De Tricks au Grand Remplacement : politique et homosexualité chez Renaud Camus

Comment comprendre les affirmations sexuelles de Renaud Camus qui appelait à un Nouveau Monde gay à l’aune de sa théorie politique ?

publié en Mai 2020, dans le numéro CINQ

Expliquant volontiers qu’il n’a pas eu plusieurs vies distinctes comme beaucoup d’autres, Renaud Camus parle de continuité, de cohérence lorsqu’il aborde son parcours, son histoire, son œuvre. Son maître-mot est « unité ».
Cette « unité », dont il se réclame, est mise à l’épreuve du récit public de son personnage. D’un côté un jeune écrivain qui entreprend de banaliser les rapports homosexuels au travers de son expérience à l’époque où elle est encore taboue et considérée comme pathologique. On peut ainsi lire sur la quatrième de couverture de Tricks paru en 1979 : « Ce livre essaie de dire la sexualité, en l’occurrence l’homosexualité comme si ce combat-là était déjà gagné, et résolus les problèmes que pose un tel projet : tranquillement. » Certains diront qu’il était le leader d’une génération. Une génération d’homosexuels qui ne cherchent pas l’acceptation — car accepter, c’est encore ségréguer — mais qui vivent sans que leur sexualité ne soit un problème. En 1984, lors d’une table ronde télévisée Renaud Camus prenait la parole en ces termes : « Les premiers mots que vous avez prononcés, c’est : le problème homosexuel. Et je ne m’oppose nullement à vous, mais je dois dire que c’est une expression qui pardonnez-moi, n’est plus admissible. C’est comme de parler du problème juif. C’est totalement inadmissible. Le problème, ce n’est pas la judéité, ce n’est pas non plus l’homosexualité, l’homosexualité en soi n’est nullement un problème. Le problème, c’est ce que l’on a appelé d’un mot très malheureux, mais qui devra faire l’affaire encore ce soir, c’est l’homophobie. C’est le racisme anti-homosexuel. La violence anti-homosexuelle. Le mépris à l’égard des homosexuels ».
D’un autre côté, Renaud Camus, vieil aristocrate isolé, entouré d’œuvres d’art dans son château du XIVe siècle, est un théoricien d’extrême droite d’influence internationale. Pièce maîtresse de sa pensée, le Remplacisme Global est cette théorie visant à révéler l’évincement démographique des « français de souche », des « indigènes français » par des peuples non européens, extérieurs, allogènes, issus du continent africain. Ce « remplacement » s’effectuerait suivant un processus d’immigration de « peuplement » avec la bénédiction d’un pouvoir qui le favorise et en tire profit.
Pour les groupuscules identitaires ou pour le terroriste Brenton Tarrant, auteur de l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, le Grand Remplacement est une vérité incontestable et Renaud Camus un mentor, une muse. On peut ainsi lire sur son compte twitter : « Le XXe siècle aura connu deux génocides majeurs, dont le second déborde nettement sur le XXIe : le génocide raciste, la Destruction des Juifs d’Europe, à la fin de la première moitié ; puis le génocide antiraciste, la Destruction des Européens d’Europe, à la fin de la seconde. »
« Il n’y a pas d’Islam, il n’y a pas de zones de non-droit, il n’y a pas de quartiers — il y a un Occupant cruel et conquérant auquel un peuple et un pays sont livrés par une ignoble camarilla de gestionnaires comptables choisis par des machines. »
« Il n’y a pas de reconstruction possible de cette nation sans le départ de l’Occupant, qui montre et démontre avec emphase tous les jours, ces temps-ci, qu’il appartient à d’autres peuples, d’autres races, d’autres cultures, d’autres civilisations, totalement incompréhensibles. »

Entre ces deux personnages Renaud Camus, il y a ce que les médias ont appelé : l’affaire Camus. Dans son journal de l’année 1994 paru en 2000 sous le titre La campagne de France, Renaud Camus s’en prend à une émission radio de FranceCulture à vocation généraliste, qu’il estime surinvesti de journalistes juifs ; incapables selon lui de représenter la culture française. S’ensuit alors une exclusion progressive de la presse, de maisons d’édition, des cercles littéraires et culturels.

Nous ne voulons pas expliquer Renaud Camus, nous n’en avons pas la prétention. C’est pourquoi le récit qui cherche à « expliquer » son parcours n’a que peu de valeur. Comme si à coups de causes et de conséquences, nous pouvions arriver à « comprendre » comment on passe de l’un à l’autre, c’est-à-dire deux natures d’homme à priori antagonistes. C’est cet a priori que nous allons interroger dans le texte qui suit. En scrutant cette notion d’unité, chère à Renaud Camus. Nous chercherons d’une part dans ses idées, son imaginaire, sa constellation de pensées et d’autre part dans la vie du personnage la généalogie de ses théories. Existe-t-il un lien entre le tricks et le grand remplacement ? Comment comprendre les affirmations sexuelles de Renaud Camus appelant à un Nouveau Monde gay à l’aune de sa théorie politique ? Le tricks de Renaud Camus a contribué à construire un rapport à la sexualité qui est encore en vigueur aujourd’hui. Nous essaierons de comprendre comment puis nous chercherons à soulever les ambiguïtés que ce rapport à la sexualité entretient avec le politique.

DE L’HOMOSEXUALITÉ NOIRE À L’HOMOSEXUALITÉ BLANCHE

En arrière-fond, le Front Homosexuel d’Actions Révolutionnaires marque le début de la décennie en exposant l’homosexualité à la vue de tous. Désormais, la sexualité devenait une affaire politique et sociale. Il entreprit une critique générale de la domination et de ses formes : institutions, couple, famille, État, travail et hétérosexualité. Cette critique totale, allant du lit à l’usine, semblait pouvoir remettre en question l’intégralité du monde capitaliste occidental. Le mouvement ne dure pas, mais infuse ses idées tout au long de la décennie [1]. Celle-là même qui verra s’épanouir Renaud Camus. Jeune écrivain, il côtoie l’élite culturelle de son temps dans une forme-de-vie mêlant fêtes, sexe et érudition. Le contexte sexuel et politique de la naissance du personnage nous semble déterminant pour saisir les contrastes entre les différentes conceptions de l’homosexualité qui s’y affrontent. La ville de Paris est le théâtre d’une sexualité en mutation et dont Renaud Camus baptisera le protagoniste du nom d’achrien.
Les enjeux concernant l’homosexualité étaient de nature politique. Homosexualité noire ou homosexualité blanche (d’après une formule de Guy Hocquenghem), chacune prétendait aiguiller la signification des comportements sociaux et sexuels de la population homosexuelle. C’est-à-dire construire une cohérence entre la vie sociale et la vie sexuelle. C’est une époque importante où se formèrent les imaginaires sexuels dont nous sommes encore les héritiers. Non pas que ces deux conceptions aient été construites comme le sont des positions politiques, elles sont plutôt de nature à traduire les impressions, les changements, et les rapports au monde d’une génération d’homosexuels.

Les années 70 marquent les dernières heures de l’homosexualité sous l’influence maligne de l’astre Genet (avant la grande marche forcée des années 80 acceptation — ghettoïsation — intégration – tolérance). C’est en exposant pleinement l’archéologie de l’homosexualité comme l’a pratiqué le FHAR, c’est-à-dire comme catégorie de la délinquance puis de la pathologie, que le stigmate peut se retourner en force. Ce qui était un secret privé, parfois très lourd, se transforme en mode de vie. Toutefois, l’homosexualité est encore un risque. Les lieux de dragues peuvent cacher des guets-apens, des rencontres qui tournent mal. Le risque de ne pas savoir sur qui l’on va tomber et que l’on prend malgré tout. Ces lieux brassent des gens très différents. Il existe toute une cartographie informelle des pissotières, des plus chics aux plus populaires. C’est aussi la rencontre, dans ces lieux de dragues, avec les Arabes. Rencontres ô combien fantasmées par les pédés révolutionnaires y percevant une liaison politique d’un genre nouveau. Ainsi, on peut lire dans la grande
encyclopédie des homosexualités :
« Il est très facile, pour un Occidental, jeune ou vieux, d’avoir des rapports homosexuels avec les « Arabes », et c’est là le fait fondamental. Il est plus facile de draguer un « Arabe », à Paris, ou en province, à Bruxelles, à Amsterdam, que de draguer un Européen. Presque tous les jeunes arabes sont prêts à coucher avec des hommes.
Les rapports d’amitié entre les homosexuels européens et leurs partenaires « arabes » sont généralement plus satisfaisants, plus positifs, qu’avec d’autres pédés européens, qui font souvent partie d’un milieu complètement pourri, qui vivent assez souvent leur homosexualité de manière « pathologique ».
« L’amour avec les Arabes, c’est la rencontre de deux misères sexuelles. Deux misères qui se branchent l’une sur l’autre… C’est aussi ma misère sexuelle. Parce que j’ai besoin de trouver un mec tout de suite. On est obligé parce que l’on est dans une situation pourrie… Et quelquefois je me dis : dans quelle situation, bon Dieu, on est obligé de se foutre pour jouir ! » [2] .
Les pédés révolutionnaires voyaient dans ces rapports avec les Arabes une alliance objective de catégories rejetées. Depuis la guerre d’Algérie, l’homme arabe jouit d’une réputation faite de mœurs débridées et inquiétantes. L’homosexuel ne trouve nulle part la trame lui permettant de prendre pleinement part à l’Histoire. C’est donc naturellement que cette liaison prend racine dans des conceptions très politiques de la sexualité : celle qui met à mal le sujet et l’identité. Devenir autre.

Ce qui va passer de l’ombre à la lumière, c’est en premier lieu le décor. Frédéric Martel dira à propos de la fin de la décennie que les noctambules y vivent leurs soirées les plus drôles, les discothèques homosexuelles se multiplient avec la musique de même nom (disco), les radios libres apparaissent avec leurs émissions gaies, bientôt les minitels roses. Un marché sexuel se met en place et accompagne l’émancipation homosexuelle. Déjà, une communauté homosexuelle apparaît, non pas comme reflet d’une minorité gaie identitaire ou politique, mais comme simple communauté de désir : le sexe est communalisé. Cette évolution est essentielle puisqu’elle va permettre au mouvement homosexuel d’exister et de devenir réalité concrète lorsqu’il entre sur le marché [3].
Les bars et les boites de nuit homosexuelles deviennent des lieux de rencontres et de consommation du sexe. Les backrooms deviennent inhérents aux lieux gays. Les clientèles s’homogénéisent socialement suivant les lieux. Alain Fleig écrira qu’il était question de la soumission de la libido à la loi de la valeur. Formule qui résume tout. C’est le début de la « ghettoïsation » homosexuelle qui correspond aussi à son investissement par l’économie qui structure la sociabilité homosexuelle en fonction du niveau de vie. Des lieux gays pour chaque classe sociale. La ghettoïsation se perçoit aussi au travers d’une certaine esthétisation : celles des styles très marqués, particulièrement l’homme viril et moustachu.
Dans ses Notes Achriennes de 1982 Renaud Camus cite les paroles de son mentor Roland Barthes, prononcées dix ans auparavant à propos de ce « continent noir » cher à Guy Hocquenghem : “La délicatesse du jeu sexuel, c’est là une idée très importante et tout à fait inconnue, me semble-t-il, de l’Occident. La raison en est simple. En occident, la sexualité ne se prête très pauvrement qu’à un langage de transgression ; mais faire de la sexualité un champ de transgression c’est encore la tenir prisonnière d’un binaire (pour/contre), d’un paradigme, d’un sens. Penser la sexualité comme un continent noir, c’est encore la soumettre au sens (blanc/noir) (…) Voyez encore les pays arabes. On y transgresse aisément certaines règles de la “bonne” sexualité par une pratique assez facile de l’homosexualité (…) Mais cette transgression reste implacablement soumise à un régime du sens strict : l’homosexualité, pratique transgressive, reproduit alors immédiatement en elle le paradigme le plus pur qu’on puisse imaginer, celui de l’actif/passif, du possédant/possédé, du niqueur/niqué, du tapeur/tapé (…) dans ces pays, toute pratique qui déborde l’alternative, la brouille ou simplement la retarde est d’un même mouvement interdite et inintelligible”. Camus reviendra à plusieurs reprise sur cette civilisation « méditerranéenne », obsédée par les rôles sexuels rigoureusement constitués et donc hostile à sa conception de l’homosexualité.
Dans Travers, publié en 1978, il raconte la création du néologisme achrien. Façonné par un jeu de méthode et de mots, il désignera les individus sexuellement attirés par leur propre sexe, et tout ce qui se rapporte à eux. Sa chronique dans le Gai Pied s’intitulera : chroniques achriennes. Renaud Camus construit son Nouveau Monde gay, peuplé d’archriens, par le rejet les rôles sexués (rejet de la féminité affirmé, rejet de la folle) et des rôles sexuels (pour lui l’esprit méditerranéen est celui ou prévaut le couple actif-passif, d’un côté la force, l’initiative, de l’autre la faiblesse et la soumission). Mais jamais Renaud Camus ne l’explicitera, jamais il n’en fera une théorie. Aussi l’archien ne laissera tout simplement aucune place à ce qui n’est pas exactement comme lui.

TRICKS

Tricks sera l’œuvre-programme de Renaud Camus. Le biais par lequel s’affirmera un monde archrien et en filigrane une critique de l’homosexualité noire. Autour de la question de l’homme arabe se cristalliseront deux discours : homosexualité blanche contre homosexualité noire, Guy Hocquenghem contre Renaud Camus.

Renaud Camus publie Tricks en 1979, devenant immédiatement l’argument et le symbole de ce Nouveau Monde homosexuel. Celui-ci raconte ses rencontres sexuelles de l’année 1978. Chacune des 45 entrées est classée par ordre chronologique et désigne par le nom, le prénom ou un descriptif physique l’amant dont il sera question. Chaque entrée relate à la première personne le contexte de la rencontre (un bar ou une boite de nuit) l’approche, les regards, les discussions, le chemin du retour et bien évidemment, le sexe.
« La loi du tricks c’est d’abord la rencontre. Ça ne peut être que le premier épisode. Puisque les personnages se présentent d’emblée comme des récits, l’être se présente comme récit. C’est-à-dire qui est-il ? D’où vient-il ? S’il le dit. S’il répond aux questions, si question il y a » [4].
Roland Barthes, préfaçant le livre de son ami, y voit la fin de la politique gay et un âge nouveau de la sexualité gay. C’est ainsi qu’il achève sa préface : « trick, c’est la rencontre qui n’a lieu qu’une fois : mieux qu’une drague, moins qu’un amour : une intensité, qui passe, sans regret. Dès lors, pour moi, trick devient la métaphore de beaucoup d’aventures, et qui ne sont pas sexuelle : rencontre d’un regard, d’une idée, d’une image, compagnonnage éphémère et fort, qui accepte de se dénouer légèrement, bonté infidèle : une façon de ne pas s’empoisser dans le désir, sans cependant l’esquiver : une sagesse en somme. »
Deux éléments du livre sont particulièrement marquants puisque chacun d’eux est récurant ou essentiel. Le premier est le type d’homme qui se construit derrière chacun des tricks. Les hommes se ressemblent tous. Plutôt virils et moustachus, les amants sont le reflet des goûts particuliers de l’auteur. En ce sens, on comprend bien qu’il existe un lien fort entre les goûts particuliers, individuels, censés être l’expression d’un moi, d’une originalité et le stéréotype de l’homosexuel qui caractérise cette époque. L’image de l’homosexuel qui se dégage du livre est celle d’un homme non efféminé et dont la sexualité est simplement une pratique. Une pratique qui n’est pas assujettie à une représentation ou une identité. Le deuxième élément est celui de l’auteur. Le « je ». Habituellement, les récits à la première personne incarnent l’individualité de l’auteur, sa singularité. Une marque forte qui permet au moi d’exister en contraste du monde. Parce qu’il met en scène ses aventures avec des hommes qui lui ressemblent, cette marque s’efface graduellement à la lecture jusqu’à se retourner et devenir finalement impersonnelle. Laissant ainsi la place du récit au lecteur, c’est lui qui devient « je ». En ce sens, il n’est pas étonnant que le livre ai été un succès puisqu’en racontant le tricks, et en le racontant à la première personne il permet à tout un chacun de vivre le tricks à son tour. Retenons ici que ce lien original avec le lecteur est rendu possible, uniquement si l’on partage avec lui un certain nombre d’éléments sociaux et culturels pour ne pas dire un certain code. On comprend donc que Tricks est avant tout un succès parisien et branché.
Todds Shepard, dans Mâle décolonisation, raconte comment Tricks est un rouage de l’affrontement politique autour de la question homosexuelle. D’un côté, une recherche de transgression, un risque. Guy Hocquenghem était pédé plutôt que français. Partageant volontiers avec les Algériens plaisirs et rejet social (absences de reconnaissance et de considération sociale), il faisait justement de ce lien érotique, un lien politique. Le risque de l’altérité radicale jusqu’à s’oublier soi-même et devenir autre. De l’autre, un amour du même physiquement et psychologiquement. Un dépassement du mal être homosexuel et des rôles sexuels.
“Ce que montre cette dispute entre Hocquenghem et Camus à la fin des années 70 est que l’obsession arabe que l’un et l’autre partageaient provenait des débats libérationnistes gays et, plus généralement, des débats français pendant toute la révolution sexuelle. Depuis, cependant, une des deux versions de cet intérêt a gardé de son l’influence. Avec Tricks, Camus contribua à un effacement plus général de la question arabe parmi les considérations sur l’avenir de la politique gay. Sa foi dans la primauté de la similitude — primauté des hommes virils et sexuellement polyvalents avec des hommes identiques, primauté des « blancs autochtones » — et sa conviction qu’une communauté composée d’images en miroir doit maintenir les gens considérés comme différents (ou qui cherchent la différence) en dehors d’elle ont préparé le terrain à la réinvention d’un passé gay conventionnel faisant de « la sortie du placard » la seule réponse politique possible. C’était enterrer le discours anticolonial des libérationnistes homosexuels du FHAR, notamment de Hocquenghem, et son rejet absolu d’une “homosexualité enfin blanche, dans tous les sens du terme.
Renaud Camus était le héraut de cette version blanche de la politique gay. On taxait aussi de réactionnaires ceux qui choisissaient de ne pas lier les plaisirs ou le soulagement qu’ils trouvaient dans l’acte sexuel à une identité sexuelle spécifique. Le besoin de définir une identité homosexuelle publique était un projet politique. Comme l’histoire de la révolution sexuelle le révèle, une réponse à une histoire spécifique. Pourtant, il est difficile de le reconnaître. Au lieu de cela, un schéma évolutionnaire se faisait jour, d’après lequel le coming out était indissociable de la marche inévitable du progrès. Le passage sous silence du rôle de l’“Arabe” dans la constitution de l’identité gay moderne en France participe de ce projet réactionnaire” [5].

L’HOMOSEXUEL ET L’ÉCRIVAIN

Confronter l’homme au personnage, c’est montrer comment les nuances, les silences, les non-dits sont autant d’éléments au service d’un imaginaire. C’est aussi le moyen de percevoir le travail de cet imaginaire sur le réel.

Renaud Camus est un homme de son temps. À l’aise avec son identité homosexuelle, il appelle à la vivre « tranquillement » c’est-à-dire dans sa banalité et sa simplicité. Or, si cette nouvelle génération est sans doute la première à « normaliser » l’homosexualité, elle révèle aussi que celle-ci a changé de sens. La génération précédente était celle où l’homosexualité était enlacée avec le politique, avec l’agitation sociale, avec le prolétariat maghrébin. L’homosexualité de Camus est celle qui a quitté les rivages du politique, qui n’y trouve plus son sens ou son esprit de liaison. Il faut donc comprendre le tricks comme une affaire privée.
On a beaucoup parlé, avec Foucault, de la construction récente de l’homosexualité entendue comme une création institutionnelle résultant du discours psychiatrique du XIXe siècle. Nous disons aujourd’hui que c’est ici que se situe l’aboutissement de ce long processus. L’achèvement de l’homosexualité est son indépendance, son autonomie, sa capacité d’isolement d’avec les autres champs essentiels qui caractérisent la vie de l’homme.
Évoquant cette séparation, c’est-à-dire la fosse entre son personnage d’écrivain et son « je » quotidien il dira : “Très souvent je me trouve dans des situations sociales ou j’ai plutôt tendance à décourager les gens d’aller voir ce que j’écris en particulier dans des situations de tricks. Qu’est-ce que j’avais écrit jusqu’à présent ? J’avais écrit Passage par exemple ou collaborer au premier volume de Travers. Les garçons que je rencontrai je m’en serais fait des ennemis mortels en leur disant : « va voir, je t’en prie » [6]. Alors, je leur dis : “Oui, c’est un peu genre nouveau roman” [7]. C’était très très dissuasif dans la plupart des cas. On était tranquille après ça, ils n’allaient pas y voir de trop près.”
Alors même que le livre Tricks colle puissamment ensemble l’expérience sexuelle originale du « je » avec le monde (c’est-à-dire ici le lectorat, l’objet livre, l’auteur), alors même que l’écriture promettait la fin de la séparation, de la honte ou du secret, on s’aperçoit que l’on a sens doute mal regardé, mal compris. Parce qu’il n’est pas astreint au sens, le tricks est une succession d’espace clos, d’espaces privés qui se succèdent : la boite, le petit coin de buisson, la garçonnière.
C’est donc tout naturellement que Renaud Camus peut déclarer d’un air malicieux : « Je suis pour l’Ordre, moi, madame. Pour un ordre moral en particulier. Non, non vive l’Ordre. Tout art, j’en suis absolument persuadé, ça m’amuse parce que ça met toujours tout le monde hors de soi, je suis absolument persuadé que tout art, que toute œuvre est une victoire de l’Ordre » [8].
Cette déclaration ramène à notre point de commencement : « Je crois que ma vie est cohérente ». Derrière cette notion d’ordre, nous constatons que Renaud Camus navigue sans peine entre la morale, la politique et la littérature. Ce qui rend d’autant plus difficile à comprendre cette suspension de la sexualité. « L’obsession sexuelle m’a sauvé de l’obsession mondaine », disait-il à la fin des années 90 et bien qu’omniprésente, la dimension sexuelle semble toujours comme à-côté.
À ce stade, il faut comprendre que l’homosexualité dont Renaud Camus se fait le chantre n’est ni en continuité des années 70 ni en réaction. Elle est simplement autre. Entendons, comme Massimo Préaro nous l’apprend qu’il n’existe pas de continuité historique ou de progrès dans l’histoire de l’homosexualité. Il existe seulement des moments, des séquences historiques pendant lesquelles l’homosexualité se politise, créant ses énoncés propres, avec des enjeux spécifiques et un rapport aux luttes passées choisies.
Camus ne s’inscrit ni dans un aspect historique de l’homosexualité (c’est-à-dire politique), ni dans un son aspect social (car privé).
Aussi, il est vain de remonter le temps de l’histoire de l’homosexualité en espérant trouver des éléments susceptibles d’expliquer sa proposition. L’achrien de Renaud Camus est homme de son temps, né sous les augures de la mondialisation.

LE GRAND REMPLACEMENT

C’est à partir des années 2000, vingt ans après Tricks que Renaud Camus commence à déployer ses idées politiques et à les vivre pleinement. « J’ai surtout une conception très impérialiste, très envahissante, tout-englobante de la littérature, comme étant véritablement un mode de la présence, une façon, et parmi les plus hautes, d’habiter la terre, et d’habiter le temps » [9]. Le « je » de l’écrivain va laisser la place au « Je » de l’auteur. Renaud Camus ne raconte plus des chemins ou des fragments, il explique le monde. Il ne met plus en scène des êtres-récits, il explique l’histoire, la géopolitique, l’ontologie. Pour introduire au grand remplacement, je propose donc deux citations à mettre en miroir entre celle de l’écrivain et celle de l’auteur. Voici la première : “J’ai bien eu quelques expériences sexuelles avec des Arabes ou des Levantins ; plusieurs excellentes (mais alors avec des Arabes très occidentalisés, généralement) ; la plupart désastreuses. Je n’ai aucune vocation de moukhère, et me faire enculer en quarante-cinq secondes par une bite imbranlable au son de “T’aime ça, hein, t’aime ça ?” (qu’j’t’inique ?) n’est pas mon idéal. Non, je n’aime pas ça ; mais je n’ai jamais eu le courage de le reconnaître” [10]. Et voici la seconde : « La France peut intégrer des hommes, elle peut intégrer des femmes, elle peut intégrer des familles qui le désirent ardemment : elle ne peut pas intégrer des peuples, et moins encore des peuples qui ne le désirent pas du tout. » [11] Voilà comment Camus passe du « je » au monde.

Membre du Parti socialiste jusqu’aux années 80, l’écrivain Camus est une personnalité du monde littéraire et culturel : il reçoit des prix, participe à des émissions télévisées, tiens des chroniques. “L’intelligentsia gay dicte les modes. Elle est à l’avant-garde des idées, des courants et des mœurs. Se marier, beaucoup n’y pensent même pas. L’union maritale est au contraire vécue comme un stigmate bourgeois. Dans les milieux aisés, quand on sort du placard, ce n’est pas pour se ranger. (…) La famille, les contrats, la fiscalité, tout ça va à l’encontre de l’esprit libertaire qui anime la communauté homosexuelle intellectuelle, artistique et fortunée” [12]. C’est sans compté l’esprit vieille France qui rode parmi les fréquentations de Renaud Camus. L’homosexuel camusien est le muscadin des années 80. Influenceur principal des discussions en lignes portant sur la « remigration » surpassant même Donald Trump, il va devenir un théoricien d’extrême droite des plus influent. Lui qui à longtemps joué avec la bathmologie, avec les déviations et les chemins de traverse, avec la nuance des significations, le voilà qui évolue vers une écriture politique : « Depuis un certain temps, ne m’intéressent plus que les formes homomorphes à la pensée, si je puis dire, celles qui ne sont pas des formes gratuites, mais qui répondent vraiment à un besoin de vérité, d’expression, de fidélité à la sensation ou à l’expérience intellectuelle » [13]. Il se défendra de faire de la politique qui, et ce sont ces mots, n’est pas l’affaire d’un écrivain. Il crée pourtant un Parti de l’In-nocence pour promouvoir ses théories politiques dont le grand remplacement occupe aujourd’hui la clé de voûte. Pour lui, la nocence (la nuisance) est l’instrument d’une armée unique, incarné par l’Islam, venu remplacer l’Européen d’Europe, c’est-à-dire lui voler sa place. Affirmant que c’est le système qui est aujourd’hui au centre et plus l’humain, il explique que les autorités « remplacistes » ont besoin de perpétuels nouveaux consommateurs. Le Petit Remplacement ou le remplacement de la culture lettrée bourgeoise par la petite bourgeoisie planétaire ouvra la voie au Grand Remplacement, la substitution éthique, celle d’un peuple par un autre. On peut lire en quatrième de couverture du Petit Remplacement : « Le Petit Remplacement c’est le changement de culture. Le Grand Remplacement c’est le changement de civilisation. Le Petit Remplacement c’est le changement d’histoire. Le Grand Remplacement c’est le changement de peuple. Le Petit Remplacement c’est le changement de sens. Le Grand Remplacement c’est le changement de sang. Le Grand Remplacement n’est rendu possible que par le Petit. »
Passionné d’étymologie, de généalogie, de topologie, amoureux des emblèmes et des drapeaux, Renaud Camus est nostalgique d’un monde qu’il n’a pas connu et sans doute jamais existé. Un imaginaire littéraire composé de castes sociales, dans lequel les élites culturelles seraient les garantes d’un ordre moral et social. Considérant désormais la culture comme diluée, dénaturée par la mondialisation, Renaud Camus explique que le remplacement est un effet du capitalisme et de l’économie : « Remplacer, tel est le geste central des sociétés postmodernes et peut-être bientôt post-humaines, transhumaines. Tout est remplaçable et remplacé : Venise par son double à Las Vegas, Paris par son double à Pékin, Versailles par EuroDisney, la pierre par le syporex ou le parpaing, les lauzes par la tôle ondulée, le bois par le plastique, la ville et la campagne par la banlieue universelle, la terre par le ciment et le goudron, les bords de mer par le béton, la montagne par les stations de sport d’hiver, les chemins par les sentiers de randonnée, la nature par les aménagements en vue de retombées économiques, l’exercice par le sport, le sport par les Jeux olympiques, les Jeux olympiques par les affaires, les affaires par la corruption, la compétition par le dopage, la littérature par le journalisme, le journalisme par l’info, le vrai par le faux, l’original par la reproduction, le vous par le tu, le nom par le prénom, le nom et le prénom par le pseudo, le cœur par le cœur artificiel, toutes les parties du corps humain par des pièces de rechange, l’histoire par l’idéologie, le destin des nations par la politique, la politique par l’économie, l’économie par la finance, le regard par la sociologie, le chagrin par les statistiques, le monde réel par le site touristique, les habitants par les touristes, les indigènes par les allogènes, les Européens par les Africains, les mères par les mères porteuses, les hommes par les femmes, les femmes par les poupées gonflables, les hommes et les femmes par les robots, les peuples par les peuples, l’humanité par la posthumanité, l’humanisme par le transhumanisme, l’homme par la Matière Humaine Indifférenciée. » [14]

Tissus d’impressions, d’anachronismes et de dictons populaires, les théories politiques de Renaud Camus incarnent à merveille la méfiance extrême envers la modernité. Il rejette le monde globalisé et pose le retour à la tradition comme unique moyen de ne pas sombrer. Cette tradition fantasmée, sans accroche historique, lui permet de recoudre les béances que la perte de sens général continu de causer. Son monde est imaginaire. Son monde est une fiction. Paradoxal pour un auteur qui a volontiers souligné les liens de la fiction avec le mensonge. Lui pour qui écrire=vivre, pour qui le « je » est un garant de vérité, pour qui écrire est le geste de ce qui ne peut pas être dit, le voici défendant un ordonnancement du monde qui tient du genre de l’utopie.

CONCLUSION

Où donc situer cette unité dont se réclame Renaud Camus ? Cette unité caractérisée par une vie d’écriture ? Nous la situons dans la misère de sens du présent qui par effet de compensation fait entrer notre auteur dans le genre de l’utopie.
Tricks, qui a plu pour son réalisme, en est un exemple flamboyant. Tout ce qui est raconté ressemble à la réalité : lieux, rues, dialogues… et pourtant rien n’est moins faux. Tricks est une mise en réseaux d’espaces clos dédiés à la masculinité, l’érotisme et la fête. Ces espaces sont placés en enfilade, du bar jusqu’au lit. Cet univers est peuplé de créatures masculines, charpentées et viriles, moustachues et poilues dont les attributs physiques viennent effacer les détails jusqu’à l’oubli des prénoms. Les hommes sont mis en série dans un environnement ou ils sont eux-mêmes produits et consommateurs.
L’époque de Tricks est celle ou s’impose le néo-libéralisme, particulièrement visible par l’investissement des milieux homosexuels par l’économie. Renaud Camus et c’est un détail amusant, contribue à construire le nouvel homme gay dont la sexualité disjointe du politique prend naturellement place dans le privé. Et cet homme mis en série par ses attributs, l’homme du regard furtif, l’homme du coin de la rue, qu’est-il hormis une publicité, c’est-à-dire l’homosexuel accompli du XXIe siècle. Or, ce XXIe siècle, il l’a en horreur. L’obsolescence et la superficialité qui le caractérise, il les conjure par une théorie capable de tout expliquer. C’est là le second versant de son utopie. La jubilation se dissimule à peine dans les écrits de celui qui dispense la bonne parole, qui lève le voile. Une théorie ou chaque chose trouve une place, un sens, un but. C’est la force du conspirationnisme que d’aller jusqu’à intégrer dans sa théorie, les critiques formulés à son encontre. Mais là, l’utopie n’est pas cloisonnée dans un monde spécial. Elle se superpose au monde et ne pense plus avec un « je », mais avec les peuples, les races, les classes, les genres… C’est un délire du monde qui cherche à recoudre le vide dont nous parlions par une apocalypse biblique, avec ses destructions ou déplacements de populations, sa rédemption, sa terre promise. Utopie.

POST-SCRIPTUM

Si Renaud Camus nous intéresse, c’est qu’en partie sa conception d’un Nouveau Monde gay a gagné. Et nous en sommes encore les héritiers aujourd’hui. L’idéal qui se traduisait il y a quarante ans par l’expression « monter à Paris », c’est-à-dire se donner la possibilité pour un homosexuel provincial de vivre sans contrainte sa sexualité, se retrouve aujourd’hui partout sur papier glacé torse nu et souriant. Dans les deux cas, l’idéal n’est qu’un autre nom pour qualifier la modernité.
L’histoire de l’homosexualité des années 80 à nos jours pourrait se comprendre comme une longue traversée du désert à la recherche du politique. C’est la première tâche qui nous incombe :
placer le politique au centre de la sexualité.

Connecter la sexualité à l’histoire, le privé au collectif, l’individuel à l’évènement, c’est se rendre capable de son propre récit, et de le partager. C’est irrigué à nouveau de sens les liens asséchés dans le désert. Et cette lutte contre la séparation est une dimension essentielle pour que les pièges idéologiques puissent enfin être déjoués.

Tati-Gabrielle

[1Le FHAR avait posé publiquement et avec fracas la question de l’homosexualité. Et il paraissait somme toute logique que la question soit d’abord politique, puisque d’un côté, « la question de l’homosexualité faisait partie de celles qui ne se posent pas tant que ceux qui sont concernés ne l’ont pas posée. Elle est marginale, essentiellement marginale même, puisque parfaitement étrangère aux masses » (Guy Hocquenghem, Le désir homosexuel, 1972, Éditions universitaires). De l’autre, elle s’inscrivait dans l’action révolutionnaire : les luttes politiques, les comités de quartiers, le militantisme aux prises avec le Parti Communiste et les gauchistes comme lors de la manifestation du 1er mai 1971. Lors de cette journée, des homosexuels radicaux, accompagnés de membres du MLF, défilent aux côtés des syndicats sous une vaste banderole appelant à mettre « A bas la dictature des “normaux” ! » (Voir le Rapport contre la normalité du FHAR).
Guy Hocquenghem en fera la synthèse en ces termes : « Il faut se décider à renoncer aux rêves de réconciliation entre les détenteurs officiels de la révolution et l’expression du désir. Il est impossible d’obtenir du désir qu’il s’intègre dans le cadre d’une révolution déjà lourde du passé historique du « mouvement ouvrier ». Aussi faut-il faire découler l’exigence révolutionnaire du mouvement même du désir ; ce n’est pas seulement d’un nouveau modèle révolutionnaire dont il est besoin, mais d’une remise en question des contenus attachés traditionnellement au terme de révolution, en particulier l’idée de prise du pouvoir » (Guy Hocquenghem, Le désir homosexuel, 1972, Éditions universitaires).
L’individuel, le personnel, le privé commençait à se rendre visible, à s’affirmer : « Le personnel est politique ». Le groupe, les bandes, les tendances du FHAR firent irruption sur la scène des luttes traditionnelles.
Les trois années d’expérimentations du FHAR irrigueront la décennie. Sa critique générale de la domination, allant du lit à l’usine, en passant par les institutions, le couple, la famille, le travail, l’hétérosexualité et l’État trouvera une forme de limite, voire de contradiction en son sein. En effet, certains du FHAR, dont Guy Hocquenghem, affirmeront la limite de la critique face à l’expression du désir, particulièrement celle des rapports de pouvoir dans la sexualité.
« S’il s’agit de déclencher les énergies du groupe, il faut affirmer toutes les puissances du désir, avec ce qu’elles ont de profondément immoral et anti-militant : jeu excitant des rapports de force, « passion de dominer », séduction sexuelle et drague infatigable, goût des masques et de la dissimulation. Mais il est clair que rien dans cette effervescence sauvage, ne contribue à l’harmonie du groupe, et le serment constitutif se disloque sous l’effet des forces centrifuges du désir » (François Fourquet, L’idéal historique revue Recherches n°14, 1969, Éditions CERFI)

[2Trois milliards de pervers, La Grande Encyclopédie des Homosexualités, réédition de la publication saisie en 1973, 2015 éditions Acratie

[3Frédéric Martel, Le rose et le noir les homosexuels en France depuis 1968, 1996 éditions du Seuil

[4Vidéo de Renaud Camus - L’atelier d’écriture. Interview de Pascale Bouhénic pour le Centre Georges Pompidou 1997

[5Todd Shepard, Mâle décolonisation "L’homme arabe" et la France, de l’indépendance algérienne à la révolution iranienne, 2017, éditions Payot et Rivages

[6Vidéo de Renaud Camus - L’atelier d’écriture. Interview de Pascale Bouhénic pour le Centre Georges Pompidou, 1997

[7idem

[8idem

[9Entretien donné par Renaud Camus à la revue Genesis. Propos recueillis en décembre 1999 par Gilles Alvarez

[10Renaud Camus, Notes achriennes, 1982 éditions hachette P.O.L pages 29-30

[11Disours de Renaud Camus à Baix, octobre 2017

[12Marie Ottavi, Jacques de Bascher dandy de l’ombre, 2017, éditions Séguier

[13Entretien donné par Renaud Camus à la revue Genesis. Propos recueillis en décembre 1999 par Gilles Alvarez

[14Disours de Renaud Camus à Baix, octobre 2017

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