Pour un communisme gay

« Rien n’est plus étrange que l’hétérosexualité, rien n’est moins compréhensible »
Variations sur Mario Mieli

publié en 28 Mars 2020, dans le numéro TROIS

Mario Mieli était une figure importante du mouvement de libération homosexuelle italien des années 1970. Militant homosexuel, « transsexuel » et révolutionnaire, les théories et pratiques politiques de Mieli sont un bol d’air frais pour qui veut sortir du placard de la normalité et penser la question du genre à distance des seules revendications.
En France, un seul ouvrage a été traduit (Éléments de critique homosexuelle) aux éditions Epel. Et un second est en cours de traduction pour une publication en 2021 aux Éditions la Tempête.
Cet article tente de réactualiser la teneur radicale de sa pensée.

« Oui, je suis persuadé que tous les êtres humains sont homosexuels ; je suis tellement de cet avis qu’il m’est difficile de comprendre qu’on puisse être d’un autre. » Georg Groddeck, Le livre du Ça

1. Rien n’est plus étrange que l’hétérosexualité, rien n’est moins compréhensible. On regardera sûrement avec un peu de peine, dans des temps plus libres et plus véridiques, les pauvres hommes qui tant d’années se sont mutilés en pure perte. L’homosexualité n’est pas seulement une pratique sexuelle, c’est avant tout un point de vue partial et orienté qui vise à une compréhension de la totalité : un gay savoir. Il n’est par exemple vraiment pas difficile, depuis un tel point de vue, de voir en tout hétérosexuel une folle férocement refoulée. Tout, y compris la violence contre les pédés, se comprend à partir de là. L’hétérosexualité pour le coup n’est pas un goût, une préférence, encore moins, bien sûr, une nature, c’est un régime politique fondé sur la répression de soi et des autres. Si elle était une nature, on expliquerait mal que l’orgasme de la prostate soit infiniment plus intense que l’éjaculation. Et si elle était un goût, une préférence, on ne comprendrait pas l’humiliation qu’ils font subir aux femmes et la prégnance de la misogynie. « C’est parce que les hommes hétérosexuels reconnaissent dans les femmes cette féminité qu’ils tentent depuis l’enfance de cacher et de refouler qu’ils les ’’aiment’’ si péniblement ». Le but de la lutte pédé n’est par conséquent pas la reconnaissance d’une identité mais la pratique de l’universalisme concret qu’est le désir homosexuel. En cela donc le combat ne fait que commencer, et aucune des pseudo-avancées « sociales » n’y a rien changé. Celui qui trouve très bien, puisque c’est mon choix, que je puisse être pédé si je veux, manger de la merde, me travestir, mais que, par pitié, je ne le fasse pas chier, est un adversaire politique, un libéral. Le désir homosexuel n’est pas un particularisme, c’est un universalisme. Peut-être l’un des seuls qui soient acceptables. « La psychanalyse définit les premières manifestations de nature érotique comme ’’indifférenciées’’, ou en tout cas comme peu différenciées. Autrement dit, pour l’enfant, le choix objectal serait davantage dû aux circonstances qu’au sexe – et les circonstances, au cours de la journée, ne cessent de changer. Toutes les petites filles sont aussi des gouines, tous les petits garçons sont aussi des pédés. » Il ne faut pas avoir lu beaucoup de psychanalyse pour savoir que la jalousie, par exemple, ne cache que le désir, à travers la femme, de coucher avec l’amant. Il suffit aussi d’observer l’homosocialité généralisée pour comprendre comme celle-ci camoufle un désir de coucher ensemble, entre hommes. De même qu’il est évident que lorsque les mecs se tapent dessus à la sortie des matchs de foot, ils subliment le désir qu’ils ont l’un de l’autre. C’est jusqu’au modèle de la femme-type, celle du défilé de mode ou de la publicité, puisqu’elle fut habillée et relookée par des gays (majoritaires dans ce milieu), qui trahit le fantasme de l’hétérosexuel pour les hommes. Les pédés révolutionnaires, affirmés, sont les seuls qui peuvent, dans un premier temps, révéler le désir refoulé chez les hétéros. Le but du mouvement pédé n’est pas la libération homosexuelle, mais la libération de l’homosexualité latente contenue chez tous les hétéros. Il y a tant d’anus à desserrer que cela peut sembler à première vue décourageant et épuisant... il nous faudra bien du courage, camarades !

2. Prenons un militant de gauche, même extra-parlementaire : derrière la revendication de la plus grande tolérance se cache le plus grand désir d’être un protecteur. Les gauchistes aiment les pédés parce qu’ils les font rire, qu’ils se trouvent plus classe en fréquentant un pédé, c’est de l’autoérotisme, cela fait démocrate, open and smart. Il suffit d’avoir traîné quelque temps au bar Le Saint-Sauveur à Ménilmontant, d’avoir observé dans ce bar antifasciste plein de testostérone, les mecs les plus virils danser maladroitement dans un jeans serré qui moule joliment leurs queues, pour comprendre comme « le virilisme n’est rien d’autre que l’encombrante introjection névrotique, de la part de l’homme, d’un désir homosexuel très fort et censuré pour les autres hommes. Le virilisme gêne et durcit l’être humain de sexe masculin et le transforme en une rude caricature du mâle. Il n’y a rien de plus ridicule et fondamentalement fragile qu’un hétérosexuel viriloïde qui affiche sa propre puissance, violente et ’’absolue’’, et qui, ce faisant, se nie autoritairement elle-même, ainsi que la ’’femme’’ et la folle qui est en lui, et se fait policier du système phallophore. Il n’y a rien de plus faible qu’un mâle viriloïde qui craint l’impuissance et la castration, justement parce qu’en réalité, en tant que mâle ’’absolu’’, il est déjà un être humain mutilé. » Mais ils ne veulent surtout, les petits hommes, que l’on touche à leurs anus, que l’on remette en cause leurs virilités de petits poulains. Mieli répond à un militant : « Cher camarade, tu ne t’es jamais demandé pourquoi ça te fout tellement les boules quand on te pose la question de ton désir homosexuel ? De ta foutue homosexualité ? Et ne viens pas me dire : ’’Toi tu es libre de t’occuper de tes oignons, mais ne t’occupe pas des miens’’, alors que toi tu n’es pas libre de me désirer, de faire l’amour avec moi, de jouir de la communion sensuelle de nos corps, alors que tu exclus d’avance toute possibilité d’avoir un rapport sexuel avec moi. Si toi, tu n’es pas libre, comment je peux être libre, moi ? La liberté révolutionnaire n’est pas un fait individualiste, c’est un rapport de réciprocité : mon homosexualité est ton homosexualité. Et les paillettes ne sont ni exagérées ni violentes, comme n’est ni exagéré ni violent mon désir de jouir de ton homosexualité, de notre homosexualité, cher camarade.... » Il ne s’agit pas de culpabiliser les hétéros, de les faire devenir des flagellants qui, avec un volontarisme de caserne, chercheraient à tout prix à se débarrasser de leur désir pour les femmes pour correspondre à une idéologie politique. Le terrain de la lutte, c’est la liberté, pas la culpabilité. La culpabilité n’a jamais libéré personne de rien et bien au contraire, elle produit très souvent des réflexes d’animal blessé. Comme le disaient les féministes milanaises, la liberté est la seule voie pour parvenir à la liberté.

3. Prenons un autre exemple : l’etero-checca, que nous traduirons par hétéro-pétasse. Il est toujours fascinant de constater comme certains hétéros adorent se faire passer pour des pédés, comme cela comble un infini désir d’être au centre de l’attention, de séduire, même des mecs si c’est trop difficile avec les filles, de cultiver l’ambiguïté, pour ne finalement jamais lâcher le contrôle parfait de leurs petites personnes (c’est-à-dire, comme l’indique l’étymologie, leurs masques). « Le phénomène des hétéro-pétasses doit être considéré comme étant ouvertement connecté à la sublimation de l’homoérotisme. Un hétéro-pétasse est un hétérosexuel qui, alors même qu’il n’est pas conscient de la composante gay du désir et qu’il n’a pas de rapport homosexuel, a toutes les attitudes (pour ne pas dire le savoir-faire) d’une folle. » Le capital, et l’homme-capital qui va avec, peut tout à fait mimer une homosexualité diffuse comme ultime arme pour maintenir le statu-quo de l’hétérosexualité. La marchandisation de l’homoérotisme fut une attaque en règle, d’une efficacité sournoise, contre l’inquiétante généralisation du désir homosexuel. « Le capital libéralise le désir en le canalisant dans un cours consumériste. Loin de se libéraliser effectivement, l’homosexualité joue un rôle de premier plan dans le spectacle capitaliste totalitaire. Aujourd’hui, il n’y a pas de manifestations ’’artistiques’’ à la page qui ne tiennent plus ou moins compte des contenus homoérotiques du désir. » L’hétéro-pétasse témoigne de cette lâcheté proprement libérale qui ne libère en vérité rien d’autre que de nouveaux terrains pour la valeur d’échange. Lorsque le capital fait de l’homosexualité une mode, comme le féminisme, un « nouveau thème » à intégrer dans l’industrie culturelle, cela ne signifie pas qu’il y ait un changement réel de mœurs, il y a seulement un rayon de plus qui s’est ouvert dans le supermarché. Il n’y aura pas de changement de mœurs sans une sortie effective de l’économie, tout simplement parce que les mœurs hétérosexuelles sont solidaires du capital. Lorsque le capital se dévalorise, après 1971, il ne se maintient que par le crédit et la spéculation. Il réinvestit donc de nouveaux thèmes théologiques sécularisés, et perdure à travers un renforcement de son système symbolique. Il ne faut donc pas croire que la libéralisation de l’homosexualité, son acceptation, sa normalisation, soit autre chose qu’une manière de rassurer le système symbolique hétérosexuel. Les homos, c’est bien connu, on leur fait un quartier chic, des boîtes à partouze, ce sont aussi d’excellents vendeurs de fringues, ils font le travail reproductif aussi bien que les femmes, sauf qu’ils ne se mettent jamais en congé maternité, et, au moins, ça permet de rester entre mecs. Les hétéro-pétasses, dans ce contexte, incarnent subjectivement une forme d’économie qui a pris un essor massif après la fin de l’étalon-or, une phase que l’on peut espérer transitoire. Ils projettent sur les pop-stars gays leurs propres désirs refoulés, et cette projection autorise le statu quo. « Les rues de Londres pullulent de jeunes couples hétérosexuels, vêtus, maquillés et coiffés comme leurs idoles carnivores gays, mais il s’agit toujours de couples hétérosexuels et – mis à part de rares exceptions qui viennent confirmer la règle – ils demeurent tels. » Hétéro-pétasse, encore un effort pour être révolutionnaire.

4. La lutte des pédés révolutionnaires, ceux qui combattent pour la libération des gais désirs refoulés, rejoint celle des féministes qui luttent contre la domination machiste et les violences sexuelles. « La contradiction homme-femme et la contradiction hétérosexualité-homosexualité s’entremêlent : si un gay de sexe masculin se comporte de façon antithétique par rapport à la Norme hétéro, qui fait fonctionner le système, elle demeure toujours, volens nolens, plus ou moins consciemment, liée au phallocentrisme qui fonde le système. » Si la misogynie homosexuelle n’est pas à nier, et constitue sûrement le pire péril qui doit inquiéter tous les homosexuels, elle est moins présente chez les pédés qui acceptent leurs féminités. C’est la répression de notre féminité, de notre désir d’être des folles, qui induit la misogynie. Nous avons donc, en tant que pédés, à apprendre à assumer au grand jour la féminité que certains d’entre nous ont refoulée pour endosser le rôle de « personne sociale » acceptable et reconnaissable dans les codes de la Norme hétérosexuelle. Nous pouvons accepter notre féminité à l’extrême même, reprendre les stéréotypes féminins les plus éculés, devenir diva, tout en sachant parfaitement que tous ces stéréotypes, tous ces rôles, n’ont en vérité absolument aucun sens. Nous partageons avec les femmes l’expérience d’avoir été considérés, ne serait-ce qu’une fois, comme un « trou, comme un objet sexuel sur lequel l’homme, convaincu de sa ’’supériorité’’, défoule un désir médiocre, névrotique et égoïste ». Ceux qui veulent « essayer pour voir », et dont finalement « ce n’est pas le truc », ne s’abandonnent pas en réalité à une relation érotique avec nous mais veulent simplement confirmer, dans une baise machinale, combien leur ego est bel et bien actif. Le rapport des mâles hétéros avec les femmes ne pourra changer que lorsqu’ils auront appris à changer leurs rapports avec les autres hommes. « Pour l’heure, du point de vue sexuel (mais pas seulement), ils souhaitent faire aux femmes ce que, à cause du refoulement de l’homosexualité, ils ne toléreraient jamais qu’on leur fasse : ils veulent baiser les femmes et ont horreur d’être baisés ; ils jouissent tranquillement en éjaculant sur la gueule des femmes, mais ils éprouvent le plus grand dégoût à la seule idée qu’un autre homme leur gicle sur la gueule... Tout cela fait partie de l’inégalité hétérosexuelle et de son absurdité. Pour l’heure, du point de vue de la révolution, les mâles hétéros représentent encore trop le capital, l’ennemi, l’exploitant, l’aliénation. Seule la lutte des femmes peut les changer. Seule la lutte des homosexuels et seul le plaisir gay peuvent les faire devenir, eux aussi, pédés. Certains mâles commencent à s’en rendre compte : ah bon ?  ». Nous souhaiterions « ’’une grève sexuelle à outrance’’ des femmes à l’égard des mâles hétéros, la création de rapports neufs et totalisants entre femmes, et, donc, la complète libération de l’homosexualité féminine. ’’Ne faites plus l’amour avec les hommes, faites l’amour entre femmes, faisons l’amour entre nous’’, voici la proposition gaie que nous faisons aux femmes. Il s’agit d’une proposition doublement intéressée (et intéressante) : si d’un côté nous sommes intéressés à approfondir notre rapport gay avec les femmes, de l’autre nous sommes intéressés à ce qu’elles nous laissent à disposition tous les mâles hétéros... Ce sera un beau divertissement ! » Il est toujours amusant de voir une féministe pointilleuse sur les rapports homme-femme, ne pas se questionner une seconde sur son homosexualité réprimée. C’est peut-être pour ça que Mona Chollet est dans le hit-parade juste à côté de Zemmour, ça rassure sur soi-même, ça n’inquiète personne, on est bien au chaud, c’est parfaitement safe, lorsque l’on reste chez soi. Courage camarade, get rid of yourself  ! Il est peut-être un peu idéologique de dire que « le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, c’est la pratique » (T. Grace Atkinson), mais ça devrait tout de même titiller les féministes-yoga qui adorent prédire la subversion dans les cheveux gris comme dans du marc à café. « Pour ma part, si vraiment je croyais aux avant-gardes, je dirais que l’avant-garde de la révolution sera composée de lesbiennes. Dans tous les cas, la révolution sera lesbienne. »

5. À force de trop parler de « néo-libéralisme » et de « biopolitique », bref à force de trop parler le Foucault depuis les chaires universitaires, on en a presque oublié de parler du Kapital, de la valeur d’échange, de la réification. C’est donc en toute cohérence que les artistes féministes les plus radicales éclairent de néons les défilés Dior (voir Claire Fontaine [1]). On a tellement commenté la « production de subjectivités » que l’on a envoyé balader une analyse de la production capitaliste. De la même manière que pour les identités, le problème n’est pas la redistribution de la richesse mais bien sa production. Il y a en ce sens une solidarité secrète entre une critique catégorielle du capitalisme, donc du travail et de l’économie, et une critique des identités femme-homme, hétéro-homo. Seuls ceux qui conçoivent le capitalisme comme un vampire de la « bonne économie », un parasite qu’il suffirait, on ne sait comment, d’éliminer d’un organisme autrement sain, verrons dans l’obtention de nouveaux droits une Libération*, dans la protection étatique un progrès et dans la revendication d’un revenu garanti un combat émancipateur. « Tolérer la minorité homosexuelle, sans que la majorité remette en question le refoulement du désir homoérotique qui la caractérise, signifie reconnaître aux ’’différents’’ le droit de vivre, précisément, en tant que ’’différents’’ et donc à la marge. La marginalisation favorise l’exploitation, hautement lucrative, des homosexuels par le système qui les marginalise. » Le procès d’anthropomorphose du capital, tel que le jeune Camatte, celui d’avant 1974, l’avait appelé, désigne précisément l’extinction de la lutte sur le terrain désormais caduc de la « politique ». Lorsque le capital se fait homme, il ne se satisfait pas de soumettre l’individu à sa rentabilité mais investit l’intériorité pour réduire l’homme au rôle de « personne sociale ». Dans une telle redistribution de l’antagonisme, la politique n’est que l’autre face du capital, et ne constitue en rien un enjeu de lutte pour le mouvement révolutionnaire. « Moi, je pense que les homosexuels sont révolutionnaires aujourd’hui s’ils ont dépassé la politique. La révolution pour laquelle nous nous battons c’est aussi la négation de tous les rackets politiques machistes (fondés, entre autres, sur l’homosexualité sublimée), en ceci qu’elle est négation et dépassement du capital et de sa politique qui s’infiltrent dans tous les groupes de la gauche et qui les caractérisent, les soutiennent, et les rendent contre-révolutionnaires. Par ailleurs, mon trou du cul ne veut pas être politique parce qu’il ne se vend à aucune forme du racket de gauche en échange d’un peu de ’’protection’’ politique et opportuniste dégueulasse. Le trou du cul des ’’camarades’’ de gauche sera révolutionnaire lorsqu’ils auront appris à en jouir avec les autres et lorsqu’ils cesseront de couvrir leur derrière avec l’idéologie de la tolérance pour les pédés. Tant qu’ils continueront à se cacher derrière le paravent de la politique, les ’’camarades’’ hétérosexuels ne sauront jamais ce qui se dit dans leur dos. Les vrais révolutionnaires, cessant d’être des politiciens, seront des amants. » Continuer le jeu de la politique, c’est confirmer notre statut de victime, c’est parler la langue des chiffres, de la statistique, bref, la langue pourrie de la sociologie. Nous n’avons pas besoin de rajouter une case sociologique, nous avons besoin d’abolir toutes les cases. S’il est vrai que « la dure persécution de l’homosexualité nous a amenés, nous autres gays, à nous attacher à notre identité d’homosexuels : pour nous défendre et pour nous affirmer, il nous fallait avant tout savoir résister, savoir être homosexuels », ce n’est désormais plus chose nécessaire. On s’attache à son identité comme d’autres s’attachent à la nation – prenons l’air, désertons, exilons-nous de nous-mêmes. Faisons de la liberté une pratique de tous les jours. Lorsque nous nous identifions au rôle de la victime, nous ne faisons que confirmer le pouvoir de l’oppresseur. Rien n’est plus rassurant pour un régime que d’avoir des victimes qui se reconnaissent comme telles : les choses sont tellement claires que c’est la Mag-Light policière qui donne la visibilité. « Les homosexuels révolutionnaires ont décidé de ne pas s’accommoder du rôle de victime et ont commencé à refuser, une fois pour toutes, d’être les exceptions qui confirment la règle. Il s’agit, pour nous, de rayer pour toujours la Norme qui nous dégrade et nous opprime. La victimisation n’est jamais plus suffisamment gratifiante, car, en définitive, elle ne l’a jamais été (même si cela valait encore la peine d’écrire une Martyrologie de la folle détaillée). Nous entendons jouir librement, sans interférences, aussi bien de notre homosexualité et de celle d’autrui que de nos tendances masochistes (et de celles d’autrui). » Cela pourrait être un beau jeu que de s’adonner enfin à la destruction de la tolérance répressive du capital. Un beau jeu qui prend une urgence vitale. Alors que je marche complètement défoncé dans les rues de Paris, mon goût pour la communauté humaine prolonge mon goût pour le monde – et je désire le gay communisme.

Une bande de chats homosexuels fous d’amour pour le communisme
mars 2020.

Photo publiée dans le premier numéro du journal "Fuori !" en 1972.
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