233;p&#233;tant certains actes plut&#244;t que d'autres, dans la mesure o&#249; l'acte vise un objet particulier, qu'il soit mat&#233;riel et n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement d'une t&#226;che (le bureau, le stylo, le clavier) ou l'objet id&#233;al d'une identification. La proximit&#233; de tels objets, leur disponibilit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de mon horizon corporel, n'est pas fortuite : je ne les trouve pas simplement l&#224;, par hasard. Les corps tendent vers certains objets plut&#244;t que d'autres, en fonction de leurs tendances. Ces tendances ne sont pas originaires ; ce sont des effets de r&#233;p&#233;tition de l'action de &#8220;tendre vers&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/orientation2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/orientation2.jpg?1731403027' width='500' height='316' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Devenir h&#233;t&#233;ro&#183;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que signifie &#234;tre orient&#233;e &#8220;sexuellement&#8221; ? D'abord, on pourrait sugg&#233;rer qu'une telle orientation prend du temps. En paraphrasant Simone de Beauvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simone de Beauvoir, Le deuxi&#232;me sexe, Paris, Gallimard, 1949, tome II, p. 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on pourrait commencer par avancer : &#171; on ne na&#238;t pas h&#233;t&#233;ro&#183;te, on le devient &#187;. Que signifie d&#233;finir l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; en termes de devenir, plut&#244;t qu'en termes d'&#234;tre ? Qu'on puisse poser une telle question rappelle que la question de l'orientation ne devrait pas &#234;tre abord&#233;e comme une simple question spatiale. On peut ici noter que &#8220;l'habitation&#8221; renvoie non seulement au processus de r&#233;sider quelque part, ou ce que Heidegger appelle un &#171; am&#233;nagement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Heidegger, &#202;tre et temps, traduit de l'allemand par Emmanuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de l'espace, mais aussi au temps : &#234;tre habit&#233; par quelque chose signifie s'attarder sur cette chose, m&#234;me &#234;tre ralenti&#183;e ou suspendu&#183;e par elle. Si l'orientation rel&#232;ve de la mani&#232;re dont nous occupons ou dont nous nous retirons de nos espaces familiers, alors l'orientation doit bien se d&#233;rouler progressivement. L'orientation nous permet d'occuper l'espace, dans la mesure o&#249; le processus d'orientation prend du temps. M&#234;me lorsque l'orientation semble se rapporter &#224; notre direction pr&#233;sente, celle-ci nous dirige &#233;galement vers l'avenir. Esp&#233;rer changer de direction, c'est toujours ignorer o&#249; certaines voies peuvent nous mener ; risquer de d&#233;vier du lin&#233;aire et de l'&#233;troit rend possible de nouveaux avenirs, qui impliquent la possibilit&#233; de s'&#233;garer, de se perdre, ou m&#234;me de devenir &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temporalit&#233; de l'orientation nous rappelle que les orientations sont les effets de ce vers quoi nous tendons, au sens o&#249; le &#171; vers &#187; signale un espace-temps presque, mais pas tout &#224; fait, disponible dans le pr&#233;sent. Dans le cas de l'orientation sexuelle, ce n'est pas aussi simple que d'avoir une orientation spatiale. Devenir h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le ne signifie pas seulement devoir se tourner vers les objets qui nous sont donn&#233;s par la culture h&#233;t&#233;rosexuelle, mais aussi devoir se d&#233;tourner des objets qui nous font d&#233;vier de cette trajectoire. Le sujet &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; au sein de la culture h&#233;t&#233;rosexuelle d&#233;vie donc, et se manifeste socialement comme sujet d&#233;viant. Ce qui est pr&#233;sent &#224; nous dans le moment pr&#233;sent n'est pas un hasard ; comme il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit, nous n'adoptons pas simplement nos orientations par la rencontre fortuite d'objets ici et l&#224;. Au contraire, certains objets nous sont disponibles en cons&#233;quence des trajectoires que nous avons d&#233;j&#224; emprunt&#233;es : nos parcours de vie suivent une certaine s&#233;quence, en fonction des directions que nous suivons, ou du fait d'avoir &#233;t&#233; dirig&#233;&#183;e&#183;s dans une certaine direction (par la naissance, l'enfance, l'adolescence, le mariage, la reproduction, la mort), comme Judith Halberstam le montre dans sa r&#233;flexion sur la &#171; temporalit&#233; &#187; de la famille et la d&#233;pense du temps familial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Halberstam, In A Queer Time and Place : Transgender Bodies, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le concept d'orientation permet de mettre au jour la direction de la vie pr&#233;cis&#233;ment par l'exigence que nous suivions la trajectoire nous &#233;tant d&#233;j&#224; donn&#233;e. Pour qu'une vie compte comme une &#8220;bonne&#8221; vie, celle-ci doit r&#233;gler la dette de son existence en prenant la direction affich&#233;e comme bien social, ce qui implique d'imaginer son futur en l'articulant autour de certains points rep&#232;res d'un parcours de vie. Ces points s'accumulent, cr&#233;ant ainsi l'illusion d'une ligne droite. Suivre cette trajectoire peut &#234;tre une fa&#231;on de devenir h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le, par l'abstention de d&#233;viance en tout point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre l'adoption d'une trajectoire et les conditions d'&#233;mergence d'une trajectoire est souvent ambigu&#235;. Qu'est ce qui vient en premier ? J'ai toujours &#233;t&#233; marqu&#233;e par l'expression &#8220;un sentier battu&#8221;. Un sentier est cr&#233;&#233; par la r&#233;p&#233;tition de passages sur le sol. On peut envisager le sentier comme trace de voyages pass&#233;s, faite d'empreintes, de traces de pieds qui marchent, et qui en marchant, cr&#233;ent une ligne dans le sol. Si l'on s'arr&#234;tait de marcher, peut-&#234;tre le sentier dispara&#238;trait-il ? Lorsque nous apercevons devant nous une ligne trac&#233;e au sol, nous avons tendance &#224; marcher dessus : la trace d&#233;gage pour nous un chemin. Ainsi nous empruntons le sentier devant nous sans l'interroger, mais celui-ci n'existe devant nous qu'en cons&#233;quence d'avoir &#233;t&#233; emprunt&#233;. Le paradoxe de l'empreinte &#233;merge : des lignes sont cr&#233;&#233;es parce qu'on les suit et on les suit parce qu'on les cr&#233;e. De cette fa&#231;on, les lignes qui nous dirigent, lignes de pens&#233;e autant que de mouvement, sont performatives : elles d&#233;pendent de la r&#233;p&#233;tition de normes et de conventions, de routes et de chemins d&#233;j&#224; suivis, mais elles apparaissent aussi en cons&#233;quence de cette r&#233;p&#233;tition. Dire que les trajectoires sont performatives, c'est dire que nous trouvons notre chemin, nous savons dans quelle direction nous nous dirigeons, seulement en cons&#233;quence d'un effort souvent dissimul&#233;. Ainsi, en suivant les instructions, j'arrive &#224; destination, comme par magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directions se centrent donc sur la magie de l'arriv&#233;e. D'une certaine fa&#231;on, l'effort pour arriver &#224; destination s'oublie dans la sensation de la magie de l'arriv&#233;e m&#234;me. L'effort consiste &#224; suivre les directions ; nous arrivons &#224; destination lorsque nous les avons suivies correctement : les mauvaises interpr&#233;tations ne pourront simplement pas nous y emmener. Suivre ces trajectoires implique &#233;galement des formes d'investissement social. Ces investissements entra&#238;nent la promesse d'un retour (si l'on suit cette trajectoire, alors ceci ou cela s'ensuivra), ce qui peut soutenir la volont&#233; de maintenir l'effort. Par de tels investissements en vue d'un retour, les sujets reproduisent les trajectoires qu'iels suivent. Parler d'une politique de la ligne h&#233;t&#233;ro permet de repenser la relation entre l'h&#233;ritage (les trajectoires donn&#233;es comme point d'arriv&#233;e dans l'espace familial et social) et la reproduction (l'exigence que nous remboursions le don de la trajectoire en pr&#233;servant la ligne). La reproduction de notre h&#233;ritage ou sa conversion en objets de possession n'est pas automatique. Cela demande que l'on pr&#234;te attention &#224; la pression exerc&#233;e sur nous d'op&#233;rer de telles conversions. Rappelons ici les diff&#233;rentes significations du mot pression : la pression sociale de suivre un certain parcours, de vivre un certain genre de vie, et m&#234;me de reproduire cette vie, peut &#234;tre ressentie comme une pression physique sur la surface du corps, qui cr&#233;e certainement ses propres impressions. Nous sommes press&#233;&#183;e&#183;s &#224; l'int&#233;rieur de lignes, et ces lignes sont l'accumulation de moments de pression, ou ce qu'on pourrait appeler des &#8220;points de pression&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons la pression ou l'effort de devenir h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le &#224; travers une anecdote. Je suis, encore une fois, assise &#224; une table. Cette fois, c'est une table de salle &#224; manger, une table autour de laquelle un &#8220;nous&#8221; se rassemble. Cette table fonctionne tr&#232;s diff&#233;remment d'un bureau : non seulement parce qu'elle permet un type d'activit&#233; diff&#233;rent, mais aussi parce qu'elle oriente vers des rassemblements collectifs ; elle se d&#233;marque du monde solitaire de l'auteur&#183;e &#224; sa table d'&#233;criture. La table de salle &#224; manger est une table autour de laquelle les corps se regroupent par la m&#233;diation de sa surface, en partageant la nourriture et les boissons sur la table. Hannah Arendt &#233;voque ce r&#244;le de la table comme m&#233;diateur du regroupement des corps dans sa &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt; : &#171; Vivre ensemble dans le monde : c'est dire essentiellement qu'un monde d'objets se tient entre ceux qui l'ont en commun, comme une table est situe&#769;e entre ceux qui s'assoient autour d'elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hanna Arendt, Condition de l'homme moderne, traduit de l'anglais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Loin d'&#234;tre neutres, les rassemblements sociaux sont donc prescriptifs. Lorsque nous sommes rassembl&#233;&#183;e&#183;s, il peut nous &#234;tre demand&#233; de suivre certaines lignes. Ainsi, quel effet est produit lorsque la famille, ou d'autres groupes sociaux, se rassemblent autour d'une table ? Quelles directions prenons-nous lorsque nous nous rassemblons de cette fa&#231;on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assise &#224; la table autour de laquelle ma famille se rassemble. Nous mangeons et discutons. Nous accomplissons le &#171; travail familial &#187;, c'est-&#224;-dire que nous suivons l'inclinaison des corps qui les fait tendre vers l'accomplissement de la t&#226;che domestique. Ma s&#339;ur fait une remarque qui me retire de cet &#233;tat d'occupation domestique. Elle dit : &#171; Regardez, voil&#224; un petit John et un petit Mark. &#187; Elle rit, tout en pointant du doigt. John et Mark sont les pr&#233;noms des maris de mes s&#339;urs, les p&#232;res de leurs enfants. Nous regardons et les gar&#231;ons nous apparaissent comme version miniature de leurs p&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entendant cet &#233;nonc&#233;, nous suivons tous&#183;tes sa main, qui pointe vers l'objet d&#233;sign&#233;. Ainsi, en suivant la direction de sa main, nous nous retournons, pour faire face &#224; l'objet de son &#233;nonc&#233; : deux petits gar&#231;ons assis c&#244;te &#224; c&#244;te, proches de la table, sur la pelouse. Nous sommes dirig&#233;&#183;e&#183;s par le geste qui oriente notre attention vers un objet commun ; en outre, l'action de pointer du doigt de ma s&#339;ur est un don par lequel l'objet devient partag&#233;. Tout le monde rit &#224; son commentaire. Nous voyons donc les deux fils comme version miniature de leurs p&#232;res, ce qui produit un effet &#224; la fois comique et s&#233;rieux. Un gar&#231;on au teint plus fonc&#233;, l'autre au teint plus clair, un mari au teint plus fonc&#233;, l'autre au teint plus clair. La diff&#233;rence entre les gar&#231;ons devient un h&#233;ritage partag&#233;, comme si la diff&#233;rence s'&#233;tablissait par leur adoption de la ligne paternelle. Dans de tels rassemblements, les rassemblements familiaux, le rire partag&#233;, o&#249; il s'agit souvent de rendre le rire par le rire, implique de partager une direction, ou de suivre une ligne. La r&#233;p&#233;tition du geste exprime une id&#233;e, id&#233;e qui s'imprime dans celleux qui sont assis&#183;e&#183;s &#224; la table autour de laquelle le geste est r&#233;p&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple incite &#224; repenser la fonction de la ligne h&#233;t&#233;ro. L'anecdote exprime la relation entre les deux lignes, horizontale et verticale, de la g&#233;n&#233;alogie conventionnelle. Pensons &#224; l'arbre g&#233;n&#233;alogique, compos&#233; de lignes verticales &#171; illustrant &#187; les liens du sang (des lignes de descendance qui nouent entre eux les parents et les enfants) et de lignes horizontales qui montrent le lien entre mari et femme et fr&#232;res et s&#339;urs. L'espoir de l'arbre g&#233;n&#233;alogique, autrement dit, la volont&#233; de reproduction, c'est que la ligne verticale produise une ligne horizontale, depuis laquelle de nouvelles lignes verticales seront dessin&#233;es. Le point de rencontre entre les lignes est, apr&#232;s tout, le point de reproduction m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; &#171; Regardez, voil&#224; un petit John et un petit Mark &#187; exprime cet espoir comme une volont&#233;, en tra&#231;ant une ligne du p&#232;re au fils. Le gar&#231;on prend sa place dans la ligne en &#233;tant reconnu comme reproduction de l'image de son p&#232;re et il est m&#234;me imagin&#233; comme &#233;tant un point sur une autre ligne, pas encore form&#233;e, puisqu'il deviendra peut-&#234;tre p&#232;re de fils futurs. Ce r&#233;cit du &#171; devenir p&#232;re &#187; signifie que l'on imagine d&#233;j&#224; l'avenir du fils suivant les pas de son p&#232;re : cette direction exige de former une ligne horizontale (le mariage) depuis laquelle de nouvelles lignes verticales se formeront. On peut donc envisager cet &#233;nonc&#233; comme effectuant un travail d'alignement : l'&#233;nonc&#233; d&#233;signe l'enfant comme adulte &#224; venir, en alignant sexe (le corps masculin) et genre (le caract&#232;re masculin) avec l'orientation sexuelle (l'avenir h&#233;t&#233;rosexuel). Par cet &#233;nonc&#233;, les sujets qui ne sont pas encore, celles et ceux qui sont encore &#224; venir, sont int&#233;gr&#233;&#183;e&#183;s &#224; la ligne par l'attribution d'un futur dans l'alignement de la lign&#233;e familiale. Ce qui est intrigant ici n'est pas tant la mani&#232;re dont le sexe, le genre et l'orientation sexuelle peuvent d&#233;vier, ce qui peut certainement arriver, mais la mani&#232;re dont ils sont maintenus dans l'alignement, souvent par force, si bien que tout non-alignement produit un effet de d&#233;viance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut repenser le processus de devenir h&#233;t&#233;rosexuel en prenant en compte la mani&#232;re dont l'orientation, la direction (prise) envers les objets et envers autrui, peut devenir obligatoire. Et l'on peut convoquer, pour cela, le mod&#232;le que propose Adrienne Rich dans&lt;i&gt; La contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adrienne Rich, &#8220;Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence&#8221; (1980) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'obligation pour les sujets de tendre vers certains objets plut&#244;t que d'autres est une condition de l'amour familial et social. Pour que le fils suive la lign&#233;e familiale, il &#171; doit &#187; s'orienter vers les femmes comme objets de son amour. Pour que la fille suive la lign&#233;e familiale, elle &#171; doit &#187; prendre les hommes comme objets d'affection. C'est la pr&#233;supposition que l'enfant doit h&#233;riter de la vie des parents qui produit l'exigence que l'enfant adopte la ligne h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, lorsque nous h&#233;ritons, nous h&#233;ritons aussi de la proximit&#233; de certains objets, disponibles &#224; nous en tant qu'ils nous sont donn&#233;s par la maison familiale. Ces objets ne sont pas seulement mat&#233;riels : il peut s'agir de valeurs, de capitaux, d'aspirations, de projets et de styles. Dans la mesure o&#249; nous h&#233;ritons de ce qui est suffisamment proche pour &#234;tre disponible au sein du foyer, nous h&#233;ritons &#233;galement d'orientations, c'est-&#224;-dire que nous h&#233;ritons de mani&#232;res d'occuper et d'&#233;voluer dans l'espace. L'exigence m&#234;me que l'enfant suive la ligne paternelle place certains objets, et non d'autres, &#224; sa port&#233;e. Ainsi, l'enfant tend vers ce qui est assez proche, au sens de la proximit&#233; entendue comme ce qui &#171; r&#233;side &#187; d&#233;j&#224; au sein du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tendant vers les objets &#224; sa port&#233;e, l'enfant acquiert ses tendances, qui &#224; leur tour, inscrivent l'enfant dans la lign&#233;e. Les corps deviennent h&#233;t&#233;rosexuels en tendant vers des objets h&#233;t&#233;rosexuels, si bien qu'ils acqui&#232;rent ainsi leurs tendances, g&#233;n&#233;r&#233;es par leurs inclinaisons. Les orientations sexuelles sont ainsi performatives : en dirigeant leur d&#233;sir vers certains autres, au d&#233;triment d'autres autres, les corps prennent forme &#224; leur tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons les objets dont les personnes s'entourent au sein d'un foyer familial traditionnel, et consid&#233;rons ces objets comme autant d'objets h&#233;t&#233;rosexuels. Et suivons Butler lorsqu'elle dit que &#171; les genres h&#233;t&#233;rosexuels se constituent dans le renoncement &#224; la possibilit&#233; de l'homosexualit&#233;. Cette forclusion produit &#224; la fois un champ d'objets h&#233;t&#233;rosexuels et un ensemble d'&#234;tres impossibles &#224; aimer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, La vie psychique du pouvoir : l'assujettissement en th&#233;ories, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Cet exemple montre comment la proximit&#233; d'objets d'affection n'est pas accidentelle : nous ne tombons pas simplement sur des objets par hasard. L'exigence m&#234;me que l'enfant suive la ligne paternelle place certains objets, et non d'autres, &#224; sa port&#233;e. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; obligatoire produit un &#171; champ d'objets h&#233;t&#233;rosexuels &#187; par l'exigence m&#234;me que le sujet abandonne la possibilit&#233; d'aimer d'autres objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant d'interroger ce que Butler veut dire par le &#171; champ d'objets h&#233;t&#233;rosexuels &#187;. Comment la saisie de ces objets conditionne-t-elle leur apparition ? On peut d'abord interroger la signification du terme &#171; champ &#187;. D&#233;fini comme terrain ouvert ou d&#233;gag&#233;, un champ contenant certains objets renverrait donc &#224; la fa&#231;on dont certains objets deviennent disponibles par le d&#233;gagement, la d&#233;limitation de l'espace comme espace r&#233;serv&#233; &#224; certaines choses plut&#244;t que d'autres, au sens o&#249; l'on peut aussi &#171; faire &#187; certaines de ces choses et pas d'autres. D'une certaine fa&#231;on, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; devient un champ, un espace qui fournit un fondement &#224;, ou m&#234;me qui fonde l'action h&#233;t&#233;rosexuelle par la renonciation &#224; ce qu'elle n'est pas et aussi par la production de ce qu'elle est. Comme Michel Foucault le montre si remarquablement, il y a une &#171; incitation aux discours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Histoire de la sexualit&#233;, Paris, Gallimard, 1976, pp. 25-49.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, par laquelle les objets sont nomm&#233;s, et se r&#233;alisent &#224; travers l'exigence m&#234;me de leur donner une forme, plut&#244;t que par l'interdiction. Autrement dit, on pourrait avancer que l'obligation et l'interdiction sont toutes deux g&#233;n&#233;ratives ; elles cr&#233;ent leurs objets et leurs mondes propres. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ne se situe donc pas seulement dans l'objet, comme une simple propri&#233;t&#233; de l'objet ; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est pas simplement question des objets que l'on aime, ou de la d&#233;limitation des objets disponibles &#224; aimer, bien que ces objets aient leur importance. La signification des &#171; objets h&#233;t&#233;rosexuels &#187; ne se limite pas non plus aux objets repr&#233;sentant l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; comme bien social et sexuel, bien que ces objets-l&#224; aient aussi leur importance. Plut&#244;t, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; serait un effet du rassemblement strat&#233;gique d'objets d&#233;gageant le terrain, de la configuration d'un arri&#232;re-plan par l'agencement des objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en revenir &#224; Husserl et son bureau. Rappelons-nous qu'Husserl se tourne vers son bureau, qu'il lui fait face, ce qui place par cons&#233;quent d'autres objets derri&#232;re lui. En se tournant vers le bureau, certaines choses apparaissent sur fond de l'objet : l'encrier, le crayon, &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&#230;tera&lt;/i&gt;. Ces objets sont proches de ce qu'il y a devant lui, bien qu'ils ne soient pas tout &#224; fait les objets de son attention. La proximit&#233; de ces objets est le fruit d'une co&#239;ncidence ; leurs apparitions doivent co&#239;ncider, bien que le fait qu'elles soient visibles ne soit pas une co&#239;ncidence. L'action (l'&#233;criture) rapproche les objets les uns des autres, et inversement, l'action (l'&#233;criture) d&#233;pend de la proximit&#233; de ces objets. L'enjeu ici porte non seulement sur la relation entre le corps et son &#8220;alentour&#8221;, mais aussi sur la relation entre les &#233;l&#233;ments de cet entourage. La pr&#233;sence de l'encrier sur la table, par exemple, se rapporte au fait que l'encrier et la table s'orientent dans la m&#234;me direction. Les orientations sont nouantes, au sens o&#249; elles nouent les objets entre eux. Ce qui rapproche les objets d&#233;pend des histoires, de la mani&#232;re dont les choses apparaissent, et de la mani&#232;re dont celles-ci se se lient par leur disponibilit&#233; commune, en tant que choses servant &#224; faire des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ des objets h&#233;t&#233;rosexuels est produit par l'effet de r&#233;p&#233;tition d'une certaine direction, qui prend la forme d'un &#171; arri&#232;re-plan &#187;, et se personnalise en devenant &#171; mon arri&#232;re-plan &#187;, ce qui me permet d'appara&#238;tre et de faire des choses. Je pense par exemple &#224; la maison familiale. Certains objets se distinguent ; ils attirent mon attention. Je pense encore &#224; la cuisine et &#224; la salle &#224; manger. Chaque pi&#232;ce comporte une table autour de laquelle la famille se rassemble : une pour les repas de tous les jours, l'autre pour les occasions plus solennelles. La table de cuisine est en bois clair, couverte par une nappe en plastique. Nous nous rassemblons autour d'elle chaque matin et chaque soir. Nous y avons, chacun&#183;e, notre place. La mienne est &#224; la t&#234;te de table, en face de mon p&#232;re. Mes s&#339;urs sont toutes les deux &#224; ma gauche, ma m&#232;re &#224; ma droite. &#192; chaque fois, nous nous rassemblons ainsi, comme si cette disposition assurait plus que notre place. Pour moi, faire partie de la famille consiste &#224; occuper une place d&#233;j&#224; donn&#233;e. Je me glisse dans mon si&#232;ge et j'occupe cette place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La table de la salle &#224; manger adopte la forme de la pi&#232;ce. C'est une table solennelle, en bois poli et sombre. Elle est couverte d'une nappe en dentelle qui recouvre tout juste le bois, de fa&#231;on qu'on entrevoit le bois sombre &#224; travers. Nous nous servons de cette table quand nous avons des invit&#233;&#183;e&#183;s. Cette table est form&#233;e par ce que nous en faisons, elle prend la forme de ce que nous faisons : elle a moins de marques, comme nous l'utilisons moins. Sa surface polie nous offre, &#224; nous et aux autres, le reflet de la famille : la famille comme image et la famille imagin&#233;e. L'impression cr&#233;&#233;e par la table illustre le spectacle de la famille se donnant en spectacle. Cette pi&#232;ce a toujours une atmosph&#232;re froide et sombre. Vide. Et pourtant, elle est pleine d'objets. Derri&#232;re la table, si l'on fait face &#224; la pi&#232;ce depuis la porte ouverte, on aper&#231;oit le buffet. Dessus, se r&#233;unissent des objets. L'un d'entre eux se distingue et me vient imm&#233;diatement &#224; l'esprit. C'est un appareil &#224; fondue. Je ne me souviens pas d'avoir jamais utilis&#233; cet appareil. Mais, malgr&#233; tout, c'est un objet important. C'est un cadeau de mariage. Un cadeau donn&#233; pour marquer l'occasion d'un mariage, un &#233;v&#233;nement public o&#249; des cadeaux sont offerts au couple h&#233;t&#233;rosexuel, par lequel la femme est offerte au mari en pr&#233;sent et le couple m&#234;me est offert en pr&#233;sent aux autres, qui sont les t&#233;moins de cet &#233;change de don. L'objet acquiert sa force par cette transmission de cadeaux, qui donne au couple sa forme, par lequel le couple devient un donn&#233; et un don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a des photographies couvrant les murs. La photographie de mariage occupe la position centrale. En dessous se trouvent les photographies de famille, certaines officielles (prises par des photographes), d'autres plus informelles. Quoi que je me rem&#233;more, m&#234;me lorsque ma m&#233;moire faillit, tout me rappelle combien la maison familiale met en avant des objets prenant mesure de la vie sociale par le biais du don h&#233;t&#233;rosexuel. L'affichage de ces objets, leur projection du fantasme d'une bonne vie, repose sur l'acquiescence donn&#233;e &#224; cette direction par un &#171; oui &#187; ou m&#234;me par gestes d'amour ou encore par la reconnaissance personnelle de ces objets comme champ privil&#233;gi&#233; d'intimit&#233; pour soi. Ces objets ne font pas que transmettre ou enregistrer le cours d'une vie ; ils demandent un retour. Non seulement exigent-ils un retour, mais aussi doit-on se rapporter &#224; eux, en adoptant ces objets comme mat&#233;rialisation de nos propres histoires, comme don de nos vies elles-m&#234;mes. La proximit&#233; de ces objets (tables, appareil &#224; fondue, photographie) nous rapporte &#224; l'arri&#232;re-plan familial, et nous fait tanguer vers les c&#244;t&#233;s, par la proximit&#233; des objets entre eux, vers les contours autour desquels s'articule la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du foyer familial traditionnel, appara&#238;tre implique de suivre une certaine ligne, la ligne familiale directrice du regard. Le couple h&#233;t&#233;rosexuel prend place sur la ligne qui est donn&#233;e &#224; l'enfant comme h&#233;ritage ou arri&#232;re-plan. Cet arri&#232;re-plan n'est pas seulement &#8220;derri&#232;re&#8221; l'enfant : on exige de l'enfant qu'iel tende &#8220;vers&#8221; lui. L'arri&#232;re-plan, entendu de cette fa&#231;on, peut nous orienter vers l'avenir : il s'agit du site vers lequel on invite l'enfant &#224; diriger son d&#233;sir en acceptant la ligne familiale comme h&#233;ritage propre. Il y a une pression &#224; h&#233;riter de cette ligne, pression qui peut s'exprimer dans le langage de l'amour, du bonheur, du soin, et qui entra&#238;ne l'enfant vers certains chemins. Nous ignorons ce qui pourrait advenir de nous sans ces points de pression, qui nous promettent le bonheur, &#224; condition de faire ceci ou cela. Et pourtant, ces points de pression ne signifient pas que nous restons toujours align&#233;&#183;e&#183;s ; &#224; certains points, v&#233;cus comme points de rupture, il nous est possible de refuser notre h&#233;ritage. Souvent, nous ignorons ce qui exactement se rompt en ces points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est pas simplement une orientation vers autrui, c'est aussi un objet autour duquel nous sommes orient&#233;&#183;e&#183;s, m&#234;me lorsqu'il s'efface de notre vision. Le sujet h&#233;t&#233;rosexuel n'a pas &#224; se d&#233;tourner des objets &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; pour accepter le don parental de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; : un tel d&#233;tournement est rendu inutile par l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; obligatoire (m&#234;me si devenir h&#233;t&#233;rosexuel&#183;le peut &#234;tre v&#233;cu comme un tel d&#233;tournement). Les objets d&#233;viants ne permettant pas au sujet d'imiter la forme du couple h&#233;t&#233;rosexuel ne sont peut-&#234;tre pas suffisamment proches pour se manifester comme objets d'orientation possible. Le corps agit sur ce qui est &#224; sa port&#233;e, ce qui allonge l'&#233;tendue atteignable par le corps, tout en gardant d'autres objets hors de port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penchants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tendant vers certains objets &#224; l'exclusion de certains autres, des &#171; tendances h&#233;t&#233;ros &#187; se produisent, c'est-&#224;-dire que se produit une certaine mani&#232;re d'agir dans le monde qui voit dans le couple h&#233;t&#233;rosexuel une sorte d'&#233;vidence sociale. De telles tendances favorisent certaines actions plut&#244;t que d'autres, au sens o&#249; elles permettent aux corps h&#233;t&#233;ros et au couple h&#233;t&#233;ro de prendre leur place dans l'espace. La d&#233;viance, du point de vue de ces tendances, est un &#233;chec d'orientation : le corps d&#233;viant ne peut pas prendre place dans un tel espace, puisque cet espace a pour fonction de faire la place &#224; la forme du couple h&#233;t&#233;rosexuel. Le couple d&#233;viant, dans un espace h&#233;t&#233;ro, appara&#238;t ainsi parfois comme un couple qui penche du mauvais c&#244;t&#233; : c'est un couple oblique. Asseyez-les &#224; une table sagement l'un en face de l'autre&#8212;rien &#224; faire : dans bien des cas, les couples d&#233;viants auront toujours l'&#234;tre de ne pas &#234;tre &#224; leur place. Que se passe-t-il si l'on commence &#224; examiner les potentiels de d&#233;viance que rec&#232;le l'oblique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty a donn&#233; un compte-rendu d&#233;taill&#233; d'une exp&#233;rience o&#249; le monde, justement, devient oblique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on s'arrange pour qu'un sujet ne voie la chambre o&#249; il se trouve que par l'interm&#233;diaire d'un miroir qui la refl&#232;te en l'inclinant de 45&#176; par rapport &#224; la verticale, le sujet voit d'abord la chambre &#8216;oblique'. Un homme qui s'y d&#233;place semble marcher inclin&#233; sur le c&#244;t&#233;. Un morceau de carton qui tombe le long du chambranle de la porte para&#238;t tomber selon une direction oblique. L'ensemble est &#8216;&#233;trange'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PhP, p. 287. [NdT : L'exp&#233;rience dont parle Merleau-Ponty est relat&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se produisent, dans la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;, des moments de d&#233;viance, des moments o&#249; le monde n'a plus l'air de tenir debout, o&#249; les choses penchent, tombent &#224; l'oblique. &#192; la suite de cette description, Merleau-Ponty se demande comment la relation du sujet &#224; l'espace se trouve r&#233;orient&#233;e : &#171; Apr&#232;s quelques minutes, un changement brusque intervient : les murs, l'homme qui se d&#233;place dans la pi&#232;ce, la direction de chute du carton deviennent verticaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PhP, p. 287.&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Cette r&#233;orientation, qu'on peut d&#233;crire comme une re-verticalisation de la perspective, implique que la d&#233;viance soit surmont&#233;e et que les objets du monde cessent d'appara&#238;tre d&#233;centr&#233;s ou pench&#233;s. En d'autres termes, ce que Merleau-Ponty &#233;tudie, c'est la mani&#232;re dont les sujets redressent la d&#233;viance de certaines orientations. Et ce qu'il interroge, c'est ce que cette tendance au redressement sugg&#232;re de la relation des corps &#224; l'espace. Pour r&#233;pondre &#224; cette question, Merleau-Ponty con&#231;oit un mod&#232;le de l'espace dont la forme n'est pas d&#233;termin&#233;e par des coordonn&#233;es objectives (o&#249; le haut et le bas existeraient ind&#233;pendamment de l'orientation corporelle) mais par l'intentionnalit&#233; du corps. Pour Merleau-Ponty, le corps fait des choses dans l'espace, et l'espace prend la forme de son champ d'action : &#171; Ce qui importe pour l'orientation du spectacle, ce n'est pas mon corps tel qu'il est en fait, comme chose dans l'espace objectif, mais mon corps comme syst&#232;me d'actions possibles, un corps virtuel dont le &#8216;lieu' ph&#233;nom&#233;nal est d&#233;fini par sa t&#226;che et par sa situation. Mon corps est l&#224; o&#249; il a quelque chose &#224; faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 289.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci implique que les moments de d&#233;viance (ces moments dans lesquels les objets apparaissent pench&#233;s, dans lesquels les axes verticaux et horizontaux sortent de leurs gonds) doivent &#234;tre surmont&#233;s non pas parce qu'ils contredisent les lois qui gouvernent l'espace objectif, mais parce qu'ils emp&#234;chent l'action corporelle : ils inhibent le corps, ils l'emp&#234;chent de prendre sa place dans l'espace. Ainsi, bien que Merleau-Ponty aper&#231;oive la tentation qu'il y aurait &#224; affirmer que &#171; la verticale est la direction d&#233;finie par l'axe de sym&#233;trie de notre corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 288.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, sa ph&#233;nom&#233;nologie embrasse plut&#244;t un mod&#232;le de l'espace corporel dans lequel les directions ne se dessinent qu'en relation avec les actions du corps dans et sur le monde. En d'autres termes, pour Merleau-Ponty, si le corps redresse son point de vue sur le monde, c'est pour pouvoir y prendre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions &#234;tre tent&#233;&#183;e&#183;s, &#224; la lumi&#232;re de la discussion merleau-pontyenne de ces moments de d&#233;viance, de reconsid&#233;rer la relation entre normativit&#233; et verticalit&#233;. Consid&#233;rons la norme comme le r&#233;sultat d'actions corporelles qui se r&#233;p&#232;tent dans le temps et qui produisent par l&#224; ce que j'ai appel&#233; un &#171; horizon corporel &#187;, un espace d'action, qui place certains objets plut&#244;t que d'autres &#224; port&#233;e de main. On peut d&#233;crire cette dimension normative dans les termes de notre probl&#232;me : la norme est un processus par lequel le corps est redress&#233;&#8212;il s'aligne. Les choses sont redress&#233;es (sur leur axe vertical) quand elles sont align&#233;es, c'est-&#224;-dire : quand elles sont align&#233;es sur d'autres lignes. Plut&#244;t que de pr&#233;supposer la ligne verticale comme un simple donn&#233;, on pourrait ainsi consid&#233;rer la ligne verticale comme l'effet de processus d'alignements. Pensez &#224; un papier-calque. Les lignes qu'on y dessine disparaissent quand elles sont align&#233;es avec les lignes du mod&#232;le : quand il y a alignement, il n'y a plus qu'une seule ligne. Si l'on envisage que les lignes sont trac&#233;es les unes sur les autres, alors il faut consid&#233;rer que leurs alignements sont rendus possibles par des dispositifs de redressement, des dispositifs qui maintiennent les &#234;tres dans le rang, en partie en maintenant les choses &#224; leur place. Les lignes disparaissent quand elles s'alignent, c'est pourquoi quand elles se d&#233;salignent les unes des autres, elles peuvent faire l'effet d'un &#171; d&#233;rangement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, pour que les choses s'alignent, il faut corriger les moments o&#249; les orientations apparaissent comme &#233;tranges ou d&#233;rang&#233;es. On pourrait d&#233;crire l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; comme un tel dispositif de redressement, qui traduit et redresse le &#171; penchant &#187; du d&#233;sir d&#233;viant. Une anecdote, &#224; nouveau, me vient ici &#224; l'esprit. J'arrive &#224; la maison. Je gare ma voiture et je marche vers la porte d'entr&#233;e. Une voisine m'interpelle. Elle marmonne des choses que je ne comprends pas, et puis demande : &#171; c'est ta s&#339;ur ou ton mari ? &#187; Je ne r&#233;ponds pas, et me presse de rentrer chez moi. Examinons cette double question et ce qu'elle rec&#232;le d'extraordinaire. Condition initiale : deux femmes vivent ensemble, elles partagent un m&#234;me foyer. La premi&#232;re partie de la question interpr&#232;te les deux femmes comme des s&#339;urs, et les place donc sur une m&#234;me ligne horizontale. En interpr&#233;tant leur relation comme une sororit&#233;, la question consid&#232;re les deux femmes sous les esp&#232;ces de la ressemblance, de la g&#233;mellit&#233;. De cette mani&#232;re, l'interpr&#233;tation &#224; la fois &#233;vacue la possibilit&#233; du lesbianisme et en m&#234;me l'instancie, puisqu'elle r&#233;p&#232;te, sous une forme d&#233;tourn&#233;e, la construction du couple lesbien comme sororit&#233; (les lesbiennes &#233;tant souvent r&#233;put&#233;es avoir des ressemblances de famille entre elles). Le fantasme de la ressemblance des s&#339;urs (qui est un fantasme dans la mesure o&#249; l'on cherche la ressemblance comme signe du lien familial qui les unit) prend ici place dans un autre fantasme : celui de la ressemblance des lesbiennes entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le passage de la premi&#232;re question &#224; la seconde, sans marquer de pause, sans attendre de r&#233;ponse, qui est vraiment extraordinaire. Si ce n'est pas ta s&#339;ur, c'est donc ton mari. Le deuxi&#232;me terme vient au secours de la locutrice (moi) en changeant de pr&#233;suppos&#233; : ma partenaire n'est pas une femme (ce qui, m&#234;me sous la forme de la s&#339;ur, pourrait toujours me faire courir un risque qu'on n'ose pas nommer), mais un homme. La figure de &#171; mon mari &#187; op&#232;re ici comme alt&#233;rit&#233; l&#233;gitime : c'est un partenaire qu'on peut afficher en public. Mais peut-&#234;tre n'&#233;tait-ce pas ce que voulait dire ma voisine ? Peut-&#234;tre essayait-elle de produire une certaine connivence entre nous, en disant &#171; ton mari &#187; non pas au sens de &#171; ton homme &#187;, mais au sens de &#171; ta butch &#187;. Seulement, dans un tel cas, la butch n'aurait alors de place que sous les traits du mari : ce n'est pas tellement diff&#233;rent. Car dans l'une ou l'autre de ces interpr&#233;tations, ce qui op&#232;re dans la double question de ma voisine, c'est une traduction de la forme oblique du couple lesbien, son h&#233;t&#233;roredressement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : Nous proposons ce n&#233;ologisme par agglutination quand les deux sens des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : par la traduction, le couple lesbien en vient &#224; appara&#238;tre comme un couple h&#233;t&#233;ro. Et c'est m&#234;me plus que cela, car les deux phrases ne pr&#233;tendent pas m&#234;me h&#233;t&#233;roredresser la d&#233;viance. Dans leur s&#233;quentialit&#233;, les deux phrases donnent deux lectures &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; h&#233;t&#233;ro du couple lesbien : si vous n'&#234;tes pas des s&#339;urs, alors vous &#234;tes mari et femme. Autrement dit, le couple lesbien est invisibilis&#233;&#8212;et d'ailleurs moi aussi, je disparais : derri&#232;re la porte de ma maison. On peut ainsi voir le fonctionnement ordinaire de la perception h&#233;t&#233;roredressante : en un clin d'&#339;il, le penchant du d&#233;sir lesbien s'h&#233;t&#233;rosexualise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, consid&#233;rons la mani&#232;re dont les orientations fonctionnent comme des dispositifs d'h&#233;t&#233;roredressement. Les orientations ne sont pas simplement les effets de la mani&#232;re dont les corps agissent dans l'espace : elles sont les r&#233;sultantes d'alignements entre des espaces et des corps. Pour le dire autrement, les espaces sont orient&#233;s autour des corps h&#233;t&#233;roredress&#233;s, et c'est ce qui permet &#224; ces corps de s'&#233;tendre dans l'espace. Comme le dit Gill Valentine, &#171; les performances r&#233;p&#233;t&#233;es d'identit&#233;s asym&#233;triques de genre et de d&#233;sirs h&#233;t&#233;rosexuels h&#233;g&#233;moniques finissent par se solidifier et par produire une apparente &#233;vidence : l'espace public comme espace normalement h&#233;t&#233;rosexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gill Valentine, &#171; (Re)Negotiating the Heterosexual Street : Lesbian Politics (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Les espaces sont redress&#233;s et c'est ce qui permet aux corps qui se tiennent droits d'y prendre place, si bien que l'axe des corps et l'axe vertical se confondent en une seule ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les orientations comptent. Certain&#183;e&#183;s critiques ont sugg&#233;r&#233; qu'il faudrait remplacer&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les termes d'&lt;i&gt;orientation sexuelle&lt;/i&gt; par celui de &lt;i&gt;sexualit&#233;&lt;/i&gt; parce que le premier se focaliserait trop sur la relation du d&#233;sir &#224; son objet : &#171; nous utiliserons ici le terme de sexualit&#233; plut&#244;t que celui d'orientation parce que la sexualit&#233; implique une autonomie et une fluidit&#233; par rapport &#224; l'id&#233;e d'orientation envers l'un ou l'autre sexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baden Offard et Leon Cantrel, &#171; Unfixated in a Fixated World : Identity, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pour ma part, je dirais que la mani&#232;re dont nous sommes orient&#233;&#183;e&#183;s compte, et elle compte pr&#233;cis&#233;ment en raison de la mani&#232;re dont les espaces sont d&#233;j&#224; orient&#233;s, et m&#233;nagent une place pour certains corps &#224; l'exclusion de certains autres. Les orientations affectent ce que peuvent les corps : ce n'est pas tellement que l'objet cause le d&#233;sir, c'est plut&#244;t qu'en d&#233;sirant certains objets, une certaine organisation de l'espace s'ensuit, suivant la mani&#232;re dont le social est lui-m&#234;me d&#233;j&#224; organis&#233;. Il y a une diff&#233;rence dont les femmes qui sont sexuellement orient&#233;es envers les autres femmes font l'exp&#233;rience, et cette diff&#233;rence ne concerne pas seulement leur relation &#224; leurs objets de d&#233;sir. Autrement dit, les objets que nous &#233;lisons comme objets de d&#233;sir affectent la mani&#232;re dont nous sommes en relation avec les autres choses que nous faisons. C'est-&#224;-dire qu'il y a une certaine viscosit&#233; caract&#233;ristique des objets que nous d&#233;sirons : ils &#171; collent &#187;, si bien que lorsque nous nous orientons vers nos objets de d&#233;sir, d'autres choses s'agglutinent, surtout si nos objets de d&#233;sir ne suivent pas des lignes h&#233;t&#233;roredress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour changer d'orientation, pour passer d'h&#233;t&#233;rote &#224; lesbienne par exemple, il est n&#233;cessaire de r&#233;apprendre &#224; habiter son corps&#8212;car ce changement d'orientation implique que je cesse de faire corps avec l'espace, que je me d&#233;tache de l'enveloppe du social. C'est en ce sens que le sexe de l'objet &#233;lu par le d&#233;sir ne concerne pas seulement l'objet de ce d&#233;sir, m&#234;me quand le d&#233;sir n'est orient&#233; que vers lui : il affecte aussi le r&#233;pertoire d'actions qui nous sont disponibles, celui des lieux o&#249; nous sommes susceptibles d'aller, des mani&#232;res dont nous sommes per&#231;u&#183;es, et quantit&#233;s d'autres choses. Ces diff&#233;rences touchent, indissociablement, &#224; la mani&#232;re dont je dirige mon d&#233;sir et &#224; la mani&#232;re dont les autres me regardent, m'affectent et affectent en cons&#233;quence mes sch&#233;mas relationnels les plus profond&#233;ment enracin&#233;s. Et je ne veux pas dire par l&#224; qu'en changeant d'orientation sexuelle, nous transcendions ou fassions table rase de nos histoires. Ce que je veux dire, c'est qu'un tel basculement d'orientation ne peut &#234;tre v&#233;cu comme une simple continuit&#233; avec la ligne de vie qui le pr&#233;c&#232;de, car la bascule n'affecte pas seulement le d&#233;sir, mais toutes les choses que le corps est susceptible de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, nous pouvons nous tourner vers la distinction propos&#233;e par Teresa de Lauretis entre les lesbiennes qui &#171; ont toujours &#233;t&#233; comme &#231;a &#187; et celles qui &#171; deviennent lesbiennes &#187;. Cette distinction n'implique pas que les lesbiennes qui ont toujours &#233;t&#233; &#171; comme &#231;a &#187; n'aient pas &#224; devenir lesbiennes ; simplement, cela indique qu'il est possible qu'elles aient &#224; le devenir d'une mani&#232;re diff&#233;rente. Chaque processus par lequel une personne devient lesbienne implique une temporalit&#233; sp&#233;cifique, et m&#234;me les lesbiennes qui ont toujours &#233;t&#233; &#171; comme &#231;a &#187; doivent &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt; lesbiennes, c'est-&#224;-dire qu'elles doivent assembler en elles certaines tendances et leur donner des formes sociales et sexuelles sp&#233;cifiques. De tels assemblages requi&#232;rent, comme dit Lauretis, un &#171; changement d'habitudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Teresa de Lauretis, Practices of Love : Lesbian Sexuality and Perverse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : ils requi&#232;rent une r&#233;orientation du corps telle que d'autres objets (des objets qu'on ne peut atteindre en suivant les lignes verticales et horizontales de la g&#233;n&#233;alogie conventionnelle) se pr&#233;sentent &#224; port&#233;e de main. C'est du temps et du travail que de devenir un corps lesbien ; l'acte de tendre vers d'autres femmes a besoin d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;, le plus souvent dans un contexte d'hostilit&#233; et de discrimination, pour pouvoir assembler ces tendances et leur donner des formes p&#233;rennes. Comme telles, les tendances lesbiennes n'ont pas d'origine qu'on pourrait identifier en dehors du contact que nous avons avec les autres&#8212;contact qui &#224; la fois est inform&#233; par nos tendances et leur donne leurs formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il faut passer de l'autre c&#244;t&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me passer par derri&#232;re, pour atteindre ces lieux qui refusent de s'aligner avec la ligne h&#233;t&#233;roredress&#233;e du d&#233;sir. Les d&#233;sirs lesbiens nous font d&#233;raper. Changer d'objet de d&#233;sir, c'est changer d'objets &#224; port&#233;e de main, c'est entrer en contact avec d'autres corps et d'autres mondes. Ces contacts nouveaux impliquent de suivre de nouvelles lignes de connexion, de nouvelles associations, de nouveaux &#233;changes, car ces lignes sont invisibles aux yeux des autres. En ce sens, cela ne devrait pas &#234;tre une surprise : devenir lesbienne, c'est souvent s'ouvrir &#224; un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir lesbien peut ainsi &#234;tre repens&#233; comme un espace d'action, une mani&#232;re pour le corps de prendre place diff&#233;remment dans l'espace, &#224; partir de certaines tendances envers les &#171; autres femmes &#187;. Comme Elspeth Probyn en t&#233;moigne, le d&#233;sir est &#171; productif, il lubrifie la peau du social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elspeth Probyn, Outside Belongings, London, Routledge, 1996, p. 13.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Apr&#232;s tout, le d&#233;sir n'est-il pas ce qui colle les corps les uns aux autres ? Comme Elizabeth Grosz le sugg&#232;re, &#171; les orientations sexuelles touchent et contribuent &#224; des relations autres que sexuelles&#8212;les relations entre l'&#233;crivain&#183;e, sa plume et son cahier, entre la&#183;le culturiste et ses poids, entre la&#183;le bureaucrate et ses fichiers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elizabeth Grosz, Space, Time, and Perversion, op. cit., p. 181.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'intimit&#233; du contact donne forme aux corps dans leurs orientations les uns envers les autres et op&#232;re &#224; diff&#233;rents niveaux. En nous orientant vers d'autres femmes, les d&#233;sirs lesbiens rapprochent de nous des objets particuliers, notamment des objets sexuels mais aussi de tous autres types d'objets, qui sans cela ne se seraient peut-&#234;tre pas pr&#233;sent&#233;s comme &#224;-port&#233;e-de-la-main dans l'horizon corporel prescrit par le social. Sortir du placard, du point de vue du d&#233;sir, ce n'est pas seulement sortir-de, c'est aussi aller-vers : se rapprocher d'autres corps, entrer en contact avec eux et commencer avec eux une histoire depuis laquelle un nouveau monde s'ouvre. Les d&#233;sirs lesbiens cr&#233;ent des espaces, qui sont souvent des espaces temporaires, qui apparaissent et disparaissent au rythme des va-et-vient des corps qui les habitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de la d&#233;viance dans cette sorte de pr&#233;carit&#233; caract&#233;ristique de l'existence lesbienne. Et en effet, si l'on songe aux mani&#232;res alternatives de faire des mondes qui caract&#233;risent les cultures transp&#233;d&#233;gouines, &#224; leurs mani&#232;res particuli&#232;res de tracer des lignes, on peut remarquer que ce sont rarement des lignes qui visent &#224; maintenir les choses en place. Comme Lauren Berlant et Michael Warner le sugg&#232;rent, &#171; le monde &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; est un espace d'entr&#233;es, de sorties, d'alliances non-syst&#233;matis&#233;es et de lignes erratiques, d'horizons projectifs, d'ic&#244;nes embl&#233;matiques, de routes alternatives, de blocages, de g&#233;ographies incommensurables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Berlant et Michael Warner, &#171; Sex in Public &#187;, in Publics and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il est important que nous n'id&#233;alisions pas ces mondes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, ou que nous ne nous contentions pas de les rel&#233;guer &#224; des espaces alternatifs. Car le fait que ces espaces que nous occupons soient pr&#233;caires, le fait qu'ils nous suivent dans nos va-et-vient, est au moins autant un signe de la mani&#232;re dont l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#233;tablit les contours de ce qui peut &#234;tre un espace habitable, qu'une promesse de la mani&#232;re dont la d&#233;viance peut les contester. C'est parce que ce monde est d&#233;j&#224; en place comme il l'est que les moments &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, ces moments o&#249; les choses cessent d'&#234;tre bien align&#233;es, ne peuvent qu'&#234;tre pr&#233;caires. Or, vis-&#224;-vis de cela, notre r&#233;ponse n'a pas besoin d'en passer par une recherche de permanence : il s'agit peut-&#234;tre simplement d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute de ces moments pr&#233;caires et de &#171; cela &#187; qui y appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or qu'est-ce que la d&#233;sorientation, sinon justement une sorte de pr&#233;carit&#233; ? N'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment ici qu'il y a intersection entre le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et la ph&#233;nom&#233;nologie ? Peut-&#234;tre est-il temps, &#224; ce propos, de souligner l'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; utiliser ces mots &#171; &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#187;, &#171; d&#233;viant&#183;e &#187; et &#171; transp&#233;d&#233;gouine &#187;, dans des sens distincts qui cependant ne cessent de glisser les uns dans les autres. J'ai utilis&#233; le mot &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;/d&#233;viant&#183;e pour signaler l'oblique : ce qui ne se tient pas droit, ce qui ne s'aligne pas, ce qui appara&#238;t d&#233;rang&#233;&#183;e. Mais j'ai aussi utilis&#233; le mot&lt;i&gt; queer&lt;/i&gt;/transp&#233;d&#233;gouine pour d&#233;crire les pratiques sexuelles non-h&#233;t&#233;ro&#8212;et en particulier le lesbianisme&#8212;comme autant de formes sociales et sexuelles du contact entre les corps. Je pense qu'il est crucial de conserver les deux sens de ce mot &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, &#171; d&#233;viant&#183;e &#187; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &#171; transp&#233;d&#233;gouine &#187;, qui apr&#232;s tout sont historiquement li&#233;s, m&#234;me s'ils sont irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre. Cela implique notamment de se souvenir de ce qui permet de qualifier certaines pratiques sexuelles comme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire le fait qu'elles sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tranges ou tordues. Ainsi la racine du mot &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en anglais, renvoie &#224; un mot grec qui signale ce qui se trouve en travers, ce qui est oblique, ce qui est adverse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabio Cleto, &#171; Introduction to Queering the Camp &#187;, in Camp : Queer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces mots&#8212;&lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, transp&#233;d&#233;gouine, d&#233;viant&#183;e&#8212;nous donnent une chance : celle de sinuer entre les registres sexuels et sociaux sans chercher &#224; les aplatir ou &#224; les r&#233;duire l'un &#224; l'autre. En jouant sur cette polys&#233;mie, nous nous exposons au risque de perdre la sp&#233;cificit&#233; que repr&#233;sentent les vies &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; comme vies impliqu&#233;es dans la d&#233;viance sexuelle. Mais dans le m&#234;me temps, cela nous permet d'examiner la signification de cette d&#233;viance pour elle-m&#234;me, et ainsi d'envisager sa contribution aux vies &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire d&#233;vier les choses, c'est perturber un certain ordre du monde. Or puisque le monde est organis&#233; autour de certaines formes de vie (certains temps, certains espaces, certaines directions), les effets d'une telle perturbation s'y distribuent in&#233;galement. Il est important d'introduire ces forces obliques de la d&#233;viance dans le monde, m&#234;me si c'est encourir un risque : celui d'une dispersion des effets de d&#233;viance. Il peut &#234;tre utile ici, &#224; la suite de Michael Moon de penser &#224; la d&#233;sorientation sexuelle sous les esp&#232;ces de &#171; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Moon, A Small Boy and Others : Imitation and Initiation in American (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Par quoi il faut entendre la mani&#232;re dont la d&#233;sorientation sexuelle se transforme en d&#233;sorientation de l'ordre sociale : une d&#233;sorientation dans la mani&#232;re dont les corps sont susceptibles de se rencontrer et dont les choses sont arrang&#233;es entre elles. Et les effets ne peuvent &#234;tre que troublants quand le familier (c'est-&#224;-dire ce qui est ordinairement rel&#233;gu&#233; sous le voile du familier) se pr&#233;sente avec le visage de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, nous pouvons retourner &#224; la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt; de Merleau-Ponty, qui met en parall&#232;le deux distinctions : celle qui distingue le &#171; droit &#187; de l'&#171; oblique &#187; et celle qui distingue la &#171; distance &#187; de le &#171; proximit&#233; &#187;. Ces cat&#233;gories sont cruciales quand on discute l'espace ph&#233;nom&#233;nal ou orient&#233;. Or l'id&#233;e de Merleau-Ponty, c'est que la distance fonctionne de la m&#234;me mani&#232;re que l'oblique, c'est-&#224;-dire que toutes deux reposent sur une transformation de la relation entre le corps et l'objet per&#231;u. Comme il le dit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous &#8216;avons' l'objet qui s'&#233;loigne, nous ne cessons pas de le &#8216;tenir' et d'avoir prise sur lui, et la distance croissante n'est pas, comme la largeur para&#238;t l'&#234;tre, une ext&#233;riorit&#233; qui s'accro&#238;t : elle exprime seulement que la chose commence &#224; glisser sous la prise de notre regard et qu'il l'&#233;pouse moins strictement. La distance est ce qui distingue cette prise &#233;bauch&#233;e de la prise compl&#232;te ou proximit&#233;. Nous la d&#233;finissons donc comme nous avons plus haut d&#233;fini &#8216;le droit' et &#8216;l'oblique' : par la situation de l'objet &#224; l'&#233;gard de la puissance de prise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PhP, 302-303.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance se donne donc ici comme l'expression d'une certaine perte : une perte de la prise sur un objet qui est cependant encore &#224; port&#233;e de main, c'est-&#224;-dire sur un objet dont je ne peux dire que je le perds que parce qu'il appartient encore &#224; mon horizon. La distance est v&#233;cue comme cette d&#233;robade de cela qui cependant se trouve encore &#224; port&#233;e de main. En d'autres termes, la distance, c'est ce point o&#249; ce qui se trouve &#224; port&#233;e de main menace de cesser de l'&#234;tre. De ce point de vue, en suivant l'analogie propos&#233;e par Merleau-Ponty entre la distance et l'oblique, on peut dire que l'objet &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, l'objet qui sort du rang, l'objet qui penche, l'objet &#233;trange et &#233;tranger, cet objet ne se rencontre que sur le mode de la d&#233;robade, que sur le mode de la menace de n'&#234;tre plus atteignable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit plus tant de savoir ce qu'est une orientation &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; que de comprendre comment la d&#233;robade de l'objet nous plonge dans des moments de d&#233;viance. Une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine implique une telle orientation envers ce qui se d&#233;robe. Elle pose la question de savoir : qu'est-ce qui permet &#224; quoi de se d&#233;rober ? En d'autres termes, une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine fonctionne comme un dispositif de d&#233;sorientation : elle ne cherche pas &#224; surmonter l'&#233;branlement des axes verticaux et horizontaux ; elle cherche plut&#244;t &#224; permettre &#224; l'oblique d'ouvrir de nouveaux angles de vue sur le monde. D&#233;finir ainsi le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; comme ouverture &#224; ce qui d&#233;vie, comme mani&#232;re de s'approcher de cela qui se retire, c'est autoriser la d&#233;viance &#224; glisser entre plusieurs de ses sens, de l'orientation sexuelle &#224; d'autres formes d'orientation. Dans ce cadre, la d&#233;viance peut se d&#233;finir comme une certaine mani&#232;re d'approcher les objets &#224; partir de leurs d&#233;robades, une mani&#232;re d'habiter le monde &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; les choses s'en retirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, j'ai aussi sugg&#233;r&#233; que la d&#233;viance provient de certains points particuliers, de ces mondes v&#233;cus habit&#233;s par celle&#183;ux qui ne veulent ou ne peuvent pas vivre dans les contours de l'espace h&#233;t&#233;rosexuel. Apr&#232;s tout, n'est-il pas vrai qu'il arrive &#224; certain&#183;e&#183;s d'entre nous d'avoir l'air d&#233;rang&#233;&#183;e&#183;s ? Certaines personnes me reprochent d'exag&#233;rer ce dernier point et de cantonner la d&#233;viance dont je parle &#224; des moments et &#224; des espaces o&#249; &#171; r&#233;sident &#187; celle&#183;ux qui ne pratiquent pas l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Ainsi, on m'a object&#233; : n'est-il pas vrai que les lesbiennes et les gays aussi ont &#171; leurs lignes &#187;, qu'elle&#183;ux aussi ont leurs mani&#232;res bien &#224; elle&#183;ux de ranger et de redresser les choses ? Ou encore : les lesbiennes et les gays ne sont-iels pas &#171; tout aussi conservateur&#183;ices &#187; que les autres ? Je r&#233;pondrais ici en insistant sur cela que &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, pour moi, d&#233;crit au moins autant une orientation sexuelle que politique, et que perdre de vue la sp&#233;cificit&#233; sexuelle de la d&#233;viance, ce serait aussi perdre de vue la mani&#232;re dont l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; obligatoire informe et homog&#233;n&#233;ise des ensembles disparates de faits qui finissent par appara&#238;tre comme &#233;vidents. Et ce serait aussi perdre de vue les effets de cette homog&#233;n&#233;it&#233; sur celle&#183;ux qui refusent d'entrer dans le rang. Comme Leo Bersani le dit, il ne s'agit pas ici de pr&#233;supposer que le mot &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; renvoie &#224; des personnes ou &#224; des pratiques effectives : nous n'avons pas besoin de stabiliser le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; comme une cat&#233;gorie identitaire pour &#233;tudier la sp&#233;cificit&#233; sexuelle que le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; repr&#233;sente et pourquoi elle importe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leo Bersani, Homos, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1995, p. 16.&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simplement, nous avons besoin de dire que cela compte : cela compte de se situer &#224; l'oblique de l'homog&#232;ne ; cela compte d'&#234;tre &#224; l'oblique de ce point o&#249; l'homog&#233;n&#233;isation nous met sur le droit chemin de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il faut reconna&#238;tre qu'il est vrai qu'on peut avoir une orientation sexuelle &#171; non-h&#233;t&#233;ro &#187; et &#234;tre h&#233;t&#233;roredress&#233;&#183;e par ailleurs. Il est possible de vivre une vie oblique et cependant de suivre des lignes droites. Il y a m&#234;me des homosexuel&#183;le&#183;s suffisamment conservateur&#183;ices pour exiger des lesbiennes et des gays qu'i&#183;els entrent dans le rang h&#233;t&#233;ro, notamment en les engageant &#224; adopter la forme de la famille, m&#234;me s'i&#183;els ne peuvent gu&#232;re habiter cette forme sans produire un certain effet de d&#233;viance. Lisa Duggan et Judith Habelstram ont propos&#233; des critiques convaincantes de cette &#171; h&#233;t&#233;ronormativit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Lisa Duggan, The Twilight of Equality : Neoliberalism, Cultural (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, en montrant notamment, comme Lisa Duggan se le propose, la mani&#232;re dont la politique h&#233;t&#233;ronormative &#171; ne conteste pas les institutions h&#233;t&#233;ronormatives dominantes, au contraire, &lt;i&gt;elle les d&#233;fend et les maintient&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lisa Duggan, ibid., p. 50 ; je souligne.&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que cette homonormativit&#233; rel&#232;ve d'une politique assimilationniste : une politique de la ligne &#224; suivre, qui s'applique &#224; tous les corps, y compris les corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. L'homonormativit&#233; h&#233;t&#233;roredresse les effets &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en les faisant passer par certains points qui, par accumulation, r&#233;alignent la d&#233;viance (ces &#171; bons points &#187; qu'on vous donne &#224; chaque &#233;tape franchie : mariage, enfants, etc.) C'est ainsi que Butler peut dire que le mariage gay, loin de remettre en cause le conservatisme du mariage, ne fait qu'en &#233;tendre le domaine d'application&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, &#8220;Is Kinship Always Already Heterosexual ?&#8221;, differences : A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La politique assimilationniste &#233;tire la ligne h&#233;t&#233;ro, qui se rend alors capable d'abriter certaines d&#233;viances, celles qui peuvent investir les formes du mariage et de la famille&#8212;ce qui a pour effet d'en exclure les autres, celle&#183;ux dont les vies passent par d'autres points. Lee Edelman consid&#232;re que la politique h&#233;t&#233;ronormative rel&#232;ve d'un &#171; futurisme reproductif &#187; : elle fonctionne &#171; en affirmant une structure et en garantissant un ordre social qu'il s'agit de l&#233;guer aux futures g&#233;n&#233;rations sous la forme de l'Enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lee Edelman, No Future : Queer Theory and the Death Drive, Durham, NC : Duke (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute n&#233;cessaire de critiquer cette sorte de politique sexuelle conservatrice qui soutient dans l'&#234;tre ces lignes m&#234;mes qui rendent certaines vies impossibles. Et d'ailleurs, cette critique du conservatisme gay nous ram&#232;ne &#224; la table. Bruce Bawer d&#233;fend en effet, dans &lt;i&gt;A Place at the Table &lt;/i&gt;[Une place &#224; la table], l'id&#233;e que les gays et les lesbiennes devraient d&#233;sirer se joindre &#224; la grande table plut&#244;t que de chercher &#224; avoir leur &#171; petite table &#187; &#224; eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bruce Bawer, A Place at the Table : The Gay Individual in American (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Critique du d&#233;sir d'embrasser le non-normatif, Bawer construit un portrait prototypique du gay d&#233;viant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il &lt;i&gt;refuse&lt;/i&gt; d'&#234;tre assimil&#233;. Il jouit de son exclusion. Il se sent confortable &#224; sa petite table. Ou du moins c'est ce qu'il croit. Mais se sent-il si bien que cela ? Qu'est-ce qui le maintient &#224; sa petite table, apr&#232;s tout&#8212;qu'est-ce qui l'a mis l&#224; et l'a contraint &#224; cette existence marginale ? En derni&#232;re instance, ce sont les pr&#233;jug&#233;s [homophobes]. Mais lib&#233;r&#233;s de la pression de ces pr&#233;jug&#233;s, d&#233;sirera-t-il toujours s'asseoir &#224; sa petite table ? Peut-&#234;tre. Mais peut-&#234;tre pas. Et sans doute la plupart des homosexuels ne veulent pas &#234;tre rel&#233;gu&#233;s &#224; cette petite table. Nous avons grandi &#224; la grande table : c'est l&#224; que nous sentons &#224; la maison. Nous voulons y rester&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 70.&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bawer d&#233;crit &#233;galement le d&#233;sir d&#233;viant pour les petites tables comme relevant d'un &#171; ethos du multiculturalisme &#187; o&#249; chaque &#171; groupe de victimes accr&#233;dit&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 210.&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; se voit donn&#233; sa petite table. Il est int&#233;ressant que la grande table &#233;voque la table familiale (celle &#224; laquelle nous avons grandi) et que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me soit con&#231;ue comme une &#171; seule grande table&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Bawer, en rejetant les subcultures &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, en appelle ainsi &#224; un retour &#224; la table familiale, table dont il pr&#233;suppose qu'elle constitue le socle de l'existence sociale. Se joindre &#224; cette table, c'est &#233;pouser le d&#233;sir d'assimilation, d&#233;sir qu'on peut comprendre &#224; la fois comme d&#233;sir de faire partie de la famille, et comme d&#233;sir de constituer une famille, c'est-&#224;-dire de ressembler aux autres (puisque le pr&#233;dicat de la famille, c'est l'identit&#233; de ses membres, c'est-&#224;-dire un &#234;tre-avec qui repose sur un &#234;tre-comme). Qu'est-ce qui est en jeu dans ce d&#233;sir d'&#234;tre accept&#233; &#224; la table ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par conc&#233;der &#224; Bawer un point, &#224; savoir qu'il est sans doute juste de dire qu'une politique &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; n'a pas n&#233;cessairement pour but de cr&#233;er de nouvelles tables, petites ou grandes. Construire de nouvelles tables autour de la grande table ne changerait rien, en effet, au statut de cette grande table. On pourrait m&#234;me continuer &#224; lui conc&#233;der qu'il voit juste quand il affirme que le but d'une politique gay et lesbienne est d'arriver &#224; cette grande table, cette table autour de laquelle la famille se rassemble et dont l'effet est de produire la coh&#233;rence sociale. Mais nous ne devons pas perdre de vue qu'arriver &#224; la table ne suppose pas seulement de s'y voir m&#233;nager une place, car les pr&#233;jug&#233;s familiaux ne sont pas la seule chose qui nous emp&#234;che de nous y asseoir. Bawer lui-m&#234;me, bien qu'il insiste sur le fait de &#171; se sentir chez lui &#187; &#224; la grande table, donne quantit&#233; d'exemples, dans son livre, de situations o&#249; il a &#233;t&#233; &#233;ject&#233; de certaines tables&#8212;notamment les diff&#233;rentes tables qui organisent la socialit&#233; dans les mariages h&#233;t&#233;ro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bawer parle notamment de certaines photographies de mariage dont lui et son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;sir de se joindre &#224; la table est un d&#233;sir habit&#233; par cette exp&#233;rience du rejet. Comme Douglas Crimp l'a montr&#233;, il y a quelque chose de m&#233;lancolique dans l'acte de suivre les lignes h&#233;t&#233;roredress&#233;es quand on est un corps qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme sexuellement d&#233;viant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Douglas Crimp, Melancholia and Moralism : Essays on AIDS and Queer Politics, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que l'adh&#233;sion des corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; aux lignes droites de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; ne se fait pas sans d&#233;viations. Quand les corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; se joignent &#224; la table de famille, c'est parfois la table qui ne tient plus en place. Et il y a bien des r&#233;unions de famille o&#249; les corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; ne sont pas chez eux : c'est ce qui produit, en premi&#232;re instance, l'effet de d&#233;viance&#8212;quand les corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; s'invitent &#224; la table, il arrive qu'ils la d&#233;rangent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, le d&#233;sir des corps &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de s'aligner sur les lignes h&#233;t&#233;roredress&#233;es du d&#233;sir et d'adopter les formes que ces lignes dessinent comme autant d'id&#233;aux moraux et sociaux (le mariage, la vie de famille&#8230;) est souvent rejet&#233; par les corps qui s'y trouvent d&#233;j&#224; rang&#233;s (et qui, bien s&#251;r, ne regroupent pas l'int&#233;gralit&#233; des corps h&#233;t&#233;ros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien s&#251;r, il est possible d'avoir une orientation h&#233;t&#233;rosexuelle et de ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). En d'autres termes, il est peu probable que les tentatives gay et lesbiennes d'alignement avec les lignes h&#233;t&#233;roredress&#233;es du d&#233;sir vous fasse gagner des points. Pourquoi soulever ici ces ph&#233;nom&#232;nes de rejets ? Ce pourrait &#234;tre pour indiquer qu'il y a, m&#234;me dans l'homonormativit&#233;, des potentiels de d&#233;viance que pourrait exploiter une politique transp&#233;d&#233;gouine. Mais ce n'est pas ce que je veux montrer. Ce que je veux montrer, c'est que toute tentative d'habiter des formes qui ne m&#233;nagent pas une place &#224; nos conformations a tendance &#224; produire des effets de d&#233;viance, m&#234;me quand nous croyons &#171; rentrer dans le rang &#187;. Face &#224; ces rat&#233;s, l'espoir n'est pas perdu&#8212;m&#234;me si nous devons continuer de rejeter publiquement le conservatisme sexuel et social qui les sous-tend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons &#224; une politique de la d&#233;sorientation, mais cela ne veut pas dire que nous voulions faire de la d&#233;sorientation une obligation ou une responsabilit&#233; pour celleux qui s'identifient comme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. D'abord, ce serait &#224; la fois trop demander (pour certain&#183;e&#183;s, d&#233;dier une vie &#224; la d&#233;viance n'est pas psychiquement ou mat&#233;riellement possible ou soutenable, m&#234;me si leurs d&#233;sirs sont plut&#244;t obliques) et surtout ne pas en demander assez (ce serait trop facile, pour celle&#183;ux qui suivent les lignes h&#233;t&#233;roredress&#233;es du d&#233;sir, de ne pas les quitter). Ce n'est pas la t&#226;che des &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de d&#233;sorienter les h&#233;t&#233;ros, m&#234;me si bien s&#251;r de telles d&#233;sorientations peuvent avoir tendance &#224; se produire quand nous faisons ce genre de travail pour nous. La politique de la d&#233;sorientation n'est en ce sens pas une politique volontariste, mais un effet de la mani&#232;re dont nous pratiquons la politique, pratique qui est elle-m&#234;me inform&#233;e par la mani&#232;re dont nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est possible de suivre certaines lignes (telles que la ligne familiale) dans l'intention de provoquer la d&#233;sorientation, pour faire l'exp&#233;rience des plaisirs de la d&#233;viance. Pour certain&#183;e&#183;s d'entre nous, par exemple, l'acte de d&#233;crire les collectifs transp&#233;d&#233;gouines auxquels nous prenons part comme des &#171; familles &#187; n'est pas sans receler une certaine joie : celle de produire un effet d'&#171; inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#187;, o&#249; la forme famili&#232;re de la famille se pr&#233;sente simultan&#233;ment comme &#233;trang&#232;re. Dans un tel cas, suivre la ligne, ce n'est pas jurer fid&#233;lit&#233; au familier : c'est au contraire inqui&#233;ter le familier, voire permettre &#224; ce qui a &#233;t&#233; oubli&#233;, ce qui semblait faire partie des meubles, d'entrer dans la danse, de reprendre vie. Certaines d&#233;viances impliquent ainsi de suivre des lignes tout en d&#233;tournant l'usage habituel de certains de leurs points. C'est ce que Kath Weston a montr&#233; dans son ethnographie des parent&#233;s transp&#233;d&#233;gouines. Comme elle le dit, &#171; loin de consid&#233;rer les familles que nous choisissons comme de simples imitations ou comme des d&#233;riv&#233;s des liens familiaux qui se cr&#233;ent ailleurs dans la soci&#233;t&#233;, de nombreuses lesbiennes et de nombreux hommes gays parlent de la difficult&#233; et de l'excitation associ&#233;e &#224; la construction de formes de parent&#233;s en l'&lt;i&gt;absence&lt;/i&gt; de &#8216;mod&#232;les'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kath Weston, Families We Choose, New York (NY), Columbia University Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique transp&#233;d&#233;gouine implique un certain engagement, une certaine mani&#232;re d'habiter le monde, m&#234;me si cette mani&#232;re ne repose pas n&#233;cessairement sur la d&#233;viance. Comme le dit Halberstam, la d&#233;viance commence avec &#171; la potentialit&#233; d'une vie dont les contours ne sont pas prescrits par les conventions de la famille, de l'h&#233;ritage et de l'&#233;ducation des enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Habelstram, Queer Time, op. cit., p. 5.&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En combinant les propos de Weston et d'Halberstam, on peut sugg&#233;rer que les vies &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; sont des vies o&#249; s'exp&#233;rimente la potentialit&#233; de ne pas suivre certaines prescriptions li&#233;es &#224; la famille, &#224; l'h&#233;ritage et &#224; l'&#233;ducation des enfants, potentialit&#233; par laquelle l'action de se d&#233;saligner peut s'apparenter &#224; la d&#233;sorientation : le monde passe &#224; l'oblique, et l'oblique ouvre de nouvelles mani&#232;res d'habiter ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nos orientations pointent en direction du futur, si nos mouvements suivent les directions qu'elles sugg&#232;rent, il reste cependant toujours possible de changer de direction, de trouver d'autres chemins, des chemins qui ne passent pas n&#233;cessairement par des sols d&#233;j&#224; foul&#233;s, des chemins pleins d'espoir et de d&#233;rives. Regarder en arri&#232;re nous aide &#224; trouver en nous cette possibilit&#233; de la d&#233;rive&#8212;regarder en arri&#232;re, ou passer par derri&#232;re, ou faire appara&#238;tre la face cach&#233;e d'un objet. Le retournement du regard est une ouverture vers le futur (qui n'est jamais que la traduction rat&#233;e de ce qui se trouve derri&#232;re nous). De ce point de vue, je n'utiliserais pas n&#233;cessairement le slogan &#171; &lt;i&gt;No Future&lt;/i&gt; &#187; [Pas de futur] pour qualifier les mouvements transp&#233;d&#233;gouines, comme Edelman l'a fait&#8212;m&#234;me si j'appr&#233;cie et comprends son impulsion de &#171; laisser &#187; le futur &#224; celleux qui veulent se tailler la part de l'h&#233;ritage d'une terre divis&#233;e en propri&#233;t&#233;s&#8212;je ne tiens pas, moi non plus, &#224; me battre pour ma parcelle. Mais plut&#244;t que de refuser le futur, j'aimerais sugg&#233;rer qu'une politique transp&#233;d&#233;gouine pourrait &#234;tre une politique fond&#233;e sur l'espoir. Et si nous avons espoir, ce n'est pas par sentimentalisme. C'est parce que nous savons qu'&#224; force de r&#233;p&#233;ter certains gestes, des nouvelles lignes finissent par se dessiner, qui creusent leurs sillons dans les chairs et cr&#233;ent les formes les plus surprenantes. Si nous avons espoir, c'est parce lorsque nous regardons en arri&#232;re, nous voyons comment de nouvelles mani&#232;res de se rassembler dans le temps et dans l'espace se sont invent&#233;es, nous voyons comment certaines lignes se sont produites qui ne reproduisaient pas simplement celles qui &#233;taient suivies par d'autres mais cr&#233;aient, &#224; leur place, de nouvelles textures sur le sol. Les architectes-paysagistes utilisent le terme de &lt;i&gt;chemins de d&#233;sir&lt;/i&gt; pour d&#233;crire ces sortes de chemins clandestins, ces marques laiss&#233;es sur le sol par les allers et venues quotidiennes de certain&#183;e&#183;s personnes qui, au lieu de suivre les routes qu'on leur avait trac&#233;es, d&#233;vient et cr&#233;ent leurs propres voies. Ces d&#233;viances laissent leurs marques sur le sol, marques qui sont ensuite, parfois, utilis&#233;es pour cr&#233;er des chemins alternatifs qui traversent l'espace de mani&#232;re inattendue. Et ces chemins sont bien, en effet, des traces du d&#233;sir que les gens suivent lorsqu'ils choisissent la d&#233;route plut&#244;t que la voie toute trac&#233;e. En suivant ces chemins de d&#233;sir, on se rend capable de g&#233;n&#233;rer des paysages &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, des paysages form&#233;s par les chemins que nous suivons lorsque nous d&#233;vions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce sont les d&#233;viances qui donnent forme aux sols sur lesquels nous vivons, cela ne veut pas dire que nous devrions faire de la d&#233;viance le sol m&#234;me de la politique transp&#233;d&#233;gouine. Ce qui ne veut pas dire que le type de lignes que nous suivons ne compte pas. Cela compte. Certaines lignes, comme nous le savons, sont des lignes qui accumulent des privil&#232;ges, des lignes qui sont reconnues et r&#233;compens&#233;es. D'autres lignes sont consid&#233;r&#233;es comme des d&#233;viances par rapport &#224; la vie bonne et au bien commun. Cependant, la d&#233;viance n'est pas disponible comme une ligne qu'on pourrait simplement suivre, une ligne qui permettrait de d&#233;partager entre celleux qui suivent la ligne &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et celleux dont les vies passent par des points diff&#233;rents. Pour moi, notre t&#226;che n'est pas tant de trouver une ligne &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; qu'il s'agirait de suivre. Elle est plut&#244;t de demander : quelle est mon orientation par rapport aux moments de d&#233;viance et par rapport aux d&#233;viations qu'ils g&#233;n&#232;rent ? Si l'objet m'&#233;chappe, s'il se retourne, s'il devient &#233;trange, s'il cesse d'appara&#238;tre &#224; sa place, qu'est-ce que cela m'entra&#238;nera &#224; faire ? Si je me sens oblique, o&#249; trouverai-je des soutiens ? Une ph&#233;nom&#233;nologie transp&#233;d&#233;gouine implique de s'orienter en direction de la d&#233;viance. Elle est une mani&#232;re d'habiter le monde qui apprend &#224; &#171; soutenir &#187; celleux dont les vies et les amours font qu'ils apparaissent obliques, &#233;tranges, pas &#224; leur place. C'est une ph&#233;nom&#233;nologie qui, en y accueillant les &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, s'assoit &#224; des tables qui penchent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sara Ahmed.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne / Australie) par Daphn&#233; Pons et Emma Big&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***
De Sara Ahmed dans Trou Noir : &lt;a href=&#034;https://trounoir.org/?Vandalisme-Queer-77&#034;&gt;Vandalisme Queer&lt;/a&gt;.&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article qui suit traduit un texte de Sara Ahmed intitul&#233; &#171; Orientations : Toward a Queer Phenomenology &#187; publi&#233; &lt;i&gt;GLQ : A Journal of Lesbian and Gay Studies&lt;/i&gt;, Volume 12, Number 4, 2006, pp. 553-574. Cet article est lui-m&#234;me un r&#233;sum&#233; partiel du livre &#233;ponyme de Sara Ahmed, &lt;i&gt;Queer Phenomenology : Orientations, Objects, Others&lt;/i&gt;, publi&#233; la m&#234;me ann&#233;e chez Duke University Press. Un extrait du pr&#233;sent article est &#233;galement paru dans &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, n&#176;82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour quelques exemples de g&#233;ographie transp&#233;d&#233;gouine, voir David Bell et Gill Valentine (&#233;ds.), &lt;i&gt;Mapping Desires : Geographies of Sexualities&lt;/i&gt;, London, Routledge, 1995 ; Frank Browning, &lt;i&gt;A Queer Geography&lt;/i&gt;, New York, Noonday, 1998 ; et David Bell (&#233;d.), &lt;i&gt;Pleasure Zones : Bodies, Cities, Spaces&lt;/i&gt;, Syracuse, Syracuse University Press, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmund Husserl, &lt;i&gt;La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie transcendantale&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Paul Ricoeur, Paris, Gallimard, 1976, p. 121-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1945, [not&#233; &lt;i&gt;PhP&lt;/i&gt;], p. 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'id&#233;e de &#171; verticalisation &#187;, voir &lt;i&gt;PhP&lt;/i&gt;, p. 287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Sandra Bartky, &lt;i&gt;Femininity and Domination : Studies in the Phenomenology of Oppression&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1990 ; Judith Butler, &#171; Performative Acts and Gender Constitutions : An Essay in Phenomenology and Feminist Theory &#187;, in &lt;i&gt;Writing on the Body : Female Embodiment and Feminist Theory&lt;/i&gt;, ed. Katie Conboy, Nadia Medina, and Sarah Stanbury, New York, Columbia University Press, 1997 ; Rosalyn Diprose, &lt;i&gt;Corporeal Generosity : On Giving with Nietzsche, Merleau-Ponty, and Levinas&lt;/i&gt;, Albany : State University of New York Press, 2003 ; Elizabeth Grosz, &lt;i&gt;Space, Time, and Perversion : Essays on the Politics of Bodies&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1995 ; Iris Marion Young, &lt;i&gt;On Female Body Experience&lt;/i&gt;, Oxford : Oxford University Press, 2005 ; Gail Weiss, &lt;i&gt;Body Images : Embodiment as Intercorporeality&lt;/i&gt;, New York : Routledge, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmund Husserl, &lt;i&gt;Recherches ph&#233;nom&#233;nologiques pour la constitution&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par &#201;liane Escoubas, Paris, Puf, 1996, [not&#233; &lt;i&gt;Ideen II&lt;/i&gt;], &#167;41, p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Schutz et Thomas Luckmann, &lt;i&gt;The Structures of the Life-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;W&lt;/i&gt;&lt;i&gt;orld&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Richard M. Zaner et H. Tristram Engelhard, Londres, Heinemann Educational Books, 1974, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmund Husserl, &lt;i&gt;Id&#233;es directrices pour une ph&#233;nom&#233;nologie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et une philosophie ph&#233;nom&#233;nologique pures&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;traduit de l'allemand par Paul Ricoeur, Paris, Gallimard, 1950, [not&#233; &lt;i&gt;Ideen I&lt;/i&gt;], &#167;27, p. 87&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adrienne Rich, &lt;i&gt;Of Woman Born&lt;/i&gt;, London, Virago, 1991, p. 23. Mes remerciements vont &#224; Imogen Tylen qui a d&#233;nich&#233; cette citation et m'a encourag&#233;e &#224; penser la mani&#232;re dont les m&#232;res pouvaient avoir une relation diff&#233;rente &#224; la table de travail et donc au corpus philosophique. [NdT : Nous traduisons &#224; partir de la version anglaise utilis&#233;e par Ahmed. Pour une traduction fran&#231;aise de l'ouvrage, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. Adrienne Rich, &lt;i&gt;Na&#238;tre d'une femme : la maternit&#233; en tant qu'exp&#233;rience et institution&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (USA) par Jeanne Faure-Cousin, Paris, Deno&#235;l/Gonthier, 1980.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ideen I, &#167;31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, &#167;41, p. 131-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Sokolowski, &lt;i&gt;Introduction to Phenomenology&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ideen I&lt;/i&gt;, &#167;27, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ann Banfield, &lt;i&gt;The Phantom Table : Woolf, Fry, Russell, and the Epistemology of Modernism&lt;/i&gt;, New York, Cambridge University Press, 2000, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Heidegger, &lt;i&gt;Ontology : the Hermeneutics of Facticity&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par John van Buren, Bloomington, Indiana University Press, 1999, p. 68. Je suis reconnaissante &#224; Paul Harrisson, qui a port&#233; mon attention sur le rapport entre l'&lt;i&gt;Ontologie&lt;/i&gt; et la table chez Heidegger &#224; l'occasion du s&#233;minaire que j'ai donn&#233; &#224; l'universit&#233; de Durham &#224; l'automne 2005. [NdT : Nous traduisons &#224; partir de la version anglaise utilis&#233;e par Ahmed. Pour une traduction fran&#231;aise de l'ouvrage, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Ontologie : Herm&#233;neutique de la factivit&#233;&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Alain Boutot, Paris, Gallimard, 2012.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Merleau-Ponty, &#171; Un in&#233;dit de Maurice Merleau-Ponty &#187;, &lt;i&gt;Revue de M&#233;taphysique et de Morale&lt;/i&gt;, #4, octobre 1962, p. 403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ideen II&lt;/i&gt;, p. 208-209.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Don Ihde, &lt;i&gt;Technology and the Lifeworld : From Garden to Earth&lt;/i&gt;, Bloomington : Indiana University Press, 1990, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anthony Steinbock, &lt;i&gt;Home and Beyond : Generative Philosophy After Husserl&lt;/i&gt;, Evanston, IL, Northwestern University Press, 1995, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz, 1972, pp. 178-179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &#171; Performative Acts &#187;, art. cit., p. 406.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simone de Beauvoir, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1949, tome II, p. 13 : &#171; On ne na&#238;t pas femme : on le devient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Heidegger, &lt;i&gt;&#202;tre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et temps&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Emmanuel Martineau, &#233;dition num&#233;rique hors commerce, 1985, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Halberstam, &lt;i&gt;In &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Queer Time and Place : Transgender Bodies, Subcultural Lives&lt;/i&gt;, New York : New York University Press, 2005, p. 152 &#8211; 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hanna Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Georges Fradier, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1983, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adrienne Rich, &#8220;Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence&#8221; (1980) repris dans Henry Abelove, Mich&#232;le Aina Barale, and David M. Halperin (dir.), &lt;i&gt;The Lesbian and Gay Studies Reader&lt;/i&gt;, New York : Routledge, 1993, p. 229. [NdT : pour la traduction fran&#231;aise, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. Adrienne Rich, &lt;i&gt;La contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et autres essais&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (USA) par Fran&#231;oise Armengaud, Christine Delphy, Lisette Girouard et Emmanu&#232;le Lesseps, Gen&#232;ve, Mamam&#233;lis, 2010.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &lt;i&gt;La vie psychique du pouvoir : &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'assujettissement en th&#233;ories&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais (USA) par Brice Matthieussent, Paris, Editions L&#233;o Sheer, chapitre 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Histoire de la sexualit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1976, pp. 25-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;PhP&lt;/i&gt;, p. 287. [NdT : L'exp&#233;rience dont parle Merleau-Ponty est relat&#233;e par Max Wertheimer, dans ses &lt;i&gt;Experimentelle Studien &#252;ber das Sehen von Bewegung&lt;/i&gt; (in F. Schumann (dir.), &lt;i&gt;Zeitschrift f&#252;r Psychologie&lt;/i&gt;, tome 1, Leipzig, 1912, p. 258). En allemand, Wertheimer parle d'une &#171; chute tr&#232;s &#233;trangement oblique &#187; (&lt;i&gt;sehr seltsames schr&#228;ges Fallen&lt;/i&gt;) et d'une image visuelle qui appara&#238;t &#171; tr&#232;s &#233;trange, sp&#233;ciale &#187; (&lt;i&gt;seltsam wirkt, sonderlich&lt;/i&gt;). En fran&#231;ais, Merleau-Ponty traduit par &#171; &#233;trange &#187;. En anglais, Colin Smith, le traducteur de la&lt;i&gt; Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;Phenomenology of Perception&lt;/i&gt;, London and New York, Routledge, 1962) traduit par &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;&#8212;c'est sur ce choix de traduction que se fonde, en partie, l'argument d'Ahmed.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PhP, p. 287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : Nous proposons ce n&#233;ologisme par agglutination quand les deux sens des mots &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; (&#171; h&#233;t&#233;ro&#183;te &#187; et &#171; droit&#183;e &#187;) ou &lt;i&gt;straightened&lt;/i&gt; (&#171; rendu&#183;e h&#233;t&#233;ro&#183;te &#187; et &#171; redress&#233;&#183;e &#187;) sont volontairement confondus par Ahmed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gill Valentine, &#171; (Re)Negotiating the Heterosexual Street : Lesbian Politics of Space &#187; in &lt;i&gt;BodySpace : Destabilizing Geographies of Gender and Sexuality&lt;/i&gt;, Nancy Duncan (dir.), London, Routledge, 1996, p. 150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baden Offard et Leon Cantrel, &#171; Unfixated in a Fixated World : Identity, Sexuality, Race, and Culture &#187;, in &lt;i&gt;Multicutural Queer : Australian Narratives&lt;/i&gt;, Peter A. Jackson et Gerard Sullivan (dir.), Bighamton, NY : Harrington Park, 1999, p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Teresa de Lauretis, &lt;i&gt;Practices of Love : Lesbian Sexuality and Perverse Desire&lt;/i&gt;, Bloomington, Indiana University Press, 1994, p. 300.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elspeth Probyn, &lt;i&gt;Outside Belongings&lt;/i&gt;, London, Routledge, 1996, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elizabeth Grosz, &lt;i&gt;Space, Time, and Perversion&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Berlant et Michael Warner, &#171; Sex in Public &#187;, in &lt;i&gt;Publics and Counter-Publics&lt;/i&gt;, Michael Warner (ed.), New York, Zone Books, p. 198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabio Cleto, &#171; Introduction to Queering the Camp &#187;, in &lt;i&gt;Camp : Queer Aesthetics and the Perofmring Subject : A Reader&lt;/i&gt;, Fabio Cleto (ed.), Ann Arbor, University of Michigan Press, 2002, p. 13. [NdT : le texte anglais ne pr&#233;cise pas de quel mot grec il s'agit. Il est probable qu'il s'agisse de &#964;&#961;&#972;&#960;&#959;&#962;, qui donne le fran&#231;ais &#171; trope &#187;, tour ou figure de style, et qui provient du verbe &lt;a id=&#034;firstHeading1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#964;&#961;&#941;&#960;&#969;, &#171; tordre &#187;. Tous deux sont apparent&#233;s &#224; l'indo-europ&#233;en *terk&#695;- dont les multiples d&#233;riv&#233;s en latin (&lt;i&gt;torqueo &lt;/i&gt; : tourner, courber, faire changer de direction ; en fran&#231;ais &#171; torque &#187;), en allemand (&lt;i&gt;quer &lt;/i&gt; : &#224; travers / en travers) et en anglais (&lt;i&gt;thwart&lt;/i&gt; : contrarier, contrecarrer) pointent en effet vers des sens similaires au mot &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Moon, &lt;i&gt;A Small Boy and Others : Imitation and Initiation in American Culture from Henry James to Andy Warhol&lt;/i&gt;, Durham, NC, Duke University Press, 1998, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PhP, 302-303.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leo Bersani, &lt;i&gt;Homos&lt;/i&gt;, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1995, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. Lisa Duggan, &lt;i&gt;The Twilight of Equality : Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy&lt;/i&gt;, Boston, Beacon, 2003 ; et Judith Halbestram,&lt;i&gt; Queer Time&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lisa Duggan, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 50 ; je souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &#8220;Is Kinship Always Already Heterosexual ?&#8221;, &lt;i&gt;differences : A Journal of Feminist Cultural Studies&lt;/i&gt;, vol. 13, no. 1, 2002, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lee Edelman, &lt;i&gt;No Future : Queer Theory and the Death Drive&lt;/i&gt;, Durham, NC : Duke University Press, 2004, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Bruce Bawer, &lt;i&gt;A Place at the Table : The Gay Individual in American Society&lt;/i&gt; (New York : Simon and Schuster, 1984). Merci &#224; celleux qui ont particip&#233; &#224; l'atelier sur les orientations que j'ai donn&#233; au Five College Women's Studies Research Center en octobre 2005, o&#249; j'ai appris l'existence de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bid.&lt;/i&gt;, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bawer parle notamment de certaines photographies de mariage dont lui et son partenaire ont &#233;t&#233; effac&#233;s (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 261). Les mariages impliquent souvent des tables : des &#171; tableaux &#187; (photographiques) mais aussi, tr&#232;s litt&#233;ralement, des tables (meubles) qui jouent un r&#244;le crucial &#224; la f&#234;te de mariage. La convention veut que la f&#234;te de mariage place les deux &#233;poux et leurs proches sur une table/sc&#232;ne, en face de laquelle les autres tables sont dispos&#233;es pour la voir. Le couple h&#233;t&#233;rosexuel est un donn&#233; dans la mesure o&#249; on lui donne une place &#224; cette table, autour de laquelle d'autres tables sont assembl&#233;es. Le but du rassemblement qu'est la f&#234;te de mariage est de faire des invit&#233;s les t&#233;moins de cette place qu'il occupe &#224; la table.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Douglas Crimp, &lt;i&gt;Melancholia and Moralism : Essays on AIDS and Queer Politics&lt;/i&gt;, Cambridge (MA), MIT Press, 2002, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien s&#251;r, il est possible d'avoir une orientation h&#233;t&#233;rosexuelle et de ne pas s'aligner, soit parce qu'en tant qu'h&#233;t&#233;ro, vous refusiez activement la ligne qui vous est tendue (en refusant le mariage, la monogamie, ou d'autres mani&#232;res d'&#234;tre h&#233;t&#233;ro), soit que vos conditions d'existence vous emp&#234;chent de suivre la ligne (il se pourrait par exemple que vous n'ayez pas les ressources n&#233;cessaire pour coller &#224; l'id&#233;al social et moral qu'elle implique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kath Weston, &lt;i&gt;Families We Choose&lt;/i&gt;, New York (NY), Columbia University Press, 1991, p. 116. Voir &#233;galement le chapitre &#171; Queer Feelings &#187; dans mon livre, &lt;i&gt;The Cultural Politics of Emotion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Habelstram, &lt;i&gt;Queer Time&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ioshua - une po&#233;sie punk et p&#233;d&#233;e</title>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Po&#233;sies</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;d&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui la police a tu&#233; un mec beau que j'ai connu. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Poesie-260-+" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton127.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ioshua, est un auteur p&#233;d&#233; punk pauvre de la p&#233;riph&#233;rie de Buenos aires, Argentine. Ardent militant de l'autogestion culturelle, de la construction par et pour la marginalit&#233;, il ouvre sa propre maison d'&#233;dition Wacho del barrio. Mort en 2015, il laisse une &#339;uvre dense, remplie de pijas*, drogue, cumbia, rock. Ioshua peint dans ses textes et &#233;crit dans ses dessins la solitude la tristesse la jouissance et l'amour, des mecs de rues sans asphalte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci est un floril&#232;ge de po&#232;mes de Ioshua que nous ont transmis &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://terrasses.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les &#233;ditions Terrasses&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les dessins pr&#233;sents dans cet article sont de Ioshua.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans le livre, nous publions ici les po&#232;mes dans leur traduction fran&#231;aise et dans leur version originale en espagnol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez &#233;galement lire l'entretien avec les &#233;ditions Terrasses&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Traductions fran&#231;aises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pibes de mon quartier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pibes de mon quartier ils veulent me condamner. Ils veulent me mettre la poitrine en cage. Ils veulent m'attacher par mon d&#233;sir. Ils veulent et moi j'sais pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mecs de mon quartier tra&#238;nent &#224; poil quand il fait chaud. Se vantent de leur peau brune, de leurs corps maigres et durcis, leur bouche grande et la langue brute. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mecs de mon quartier ils se d&#233;foncent toute la journ&#233;e. &#192; la bi&#232;re, &#224; la beuh, tra&#238;nant au coin de la rue et parlant de tout et rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mecs de mon quartier sont beaux. &lt;i&gt;Machitos&lt;/i&gt;, racailles, shlags et pauvres, &lt;i&gt;guachines&lt;/i&gt;, au c&#339;ur battant, brut et f&#233;roce. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a c'est le c&#339;ur pauvre, bien pauvre, racaille, qui les d&#233;fonce toute la journ&#233;e. C'est ceux-l&#224;, les corps durcis &#224; fond dans le coin de la rue qui tra&#238;nent &#224; poil quand il fait chaud. C'est ceux-l&#224;, les pibes se vantant de leur peau brune et &#224; l'haleine de bi&#232;re. C'est ceux-l&#224;, les mecs f&#233;roces de mon quartier. Ceux-l&#224; que j'aime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eux, ces brutes, ces gamins, tous. Ils veulent me condamner. C'est pour &#231;a qu'ils tra&#238;nent &#224; poil quand il fait chaud. Pour me mettre la poitrine en cage. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour &#231;a qu'ils se vantent de leur peau brune. Pour m'attacher par mon d&#233;sir. Ceux-l&#224;. Ces racailles. Si beaux. Ils veulent m'attacher et moi j'sais pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que j'aime tellement les voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maigres, durcis, shlags, bruts. Si cons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si beaux. J'les aime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je sais que je passerai ma vie &#224; les admirer en mode tar&#233;. &#192; fond. Amoureux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes de mon quartier sont d&#233;termin&#233;s &#224; pas me laisser partir. C'est pour &#231;a ils tra&#238;nent &#224; poil quand il fait chaud. Pour que j'reste l&#224; &#224; les regarder en mode tar&#233;. Parce qu'ils savent que la sueur qui les fait briller &#224; l'heure de la sieste au coin de la rue c'est comme un phare pour moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes de mon quartier veulent me condamner mais moi j'sais pas. Mais je veux tout. Tous. Je veux les pibes de mon quartier et je veux aussi les autres. Tous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est pour &#231;a je peux pas rester condamn&#233; par les pibes de mon quartier. En cage juste avec les pibe de mon quartier. Attach&#233; juste par les pibes de mon quartier. Moi je veux tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je vais avoir la force d'aller chercher d'autres pibes. Oui. Parce que moi je les veux tous. &lt;i&gt;Machitos&lt;/i&gt;. Racailles. Shlags et pauvres. &lt;i&gt;Guachines&lt;/i&gt;. Bruts. F&#233;roces. C'est pour &#231;a je vais avoir la force d'aller les d&#233;sirer tous. Tous ces pibes &#224; la peau brune, aux corps maigres et durcis, &#224; la bouche grande et &#224; la langue brute. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que je les aime tous. C'est pour &#231;a je vais aller chercher tous ces pibes au c&#339;ur battant brut et f&#233;roce. Oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes de mon quartier sont beaux. Mais moi je sais qu'il y a encore plus de beaut&#233; dans d'autres rues. Dans presque toutes les rues. M&#234;me si les pibes de mon quartier sont comme un phare. Non. Moi je pars. Parce que les pibes de mon quartier sont d&#233;termin&#233;s &#224; pas me laisser partir et moi&#8230; j'veux pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux aller en chercher d'autres. Parce que je suis presque certain que y a un quartier quelque part, avec une rue quelque part, ou y a UN pibe, JUSTE UN PIBE, au c&#339;ur battant plus brut et plus f&#233;roce que tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et moi je pars le chercher. Pour qu'il me condamne, pour qu'il m'attache par mon d&#233;sir et me mette en cage, brut et f&#233;roce, dans sa poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esclave&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Go&#251;t de coke le matin&lt;br class='autobr' /&gt;
Go&#251;t de bi&#232;re l'apr&#232;m&lt;br class='autobr' /&gt;
Go&#251;t de larmes la nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu prendras qui dans tes bras quand tes larmes inonderont ton lit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu te drogueras avec qui quand tes larmes inonderont ton lit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu diras &#224; qui je t'aime quand tes larmes inonderont ton lit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Go&#251;t de foutre le matin&lt;br class='autobr' /&gt;
Go&#251;t de faim l'apr&#232;m&lt;br class='autobr' /&gt;
Go&#251;t de peine la nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma langue conna&#238;t chacune de tes saveurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma bouche est esclave de ta sueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma bouche est esclave de ta sueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma putain de bouche est esclave de ta sueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui j'ai connu un mec beau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui j'ai connu un mec beau&lt;br class='autobr' /&gt;
qui a l'air gentil et qui sourit comme le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui j'ai connu un mec beau avec des yeux de lac et&lt;br class='autobr' /&gt;
un corps de fl&#232;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui j'ai connu un mec beau qui me prend doucement dans ses bras&lt;br class='autobr' /&gt;
et me fait sentir en s&#233;curit&#233; dans cet&lt;br class='autobr' /&gt;
enfer qui s'effondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui j'ai embrass&#233; un mec beau qui a l'air d'&#234;tre bon pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la police a tu&#233; un mec beau que j'ai connu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un mec qui avait l'air bien et qui souriait comme le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui la police a tu&#233; un mec avec des yeux de lac et un corps de fl&#232;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui la police a tu&#233; un mec beau qui me prenait doucement dans ses bras et me faisait sentir en s&#233;curit&#233; dans cet enfer qui s'effondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui la police a tu&#233; un mec beau qui avait l'air d'&#234;tre bon pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui j'ai enterr&#233; un mec beau que j'ai connu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui j'ai enterr&#233; son sourire de soleil, ses yeux de lac et son corps de fl&#232;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui j'ai enterr&#233; un mec beau qui me prenait doucement dans ses bras et me faisait sentir en s&#233;curit&#233; dans cet enfer qui s'effondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui un mec beau me manque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui je prierai son saint nom pour l'amour qu'on a v&#233;cu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui la police de merde a vol&#233; de mes bras un mec beau qui avait l'air d'&#234;tre bon pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pibes que tu vois pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pibes portent leur pauvret&#233; en poussant un chariot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes ramassent leur pauvret&#233; en triant du carton.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes portent leur solitude&lt;br class='autobr' /&gt;
toute la nuit &lt;br class='autobr' /&gt;
parcourant les rues&lt;br class='autobr' /&gt;
portant et ramassant leur solitude&#8230; seuls, et tu les vois pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pibes que tu vois pas sont beaux, mec&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pibes portent leur pauvret&#233; en poussant un chariot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes ramassent leur pauvret&#233; en triant du carton.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pibes portent leur beaut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
toute la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
parcourant les rues&lt;br class='autobr' /&gt;
prenant et ramassant leur beaut&#233;&#8230; seuls, et toi&lt;br class='autobr' /&gt;
tu les vois pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caillou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante pesos&lt;br class='autobr' /&gt;
pour deux grammes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
pour un amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux nuits&lt;br class='autobr' /&gt;
sans dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne pipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vomissant presque la derni&#232;re bi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends une derni&#232;re trace&lt;br class='autobr' /&gt;
et je me mets dans ton lit,&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il te pla&#238;t, mon amour,&lt;br class='autobr' /&gt;
serre-moi fort&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que le matin arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CRIEZ PUTOS CRIEZ &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont les p&#233;dales - los putos - de ma race ? O&#249; sont les mecs p&#233;d&#233;s qui rendent malade la patrie ? O&#249; sont les miens ? Les pires. Les exclus, ceux qui d&#233;goulinent dans les rues &#224; provoquer le d&#233;sir &lt;i&gt;marika&lt;/i&gt; de chaque homme qu'ils croisent dans la vie. O&#249; sont mes fr&#232;res de vice ? O&#249; sont mes camarades de rage ? O&#249; sont mes compagnons de ruine ? Criez putos criez.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/ioshua2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/ioshua2.jpg?1731403023' width='500' height='320' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Version espagnole (Argentine)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Los pibes de mi barrio&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los pibe de mi barrio quieren condenarme. Quieren enjaularme el pecho. Quieren amarrarme del deseo. Ellos quieren y yo no s&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio andan en cueros cuando hace calor. Alardean la piel morocha, el cuerpo flaco y endurecido, la boca grande y la lengua bruta.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio andan de gira todo el d&#237;a. Tomando cerveza, fumando porro, junando la esquina y hablando giladas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio son hermosos. Machitos, reos, negros cabeza, guachines con el coraz&#243;n que les patea a lo bruto y a lo feroz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ese es el coraz&#243;n negro, bien negro y cabeza, que los pone de gira todos los d&#237;as. Esos, esos son los cuerpos endurecidos al palo en la esquina que andan en cueros cuando hace calor. Esos, esos son los pibes alardeando la piel morocha y el aliento de cerveza. Esos, esos son los pibe feroces de mi barrio. Los que amo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ellos, esos brutos, esos pendejos, todos. Ellos quieren condenarme. Por eso andan en cueros cuando hace calor. Para enjaularme el pecho.&lt;br class='autobr' /&gt;
Por eso alardean la piel morocha. Para amarrarme del deseo. Esos. Esos negros cabeza. Hermosos. Quieren atarme y yo no s&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es que me gusta tanto verlos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Flacos y endurecidos, reos y brutos. Tan pendejos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tan hermosos. Los amo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Y yo s&#233; que pasar&#237;a la vida admir&#225;ndolos como embobado. Al palo. Enamorado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio se propusieron no dejarme ir. Por eso andan en cueros cuando hace calor. Para tenerme mir&#225;ndolos como embobado. Porque ellos saben que el sudor que les brilla a la siesta en la esquina es como un faro para mi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio quieren condenarme y yo no s&#233;. Pero yo quiero todo. A todos. Quiero a los pibe de mi barrio y tambi&#233;n los quiero a los otros. A todos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Y por eso no puedo quedarme condenado solo a los pibe de mi barrio. Enjaulado solo con los pibe de mi barrio. Agarrado solo por los pibe de mi barrio. Yo lo quiero todo. &lt;br class='autobr' /&gt;
A todos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Y voy a tener la fuerza de voluntad de irme a buscar otros pibe. Si. Porque yo los quiero a todos. Machitos. Reos. Negros cabeza. Guachines. Brutos. Feroces. Por eso voy a tener la fuerza de voluntad de irme a desear a todos. A todos esos otros pibe de piel morocha, de cuerpo flaco y endurecido, de boca grande y lengua bruta. &lt;br class='autobr' /&gt;
Porque yo los quiero a todos. Por eso me voy a ir a buscar a todos esos pibe a los que el coraz&#243;n les patea bruto y feroz. Si. &lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibe de mi barrio son hermosos. Pero yo s&#233; que hay mucha m&#225;s hermosura en otras calles. En casi todas las calles. Aunque en mi barrio los pibe sean como un faro. No. Yo voy a irme. Porque los pibe de mi barrio se propusieron condenarme y yo&#8230; yo no quiero.&lt;br class='autobr' /&gt;
Yo quiero irme a buscar otros. Porque estoy casi seguro que en alg&#250;n otro barrio, en alguna otra calle, hay UN pibe, UN SOLO PIBE, al que el coraz&#243;n le patea m&#225;s bruto y feroz que a todos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Y yo me voy a buscarlo. Para que me condene, para que me agarre del deseo y para que me enjaule, bruto y feroz, a su pecho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esclava&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabor a merca por las ma&#241;anas&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabor a birra por las tardes&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabor a llanto por las noches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;A qui&#233;n abrazar&#225;s cuando tus l&#225;grimas inunden tu cama ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#191;Con qui&#233;n te drogar&#225;s cuando tus l&#225;grimas inunden tu cama ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#191;A qui&#233;n le dir&#225;s te amo (comillas) cuando tus l&#225;grimas inunden tu cama ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabor a wasca por las ma&#241;anas&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabor a hambre por las tardes&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabor a pena por las noches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mi lengua conoce cada uno de tus sabores.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mi boca es esclava de tu sudor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mi boca es esclava de tu sudor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mi puta boca es esclava de tu sudor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hoy conoc&#237; un pibe lindo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoy conoc&#237; un pibe lindo&lt;br class='autobr' /&gt;
que parece bueno y sonr&#237;e como el sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy conoc&#237; un pibe lindo con ojos de lago y &lt;br class='autobr' /&gt;
cuerpo de flecha.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy conoc&#237; un pibe lindo que me abraza suave&lt;br class='autobr' /&gt;
y me hace sentir seguro y firme sobre este &lt;br class='autobr' /&gt;
infierno que se derrumba.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy bes&#233; a un pibe lindo que parece bueno para mi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoy la polic&#237;a mat&#243; a un pibe lindo que conoc&#237;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pibe que parec&#237;a bueno y sonre&#237;a como el sol. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy la polic&#237;a mat&#243; a un pibe lindo con ojos de lago y cuerpo de flecha.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy la polic&#237;a mat&#243; a un pibe lindo que me abrazaba suave y me hac&#237;a sentir seguro y firme sobre este infierno que se derrumba.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy la polic&#237;a mat&#243; a un pibe lindo que parec&#237;a bueno para mi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoy enterr&#233; a un pibe lindo que conoc&#237;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy enterr&#233; su sonrisa de sol, sus ojos de lago y su cuerpo de flecha.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy enterr&#233; a un pibe lindo que me abrazaba suave y me hac&#237;a sentir seguro y firme sobre este infierno que se derrumba.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy extra&#241;o a un pibe lindo que conoc&#237;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy rezar&#233; en su santo nombre por el amor que hemos vivido.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoy la maldita polic&#237;a me rob&#243; de mis brazos a un pibe lindo que parec&#237;a bueno para mi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Los pibes que no ves&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los pibes llevan su pobreza empujando un carro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibes juntan su pobreza recogiendo cart&#243;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibes llevan su soledad&lt;br class='autobr' /&gt;
toda la noche&lt;br class='autobr' /&gt;
recorriendo las calles &lt;br class='autobr' /&gt;
llevando y juntando su soledad&#8230; solos, y no los ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los pibes que no ves son hermosos, wacho&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los pibes llevan su belleza empujando un carro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibes juntan su belleza recogiendo cart&#243;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los pibes llevan su belleza&lt;br class='autobr' /&gt;
toda la noche&lt;br class='autobr' /&gt;
recorriendo las calles&lt;br class='autobr' /&gt;
llevando y juntando su belleza&#8230; solos, y vos&lt;br class='autobr' /&gt;
no los ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piedra&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuarenta pesos&lt;br class='autobr' /&gt;
por dos papeles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Una mentira&lt;br class='autobr' /&gt;
por un amor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dos noches&lt;br class='autobr' /&gt;
sin dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Una buena chupada de pija.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Casi vomitando la &#250;ltima cerveza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me tomo una raya m&#225;s &lt;br class='autobr' /&gt;
y me cruzo a tu cama,&lt;br class='autobr' /&gt;
Por favor, mi amor,&lt;br class='autobr' /&gt;
abrazame muy fuerte&lt;br class='autobr' /&gt;
hasta que llegue la ma&#241;ana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRITEN PUTOS GRITEN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;Ad&#243;nde est&#225;n los putos de mi raza ? &#191;Ad&#243;nde est&#225;n los varones trolas que enferman esta patria ? &#191;Ad&#243;nde est&#225;n los m&#237;os ? Los peores. Los aparta-dos, los que se escurren por las calles arengando el deseo marica de cada hombre que se cruzan en la vida. &#191;Ad&#243;nde est&#225;n mis hermanos de vicio ? Ad&#243;nde est&#225;n mis camaradas de furia ? &#191;Ad&#243;nde est&#225;n Iras compa&#241;eros de ruina ? Griten putos gri-ten.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Los Putos&#034; - Entretien avec les &#233;ditions Terrasses</title>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sies</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;d&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; La pratique de l'homosexualit&#233; masculine est historiquement une pratique de rue. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-TREIZE-" rel="directory"&gt;TREIZE&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Poesie-+" rel="tag"&gt;Po&#233;sies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Pede-+" rel="tag"&gt;P&#233;d&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton126.jpg?1731403041' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://terrasses.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les &#233;ditions Terrasses&lt;/a&gt; publient un recueil de po&#232;mes de l'argentin, punk et p&#233;d&#233; Ioshua. Nous les avons rencontr&#233; pour qu'ils nous en disent plus sur cet &#233;tonnant personnage et sur leur choix &#233;ditiorial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour commencer, parlez-nous de Ioshua, comment l'avez-vous connu et pourquoi l'&#233;diter en France est-il important ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les choses se posent souvent chez Terrasses, les histoires des livres que nous publions sont des affaires de rencontres, de liens que nous construisons. Nous avons rencontr&#233; ceux et celles qui nous ont fait d&#233;couvrir Ioshua, une rencontre o&#249; on a su imm&#233;diatement que nous allions vivre des choses ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque le livre nous a &#233;t&#233; mis entre les mains et malgr&#233; nos pratiques moyennes de l'espagnol, nous avons tout de suite ressenti quelque chose. Une force dans sa po&#233;sie radicale, une v&#233;rit&#233; dans ses vers directs, sa mani&#232;re de salir la langue et de dire le monde, son monde avec tendresse et pr&#233;cision, avec radicalit&#233; et humilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne l'&#233;dite pas donc que pour sa beaut&#233; mais aussi pour des raisons politiques. La sexualit&#233; entre hommes est un enjeu majeur dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ropatriarcale organis&#233;e sur la guerre, la comp&#233;tition et le viol. Quand Ioshua met son stylo et son &#233;nergie au service de rendre sa beaut&#233; au geste homosexuel masculin sans l'orner de fioritures inutiles, sans masquer son cru par des paravents inutiles, il rend service &#224; l'imaginaire, &#224; l'&#233;rotisme et nous permet de respirer en s'autorisant &#224; voir au-del&#224; du monde &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; capitaliste et mortif&#232;re duquel nous essayons de nous sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons aussi qu'il est primordial de d&#233;fendre ces cultures marginales dans nos communaut&#233;s dites minoritaires qui rendent visibles comment nous, les p&#233;d&#233;s, vivons et que tout acte d&#233;sh&#233;t&#233;ronormalisant peut se voir comme un petit acte de r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
La force de l'assimilation est si puissante qu'elle peut sembler totalement inodore, indolore et invisible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plus de tout &#231;a, c'est sens&#233; pour nous de l'&#233;diter en France parce que nous pensons avoir la responsabilit&#233; de faire circuler les productions intellectuelles qui naissent dans les marges et notamment dans les marges de l'occident. Mais cette circulation doit se faire avec attention, lutter contre l'appropriation et tenter de se situer dans la r&#233;paration. C'est une des raisons pour laquelle nous publions cet ouvrage avec le texte original, en espagnol et sa traduction en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pratique de l'homosexualit&#233; de Ioshua semble &#234;tre aussi une pratique de rue, il a aussi recours &#224; l'argot, que cherchait-il &#224; d&#233;fendre &#224; travers l'expression populaire de la sexualit&#233; p&#233;d&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'homosexualit&#233; masculine est historiquement une pratique de rue que certains d'entre nous continuent &#224; explorer en dehors des lieux institutionnels (bars &#8211; sauna &#8211; clubs &#8211; les r&#233;seaux sociaux de sexe). Ioshua c&#233;l&#232;bre cette pratique non pas comme une r&#233;surgence mais comme la continuit&#233; de mani&#232;re de faire, d'occuper la rue, l'espace public, de draguer, d'&#234;tre visible, baiser dans son quartier, baiser avec ses camarades supporteurs de foot&#8230; Esp&#233;rer la baise entre hommes, demeurer ?/devenir ?/ se fantasmer une pratique qui se diffusent partout o&#249; est la rue, partout o&#249; il y a rencontre possible. Le lien possible entre sucer un mec dans la rue et argotiser &#224; l'extr&#234;me une langue pourrait &#234;tre une volont&#233; de cr&#233;er un mouvement qu'on ne pourrait pas figer, de lutter contre l'institution de la langue (et son institution) comme celle de la sexualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit dans le travail d'&#233;criture de Ioshua qu'il rechigne &#224; nommer. &#202;tre un homo ? Un &lt;i&gt;marika &lt;/i&gt; ? Un &lt;i&gt;puto &lt;/i&gt; ? Il d&#233;crit ses personnages par leurs pratiques, leurs multiplicit&#233;s (de quel quartier ? Quelle musique ils aiment ? Quelle &#233;quipe de foot ? ) et la sexualit&#233; et les d&#233;sirs se dispersent dans une permanence qui obstrue la possibilit&#233; de l'identification. Il ne nie pas pour autant le danger d'&#234;tre &lt;i&gt;out&lt;/i&gt; dans les rues des villes, il ne nie pas l'homophobie mais essaie de cr&#233;er de nouvelles mani&#232;res d'&#234;tre homo, en accord avec d'o&#249; il vient, les mani&#232;res contemporaines sans doute d&#233;j&#224; rendues trop r&#233;actionnaires par l'assimilation capitaliste des identit&#233;s sexuelles et de genre minoritaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, ont toujours &#233;t&#233; ni&#233;es les homosexualit&#233;s prol&#233;taires. Le bourgeois pervers &#233;tait promoteur de l'homosexualit&#233;. Il savait d&#233;tourner des bonnes m&#339;urs le non-blanc ou l'ouvrier. Ioshua, par la localisation pr&#233;cise de ses histoires de baise et d'amour revendique ces pratiques sensuelles et sexuelles en les arrachant de l'imaginaire bourgeois pour en dessiner un nouveau territoire, celui des p&#233;d&#233;s des p&#233;riph&#233;ries, homo autonome et &#233;mancip&#233;, &lt;i&gt;marika&lt;/i&gt; visible ou non qui trouve l&#224; d'o&#249; il vient les r&#233;ponses &#224; ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a &#233;galement un texte politique dans ce recueil de textes o&#249; il parle de 'l'exigence libertaire de la diff&#233;rence'. Qu'entend-il par ces termes selon vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon il est toujours compliqu&#233; d'interpr&#233;ter ce qu'un po&#232;te voulait exactement dire sachant qu'il n'a que peu &#233;crit de textes purement politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon nous, nous comprenons, et ce &#224; travers le reste de son travail, que cette exigence libertaire de la diff&#233;rence est clairement une r&#233;f&#233;rence &#224; ses id&#233;ologies anarchisantes, milieu qu'il fr&#233;quentait &#224; un moment de sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence per&#231;ue comme un appel &#224; se trouver, &#224; trouver ses go&#251;ts, ses d&#233;sirs, ses particularismes, et ceci dans un devoir aussi d'&#233;galitarisme. Nous ne voulons pas d&#233;fendre nos identit&#233;s particuli&#232;res, sp&#233;cifiques pour les mettre en concurrence. Nous imaginons une exigence libertaire, comme une exigence de se conna&#238;tre, de se comprendre soi pour ensuite penser le monde avec ses diff&#233;rences. Une exigence &#224; lutter contre les normes et les conformit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on se r&#233;f&#232;re &#224; sa po&#233;sie ou la mani&#232;re dont il met en sc&#232;ne ses personnages dans ses romans courts, on y comprend une solidarit&#233; familiale et communautaire, solidarit&#233; de quartier tout en c&#233;l&#233;brant le d&#233;sir tr&#232;s fort d'&#234;tre libre d'explorer ses d&#233;sirs propres, voire d&#233;viants et c'est bien ici que nous comprenons cette phrase : &#234;tre ensemble avec un devoir de se comprendre et de s'explorer dans un commun qui ne jugera pas. Il pr&#233;cise &#224; la fin de la phrase sans &#234;tre puni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre catalogue Ioshua c&#244;toie Jean S&#233;nac et Anna Gr&#233;ki, pourquoi ce geste &#233;ditorial de les mettre ensemble ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons qu'une maison d'&#233;dition est avant tout une maison et que la n&#244;tre voudrait avoir sa porte toujours ouverte. Et si nous avons d&#233;cid&#233; de commencer notre programme &#233;ditorial dans la po&#233;sie et la litt&#233;rature de l'Alg&#233;rie en lutte, ce n'&#233;tait pas seulement pour r&#233;fl&#233;chir &#224; la position imp&#233;rialiste de la France ou pour comprendre au mieux les m&#233;canismes d'&#233;mancipation (intellectuels, artistiques et/ou militants), c'&#233;tait aussi pour marquer la continuit&#233; avec ce que certains et certaines de Terrasses vivent et traversent avec ses livres, ceux de S&#233;nac ou d'Anna, et l'Alg&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois partis de l&#224;, nous avons commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir quelle continuit&#233; mettre en place. Quels ponts pouvons-nous construire et cela nous a sembl&#233; une presqu'&#233;vidence d'imaginer retrouver Ioshua, Jean et Anna sur un bout de trottoir dans une ville bouillonnante, &#224; boire une bi&#232;re ou un mat&#233;, &#224; rire, &#224; penser la po&#233;sie et &#224; lutter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dit plus haut, quand on a publi&#233; Anna, on ne savait pas qu'on publierait Jean, etc. notre catalogue se construit &#224; la lumi&#232;re des rencontres et des carrefours que nous traversons. Il est &#233;vident que nous trouvons des r&#233;sonances tr&#232;s fortes entre les auteurs et autrices que nous d&#233;fendons et nous, ceux et celles qui participent aux &#233;ditions Terrases. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre ligne &#233;ditoriale ressemble &#224; un repas de famille choisie&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un po&#232;te p&#233;d&#233; alg&#233;rien qui &#233;crit pour le peuple, qui lutte pour l'&#233;mancipation de la terre des griffes du colon et un po&#232;te p&#233;d&#233; des quartiers pauvres d'une m&#233;gapole du sud, qui crie sa rage et sa marge, qui d&#233;nonce l'int&#233;gration et milite pour une lib&#233;ration collective hors du capitalisme, m&#234;me presque avec un demi-si&#232;cle d'&#233;cart, nous pensons r&#233;ellement que l'un et l'autre s'actualisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont vos projets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons publier en version trilingue anglais, allemand, fran&#231;ais des textes politiques de l'activiste afro-am&#233;ricain Dhoruba Bin Wahad &#233;crits sur ces 30 derni&#232;res ann&#233;es &#8211; sortie le 29 mai 21. Nous commen&#231;ons par la suite un cycle de publication de litt&#233;rature et po&#233;sie contemporaine et collective. Nous ouvrons ce cycle de 4 ouvrages avec un premier roman &#171; p&#233;d&#233; &#187; appel&#233; &lt;i&gt;28 jours&lt;/i&gt; &#8211; sortie le 11juin 21. Suivront notamment un recueil de po&#233;sie d&#8216;une autrice-po&#233;tesse bie et f&#233;ministe apr&#232;s l'&#233;t&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/terrasses.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/terrasses.jpg?1731403033' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel po&#232;me de Ioshua pr&#233;f&#233;rez-vous ? Pouvez-vous en dire quelques mots ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de pr&#233;f&#233;rer un po&#232;me&#8230; car ses po&#232;mes ne se d&#233;fient pas, ils se compl&#232;tent. J'ai pris celui-ci presque au hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y sent cette fluidit&#233; de la vie, du quartier, du confort d'une apr&#232;s-midi o&#249; on pense qu'&#224; la baise, la d&#233;fonce et la musique. La simplicit&#233; du geste nous touche, nous sommes avec lui, on sirote son verre et pompe son pote. On se d&#233;foule sur la musique comme on lit un &#233;crivain militant&#8230; C'est une ode &#224; la vie, simple, joyeuse. Ce po&#232;me avec tendresse parle aussi de solitude, de fuite, de qu&#234;te et sans doute d'un peu de tristesse. C'est juste beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non mec non&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;veiller. Pr&#233;parer un whisky coca dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
bouteille de pepsi et s'tra&#238;ner jusqu'&#224; la maison&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un ami et tout en matant deux trois mecs dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la rue. Baiser avec des petits mecs. Fumer de la&lt;br class='autobr' /&gt;
base chez Santia. Acheter une bi&#232;re chez la vieille&lt;br class='autobr' /&gt;
du coin. Sucer Gaston. Manger un truc. Relire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Jonathan&#8220; de Blas Matamoro. Choper des clopes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Salir ses baskets. Sourire &#224; un mec en passant par&lt;br class='autobr' /&gt;
le petit terrain de foot. Jouer de la guitare. Sucer&lt;br class='autobr' /&gt;
Gustavo. Boire une autre bi&#232;re. Passer chez Rodri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boire une autre bi&#232;re. Salir encore plus ses baskets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retourner chez moi et mettre &#8220;No Pibe &#8220; de Manal &#224; donf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;No pibe no&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Despertar. Preparar whiscola en una botellita de&lt;br class='autobr' /&gt;
pepsi y salir a patear hasta la casa de alg&#250;n amigo&lt;br class='autobr' /&gt;
y mientras tanto mirar un par de pibes por la calle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coger con pendejos. Fumar base en la casa del&lt;br class='autobr' /&gt;
Santia. Comprar una birra en la vieja de la vuelta.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chup&#225;rsela a Gast&#243;n. Comer algo. Volver a leer&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Jonathan&#8220; de Blas Matamoro. Conseguir cigarril-&lt;br class='autobr' /&gt;
los. Ensuciar las zapatillas. Sonreirle a un pibe de&lt;br class='autobr' /&gt;
la canchita. Tocar la guitarra. Chup&#225;rsela a Gustavo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tomar otra birra. Pasar por la casa de Rodri. Tomar&lt;br class='autobr' /&gt;
otra birra. Ensuciar m&#225;s las zapatillas. Volver a mi&lt;br class='autobr' /&gt;
rancho y poner &#8220;No pibe&#8220; de Manal a todo volumen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mais &#224; quoi sert Kim Kardashian ?</title>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:33Z</dc:date>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Chronique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Kim Kardashian avec son film porno, sa t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, son compte Instagram, ses tenues, son maquillage, son fric, ses frasques et sa famille, est la v&#233;ritable d&#233;esse de notre temps. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton125.jpg?1731403040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre chroniqueur Ignace Fambeaux d&#233;couvre chaque mois le sens de l'univers dans les plus petits d&#233;tails. Il d&#233;crypte aujourd'hui un ph&#233;nom&#232;ne simple en apparence mais &#224; la complexit&#233; m&#233;taphysique redoutable : Kim Kardashian.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Outre les 150 ans du d&#233;but de la Commune de Paris le 18 mars dernier, un autre anniversaire important n'a pas &#233;t&#233; &#224; mon avis comm&#233;mor&#233; comme il se doit. Trois jours plus tard, on pouvait en effet f&#234;ter les 14 ans de la sex-tape qui a rendu Kim Kardashian c&#233;l&#232;bre. Le 21 mars 2007, la soci&#233;t&#233; de production de film pornographique Vivid sortait le film &lt;i&gt;Kim Kardashian, Superstar&lt;/i&gt;, film&#233; en 2002 dans un h&#244;tel de luxe avec un cam&#233;scope de poche. Il montre la future idole en train d'avoir des relations sexuelles avec Ray J, un chanteur de R&amp;B de seconde zone. Pour Kim, alors seulement connue pour &#234;tre l'une des filles de Robert Kardashian (qui a &#233;t&#233; l'avocat d'O.J. Simpson) et une amie de la starlette Paris Hilton, le succ&#232;s fut total. En octobre de la m&#234;me ann&#233;e, et &#224; la suite du tapage provoqu&#233; par la vid&#233;o, la cha&#238;ne E ! (qui avait d&#233;j&#224; rendu Paris Hilton c&#233;l&#232;bre avec &lt;i&gt;The Simple Life&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;proposait &#224; la famille Kardashian de faire une &#233;mission de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; qui la suivrait dans son quotidien.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L'incroyable famille Kardashian&lt;/i&gt; allait propulser Kim K. au rang des c&#233;l&#233;brit&#233;s de premier plan. Une star &#233;tait n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk2.jpg?1731403023' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant depuis lors, Kim essuie une pluie constante de critiques. Elle serait mat&#233;rialiste et superficielle. Elle donnerait une mauvaise image aux jeunes. Et puis elle n'a pas de talent particulier. Elle n'a pas &#233;t&#233; connue pour son travail. Elle est n&#233;e riche et est devenue connue par un film porno et une &#233;mission de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;. Elle est le cauchemar des m&#233;ritocrates qui soutiennent que tous ceux qui travaillent dur sont r&#233;compens&#233;s, et que les plus hautes places sont occup&#233;es par les plus m&#233;ritants. On dit que Muriel P&#233;nicaud fait de la t&#233;tanie en entendant son nom. M&#234;me Barack Obama la critique !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk6_flippant_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk6_flippant_.jpg?1731403024' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son existence est une insulte envers une soci&#233;t&#233; qui glorifie le travail acharn&#233; et le m&#233;rite. Ce que Kim K. nous fait comprendre, c'est que la conception courante que nous avons de la vedette pose probl&#232;me. Elle est ce cas limite qui nous fait interroger ce concept qui semble anodin et simple &#224; comprendre, mais qui est pourtant tr&#232;s complexe, plein de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques et d'arguties th&#233;ologiques. En effet, notre image de la vedette comme connue pour son talent (la chanteuse chante, l'acteur joue la com&#233;die, le footballeur joue au foot, etc.) rentre en contradiction frontale avec l'existence de Kim K. connue &lt;i&gt;pour rien&lt;/i&gt;, et pourtant vedette de premier plan. Elle semble &#234;tre une gigantesque anomalie, une grande supercherie, dans un syst&#232;me de divertissement m&#233;diatique devenu fou. Mais alors, &#224; quoi sert Kim Kardashian ? Comment comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_370 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk5.jpg?1731403024' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut remonter au d&#233;but du Xxe si&#232;cle &#224; la naissance du star-syst&#232;me moderne. Selon la sociologue Eva Illouz, c'est &#224; cette &#233;poque qu'apparait le &lt;i&gt;capitalisme scopique&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. C'est le moment o&#249; l'&#233;conomie s'empare du regard et de la repr&#233;sentation comme potentiellement g&#233;n&#233;rateurs de profit. Et les premi&#232;res stars viendront du cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie du film tout juste naissante inventera de toute pi&#232;ce le star-system &#224; des fins &#233;conomiques. Alors que jusque-l&#224; les films ne mentionnaient jamais le nom de ses interpr&#232;tes, &#224; partir des ann&#233;es 10 &#233;mergeront les vedettes du cin&#233;ma comme strat&#233;gie commerciale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Esquenazi, &#171; Du star system au people &#187;, Communication [En (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il s'agit de tirer un avantage &#233;conomique du fait que les spectateurs viennent voir un film non pas pour son histoire ou la qualit&#233; de sa r&#233;alisation, mais bien plus pour la star qui joue dedans. D&#232;s le d&#233;part, il est clair que c'est la star qui est premi&#232;re par rapport au film, celui-ci n'&#233;tant que le v&#233;hicule de ce qu'elle repr&#233;sente, de sa personnalit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cr&#233;er et entretenir des stars et vendre l'image d'une star plut&#244;t que vendre des films est donc un mod&#232;le &#233;conomique ancien, et c'est dans l'essence de l'industrie du cin&#233;ma de fonctionner ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'actrice et grande star hollywoodienne Bette Davis est &#224; ce propos &#233;difiant. Alors qu'elle fut d'abord pr&#233;sent&#233;e par le service presse de son studio comme &#171; coquette &#187; et qu'on lui faisait jouer des r&#244;les d'honn&#234;tes bourgeoises, sa carri&#232;re ne d&#233;collait pas. Alors d&#233;laiss&#233;e, elle interpr&#233;ta pour un autre studio le r&#244;le d'une femme fatale. Ce fut un grand succ&#232;s, et en peu de temps son image publique et sa biographie furent remodel&#233;es. Elle jouera donc par la suite des r&#244;les adapt&#233;s &#224; sa &#171; nouvelle &#187; personnalit&#233; de &lt;i&gt;vamp&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De m&#234;me, l'actrice Mary Pickford, appel&#233;e la &#171; petite fianc&#233;e de l'Am&#233;rique &#187;, devint extr&#234;mement populaire en jouant des r&#244;les de jeunes filles innocentes, au point qu'elle fut cantonn&#233;e &#224; jouer des r&#244;les d'adolescentes jusqu'&#224; l'&#226;ge de quarante ans.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk10.jpg?1731403023' width='500' height='625' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi il y a d'abord la vedette avec sa personnalit&#233;, son histoire et son image publique, fa&#231;onn&#233;es par l'industrie du film, et seulement &lt;i&gt;ensuite&lt;/i&gt; il y a l'actrice ou l'acteur qui joue la com&#233;die. La vedette de cin&#233;ma passe donc son temps &#224; jouer son propre r&#244;le de star qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; en feignant de jouer un autre r&#244;le.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La fiction est donc partout : dans le personnage jou&#233; dans le film, et dans le personnage public qui a tout d'un personnage de roman. De ce fait, la vedette repr&#233;sente de mani&#232;re souvent st&#233;r&#233;otyp&#233;e un trait de personnalit&#233; : &#171; rebelle &#187;, &#171; dr&#244;le &#187;, &#171; innocent &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La star de cin&#233;ma est en quelque sorte la matrice du vedettariat moderne. Ce mod&#232;le s'est r&#233;pandu &#224; de nombreux domaines : la musique, l'art, la mode, la politique, l'universit&#233;, etc. Ce mode de fonctionnement est par exemple tout &#224; fait visible dans le sport : certains sportifs sont devenus de tr&#232;s grandes vedettes, au m&#234;me titre que les stars de cin&#233;ma, mais cela n'est pas toujours li&#233; &#224; leurs grandes performances sportives, mais bien plus &#224; leur personnalit&#233; qui les rend tr&#232;s populaires. Les publicitaires sont tr&#232;s friands de ces personnages publics, charg&#233;s d'incarner la force, la virilit&#233; ou au contraire avoir un c&#244;t&#233; sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk7.jpg?1731403024' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce vedettariat venu du cin&#233;ma mod&#232;le &#224; pr&#233;sent notre soci&#233;t&#233;. Elle est une strat&#233;gie commerciale tellement efficace qu'elle s'est &#233;tendue dans tous les domaines, et a form&#233; de ce fait une sorte de monde parall&#232;le, une mythologie aux effets bien r&#233;els. Elle est un branchement entre l'imp&#233;ratif capitaliste de cr&#233;er de la valeur, de faire de l'argent avec de l'argent, et les repr&#233;sentations f&#233;tiches que la soci&#233;t&#233; se donne d'elle-m&#234;me. Le star-system est l'Olympe moderne. Les vedettes sont les saints du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les vedettes existent pour figurer des types vari&#233;s de styles de vie et de styles de compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233;, libres de s'exercer globalement &#187;, disait Guy Debord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La soci&#233;t&#233; du spectacle, &#167;60&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La star est donc l'incarnation d'un mode de vie, d'une personnalit&#233;, qui repr&#233;sente une certaine mani&#232;re de consommer parmi d'autres. &#171; La vedette de la consommation, tout en &#233;tant ext&#233;rieurement la repr&#233;sentation de diff&#233;rents types de personnalit&#233;, montre chacun de ces types ayant &#233;galement acc&#232;s &#224; la totalit&#233; de la consommation, et y trouvant pareillement son bonheur. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La soci&#233;t&#233; du spectacle, &#167;61&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle est intrins&#232;quement li&#233;e au monde de la consommation, et se charge d'incarner tous les types de personnalit&#233;s id&#233;ales comme autant de march&#233;s diff&#233;rents &#224; cibler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk8.jpg?1731403024' width='500' height='466' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Kim Kardashian n'est donc pas un nouveau type de star, qui serait connue &lt;i&gt;pour rien.&lt;/i&gt; Elle est la forme la plus pure de vedette. Dans ce monde r&#233;ellement renvers&#233;, o&#249; ce qui compte est ce que la vedette repr&#233;sente et non ce qu'elle fait, Kim K. ne s'embarrasse pas de talent ou de travail qui viendrait l&#233;gitimer socialement son statut de star. Elle est une vedette &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;, elle n'est connue que pour sa personnalit&#233;, pour ce qu'elle repr&#233;sente, et n'a pas besoin de le justifier par une quelconque activit&#233; qui servirait de vernis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle jette une lumi&#232;re crue sur ce qu'est une vedette. Ce vernis de l&#233;gitimation sociale n'est l&#224; que pour cacher notre embarras, ce que nous refusons de voir : &lt;i&gt;nous vivons dans un monde magique&lt;/i&gt;, et nos actions sont guid&#233;es par des f&#233;tiches que nous pla&#231;ons dans le ciel, que nous idol&#226;trons et dans lesquels nous projetons des qualit&#233;s surhumaines. Vouloir que les vedettes &lt;i&gt;aient l'air &lt;/i&gt;utiles est une mani&#232;re de les ramener &#224; quelque chose de mat&#233;riel, de se faire croire que cette dimension surnaturelle n'est pas pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nos vies sont guid&#233;es par des abstractions et des f&#233;tiches. Nous nous soumettons &#224; l'imp&#233;ratif abstrait de la valorisation capitaliste, comme nous idol&#226;trons des figures mythiques qui sont un moyen de nous repr&#233;senter nous-m&#234;mes et de nous repr&#233;senter la soci&#233;t&#233;. Kim Kardashian avec son corps qui exag&#232;re la f&#233;minit&#233;, et son maquillage en contouring qui lui remod&#232;le le visage, est un totem, une sculpture aux formes tr&#232;s stylis&#233;es sens&#233;e incarner un id&#233;al. De m&#234;me, Kim Kardashian qu'on le veuille ou non, et qu'importe les critiques qu'on pourra lui faire, existera toujours &lt;i&gt;tant qu'elle rapportera de l'argent&lt;/i&gt; et qu'elle sera compatible avec l'imp&#233;ratif de valorisation capitaliste qui est le seul qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/kimk9.jpg?1731403024' width='500' height='523' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Kim K. est inutile, au sens que lui donnent les m&#233;ritocrates. Pourtant, notre soci&#233;t&#233; n'est pas r&#233;gie par l'utilit&#233;, mais la valorisation. Elle n'est pas utile donc, pourtant elle est centrale. Elle est l'antique f&#233;tichisme adapt&#233; au capitalisme. Kim Kardashian avec son film porno, sa t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, son compte Instagram, ses tenues, son maquillage, son fric, ses frasques et sa famille, est la v&#233;ritable d&#233;esse de notre temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ignace Fambeaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le 26/03/2021&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Toutes les photos proviennent du compte Instagram de Kim Kardashian)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/culture/2013/08/13/03004-20130813ARTFIG00324-barack-obama-contre-la-famille-kardashian.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/culture/2013/08/13/03004-20130813ARTFIG00324-barack-obama-contre-la-famille-kardashian.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/lamour-une-histoire-sans-fin-eva-illouz-est-linvitee-des-matins&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/lamour-une-histoire-sans-fin-eva-illouz-est-linvitee-des-matins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Esquenazi, &#171; Du star system au people &#187;, Communication [En ligne], Vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27/1 | 2009, mis en ligne le 05 juin 2013, consult&#233; le 22 mars 2021. URL :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/communication/1247&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/communication/1247&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/communication.1247&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle, &#167;60&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, &#167;61&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Galaxie de l'hospitalit&#233;</title>
		<link>https://trounoir.org/Galaxie-de-l-hospitalite</link>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tel Ulysse, nous naviguerons entre vertu, droit, harmonie, obligation, r&#233;volution&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton124.jpg?1731403040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre texte est une exploration de la notion d'hospitalit&#233; sous le patronage du &lt;i&gt;Zeus hospitalier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; SchererZeus hospitalier, &#233;loge de l'hospitalit&#233; collection essai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Ren&#233; Sch&#233;rer auquel nous empruntons nombre de r&#233;flexions. Mais alors que celui-ci se compose de deux grandes parties, n&#233;buleuse et constellation, pour rendre compte des diff&#233;rents aspects de l'hospitalit&#233;, nous leur pr&#233;f&#233;rons le terme de galaxie, plus &#224; m&#234;me d'exposer et de d&#233;velopper la vision du monde qu'il charrie dans son sillage. Contrairement &#224; notre figure tut&#233;laire, nous n'emprunterons pas la voie de l'utopie trop encline de nos jours &#224; apprivoiser des formes de contentements au sein d'un monde devenu irrespirable. C'est l'aspect irr&#233;cup&#233;rable de l'hospitalit&#233; qui, &#224; nos yeux, en fait sa valeur. Maintes et maintes fois r&#233;appropri&#233;, institu&#233;, confisqu&#233;, le geste hospitalier renait toujours de ses cendres alors qu'on le croyait &#233;teint. Il est cette &#233;tincelle contribuant &#224; briser les digues du pr&#233;sent, ses impossibilit&#233;s. Chercher dans le pass&#233;, les mythes et jusqu'aux confins du monde les &#233;l&#233;ments &#233;pars, d'un homme ou d'une soci&#233;t&#233;, disparates et singuliers, formant cette vision du monde, cette unit&#233; du regard. C'est elle qui va permettre de faire de l'hospitalit&#233; un &#233;l&#233;ment politique de premier plan, une conjuration de l'&#201;tat et de son humanisme statistique, une ouverture des c&#339;urs et des esprits indispensables contre la haine et la peur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; est une vertu h&#233;rit&#233;e. Le sens moral, int&#233;rieur, individuel qu'il rev&#234;t aujourd'hui est le fruit de longs bouleversements sociaux, de changements des rapports entre les hommes, de visions du monde. Pour la comprendre, nous allons explorer ses fils historiques, mythiques et anthropologiques, abolir les fronti&#232;res de l'espace et du temps. Les extr&#234;mes en viennent &#224; co&#239;ncider : le lointain ou ce qui vient de l'&#233;tranger et le prochain qui se pr&#233;sente sur le seuil. Geste inaugural de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Si loin et si pr&#232;s de nous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rituel hospitalier tient une place &#224; part dans les temps h&#233;ro&#239;ques de la Gr&#232;ce narr&#233;s par Hom&#232;re. C'est l&#224; que notre aventure commence. Chacun des chants de l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; est consacr&#233; &#224; une hospitalit&#233; au moins, car celle-ci jalonne l'espace des rencontres et de l'errance du h&#233;ros Ulysse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rituel d&#233;bute par une c&#233;r&#233;monie de r&#233;ception. On restaure l'&#233;tranger, puis celui-ci est invit&#233; &#224; prendre un bain et &#224; se d&#233;lasser avant de retrouver son h&#244;te pour faire le r&#233;cit de son voyage et se pr&#233;senter puis on tient festin et le cas &#233;ch&#233;ant les f&#234;tes en son honneur. On installe sa couche pr&#232;s de l'entr&#233;e. Des pr&#233;sents de d&#233;part y sont d&#233;pos&#233;s &#224; son intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie du rituel est anonyme. Nul ne songe &#224; questionner l'&#233;tranger avant que celui-ci soit restaur&#233; et repos&#233;. L'h&#244;te arrivant est entour&#233; d'un respect universel et inviolable et plac&#233; sous la protection de Zeus hospitalier, dieu du foyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hospitalit&#233; l&#233;gendaire des B&#233;douins accueillant les voyageurs &#233;gar&#233;s n'a pas d'autres motifs. Celui qui inopin&#233;ment se pr&#233;sente &#224; vous a toujours sa place r&#233;serv&#233;e sous la tente. Il est l'envoy&#233; de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alt&#233;rit&#233; radicale de l'&#233;tranger provient de son statut. Il peut &#234;tre un dieu prenant les apparences d'un voyageur, une repr&#233;sentation de l'inconnu voire un ennemi. L'incertitude que repr&#233;sente l'&#233;tranger se dissipe au moment o&#249; le statut de celui-ci peut enfin &#234;tre qualifi&#233;. Claude L&#233;vi-Strauss souligne qu'entre l'&#233;tranger et le concitoyen, il existe toute une s&#233;rie d'interm&#233;diaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Levi-Strauss, 1949 La politique &#233;trang&#232;re d'une soci&#233;t&#233; primitive. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;tranger peut &#234;tre v&#233;cu sur diff&#233;rents modes tels la diff&#233;rence (&#224; comprendre), l'anomalie (&#224; corriger), le danger (&#224; &#233;liminer), le nouveau venu (&#224; initier), l'ennemi (&#224; combattre), le voyageur (&#224; prot&#233;ger), l'invit&#233; (&#224; accueillir), l'&#233;trange &#224; familiariser. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'hospitalit&#233; impose une identit&#233; d'invit&#233;, et endigue son &#233;tranget&#233; comme le d&#233;crit Nietzsche dans Aurore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Nietzsche Aurore, Pens&#233;es sur les pr&#233;jug&#233;s moraux 1881 Livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Le sens qu'il faut pr&#234;ter aux usages de l'hospitalit&#233;, c'est de paralyser l'inimiti&#233; chez l'&#233;tranger ; d&#232;s que, chez lui, on ne sent plus avant tout l'ennemi, l'hospitalit&#233; diminue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; du statut de l'&#233;tranger est marqu&#233;e jusque dans les mots. Le mot grec &lt;i&gt;xenos&lt;/i&gt; d&#233;signe aussi bien l'h&#244;te accueillant que l'h&#244;te &#233;tranger. &lt;i&gt;Hospes&lt;/i&gt; en latin correspond &#233;galement &#224; cette double d&#233;signation, celui qui re&#231;oit et celui qui est accueilli. Sens double issu de &lt;i&gt;hostis&lt;/i&gt; qui a fini par d&#233;signer uniquement l'ennemi. Ren&#233; Scherer note qu'une chaine s&#233;mantique peut &#234;tre tendue, qui conduit de l'ennemi &#233;tranger &#224; l'ami, par l'entremise de l'h&#244;te, autour du pivot n&#233;cessairement r&#233;versible de l'&lt;i&gt;hospes&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;xenos&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'h&#244;te est donc l'&#233;tranger, l'inconnu, l'ennemi m&#234;me, qui pourtant devient l'ami sacr&#233; avec lequel se nouent des liens scell&#233;s dans des &#233;changes de cadeaux ou, comme on le sait, dans de v&#233;ritables pactes symbolis&#233;s par les tess&#232;res. Les deux parties de celle-ci gardent quelque chose de l'intensit&#233; des dons primitifs, de ces &lt;i&gt;xenia&lt;/i&gt; qui, d'h&#244;te &#224; h&#244;te, transmettent un souffle de vie et de puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer Zeus hospitalier page 149&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pitt-Rivers r&#233;sume la loi de l'hospitalit&#233; par la substitution du conflit par la r&#233;ciprocit&#233; de l'honneur. Similaire &#224; la logique du don et du contre-don, le lien avec l'autre repose sur l'attente d'une hospitalit&#233; rendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'&#233;crit Marcel Mauss &#224; propos de la &lt;i&gt;kula&lt;/i&gt; trobriandaise : &#171; En apparence, tout au moins, le &lt;i&gt;kula&lt;/i&gt; &#8212; comme le potlatch nord-ouest am&#233;ricain &#8212; consiste &#224; donner, de la part des uns, &#224; recevoir, de la part des autres, les donataires d'un jour &#233;tant les donateurs de la fois suivante. M&#234;me, dans la forme la plus enti&#232;re, la plus solennelle, la plus &#233;lev&#233;e, la plus comp&#233;titive du &lt;i&gt;kula&lt;/i&gt;, celle des grandes exp&#233;ditions maritimes, des Uvalaku ; la r&#232;gle est de partir sans rien avoir &#224; &#233;changer, m&#234;me sans rien avoir &#224; donner, f&#251;t-ce en &#233;change d'une nourriture, qu'on refuse m&#234;me de demander. On affecte de ne faire que recevoir. C'est quand la tribu visiteuse hospitalisera, l'an d'apr&#232;s, la flotte de la tribu visit&#233;e, que les cadeaux seront rendus avec usure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le don peut devenir, &#224; son tour, un danger ou un risque. Mauss, dans son essai sur le don, fait remarquer que le mot &lt;i&gt;gabe&lt;/i&gt;, en allemand, &#224; la m&#234;me racine que &lt;i&gt;gift&lt;/i&gt;, poison, les deux venant de &lt;i&gt;geben&lt;/i&gt;, donner ; et que ce sens double et contraire se trouve aussi dans le &lt;i&gt;dosis&lt;/i&gt; grec, le dos latin qui peuvent &#234;tre des &#171; doses &#187; empoisonn&#233;es. Il en est de m&#234;me de l'exemple c&#233;l&#232;bre du &lt;i&gt;pharmakos&lt;/i&gt; grec, &#224; la fois d&#233;signant l'&#234;tre le plus rejet&#233;, intouchable, et le sacr&#233; salvateur par son sacrifice, poison et rem&#232;de ; ainsi que de la chaine s&#233;mantique qui conduit du latin &lt;i&gt;venenum&lt;/i&gt;, venin, &#224; la gr&#226;ce, &lt;i&gt;venia&lt;/i&gt; et &#224; Venus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., page 149&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme d'hospitalit&#233; est en affinit&#233; avec l'&lt;i&gt;hospitium&lt;/i&gt; romaine. Celle-ci prend plusieurs formes dont celle de l'&lt;i&gt;hospitium publicum&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire celles du peuple romain envers une ville ou &#224; un autre peuple. L'&#233;lasticit&#233; du concept d'hospitalit&#233; oscille entre sa ritualisation et son institutionnalisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'hospitalit&#233; contre l'&#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; se christianise au Moyen &#194;ge autour des pr&#233;ceptes du Christ. L'amour du prochain, de l'inconnu, de l'&#233;tranger vient se fixer dans les pratiques de charit&#233;s. Il consiste en l'accueil des indigents, des voyageurs, des malades au sein des grandes institutions religieuses, des auspices et diff&#233;rentes institutions municipales. &#171; D&#233;tach&#233;e des obligations sociales familiales ou locales, l'hospitalit&#233; prend alors un caract&#232;re public, institutionnel, municipal ou &#233;tatique &#8212; ce que &#171; l'h&#244;pital &#187; comme lieu et institution incarne encore, au moins id&#233;alement. &#187; &#171; H&#244;pital &#187;, &#171; hospice &#187;, &#171; h&#244;tel &#187; sont tous issus du m&#234;me radical, des lieux d'accueil pour l'h&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre une ritualisation individuelle et une institution publique apparait une raison nouvelle. Celle-ci vient corroder la premi&#232;re au nom de la seconde, relativisant la sacralit&#233; de l'hospitalit&#233; au nom d'un int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur momentan&#233;. C'est la raison d'&#201;tat. Elle r&#233;sulte d'un autre rapport au monde ax&#233; sur les nouvelles institutions et hi&#233;rarchies humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julian Pitt-Rivers a associ&#233; l'hospitalit&#233; &#224; des pratiques d'honneur et d'&#233;change social entre des personnes et, au-del&#224; d'elles-m&#234;mes, entre leurs communaut&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julian Pitts-Rivers. &#171; La loi de l'hospitalit&#233; &#187;, Revue Les temps modernes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce qui fonde, &#224; ses yeux la loi de l'hospitalit&#233;. Il s'agit de resituer l'hospitalit&#233; dans des syst&#232;mes de sociabilit&#233; et d'&#233;changes. Se faire un honneur d'accueillir un &#233;tranger. &#201;largir son capital social. Ob&#233;ir au rang auquel appartient mon nom. Anne Gotman souligne que &#171; r&#233;ceptions et invitations entre pairs contribuent toujours, m&#234;me dans une moindre mesure, &#224; l'entretien du capital social et continuent d'alimenter la guerre des positions &#224; tous les &#233;chelons de la soci&#233;t&#233;. L'hospitalit&#233; serait alors cette d&#233;pense qui permet au groupe de se dilater ou de se contracter, de multiplier les rapports entre soi et de circuler des uns vers les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne Gotman La question de l'hospitalit&#233; aujourd'hui. In : Communications, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Kant cherchera &#224; rationaliser l'hospitalit&#233; en l'adaptant &#224; un monde global. L'hospitalit&#233; doit &#234;tre universelle. Elle doit marquer les rapports entre les hommes et les nations dans un monde fini et connu. L'hospitalit&#233; con&#231;ue comme &#171; droit de visite &#187; universel inaugure la libre circulation des hommes dans le monde &#171; en vertu du droit de la commune possession de la surface de la Terre, sur laquelle, puisqu'elle est sph&#233;rique, ils ne peuvent se disperser &#224; l'infini, mais doivent finalement se supporter les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres et dont personne &#224; l'origine n'a plus qu'un autre le droit d'occuper tel endroit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, Vers la paix perp&#233;tuelle, essai philosophique 1795&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, face aux exigences du droit et de la loi qui se d&#233;clinent en garanties et obligations par et pour tout un chacun, l'hospitalit&#233;, dans la mesure o&#249; elle contient une dimension &#233;lective et contingente, se dissipe. Ren&#233; Scherer montre de mani&#232;re d&#233;cisive l'incompatibilit&#233; de l'hospitalit&#233; avec la logique de l'&#201;tat moderne. Cette force, c'est celle de l'&#201;tat-nation qui s'est construite autour d'un droit privatif du sol et de la limitation d'acc&#232;s &#224; son territoire par la cr&#233;ation de fronti&#232;res. &#171; Le national d&#233;j&#224;, par lui-m&#234;me, repr&#233;sente une catastrophe de l'hospitalit&#233;, par suite d'une contradiction insoluble entre les droits de l'homme et ceux de l'&#201;tat. &#187; Il invite &#224; remettre en question l'&#233;tatique et le national. &#171; Tout devrait nous porter &#224;&lt;i&gt; repenser radicalement les pr&#233;suppos&#233;s des &#201;tats&lt;/i&gt;, non seulement des &#201;tats composites, mais de ceux qui se targuent de leur indivisibilit&#233;. &#187; R&#233;fl&#233;chir &#224; l'hospitalit&#233; d&#233;bouche, pour Ren&#233; Scherer &#224; une contestation globale du pouvoir en lui-m&#234;me. &#171; Elle questionne non seulement la nature des &#201;tats, mais leur absence. Elle envisage, comme avenir passionnel et rationnel &#224; la fois, la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; sans &#201;tat selon l'expression de Pierre Clastres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Expression consacr&#233;e par l'ethnologue &#224; des peuples &#171; sauvages &#187;, mais que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supplant&#233;e par le droit dans un nouvel ordre du monde, l'hospitalit&#233; n'en disparait pas pour autant. Elle est cette mani&#232;re sp&#233;cifique d'apprivoiser l'inconnu parmi les hommes, r&#233;tive &#224; toute organisation g&#233;n&#233;rale ou collective de par la singularit&#233; et la contingence qui la fonde. Elle est ce concept qui, en n&#233;gatif, permet de venir interroger les liens et par la m&#234;me le monde des humains. Michel Agier l'utilise de la sorte : que serait un monde sans hospitalit&#233; ? Le monde sans hospitalit&#233;, c'est le camp, paradigme de l'espace politique de notre temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Agier vid&#233;o du Coll&#232;ge de France L'hospitalit&#233; aujourd'hui 2016&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'hospitalit&#233; comme contre-pouvoir &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du XIXe si&#232;cle, l'hospitalit&#233; institutionnalis&#233;e disparait dans les politiques publiques. Les &#201;tats-nations y suppl&#233;ent le terme d'asile comme un des &#233;l&#233;ments des politiques territoriales de protection des territoires et donc de contr&#244;le des migrations. Dans ce contexte, dans notre contexte, l'hospitalit&#233; vient s'opposer &#224; l'accueil. Ce dernier fait r&#233;f&#233;rence aux politiques publiques et aux institutions, c'est-&#224;-dire aux autorit&#233;s administratives, alors que l'hospitalit&#233;, si elle retrouve une port&#233;e individuelle, &#233;thique, contingente, pointe les manques de l'&#201;tat et par-l&#224; incarne la critique de celui-ci. L'accueil mis en place par l'&#201;tat prend donc le sens d'inhospitalit&#233;. Cette opposition se retrouve dans les cas de d&#233;lits de solidarit&#233; ou d'hospitalit&#233; (expression utilis&#233;e pour d&#233;noncer les poursuites et les condamnations de celles et ceux qui viennent en aide &#224; des personnes &#233;trang&#232;res en situation irr&#233;guli&#232;re en France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Agier note avec &#233;tonnement un retour en Europe de l'hospitalit&#233;. Sous des formes individuelles en premier lieu, gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, les rencontres et les &#233;changes permettent une mise en relation entre des personnes voulant accueillir et d'autres ayant besoin d'&#234;tre accueillis. Mais aussi gr&#226;ce aux associations dispensant conseils juridiques et soutien pratique pour les personnes accueillant migrants, r&#233;fugi&#233;s ou demandeurs d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition tr&#232;s politique entre hospitalit&#233; et accueil public se retrouve &#233;galement &#224; un niveau municipal. Certaines villes apparaissent hostiles aux migrants comme la ville de Calais, et d'autres comme celle de Grand-Sainte dont le maire a fond&#233; un r&#233;seau des villes hospitali&#232;res mettent en place des politiques hospitali&#232;res &#171; Sur le territoire de ma commune, personne ne doit mourir de faim et de froid. Donc j'offre un abri correct &#187;. Si des communes acceptent une confrontation avec l'&#201;tat, c'est que le territoire de la commune est un espace r&#233;el auquel les gens sont confront&#233;s au quotidien. L'exp&#233;rience de la rencontre est r&#233;elle. Alors que l'&#201;tat n'est qu'abstraction, s&#233;rie de chiffres dans sa mise en place d'une politique d'accueil. &#192; ce propos, Patrick Boucheron, soulignant qu'il s'agit bien l&#224; qu'une question politique invite tout un chacun &#224; prendre position sur cette question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Boucheron vid&#233;o du Coll&#232;ge de France R&#233;fugi&#233;s et hospitalit&#233; 2016&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; acquiert donc un statut de contre-pouvoir. &#192; la fois, critique des politiques publiques et cr&#233;ations de r&#233;seaux construits autour d'affinit&#233;s &#233;lectives. L'hospitalit&#233; est un processus permanent. Il est effraction permanente des politiques publiques. Anne Gotman indique que &#171; l'&#201;tat comme la famille tend &#224; r&#233;duire les ouvertures, qui sont d&#232;s lors p&#233;riodiquement &#224; rouvrir, par la force, par l'infraction aux r&#232;gles, &#224; la marge des institutions, ou en les d&#233;tournant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne Gotman La question de l'hospitalit&#233; aujourd'hui&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'hospitalit&#233; en ce sens est principe de r&#233;ouverture et de relance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Se perdre dans l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; vient poser une limite aux droits de l'homme. S'ils suscitent l'unanimit&#233; dans nos contr&#233;es, c'est au nom de valeur morale abstraite et g&#233;n&#233;rique qui ne trouvent pas de chemin praticable dans la vie de chacun. L'hospitalit&#233; permet la rencontre avec l'&#233;tranger qui est sur le seuil, c'est-&#224;-dire sur le chemin individuel de chacun. En tant que tel, il est le prochain. Celui que l'on s'appr&#234;te &#224; connaitre, mais aussi, celui qui vient de loin. Prochain et lointain se confondent sur le seuil. Et Ren&#233; Scherer ajoute que &#171; le prochain est odieux et fait d&#233;sirer le lointain, quand l'amour du prochain se r&#233;sume en la pr&#233;f&#233;rence visc&#233;rale accord&#233;e &#224; sa famille, ses voisins, ses coreligionnaires, ses conationaux, ses coraciaux, sur &#034;les autres&#034;, &#034;les &#233;trangers&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; est le processus par lequel l'h&#244;te accueillant, qui domine le rapport face &#224; l'&#233;tranger de par sa situation mat&#233;rielle, accepte de se d&#233;centrer, de suspendre sa situation, de bifurquer pour laisser une place &#224; celui qui se pr&#233;sente. C'est le sens de la formule de Proudhon : &#171; Une seule chose nous reste de l'antique hospitalit&#233; : c'est ce mouvement de sympathie personnelle qui, en dehors des relations l&#233;gales, porte, en tous pays, certains hommes &#224; rechercher l'&#233;tranger, &#224; lui offrir leurs services, &#224; l'admettre dans leur intimit&#233;, &#224; le couvrir de leur propre consid&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple de renversement radical op&#233;r&#233; par la politisation et le d&#233;centrement permis par l'hospitalit&#233; s'incarne dans le discours du Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire &#224; propos des &#233;trangers en g&#233;n&#233;ral et des Arabes en particulier. On peut ainsi lire dans le n&#176; 12 du journal TOUT : &#171; Nous sommes plus de 243 salopes, nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TOUT ! Ce que nous voulons : tout ! n&#176;12 printemps 1971&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut comprendre ici que les homosexuels, en situation marginale dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, sont les plus capables de se d&#233;centrer de leur r&#244;le et de faire une place &#224; l'&#233;tranger. Cette prise de position signe une esquisse de strat&#233;gie hospitali&#232;re, &#224; la fois politique et pratique. Cette strat&#233;gie est immortalis&#233;e par Guy Hocquenghem, &#224; la premi&#232;re personne, dans &lt;i&gt;La beaut&#233; du M&#233;tis&lt;/i&gt; : &#171; Pourquoi la plupart de mes amis, de mes amants sont-ils &#233;trangers ? Pourquoi n'est-ce qu'avec eux que je me sens enfin arrach&#233; au plat, au prosa&#239;que, au m&#233;diocre ? Oui, j'ai eu plus d'amis, plus d'amants &#224; l'&#233;tranger, de l'&#233;tranger que je n'en aurai jamais parmi mes compatriotes. Peut-&#234;tre m&#234;me ne suis-je &#8216;homosexuel', comme on dit vilainement, que comme une mani&#232;re d'&#234;tre &#224; l'&#233;tranger, je veux dire une mani&#232;re de lui appartenir et d'&#234;tre chez lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Hocquenghem La beaut&#233; du m&#233;tis : r&#233;flexions d'un francophobe, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accueillir l'alt&#233;rit&#233;, trouver l'autre en soi. Geste inaugural du lien politique. Dans le tract &#171; &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Pedes-plutot-que-Francais&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;d&#233; plut&#244;t que fran&#231;ais&lt;/a&gt; &#187; distribu&#233; &#224; l'occasion de la prise de t&#234;te du cort&#232;ge de la marche des fiert&#233;s de Bordeaux en 2017 et publi&#233; dans Lundi.am, on pouvait lire : &#171; P&#233;d&#233;s plut&#244;t que fran&#231;ais. Cela signifie que nous choisissons le d&#233;sir et la volont&#233; au lieu d'un peuple qui ne se reconna&#238;t que par son angoisse diffuse. (&#8230;) Nos d&#233;sirs sont trop forts et trop importants (&#8230;) Il faut que nous apprenions &#224; reconna&#238;tre les impasses o&#249; l'on veut nous confiner. Nos d&#233;sirs sont trop forts et trop importants, moralement, politiquement. Ces hommes que nous d&#233;sirons, ces autres, cette alt&#233;rit&#233; supr&#234;me du type crois&#233; &#224; la sortie d'un cin&#233;ma, celui aper&#231;u dans les vapeurs du sauna, entre les buissons des tuileries, &#224; travers la fen&#234;tre de grindr, ou encore ce camarade insoup&#231;onn&#233; qui se d&#233;voile quand la nuit tombe ; on ne sait rien, mais on pressent tout, arch&#233;type de l'enfance, on pressent &#224; quoi peuvent servir nos bouches, nos culs, nos langues, nos souplesses et nos souffles, pas besoin d'&#233;ducation sexuelle ou de porno pour apprendre cela, dans ces endroits myst&#233;rieux o&#249; l'autre nous renvoie, nous accule, aux premiers instincts de notre &#234;tre qui nous indiquent que nous &#233;tions politiques avant m&#234;me qu'on se le dise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce profond d&#233;centrement politique permettant la rencontre que Jean Genet exprime dans son entretien avec Hubert Fichte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet L'ennemi d&#233;clar&#233;, Textes et entretiens choisis 1970-1983 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; J'&#233;tais imm&#233;diatement tellement l'&#233;tranger (&#8230;) Je ne pouvais me retrouver que dans les opprim&#233;s r&#233;volt&#233;s contre le Blanc. Je suis peut-&#234;tre un Noir qui a les couleurs blanches et roses, mais un Noir. Je ne connais pas ma famille &#187; ou encore &#171; je n'aurais peut-&#234;tre pas soutenu la cause du F.L.N. si je n'avais pas couch&#233; avec des Alg&#233;riens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Scherer fait de cette sensibilit&#233;, de ce rapport au monde et aux autres les signes de &#171; caract&#232;res sup&#233;rieurs en puissance, c'est-&#224;-dire pouvant convoquer simultan&#233;ment le plus de passions (&#8230;) ou encore ceux qui peuvent indiff&#233;remment passer de l'un &#224; l'autre sexe, alternativement ou simultan&#233;ment masculins et f&#233;minins, &#8220;ambigus&#8221;, occupant les passages et les transitions. Seuls ils sont capables d'accomplir des prodiges de vertu amoureuse ou d'assumer la coh&#233;sion des groupes. Caract&#232;res &#233;minemment hospitaliers, par l'errance des affects, ou par sa capacit&#233; de se mettre au ton des autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer Zeus hospitalier&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre peur de comprendre un autre point de vue que le n&#244;tre masque la peur plus profonde d'&#234;tre absorb&#233; par celui-ci, qu'il s'av&#232;re contagieux et que la pens&#233;e de l'ennemi pr&#233;sum&#233; nous contamine d'une fa&#231;on qui nous mette en p&#233;ril moralement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, Vie pr&#233;caire. Les pouvoirs du deuil et de la violence apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec ces mots que Judith Butler exprime l'aspect ambivalent de la vuln&#233;rabilit&#233; de chacun. Or, comme nous venons de le voir, une vision politique se construit toujours par une forme d'exposition de soi, de mise en jeu. Cette ambivalence c'est aussi celle de l'h&#244;te. Aux apparences qui correspondent &#224; un rituel, un protocole, un sens plus profond vient bouleverser les distances et les r&#244;les. Accueillir l'autre chez soi, accueillir l'autre en soi, faire l'exp&#233;rience de la rencontre est l'exp&#233;rience originaire par excellence. Selon les bons mots de Walter Benjamin : &#171; L'origine ne d&#233;signe pas le devenir de ce qui est n&#233;, mais bien ce qui est en train de na&#238;tre dans le devenir et le d&#233;clin. L'origine est un tourbillon dans le fleuve du devenir, et elle entraine dans son rythme la mati&#232;re de ce qui est en train d'apparaitre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin Origine du drame baroque allemand, Paris, Flammarion, coll. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; est le kairos, le moment volontaire de l'opportunit&#233;. C'est un temps fragile puisque nous sommes toujours susceptibles de le &#171; rater &#187;. C'est l'instant o&#249; chacun baisse sa garde et se rend vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; est un regard nouveau sur l'humanit&#233;. Ce qui permet de rapprocher les hommes entre eux, ce ne sont pas les peuples, les &#233;tats, les nations, les langues, les ethnies, mais cette part d'eux m&#234;me qui cherchent &#224; les fuir. La part sauvage de chaque &#234;tre qui n'a pas encore &#233;t&#233; colonis&#233; par la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; est un geste, pratique et symbolique, de d&#233;fiance et d'accueil. Accueillir une id&#233;e, une personne, une caresse, un groupe r&#233;v&#232;le immanquablement un rapport de force, une prise de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du c&#244;t&#233; de l'hospitalit&#233; qu'il nous faut puiser pour d&#233;passer les binarismes moraux, les oppositions st&#233;riles. Elle permet d'op&#233;rer des renversements et de prolonger avec d'autres les gestes qui ont &#233;t&#233; faits envers nous, construisant une politique singuli&#232;re, unique se d&#233;fiant de toute autorit&#233; et particuli&#232;rement de celle &#233;tablissant des crit&#232;res hi&#233;rarchiques entre les &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;DIVA&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Scherer&lt;i&gt;Zeus hospitalier, &#233;loge de l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; collection essai philosophique Editions de la table ronde 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Levi-Strauss, 1949 &lt;i&gt;La politique &#233;trang&#232;re d'une soci&#233;t&#233; primitive&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin Boudou &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments pour une anthropologie politique de l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; &#034;Revue du MAUSS&#034; &#201;ditions La D&#233;couverte 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Nietzsche &lt;i&gt;Aurore, Pens&#233;es sur les pr&#233;jug&#233;s moraux&lt;/i&gt; 1881 Livre quatri&#232;me, &#167;319&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer &lt;i&gt;Zeus hospitalier&lt;/i&gt; page 149&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id., page 149&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julian Pitts-Rivers. &lt;i&gt;&#171; La loi de l'hospitalit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Revue Les temps modernes&lt;/i&gt; n&#176;253, juin 1957&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne Gotman &lt;i&gt;La question de l'hospitalit&#233; aujourd'hui&lt;/i&gt;. In : Communications, 65, 1997. L'hospitalit&#233;.pp. 5-19 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, &lt;i&gt;Vers la paix perp&#233;tuelle, essai philosophique&lt;/i&gt; 1795&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Expression consacr&#233;e par l'ethnologue &#224; des peuples &#171; sauvages &#187;, mais que nous pourrions, &#224; bien des titres, et devant la faillite patente des Etats, reprendre &#224; notre compte &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Agier vid&#233;o du Coll&#232;ge de France &lt;i&gt;L'hospitalit&#233; aujourd'hui&lt;/i&gt; 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Boucheron vid&#233;o du Coll&#232;ge de France &lt;i&gt;R&#233;fugi&#233;s et hospitalit&#233;&lt;/i&gt; 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne Gotman &lt;i&gt;La question de l'hospitalit&#233; aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TOUT ! Ce que nous voulons : tout ! n&#176;12 printemps 1971&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Hocquenghem &lt;i&gt;La beaut&#233; du m&#233;tis&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;r&#233;flexions d'un francophobe&lt;/i&gt;, Paris, Ramsay, 1979&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet &lt;i&gt;L'ennemi d&#233;clar&#233;, Textes et entretiens choisis 1970-1983&lt;/i&gt; Gallimard 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer &lt;i&gt;Zeus hospitalier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &lt;i&gt;Vie pr&#233;caire. Les pouvoirs du deuil et de la violence apr&#232;s le 11 septembre 2001&lt;/i&gt;, Paris, Amsterdam, 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin &lt;i&gt;Origine du drame baroque allemand,&lt;/i&gt; Paris, Flammarion, coll. &#171; Champs essais &#187;, 1985&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Nous sommes une contradiction interne &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;</title>
		<link>https://trounoir.org/Nous-sommes-une-contradiction-interne-a-la-societe</link>
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		<dc:date>2021-03-27T21:34:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Archive</dc:subject>
		<dc:subject>FHAR</dc:subject>
		<dc:subject>[Avant-Hier]</dc:subject>
		<dc:subject>Guy Hocquenghem</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interventions historiques lors d'une assembl&#233;e du FHAR au printemps 1971 immortalis&#233;es par Carole Roussopoulos.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-TREIZE-" rel="directory"&gt;TREIZE&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-+" rel="tag"&gt;Archive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-FHAR-+" rel="tag"&gt;FHAR&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Avant-Hier-48-+" rel="tag"&gt;[Avant-Hier]&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Guy-Hocquenghem-+" rel="tag"&gt;Guy Hocquenghem&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton111.jpg?1731403040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des assembl&#233;es du FHAR &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts, nous h&#233;ritons d'une mythologie radicale et scandaleuse. Et pourtant, malgr&#233; les d&#233;tails fournis par les &#171; anciens &#187;, la teneur de ces moments nous reste largement inconnue. On a beaucoup entendu parler des Gazolines pourchassant de leur courroux les visages influants, des quasi-orgies dans les couloirs ou des s&#233;ances psy collectives. Alors que Fran&#231;oise d'Eaubonne rappelait &#224; notre m&#233;moire que le FHAR &#233;tait avant tout un groupe d'action, c'est une vid&#233;o de Carole Roussopoulos qui vient en partie r&#233;pondre &#224; nos interrogations concernant les assembl&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Habitu&#233;s que nous sommes aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;ralistes des syndicats, ou &#224; celles &#171; bureaucratis&#233;es &#187; des universit&#233;s, nous ne devons pas croire, avec trop de facilit&#233;, connaitre cette situation dont t&#233;moigne Carole Roussopoulos. Comment r&#233;ussir &#224; exprimer le courage d'&#234;tre l&#224; en pr&#233;sence et d'entendre dans la bouche d'une autre ce que l'on peut ressentir de plus intime ? De s'affirmer homosexuel &#224; une &#233;poque o&#249; cela provoquait immanquablement humiliations et ratonnades. &lt;br class='autobr' /&gt; Accompagnant les luttes de la d&#233;cennie rouge, Carole Roussopoulos, cam&#233;ra au poing, ne produit pas de film, mais fournit aux anonymes l'occasion de s'exprimer. Non pas &#224; la mani&#232;re d'un documentaire, mais dans l'&#233;galit&#233; des regards, dans cet espace des luttes o&#249; chacun est un camarade. Documentation pure, cette vid&#233;o est une archive de premier plan transcrivant l'importance d'un d&#233;veloppement strat&#233;gique dans les discours, de visages incarnant paroles et id&#233;es, de mises en jeu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=WgN_iZLJTMs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=WgN_iZLJTMs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Les p&#233;d&#233;s dans la rue !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous sommes un fl&#233;au social !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;A bas les phallocrates !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions faire quelque chose d'assez diff&#233;rent de ce qui existait des mouvements homosexuels. Jusqu'ici il n'y avait eu que la constitution d'un certain nombre de ghettos. Tr&#232;s peu en Europe, mais enfin, pas mal en Am&#233;rique. Ghettos genre : dancing, endroit ou on peut faire des rencontres pour baiser, mais surtout un endroit ou enfin nous lib&#233;rons les rues au lieu de montrer notre sexualit&#233; d&#233;goutante, autant que nous soyons parqu&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, &#231;a ne nous plaisait pas. Ce que nous avons voulu, c'est avoir un contact avec les autres. Ce qu'on nous refusait. Et justement nous nous sommes demand&#233; pourquoi on nous refusait ce contact ? Pourquoi nous ne pouvions pas parler avec les gens ? &#201;videmment l'habitude de ne pas parler faisait que nous n'y arrivions pas d'ailleurs au d&#233;but. Pourquoi est-ce que l'on nous emp&#234;che de parler avec les gens, de nous expliquer et m&#234;me de les agresser comme eux m&#234;me nous ont agress&#233;s ? C'est parce que nous l'avons vu, nous sommes une sorte de contradiction interne &#224; la soci&#233;t&#233;. Comme les autres, nous naissons de la famille h&#233;t&#233;rosexuelle bourgeoise avec son syst&#232;me d'&#233;ducation : les femmes &#233;lev&#233;es en vue de la procr&#233;ation, et les hommes pour &#234;tre des m&#226;les ins&#233;minateurs phallocrates. Nous &#233;videmment c'est diff&#233;rent. L'homme et la femme ne sont pas &#233;gaux dans le couple c'est connu ! La femme n'est pas &#233;gale &#233;conomiquement, elle est faite surtout pour langer les marmots, pour repriser les chaussettes de son mari. R&#233;sultat : deux hommes et deux femmes au contraire, &#231;a peut &#234;tre l'&#233;galit&#233;. &#192; condition bien s&#251;r qu'ils ne se mettent pas &#224; singer le couple h&#233;t&#233;ro. Le couple h&#233;t&#233;roflic dans notre vocabulaire. C'est-&#224;-dire le couple ou il y aura un gars qui dirigera et l'autre qui fera les travaux ordinairement r&#233;serv&#233;s &#224; la femme. De m&#234;me pour les femmes, il y aura possibilit&#233; d'&#233;galit&#233;. D'une entente physique qui repose sur une connaissance des d&#233;sirs de la femme, bien sup&#233;rieurs &#224; pas mal de mecs. Mais l&#224; aussi, il faut que la fille se m&#233;fie de ne pas mimer le couple h&#233;t&#233;ro, qu'il n'y ait pas un jules et une femelle accroupie, etc. Nous &#233;tions toujours confront&#233;s avec une morale, avec une morale qui n'est pas pour nous puisqu'elle est la morale de la famille bourgeoise h&#233;t&#233;rosexuelle dont notre existence est la preuve d'une sorte de contradiction interne. Faut pas insister trop l&#224;-dessus aussi, mais quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous reproduisons pas. Par cons&#233;quent nous ne perp&#233;tuons pas les biens de la bourgeoisie. L'h&#233;ritage avec nous, c'est foutu ! Y'en a plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon de toute fa&#231;on ce que nous reprochent surtout les h&#233;t&#233;rosflics, c'est &#233;videmment que ce soient eux qui nous ont fait. Et qui nous ferons encore. Et qui nous ferons des petits. Etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette morale ne nous convient pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
La structure de base de la soci&#233;t&#233;, la famille ne nous convient pas !&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; donc ne nous convient pas non plus !&lt;br class='autobr' /&gt;
Par cons&#233;quent, la seule position politique possible est une position r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors probl&#232;me. Nos rapports avec les diff&#233;rents partis de gauche, les groupes gauchistes tout ce que vous voulez de toute fa&#231;on pour nous c'est &#224; peu pr&#232;s dans le m&#234;me panier par rapport &#224; l'homosexualit&#233;. C'est &#224; dire que dans les groupes gauchistes ou ailleurs, de m&#234;me que les femmes sont toujours trait&#233;es comme des &#234;tres subalternes et inf&#233;rieurs, les homosexuels &#233;galement. C'est pour cela d'ailleurs que nous nous regroupons entre homosexuels. &#201;videmment, il y a parmi nous des bisexuels. Et le probl&#232;me s'est pos&#233;, dans le cadre de la r&#233;pression sexuelle, pourquoi ne d&#233;fendez-vous pas plut&#244;t la bisexualit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et bien d'abord parce que c'est une chose qui est facilement r&#233;cup&#233;rable. Aussi bien au niveau des gars que des filles. Apr&#232;s tout, si un gars est capable de quand m&#234;me baiser de temps en temps une femme, &#231;a prouve qu'il est quand m&#234;me un m&#226;le. Bon pour une fille, si elle baise de temps en temps un gars, &#231;a prouve que simplement elle est un peu plus vicieuse que les autres, donc encore plus d&#233;sirable pour les mecs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par cons&#233;quent parmi nous, m&#234;me ceux qui pratiquent la bisexualit&#233;, ce que nous revendiquons tous c'est l'homosexualit&#233; et rien d'autre. Disons que c'est une tactique qui correspond au moment de notre lutte qui est &#224; ses d&#233;buts. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une part ces toutes ces id&#233;es-l&#224; d'abord qui nous ont r&#233;unis, et sur laquelle nous sommes tr&#232;s fermes. Il est &#233;vident qu'il n'est pas question de recruter tous les homosexuels sans distinction. Que nous ayons parmi nous, de m&#234;me qu'il y a des h&#233;t&#233;roflics, des homoflics r&#233;formistes. Pas question.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adaptation, nous n'en voulons pas. Cela sous-entendrait que nous pensions que la soci&#233;t&#233; bourgeoise peut admettre l'homosexualit&#233;. Nous ne le croyons pas. Pas plus d'ailleurs qu'elle admette la sexualit&#233; libre, quelle qu'elle soit. Tout au plus, admettra-t-elle &#224; la rigueur la pornographie. En tous cas la pornographie c'est toujours pareil, c'est pour les bourgeois plein de frics et surtout c'est pour les hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc rien pour nous. Nous ne voulons pas faire un nouveau ghetto non plus. Faire un rassemblement de troupeaux pour nous serrer entre nous. Nous voulons agir, d'o&#249; justement, notre participation au d&#233;fil&#233; du 1er mai. D'autres actions qui suivront. Il y a eu bien entendu les articles que nous avons faits dans &lt;i&gt;TOUT !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout ! est un journal fran&#231;ais, organe de diffusion du groupe mao spontex (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui explicitait aussi un certain nombre de nos positions, et je ne suis pas repr&#233;sentative le moins du monde. D'ailleurs personne n'est repr&#233;sentatif. Nous ne sommes pas un groupement bureaucratique avec des structures hi&#233;rarchis&#233;es, absolument pas. Ce qui fait que je ne peux rien vous dire sur l'avenir. L&#224;, je vous ai racont&#233; nos id&#233;es. Ce que nous avons fait grosso modo vous avez pu le voir dans &lt;i&gt;TOUT !&lt;/i&gt; et en suivant ce film, mais je ne peux rien vous dire de ce que nous ferons ensuite parce que je ne suis pas repr&#233;sentative. Et que c'est aux camarades, &#224; en d&#233;cider, &#224; en parler dans les AG que nous avons tous les jeudis aux beaux-arts de 6 &#224; 8.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Flics, fascistes, assassins !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Les p&#233;d&#233;s, avec nous, dans la rue !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si un homosexuel homme &#233;prouve le d&#233;sir d'&#234;tre baiser par un autre homosexuel homme &#231;a ne veut pas dire du tout qu'il se consid&#232;re pour &#231;a comme inf&#233;rieur. C'est vraiment coller le langage social sur le d&#233;sir. C'est consid&#233;rer que le d&#233;sir s'exprime toujours sous la forme des rapports de force institu&#233;s par la bourgeoisie. Ce n'est pas du tout la m&#234;me chose les r&#244;les sexuels, tel que tu peux les vivre quand tu couches ou quand tu aimes quelqu'un, ou quand tu aime plusieurs personnes, et les r&#244;les sociaux que l'on a impos&#233; &#224; la sexualit&#233;. C'est-&#224;-dire le fait que l'on d&#233;sire soit &#234;tre bais&#233;, soit baiser, soit successivement les deux, soit les deux en m&#234;me temps et tout &#231;a, &#231;a n'a rien avoir avec le fait de se consid&#233;rer comme sup&#233;rieur ou inf&#233;rieur. &#199;a n'a avoir que dans la mentalit&#233; bourgeoise. Alors je ne vois pas du tout comment &#231;a pourrait &#234;tre g&#233;n&#233;rateur de plaisir l'id&#233;e de se dire que l'on est inf&#233;rieur en particulier. Selon moi &#231;a ne peut &#234;tre que g&#233;n&#233;rateur de g&#234;ne ou de frigidit&#233;. Et de m&#234;me l'id&#233;e d'&#234;tre sup&#233;rieur, c'est vraiment le sentiment bourgeois le plus r&#233;actionnaire qui d'ailleurs te cache tous les plaisirs. Parce que l'id&#233;e de sup&#233;riorit&#233; &#233;tait li&#233;e au r&#244;le de m&#226;le. Alors en particulier pour les hommes, il est effectif que la plupart des hommes ne sont pas homosexuels pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils ont l'impression qu'ils remettraient en question leur sup&#233;riorit&#233; de m&#226;le. C'est-&#224;-dire s'ils se faisaient baiser. Et bien pr&#233;cis&#233;ment ce que nous on essaye de montrer, ce que l'on montre pratiquement, c'est que l'on &#233;prouve un tr&#232;s grand plaisir aussi bien &#224; se faire baiser, qu'a baiser. Que l'on veut d&#233;truire les r&#244;les en tant qu'ils entraient des relations de pouvoir. Que pour d&#233;truire ces relations de pouvoir il va falloir que l'on commence par introduire la relation de pouvoir avec tous les gens qui ont le pouvoir pour l'instant. C'est-&#224;-dire l'ensemble de ce qu'on appelle nous les h&#233;t&#233;ros. Dont un certain nombre d'entre eux sont des h&#233;t&#233;roflics au sens ou ils veulent imposer leur morale &#224; tout le monde. Mais je ne pense pas du tout que les relations sexuelles sont n&#233;cessairement des relations de pouvoir. Les relations d'amour sont n&#233;cessairement &#171; des relations de pouvoir et d'oppression &#187; &#231;a me parait vraiment une th&#233;orie compl&#232;tement r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi il me plait de me foutre &#224; plat et de me faire baiser&#8230; bon je ne suis pas lib&#233;r&#233; encore et bon, justement le FHAR j'esp&#232;re va m'en lib&#233;rer ! Mais oui, c'est vrai. Ya pas &#224; mentir. Je ne suis pas lib&#233;r&#233; &#224; ce niveau-l&#224;. Mais je sais tr&#232;s bien que ce r&#244;le, je peux me l'appliquer parce que j'ai chez moi un d&#233;sir en creux autant qu'un d&#233;sir en plein. Et ce n'est pas la soci&#233;t&#233; qui a &#224; me l'imposer. Si la soci&#233;t&#233; m'a impos&#233; d'&#234;tre un fort &#224; bras, et bien j'en ai ras le bol d'&#234;tre un fier-&#224;-bras. C'est tout ! Parce que le bon r&#244;le sexuel, il n'est pas applicable sur le r&#244;le social. Ce n'est pas vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militant dans un certain nombre d'organisations, la fille avec qui je vivais est entr&#233;e au MLF. Et c'est &#224; partir du moment o&#249; elle est entr&#233;e au MLF, ou il y a eu une remise en question compl&#232;te de moi-m&#234;me. Tu comprends bien que le probl&#232;me du centralisme d&#233;mocratique, le probl&#232;me du parti r&#233;volutionnaire et tout &#231;a, c'est d&#233;pass&#233; depuis tr&#232;s longtemps, chez un certain nombre de personnes, qui arrivent justement au contact de camarades que ce soit des hommes ou des femmes qui ont d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; d&#233;passer ce stade de la d&#233;bilit&#233; gauchiste, que l'on appellera la d&#233;bilit&#233; gauchiste, de pouvoir enfin se remettre en question d'une autre mani&#232;re. Et &#231;a, c'est tr&#232;s difficile. C'est des choses que l'on n'arrive pas &#224; faire, d'une part, tout seul. Ce sont des choses aussi que l'on ne peut pas faire d'une mani&#232;re comme tu dirais naturelle. Parce que la nature, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas descendue comme &#231;a du ciel. Elle est faite parce qu'il y a des rapports de production, parce qu'il y a des rapports dominants domin&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du couple, etc. Et ces trucs-l&#224; crois moi, &#231;a peut ronger des personnes pendant un certain temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;INTERACTION&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et crois-moi &#224; la manif du 1er mai &#231;a faisait un an et demi que je n'allais pas en manifestation et s'il n'y avait pas eu le FHAR, je n'aurais pas su o&#249; me mettre. Et pourtant je ne suis pas homosexuel au sens ou tu pourrais l'entendre. Je peux assumer de dire &#171; rapports homosexuels &#187;, c'est d&#233;j&#224; un premier pas. Je crois que je sais d&#233;j&#224; en moi-m&#234;me, j'ai un fond de conscience de sexualit&#233; et d'amour m&#234;me qui est homosexuel. Je le sais parce que j'ai eu des exp&#233;riences dans ma plus petite jeunesse, disons de rapports homosexuels, et que ces rapports je les ai compl&#232;tement frustr&#233;s au moment o&#249; j'ai commenc&#233; &#224; connaitre des femmes. Ensuite, pendant 10 ans de ma vie j'ai continu&#233; &#224; coucher d'une mani&#232;re tout ce qu'il y a de plus bourgeoise et tout ce qu'il y a de plus r&#233;actionnaire avec des femmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;RIRE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois effectivement que &#231;a continue. Bon et au moment ou j'ai commenc&#233; &#224; connaitre les copains du FHAR que j'ai connu bien apr&#232;s les copines du MLF, eh bien j'ai trouv&#233; une place. J'ai trouv&#233; une place effectivement dans cette manif. Parce que je n'y serais pas all&#233; s'il n'y avait pas eu le FHAR. Bon alors comment aussi le l'ait ressenti ? Je crois que c'est un peu important. Il y a d'autres copains qui sont l&#224; qui &#233;tait &#224; la manif et qui ont d&#233;fil&#233; avec le FHAR ou avec le MLF. Je crois que c'est la premi&#232;re fois que l'on s'est un peu marr&#233;. Parce que vraiment c'&#233;tait horrible &#224; c&#244;t&#233; ! Tu revois les anars se pointer en voulant essayer de faire chier le monde parce qu'effectivement ils arrivent &#224; faire chier un certain nombre de types qui ont des conceptions politiques plus ou moins rigides, mais des mecs comme nous ils ne peuvent pas le faire parce qu'on leur foutait la main au cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;RIRE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les types qui nous ont dit : mais vous n'&#234;tes pas homosexuels il y a des femmes avec vous. Pendant la manif. Les lesbiennes &#233;tant ici ramen&#233;es totalement encore plus au r&#244;le d'objet. Parce qu'avec nous, elles n'&#233;taient pas homosexuelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie peut aspirer aussi &#224; donner un r&#244;le aux homosexuels. Il y a le mythe de l'homosexuel qui est&#8230; Enfin je me rappelle l'autre jour quand on distribuait des tracts avec le FHAR devant une boite, ya des gars qui ont vu des barbus distribuer des tracts homosexuels et qui ont dit : &#171; hahaha vous n'&#234;tes pas homosexuels vous, ce n'est pas possible ! &#187;. C'est aberrant. Il y a vraiment le mythe de l'homosexuel qui est assimil&#233; justement au r&#244;le social, c'est-&#224;-dire l'homme faible, l'homme qui n'est pas l'homme. C'est-&#224;-dire l'homme qui est en dehors de la classe des forts. La notion de force et de faiblesse, c'est aberrant quoi ! Des r&#233;actions comme &#231;a, &#231;a prouve que le probl&#232;me est vachement aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux folles, qui sont tr&#232;s chouettes, qui &#233;taient devant, qui ont vraiment &#233;t&#233; notre porte-drapeau pendant toute la manif, j'ai vraiment compris que c'&#233;tait eux qui d&#233;rangeaient les gens, c'&#233;tait eux qui repr&#233;sentaient les gens les plus subversifs par rapport &#224; la morale h&#233;t&#233;roflic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que dans le mouvement des homosexuels, ya toujours ceux qui disent &#171; ah, mais il ne faut pas que l'on s'associe aux folles parce qu'ils vont nous porter tort, ce n'est pas la peine tu vois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#201;PONDANT A QUELQU'UN DANS LA SALLE... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce n'est pas r&#233;volutionnaire ? Tu donnes un r&#244;le aux femmes et un r&#244;le aux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est clair pourtant. Briser les r&#244;les sexuels c'est r&#233;volutionnaire. Revendiquer un r&#244;le qui est consid&#233;r&#233; comme inf&#233;rieur, qui est celui de la femme, peut &#234;tre utilis&#233; de fa&#231;on r&#233;volutionnaire. Et les folles peuvent le faire. Parce que les folles ne sont pas tous pr&#233;occup&#233;s de maquillage, etc. Pas plus que toutes les femmes ne sont pas des &#234;tres frivoles et pouponnant. C'est tout ! On peut &#234;tre un m&#226;le et avoir une queue et se conduire comme une femme inf&#233;rieure et consid&#232;re, bien entendu, que ce n'est en rien inf&#233;rieur. Au contraire que c'est sup&#233;rieur &#224; &#234;tre un h&#233;t&#233;roflic p&#232;re de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) sexuel comme r&#233;clamer l'avortement par exemple pour les femmes, c'est forcement r&#233;volutionnaire. &#199;a peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;, c'est vrai, comme en Allemagne, si on peut appeler &#231;a de la r&#233;cup&#233;ration&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;RIRE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais c'est forc&#233;ment r&#233;volutionnaire dans le sens ou &#231;a remet en cause compl&#232;tement les valeurs morales bourgeoises qui sont au fondement de la soci&#233;t&#233;. C'est-&#224;-dire la famille, la production des enfants &#224; la chaine, etc etc. Tout un processus, et &#234;tre homosexuel, c'est &#234;tre forc&#233;ment r&#233;volutionnaire tu comprends ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je suis contre le marxisme simplificateur, je suis contre, bien qu'il y ait beaucoup de monde et que c'est peut-&#234;tre difficile de discuter parce qu'il y a beaucoup de monde, je suis contre les arguments simplificateurs. Quand tu poses comme une affirmation, apr&#232;s tout, on est dans un d&#233;partement de philo, que homosexualit&#233; correspond &#224; r&#233;volution, je te dirai que c'est quand m&#234;me une affirmation qui est bien dans un meeting au niveau de la rh&#233;torique, mais que c'est quand m&#234;me un peu simple. Je parle, mettons des cent derni&#232;res ann&#233;es. Rien n'emp&#234;che &#224; un certain nombre d'artistes, je pense &#224; Cocteau, je pense &#224; Marais, des gens d'abord extr&#234;mement &#233;panouis, d'&#234;tre homosexuel, d'&#234;tre des gens tr&#232;s bien, mais qui sont parfaitement des &#233;crivains, et des po&#232;tes et des d&#233;corateurs bourgeois. Donc, o&#249; on fait un meeting et on y va gaiement dans leurs arguments ou on essaye d'affiner un peu. Ton argument, moi je souhaiterais que tu d&#233;veloppes ta pens&#233;e jusqu'au bout, parce que quand tu t'arr&#234;tes l&#224;, &#231;a m'est tr&#232;s insuffisant, &#231;a ne me satisfait pas, si tu veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des homosexuels affirm&#233;s tels Cocteau, Gide, etc, n'est qu'un probl&#232;me de mystification encore parce que ces gens-l&#224; ont r&#233;serv&#233; l'homosexualit&#233; &#224; une &#233;lite. La mafia des homosexuels. Les homosexuels riches, les homosexuels intelligents, les homosexuels qui peuvent d&#233;fendre ce qu'ils ont dans les tripes, mais en fait, quand on regarde, dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;TOUT !&lt;/i&gt; &#231;a y est, ce sont les homosexuels ouvriers qui se font embarquer. Ce n'est pas ceux qui ont de quoi &#224; se payer un petit micheton au drugstore, ce n'est pas vrai. Et c'est l&#224; ou on rejoint un probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#201;BAT &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homosexualit&#233; r&#233;volutionnaire maintenant, tu parles de subtilit&#233; puis tu prends l'exemple des cent derni&#232;res ann&#233;es comme si rien n'avait chang&#233;. Ce que je pense c'est qu'il y a cent ans, d'abord, personne n'aurait eu l'id&#233;e de faire un mouvement de lib&#233;ration des homosexuels, contre la famille, etc. Ce n'&#233;tait ni dans l'id&#233;e de Cocteau, ni dans l'id&#233;e de Gide, ni dans l'id&#233;e de qui que se soit de ce genre-l&#224;, l'affirmation publique de l'homosexualit&#233;. Ne confondons pas. Marais il n'a jamais un type de d&#233;claration, &#231;a aurait &#233;t&#233; marrant et je pense que &#231;a aurait eu un effet b&#339;uf s'il avait fait un type de d&#233;claration publique dans laquelle il aurait dit : je joue par exemple des r&#244;les au cin&#233;ma, de mecs braves, de d'Artagnan ou je ne sais pas quoi, de don Juan, et je me fais enculer et &#231;a me fait du plaisir. S'il avait dit &#231;a, &#231;a aurait effectivement fait un boum, je ne dis pas que &#231;a aurait &#233;t&#233; une r&#233;volution, mais je dis que &#231;a aurait foutu mal &#224; l'aise et que d'ailleurs la cote de ses films serait descendue comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation publique de l'homosexualit&#233;, en tant qu'on la revendique pour tout le monde, pas simplement pour une &#233;lite artistique en tant qu'on ne la cache pas derri&#232;re la forme po&#233;tique, derri&#232;re la forme litt&#233;raire, etc. Qu'on la fait sur la place publique comme un probl&#232;me que l'on ressent directement &#231;a n'a rien &#224; voir avec l'aveu honteux, plus ou moins complice entre bourgeois au moyen de la litt&#233;raire plus ou moins avec des sous-entendus, etc. &#199;a n'a rien &#224; voir, vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je disais que c'est r&#233;cent, je veux dire que dans l'histoire de France c'est un moment tr&#232;s r&#233;cent ou l'homosexualit&#233; &#224; pris une place &#224; part. Parce qu'apr&#232;s tout, le fr&#232;re du roi et beaucoup de gens dans l'aristocratie, &#231;a n'a jamais pos&#233; de probl&#232;mes. C'est la bourgeoisie en tant que telle, avec la division sociale du travail, avec la cr&#233;ation de la famille, etc qui a impos&#233; ce type de valeur. Alors je ne dis pas que c'est un probl&#232;me &#233;ternel qui est n&#233; depuis 2000 ans. C'est un probl&#232;me r&#233;cent, donc historique qui peut &#234;tre combattu historiquement et politiquement. On est bien d'accord avec toi s'il y a une organisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que l'on ne va pas se contenter de dire que c'est la bourgeoisie qui r&#233;prime les homosexuels. Je pense que c'est des tas de trucs qui remontent &#224; la religion, au christianisme et tout &#231;a, c'est bien plus ancien. Et qu'effectivement c'est la bourgeoisie qui le porte actuellement c'est elle que l'on va d&#233;molir, mais que c'est vraiment tout ce qu'elle trimballe avec elle qu'on va d&#233;molir c'est vraiment tout le pass&#233;. Et qu'il y en a lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Castro c'est l'exemple le plus &#233;norme. Les p&#233;d&#233;s ont &#233;t&#233; en prison, parait-il qu'il a chang&#233; d'avis sur la question ce qui lui permet aujourd'hui d'emprisonner les po&#232;tes, mais enfin &#231;a c'est autre chose. Mais en URSS c'est la m&#234;me chose. En URSS c'est r&#233;prim&#233;. Quant &#224; la position de la Chine, on n'a pas tellement de renseignement, mais &#231;a ne parait pas tr&#232;s clair. En tous les cas l'homosexualit&#233; se d&#233;veloppe &#233;norm&#233;ment en Chine et &#224; un moment ou &#224; un autre, Mao et compagnie auront &#224; prendre position l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement comme il y a actuellement en France, qui est un gouvernement de type bourgeois lib&#233;ral. Si monsieur Schumann acceptait de dire sur la place publique qu'il est homosexuel comme il l'est en v&#233;rit&#233;, il remet en cause forc&#233;ment les valeurs qui font que monsieur Maurice Schumann est un dur, est un fier-&#224;-bras qui a le droit de commander les autres, et en s'affirmant homosexuel, il remet le probl&#232;me &#224; son juste niveau, il pourrait r&#233;tablir, ce serait d&#233;j&#224; un embryon de r&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; plus &#233;quitable. Ne serait-ce que &#231;a. Ce serait donc un acte r&#233;volutionnaire. Bon, monsieur Maurice Schumann fait partie d'une certaine bourgeoisie, il est homosexuel dans un gouvernement bourgeois, donc je suis homosexuel je me tape les hommes que je veux dans mon plumard, mais en fait sur la place publique ce n'est pas vrai. C'est le syst&#232;me de l'hypocrisie. Et le syst&#232;me de l'hypocrisie &#231;a rentre dans le syst&#232;me bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la statistique du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur sur la condamnation pour homosexualit&#233;, c'est-&#224;-dire soit outrage &#224; la pudeur avec des personnes du m&#234;me sexe, soit d&#233;tournement de mineur du m&#234;me sexe, et bien il y avait 143 ouvriers sur 300 condamnations pour l'ann&#233;e 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bon bourgeois plein de fric c'est simple il paiera, s'il a un emmerdement il paiera c'est simple. Celui qui travaille &#224; l'usine il fermera sa gueule s'il est p&#233;d&#233; on le virera. C'est simple comme truc. C'est une question de fric c'est comme l'avortement de toute mani&#232;re. Qui est-ce qui se fait avorter en grande majorit&#233; ? Avant c'&#233;tait les bourgeoises c'est pareil. Les ouvri&#232;res non parce qu'elles n'avaient pas de fric. C'est pareil. C'est un probl&#232;me de fric en gros. Mais il n'y en a pas plus, si tu veux intrins&#232;quement il y en a autant dans toutes les couches ce n'est pas une question de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;RIRE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) camarade a dit : moi j'ai particip&#233; &#224; la fabrication du num&#233;ro de TOUT ! et il a dit qu'il y a eu des r&#233;sistances ou des ricanements et je voudrais savoir comment (&#8230;) quand je dis &#171; je &#187; je pense que &#231;a int&#233;ressera beaucoup de gens, c'est un acte public, c'est un acte assez &#233;tonnant. C'est une des premi&#232;res fois que &#231;a existe. Comment ils ont pens&#233; &#224; &#231;a ? Comment ils sont all&#233;s persuader les gens de TOUT !? C'est un num&#233;ro, je crois, qui est tr&#232;s lu. Quelles ont &#233;t&#233; les r&#233;actions et quelles sont les actions prochaines que ce soit &#224; TOUT ! ou ailleurs qui sont envisag&#233;s, puisqu'il y a une sorte de dynamique qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; partir de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon j'&#233;tais &#224; VLR depuis longtemps et il y a un truc assez frappant. Moi je n'ai aucune g&#234;ne &#224; le raconter maintenant. C'est qu'il y a un an, &#224; VLR il &#233;tait question que j'aille militer dans une des unit&#233;s de VLR puisque c'&#233;tait une organisation, et cette unit&#233; c'&#233;tait FLINS. Et que les camarades de FLINS quand ils ont appris que je devais aller militer &#224; FLINS ont dit : un p&#233;d&#233;, il n'en est pas question. Moiti&#233; d'entre eux disant &#171; bon ce n'est pas qu'on soit contre, mais &#231;a choquera les ouvriers &#187; jouant leur r&#244;le d'&#233;cran entre les ouvriers et les p&#233;d&#233;s comme si tu vois je n'avais jamais couch&#233; avec un ouvrier par exemple, ce qui est quand m&#234;me un autre rapport que le leur avec leur tract &#224; la porte de la boite. Bon et puis l'autre part disant que c'&#233;tait un vice d&#251; &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise et il n'&#233;tait pas question de l'admettre. Je pense que si maintenant on a pu apparaitre publiquement le FHAR c'est vrai que c'est d&#251;, &#224; mon avis essentiellement &#224; la br&#232;che ouverte par le MLF, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; il a &#233;t&#233; dit aux gens on va partir de ce qu'on est et pas simplement de nos id&#233;es politiques et tout &#231;a, &#231;a c'est une chose qui est bien rentr&#233;e dans la t&#234;te et qui fait que les gauchistes ont commenc&#233; &#224; &#234;tre prudent et &#224; ne plus oser dire &#224; priori &#231;a c'est bourgeois, &#231;a, c'est prol&#233;tarien. &#199;a, c'&#233;tait valable pour VLR en particulier parce que c'&#233;tait un groupe moins constitu&#233; &#224; mon avis dans lequel il y avait moins une id&#233;ologie marxiste-l&#233;niniste, etc. Mais &#231;a n'emp&#234;che que &#231;a a caus&#233; une vague de discussion. Une bonne partie des copains de VLR qui ont dit qu'ils ne diffuseraient pas ce num&#233;ro de toute fa&#231;on, que pour eux c'&#233;tait quelque chose de fonci&#232;rement faux que d'avoir parl&#233; de l'homosexualit&#233; dans ces termes, que de toute fa&#231;on c'&#233;tait incompr&#233;hensible pour les gens, etc. Alors ce contre quoi on s'est r&#233;volt&#233; surtout c'est d'une part, sur le fait qu'ils parlaient au nom des gens et jamais en leur nom propre pr&#233;cis&#233;ment. C'est-&#224;-dire qu'ils disaient &#171; nous pensons, nous, que les gens ne peuvent pas comprendre &#187; et il y a une copine qui a &#233;t&#233; jusqu'&#224; dire quelque chose qui m'a vachement &#233;tonn&#233;, elles sont toutes sympas, qui a dit &#171; quand il y a un camarade ouvrier qui est entr&#233; dans la chambre ou j'avais le num&#233;ro de TOUT ! et bien je l'ai cach&#233; parce que j'ai pens&#233; que s'il voyait &#231;a, vraiment il serait choqu&#233;. &#8220;Alors voil&#224;, c'est vraiment la protection des irresponsables. (&#8230;) ce qui est franchi ces temps-ci, c'est l'&#233;tape dans laquelle on ne va plus se r&#233;unir autour des id&#233;es politiques &#224; priori ou autour de la strat&#233;gie, on va avoir des mouvements comme &#231;a ou les mecs partiront de leur trippe, les filles de leur trippes, les immigr&#233;s aussi et puis on essayera de discuter ensemble, &#231;a va &#234;tre dur. Mais &#224; mon avis, ce sera moins dur que les discussions entre groupuscules. &#199;a va &#234;tre dur parce que l'on a des tas de contradictions. Le FHAR jusqu'&#224; pr&#233;sent, personne ne le prenait au s&#233;rieux, parce que les gens disaient : de toute fa&#231;on, vous &#234;tes 30. En admettant que votre probl&#232;me soit juste, vous voyez bien que comme ce n'est pas un probl&#232;me qui est principal dans la vie des gens, ce n'est pas un probl&#232;me de masse. Rien qu'en faisant le num&#233;ro de TOUT ! plus quelques actions qu'on a fait et par le bouche-&#224;-oreille, &#224; la derni&#232;re AG on &#233;tait 150. Je ne dis pas que c'est les grandes masses, mais d'un seul coup, passer de 30 &#224; 150, &#231;a nous faisait quelque chose. Et puis tout ce qui se passe maintenant &#231;a nous prouve que c'est effectivement un probl&#232;me de masse. Pas seulement parce qu'il y a 4 pour cent de la population qui pratique l'homosexualit&#233;, mais parce que &#231;a inqui&#232;te tout le monde, et &#231;a int&#233;resse tout le monde au m&#234;me titre que la politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Les p&#233;d&#233;s avec nous&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Nous sommes un fl&#233;au social &#187;. &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tout !&lt;/i&gt; est un journal fran&#231;ais, organe de diffusion du groupe mao spontex &lt;i&gt;Vive la R&#233;volution&lt;/i&gt; (VLR) publi&#233; en 1970-1971. Parrain&#233; par Jean-Paul Sartre (directeur de publication), &lt;i&gt;Tout !&lt;/i&gt; &#233;labore son num&#233;ro 12 (23 avril 1971) avec le FHAR, revendiquant haut et fort le droit &#224; toute forme de sexualit&#233; et abordant les probl&#232;mes li&#233;s &#224; celles-ci. Ce num&#233;ro sera interdit pour outrage aux bonnes m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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