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		<title>Preciado : Que faire du cluster r&#233;volutionnaire ?</title>
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		<dc:date>2020-12-07T19:15:43Z</dc:date>
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		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Paul B. Preciado</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cit et analyse d'un clash lors du &#034;cluster r&#233;volutionnaire&#034; de Paul B. Preciado.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Actualite-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-revolution-+" rel="tag"&gt;r&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Paul-B-Preciado-+" rel="tag"&gt;Paul B. Preciado&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton85.png?1731403052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e depuis 2017 le Centre Pompidou a son &#034;invit&#233; intellectuel&#034;. De quoi s'agit-il ? Le centre d'art contemporain situ&#233; dans le quartier Beaubourg &#224; Paris invite chaque personnalit&#233; choisie &#224; d&#233;velopper sur l'ann&#233;e un &#171; projet de pens&#233;e &#187;. Pour 2020, c'est Paul B. Preciado qui s'y colle et se saisit de cette occasion pour pr&#233;senter son &#034;cluster r&#233;volutionnaire&#034; &#224; un public &#224; la fois pr&#233;sent sur place (sur r&#233;servation gratuite) et en ligne (retransmis en direct sur les r&#233;seaux sociaux et youtube). Quatre jours de s&#233;minaires, de performances et de musique pour d&#233;velopper ce que Preciado entend par une &#034;hypoth&#232;se r&#233;volution&#034;, avec la volont&#233; de prendre le temps de s'&#233;couter, d'&#233;couter les paroles invisibilis&#233;es, qui n'ont pas de place dans les institutions. L'ensemble de ces journ&#233;es s'intitule : &lt;a href=&#034;https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/RJrjJfL&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une nouvelle histoire de la sexualit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au quatri&#232;me jour, lors du d&#233;bat apr&#232;s la table ronde intitul&#233;e &#171; La nouvelle vague transf&#233;ministe anti-raciste &#187;, un clash a eu lieu entre certaines personnes du public et les intervenant.e.s de la tribune sur l'id&#233;e propos&#233;e d'occuper le Centre Pompidou et le sentiment, que nous partageons, d'une assym&#233;trie intenable entre une tribune d&#233;positaire d'une parole l&#233;gitime et d'une assembl&#233;e fig&#233;e dans l'&#233;coute. Nous avons choisi de le partager dans ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Trou Noir&lt;/i&gt; en retranscrivant la totalit&#233; du d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;avertissement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Nous avons &#233;t&#233; contact&#233;s, suite &#224; la publication de cet article, par une personne pr&#233;sente dans la salle lors du d&#233;bat avec Paul B. Preciado et ses invit&#233;es. On nous a reproch&#233; de ne pas avoir demand&#233; l'autorisation de reproduire les paroles des personnes (que nous ne connaissons pas) qui se sont exprim&#233;es depuis le public, celles-ci intervenant directement dans le d&#233;bat. On nous reprochait &#233;galement d'attiser les braises d'un conflit intracommunautaire qui ne nous concernait pas. Nous avons imm&#233;diatement suspendu la publication pour ouvrir un dialogue qui n'a pas encore eu lieu. Apr&#232;s avoir longtemps r&#233;fl&#233;chi, nous choisissons de republier cet article, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, nous faisions partie int&#233;grante de l'&#233;v&#232;nement, nous avons pass&#233; les quatre jours &#224; suivre les &#233;changes autour de cette nouvelle histoire de la sexualit&#233;. Nous &#233;tions pris entre la passivit&#233; du spectateur et l'envie, nous aussi, d'interagir avec cette &#034;assembl&#233;e&#034;. D'autre part, participer &#224; un d&#233;bat est l'inverse de privatiser une parole, c'est un moment o&#249; l'on expose aux autres ses id&#233;es, avec ses imperfections, ses points forts et la vie qui l'accompagne. D'autant que tout ceci s'est d&#233;roul&#233; en direct sur les r&#233;seaux sociaux et youtube. Enfin, nous pensons que pour quiconque cherche &#224; construire un mouvement autour de ces questions, la premi&#232;re difficult&#233; sera celle qui s'est pos&#233;e lors de cette soir&#233;e. C'est-&#224;-dire comment &#233;tablir un rapport entre la vuln&#233;rabilit&#233; des &#234;tres autour de nous, et la mise en jeu du corps dans un rapport de force. Il nous semble pertinent d'essayer d'en tirer des le&#231;ons. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant-propos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance tire vers sa fin. La parole s'ouvre &#224; la salle. La premi&#232;re intervention est la lecture d'un texte &#233;crit apr&#232;s la s&#233;ance de la veille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul B. Preciado : Alors une troisi&#232;me parole. Ils me font signe qu'il va (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il revient sur le d&#233;bat de fin concernant une hypoth&#233;tique occupation de la salle. La proposition d'occuper cette partie du Centre Pompidou &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme une r&#233;ponse directe &#224; la situation r&#233;pressive g&#233;n&#233;rale faite sur les corps : le couvre-feu. Or, nous revoil&#224; le lendemain avec le m&#234;me d&#233;bat qui prend une tournure plus politique, plus complexe aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'organise au travers d'une s&#233;rie d'antagonismes symbolisant le dispositif g&#233;n&#233;ral de l'espace : parole contre &#233;coute, sc&#232;ne contre gradin, lumi&#232;re contre obscurit&#233;, personnalit&#233;s m&#233;diatiques contre anonymes, intellectuel contre militants, partage contre action. La discussion va venir cristalliser des points d'&#233;nonciations. D'un c&#244;t&#233;, les personnalit&#233;s m&#233;diatiques autour de l'id&#233;e d'une &#233;coute profonde. De l'autre, les anonymes voulant occuper la salle et pour qui une id&#233;e n'est valide qu'&#224; condition qu'elle soit &#233;galement un geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du d&#233;bat engag&#233; lors de cette soir&#233;e est de tout premier plan : comment passe-t-on du politique &#224; la construction d'une politique ? En effet, le politique comme niveau de perception, comme discours de v&#233;rit&#233;, s'incarne dans les propos de Paul B. Preciado, dans son hypoth&#232;se r&#233;volution. Transfigurer les rapports des uns aux autres, aux institutions, au langage. Mais lorsqu'une proposition surgit d'en faire une politique, ici et maintenant, ensemble, les choses coincent, l'institution ferme ses portes, le langage fait une boucle sur lui-m&#234;me, et l'ordre revient : le micro est r&#233;cup&#233;r&#233;, la parole &#034;militante&#034; est coup&#233;e et recouverte par les interventions successives et d&#233;j&#224; beaucoup entendues dans les tribunes, les interviews, les livres de Paul B. Preciado, Nad&#232;ge Beausson-Diagne et Ad&#232;le Haenel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, de quoi parle-t-on lorsque s'expriment des exp&#233;riences intimes, lorsque l'on parle d'exclusion, de paroles, de minorit&#233;s, de prise de conscience, d'utopie ou d'actions ? On parle du corps vivant. On parle avec lui. Et pour citer Paul B. Preciado : &#171; la chose la plus importante que nous avons apprise de Foucault est que le corps vivant (et donc mortel) est l'objet central de toute politique &#187;. Le d&#233;bat pose la question de comment construire une politique, une lutte, des rapports de force sans une mise en jeu, qui peut &#234;tre aussi une mise en danger des corps ? Existe-t-il des pratiques de r&#233;sistance, des exp&#233;rimentations subversives sans un conflit mettant en p&#233;ril ces pratiques elles-m&#234;mes ? Comment participer &#224; une lutte qui ne vient pas discipliner les corps ? O&#249; l'attention aux autres reste une vertu cardinale ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La transcription est volontairement litt&#233;rale pour transmettre le mieux possible l'&#233;nergie du moment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La table ronde s'ach&#232;ve. La parole va s'ouvrir au public. On compte sur la sc&#232;ne Paul B. Preciado (l'invit&#233; intellectuel), Nad&#232;ge Beausson-Diagn&#233; (com&#233;dienne qu'on a pu voir dans &lt;i&gt;Plus belle la vie &lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Marie-Francine&lt;/i&gt;), Na&#235;lle Dariya (qu'on a pu voir dans les courts-m&#233;trages d'Alexis Langlois) et Ad&#232;le Haenel (celle qui se l&#232;ve et se casse). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; On prend des questions, si vous voulez. Allons-y, on va prendre deux/trois questions d'affil&#233;es, si vous &#234;tes capable de faire le nettoyage du micro (&lt;i&gt;s'adressant &#224; la personne qui tient le micro et qui le d&#233;place en fonction des demandes&lt;/i&gt;). (&lt;i&gt;Au public&lt;/i&gt;) Vous ne pouvez pas passer le micro, il faut se lever et aller chercher le micro. Il faut parler lentement parce qu'avec le masque, &#231;a va &#234;tre difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention :&lt;/strong&gt; Ma langue maternelle n'est pas le fran&#231;ais, c'est le galicien donc &#231;a va &#234;tre un petit peu plus difficile. Je reviens sur les termes dont on a parl&#233;, des formes de r&#233;ponse &#224; la violence, des r&#233;sistances que l'on avait d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es hier et que l'on poursuit aujourd'hui. Parce qu'hier, pour les personnes qui n'&#233;taient pas ici, il y avait la proposition d'occuper toute la nuit cette salle de l'espace Pompidou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;On entend Paul B. Preciado dire d'un air amus&#233; : &#171; &#231;a recommence &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; Mais cette proposition a &#233;t&#233; coup&#233; et l'on est sorti. Et l'on avait un petit d&#233;bat &#224; l'ext&#233;rieur du centre Pompidou. Apr&#232;s &#231;a, on a fait une petite lettre que, si j'ai la permission de l'assembl&#233;e, je voudrais lire. J'ai la permission ? Ouais ? &#199;a marche. Donc j'esp&#232;re que &#231;a se comprend parce qu'avec mon accent, &#231;a peut &#234;tre un petit peu difficile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hier, &#224; la fin du s&#233;minaire, nous avons eu une discussion et un d&#233;bat avec Paul. Mais il &#233;tait trop tard. Trop tard, parce que nous &#233;tions d&#233;j&#224; sortis du mus&#233;e. L'institution avait d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; nous expulser et nous avions pour nous, qu'on s'en souvienne, une occasion historique. L'occasion historique d'occuper symboliquement et pratiquement une institution au centre de Paris. O&#249; l'on parle de r&#233;volution, mais qui n'est pas accessible aux habitants de banlieues, qui ont fait la derni&#232;re insurrection de cette ville (&lt;i&gt;inaudible&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt; Au centre qui porte un nom de pr&#233;sident, un pape de la religion d'&#233;tat fran&#231;ais. Qui (&lt;i&gt;inaudible&lt;/i&gt;) ces b&#226;timents en une autre cath&#233;drale qui, je ne sais pas, devrait peut-&#234;tre br&#251;ler, symboliquement, comme ils font habituellement dans ce pays. Un lieu qui limite l'entr&#233;e des sans-abris pour se r&#233;chauffer (&lt;i&gt;inaudible&lt;/i&gt;) pendant que les classes moyennes hautes et les touristes se masturbent l'&#233;go en regardant des &#339;uvres qu'ils ne pr&#233;tendent m&#234;me pas comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul B. Preciado essaie d'intervenir. Il commence un mot puis s'arr&#234;te. Le lecteur continu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait une occasion historique aussi parce que nous &#233;tions le 17 octobre. L'anniversaire symbolique du soul&#232;vement alg&#233;rien contre le couvre-feu de 1961&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le massacre du 17 octobre 1961 est la r&#233;pression meurtri&#232;re, par la police (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'un cas diff&#233;rent, contexte historique diff&#233;rent, la m&#234;me date et les m&#234;mes fa&#231;ons d'agir. L'&#233;v&#232;nement parfait. La discussion a fait appel &#224; une strat&#233;gie. Ce dont on a parl&#233; juste maintenant. &#192; ce que nous voulions finalement ou la mani&#232;re dont nous voulions aborder la question de l'occupation. Tout d'abord, pour savoir si une confrontation avec les institutions de l'&#201;tat, dans ce cas la police, est ce que nous recherchons. Et je me demande, je pose la question, s'il y a une autre fa&#231;on d'affronter l'&#201;tat qui transpose notre th&#233;orie dans la pratique. En pla&#231;ant notre corps au centre de l'action politique. Il est possible que oui, nous pouvons ou nous l'imaginons. Mais pendant ce temps, on sait clairement que les strat&#233;gies sont diff&#233;rentes. La tradition militante de nombre d'entre nous qui sommes ici nous permet de savoir comment pr&#233;parer rapidement une intervention de ce type. Nous savons organiser des choses fondamentales et proposer des solutions pour sortir (&lt;i&gt;faire aboutir&lt;/i&gt;) un projet presque improvis&#233;. Nous avons des t&#233;l&#233;phones d'avocats dans nos portables, nous connaissons les mani&#232;res d'agir de la police, et surtout, nous sommes responsables et souverains de nos actes jusqu'&#224; la derni&#232;re de ses cons&#233;quences. Cela implique de donner une sortie commune &#224; ceux qui ne veulent pas et ne peuvent pas participer &#224; cette action en raison de leurs situations. Aujourd'hui, pour ma part, je renonce individuellement &#224; faire une action qui perd sa nuance de spontan&#233;it&#233; et qui, de mon point de vue, n'a plus de sens. Je le fais individuellement, car c'est de l&#224; qu'&#233;mane cette nouvelle somath&#232;que&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette d&#233;finition est emprunt&#233;e au lexique des concepts de Paul B. Preciado (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du covid 19 au couvre-feu, mais aussi &#224; ses r&#233;ponses. N'est-ce pas ton id&#233;e, Paul, de profiter de ce couvre-feu pour en sortir plus fort ? Une autre forme de violence institutionnelle qui nous individualise et nous envoie dans un coin de r&#233;signation ou d'incapacit&#233;, n'est-ce pas une autre fa&#231;on d'embrasser les r&#244;les, comme SOS racisme, en essayant de pacifier les banlieues dans l'incendie des voitures de 2005, mais dans ce cas, dans l'institution de l'art... &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais finir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Oui, parce qu'en fait le seul probl&#232;me, c'est que&#8230; Ce n'est pas une question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; ouais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Pour moi, mais non (&lt;i&gt;s'adressant &#224; la personne qui vient de parler&lt;/i&gt;) non attend, attend. Parce que moi je pense&#8230; Je suis d&#233;sol&#233;. Mais je vais vous dire&#8230; Non, non, attends une seconde. Je vais vous dire quelque chose qui me para&#238;t tr&#232;s important. Nous avons commenc&#233; ici, en fait, &#224; construire un espace d'&#233;coute et de parole. Je ne dis pas (&lt;i&gt;s'adressant &#224; la personne qui vient de parler&lt;/i&gt;) que nous n'allons pas vous &#233;couter. Ce que je dis c'est que nous &#233;tions en train de discuter avec les gens qui sont venus apporter quelque chose&#8230; attendez. Qui ont apport&#233; des questions qui &#233;taient tr&#232;s importantes et il me semble qu'il faut aussi donner un moment la possibilit&#233; de discuter avec elles aujourd'hui, ici, au lieu de, tout d'un coup, passer dans un esp&#232;ce de texte de : &#171; allez, je m'en fous de tout le monde et l'on y va pour faire une action &#187;. Parce que parfois les actions que l'on doit faire, c'est vis-&#224;-vis de nous-m&#234;me. C'est-&#224;-dire qu'avant de commencer &#224; se dire que l'on va faire la grosse r&#233;volution par rapport &#224; l'&#201;tat, pour moi, ce qui compte, c'est l'&#233;coute de ce qui est en train de se passer ici et maintenant. Et du coup, les paroles tr&#232;s fragiles qui sont dites ici. Imaginez ce que &#231;a veut dire pour quelqu'un de dire publiquement qu'il a &#233;t&#233; objet d'une violence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelqu'un parle depuis la salle, sans micro &#224; l'adresse de Paul Pr&#233;ciado. Son propos est inaudible. Il s'agit s&#251;rement du m&#234;me interlocuteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Non, mais, ce que je veux dire, c'est : qu'est-ce que &#231;a veut dire, si l'on parle ensemble, qu'est-ce que &#231;a veut dire, comment on organise des strat&#233;gies par rapport au fait d'&#234;tre invisibilis&#233;, au fait d'&#234;tre en dehors de la repr&#233;sentation en tant que personne racis&#233;e, en tant que personne trans. Donc, je pense que ce que je voulais te demander c'est que l'on soit capable de se donner un moment pour parler de &#231;a, et apr&#232;s, si vous voulez, on peut penser collectivement, ensemble, ce que l'on va faire si l'on en a la possibilit&#233;. Je vous ai dit hier, j'ai parl&#233; avec vous pour vous dire, en fait, qu'il me semblait que la strat&#233;gie d'essayer de rester ici et de faire quelque chose ici au centre Pompidou &#233;tait tr&#232;s complexe. Parce que nous sommes dans une institution qui, si vous voulez, &#224; 8 heures du soir nous aurons la police. Donc il faut aussi savoir si c'est &#231;a que l'on veut faire ou pas. Et aussi &#234;tre capable d'&#233;couter, je suis d&#233;sol&#233;, mais il me semble que c'est tr&#232;s important aussi d'entendre ce qui se passe. La fragilit&#233; des paroles qui sont dites ici. Avant d'appeler imm&#233;diatement &#224; une esp&#232;ce de lutte. Parce que je pense que quelque part, historiquement, ce qui nous arrive souvent s'est que nous sommes dans une lutte qui est plus importante que nous-m&#234;mes, toujours plus importante que la personne fragile qui est &#224; c&#244;t&#233; de nous, toujours plus important&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que quelque chose que nous sommes en train de partager. Et je ne suis pas en train de dire qu'il ne me semble pas important d'&#233;laborer une strat&#233;gie commune, bien au contraire. Vous voyez ? Voil&#224;, je voulais dire &#231;a donc une seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; L'interlocuteur de la lettre semble vouloir reprendre sa lecture ou vouloir parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; (&#224; l'interlocuteur) Non, une seconde. Je voulais vous dire une chose. Y a-t-il quelqu'un qui voudrait dire quelque chose d'abord ? Apr&#232;s on va ouvrir la question &#224; toute l'assembl&#233;e si vous voulez, on va ouvrir la question des actions politiques ou des strat&#233;gies par rapport &#224; ce qui nous arrive collectivement : le couvre-feu. Avant, est-ce qu'il y a quelqu'un qui a une question &#224; poser, ou quelque chose &#224; dire par rapport au d&#233;bat sur la repr&#233;sentation dans le cin&#233;ma ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelqu'un s'adresse &#224; Paul B. Preciado, vraisemblablement la m&#234;me personne que pr&#233;c&#233;demment. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Oui, je comprends, mais tu n'as pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; La personne continue de parler (inaudible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Oui, mais ce n'est pas exactement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; la personne continue de parler. Le propos est inaudible sauf ses derniers propos : &#171; Et apr&#232;s, on n'a pas le droit de&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Oui, mais ce n'est pas exactement une assembl&#233;e, c'est-&#224;-dire que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plusieurs personnes s'&#233;crient : &#171; Ahhhh !!!! &#187; (Dans le sens de &#171; enfin, il r&#233;v&#232;le sa pens&#233;e &#187;). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Non bien s&#251;r, parce qu'en fait, si vous voulez, nous ne sommes pas exactement d&#233;cid&#233;s. &#192; partir du moment o&#249; nous d&#233;cidons que l'on va travailler comme une assembl&#233;e, on le fera. Mais pour l'instant, ce que je vous dis c'est : est-ce qu'il y a quelqu'un, dans la salle, qui a quelque chose &#224; dire, &#224; demander ? Est-ce que le d&#233;bat par rapport &#224; la repr&#233;sentation ou par rapport &#224; l'exclusion des minorit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du cin&#233;ma ou &#224; l'int&#233;rieur de la culture vous int&#233;resse ? Sinon non. Oui, une question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2e intervention :&lt;/strong&gt; Moi je voudrai d'abord dire merci &#224; ceux qui sont dans la lumi&#232;re de donner la parole &#224; ceux qui sont dans l'ombre. Parce que c'est effectivement quand on travaillera ensemble que le monde tel qu'il est, avec la violence, avec les diff&#233;rences, les discriminations, qu'un autre monde sera possible. Mais peut-&#234;tre qu'effectivement, les petits qui sont dans l'ombre, ceux qui vivent le cin&#233;ma et le th&#233;&#226;tre autrement dans leur vie quotidienne, qui font de leur vie un th&#233;&#226;tre et une &#339;uvre d'art. Moi je suis danseuse d'ailleurs, alors c'est toujours tr&#232;s difficile d'&#234;tre assise m&#234;me si je sais que &#231;a danse &#224; l'int&#233;rieur de moi, mais enfin c'est tr&#232;s dur. Donc, je crois qu'il faut qu'on ose. L&#224;, il y a plein de fant&#244;mes aussi. Si l'on osait r&#234;ver &#224; un monde o&#249; ces fant&#244;mes puissent &#234;tre ressuscit&#233;s et donc qu'on arr&#234;te de mourir. Je crois que la prochaine r&#233;volution c'est : &lt;i&gt;faceless but body&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Body active&lt;/i&gt; et surtout, ne pas aller dans la mort parce que peut-&#234;tre c'est vraiment tr&#232;s dangereux. Nous les humains, je me demande si l'on n'est pas dangereux quand on meurt et que les animaux, on pourrait aussi et je reviens &#224; mon merci du d&#233;but, leur dire merci parce qu'ils nous ont montr&#233; ce qu'il ne fallait pas faire. Il ne fallait pas entrer en g&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Encore une question ? Alors est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre qui voudrait dire quelque chose par rapport au d&#233;bat ? Oui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3e intervention :&lt;/strong&gt; Bonsoir et merci. Je me demandais, par rapport &#224; toutes ces discussions que l'on a entendues, l'importance d'avoir nos propres lieux de cr&#233;ation et de diffusion. Il existe encore des &#233;coles qui sont plut&#244;t ouvertes, des &#233;coles d'art par exemple. Dans quelle mesure &#234;tes-vous li&#233;s aux &#233;coles, aux lieux de cr&#233;ation et de recherche ? Et dans quelle mesure projetez-vous aussi vos recherches dans ces lieux-l&#224; qui permettent une cr&#233;ation, une diffusion commune et autog&#233;r&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/adele_-_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/adele_-_copie.png?1731403090' width='500' height='263' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Tu veux que je r&#233;ponde ? (&lt;i&gt;Elle s'adresse aux diff&#233;rentes personnes de la table ronde pour savoir si quelqu'un veut parler&lt;/i&gt;) je dis un truc ? (&lt;i&gt;elle prend le micro&lt;/i&gt;). &#201;coute, je peux r&#233;pondre juste de mon point de vue. Nad&#232;ge je te&#8230; (&lt;i&gt;elle ne finit pas sa phrase, mais signale qu'elle laissera la parole &#224; Nad&#232;ge Beausson-Diagne par la suite&lt;/i&gt;). C'est-&#224;-dire qu'en fait j'aime vraiment beaucoup la transmission. Je dirai que c'est un peu le truc vers lequel je me tourne le plus en ce moment. Et j'essaie, je ne sais pas si je change, en tous cas j'essaie vraiment de transmettre, je ne sais pas comment dire, de transmettre effectivement dans des lieux de cr&#233;ation. Apr&#232;s, est-ce que ces lieux de cr&#233;ation sont libres ? Des lieux d'&#233;coles par exemple. Parce que moi, je suis reli&#233; par exemple au TNB, au th&#233;&#226;tre de Bretagne avec les &#233;l&#232;ves, etc. Et j'essaie de leur transmettre une fa&#231;on que moi j'envisage n&#233;cessaire de rapport au jeu : c'est-&#224;-dire de garder une forme d'autonomie. Et le crit&#232;re principal &#233;tant le crit&#232;re de la joie, pour &#234;tre s&#251;re de ne pas vivre&#8230; Enfin bref je m'emm&#234;le en fait. Tout &#231;a pour dire que j'essaie d'intervenir, mais que je n'ai pas l'impression d'intervenir pour changer les organigrammes des endroits. Donc j'essaie d'accompagner les gens qui sont dedans, dans des dynamiques de r&#233;sistance ou dans des dynamiques de cr&#233;ation et d'essayer de leur fournir des cl&#233;s. C'est ce que disait Nad&#232;ge. Nous, on essaie aussi d'aider les jeunes, des acteurs de cin&#233;ma ou de faire une sorte de transmission l&#224;, mais qui va en fait dans tous les sens, pour les accompagner. Pour ne pas qu'ils soient effectivement livr&#233;s dans un endroit assez violent sans formation. Mais peut-&#234;tre Nad&#232;ge tu peux reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nad&#232;ge Beausson-Diagne :&lt;/strong&gt; Oui, c'est un peu la m&#234;me chose. C'est-&#224;-dire que moi j'eus donn&#233; aussi des cours et j'ai travaill&#233; avec des enfants et c'est toujours important. Parce que moi, par exemple, quand j'&#233;tais au conservatoire, j'ai eu un second prix &#224; la fin parce que le directeur est venu m'expliquer que, comme j'&#233;tais noire, je ne ferai pas ce m&#233;tier. Et du coup, je ne pouvais pas avoir le premier prix. Et en fait, &#231;a, je l'avais oubli&#233;. C'est apr&#232;s, en travaillant sur moi que je me suis dit : &#171; Waouh ! &#187;. Et donc &#224; chaque fois, j'essaie vraiment pour tous les jeunes, de leur donner ces cl&#233;s et le chemin des possibles et la projection en fait. Parce que finalement c'est toujours l'histoire des r&#244;les mod&#232;les. Mais en fait, on n'a pas parl&#233; de &#231;a et c'est vraiment important. Je veux dire que les r&#244;les mod&#232;les qui font que quand vous &#234;tes diff&#233;rents&#8230; Parce que c'est pareil, ce mot de diversit&#233;, c'est pas un pays (&lt;i&gt;ce mot d'esprit montre comment le mot &#171; diversit&#233; &#187; est utilis&#233; par le pouvoir&lt;/i&gt;). La diversit&#233; c'est bien, ya tout le monde quoi. Allez on y va, toute la diversit&#233;, sinon c'est un pays. Et c'est important de donner ces r&#244;les mod&#232;les. Et &#224; chaque fois, j'essaie de travailler sur la d&#233;construction des st&#233;r&#233;otypes, la projection des possibles, le travail sur le corps et de donner des cl&#233;s aussi pour lutter contre la violence que va &#234;tre ce m&#233;tier. Parce qu'on n'en parle pas, il y a une extr&#234;me violence sur les corps et notamment les corps des femmes. Et qui part maintenant des cours, qui est enseign&#233; dans certains cours. C'est horrible. Pardon, je ne veux pas vous d&#233;primer. J'essaie &#224; chaque fois de travailler sur &#231;a. C'est tr&#232;s tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Et je rajouterai que c'est quand m&#234;me des univers qui sont ultraconcurentiels. Et en fait, il y a assez peu de travail. Il y a une grosse pression sur qui va travailler. Je parle des &#233;coles de th&#233;&#226;tre. Il y a une grosse pression et effectivement du coup, des r&#232;gles internes peuvent primer finalement sur les lois, tout simplement. C'est-&#224;-dire que l'on va inviter au silence des &#233;l&#232;ves qui vont &#234;tre victimes de racisme ou inviter au silence des victimes d'agression sexuelle au sein de l'institution et foutre la pression sur les personnes en question qui ont &#233;t&#233; victimes. En faisant jouer le fait qu'elles vont &#234;tre toutes seules et que de toute mani&#232;re le monde est comme &#231;a et que de toute mani&#232;re c'est &#224; elles de s'adapter au monde, et pas au monde de changer. Ce qui est, quand m&#234;me, un comble dans le cadre d'une &#233;cole de th&#233;&#226;tre o&#249; l'on est sens&#233; justement dire : &#171; on va r&#233;inventer le monde &#187;. L&#224; tout d'un coup, c'est genre : &#171; Non, en fait, le monde est raciste donc habitue-toi &#224; interpr&#233;ter des clich&#233;s racistes m&#234;me en tant que personne racis&#233;e toi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Je pense que par rapport &#224; la question, c'est aussi dans quelle mesure il faut peut-&#234;tre inventer une nouvelle &#233;conomie du cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Je suis &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nad&#232;ge Beausson-Diagne :&lt;/strong&gt; Tellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Moi je veux bien carr&#233;ment cr&#233;er une &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Qu'elle soit en dehors de l'&#233;conomie du cin&#233;ma fran&#231;ais contemporain et peut &#234;tre aussi pourquoi pas des &#233;coles. Une &#233;cole alternative, une &#233;cole peut-&#234;tre antiraciste, transf&#233;ministe du cin&#233;ma, pourquoi pas. C'est-&#224;-dire qu'il me para&#238;t important aussi dans ce que tu disais tout &#224; l'heure Ad&#232;le, pourquoi tu appelais &#231;a : l'organigramme du pouvoir, pourquoi l'architecture du pouvoir elle ne change pas. Historiquement, il n'y a aucune architecture de pouvoir qui change si elle n'est pas contest&#233;e profond&#233;ment, radicalement de l'int&#233;rieur. Et apr&#232;s, &#231;a commence peut-&#234;tre &#224; &#234;tre une r&#233;ponse &#224; la lettre qui a &#233;t&#233; en partie lue avant, la question c'est en fait : quelle strat&#233;gie ? Si nous perdons peut-&#234;tre trop de temps &#224; lutter de l'int&#233;rieur, ou est-ce que c'est plus int&#233;ressant, justement, de cr&#233;er de nouvelles organisations, des nouvelles &#233;conomies de productions qui sont &#224; l'ext&#233;rieur m&#234;me des ce que l'on va appeler, les parcours habituels du cin&#233;ma fran&#231;ais avec le CNC, etc. Apr&#232;s, il y a effectivement la question de l'argent, la question des fonds et le fait que le cin&#233;ma par exemple est une industrie. Et donc &#233;videmment, ce n'est pas la m&#234;me chose de faire du cin&#233;ma sans argent que faire du cin&#233;ma avec beaucoup d'argent &#231;a c'est certain. Mais il me semble qu'en tous les cas, la question de choisir les lieux dans lesquels on va investir nos forces de transformation politique est cruciale. Notamment, &#231;a va nous faire revenir &#224; la question de savoir si c'est pertinent de rester ici ou pas par exemple. De savoir si c'est plus int&#233;ressant de rester ici, ou si c'est plus int&#233;ressant d'aller ailleurs et de cr&#233;er un ailleurs encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Acquiescement de Nad&#232;ge Beausson-Diagne et d'Ad&#232;le Haenel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Sur la question de l'&#233;cole, moi c'est ce que j'essayai de dire un peu en bafouillant tout &#224; l'heure et je m'en excuse. Je pense vraiment qu'il y a une politique de l'acteur, on va dire assez commun&#233;ment diffus&#233; au sein de notre branche dans le cin&#233;ma. Une sorte de docilit&#233; exig&#233;e en fait. Une sorte de don de soi. Et finalement assez chevill&#233; avec une forme de souffrance en fait. D'autorisation par le metteur en sc&#232;ne de prendre. Parce que c'est lui qui va faire. Et du coup, toi, tu es model&#233; et en tant que tel, tu as de la chance en fait (&lt;i&gt;le propos ici est &#233;videmment critique&lt;/i&gt;). Et moi je serai tr&#232;s int&#233;ress&#233;e, ensemble tant qu'&#224; faire, de cr&#233;er une &#233;cole effectivement de th&#233;&#226;tre qui aurait pour premier principe que l'on est soit m&#234;me absolument capable de savoir si c'est juste ce que l'on fait. Et ce n'est pas un quelqu'un qui doit nous valider ou nous dire : &#171; c'est bien ce que tu as fait &#187; ou se permettre telle ou telle violence. Le premier crit&#232;re pour &#234;tre un peu, &#224; mon avis, je ne dirai pas &#171; safe &#187; parce que ce n'est pas le mot, mais en tous les cas d'&#234;tre capable de d&#233;tecter les abus, c'est de faire confiance &#224; cette chose de joie &#224; l'int&#233;rieur de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Alors, vous avez encore des questions, des commentaires, des apports &#224; faire ? Je vois Virginie qui &#233;crit &#224; toute vitesse l&#224;. (&lt;i&gt;En riant et s'adressant &#224; Virginie Despentes&lt;/i&gt;) Tu veux dire quelque chose ? Non ? Ok. Parce que comme je te voyais en fait en train d'&#233;crire&#8230; Il y a deux paroles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelqu'un dit 3.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; 3 pardons. Donc on va prendre ces trois paroles et apr&#232;s on va passer &#224; Yseult. Parce que sinon Yseult n'aura pas le temps de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4e intervention :&lt;/strong&gt; Oui bonjour, je n'avais pas du tout pr&#233;vu de parler. Alors c'est un peu intimidant. D&#233;j&#224; merci de tout ce que vous avez dit. Je comprends &#224; quel point c'est important cette question de l'intersectionnalit&#233; dans le monde de la culture enfin dans le cin&#233;ma et au niveau de la repr&#233;sentation, au niveau des acteurs. Apr&#232;s ma question est simple. C'est : comment faire pour aller encore plus loin ? Comment faire pour traiter toutes les questions au niveau aussi de ceux qui rendent possibles toutes ces productions culturelles, tous ces films. Je veux parler des invisibles. Je veux parler des petites mains. Voil&#224;, des gens qui sont les femmes de m&#233;nage. Je veux parler des personnes qui rendent possible : des cam&#233;ramans, de tout ce que vous voulez, de tous ces pr&#233;caires de la culture. Tous ces techniciens qui actuellement sont dans une situation extr&#234;mement complexe, ils sont dans une situation de pr&#233;carit&#233; extr&#234;me. Il y a beaucoup de personnes racis&#233;es, il y a beaucoup de personnes&#8230; c'est souvent des meufs, c'est souvent des personnes queers aussi. Et bien &#233;videmment, je pense que c'est super important de penser l'intersectionnalit&#233; dans le cin&#233;ma, mais dans le cin&#233;ma et la culture j'aurais envie de dire, en g&#233;n&#233;ral. Voil&#224; et petit d&#233;tail, je me permets. C'est par rapport aux vacataires du centre Pompidou. Parce qu'en fait vous voyez, si tous ces &#233;v&#232;nements sont possibles, si le mus&#233;e a pu rouvrir mi-juillet, c'est parce qu'il y a des vacataires qui travaillent ici, qui ont &#233;t&#233; extr&#234;mement expos&#233;s, qui n'avaient pas de protocole covid. En gros, ils ont &#233;t&#233; envoy&#233;s au front, on leur a cach&#233; toutes les informations par rapport au covid. Ils sont venus travailler, ils ont fait plein de choses qu'ils ne devaient pas faire normalement : distribuer des masques et des gants. Ils ont des situations de merde. Ceux qui sont &#224; Pompidou, ils ont souvent, des CDD de 1 mois renouvelable. Donc en fait, ils ne peuvent pas se mettre en gr&#232;ve, ils ne peuvent rien faire. Parce que sinon, ciao. Voil&#224;, j'avais une pens&#233;e pour eux. Moi personnellement j'&#233;tais vacataire &#224; la BPI. On a men&#233; une gr&#232;ve il y a un mois, on a obtenu quelques petites choses, mais on &#233;tait dans des situations similaires. Et voil&#224;. C'est une situation qui est partout dans la culture et dans toute la soci&#233;t&#233; et je pense que l'intersectionnalit&#233; doit aller aussi &#224; ce niveau-l&#224;. Encore merci de m'avoir &#233;cout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT ET ENCOURAGEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Merci. Donc ce que l'on va faire c'est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/nadege_1_-_copie_2_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/nadege_1_-_copie_2_.png?1731403093' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nad&#232;ge Beausson-Diagne :&lt;/strong&gt; Pardon (&lt;i&gt;adresse &#224; Paul B. Preciado pour prendre la parole&lt;/i&gt;). Je veux juste dire que quand nous on a parl&#233;, et que l'on a co-&#233;crit ce livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; sa participation &#224; une ouvrage collectif : Noire n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on parlait par notre prisme d'actrice, mais on parlait pour la soci&#233;t&#233;, on parlait pour nous tous. Moi je suis intermittente du spectacle, mon mari est intermittent du spectacle, on est tous ensemble. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; les techniciens et de l'autre c&#244;t&#233; les artistes. C'est-&#224;-dire que vraiment quand on parle &#224; chaque fois, pardon, on parle pour nous tous et nous toutes en fait. Donc voil&#224;, on ne l'a peut-&#234;tre pas pr&#233;cis&#233;, voil&#224; merci de le redire parce que le combat il est ensemble en fait. Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Du coup, nous allons prendre plut&#244;t une rafale de questions et de paroles puisque nous avons &#224; peine 10 minutes. Donc parole&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelqu'un parle dans le public, mais c'est inaudible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; le probl&#232;me c'est que je ne sais pas si la personne qui transcrit est capable de t'&#233;couter (&lt;i&gt;il veut dire d'entendre l'intervention puisque la personne parle depuis la salle hors micro&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La personne parle plus fort, mais on ne l'entend toujours pas suffisamment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Dans le cin&#233;ma ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nad&#232;ge Beausson-Diagne :&lt;/strong&gt; En fait, il faut r&#233;p&#233;ter parce que du coup il ne peut pas lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; le probl&#232;me c'est que pour t'entendre il faut envoyer la personne qui a le micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Discussion hors micro &#224; propos de la transcription. Inaudible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5e Intervention :&lt;/strong&gt; Est ce que vous avez des conseils pour nous ? Comment peut-on acc&#233;der au pouvoir ? Comment on peut acc&#233;der &#224; ces postes-l&#224;, parce que m&#234;me si on a de la joie, on est fatigu&#233;. Et moi je voudrais savoir concr&#232;tement aussi, parce que l&#224; on parle d'utopie&#8230; enfin pas que, excusez-moi, vous faite du tr&#232;s beau travail. Comment on fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Mais &#224; quel poste ? Parce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5e Intervention suite :&lt;/strong&gt; Par rapport aux gens qui sont des d&#233;cideurs, on parlait des d&#233;cideurs tout &#224; l'heure, de ceux de la production par exemple du cin&#233;ma, j'ai l'impression que bien s&#251;r que c'est possible, mais est-ce qu'il y a des conseils que vous pouvez nous donner, est-ce qu'il y a une strat&#233;gie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Mais peut &#234;tre que l'objectif, enfin en tous les cas je parle pour moi, l'objectif n'est pas du tout ni d'atteindre particuli&#232;rement un poste, ni non plus cette architecture de pouvoir, l'organigramme. Parce qu'id&#233;alement, ce qu'il faudrait, c'est &#234;tre capable de modifier cette architecture de pouvoir, de la modifier. Apr&#232;s je ne parle pas pour les autres, mais je ne pense pas que l'id&#233;al soit de laisser le CNC tel qu'il est organis&#233; aujourd'hui, exactement de la m&#234;me mani&#232;re, mais on met une personne racis&#233;e, une personne soi-disant queer, ou une personne trans qui soit l&#224; pour veiller en fait &#224; ce qu'il y ait plus de projets. Je pense que &#231;a, c'est justement la logique des quotas et la logique d'inclusion, la logique d'accessibilit&#233; aussi si l'on parle de rapport au handicap. &#199;a, c'est une logique qui est une logique d'int&#233;gration. Et je pense qu'il y a une autre logique qui est la logique r&#233;volutionnaire qui n'est plus du tout une logique d'int&#233;gration, mais une logique de transformation des structures de pouvoirs. Et je pense que pour transformer les structures de pouvoir, peut-&#234;tre le plus important, c'est de mener des pratiques d'exp&#233;rimentation, des pratiques que j'appelle par exemple en philosophie de d&#233;sidentification. C'est-&#224;-dire : qu'est-ce qui se passe si vous arr&#234;tez de faire ce que le syst&#232;me attend de vous ? Qu'est-ce qui se passe ? Vous voyez ce que je veux dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Et du coup, &#231;a, c'est une pratique diff&#233;rente. Il ne s'agit pas simplement de dire : &#171; on veut avoir une personne des minorit&#233;s &#187;. C'est de mon point de vue l'&#233;chec des politiques d'int&#233;gration par rapport &#224; l'immigration qui ont &#233;t&#233; prises notamment dans le contexte n&#233;o-lib&#233;ral &#224; partir de l'&#232;re Thatcher, surtout ans le contexte anglo-saxon. Aujourd'hui la France se dit que peut &#234;tre avec 20 ans de retard et avec tous les probl&#232;mes qu'il y a eu, il faudrait plus ou moins&#8230; (&lt;i&gt;il allait dire quelque chose comme &#171; faire la m&#234;me chose &#187;&lt;/i&gt;). M&#234;me pas parce qu'en France, l'id&#233;e r&#233;publicaine emp&#234;che en fait toute politique possible quelque part de quotas. Mais je pense que nous ne sommes pas, en tout cas, encore une fois, pour moi, dans cette dialectique entre d'une part les structures traditionnelles de pouvoir, et d'autre part, l'int&#233;gration des minorit&#233;s dans l'architecture des institutions dominantes. Mais plut&#244;t dans un processus radical de d&#233;patriarcalisation et de d&#233;colonisation de ces architectures de pouvoir et donc, je dirai de d&#233;sinstitutionnaliser ; c'est-&#224;-dire que quelque part, par rapport au centre Pompidou, la v&#233;rit&#233; ce n'est pas que je ne veux pas rester dedans, ce que je voudrais c'est que ce soit ferm&#233; &#224; un moment donn&#233; et que l'on prenne ensemble la possibilit&#233; de se dire : qu'est-ce qu'on fait ? Qu'allons-nous faire ? Parce que si un mus&#233;e est une technologie de la m&#233;moire, c'est le lieu dans lequel on construit et l'on normalise les repr&#233;sentations de la masculinit&#233;, de la f&#233;minit&#233;, de la race, du handicap, etc. Du corps valide. Ces lieux-l&#224; en tant que monuments nationaux sont les lieux de construction de ces technologies. Je pense que quand le gouvernement dit : &#171; en fait vous allez rentrer chez vous &#224; partir de 21 h &#187;, nous pouvons aussi, puisque c'est nos institutions &#224; nous, d&#233;cider : &#171; &#233;coutez, on va fermer le centre Pompidou puisque nous avons besoin de r&#233;fl&#233;chir &#187;. Qu'est-ce qu'on veut faire ensemble collectivement ? De la m&#234;me mani&#232;re par rapport &#224; l'universit&#233;. Si l'on pense aussi aux &#233;coles de th&#233;&#226;tre, la question est : &#171; qu'est-ce que l'on enseigne aujourd'hui dans une &#233;cole de th&#233;&#226;tre ? &#187; Et peut-&#234;tre aussi&#8230; Pardon, j'abuse de ma position, mais c'est vrai que quand on organise, on a tendance &#224; abuser (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;) de cette position-l&#224;. Du coup, est-ce possible de g&#233;n&#233;rer de nouvelles pratiques d'exp&#233;rimentation institutionnelle qui vont venir r&#233;troactivement transformer l'institution ? Peut-&#234;tre la transformer, peut-&#234;tre la d&#233;faire compl&#232;tement. Voil&#224; pardon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hors micro quelqu'un veut parler et Paul Pr&#233;ciado dirige la personne faisant circuler le micro.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; V&#233;ronique, tu peux donner le micro ici ? Et l&#224;, pour le coup effectivement nous avons 5 min en fait &lt;i&gt;(il prononce cette phrase en regardant sa montre&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6e intervention :&lt;/strong&gt; Merci de m'avoir donn&#233; la parole. Je vais reprendre le sujet autour de l'institution et de comment on peut d&#233;sinstitutionnaliser et transformer l'institution. Je voudrais aussi faire un rapport avec le questionnement que l'on a eu hier soir en prenant ce que vient de dire Paul B. Preciado. C'est juste deux paragraphes, c'est tr&#232;s court. Je commence : &#171; On fait quoi alors ? Hier, Elsa Dorlin a fait appara&#238;tre le mot &#8220;feu&#8221;. &#8220;Feu&#8221; comme r&#233;ponse et m&#234;me comme anticipation du couvre-feu. Du geste qui veut (&lt;i&gt;ou vient&lt;/i&gt;) masquer le feu. Nier le feu. Fran&#231;oise Verg&#232;s a fait appara&#238;tre une m&#233;moire de lutte de diff&#233;rents corps pr&#233;caris&#233;s qui avec tout le courage et la col&#232;re ont d&#233;sob&#233;i depuis longtemps au destin m&#233;prisable que la machine patriarco-coloniale nous impose partout. L'&#233;touffement. On a parl&#233; de la survivance. On a parl&#233; de la fuite. Il y a eu aussi la manif des sans-papiers. C'est dommage que lorsqu'une flamme est apparue hier soir 20 h, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; une porte claqu&#233;e qui plus ou moins explicitement nous invitait &#224; rentrer chez nous au lieu de briser ce dispositif de guerre appel&#233; couvre-feu. Au lieu de tisser la temporalit&#233; autrement. Au lieu d'alt&#233;rer justement ces moments o&#249; l'&#201;tat suppose que l'on dort. La nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Merci. C'est une main qui se bouge comme &#231;a ou c'est une parole ? C'est une parole ? On va prendre une derni&#232;re parole et apr&#232;s si &#231;a vous para&#238;t bien, nous allons &#233;couter ensemble Yseult. Qui malheureusement nous attend l&#224;, au lieu d'&#234;tre ici avec nous, &#231;a aurait &#233;t&#233; g&#233;nial. Et je voudrais vous dire aussi, que nous allons peut-&#234;tre continuer le d&#233;bat autrement, en dehors aussi du centre Pompidou et peut &#234;tre dans d'autres contextes. Donc ce n'est pas non plus la derni&#232;re fois que nous avons la possibilit&#233; de discuter ensemble. Tu veux un micro ? Kengn&#233; 2 min ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Kengn&#233; T&#233;guia hors micro se l&#232;ve. Il dit quelque chose (inaudible).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Oui, mais attend parce qu'il y a quelqu'un d'autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Kengn&#233; T&#233;guia s'avance et monte sur la sc&#232;ne. Hors micro il semble expliquer qu'il va faire une intervention rapide. On comprend qu'il &#233;tait venu chercher un micro, mais semble dire qu'il va rester sur la sc&#232;ne faire son intervention.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;en souriant&lt;/i&gt;) OK, viens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Kengn&#233; T&#233;guia rit et s'avance vers Nad&#232;ge Beausson-Diagne qui lui dit : &#8220;covid&#8221; (signifiant que ce n'est pas une bonne id&#233;e de pr&#234;ter son micro). Il prend le micro tendu par Na&#235;lle Dariya.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kengn&#233; T&#233;guia :&lt;/strong&gt; Je dis rapidement deux choses parce que je trouve &#231;a int&#233;ressant les personnes qui sont intervenues. Il faut aussi interroger d'o&#249; on vient quand on prend la parole. Par exemple, la question de rester dans le centre Pompidou : quels sont les corps qui sont en danger en fait ? Et je trouve aussi qu'il faut &#234;tre attentif &#224; ce qui se dit dans l'espace. Parce qu'il me semble que j'ai fait une performance en fait (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;), que j'ai fait une vid&#233;o que je parle de la question d'essayer de travailler &#224; l'int&#233;rieur de l'institution. Et c'est &#231;a l'&#233;coute en fait. C'est savoir se d&#233;centrer. Et je trouve &#231;a violent vos interventions. C'est vraiment violent parce que c'est annuler ce qui s'est pass&#233; et ce qui est en train de se passer. Peut-&#234;tre que &#231;a ne vous satisfait pas, mais peut &#234;tre qu'il faut prendre du recul sur ce qui est en train de se faire. Et je pense que la r&#233;volution elle peut se faire &#224; plusieurs endroits. Il n'y a rien qui est dichotomique en fait. Ce n'est pas : tout est noir, tout est blanc. C'est comment, en fonction d'o&#249; on se trouve, essayer de trouver des strat&#233;gies. Et on ne critique pas les tentatives de chacun, chacune en fait. &#199;a s'appelle de l'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rire de Kengn&#233; T&#233;guia. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nad&#232;ge Beausson-Diagne :&lt;/strong&gt; En fait, pardon (&lt;i&gt;elle dit &#8220;pardon&#8221; en levant la main pour prendre la parole&lt;/i&gt;). Merci (&lt;i&gt;&#224; Kengn&#233; T&#233;guia&lt;/i&gt;). Merci parce que c'est ce que j'&#233;tais en train de lui dire (&lt;i&gt;elle parle de Na&#235;lle Dariya assise &#224; c&#244;t&#233; d'elle&lt;/i&gt;). Vous ne vous en rendez peut-&#234;tre pas compte, mais en fait vous avez reproduit ce que l'on nous fait tout le temps. C'est-&#224;-dire que l'on est venu vous d&#233;livrer une parole, et cette parole, vous l'avez ni&#233;. Donc je vous le dis, je suis navr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends, que vous avez&#8230; Mais nous hier, on n'&#233;tait pas l&#224;, on est l&#224; aujourd'hui. Prenez ce qui se passe l&#224;, on vient vous donner quelque chose. (&lt;i&gt;d'un ton plus ferme&lt;/i&gt;) Prenez ce qui se passe l&#224;. OK parce qu'on n'est pas les uns contre les autres, on ne va pas y arriver comme &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Merci mon fr&#232;re (&lt;i&gt;elle r&#233;pond &#224; quelqu'un hors champ et hors micro&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;i&gt;Hors micro&lt;/i&gt;) : merde, putain. Truc de ouf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Bravo, bravo. Ouais merci, merci. Encore un effort, essayons encore de rester dans l'&#233;coute, dans l'&#233;coute profonde. De recevoir ce qui est donn&#233; ici collectivement. Mais aussi dans l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Parce que c'est &#231;a aussi, &#231;a fait partie de nous. C'est-&#224;-dire qu'il y a des gens dont quelque chose brule &#224; l'int&#233;rieur et qui fait que l'on a envie imm&#233;diatement d'autre chose et du coup, on ne peut pas &#233;couter ce qui se passe ici. Mais ce qui se passe ici, continue aussi. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;-l&#224; fait partie de nous dans sa complexit&#233;. Donc voil&#224;, je voulais encore vous dire merci et peut-&#234;tre que l'on va, apr&#232;s Yseult, faire un dernier moment. Mais &#231;a va &#234;tre tr&#232;s tr&#232;s bref. Je sais que c'est difficile d'arr&#234;ter de parler maintenant, que l'on a tous envie de continuer. On va imaginer comment, on va trouver les mani&#232;res, on va imaginer les strat&#233;gies pour continuer. Peut-&#234;tre que d&#233;j&#224;, la liste qui a &#233;t&#233; constitu&#233;e par le centre Pompidou - parce que vous vous &#234;tes inscrit au s&#233;minaire - est d&#233;j&#224; une mani&#232;re d'&#234;tre en contact pour vous envoyer un mot si l'on fait autre chose ailleurs, si l'on se r&#233;unit autrement, si l'on d&#233;cide de faire cette convergence, cette coalition r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ad&#232;le Haenel :&lt;/strong&gt; Merci beaucoup. Merci beaucoup &#224; Paul, Nad&#232;ge, Na&#235;lle. Merci, vraiment c'&#233;tait un honneur d'&#234;tre avec vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Merci &#224; vous d'&#234;tre l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin du d&#233;bat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; Alors une troisi&#232;me parole. Ils me font signe qu'il va falloir partir apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention :&lt;/strong&gt; Vous avez demand&#233; quelle r&#233;sistance. Et je me demande pourquoi on partirait maintenant ? S'il nous faut du temps et la possibilit&#233; de nous r&#233;unir pour pouvoir faire quelque chose ensemble, pourquoi est-ce que l'on ne restait pas maintenant et que se soit la meilleure r&#233;ponse &#224; ce colloque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT (&lt;i&gt;Paul B. Preciado applaudit &#233;galement&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; C'est pas mal, c'est pas mal (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re intervention suite :&lt;/strong&gt; On a nos gels, on a nos masques, on a les distances de s&#233;curit&#233;, cela fait plus de trois heures que l'on est d&#233;j&#224; ensemble. On ne prend pas plus de risque, on ne cr&#233;e pas plus de risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; &#231;a, c'est vrai. Je ne vais pas vous cacher que j'avais d&#233;j&#224; pens&#233; &#224; cette &#233;ventualit&#233; (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;). Bon, on peut l'imaginer. Je pense qu'&#224; chaque fois c'est vrai, &#224; chaque fois on devrait se poser la question collectivement : qu'est-ce que l'on peut faire dans cette situation ? C'est &#231;a qui est int&#233;ressant finalement. L&#224;, bon, r&#233;fl&#233;chissons en termes de technique des corps et de pratiques de r&#233;sistance. Si nous restons ici, le centre va fermer. Je vous le dis parce que les techniciens vont partir. (&lt;i&gt;&#192; l'adresse des techniciens&lt;/i&gt;) Sauf si vous restez avec nous. Les techniciens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rire dans la salle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une possibilit&#233; (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;). Et que peut-&#234;tre aussi les gardiens du centre vont partir et du coup, ils vont fermer le centre. Et nous allons rester ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des cris dans l'assistance OUAIIIIIIII !!!! - Paul rit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi pas, je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s parle hors micro (inaudible).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des gens qui partent imm&#233;diatement (il rit en signifiant que dans le hors champ, des gens sont en train de partir).&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Paul B. Preciado fait un signe aux gens qui sortent et leur dit : &#034;CIAO&#034; en riant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s :&lt;/strong&gt; Il faudra quand m&#234;me, &#224; ce moment-l&#224;, faire quelques rituels de protection. Parce que je disais &#224; Elsa (Dorlin) qu'il y a quand m&#234;me les fant&#244;mes de tous les gens que ce mus&#233;e a transform&#233;s en mort et qu'il nous faudra accueillir (&lt;i&gt;elle sourit&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul B. Preciado :&lt;/strong&gt; absolument. Bon, sinon nous pouvons nous donner rendez-vous demain pour continuer &#224; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Exclamations de d&#233;ception dans le public. Mais aussi des applaudissements.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#224; penser et &#224; parler ensemble (&lt;i&gt;il sourit&lt;/i&gt;). Demain, on va se donner rendez-vous &#224; 16h pour avoir un peu plus de temps et pour pouvoir finir &#224; nouveau &#224; 19h30. Mais entretemps, entre aujourd'hui et demain, nous pouvons repenser encore &#224; cette possibilit&#233; de rester ici, y compris &#224; amener quelque chose &#224; manger, &#224; boire, etc. S'il faut (&lt;i&gt;il rit&lt;/i&gt;). OK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPLAUDISSEMENT&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le massacre du 17 octobre 1961 est la r&#233;pression meurtri&#232;re, par la police fran&#231;aise, d'une manifestation d'Alg&#233;riens organis&#233;e &#224; Paris par la f&#233;d&#233;ration de France du FLN. Pr&#233;par&#233;e en secret, la manifestation est un boycott du couvre-feu nouvellement appliqu&#233; aux seuls Nord-Africains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cette d&#233;finition est emprunt&#233;e au lexique des concepts de Paul B. Preciado mis en ligne par le centre Pompidou.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Somath&#232;que, n. f. : Parce que le terme de &#171; corps &#187;, trop m&#233;dical, ne lui semble pas convenir pour d&#233;signer la fa&#231;on dont nous vivons nos corps et la mani&#232;re dont ils s'articulent avec notre psychisme, Paul B. Preciado propose l'id&#233;e de somath&#232;que : nos corps sont des somath&#232;ques, c'est-&#224;-dire une collection de postures, de gestes, de looks, d'images (venues du cin&#233;ma, de la publicit&#233; ou des arts), d&#233;termin&#233;s par le contexte social, ou adopt&#233;s par opposition. Le mus&#233;e, classique ou moderne, est aussi une somath&#232;que, qui propose tout un catalogue de corps possibles, canoniques ou hors-norme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; sa participation &#224; une ouvrage collectif : Noire n'est pas mon m&#233;tier. Publi&#233; sous la direction d'A&#239;ssa Maiga, cet ouvrage-mouvement publi&#233; aux &#233;ditions du Seuil en 2018 compile des textes de Mata Gabin, Ma&#239;mouna Gueye, Eye Ha&#239;dara, Rachel Khan, A&#239;ssa Ma&#239;ga, Sara Martins, Maris-Philom&#232;ne Nga, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Maggajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Tour&#233;, France Zobda.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contribution de Nad&#232;ge Beausson-Diagne s'intitule : &#171; Vous allez bien ensemble avec la bamboula &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; Rennes, les f&#233;ministes soufflent sur les braises des luttes et rallument la joie</title>
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		<dc:date>2020-11-27T22:44:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cits et consid&#233;rations f&#233;ministes par temps de covid.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton94.jpg?1731403053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Re&#231;u dans la foul&#233;e du 21 novembre, ce texte, vraisemblablement &#233;crit &#224; chaud, nous rappelle l'importance d'occuper les rues, l'importance du premier des gestes politiques, se retrouver, se rassembler pour que nos voix portent &#224; l'heure o&#249; l'on voudrait nous faire rester &#224; la maison. Il rappelle aussi les enjeux politiques du f&#233;minisme plus que jamais indispensable en ces temps d'augmentation des violences faites aux femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte trouve son point de d&#233;part dans l'&#233;nergie trouv&#233;e dans les cort&#232;ges f&#233;ministes et antisexistes du 8 mars 2020 et du 21 novembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'habite &#224; Rennes depuis une dizaine d'ann&#233;es. Mon parcours de vie n'est pas vraiment conventionnel : je ne travaille pas, si ce n'est quelques petits boulots. Je pense pouvoir dire que c'est l'omnipr&#233;sence des luttes dans cette ville qui a d&#233;cid&#233; de mon choix d'&#234;tre citadine. Il est vrai que j'ai parfois des doutes sur la possibilit&#233; de continuer &#224; vivre de d&#233;brouilles dans une m&#233;tropole. Et la nouvelle crise sanitaire vient encore renforcer ces doutes. Alors que nous vivons un confinement relatif, l'id&#233;e qui me taraude m'appelle &#224; ne pas oublier la force des liens de solidarit&#233; et l'importance des rassemblements humains dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, aller en manifestation m'a souvent laiss&#233; des sensations pour le moins paradoxales. R&#233;cemment, un ami me rappelait que le centre-ville de Rennes &#233;tait ferm&#233; &#224; tout cort&#232;ge depuis environ cinq ans. Malgr&#233; de nombreuses restrictions, il y a une vibratoire urbaine sp&#233;cifique ici qui impose perturbations et blocages de fa&#231;on quasi syst&#233;matique quelques mois par an ! &#199;a a donn&#233; de grands moments comme l'occupation par 400 personnes de la Maison du Peuple en plein centre-ville en 2016, ou les irruptions fulgurantes des Gilets Jaunes, chaque samedi, avec musique et armures de carton &#224; l'assaut des grilles anti&#233;meute (tout de m&#234;me pay&#233; par de lourds tributs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encadrement des d&#233;fil&#233;s et les s&#233;ries d'arrestations ont contraint les cort&#232;ges &#224; un parcours r&#233;duit comme pendant le dernier mouvement des retraites. De quoi en d&#233;primer plus d'un&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et paradoxalement, &#224; &#234;tre pr&#233;sente dans ces moments, on y sent encore la col&#232;re bouillir et les diff&#233;rentes strates de vies assembl&#233;es pr&#234;tent comme rarement &#224; la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas innocent pour moi que s'exprime, dans des rassemblements contre les violences polici&#232;res et des rassemblements f&#233;ministes, quelque chose d'irr&#233;ductible &#224; l'apathie ambiante et dans cette ann&#233;e d'&#233;tat d'urgence sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 novembre dernier, je suis sortie pour la journ&#233;e nationale contre les violences faites aux femmes. Pas de d&#233;fil&#233; cette fois, mais de nombreuses prises de paroles, slogans et chor&#233;graphies qui ont ambianc&#233; la place. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; les demandes g&#234;n&#233;es des organisatrices &#224; maintenir les gestes barri&#232;res (elles ne devaient pas y croire non plus !) le rassemblement s'est achev&#233; par deux moments festifs, beaux dans leur expression parall&#232;le : une grande chorale a cappella de chants f&#233;ministes et r&#233;volutionnaires dans un cercle de corps rapproch&#233;s les uns des autres. &#192; c&#244;t&#233;, un dancefloor agit&#233; et sensuel dans la brume de fumig&#232;nes multicolores o&#249; s'agitent des corps impr&#233;vus aux sons de tubes dance et pop. (Miroir de plusieurs g&#233;n&#233;rations, une quinquag&#233;naire se lancera avant moi dans la danse : &#171; on ne doit plus faire la f&#234;te maintenant ? C'est ce que l'on va voir ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;miniscence d'une autre f&#234;te, celle de la musique cette fois. Une f&#234;te sauvage, un &#233;lan qui nous portait le 21 juin 2020 &#224; Nantes. Ce fut un moment vol&#233; et tellement m&#233;dicinal apr&#232;s l'isolement du premier confinement. Un moment &#224; la m&#233;moire de Steve Ma&#239;a Cani&#231;o mort un an plus t&#244;t, tu&#233; par la police (et &#224; l'honneur de nos luttes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apr&#232;s-midi du 21 novembre me fait l'effet d'une ronde qui tourne sur elle-m&#234;me, mais &#224; la vitesse d'un sprint, entrepris par quelques-unes dans la danse. Ronde folle qui pourrait vite se m&#233;tamorphoser en serpent agressif. En serpent qui se d&#233;fend. &#192; l'image des prises de paroles des femmes exil&#233;es, des collectifs transsexuels, des femmes expos&#233;es aux violences sexuelles et physiques qui refusent de se taire et luttent pour d'autres existences. Nous ne sommes pas sorties de la place&#8230; qu'&#224; cela ne tienne. Le 8 mars aussi nous &#233;tions quelques milliers. Il y avait des tags, de l'affichage sauvage et des cagoules &#224; paillettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; c&#244;t&#233; de ces grands moments, avec plusieurs amies depuis deux ans, nous avons fait le choix de nous voir r&#233;guli&#232;rement sans mec, pour avancer ensemble sur des plans concrets comme travailler nos qualit&#233;s d'&#233;nonciations ou nous d&#233;centrer de certaines mani&#232;res de vivre nos relations de copines et les mettre en jeu diff&#233;remment. Batailler contre notre misogynie int&#233;rieure. Je crois que j'ai pu exp&#233;rimenter cette pratique, moi qui ai longtemps d&#233;fendu la mixit&#233;, parce que les mouvements f&#233;ministes m'ont pr&#233;exist&#233; et n'ont jamais cess&#233; d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sens chanceuse d'&#234;tre partie prenante des luttes f&#233;ministes parce que l'histoire de ces luttes a pu m'&#234;tre transmise dans sa complexit&#233;. C'est une histoire qui n'est pas uniforme. Et tant mieux. Elle allume toujours une petite flamme dans l'&#339;il de celles qui la racontent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a beaucoup de tensions et pourtant, depuis environ 5 ans, quelque chose s'affine entre le f&#233;minisme queer (qui rejette le binarisme homme/femme comme cat&#233;gorisation enfermant) et le f&#233;minisme de la diff&#233;rence (qui prends pour appui des exp&#233;riences de femmes entre femmes). Gr&#226;ce au d&#233;bat et au conflit entre lesbienne et h&#233;t&#233;rosexuelles, il est maintenant assez entendu que s'attaquer au phallocentrisme passe par une critique de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les luttes LGBT et les luttes des femmes noires ont construit l'intersection, comme attention port&#233;e aux diff&#233;rents types de domination et leur cumul possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence du f&#233;minisme pro sexe, l'actualit&#233; du mouvement &lt;i&gt;Me Too&lt;/i&gt; nous appelle &#224; d&#233;placer notre regard. Ces rassemblements appellent &#224; un r&#233;examen urgent de la masculinit&#233;, cette norme dominante et dangereuse. Ils nous appellent aussi &#224; questionner l'opacit&#233; de nos sexualit&#233;s, leurs polymorphies, contre les effets de domination qui s'y exercent. Et pour mieux nous rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu raconter ici ces moments de d&#233;fil&#233;s pour c&#233;l&#233;brer le Cauchemar que nous repr&#233;sentons pour ces villes lumineuses qui r&#234;vent de flux de consommations et de richesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que si le rapport de force de celles et ceux qui luttent parait d&#233;favorable, je crois &#224; toutes ces apparitions subversives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que je trouve les luttes f&#233;ministes vibrantes, je souhaite que ces moments se multiplient et se d&#233;ploient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groucha Brichoff&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/rennnes_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/rennnes_-_copie.jpg?1731403030' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des malentendus de &#171; la domination masculine &#187;</title>
		<link>https://trounoir.org/Des-malentendus-de-la-domination-masculine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Des-malentendus-de-la-domination-masculine</guid>
		<dc:date>2020-11-27T22:44:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Tassadit Yacine a r&#233;v&#233;l&#233; les richesses de l'identit&#233; berb&#232;re sans jamais l'extraire des violences du colonialisme. &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton86.jpg?1731403052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;unis dans un collectif qui associe th&#233;&#226;tre, recherches en sciences humaines et m&#233;diation socioculturelle, Manifeste Rien travaille sur le th&#233;&#226;tre et la critique sociale. En 2011, nous avons adapt&#233; pour la sc&#232;ne le livre de Pierre Bourdieu &#171; la domination masculine &#187;. Les diff&#233;rents &#233;chos du spectacle, ainsi que les conditions de sa diffusion, permettent d'interroger plusieurs points : la versalit&#233;, voire pusillanimit&#233;, de certains programmateurs maquillant les rapports d'argent, de pouvoir et de reconnaissance en &#171; go&#251;ts &#187; ou en &#171; int&#233;r&#234;t pr&#233;sum&#233; du public &#187; ; les injonctions des politiques culturelles et socioculturelles ; et les diff&#233;rents engagements des luttes f&#233;ministes &#224; la lumi&#232;re de l'histoire coloniale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des malentendus de &#171; la domination masculine &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
de Pierre Bourdieu et les textes de Tassadit Yacine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tassadit Yacine est anthropologue, sp&#233;cialiste du monde berb&#232;re et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
adaptation th&#233;&#226;tre du collectif Manifeste Rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sillage du bicentenaire de la r&#233;volution fran&#231;aise, auto-glorification nationale et r&#233;publicaine, para&#238;t une tribune dans la presse&lt;i&gt; &#171; Pour la d&#233;fense de la la&#239;cit&#233;, Pour la dignit&#233; des femmes &#187;. Cette tribune soutient un &#171; Manifeste lanc&#233; par les enseignants &#187; qui pr&#244;ne l'interdiction du voile islamique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes en 1989. La com&#233;dienne et moi-m&#234;me avons dix ans. Propagande oblige, j'agite les drapeaux tricolores dans une vaste chor&#233;graphie au stade v&#233;lodrome, r&#233;unissant toutes les &#233;coles primaires de Marseille. J'avais alors un instituteur, proche de la retraite, qui nous faisait chanter la marseillaise dans la cour de l'&#233;cole, en nous accompagnant de sa voix dure et sans variations. Torse bomb&#233;, poing sur le c&#339;ur, front haut, regard vide et fier. Ce dernier m'avait jet&#233; de toutes ses forces contre un mur du pr&#233;au. Bien que physiquement douloureux, l'&#233;v&#232;nement ne m'avait pas traumatis&#233;, habitu&#233; &#224; ce genre de traitement en tant que cancre asserment&#233;. Mais cet &#233;clat de violence avait suffisamment r&#233;volt&#233; ma m&#232;re pour qu'elle menace l'instituteur et lui ordonne de ne plus jamais toucher un seul de mes cheveux. Menace maternelle des plus efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la comm&#233;moration du bicentenaire, &#171; &lt;i&gt;deux discours et deux objectifs s'affrontent : l'un promet une globalisation heureuse &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et une r&#233;union harmonieuse des &#171; tribus &#187; de la plan&#232;te sous l'&#233;gide des droits de l'homme, l'autre promet la poursuite du combat contre l'exploitation des richesses du Sud pour le bien &#234;tre du Nord. Pour l'un les c&#233;l&#233;brations de la R&#233;volution fran&#231;aise do&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ivent contribuer &#224; enterrer d&#233;finitivement ce qu'elle peut contenir de radical ; pour l'autre, les id&#233;aux r&#233;volutionnaires continuent &#224; &#234;tre d'actualit&#233;. Toute une gauche europ&#233;enne, et avec elle le f&#233;minisme civilisationnel, s'engouffre dans l'agenda huma&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nitaro-lib&#233;ral. Ce f&#233;minisme y voit l'occasion d'&#234;tre enfin admis dans les sph&#232;res du pouvoir. La lutte est d&#233;sormais culturelle et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'ennemi est tout d&#233;sign&#233; : l'Islam&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Vingt ans plus tard, la com&#233;dienne et moi montons l'adaptation du livre &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a domin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ation masculine&lt;/i&gt; de Pierre Bourdieu auquel nous m&#234;lons les recherches de Tassadit Yacine. Entre temps sur les &#233;crans : deux guerres du golfe et l'attaque du World Trade Center &#224; l'&#233;tranger ; &#233;meutes dans les banlieues, commission Statsi et loi interdisant les signes religieux en France : le voile islamique reste le symbole &#171; &lt;i&gt;qui permet de faire le lien entre la rubrique criminelle et la politique internationale, entre les ennemis de l'int&#233;rieur et les ennemis de l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le massacre des Italiens, de G&#233;rard Noiriel, adaptation th&#233;&#226;tre de Manifeste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re du spectacle a lieu en 2009 &#224; l'Alcazar, biblioth&#232;que r&#233;gionale de Marseille dans le quartier de Belsunce, gr&#226;ce &#224; Raymond Romano, biblioth&#233;caire, CGTiste, militant anti-raciste, et connaisseur de l'&#339;uvre de Tassadit Yacine. La repr&#233;sentation avait &#233;t&#233; un succ&#232;s. Le show avait commenc&#233; avant que la com&#233;dienne n'entre sur sc&#232;ne (sc&#232;ne qui n'existe pas dans la salle polyvalente). L'affiche, aux allures de concert rock, placard&#233;e par le biblioth&#233;caire, avait attir&#233; le m&#233;contentement de sa direction ainsi qu'un fort afflux de public. La salle &#233;tait d&#233;j&#224; comble et les gens poussaient, s'agglutinaient, s'invectivaient encore &#224; la porte d'entr&#233;e. Il nous a fallu appeler la s&#233;curit&#233;, et le vigile vigoureusement menacer le public d'annulation pour le forcer d'arr&#234;ter de grossir le moulon. Ce fut une bonne date. Du c&#244;t&#233; de la r&#233;activit&#233; du public, indispensable lors des premi&#232;res pour entra&#238;ner les improvisations de la com&#233;dienne ; comme du c&#244;t&#233; professionnel : un bon article retour dans une revue culturelle et une professeure voulant faire venir le spectacle dans son lyc&#233;e. Nous n'avions jamais pens&#233; &#224; le jouer en scolaire, traitant ouvertement de critique sociale et de sexualit&#233; : position dans l'acte, &#233;rection titanesque, &#233;rotisme baroque, taille des verges, orgasme, simulation de l'orgasme... Nous avons donn&#233; la meilleure repr&#233;sentation que nous puissions apr&#232;s deux mois de r&#233;p&#233;titions acharn&#233;es, le premier &#224; la table avec nombres d'affrontements dus &#224; nos diff&#233;rentes lectures sexu&#233;es des &#339;uvres de Bourdieu et Yacine, le deuxi&#232;me au plateau, tour &#224; tour exalt&#233;s et &#233;puis&#233;s par les improvisations successives, &#171; les sketches &#187; que nous inventions en contrepoids &#224; la scientificit&#233; des textes. Sans un sou de subvention, ni aucune aide publique. Comme souvent avec le r&#233;pertoire de nos pi&#232;ces auto-produites, celle-ci est rest&#233;e plus d'un an sans &#234;tre demand&#233;e. Lorsque je d&#233;marchais pour la vendre et la proposer, j'entendais la m&#234;me rengaine des directeurs de lieux culturels et socio-culturels : &#171; &lt;i&gt;cela n'int&#233;ressera pas mon public&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;trop compliqu&#233;&lt;/i&gt; &#187; ; et le plus int&#233;ressant ici : &#171; &lt;i&gt;c'est un th&#232;me d&#233;pass&#233; ; la domination masculine n'existe plus aujourd'hui&lt;/i&gt;. &#187; Nous sommes en 2009, le mouvement MeToo existe mais il est encore tr&#232;s loin de la d&#233;ferlante m&#233;diatique de l'affaire Weinstein de 2017. Les directeurs ne critiquaient pas l'autorit&#233; de Pierre Bourdieu, mais invalidaient l'actualit&#233; et la pertinence de la th&#233;matique en g&#233;n&#233;ral et de notre travail en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, les attentats de Charlie Hebdo vont lancer une nouvelle vague d'islamophobie et de croisade r&#233;publicaine et la&#239;que. Entre temps, notre compagnie a gagn&#233; en l&#233;gitimit&#233;, encha&#238;nant nouvelles cr&#233;ations, jouant au sein des institutions, dans quelques rares th&#233;&#226;tres, et partout o&#249; l'on pouvait, soit souvent dans des lieux o&#249; personne n'imaginait ou n'osait le faire. Gr&#226;ce &#224; la rencontre de Badra Delhoum (charg&#233;e de mission DRDJSCS, CGtiste et militante anti-raciste), nous avons &#233;galement orient&#233; notre recherche de fonds dans le socio-culturel et les politiques de la ville, branches plus r&#233;ceptives &#224; notre travail par sa dimension d'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; tourner gr&#226;ce au r&#233;seau militant associatif, mais c'est la branche &#233;tatique qui va renforcer la diffusion sur un malentendu implicite : la lib&#233;ration de la femme musulmane. Quel a &#233;t&#233; le poids du versant kabyle de la pi&#232;ce avec l'apport des textes de Tassadit Yacine ? Difficile &#224; &#233;valuer, car si le nom de Bourdieu fait autorit&#233;, que les charg&#233;.e.s de mission et d&#233;l&#233;gu&#233;.e.s du pr&#233;fet l'aient lu ou non, celui de la chercheuse &#233;tait sans aucun effet. Mais la th&#233;matique kabyle, donc alg&#233;rienne, donc arabo-berb&#232;re, faisait mouche. Nous allions &#233;duquer habitants et habitantes des quartiers populaires avec la culture m&#234;me de l'indig&#232;ne. Eur&#233;ka madame la secr&#233;taire d'Etat ! Mais en puisant dans la mythologie et la po&#233;sie orale f&#233;minine kabyle, nous utilisons les outils de la tradition pour d&#233;construire les id&#233;es inscrites &#224; &#171; l'agenda humanitaro-lib&#233;ral &#187; du f&#233;minisme civilisationnel dont parle Fran&#231;oise Verg&#232;s. La femme occidentale et moderne, qui travaille, qui vote, qui milite, n'&#233;chappe pas &#224; la domination masculine, au contraire. Au prisme de Pierre Bourdieu, elle l'alimente. Nulle nostalgie de la femme au foyer, mais une possibilit&#233; d'identifier, par la distanciation du th&#233;&#226;tre et de la sociologie, dans quelle mesure la femme propage encore, malgr&#233; elle, des rapports de domination l&#224; o&#249; elle pense s'en &#234;tre affranchie. Et inversement, l'homme identifie son r&#244;le de dominateur l&#224; o&#249; il pensait, historiquement, &#234;tre exempt&#233; de ces rapports. Il se voit, comme l'a dit Marx, &#171; &lt;i&gt;domin&#233; par sa domination&lt;/i&gt; &#187;. Offert donc &#224; toutes les failles de sa virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/calypsolopezmr_1.1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/calypsolopezmr_1.1.jpg?1731403009' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors des d&#233;bats &#224; l'issue des repr&#233;sentations, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les femmes r&#233;agissent mieux au spectacle que les hommes. &#192; l'instar des engueulades avec la com&#233;dienne lors des r&#233;p&#233;titions &#224; la table o&#249; nous cherchions le meilleur montage, la pi&#232;ce pr&#233;figure souvent une lutte des sexes. Or nous sommes diffus&#233;s, consciemment ou inconsciemment, par certains agents de l'Etat pour r&#233;soudre ou d&#233;samorcer le probl&#232;me de la femme des classes populaires. Celle-ci doit &#234;tre lib&#233;r&#233;e de son propre joug. Il y a 30 ans d&#233;j&#224;, toujours en 1989, &#224; l'assembl&#233;e nationale, la d&#233;put&#233;e Michelle Barzach, fid&#232;le &#224; la politique coloniale d&#233;finie par Fanon &#8211; &#171; &lt;i&gt;ayons les femmes et le reste suivra&lt;/i&gt; &#187; &#8211; d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;seules les femmes pourront permettre l'int&#233;gration de la population musulmane car ce &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sont elles qui font sauter les verrous de la tradition et repoussent le poids des abus de cette &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tradition quand elle existe&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A contrario, dans notre d&#233;marche th&#233;&#226;trale, c'est l'outil m&#234;me des traditions populaires qui permet de faire sauter les verrous des croyances lib&#233;rales. Par le choix esth&#233;tique de mise en sc&#232;ne, avec l'utilisation et l'hybridation des techniques corporelles de th&#233;&#226;tre populaire : commedia dell' arte, mime, parodie, emprunt musical, stand-up, argot m&#234;l&#233; &#224; la po&#233;sie et au jargon des sciences sociales. Et par le choix th&#233;matique, soit le corpus de textes et les transcriptions &#233;tudi&#233;s. Par exemple, le mythe kabyle de Tala (la fontaine), que Pierre Bourdieu emprunte dans son livre &#224; Tassadit Yacine, ouvre notre spectacle. &#171; La premi&#232;re femme &#187; y croise &#171; le premier homme &#187;. On d&#233;couvre, lors de cette rencontre originelle, comment la femme jadis plus instruite et plus forte, ma&#238;trisant les techniques du sexe et du feu, s'est fait voler le pouvoir. On d&#233;couvre, par l'apparente na&#239;vet&#233; de la tradition orale, le rapt de la connaissance et la domination sexuelle de l'homme sur la femme, litt&#233;ralement comme symboliquement parlant, puisque la femme monte l'homme au d&#233;but de la sc&#232;ne dans un plaisir partag&#233;, et se fait monter &#224; la fin de celle-ci sous l'injonction masculine. Appara&#238;t alors, en ces temps mythiques de gen&#232;se kabyle, la fabrication d'un ordre nouveau, arbitraire, hi&#233;rarchique. &#171; &lt;i&gt;Le grand partage typologique entre Sauvage et Civilis&#233;&lt;/i&gt; &#187; dirait Pierre Clastres. Et lors de la (re)lecture th&#233;&#226;tralis&#233; du mythe, appara&#238;t aussi et surtout, la s&#233;paration entre le public (la masculine &lt;i&gt;tajmact,&lt;/i&gt; la place publique o&#249; les hommes se rassemblent) et le priv&#233; (&lt;i&gt;tala,&lt;/i&gt; la fontaine o&#249; les femmes se rassemblent), entre la Nature (d&#233;sordre anomique de la fontaine &#224; la lisi&#232;re du monde sauvage) et la Culture (le nomos, la loi des hommes et du village). Une s&#233;paration fondatrice de l'in&#233;galit&#233; de genre qui laisse aux hommes les actions d'&#233;clats et la quotidiennet&#233; du labeur aux femmes. Une in&#233;galit&#233; qui minore la femme (et les domin&#233;s &#8211; ne parle-t-on pas des sauvageons, voir aujourd'hui &#171; d 'ensauvagement &#187;, pour les enfants des quartiers populaires ?), et l&#233;gitime l'abus de pouvoir des hommes (comme l'abus de celles et ceux qui font all&#233;geance &#224; ce syst&#232;me tout en vantant son mod&#232;le d'int&#233;gration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres exemples, qui invalident l'opposition entre une tradition pass&#233;iste et un progr&#232;s lib&#233;ral et lib&#233;rateur, pourraient &#234;tre donn&#233;s, comme l'izli, po&#232;me d'amour de la tradition orale f&#233;minine, recueilli, transcrit et traduit par Tassadit Yacine. Une joute verbale entre Si Mohand et la jeune fille, o&#249; l'&#233;rotisme des rapports de force cr&#233;e une dialectique sensuelle, sexuelle et comique tr&#232;s loin d'une uniforme relation qui laisserait la femme soumise et offerte au d&#233;sir masculin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/calypsolopezmr_1.6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/calypsolopezmr_1.6.jpg?1731403009' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une repr&#233;sentation, il y a quelques ann&#233;es, un petit groupe de femmes voil&#233;es a quitt&#233; la salle au tiers du spectacle. Nous avons entendu parler de cet &#233;v&#233;nement &#224; maintes reprises, comme si l'on voulait pointer l'insuffisance de notre spectacle, sa limite, mais surtout l'irr&#233;ductibilit&#233; du conformisme musulman. Par contre, que nous ayons jou&#233; &#224; maintes reprises devant des salles chaleureuses, voire euphoriques, de femmes dont une large partie &#233;tait voil&#233;e n'avait pas marqu&#233; les esprits. Deux enseignements &#224; cette histoire. L'artiste qui fait le choix de l'&#233;ducation populaire n'a pas le droit &#224; l'erreur, alors que l'artiste l&#233;gitime des sc&#232;nes nationales et conventionn&#233;es a droit &#224; la d&#233;faillance propre &#224; la recherche, &#224; la singularit&#233; et la libert&#233; d'expression. D'autre part, le f&#233;minisme civilisationnel ou f&#233;minisme blanc, est un passage oblig&#233; du progr&#232;s. Et nous sommes toutes et tous perm&#233;ables au progr&#232;s, all&#233;luia ! Sauf celles et ceux dont la religion fait culturellement, historiquement, identitairement barri&#232;re &#224; celui-ci. Or encore une fois dans notre adaptation, ce sont les outils de la tradition kabyle et arabo-berb&#232;re, donc de l'ancienne paysannerie alg&#233;rienne, qui permettent de d&#233;gager les paradigmes de domination symbolique que l'on retrouve aujourd'hui chez les femmes et les hommes des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Et que ce soit &#224; la marge du trouble homosexuel et trans' (innommable dans la soci&#233;t&#233; traditionnelle alg&#233;rienne) ou que ce soit au sein de l'EHESS &#224; Paris, instance de savoir &#224; laquelle acc&#232;dent les femmes, dans la douleur, le compromis, voire le reniement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reniement que Tassadit Yacine n'a jamais accept&#233;. Premi&#232;re femme indig&#232;ne (n&#233;e en 1949 sous le code de l'indig&#233;nat) a acc&#233;der &#224; l'EHESS. Tassadit Yacine a r&#233;v&#233;l&#233; les richesses de l'identit&#233; berb&#232;re sans jamais l'extraire des violences du colonialisme. Des rapports de force qu'elle subit et combat toujours dans les soci&#233;t&#233;s alg&#233;rienne et fran&#231;aise. Son travail n'est jamais, ou tr&#232;s rarement, cit&#233; par les chercheurs et militants des mouvement d&#233;coloniaux et intersectionnels, alors qu'elle a &#233;tudi&#233;, le plus souvent au prisme des po&#232;tes et de la po&#233;sie orale kabyle, le recoupement des dominations de genre, de race et de classe &#224; l'&#339;uvre dans le monde colonial et post-colonial. Et cette sorte d'invisibilisation (qui renvoie au &#171; &lt;i&gt;d&#233;ni d'existence&lt;/i&gt; &#187; de Bourdieu) dans la recherche engag&#233;e se retrouve aussi dans son envers acad&#233;mique. Nombres d'intellectuels, se pr&#233;sentant comme fins connaisseurs de l'&#339;uvre de Bourdieu, m'ont souvent demand&#233; pourquoi ces ajouts de textes de Tassadit Yacine. Tout simplement car elle est largement cit&#233;e dans toute la premi&#232;re moiti&#233; du livre ! Comment se fait-il que les chercheuses europ&#233;ennes, issues de la bourgeoisie, s'enregistrent d&#232;s les premi&#232;res lectures, alors que les arabo-berb&#232;res ne laissent aucune trace ? Sans doute car, comme le d&#233;montre notre travail je l'esp&#232;re, le renversement de la domination masculine n'a de sens que s'il tente de renverser aussi l'ordre politique qui la p&#233;rennise tout en faisant mine de la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeremy Beschon.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://manifesterien.over-blog.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Collectif Manifeste Rien&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jeremy Beschon a &#233;crit, adapt&#233; et mis en sc&#232;ne une quinzaine de pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre au sein du collectif Manifeste Rien. Il a collabor&#233; avec des chercheurs en sciences sociales tels que G&#233;rard Noiriel, Benjamin Stora, Tassadit Yacine. Il a publi&#233; la pi&#232;ce &#171; Baraque de Foire &#187; (pr&#233;face Al&#232;ssi Dell'Umbria) aux &#233;ditions l'atinoir, ainsi que des nouvelles, articles et extraits de pi&#232;ces dans les revues Agone, Cassandre, Le Chiendent revue syndicale, Marginales, Hommes &amp; Migrations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suivre leur facebook &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/manifesterien/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes sur la pi&#232;ce &#171; &lt;i&gt;la domination masculine &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Adaptation : Virginie Aimone et Jeremy Beschon avec la collaboration de Tassadit Yacine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mise en sc&#232;ne : Jeremy Beschon &lt;br class='autobr' /&gt;
Com&#233;dienne : Virginie Aimone&lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;ation lumi&#232;re : Fabrice Giovansili&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;gie lumi&#232;re : Jean-Louis Floro&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tassadit Yacine est anthropologue, sp&#233;cialiste du monde berb&#232;re et des rapports de domination&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le massacre des Italiens, de G&#233;rard Noiriel, adaptation th&#233;&#226;tre de Manifeste Rien et DAJA&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pour un f&#233;minisme d&#233;colonial, ed la Fabrique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon discours &#224; Victor Frankenstein au-dessus du village de Chamonix</title>
		<link>https://trounoir.org/Mon-discours-a-Victor-Frankenstein-au-dessus-du-village-de-Chamonix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://trounoir.org/Mon-discours-a-Victor-Frankenstein-au-dessus-du-village-de-Chamonix</guid>
		<dc:date>2020-11-27T22:44:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Manifeste</dc:subject>
		<dc:subject>Transidentit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>Susan Stryker</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Performer la rage transgenre. Par Susan Stryker.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Manifeste-+" rel="tag"&gt;Manifeste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Transgenre-+" rel="tag"&gt;Transidentit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Monstre-+" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Susan-Stryker-+" rel="tag"&gt;Susan Stryker&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton91.jpg?1731403052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Comme le monstre, plus longtemps je vivrais dans ces conditions, plus la rage grandira en moi. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte des ann&#233;es 1990, Susan Stryker d&#233;plie ce que s'affirmer en tant que monstre signifie &#224; partir du Montre mythique qui peuple nos imaginaires : la cr&#233;ature de Frankenstein.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note : Ce texte contient des citations de propos transphobes tr&#232;s violents, faites attention &#224; vous et lisez le quand vous vous sentez en bonne condition. Il a de m&#234;me &#233;t&#233; difficile psychologiquement &#224; traduire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vocabulaire utilis&#233; est un peu dat&#233; (&#233;crit en 1993), n&#233;anmoins il a &#233;t&#233; conserv&#233; tel quel pour des raisons d'authenticit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; originellement sur &lt;a href=&#034;https://transgrrrls.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site du collectif Transgrrrls&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***Cr&#233;dit image : Gabriel.le Siino, &lt;i&gt;sans titre #1 &lt;/i&gt; (d&#233;tail), 2020.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce travail est l'adaptation &#233;crite d'une performance pr&#233;sent&#233;e &#224; l'origine &#224; &#171; Rage Across the Disciplines &#187; [La rage &#224; travers les disciplines, NdlT], une conf&#233;rence d'art, d'humanit&#233;s et de sciences sociales qui eut lieu du 10 au 12 juin 1993 &#224; l'Universit&#233; d'&#201;tat de Californie, &#224; San Marcos. L'interdisciplinarit&#233; de cette conf&#233;rence, son th&#232;me, et l'appel des organisateur-rices &#224; des articles et des performances m'avaient donn&#233; l'envie d'&#234;tre cr&#233;ative dans ma fa&#231;on de pr&#233;senter un sujet, alors tr&#232;s pr&#233;sent dans mon esprit. En tant que membre de Transgender Nation &#8211; un groupe transp&#233;d&#233;gouine militant, d'action directe pour la d&#233;fense des transsexuelLEs &#8211; j'&#233;tais alors impliqu&#233;e dans l'organisation d'une perturbation du meeting annuel de l'American Psychiatric Association de 1993 &#224; San Francisco. Une bonne partie de nos discussions lors de nos r&#233;unions de pr&#233;paration tournaient autour de la gestion des &#233;motions intenses qui d&#233;coulent de l'exp&#233;rience transsexuelle &#8211; et tout particuli&#232;rement la rage &#8211; et de leur mobilisation dans des actions politiques efficaces. J'&#233;tais intrigu&#233;e par la perspective d'un examen critique de cette rage d'une mani&#232;re plus acad&#233;mique, via le concept de la performativit&#233; du genre. Mon id&#233;e &#233;tait de performer en toute connaissance de cause un genre queer plut&#244;t que d'en parler, permettant ainsi l'incarnation et la mise en &#339;uvre simultan&#233;es de ce concept dans le cadre d'une discussion. Je voulais que la structure formelle de ce travail exprime une esth&#233;tique transgenre par la r&#233;plication de nos transitions de genre abruptes, souvent d&#233;tonantes &#8211; remettant en question la classification g&#233;n&#233;rique avec la forme de mes mots, tout comme ma transsexualit&#233; remet en question les conventions des genres l&#233;gitimes et ma performance remettait en question, dans la salle de conf&#233;rence, les fronti&#232;res du discours acad&#233;mique acceptable. Durant la performance, je me tenais sur l'estrade, portant des rangers de drag genderfuck, un Levi's 501 effil&#233; sur un body de dentelle noire, un t-shirt de Transgender Nation d&#233;chiquet&#233;, les manches et le col coup&#233;-es, un triangle rose en quartz en pendentif, des bijoux grunge en m&#233;tal, dont un hame&#231;on de quinze centim&#232;tres de long pendant &#224; une lourde cha&#238;ne en acier. J'avais d&#233;cor&#233; la sc&#232;ne en la drapant de ma veste de cuir noir sur ma chaise &#224; la table des intervenant-es. La veste avait des menottes &#224; l'&#233;paule gauche, des anneaux arc-en-ciel sur les lacets du c&#244;t&#233; droit, et des stickers &#224; la Queer Nation disant CHANGEMENT DE SEXE, LESBIENNE, et J'EMMERDE TA TRANSPHOBIE ! sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps transsexuel est un corps contre-nature. Il est le produit de la science m&#233;dicale. C'est une construction technologique. C'est de la chair d&#233;chir&#233;e et recousue dans une forme qui n'est pas celle dans laquelle elle est n&#233;e. En ces circonstances, je me trouve une grande affinit&#233;, en tant que femme transsexuelle, avec le monstre du Frankenstein de Mary Shelley. Comme ce monstre, je suis trop souvent per&#231;ue comme moins qu'humaine &#224; cause des moyens de mon incarnation ; comme ce monstre, mon exclusion de la communaut&#233; des humain-es nourrit en moi une rage profonde et durable que je dirige, comme ce monstre, contre les conditions dans lesquelles je dois lutter pour exister. Je ne suis pas la premi&#232;re &#224; lier ainsi le monstre de Frankenstein et le corps transsexuel. Mary Daly cr&#233;e un lien explicite en parlant de la transsexualit&#233; dans Boundary Violations and the Frankenstein Phenomenon [Profanation des limites et le ph&#233;nom&#232;ne Frankenstein, non traduit] dans lequel elle caract&#233;rise les transsexuelles comme les agents d'une &#171; invasion n&#233;crophile &#187; des espaces f&#233;minins (69-72). Janice Raymond, qui reconna&#238;t Daly comme inspiration formatrice, est moins directe quand elle dit que &#171; le probl&#232;me de la transsexualit&#233; serait r&#233;solu au mieux en lui emp&#234;chant moralement d'exister &#187;, mais dans cette d&#233;claration elle fait n&#233;anmoins &#233;cho aux sentiments de Victor Frankenstein vis-&#224;-vis du monstre : Va-t'en, vil insecte, ou plut&#244;t, reste, afin que je puisse te pi&#233;tiner et te r&#233;duire en poussi&#232;re. Tu me reproches ta cr&#233;ation &#187; (Raymond, 178, Shelley 95). C'est un lieu commun de la critique litt&#233;raire de remarquer que le monstre de Frankenstein est son &lt;i&gt;alter ego&lt;/i&gt;, sombre, romantique, l'Autre &#233;tranger qu'il construit et sur lequel il projette tout ce qu'il ne peut accepter lui-m&#234;me ; en effet, Frankenstein appelle le monstre &#171; mon propre vampire, mon propre esprit lib&#233;r&#233; de la tombe &#187; (Shelley 74). Puis-je sugg&#233;rer que Daly, Raymond et d'autres de leur sorte construisent la transsexuelle comme leur golem personnel ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que ce commentaire se veut un renvoi d&#233;daigneux du monstre, il n'en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attribution de la monstruosit&#233; demeure une caract&#233;ristique manifeste de la plupart des repr&#233;sentations gaies et lesbiennes de la transsexualit&#233;, montrant en d&#233;tail de fa&#231;on troublante les dessous anxieux et effrayants de la fascination culturelle actuelle pour le transgenre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte utilise &#171; transgenre &#187; comme un terme parapluie qui se r&#233;f&#232;re &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La transsexualit&#233;, plus que n'importe quelle autre pratique ou identit&#233; transgenre, repr&#233;sente la perspective de d&#233;stabiliser la pr&#233;supposition fondamentale de genres fix&#233;s dont d&#233;pend une politique d'identit&#233; personnelle, Ainsi, des gens qui ont plac&#233; leurs id&#233;aux de justice sociale dans des mouvements identitaires disent par pure panique des choses telles &#224; notre sujet que, si elles &#233;taient dites &#224; l'encontre d'autres minorit&#233;s, on ne les verrait que dans des br&#251;lots haineux, supr&#233;macistes blancs, fascistes chr&#233;tiens. Pour citer en d&#233;tail une lettre d'une r&#233;dactrice d'un p&#233;riodique lesbien/gay populaire de San Francisco :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re le transsexualisme comme une imposture, et ses participant-es... perverti-es. Le-a transsexuel-le [affirme] qu'il/elle a besoin de modifier son corps pour &#234;tre son &#171; vrai soi &#187;. Parce que ce &#171; vrai soi &#187; demande une autre forme dans laquelle se manifester, il doit donc se battre contre la nature. On ne peut pas changer de sexe. Ce qui se passe alors est un ext&#233;rieur intelligemment manipul&#233; : ce qui a &#233;t&#233; fait, c'est une mutation. Ce qui existe en dessous de la surface d&#233;form&#233;e est la m&#234;me personne qu'avant la d&#233;formation. Les gens qui cassent ou d&#233;forment leur corps [jouent] la farce sinistre d'une approche illusoire, patriarcale, de la nature, ali&#233;n&#233;e de son &#234;tre v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;f&#233;rant par son nom &#224; une personne en particulier, qui se consid&#232;re comme lesbienne transsexuelle, dont elle a entendu parler dans un forum public au San Francisco Women's Building, l'autrice de cette lettre poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand un homme &#339;strog&#232;n&#233; avec de la poitrine aime une femme, ce n'est pas du lesbianisme, c'est de la perversion mutil&#233;e. [Cet individu] n'est pas une menace pour la communaut&#233; lesbienne, il nous est un outrage. Il n'est pas une lesbienne, c'est un homme mutant, une b&#234;te de foire faite maison, une difformit&#233;, une insulte. Il m&#233;rite une gifle. Apr&#232;s &#231;a, il m&#233;rite d'avoir son corps et son esprit remis dans le droit chemin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mikuteit 3-4, lourdement abr&#233;g&#233; pour des raisons de bri&#232;vet&#233; et de claret&#233;.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand de telles engeances me disent que je fais la guerre &#224; la nature, je ne trouve pas plus de raison de pleurer mon opposition &#224; eux &#8211; ou &#224; l'ordre qu'ils pr&#233;tendent repr&#233;senter &#8211; que le monstre de Frankenstein dans son inimiti&#233; envers la race humaine. Je ne me morfonds pas, je rugis gaiement loin d'eux comme la gouine cuir et dildo chevauchant sa Harley que je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stigmatisation favoris&#233;e par ce genre de classification p&#233;jorative n'est pas sans cons&#233;quences. De tels mots ont le pouvoir de d&#233;truire des vies transsexuelles. Le 5 janvier 1993, une femme transsexuelle pr&#233;-op [qui n'a pas encore eu de vaginoplastie, NdlT] de la communaut&#233; transp&#233;d&#233;gouine de Seattle, Filisa Vistima, &#233;crit dans son journal intime, &#171; J'aurais aim&#233;e &#234;tre anatomiquement &#8216;normale', comme &#231;a j'aurais pu aller nager... mais non, je suis une mutante, le monstre de Frankenstein. &#187; Deux mois plus tard Filisa Vistima se suicidait. Ce qui la conduit &#224; une telle extr&#233;mit&#233; &#233;tait le rejet qu'elle re&#231;ut de la part de la communaut&#233; p&#233;d&#233;gouine de Seattle, qui s'opposait &#224; sa participation &#224; cause de sa transsexualit&#233; &#8211; bien qu'elle se consid&#233;rait et vivait comme une femme bisexuelle. Le Centre de Ressources Lesbien o&#249; elle &#233;tait b&#233;n&#233;vole proc&#233;da &#224; un sondage de ses membres pour savoir s'il devait arr&#234;ter ou non de rendre services aux transsexuelles MtF. Filisa s'occupa de la saisie des donn&#233;es de l'enqu&#234;te ; elle n'eut pas &#224; s'imaginer ce que les gens pensaient des personnes comme elle. Le R&#233;seau des Femmes Bisexuelles de Seattle annon&#231;a que s'il accueillait des transsexuelles ce ne serait plus une organisation de femmes. &#171; Je suis s&#251;re, &#187; dit une des membres en parlant de l'inclusion des femmes transsexuelles bisexuelles, &#171; que les mecs peuvent s'occuper d'eux-m&#234;mes. &#187; Filista Vistima n'&#233;tait pas un mec, et elle ne pouvait pas prendre soin seule d'elle-m&#234;me. M&#234;me dans la mort elle ne trouva aucun soutien de la part de la communaut&#233; dont elle affirmait faire partie. &#171; Pourquoi Filisa n'a-t-elle pas demand&#233; de l'aide psychiatrique ? &#187; demanda un &#233;ditorialiste du Gay News de Seattle. &#171; Pourquoi Filisa n'a-t-elle pas r&#233;clam&#233; ses droits civiques ? &#187; Dans ce cas, non seulement les villageois-es m&#233;content-es chass&#232;rent leur monstre aux portes de la ville, mais ielles lui reproch&#232;rent aussi d'&#234;tre vuln&#233;rable &#224; leurs torches. Est-ce que Filista Vistima s'est suicid&#233;e, ou est-ce que la communaut&#233; p&#233;d&#233;gouine de Seattle l'a tu&#233;e ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le paragraphe pr&#233;c&#233;dent se base beaucoup, et paraphrase quelquefois, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux revendiquer les sombres pouvoirs de mon identit&#233; monstrueuse sans les utiliser comme des armes pour blesser des gens ou me blesser moi-m&#234;me. Je vais le dire aussi brutalement que je le peux : je suis une transsexuelle, donc je suis un monstre. Tout comme les mots &#171; gouine &#187;, &#171; p&#233;d&#233; &#187;, &#171; tapette &#187;, &#171; salope &#187;, et &#171; pute &#187; ont &#233;t&#233; r&#233;appropri&#233;s respectivement par les lesbiennes et les hommes gays, par les minorit&#233;s sexuelles anti-assimilationnistes, par les femmes qui recherchent le plaisir &#233;rotique, et par les travailleur-ses de l'industrie du sexe ; des mots comme &#171; cr&#233;ature &#187;, &#171; monstre &#187;, et &#171; contre-nature &#187; ont besoin d'&#234;tre r&#233;appropri&#233;s par les personnes transgenres. En les embrassant pleinement et en les acceptant, quitte &#224; les empiler les uns sur les autres, nous pourrons d&#233;truire leur capacit&#233; &#224; nous blesser. Une cr&#233;ature, apr&#232;s tout, dans la culture occidentale, n'est rien d'autre qu'un &#234;tre cr&#233;&#233;, une chose fabriqu&#233;e. L'affront que vous, pauvres humain-es, prenez lorsqu'on vous appelle &#171; cr&#233;ature &#187; r&#233;sulte de la menace que ce terme oppose &#224; votre statut de &#171; seigneurs de la cr&#233;ation &#187;, d'&#234;tres &#233;lev&#233;s au-dessus des basses existences mat&#233;rielles. Comme lorsqu'on nous appelle &#171; &#231;a &#187;, se faire appeler &#171; cr&#233;ature &#187; sugg&#232;re le manque ou la perte d'une individualit&#233; sup&#233;rieure. Je ne trouve aucune honte, cependant, &#224; accepter ma relation &#233;galitaire avec des &#202;tres mat&#233;riels non-humains ; tout peut &#233;merger de la m&#234;me matrice de possibilit&#233;s. &#171; Monstre &#187; provient du nom latin monstrum, &#171; pr&#233;sage divin, &#187; lui-m&#234;me form&#233; sur la racine du verbe &lt;i&gt;monere&lt;/i&gt;, &#171; avertir &#187;. Ce terme vint &#224; se r&#233;f&#233;rer aux choses vivantes de forme ou de structure anormale, ou aux cr&#233;atures fabuleuses comme le sphinx qui &#233;taient compos&#233;es de parties incongrues les unes les autres, parce que les Anciens consid&#233;raient l'apparence de tels &#234;tre comme le signe de quelque &#233;v&#233;nement surnaturel imminent. Les monstres, comme les anges, fonctionnaient comme les messagers et les h&#233;rauts de l'extraordinaire. Ils servaient &#224; annoncer des r&#233;v&#233;lations imminentes, disant, en effet, &#171; Faites attention, quelque chose de grande importance arrive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez-moi, camarades cr&#233;atures. Moi, qui ai v&#233;cu sous une forme qui ne correspondait pas &#224; mon souhait, moi dont la chair est devenue un assemblage de parties anatomiques incongrues, moi qui ai obtenu l'apparence d'un corps naturel par des proc&#233;d&#233;s contre-nature, je vous apporte cet avertissement : la Nature avec laquelle vous me rabattez les oreilles est un mensonge. N'ayez pas confiance en elle pour vous prot&#233;ger de ce que je repr&#233;sente, car elle n'est qu'une fabrication qui cache l'absence de fondement du privil&#232;ge que vous cherchez &#224; maintenir &#224; mes d&#233;pends. Vous &#234;tes construit-es comme moi ; le m&#234;me ut&#233;rus anarchique nous a accouch&#233;-es. Je vous appelle &#224; explorer votre nature comme j'ai d&#251; me confronter &#224; la mienne. Je vous mets au d&#233;fi de risquer l'abjection et d'&#233;clore comme je l'ai fait. &#201;coutez mes paroles, et vous pourrez d&#233;couvrir les coutures et les sutures en vous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; la question qu'il pose dans le titre de son r&#233;cent essai, &lt;i&gt;What is a Monster ? (According to Frankenstein)&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un monstre ? (d'apr&#232;s Frankenstein)&lt;/i&gt;, NdlT], Peter Brooks sugg&#232;re que, quelque soit par ailleurs un monstre, il &#171; puisse aussi &#234;tre ce qui &#233;chappe &#224; la d&#233;finition du genre &#187; (229). Brooks lit l'histoire de Mary Shelley, celle d'un scientifique ambitieux et de sa cr&#233;ation g&#234;nante, comme une contestation pr&#233;coce de la tradition litt&#233;raire r&#233;aliste du XIX&#232;me si&#232;cle, qui alors ne dominait pas encore les autres formes narratives. Il comprend que Frankenstein se d&#233;ploie textuellement &#224; travers une strat&#233;gie narrative g&#233;n&#233;r&#233;e par une tension entre une &#233;pist&#233;mologie orient&#233;e visuellement, d'une part, et une autre approche de la connaissance de la v&#233;rit&#233; des corps qui privil&#233;gie la linguisticalit&#233; verbale, d'autre part (199-200). Conna&#238;tre en voyant et conna&#238;tre en parlant/&#233;coutant sont des faits genr&#233;s, respectivement, comme masculin et f&#233;minin dans le contexte critique o&#249; Brooks travaille. Consid&#233;r&#233; dans ce contexte, le texte de Shelley s'inspire &#8211; et critique du point de vue d'une femme &#8211; la r&#233;organisation contemporaine des connaissances r&#233;sultant des affirmations de plus en plus convaincantes des sciences des Lumi&#232;res sur la v&#233;rit&#233;. Le monstre probl&#233;matise le genre en partie via son incapacit&#233; &#224; &#234;tre un sujet viable dans le champ visuel ; bien que appel&#233; &#171; il &#187;, iel propose une r&#233;sistance f&#233;minine, et potentiellement f&#233;ministe, &#224; la d&#233;finition via une scopophilie phallicis&#233;e. Le monstre accomplit cette r&#233;sistance en ma&#238;trisant le langage afin d'affirmer sa position de sujet parlant et de jouer verbalement la subjectivit&#233; qui lui est ni&#233;e dans le domaine sp&#233;culaire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Laqueur 1-7, pour une discussion br&#234;ve de l'effet des Lumi&#232;res sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monstruosit&#233; transsexuelle, cependant, ainsi que son affect, la rage transgenre, ne pourra jamais s'approprier si facilement un tel moyen de r&#233;sistance &#224; cause de l'incapacit&#233; du langage &#224; repr&#233;senter, dans une structure linguistique, le mouvement du sujet transgenre dans le temps entre des positions stablement genr&#233;es. Notre situation renverse en effet celle du monstre de Frankenstein. &#192; l'inverse du monstre, nous r&#233;ussissons souvent &#224; citer les normes visuelles de l'incarnation genr&#233;e. Cette citation devient une r&#233;sistance subversive quand, &#224; travers un usage provisoire du langage, nous d&#233;clarons verbalement le caract&#232;re contre nature de notre revendication &#224; l'&#233;gard des positions que nous occupons n&#233;anmoins.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un discours ouvertement transsexuel subvertit la logique pr&#233;sente derri&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un monstre avec une vie et une volont&#233; propre est la principale source d'horreur pour Frankenstein. Le scientifique a mis en place ce projet avec un but bien pr&#233;cis en t&#234;te : rien de moins que d'assujettir la nature enti&#232;re &#224; son pouvoir. Il trouve un moyen d'accomplir ses d&#233;sirs via la science moderne, dont les d&#233;vots, lui semblent-ils, &#171; ont acquis des pouvoirs nouveaux et presque illimit&#233;s, peuvent commander au tonnerre, imiter le tremblement de terre, et m&#234;me se jouer du monde invisible et de ses ombres. [..] j'accomplirai plus, bien plus &#187;, pense Frankenstein. &#171; Je cr&#233;erai une nouvelle route, j'explorerai les pouvoirs inconnus, et r&#233;v&#233;lerait au monde les myst&#232;res les plus profonds de la cr&#233;ation &#187; (Shelley 59). Le fruit de ses efforts, n'est pas, cependant, ce qu'avait imagin&#233; Frankenstein. L'extase qu'il pensait ressentir &#224; l'&#233;veil de sa cr&#233;ature se transforma imm&#233;diatement en effroi. &#171; Je vis s'ouvrir l'oeil jaune et vitreux de cet &#234;tre. [. . .] Ses m&#226;choires s'ouvraient et il marmottait des sons inarticul&#233;s, tandis qu'une grimace tordait ses joues. Peut-&#234;tre parla-t-il, mais je ne l'entendis pas ; une de ses mains &#233;tait tendue et semblait vouloir me retenir, mais je m'&#233;chappai. &#187; (Shelley 72,74) Le monstre s'&#233;chappe, aussi, et tient compagnie &#224; son cr&#233;ateur pendant quelques ann&#233;es. Pendant ce temps, iel apprend sur sa situation dans le monde, et plut&#244;t que de b&#233;nir son cr&#233;ateur, le montre le maudit. Le succ&#232;s m&#234;me du scientifique de Mary Shelley dans sa t&#226;che auto-attribu&#233;e prouve ainsi paradoxalement sa futilit&#233; : plut&#244;t que de d&#233;montrer le pouvoir de Frankenstein sur la mat&#233;rialit&#233;, le corps nouvellement ramen&#233; &#224; la vie de la cr&#233;ature atteste de l'&#233;chec de son cr&#233;ateur &#224; atteindre la domination qu'il recherchait. Frankenstein ne peut pas contr&#244;ler l'esprit et les sentiments du monstre qu'il a cr&#233;&#233;. Iel d&#233;passe et refuse ses buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma propre exp&#233;rience de transsexuelle cr&#233;e en ce sens un parall&#232;le avec le monstre. La conscience model&#233;e par le corps transsexuel n'est pas plus la cr&#233;ation de la science qui redonne forme &#224; la chair que l'esprit du monstre la cr&#233;ation de Frankenstein. L'arri&#232;re-pens&#233;e qui a produit les techniques hormonales et chirurgicales de r&#233;assignation sexuelle ne sont pas moins pr&#233;tentieuses, et pas plus nobles que celles de Frankenstein. Des docteurs h&#233;ro&#239;ques cherchent toujours &#224; triompher de la nature. Le discours scientifique qui a produit les techniques de r&#233;assignation sexuelle est ins&#233;parable de la qu&#234;te de l'immortalit&#233; par la perfection du corps, du fantasme de la domination compl&#232;te par la transgression d'une limite absolue, et du d&#233;sir arrogant de cr&#233;er la vie elle-m&#234;me. Sa g&#233;n&#233;alogie &#233;merge d'une qu&#234;te m&#233;taphysique ant&#233;rieure &#224; la science moderne, et sa politique culturelle est align&#233;e avec le but profond&#233;ment conservateur de stabiliser l'identit&#233; genr&#233;e au service de l'ordre h&#233;t&#233;rosexuel naturalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de cela, en revanche, n'emp&#234;che les corps transsexuels m&#233;dicalement construits d'&#234;tre des lieux de subjectivit&#233; viables. Rien ne garantit non plus la conformit&#233; du sujet ainsi incarn&#233; avec les arri&#232;res-pens&#233;es qui ont donn&#233; les moyens de l'incarnation transsexuelle. D&#232;s que nous nous levons de la table d'op&#233;ration de notre renaissance, nous, transsexuel-les, sommes quelque chose de plus, et quelque chose d'autre, que les cr&#233;atures que nos fabricants nous ont destin&#233; &#224; &#234;tre. Bien que les techniques m&#233;dicales de r&#233;assignation sexuelle soient capables de modeler des corps qui satisfont les crit&#232;res visuels et morphologiques qui g&#233;n&#232;rent la naturalit&#233; comme effet, interagir avec ces techniques produit une exp&#233;rience subjective qui d&#233;ment l'effet naturalisant que la technologie biom&#233;dicale peut atteindre. L'incarnation transsexuelle, comme l'incarnation du monstre, place le sujet dans une relation inassimilable, antagoniste, &#233;trange, &#224; la Nature dans laquelle il doit toutefois exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre de Frankenstein articule sa situation contre-nature dans le monde naturel avec bien plus de sophistication dans le roman de Shelley qu'on pourrait s'y attendre si on n'a vu que la version des ann&#233;es 1930 jou&#233;e par Boris Karloff dans le film classique de James Whales. Le critique de film Vito Russo sugg&#232;re que l'interpr&#233;tation du monstre par Whale a &#233;t&#233; influenc&#233;e par le fait que le r&#233;alisateur &#233;tait un homme gay au placard lors du tournage de son film sur Frankenstein. Le pathos qu'il a conf&#233;r&#233; &#224; son monstre d&#233;rivait de l'exp&#233;rience de la dissimulation de sa propre identit&#233; sexuelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Russo 49-50 : &#171; Les parall&#232;les homosexuels dans Frankenstein (1931) et Bride (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Monstrueuse et contre-nature aux yeux du monde, mais ne cherchant que l'amour de ses semblables et l'acceptation de la soci&#233;t&#233; humaine, la cr&#233;ature de Whale externalise et rend visible la solitude et l'ali&#233;nation cauchemardesque que le placard peut nourrir. Mais ce n'est pas le monstre qui me parle avec tant de force de ma propre situation en tant qu'&#234;tre ouvertement transsexuel. Je tends plus &#224; &#233;galer le monstre litt&#233;raire de Mary Shelley, qui est vif d'esprit, agile, fort et &#233;loquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le roman, la cr&#233;ature s'enfuit du laboratoire de Frankenstein et se cache dans la solitude des Alpes, o&#249;, par une observation attentive des gens qu'iel rencontre, iel acquiert une connaissance du langage, de la litt&#233;rature et des conventions de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne. Au d&#233;but, il ne conna&#238;t que peu de choses sur sa propre condition. &#171; Je ne voyais personne qui me ressemblait et m&#234;me n'entendait pas parler d'&#234;tres de mon esp&#232;ce &#187; note lea monstre. &#171; Qu'est-ce que cela signifiait ? Qui &#233;tais-je ? D'o&#249; provenais-je ? Quelle &#233;tait ma destin&#233;e ? Ces questions m'occupaient continuellement mais j'&#233;tais incapable de les r&#233;soudre &#187; (Shelley 160, 171). Alors, dans la poche de la veste qu'iel avait emport&#233;e en fuyant le laboratoire, le monstre trouve le journal de Victor Frankenstein, et apprend les particularit&#233;s de sa cr&#233;ation. &#171; &#192; cette lecture le d&#233;go&#251;t s'abattit sur moi, &#187; dit le monstre. &#171; J'avais augment&#233; mes connaissances mais j'avais d&#233;couvert plus clairement que je n'&#233;tais qu'un mis&#233;rable honni de tous. &#187; (Shelley 173, 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir appris son histoire et fait l'exp&#233;rience du rejet par toutes les personnes dont iel recherchait la compagnie, la vie de la cr&#233;ature prend un tournant sombre. &#171; La rage et la vengeance m'animaient, &#187; d&#233;clare le monstre. &#171; Comme le plus maudit des d&#233;mons, je portais en moi un enfer &#187; (181). Iel aurait &#233;t&#233; heureuxE de d&#233;truire toute la Nature, mais iel met au point, finalement, un plan plus exp&#233;ditif d'assassinat de toutes les personnes que Victor Frankenstein aime. Une fois que Frankenstein r&#233;alise que sa propre cr&#233;ation d&#233;laiss&#233;e est responsable de la mort de ses proches les plus chers, il se retire, plein de remords, dans un village montagnard en surplomb de sa Gen&#232;ve natale pour m&#233;diter sur sa complicit&#233; dans les crimes que le monstre a commis. En randonnant sur les glaciers &#224; l'ombre du Mont Blanc, au-dessus du village de Chamonix, Frankenstein espionne une silhouette famili&#232;re qui s'approche de lui sur la glace. Bien &#233;videmment, il s'agit du monstre, qui demande une audience avec son cr&#233;ateur. Frankenstein y consent, et les deux se retirent dans une cabane de montagnard. L&#224;, dans un monologue qui occupe quasiment un quart du roman, le monstre raconte &#224; Frankenstein le conte de sa propre cr&#233;ation, de son point de vue, lui expliquant comment iel &#233;tait devenu-e si enrag&#233;-e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est mon discours &#224; Victor Frankenstein, au-dessus du village de Chamonix. Comme le monstre, je pourrais parler de mes plus vieux souvenirs, de comment je me rendis compte de ma diff&#233;rence d'avec tou-tes celleux qui m'entouraient. Je pourrais d&#233;crire comment j'acquis une identit&#233; monstrueuse en utilisant le terme &#171; transsexuelle &#187; pour nommer des parties de mon corps que je ne pourrais pas expliquer autrement. J'ai, moi aussi, d&#233;couvert les journaux des hommes qui ont fabriqu&#233; mon corps, et qui ont fabriqu&#233; les corps des cr&#233;atures de mon esp&#232;ce depuis les ann&#233;es 1930. Je connais tous les d&#233;tails les plus intimes de l'histoire de cette r&#233;cente intervention m&#233;dicale dans la mise en place de la subjectivit&#233; transgenre ; la science cherche &#224; contenir et &#224; coloniser la menace radicale que forme une strat&#233;gie particuli&#232;re de r&#233;sistance transgenre contre la coercition du genre : l'alt&#233;ration physique des organes g&#233;nitaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En l'absence d'une histoire critique de la transsexualit&#233; digne de foi, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je vis tous les jours avec les cons&#233;quences de la d&#233;finition par la m&#233;decine de mon identit&#233; comme trouble &#233;motionnel. &#192; travers le filtre de cette pathologisation officielle, les sons qui sortent de ma bouche peuvent &#234;tre facilement balay&#233;s du revers de la main comme &#233;tant un charabia confus provenant d'un esprit malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le monstre, plus longtemps je vivrais dans ces conditions, plus la rage grandira en moi. La rage me colore en se pressant contre les pores de ma peau, s'impr&#233;gnant jusqu'&#224; ce qu'elle devienne le sang qui court dans mon c&#339;ur battant. C'est une rage nourrie par la n&#233;cessit&#233; d'exister dans des circonstances ext&#233;rieures qui s'activent contre ma survie. Mais il y a d&#233;j&#224; une autre rage en moi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Journal (18 f&#233;vrier 1993)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Kim s'assit entre mes jambes &#233;cart&#233;es, son dos contre moi, l'ar&#234;te de son coccyx sur le bord de la table. Sa main gauche agrippa ma cuisse si fortement que la marque resta une semaine. Suant et beuglant, elle poussa une derni&#232;re fois et le b&#233;b&#233; sortit finalement. &#192; travers le dos de mon amante, contre la peau de mon propre ventre, je sentais un b&#233;b&#233; sortir du corps d'une autrre femme et entrer dans le monde. Des mains &#233;trang&#232;res l'ont pris pour aspirer le m&#233;conium vert collant de ses voies respiratoires. Quelqu'un dit &#171; C'est une fille. &#187; Je crois que c'&#233;tait Paul. Pourquoi, &#224; ce moment-l&#224;, un enchev&#234;trement de sentiments obscurs et non d&#233;sir&#233;s a-t-il &#233;merg&#233; sans mot d'un recoin tranquille de mon esprit ? Ce moment miraculeux n'&#233;tait pas appropri&#233; pour affronter tout cela. Je les refoulais, sachant qu'ils &#233;taient trop puissants pour &#234;tre &#233;vit&#233;s bien longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois jours nous &#233;tions toustes &#233;puis&#233;es, l&#233;g&#232;rement d&#233;&#231;ues par des complications qui nous avaient oblig&#233;s &#224; aller &#224; la clinique Kaiser au lieu d'accoucher &#224; la maison. Je me demande ce que l'&#233;quipe de l'h&#244;pital avait pens&#233; de notre petite tribu envahissant la salle d'accouchement : Stephanie, la sage-femme ; Paul, le p&#232;re du b&#233;b&#233; ; Gwen, la soeur de Kim ; mon fils Wilson et moi ; et les deux autres femmes qui composaient notre famille, Anne et Heather. Et, bien s&#251;r, Kim et le b&#233;b&#233;. Elle l'appela Denali, comme la montagne en Alaska. Je pense que le personnel m&#233;dical n'avait aucune id&#233;e de comment nous nous consid&#233;rions les unes envers les autres. Quand le travail commen&#231;a, nous pr&#238;mes chacune notre tour divers r&#244;les de soutien, mais, avec l'avanc&#233;e du calvaire, nous nous install&#226;mes dans un sch&#233;ma plus stable. Je me retrouvai &#224; &#234;tre coach de naissance. Heure apr&#232;s heure, apr&#232;s des dizaines de contractions, je n'avais d'yeux que pour Kim, l'aidant &#224; garder le contr&#244;le de ses &#233;motions alors qu'elle se livrait &#224; ce processus inexorable, s'accrochant &#224; ses yeux avec les miens pour &#233;viter que la douleur ne la fasse sortir de son corps, prenant chaque respiration avec elle, &#233;tant, en somme, une partenaire. Je participai, &#233;tape par &#233;tapes, toutes plus intimes, au rituel de transformation de conscience entourant la naissance de sa fille. Les rituels de naissance sont l&#224; pour pr&#233;parer le soi &#224; une ouverture profonde, une ouverture aussi psychique que corporelle. Le corps de Kim amena ce rituel &#224; une r&#233;solution dramatique pour elle, culminant dans une exp&#233;rience visc&#233;rale et cathartique. Mais mon corps me laissa en suspens. J'&#233;tais partie en voyage jusqu'au point o&#249; ma compagne devait partir seul, et je devais terminer mon voyage moi-m&#234;me. Pour conclure le rituel de naissance auquel j'avais particip&#233;, je devais d&#233;placer en moi quelque chose d'aussi profond qu'une vie humaine enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin de l'h&#244;pital &#224; la maison, je flottais, remplie d'une &#233;nergie vitale qui ne s'&#233;vacuait pas. Je trainai jusqu'&#224; temps que je fusse seule : mon ex &#233;tait venue pour Wilson ; Kim et Delani &#233;taient encore &#224; l'h&#244;pital avec Paul ; St&#233;phanie &#233;tait partie, et toustes les autres &#233;taient parties faire une promenade bien m&#233;rit&#233;e. Enfin, dans la solitude de ma maison, je m'effondrai comme un sac en papier mouill&#233; et r&#233;pandis mes &#233;motions entre mes mains qui formaient une passoire sur mon visage. Pendant des jours, alors que j'accompagnais ma partenaire dans son parcours, je m'&#233;tais peu &#224; peu ouverte et pr&#233;par&#233;e &#224; laisser les choses enfouies au plus profond remonter &#224; la surface. Maintenant, tout en moi d&#233;bordait, remontant en moi et jaillissant &#224; travers ma gorge, ma bouche, parce que toutes ces choses ne pourraient jamais passer entre les l&#232;vres de ma chatte. Je savais que les t&#233;n&#232;bres que j'avais aper&#231;ues plus t&#244;t r&#233;&#233;mergeraient, mais j'avais de vastes oc&#233;ans de sentiments &#224; vivre avant qu'elles ne reviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie simple de la pr&#233;sence d'une nouvelle vie arriva en premier, vague apr&#232;s vague. J'&#233;tais si heureuse. J'&#233;tais tellement amoureuse de Kim, j'avais tellement d'admiration pour sa force et son courage. J'&#233;tais fi&#232;re et enthousiasm&#233;e par la famille queer que nous &#233;tions en train de former avec Wilson, Anne, Heather, Denali, et tous les b&#233;b&#233;s qui viendraient. Nous avions toustes go&#251;t&#233; &#224; une possibilit&#233; exaltante de vie en communaut&#233; et &#224; ces liens de parent&#233; nourriciers et solidaires pour lesquels nous n'avions pas de noms ad&#233;quats. Nous faisions des blagues sur le fait d'&#234;tre des pionni&#232;res &#224; une fronti&#232;re invers&#233;e : nous aventurant au coeur m&#234;me de la civilisation pour r&#233;cup&#233;rer la reproduction biologique des mains de l'h&#233;t&#233;rosexisme et la lib&#233;rer pour notre propre usage. Nous &#233;tions f&#233;roces ; dans un monde de &#171; valeurs familiales traditionnelles &#187;, nous devions l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps &#224; autre, cependant, je regrette la disparition de fa&#231;ons plus anciennes et famili&#232;res. Il n'y a pas si longtemps, mon ex et moi &#233;tions mari&#233;es, femme et homme. Cet amour avait &#233;t&#233; sinc&#232;re, et le deuil de sa perte r&#233;el. J'avais toujours voulu avoir plus d'intimit&#233; avec les femmes qu'avec les hommes, et ce d&#233;sir m'avait toujours paru queer. Elle voulait que &#231;a ait l'air h&#233;t&#233;ro. La forme de ma chair &#233;tait une barri&#232;re qui me rendait &#233;trang&#232;re &#224; mon propre d&#233;sir. Comme un corps sans bouche, j'&#233;tais affam&#233;e au milieu de l'abondance. Je ne me laissai pas mourir de faim, m&#234;me si pour m'ouvrir afin de me connecter profond&#233;ment demandait de couuper les connexions profondes que j'avais alors. J'abandonnai donc une vie et construisis celle-ci. Le fait que nous commencions alors, elle et moi, &#224; nous entendre de nouveau, apr&#232;s tant de conflits entre nous, rendait douce l'amertume de notre s&#233;paration. Le jour de la naissance, cette perte pass&#233;e &#233;tait pr&#233;sente m&#234;me dans son r&#233;tablissement partiel ; retenue &#224; c&#244;t&#233; de la pl&#233;nitude retrouv&#233;e dans ma vie, elle &#233;voquait une tristesse poignante et pleine d'espoir qui m'inondait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La frustration et la col&#232;re remont&#232;rent en abondance. Malgr&#233; tout ce que j'avais accompli, mon identit&#233; semblait toujours tr&#232;s t&#233;nue. Toutes les circonstances de la vie semblaient conspirer contre moi dans un immense et complexe acte d'invalidation et d'effa&#231;age. Dans le corps au sein duquel j'&#233;tais n&#233;e, la personne que je consid&#233;rais &#234;tre &#233;tait invisible ; j'avais &#233;t&#233; invisible en tant que queer quand la forme de mon corps faisait passer mon d&#233;sir comme h&#233;t&#233;ro. Maintenant, en tant que gouine je suis invisible parmi les femmes ; en tant que transsexuelle, je suis invisible parmi les gouines. En tant que partenaire d'une jeune m&#232;re, je suis souvent invisible en tant que transsexuelle, que femme, et en tant que lesbienne &#8211; j'ai perdu le compte des amiEs et des connaissances qui, ces neuf derniers mois, m'ont demand&#233; si j'&#233;tais le p&#232;re. Cela montre dramatiquement qu'iels ne comprennent tout simplement pas ce que je suis en train de faire avec mon corps. Le prix &#233;lev&#233; de tout ce que j'ai obtenu de visible, d'intelligible et d'auto-repr&#233;sentation rend l'exp&#233;rience continue de l'invisibilit&#233; insupportablement difficile &#224; supporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les suppositions collectives de l'ordre naturalis&#233; m'encercl&#232;rent rapidement. La nature exerce une oppression si h&#233;g&#233;monique. Je me sentis soudainement perdue et effray&#233;e, seule et confuse. Comment le petit Mormon de l'Oklahoma que je fus devint une gouine cuir transsexuelle de San Francisco avec un doctorat de Berkeley ? Garder le cap sur un voyage aussi long et &#233;trange me semblait une proposition ridicule. Ma maison natale &#233;tait si loin derri&#232;re moi qu'elle avait disparu &#224; tout jamais, et il n'y avait aucun lieu de r&#233;pit. Battue par de fortes &#233;motions, un peu &#233;tourdie, je sentis que les murs int&#233;rieurs qui me prot&#233;geaient se dissoudre, me laissant vuln&#233;rable &#224; tout ce qui pouvait me blesser. Je pleurai alors, et m'abandonnai au d&#233;sespoir abject face &#224; ce que le genre m'avait fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, tout est foutu. &#199;a fait trop mal pour avoir envie de continuer. Aujourd'hui je me suis approch&#233;e du plus pr&#232;s que j'ai pu de l'accouchement Mon corps ne peut pas faire &#231;a ; je ne peux m&#234;me pas saigner sans plaie, et je pr&#233;tends quand m&#234;me &#234;tre une femme. Comment ? Pourquoi me suis-je toujours sentie comme &#231;a ? Je suis un putain de monstre de foire. Je ne pourrais jamais &#234;tre une femme comme les autres, mais je ne pourrais jamais &#234;tre un homme. Peut-&#234;tre qu'il n'y a tout simplement aucune place pour moi dans la cr&#233;ation. Je suis si lasse de tout ce mouvement incessant. Je suis en guerre avec la nature. Je suis ali&#233;n&#233;e de l'&#202;tre. Je suis une d&#233;formit&#233;e auto-mutil&#233;e, un pervers, une mutante, prisonni&#232;re d'une chair monstrueuse. Mon Dieu, je ne veux plus jamais &#234;tre pi&#233;g&#233;e. Je me suis d&#233;truite. Je plonge dans les t&#233;n&#232;bres, je me disloque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entre dans le royaume de mes r&#234;ves. Je suis sous l'eau, nageant vers la surface. Je vois une lumi&#232;re qui scintille au-dessus de moi. Je casse la surface plane de l'eau, mes poumons pr&#234;ts &#224; exploser. Je tente d'aspirer de l'air &#8211; et ne trouve que plus d'eau. Mes poumons sont plein d'eau. &#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur elle m'encercle. Pourquoi ne suis-je pas morte s'il n'y a aucune diff&#233;rence entre moi et ce dans quoi je suis ? Il y a une autre surface au-dessus de moi et je nage fr&#233;n&#233;tiquement vers elle. Je vois une lumi&#232;re qui scintille. Je brise la surface plane de l'eau, encore et encore et encore. Cette eau m'annihile. Je ne peux &#234;tre, et pourtant &#8211; impossibilit&#233; atroce &#8211; je suis. Je ferais tout pour ne pas &#234;tre ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je nagerai pour toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mourrai pour l'&#233;ternit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'apprendrai &#224; respirer de l'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je deviendrai l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si je ne peux pas changer la situation je changerai moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet acte de transformation magique&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me reconnais &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis un mouvement infond&#233; et infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis un flot furieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais une avec les t&#233;n&#232;bres et l'humide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je suis enrag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, enfin, se trouve le chaos dont je m'&#233;cartais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, enfin, est ma force.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas l'eau &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis la vague,&lt;br class='autobr' /&gt;
et la rage&lt;br class='autobr' /&gt;
est la force qui me meut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rage&lt;br class='autobr' /&gt;
me rend mon corps&lt;br class='autobr' /&gt;
son propre milieu fluide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rage&lt;br class='autobr' /&gt;
perfore un trou dans l'eau&lt;br class='autobr' /&gt;
autour duquel je me rassemble&lt;br class='autobr' /&gt;
pour permettre au flux de passer &#224; travers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rage&lt;br class='autobr' /&gt;
me constitue dans ma forme premi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle me renverse la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
plaque mes l&#232;vres sur mes dents&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvre ma gorge&lt;br class='autobr' /&gt;
et me cabre pour que je hurle : et aucun sonne dilue&lt;br class='autobr' /&gt;
la qualit&#233; pure de ma rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun son&lt;br class='autobr' /&gt;
n'existe&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce lieu sans langage&lt;br class='autobr' /&gt;
ma rage est un d&#233;lire silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rage&lt;br class='autobr' /&gt;
me rejette enfin&lt;br class='autobr' /&gt;
dans cette r&#233;alit&#233; banale&lt;br class='autobr' /&gt;
dans cette chair transfigur&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
qui m'aligne avec le pouvoir de mon &#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En accouchant de ma rage,&lt;br class='autobr' /&gt;
ma rage m'a fait rena&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;orie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une disjonction formelle semble particuli&#232;rement appropri&#233;e &#224; ce moment car l'affect que je cherche &#224; examiner de fa&#231;on critique, que j'ai nomm&#233; &#171; rage transgenre &#187;, &#233;merge des interstices des pratiques discursives et de l'effondrement des cat&#233;gories g&#233;n&#233;riques. La rage elle-m&#234;me est g&#233;n&#233;r&#233;e par la situation du sujet dans un champ gouvern&#233; par la relation instable mais indissoluble entre le langage et la mat&#233;rialit&#233;, une situation dans lequel le langage organise et apporte un sens qui, simultan&#233;ment, &#233;lude la repr&#233;sentation d&#233;finitive et r&#233;clame sa propre r&#233;articulation perp&#233;tuelle en des termes symboliques. Au sein de ce champ dynamique le sujet doit constamment surveiller la fronti&#232;re construite par sa propre trouvaille afin de maintenir les fictions &#171; d'int&#233;rieur &#187; et &#171; d'ext&#233;rieur &#187; contre un r&#233;gime de signification/mat&#233;rialisation dont l'intrins&#232;que instabilit&#233; produit, de fa&#231;on normale, la rupture des fronti&#232;res subjectives. Le sentiment de rage comme je cherche &#224; le d&#233;finir est situ&#233; &#224; la marge de la subjectivit&#233; et &#224; la limite de la signification. Il provient de la reconnaissance du fait que &#171; l'ext&#233;riorit&#233; &#187; d'une mat&#233;rialit&#233; qui rompt perp&#233;tuellement la forclusion d'un espace subjectif dans un ordre symbolique est aussi n&#233;cessairement &#171; dans &#187; le sujet comme une fondation pour la mat&#233;rialisation de son corps et la formation de son ego corporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rage primaire devient sp&#233;cifiquement une rage transgenre quand l'incapacit&#233; &#224; forclure le sujet apparait via un &#233;chec &#224; satisfaire les normes de l'incorporation genr&#233;e. La rage transgenre est l'exp&#233;rience subjective d'&#234;tre forc&#233;E &#224; transgresser ce que Judith Butler appelle le grand sch&#233;ma r&#233;gulatoire du genre, qui d&#233;termine la viabilit&#233; des corps, d'&#234;tre forc&#233;E &#224; entrer dans un &#171; domaine des corps abjects, un champ de d&#233;formation (16). La rage transgenre est une furie queer, une r&#233;ponse &#233;motionnelle &#224; des conditions dans lesquelles il devient imp&#233;ratif de mettre en oeuvre, pour la survie d'un individu, un jeu de pratiques qui pr&#233;cipitent l'exclusion d'un individu d'un ordre d'existence naturalis&#233; qui veut se maintenir comme seule base possible pour un individu. Cependant, en mobilisant les identit&#233;s genr&#233;es et en les rendant provisoires, ouvertes au d&#233;veloppement strat&#233;gique et &#224; l'occupation, cette rage permet la mise en place de sujets dans de nouveaux modes, r&#233;gul&#233;s par des codes d'intelligibilit&#233; diff&#233;rents. La rage transgenre fournit un moyen pour la d&#233;sidentification du sujet des positions genr&#233;es assign&#233;es et obligatoires. Elle rend possible la transition d'une position genr&#233;e &#224; une autre en utilisant l'impossibilit&#233; de la compl&#232;te forclusion de la subjectivit&#233; pour organiser une force ext&#233;rieure comme une volont&#233; int&#233;rieure, et vice-versa. &#192; travers l'op&#233;ration de la rage, le stigma lui-m&#234;me devient la source d'un pouvoir transformatif.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Butler, &#171; Introduction &#187;, 4 et ce qui suit.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux m'arr&#234;ter et th&#233;oriser maintenant dans le texte, car, d&#232;s le moment v&#233;cu durant lequel j'ai &#233;t&#233; renvoy&#233;e &#224; un &#233;tat d'abjection &#224; la suite de la naissance de la fille de mon amante,j'ai imm&#233;diatement commenc&#233; &#224; me raconter une histoire pour expliquer mon exp&#233;rience. J'ai commenc&#233; &#224; th&#233;oriser, utilisant tous les outils conceptuels que mon &#233;ducation m'avait fournis. D'autres histoires vraies de ces &#233;v&#233;nements pourraient &#233;videmment &#234;tre racont&#233;es, mais au moment de mon retour je savais ce qui avait allum&#233; la m&#234;che de ma rage dans la salle d'accouchement de l'h&#244;pital. C'&#233;tait la non-consensualit&#233; du genrage du b&#233;b&#233;. Vois-tu, me dis-je alors en moi-m&#234;me, m'essuyant la morve du visage avec une manche de chemise, les corps sont rendus significatifs seulement via des moyens culturels et historiques d'attraper leur physicalit&#233; qui transforment la chair en des artefacts utiles. Genrer est l'&#233;tape initiale de cette transformation, ins&#233;parable du processus de formation de l'identit&#233; pour les moyens duquel nous sommes plac&#233;s dans un syst&#232;me d'&#233;change h&#233;t&#233;rosexuel. L'autorit&#233; saisit des qualit&#233;s mat&#233;rielles sp&#233;cifiques de la chair, en particulier les organes g&#233;nitaux, comme des indicateurs ext&#233;rieurs d'un potentiel reproductif futur, mod&#232;le cette chair en un signe, et le lit pour enculturer le corps. L'attribution d'un genre est obligatoire ; elle code et d&#233;ploie nos corps en des mani&#232;res qui nous affectent mat&#233;riellement, et nous ne choisissons ni nos marques ni les sens qu'elles portent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un important corpus d'&#233;tudes informe ces observations : Gayle Rubin fournit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce fut l'acte accomplit entre le d&#233;but et la fin de cette courte phrase dans la salle d'accouchement : &#171; C'est une fille. &#187; Ce fut ce moment qui me rappella toutes mes luttes avec le genre. Mais ce fut aussi le moment qui m'a enjoint &#224; &#234;tre complice du genrage non-conventionnel d'une autre personne. La violence du genrage est la condition fondatrice de la subjectivit&#233; humaine ; avoir un genre est le tatouage tribal qui rend une individualit&#233; reconnaissable. Je me tins un instant entre les douleurs de deux violations, la marque du genre et l'invivabilit&#233; de son absence. Pourrais-je dire laquelle est la pire ? Ou tout au moins pourrais-je dire &#224; laquelle on survit le mieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se trouver prostr&#233;E et impuissantE devant la Loi du P&#232;re ne peut-il pas produire une rage indicible ? Quelle diff&#233;rence cela fait-il que le p&#232;re, dans cet exemple, soit un p&#233;d&#233; punk anarchiste aux cheveux roses, perc&#233;, tatou&#233;, qui a aid&#233; son amie gouine &#224; tomber enceinte ? Le langage phallocentr&#233;, et non son locuteur particulier, est le scalpel de ce qui d&#233;finit notre chair. Je d&#233;fie cette Loi par mon refus de me plier &#224; son d&#233;cret originel sur mon genre. Bien que je ne puisse &#233;chapper &#224; son pouvoir, je peux me mouvoir dans son environnement. Peut-&#234;tre que si je bouge assez furieusement, je pourrais le d&#233;former dans ma mort pour laisser une trace de ma rage. Je peux l'embrasser avec la vengeance de me rebaptiser, d&#233;clarer ma transsexualit&#233;, et gagner l'acc&#232;s aux moyens de ma r&#233;inscription lisible. Bien que je ne puisse pas moi-m&#234;me tenir le stylet, je peux me mouvoir sous lui pour mes propres plaisirs profonds et auto-suffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se confronter au corps transsexuel, pour appr&#233;hender la conscience transgenr&#233;e s'articuler, c'est risquer la r&#233;v&#233;lation de la construction de l'ordre naturel. Confronter les implications de cette construction peut r&#233;unir toutes les violations, les pertes et les s&#233;parations inflig&#233;es par le processus de genrage qui soutient l'illusion du naturel. Mon corps transsexuel litt&#233;ralise cette violence abstraite. En tant que porteurSEs de cette nouvelle d&#233;rangeante, nous, transsexuelLEs souffrons souvent pour les douleurs des autres, mais nous ne nous plions pas volontiers &#224; la rage que les autres nous destinent. Et nous avons quelque chose d'autre &#224; dire, si vous &#233;coutiez les monstres : la possibilit&#233; d'un pouvoir et d'une action significatives existe, m&#234;me dans le terrain de la domination qui m&#232;ne au viol culturel universel de toute chair. Soyez avertiEs, cependant, que vous atteler &#224; cette t&#226;che vous transformera. En parlant en tant que monstre de ma propre voix, en utilisant les images sombres, larmoyantes du Romantisme et en tombant occasionnellement dans ses cadences t&#233;n&#233;breuses et ses postures grandioses, j'emploie les m&#234;mes techniques litt&#233;raires que Mary Shelley utilisait pour cr&#233;er de la compassion envers la cr&#233;ation de son scientifique. Comme cette cr&#233;ature, j'affirme ma valeur en tant que monstre malgr&#233; les conditions aux-quelles ma monstruosit&#233; m'oblige &#224; faire face, et je red&#233;finis une vie digne d'&#234;tre v&#233;cue. J'ai pos&#233; les questions miltoniennes que Shelley note dans l'&#233;pigraphe de son roman : &#171; T'ai-je demand&#233;, Cr&#233;ateur, de fa&#231;onner mon argile en homme ? T'ai-je sollicit&#233; de m'arracher aux t&#233;n&#232;bres ? &#187; D'une voix, son monstre et elle r&#233;pondent &#171; non &#187; sans nous avilir, car nous avons fait le dur travail de nous constituer selon nos propres termes, contre l'ordre naturel. Bien que nous renoncions au privil&#232;ge de la naturalit&#233;, nous ne sommes pas d&#233;courag&#233;Es, car nous, nous allons au contraire au chaos et aux t&#233;n&#232;bres d'o&#249; la Nature surgit.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'ici j'utilise &#171; chaos &#187; dans son sens g&#233;n&#233;ral, il serait int&#233;ressant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela est ton chemin, tout comme il est le mien, laisse-moi t'offrir le r&#233;confort que tu pourras trouver dans cette b&#233;n&#233;diction : Puisses-tu d&#233;couvrir en toi le pouvoir vivifiant des t&#233;n&#232;bres. Puisse-t-il nourrir ta rage. Puisse ta rage guider tes actions, et puissent tes actions te transformer dans ta lutte pour transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Susan Stryker.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (USA) par S&#339;ur Mahleneriez pour &lt;a href=&#034;https://transgrrrls.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site du collectif Transgrrrls&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shelley, Mary (1816) : &lt;i&gt;Frankenstein&lt;/i&gt;. Traduit de l'anglais par G. Cuvelier et E. Rocatel, Pocket, 2018 (les num&#233;ros de pages se r&#233;f&#232;rent &#224; cette &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, Harry (1966) : &lt;i&gt;The Transsexual Phenomenon&lt;/i&gt;. Julian, New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Billings, Dwight B., and Thomas Urban (1981) : &#8220;The Socio-Medical Construction of Transsexualism : An Interpretation and Critique,&#8221; in : &lt;i&gt;Social Problems &lt;/i&gt; 1981/29 : 266-82.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloom, Harold (1965) : &lt;i&gt;Afterword&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Frankenstein, or The Modern Prometheus&lt;/i&gt;. Signet/ NAL, New York : 212-23. Org. : Bloom, Harold (1965) : Frankenstein, or The New Prometheus, in : Partisan Review1965/32 : 611-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brooks, Peter (1993) : &lt;i&gt;Body Work : Objects of Desire in Modern Narrative&lt;/i&gt;. Harvard University Press, Cambridge, Massachussets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Butler, Judith (1993) : &lt;i&gt;Bodies That Matter : On the Discursive Limits of &#8220;Sex&#8221;. &lt;/i&gt; Routledge, New York. 95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daly, Mary (1989) : &lt;i&gt;Gyn/Ecology : The Metaethics of Radical Feminism&lt;/i&gt;. Beacon, Boston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echols, Alice (1989) : &lt;i&gt;Daring to Be Bad : Radical Feminism in America&lt;/i&gt;, 1967-1975. University Press of Minnesota, Minneapolis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert, Sandra, and Susan Gubar (1979) : &lt;i&gt;Horror's Twin : Mary Shelley's Monstrous Eve&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;The Madwoman in the Attic&lt;/i&gt;. Yale University Press, New Haven : 213-47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Green, Kichard, and John Money (eds.) (1969) : &lt;i&gt;Transsexualism and Sex Reassignment&lt;/i&gt;. Johns Hopkins University Press, Baltimore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaumin, Colette (1988) : &lt;i&gt;Race and Nature : The System of Marks&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Feminist Studies &lt;/i&gt; 1988/8 : 25-44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homans, Margaret (1986) : &lt;i&gt;Bearing Demons : Frankenstein's Circumvention of the Maternal&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Bearing the Word&lt;/i&gt;. Chicago University Press, Chicago : 100-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irvine, Janice (1990) : &lt;i&gt;Disorders of Desire : Sex and Gender in Modern American Sexology&lt;/i&gt;. Temple University Press, Philadelphia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacobus, Mary (1986) : &lt;i&gt;Is There a Woman in this Text ?&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Reading Woman : Essays in Feminist Criticism&lt;/i&gt;. Columbia University Press, New York : 83-109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kahler, Frederic (1993) : &lt;i&gt;Does Filisa Blame Seattle ? &lt;/i&gt; Editorial in : &lt;i&gt;Bay Times &lt;/i&gt; [Sail Francisco] 3 June,1993 : 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kessler, Suzanne J., and Wendy McKenna (1985) : &lt;i&gt;Gender : An Ethnomethodological Approach&lt;/i&gt;. Univer-sity Press of Chicago, Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laqueur, Thomas (1990) : &lt;i&gt;Making Sex : Body and Genderfrom the Greeks to Freud&lt;/i&gt;. Harvard University Press, Cambridge, MA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meyer, Morris (1991) : &lt;i&gt;I Dream of Jeannie : Transsexual Striptease as Scientific Display&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;The Drama Review &lt;/i&gt; 1991/35.1 : 25-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mikuteit, Debbie (1986) : &lt;i&gt;Letter. Coming Up ! &lt;/i&gt; Feb. 1986 : 3-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nanda, Serena (1990) : &lt;i&gt;Neither Man Nor Woman : The Hijras of India&lt;/i&gt;. Wadsworth, Belmont, Cali-fornia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O'Hartigan, Margaret D. (1993) : &lt;i&gt;I Accuse&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Bay Times &lt;/i&gt; [San Francisco] 20 May 1993 : 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond, Janice G. (1979) : &lt;i&gt;The Transsexual Empire : The Making of the She-Male&lt;/i&gt;. Beacon, Boston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roscoe, Will (1994) : &lt;i&gt;Priests of the Goddess : Gender Transgression in the Ancient World, American Historical Association Meeting&lt;/i&gt;. 9 Janu-ary 1994, San Francisco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rubin. Gayle (1975) : &lt;i&gt;The Traffic in Women : Notes on the &#8216;Political Economy' of Sex&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Toward an Anthropology of Women&lt;/i&gt;. Ed. Rayna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que ce commentaire se veut un renvoi d&#233;daigneux du monstre, il n'en fait pas moins allusion &#224; un d&#233;bat de fond sur le statut des pratiques et identit&#233;s transgenres dans le f&#233;minisme lesbien. H. S. Hubin, dans une dissertation de philosophie en cours de r&#233;daction &#224; l'Universit&#233; de Brandeis, montre que la mont&#233;e d&#233;mographique de la population des hommes transsexuels durant les d&#233;cennies 1970 et 1980 est directement li&#233;e &#224; l'arriv&#233;e dans le lesbianisme d'un &#171; f&#233;minisme culturel &#187; qui d&#233;nigre et marginalise les pratiques qui s'apparentent &#224; un mod&#232;le non lib&#233;r&#233; d'homosexualit&#233; de type &#171; inversion de genre &#187; &#8211; en particulier les r&#244;les butch-femme associ&#233;s &#224; la culture lesbienne ouvri&#232;re des bars. Le f&#233;minisme culturel a ensuite consolid&#233; une alliance lesbienne-f&#233;ministe avec le f&#233;minisme h&#233;t&#233;rosexuel sur la base de la classe moyenne en capitulant face aux id&#233;ologies dominantes du genre. La m&#234;me suppression des aspects transgenres de la pratique lesbienne, ajouterai-je, a simultan&#233;ment dress&#233; le spectre des femmes transsexuelles lesbiennes comme une menace particuli&#232;re contre la stabilit&#233; et la puret&#233; de l'identit&#233; f&#233;ministe-lesbienne non transsexuelle. Voir Echols pour un &#233;clairage plus grand sur le contexte de ce d&#233;bat, et Raymond pour l'exemple le plus v&#233;h&#233;ment de la position anti-transgenre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte utilise &#171; transgenre &#187; comme un terme parapluie qui se r&#233;f&#232;re &#224; toutes les identit&#233;s ou pratiques qui traversent, naviguent, font des choses bizarres avec les fronti&#232;res du sexe/genre socialement construites. Ce terme inclut, mais ne s'y limite pas, la transsexualit&#233;, le travestisme h&#233;t&#233;rosexuel, le drag gay, le lesbianisme butch, et des identit&#233;s non-europ&#233;ennes commes les berdaches am&#233;rindiennes, ou les Hijra indiennes. Comme &#171; queer &#187;, &#171; transgenre &#187; est un verbe ou un adjectif. Dans cet essau, la transsexualit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme une pratique/identit&#233; transgenre, historiquement et culturellement sp&#233;cifique, dans laquelle le sujet transgenr&#233; entre en relation avec les institutions m&#233;dicales, psychoth&#233;rapeutiques et juridiques afin d'avoir le droit &#224; des technologies hormonales et chirurgicales afin de s'incarner et de se personnifier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mikuteit 3-4, lourdement abr&#233;g&#233; pour des raisons de bri&#232;vet&#233; et de claret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le paragraphe pr&#233;c&#233;dent se base beaucoup, et paraphrase quelquefois, O'Hartigan et Kahler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Laqueur 1-7, pour une discussion br&#234;ve de l'effet des Lumi&#232;res sur les constructions du genre. Les interpr&#233;tations f&#233;ministes de &lt;i&gt;Frankenstein&lt;/i&gt; auxquelles Brook r&#233;pond incluent Gilbert et Gubar, Jacobus, et Homans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un discours ouvertement transsexuel subvertit la logique pr&#233;sente derri&#232;re une remarque de Bloom, 218, voulant &#171; un &#171; monstre &#187; magnifique, ou m&#234;me passable, n'aurait pas &#233;t&#233; un monstre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Russo 49-50 : &#171; Les parall&#232;les homosexuels dans &lt;i&gt;Frankenstein&lt;/i&gt; (1931) et &lt;i&gt;Bride of Frankenstein&lt;/i&gt; (1935) proviennent d'une vision que les deux films avaient du monstre comme une figure antisociale, de la m&#234;me fa&#231;on que les personnes &#171; gay &#187; &#233;taient des &#171; choses &#187; qui n'auraient pas d&#251; arriver. Dans les deux films l'homosexualit&#233; du r&#233;alisateur James Whale peut avoir &#233;t&#233; une force dans la vision. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En l'absence d'une histoire critique de la transsexualit&#233; digne de foi, il vaut mieux se tourner vers les comptes-rendus m&#233;dicaux eux-m&#234;mes : voir en particulier Benjamin, Green et Money, et Stoller. Pour une vue d'ensemble des variations interculturels dans l'institutionnalisation du sexe/genre, voire William, &#171; Social Constructions/Essential Characters : A Cross-Cultural Viewpoint, &#187; 252-76 ; Shapiro 262-68. Pour des rapports d'institutionnalisations particuli&#232;res de pratiques transgenres qui emploient l'alt&#233;ration chirurgicale des organes g&#233;nitaux, voir Nanda ; Roscoe. Les lecteurices aventureuxEs curieuxEs des pratiques contemporaines d'alt&#233;ration g&#233;nitale non transsexuelles peuvent contacter E.N.I.G.M.A (Erotic Neoprimitive International Genital Modification Association), SASE to LaFarge-werks, 2329 N. Leavitt, Chicago, 1L 60647&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; Voir Butler, &#171; Introduction &#187;, 4 et ce qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un important corpus d'&#233;tudes informe ces observations : Gayle Rubin fournit un point de d&#233;part productif non seulement pour d&#233;velopper une &#233;conomie politique du sexe, mais aussi de la subjectivit&#233; genr&#233;e ; sur le recrutement de genre et l'assignation, voir Kesslerr et McKenna ; sur le genre comme un syst&#232;me de marques qui naturalisent des groupes sociologiques bas&#233;s sur des suppos&#233;es similarit&#233;s mat&#233;rielles partag&#233;es j'ai &#233;t&#233; influenc&#233;e par quelques id&#233;es sur la race dans l'oeuvre de Guillaumin et par Wittig.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'ici j'utilise &#171; chaos &#187; dans son sens g&#233;n&#233;ral, il serait int&#233;ressant de sp&#233;culer sur l'application potentielle de la th&#233;orie scientifique du chaos pour mod&#233;liser l'&#233;mergence de structures stables d'identit&#233;s genr&#233;es en dehors de la matrice des attributs mat&#233;riels, et sur la production d'identit&#233;s de genre prolif&#233;rantes depuis une gamme assez simple de proc&#233;dures de genrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lieux de drague</title>
		<link>https://trounoir.org/Lieux-de-drague</link>
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		<dc:date>2020-11-27T22:44:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Recherches</dc:subject>
		<dc:subject>Drague</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour une exploration des pratiques sexuelles dans &#171; l'espace public &#187; : refoulements, impens&#233;s, cr&#233;ativit&#233;s. Par Adrien Le Bot.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Drague-+" rel="tag"&gt;Drague&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton92.jpg?1731403053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion d'un colloque &#224; Bordeaux en f&#233;vrier dernier sur les questions de la marge et de la ville, l'architecte et doctorant Adrien Le Bot nous propose un voyage dans sa recherche prot&#233;iforme, entre architecture, &#233;tudes urbaines, art et anthropologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa th&#232;se intitul&#233;e &#171; Des pratiques sexuelles dans l'espace public : refoulements, impens&#233;s, cr&#233;ativit&#233;s &#187;, sous la direction d'Eric Chauvier, propose d'explorer des lieux (parkings, for&#234;ts, aires de repos, littoraux&#8230;) qui ont pour point commun d'accueillir des pratiques sexuelles secr&#232;tes : les lieux de drague.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces lieux se comptent par millier en France. Ils proposent, au-del&#224; de la sexualit&#233;, une &#233;chappatoire au quotidien ; une exp&#233;rience du d&#233;passement des limites, des r&#232;gles et parfois des lois ; des territoires de libert&#233;s et d'exp&#233;rimentations diverses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cette pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;https://www.adrienlebot.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adrien Le Bot&lt;/a&gt; nous propose d'entrevoir l'&#233;tat de sa th&#232;se notamment en nous parlant des m&#233;thodologies qu'il met en place. Elles constituent en effet le fondement de sa recherche car ces terrains bien sp&#233;cifiques r&#233;clament une mani&#232;re de faire qui se joue des outils classiques de la recherche. Son travail explore principalement des lieux en Bretagne, o&#249; il habite, en suivant les grands axes routiers, entre p&#233;riph&#233;ries des grandes villes et campagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'un n'existe pas sans l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vous propose de commencer par explorer ce titre qui pourrait &#234;tre s&#233;par&#233; en deux parties. La premi&#232;re : &#171; des pratiques sexuelles dans l'espace public &#187;. Cette notion d'espace public est questionn&#233;e enpermanence dans mon travail car il semble difficile, pour ne pas dire impossible, de faire exister ces lieux et ces pratiques sur la place publique. Et pourtant &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait plut&#244;t d'un jeu de cache-cache avec cette notion d'espace public. Les lieux de drague ne se trouvent jamais sur la place publique, c'est-&#224;-dire aux yeux de tous, m&#234;me quand ils se situent dans des lieux tr&#232;s fr&#233;quent&#233;s. Ils proposent, au contraire, un nombre important de strat&#233;gies pour se cacher, se superposer, se substituer &#224; l'espace public dans la mesure o&#249; - c'est mon hypoth&#232;se de recherche - cet exercice , est constitutif du territoire des lieux de drague. Ainsi, ces lieux se rapprochent de la notion de parts maudites, d&#233;velopp&#233;e par Georges Bataille (1967). Alors, si l'espace public est la face &#233;merg&#233;e, les lieux de drague font partie eux, des lieux qui constituent le c&#244;t&#233; face, la face immerg&#233;e. Mais l'un n'existe pas sans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si certains lieux de drague se situent dans les centres urbains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plus illustre des ces lieux hyper-urbain serait peut-&#234;tre le d&#233;dale de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la majorit&#233; se trouventen p&#233;riph&#233;rie des grandes villes ou &#233;parpill&#233;s au quatre coins de la France, g&#233;n&#233;ralement en suivant les r&#233;seaux routiers importants. Ce sont des lieux ext&#233;rieurs issus du d&#233;tournement d'un morceau de for&#234;t, d'un parking, d'une aire de repos, de toilettespubliques, d'un souterrain, d'une plage... Certains sites ne sont actifs qu'&#224; un moment pr&#233;cis de la journ&#233;e ou de la nuit. Ce sont des territoires &#224; proximit&#233; de lieux d'int&#233;r&#234;t, ce qui permet aux usager de justifier leur pr&#233;sence sur les lieux de drague &#224; leur entourage. Si le site est proche d'un parcours de sant&#233;, c'est pour pr&#233;texter que l'on va faire son jogging ; si un autre est &#224; proximit&#233; d'une d&#233;ch&#232;terie, c'est pourjeter ses d&#233;chets ; sur une aire de repos, c'est pour satisfaire un besoin pressant. Autant d'alibis qui participent du processus d'excitation inh&#233;rent aux lieux de drague.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/photographie_numerique_2020.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/photographie_numerique_2020.jpg?1731403028' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Refoulements, impens&#233;s, cr&#233;ativit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie du titre propose de consid&#233;rer une succession de trois notions : refoulements, impens&#233;s, cr&#233;ativit&#233;s. Ellesmarquent mon int&#233;r&#234;t pour ces lieux, ce que l'on pourrait appeler 'le moteur du d&#233;sir de cette recherche'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refoulement va s'int&#233;resser &#224; la n&#233;cessit&#233; de ces lieux. En effet, une des hypoth&#232;ses &#224; propos de leur existence est qu'ils op&#232;rent un r&#244;le d'institution secondaire. Ils sont, dans un m&#234;me mouvement, fustig&#233;s, stigmatis&#233;s et pourtant hyper fr&#233;quent&#233;s. Ils offrent ainsi la possibilit&#233; d'&#233;vacuer une charge libidinale qui ne peut pas &#234;tre assum&#233;e par l'espace public qui est un espace surveill&#233;, contr&#244;l&#233;. Cette sorte d'institution secondaire pourrait &#234;tre appel&#233;e &#171; parts maudites &#187; en tant que ces lieux se jouent de l'espace public pour en r&#233;v&#233;ler un imaginaire latent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impens&#233; renvoie au caract&#232;re interlope de ces lieux qui proposent une exp&#233;rience de libert&#233;, une sortie du banal et du routinier pour les personnes qui les fr&#233;quentent, proposant de respecter d'autres codes. Sur ce point, mon hypoth&#232;se est qu'avant d'&#234;tre des lieux de sexualit&#233;, ce sont des lieux de rencontre. Une rencontre au sens baudelairien du mot, autrement dit des rencontres qui ne sont pas permises dans l'espace public dans la mesure o&#249; l'on pourrait consid&#233;rer que tout y est fait pour molletonner les interactions. Dans les lieux de drague la rencontre prend une autre dimension ; elle peut susciter de la peur ; elle est parfois odorante, tactile, animale. Ce spectre de rencontres ne peut &#234;tre exp&#233;riment&#233; dans l'espace public o&#249; tout est fait, jusque dans nos comportements d'adaptation &#224; l'urbain, pour nous &#233;viter ce type de rencontres. Cette consid&#233;ration am&#232;ne &#224; poser la question du corps par l'observation des chor&#233;graphies qui sont mises en place par les protagonistes, notamment par le langage non-verbal, et la question de l'exposition ou de la monstration. Comment montrer son corps dans les lieux de drague ? Cette question s'accompagne parfois de strat&#233;gies de d&#233;guisement et de camouflage. Ce langage corporel et vestimentaire permettant, entre autres, de r&#233;aliser une exp&#233;rience sp&#233;cifique d'alt&#233;rit&#233; en jouant un autre personnage que celui que nous avons pour habitude de figurer dans la vie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me notion, celle de cr&#233;ativit&#233; peut &#234;tre mobilis&#233;e dans la mesure o&#249; ces lieux s'opposent &#224; l'aseptisation en vigueur dans les usages sociaux publics. S'ils contredisentles bonnes moeurs et la loi, la cr&#233;ativit&#233; peut &#234;tre observ&#233;e dans les strat&#233;gies mises en place par les d&#233;tournements, les appropriations d'espaces, de paysages ou de temporalit&#233;s. Ce sont des lieux de fictions, o&#249; la notion Goffmanienne de face est repouss&#233;e dans ses retranchements, o&#249; chacun se raconte des histoires et o&#249; chacun raconte des histoires aux autres. Ces lieux de construction des fantasmes convoquent un nombre illimit&#233; d'imaginaires individuels et collectifs qui utilisent l'architecture, le mobilier et le paysage pour se projeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je m'int&#233;resse beaucoup &#224; la &#171; litt&#233;rature des petites annonces &#187;, soit des annonces qui sont d&#233;pos&#233;es dans le cyberespace, soit directement sur les lieux en &#233;crivant sur les murs ou sur le mobiliser urbain. Cette cr&#233;ativit&#233; passe &#233;galement par la construction de mobiliers, de cabanes, de parcours. Le mobilier urbain pr&#233;sent est parfois d&#233;tourn&#233; (toilettes, bancs, tables de pique-nique) ; dans d'autres cas, il n'y a aucun mobilier qui r&#233;pond aux usages ;c'est alors du mobilier invent&#233; sous forme de cabanes, d'alc&#244;ves dans la v&#233;g&#233;tation, de signal&#233;tiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des sous-v&#234;tements peuvent par exemple &#234;tre accroch&#233;s au bout de branches (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Cette cr&#233;ativit&#233; est un marqueur important d'urbanit&#233;, une urbanit&#233; propre &#224; ces lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'organisation, entre les personnes qui fr&#233;quentent leslieux de drague, ressortent des imaginaires collectifs. L'exp&#233;rience de libert&#233; en offre un exemple . Revient &#233;galement de mani&#232;re r&#233;currente dans les discussions la dimension vertueuse de certains lieux de drague qui proposent l'exp&#233;rience d'un retour &#224; la nature. En tant qu'architecte cette notion m'int&#233;resse &#233;videmment, comme un &#233;l&#233;ment de langage familier qui vient me caresser l'oreille. Les exp&#233;rimentations de &#171; retour &#224; la nature &#187; qui s'y d&#233;roulent m&#233;ritent un int&#233;r&#234;t tout particulier. La cr&#233;ativit&#233;permet de d&#233;passer la confusion entre la nature et le v&#233;g&#233;tal. L'exp&#233;rience de la nature est ici sensorielle ; le corps est autant en prise aux douceurs qu'aux violences de la nature, laquelle peut piquer, peut griffer, peut refroidir. C'est une exp&#233;riencede la chasse, de la traque, d'une certaine part d'animalit&#233; et de sexualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;passe ainsi les notions de &lt;i&gt;greenwashing,&lt;/i&gt;les questions d'isolation ou de mat&#233;rialit&#233; pour se demander, depuis la posture de l'architecte, quelles sont les exp&#233;riences possibles de la nature et ce que signifie un retour &#224; la nature. Peut-&#234;tre qu'une des cl&#233;s se situe dans ces pratiques, entre l'aventurier et le Minotaure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/petites_annonces_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/petites_annonces_2.jpg?1731403028' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des pratiques sexuelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La grande majorit&#233; des personnes qui fr&#233;quentent les lieux de drague sont des hommes. Je n'ai &#224; vrai dire encore jamais rencontr&#233; de femmes sur les lieux de drague. Ce sont des lieux presque exclusivement masculins. On me demande souvent pourquoi. Je ne sais pas et je ne me risquerais pas &#224; des suppositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; d&#233;faut d'y trouver des femmes, le f&#233;minin est partout, comme une chim&#232;re. Parfois c'est par la pr&#233;sence de transexuels, qui proposent un jeu sur l'identit&#233;. Parfois, notamment sur les petites annonces, il est question d'&#233;changisme, d'hommes qui proposent d'&#233;changer leurs femmes, de les mettre &#171; &#224; disposition &#187; avec diff&#233;rents jeux sexuels, de voyeurisme... Le fait est qu'on ne les voit jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'Alain Guiraudie nous donne un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse dans &lt;i&gt;L'inconnu du lac,&lt;/i&gt;avec cette sc&#232;ne r&#233;currente d'un homme qui cherche des femmes et qui finalement se &#171; r&#233;signe &#187; &#224; faire une fellation &#224; un autre homme. Peut-&#234;tre alors que la recherche d'une femme est un leitmotiv, un des nombreux imaginaires qui hantent ces lieux. Les femmes, comme une mani&#232;re de se rassurer, de justifier sa pr&#233;sence, envers soi-m&#234;me et envers les autres. Les femmes, enfin, comme une repr&#233;sentation de la norme, elles sont l&#224; sans &#234;tre l&#224;, faute de mieux, par r&#233;signation (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'inscrirais pas ce travail de recherches dans le champs des gays-studies dans la mesure o&#249; les personnes qui fr&#233;quentent les lieux de drague ne sont que tr&#232;s rarement des homosexuels, ou du moins ils ne se pr&#233;sentent que tr&#232;s rarement comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cesont pour la plupart des p&#232;res de famille qui peuvent &#234;tre mari&#233;s, parfois ils ont des enfants... J'ai d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie pour les rep&#233;rer ; je ne suis surement pas le seul &#224; l'avoir remarqu&#233; mais certains hommes trahissent leur r&#233;alit&#233; par la pr&#233;sence de pare-soleil sur les vitres de leurs voitures. Lorsqu'on remarque des pare-soleil Dora l'Exploratrice ou Spiderman, on est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r d'avoir &#224; faire &#224; un p&#232;re de famille. Il y a des personnes se pr&#233;sentant comme homosexuelles, qui fr&#233;quentent ceslieux, mais cette pr&#233;sence n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s bien vue dans le milieu gay, si bien que ces personnes finissent par se cacher comme les p&#232;res de famille. Il y a un petit nombre de personnes qui se r&#233;clament ouvertement homosexuelles et qui se sentent parfois investies d'une mission sur ces lieux, par exemple l'entretien des lieux de drague, le ramassage des d&#233;chets, l'installation de poubelles, la taille des bosquets, la tonte des pelouses, etc. Ces hommes (notamment sur les lieux situ&#233;s loin des villes) se retrouvent en semaine pour discuter et &#233;changer sur les lieux de drague. Ils op&#232;rent &#233;galement un r&#244;le de pr&#233;paration du lieu, notamment &#224; destination de personnes profanes. Les hommes qui sont pressentis comme profanes ont une valeur plus importante car ils se situent &#224; la rencontre d'un certain nombre de fantasmes (fantasme de la premi&#232;re fois, fantasme du p&#232;re de famille, fantasme de la virilit&#233;&#8230;) Ils ont pour points communs de fr&#233;quenter les lieux aux horaires de sortie du travail, de mani&#232;re rapide, voire furtive. Ainsi tout doit &#234;tre pr&#234;t pour s'assurer de les capturer dans le temps imparti.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague1.jpg?1731403025' width='500' height='253' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cruising France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier travail r&#233;alis&#233; pour cette recherche, comme un pied &#224; l'&#233;trier, a &#233;t&#233; une cartographie des lieux de drague en France. Ce travail a &#233;t&#233; possible en collectant des donn&#233;es sur internet, sur des forums, sur des pages Facebook, sur des sites d&#233;di&#233;s.Ces sites constituent une source&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'informations extr&#234;mement importante parce qu'ils localisent tr&#232;s exactement les lieux de drague&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(par les utilisateurs). Ils sont not&#233;s de 1 &#224; 5 &#233;toiles en fonction de leur pertinence, de la fr&#233;quentation, des personnes qu'on peut y rencontrer... En collectant l'ensemble de ces donn&#233;es, j'ai pu r&#233;pertorier l'ensemble des lieux de drague en France, il y en a plus de 1630 qui sont actifs. De cette carte, ressortent les p&#233;riph&#233;ries des grandes villes, le trac&#233; des autoroutes et la diagonale du vide, qui transpara&#238;t assez distinctement sur cette carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sites internets constituent un mat&#233;riau important dans ma recherche. C'est &#233;galement le cas de la &#171; litt&#233;rature des petites annonces &#187; &#233;voqu&#233;e plus haut. Ces messagespeuvent &#234;tre laiss&#233;s sur les sites internet consacr&#233;s ou directement sur les lieux. Nous avons au demeurant tous d&#233;j&#224; vu ces murs recouverts de messages, notamment dans les toilettes pour hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te est facilit&#233;e par le fait que la plupart de cesmessages sont dat&#233;s et sign&#233;s. Parfois, ils sont assortis d'un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone, souvent des num&#233;ros de cartes pr&#233;pay&#233;es. Ces petites annonces constituent un mat&#233;riaux de recherche tr&#232;s interessant, notamment pour travailler sur les m&#233;canismes de construction et de projection des fantasmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais mon enqu&#234;te repose surtout sur un travail de terrain. Mes premi&#232;res tentatives sur les lieux de drague ont &#233;t&#233; un peu chaotiques car je suis na&#239;vement arriv&#233; avec mon carnet et mon crayon sur ces lieux en allant &#224; la rencontre des gens, en essayant de r&#233;colter des paroles. Bien &#233;videmment, j'ai fait fuir mes &#233;ventuels interlocuteurs et me suis retrouv&#233; seul en l'espace de quelques instants. Le travail a finalement consist&#233; &#224; observer les codes qui pouvaient &#234;tre mis en place pour, par exemple, se faire passer pour un novice, ou au contraire pour quelqu'un qui a l'habitude d'&#234;tre sur ces territoires. Il faut ajouter qu'&#233;tant moi-m&#234;me un homme, jeune, je r&#233;ponds &#224; un profil assez recherch&#233; sur ces lieux si bienque ma pr&#233;sence, m&#234;me si elle se voulait la plus discr&#232;te possible, attirait forcement les regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis finalement fait passer pour un dragueur. Mon dispositif est r&#244;d&#233; : je me rends dans les toilettes ; je marche dans les bois ; j'attends ; je me montre ; je me cache&#8230; C'est un jeu d'acteur, une mise en sc&#232;ne de la recherche, une sorte de performance heuristique. Il m'a fallu proposer beaucoup de strat&#233;gies pour r&#233;colter quelques paroles, d'autant plus que ce sont des lieux o&#249; les usagers ne parlent pas, ou tr&#232;s peu. Le langage du corps pr&#233;domine, par des jeux de postures et de regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'ai &#233;galement eu recours au d&#233;guisement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague0.jpg?1731403025' width='500' height='253' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tu cherches quoi ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans mon travail d'&#233;criture j'essaie de conserver cette ambigu&#239;t&#233; qu'ont toutes les personnes qui viennent sur ces lieux.&lt;i&gt;Tu cherches quoi ?&lt;/i&gt;Tout l'exercice quand on fr&#233;quente un lieu de drague consiste &#224; comprendre ce que l'autre recherche. C'est donc un r&#233;cit du v&#233;cu sur les lieux, des exp&#233;riences qui peuvent &#234;tre faites, des histoires et des fictions qui sont propos&#233;es par les protagonistes. Dans cette &#233;criture, je suis un chercheur en qu&#234;te de quelque chose. Ce r&#233;cit d'enqu&#234;te constitue l'un des pans de la th&#232;se, l'autre partie s'int&#233;resse &#224; l'analyse des enseignements issus du travail de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce travail d'analyse, une vision unique et pr&#233;tendument objective serait impossible. Tout d'abord car ma subjectivit&#233;, mes souvenirs, mes sentiments sont mobilis&#233;s dans ce travail. Je me mets en sc&#232;ne sur ces lieux et j'ai donc ma place dans ma recherche. Il faut &#233;galement prendre en consid&#233;ration que les r&#233;cits rencontr&#233;s, que les imaginaires convoqu&#233;s, que les raisons de pr&#233;sences sur les lieux de drague sont multiples. Il ne s'agit donc plus de tenter d'&#234;tre objectif mais d'envisager le processusde recherche comme une forme d'honn&#234;tet&#233;, envers moi-m&#234;me, envers les personnes rencontr&#233;es, envers la multitude d'imaginaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc fallu imaginer un outil, une m&#233;thodologie, capable d'admettre des paradoxes et des contradictions en essayant de ne pas perdre cette richesse. Pour cela, j'ai essay&#233; de mettre en place un outil que j'ai appel&#233; un 'lapidaire d'exploration' qui pour l'instant prend la forme d'un ab&#233;c&#233;daire. Ce sont des mots, chacun renvoyant &#224; une porte d'entr&#233;e possible pour l'analyse deces territoires. Ils sont issus pour la plupart du vocabulaire employ&#233; sur place, du champ lexical des r&#233;cits collect&#233;s. Entre autres mots je propose 'aller au bois', 'bosquet', 'chasse', 'de passage', 'prendre la fuite', 'marcher', 'mouchoir', 'p&#233;d&#233;', 'silence', 'viande'. Il y a une soixantaine de mots, comme autant d'entr&#233;es possibles pour t&#233;moigner de la multitude des pratiques et des positionnements en essayant d'inclure autant que possible les imaginaires rencontr&#233;s. Ces entr&#233;es peuvent &#234;tre approch&#233;esles unes des autres, certaines se compl&#232;tent, d'autres s'opposent. Certaines sont des seuils pour acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension, d'autres sont des ouvertures, d'autres des cadrages. C'est ainsi que se met en espace ma recherche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La tentative de l'impossible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe un nombre incalculable de tentatives, de politiques publiques ou de soci&#233;t&#233;s qui g&#232;rent les lieux d&#233;tourn&#233;s, pour aller &#224; l'encontre de ces pratiques. Ces tentatives sont tr&#232;s souvent maladroites et finalement vaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ces politiques estde moderniser les installations des aires d'autoroute, de quitter le mod&#232;le des toilettes collectives et de pr&#233;f&#233;rer les toilettes individuelles o&#249; on entre seul, avec un syst&#232;me de feu tricolore. Je me rends compte cependant que la cr&#233;ativit&#233; se d&#233;veloppe en r&#233;ponse &#224; ces mesures r&#233;pressives. Le syst&#232;me de feu tricolore est d&#233;tourn&#233; ; une porte se claque et le voyant reste au vert ; signe qu'il est possible de rejoindre la personne ; s' il passe au rouge alors cela signifie que c'est d&#233;j&#224; complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc gr&#226;ce &#224; ce syst&#232;me, en restant dans sa voiture, il est possible de rep&#233;rer les hommes qui entrent et ceux qui sont disponibles. Ces ritualisations du lieu fa&#231;onne la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres strat&#233;gies, au motif d'une d&#233;marche vertueuse pour l'environnement, installent des animaux sur les lieux de drague. Ce son g&#233;n&#233;ralement des ch&#232;vres qui broutent les bosquets. Ils disposent &#233;galement des ruches pour produire un miel estampill&#233; &#171; miel de la commune &#187;. La gendarmerie, notamment &#224; la demande des municipalit&#233;s, effectue des patrouilles sur les lieux de drague. Ils n'arrivent que tr&#232;s rarement &#224; surprendre les usages sur le fait et &#224; d&#233;livrer des contraventions pour attentat &#224; la pudeur. La strat&#233;gie la plus r&#233;currente consiste donc &#224; verbaliser les v&#233;hicules stationn&#233;s. Les mairies prennent des arr&#234;t&#233;s interdisant le stationnement &#224; proximit&#233; de ces lieux. La strat&#233;gie est la suivante : comme les contraventions sont re&#231;ues directement au domicile des usagers, il y a des risques pour que leur femme la d&#233;couvre, ce qui obligera &#224; justifier leur pr&#233;sence. Cette strat&#233;gie est donc assez efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, quelles que soient les strat&#233;gies pour tenter de fermer ces lieux, ou de limiter leurs usages, les lieux de drague savent toujours se r&#233;inventer dans la mesure o&#249; ils constituent des r&#233;actions performatives &#224; des pratiques de r&#233;pression. Un autre lieu est toujours d&#233;tourn&#233; &#224; proximit&#233; ; seule la temporalit&#233; changera, et les pratiques &#233;volueront et se r&#233;g&#233;n&#232;reront&#8230; Renier ces lieux et ces pratiques constitue une tentative vaine. Ces pratiques et les usages doivent toujours finir par s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/lieuxdrague2.jpg?1731403025' width='500' height='253' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Walk on the wild side&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble tr&#232;s difficile de retranscrire par l'&#233;crit certains aspects de cette recherche. La richesse des postures, des ambiances, des sensations sont autant de raisons qui me poussent &#224; envisager d'autres m&#233;diums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par exemple le cas pour les jeux de regards qui peuvent se manifester par des regards directs, par l'utilisation de la voiture qui devient une prolongation du corps dans ce travail chor&#233;graphique o&#249; on regarde par les r&#233;troviseurs, par des jeux de reflets et de transparence dans les vitres et les miroirs. Il y a n&#233;cessairement un passage &#224; d'autres formes d'expression que l'&#233;criture. Cela me permet &#233;galement de collecter de l'information par des dispositifs. On pourrait citer un travail intitul&#233; '10h-22h', qui propose un lieu de drague &#233;ph&#233;m&#232;re dans les toilettes d'une salle de spectacle. Le dispositif existe par une petite annonce d&#233;pos&#233;e sur un site sp&#233;cialis&#233; qui propose de renseigner ce lieu comme un lieu de drague. En laissant un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone sur place j'ai pu recueillir des messages d'hommes qui ont projet&#233; sur ce lieu, un lieu de potentielles rencontres. Cette exp&#233;rience nous montre &#233;galement comment il serait possiblede produire de l'architecture par un jeu d'existence dans le cyberespace, en jouant avec les usages et les repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la palette de m&#233;thodologie que j'explore pour mener ce travail je propose donc diff&#233;rents travaux &#224; travers la cr&#233;ation d'images, de vid&#233;os et d'installations. Je d&#233;tourne ainsi souvent les outils dont dispose l'architecte, image de rendu, mod&#233;lisation, dessin. Les pratiques performatives sur les terrains de recherches rentrent &#233;galement dans cette logique. Ces travaux s'int&#233;ressent &#224; la dimension heuristique de l'art, se pla&#231;ant soit en amont de l'analyse, comme m&#233;thodologie de recherche, soit en aval comme m&#233;thodologie de restitution, quand l'&#233;criture ne suffit plus. C'est &#233;galement une exploration de diff&#233;rents langages en passant d'un m&#233;dium &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces travaux, de ces vid&#233;os, de ces textes, de ces performances constitue le travail de th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de ces lieux, de ces pratiques, de ces imaginaires, de ces m&#233;canismes et de ces strat&#233;gies ouvre donc un nouveau champs des possibles, tant par la mani&#232;re de mener une recherche que par celle d'envisager l'incorporation de ces richesses dans le travail de l'architecte, de l'urbaniste ou du designer. Ces lieux nous apprennent comment un travail de couture tr&#232;s d&#233;licat pourrait se d&#233;ployer, entre le public et l'intime, entre les fantasmes et la r&#233;alit&#233;&#8230; Ils nous montrent l'importance d'&#234;tre dans une posture de proposition et non dans l'injonction, ils nous am&#232;nent vers de nouveaux imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de vous pr&#233;senter rapidement les richesses de ces lieux, ce qu'ils nous apprennent et comment ils permettent d'envisager d'autres mani&#232;res de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeurent cependant des st&#233;r&#233;otypes et des r&#233;sistances. Le th&#232;me de la sexualit&#233; n'est pas abord&#233; dans les programmesd'am&#233;nagement, en architecture ou dans les discours du &#171; faire la ville &#187;. Il reste marginal, voire risible. On pense aux sports, aux plaisirs gustatifs, aux b&#233;cautages, &#224; l'ivresse m&#234;me, mais la sexualit&#233; interdit instantan&#233;ment toute discussion. On est alors en droit de se demander pourquoi, dans ce type d'am&#233;nagement, la sexualit&#233; ne constitue pas un champs de r&#233;flexion &#224; part enti&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adrien Le Bot.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le plus illustre des ces lieux hyper-urbain serait peut-&#234;tre le d&#233;dale de chemins secrets qu'abritent les grandes haies du jardin des tuileries &#224; Paris. Le lieu de drague profite de l'espace qu'offre l'int&#233;rieur de ces haies pour se d&#233;ployer comme un labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des sous-v&#234;tements peuvent par exemple &#234;tre accroch&#233;s au bout de branches pour indiquer les entr&#233;es, des mots peuvent &#234;tre laiss&#233;s pour indiquer des pratiques ou des heures de rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le publicitaire qui voulait faire maigrir les femmes avec des cigarettes</title>
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		<dc:date>2020-11-27T22:43:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TrouNoir</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minin</dc:subject>
		<dc:subject>Publicit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;pisode de la s&#233;rie &lt;i&gt;Ces hommes qui voulaient faire fumer les femmes.&lt;/i&gt; Il raconte la fameuse campagne de publicit&#233; qui culpabilisait les femmes sur leur poids pour les faire fumer.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Feminin-+" rel="tag"&gt;F&#233;minin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-publicite-+" rel="tag"&gt;Publicit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton87.jpg?1731403052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;pisode de la s&#233;rie &lt;i&gt;Ces hommes qui voulaient faire fumer les femmes.&lt;/i&gt; Nous vous conseillons &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Le-patron-qui-voulait-faire-fumer-les-femmes-et-devenir-encore-plus-riche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de lire le premier &#233;pisode paru le mois dernier&lt;/a&gt; pour comprendre ce qui va suivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le premier &#233;pisode, nous avons bross&#233; un portrait crois&#233; des cigarettes et de la condition des femmes dans les ann&#233;es 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;pisode nous allons aborder la campagne de publicit&#233; pour Lucky Strike qui liait cigarette et recherche de la minceur, en culpabilisant les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qui &#233;tait Albert Lasker, le l&#233;gendaire publicitaire ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'avait-il chang&#233; dans la pratique de la publicit&#233; ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment avait-il r&#233;ussi &#224; faire de la publicit&#233; pour un produit tabou : les serviettes hygi&#233;niques jetables ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qui &#233;taient les flappers ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment les normes de beaut&#233; pour les femmes &#233;taient-elles en train de changer ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En quoi consistait la campagne d'affiche qui vendait la cigarette comme un outil efficace pour mincir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un repas d'affaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en 1925. Sans doute &#233;tait-ce un repas d'affaires. Probablement dans un restaurant chic. La discussion &#233;tait anim&#233;e entre les deux hommes. George Washington Hill, le patron obsessionnel, rentrait dans le vif du sujet. Il se plaisait &#224; d&#233;crire la &#171; mine d'or &#187; que repr&#233;sentait le march&#233; du tabac pour les femmes. Albert Lasker, le publicitaire hyperactif, parlait fort et avec assurance. Il faisait tourner son esprit &#224; toute vitesse. Il fallait trouver un moyen de les cibler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas une nouveaut&#233; totale. L'industrie du tabac s'adressait &#224; elles avec beaucoup de pudeur. Le sujet &#233;tait sensible. Le faire trop directement, c'est s'attiser les foudres des puritains. Ils auraient encore une fois accus&#233; les cigarettiers d'inciter &#224; la corruption des femmes. Mais les deux hommes se disaient que le moment &#233;tait venu. Il fallait le faire en toute franchise. Sans s'excuser. Et le tabagisme f&#233;minin &#233;tait de plus en plus r&#233;pandu. Il ne fallait surtout pas manquer cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de leur discussion, Flora, la femme de Hill, alluma une cigarette. Imm&#233;diatement, le ma&#238;tre d'h&#244;tel lui demanda de l'&#233;teindre. Cela d&#233;rangeait des clients. Ce n'est pas la fum&#233;e qui incommodait. Mais qu'une femme puisse fumer en public &#233;tait tout &#224; fait malvenu. C'&#233;tait clair que cela n'allait pas &#234;tre facile. Ils en avaient eu la preuve directe. On ne s'attaque pas facilement &#224; des conventions sociales aussi puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/George-Washingto-a46b2f3b.jpg?1731403100' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;George Washington Hill au bras de sa femme Flora
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lasker, le publicitaire &#224; l'&#233;nergie d&#233;bordante et au travail prolifique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il avait une &#233;nergie d&#233;bordante, d&#233;vorante. Il dormait peu. Son temps &#233;tait pass&#233; &#224; travailler ; il avait de tr&#232;s fr&#233;quentes sautes d'humeur. On dit qu'il &#233;tait atteint d'hypomanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est certainement cette disposition d'esprit qui lui permit de devenir un des plus grands publicitaires de son &#233;poque. Il fit entrer l'art de la r&#233;clame dans la modernit&#233;. Et il fut prolifique. De la fin du XIXe, jusqu'&#224; sa retraite en 1942, il travailla sur un nombre consid&#233;rable de marques. Certaines sont toujours connues de nos jours, par exemple le savon &lt;i&gt;Palmolive&lt;/i&gt; ou le dentifrice &lt;i&gt;Pepsodent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/eb/AlbertLasker.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/AlbertLasker-94785d9b.jpg?1731403099' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Albert Lasker, datant probablement des ann&#233;es 20
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il commen&#231;a en 1898. La r&#233;clame sous sa forme moderne naissait &#224; peine. Le m&#233;tier consistait essentiellement dans la n&#233;gociation d'encarts dans les journaux. Le principe m&#234;me de campagnes publicitaires construites autour d'un slogan n'existait pas. Il fut donc l'un des inventeurs de cette forme, qui est maintenant la base du m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut aussi l'un des premiers &#224; r&#233;ellement s'int&#233;resser &#224; la psychologie des consommateurs. Il s'interrogeait constamment sur ce qui motivait ou freinait les achats. Sa principale innovation fut la &lt;i&gt;Reason Why.&lt;/i&gt; C'est le fait de mettre en avant la raison principale pour laquelle le consommateur devait acheter le produit. Il ne s'agissait plus simplement d'en vanter les m&#233;rites, ou de dire pourquoi c'&#233;tait mieux que la concurrence. Cette technique mettait en avant un avantage indirect, ou la r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me qui se posait au consommateur. Ce qui &#233;tait vendu n'&#233;tait plus au centre. C'est ce qu'il fit avec &lt;i&gt;Kotex.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand Albert Lasker popularisa les serviettes hygi&#233;niques jetables &lt;i&gt;Kotex&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 20, Lasker r&#233;alisa un de ses plus beaux succ&#232;s. Il mena une campagne pour la marque de serviettes hygi&#233;niques jetables &lt;i&gt;Kotex&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable tabou entourait les protections hygi&#233;niques. Le sujet g&#234;nait tout le monde. Et en premier lieu les consommatrices. En faire la r&#233;clame &#233;tait donc tr&#232;s d&#233;licat. On venait d'inventer la serviette hygi&#233;nique jetable. Le concept &#233;tait donc tout &#224; fait nouveau. Les femmes utilisaient alors des tissus pour leur protection et n'avaient aucune raison de changer cette fa&#231;on de faire. Il y avait donc un produit que personne ne connaissait, dont personne ne voulait, et qui embarrassait bien trop tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine donc pourquoi &#231;a ne se vendait pas. Le produit avait &#233;t&#233; appel&#233; &lt;i&gt;Kotex&lt;/i&gt;, pour &#233;viter d'avoir &#224; dire &lt;i&gt;serviette hygi&#233;nique &lt;/i&gt;en public. Malgr&#233; &#231;a, les ventes ne d&#233;collaient pas. L'entreprise &#233;tait dans un &#233;tat critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait donc quelqu'un de la trempe de Lasker. Il partit en observation pour d&#233;terminer les causes de cet &#233;chec. Il se rendit compte que beaucoup de choses freinaient l'achat. &#192; l'&#233;poque le produit &#233;tait vendu dans les pharmacies. Le libre-service n'existait pas. Il fallait donc avoir une interaction avec le vendeur, pour demander le produit. Et les clientes se retrouvaient dans l'embarras, possiblement soumises au jugement du pharmacien et des autres clients. Au final l'achat n'avait pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#234;ne devait dispara&#238;tre. La &lt;i&gt;Reason Why&lt;/i&gt; des serviettes hygi&#233;niques, c'est-&#224;-dire la raison pour laquelle il fallait acheter le produit, allait &#234;tre &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;discr&#233;tion.&lt;/i&gt; Pour cela il prit trois mesures : rendre l'emballage anonyme, pour &#233;viter que l'on sache exactement ce qui &#233;tait achet&#233; ; installer des distributeurs en libre-service pour &#233;viter les interactions, et les &#233;ventuelles g&#234;nes &#224; demander le produit ; fixer le prix &#224; 5 cents l'unit&#233;, ce qui correspond &#224; une pi&#232;ce de monnaie courante, &#224; simplement glisser dans une bo&#238;te &#224; c&#244;t&#233; du distributeur, pour fluidifier le plus possible l'usage de l'argent, et &#233;viter de devoir faire la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa campagne fut un grand succ&#232;s. Les ventes augment&#232;rent tr&#232;s vite. L'entreprise &#233;vita la faillite, et cela lan&#231;a le march&#233; de la serviette hygi&#233;nique jetable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;85&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L500xH651/serviette-hygien-d2c8c9ec-338fc.jpg?1765891109' width='500' height='651' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Publicit&#233; de la campagne de 1921 &#034;Bon march&#233;, confortable, hygi&#233;nique et s&#251;r KOTEX&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://i.pinimg.com/736x/cb/8e/74/cb8e7472e3b5a08c44a8de979a7dc19c.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/cb8e7472e3b5a08c-5988c7ac.jpg?1731403099' width='500' height='695' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Publicit&#233; de la campagne de 1921 &#034;Assure l'&#233;quilibre dans les robes les plus raffin&#233;es&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et Lasker se lan&#231;a dans l'aventure&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est donc comme l&#233;gende de la publicit&#233; que Lasker fut engag&#233; pour le compte de &lt;i&gt;Lucky Strike.&lt;/i&gt; Il &#233;tait aussi celui qui avait vendu un produit tabou aux femmes, gr&#226;ce &#224; son don pour analyser les enjeux culturels qui entourent les marchandises. Lasker &#233;tait donc l'homme qu'il fallait pour faire exploser un autre interdit social : celui du tabagisme des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hill et Lasker comprenaient bien ce qu'il &#233;tait en train de se passer &#224; l'&#233;poque. Beaucoup de choses changeaient pour les femmes. La soci&#233;t&#233; &#233;tait en pleine mutation. Ils savaient qu'ils devaient s'emparer de la figure moderne par excellence : la &lt;i&gt;flapper&lt;/i&gt;. Et avec elle sa minceur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les flappers, ou le changement des normes de beaut&#233; des femmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;flapper&lt;/i&gt; &#233;tait un id&#233;al f&#233;minin repr&#233;sentatif de la modernit&#233; de ces ann&#233;es-l&#224;. Son look androgyne, et sa silhouette filiforme venaient tout droit de la mode parisienne et de Coco Chanel. C'&#233;tait une femme qui fumait, dansait sur le jazz &#224; la mode, et affichait une sexualit&#233; lib&#233;r&#233;e, prompte &#224; l'exp&#233;rimentation sexuelle hors mariage. C'est cette figure qui a fix&#233; notre image de la femme &#233;mancip&#233;e des ann&#233;es 20. Elle est le symbole de la remise en cause de la morale puritaine et du conflit avec les bonnes m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette figure se jouait une &#233;volution des normes physiques pour les femmes. L'id&#233;al victorien de la silhouette f&#233;minine &#233;tait celui du sablier : un buste large, une taille tr&#232;s cintr&#233;e, un bassin tr&#232;s pro&#233;minent, et un l&#233;ger embonpoint. Au contraire, l'id&#233;al &lt;i&gt;flapper &lt;/i&gt;&#233;tait longiligne, avec des petits seins, une taille mince et des hanches &#233;troites. C'&#233;tait ce qui faisait le c&#244;t&#233; androgyne de cet id&#233;al. Il se rapprochait de celui des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;209&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2d/Polaire%2C_French_actress_5.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/Polaire2C_French-2ece2b2a.jpg?1731403100' width='500' height='681' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de l'actrice Polaire prise vers 1900. Elle d&#233;tient le record du monde de la taille la plus fine (33cm de tour). Elle est la repr&#233;sentation extr&#234;me de la silhouette en sablier recherch&#233;e &#224; cette &#233;poque.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;161&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://i.pinimg.com/originals/dc/62/e0/dc62e0c2d4d5280b2fb2b2e473fa56e6.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/dc62e0c2d4d5280b-3cb17f59.jpg?1731403099' width='500' height='649' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de l'actrice Louise Brooks prise vers 1925. Immense star hollywoodienne et grande ic&#244;ne flapper, elle repr&#233;sente l'id&#233;al de beaut&#233; f&#233;minine des ann&#233;es 20
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la figure des &lt;i&gt;flappers&lt;/i&gt;, loin d'inaugurer une lib&#233;ration du corps des femmes, &#233;tait plut&#244;t le commencement de l'injonction &#224; la minceur. La silhouette moderne imposait une nouvelle discipline. Les femmes victoriennes avaient &#224; porter d'&#233;touffants corsets pour garantir une taille fine, et une poitrine bien haute. Mais les femmes modernes devaient &#234;tre minces. Il &#233;tait donc devenu crucial de faire attention &#224; sa nutrition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fumer pour mincir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hill et Lasker &#233;taient bien conscients de ce d&#233;sir de minceur. Ils voyaient qu'il y avait derri&#232;re un d&#233;sir de modernit&#233;, rompant avec le poussi&#233;reux imaginaire victorien. Il fallait donc l'exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce constat, le &lt;i&gt;Reason Why &lt;/i&gt;de la campagne &#233;tait tout trouv&#233; : &lt;i&gt;fumer des cigarettes permet de maigrir&lt;/i&gt;. Ainsi, &#224; travers cet argument de vente l&#224;, ce n'&#233;tait pas les cigarettes qui &#233;taient mises en avant, mais bien l'obtention d'une taille fine sans effort. Derri&#232;re cet id&#233;al de minceur, il y avait la promesse d'&#234;tre moderne, de rester &lt;i&gt;dans le coup&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'en 1928 ils lanc&#232;rent la campagne &lt;i&gt;Reach for a Lucky Instead of a Sweet &lt;/i&gt;(Prends une Lucky au lieu d'un bonbon),&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reach for a Lucky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y eu plusieurs mod&#232;les d'affiches cr&#233;es. Un mettait en sc&#232;ne une femme mince et heureuse sur laquelle planait l'ombre du surpoids. Elles affirmaient clairement que les cigarettes &#233;taient des outils utiles pour permettre d'atteindre les standards de minceur impos&#233;s aux femmes. Le graphisme &#233;tait suffisamment fort et parlant pour frapper l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/ombresurpoids.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/ombresurpoids.png?1731403093' width='500' height='727' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de 1930. &#034;Est-ce vous dans cinq ans ? Quand vous &#234;tes tent&#233;e de trop manger : Prenez une Lucky &#224; la place&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L375xH544/fsf_1-bea39f51-cce20.jpg?1765891109' width='375' height='544' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de 1930. &#034;L'ombre qui nous poursuit tous - John Greenleaf Whittier&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un autre type d'affiches s'appuyait sur le d&#233;veloppement du culte de la personnalit&#233; et du &lt;i&gt;people&lt;/i&gt; alors naissant. C'est &#224; partir de cette &#233;poque que se d&#233;veloppa l'utilisation de stars de cin&#233;ma ou de la chanson, ou de personnalit&#233;s publiques pour faire la r&#233;clame de produits. Elles mirent en vedettes de nombreuses femmes fortes, des actrices, des chanteuses ou des divas d'op&#233;ra dans les affiches pour &lt;i&gt;Lucky Strike&lt;/i&gt;, et notablement l'aviatrice Amelia Earhart. Il fallait que les femmes se sentent modernes en fumant &lt;i&gt;Lucky Strike&lt;/i&gt;, il fallait qu'elles s'identifient &#224; des figures fortes. Lasker avait donc r&#233;ussi &#224; capter quelque chose de l'&#233;poque, et, sans se le formuler ainsi, &#224; travailler les d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;154&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://tobacco.stanford.edu/tobacco_web/images/tobacco_ads/keeps_you_slim/sweet/large/sweet_7.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/sweet_7-010be7f1.jpg?1731403101' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de 1928 repr&#233;sentant l'aviatrice Amelia Earhart. &#034;Lucky Strike &#233;taient les cigarettes &#224; bord du 'Friendship' lorqu'elle a travers&#233; l'Atlantique&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/local/cache-vignettes/L462xH675/sweet_52-c6978631-24dce.jpg?1765891109' width='462' height='675' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de 1929 repr&#233;sentant la cantatrice Marguerite d'Alvarez. &#034;Les cigarettes Lucky Strike donnent une satisfaction que l'on n'obtient avec aucune autre marque&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;129&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://tobacco.stanford.edu/tobacco_web/images/tobacco_ads/keeps_you_slim/sweet/large/sweet_1.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/distant/jpg/sweet_1-0df3b01f.jpg?1731403101' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de 1929. &#034;Pour garder une silhouette &#233;lanc&#233;e, personne ne peut dire le contraire : prend une Lucky plut&#244;t qu'un bonbon&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une campagne scandaleuse, &#224; l'immense succ&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au final, la campagne eut un succ&#232;s &#224; la hauteur du scandale qu'elle provoqua. En effet, pour la premi&#232;re fois, une publicit&#233; pour cigarettes ciblait directement les femmes. Elle le faisait de mani&#232;re agressive, en s'appuyant sur les critiques qui lui seraient faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative &#233;tait os&#233;e, car &#224; l'&#233;poque on pensait en publicit&#233; que toute critique &#233;tait forc&#233;ment mauvaise. Au contraire, pour Hill et Lasker, elles en faisaient partie. Plus les conservateurs et les puritains en diraient du mal, plus les &lt;i&gt;Lucky Strike&lt;/i&gt; appara&#238;traient comme les cigarettes des femmes modernes. Elles &lt;i&gt;devaient&lt;/i&gt; faire r&#233;agir, et devenir le centre de l'attention. Cette campagne l&#233;gendaire de l'histoire de la publicit&#233; eut ainsi un immense succ&#232;s, et fit s'envoler les ventes des cigarettes &lt;i&gt;Lucky Strike.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais le patron de &lt;i&gt;Lucky Strike&lt;/i&gt; ne voulait pas s'arr&#234;ter l&#224;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un tr&#232;s beau coup, mais pour George Washington Hill, cela ne suffisait pas. Cet obs&#233;d&#233; du profit en voulait encore plus. Il fallait frapper plus fort, plus vite. Non plus simplement convaincre les femmes de fumer. Il fallait rapidement modifier les normes sociales pour que les ventes augmentent. Il fallait un g&#233;nie de la manipulation des d&#233;sirs qui promettait &#224; qui l'engageait de modifier comme par magie l'opinion des masses. Il fallait un homme qui sache jouer sur l'inconscient et toujours sauvegarder l'impression de libert&#233; et de libre-choix. Edward Bernays &#233;tait le p&#232;re fondateur de la propagande moderne. Sa manipulation des luttes f&#233;ministes et des d&#233;sirs d'&#233;mancipation des femmes de l'&#233;poque allait donc &#234;tre la touche d&#233;cisive qui emm&#232;nerait &lt;i&gt;Lucky Strike &lt;/i&gt;vers les sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ignace Fambeaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le prochain &#233;pisode, nous verrons la campagne de propagande que Edward Bernays lan&#231;a, compl&#233;mentaire de celle de Lasker, pour faire fumer les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous raconterons toutes les intrigues que mit en place l'homme pour manipuler les foules. Il utilisera le d&#233;sir d'&#233;mancipation des femmes pour les amener &#224; penser, par l'inconscient, que les cigarettes sont une mani&#232;re de prendre le pouvoir. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt; : cf. &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Le-patron-qui-voulait-faire-fumer-les-femmes-et-devenir-encore-plus-riche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le premier &#233;pisode&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que dit la bible &#224; propos de l'homosexualit&#233; ?</title>
		<link>https://trounoir.org/Que-dit-la-bible-a-propos-de-l-homosexualite</link>
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		<dc:date>2020-11-27T22:43:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>diva</dc:creator>


		<dc:subject>Sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour aux origines du christianisme pour comprendre comment lire les passages de la Bible traitant d'homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-sexualite-+" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-histoire-76-+" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton90.png?1731403053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='62' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 21 octobre 2020, Le Monde titrait avec emphase : &#171; Le pape Fran&#231;ois d&#233;fend le droit &#224; l'union civile des homosexuels &#187;. D&#233;fend ? C'est vite dit. Pragmatique et soucieux des r&#233;alit&#233;s de son temps, le pape &#233;tait en tractation avec l'&#201;tat italien depuis des ann&#233;es pour emp&#234;cher toute proposition de loi ouvrant aux homosexuels le droit au mariage. Celui-ci acceptant donc de se prononcer favorablement &#224; une union civile pour les personnes de m&#234;me sexe. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'article faisait r&#233;f&#233;rence aux propos du pape dans un documentaire r&#233;alis&#233; par Evgeny Afineevsky pr&#233;sent&#233; lors de la F&#234;te du cin&#233;ma de Rome. Il y d&#233;clarait que les personnes homosexuelles avaient le droit d'&#234;tre en famille. Il ajoutait : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'il faut c'est une loi d'union civile, elles (les personnes homosexuelles) ont le droit &#224; &#234;tre couvertes l&#233;galement. J'ai d&#233;fendu cela&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette position tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e vient conclure les nouvelles consid&#233;rations de l'&#201;glise catholique &#224; propos d'homosexualit&#233;. L'homosexuel est consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre de souffrance, aux prises avec des probl&#232;mes psychiques et spirituels. L'&#201;glise met donc l'accent sur la condamnation des pratiques homosexuelles plut&#244;t que sur le d&#233;sir ou l'amour. C'est ainsi que Courage international, &#339;uvre apostolique et minist&#232;re de l'&#201;glise catholique dont une antenne fran&#231;aise existe depuis 2010 se proposent de guider les homosexuels &#224; vivre dans la chastet&#233; comme le pr&#233;conise aujourd'hui l'&#201;glise catholique. Les th&#233;rapies de conversion, pratiqu&#233;es par toutes les branches du christianisme, souvent tr&#232;s agressives, traumatisantes et ill&#233;gales, proposent de &#171; gu&#233;rir &#187; &#171; l'affectation &#187; dont sont &#171; atteints &#187; les homosexuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, toutes les prises de positions concernant l'homosexualit&#233; par les repr&#233;sentants de l'&#201;glise sont justifi&#233;es par des interpr&#233;tations de la Bible, mais n'en sont jamais issues. En effet, la bible parle relativement peu d'amour et de sexualit&#233; entre personnes du m&#234;me sexe et nous verrons dans l'&#233;tude qui suit que certains passages dont on consid&#232;re aujourd'hui qu'ils visent les personnes ou les pratiques homosexuelles ont pris ce sens de mani&#232;re tardive, voire contemporaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
On s'accorde g&#233;n&#233;ralement &#224; reconnaitre que l'interdit du L&#233;vitique (seul interdit r&#233;el que nous analyserons ci-apr&#232;s) ne condamne pas l'homosexualit&#233; au sens moderne du mot. Et pour cause, comme le fait remarquer John Boswell, &#171; la Bible ignore le mot &#8220;homosexuel&#8221; : ce mot ne figure dans aucun texte ou manuscrit subsistant en grec, h&#233;breu, syriaque ou aram&#233;en. Aucune de ces langues n'a jamais comport&#233; de mot correspondant au fran&#231;ais &#8220;homosexuel&#8221; ni d'ailleurs, aucun autre avant la fin du XIXe si&#232;cle. Cela reste vrai de l'h&#233;breu, de l'arabe et du grec modernes, exception faite de termes fond&#233;s dans ses langues par analogie avec le pseudo-latin &#8220;homosexuel&#8221;. Il y a certes des moyens de suppl&#233;er l'absence d'un terme sp&#233;cifique et un acte peut &#234;tre condamn&#233; sans &#234;tre nomm&#233;, mais il est douteux dans ce cas pr&#233;cis, que la notion de comportement homosexuel comme d&#233;finissant une classe d'individus ait alors exist&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Voil&#224; donc l'enjeu de cette &#233;tude : analyser le texte et ses traductions et les confronter &#224; leur contexte social pour ensuite en permettre une interpr&#233;tation pertinente aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette courte &#233;tude emprunte l'essentiel de son contenu &#224; l'ouvrage de John Boswell Christianisme, tol&#233;rance sociale et homosexualit&#233; paru chez Gallimard en 1980, &#224; l'&#233;tude de G&#233;rald Caron Le L&#233;vitique condamnerait-il l'homosexualit&#233; ? De l'ex&#233;g&#232;se &#224; l'herm&#233;neutique paru en 2009 ans la revue bilingue Studies in Religion/Science religieuse et le texte de Paul Veyne L'homosexualit&#233; &#224; Rome paru dans le numero 35 de la revue Communications en 1982 : Sexualit&#233;s occidentales. Contribution &#224; l'histoire et &#224; la sociologie de la sexualit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ex&#233;g&#232;se du texte biblique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La richesse et la complexit&#233; de la Bible ne permettent pas d'en tirer un enseignement ou une inspiration unique. La Bible compile des textes vari&#233;s r&#233;dig&#233;s entre le VIIIe si&#232;cle av. J.-C. et le IIe si&#232;cle apr. J.-C. Les enjeux de traduction et l'histoire des diff&#233;rents canons bibliques humanisent en quelque sorte un objet consid&#233;r&#233; comme une &#171; Parole de Dieu &#187;. Or, les remaniements successifs ayant lieu &#224; chaque &#233;poque mettent en lumi&#232;re la porosit&#233; (ou l'&#233;lasticit&#233;) du r&#233;cit vis-&#224;-vis du contexte historique et social dans lequel il s'exprime. D'o&#249; le besoin d'une ex&#233;g&#232;se, c'est-&#224;-dire d'une &#233;tude approfondie et critique permettant d'entendre aujourd'hui, &#224; travers le texte, un message. On notera que, dans bien des cas, tels par exemple certains passages concernant les femmes et le peuple juif, le respect de la Bible comme Parole de Dieu a conduit &#224; remettre en question le texte biblique lui-m&#234;me ou encore les interpr&#233;tations qui en ont &#233;t&#233; faites au cours des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LEVITIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
[XVIII, 22] &lt;i&gt;Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[XX, 13]&lt;i&gt; L'homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c'est une abomination qu'ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le l&#233;vitique est un texte relativement m&#233;connu de la bible et de l'avis de John Shelby Spong, sauv&#233; de l'oubli par ses deux seuls versets. Situ&#233; entre le livre de l'Exode, qui raconte la sortie d'&#201;gypte et le s&#233;jour du peuple au pied du mont Sina&#239;, et celui des Nombres, d&#233;crivant les 40 ann&#233;es dans le d&#233;sert, le L&#233;vitique se pr&#233;sente comme une somme de prescriptions cultuelles, sociales et morales permettant au peuple de se pr&#233;server vis-&#224;-vis des autres peuples (parmi lesquels il cohabitait).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; abomination &#187; est une traduction de l'h&#233;breu &lt;i&gt;toevah&lt;/i&gt;. Il d&#233;signe un acte impur au regard des juifs. Il est &#233;galement utilis&#233; dans la m&#234;me s&#233;quence du L&#233;vitique pour caract&#233;riser le fait de manger du porc ou avoir des rapports sexuels pendant la menstruation. Li&#233; aux prescriptions juives, ce terme ne d&#233;signe pas les actes fondamentalement mauvais tels que le vol ou le viol. Le mot est utilis&#233; dans tout l'Ancien Testament pour d&#233;signer les p&#233;ch&#233;s qui impliquent un manquement &#224; la puret&#233; ethnique ou un acte d'idol&#226;trie. Parachevant l'analyse, John Boswell remarque que &lt;i&gt;toevah&lt;/i&gt; est utilis&#233;e pour condamner la prostitution sacr&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prostitution sacr&#233;e : La prostitution sacr&#233;e est la ritualisation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (li&#233;e &#224; l'idol&#226;trie, c'est-&#224;-dire &#224; l'infid&#233;lit&#233; divine). Il met en regard &lt;i&gt;toevah&lt;/i&gt; avec &lt;i&gt;zimah&lt;/i&gt; qui caract&#233;rise l'interdiction de la prostitution. &lt;i&gt;Toevah&lt;/i&gt; rev&#234;t donc un caract&#232;re particulier li&#233; &#224; l'idol&#226;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation de nos versets ne fait toutefois pas l'unanimit&#233;. Il n'existe pas de consensus concernant les r&#233;f&#233;rences exactes de cet interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains limitent l'interdit aux seuls hommes mentionn&#233;s dans les interdits pr&#233;c&#233;dents. Ceux-ci constituent un r&#232;glement concernant la nudit&#233;, la sexualit&#233; et le d&#233;sir au sein d'une parent&#233;. Il pourrait donc s'agir d'une interdiction valable uniquement pour les membres d'une m&#234;me famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres interpr&#232;tent l'interdit, compte tenu de sa formulation, comme relatif &#224; une &#171; confusion des r&#244;les &#187;. Particuli&#232;rement pour la personne &#171; passive &#187; (nous d&#233;velopperons ce th&#232;me dans la deuxi&#232;me partie) acceptant le r&#244;le f&#233;minin. Dans un monde patriarcal et esclavagiste, transgresser son rang ou sa position sociale est une infamie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retenons de Gerald Caron que le simple fait que le mot &lt;i&gt;toevah&lt;/i&gt; soit utilis&#233; pour des activit&#233;s aussi disparates que l'idol&#226;trie, la magie, l'inceste, l'adult&#232;re, la bestialit&#233;, l'oppression du pauvre, la d&#233;ception, le vol, un faux t&#233;moignage&#8230; rend pour le moins d&#233;licat tout effort visant &#224; attribuer une importance particuli&#232;re &#224; la condamnation de &#171; l'homosexualit&#233; &#187; dans le L&#233;vitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'aspect &#233;clectique des condamnations entrainant la mort comme la zoophilie, le sacrifice d'enfant ou l'adult&#232;re ne sauraient permettre de mettre particuli&#232;rement en avant (comme il est encore d'usage aujourd'hui) l'interdiction pour un homme de coucher avec un homme comme on couche avec une femme. La gravit&#233; de la condamnation comme source de cr&#233;dibilit&#233; ne r&#233;siste pas &#224; l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEN&#200;SE&lt;br class='autobr' /&gt;
La destruction de Sodome [XIX, 1-29]&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GEN&#200;SE : La destruction de Sodome. Quand les deux Anges arriv&#232;rent &#224; Sodome (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit sans aucun doute d'un des passages les plus connus de la Bible. C'est aussi un &#233;l&#233;ment influent de la culture populaire qui condamne l'homosexualit&#233;. C'est de la ville de Sodome que les rapports homosexuels prirent leur nom en latin, nom dont nous h&#233;ritons aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sodomie : sodomita fut le terme le plus proche &#8220;d'homosexuel&#8221; en latin et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'interpr&#233;tation homosexuelle de l'&#233;pisode est tardive. On s'accorde pour attribuer la destruction de Sodome &#224; la mauvaise hospitalit&#233; de ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lot avait &#233;tabli son domicile en la ville de Sodome, mais n'en &#233;tait pas citoyen. En recevant des h&#244;tes inconnus, de nuit, il contrevient aux r&#232;gles de la cit&#233;. Lorsque les habitants assi&#232;gent la demeure de Lot, ils exigent que leur soient pr&#233;sent&#233;s les &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;tude, &lt;i&gt;homosexuality and the western christian tradition&lt;/i&gt;, Derrick Sherwin Bailey&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Derrick Sherwin Bailey : Derrick Sherwin Bailey &#233;tait un th&#233;ologien chr&#233;tien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne que le mot h&#233;breu &lt;i&gt;yada&lt;/i&gt; signifiant &#171; connaitre &#187; (&#171; am&#232;ne-les-nous pour que nous les connaissions &#187;) ne prend que tr&#232;s rarement dans la Bible une connotation sexuelle. Le sens de connaissance sexuelle revient dans l'Ancien Testament dix fois sur un total de neuf cent quarante-trois emplois. Par ailleurs, on compte une dizaine d'occurrences &#224; propos de la destruction de Sodome dans l'Ancien Testament, mais aucun ne mentionne l'homosexualit&#233;. En revanche, d'autres p&#233;ch&#233;s sont explicitement cit&#233;s. Le livre de la Sagesse et celui de l'Eccl&#233;siaste avancent que Dieu abhorrait les sodomites &#224; cause de leur orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Boswell attire l'attention de ses lecteurs sur l'anachronisme de l'importance des pr&#233;occupations sexuelles dans l'Ancien Testament. Particuli&#232;rement quand on les compare &#224; la notion fondamentale d'hospitalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hospitalit&#233; : Transmettant la c&#233;l&#232;bre hospitalit&#233; d'Abraham, le Juda&#239;sme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le r&#233;cit de Josu&#233;, semblable en bien des points &#224; celui de Lot, t&#233;moigne &#233;loquemment du fait que le lien d'hospitalit&#233; re&#231;oit incomparablement plus d'attention que les d&#233;lits sexuels : la ville de J&#233;richo, comme Sodome, a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truite par le Seigneur et la seule personne &#233;pargn&#233;e est une prostitu&#233;e &#8212; bien que le L&#233;vitique et le Deut&#233;ronome interdisent l'un et l'autre la prostitution &#8212; parce qu'elle avait offert l'hospitalit&#233; aux messagers de Josu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le r&#233;cit de la destruction de Sodome continua d'&#234;tre interpr&#233;t&#233; comme un manquement &#224; l'hospitalit&#233; jusqu'en plein Moyen &#194;ge, l'importance croissante attach&#233;e &#224; la puret&#233; sexuelle par les juifs hell&#233;nistiques et les moralistes chr&#233;tiens donna naissance, dans les apocryphes juifs tardifs et chez les premiers auteurs chr&#233;tiens, &#224; l'habitude d'attribuer &#224; Sodome des exc&#232;s sexuels de toute sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans l'&#201;pitre de Saint Jude [5-7] : &#171; Sodome, Gomorrhe et les villes voisines qui se sont prostitu&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re et ont couru apr&#232;s une chair diff&#233;rente sont propos&#233;es en exemple, subissant la peine d'un feu &#233;ternel &#187;. Dans cet &#233;crit tardif du Nouveau Testament, il n'est pas question d'homosexualit&#233;. L'expression &#171; chair diff&#233;rente &#187; &#233;carte une telle possibilit&#233;. Elle vient souligner la nature surnaturelle des invit&#233;s de Lot. La tradition juive, &#224; propos du passage dont il est fait mention ici, fait r&#233;f&#233;rence &#224; une l&#233;gende selon laquelle les &lt;i&gt;femmes&lt;/i&gt; de Sodome avaient eu des rapports sexuels avec les anges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Ancien Testament rec&#232;le un certain nombre de r&#233;cits amoureux et d'amiti&#233;s passionnelles entre personnes du m&#234;me sexe &#8212; par exemple Sa&#252;l et David, David et Jonathan, Ruth et No&#233;mie &#8212; et ces &#233;pisodes ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s durant tout le Moyen &#194;ge, dans la litt&#233;rature eccl&#233;siastique et dans la litt&#233;rature populaire, comme des exemples d'attachement extraordinaire, dont le c&#244;t&#233; sensuel n'&#233;tait pas omis (et nous l'esp&#233;rons, qui pourrait &#234;tre l'objet d'un article ult&#233;rieur). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/sodome_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/sodome_-_copie.jpg?1731403032' width='500' height='230' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA NOUVELLE ALLIANCE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'av&#232;nement du christianisme am&#232;ne les communaut&#233;s chr&#233;tiennes &#224; rompre avec les traditions juives, et ce d&#232;s le 1er si&#232;cle. La majorit&#233; des premiers chr&#233;tiens ne pouvaient en effet envisager d'invoquer l'autorit&#233; de l'ancienne loi pour justifier la nouvelle : les prescriptions du L&#233;vitique n'obligeaient pas les chr&#233;tiens et n'expliquent visiblement en aucune mani&#232;re l'hostilit&#233; de l'&#201;glise &#224; l'&#233;gard des homosexuels. La focalisation de l'&#201;glise sur les versets condamnant &#171; l'homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme &#187; et l'oubli de la plupart des autres interdits prouve clairement que l'hostilit&#233; envers l'homosexualit&#233; ne proc&#232;de pas du respect de la loi juive, mais qu'au contraire, c'est une hostilit&#233; d'un autre ordre qui a conduit &#224; ne retenir que quelques passages d'un code juridique abandonn&#233; pour l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMI&#200;RE &#201;PITRE AUX CORINTHIENS [VI, 9] Ne savez-vous pas que les injustes n'h&#233;riteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idol&#226;tres, ni adult&#232;res, ni d&#233;prav&#233;s, ni gens de m&#339;urs inf&#226;mes (&#8230;) n'h&#233;riteront du Royaume de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PREMI&#200;RE &#201;PITRE A TIMOTHEE [I, 10] Certes, nous le savons, la Loi est bonne, si on en fait un usage l&#233;gitime, en sachant bien qu'elle n'a pas &#233;t&#233; institu&#233;e pour le juste, mais pour (&#8230;) les impudiques, les homosexuels, les trafiquants d'hommes, les menteurs, les parjures, et pour tout ce qui s'oppose &#224; la saine doctrine (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;PITRE AUX ROMAINS [I, 26-27] Aussi Dieu les a-t-il livr&#233;s &#224; des passions avilissantes : car leurs femmes ont &#233;chang&#233; les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, d&#233;laissant l'usage naturel de la femme, ont brul&#233; de d&#233;sir les uns pour les autres, perp&#233;trant l'infamie d'homme &#224; homme et recevant en leurs personnes l'in&#233;vitable salaire de leur &#233;garement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure majeure de la diffusion du christianisme, Paul de Tarse est l'auteur de lettres aux communaut&#233;s chr&#233;tiennes destin&#233;es &#224; orienter la foi, du salut et de l'organisation des communaut&#233;s. Trois passages des &#233;crits de Paul ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;s comme se rapportant &#224; la condamnation de l'homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Cor., VI, 9 l'expression &lt;i&gt;malakos&lt;/i&gt; que l'on traduit g&#233;n&#233;ralement par mou, mais qui prend aussi le sens de : malade, liquide, de volont&#233; faible, d&#233;licat, d&#233;bauch&#233;, est le mot appliqu&#233; &#224; la masturbation de mani&#232;re continue, des origines du christianisme jusqu'au milieu du XXe si&#232;cle. L'interpr&#233;tation de ce passage comme une exclusion des homosexuels du royaume des cieux est une interpr&#233;tation r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans I Tim., I, 10, on trouve l'expression &lt;i&gt;arsenokoitai&lt;/i&gt; (avoir des m&#339;urs contre nature). Relativement rare, cette expression &#224; eu le sens de prostitu&#233; m&#226;le jusqu'au IVe si&#232;cle, &#224; partir duquel il se confond avec divers termes qualifiant les activit&#233;s sexuelles condamn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans notre passage de l'&#233;pitre aux romains, on peut remarquer que malgr&#233; la connotation n&#233;gative des pratiques homosexuelles le passage &#224; stigmatiser un comportement sexuel quelconque, mais &#224; condamner les gentils (les non-chr&#233;tiens) pour leur infid&#233;lit&#233;. Cette partie du texte traite du refus des Romains d'embrasser la foi chr&#233;tienne alors qu'ils &#233;taient &#224; m&#234;me de le faire. La r&#233;f&#233;rence &#224; l'homosexualit&#233; n'est rien de plus qu'un parall&#232;le, dans l'ordre charnel, au p&#233;ch&#233; contre Dieu ; elle ne se situe pas au c&#339;ur du raisonnement. Son argument une fois &#233;nonc&#233;, Paul d&#233;laisse la question de l'homosexualit&#233; et revient au sujet principal (I, 28-32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul n'examine pas le cas des homosexuels, mais seulement celui des pratiques homosexuelles commises par des h&#233;t&#233;rosexuels. Par ailleurs, les versets ne contiennent aucune condamnation nette des actes homosexuels. Dans l'ex&#233;g&#232;se de Saint Jean Chrysostome, note qu'en censurant l'homosexualit&#233; chez les pa&#239;ens, Saint Paul ne pense pas &#224; ceux qui sont tomb&#233;s amoureux et sont attir&#233;s l'un vers l'autre par la passion, mais &#224; ceux-l&#224; seulement qui &#171; ont brul&#233; de d&#233;sir les uns pour les autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les extraits bibliques que nous venons de pr&#233;senter font voisiner l'homosexualit&#233; avec un certain nombre de pratiques et de valeurs propres &#224; l'antiquit&#233;. Afin d'appr&#233;cier au mieux notre &#233;tude du texte biblique, il semble indispensable de s'int&#233;resser de plus pr&#232;s au contexte historique et social de l'apparition du christianisme et particuli&#232;rement les m&#339;urs ayant cours au sein de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte social du christianisme naissant&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/png/fresque_dans_un_lupanar_a_pompei_-_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/png/fresque_dans_un_lupanar_a_pompei_-_copie.png?1731403092' width='500' height='252' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'homosexualit&#233; dans l'empire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte &lt;i&gt;l'homosexualit&#233; &#224; Rome&lt;/i&gt;, Paul Veyne nous enseigne qu'il &#171; n'est pas exact que les pa&#239;ens aient vu l'homosexualit&#233; d'un &#339;il indulgent ; la v&#233;rit&#233; est qu'ils ne l'ont pas vue comme un probl&#232;me &#224; part ; ils admettaient ou condamnaient chacun la passion amoureuse et la libert&#233; de m&#339;urs. S'ils bl&#226;maient l'homophilie, ils ne la bl&#226;maient pas autrement que l'amour, les courtisanes et les liaisons extra-conjugales &#8212; du moins tant qu'il s'agissait d'homosexualit&#233; active. Ils avaient trois rep&#232;res qui n'ont rien &#224; voir avec les n&#244;tres : libert&#233; amoureuse ou conjugalit&#233; exclusive, activit&#233; ou passivit&#233;, homme libre ou esclave ; sabrer son esclave &#233;tait innocent et m&#234;me les censeurs s&#233;v&#232;res ne se m&#234;laient gu&#232;re d'une question aussi subalterne ; en revanche, il &#233;tait monstrueux, de la part d'un citoyen, d'avoir des complaisances servilement passives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs romains chantent ouvertement leur amour des gar&#231;ons et l'on compte parmi eux les noms les plus illustres de leur &#233;poque. Catulle se vante de ses prouesses et Cic&#233;ron a chant&#233; les baisers qu'il cueillait sur les l&#232;vres de son esclave secr&#233;taire, Virgile avait le gout exclusif des gar&#231;ons et Horace r&#233;p&#232;te qu'il adore les deux sexes. Les po&#232;tes chantaient le mignon du redoutable empereur Domitien. Antino&#252;s, mignon de l'empereur Hadrien, mort noy&#233; dans le Nil fut divinis&#233; et l'on retrouve des statuts d'Antino&#252;s un peu partout dans l'empire avec les attributs de certaines divinit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre social de l'empire reposait sur le respect des hi&#233;rarchies sociales. La pr&#233;tendue r&#233;pression l&#233;gale de l'homosexualit&#233; visait en r&#233;alit&#233; &#224; emp&#234;cher qu'un citoyen soit sabr&#233; comme un esclave. La loi Scantinia, qui date de 149 avant notre &#232;re, est confirm&#233;e par la vraie l&#233;gislation en la mati&#232;re, qui est august&#233;enne : elle prot&#232;ge l'adolescent libre au m&#234;me titre que la vierge de naissance libre. Le sexe, on le voit, ne fait rien &#224; l'affaire. Ce qui compte est de n'&#234;tre pas esclave, et de n'&#234;tre pas passif. Le l&#233;gislateur ne songe nullement &#224; emp&#234;cher l'homophilie. Il veut seulement prot&#233;ger le jeune citoyen contre les entreprises actives. Voil&#224; donc un monde o&#249; l'on sp&#233;cifiait dans les contrats de dot que le futur &#233;poux ne prendrait &#171; ni concubine, ni mignon &#187; et o&#249; Marc Aur&#232;le s'applaudit dans son journal d'avoir r&#233;sist&#233; &#224; l'attirance qu'il &#233;prouvait pour son domestique Theodotos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si les pratiques homosexuelles &#171; actives &#187; (restreintes aux conditions mentionn&#233;es plus haut) sont un lieu commun de l'&#233;rotisme romain, un m&#233;pris colossal accablait l'adulte m&#226;le et libre qui s'adonnait aux pratiques homosexuelles &#171; passives &#187;. Il &#233;tait qualifi&#233; d '&lt;i&gt;impudicus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rejet de la passivit&#233; dans les pratiques sexuelles en g&#233;n&#233;ral rel&#232;ve pour les Romains, d'un d&#233;faut moral ou politique impardonnable pour un homme libre : la mollesse. La passivit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une cons&#233;quence d'un manque de virilit&#233; et ce manque demeurait un vice capital m&#234;me en l'absence de toute homophilie. Car cette soci&#233;t&#233; ne passait pas son temps &#224; se demander si les gens &#233;taient homosexuels ou pas ; en revanche, elle pr&#234;tait une attention d&#233;mesur&#233;e &#224; d'infimes d&#233;tails de toilette, de prononciation, de gestes, de d&#233;marche, pour poursuivre de son m&#233;pris ceux qui y trahissaient un manque de virilit&#233;, quels que fussent leurs gouts sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#339;urs romaines et particuli&#232;rement celles touchant aux pratiques sexuelles reposaient sur des normes contraignantes. D&#232;s que les mignons cessaient d'&#234;tre des adolescents pour devenir des &lt;i&gt;exoletis&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire une fois visible les manifestations de la pubert&#233;) ceux-ci cessaient alors de recevoir les faveurs de leur maitre, sans quoi la relation devenait bl&#226;mable, indigne. Il en &#233;tait &#233;galement ainsi pour les m&#233;nages d'hommes, pour les relations homosexuelles tol&#233;r&#233;es dans l'arm&#233;e et enfin pour la prostitution des adolescents de bonne famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise de l'Empire romain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme, d'abord minoritaire et clandestin au sein de l'Empire romain, va s'&#233;tendre tr&#232;s rapidement jusqu'&#224; devenir la religion de l'Empire au IVe si&#232;cle. Cette mont&#233;e en puissance du jeune christianisme s'op&#232;re dans le lent d&#233;clin de l'Empire romain. Le despotisme du Bas-Empire, toujours plus th&#233;ocratique, s'exer&#231;ait sur la vie des Romains, imposant conviction religieuse, pratique sexuelle et jusque dans le soutien aux &#233;quipes sportives. Ce qui sous le Haut-Empire relevait de l'intimit&#233;, du choix individuel, du libre arbitre, passait pour &#234;tre du ressort public de l'&#201;tat dans la p&#233;riode suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple nous en est donn&#233; par l'&#233;volution du mot latin &lt;i&gt;stuprum&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#171; souillure &#187;. Cette notion servait &#224; qualifier tout comportement sexuel indigne d'un citoyen romain (&lt;i&gt;stuprum&lt;/i&gt; ne caract&#233;risait pas des d&#233;lits juridiques tels que le viol ou l'adult&#232;re, mais des d&#233;lits moraux). &#201;volution des normes de son temps, la notion de &lt;i&gt;stuprum&lt;/i&gt; &#233;volue jusqu'&#224; inclure les pratiques homosexuelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les rapports homosexuels et les citoyens s'y adonnant se trouvent inqui&#233;t&#233;s &#224; partir du Vie si&#232;cle. Toutefois, ils se trouvent contest&#233;s d&#232;s le IVe si&#232;cle. Les &lt;i&gt;exoletis&lt;/i&gt; ont fait l'objet de plusieurs interdictions (condamnation de la prostitution masculine &#8212; qui pourtant est tax&#233; par l'Empire &#8212; et par extension, condamnation sociale) jusqu'&#224; &#234;tre mis hors la loi par l'Empereur Philippe. Et encore alors, la prostitution homosexuelle serait tol&#233;r&#233;e et tax&#233;e dans les villes d'Orient pr&#232;s de deux si&#232;cles apr&#232;s la reconnaissance du christianisme comme religion officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque que l'&#233;volution de la tol&#233;rance envers les pratiques homosexuelles est le fruit d'une convergence d'&#233;l&#233;ments qui manifestent chacun une intol&#233;rance &#224; l'&#233;gard des plaisirs sexuels en g&#233;n&#233;ral. La Bible mise &#224; part, trois traditions morales, tr&#232;s contrast&#233;es, influenc&#232;rent fortement les positions de l'&#201;glise primitive en mati&#232;re sexuelle : les &#233;coles jud&#233;oplatoniciennes d'Alexandrie, l'aversion dualiste pour le corps et ses plaisirs, les notions sto&#239;ciennes de sexualit&#233; &#171; naturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bouleversements de la morale sexuelle qui ont accompagn&#233; la d&#233;sint&#233;gration de l'Empire romain rel&#232;ve d'une complexit&#233; qui d&#233;passe largement le cadre du jeune christianisme. De m&#234;me, il semble important de rappeler que l'un des facteurs importants dans les transformations des normes sociales en mati&#232;re de m&#339;urs est l'emprise croissante de valeurs ou mode de vie ruraux dans les anciens centres culturels urbains de la civilisation romaine. L'&#233;puisement de l'&#233;lite urbaine &#233;tait visible d&#232;s le deuxi&#232;me si&#232;cle et s'aggrava constamment au cours des IIIe et IVe si&#232;cles &#224; mesure que l'instabilit&#233; politique, l'&#233;volution &#233;conomique, les bouleversements sociaux, les d&#233;sastres naturels et le faible taux de natalit&#233; des classes sup&#233;rieures &#233;limin&#232;rent en grand nombre les familles de la noblesse romaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://trounoir.org/IMG/jpg/soso_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://trounoir.org/IMG/jpg/soso_-_copie.jpg?1731403033' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce tour d'horizon des pratiques homosexuelles dans le texte biblique comme dans l'histoire sociale des d&#233;buts du christianisme est riche en nuances. Le christianisme a d&#233;velopp&#233; une morale sociale autour de la famille et de la procr&#233;ation &#233;cartant et condamnant l'&#233;rotisme romain o&#249; figuraient en bonne place les pratiques homosexuelles. Toutefois, nous retenons que les condamnations de l'homosexualit&#233;, &#224; l'image de notre analyse du Nouveau Testament, sont toujours d'ordre secondaire. Plut&#244;t qu'une prohibition formelle, le d&#233;sir, l'amour et les relations sexuelles entre personnes de m&#234;me sexe sont marginalis&#233;s. Celles-ci prennent place dans les argumentaires moraux &#224; caract&#232;re discriminant illustrant par l&#224; que non seulement ces pratiques sont une constance dans les communaut&#233;s (bien que les modalit&#233;s sociales entourant ces pratiques varient d'une &#233;poque &#224; l'autre) mais surtout que tout un chacun connait et comprend ce dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la lib&#233;ration sexuelle et particuli&#232;rement depuis les mouvements d'&#233;mancipation LGBTQI+, l'&#201;glise cherche &#224; faire de l'homosexualit&#233; une question &#224; part enti&#232;re. Or, comme nous l'avons vu, l'appui de la Bible est mince sur la question. L'usage du L&#233;vitique pour condamner l'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; exprim&#233;, en 2015, par Monseigneur Vitus Huonder l'&#233;v&#234;que de Coire (Suisse). Selon lui, la Bible fixe &#224; ce propos le &#171; cadre divin &#187; [&#8230;] et il ajoute qu'en mati&#232;re de praxis homosexuelle, les passages bibliques cit&#233;s suffiraient &#224; remettre dans la bonne direction la question de l'homosexualit&#233; du point de vue de la foi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en voulant une fois pour toutes r&#233;gler son sort &#224; l'homosexualit&#233; que Monseigneur Vitus Huonder d&#233;voile l'aspect &#233;minemment politique dissimul&#233; derri&#232;re l'usage de la Bible. G&#233;rald Caron signale que malgr&#233; tous les efforts consacr&#233;s &#224; nier l'influence des contextes culturel, social, et religieux d'aujourd'hui sur l'interpr&#233;tation de la bible, la lecture &#171; respectueuse &#187; du texte biblique est elle-m&#234;me essentiellement d'ordre herm&#233;neutique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herm&#233;neutique : science de l'interpr&#233;tation des textes.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est-&#224;-dire que ce qui est mis en &#233;vidence n'est pas la &#171; Parole de Dieu &#187; au travers de versets de la bible, mais l'id&#233;ologie d'un homme au travers de son interpr&#233;tation. Et c'est ici que nous nous arr&#234;terons. Sur la constatation que les pratiques amoureuses et sexuelles des personnes de m&#234;me sexe ne sont pas du ressort de la morale ou de la foi, mais sont directement d'ordre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Diva&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Prostitution sacr&#233;e :&lt;/i&gt; La prostitution sacr&#233;e est la ritualisation de relations sexuelles dans le cadre d'un culte. Pratiqu&#233;e dans l'ensemble du monde oriental, Inde, M&#233;sopotamie, Gr&#232;ce, elle est une constante accompagnant des cultes sp&#233;cifiques. Souvent r&#233;mun&#233;r&#233;s, parfois prestigieux, les prostitu&#233;s sacr&#233;s, hommes et femmes occupaient les abords des temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de Gabrielle Month&#233;lie, on peut lire : &#171; (&#8230;) Plusieurs documents font allusion &#224; des pratiques sexuelles dans les temples &#8212; notamment un qui mentionne une pr&#234;tresse pratiquant la sodomie pour &#233;viter de tomber enceinte &#8212; et le vocabulaire relatif &#224; la prostitution, cit&#233;e dans Le Code de lois du roi Hammourabi de Babylone (XVIIIe si&#232;cle avant notre &#232;re), est tr&#232;s riche : le terme &lt;i&gt;kulmashitu&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;qadishtu&lt;/i&gt;, en particulier, semble faire r&#233;f&#233;rence &#224; des femmes aux m&#339;urs libres &#339;uvrant dans des temples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, la Bible, qui a pris naissance sur ces terres baign&#233;es de l'antique culture babylonienne, &#233;voquera &#224; son tour le ph&#233;nom&#232;ne de la prostitution sacr&#233;e. Ainsi, en Deut&#233;ronome 23, 18 : &#8220;&lt;i&gt;Il n'y aura pas de prostitu&#233;e sacr&#233;e parmi les filles d'Isra&#235;l ni de prostitu&#233; sacr&#233; parmi les fils d'Isra&#235;l&#8221;, ou en 2 Rois 23, 7, qui raconte comment le roi Josias &#8220;d&#233;molit les maisons des prostitu&#233;s sacr&#233;s, qui &#233;taient dans le temple de Yahv&#233; et o&#249; les femmes tissaient des voiles pour Ash&#233;ra [une d&#233;esse]&lt;/i&gt;&#8221;. Faisant r&#233;f&#233;rence aux prostitu&#233;es du temple de Samarie, Mich&#233;e (2, 7) promet la col&#232;re de Yahv&#233;. Mais la femme d'Os&#233;e est cependant une prostitu&#233;e des cultes canan&#233;ens de f&#233;condit&#233;, que le proph&#232;te a &#233;pous&#233;e sur ordre de Yahv&#233;, car, dit-il, &#8220;&lt;i&gt;le pays ne fait que se prostituer en se d&#233;tournant de [moi]&lt;/i&gt;&#8221; (Os&#233;e 1, 2). La m&#233;taphore est ici particuli&#232;rement claire : la prostitution est assimil&#233;e &#224; l'infid&#233;lit&#233; pure et simple envers le Dieu d'Isra&#235;l. L'anath&#232;me le plus fort est jet&#233; sur cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lemondedesreligions.fr/dossiers/sexe-religion/quand-la-prostitution-etait-sacree-01-07-2009-1870_181.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lemondedesreligions.fr/dossiers/sexe-religion/quand-la-prostitution-etait-sacree-01-07-2009-1870_181.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;GEN&#200;SE : La destruction de Sodome.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les deux Anges arriv&#232;rent &#224; Sodome sur le soir, Lot &#233;tait assis &#224; la porte de la ville. D&#232;s que Lot les vit, il se leva &#224; leur rencontre et se prosterna, face contre terre. Il dit : &#8220;Je vous en prie, Messeigneurs ! Veuillez descendre chez votre serviteur pour y passer la nuit et vous laver les pieds, puis au matin vous reprendrez votre route&#8221;, mais ils r&#233;pondirent : &#8220;Non, nous passerons la nuit sur la place.&#8221; Il les pressa tant qu'ils all&#232;rent chez lui et entr&#232;rent dans sa maison. Il leur pr&#233;para un repas, fit cuire des pains sans levain, et ils mang&#232;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils n'&#233;taient pas encore couch&#233;s que la maison fut cern&#233;e par les hommes de la ville, les gens de Sodome, depuis les jeunes jusqu'aux vieux, tout le peuple sans exception. Ils appel&#232;rent Lot et lui dirent : &#8220;O&#249; sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Am&#232;ne-les-nous pour que nous les connaissions.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lot sortit vers eux &#224; l'entr&#233;e et, ayant ferm&#233; la porte derri&#232;re lui, il dit : &#8220;Je vous en supplie, mes fr&#232;res, ne commettez pas le mal ! &#201;coutez : j'ai deux filles qui sont encore vierges, je vais vous les amener : faites-leur ce qui vous semble bon, mais, pour ces hommes, ne leur faites rien, puisqu'ils sont entr&#233;s sous l'ombre de mon toit.&#8221; Mais ils r&#233;pondirent : &#8220;&#212;te-toi de l&#224; ! En voil&#224; un qui est venu en &#233;tranger, et il fait le juge ! Eh bien, nous te ferons plus de mal qu'&#224; eux !&#8221; Ils le press&#232;rent fort, lui Lot, et s'approch&#232;rent pour briser la porte. Mais les hommes sortirent le bras, firent rentrer Lot aupr&#232;s d'eux dans la maison et referm&#232;rent la porte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux hommes qui &#233;taient &#224; l'entr&#233;e de la maison, ils les frapp&#232;rent de berlue, du plus petit jusqu'au plus grand, et ils n'arrivaient pas &#224; trouver l'ouverture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes dirent &#224; Lot : &#8220;As-tu encore quelqu'un ici ? Tes fils, tes filles, tous les tiens qui sont dans la ville, fais-les sortir de ce lieu. Nous allons en effet d&#233;truire ce lieu, car grand est le cri qui s'est &#233;lev&#233; contre eux &#224; la face de Yahv&#233;, et Yahv&#233; nous a envoy&#233;s pour les exterminer.&#8221; Lot alla parler &#224; ses futurs gendres, qui devaient &#233;pouser ses filles : &#8220;Debout, dit-il, quittez ce lieu, car Yahv&#233; va d&#233;truire la ville.&#8221; Mais ses futurs gendres crurent qu'il plaisantait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque pointa l'aurore, les Anges insist&#232;rent aupr&#232;s de Lot, en disant : &#8220;Debout ! prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent l&#224;, de peur d'&#234;tre emport&#233; par le ch&#226;timent de la ville.&#8221; Et comme il h&#233;sitait, les hommes le prirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles, pour la piti&#233; que Yahv&#233; avait e lui. Ils le firent sortir et le laiss&#232;rent en dehors de la ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme ils le menaient dehors, il dit : &#8220;Sauve-toi, sur ta vie ! Ne regarde pas derri&#232;re toi et ne t'arr&#234;te nulle part dans la Plaine, sauve-toi &#224; la montagne, pour n'&#234;tre pas emport&#233; !&#8221; Lot leur r&#233;pondit : &#8220;Non, je t'en prie Monseigneur ! Ton serviteur a trouv&#233; gr&#226;ce &#224; tes yeux et tu as montr&#233; une grande mis&#233;ricorde &#224; mon regard en m'assurant la vie. Mais moi, je ne puis pas me sauver &#224; la montagne sans que m'atteigne le malheur et que je meure. Voil&#224; cette ville, assez proche pour y fuir, et elle est peu de chose. Permets que je m'y sauve &#8212; est-ce qu'elle n'est pas peu de choses ? &#8212; et que je vive !&#8221; Il lui r&#233;pondit : &#8220;Je te fais encore cette gr&#226;ce de ne pas renverser la ville dont tu parles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vite, sauve-toi l&#224;-bas, car je ne puis rien faire avant que tu n'y sois arriv&#233;.&#8221; C'est pourquoi on a donn&#233; &#224; la ville le nom de Coar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; le soleil se levait sur la terre et o&#249; Lot entrait &#224; Coar, Yahv&#233; fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahv&#233;, et il renversa ces villes et toute la Plaine, avec tous les habitants des villes et la v&#233;g&#233;tation du sol. Or la femme de Lot regarda en arri&#232;re, et elle devint une colonne de sel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Sodomie :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;sodomita&lt;/i&gt; fut le terme le plus proche &#8220;d'homosexuel&#8221; en latin et dans les langues vernaculaires. Dans une note, John Boswell suppose que son &#233;tymologie repose probablement sur une m&#233;prise historique. Il avance qu'il s'agit, en fait, de la traduction erron&#233;e d'un mot h&#233;breu d&#233;signant les prostitu&#233;(e)s des temples. Le mot &lt;i&gt;kadash&lt;/i&gt; signifie litt&#233;ralement &#8220;r&#233;v&#233;r&#233;&#8221;, &#8220;consacr&#233;&#8221;, et d&#233;signe les prostitu&#233;(e)s des temples pa&#239;ens (il n'y a aucune raison de supposer que ces prostitu&#233;(e)s aient &#233;t&#233; au service exclusif de personnes de leur propre sexe). &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Sodomita&lt;/i&gt; a recouvert un tr&#232;s large &#233;ventail de pratiques selon les lieux et les moments, depuis les rapports h&#233;t&#233;rosexuels dans une position inhabituelle jusqu'au contact sexuel oral avec les animaux. A certaines &#233;poques, il s'est rapport&#233; presque exclusivement &#224; l'homosexualit&#233; masculine et, &#224; certaines autres, presque exclusivement &#224; une certaine forme d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Derrick Sherwin Bailey :&lt;/strong&gt; Derrick Sherwin Bailey &#233;tait un th&#233;ologien chr&#233;tien anglais dont le travail de 1955 Homosexuality and the Western Christian Tradition est encore un travail de r&#233;f&#233;rence. Il est reconnu comme &#233;tant le principal expert de l'&#201;glise en &#233;thique sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Hospitalit&#233; :&lt;/strong&gt; Transmettant la c&#233;l&#232;bre hospitalit&#233; d'Abraham, le Juda&#239;sme affirme l'hospitalit&#233; comme un devoir des plus saints.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Herm&#233;neutique :&lt;/strong&gt; science de l'interpr&#233;tation des textes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers une psychanalyse queer - Entretien avec Fabrice Bourlez</title>
		<link>https://trounoir.org/Vers-une-psychanalyse-queer-Entretien-avec-Fabrice-Bourlez</link>
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		<dc:date>2020-11-27T22:43:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>socrata</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Queer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Il est fondamental que le sujet prenne le temps de d&#233;nouer les fils de sa jouissance. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://trounoir.org/+-Enfance-+" rel="tag"&gt;Enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://trounoir.org/+-Queer-+" rel="tag"&gt;Queer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton89.jpg?1731403052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les mouvements politiques queer ont toujours entretenus des rapports ambig&#252;s avec la psychanalyse. Qu'ils s'agissent de Teresa de Lauretis, de Judith Butler, de Eve Kosofsky Sedgwick, de Gayle Rubin, de Leo Bersani, de Lee Edelman, ou encore de Paul B. Preciado, pour ne citer que les essayistes les plus connu.es, tout.es ont impliqu&#233; des lectures psychanalytiques &#224; l'int&#233;rieur de leurs propres champs de recherches afin d'esquisser et de probl&#233;matiser les subjectivit&#233;s queers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour parvenir &#224; faire un tel usage de la psychanalyse en faveur d'une &#233;mancipation sexuelle, il aura n&#233;anmoins fallu affronter les conceptions plus autoritaires et conservatrices de la discipline freudienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre 2018, Fabrice Bourlez publiait &lt;a href=&#034;https://www.editions-hermann.fr/livre/9782705690267&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Queer psychanalyse, Clinique mineure et d&#233;constructions du genre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, un ouvrage qui permet d'actualiser l'enjeu d'une &#233;coute attentive de nos d&#233;sirs tout en continuant d'interroger les implications politiques des bouleversements des notions de genre et de sexualit&#233; actuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous vous proposons de lire cet entretien, r&#233;alis&#233; pendant le confinement de novembre 2020, qui revient notamment sur l'importance de la d&#233;couverte de l'inconscient, sur la pratique d'une clinique mineure en direction des minorit&#233;s, sur la notion de safe, sur l'homophobie et la transphobie, et enfin sur l'enfance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***[Photo de Une - D&#233;tail : Jean Cocteau, &lt;i&gt;Antigone &lt;/i&gt; Feutre noir sur papier]&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trou Noir : Dans &lt;i&gt;Queer Psychanalyse&lt;/i&gt; vous soulignez l'importance de la psychanalyse pour penser nos luttes actuelles notamment car, pour vous, la d&#233;couverte de l'inconscient et de la libido &#233;tait un premier pas d&#233;cisif vers &#171; l'abolition du genre dans la soci&#233;t&#233; &#187;, mais d'ajouter en contrepoint que la psychanalyse a aussi manqu&#233; son rendez-vous avec les exp&#233;riences de lib&#233;ration des mouvements LGBTQI+.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que vous pouvez revenir sur ce moment de la d&#233;couverte de l'inconscient et de la libido et expliquer en quoi elle participe d'une abolition du genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; Je commence par vous r&#233;pondre avec un autre livre que le mien ! Il y a une bonne quinzaine d'ann&#233;es, dans &lt;a href=&#034;http://www.epel-edition.com/publication/161/theorie-queer-et-psychanalyse.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Th&#233;ories queer et psychanalyse&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Javier Saez parlait des th&#233;ories queer comme du &#171; haut talon d'Achille &#187; de la psychanalyse. Selon le sociologue espagnol, les deux champs disciplinaires sont irr&#233;conciliables. Dans un cas comme dans l'autre, on a bel et bien affaire au &#171; sexuel &#187; (m&#234;me si c'est compliqu&#233; de saisir pr&#233;cis&#233;ment ce que recouvre ce mot) mais on l'aborderait de fa&#231;ons radicalement diff&#233;rentes si on est queer ou si on est psychanalyste. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution queer, ses luttes, contre les in&#233;galit&#233;s, contre les oppressions et les discriminations que toutes celles et tous ceux qui appartiennent auxdites marges de la sexualit&#233; vivent au quotidien, &#233;chapperait compl&#232;tement aux praticien.ne.s de l'inconscient. Les queer et les psy ne parleraient pas la m&#234;me langue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, moi, il se trouve que mon m&#233;tier, c'est psychanalyste. C'est ma pratique depuis longtemps. Je m'y suis form&#233; &#224; l'universit&#233;, dans des &#233;coles de psychanalyse, sur le terrain, dans des institutions du champ de la sant&#233; mentale et en cabinet. Mais il se trouve aussi que je suis p&#233;d&#233;. &#199;a implique d'autres pratiques, depuis longtemps aussi... Alors, je me suis dit que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ces hauts talons d'Achille, plut&#244;t que de les voir comme quelque chose qui viendrait marquer une impuissance, un point de non-rencontre, un impossible &#224; vivre ou &#224; penser, une fin de non-recevoir, ce serait peut-&#234;tre plus int&#233;ressant de les chausser et de voir ce qui se passe d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; clinique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, c'est depuis cette d&#233;-marche un peu trop chaloup&#233;e, camp&#233;e sur ces hauts talons d'Achille, un pied dans l'enseignement de Freud et Lacan, un autre en train de shooter dans la fourmili&#232;re straight avec Butler, Sedgwick et Wittig, c'est dans l'apr&#232;s-coup d'un parcours r&#233;flexif &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; engag&#233;, que je vois la psychanalyse et la d&#233;couverte de l'inconscient comme un &#171; premier pas &#187; d&#233;cisif pour l'abolition du genre dans la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
A priori, on pense bien s&#251;r : &#171; Telle que Michel Foucault la d&#233;crit dans &lt;i&gt;La Volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, la psychanalyse est une sorte de contr&#244;leuse des pratiques en mati&#232;re de sexualit&#233;. C'est une normatrice de premi&#232;re cat&#233;gorie, qui inscrit le savoir tir&#233; de l'inconscient directement dans la biopolitique. La pratique psychanalytique relaie la mani&#232;re dont le pouvoir s'inscrit &#224; m&#234;me la vie de nos corps et de nos psych&#233;s. Le dispositif de la sexualit&#233; avec ses institutions, ses normes, ses savoirs, ses conseils, ses repr&#233;sentations, ses gestes, ses interdictions, ses discours trouve son point culminant avec la d&#233;couverte de l'inconscient freudien. Et, depuis lors, on assiste de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e et appuy&#233;e &#224; la pathologisation des pratiques non-conformes &#224; un id&#233;al de sexualit&#233; reproductrice, monogame, utile &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est flagrant comme les actes homosexuels se sont transform&#233;s avec 'dame psychanalyse' en portraits psychologiques, en traits de perversion, C'est insupportable comme les transsexuel.le.s ont &#233;t&#233;, et sont encore trop souvent aujourd'hui, jug&#233;.e.s comme psychotiques par le champ psy. Bref, la psychanalyse dans sa mani&#232;re de se rapporter au langage, dans sa fa&#231;on de d&#233;finir les gens et d'articuler les concepts, s'inscrit dans un temps du savoir, dans une &#233;pist&#233;mologie, fonci&#232;rement aux antipodes des lib&#233;rations pr&#244;n&#233;es par les queer &#187;. L&#224;, on a affaire &#224; un premier point de vue tr&#232;s critique quant &#224; la psychanalyse. Avec Foucault, on historicise le savoir tir&#233; de l'inconscient. On en questionne la dimension politique. Cette d&#233;marche me semble aussi n&#233;cessaire que salvatrice. Elle &#233;vite de penser que parce que vous &#234;tes psy vous seriez d&#233;tenteur d'un savoir hors-sol, absolu, &#233;tanche &#224; toute inscription historico-sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, toujours depuis mes hauts talons d'Achille, j'ai aussi appris, dans les diff&#233;rents temps et les diff&#233;rents lieux de mon parcours &#8211; je pense aussi bien &#224; mon analyse personnelle qu'aux personnes que j'ai pu suivre moi-m&#234;me en tant que clinicien en institution ou en cabinet &#8211; ; eh bien, j'ai appris que le fait de dire, d'aller d&#233;poser un truc, une parole, un r&#234;ve, une col&#232;re, un doute, un souvenir chez une personne que vous ne connaissez pas, qui ne vous r&#233;pond pas grand-chose, qui entend n&#233;anmoins votre dire, qui vous aide &#224; saisir la place d'o&#249; vous &#233;noncez les choses et qui vous renvoie &#224; ce que vous formulez par sa simple pr&#233;sence ; j'ai appris que tout cela, &#231;a all&#232;ge consid&#233;rablement le poids de l'existence. &#199;a change une vie de comprendre les d&#233;terminants sociaux de ce que l'on vit. Mais &#231;a change aussi une vie de saisir comment, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ces d&#233;terminants sociaux, chacun.e a trac&#233; un parcours unique, a &#233;volu&#233; selon un trajet singulier, a eu un ressenti diff&#233;rent. Il est &#233;vident, par exemple, que l'insulte et le stigmate marquent et constituent les corps des subjectivit&#233;s LGBTQI++ mais, &#224; chaque fois, il y a des diff&#233;rences qui vous ont fa&#231;onn&#233;.e. de mani&#232;re unique. Nous avons sans doute tou.te.s grandi dans des familles, des &#233;coles, des lieux de socialisation la plupart du temps, au pire, ouvertement homophobes, au mieux, h&#233;t&#233;ronormatifs. Mais, au un.e par un.e, nous avons re&#231;u, int&#233;gr&#233;, subjectiv&#233; diff&#233;remment cet &#233;tat de fait. Les insultes que nous avons entendues sont souvent les m&#234;mes, les moments o&#249; elles nous auront fait pleurer et o&#249; elles nous auront mis la rage varient au cas par cas. L'espace de l'exp&#233;rience analytique est l&#224; pour entendre autrement ce qui nous a constitu&#233;, ce qui nous a fait peur, ce qui nous a fait pleurer ou ce qui nous a fait rire. Dans une psychanalyse, c'est vrai, on ne milite pas pour des id&#233;aux politiques, sociaux, mais on retrouve un peu de puissance d'agir sur sa propre histoire, sur ses propres traumatismes. On s'aper&#231;oit que l'Autre familial, social, langagier, a eu des effets sur nous, qu'il a fa&#231;onn&#233; nos peurs, nos d&#233;sirs, nos souffrances, nos attentes... Il me semble qu'on peut aussi tenter de se d&#233;faire de ces effets autrement que par la militance. Voir comment on n'a pas tout d&#233;cid&#233; dans sa vie et comment, de mani&#232;re subjective, on a r&#233;pondu &#224; ce que l'Autre a dit de nous, y acc&#233;der par le biais de la libre association, du r&#234;ve, des souvenirs, du r&#233;cit r&#233;p&#233;t&#233; de certains traumas, tout cela, c'est aussi le pari de Freud. Quand on admet l'hypoth&#232;se de l'inconscient, on admet qu'on n'a pas la main sur tout dans ce qui nous arrive. Et on pense qu'en le mettant en r&#233;cit, on parviendra &#224; saisir un peu mieux ce qui nous &#233;chappe parfois de mani&#232;re syst&#233;matique. Bref, mettre en mot l'insupportable pour essayer de l'affronter, &#231;a peut vous aider &#224; mieux tenir dans l'existence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sent&#233; comme un travail sur la plus extr&#234;me singularit&#233; de chacun.e et sur la fa&#231;on dont on peut se r&#233;approprier des morceaux de son histoire pour la rendre vivable, le dispositif de la cure analytique ne me semble pas tr&#232;s genr&#233;. En tous cas, on n'est plus tellement du c&#244;t&#233; de la biopolitique, des normes qui valent pour tous. On prend plut&#244;t la chose &#224; l'envers : du c&#244;t&#233; du sujet. Premier petit pas, modeste. Certes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous cet &#233;cart entre l'analyse foucaldienne du biopolitique et la psychanalyse ? Est-il possible de faire quelque chose de cet &lt;i&gt;&#233;cart &lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, quand on avance sur ces hauts talons d'Achille, on ne marche ni au rythme de la biopolitique, ni &#224; celui des &#233;coles psychanalytiques. On danse entre les deux ! On tente une sorte de grand-&#233;cart intenable, fatigant o&#249; l'on croise les deux approches. Il ne s'agit pas de r&#233;duire le queer &#224; une position d'&#233;nonciation qui viendrait corriger certains propos r&#233;trogrades de la psychanalyse. Mais il ne s'agit pas non plus de r&#233;duire la psychanalyse &#224; une vieille pythie fatigu&#233;e qui serait devenue une gardienne de la morale pudibonde. Qu'on soit psy ou qu'on soit queer, &#224; chaque fois, on a affaire &#224; des concepts mais aussi &#224; des pratiques engag&#233;es dans le r&#233;el de la vie. Pour moi, r&#233;fl&#233;chir en groupe sur l'intol&#233;rable, militer, manifester, descendre dans la rue, c'est aussi n&#233;cessaire qu'avoir le courage de rencontrer quelqu'un.e, de l'&#233;couter chaque semaine, de tenir s&#233;ance apr&#232;s s&#233;ance face au d&#233;sarroi, &#224; la douleur d'exister, &#224; l'angoisse, &#224; l'impossible &#224; supporter. Il y a des ennemi.e.s ext&#233;rieur.e.s, des combats &#224; mener et des id&#233;es &#224; d&#233;construire. J'en suis convaincu. Mais il me semble que nous avons aussi des ennemi.e.s int&#233;rieur.e.s &#8212; un regard qu'on a pos&#233; sur vous, un r&#233;cit qu'on a fait de vous, un surnom qu'on vous a donn&#233;, un animal domestique que vous avez perdu enfant, un p&#232;re trop aimant, une m&#232;re absente&#8230; &#8212; et des images de nous-m&#234;mes, des repr&#233;sentations qu'on a de soi qui nous encombrent et contre lesquels lutter tout aussi utilement. L'enjeu, &#224; chaque fois, dans un cas comme dans l'autre, c'est de rendre la vie un peu moins invivable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc en relan&#231;ant l'&#233;thique de la psychanalyse &#224; travers les remises en cause queer, il me semble qu'on peut effectivement renouer avec le tranchant de la d&#233;couverte freudienne qui a sans doute trop souvent &#233;t&#233; oubli&#233; dans les &#233;crits et les prises de position du champ psy. Heureusement que les queer ont interpel&#233; les psychanalystes pour les r&#233;veiller ! &#192; l'inverse, je pense que les formes d'entraide, d'amiti&#233;, de soutien, les liens de la militance, les slogans hurl&#233;s &#224; plusieurs voix laissent de c&#244;t&#233; la solitude que l'on rencontre parfois apr&#232;s avoir cri&#233; sur les barricades ou m&#234;me apr&#232;s avoir fait la f&#234;te toute la nuit. L'espace de l'analyse permet aussi de reprendre son souffle quand on s'est &#233;poumon&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, quand m&#234;me, si vous lisez les &lt;i&gt;Trois Essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt;, pour Freud, homosexualit&#233; et h&#233;t&#233;rosexualit&#233; sont probl&#233;matiques au m&#234;me titre. Ce sont les voies du d&#233;sir qui sont &#224; interroger plus qu'une &#233;ventuelle orientation ou identit&#233; sexuelle. Pour Freud, l'objet de la pulsion n'est ni l'objet d'un besoin, ni celui d'un instinct naturel. Il s'agit d'un objet qu'on cherche en permanence, dont on ne peut se passer. Il le situe &#224; la lisi&#232;re de l'int&#233;rieur de votre corps et de votre environnement : un compos&#233; de corps et de culture, en somme. Cet objet est cens&#233; vous procurer le plus grand plaisir, parfois trop m&#234;me. Freud nous explique qu'il n'y a rien de plus plastique que cet objet, rien de moins conforme &#224; quelconque ordre soci&#233;tal, rien de plus r&#233;tif &#224; une quelconque &#233;ducation &#224; &#234;tre fille ou gar&#231;on. Quand Freud affirme que nous sommes des pervers polymorphes, il ne dit pas autre chose : notre libido, toute pleine d'objets pulsionnels, notre vie onirique et notre vie sexuelle ne sont fondamentalement pas &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt;. Elles sont pleines de fantasmes bizarres, d'envies d&#233;fendues, de d&#233;sirs prohib&#233;s. En r&#233;sum&#233;, du c&#244;t&#233; du sexuel, &#224; chacun sa fa&#231;on de dysfonctionner. L&#224;, pour le coup, si l'on pense qu'il &#233;crit tout cela au d&#233;but du XXe si&#232;cle, c'est moins modeste que tout &#224; l'heure. C'est m&#234;me assez &#171; proto-queer &#187; de se dire que ce qui anime le sujet humain dans sa recherche de plaisir varie pour chacun.e, est insatiable et n'est justifiable aux yeux d'aucune morale. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des penseur.se.s comme Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari et Gayle Rubin ont cherch&#233; &#224; r&#233;activer la potentialit&#233; subversive de la psychanalyse en se d&#233;barrassant la centralit&#233; de l'&#338;dipe et donc de sa dimension conservatrice et bourgeoise. C'est l'opposition entre &#171; clinique mineure &#187; et &#171; clinique majeure &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi ressemble une clinique majeure, c'est-&#224;-dire conservatrice, dans le paysage psychanalytique fran&#231;ais d'aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; Je n'ai pas envie de distribuer les bons et les mauvais points, de vous d&#233;signer les psy r&#233;acs et celles ou ceux qui le seraient moins. &#199;a se voit assez vite en lisant leurs d&#233;clarations dans les journaux ou en s'int&#233;ressant &#224; leurs productions &#233;crites. On a eu des pots-pourris particuli&#232;rement naus&#233;abonds au moment du Mariage pour tous. Cela arrive &#224; peu pr&#232;s, &#224; chaque fois que la cellule familiale se voit transform&#233;e (Pacs, PMA, GPA&#8230;) ou que les identit&#233;s de genre se trouvent officiellement reformul&#233;es en dehors du binaire homme/femme. De mani&#232;re syst&#233;matique, vous allez trouver des gens pour tenir des propos conservateurs au nom de leur discipline. Effectivement cela recouvre une bonne partie de l'exercice majoritaire, normatif et prescriptif de la psychanalyse. Mais au fond, il y a aussi des philosophes, des cin&#233;astes ou des &#233;crivains qui sont tr&#232;s conservateurs, &#231;a ne remet pas en cause toute l'histoire de la philosophie, du cin&#233;ma ou de la litt&#233;rature pour autant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on oppose clinique majeure et clinique mineure, quatre distinctions sont &#224; avoir en t&#234;te. D'abord, il faut savoir que cette distinction vient de la lecture que font Deleuze et Guattari des textes de Franz Kafka. Kafka &#233;tait juif, tch&#232;que et il &#233;crivait en allemand. Sa fa&#231;on de manier la langue est minoritaire : ce n'est pas sa langue maternelle. Impossible pour Kafka d'&#233;crire &#171; comme il faut &#187;. Mais impossible aussi de ne pas &#233;crire. Deleuze et Guattari nous disent que c'est le probl&#232;me de toutes les minorit&#233;s, de tous les enfants d'immigr&#233;.e.s. On est face &#224; une langue qu'on n'a pas choisie. Et parce qu'elle nous est &#233;trang&#232;re, on peut se l'approprier au point de la renouveler, de la r&#233;inventer, d'y faire entendre des choses jusque-l&#224; inou&#239;es. &#199;a me semble tr&#232;s utile d'avoir cela en t&#234;te quand on se sent opprim&#233;.e.s par certains propos, certains diagnostics, certaines interpr&#233;tations de la langue psychanalytique. Peut-&#234;tre que l'on peut parler cette langue avec un peu moins de certitude que celle des grands ma&#238;tres qui disposent de toutes les nuances et de toutes les figures de style officielles. Kafka creuse une langue nouvelle dans l'allemand et il en r&#233;volutionne les sonorit&#233;s. On ne s'y retrouve plus. On ne s'y reconna&#238;t plus. Et c'est une chance ! Deuxi&#232;mement, vous le souligniez, cette fa&#231;on nouvelle de se rapporter &#224; la langue se d&#233;fait de l'&#338;dipe. En tous cas, ce n'est plus un passage oblig&#233; pour structurer le d&#233;sir, voire pour structurer votre &#233;nonciation. C'est certain, le mod&#232;le &#339;dipien a servi &#224; asseoir la famille petite bourgeoise papa-maman-b&#233;b&#233;. Et, tr&#232;s clairement, ce mod&#232;le-l&#224; ne vaut pas de fa&#231;on intemporelle, universelle. C'est tr&#232;s anachronique de r&#233;clamer aujourd'hui un p&#232;re et une m&#232;re pour le bien-&#234;tre de l'enfant au nom de je ne sais quelle psychologie du d&#233;veloppement. Enfin, les psy ne sont pas l&#224; pour r&#233;gimenter la mani&#232;re dont les gens s'aiment et font famille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, vous savez, &#338;dipe c'est plus que Freud : c'est le mod&#232;le tragique par excellence dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; d'Aristote ! Donc, on est non seulement coinc&#233; avec &#338;dipe dans un imaginaire familial mais toute l'histoire de la litt&#233;rature, depuis l'analyse qu'en donne Aristote, d&#233;coule en quelque sorte des vers sophocl&#233;ens. &#338;dipe, c'est du symbolique, c'est de la structure, &#231;a fa&#231;onne, &#231;a recouvre tous les vrombissements des machines d&#233;sirantes pour coloniser le langage de son drame familialiste. Et, malgr&#233; tout, partout, &#231;a rate : Artaud, Woolf, Pasolini, Wittig, pour n'en citer que quelques-un.e.s qui me tiennent &#224; c&#339;ur, d&#233;font la litt&#233;rature &#339;dipienne, la mettent en variation, la minent. Chacun de leurs textes y pose une bombe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, une clinique mineure travaille en direction des minorit&#233;s. Autrement dit, elle ne se pense plus &#224; partir du centre, de l'&#233;talon r&#233;f&#233;rence. Elle discute avec les marges pour s'apercevoir qu'une cartographie des corps et des d&#233;sirs peut toujours &#234;tre redessin&#233;e selon des contours in&#233;dits. Cependant, que la clinique ne croie plus &#224; l'&#338;dipe, ne suffit pas pour qu'elle devienne mineure pour autant. On peut tout &#224; fait ne pas &#234;tre homophobes et rester compl&#232;tement h&#233;t&#233;ronormatifs. Il y a un travail de connexion, d'hybridation, de transformation de la position d'&#233;nonciation &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la place qu'on occupe qui op&#232;re dans le passage du majeur au mineur. Pour le dire simplement, le mineur situe la clinique. Le majeur la transcende et l'universalise. Il me semble qu'il y a tout un effort de politisation, de r&#233;flexion autour de la gen&#232;se des concepts, des silences et des pr&#233;suppos&#233;s psychanalytiques qui permet de connecter la pratique du c&#244;t&#233; du minoritaire sans qu'elle ne recouvre aucun id&#233;al communautariste ferm&#233;. Je ne pr&#244;ne pas une analyse du m&#234;me par le m&#234;me. D'ailleurs, l'inconscient &#231;a ne marche qu'&#224; travers des diff&#233;rences et des alt&#233;rit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, quatri&#232;mement, faire retentir la clinique sur un mode mineur, c'est tout simplement, d'une part, entendre les discours des minorit&#233;s, se dire que leurs critiques &#224; l'&#233;gard de la psychanalyse permettent de re-r&#233;fl&#233;chir &#224; comment on travaille, de ne pas tenir les concepts trop vite pour acquis. Ceci dit, je crois que cela vaut pour la psychanalyse comme pour les queers, en fait. Il s'agit de ne pas trop croire fermement aux d&#233;finitions que l'on s'est donn&#233;es, il s'agit de ne pas trop r&#233;citer son &lt;i&gt;credo&lt;/i&gt; sans en interroger les tenants et les aboutissants. Cela vaut pour les concepts m&#233;tapsychologiques. Mais Butler elle-m&#234;me n'affirme-t-elle pas, concernant le queer, qu'un jour peut-&#234;tre le concept lui-m&#234;me sera &#224; requestionner parce que trop galvaud&#233;, trop r&#233;p&#233;t&#233;, trop &#224; la mode&#8230; Voil&#224;, il me semble que le majeur vise &#224; conserver la langue, les acquis, les certitudes. L'usage mineur d'une discipline vaut comme un permis d'inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que la psychanalyse ne devrait pas &#171; viser le bien du patient mais son d&#233;sir et sa jouissance &#187;. Pouvez-vous d&#233;ployer cette vision de la psychanalyse que vous d&#233;fendez, peut-&#234;tre en commen&#231;ant par d&#233;finir la notion de jouissance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; La notion de jouissance vient d'une distinction qu'op&#232;re Lacan, en relisant Freud. Sch&#233;matiquement, Lacan distingue le d&#233;sir et la jouissance. Le d&#233;sir d'un sujet, &#231;a le tient en vie, &#231;a l'entra&#238;ne, &#231;a lui fait d&#233;placer des montagnes. La jouissance, selon Lacan, ne se r&#233;duit pas au plaisir qu'on peut tirer d'un acte sexuel quel qu'il soit ou bien alors au sens o&#249; l'on a pu dire parfois que la jouissance est une &#171; petite mort &#187;. En ce sens, la jouissance correspond plut&#244;t &#224; ce qui va se situer au-del&#224; du principe du plaisir et vous voyez bien que, quand on dit &#171; au-del&#224; &#187;, il y a une dimension d'exc&#232;s. Freud, puis Lacan, estiment qu'il y a une tendance au d&#233;sir chez l'&#234;tre humain mais qu'il y a aussi une tendance, pour le moins &#233;tonnante, &#224; r&#233;p&#233;ter des exp&#233;riences de d&#233;plaisir et &#224; en tirer une certaine satisfaction ! Alors par rapport &#224; l'id&#233;al du bien, du bon, du vrai, &#231;a d&#233;place consid&#233;rablement la donne. Visez le d&#233;sir et la jouissance, c'est essayer d'orienter le travail sur, d'un c&#244;t&#233;, ce qui encombre le sujet et l'emp&#234;che de vivre une vie d&#233;sirante et, de l'autre, sur ce qui peut l'aider &#224; limiter un petit peu ses exc&#232;s. Mais &#231;a, une fois de plus, j'insiste, &#231;a ne doit pas se confondre avec de la morale ou des valeurs. Ce qui vient prendre la place de la jouissance chez l'un.e peut tout &#224; fait correspondre &#224; un horizon d&#233;sirant chez l'autre. La perspective de se d&#233;faire d'un id&#233;al de vie qui devrait &#234;tre bien ou bonne pour s'approcher, au cas par cas, de ce qui convient le mieux &#224; la personne que vous rencontrez, constitue une boussole &#233;thique assez pr&#233;cieuse. &#199;a d&#233;psychologise les enjeux : je ne sais pas ce qui est bien pour quelqu'un. En revanche, il me semble qu'on peut entendre les passages qu'un sujet ne cesse de parcourir malgr&#233; lui, elle, iel... &#201;pingler les moments o&#249; c'est trop, o&#249; c'est plus fort que soi. Rep&#233;rer ces espaces et ces temps qui, &#224; force de se r&#233;p&#233;ter, finissent par nous encombrer, nous faire souffrir. Et, de la m&#234;me fa&#231;on, il me semble fondamental de travailler &#224; sentir le d&#233;sir qui s'empare de nous, qui nous donne des ailes, qui nous apporte un peu de joie, malgr&#233; le quotidien, les injustices, les discriminations. Donc, on se d&#233;fait du bien qui vaudrait de mani&#232;re universelle et on essaye de viser le plus singulier : ce qui obscurcit la vie comme ce qui lui ouvre des horizons in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une psychanalyse mineure, aux prises avec la jouissance, peut-elle &#234;tre &lt;i&gt;safe &lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; L&#224;, en fait, il y a un petit paradoxe. Historiquement un espace &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; renvoie &#224; un lieu o&#249; l'on se r&#233;unit sans crainte de subir une agression. Un endroit de la communaut&#233; LGBTQ++ prot&#233;g&#233; pour penser et panser les maux. On y respire sans avoir la crainte d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;.e de sa parole, sans redouter d'&#234;tre stigmatis&#233;.e parce que l'on aurait tel ou tel comportement ou telle ou telle pratique. Ces lieux sont n&#233;cessaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le paradoxe consiste en ceci qu'au fond, parler pour rencontrer son d&#233;sir et faire face &#224; sa jouissance, ce qui est le but d'une analyse, n'est pas un exercice &#224; proprement parler &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je trouve qu'il y a quelque chose de dangereux dans le fait de se pencher sur ses r&#234;ves, ses sympt&#244;mes, ses lapsus... Il y a quelque chose de p&#233;rilleux dans le fait de cerner sa jouissance. La premi&#232;re indication de Freud quant au d&#233;roul&#233; d'une cure, c'est : &#171; dites ce qui vous vient &#187;. La libre association n'a pas de freins. Et notre parole est parfois ac&#233;r&#233;e envers nous-m&#234;mes. Ce n'est pas toujours simple de r&#233;aliser ce &#224; quoi l'on tient et comment on tient. Est-ce que c'est &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; de regarder ses propres mesquineries, ses petites bassesses, de d&#233;voiler ses petits secrets un peu honteux ? Non, certainement pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois donc que le cabinet doit &#234;tre un lieu &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; pour que chacun.e puisse prendre le risque d'y trouver les mots pour se d&#233;lester du poids de l'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; afin de &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt;. Pour cela, parfois, on se confronte &#224; ce qu'il y a de plus d&#233;gueulasse en nous-m&#234;mes. Donc, quand on est psychanalyste, il s'agit, d'une part, de se d&#233;faire de la somme de ses pr&#233;jug&#233;s, comme le disait d&#233;j&#224; Lacan. &#199;a, &#231;a rend l'espace un peu &lt;i&gt;safe&lt;/i&gt; quand m&#234;me. Et, d'autre part, il s'agit aussi, et surtout, de faire preuve de la plus grande prudence. La clinique mineure, elle mine le majeur, bien entendu. Mais il ne s'agit pas non plus de faire exploser les bombes que l'on a &#224; l'int&#233;rieur de nous en appuyant &#224; coup de marteau sur tous les boutons n'importe comment ! Autrement dit, il est fondamental que le sujet prenne le temps de d&#233;nouer les fils de sa jouissance, de son d&#233;sir et de son histoire personnelle et sociale, en d&#233;minant cela un petit peu &#224; la fois &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis quelques ann&#233;es nous assistons &#224; l'&#233;mergence (r&#233;p&#233;titive) d'une homophobie et d'une transphobie de plus en plus d&#233;complex&#233;es et brutales. Pensez-vous que la psychanalyse est en mesure d'intervenir dans ces questions sensibles ? Y a-t-il des penseur.se.s qui auraient contribu&#233; &#224; l'analyse de ces ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; C'est difficile de r&#233;pondre &#224; votre question parce qu'elle convoque diff&#233;rents niveaux de r&#233;flexion et d'action. D'un c&#244;t&#233;, on l'a dit, les queer l'ont remarqu&#233;, la psychanalyse a elle-m&#234;me &#233;t&#233; trop souvent un vecteur d'homophobie et de transphobie. Faut-il jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain ? Vous aurez bien compris que je ne le crois pas. D'un autre c&#244;t&#233;, il y a des psychanalystes, des psychiatres, des psychologues qui ont aussi accueilli des victimes d'homophobie et des victimes de transphobies pour les aider &#224; surmonter la douleur rencontr&#233;e. Il y a &#233;galement des psy qui s'efforcent par leurs textes, leurs cours, leurs conf&#233;rences, leurs articles de continuer &#224; rendre vivante la pratique psychanalytique et son &#233;thique. Ces psy-l&#224; sortent la m&#233;tapsychologie de ses orni&#232;res th&#233;oriques et ouvrent la clinique &#224; un accueil bienveillant des diversit&#233;s en tous genres. Dans le champ universitaire, vous avez les travaux de Laurie Laufer et Thamy Ayouch qui me semblent tout &#224; fait utiles pour lutter th&#233;oriquement contre l'homophobie et la transphobie. Je crois que les travaux issus des personnes concern&#233;.e.s sont aussi tout &#224; fait fondamentaux. Il y a eu le beau num&#233;ro des &lt;i&gt;Transgender Quarterly Studies&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; Transpsychonalytics &#187; qui s'effor&#231;ait de travailler les concepts psychanalytiques &#224; partir des questions trans. L&#224; aussi, l'id&#233;e &#233;tait que l'appareillage conceptuel de la psychanalyse pouvait &#234;tre mis au service d'un &#233;largissement des possibles &#224; la place de pathologiser l'existant. J'aime bien ce qu'y proposait la psychanalyste Patricia Gherovici. Selon elle, le moment est venu pour que la psychanalyse op&#232;re elle-m&#234;me un &#171; changement de sexe &#187;. Qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Si ce n'est, au-del&#224; du &lt;i&gt;mea culpa&lt;/i&gt; n&#233;cessaire pour passer &#224; autre chose qu'une pathologisation des identit&#233;s trans, essayer de ne plus penser &#224; partir de &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; diff&#233;rence des sexes comme seule et unique boussole, tenter de se passer des dichotomies pour renouer avec les multiplicit&#233;s des corps, des jouissances, des pulsions et des d&#233;sirs ? Il me semble aussi tout &#224; fait d&#233;cisif pour lutter contre l'homophobie et la transphobie que de plus en plus de praticien.ne.s de la psychanalyse continuent &#224; sortir du placard. C'est une premi&#232;re &#233;tape fondamentale pour que le silence bienveillant de l'&#233;coute flottante cesse de se confondre encore toujours avec la norme h&#233;t&#233;rosexuelle. En ce sens, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas &#233;crit d'un point de vue psychanalytique, j'avais beaucoup appr&#233;ci&#233; Cha Prieur avait &#233;crit autour du dernier livre de Paul Preciado. En tant que personne trans, iel insistait sur les travaux existants dans le champ psy pour sortir de la grammaire majoritaire tout en d&#233;fendant l'importance des th&#233;rapies sans que ces derni&#232;res ne gomment aucunement les engagements militants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant est-ce que la psychanalyse est en mesure de dire quelque chose quant &#224; la haine de ce qui est diff&#233;rent ? Est-ce que le dispositif freudien est en mesure d'expliquer &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; les m&#233;canismes de peur face aux diff&#233;rences, l'horreur que certains comportements inspirent &#224; certains sujets ? Tr&#232;s certainement, oui. Les notions de pulsion de mort, d'id&#233;al, de narcissisme de la petite diff&#233;rence dans les textes sur la guerre ou dans le &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; donnent d&#233;j&#224; &#224; lire une sorte de d&#233;senchantement freudien face &#224; la marche du monde. Mais les explications ne justifient rien. Tout au plus donnent-elles la force de se remettre en mouvement. La psychanalyse ne croit pas aux lendemains qui chantent et aux cit&#233;s heureuses. En revanche, ses explications, pour pessimistes qu'elles soient, donnent la force de se r&#233;veiller et de poser des actes capables de reconfigurer l'horizon subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, quels liens une psychanalyse mineure entretient-elle avec la notion d'enfance ? Quelle place lui accorde-t-elle dans sa pens&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Bourlez :&lt;/strong&gt; C'est une tr&#232;s belle question. J'ai en t&#234;te pour vous r&#233;pondre plusieurs textes. D'abord, celui du &lt;a href=&#034;http://www.epel-edition.com/publication/286/merde-au-futur.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;th&#233;oricien queer Lee Edelman&lt;/a&gt;, o&#249; il explique avec rigueur et pr&#233;cision que le &#171; futur est un truc de gosse &#187;. D'un point de vue queer, il refuse le reproductivisme des soci&#233;t&#233;s &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; o&#249; l'avenir est toujours pens&#233; &#224; l'aune de l'enfant &#224; venir. Il donne l'exemple des campagnes politiques am&#233;ricaines o&#249; tout finit toujours par s'articuler autour de &#171; quel monde voulons-nous laisser &#224; nos enfants ? &#187;. Et Edelman montre tr&#232;s bien comment &#171; ces enfants de demain &#187; sont, la plupart du temps, des enfants issus de familles blanches, h&#233;t&#233;rosexuelles, bourgeoises et des enfants qui se reproduiront eux-m&#234;mes selon un d&#233;sir h&#233;t&#233;rosexuel et qui feront la soci&#233;t&#233; d'apr&#232;s-demain identique &#224; celle d'aujourd'hui et de demain. Bref, la figure de l'enfant peut &#234;tre le terreau de poncifs d'une lourdeur sans nom. Non seulement on ne pense jamais au gar&#231;on eff&#233;min&#233;, au gar&#231;on manqu&#233;, &#224; l'enfant issu d'une gestation pour autrui, &#224; la prog&#233;niture issue des familles monoparentales ou homoparentales, mais quand on pose la question du futur en fonction des enfants cela implique, selon Edelman, que la famille demeure le seul rep&#232;re, le socle &#233;l&#233;mentaire pour penser la vie en soci&#233;t&#233; et cela rassoit toujours-d&#233;j&#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Pour lui, le queer vaut comme une sorte de refus de ce familialisme, de cet id&#233;al reproductif, il incarne l'envers de l'innocence de l'enfant. Le queer demeure fi&#232;rement un irr&#233;ductible pervers polymorphe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, j'ai en t&#234;te un autre tr&#232;s beau livre, plus r&#233;cent, qui raconte l'histoire d'une famille queer. Je pense aux &lt;a href=&#034;http://www.editions-du-sous-sol.com/publication/les-argonautes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Argonautes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-du-sous-sol.com/publication/les-argonautes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de Maggie Nelson&lt;/a&gt;. Au fond, compar&#233; &#224; la position radicale de Edelman, le livre propose un regard nouveau sur ce que faire famille peut vouloir dire. Nelson et son compagnon trans &#233;l&#232;vent des enfants dans l'amour et, explique Nelson, en r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes. Nelson, son compagnon et leurs enfants changent chacune les pi&#232;ces du bateau familial au fur et &#224; mesure de leur voyage au point que l'&#233;quipage vogue toujours mais aucune des pi&#232;ces d'origine du bateau n'est plus en fonctionnement. Le corps, le couple, la grossesse, la famille se trouvent totalement transform&#233;s gr&#226;ce au travail des mots, des technologies, des r&#233;f&#233;rences et de la culture dans lesquels nous plonge le r&#233;cit de la th&#233;oricienne queer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je trouve formidable, c'est que, ici aussi, on retombe sur l'&#233;clairage psychanalytique. Nelson intitule son livre &lt;i&gt;Les Argonautes&lt;/i&gt;, en hommage &#224; Barthes qui, dans son propre essai &lt;i&gt;Roland Barthes par Roland Barthes&lt;/i&gt;, affirme que les Argonautes &#233;taient justement ces voyageurs qui, dans leur qu&#234;te de la Toison d'or, avaient transform&#233; tout leur bateau au long du p&#233;riple. En r&#233;alit&#233;, si vous v&#233;rifiez la l&#233;gende grecque, vous vous apercevrez que Barthes fait un lapsus ! Il ne s'agit pas du tout du bateau des Argonautes qui se transforme au fur et &#224; mesure du voyage mais de celui de Th&#233;s&#233;e quand il part combattre le Minotaure. &#192; ma connaissance, &#231;a n'a rien &#224; voir avec l'histoire des Argonautes ! Je ne sais pas si Maggie Nelson s'est aper&#231;ue de cette erreur de Barthes ou si elle l'a pris comptant pour intituler son livre. Ce dont je suis certain, c'est que la re-signification du langage, les infinies transformations familiales, les bouleversements soci&#233;taux, la disparition des exclusions et les inclusivit&#233;s gagn&#233;es n'emp&#234;cheront jamais aux sujets humains de se tromper, de dire ou d'&#233;crire un mot &#224; la place d'un autre, de faire un geste malgr&#233; soi, d'avoir une r&#233;action qui les d&#233;passe. Et ces choses a priori sans importance continueront d'ouvrir des perspectives radicalement in&#233;dites sur ce que nous pensons faire et &#234;tre. Alors, dans ces situations-l&#224;, plut&#244;t que de retrouver un enfant &#339;dipianis&#233; &#224; traiter ou &#224; faire grandir qui nous contraindrait &#224; rester enkyst&#233;.e.s pour toujours dans le pass&#233;, fix&#233;.e.s sur nous-m&#234;mes, on se retrouve plut&#244;t comme un enfant en train d'apprendre le monde et le langage. La psychanalyse est l&#224; pour se d&#233;faire de l'enfant qu'on a &#233;t&#233; pour nous entra&#238;ner vers un ailleurs, vers un devenir-enfant, comme diraient Deleuze et Guattari en r&#233;f&#233;rence &#224; Nietzsche, soit un &#233;tat o&#249; l'on oublie ce que l'on pensait savoir du monde, de soi, o&#249; l'on s'arr&#234;te de croire trop fermement &#224; ce que l'on est et o&#249; l'on retrouve une authentique libert&#233; de cr&#233;ation, une libert&#233; de jouer, une libert&#233; de se construire qui, esp&#233;rons-le, s'av&#232;re des plus joyeuses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Micka&#235;l Temp&#234;te en novembre 2020.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrice Bourlez, &lt;a href=&#034;https://www.editions-hermann.fr/livre/9782705690267&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Queer psychanalyse, Clinique mineure et d&#233;constructions du genre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Editions Hermann, 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Abolir la famille - Acte I</title>
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		<dc:subject>ME O'Brien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Abolir la famille pourrait revenir &#224; g&#233;n&#233;raliser le soin humain dans la communaut&#233; humaine r&#233;elle du communisme. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://trounoir.org/-NEUF-" rel="directory"&gt;NEUF&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://trounoir.org/IMG/logo/arton93.jpg?1731403053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publiions au mois de f&#233;vrier dernier un court texte programmatique intitul&#233; &#034;&lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Abolir-la-famille-en-six-etapes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abolir la famille en six &#233;tapes&lt;/a&gt;&#034; de ME O'Brien. Nous donnons maintenant &#224; lire la traduction fran&#231;aise d'un important article de la m&#234;me autrice, publi&#233; originiellement dans la revue &lt;a href=&#034;https://endnotes.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;EndNotes&lt;/a&gt;, qui revient plus en profondeur sur les r&#244;les de la famille ouvri&#232;re et de la lib&#233;ration du genre dans le d&#233;veloppement capitaliste, mais ouvre en m&#234;me temps des pistes de r&#233;flexion pour donner naissance &#224; une politique queer &#224; la fois offensive et constructive. Qu'est-ce qui est pr&#233;cis&#233;ment n&#233;cessaire &#224; abolir dans l'institution familiale ? Qu'est-ce qui reproduit les possibilit&#233;s de r&#233;g&#233;n&#233;rescence du capitalisme &#224; partir de nos identit&#233;s ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A lire &#233;galement l'interview de John d'Emilio, Le capitalisme a rendu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article complet &#233;tant dense et long, nous avons choisi de le publier en trois &#233;pisodes (&#224; raison d'un &#233;pisode par mois). Cette premi&#232;re partie aborde la p&#233;riode de l'industrialisation de l'Europe et l'Am&#233;rique des plantations, d&#233;crit la fa&#231;on dont Marx et Engels envisageaient la famille bourgeoise et la famille prol&#233;tarienne, et se termine sur quelques exemples historiques de tentatives &#034;d'abolir la famille&#034; &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, Marx et Engels parlent de &#171; l'abolition de la famille &#187; comme de &#171; l'ex&#233;crable intention des communistes &#187;. L'appel &#224; abolir la famille a hant&#233; la lutte prol&#233;tarienne depuis, ouvrant un horizon de lib&#233;ration de genre et sexuelle qui a souvent &#233;t&#233; diff&#233;r&#233;e ou supplant&#233;e par d'autres orientations strat&#233;giques et tactiques. La phrase &#233;voque la transformation compl&#232;te, presque impossible &#224; concevoir, de la vie quotidienne. Pour certaines personnes, la famille n'est rien d'autre qu'une chose terrible et implacable qu'elles doivent fuir pour retrouver un semblant d'elles-m&#234;mes. Pour d'autres, elle est la seule source de soutien et de soin contre les brutalit&#233;s du march&#233; et du travail, des flics racistes et des agents d'expulsion. Pour beaucoup, elle est constamment les deux &#224; la fois. Nul ne peut s'en sortir seul dans ce monde ; et le rapport que l'on entretient &#224; sa propre famille influence directement la mani&#232;re dont on comprend l'appel &#224; abolir la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le slogan d'abolition de la famille pose le probl&#232;me de savoir ce que serait une ou&lt;i&gt; la&lt;/i&gt; famille, il faut aussi chercher &#224; comprendre ce que serait son &lt;a href=&#034;http://trounoir.org/?Abolir-la-famille-en-six-etapes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;/a&gt; abolition &#187;. Pour Marx, la t&#226;che qui incombait &#233;tait d'abolir l'&#201;glise, l'&#201;tat, la Famille &#8211; la triade frappante de l'ordre des choses &#8211; et, enfin, la loi impersonnelle du march&#233;. Marx et Engels emploient le terme d'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; pour abolition &#8211; un terme qui est souvent traduit par &#171; d&#233;passement-conservation &#187;, car il v&#233;hicule simultan&#233;ment l'id&#233;e de pr&#233;servation et de destruction. L'abolition n'&#233;quivaut pas &#224; la destruction. Qu'est-ce qui est remplac&#233;, et qu'est-ce qui est pr&#233;serv&#233;, dans le mouvement d'abolition de la famille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;vitant d'analyser les diff&#233;rentes d&#233;finitions de la famille comme une s&#233;rie de boites conceptuelles fixes et mortes, j'avance qu'il y a une logique historique &#224; l'&#339;uvre qui sous-tend la transformation de notre slogan, une logique que l'on peut identifier aux dynamiques du capital lui-m&#234;me. Ce que les militants d&#233;signent par &#171; famille &#187; se trouve dans une m&#234;me dynamique &#233;volutive. Dans les splendeurs et mis&#232;res du mouvement des travailleurs, qui correspond &#224; une phase distincte du d&#233;veloppement capitaliste aussi bien qu'&#224; son horizon de transcendance communiste, il y a une p&#233;riodisation coh&#233;rente de la famille. Les dynamiques en mouvement de la famille des classes laborieuses dans l'histoire capitaliste expliquent les modifications de la critique de la famille chez les r&#233;volutionnaires et, enfin, l'horizon les mutations de l'horizon de la libert&#233; de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille est soumise &#224; la contradiction de la survie dans une soci&#233;t&#233; tronqu&#233;e, ali&#233;n&#233;e, comme source &#224; la fois de soulagement et de d&#233;sespoir. L'abolition de la famille comme slogan aujourd'hui est devenu un appel &#224; l'universalisation de l'amour queer comme destruction du r&#233;gime normatif et &#224; une ouverture aux libert&#233;s de genre et sexuelle pour toutes et tous. Abolir la famille pourrait revenir &#224; g&#233;n&#233;raliser le soin humain dans la communaut&#233; humaine r&#233;elle du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id4c3c_c0'&gt; &lt;/th&gt;&lt;th id='id4c3c_c1'&gt;1830-1880&lt;/th&gt;&lt;th id='id4c3c_c2'&gt;1890-1950&lt;/th&gt;&lt;th id='id4c3c_c3'&gt;1960-d&#233;but 1970&lt;/th&gt;&lt;th id='id4c3c_c4'&gt;1970-pr&#233;sent &lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;th headers='id4c3c_c0' id='id4c3c_l0'&gt;Forme familiale dominante&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c1 id4c3c_l0'&gt;Famille bourgeoise.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c2 id4c3c_l0'&gt;Forme de famille ouvri&#232;re, bas&#233;e sur le salaire masculin et rendue possible par le mouvement des travailleurs.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c3 id4c3c_l0'&gt;La m&#234;me forme familiale ouvri&#232;re, bas&#233;e sur le salaire masculin, perdure.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c4 id4c3c_l0'&gt;Diversification des structures familiales avec survivance de la famille nucl&#233;aire.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;th headers='id4c3c_c0' id='id4c3c_l1'&gt;Destruction capitaliste de la vie familiale des classes laborieuses&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c1 id4c3c_l1'&gt;Crise de la reproduction sociale de la classe ouvri&#232;re ; familles paysannes et artisanes attaqu&#233;es par l'industrialisation ; prolif&#233;ration du travail du sexe ; ali&#233;nation natale en r&#233;gime esclavagiste.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c2 id4c3c_l1'&gt;Mobilisation militaire durant les deux guerres mondiales.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c3 id4c3c_l1'&gt;Croissance des cols blancs ; opportunit&#233;s d'emplois pour les femmes.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c4 id4c3c_l1'&gt;La forme familiale ouvri&#232;re et bas&#233;e sur le salaire masculin est d&#233;sormais impossible.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;th headers='id4c3c_c0' id='id4c3c_l2'&gt;Vision communiste de l'abolition de la famille&lt;/th&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c1 id4c3c_l2'&gt;Destruction de la famille bourgeoise dans une guerre contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise, fin de l'hypocrisie monogame (Engels, Fourier, la plupart des socialistes et des anarchistes.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c2 id4c3c_l2'&gt;Collectivisation du travail reproductif non salari&#233; ; int&#233;gration des femmes travailleuses &#224; la masse salari&#233;e et lib&#233;ration des m&#234;mes femmes de l'obligation &#224; la famille (Kollontai)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c3 id4c3c_l2'&gt;Les f&#233;ministes radicales, les queers et les femmes noires cherchent &#224; abolir l'unit&#233; familiale banlieusarde et isol&#233;e pour aller vers la lib&#233;ration sexuelle et de genre.&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id4c3c_c4 id4c3c_l2'&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - L'Europe en voie d'industrialisation et l'Am&#233;rique des plantations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise de la reproduction, 1840-1880&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1842, un bourgeois allemand de 22 ans arrive dans le centre industriel florissant de Manchester. Il y passe les deux ann&#233;es suivantes &#224; essayer de comprendre la vie du nouveau prol&#233;tariat urbain anglais. Il voit dans l'Angleterre l'avenir de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ce monde qui prenait forme alors dans les nouveaux centres industriels allemands et qui allait ensuite s'&#233;tendre &#224; travers toute l'Europe. Il parle aux gens, lit des reportages, explore les rues. Il essaie de communiquer l'horreur qu'il &#233;prouve devant la condition prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Partout des tas de d&#233;tritus et de cendres et les eaux us&#233;es d&#233;vers&#233;es devant les portes finissent par former des flaques naus&#233;abondes. C'est l&#224; qu'habitent les plus pauvres des pauvres, les travailleurs les plus mal pay&#233;s, avec les voleurs, les escrocs et les victimes de la prostitution, tous p&#234;le-m&#234;le. La plupart sont des Irlandais, ou des descendants d'Irlandais, et ceux qui n'ont pas encore sombr&#233; eux-m&#234;mes dans le tourbillon de cette d&#233;gradation morale qui les entoure, s'y enfoncent chaque jour davantage, perdent chaque jour un peu plus la force de r&#233;sister aux effets d&#233;moralisants de la mis&#232;re, de la salet&#233; et du milieu. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se rend bien compte que la classe laborieuse ne peut survivre &#224; ces conditions : &#171; Comment serait-il possible dans ces conditions que la classe pauvre jouisse d'une bonne sant&#233; et vive longtemps ? Que peut-on attendre d'autre qu'une &#233;norme mortalit&#233;, des &#233;pid&#233;&#173;mies permanentes, un affaiblissement progressif et in&#233;luctable de la g&#233;n&#233;ration des tra&#173;vailleurs ? &#187; Au cours des d&#233;cennies centrales du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, la classe laborieuse anglaise mourait trop rapidement pour pouvoir se reproduire. Les conditions qu'Engels d&#233;crivit &#8211; maladie, surpopulation, accidents du travail, faim, mortalit&#233; infantile &#8211; rendaient impossible pour les prol&#233;taires d'&#233;lever leurs enfants jusqu'&#224; ce qu'ils atteignent l'&#226;ge adulte. Seule l'im-migration des paysans d&#233;poss&#233;d&#233;s permettait de maintenir l'accroissement de la population. Les commentateurs de la classe dirigeantes, les premiers travailleurs sociaux et les d&#233;fenseurs du socialisme se r&#233;unissaient tous pour condamner les conditions qu'affrontait la classe laborieuse industrielle et y reconnaissaient une crise de la reproduction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche contemporaine confirme leurs craintes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'histoire qui suit se base sur les travaux suivants : Wally Seccombe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les taux de mortalit&#233; infantile atteignaient des chiffres astronomiques et l'esp&#233;rance de vie des travailleurs s'effondra avec l'urbanisation. Pour &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; de la classe laborieuse, en comptant les travailleurs manuels non- et semi-qualifi&#233;s, les salaires finan&#231;aient les co&#251;ts quotidiens de reproduction des travailleurs, mais pas leur remplacement g&#233;n&#233;rationnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seccombe, Weathering the storm, p. 74.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tournants majeurs advenus au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle avaient produit ces conditions observ&#233;es par Engels : la croissance des usines faisait venir des enfants, des femmes non mari&#233;es et des hommes pour travailler hors de chez eux. Les usines cr&#251;rent rapidement dans les pays en voie d'industrialisation tout au long du si&#232;cle. Au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, plus de la moiti&#233; des travailleurs manufacturiers dans de nombreux secteurs industriels &#233;taient des enfants pr&#233;-adolescents, comme dans le coton anglais en 1816. Dans la d&#233;cennie de 1840, 15 % des travailleurs du textile fran&#231;ais &#233;taient des pr&#233;-adolescents. La majorit&#233; des enfants employ&#233;s en Angleterre et en France &#233;taient embauch&#233;s dans&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;des &#233;quipes de travail d'usine trans-g&#233;n&#233;rationnelles, sous-trait&#233;es par des hommes de la classe laborieuse. Les enfants &#233;taient souvent dirig&#233;s par un membre ou un ami masculin de la famille, dans des relations plus ou moins &#233;loign&#233;es qui servaient &#224; discipliner les enfants par la violence masculine mais avec une autorit&#233; manag&#233;riale limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur mariage, presque toutes les femmes quittaient imm&#233;diatement le travail en usine pour ne jamais y retourner. En Europe comme aux &#201;tats-Unis, quasiment aucune jeune m&#232;re ne travaillait hors de chez elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les femmes blanches am&#233;ricaines quittaient leurs emplois &#224; l'usine imm&#233;diatement apr&#232;s le mariage plut&#244;t qu'&#224; la naissance de leur premier enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. ; Seccombe, Weathering the storm.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1890, la participation des femmes blanches &#224; la force de travail chutait de 38,4 % &#224; 2,5 % lorsqu'elles se mariaient. Les femmes apportaient plut&#244;t du &#171; sur-travail &#187; pay&#233; &#224; domicile, en pensionnaire ou chez elles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Outre les ouvriers de fabrique, les ouvriers manufacturiers et les artisans qu'il concentre par grandes masses dans de vastes ateliers, o&#249; il les commande directement, le capital poss&#232;de une autre arm&#233;e industrielle, diss&#233;min&#233;e dans les grandes villes et dans les campagnes, qu'il dirige au moyen de fils invisibles ; exemple : la fabrique de chemises de MM. Tillie, &#224; Londonderry, en Irlande, laquelle occupe mille ouvriers de fabrique proprement dits et neuf mille ouvriers &#224; domicile diss&#233;min&#233;s dans la campagne. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Livre I, 4&#232;me section, 15&#232;me chapitre, 8&#232;me partie, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx d&#233;crit la structure genr&#233;e de ce sur-travail : &#171; Le &lt;i&gt;lace finishing &lt;/i&gt;[derni&#232;re manipulation des dentelles fabriqu&#233;es &#224; la m&#233;canique] est ex&#233;cut&#233; comme travail &#224; domicile, soit dans ce qu'on nomme des &#8216;&lt;i&gt;mistresses houses'&lt;/i&gt; (maisons de patronnes), soit par des femmes, seules ou aid&#233;es de leurs enfants, dans leurs chambres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels redoutait les effets pervers de la pauvret&#233; urbaine sur le genre et la sexualit&#233; des prol&#233;taires. Un d&#233;go&#251;t sexuel horrifi&#233; grouille sous bien des aspects dans&lt;i&gt; La situation de la classe laborieuse en Angleterre&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il cite la prostitution &#224; maintes reprises, un sympt&#244;me de d&#233;g&#233;n&#233;rescence morale et de corruption sexuelle. Il fait allusion &#224; la menace de l'inceste et de l'homosexualit&#233; dans des conditions de logement surpeupl&#233;es. Cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence n'&#233;tait pas limit&#233;e &#224; un lumpenprol&#233;tariat s&#233;par&#233; de la classe laborieuse comme un tout, mais constituait une crise qui s'&#233;tendait &#224; la classe tout enti&#232;re. Les r&#233;formistes sociaux de son &#233;poque croyaient que l'adoption du moralisme bourgeois par la classe laborieuse, ce qui comprenait une plus grande ressemblance avec la famille bourgeoise, fournirait l'antidote n&#233;cessaire aux mauvaises conditions de sant&#233;. Marx et Engels rejetaient une telle solution, &#224; la fois parce que cela ne r&#233;pondait pas aux racines de l'emploi industriel et parce que le moralisme bourgeois &#233;tait toujours une imposture. Le socialisme, et la d&#233;faite de la classe capitaliste, constituait l'unique porte de sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ensemble, ces dynamiques impliquaient la d&#233;sint&#233;gration de la famille de la classe laborieuse comme unit&#233; d&#233;finie de reproduction sociale. Les travailleurs d&#233;pendaient extensivement de r&#233;seaux familiaux pour l'acc&#232;s au travail et au logement, dans le partage des ressources ou dans leurs d&#233;cisions migratoires. Mais les liens de parent&#233; entre prol&#233;taires ne pouvaient plus servir comme syst&#232;me naturalis&#233; et pr&#234;t-&#224;-l'emploi d'obligation, de soin et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Violence familiale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence et l'amour r&#233;ciproques s'entrem&#234;lent dans les formes familiales. Tout le monde repose pour sa survie sur des relations de soin, d'amour, d'affection, de sexe et de partage mat&#233;riel des ressources. La soci&#233;t&#233; de classe contraint ces relations &#224; rev&#234;tir une s&#233;rie sp&#233;cifique de formes historiques. La logique capitaliste de d&#233;pendance au march&#233; et de prol&#233;tarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e contraint ces relations d'amour &#224; adopter une structure particuli&#232;re de d&#233;pendance interpersonnelle semi-forc&#233;e, semi-choisie. Les travailleurs sujets &#224; un emploi pr&#233;caire d&#233;pendent des membres de leurs familles et de liens de parent&#233; pour traverser les p&#233;riodes de ch&#244;mage ; de m&#234;me, les enfants et ceux qui ne sont plus en mesure de travailler sont souvent d&#233;pendants de leurs liens personnels &#224; un travailleur salari&#233;. De plus, les travailleurs salari&#233;s libres ont souvent acc&#232;s au travail &#224; travers des r&#233;seaux de sociabilit&#233; bas&#233;s sur les liens de parent&#233; qui fournissent de l'information et de l'aide pour trouver un emploi s&#251;r disponible. Ces relations peuvent &#234;tre des sources de soin authentique, mais, comme elles sont aussi n&#233;cessairement des liens de d&#233;pendance, elles les exposent constamment &#224; la violence, &#224; l'abus et &#224; la domination. Pour toutes les formes de violence genr&#233;e, la menace peut &#234;tre implicite dans les structures d'une institution sociale qui facilite l'exercice de la violence. Les familles n'ont pas besoin d'&#234;tre effectivement ou fr&#233;quemment violentes pour que la famille en tant qu'institution g&#233;n&#233;rale permette et autorise de fa&#231;on syst&#233;mique la violence et l'abus. La combinaison de soin et de domination violente constitue le double caract&#232;re de toute structure familiale dans la soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s paysannes europ&#233;ennes, la domination masculine et la violence genr&#233;e rev&#234;tit une forme particuli&#232;re distincte de ses r&#233;pliques ult&#233;rieures. Les familles paysannes connaissaient une division du travail relativement peu genr&#233;e, les hommes comme les femmes &#233;tant impliqu&#233;s dans toute une gamme de travaux domestiques et fermiers. Les foyers &#233;taient souvent multig&#233;n&#233;rationnels et comprenaient la famille &#233;tendue ; il y avait peu de strat&#233;gies alternatives de survie pour ceux qui &#233;taient sans acc&#232;s aux familles ayant acc&#232;s &#224; la terre. Les hommes &#233;taient les chefs de famille et poss&#233;daient &#224; la fois les femmes, les enfants et leur travail. Les hommes pouvaient choisir d'exercer leur pouvoir comme propri&#233;taires &#224; travers la violence contre leurs femmes et leurs enfants. Les hommes paysans et leurs familles &#233;taient &#224; leur tour sujets &#224; la violence des seigneurs f&#233;odaux. Les seigneurs et les &#233;tats f&#233;odaux d&#233;pendaient de la violence comme &#233;l&#233;ment central de leur loi de classe et de leur domination &#233;conomique. La famille domin&#233;e par le p&#232;re sous le f&#233;odalisme &#233;tait analogue &#224; la structure de classe de la soci&#233;t&#233; comme un tout, et la violence constituait la base de son pouvoir. Ce fut cette famille paysanne que le d&#233;veloppement capitaliste sapa avec la d&#233;possession de la terre paysanne en m&#234;me temps que la soci&#233;t&#233; bourgeoise transforma la famille en soci&#233;t&#233; aristocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les paysans furent prol&#233;taris&#233;s, la nature de la domination bas&#233;e sur la parent&#233; changea. Sous la prol&#233;tarisation chaotique caus&#233;e par l'industrie, la violence rev&#234;tit des r&#244;les plus h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Les travailleurs hommes dirigeant les &#233;quipes de travail allaient d&#232;s lors employer la violence pour discipliner les femmes et les enfants qui travaillaient sous leurs ordres ; les hommes pouvaient en m&#234;me temps user de la violence pour dominer les diff&#233;rents membres familiaux avec lesquels ils vivaient. Les travailleuses et travailleurs du sexe et d'autres domaines officieux &#233;taient sujets &#224; la violence de leurs clients et de la police. Tous les prol&#233;taires &#233;taient sujets &#224; la violence de leur employeur, et se voyaient, au moyen des agents de l'&#201;tat, imposer le contr&#244;le social et de la discipline du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui avait eu lieu sous le f&#233;odalisme, la violence ne jouait cependant plus un r&#244;le central et n&#233;cessaire dans l'accumulation de richesses &#224; travers le travail salari&#233; capitaliste. La violence impr&#233;gnait toujours les vies des prol&#233;taires anglais, comme en t&#233;moigne la brutalit&#233; des lois contre le vagabondage et les pauvres. Mais apr&#232;s que les soul&#232;vement paysans furent r&#233;prim&#233;s et que ces derniers n'eurent plus d'autre moyen de subsistance, les travailleurs &#224; salaire &#171; libre &#187; se mirent &#224; la recherche de travail. Tandis que les seigneurs f&#233;odaux avaient besoin d'arm&#233;es priv&#233;es pour pr&#233;lever chaque ann&#233;e une partie des r&#233;coltes paysannes, les employeurs capitalistes pouvaient de mieux en mieux s'abstenir de l'usage de la force. Peu &#224; peu, la violence se s&#233;para du lieu de travail pour se concentrer en revanche entre les mains des agents &#233;tatiques &#8211; la police, les arm&#233;es nationales &#8211; ou rev&#234;tir une forme priv&#233;e et locale au sein du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, la violence directe jouait un r&#244;le bien plus central dans un autre r&#233;gime de travail capitaliste : l'esclavage du Nouveau Monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une grande part de cette analyse de la politique de genre de l'esclavage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les plantations d'esclaves sud-am&#233;ricaines prit forme un nouveau r&#233;gime capitaliste de reproduction g&#233;n&#233;rationnelle du travail qui dispensait de toute simulacre de lien natifs naturalis&#233;s. Angela Davis d&#233;crit cette vie familiale fragment&#233;e sous le r&#233;gime esclavagiste : &#171; Les m&#232;res et les p&#232;res &#233;taient s&#233;par&#233;s avec brutalit&#233; ; les enfants, lorsqu'ils grandissaient, &#233;taient marqu&#233;s et fr&#233;quemment s&#233;par&#233;s de leur m&#232;re&#8230; Ceux qui vivaient sous un toit commun n'avaient souvent pas de parent&#233; de sang &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Angela Davis, &#171; Reflections of the black woman's role in the community of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse des possesseurs d'esclaves s'accroissait lorsque les esclaves avaient des enfants. Ce qui renfor&#231;ait les dynamiques de reproduction g&#233;n&#233;rationnelle comme des &#233;l&#233;ments centraux de l'accumulation de capital et du proc&#232;s de travail. La plupart des esclaves ne pouvaient pas affirmer effectivement quelque forme de droit parental que ce soit, dans la mesure o&#249; la vente des esclaves ne cessait de briser r&#233;guli&#232;rement les familles et de constituer ainsi ce qui a &#233;t&#233; d&#233;fini comme &#171; l'ali&#233;nation natale &#187; (&lt;i&gt;natal alienation&lt;/i&gt;). Le pouvoir du p&#232;re chez les peuples esclavagis&#233;s des Am&#233;riques &#233;tait strictement limit&#233;, car, comme l'&#233;crit W.E.B. Du Bois, &#171; sa famille, femme comme enfant, pouvait lui &#234;tre retir&#233;e l&#233;galement et absolument &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.E.B. Dubois, Black reconstruction (CRC 2), p. 7.&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Davis dit encore : &#171; Si l'on excepte le r&#244;le d&#233;volu au soin que la femme jouait dans le m&#233;nage, les structures de la supr&#233;matie masculine ne pouvaient s'enraciner profond&#233;ment dans le fonctionnement interne du syst&#232;me esclavagiste&#8230; La femme noire &#233;taient donc enti&#232;rement int&#233;gr&#233;e &#224; la force productive. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Angela Davis, &#171; Reflections of the black woman's role in the community of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; l'inverse, les femmes blanches am&#233;ricaines &#233;taient toujours consid&#233;r&#233;es comme appartenant &#224; une sph&#232;re domestique et protectrice. On voyait rarement les femmes des fermiers blancs participer aux travaux de r&#233;colte ou de moisson, quel que soit le niveau de pauvret&#233; et de d&#233;sespoir qu'aient pu conna&#238;tre les familles du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, le capitalisme d&#233;truisait la famille de la classe laborieuse de deux mani&#232;res diff&#233;rentes. D'un c&#244;t&#233; de l'Atlantique, les liens de parent&#233; des prol&#233;taires anglais se fracturaient &#224; cause de la mis&#232;re croissante des travailleurs en usine, de la surpopulation urbaine et du capitalisme industriel. Sur l'autre rive, l'agriculture des plantations participait &#224; la modification de la reproduction g&#233;n&#233;rationnelle des travailleurs noirs esclavagis&#233;s en les assujettissant &#224; l'ali&#233;nation natale. Les prol&#233;taires esclavagis&#233;s comme les prol&#233;taires salari&#233;s entretenaient des liens de parent&#233; qui n'&#233;taient ni intelligibles aux &#233;lites, ni reconnus par la loi, ni imm&#233;diatement reconductibles aux attentes des &#233;lites sociales. Dans chaque cas, la d&#233;viance prol&#233;taire &#233;tait comprise comme s'opposant &#224; la consolidation des normes de genre et de sexe en vigueur dans la classe des propri&#233;taires, normes qui organisaient brutalement des structures familiales bas&#233;es l'h&#233;ritage et le statut. L'exigence d'abolition de la famille comme appel &#224; la destruction de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, bien qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; employ&#233;e dans la lutte contre les &#233;lites agraires qui poss&#233;daient des esclaves en Am&#233;rique du Sud, y &#233;tait potentiellement aussi pertinente qu'elle l'&#233;tait contre la bourgeoisie anglaise. Les diff&#233;rences entre les travailleurs esclavagis&#233;s et salari&#233;s &#233;taient consid&#233;rables, et ce gouffre radicalis&#233; divisait le mouvement prol&#233;tarien mondial. Mais, malgr&#233; ces diff&#233;rences, le capitalisme avait dans les deux cas d&#233;j&#224; d&#233;truit la famille des classes laborieuses. Dans les deux cas, l'appel &#224; l'abolition de la famille se comprend comme un moyen d'attaquer la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#8211; les &#233;lites des plantations sud-am&#233;ricaines aussi bien que les propri&#233;taires des industries anglaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;truire la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer le mouvement communiste d'abolition de la famille comme d&#233;passement&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;positif du travail de sape n&#233;gatif op&#233;r&#233; par la fragmentation de l'accumulation capitaliste &#224; l'encontre de la famille prol&#233;tarienne. Pour Marx et Engels, le capitalisme avait d&#233;j&#224; d&#233;truit la famille prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelle est la base de la famille bourgeoise de notre &#233;poque ? Le capital, le gain individuel. La famille n'existe &#224; l'&#233;tat complet que pour la bourgeoisie, mais elle trouve son compl&#233;ment dans la prostitution publique et dans la suppression des relations de famille pour le prol&#233;taire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels n'ont pas produit de th&#233;orie de la domination masculine au sein de la famille ouvri&#232;re, un souci central des f&#233;ministes socialistes tardives, parce qu'ils consid&#233;raient la famille ouvri&#232;re comme impossible dans les conditions du capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d'abolition de la famille faisait partie de la guerre contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise. L'ordre social bourgeois d&#233;pendait de l'&#201;glise, de l'&#201;tat et de la Famille, et leur triple abolition constituait la condition n&#233;cessaire &#224; la libert&#233; communiste. Engels a identifi&#233; les traits caract&#233;ristiques de la famille bourgeoise : une monogamie hypocrite qui n'&#233;tait applicable qu'&#224; l'encontre des femmes, une in&#233;galit&#233; de genre qui traitait les femmes comme une propri&#233;t&#233; passive, l'accroissement de la richesse comme motivation r&#233;elle dans la n&#233;gociation des relations sous le vernis de l'amour romantique, l'h&#233;ritage patrilin&#233;aire de la propri&#233;t&#233;, l'&#233;ducation orient&#233;e en fonction de l'accumulation de la richesse familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d'abolition de la famille est le plus clairement &#233;tablie dans l'appel du &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt;&#224; &#171; l'abolition de tous les droits de l'h&#233;ritage &#187;. La famille bourgeoise constituait un moyen de gestion du transfert et de la persistance de la propri&#233;t&#233; capitaliste. Les p&#232;res bourgeois contraignaient leurs femmes &#224; la monogamie pour s'assurer que leurs enfants &#233;taient bien les leurs et maintenir la transmission de l'h&#233;ritage dans une m&#234;me lign&#233;e. La promesse de l'h&#233;ritage ainsi que les propri&#233;t&#233;s offertes en cadeaux constituaient d'autres moyens gr&#226;ce auxquels les parents bourgeois continuaient &#224; exercer tout au long de la vie leur contr&#244;le sur leurs enfants, reproduisaient leur statut de classe dans leurs enfants et consolidaient leur propre position de classe. La familles voyaient leur coh&#233;rence maintenue par la propri&#233;t&#233; et fonctionnaient comme une forme de propri&#233;t&#233; particuli&#232;re. Les enfants appartenaient &#224; leurs parents, de m&#234;me que les femmes appartenaient &#224; leurs maris. Engels pensa que se d&#233;barrasser de l'h&#233;ritage reviendrait d&#233;rober la famille de son fondement mat&#233;riel et constituerait le m&#233;canisme central de son abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire la famille bourgeoise et l'ordre social capitaliste, continuait Engels, permettrait la fondation de l'amour r&#233;el et du mariage bas&#233; exclusivement sur &#171; l'inclination mutuelle &#187;. Une fois que les questions de propri&#233;t&#233; et de survie mat&#233;rielle seraient chass&#233;es hors des relations intimes, l'humanit&#233; pourrait d&#233;couvrir sa sexualit&#233; naturelle et inh&#233;rente. La sexualit&#233; communiste serait enti&#232;rement sujette aux d&#233;cisions des citoyens de l'avenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand ces gens-l&#224; existeront, du diable s'ils se soucieront de ce qu'on pense aujourd'hui qu'ils devraient faire ; ils se forgeront &#224; eux-m&#234;mes leur propre pratique et cr&#233;eront l'opinion publique ad&#233;quate selon laquelle -ils jugeront le comportement de chacun - un point, c'est tout. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Engels, L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'appel &#224; la lib&#233;ration est ici tout &#224; fait clair, Engels l'agr&#233;menta d'autres affirmations plus sujettes &#224; caution. L'abolition de la propri&#233;t&#233; et de la famille bourgeoise lib&#233;rerait l'humanit&#233; et lui permettrait de poursuivre sa sexualit&#233; intrins&#232;que, une forme de famille librement choisi par l'avenir, celle de la monogamie : &#171; La prostitution dispara&#238;t ; la monogamie, au lieu de p&#233;ricliter, devient enfin une r&#233;alit&#233;, - m&#234;me pour les hommes. &#187;. Le mariage trouverait sa v&#233;ritable r&#233;alisation dans l'amour communiste : &#171; comme l'amour sexuel est exclusif par nature &#8211; bien que cet exclusivisme ne se r&#233;alise pleinement, de nos jours, que chez la femme &#8211; le mariage fond&#233; sur l'amour sexuel est donc, par nature, conjugal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;e de la tyrannie de la propri&#233;t&#233;, l'humanit&#233; serait &#233;galement lib&#233;r&#233;e des exc&#232;s sexuels de la prostitution capitaliste. On n'est qu'&#224; quelques pas du conservatisme sexuel agressif de certains socialistes tardifs qui affirm&#232;rent que la d&#233;viance de genre et l'homosexualit&#233; &#233;taient des perversions capitalistes bourgeoises. Marx et Engels eux-m&#234;mes exprim&#232;rent un m&#233;pris moqueur &#224; l'encontre des mouvements pour les droits des homosexuels qui naissaient alors et ils &#233;chang&#232;rent des lettres charg&#233;es d'&#233;pith&#232;tes anti-homosexuels injurieux au sujet de leurs contemporains. Malgr&#233; leur souci partag&#233; pour l'&#233;mancipation de la femme et la cruaut&#233; de l'hypocrite monogamie bourgeoise, Engels &#233;tait incapable d'imaginer que les normes sexuelles bourgeoises ne r&#233;&#233;mergeraient pas comme condition humaine naturelle sous le socialisme. D&#233;truire la famille bourgeoise, la Sainte-Famille et la famille terrestre produirait quelque chose de suppos&#233;ment semblable &#224; des unit&#233;s familiales h&#233;t&#233;rosexuelles monogames.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Queer addendum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homophobie de Marx et Engels t&#233;moigne aussi d'une certaine ambigu&#239;t&#233;. Dans une lettre de 1869, Engels &#233;crit &#224; Marx au sujet d'un livre du militant homosexuel Karl Ulrich :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les p&#233;d&#233;rastes se mettent &#224; se compter et ils trouvent qu'ils constituent une puissance dans l'&#201;tat. Il ne manque plus que l'organisation, mais il appara&#238;t d'apr&#232;s ceci qu'elle existe d&#233;j&#224; en secret. Et comme ils comptent d&#233;j&#224; des hommes importants dans tous les vieux, et m&#234;me les nouveaux partis, (&#8230;), la victoire ne peut leur &#233;chapper. &#8216;Guerre aux cons, paix aux trous-de-cul' [en fran&#231;ais dans le texte], dira-t-on dor&#233;navant. C'est encore une chance que nous soyons personnellement trop vieux pour avoir &#224; craindre de payer un tribut de notre corps &#224; la victoire de ce parti. (&#8230;) Nous autres pauvres gens du devant, au go&#251;t infantile pour les femmes, nous trouverons alors dans une assez mauvaise situation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Engels &#224; Marx du 22 juin 1869.&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris appara&#238;t clairement, aussi bien que l'ironie avec laquelle il s'amuse &#224; les imaginer rester &#224; la tra&#238;ne de la r&#233;volution queer et &#224; consid&#233;rer la n&#233;gligence avec laquelle sera trait&#233; leur s&#233;ant.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emploi du terme &#171; queer &#187; d&#233;signe ici de multiples formes de d&#233;fense et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je vais m'attarder un peu sur ce moment d'imagination horrifi&#233;e et sur les autres chemins queer possibles du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ant&#233;rieurs &#224; la mont&#233;e en puissance du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Karl Ulrich n'ait jamais appel&#233; &#224; la dictature queer, Marx a vraisemblablement rencontr&#233; une utopie sexuelle de ce genre chez Charles Fourier. Marx a lu Fourier de pr&#232;s. Dans &lt;i&gt;La Sainte famille&lt;/i&gt;, Marx cite favorablement Fourier lorsqu'il &#233;crit dans que &#171; le degr&#233; de l'&#233;mancipation f&#233;minine est la mesure naturelle du degr&#233; de l'&#233;mancipation g&#233;n&#233;rale &#187;. Il semble que Marx &#233;prouvait moins de sympathie envers la d&#233;fense par Fourier de la libert&#233; sexuelle. Dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, Marx et Engels se moquent de la bourgeoisie lorsqu'elle craint que l'abolition de la propri&#233;t&#233; ne d&#233;bouche sur la &#171; libre communaut&#233; des femmes &#187; et soulignent sa logique implicite qui consid&#232;re les femmes comme une propri&#233;t&#233; de la classe bourgeoise. Mais ils rejettent aussi implicitement l'insistance sur l'amour libre, les relations ouvertes et le plaisir sexuel dans la politique socialiste utopique de Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Fourier a propos&#233; une vision du socialisme o&#249; l'&#233;rotisme et le d&#233;sir constituent des m&#233;canismes de changement social, de coh&#233;sion sociale et d'accomplissement humain. Il s'est livr&#233; &#224; une critique vigoureuse de la famille bourgeoise et a vu la monogamie permanente et irr&#233;versible du mariage comme une source fondamentale de mis&#232;re, de chaos social et de d&#233;sespoir : &#171; On dirait qu'un tel ordre est l'&#339;uvre d'un troisi&#232;me sexe qui aurait voulu condamner les deux autres &#224; l'ennui ; pouvait-il inventer mieux que le m&#233;nage isol&#233; et le mariage permanent, pour &#233;tablir la langueur, la v&#233;nalit&#233;, la perfidie, dans les relations d'amour et de plaisir. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Fourier, Th&#233;orie des quatre mouvements et des destin&#233;es g&#233;n&#233;rales, 1808.&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Fourier a au contraire propos&#233; une soci&#233;t&#233; rationnelle bas&#233;e sur la &#171; th&#233;orie de l'attraction passionn&#233;e &#187;, une &#233;tude attentive du d&#233;sir humain et des types de personnalit&#233; afin d'&#233;quilibrer les sources de plaisir et de cr&#233;er une utopie harmonieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins largement reconnue est en revanche sa proposition de &#171; nouveau monde amoureux &#187;, o&#249; l'&#233;rotisme joue un r&#244;le central dans le nouvel ordre. La soci&#233;t&#233; serait structur&#233;e non seulement pour satisfaire le &#171; minimum social &#187; du niveau de vie mat&#233;riel de base pour tous, mais aussi un &#171; minimum sexuel &#187;, la garantie sociale de satisfaction des besoins &#233;rotiques de chaque personne afin de permettre la fondation d'un amour authentique et non-manipulateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand une femme sera bien pourvue de tout le n&#233;cessaire amoureux, exer&#231;ant en pleine libert&#233; et vari&#233;t&#233;, bien assortie en athl&#232;tes, mat&#233;riels, en orgies et bacchanales, tant simples que compos&#233;es, alors elle pourra trouver dans son &#226;me une ample r&#233;serve pour les illusions sentimentales dont elle se m&#233;nagera plusieurs sc&#232;nes et liaisons pour raffiner et contre balancer les jouissances mat&#233;rielles. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Fourier, Le nouveau monde amoureux, 1816.&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fourier a imagin&#233; la reconstitution d'une aristocratie bas&#233;e exclusivement sur sa g&#233;n&#233;rosit&#233; sexuelle d&#233;sint&#233;ress&#233;e et procurant un plaisir expert aux n&#233;glig&#233;s sexuels. Il esquisse des visions d'arm&#233;es d'amants lev&#233;es pour de nouvelles croisades, lanc&#233;es &#224; travers les continents et visitant des cit&#233;s socialistes o&#249; elles s'engageraient dans le combat amoureux. Elles prendraient des prisonniers consentants et avides de punissions &#233;rotiques raffin&#233;es et r&#233;alis&#233;es pour d&#233;montrer la prouesse de leurs ravisseurs. Enfin ces braves aventuriers sexuels passeraient la deuxi&#232;me partie de leur vie adulte dans de fr&#233;quentes orgies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet appel enthousiaste &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;rotique ouvertement libre participe &#233;galement d'une caract&#233;ristique mieux connue de l'&#339;uvre de Fourier : l'appel &#224; la formation de logements collectifs d&#233;lib&#233;r&#233;ment et soigneusement structur&#233;s o&#249; les r&#233;sidents partageraient le travail aussi bien que l'amusement. Durant la journ&#233;e, ils se diviseraient en diff&#233;rentes activit&#233;s collectives organis&#233;es autour d'une sp&#233;cialit&#233; manufacturi&#232;re : leurs efforts et leur collaboration accro&#238;traient la productivit&#233;. Ils partageraient ensuite le travail reproductif et mangeraient ensemble au cours de grands repas collectifs. Les nuits seraient compl&#233;t&#233;es par les joies des orgies et d'autres liaisons sexuelles. Fourier a propos&#233; avec beaucoup d'&#233;nergie une vision du socialisme qui liait la vie collective, le partage du travail reproductif et l'amour libre. Les successeurs imm&#233;diats de Fourier d&#233;velopp&#232;rent de nombreuses communes en Europe et aux &#201;tats-Unis au cours des ann&#233;es 1830. Des communes partageant les traits essentiels de la vision de Fourier allaient ensuite repara&#238;tre dans les mouvements socialistes, anarchistes et contre-culturels tout au long des dix-neuvi&#232;me et vingti&#232;me si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fourier est accus&#233; par Engels de socialisme utopique et de ne pas comprendre que le prol&#233;tariat est l'agent destin&#233; &#224; poursuivre et &#224; r&#233;aliser le socialisme. Le mouvement marxiste allait bient&#244;t en arriver &#224; concevoir le travailleur industriel comme la figure pivot d'une telle transition. Or ce que Engels a observ&#233; au cours de ses ann&#233;es pass&#233;es &#224; Manchester n'&#233;tait pas une masse prol&#233;taire unifi&#233;e, homog&#232;ne et disciplin&#233;e par la vie en usine, mais une cacophonie de crimes et de chaos social. Les pratiques communistes &#233;voqu&#233;es par les d&#233;viances sexuelles prolif&#233;rantes de prol&#233;taires &#233;voquent bien plus le communisme queer de Fourier que la tendance de fond &#224; la monogamie naturelle de Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;viances sexuelles et de genre &#233;taient comprises par leurs opposants bourgeois comme une menace &#224; l'ordre public, &#224; la stabilit&#233; de la famille bourgeoise et &#224; la discipline de la journ&#233;e de travail. L'urbanisation rapide et la prol&#233;tarisation produisirent une masse concentr&#233;e de prol&#233;taires. Ces gens avaient vu l'effondrement des m&#339;urs paysannes et du contr&#244;le de la vie rurale ; ils n'&#233;taient pas pour autant model&#233;s par le conformisme bourgeois. Ils travaillaient lorsqu'ils en &#233;taient capables, trouvaient des emplois dans des industries souvent bas&#233;es sur la s&#233;gr&#233;gation de genre ; ils travaillaient dur avec leurs corps durant de longues heures et dans une logique de cycles saisonniers qui connaissaient des hauts et des bas. Le temps pass&#233; en-dehors du travail &#233;tait radicalement le leur, plus qu'il ne l'avait jamais &#233;t&#233; auparavant. Chris Chitty a d&#233;crit les nombreuses opportunit&#233;s d'&#233;rotisme gay qui prolif&#233;raient dans les ports et les rues des villes en pleine explosion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'irr&#233;gularit&#233; du travail comme les salaires extr&#234;mement bas pour la plupart des hommes les transformaient en une population nomade peu encline &#224; la responsabilit&#233; familiale (&#8230;) L'homosexualit&#233; &#233;tait souvent camoufl&#233;e par l'arri&#232;re-plan plus large d'une sexualit&#233; prol&#233;taire anarchique (&#8230;) Cela explique pourquoi toutes les brigades de m&#339;urs s&#233;vissaient &#224; l'encontre de l'homosexualit&#233; et de la prostitution, dans la mesure o&#249; elles menacent toutes deux l'unit&#233; conjugale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Chitty, manuscrit d'un travail acad&#233;mique non publi&#233;, rendu disponible (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie urbaine o&#249; vie priv&#233;e et publique se confondaient, la sexualit&#233; gay prolif&#233;rait entre prol&#233;taires sous la forme du jeu et du plaisir ; entre les bourgeois et les prol&#233;taires sous celle de transactions mon&#233;taires crisp&#233;es et transgressives ; au sein de la bourgeoisie dans les espaces priv&#233;s de la pension de famille et du petit salon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la prostitution et les sous-cultures sexuelles des villes en voie d'industrialisation, des gens s'adonnaient &#224; de nouvelles formes de transgression de genre. Tout un lexique du travestissement &#233;mergea, tandis qu'aux c&#244;t&#233;s des travailleuses du sexe cis-genre, d'autres d&#233;viantes de genre transf&#233;minines parcouraient les rues de Londres, d'Amsterdam et de Paris : &lt;i&gt;Mollies&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au 18&#232;me si&#232;cle &#224; Londres, une mollie house &#233;tait un caf&#233;, une auberge ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mary-Anns,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;queens&lt;/i&gt;. Elles vendaient du sexe &#224; la bourgeoisie dans les rues, fuyaient la police, se battaient dans les &#233;meutes, tenaient des &lt;i&gt;drag balls&lt;/i&gt; r&#233;guliers et travaillaient dans l'un des deux-mille bordels sp&#233;cialis&#233;s dans le travail du sexe pour hommes qui &#233;maillaient Londres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanny et Stella furent deux Mary-Anns arr&#234;t&#233;es et inculp&#233;es &#224; Londres ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses femmes prol&#233;tariennes se mirent &#233;galement &#224; vendre du sexe aux hommes, bourgeois comme prol&#233;taires. L'application des&lt;i&gt; Contagious disease acts&lt;/i&gt; (Lois sur les maladies contagieuses) en Angleterre ainsi que la campagne pour leur abrogation&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;nous a laiss&#233; une archive cons&#233;quente sur la vie des travailleuses du sexe et t&#233;moigne de la fluidit&#233; avec lesquelles les femmes prol&#233;taires passaient du labeur industriel au travail sexuel. Le travail sexuel payait mieux que la manufacture, et de nombreuses femmes se tournaient sporadiquement vers cette possibilit&#233;, tout en maintenant des liens forts et positifs avec leurs familles et leurs voisins. Les lois sur les maladies faisaient partie d'une campagne biopolitique qui visait pr&#233;cis&#233;ment &#224; rompre ces liens et &#224; isoler les travailleuses sexuelles comme des d&#233;viantes afin de les mettre &#224; l'&#233;cart d'une classe laborieuse respectable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esclaves nouvellement &#233;mancip&#233;s aux &#201;tats-Unis ont &#233;galement &#233;labor&#233; des conceptions nouvelles de la famille. Les prol&#233;taires noirs s'empar&#232;rent de leur libert&#233; pour avoir des relations sexuelles non-conventionnelles et s'unir dans des formes de familles in&#233;dites en exploitant la diversit&#233; des codes romantiques qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s sous le r&#233;gime esclavagistes. Dans les archives gouvernementales au sujet des familles noires apr&#232;s la Guerre civile am&#233;ricaine, les historiens d&#233;couvrent une vari&#233;t&#233; de relations et de structures familiales qui est bien plus grande que celle de leurs contemporains blancs, fermiers comme ouvriers. Au cours de la Reconstruction, de nombreux couples noirs form&#232;rent des &#171; mariage d'essai &#187; ou &#171; d'amour &#187; et &#171; cohabit&#232;rent &#187; en nouant des relations hors-mariage, temporaires et souvent non-monogames. Des couples pouvaient partager la parent&#233; dans ces arrangements temporaires et &#233;lever des &#171; enfants de c&#339;ur &#187; (&lt;i&gt;sweetheart children&lt;/i&gt;). De tels arrangements peuvent &#234;tre familiers sous d'autres noms aux Am&#233;ricains d'aujourd'hui, mais ils &#233;taient rares dans les familles blanches en 1870. Les agents gouvernementaux, les pr&#233;dicateurs, la police ainsi qu'une couche de personnes noires en qu&#234;te de respectabilit&#233; qui &#233;mergeait alors cherch&#232;rent &#224; intervenir agressivement contre ces unions informelles. Le mariage l&#233;gal &#233;tait obligatoire&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;pour les couples noirs qui recevaient une s&#233;rie de services f&#233;d&#233;raux et eccl&#233;siastiques tandis que la population noire allait bient&#244;t &#234;tre l'objet d'enqu&#234;tes et de r&#233;pression pour avoir viol&#233; les lois maritales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre la prolif&#233;ration de la d&#233;viance sexuelle et de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la famille dans la vie de la classe laborieuse du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle invite &#224; un autre type de politique du genre que celle que le mouvement socialiste a poursuivie derni&#232;rement. Les familles noires qui cherchaient &#224; vivre ensemble en-dehors de la respectabilit&#233; &#233;triqu&#233;e du mariage l&#233;gal, comme les Mary-Anns transf&#233;minines qui interpelaient les clients des th&#233;&#226;tres sugg&#232;rent une trajectoire alternative pour sortir de la crise de la reproduction sociale de la classe laborieuse. Il y a l&#224; une abolition de la famille de la classe laborieuse exempte de toute r&#233;inscription naturalis&#233;e comme du conservatisme de genre qui allait dominer le mouvement socialiste. Les actions de ces d&#233;viantes et d&#233;viants prol&#233;tariennes ont dessin&#233; un genre diff&#233;rent de communisme queer qui a &#233;t&#233; perdu au cours des d&#233;cennies suivantes du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ME O'Brien.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
M E O'Brien est autrice et enseignante vivant &#224; Brooklyn. Elle travaille r&#233;guli&#232;rement avec le &lt;i&gt;Trans Oral History Project&lt;/i&gt;, et participe &#224; la conception du journal queer-communiste &lt;a href=&#034;https://pinko.online/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pinko&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La suite dans le prochain num&#233;ro de Trou Noir...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A lire &#233;galement l'interview de John d'Emilio, &lt;a href=&#034;http://www.trounoir.org/?Le-capitalisme-a-rendu-l-identite-gay-possible-Maintenant-nous-devons-detruire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le capitalisme a rendu l'identit&#233; gay possible. Maintenant, nous devons d&#233;truire le capitalisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru dans le num&#233;ro #8 de Trou Noir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;La situation de la classe laborieuse en Angleterre&lt;/i&gt;, 1845, traduction de Gilbert Badia et Jean Fr&#233;d&#233;ric. En ligne &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/situation/situation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Les autres citations de ce texte sont tir&#233;es de la m&#234;me traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'histoire qui suit se base sur les travaux suivants : Wally Seccombe, &lt;i&gt;Weathering the Storm : Working-Class Families from the Industrial Revolution to the Fertility Decline &lt;/i&gt;(Verso, 1993) ; Peter Drucker, &lt;i&gt;Warped : Gay Normality and Queer Anticapitalism &lt;/i&gt;(Brill, 2015) ; John D'Emilio, &#171; Capitalism and Gay Identity &#187; ; Geoff Eley, &lt;i&gt;Forging democracy : The History of the Left in Europe 1850-2000 &lt;/i&gt;(Oxford, 2012) ; Alice Echol, &lt;i&gt;Daring to be Bad : Radical Feminism in America, 1967-1975 &lt;/i&gt; ; Claudia Goldin, &lt;i&gt;Understanding the Gender Gap : An Economic History of American Women &lt;/i&gt;(Oxford, 1990). Je cite aussi largement les trois volumes des &lt;i&gt;Communist Interventions &lt;/i&gt;du Communist Research Cluster, tous disponibles en ligne. Le traitement du sujet est particuli&#232;rement influenc&#233; par mon exp&#233;rience du troisi&#232;me volume, &lt;i&gt;Revolutionary Feminism.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seccombe, &lt;i&gt;Weathering the storm&lt;/i&gt;, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. ; Seccombe, Weathering the storm.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, 4&#232;me section, 15&#232;me chapitre, 8&#232;me partie, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-8.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution op&#233;r&#233;e dans la manufacture, le m&#233;tier et le travail &#224; domicile par la grande industrie&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une grande part de cette analyse de la politique de genre de l'esclavage am&#233;ricain est redevable, outre aux auteurs cit&#233;s ci-dessus, au travail de Hortense Spillers et de Saidiya Hartman.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Angela Davis, &lt;i&gt;&#171; Reflections of the black woman's role in the community of slaves &lt;/i&gt; &#187;, 1972, in &lt;i&gt;Black revolutionaries in the United States&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Communist interventions&lt;/i&gt;, vol. 2., &#233;dit&#233; par le Communist Research Cluster (CRC 2), pp. 329-330.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.E.B. Dubois, &lt;i&gt;Black reconstruction&lt;/i&gt; (CRC 2), p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Angela Davis, &lt;i&gt;&#171; Reflections of the black woman's role in the community of slaves &lt;/i&gt; &#187;, CRC 2, pp. 332-333.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/Origine_famille/Origine_famille.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1884.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Engels &#224; Marx du 22 juin 1869.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'emploi du terme &#171; queer &#187; d&#233;signe ici de multiples formes de d&#233;fense et de poursuite de la d&#233;viance genr&#233;e et sexuelle, de la libert&#233; sexuelle et du plaisir sexuel non-normatif. La vie queer est souvent reproduite par des contre-cultures dens&#233;ment organis&#233;es et souvent articul&#233;e comme un projet politique partiellement auto-conscient. Dans cette &#233;tude, je m'int&#233;resse tout particuli&#232;rement aux formes de &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; li&#233;es &#224; la survie et &#224; la r&#233;bellion de prol&#233;taires marginaux. L'universalisation de l'amour queer est la transformation et la g&#233;n&#233;ralisation du soin non-oppresseur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Fourier, &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/fourier_charles/theorie_quatre_mouvements/theorie_4_mouvements.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie des quatre mouvements et des destin&#233;es g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1808.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Fourier, &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/fourier_charles/nouveau_monde_amoureux/nouveau_monde_amoureux.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le nouveau monde amoureux&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1816.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Chitty, manuscrit d'un travail acad&#233;mique non publi&#233;, rendu disponible par l'amabilit&#233; de Max Fox.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au 18&#232;me si&#232;cle &#224; Londres, une &lt;i&gt;mollie house&lt;/i&gt; &#233;tait un caf&#233;, une auberge ou une taverne o&#249; les hommes pouvaient se rencontrer en secret pour socialiser et avoir des relations sexuelles. &lt;i&gt;Molly&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;moll&lt;/i&gt; &#233;tait un terme d'argot pour un homme gay, pour une femme de classe inf&#233;rieure, ou une femme vendant du sexe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien qu'&#224; cette &#233;poque, en Angleterre, les relations sexuelles entre hommes &#233;taient passibles de la peine de mort, les &lt;i&gt;molly &lt;/i&gt;&lt;i&gt;houses&lt;/i&gt; faisaient partie d'une sous-culture gay et trans florissante. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fanny et Stella furent deux Mary-Anns arr&#234;t&#233;es et inculp&#233;es &#224; Londres ; elles raillaient les clients du th&#233;&#226;tre Strand en &#171; piaillant &#187;, offraient vraisemblablement des prestations sexuelles et perturbaient certainement le lieu. Leur penchant pour le travestissement &#233;tait ind&#233;niable, mais les m&#233;decins du tribunal furent fascin&#233;s par leur physique et leur peau suppos&#233;ment f&#233;minines. Six m&#233;decins saisirent l'opportunit&#233; de l'examen m&#233;dical pour introduire leurs doigts dans leurs anus. Neil McKenna, &lt;i&gt;Fanny and Stella : the young men who shocked victorian England &lt;/i&gt;(Faber, 2013). L'estimation du nombre de bordels est celle de McKenna.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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